Modes de transport électrique individuels
Modes de transport électrique individuels
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ISSN : 1950-5698
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Université des Sciences et Technologies de Lille
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Référence électronique
Thibaud Pages, Adrien Lammoglia et Didier Josselin, « Les nouveaux modes de déplacement
individuel doux basés sur l’électrique. Attractivité et insertion modale », Territoire en mouvement Revue
de géographie et aménagement [En ligne], Articles, mis en ligne le 10 décembre 2021, consulté le 31
décembre 2021. URL : http://journals.openedition.org/tem/8135
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Les nouveaux modes de déplacement individuel doux basés sur l’électrique. Att... 1
1. Introduction
1.1. L’évolution des pratiques de mobilité urbaine
1 Aujourd’hui, les modes de transports urbains évoluent dans deux directions notables.
D’une part, ils se multiplient en quantité et en variété, créant un réseau urbain de plus
en plus complexe en termes d’usage, où se combinent à la fois les routes, les voies
réservées et les chemins piétonniers. D’autre part, ils s’individualisent. Le modèle passé
de la dualité voiture personnelle versus transport en commun s’estompe de plus en
plus, au profit de systèmes de transports partagés et flexibles, de dimension et de
fonctionnement variables. Cela s’accompagne d’une organisation du travail de plus en
plus souple en termes d’horaires et de lieux d’activité (espaces de coworking,
télétravail, etc.) gommant partiellement les pics de trafic et amenant la ville à respirer
de façon quasi-permanente. Un des indicateurs clés de cette évolution est la mobilité,
puisqu’elle reste intimement liée aux activités humaines et économiques. En France,
465 000 emplois sont en lien avec la mobilité. De manière plus large, ce sont 2,5 millions
de personnes qui travaillent dans le secteur des transports, ce qui représente 10 % de la
population active (Raoul, 2018). En termes de budget, cela représente 14 % des dépenses
des ménages (20 % en prenant en compte taxes et impôts). Loin d’être négligeable, cette
donnée est probablement, parmi d’autres, comme la qualité de vie ou les temps de
déplacement, une raison poussant les personnes à se tourner vers des modes de
transport rapides, légers, efficaces et individuels. C’est sur ce segment que précisément
se positionnent les véhicules électriques individuels.
2 Par ailleurs, on accorde au déplacement, en moyenne, environ une heure par jour et
par personne (conjecture de Zahavi, 1980, Marchetti, 1994). C’est ainsi que depuis
plusieurs siècles, la distance moyenne se situe autour de 5 km entre le domicile et le
travail. Conserve-t-on, d’une certaine façon, depuis l’antiquité, un mode de vie
sédentaire ? C’est plus compliqué qu’il n’y paraît. D’un côté, la vitesse permet des
déplacements plus conséquents dans la même contrainte horaire, en allongeant
mécaniquement les distances, grâce à l’amélioration des infrastructures et de l’offre de
transport. Les déplacements deviennent de plus en plus rapides. On s’éloigne en
distance, mais on reste globalement à moins d’une heure du lieu de travail. Même si les
lieux d’emploi sont de plus éloignés du domicile, cela ne concerne qu’une partie de la
population, en tous les cas celle de la majorité des villes françaises, hormis en région
parisienne. D’un autre côté, l’immense majorité des facilités se situe dans un périmètre
limité autour de l’habitation, pour effectuer régulièrement des achats et régler les
problèmes de la vie courante, et ce, même si l’on prend en compte les pérégrinations
(Wiel, 1992). C’est précisément sur les courtes distances que l’usage des modes de
transports électriques individualisés se développe.
6 L’usage des vélos en libre-service (VLS) est en constante évolution depuis les années
2000. On trouve aujourd’hui des flottes importantes de vélos (dont la plupart sont
électriques) sur l’espace public urbain. Il existe une histoire de cette innovation urbaine
qui remonte aux années 1960 (Hure, 2018). Dans un premier temps, avant les “engins”
électriques, ce sont des associations de défense du vélo qui ont développé des
dispositifs, comme à Amsterdam avec les “White Bikes”, en 1965. Cette démarche avait
pour objectif de réparer les vélos et de les peindre en blanc, pour ensuite les mettre en
libre-service dans les rues de la ville. Dans un second temps, d’autres expériences ont
vu le jour, comme par exemple à La Rochelle, en 1976. Cette ville, en pointe pour les
innovations dans le domaine du partage des véhicules (une des premières villes
françaises à avoir mis en place l’autopartage, avec l’entreprise Liselec, notamment) met
alors à disposition une flotte de 300 vélos en libre-service. C’est également à La Rochelle
où les premières publicités vont apparaître sur ces modes de déplacement, que ce soit
sur les vélos eux-mêmes ou dans les stations de dépôt (Hure, 2018).
7 Un grand changement se produit à la fin des années 1990, avec l’arrivée des grandes
firmes spécialistes du mobilier urbain et de l’affichage publicitaire, qui proposent des
services de VLS dans les grandes villes. La première ville concernée est Rennes en 1998.
L’entreprise américaine Clear Channel Outdoor y déploie 350 vélos sur une vingtaine de
stations. Depuis, la concurrence s’installe avec d’autres entreprises, comme JCDecaux
(Vienne en 2003, Gijon en Espagne en 2004, Lyon 2005). Le modèle de Lyon nommé
“Vélo’v” sera d’ailleurs le premier à passer à la grande échelle avec 4000 vélos sur 353
stations. Durant presque une décennie, il a constitué un exemple phare en Europe, face
au modèle chinois (Orfeuil, 2018). Aujourd’hui, la très grande majorité des villes
française de moyenne et grande taille s’est dotée de vélos en libre-service. C’est le cas
des villes des régions Occitanie et PACA. Cet exemple prouve à la fois la durée
nécessaire à l’installation d’une innovation dans les transports, et également la percée
irrésistible, inéluctable semble-t-il, de ces nouveaux modes individuels, pour la plupart
aujourd’hui respectueux de l’environnement, et donc en phase avec les politiques
régionales.
Un vélo électrique s’acquiert pour 500 € à 2000 €, alors qu’une voiture électrique,
comme, par exemple, la Renault Zoé, coûte entre 20 000 et 25 000 €.
20 En France, on a atteint la barre des 3 millions de ventes de vélos en 2016, mais la part
du vélo électrique n’est que de 130 000 ce qui représente seulement 4,5 % des ventes. À
l’échelle européenne, ce marché pèse 10 % dans celui du cycle. Il devrait donc
progresser en France, si l’État et les collectivités locales continuent de donner des aides
(Lamblin, 2018).
25 La monoroue (ou gyroroue) est constituée d’un moteur électrique, d’une batterie, d’une
roue et d’un repose-pied. Le fonctionnement de la gyroroue dépend de l’inclinaison
(analyse de l’assiette) du plateau. Si l’usager se penche vers l’avant, il va avancer, s’il se
penche vers l’arrière, il va freiner. La gyroroue adapte la vitesse suivant l’inclinaison en
continu. Les moteurs et leurs batteries sont du même type que pour une trottinette
électrique (INC, 2017).
26 L’hoverboard est composé d’un plateau et de deux roues. L’usager est positionné sur le
plateau, mais n’a pas la possibilité de maintenir l’équilibre en se tenant à un manche.
Des capteurs sont positionnés au niveau des pieds et permettent de faire avancer ou
reculer l’hoverboard. C’est un mode considéré comme ayant un confort médiocre et
une faible sécurité (Heran, 2018).
27 Le gyropode (Segway), le plus ancien du groupe, ajoute un guidon à l’hoverboard.
L’accélération et le freinage se font en inclinant l’engin. Pour les déplacements
latéraux, l’usager doit pousser le manche de direction vers la gauche ou la droite. Ce
matériel est lourd (45 kilos en moyenne) et possède un confort plus sécurisant que
l’hoverboard. Son prix est un frein à son développement : certains modèles coûtent
jusqu’à 6 700 € (Heran, 2018). Cet engin est principalement utilisé pour le tourisme en
centre-ville, ainsi que par les forces de police.
28 L’ensemble de ces modèles de NVEI demande un apprentissage de l’équilibre pour une
pratique sécurisée, ce qui est moins le cas pour les trottinettes ou les vélos électriques,
davantage entrés dans les mœurs et les pratiques depuis de nombreuses années sous
leur forme conventionnelle, et dont l’ajout de la partie électrique (batterie et circuits)
n’a que peu modifié l’usage initial en deux-roues, même s’il en a élargi le spectre, grâce
à l’assistance au déplacement.
33 L’enquête est principalement destinée aux usagers des nouveaux véhicules électriques
individuels. Cependant, les non-usagers ont été invités à répondre à l’enquête avec une
section dédiée. Une première question filtre permet de trier les usagers et les non-
usagers (cf. Figure 2). Ces derniers sont invités à répondre à trois questions sur le
potentiel achat d’un NVEI, ainsi que sur leur opinion quant au public cible de ces modes
de transport. Les usagers des NVEI accèdent à la section 1 composée de 11 questions :
des questions qui interrogent sur l’usage des NVEI et sur le report modal effectué. Par
la suite, une question filtre permet d’isoler les usagers des villes de Montpellier et de
Marseille dans la section 2. Pour rappel, l’objectif initial était de comparer les deux
métropoles mais la crise sanitaire de la Covid19 nous a amené à élargir l’enquête à
toute la France. Si l’enquêté réside dans la métropole de Montpellier ou de Marseille, 7
à 8 questions sont spécifiquement posées. Ces questions concernent l’utilisation des
NVEI en fonction des distance-temps ou encore des problèmes rencontrés à l’usage
(stationnement, infrastructures…). Pour finir, une section « Renseignements
personnels » permet de recueillir des précisions sur le profil des répondants (âge, CSP,
département de résidence…).
34 Notre enquête se base sur 160 répondants usagers d’un NVEI et 79 répondants non
usagers, suffisamment intéressés pour répondre à l’enquête. Comme le montre la figure
2, ceux-ci sont inégalement répartis sur le territoire français, avec une forte
représentation de Montpellier et l’Île de France et de nombreux départements sans
répondant. Cette distribution résulte de la diffusion par internet sur laquelle nous
n’avons pas de contrôle en matière de répartition spatiale. Pour autant, nous avons
réussi à toucher les départements français avec les principales villes, ce qui donne
finalement un panel assez riche avec, pour certains départements, des réponses
d’usagers habitant en milieu urbain ou rural, comme l’indique la figure 3. Notre
enquête ne concerne donc pas que la population urbaine et nous verrons que cela fait
apparaître des résultats intéressants.
Figure 3 - Répartition des enquêtés sur le territoire français métropolitain selon leur milieu de
résidence
35 Autre donnée clé : l’enquête affiche une surreprésentation masculine assez nette avec
moins de 23 % de femmes ayant répondu au questionnaire. Concernant les tranches
d’âge, notre enquête a touché un panel assez large de répondants, sauf pour la
population de plus de 60 ans, qui est largement sous représentée. Cela s’explique
naturellement par la condition physique que nécessite l’utilisation de ces engins. Nous
avons aussi questionné la population sur leur CSP. Nous constatons que la catégorie
dominante est celle des cadres et professions intellectuelles avec près de 40 %, suivis
par les employés (22 %). Les étudiants ne représentent que 9,4 %, bien que ce soit une
population relativement facile à toucher par nos canaux de diffusion (réseaux sociaux,
mails et pages étudiantes…). Les retraités, ouvriers, militaires, agriculteurs et
exploitants demeurent les CSP les moins représentées dans l’enquête (moins de 3 %).
Enfin, nous constatons que plus de 19 % des répondants habitent en milieu rural, ce qui
nous semble être une piste très intéressante que nous allons approfondir dans l’analyse
des données. In fine, nous pouvons dire que le type de répondant dominant dans notre
échantillon est plutôt un actif masculin résidant en milieu urbain, ce qui correspond assez
bien à l’image que l’on peut avoir d’un utilisateur de NVEI.
36 Concernant les modes utilisés (Figure 4), nous constatons que les gyroroues sont très
représentées. Il faut être prudent avec ce résultat, car nous savons que nous avons
touché, malgré nous, une communauté d’utilisateurs “branchés” sur Twitter. En
revanche, les proportions entre les vélos électriques et les trottinettes électriques
doivent être soulignées, notamment parce que nous savons que ce sont deux engins de
plus en plus prisés, pour différentes raisons : la trottinette par son prix abordable, sa
simplicité d’utilisation et sa souplesse ; le VAE par son confort et son utilité, pour des
déplacements de courte et moyenne distances, mais aussi sa capacité à toucher un
public féminin, comme nous l’avons noté lors des entretiens semi-directifs.
37 Pour finir, nous savons que les utilisateurs touchés par l’enquête utilisent fréquemment
leur NVEI : 54 % des usagers utilisent leur engin quotidiennement et 88 % l’utilisent
plusieurs fois par semaine. Sans être exclusifs, nous pensons que la majorité des
répondants considèrent leur NVEI comme leur mode de déplacement privilégié et
l’utilisent largement pour leurs déplacements domicile - travail.
38 Nous avons extrait de l’enquête deux séries de questions qui nous paraissent
particulièrement intéressantes en termes de résultats : les relations des NVEI avec les
autres modes (reports modaux, concurrence, intermodalité) et l’attractivité des NVEI
(attractivité, raison de leur acquisition).
39 Un premier angle d’analyse concerne les formes et les impacts du report modal induit
par l’arrivée des NVEI sur le marché des mobilités douces et flexibles.
40 Le graphique de la figure 5 permet d’analyser l’impact des NVEI sur l’utilisation des
autres modes de déplacement. C’est donc la question du potentiel de report modal qui
est posée. Depuis leur transfert modal, les usagers affirment moins utiliser le véhicule
personnel motorisé, mais aussi les transports en commun. Si le premier report modal
est évidemment une satisfaction face aux enjeux de réduction de l’autosolisme, le
second pose un problème important quant aux politiques de développement des
transports en commun. De plus, on constate que les mobilités actives sont globalement
moins impactées par l’utilisation des NVEI. Voire même, les NVEI s’inscrivent dans une
certaine continuité d’usage des personnes qui utilisent les mobilités actives, les deux
modes étant dans la même lignée. Se pose alors la question des priorités en matière
d’aménagement : faut-il prôner la construction de nouveaux axes de transport
collectifs réguliers (tramway, BHNS…) ou bien le développement des pistes cyclables ?
Comment évaluer le rapport entre le coût de réalisation, d’entretien et les services
rendus ? Comment concilier les deux ?
Figure 6 - Depuis que vous utilisez votre NVEI et quel est l’impact sur l’utilisation des autres modes
de déplacement ?
41 Pour approfondir la question du report modal, nous avons demandé aux usagers quel
mode de transport ils privilégiaient, lorsque leur NVEI était indisponible ou si les
conditions ne permettaient pas son utilisation (Figure 6). Nous observons logiquement
que les mobilités actives se situent au premier rang (37,5 %). Nous constatons que les TC
arrivent en second plan (33,1 %) puis le VP avec 26,3 %. Ce résultat est donc plutôt
encourageant dans une optique de réduction de l’autosolisme.
Figure 7 - Si votre NVEI n’est pas utilisable, quel autre mode allez-vous privilégier ?
Figure 8 - Mode de transport utilisé pour un déplacement équivalent avant l’acquisition du NVEI en
fonction de la zone de résidence
43 Au-delà de la compétition entre les modes, nous nous sommes aussi intéressés au
potentiel d’intermodalité que pouvaient favoriser les NVEI (figure 8). Bien que 37 % des
usagers déclarent ne pas utiliser de mode complémentaire, ce qui signifie que leur
engin leur permet un déplacement en porte à porte, il faut noter que 30 % d’entre eux
affirment utiliser les transports en commun et 17 % l’automobile. Ce constat peut être
interprété comme une utilisation du NVEI pour “le dernier kilomètre”. Cette
information est à mettre en relation avec les utilisateurs de NVEI en milieu rural et
périurbain, qui peuvent potentiellement utiliser leur engin pour les déplacements en
ville, après avoir effectué une partie du trajet en voiture par exemple. Encore une fois,
la mobilité active arrive en troisième position. Pour autant, nous retenons qu’en plus de
sa capacité à remplacer un mode de déplacement, le NVEI peut tout à fait s’insérer dans
une logique de déplacement multimodal.
46 En complément, la question posée dans la figure 10 était une question ouverte, que
nous avons synthétisée en 6 catégories de réponses. Elle nous apprend que 27 % des
usagers ont voulu réaliser un changement de mode de déplacement, sans pour autant
en préciser les raisons. Nous pouvons simplement l’interpréter comme une volonté de
rupture avec le mode utilisé auparavant. Par contre, 18 % ont fait ce choix pour gagner
du temps et plus de 15 % pour changer les conditions de déplacement (profiter d’un
déplacement en étant à l’extérieur, ne pas s’inquiéter de la distanciation sociale
imposée par la pandémie, être plus libre et autonome…). Au quatrième rang vient la
dimension écologique qui, bien que n’étant jamais dominante, est finalement toujours
présente en filigrane dans les réponses. Contrairement à ce que montrait la figure
précédente, 12 % affirment avoir choisi ce mode pour faire des économies : même si ces
engins permettent globalement de faire des économies, ils sont quand même encore
perçus comme relativement coûteux. Enfin, 9 % ont répondu vouloir plus de souplesse
dans le choix de l’itinéraire. Finalement, parmi les 6 catégories, 4 concernent les
conditions de déplacement que ces engins offrent. Les caractéristiques de souplesse, de
liberté et d’autonomie résument bien ces réponses.
Figure 11 - Pour quelle(s) raison(s) préférez-vous votre NVEI aux autres modes ?
47 Enfin, une question concernait les personnes enquêtées ne possédant pas de NVEI, soit
79 réponses à la question (Figure 11) : pour quelles raisons seriez-vous intéressés par
cet achat ? Plus de 30 % des personnes seraient intéressées. Même si l’on connaît les
limites des préférences déclarées, les résultats restent intéressants à observer. À parts à
peu près égales, les raisons d’une potentielle adhésion à ces nouveaux modes de
déplacement résiderait dans le gain de temps octroyé, la réduction de l’effort physique
à produire et la conviction écologique déclarée. Le choix volontaire de changement de
mode et la contrainte du dernier kilomètre (probablement délicate à exprimer) se
placeraient légèrement au second plan. Cela renvoie une image valorisante du NVEI,
mêlant efficacité et respect de l’environnement.
4. Conclusion et perspectives
48 La concurrence entre les NVEI et les transports en commun, notamment en milieu
urbain, est révélée par notre étude. Cette question est en effet importante, car la place
que les collectivités locales laisseront à ces modes individuels dans un espace urbain
contraint, se fera partiellement au détriment des transports en commun, dont le
développement représente toujours, aujourd’hui, un enjeu majeur de la ville durable,
dans sa composante socio-environnementale. Autre point saillant : les NVEI peuvent
constituer une réponse viable à la problématique du dernier kilomètre, dans un cadre
d’usage individuel comme professionnel. D’un autre côté, les NVEI ont un effet
potentiellement significatif sur l’usage du véhicule personnel, via le report modal,
notamment en milieu rural. Le développement des NVEI pourrait donc très
concrètement réduire l’autosolisme, et ce peu importe le lieu de résidence.
Globalement, nous retenons que les enquêtés, qu’ils soient usagers ou non, ont plutôt
une bonne image de ces nouveaux modes de déplacement : ce mode émergent est
attractif et prometteur pour les décennies à venir.
49 En complément, des recherches pourront être menées. Nous n’avons, à ce stade, pas
d’information sur les vitesses, distances et les temps de parcours en NVEI, ni sur les
conditions précises de leur usage (part de marche à pied et de transport de l’engin,
comparaison aux temps de déplacement des modes précédemment utilisés...). Un
approfondissement des connaissances serait pertinent pour aller plus loin dans la
réflexion sur la concurrence et la complémentarité avec les autres modes. Les questions
de l’intermodalité et de pluri-modalité devront donc être globalement approfondies.
Par ailleurs, la pratique des NVEI en milieu rural revêt des formes très intéressantes,
puisque ceux-ci semblent en concurrence avec les transports publics sur de plus
longues distances qu’en milieu urbain. Cette hypothèse mériterait d’être étudiée plus
en profondeur. Un autre point qui apparaît dans l’enquête et qui mérite une
investigation plus poussée est la relation entre l’usage du NVEI et les infrastructures,
en lien avec la question de la sécurité. Une étude à partir de parcours géoréférencés et
commentés serait très intéressante à développer, à l’image des méthodes développées
dans le projet Véléval5 et Vélotactique6 sur la mobilité cyclable.
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ANNEXES
Lien de l’enquête en ligne (PAGES, 2020) : https://forms.gle/zctLuVmBxRDknjvM7
NOTES
1. Forme de mobilité partagée qui consiste à laisser à disposition du public un véhicule (vélo,
trottinette, voire automobile).
2. https://www.vie-publique.fr/loi/20809-loi-du-24-decembre-2019-dorientation-des-mobilites-
lom
3. Mobility As A Service : dispositif numérique qui permet d’avoir un accès total à la mobilité en
un seul clic. Il permet d’avoir l’offre complète des offres de transports sur le téléphone pour
favoriser l’intermodalité.
4. Smart City : la ville intelligente vise à promouvoir les technologies de l’information et de la
communication pour améliorer la qualité des services urbains ou réduire leurs coûts.
5. https://imu.universite-lyon.fr/projet/veleval-evaluation-de-la-praticabilite-a-velo-des-
espaces-urbains-2017/
6. https://www.entpe.fr/velotactique-de-lurbanisme-tactique-cyclable-au-changement-durable
RÉSUMÉS
Cet article fait suite à un travail de recherche en collaboration avec le projet de la région
Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) qui porte sur l’étude des pratiques de mobilités aux horizons
2030 et 2050. La région PACA veut préparer l’avenir en prenant le temps de réflexion nécessaire
pour comprendre les besoins de mobilités et de transports pour 2030 et 2050. Le transport est un
secteur en évolution permanente. L’essor des nouveaux véhicules électriques individuels (NVEI)
depuis quelques années en est l’exemple. Ces engins s’inscrivent dans la mobilité d’aujourd’hui,
et sûrement de demain, de par leurs caractéristiques électriques. Cela en fait des modes de
déplacement attractifs dans un contexte de réduction de l’émission carbone dans les centres
urbains.
Au printemps 2020 la France a connu un confinement lié à la crise sanitaire de la Covid-19. Le
déconfinement considéré « à risque » face à la Covid-19 a obligé les politiques à aménager en
urgence des pistes provisoires pour les vélos. Elles sont également utilisées par les NVEI. Ces
modes semblent être les plus avantageux en termes de distanciation physique, à l’inverse des
transports collectifs. Cette augmentation soudaine des aménagements provisoires, dont certains
seront pérennisés, laisse à penser qu’elle va renforcer l’essor des NVEI en milieu urbain.
Afin de mieux cerner l’essor des NVEI une enquête en ligne a été partagée durant les mois d’avril
et mai 2020. L’objectif de cette enquête est de permettre de mieux connaître les usagers et les
usages de ces engins. L’enquête est également à destination des non usagers qui sont en contact
direct avec les utilisateurs des NVEI. Parmi les questions, l’enquête interroge l’opinion sur des
thèmes comme la préservation de l’environnement et les aménagements nécessaires au sujet de
ces engins. Fin mai 2020 l’enquête possède 250 réponses dont 120 usagers de NVEI. En
complément, des entretiens permettent d’obtenir de la donnée qualitative.
Les résultats de l’enquête permettent de dégager plusieurs enjeux en matière d’environnement et
d’aménagement urbain. Par exemple, 68,3 % des usagers considèrent les NVEI comme
écologiques. De plus, ils sont 84,2 % à les considérer comme pratiques en milieu urbain. Les
questions ouvertes et les entretiens éclairent sur les pistes d’amélioration à apporter à ces
nouveaux modes. En effet, de nombreux usagers et non usagers rapportent des difficultés pour
les NVEI à circuler en milieu urbain. Ces engins ne trouvent pas encore un lieu de circulation
approprié et se retrouvent à circuler sur les trottoirs, sur les pistes cyclables ou encore sur la
voirie.
This paper is part of a research program funded by the Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA)
region that focuses on mobility practices for the 2030 and 2050 horizons. Transport is a sector in
constant evolution. Recently, we observed the rise of the new individual electric vehicles (NIEV)
in our cities. These vehicles are part of today’s mobility, and certainly tomorrow’s, due to the use
of electric energy. This makes them attractive in the context of reducing carbon emissions in
urban centers.
In the spring of 2020, France experienced a lockdown related to the Covid-19 health crisis. The
unlock, considered "risky", obliged politicians to urgently set up temporary cycling paths that
are also used by NIEV. These vehicles appear to be the most advantageous in terms of social
distancing, unlike public transport. This sudden increase in temporary infrastructures, some of
which will become permanent, suggests that it will reinforce the growth of NIEV in urban areas.
In order to better understand the growth of NIEV, an online survey was shared during April and
May 2020. The objective of this survey is to better understand the users and uses of these
vehicles. The survey is also intended for non-users who are in direct contact with NIEV users. The
survey questions the opinion on the preservation of the environment, the necessary
arrangements concerning these vehicles, etc. At the end of May 2020, the survey gets 250
responses, including 120 NIEV users. In addition, interviews were conducted to obtain qualitative
data.
The results of the survey identified several environmental and urban planning issues. For
example, 68.3% of users are convinced that NIEV are environmentally friendly. In addition, 84.2%
of users consider them to be practical and useful in urban areas. The open-ended questions and
interviews shed light on ideas for improvements to these new transports. Indeed, many users and
non-users report difficulties for NIEV to circulate in urban areas. These vehicles have not yet
found a suitable place to circulate and are often circulating on sidewalks, cycling paths, or even
on the road.
INDEX
Mots-clés : nouveaux véhicules électriques individuels (NVEI), enquête de déplacement,
mobilité douce, transport électrique, nouvelles pratiques de mobilité
Keywords : new individual electric vehicles (NIEV), travel survey, soft mobility, electric
transport, new mobility practices
AUTEURS
THIBAUD PAGES
LAGAM, Université Paul-Valéry Montpellier 3
ADRIEN LAMMOGLIA
LAGAM, Université Paul-Valéry Montpellier 3
DIDIER JOSSELIN
UMR ESPACE 7300, CNRS, Avignon Université