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Article: Les Compléments D'instrument

Ce document traite des compléments circonstanciels, en particulier des compléments d'instrument. Il explore différents tests pour distinguer les compléments d'instrument des compléments de manière et d'agent, et examine leur distribution et contraintes syntaxiques.

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Article: Les Compléments D'instrument

Ce document traite des compléments circonstanciels, en particulier des compléments d'instrument. Il explore différents tests pour distinguer les compléments d'instrument des compléments de manière et d'agent, et examine leur distribution et contraintes syntaxiques.

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Article

« Les compléments d’instrument »

André Dugas
Cahier de linguistique, n° 2, 1973, p. 51-62.

Pour citer cet article, utiliser l'information suivante :

URI: http://id.erudit.org/iderudit/800009ar

DOI: 10.7202/800009ar

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Document téléchargé le 4 janvier 2013 05:50


LES COMPLEMENTS DfINSTRUMENT

La description des compléments circonstanciels dans les grammaires


traditionnelles ou dans les ouvrages de syntaxe actuels occupe peu de
place et reste souvent superficielle. La nature des problèmes que sou-
lève une analyse un peu plus approfondie de ces compléments se rattache
cependant à des points chauds de la recherche actuelle dont, d'une façon
plus générale, la forme de représentation sous-jacente qui leur convient
et, d'une façon plus spécifique, la dérivation ou la décomposition lexi-
cale et la description des prépositions et des déterminants.

Une façon de distinguer les compléments d'instrument consiste à


les opposer au complément de manière et au complément d'agent ou d'accom-
pagnement.

1. La notion de complément d'instrument

En surface, les compléments d'instrument comme les compléments


de manière, d'accompagnement ou d'agent peuvent être introduits par
la préposition avec.

1. Ce travail s'insère dans une recherche plus vaste qui porte sur
la syntaxe du français. Le Conseil des Arts en favorise la réali-
sation grâce à une subvention portant le numéro S71-0819. Ce tra-
vail s'appuie également sur de vastes dépouillements effectués par
les étudiants du cours de syntaxe générale. Enfin, j'ai profité
de discussions très intéressantes que j'ai eues avec Judith McA'Nulty,
Jean-Pierre Paillet, Denise Bélanger et Josselyne Gérard.
52 problèmes de sémantique

(1) Pierre travaille avec prudence


(2) Pierre travaille avec Miohka
(3) Pierre a ouvert la porte avec une oie

Ces exemples montrent bien que ce nfest pas en surface qu'on peut
faire la distinction entre ces trois compléments qui, tradition-
nellement, portent des noms différents. Dans la recherche du com-
portement véritable de ces compléments, on peut appliquer divers
tests.

a) test de la coordination
Il est impossible de confondre complément de manière et complément
df accompagnement.

(4) *Pierre et prudence travaillent

Le complément Michka9 dans une interprétation de (2), peut devenir


agent.

(5) Pierre et Miohka travaillent

b) test du sujet
D'autre part, dans le cadre d'une certaine conception de la descrip-
tion linguistique et à cause du lien sémantique qui unit les phrases
(2) et (5), on doit poser qu'elles dérivent d'un indicateur syntag-
matique complexe de coordination, tandis que la phrase (1) dérive
d'un indicateur syntagmatique simple. Il n'est pas certain que les
phrases suivantes se dérivent également au moyen d'un indicateur
syntagmatique simple.
2
(3) Pierre a ouvert la porte avec une clé

2. Les phrases (3) à (8) connaissent d'abord des contraintes d'ordre


temporel dans le sens que
(3a) ? Pierre ouvre la porte avec une clé
s'interprète dans un contexte très restreint alors que
les compléments d'instrument 53

(6) !Pierre et la clé ont ouvert la porte


(7) la clé a ouvert la porte
(8) *la clé a ouvert la porte avec Pierre

Si l!on examine (2) et (3), il est possible de dire que le


complément d'instrument se compare à un complément d'accompagnement
et que (6) reste plausible d'une façon très limité. Dans un autre
contexte, un complément d'instrument peut devenir sujet et la phrase
(7) est alors facilement interprétable. Enfin, cette analyse des
compléments d'instrument dont une des propriétés nous amène à les
considérer comme sujets permet d'avancer une hypothèse globale selon
laquelle des [+ animé] ne peuvent être des compléments d'instrument
3
comme le démontre la phrase (8) .

c) test de la coordination des compléments


Une autre analyse montre un certain parallélisme entre les complé-
ments d'instrument et ceux de manière quant à la possibilité qu'ont

(3b) allons voir si la clé de Pierre ouvre la porte


reste facilement interprétable. Mais il n'en est pas de même pour
(3c) ?allons voir si la clé de Pierre a ouvert la porte
On remarque ensuite pour la plupart des phrases de ce texte des
contraintes sur le déterminant qui précède clé\ le sens générique
ou spécifique de ce déterminant dans ces phrases interdit la commu-
tation de le et un.
(3d) *Pierref ouvre ) la porte avec la clé
\a ouvert)
(6a) ^Pierre et une cléi ouvrent | la porte
{ont ouvertf
(7a) *une cléi ouvre) la porte
\a ouvert)
(8a) *une clef ouvre\ la porte avec Pierre
\a ouvert]

3. Dans un contexte où un [t animé] fonctionnerait en surface comme


un complément d'instrument, on remarque d'abord qu'un procédé
métaphorique sous-tend de telles phrases et que le sujet de ces
phrases doit être [+ animé].
?James Bond a défoncé la porte au moyen de l'espion torontois
54 problèmes de sémantique

ces derniers d'être également considérés comme agents, comme


4
l'illustrent les phrases suivantes :

(9) le chien accueille son maître par des jappements joyeux


(10) les jappements joyeux du chien accueillent le maître
(11) Richard épatait tout le monde par sa bravoure
(12) la bravoure de Richard épatait tout le monde
(3) Pierre a ouvert la porte avec une clé
(13) la clé de Pierre a ouvert la porte

Enfin les compléments d'instrument et ceux de manière ne


peuvent être coordonnés.

(14) *Paul écrit ses textes à la machine et à lroeil


(15) *on peut tailler la pierre avec ténacité et avec un ciseau
(16) *Toilet Laundry ne nettoie pas les habits au moyen d'une
brosse et avec soin
De telles phrases deviennent interprétables cependant quand un
contour d'intonation les oppose nettement . Le fait qu'elles
soient inacceptables ne dépend ni des prépositions ni des déter-
minants impliqués.

4. Comme il a été indiqué plus haut (note 2 ) , on peut encore souligner


que les phrases (9) à (12) comportent des contraintes sur le déter-
minant du complément de manière; de plus les compléments de manière
semblent toujours équivaloir (ce qui les distingue entre autres des
compléments d'instrument) à des relatives restrictives assez diffi-
ciles, il est vrai, à retracer sans la considération des phrases (10)
et (12).
5. Cependant, comme me le fait remarquer Paul Pupier, cette opposition
n'a plus à être marquée quand le complément de manière se réduit à
un adverbe :
*Paul écrit ses textes à la machine et avec soin
Paul écrit soigneusement ses textes à la machine
les compléments d'instrument 55

La distribution des compléments d'instrument

Les seuls compléments d'instrument, en plus d'une carac-


téristique commune qui est de pouvoir être considérés comme sujets,
se distribuent avec des prépositions différentes et les déter-
minants qui les précèdent connaissent certaines contraintes. Les
exemples qui suivent sont ordonnés de façon à ce qu'on trouve
d'abord et en quelque sorte une définition du dictionnaire comme ,
travailler avec un laminoir. Ensuite, le complément d'instrument
est redistribué en tant que sujet d'un verbe indéterminé (V).

(17a) travailler l 'acier à j le) laminoir


\*unf
(17b) travailler l'acier avec fie) laminoir
\un)
(17c) travailler l'acier *de i le) laminoir
\ un)
(17d) travailler l'acier *par fle\ laminoir
\un)

\ > laminoir V l'acier


[un)
(19a) refroidir la Vichyssoise *à ( le ) réfrigérateur
(un)
(19b) refroidir la Vichyssoise avec (le) réfrigérateur
\un)
(19c) refroidir la Vichyssoise *de (le) réfrigérateur
\ un)

Il y a plusieurs prépositions qui introduisent des compléments


d'instrument. Cependant, mises à part certaines contraintes
d'ordre stylistique, on en dénombre quatre classes : à, avec
(à l'aide de, au moyen de, grâce à,...), de et par. Avec regroupe
les prépositions les moins spécifiques parmi celles qui introduisent
des compléments d'instrument.
a) La catégorie V tient lieu d'une gamme de verbes transitifs se
situant entre, par exemple, travailler et laminer
b) L'astérisque devant la préposition entraîne naturellement l'im-
possibilité de considérer une combinaison valable avec l'un ou
l'autre des déterminants qui suivent.
56 problèmes de sémantique

(19d) refroidir le Vichyssoise *par i le) réfrigérateur


\ un]
< > réfrigérateur V la Vichyssoise
(21a) assaisonner le riz à ( le) safran
\*unf
(21b) assaisonner le riz aveo j le) safran
\*unf
(21c) assaisonner le riz de ( le) safran
\*unf
(2Id) assaisonner le riz *par (le) safran
\un)
(22)( le ) safran V le riz
\*unf
(23a) contrôler l ''arrivée de courant *à i le) régulateur
\un j
(23b) contrôler l1 arrivée de courant avec lie) régulateur
\un)
(23c) contrôler l1 arrivée de courant *de i le) régulateur
\ un j
(23d) contrôler lfarrivée de courant par i le) régulateur
\un)
\un\ régulateur V l 'arrivée de courant

Les exemples (17 — 2 4 ) appellent plusieurs observations.

a) la distribution des compléments d'instrument des exemples


(17), (19), (21) et (23) correspond invariablement à :

(25) V O.D. PREP SN


(degré n spécifique) [+ instrument]

D'autres éléments peuvent s'insérer et modifier les premiers à la


condition que cette structure de base s'y retrouve;
b) l'unité lexicale verbale doit être dérivée selon (au moins)
une contrainte de spécificité, cette contrainte correspondant elle-
même à une échelle non encore établie; par exemple, travailler dans
(17) doit être opposé à traiter, puis à laminer. Dans ce dernier cas,
les compléments d'instrument 57

(26) laminer l'acier avec un laminoir

correspond en quelque sorte à une définition du dictionnaire comme


il a été dit plus haut et laminer serait le verbe dont le degré
de spécificité est le plus grand par rapport aux unités verbales
travailler et traiter. L'importance du caractère spécifique de
l'unité verbale prend relief quand cette dernière n'existe pas
dans la langue pour un grand nombre d'instruments, par exemple,
microscope, dictaphone, etc.;

c) les unités lexicales en fonction d'objet direct ont en


outre au moins un trait sémantique commun : O concret];

d) quelques constantes se dégagent de l'analyse des prépo-


sitions:

la préposition avec est celle qui connaît le moins de con-


traintes et reste possible dans à peu près tous les con-
textes;

les autres prépositions (à, de y par) s'excluent mutuellement


dans la plupart des cas.

Enfin, il faut souvent une analyse attentive pour distinguer


un complément d'instrument d'un complément d'un autre type. C'est
ainsi que

(19a) refroidir la Vichyssoise au réfrigérateur

révèle un complément de lieu si son interprétation est restreinte à

(27a) refroidir la Vichyssoise en la plaçant dans un réfrigérateur

L'interprétation de (19a) paraît être exclue dans (27b);

(27b) refroidir la Vichy ssoise au moyen d'un réfrigérateur

e) le comportement des déterminants diffère selon qu'ils sont


précédés de l'une ou l'autre de ces prépositions et selon également
le nom qui suit.
58 problèmes de sémantique

Dans le cas où le est précédé de à, ce déterminant a un sens


générique; dans le cas où le est précédé de avec, de ou par9 ce le
a un sens spécifique et doit être restreint dans le contexte lin-
guistique ou extra-linguistique. Soit

(28) travailler lfacier avec le laminoir dje mon père

L'absence d'un déterminant dans (21), quand la préposition


est de y laisse supposer qu f il s'agit d'un complément d'instrument
d'un type différent de (17), (19) ou (23). Le test de la prono-
minalisation du complément d'instrument avec en (dans un contexte
approprié) devient probant à ce sujet (cf. (17), (19), (21), (23));
il n'est pas sûr qu'on puisse même désigner le complément de (21)
sous l'étiquette complément d'instrument.

(29a)*en travailler l'acier


(29b)*en refroidir la Vichyssoise
(29c) en assaisonner le riz
(29d)*en contrôler l'arrivée de courant

D'ailleurs, le complément dans (21) se distingue encore par


l'impossibilité qu'on a d'obtenir avec suivi de un par.ce que ce
déterminant donnerait aux unités lexicales de ce type de complé-
ment un caractère spécifique qu'elles n'ont pas; partout dans les
autres exemples, un conserve un sens générique. Enfin, ce n'est
qu'avec des exemples comme (21) qu'on peut songer à la variante

(30) assaisonner le riz avec du safran

où les prépositions avec et de sont consécutives. Mais cette


variante ne peut être interprétée comme une paraphrase de (21c)
et la phrase conserve un sens spécifique comme le met en relief
les deux exemples suivants :

(31a) se servir de safran pour assaisonner le riz


(sens générique)
les compléments d'instrument 59

(31b) se servir du safran pour assaisonner le riz


(sens spécifique)

Pour que ce dernier exemple soit grammatical, il faut le replacer


O
dans un contexte approprié .
f) les compléments d'instrument ne peuvent correspondre à
des êtres animés comme il a été démontré par Lakoff (1968).

On peut encore essayer de paraphraser les phrases (3) et (7)


comme suit :

(32) *Pierre a servi à ouvrir la porte avec une olé


(33) la olé a servi à ouvrir la porte

Même dans le cas où le contexte établirait nettement que la porte


a pu être ouverte par le simple maniement d'une poignée, les phrases

(34) Pierre a servi à ouvrir la porte


(35) Pierre a ouvert la porte

n'ont pas le même sens; même si l'on présuppose un contexte rica-


neur ou blagueur pour (34), ce ne peut être le cas pour (35).

8. a) Dans le cas d'une pronominalisation par en, il est probable que


la phrase qui en résulte dérive de assaisonner le riz avec du safran
et non de assaisonner le riz de safran à cause de la présence du
déterminant. L'hypothèse de Gross (1967) provoque cependant une-
même opération pour ces deux phrases en considérant 1'élision du
déterminant dans assaisonner le riz d& (du) safran.
b) Selon Jean-Paul Boons, on distingue encore

assaisonner le riz de safran


et
assaisonner le riz du safran
par un critère aspectuel; l'action posée dans le premier exemple
le serait une fois pour toutes, tandis que dans le second, elle
pourrait être répétée au cours de la même opération.
60 problèmes de sémantique

3. La dérivation des compléments d'instruments

Dans le cadre des théories génératives et transformation-


nelles, le problème de la représentation sous-jacente se pose
plus particulièrement en ce qui concerne les phrases avec un
complément d'instrument (cf. Lakoff, 1968; Mey et Bresnan, 1968).
Ce problème conserve toute son importance dans les recherches
actuelles, mais il semble préférable de l'aborder par le biais
de l'étude de la composition du lexique, de la dérivation des
unités lexicales et des contraintes de sélection.

Les exemples (17), (19), (21) et (23) ont donc une distri-
bution équivalente à la suivante :

(36) V O.D. PREP SN


(degré spécifique) O concret] T+ instrument]
|_- animé J

Toute composante syntagmatique conventionnelle peut dériver ce


genre de structure. On peut cependant avancer l'hypothèse d'un
système opérationnel plus efficace où tous les noms des complé-
ments d'instrument seraient dérivés de la forme verbale corres-
9
pondante . Cette façon de procéder permettrait de tenir compte
du parallélisme entre (17), (19), (21), (23) et (18), (20), (22),
(24) respectivement. On déterminerait ainsi une catégorie de verbes
"instrumentaux" dont les propriétés leur seraient partiellement
conférées des unités lexicales entrant dans la composition des
compléments d'instrument. Ces verbes prennent un trait additionnel
J> transformateur] c'est-à-dire qu'ils marquent une opération de
transformation sur l'objet direct lui-même noté £+ transformable].

9. Une autre hypothèse émise par McCawley (1972) pose que certains
verbes proviennent directement du nom auquel ils correspondent
alors que d'autres verbes ne peuvent correspondre à leurs noms
respectifs qu'à travers plusieurs étapes dérivationnelles.
les compléments d'instrument 61

La structure syntagmatique de base équivaut alors à (37).

(37) SN O.D.
(degré n spécifique)
[a animé 1
-a instrument]
instrument "1
concret
[i transformable!
1

[: trans formateur]
Cependant des deux phrases (38) et (39),

(38) Paul pelleté la neige


(39) Faut lamine l'acier

seule (38) paraît correspondre directement dans sa structure à (37),


tandis que (39) provient d'une structure plus complexe marquée par
une opération d1enchâssement; cette structure est schématisée comme
suit :

(40)

Paul se sert d'un laminoir

le laminoir lamine l'acier

À moins qu'il ne s'agisse d'une pelle mécanique, on ne peut déter-


miner une même structure complexe pour (38) :

(41)

Paul se sert d'une pelle

*la pelle pelleté la neige

Une notation commode consiste à ranger dans le lexique


pelleter et les verbes de ce type sous une catégorie V-; la déri-
vation de pelle équivaut à la simplification de l'équation, Une
des contraintes de sélection de pelleter (ou d'un verbe moins
spécifique) provoque l'apparition obligatoire d'un sujet [ + animé].
62 problèmes de sémantique

Par contre, laminoir seul appartient au lexique sous une


v ^
catégorie N- ; après simplification, on obtient la forme verbale
laminer. Laminoir peut être sujet de laminer ou de toute péri-
phrase comme réduire en feuilles^ (en barres, etc.).

Restent à expliquer de ce point de vue des phrases comme

(42) Roméo transperça Juliette de sa lance

où on ne peut obtenir :

(43) *Roméo lança Juliette

ou

(44) *la lance lança Juliette

des unités comme lance, déjà rangées dans une catégorie N- , sont
n
munies d'une contrainte "ad hoc" pour empêcher la dérivation de
lancer. Il en est de même pour les unités dullexique qui nfont
pas de correspondants nominaux.
Les problèmes traités ici ne concernent somme toute qu'un des
nombreux aspects de la description des compléments d'instrument.
On aura cependant noté qu'une telle étude fait remettre en
question plusieurs notions traditionnelles auxquelles on ne fait
plus attention et qui sont couramment utilisées en linguistique,
et dont certains des principes sont aussi évalués plus ou moins
arbitrairement (cf. Lakoff, 1968). Nos recherches se poursuivent
en vue d'une mesure plus exacte de la distribution de ces phrases
et d'une évaluation plus juste des procédures de description qui
leur conviennent.

André Dugas
Université du Québec
à Montréal

10. Une telle notation est suggérée dans Bar-Hillel (1953) et dans
Lehrberger (1971).

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