Du Cinéma: Cahiers
Du Cinéma: Cahiers
DU CINÉMA
où Ton retrouvé tous les thèm es chérs à son réalisateur B dly W ik ler. jN o u s
SOMMAIRE
★
Films sortis à Paris du 12 janvier au S février 1955 ............................ 62
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£eô Mwtoc, $>tot(ie>iô
ont - itô une âme ?
Harpo Go West
Ce n'est pas pour entrer, dès la p rem ière ligne, dans les norm es de la
m orale des M arx Brothers, que nous com m ençons ce tte Encyclopédie
M arxienne par sa p o st-fa c é l>io-fïlmographique.
Il nous a paru nécessaire de bien défin ir V état-civü des héros e t d ’énu-
m érer les principales étapes de leurs carrières, a v a n t <Ven arriver à des
considérations moins objectives.
AVANT
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devenir garçon livreur d'un épicier à Cripple Creek pour gagner le prix de son
retour à New-York.
Il joue encore un héros journaliste dans un circuit a skit » et chante entre
les actes.
T H E FOUR M A R X BROTHBRS
Minnie Marx prend les affaires de ses fils en main, et devient à la fois
leur producteur et leur imprésario. Elle décide qu’ils auront un numéro à eux.
1910. — T H E T H R E E N IG H T IN G A L E S groupent Julius, un ténor et une
chanteuse. Aucun profit.
Arthur chasseur à l 'Hôtel Séville (28th Street) débute au Théâtre Anderson
de Coney Island, violemment poussé sur la scène par sa mère. Mais on ne
pourra pas lui confier beaucoup de texte car le trac le rend muet. Il deviendra
tout de suite un mime.
Léonard écrit des chansons populaires et idiotes pour l 'Editeur Shapiro
Berstein.
T H E T H R E E N IG H TIN G A LES deviennent T H E FOUR N IG H T -
INGALES : Arthur, Mil ton, Léonard, Julius et Janie O’Riley.
T H E FO U R NIG H TIN G A LES deviennent T H E SIX M A S C O T S en
s'augmentant d'une tante Marx et de Minnie Marx. L ’Est étant épuisé, Minnie
embarque Ja famille pour Chicago, « la cité venteuse » qui va devenir le
centre de nouvelles tournées dans le Sud et le Middlewest. Léonard reste à
New-York pour fournir des rengaines
aux Editions Shapiro-Berstein. De plus,
il joue du piano, ainsi que Milton, dans
les Cafés et les Cinémas.
Successivement, dans tous les bastrin
gues de l'Est, Harpo chante faux et J a
nie O'Riley manque immanquablement les
notes aiguës. Souvent la troupe reste blo
quée, sans argent, dans les petites villes,
des « whistle-stop town » où le train ne
s’arrête que si on lui fait signe ; Milton
et Léonard rejoignent Julius et Arthur.
Ils vont maintenant jouer ensemble sous
un nom unique : T H E FO U R M A R X
B R O T H E R S dans les principaux circuits
de variété.
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leur retour avec une ridiculisation systématique du spectacle, mêlée d ’injures pour
les spectateurs. Le succès est immense.
A Denis on le spectacle de variété terminé, le directeur de la salle leur
propose 75 § au lieu de 50 $ par semaine pour ajouter un sketch. La première
soirée était organisée par des instituteurs. De plus, la mode était aux Scîiool
days acts, scénettes montrant des enfants dissipés, levant toujours le bras
pour parler, se tortillant sur leur banc et répondant des âneries aux questions
du maître.
Avec les souvenirs de ce qu’ils avaient déjà vu, et en improvisant beau
coup, ils présentent pour la première fois F U N I N H I S K U Z E , sketch de
une heure et demie qu’ils vont garder pendant des mois.
GROUGHO jcue le maître d’école. Il a déjà ses moustaches
peintes, une paire de lunettes et un habit que leur vieux beau d'oncle
Julius a prêté à contre-cœur. GUMMO est le spécialiste du dialecte
allemand. HARFO joue un rôle à la Pasty Bolivar, l'étem el person
nage de crétin que l’on symbolise, lors des fêtes en plein air, avec
un potiron évidé dans lequel on entaille le regard idiot et la bouche
toujours ouverte, Une bougie disposée à l'intérieur du potiron illu
mine l'ensemble.
Tante Hannah lui a fabriqué avec du câble et du coton une per
ruque d'un rouge dégoûtant qui lui va comme un nid d’oiseau sur
sa tête. Il a, déjà, également, son manteau de cuir un peu long et
sa canne meurtrière que prolonge une trompe d ’auto. ■
Les dialogues des frères quoique encore élémentaires leur ressem
blent déjà beaucoup.
Entre Harpo.
G ro u c h o : Enlevez ce chapeau! Pourquoi êtes-vous en retard?
H akpo : Ma m èie avait perdu le couvercle du poêle. Il a fallu
que je reste assis sur le poêle pour empêcher la fumée de
sortir.
Les élèves enlèvent la chaise du m aître, m etten t des pétards dans
son tiroir et ne retiennent rien de son enseignement.
G ro u c h o : Quelle est la forme de la terre?
C h i c o : Je ne sais pas.
G ro u c h o : Quelle est la forme de mes boutons de manchettes?
{Il m ontre sa m anche.)
Chico (regardant) : Carrée.
G ro u c h o : Non, pas ceux-là. Ceux du dimanche!
C hico : Ronds.
G ro u c h o : Quelle est maintenant la forme de la terre?
C hico : Carrée la semaine, ronde le dimanche.
Quelques mois plus tard les Marx ajouteront à ce sketch une suite : <r La
visite des anciens élèves à la vieille école ». Au piano Léonard bouche les
trous et souligne les effets.
LA C O M ED IE MUSICALE
1912. — Les Marx jouent un Tab Show (Tabloïd Show) comédie musicale abré
gée convenant aux spectacles coupés des variétés et qui à ce moment rempor
taient un très grand succès.
CINDERELLA GIRL avec toute une troupe de filles. Léonard est au
piano. Lyrics de Gus Kahn.
1914. — T H E D U K E OF B U L L D U RH AM . —■ Alors qu’ils avaient tous trouvé
leurs personnages, le monologuiste ART F IS C H E R leur donne enfin les
surnoms : GROUCHO le ronchonneur, GUMMO le mangeur de gomme et le
porteur de soulier en caoutchouc, CHICO le chasseur de demoiselle (chicken),
ZEPPO , parce qu’on parlait beaucoup de zeppelin à cette époque, HARPO
(of course).
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Gummo, Groucho e t Harpo
entourent leur cher et respec-
tact et de courtoisie, qui don-
table oncle Julius, modèle Je
nera à Groucho sa propre
vieille redingote.
1917. — WORLD WAR I. (Ce n'est pas le titre d ’un spectacle de Broadway). —
La Chicago Recruting Station reforme The Four Marx Brothers, respectivement
pour : vue défectueuse, pieds plats, incapacités physiques contractées par suite
d ’opération et pour raisons générales.
Groucho au sergent recruteur : « E t ce n ’est rien. Si vous voyiez le cin
quième Marx Brothers, il a deux têtes ».
Léonard et Julius participent à des spectacles dans les camps de militaires.
Adoîph et Milton iront finalement aux armées. C’est Herbert (ZEPPO) le plus
jeune des frères Marx qui les remplacera.
1918. — T H E GRE E N ’S R E C E PT IO N .
1919. — Groucho se marie avec la danseuse Ruth Johson. Cinq clergymen refusent
de marier ces comédiens excentriques. Un sixième, qui aimait peut-être le music-
hall accepte. Pendant le mariage, Groucho harcelle le pasteur de questions et
Harpo, caché derrière une plante verte, se promène avec, pour faire croire
qu’elle marche. L ’anecdote est d’ailleurs certainement fausse.
ON T H E M EZZANINE FLOOR. Spectacle de variété au cours duquel
était présenté le champion de boxe Benny Léonard.
1919% — Home Again. —- Le riche oncle Al Shean décide de donner le coup de
pouce nécessaire. Les Marx montent une comédie musicale qui exige 16 acteurs
et des chœurs. Ce premier spectacle va commencer à les faire connaître.
Au retour de la guerre, Milton qui en a assez du théâtre devient fabricant
d ’imperméable. Chico commence à discuter quelques contrats à la place de leur
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mère Minnie. Optimiste et ayant des amis partout, il va prendre l'habitude
d ;arranger les situations difficiles, pendant que Groucho se ronge les ongles.
19 Mai 1924. — Enfin Broadway au Casino. Le temps est beau et c’est lai fin de la
saison. Les critiques ne pensent pas à se déranger pour un minable spectacle
provincial. Seul, l ’un des plus grands, Alexandre Woollcott, ayant oublié de se
faire remplacer y va avec un ami. T.e premier mot d'entrée de Groucho le rend
fou d ’admiration :
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Animal Crackers à Broadway. Girls et luxe entourent Groucho.
LE C I N E M A
CHICO signe un contrat pour 5 films avec Walter Wanger. Ils vont ensem
ble voir Adolph Zukor chez lui. Les Marx vont tourner au studio Astoria de
Long Island The Cocoamds, en continuant à jouer Animal Crackers tous les
soirs. Plus Groucho participera à des films, plus il se persuadera que le Cinéma
n ’est pas encore le « soft racket » dont il rêve.
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192g. — T H E COCOANUTS. Paramount (Noix de Coco).
Réalisation : Robert FLORE Y, d ’après la comédie musicale de G. S. Kauf-
man, première comédie musicale de la Paramount (tournée en même temps que
la première de la M.G.M. Broadway Mélodies). Avec Margaret Dumont, Mary
Eaton
Octobre. — College Humour publie en feuilleton Bcds le premier îivre de Groucho
avant que celui-ci ne soit vendu en volume.
Eté 1930. — ANIMAL CRACKERS. Paramount. (VExplorateur en folie).
Réalisation Victor Herman. D ’après la comédie musicale de Bert Kalmas3
Georges S. ; Kaufman, Harry Ruby, Morrie Ryskind. Scénario : Morrie Rys-
kïnd. Continuité : Pierre Collings. Opérateur : Georges Folsey. Avec Margaret
Dumont, Louis Sorin, Margaret Irving, Lilian Roth.
Animal Crackers fini, Les Marx vont à Londres, comme vedettes de VARIE-
T IE S de Charles Cochran, pendant six semaines à Noël, et prolongent même leur
promenade, pendant deux jours jusqu’à Paris. À Londres Groucho a rencontré ses
auteurs préférés : B. Priestley, Noël Coward et Somerset Maughan.
1931. — MONKEY BUSINESS. Paramount {Monnaie de Singe).
Réalisation : Norman Mac Leod. Scénario original : S.J. Perelman et
W.D, Johnstone. Dialogue additionnels : Arthur Sheekman. Opérateur : Arthur
L. Todd. Avec Harry Woods, Thelma Todd, Ruth H all, Tom Kennedy.
I 93 2- — H OR SE FEA TH ER S. Paramount.
Réalisation : Norman Mac Leod. Scénario : Bert Kalmas, Harry Ruby,
S J. Perelman.
La radio retransmet en direct les spectacles des Marx. Les deux rives de
3'Atlantique connaissent maintenant leurs noms.
Fin de l ’après-guerre et début de l ’avant-guerre. Groucho achète une mai
son â Beverly Hills. Il y reçoit Will Rogers et W.C. Fields quand il n’a pas
trop bu.
r 933 - ” DUCK SOUP. Paramount ( ta Soufe au Canard).
Réalisation : Léo Mac Carey. Scénario, musique et lyrics : Harry Ruby,
Bert Kalmas. Dialogues additionnels : Arthur Sbeekman et Nat Perrin, avec
Raquel Torres, Margaret Dumont.
Ce sont les pires années de la crise. Duck Soup beaucoup plus drôle que
les films précédents rencontre peu de succès.
GROUCHO organisera première réunion de la Screen Àcfor’s Guild. Il
sera nommé premier trésorier de cette association qui va devenir puissante.
Z E PPO abandonne ses frères et fonde une agence théâtrale. Ses aînés seront ses
premiers clients. GUMMO le rejoindra quelques temps après. Les frères Marx
ne sont plus que trois : GROUCHO, CHICO et HARPO.
A la Paramount, le président Emmanuel Cohen pense que la popularité des
Marx décroît et se demande s ’il va ou non prolonger leur contrat. Pas d ’enga
gement en vue.
Les Marx rencontrent Julius THALBERG, un des producteurs de la
M.G.M. qui avait la réputation de ne faire que ce qu'il voulait et avait juste
ment envie de tourner avec les Marx. A l ’automne3 les Marx abandonnent la
Paramount et décident de tenter leur chance avec la M.G.M.
Janvier Ï934. — Aucune nouvelle de Julius Thalberg. Commencement de panique
chez les frères. Premier contact avec la Radio à N.Y. CHICO et GROUCHO
entreprennent itne série d ’émission d ’une demi-heure pour l ’ESSO OIL COM-
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PANY intitulé : F L Y W H E E L , S H Y S T E R A N D F L Y W H E E L . Mais l ’an
nonceur interrompt l ’émission, après 26 semaines.
Groucho Marx part pour l ’été, avec sa famille, à Showhegan dans le Maine. ,
Sa villa donne sur le lac Wesserunsett joyau de Lakewood Playhouse où se trouve
un théâtre très connu. On lu: propose de jouer le rôle de T W E N T I E T H CEN-
T U R Y , une pièce de Ben Hecht et Charlie Mac Arthur.
Le succès que remporta Groucho dans cette pièce sans grimace ni fausse
moustache surprit beaucoup de gens. Pour Groucho, la facilité de son succès fut
un étonnement. « Mais jouer « straight » est à la portée de tout le monde i » Il
pense un moment abandonner ses frères et continuer à jouer du théâtre « sérieux ».
A l'automne les. frères se retrouvent à Htollywood. CHICO avait déjà revu
Thalberg qui voulait rencontrer toute la famille. Un dîner d ’affaires s’organise
au Beverly Wilshire Hôtel. Groucho prend la parole :
— Comment trouvez-vous Horse Feathers?
— Pas mal.
— Et M onkey Business?
— Pas mal, mais pas bon non plus.
— Et qu'y avait-il de mauvais?
—C’étaient des films drôles, mais il n ’y avait pas d ’histoire.
Il faudrait dans vos film s que les scènes de comédie prolongent
l’intrigue...
— Et Duck Soup, l'avez-vous aimé?
— Comme les autres, répond Thalberg sans enthousiasme.
Quand Anim al Crackers fut porté à l’écran par Victor Heerman, Groucho reprit le
casque, les bottes et les culottes d’explorateur déjà usées à Broadway.
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— Bon. Je suis venu pour dîner et être engagé. Etre insulté est
une autre chose t
Harpo et Chico ne sont pas rassurés. Mais ThaJberg qui tient à
cette collaboration explique ses vues sans se démonter.
Après l ’entrevue Groucho éprouve le besoin de reconnaître : « Enfin nous
avons rencontré un producteur de film qui sait de quoi il parle ». Pour la pre
mière fois également les Marx vont accepter des avis sans protester et en tenir
compte.
1935. — A N IG H T AT T H E OPERA. M.G.M. (Une N uit à VOpéra).
Réalisation : Sam Wood. Scénario : James K. Mac Guiness. Adaptation :
Georges Kaufman, Morrie Ryskind. Avec Kitty Carlisle, Allan Jones, Sig.
Ruman, Margaret Dumont.
Mort d'irving THALBERG.
1936. — A DAY AT T H E RACE. M.G.M. (Un Jour aux Courses).
Réalisation : Georges Seaton. Musique : Kaper et Jungman, avec Allan
Jones, Maureen O ’Sullivan, Marguerite Dumont, Sig Ruman, Douglas Dum-
brille.
Succès immense. Réussite financière démesurée.
H A R PO fait un voyage à Moscou. GROUCHO va à Honolulu, avec sa
femme et décide au retour, de prendre des leçons de guitare.
ET C ’EST LA FIN
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Dans son dernier film, une comédie nautique : A Girl tn E veiy Port, Groucho, débarrassé
de ses frères, partage la vedette avec Marie Wilson et William Bendix, mais garde les
demoiselles pour lui tout seul.
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I 945 - — GROUCHO se marie pour la deuxième fois avec Kay Gorgey.
1946. — A N IG H T IN CASABLANCA. United Artist. {Une N uit à Casablanca.)
Production : David L. Loew. Réalisation : Archie Mayo. Adaptation :
Joseph Fields et Roland ICilbee, avec Sig Ruman, Charles Drake, Lois Collier,
HARPO refuse les fortunes qu’on lui offre pour farler dans un film. Il
joue la pantomine dans les Night-Clubs.
CHICO fonde une chaîne de restaurants et retourne au vaudeville.
1948. — LOVE HAPPY. United Artists, (La Pèche aux Trésors.)
- Réalisation : David Miller. Scénario : Frank Zamlin, Mac Henoff, d ’après
une idée de Harpo Marx, avec II ona Massey, Vera Elîen, Marion Hutton.
GUMMO, redevenu manager des Marx, annonce qu’ils vont tourner l’his
toire de leur vie.
LES M A R X SEPARES
GLOIRE A C R O V C H O SEUL
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Groucho Mar* a trouvé dans ses apparitions une fois par semaine, à
la Télévision, dans You Bet Your Life, l’emploi tranquille dont
il a toujours rêvé.
devant les caméra de télévision, ses émissions étant toujours filmées. Malgré un
net retour au style « Animal Crackers » et à des numéros extraits, de « Go
West » cette émission est une grosse déception.
1953. — YOU BET YOUR L IF E . Cycle filmé (Filmcraft Production).
Production : John Guedel. Réalisation : Bernie Smith, Bob Dwan.
« IN V IT E » au spectacle télévisé RO D E E R S E T H A M M E R S T E IN .
1954. YOU B ET YOUR L IF E . Cycle filmé (Filmcraft Production).
Arthur Marx (fils de Groucho), Omar Bradley.
Production : John Guedel. Réalisation : Bob Dwan, Bernie Smith. Avec
Ces émissions abandonnent de plus en plus le simple jeu des questions-
réponses pour devenir un spectacle.
LES FRERES
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1930- — BEDS.
1937. — Collaboration au scénario Warners Brothers : T H E K IN G AN D T H E
C H O RU S G1R L.
1940. — M A N Y H A P P Y R E T U R N S , guide officiel sur les problèmes posés par
la déclaration d ’impôt sur le revenu.
1947. — Co-auteur avec Norman Krasna d ’une comédie T IM E F O R E L IS A B E T H
qui jouée en 1948 eut une critique très favorable.
1954. — Groucho s’est en outre récemment marié avec une splendide Eden H A R T
FORD de 24 ans.
DE PR O F U N D IS
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COMMENT PEUT-ON ÊTRE HITCHCOCKO - HAWKSIEN ?
Ï7
2
certains d'entre nous, et des divergences qui les opposent à ces jeunes Turcs,
nous tenons en effet leur opinion pour respectable et féconde.
Respectable parce que ceux qui les connaissent peuvent témoigner,
je ne ‘ dis pas naturellement de leur sincérité mais de leur com pétence.
Je n'aim e guère que Lachenay m'oppose le nombre de leur vision des films
incriminés, c'est un argument d'autorité qui se retournerait contre eux à
l'égard des films qu'ils réprouvent. Mais il est bien vrai qu'on parle autre
ment d'un iilm qu'on a vu cinq ou dix fois. De ce que leur érudition n'est
pas fondée sur les m êm es critères de valeur que celle des critiques che
vronnés ou britanniques n'enlève rien à son efficacité. Ils parlent de ce qu'ils
connaissent et il y a toujours profit à écouter les spécialistes.
C'est pourquoi aussi leur parti-pris est fécond. Je ne crois guère en
matière de critique à l'existence de vérités objectives ou plus exactement,
je prise d avantage les jugements contraires qui me contraignent à consolider
les miens, que la confirmation de m es principes par des arguments faibles.
Si je maintiens mon scepticism e à l'égard de l'œ uvre d'Hitchcock du moins
est-ce pour de m eilleures raisons et je ne puis plus voir un film d'Howard
Hawks avec les m êm es yeux.
Q ue si l'on nous dem ande maintenant ce qui justifie que ces opinions
s'expriment justement dans les Cahiers, jé répondrai d'abord que les
revues de cinéma ne sont point si nombreuses que les littéraires et que
la dignité à s'exprimer est déjà une condition suffisante pour que nous y
prêtions la main. Mais j'oserai avancer qu'il existe entre nous tous, et en
dépit de. nos disputes, quelque chose de commun, je n e veux p as parler
de l'amour du cinéma, qui va de soi, mais sous tous nos jugem ents le refus
vigilant de n e jamais réduire le ciném a à ce qu'il exprime.
Il est vrai que nos thuriféraires d'un certain cinéma am éricain paraissent
donner dans l'hérésie contraire. Je le regrette pour eux car ils entretiennent
un malentendu que leur position gagnerait à élucider, et je m 'excuse de
devoir, un peu de leur faute, me faire un instant leur avocat. M ais s'ils prisent
à ce point la m ise en scèn e c'est qu’ils y discernent dans une large m esure
la matière m êm e du film, une organisation des êtres et d es choses qui est
à elle-m êm e son sens, je veux dire aussi bien morale qu'esthétique. Ce que
Sartre écrivait du roman est vrai de tous les arts, du ciném a com m e d e la
peinture. Toute technique renvoie à une métaphysique. L'unité et le m essa g e
moral de l'expressionnisme allemand ne nous apparaît-il p as bien davan
tage aujourd'hui dans sa m ise en scène que dans ses sujets ou plus préci
sém ent n'est-ce pas ce qui, de son « projet » moral, s'était parfaitement dissous
dans l'univers visuel qui demeure à notre esprit le plus significatif. Je déplore
pour m a part comme beaucoup d'autres, la stérilisation idéologique de
Hollywood, sa timidité croissante à traiter avec liberté de « grands sujets »
et c'est pourquoi aussi Les hom m es préfèrent les b lon des m e fait regretter
Scarface ou Seuls les an ges onf des ailes. Mais je sais gré aux admirateurs
de Big S k y et de Monkey Business de déceler avec les yeu x de la passion
ce que l'intelligence formelle de la m ise en scène de Hawks cache d'intel
ligence tout court en dépit de la sottise explicite des scénaristes. Et s'ils ont
tort de ne pas voir ou d e vouloir ignorer cette sottise, du moins préférons-
nous en effet aux Cahiers ce parti pris-là à son contraire.
André BAZIN.
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ENTRETIEN
— Mon dernier film s’appelle The trouble with Harry. Je l ’ai commencé immédia
tement après To catch a Üùef. J ’ai terminé To catch... un après-midi a"cjnq heures
trente et à sept heures trente, Harry était en train. Il y a une raison à; tel a : The
trouble with Harry devait être filmé dans VEst des Etats-Unis, au moment où les
arbres prennent leur couleur automnale* C’est même la première fois, à ma -connais-
sance, qu’un film a été réalisé en couleurs spécialement pour la saison pendanHaquelle
il se déroule. J ’ai donc réuni acteurs, cameramen, toute une équipe et nous sommes
partis pour le Vermont. Là-bas nous avons attendu que les feuilles daignent passer
du vert au jaune et du jaune au rouge. Mais il fallait que je commence le film très
rapidement car les feuilles auraient fort bien pu ne pas nous attendre. C’est très
intéressant, car pendant tout le film, la couleur sera celle des arbres : jaune et rouge.
The Trouble with Harry est une comédie autour d ’un cadavre. Ce cadavre s ’appellle
Harry et cause de nombreux, ennuis à plusieurs personnes. Un homme, qui était parti
chasser le lapin, croit avoir tué Harry ; avec l ’aide d ’un ami il enterre le cadavre.
Puis, il se .souvient qu’il n ’avait que trois balles, et comme il a tué trois lapins, il
dit : « f e n'ai fias tué Harry. Déterrons-le ». Au cours du film le corps est enterré et
déterré trois ou quatre fois. C’est macabre, mais aussi très amusant- J ’ai fait ce film
en trente et un jours et il a été monté en même temps que To catch a tîdef, par le
même chef-monteur et ainsi les deux films seront terminés en même temps.
-— The Trouble with Harry ressemble apparemment à vos film s anglais ?
— Oui, cela ressemble assez à une comédie anglaise. Vous vous souvenez de
Noblesse Oblige ? C’est un film de ce genre, voyez-vous !
— Mais ressemble-t-il aux films anglais que Von a pu voir ces dernières années
au à vos films anglais d ’avant 1940 ?
— Plutôt à un film anglais actuel. Vous savez, les comédies qui tournent autour
de cadavres séduisent particulièrement les Londoniens ; il faut beaucoup de plaisante
ries sur les cadavres et les trucs comme cela- Dans d’autres pays, en Allemagne, par
exemple, le public prend la mort très au sérieux et n ’en plaisante jamais. Je crois que
les Français comprennent ce genre de plaisanterie; ils ressemblent aux Anglais, dans le
domaine des plaisanteries. Non ?
19
« ïië f ';Æ y -.'>. ??>î: h •
?•'•; ;;5 /-
HItch. cherchant le polygone
de sustentation.
— Peut-être. Pour en revenir au sujet qui nous occupe il faut vous mouer que
nous préférons —- ci de loin — vos films américains.
— Peut-être parce qu’ils s’adressent à un plus large public ?
— Ce n ’est fas cela. Nous pensons qu’ils sont plus sérieux.
— Avec un arrière-plan plus profond ? (i)
—- Oui*
— Sans doute ont-ils plus de caractère. J ’étais très jeune quand j ’ai fait mes
filins anglais et je les tournais avec toute la fièvre d ’uii te une homme faisant du
cinéma. Maintenant, il faut leur donner plus de consistance. Il est très possible que
je fasse un re-make d ’un de mes vieux films anglais : L'homme qui en savait trop;
mais cette fois ce sera une vedette américaine et conservant le même sujet, je le trai
terai un peu plus sérieusement. - •.
— Ainsi vous tournez des films comiques étam jeune cinéaste et vos films
récents —- •particulièrement I Confess — sont tout à fait sérieux, Nous. on appelle
cela une a évolution » I
— Oui. Parce que, voyez-vous, je crois aujourd’hui, nous devons faire un cinéma
différent,, nous- devons donner plus de consistance à nos histoires. En d ’autres termes,
nous traitions autrefois les histoires plus superficiellement, tandis que la difficulté
maintenant... par exemple : prenons une histoire d ’espionnage, aujourd'hui nous
devons faire plus attention : quelle histoire d’espionnage ? Et pourquoi ? Le public
se pose infiniment plus de questions \ dans le temps il ne recherchait qu’une espèce
(1) A deeper taackground ?
20
Joan Fontaine
dans Suspicion.
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DU PUR CINÉMA
— Nous -pensons que vous avez commencé à changer de maniéré avec voire pre
mier film américain : Rebecca ?
-— Oui, c'est juste.
— Tous vos films hollywoodiens se trouvent contenus dans Rebecca et pour la
première fois. Par exemple la confession de Laurence Olivier est comme le brouillon
de celle d ’Ingrid Bergman dans Uncler Capricorn.
— Oui, c ’est exact. Us devaient arpenter la pièce en long et en large comme
s ’ils se donnaient en spectacle. Vous voyez ce que je veux dire ? Olivier a fait cela
très bien- Je ne sais pas si Bergman a fait cela comme il faut dans Under Cafricorn.
Je pense : pas aussi bien. C’était Hitchcock désarmé entre les mains de l ’acteur. Cela
ne donne rien de bon.
— Les films de vous que nous -préférons sont I Confess et Under Capricorn.
— Je les trouve trop sérieux ; trop sérieux aussi Rear Window. L'avez-vous
vu ? '
— Pas encore. ■
— La fin est très angoissante. Les spectatrices américaines crient et ne peuvent
supporter l'angoisse de ce film. Tous les spectateurs crient et cela me rend très heu
reux, cela m’amuse beaucoup ; même maintenant, ce genre de choses m'amuse énormé
ment. Je ne suis pas aussi sérieux que le public pour ça. J ’avoue que de les entendre
crier, je trouve cela comique.
— Sans doute, mais un film comme I confess, vous l ’avez fait très sérieusement ?
—- Oui, parce que c’était un film religieux. Mais bien des gens ont dit : « Ce
n ’est pas un vrai Hitchcock, parce que l ’on n ’y trouve pas le mélange de dramatique
et d Jhumour ».
—- Pour fions, le vrai Hitchcock est bëaucoup -plus que cela. E t four vous ?
— Oh ? Il n ’y a pas de doute. Je serais plus intéressé de tourner du Dostoiëwsky,
Crime et Châtiment par exemple ; ce serait très facile pour moi. Je tends à réaliser
des films sérieux et profonds (3) et c'est plus facile que les films que je dois faire
commercialement. Les films commerciaux sont difficiles pour moi, parce qu’ils sont
un perpétuel compromis, et c'est beaucoup, beaucoup plus facile de faire un film
sans compromis.
— I l nous semble que Rope est le brouillon, la premiere ébauche d'Under Capri
corn comme Strangers on a train est celle d'I Confess. Si 710n s aimons particulière
ment Under Capricorn et I Confess, c’est qu'il semble que vous y ayez mis ce qu’il
y avait de meilleur dans les autres sans, justement, le « compromis ».
— Oui, je vois ce que vous voulez dire-
— Rope est le premier film dans lequel vous avez utilisé le « ten minutes take »•
— Oui, c’est dans Rope que j ’ai fait l ’expérience. J 'a i créé une technique nou
velle parce que je me suis dit : voilà une histoire qui se passe dans une seule pièce,
en une heure et demie ; par conséquent il faut que je fabrique une technique de film
spéciale, qui soit continue, sans jamais s’arrêter, sans se couper, rien pour créer cette
même sensation de continuité.
— E t vous avez repris cette technique en Vaméliorant dans Under Capricorn ?
— Oui, c'est cela. C’était une technique très difficile parce qu’il fallait... Des
gens pensent que c’est une erreur et que ce n'est pas du cinéma. Mais c’est du pur
cinéma, parce que vous devez d ’abord faire le découpage dans votre tête, puis ce
(3 ) I feel to make films of profound character.
22
« Dial H. for Hitchcock. »
découpage est rendu continu par le mouvement des acteurs, non seulement de la
caméra mais des acteurs et de la caméra. Ainsi l ’appareil se déplace, les acteurs se
déplacent et créent en jouant différentes compositions de cadrage ; pour moi c’est
du cinéma beaucoup plus pur, mais il n’y eut pas assez de gens pour me suivre.^ Mais
pour moi, c ’est quand même du cinéma pur parce que le découpage (eut) était une
nécessité des temps anciens, quand on ne pouvait remuer la caméra.
■—■ Certes ; quand vous tourniez Rope, songiez-vous déjà à Under Capricorn ?
— Euh... non. Under Capricorn n ’était pas préparé. J'a i fait Under Capricorn
parce que je voulais reprendre l ’idée de Rope sur un genre d ’histoire différent, pour
voir ce que cela donnerait.
— Ou f eut même dire que cette technique est poussée plus loin dans Under Capri-
com puisque vous vous êtes imposé plusieurs pièces, un quatrième mur et surtout le
second étage...
— Oui vous avez raison. Ce fut d ’une difficulté terrible pour les techniciens.
—■ De même vous avez repris la technique : éclairage, cadrage, dccoicfagc, de
Strangers on a train dans I Confess, mais en quelque sorte purifiée’
— Oui. C ’était beaucoup plus pur à tous les points de vue. Ce n ’était pas aussi
commercial ; le milieu, les personnages, tout était purifié. (4)
23
personnes, qu’on vous prête pour vous exprimer. Et ma conscience me dit : il faut
mettre la sourdine pour qu’ « ils » puissent rentrer dans leur argent ; ou bien, il n’y
aura plus d ’industrie et elle mourra de sa belle'mort. Voilà ma raison.
— Pour Rope, Ünder Capricorn et I Confess, vous étiez votre propre produc
teur ?
— Oui,
—- Etait^ce parce que les sujets vous tenaient très à cœur ?
— Oui, ça se pourrait bien ; oui, ça se pourrait bien- Regardez en Angleterre,
rt ils » ont fait de nombreux films non commerciaux, il n ’y a plus d’industrie : « ils »
n ’ont plus d ’argent pour faire des films. Il faut bien se mettre dans la tête...
Après tout, qu’est-ce qu’un cinéma ? Un cinéma, c’est un écran avec tout un las
de fauteuils qu’il faut remplir. -Bien sûr, si le cinéma était différent, si cela se
passait dans une pièce, comme un. tableau qu’on regarde sur un mur, cela changerait
^ien des choses, mais vous devez reconnaître le fait. C’est là justement que réside
la difficulté de faire du cinéma. Ce serait infiniment plus agréable si l ’on pouvait
tourner le film en i6 mm. et puis, comme pour tous les autres arts, s ’il paraît devoir
être populaire, de l ’agrandir en 35 mm- pour l ’exploiter. Au départ, cela coûterait
une bouchée de pain, et puis, comme pour un manuscrit qu’on édite et qu’on publie
cela pourrait devenir une grande chose. Mais dans l ’état actuel des choses, c’est un
•peu comme un peintre à qui il en coûterait un million de dollars pour peindre son
tableau et l ’encadrer.
— Jacques Becker a dît- un jour : « Alfred Hitchcock est le metteur en scène
au monde qui doit avoir le moins de surprises en projection ».
— C’est vrai. J e ne vais même pas aux rushes. On me demande : pourquoi n’allez-
vous pas aux rushes ? Je réponds : pourquoi irais-je aux rushes ? J ’ai vu ce qui se
passait sur le plateau ; dans ma tête, je connais exactement les cadrages et si quelque
chose cloche dans les éclairages ou la photographie, le cameraman me le dira, mais
pour le jeu des acteurs, pour la composition des images, je sais. Aussi n ’est-il pas
nécessaire d ’aller aux rushes.
— Cette certitude qtiani à la mise en place à Vintérieur du cadre nous parait
plus grande encore depuis Strangers on a train. I l semble que le résultat soit plus
conforme encore à vos croqids. Cette extraordinaire précision, la devez vous à Robert
Burks qui est devenu votre chef opérateur habituel depuis Strangers on a train ?
— J ’utilise Burks maintenant car il me facilite mon travail. Parce qu’avec lui,
je ne regarde jamais dans le viseur. On me demande : pourquoi ne regardez-vous
Jamais dans le viseur ? Mais enfin ! je sais quel objectif est utilisé et son ouverture,
je peux voir la position de la caméra et celle des acteurs. Je dis à Burks : a Vous
coupes à la taille, hein ? »• Il me répond : « Oui, c’est cela ». J ’ai tout cela dans ma
tête, leur position, leur dimension et tout. Il sait* le cadrage que je désire, et s’il a la
moindre difficulté, je fais un petit dessin. Passez-moi un crayon. Je dessine l ’écran,
Le baiser de Notorious.
vous voyez, et je dis : voilà le cadrage; un petit dessin pour chaque cadrage; voyez:
un homme là devant, voilà la fille, et voilà le type qui surveille d ’un peu plus loin.
La position des personnages détermine le cadrage. Bon. La première chose que je des
sine, quel que soit le cadrage, c’est la première chose qu’on regarde : ce sont les
visages ; donc, avant tout : position des visages. Vous voyez. Je dessine d ’abord lés
visages, et après je détermine le cadrage.
— Oui, juste/iieut les cadrages, les éclairages nous ont -paru différents depuis
Strangers on a train. Davantage de rigueur, d'arêtes vives, de netteté, plus de gris...
25
Dial M. for Murder, La Caméra dans la fosse, en accentuant
les perspectives, permettait de nombreux effets de relief en 3 D.
JE SUI S INNOCENT!
— Est-ce que cela vous cause die désagrément d'être étiqueté a le maître de
V'angoisse », « le roi du suspense », <c le fabricant de thrillers », etc ?
— En Amérique, on est facilement classé une fois pour toutes. Il me faut faire
du suspense sinon les gens seront désappointés. En d'autres termes, comme je
le raconte souvent, si je tournais Cendrillon, « ils » ne seraient contents que s’il y,
avait un cadavre dans le carrosse.
— Mais aimeriez-vous tourner Cendrillon ?
— Ma Cendrillon ? Peut-être; pour les cadrages, la composition, cela pourrait
être intéressant.
" On vous a prêté, il y a quelques années un projet curieux* : un Hamlct tno~
derne, avec Cary Grant, traité à'un -point de vue psychanalitique.
— Oui, oui; mais savez-vous pourquoi je n ’ai pas donné suite à ce projet ?
C'est drôle. Un type m’a envoyé, par voie d ’huissier, une lettre recommandée disant
qu'il avait écrit un nombre considérable d ’Hamlet modernes, et que si je faisais le
mien, il me poursuivrait en justice pour un million deux cent cinquante mille dollars.
J'allai en justice et je gagnai, mais le type était un pauvre homme et fut reconnu
irresponsable. Je payai les frais et cela m’a coûté en définitive dix mille dollars.
— C'est affreux.
26
« Dial M. for Murder, c’est la même chose que la pièce,
mais ce n’est pas la pièce. »
27
De son balcon, Hictch. dirige R ear Window.
répondent : « Mais oui, mais oui, c'est celaf bien sûr ». Tout à fait affreux. E t je
crois que j ’aimerais faire un film de ce fait divers. Ce serait très intéressant. Voyez-
vous, dans ce genre de films, l'innocent dans l ’histoire est toujours en prison, mais
jamais sur l ’écran. C'est toujours le reporter ou le détective* privé qui travaille à le
faire sortir de prison ; mais on ne fait jamais, je n ’ai jamais vu, de films du point
de vue de l'homme lui-même. J ’aimerais faire cela.
— Cela ressemble à I Confess mais -poussé encore plus loin, du point de vue de
Montgomery Clift. Ce qu'il y a de curieux dans vos scénarios, c'est qu'ils sont tous
adaptés assez fidèlement de romans et si lotis vos films reprennent les mêmes thèmes
et quelquefois les mentes sujets, les romans dont Us sont lires n'ont cependant aucun
rapport entre eux*
— Vous avez vu Dial M for Murder ? C’est la même chose que la pièce. Ce
n ’est pas la pièce. C’est tout entier sur des détails : La clef, les mains, etc.
— Oui, c'est très différent. Hélas ! nous l'avons vu en 2. D.
— Je l'ai filme en trois dimensions.
Cela a Vair important pour certains détails. La caméra dans le lustre par
exemple...
— Oui, c’était très intéressant le lustre en trois dimensions. Je n ’ai utilisé le
procédé de tendre quelque chose au spectateur qu’à deux reprises- Quand la main
de la fille cherche derrière elle un secours, et pour1la clef sous le tapis de l'escalier :
je dis au spectateur : voici la clef. Les deux seuls moments où les choses sortent
de l ’écran.
LA CONFESSI ON
— Revenons sur cette fameuse « Hitchcock touch ». Est-ce seulement un procédé
de construction ou quoi ?
28
— Sou venez-vous que je fais toujours les films sur le papier. Je ne me fie pas
au scénariste ; en fait, je n’ai jamais tourné le scénario d ’un autre, jamais. J ’amène
le scénariste, je l ’assois là, je m’assois ici, le film se fait ainsi du début à la
fin. Le scénariste m’aide beaucoup, il rédige le dialogue, et peut même suggérer une
idée. E t quand je commence à tourner le film, pour moi il est fini. Si bien fini
que souhaiterais ne pas avoir à le tourner. Je l ’ai entièrement vu dans ma tête :
sujet, tempo, cadrages, dialogues, tout.
— Il nous paraît que tous vos films possèdent, à noire sens, un prolongement -
identique ou presque, a ordre métaphysique.
-— C ’est moi, cela- C’est mon âme que j ’introduis dans le sujet. Ça m’appar
tient, cela (6). Une autre histoire ne m’intéresserait sans doute pas le moins du
monde. Si vous me dites : voulez-vous faire un film avec une pièce quelconque,
disons a L ’amour des quatre colonels », je vous répondrais : si vous voulez, mais
ça ne m’intéresse pas. Je peux le faire, d ’un point de vue purement technique.
Ou bien alors, cela deviendra un film d ’Hitchcock, en le changeant, en Farrangeant.
■—-C e changement n'est pas seulement technique ?
— Non, non, non. Ce n ’est pas technique du tout. C ’est quelque chose que je
fais subir aux personnages.
— Ainsi, vous avez quelque chose à dire et vous le dites ?
— J ’essaie. Vous résumez la situation-
— Certains critiques ne s'en rendent pas compte...
— Absolument pas, c’est très juste.
— Pour vous, c'est, peut-être un peu agaçant. A7on ?
— Oh ! vous savez, cela ne change pas grand-chose. Je continue et cela recom
mence, voyez-vous.
— Vous avez acheté les droits d'un roman français de Boileau-Nârcejac :
a D'entre les morts .n.
(6) Oh, th a t is me. T h a t is my soul getting Into the subject, T h a t belottgs to me.
Dans Rear Window, l’ouverture sur le monde extérieur est à droite et à gauche.
29
— Oui, oh [ ce sera très intéressant à faire.
— C’est effectivement un sujet pour vous- On croirait qu’il a été écrit exprès î
— Cela peut donner quelque chose d ’excellent. La partie que j ’aime le mieux,
dans cette histoire, c’est quand l ’homme recrée la femme d'entre les morts.
— Vous avez lu le livre, ou setdement un synopsis ?
J ’ai lu le synopsis. Ça me suffit. Si je ne lis pas le livre, il est probable
que je n ’y jetterai même, pas un coup d ’œil. Je ferai le film d ’après le synopsis
— En France ?
— Non, en Amérique.
30
— Pas toujours, mais c’est le principe.
— Puisque vous regardez la pendule, nue dernière question : aie cours de nom
breuses conférences de presse, vous avez dit qtie vos films américains étaient tous
mauvais. Te pensiez-vous ?
— Non, non. Ce n’est pas vrai.
— M ais pourtant vous V avez dit ! Pourquoi ?
— Cela dépend de quels journalistes il s ’agissait (7). A Londres, par exemplej
certains journalistes veulent que je. leur dise que tout ce qui vient d ’Amérique est
mauvais. Ils sont très antiaméricains à Londres; je ne sais pas pourquoi, mais c’est
un fait. Mais je ne dirai pas cela ; ce que je dirai,' c’est que certains de mes films
américains sont des compromis, à cause du public. Voilà ce que je dirai.
(Propos recueillis au magnétophone par François
________ T ru ffa n t et Claude Chabrol.)
(7) It depends what press it was.
M on Cher Jacques,
31
LE C E L L U L O Ï D ET LE MARBRE
Dès que le cinéma est apparu, qu’on l ’a reconnu comme un art, parmi les
autres, on s’est empressé de définir ce qui ie distinguait de ses rivaux. Entreprise
louable, certes, difficile, et loin d’être encore achevée. Bien entendu, ce sont ses
caractères les plus superficiels qui ont d ’abord frappé nos esthéticiens : le fait, par
exemple, qu’il était muet. A prendre l ’accident pour l ’être on s ’exposait à un cin
glant démenti des faits. Ce qui arriva, comme on sait.
32
Avons-nous tellement changé ? Lorsqu’il nous advient de démontrer qu’une
œuvre est authentiquement cinématographique, nous nous attachons plus à sa
forme qu’à sa fin profonde. Or, il n ’importe pas tant de montrer qu’elle parle
un autre langage, mais dit autre chose, que nous n’avions pas, jusque-là, songé à
exprimer.
Si je m ’en tiens, aujourd’hui, à la forme — et la plus extérieure ■— ce sera
pour montrer, à considérer les conditions dans lesquelles il est créé, connu, conservé,
qu’un film n ’a rien, précisément, qui le fasse si différent d ’un tableau, d ’une
rculpture, d ’une partition musicale. Un tic de plume m’irrite chez nos aînés des
années 30 : cette appellation d ’ « art foi présent » qu’après René Clair, je crois, on
réserve au parent pauvre. A-t-on assez dit que le cinéaste ne travaille point dans
l’étemel, qu’une fugitive vision d ’une heure et demie décidera ou non de sa gloire !
Constatation, hélas, trop juste. Si Ton ne parle que finances, alors point de sursis,
ni d ’appel. Mais le commerce — si puissant fût-il en cette matière — dicterait-il seul
ses droits ? Combien de toiles, de leur vivant, ont vendu Cézanne ou Van Gogh ?
Notre génération voit autrement. Elle n ’a pas assisté avec méfiance à la
poussée de l ’enfant turbulent ; elle n ’a pas non plus l’excès d ’ardeur ou de pudeur
des néophytes. Elle ne plaide pas coupable. Elle a pour le cinéma le respect qu’on
doit aux monuments lourds de passé. Son jugement, elle l ’a formé non au hasard
des soirées, mais dans l ’ombre studieuse des cinémathèques. Elle s’est aperçue que
le cinéma muet, qui lui était ainsi révélé après le parlant, n ’était ni un balbutie
ment ni le nec plus ultra du nouvel art : elle s’est permis de juger à son tour, de
trier la bonne herbe de la mauvaise ; elle a fait apparaître essentielle la part du
créateur, minime celle des contingences sordides. Elle a cru découvrir qu’ici comme
ailleurs, l ’approbation de la postérité établissait le vrai mérite d ’une œuvre.
Il serait étrange que ce siècle, si respectueux des monuments du passé, si
habile à les restaurer et conserver, ait inventé la forme d ’art, entre toutes, la plus,
périssable. Des bruits alarmants, je sais, ont couru sur des négatifs perdus ou
détruits à dessein. Rassurez-vous. Les grands chefs-d’œuvre du muet sont encore
là, bien à l ’abri, dans leurs boîtes : les musées, lès cinémathèques ont charge de
prendre soin d ’eux. L ’âge des brocanteurs est clos. Plus d’iconoclastes à craindre.
L'actuel « support » de l’émulsion, fils de ce « celluloïd » dont on redoutait jadis
la fragilité, se flatte de mieux résister à la morsure du temps que le marbre le plus
dur de Paros. Car la plus noble pierre est-elle matière si imputrescible ? Ou si
bien abritée des catastrophes ? Que reste-t-il de la sculpture grecque du Ve siècle ?
Peu de choses. De la peinture ? Rien. Les tons des toiles impressionnistes, déjà, se
plombent et nul artifice chimique ne les rendra à leur transparence première. Si,
par quelque cataclysme, notre civilisation disparaît tout entière, on peut aimer
penser qu’un film précautionneusement enfoui sous terre en restera, pour les âges
à venir, le plus fidèle témoin.
Je crains qu’on ne veuille voir dans ma revendication que l ’effet d'une jalousie
puérile: « Qu’importe le matériau ? » — Il importe justement. Un film, c’est un
spectacle où l ’on va assister, bien sûr, mais aussi une chose qu’on peut saisir et
toucher, respectable autant que l ’est une pile de boîtes de fer blanc entassées dans
un sac de grosse toile. E t je prends l ’occasion de dénoncer un autre lieu commun :
le traditionnel parallèle entre théâtre et cinéma : ces deux arts, tels qu’on les
compare, n ’ont rien de commensurable. Un bon metteur en scène de théâtre est un
technicien ; ou mieux, un théoricien. Si original, si génial fût-il, qu’a-t-il créé ?
Du vent. Du moins je le pense ainsi et ce n ’est pas à Dullin ou à Baty que j ’entends
opposer Renoir, mais à tel romancier ou dramaturge, aurait-il puisé l ’anecdote dans
Zola ou Mérimée, copié jusqu’aux dialogues.
J ’assistais l ’été dernier aux répétitions de Jules César que Jean Renoir, préci
sément, montait aux arènes d ’Arles : le plus grand des cinéastes français apporta
dans sa mise en scène autant de soin, de flamme, de temps q u ’au tournage d ’un
33
3
de ses films. De plus la représentation bénéficia des circonstances propres aux grands
succès de la scène : triomphe légitime, juste réparation d ’une sotte ingratitude. Dans
les deux domaines et dans tous les clans, les critiques, cette fois s’accordèrent.
J ’aurais mauvaise grâce à bouder : mais l ’admiration que je porte à Renoir cinéaste
me souffle que c’était là, malgré tout, peu de chose, en échange de quoi, tout comme
François Truffaut, je ne donnerais pas le moindre plan du Carrosse, Ce plan, je
sais qu’il existe encore ; cette représentation n ’est plus qu’un souvenir.
Ainsi dirait-on d'arts tous récents comme celui de la radio, de la télévision,
arts du -présent ceux-là sans conteste. Songe-t-on, au contraire comment, depuis le
disque, l ’interprétation musicale a singulièrement redoré son blason ? Elle devient
œuvre à son toiir ; l ’interprète élève son ambition et ses exigences vis-à-vis de lui-
même. Kempff signe la sonate en même temps que Beethoven : il est Vauteur de
l ’exécution, si j ’ose dire ; non le pur exécutant. Si donc le cinéma est le rival
heureux des autres arts, s’il a acquis le sérieux que confère la prétention de l’éternel,
s’il est sorti blanchi du tribunal de ses aînés, pourquoi, à son. tour ne les convo
querait-il pas à son propre tribunal ? Et, dans ce cas que dirait la pellicule, jugeant
le marbre ?
Question impertinente, certes ; mais, instructive. Que pense l ’amateur de cinéma
des autres arts ? Sa passion l ’accapare-t-il au point de les lui faire tous, justement
ou injustement mépriser ? Lui a-t-elle au contraire, dessillé les yeux, ouvert d ’autres
perspectives, fourni de nouvelles raisons de les goûter ?
De même que la peinture moderne nous a enseigné à découvrir dans les clas
siques ce qu’eux-mêmes n ’avaient point vu, de même l ’homme de l ’âge du cinéma
n ’apercevra-t-il pas dans la littérature, la peinture, la musique d ’autrefois ou d ’au
jourd’hui des points d ’intérêts tout neufs ? Sous son. œil fruste, à la fois, et blasé,
quelles beautés insoupçonnées ne brilleront pas ? Quels faux-semblants rentreront daiis
l’ombre ?
Question séduisante, ma foi. A titre tout personnel, j ’oserai proposer mes
réponses.
LE BANDIT PHILOSOPHE
34
Fritz Lang dirige Gloria Grabam e et Glenn Ford dans une scène
de Big Heat.
une plus grande excitation, qui m'ont paru plus dignes d ’admiration (je dirais
plus a valables », si ma plume conservatrice ne répugnait au jargon du jour) que,
mettons, les six meilleurs romans parus depuis la guerre en tous pays.
Impression toute personnelle, dira-t-on. E t quelles preuves en effet, apporter ?
Etablir une classification à l ’intérieur d'un genre déterminé est déjà une gageure.
A plus forte raison, si l ’on embrasse deux domaines assez dissemblables, malgré
leurs points d'interférence. Aussi n ’invoquerais-je pas la notion vague et galvaudée
de valeur. mais concrète, et à tort méprisée, d'intérêt, de plaisir.
Prêcberais-je pour la paresse et la vulgarité, en défendant ainsi l ’agrément ?
Pas le moins du monde. Ce n’est pas au nom de l ’homme de la rue, dans la pensée
duquel il m’est difficile d’entrer que je parle ici, mais de l ’amateur de cinéma,
amateur éclairé et, d ’ailleurs, cultivé : celui qui possède le goût du grand, du beau,
du neuf, du profond et qui trouvera mieux à le satisfaire sur l ’écran que sur la
page ou la toile. Quelle sotte idée de s’imaginer qu’il y aurait en nous deux incli
nations, l ’une vers les plaisirs faciles et grossiers, l ’autre vers des activités plus
hautes, mais plus ardues ! Ce genre de protestantisme m ’a toujours. été étranger.
Je dirai, au contraire, qu’avoir du goût c’est aimer d’instinct les belles choses
et ne cultiver le reste que par politesse ou paradoxe, c’est-à-dire avec effort. Dans
l ’indulgence qu'il est de bon ton d ’avoir pour tel produit populaire ou exotique,
je disçerne plus le fruit de l 'intellect et du système que de la sensibilité vraie. Nos
sens sont ce que nous les avons faits. Pourquoi se défier d ’eux ?
Je ne nie d'ailleurs pas, qu’à raisonner dans le général, remplacer par l ’image
le signe écrit ne soit flatter la paresse. Le cinéma n'est pas fait pour les enfants
mais pour les vieux et solides civilisés que nous sommes. Je ne me réjouirai jamais
assez de n ’avoir pas vu peut-être plus de deux films avant dix-huit ans. J ’y ai
contracté 'une inaptitude définitive à « lire » l ’image, au point de m'étonner de
ces gamins qui vous dévorent en un clin d ’œil quatre pages de « comics », je me
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perdrais même, à l'occasion, dans le dessin animé faute d ’en saisir toutes les ciefs.
Si le cinéma n'est qu’un langage, vraiment suis-je bien mauvais élève en la langue.
Mais un bon film ne me paraît pas parler un autre dialecte que ma mère Littérature.
Cela entendu, venons-en au roman. Toute une école de jeunes critiques raille
justement notre soif moderne d ’authentique. Qu’importe que. le romancier ait appro
ché ou non des événements qu’il relate ? L ’imagination n ’est-elle pas Sa vertu
principale ? Et l’on pourrait citer mille illustres exemples... Classique d'instinct,
je ne demande que de souscrire à cette opinion : pourquoi donc, ai-je pris plus
d ’intérêt (j’en reste à mon critère), un intérêt profond et « noble », à mon sens
du moins., à lire tel reportage, telles mémoires que la plupart des romans sortis
depuis dix ans ? Est-ce que l’histoire est supérieure à la fiction ? Non, ce phéno
mène affecte particulièrement notre époque et je crois saisir, au moins, l ’une, de
,Les raisons.
Je voudrais, auparavant, qu’on m’accordât deux choses : la première c'est q u ’il
n ’existe pas de fiction pure ; les plus grands créateurs ont tous puisé soit dans
un fonds historique ou mythique, soit dans les « faits divers » ou leur expérience
propre. La seconde est que le « style » n’a jamais été et ne peut être ni le souci
exclusif du romancier, ni le seul appât où mordra son lecteur. Fort de ces deux
postulats, je ne dirai donc pas, comme je ne sais quel critique/ que le mal actuel
dont paraît souffrir le roman est que « tous les styles sont maintenant permis ».
(E t je me prive par là d ’un argument facile, car, dans le jeune cinéma, la technique
est du « style » le ferme et précieux manager). Je prétendrai plutôt que notre auteur
de romans voit s'ouvrir devant lui un champ de motifs mille fois plus étendu que
jadis, et que c’est cette liberté-là qui le glace. Stendhal a pu avec bonheur puiser
dans la <t Gazette des tribunaux » une anecdote, en son temps, scabreuse, mais qui
Obérait développer de la même manière le compte rendu romancé tiré par France-
Soir à 500.000 exemplaires de tel drame passionnel ? Balzac a campé Vautrin.
Nos Vautnns modernes, avec l'aide ou non des reiariters se campent assez bien eux-
mêmes pour couper les ailes au plus habile conteur. Les cinéastes, au contraire,
ne connaissent pas une telle gêne ; ils peuvent à loisir puiser dans l'actualité la
plus brûlante, pour la simple raison que si nos modernes gangsters ou champions
ont appris à écrire, ils n ’ont pas encore acquis l'art et le pouvoir de se mettre en
images. Dans ce domaine comme aux bons vieux temps du roman, le style, le
savoir-faire est l ’apanage des spécialités. Peu importe à la beauté de leurs films
que Lang ou Hitchcock n'aient pas vécu avec les voleurs et les mauvais garçons :
il leur suffit de s’être documenté à la Balzac : les « notes » ici valent mieux que
le vécu. Mais si je prise Dashell Hammet ou Stanley Gardner plus que tout autre
auteur policier, c'est pour le profit que cet ex-détective et cet ex-avocat ont su
tire^ de leur propre expérience.
Non le romancier d ’aujourd’hui n ’a pas tort de vouloir écrire avec son sang.
Je sais que la richesse d'une expérience intérieure peut s ’accommoder du commun
de la vie ; mais cette expérience-là, toute pure, celle du saint ou du penseur, n'a
jamais suffi à étoffer une trame romanesque. Je m’étonnais récemment de prendre
l ’intérêt le plus vif qu’ait suscité en moi, depuis longtemps, une œuvre contempo
raine, à un roman où l ’extraordinaire d'une aventure vécue se doublait de la cons
cience nette, bien que naïvement formulée, de ce que cette expérience pouvait avoir
de significatif, d'exemplaire. Critiques littéraires, voilez-vous la. face : ce texte,
que vous ignorez sans doute, je n ’ai même pas eu le mérite de le découvrir dans
la caisse poussiéreuse d ’un bouquiniste : il s’étalait bel et bien à la deuxième page
d ’un journal du soir. L'auteur, un certain Caryl Chessman est, dit-on, condamné
à mort. Il attend, au moment où j’écris, l ’heure de son exécution. Qu'est-ce qui
m’a séduit dans cette œuvre ? Le fait de savoir que son créateur avait payé de sa
vie le droit d ’écrire ? Cyniquement, je l ’avoue, au point même d ’être prêt à réviser
mon jugement si jamais j ’apprends qu’il s ’agit d'une mystification. Mon amour
du roman n ’est pas pur, et qu'y puis-je ? Il y a plus : l ’auteur hésita, nous confie-
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t-il, entre le métier d'écrivain et celui de bandit, de sorte que nous avons bien là
une oeuvre littéraire ; cc n ’est pas, sous un angle purement pragmatique, justifi
catif, une destinée individuelle qui nous est contée, mais d ’un point de vue uni
versel, exemplaire dis-je. le conflit d ’une volonté et du Destin. La confidence qui
nous est faite, sans doute l ’avions-nous déjà entendue ; mais, ici, la qualité parti
culière de l ’expérience lui confère un son tout neuf. « Si Dieu n ’existe pas, tout
est permis i> clamait Ivan Karamazov. Notre héros, vers ses seize ans, crut aussi
que « Dieu était mort » et, en même temps que la peuv de Dieu, décida de vaincre
sa crainte des hommes, de la société, de la loi. Ainsi passa-t-il du côté où Vautrin
ne put mener Rastignac. Tels romanciers modernes qui se flattent de développer
le même thème, ont-ils donné à celui-ci d ’aussi pathétiques résonances ? Afin
qu’on ne m'accuse point de paradoxe, j ’ai gardé pour la fin ma carte maîtresse.
Il est dans nos lettres actuelles un bandit philosophe : de l ’aveu de presque tous,
le meilleur écrivain depuis dix ans. Ce n'est nullement diminuer le mérite de
Jean Genet que de croire exceptionnelle son expérience de voleur et de dévoyé.
Dirai-je que cet auteur me ravit au même titre que les grands maîtres du roman ?
Non, sans doute, en raison même du caractère restreint de cette expérience, ce
même caractère qui fait, ' aussi, son attrait.
Oui, le grand, le vrai romancier a besoin d ’être détaché de ce qu’il conte ;
mais, je ne vois pas dans la littérature moderne de place pour le vrai romancier.
Ce maître ouvrier ne trouvera nulle part son rang dans nos usines. Le cinéaste, au
contraire, malgré la machinerie compliquée dont il s’entoure, est resté un artisan
bonhomme, comme ailleurs on n ’en voit plus. J ’aime ce classicisme authentique
et naïf dont sont marqués les films que j ’ai cités. Je n ’en sais que mieux résister
aux séductions d ’un néo-classicisme stérile. Mon amour du cinéma me fait refuser
à la fois une littérature empruntant au film son vernis le plus superficiel, et celle
qui se croit hors de l ’atteinte de toutes les contagions de notre temps. D ’elles c ’est,
au contraire, le dernier venu des arts qui est le mieux à l ’abri. J ’espère que l'auteur
de romans ne me saura pas trop mauvais gré d ’avoir, ainsi, mis en lumière le péril
et, partant, l’extrême mérite de sa position.
(A suivre.)
Eric ROHMER.
Jean Genet.
37
Jacques Audiberti
BILLET VI
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Simone Signovet et Yern. Clouzot dans Les Diaboliques de H.-G. Clouzot.
39
Bravo Clouzot! Vcus êtes peintre m e dit-on . Mais c’est avec du cin ém a
que vous peignez.
De même, et à coup sûr, vous écrivez. Mais là, de nouveau, c’est avec
du ciném a que vous écrivez.
Vous pouvez avoir la certitude absolue que ne s'est perdue en cours de
tournage aucune des pensées mêmes lo in tain es par rapport .au récit, qui
vous préoccupèrent ou vous séduisirent à propos de ce film quand vous le
composiez.
Par exemple, sans avoir l'air d’insister, vous donnez un tableau m a g is
tral de ces châteaux dévoyés ou végètent, à la m erci de sinistres m archands
de soupe, les com m unautés enfantines, elles-m êm es peu ragoûtantes d’a il
leurs. Tous, au Périgord, en Ile-d e-F ran ce, en Lorraine, tous ils so n t à
cheval sur un fantôm e de cérém onial bourgeois inclus dans leur arch itec
ture e t sur une ébauche boiteuse^ et ratée d'encasernem ent m éthodique
collectif.
Je trouve fin, drôle, habile, in telligen t de nous rendre sensible l'obses
sion interconjugale de la vie de l'autre, e t de sa mort, et, en général, de la
vie et de la mort, à la faveur d’un récit d’une abracadabrante ingéniosité*
Les romans dont se sert Clouzot pour ses ch efs-d ’œuvre n ’ont d ’au tre
valeur que d’un prétexte. L’histoire qu’ils fournissent, tout en dem eurant
perceptible, disparait dans une récitation renouvelée par une cam éra su r
pren an te qui s’entend com m e pas u ne à tisser, entre le s choses et les p e r
sonnes, un frém issem ent e t un perpétuel réseau de soupçons, de clins d’œ il,
de rapports et d'étranges ruts.
Libre à qui voudra le croire qu’il s ’a git d’un film policier. Les film s
policiers, d’ailleurs, vont en général, plus près du secret du monde que ceux
qui se déroulent à l ’enseigne de quelque idéal. Le seu l représentant de la
police, dans Les Diaboliquest ne sert à rien. Son m ot de la fin caricature
résolum ent les dénouem ents du même genre. 11 n ’esfc là que pour prêter un
rôle à Charles Vanel.
Les Diaboliques ne proposent à résoudre d'autre énigm e que de notre
présence à l ’enfer, royaume de la force des choses.
J a c q u e s AUDIBERTL
Henri-Georges Clouzot.
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PETI T JOURNAL I N T I M E DU CI NÉMA
du 21 Janvier au 4 Février 1955
41
Ingrid Bergman et Roberto Rossellini pendant le tournage de Jeanne au bûcher.
43
sachant 1res bien — malgré un français teur du célèbre Chapa’ieü vient de terminer
approximatif ■— ce qu’il veut dire et ce qu’il Les Héros de ChinJ^a qui se déroule pendant
ne veut pas dire. Nous lui demandons si la guerre 1877-1878.
La Strada est un film catholique : « Non,
dit-il, mais chrétien assurément.,, ou plutôt 2 F é v rie r
franciscain. » Et l'on sent combien sur lui — Le prix Jean Vigo 1954 a été décerné à
fut profonde l’influence des admirables Fio- Jean Vidal pour son film Zola. Rappelons
retti. les précédents lauréats; 1951 : Jean Lehéris-
En fin de soirée, élection de la plus jolie sey pour La Montagne est ûerte; 1952 : Henri
italienne de Paris. Spectacle classique et tou Schneider pour La Grande Vie; 1953 : Albert
jours assez réjouissant. La plus jolie l’em Lamorisse pour Crin Blanc; Ala.n Resnais
porte avec justice. L’une des concurrentes à et Chris Marker pour Les Statues meurent
qui Angefv^n demande son métier répond aussi.
cette chose stupéfiante : œ Mécanicienne dans — En mars, Robert Rossen commencera en
le soutien-gorge ». (Renseignements pris, il Espagne les prises de vues d ’A lexandre le
paraît que Je métier existe et que c’est ainsi Grand dont il a écrit le scénario. Le film sera
qu’on le nomme.) en cinémascope et en technicolor. Richard
Burton sera Alexandre, Frédéric March :
I e " F é v rie r Philippe de Macédoine et Claire Boom :
Barsine, conquête peu connue du conquérant.
— Des neiges de la Sibérie aux rivages — Alexandre Astruc passe au bureau des
ensoleillés de la mer Noire en passant par Cahiers ; enfin on peut annoncer qu’il va
les glaces du Pôle et les montagnes de Kir- commencer à tourner en mars aux Studios de
guizïe, on tourne beaucoup en U.R.S.S. en la Victoire, à Nice, Les Mauvaises Rencon
ce moment. tres (ex Les Balles Années). J’ai suivi pas à
Dans le Nord : Iegorov tourne l’histoire des pas les progrès et les avatars de ce projet
premiers navigateurs russes et Ivanov la vie et c’est pour moi presque comme une ques
au savant Lomonossov. En Géorgie : 5en/iers tion personnelle. Qu'Alexandre tourne ou ne
dangereux des frères Alexéiev. A Valta : tourne pas c’est pour beaucoup une sorte< de
Chasseurs de mer ; à Sotchi ; Pommes d’or. test de la bonne santé du cinéma français :
En tournage également : Princesse Marie qu’après Le Rideau Cramoisi il lui ait fallu
d’Annenski, Le thaon de Voïniteh de Fain- tellement de temps et d’obstination pour pou
zimmer. voir enfin réaliser un long métrage indi
Projets : Saltanat de V. Pronine ; La jeune que, si j’ose dire, que quelque chose ne
F if e cîpgite, lis oont pendre la crémaillère, tourne pas rond dans notre production natio
Les Sœurs Ra\Iiamanou, La Fille dc3 stoppes, nale. Les grands metteurs en scène français
Flèches bleues, Dompteuses de tigres. Kaï- se comptent sur peu de doigts de peu de
Zama vient de commencer : Histoire d'amoar, mains. Un producteur disposant de moyens
•Kherfitz : Les Jourbine ; Vera Stroiéva : qui lui interdisent Clair, Clouzot, Renoir, Clé
Boris Godounov; et Serge Vassîliev, réalisa- ment, etc., n’a pas tellement de choix^ quand
il consulte le « Tout-Cinéma » et qu’il veut
faire un film de qualité. Ne pas avoir fait
tourner quatre films à Astruc depuis deux
ans me paraît relever de l'aliénation m en
tale ou d'une grande fatigue de l’imagina
tion. Alexandre qui est un modeste va dire
que j’exagère; mais moi je le pense ainsi
et je le dis.
4 F é v rie r
— On ne sait toujours pas ce qui va en adve
nir de la Cinémathèaue. Langlois n'est pas
homme à se laisser abattre maie cette fois-ci
la partie est dure et il importe que toute la
>rofession et toute la presse soient derrière
fui. Il faut que l’on sacne là où il est néces
saire qu’on le sache que le mouvement Pou-
jade n ’est rien à coté de ce que serait un
mouvement Langlois en cas de désintéresse
ment des Pouvoirs Publics. Pour cette bonne
cause nos marcherions tous sur l’Elysée.
— On dit que l’auteur (?}, l’éditeur et le
préfacier de L ’Histoire d’O, ainsi que le jury
qui Ta couronné, seraient bientôt l ’objet de
poursuites. On voit qu’en France il y a encore
de la morale. Bref on n’est pas près d’en faire
un film. Dommage, car ce serait un joli
champ d’exercice pour le cinéaste doté d un
style noble et hieratique,
Souvenir de Reymuid à la Cinémathèque. JACQUES DONîOL-VALCROZE.
44
LES FILMS
Samia Gainai et Fernande! dans AU Baba et les quarante voleurs, de Jacques Becker.
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leux d u ch iffre 3, to u t film p re n d sa énum érer a v a n t que d’ad d itio n n e r les
p lace dans m on m usée privé, très élém ents positifs.
ferm é. (Entre parenthèses, si tous les Une telle entreprise ap p elait u n e
cinéphiles av a ie n t visionné trois fois stylisation p a r avance choisie.
K e y Largo, La Sierra Madré, Afriçan
Queen il y a u ra it beaucoup m oins Jacques B ecker a adopté la com édie-
d’« H ustoniens v>). bouffe d an s u n O rient de C anebière (1).
J ’au rais p référé p o u r m a p a r t u n e
Ge n ’est p as q u ’à revoir Ali Baba on convention se p r ê ta n t à des in v en tio n s
com prenne ou ■ découvre d av an tag e de plastiques plus riches, p a r exem ple le
choses — com m e il en va p a r exemple conte V oltairien - - com m ent n e p a s
du Carrosse d’Or, des H om m es p réfèren t p en ser à la d an se de Z adig lorsque
les Blondes ou de Casque d ’Or, m ais à F ern an d el s’éloigne de la caverne, la
r in s ta r d es films m usicaux (Chantons dém arche alourdie p a r le poids des r i
sous la pluie, Un Am éricain à Paris, chesses ? — ou, carrém en t, l’illu s tra
etc...) le d ern ier film de B ecker gagne tion épinalienne et rigo u reu sem en t
à ê tre c o n n u p o u r ê tre apprécié. Il fidèle du conte tel que nous le ressa s
fa u t avoir dépassé le stad e de la su r saien t nos g ran d s-m ères.
prise, il f a u t c o n n a ître la stru c tu re du
film p o u r que s’évanouisse la sen sa N’entam o n s p as avec les in ten tio ns
tion de déséquilibre to u t d ’abord une procédure in term in ab le e t im pos
éprouvée. sible; déplorée la trè s m auv aise m u
sique de P a u l M israki (un V an P ary s
Lorsque F ern an d e! a récupéré son eût m ieux f a it n o tre affaire) accablons
p erro q u et enfui d a n s la caverne et un peu H e n r i 1 Viïbert. Les ju rés de
q u ’il l’a m is en cage, il re p a rt en m a r Venise ne s'y so n t p as trom pés qui lu i
c h a n t très vite d ’abord puis brusque o n t ■décerné je ne sais quel « lion » en
m e n t : m ajestu eu sem en t, d ’u n pas je n e sais quel m étal. Cela ne r a te j a
o nctueux et feutré. C ette brisure de m ais : qui joue u n cocu est to u jo u rs
ry thm e, cette cassure du m ouvem ent, couronné. Les ju rés so n t si... « com
assez bien soulignées p a r l’a r r ê t de la p réh en sifs ». E t puis, u n rôle de cocu,
m usique e t sa reprise su r u n tempo ça fa it psychologique. M ais cet ho m m e-
plus doux, a m è n e n t im m an q u ab lem ent là, le jour où vous lui confiez u n rôle
le rire san s que le scénario in te r sérieux où il lui f a u t bouger, sau ter,
vienne, sans qu’il y a it .à p ro p rem en t courir, il n ’y a plus p erso n n e : « moi
p a rle r de gag. C ette p etite n o tatio n je joue p lu tô t de l’in té rie u r »; tu p a r
procure un plaisir toujours plus vif; en les! Vilbert est donc un Cassim déplo
rev o y an t le film, qn s'aperçoit que c’est rable : q u an d il est d a n s le ch am p on
le m o m e n t que l ’on a tte n d a it, d’a u ta n t a envie de re fa ire le cadrage. Voilà les
plus im p a tie m m e n t que c’est u n effet trois élém ents qui e x clu en t la réussite
d o n t on av a it déjà,, plus ou m oins complète : scénario faible, peu rig o u
consciem m ent, éprouvé la qualité. Ce reux, m usique e t V ilbert.
p h én o m èn e difficilem ent analysable — P our ses débuts d an s la couleur,
on l’observe to u t au long du Carrosse Becker s’est a d m irab lem en t tiré d ’a f
d ’Or p a r exemple — se retrouve d a n s faire. E t la mise en scène ? Elle est de
tous les p la n s su r l’é to n n a n t M uphtî, Jacques Becker, c’e s t-à -d ire qu\4ft
et d an s la scène où, sous u n soleil de Baba est avec Touchez pas au Grisbi
plom b rô tisse n t d an s des cages — tel le film fra n ç a is le m ieux f a it de l’a n
le lag o d ’O rson Welles — Cassim e t le née. Comme La Règle du jeu, Ali Baba
chef des voleurs tan d is qu’u n p a n o ra s’achève su r u n e p o u rsu ite avec b a
m ique nous révèle u n oiseau sa u tilla n t taille. Cette scène e x tra o rd in a ire im
su r la te rre b rû lan te, en quête d'un prim e au film u n ry th m e éehevelé'
p o in t d ’eau pour survivre. qu’on, a im e ra it retro u v er to u t au long
Ces in sta n ts, u n peu éparpillés dans de l’œuvre. N’oublions pas q u ’AU Baba
A li Baba noué - re stitu e n t p a r bribes est un peu u n film de F ern an d el. ■
l’éto u rd issa n te e t continuelle richesse F e rn a n d e l n e m ’a ja m a is fa it rire,
de ton et d'invention d an s le détail du encore m oins p leu rer m ais son style
m eilleur film de Jacques Becker : Cas- de jeu « colle » p a rfa ite m e n t à la mise
que d ’Or.
M ais les d éfau ts puisque défauts il
y a — n e s’en v o len t pas pour a u ta n t. (1) En effet, tous les acteu rs ou presque,
J ’en vois plusieurs et m ’en vais les d’Ali Baba sont marseillais.
46
en scène; les grimaces — d o n t il est tiquons. T oute basée sur la belle fo r
e ffra y a n t de voir p a r les réactions du mule de G iraüdoux : « il n ’y a p a s
public, à quel point elles so n t sav am d ’-œuvres, il n ’y a que des au te u rs »
m e n t' dosées, mesurées, chronom étrées, elle consiste à. n ier l’axiome, cher à
interrom pues, « tom bent » aussi inexo nos aînés selon quoi il en va des films
rab lem en t que les plans ou comme eux comm e des m ayonnaises, cela se ra te
s'e n c h a în e n t splendidem ent. U n tel ou se réussit.
travail, u n tel m étier, forcent, comme De fil en aiguille, ils en arriv èren t
d ira it Bazin, sinon l’ad m iratio n du — nos aînési — à parler, sans rien p e r
moins le respect. C’est ainsi qu’avec dre de leu r gravité, du vieillissem ent
F ernandel, Becker a réussi là où avaient stérilisateu r voire du gâtism e d ’Abel
échoué C laude A u ta n t-L a ra (L’auberge G ance, F ritz Lang, Hitchcock, Hawks,
rouge ) e t Yves Allégret {Mam'zelle Ni- Rossellini e t m êm e Je a n R enoir en son
touche). hollyw oodienne période.
Mon confrère Je a n Aurel aim e qu’u n E n dépit de son scénario tritu ré p a r
film soit d ’abord un docum entaire sur dix ou douze personnes, dix ou douze
l’a cteu r ou l’actrice qui tie n t le rôle. personnes de tro p excepté Becker, Ali
A cet égard il aim era Ali Baba pour Baba est le film d ’u n auteur, u n a u
l’ex trao rd in aire docum ent qu’il est te u r p a rv e n u à u n e m aîtrise exception
d’un m o n u m en t nom m é F ernande!. nelle, u n auteur de film s . Ainsi la ré u s
T>'Ali Baba se dégage u n charm e, site techn iq u e d ’AZi Baba confirm e le
mieux : u n e em prise charm euse que b ien -fo nd é de n o tre politique, la Poli
les plus loués des films français de tique des A uteurs.
cette année n ’o n t p u m e procurer. F rançois TR.UFFAUT.
AU Baba eu t-il été r a té que je l ’e u s - ’
se quand même défendu en vertu de P -S . — Avec Ali Baba est programmé un
la PoîitiQue des Auteurs que m es congé court-m étrage extraordinaire et Qu’on ne
sa u ra it m anquer : Naufragé volontaire
nères e n critique e t m oi-m êm e p r a d ’Alain Bombard.
EN UN COMBAT DOUTEUX
47
Marlon Bran do et Eva Marie Saint dans On the Waterfront,
d’Elia Kazan.
film c'est, comme l’a écrit J.-J. Ri cher, position co n tre le systèm e syndicaliste
l'éveil d ’u n e conscience à u n univers e t n ’est-ce po in t te rn ir la pu reté de
qu'elle ignorait : justice, am our, di n ’im p o rte quel com bat qu’il faille pour
gnité. Il se ra it vain e t p réten tieu x de le m en er en passer p a r la dénonciation
vouloir expliquer à K azan quelle a u ra it à. la police ?
d û être l’a rticu latio n du scénario et R este le style du film. On p o u rra it
d an s quel style il a u ra it dû ê tre réalisé, logiquem ent so u te n ir que ce genre de
m ais on p eu t au m oins avancer que conflit appelle plus u n style genre n éo
n i l ’a rticu latio n n i le style choisis ici réalism e ita lie n ou ce rta in style am é
ne sont heureux. ricain « b ru ta l » (je pense au D assin
De to u te façon il y a là u n curé en de Brute Force ou de Naked City ) que
tro p . Le rôle du Père Barry, rôle m o celui poético-lyrique adopté p a r K azan.
te u r de to u t le Hlm, donne à l’ensemble M ais il ne p e u t p as là-dessus exister
de l’histoire u n pénible ton de p a de d ic k ta t e t il su ffirait u n jou r d ’u n
tronage, M ême si Ton me p ro u v ait que seul film de ce genre, tra ité dans ce
d an s la réalité u n certain Père X. ou Y. style e t réussi, pour que cette affir
a en effet joué u n rôle sim ilaire, je m atio n s’effondre. C onstatons seule
ré p o n d ra i que le v rai n ’est p as forcé m e n t que les im ages de Boris K a u fm a n
m e n t vraisem blable, qu'un film de ce (qui, on s'en souvient, fu t l’o p érateu r
g enre doit d'abord être co nvaincant de L’Atalante de Vigo) son t belles en
e t donner une im pression d ’a u th e n ti elles-m êm es m ais conviendraient m ieux
cité, que l'évocation de dockers lu tta n t à quelque rêverie nostalgique qu’à cette
p o u r leu r liberté de travail d oit être im pitoyable épreuve de force.
b âtie à ch au x et à sable et n e laisse On the Waterfront d em eu rera p o u r
p as de place au prêche, aussi « avancé » t a n t p ré se n t dans la m ém oire pour ses
e t bien in te n tio n n é qu’il soit. De plus seules p a rtie s qui con cern en t l'a v e n tu re
l'in te rp ré ta tio n donnée p a r K arl M al- a m oureuse e n tre T erry Malloy CMarlon
den du *ôle du Père B arry est p a r ti B ra n do) e t Edie Doyle (Eva M arie
culièrem ent ag açante. S a in t). Il y a là u n a u tre film dans le
P a r ailleurs la m aladresse — ou l'h y film, à ju ste titre poétique celui-là, qui
pocrisie ? — de ce scénario con d u it à est rem arq u ab le. D ans u n trè s irréel
de nom breuses équivoques : n ’est-ce décor, a rra c h é p o u rta n t au réel, — to it
p o in t en fin de compte une prise de d ’u n im m euble hérissé d 'a n te n n e s de
48
T. V., cage des colombes, b istro t ou science exacte du dialogue intim iste,
T erry em m ène Edie — les ra p p o rts du tê te -à -tê te sans truquage, d u cli
en tre le jeu n e hom m e e t la je u n e fille m a t étouffant e t quasi k a fk a ïe n de la
ém erg en t peu à. peu d ’u n e so rte d 'in te n ta tiv e désespérée de bras-le-co rp s
conscient. C'est là d an s ces scènes otX e n tre les Stres. E st-il besoin d ’ajo u teï
les Héros so n t à quelques centim ètres q u ’il est d an s ces scènes ad m ira b le
l'u n de l ’au tre e t essayent de com m e n t servi p a r ce p hénom ène nom m é
m uniquer en tre eux p a r quelques B rando et cette nouvelle venue, irréelle
p hrases hachées, chuchotées, p re s e t famélique, curieusem ent nom m ée
que des onom atopées, que K azan ex Eva M arie S a in t ?
celle e t prouve — est-ce p arce q u ’il est
a v a n t to u t hom m e de th é â tr e ? — sa Jacques DONIOL-VALCROZE.
DOUBLE DÉTENTE
49
v
plus de succès que les m auvais), il fa it dans Suspicion, l’h é ro ïn e fla ira it le
ra re m e n t bon m énage avec l’excep com plot (en fin de com pte d ’ailleu rs
tionnel. Or, il ne s'a g it p a s d 'av an cer im aginaire), e t le th è m e du film é ta it
q u ’H itchcock est u n bon réalisateur, su rto u t la lu tte de l’am our e t de la
ce qui est évident, m ais de p réten d re confiance contre la p e u r; d a n s R ébecca
q u ’il est u n c ré a te u r exceptionnel. e t Notorious, elle p ré s e n ta it la ma-;
c h in atio n et vivait d a n s le m alaise:
L’œ uvre d ’H itchcock m ’a p p a ra ît donc D ans Dial M for M urder G râce K elly
com m e essentiellem ent équivoque et la il) n ’a n i doute, n i flair, n i p re sse n ti
m oindre de ses am biguïtés n ’est p as ment,. ni presque de m alaise ju s q u 'à
san s doute, de film s en films, que ce quelques m inutes de la fin où elle a p
pourquoi on l’ad m irait la veille fa it p rend to u t à la fois, que son m a ri e s t
to u jo u rs place le lendem ain à quelque u n m on stre e t que c’est lui qui a v a it
élém ent nouveau destiné à être révisé arm é la m ain qui d ev ait l’assassin er.
le surlendem ain. Sa période anglaise Son rôle dem eure de b o u t en bout p u
d o n t l’h u m ou r p a r u t si vif, et qui con re m e n t passif. Ce qui sem ble av o ir
tin u e d’avoir sa préférence, a pâli dans reten u H itchcock d an s ce film, c ’e s t
le souvenir de certains, e t d ’avoir cru le d étail d’une m a c h in a tio n d é m o n ia
en su ite qu’il é ta it le m a ître du « sus que, ce so n t les rouages d ’u n e m é c a
pense > n e no u s p a ra ît plus a u jo u r nique tellem ent bien conçue q u ’elle
d ’h u i m otif su ffisa n t à sa p rim au té, co n ten ait im plicitem en t u n e seconde
p a r a p h r a s a n t u n m ot célèbre de film d étente en cas d’échec : le m a ri en e f
— et la issa n t de côté lè génie qui ne fe t n ’a y a n t pas réussi à fa ire tu e r sa
s'accom m ode d’aucune définition — je femme p a r p ro c u ra tio n va s ’a r r a n g e r
d ira i volontiers q u’au ciném a 11 n 'y a pour qu’elle soit accusée du m e u rtre
p as de ta le n t m ais uniquem ent des accidentel de ce p ro c u ra te u r e t c o n
preuves de ta le n t. H itchcock prouve dam née à m o rt p a r la justice.
le sien ch aq u e fois sans que la clef D éplorons qu’on n ous p résen te à P a
découverte ouvre au to m atiq u em en t les ris Dial M for M urder sans le relief,
arm oires secrètes du p ro ch ain film. vu la faillite com m erciale du procédé.
On me rép o n d ra p a r la perm anence Pour m a p a rt, j'a i d éjà vu deux fois
chez lui de ce rta in s thèm es privilé le film e t chaque fols san s relief ; il a
giés ; de cela, je ne disconviens pas, p o u rta n t été to u t e n tie r conçu p o u r ce
v o u la n t dire sim p lem en t qu’a u delà procédé e t sans lui c e rta in s passages
d ’une certain e uniform ité de style, qui e t de nom breux détails de m ise en sc è
est, si j ’ose dire, la m oindre des choses n e — tel le p a rti pris fré q u e n t de c a
à ce niv eau artistique, la p erm anen ce drage à ra s du col en contre-p lo ng ée
se retrouve au stad e de l’idée générale ■— p erd en t le u r sign ificatio n . P a rfo is
e t ja m a is du tra it. L a fuite sous la même la couleur — com m e d an s la
pluie, tr a it de génie — unique d’ail séquence a b stra ite ve t elliptique du t r i
leu rs — d ’J Confess, n ’a pas de corres b unal — dev ien t p a rtic u liè re m e n t d is
pond ance dans Mial M for M urder (à cordante parce qu’elle n e joue plu s su r
qui j'e n viens ♦ enfin) comme se ré plusieurs plans.
p o n d e n t les descriptions de La Char
treuse e t du R ouge ou les g raphiques T ourné presque e n tiè re m e n t d a n s u n
des reg ard s d ’une toile à l’a u tre de seul décor, a ffro n te m e n t s a n s fio ritu re
M anet. en tre u n m en eu r de jeu et tro is p e r
sonnages qui le c e rn e n t avec plus ou
* m oins de bonheur, Dial M for M urder
** m e p la ît p a r s a sobriété e t le p eu de
ces p récautions ra s su ra n te s d o n t je
U ne évidente sim ilitude dans les p arlais plus h a u t. J ’e n te n d s bien que
données de base avec Suspicion, R e - p o u r la production e t la p ub licité to u t
ftecca* e t Notorious est p o u rta n t ce qui est basé sur là scène du « m e u rtre re
fra p p e d 'abord d an s Dial M fo r M ur- to u rn é », im p ressio n n an te a u p o in t
der : u n e fem m e innocente e st l’objet que la com m ission de censure v o u lait
d ’u n com plot d o n t les tentacules dia la couper, m ais la rig u e u r de ce qui
boliques se re fe rm e n t peu à p eu sur s u it e t de ce qui précède d e v ra it a
elle. M ais la sim ilitude s’a rrê te là : priori n ’être p as trè s « public % ; si
(1) p o in t géom étrique entre les deux Héroïnes favorites d'H itchcock : Jo a n Fontaine,-
victim e blonde soumise d ’avance avec presque u n plaisir masochiste ; Ing rid Bergm an, vic
tim e bru ne révoltée e t lu tta n t dans la contradiction. Grâce Kelly (sous c o n tra t avec Hitchcock
p our plusieurs films) plus nette, n ’a n i la douceur de l’une, n i la passion de l’autre, m ais
exprim a la dignité e t la clarté avec beaucoup do talent.
cela p o u rta n t e st ' — e t c’est' u n m ent, nous fa is a n t assister à to u t son
fa it — c’est qu’H itchcock co n n a ît détail, e t dans le simple dialogue de
en plus une recette éprouvée, q u :il in deux hom m es nous voyons peu à peu
tro d u it dans tous ses films, et qui lui le destin basculer et, p a r l'e n c h a în e
p erm et de forcer sans discontinuer l’a t m e n t d’une logique p e u t-ê tre absurde
ten tio n du spectateur. C ette recette, à froid m ais irréfutab le dans le d y n a
c’est sans doute à peu près ce que B a misme du passage, les pinces cruelles
zin av ait rem arqué en re g a rd a n t to u r du piège se referm er peu à peu sur la
n e r à T ourette une scène de Catch victime. Dès lors la p a rtie est gagnée
the Thief et qu’il d éfinissait ainsi car une fois que nous avons joué ce
« ... dans chaque plan, il fa lla it sentir jeu nous ne pouvons plus nous sous
quelque chose. La rech erch e de cette tra ire au reste qui n ’est que le déve
tension, ce « devenir in té rie u r » d u lo p p em en t des p a ra g ra p h e s — le
p lan au -d elà de l ’événem ent d ra m a m e u rtre p a r téléphone interposé com
tique pro p rem en t dit, est p e u t-ê tre la pris — de cette éblouissante d ialecti
clef de la mise en scène d'H itchcock ». que initiale.
Le film d ébute p a r u n e longue et D an s son interview p a r Bazin, H it
trè s é to n n an te scène. U n m onsieur chcock a reconnu — ou p lu tô t décou
sonne à une porte, u n a u tre lui ouvre; v e rt — le thèm e chez lui de la c a p ta
il ne se connaissent p as ; le visiteur tion m orale e t de la fascination. Il est
v ie n t pour vendre une voiture à l’a u ici m anifeste ; ainsi que l’illu stratio n
tr e ; p o u rta n t quan d il so rtira de la de son propos h ab itu el d’accord e n tre '
pièce v ingt m inutes plus ta rd , il a u ra le dram e et la comédie Cl’h u m o u r éclate
accepté de revenir le soir m êm e po u r d a n s to u t le rôle de l’inspecteur). Dial
assassiner la fem m e de son hôte. Il y M for Murder devrait donc satisfaire
av ait là une gageure difficile à tenir, to u t le m onde et m êm e ceux qui ne
la p lu p a rt a u ra ie n t refusé la scène, d e m a n d e n t que du « suspense s>, car
d ’autres s’en seraien t tirés p a r une el la clef du problèm e policier — qui est
lipse ou l’a u ra ie n t escam otée p a r un ju ste m e n t une clef de p o rte — e s t . si
récit après coup ; H itchcock — et bien cachée que nous reten o n s n o tre
c’est bien là la m arque des vrais ci souffle jusqu’à sa découverte.
néastes — a tr a ité la scène com plète J a c q u e s DONIOL-VALCROZE.
UN CALVAIRE
$2
t
LE V I O L O N DE CRÉMONE
(Scénario d'après Hoffm ann)
M I
La villa d'Angela.
Quand Krespel arrive Angela est morte depuis plusieurs jours. -
Antonia est assise dans le salon. Son fiancé est auprès d'elle. En entendant le
roulement d ’une voiture elle se lève :
— Ah I pourquoi ma mère ne m’a-t-elle pas confiée à tes soins ? Pourquoi un
étranger doit-il vivre avec nous ? Partons. Cachons-nous. Je ne veux pas le voir.
Elle prend Giovanni par la main. 1
— Mon Æntonia, dit-il gravement.
— Je ne te quitterai jamais.
Au mê'me moment la porte s'ouvre et le conseiller Krespel apparaît. Il est comme
toujours habillé de noir et tient .son chapeau à la main. Ebouriffé, fatigué par le
voyage il n ’a pas belle mine. Il reste immobile dans l ’embrasure de la porte.
Antonia, à sa vue, pousse un cri étouffé. Son fiancé et elle se serrent l’un contre
Vautre.
Krespel écarte les bras et les laisse retomber dans un geste d'humilité, d'impuis
sance devant le sort, ou de résignation :
— Je suis le vieil ami dont votre mère vous a parlé, dit-il et il se présente.
— Soyez le bienvenu, répond Antonia, puis elle lui présente son fiancé.
— Un violoniste 1 s'écrie Krespel en sautillant.
— Comment ? fait Antonia, vous savez ?
— Je sais bien des choses^ fit-il-
Tandis qu’il s'éloigne pour poser son chapeau, Antonia murmure à l ’oreille
de son fiancé :
— Je connais ce visage... Mais où l ’ai-je vu ?
— Monsieur le Conseiller Krespel, vous devez être fatigué.
— Oui, mon enfant, je me reposerais volontiers. Mais veuillez ne pas m’appelez
M. Krespel. Appelez-moi..., appelez-moi fait-il en hésitant, allons, appelez-moi'.,
mon parrain. Cela vous plait-il ?
— Oui, soupire' Antonia.
Elle conduit le conseiller à sa chambre.
• *
5â
— Non, personne. Elle a même refusé/de le prêter à Giovanni et pourtant
elle pouvait avoir confiance en lui. .
Krespel est rayonnant. Les propos d ’Antonip. lui déclarent l'amour d ’une
femme dont il se croyait méprisé.
. — Personne î s’écrie-t-il. ,
— Personne jamais, je vous l ’affirme. On aurait dit que ce violon était pour
elle un trésor sacré. Elle en était fière. Elle le défendait, mais c’était un objet
interdit.
— Et voilà pourquoi, même maintenant, je résiste à la tentation d'y toucher,
dit Giovanni en riant.
Le Conseiller s’arrête.
-— Prenez garde, jeune homme, prenez garde à cette tentation-là, s ’écrie-t-il.
Nul autre que moi n ’a de droits sur ce violon, il m’af-far-tient, conclut-il sur.un ton
assez terrible et en détachant les syllabes de ce mot. »
, Les fiancés sont glacés d ’effroi et Krespel, voyant qu’il fait peur à Antonia,
s’efforce de la rassurer. Il lui tapote la joue, il la cajole et lui dit ;
-— Pardon, pardon, je suis brusque malgré moi... Ce n ’est pas dureté de cœur...
II s’en va dans les prés et cueille pour elle un bouquet de fleurettes sauvages.
Sitôt qu’il s ’est éloigné, Antonia dit à Giovanni :
— Quel homme effrayant et étrange, je n ’aimerais pas avoir un père comme
celui-là. Je n ’aimerais pas être sa fille.
— Sa fille 1 Sa fille à lui ! Quelle affreuse idée (
— Je me demande quand ma mère Ta rencontré ? Elle ne m 'a jamais parlé
de lui.
La silhouette bizarre de Krespel, son allure dégingandée quand il se penche
pour cueillir les fleurs, son pas sautillant, son personnage un peu grotesque et sa
maladresse amusent les jeunes gens et leur font bientôt oublier leur frayeur.-
jf*
* 0 ^
54
— L ’ombre.de ta mère ne pourrait s'offenser d ’une chanson, reprend Krespel,
en s'adressant à la jeune fille. Antonia, puisque tu sais chanter, chante quelque
chose, chante pour moi, je t ’en prie.
Le visage d ’Antonia, aussitôt, s’illumine. Elle jette son ouvrage sur la table et
se lève, avec le mouvement d’un oiseau prisonnier qui s’évade à l ’air libre. Elle vole
jusqu’au clavecin et, s’accompagnant elle-même, se met à chanter une mélodie mélan
colique. On dirait à l’entendre que l ’âme de sa mère frémit sur ses lèvres.- Krespel
est ravi' et ému par la beauté extraordinaire de cette voix. Il pose sur Antonia un
regard extasié. Il l ’écoute avec attendrissement.
Tout à coup les sanglots, longtemps'.contenus de Kespel, éclatent. Il se lève
et, serrant sa fille dans ses bras, il s ’écrie :
— Oh 1 cher ange, si tu m’aimes ne chante plus. T a voix me blesse le coeur.
Ne chante plus jamais.
Antonia regarde Krespel et dans ce long regard il y a des larmes, une prière,
et la crainte de voir s’évanouir le bonheur.
Ne plus chanter ? Renoncer à ma vocation d ’artiste ? Pourquoi ? murmura-t-
elle. .
Son souffle est court, son visage et ses mains sont brûlants. Elle est épuisée.
Ses cheveux noirs ruissellent en flots d ’ébène sur ses épaules, sa taille se courbe et
elle fait penser à un,lys prêt à se briser.
Krespel pleure en la voyant si belle.
Giovanni retire doucement Antonia des bras du conseiller et la guide jusqu’à
la chaise longue. Ils se sourient l ’un à l'autre. Ils se donnent Ufl rapide baiser.
*
**
55
pagnie d'un être uniquement' dévoué à conserver ses jours. Pas de inonde, pas de
fêtes, une retraite absolue...
— J ’insiste sur un point capital, ajoute le premier médecin, ne la laissez pas
chanter. Le chant, pour cette, jeune fille qui vous est confiée, est un plaisir mortel.
— Evitez-lui les tentations auxquelles la jeunesse ne sait pas résister. Les
jeunes gens ne sont jamais raisonnables...
— On ne peut pas le leur demander... conclut un des médecins en souriant.
Ils partent.
♦
**
Krespel, debout, la tête inclinée vers le sol, les mains posées sur le dossier d ’un
fauteuil, réfléchit :
Giovanni, le voyant seul, s’approche de lui :
— Que vous ont'ils dit, Monsieur Krespel ?
—- Ils m’ont dit : pas de mariage, pas de chant. Vous m ’entendez ? répond-il
avec férocité. Je l ’emmènerai. Elle habitera chez moi jusqu’à son dernier jour.
Quant à vous, jeune homme, vous n ’avez rien de mieux que de l ’oublier.
Ce discours trop cruel fait trembler Giovanni.
— Monsieur Krespel, supplie-t-il, la douleur vous égare. Vous ne pouvez penser
ce que vous dites. Je suis sûr...
— Ah ! interrompt Krespel, je vous prie de ne pas vous occuper ni de ma
douleur, ni de mes pensées.
Devant tant de froideur et d ’impertinence, Giovanni bondit de rage :
— Vous avez apporté le malheur dans cette maison, crie-t-il. Quels sont vos
droits sur Antonia ?
— Sa mère me l ’a confiée, répond Krespel.
— La parole que nous nous sommes donnée a plus d ’importance pour moi
que les vœux d ’une morte.
— Je le regrette pour vous, réplique le Conseiller. Antonia m’est confiée.
Giovanni s’élance vers la porte d ’Antonia. Krespel le saisit par le bras et
l ’écarte :
— Ne vous avisez pas d’aller dire-adieu à Antonia, dit-il en secouant dure
ment le jeune homme. Cette émotion pourrait la tuer. Allez-vous-en ! Partez t
5$
Le jeune homme hésite, Krespel le rejoint. Il l’embrasse affectueusement et
lui dit :
— Aller, je comprends, monter chez Antonia. •
— Merci d ’avoir confiance en moi, répond Giovanni. Je vous jure, Monsieur
Krespel que je ne lui parlerai de rien.
Quand Giovanni sort de chez Antonia, le Conseiller l'accompagne jusqu'à la
grille du jardin, puis il rentre à la villa dont il verrouille les portes.
Giovanni se cache parmi les arbustes et surveille le départ d ’Antonia. Les
domestiques pleurent. Antonia paraît désolée. Lé jeune homme l'entend dire, avec
dans la voix un accent pitoyable :
— Adieu', mes belles années, adieu mon bonheur.
*
*+ ,
Giovanni ne peut se résigner à une séparation qui brise deux cœurs. Il court
en voiture de poste à la poursuite de la jeune fille et de Krespel.
#
**
57
Le cabinet de travail de Krespel.
Il fait nuit. Les lampes sont allumées. La jeune fille se met au clavecin et
chante. Son fiancé est -assis auprès d ’elle. Krespel observe Antonia avec un trem-
bleipent.
Soudain elle s’interrompt et demande au Conseiller de prendre un violon et de
l ’accompagner. Il décroche un des instruments suspendus au mur et se met à jouer,
■ Les fenêtres sont ouvertes.
♦
.* *
Dans la rue, les passants s’arrêtent devant la maison du Conseiller. Ils écoutent
cette surprenante voix de femme mêlant ses notes perlées au son d ’un clavecin qu’ac
compagne un violon touché de main de maître. Les voisins, séduits par cette har
monie fantastique ne peuvent quitter leurs fenêtres.
♦
> -_ , . - * *
*
**
Dans la rue les passants, entendent, sans distinguer de paroles, la voix rude
et menaçante de Krespel. Une autre voix d ’homme éclate en reproches^ La querelle
est à chaque instant interrompue par les plaintes suppliantes d ’une voix' de femme.
Tout à coup un cri perçant, un cri de femme, termine cette scène invisible et,
soudain, un jeune homme sort de la' maison en proie au plus profond désespoir. Il
se jette dans une voiture de poste qui attend à quelque distance. Les chevaux par
tent au galop. Tout rentre dans le silence.
Le matin Krespel sort de chez lui calme et indifférent. On le salue mais
nul n ’ose le questionner sur le prodigieux concert qui a eu Heu chez lui durant
la nuit dernière.
— Avez-vous fait bon voyage M. Krespel ?
— Excellent, je vous remercie, M. Muller.
Plus loin : '
— Vous voici de retour, M. le Conseiller ?
— Comme vous voyez, M. Mayer.
Le bruit court que vous n ’êtes plus seul. Toute la ville ce matin, ne parle
que de cette voix...
— / Ah ! vraiment ? Bonjour M. Mayer.
Krespel s’éloigne à pas rapides.
*
**
Agnès ne peut déroger aux mœurs des ménagères en gardant un secret tout
entier. Chez la pâtissière elle raconte, ' avec une certaine réserve :
— Eh ! bien oui, pourquoi ne pas îe dire tout de suite, puisque tôt ou tard
58
cela se saura : M, Krespel a ramené de son voyage une belle jeune fille qu'il appelle
Antonia.
— Et qui chante mieux qu’un ange, dit Mme Schmidt. "
— Mieux qu’un ange, approuve Agnès. Un jeune musicien, son amoureux sans
doute, les accompagnait. M. Krespel l ’a jeté dehors ! Ah ! quelle scène ! Jamais
je n ’ai vu le Conseiller dans une telle exhaltatïon. Quant à la jeune fille elle s ’est
évanouie. M. Krespel la croyait morte et moi, j ’ai cru qu’il devenait tou.,
— Mais pourquoi cette colère ? Comment expliquez-vous cela ?
— Je ne l ’explique pas, répond Agnès.'
Elle sort.
: *
, * .* '
59
/
Krespel fait asseoir Antonia, après quoi il tire de sa boîte le fameux violon de
Crémone. .
Au premier coup d ’archet Antonia prise d'émotion, s’écrie :
— Père I Père 1 C’est ma voix ! C ’est ma voix I II me semble que je
m’écoute moi-même I Père ! Père ! C’est ma voix ! Je chante ! Ah î je chante !
Krespel s’interrompt une seconde.
— Père ? rem arque-t-il seulement et il continue à jouer.
— Ah î je chante S s’écrie de nouveau Antonia. Entendez-vous comme je
chante bien ?
En effet, le violon rend des notes dont le timbre mystérieux qui semble venir
dir ciel, est celui de la voix de la jeune fille. L ’archet dirigé par Krespel crée des
prodiges, Antonia veut chanter. Elle s’électrise. Elle prend son souffle, elle
entr’ouve les lèvres, mais le Conseiller s’arrête aussitôt et lui pose vivement la main
sur la bouche.
*
**
Dans la rue quelques jeunes gens sont arrêtés sous les fenêtres de la maison
de Krespel. Ils tendent l’oreille mais ne distinguent qu’un son étouffé et lointain.
Parmi les jeunes gens qui attendent on remarque Rudi.
Un matin vers onze heures et demie.
Le Dr Relier sonne à la porte de Krespel. Sa fille Rose l ’accompagne. Agnès
ouvre la porte :
— M. le Conseiller n ’est pas rentré, dit-elle.
— Tardera-t-il ? demande le Dr Keller.
— Oh ! non, ce n’est l’affaire que de quelques minutes, répond Agnès.
— E h 1 bien, nous attendrons, dit le Dr Keller,
Agnès les fait entrer dans le cabinet de Krespel.
— Que de violons, s’écrie Rose en regardant autour d ’elle.
— Eh ! oui, mon enfant, répond le Dr Keller. E t pense que tous ces violons
sont l ’œuvre du Conseiller Krespel ! sauf celui-ci, peut-être, dit-il en hésitant et en
montrant au mur un violon couronné d’une palme de fleurs séchées. Le Conseiller,
tu le vois, ne fabrique pas que des jouets pour les enfants.
— Les fleurs séchées sont toujours tristes, n’est-ce pas père ?
Comme elle prononce ces mots, Antonia entre dans la pièce. Elle salue.
Le D r Keller se présente :
— Je suis le Dr Keller, un vieil ami de M. votre... de M ,,.
— De M. Krespel, précise Antonia. Il ne va pas tarder. Veuillez vous asseoir,
Monsieur..., Mademoiselle...
— C’es't ma fille Rose, dit le Dr Keller.
Le D r Keller et Rose ne peuvent quitter des yeux l ’étrange jeune fille qui les
charme autant par sa beauté que par ses mouvements gracieux. Ils ne savent que
dire.
60
— Vous êtes italienne, je crois, dit le Dr Keller.
— Je suis née en Italie, répond Antonia.
— Ah \ vraiment, dit le D* Keller, et il ajoute : Novembre y est plus doux
qu’en nos régions.
— Oh ! répond Antonia, ici, je ne me rends guère compte du passage des
saisons.
Comme elle prononce ces mots, le Conseille Krespel fait son entrée. Il dépose
sur le dossier d ’une chaise son manteau à pèlerine et sourit à Rose et à son père..
— Quelle surprise 1 dit-il en les saluant.
— M. Krespel, commence le Dr Keller, je suis venu vous demander conseil.
Le cas est urgent. Il s ’agit d ’un litige. C ’est une question d ’affaires qui n ’intéres-
sera pas ces jeunes filles. Peut-être pourrions-nous'passer, un instant, dans une pièce
à côté ?
— Non, très cher ami, j ’irai vous voir en sortant de table, répond froidement
Krespel. En disant ces mots il «e rapproche d ’Antonia, puis il écarte les bras, se
place derrière ses visiteurs, appuie ses paumes contre leur dos et les pousse douce
ment vers la porte.
En descendant l ’escalier le Dr Krespel dit à Rose :
— Quel drôle d’homme, que ce Conseiller Krespel, quel diable d ’homme, en
vérité ! Il veut, c’est certain, isoler, cacher cette belle jeune fille.
— Je l ’aime bien, dit Rose. Pour moi, c’est un souvenir d ’enfance.
'h
61
\
FILMS SORTIS A PARIS DU 12 JANVIER AU 8 FÉVRIER 1955
FILMS AM ERICAINS
] tüas an Amencan Spy (J’étais une espionne crmérfcaine), film de Lesley Selander, avec
Ann Dvorak, Gene Evans, Douglas Kennedy, Richard Loo. —■ Marthe Richard Yankee dans
une Birmanie de papier mâché, mais tout cela est amusant.
Phaniom of the Rue Morgue {Le Fantôme de la rue Morgue), film en Warnercolor de
Roy del Ruth, avec Karl Molden, Claude Dauphin, Patricia Medina, Steve Forrest. —. Devait
avoir une raison d'être en 3 D, n’en a plus en plat. On cherche vainement l’ombre d'Edgar
Poe.
Escape from Fort Braüo (Fort Bravo), film en Eastmancolor de John Sturges, avec William
Holden, Eleanor Parker, John Forsythe, William Demarets, — Un des meilleurs westerns de
l'année. La stratégie deB batailles américano-indiennes y est pour une fois explicite.
Easy io Love {Désir d ’amour}, film en Technicolor de Charles Waters, avec Esther W il
liams, Van Johnson, Tony Martin, John Bromfield. — La charmante Esther a un peu épaissi
et ce film, quoique amusant, n’est pas le meilleur de la série « Williams » mais quelques
détails indiquent une évolution dans l’érotisme sain, familial et hygiénique qui caractérise de
coutume ces entreprises, Pierre Kast vous réserve un petit numéro à ce sujet... qui lui tient
à coeur.
Rob Roy the Highîand Rogue (Echec au roi), film en Technicolor de Harold French, avec
Richard Toad, Glynis Johns, James Rûbertson Justice. — Cela aurait pu être charmant, ce
h’est qu’honnête. Le meilleur moment : celui où un roi d’origine allemande ne comprend que
l’anglais d’un Ecossais (s.c). ?
SudJenîy (Je dois tuer), film de Lewis Allen et Richard Sale, avec Frank Sinatra, Sterling
Haydenj James Gleason, Nancy Gates. — Une fois de plus un Gangster terrorise une famille
américaine... Cette’ fois-ci dans le but d’assassiner le président aes Etats-Unis. Mais le train
ne s’arrêtera pas. Le film est banalement réalisé.
' One minute lo zéro (Une minute avant VHeure H.), film de Tay Garnett, avec Robert
Mitchum, Ann Blyth, William Talman, Margaret Sheridan. — Une histoire d'amour pendant
la guerre de Corée.
Dial M. /or Murder (Le Crime était presque parfait), film en Wàrnerçolor d’Alfred Hitch
cock, avec Ray Milland, Grâce Kelly, Robert Cummings, John Williams. — Voir critique dans
ce numéro page 49, .\ •
Danserons Mission (Mission périlleuse), film en Eastmancolor de Louis King, avec Victor
Mature, Pipet Laurie, Vincent Price, William Béndtx, Betta Saint-John. — Aventures compli
quées et complications sentimentales en haute montagne. Médiocre.
Sàhrina, film de Bîlly Wilder, avec Audrey Hepburn, Humphrey Bogart, William. Holden,
Walter Hampden, John - Williams, Martha Hyer, Jonn Vohs, Marcel Dalio. — L’éxquise prin
cesse Anne nous revient dans une comédie très élaborée ét ttès réussie de Wilder. Voir la
critique de ce film dans notre prochain numéro.
■ I
FILMS F R A N Ç A IS
Le Cage aux souris, film de Jean Gourguet, avec Dany Carrel, Michel François, Raymond
Bussières, Philippe Gérard, DoraDoll, Suzanne Grey, Solange Sicard. On se souvient peut-
être que la censure fit mille^ ennuis à ce film. On s’est toujours demandé pourquoi ? S’il est
interoit de dire que tout n’êtait pas ïose dans une maison de correction sous l’occupation,
où allons-nous? D'autant Jplus que le film est très moral et que les jeunes pensionnaires sont
en majorité des anges prêtes à se donner corps et âme à la Résistance. Encore que tout cela
ne dépasse ças une honnête moyenne on ne peut que soutenir cette, entreprise à qui l'on cher
che noise injustement.
62
/
Interdit de séjour, film de Maurice de Canonge, avec Claude Laydu, Joëlle Bernard, Paul
Frankeur, Robert Dalban, Daniel Cauchy, Renaud-Mary. — Uji peu de « série noire *, un
peu de plaidoyer social..., bref ; en pleine actualité. Mais la réalisation est trop faible poux
que l’on prenne cette histoire au sérieux. Joëlle Bernard est, comme on dit, un a tempéra
ment »; auant à Claude Laydu, il n'arrive pas pour l'instant à se dégager d'une glorieuse
mais lourde hérédité cinématographique.
Les Diaboliques, film de Henri-Georges Clouzot, avec Paul Meurisse, Simone Signoret,
Vera Clouzot, Charles Vanel, Pierre Larquey, Jean Brochard, Raymond Souplex, Henri Cré-
mieux. ■— Voir la critique de ce film par André Bazin dans notre. numéro 43.
Le Pain vivant, film de Jean Mousselle, avec Françoise Goléa, Jean-François Calvé, Jean
MuSelli, Lucien Nat, Jacques Pierre. — Voir la critique de ce film dans ce numéro, page 5.
Double destin, film de Victor Vicas, avec Michel Au clair, Simone Simon, Barbara Rutting,
Bernhard Wicki. ■— A l’origine lointaine de cette entreprise, il y a le Siegfried de Giraudoux
mais plus rien dans le récit de ce cas d’amnésie (un jeune Français se croit devenu Allemand)
ne fait penser à l’univers poétique si particulier de l'auteur d7£/ecire. C'est un film correct,
un peu lourdement mis en scène et où l'on remarque surtout l’excellente performance de
Barbara Rutting.
J'aüais sept filles, film en Ferraniacolor de Jean Boyer, avec Maurice Chevalier, Paolo
Stoppa, Robert Destaing, Délia Scala, Colette Ripert, Gaby Basset. — Ciel l Que tout cela
est démodé. Sept fausses filles et un papa faussement incestueux, plus quelques rôles archi-
conventionnels. L’interprétation de Chevalier est assez laborieuse; heureusement Délia Scala
est charmante.
Le Fil à la patte, film de Guy Lefranc, avec Noël-Noel, Suzy Delair, Geneviève Kervine,
Bourvil, Gabrielle Dorziat, — Sur une excellente pièce de Feydau, une très jolie réussite.
C’est un film mineur mais plein, rond, harmonieux dont on sort enchanté. Le numéro du chef
d’orchestre de Noël-Noël est un petit chef-d’œuvre.
FIL M S A N G L A IS
The good die young (Les Boas meurent jeunes), film de Lewis Gilbert, avec Laurence
Harvey, Gloria Grahame, Richard Basehart, René Ray. — Trois braves gars entraînés au
mal par un méchant... résultat : tout le monde meurt. Seul le réalisateur survit à ses héros,
ce qui est presque injuste parce que le film est mauvais.
Beauiiful sirangers [Meurtre sur là Riüîera), film de David Miller, avec Ginger Rogers,
Jacques Bergerac, Herbert Lom. — Une dame allant se laisser entraîner par un filou rencontre
un jeune Français qui lui apprend les secrets de la poterie. Ginger Rogers en profite pour
nous présenter son nouveau mari que rien ne destinait au cinéma. La mise en scène n ’est
pas mauvaise.
FILM SUEDOIS
Ogîft jadr soJ^es (La Rançon du plaisir), film de Bengt Logardt, avec Eva Stiberg, Lissi
Alandn, Bengt Logardt. — Les films suédois de ce genre qui aboutissent en général à Paris
dans des salles a spécialisées » n’ont point à l’origine cette destination particulière ni cette
vocation * audacieuse ». Ils font partie de l'éducation sexuelle normale en pays nordique
et disent simplement : _« D’accord, amusez-vous, mais attention, prenez telle ou telle pré*
caution 1 » Ils sont d’ailleurs en général d ’un médiocre intérêt cinématographique* C'est le
cas de celui-ci.
FIL M S ITALIE NS
Riscatto {L'auberge tragique), film de Marino Giroîami, avec Folco Luîli, Franco Inter-
lenghi, Franca Marzi. — Un faux coupable et le vrai dans la même cellule. Tout cela ne
conduit à rien de bon. F. Interlenghi — un des gamins de Pdîsa — grandi gentiment.'
l/omini senza Pace (L'Emprise du destin) k. film de José Luis Saenz de Heredia, avec Raf
Vallone et Elena Varzj. — Un homme commet un crime parfait mais d ’aimer la femme de
sa victime le perdra. Le film est assez médiocre.
Magia Verde {Magie verte), film en Ferraniacolor de Gian Gaspare Napolitano. Excellent
documentaire sur une expédition à travers l’Amazonie. Très belles couleurs.
63
N e re s te z p as ce s p e c ta te u r a v e r ti m a is p a s s if
d evenez u n ré a lis a te w a c t if
L’ ÉCOLE DU 7 e ART
vous fait passer de l'autre « côté de l'écran » en mettant à votre disposition
Bes techniciens qui vous apprendront l'un des multiples métiers du ciném a :
Secrétaire de Production. Assistant metteur en scène.
Caméraman. Script-girl.
Scénariste-dialoguiste. Journaliste de Cinéma, etc.
C A H IE R S DU C I N É M A
Revue mensuelle du cinéma
— et du télé-cinéma -—
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J. DONIOL-VALCROZE et LQ DUCA
D irecteur-gérant i L. KEIQEL
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I m p r i m e r i e C entrale o u C b o issa b t , P a r i s — D é p ô t l é g a l : 4» t r i m e s t r e 1354.
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LES C A H I E R S D U C I N E M A A V E C
Jacques Becker, Jean Renoir, Luis Bunuel
Roberto Rossellini, Abel Gance et Alfred H itchcock
D I C T O N E “ JEL”
La d o c u me n t a t i on génér al e N° I se r a p p o r t a n t à ses