ECOLE SUPERIEURE DES SCIENCES ET TECHNIQUES DE LA SANTE DE
TUNIS
PHYSIOLOGIE DIGESTIVE
1ère année
Anesthésie
Dr Raja Beji Serairi
Année universitaire : 2021-2022
Physiologie digestive (Dr Raja Beji Serairi, 2021-2022) Page 1
LE SYSTÈME DIGESTIF
Introduction
Les cellules de l’organisme ont besoin de nutriments : glucides, lipides, protéines, vitamines,
sels minéraux et eau. Ces nutriments existent dans nos aliments, mais sous une forme
complexe, incapables de traverser les membranes cellulaires. La digestion a donc pour rôle de
simplifier le bol alimentaire, l’amenant progressivement vers des formes physiques et
chimiques, compatibles avec leur absorption digestive et leur transfert dans le système de
distribution cellulaire : le sang et la lymphe. Ce rôle est assuré par le tube digestif dont le
fonctionnement peut se résumer par :
Une activité mécanique : aspiration, mastication, déglutition, brassage, remplissage et
vidange.
Une activité chimique et biochimique, surtout enzymatique, faisant intervenir des sucs
élaborés par des cellules ou des glandes.
Figure 1 : Vue d’ensemble des organes du tube digestif
I. Système digestif : vue d’ensemble de ses fonctions
Le système digestif comprend deux groupes d’organes (Figure 1) :
• les organes du tube digestif : bouche, pharynx, œsophage, estomac, intestin grêle, gros
intestin et anus.
• les organes annexes : dents, langue, glandes salivaires, vésicule biliaire, foie et pancréas.
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Il accomplit six grandes fonctions :
1- L’ingestion : Entrée de nourriture dans le tube digestif
2- La propulsion : Déplacement des aliments dans le tube digestif par déglutition et
péristaltisme.
3- La digestion mécanique : Mastication, pétrissage et segmentation : Préparation de la
nourriture à la digestion chimique (en la fragmentant).
4- La digestion chimique : Les grosses molécules sont dégradées en monomères.
5- L’absorption : Les produits de la digestion passent de la lumière du tube digestif au
sang et à la lymphe.
6- La défécation : Évacuation, par l’anus, des substances non digérées et non digestibles.
II. Couches tissulaires du tube digestif
Les parois de tous les organes du tube digestif sont formées des mêmes quatre couches
principales appelées tuniques. De la lumière vers l’extérieur, ces couches sont : la muqueuse,
la sous-muqueuse, la musculeuse et la séreuse (Figure 2).
Figure 2 : Représentation schématique des diverses couches tissulaires du tube digestif
1. La muqueuse : Elle est formée de 3 couches qui sont :
(i) Un épithélium en contact direct avec le contenu du tube digestif ;
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(ii) Le chorion : formé de tissu conjonctif lâche et contenant beaucoup de vaisseaux sanguins
et lymphatiques. Il contient également la plupart des cellules du tissu lymphoïde associé aux
muqueuses (MALT). Ces follicules lymphoïdes contiennent des cellules du système
immunitaire qui ont un rôle protecteur ;
(iii) La muscularis mucosae : une couche mince de fibres musculaires lisses qui fronce la
muqueuse de l’estomac et de l’intestin grêle formant ainsi un grand nombre de petits replis
qui augmentent considérablement la surface disponible pour la digestion et l’absorption.
2. La sous-muqueuse : Formée d’un tissu conjonctif lâche et elle renferme des vaisseaux
sanguins et des vaisseaux lymphatiques. Elle contient également le plexus sous-muqueux
entérique ou plexus de Meissner qui fait partie du système nerveux entérique.
3. La musculeuse: Formée de 2 couches : une circulaire interne et une longitudinale externe.
Elle possède comme rôle d’assurer des mouvements (segmentation et péristaltisme). Elle
s’épaissit à certains endroits pour former des sphincters. Les contractions involontaires des
muscles lisses exercent une action mécanique qui fragmente les aliments, les mélange avec les
sécrétions digestives et les déplace le long du tube digestif. La musculeuse contient également
le second plexus du système nerveux entérique : le plexus myentérique ou plexus d’Auerbach
qui est constitué de neurones entériques, de ganglions parasympathiques et de fibres
nerveuses postganglionnaires parasympathiques et sympathiques qui innervent la musculeuse.
4. La séreuse : C’est la couche la plus externe et elle correspond au péritoine viscéral.
III. La cavité buccale
La bouche présente plusieurs parties : le palais, la langue, de son plafond se détache une
cloison, le « voile du palais » avec luette, entourée des amygdales. Ses parois latérales sont
limitées par les maxillaires, inférieur et supérieur, desquels se détachent les dents. Les dents
sont des structures osseuses, particulièrement riches en minéraux, et de ce fait très dures.
La langue est responsable de la gustation, grâce aux papilles gustatives, malaxe les aliments
pour les mélanger avec la salive et former une masse compacte appelée bol alimentaire,
amorce la déglutition en poussant le bol alimentaire vers l’arrière vers le pharynx.
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1. Structure et fonction des glandes salivaires
La plus grande partie de la salive est sécrétée par les glandes salivaires majeures. Ce sont 3
paires de glandes (Figure 3) :
(i) Les glandes parotides qui sont situées en avant et au-dessous des oreilles. Chacune sécrète
de la salive dans la cavité orale par le conduit parotidien.
(ii) Les glandes submandibulaires qui se trouvent la base de la langue. Leur produit de
sécrétion est drainé par les conduits submandibulaires.
(iii) Les glandes sublinguales qui sont situées au-dessus des glandes submandibulaires. Leur
produit de sécrétion est drainé par les conduits sublinguaux mineurs.
Au point de vue chimique, la salive est composée d’eau (99,5%) et de solutés (0,5%). Parmi
les solutés, il y a le sodium, le potassium, le chlorure, le bicarbonate, le phosphate et autres. Il
y a également des gaz dissous et diverses substances organiques : urée, acide urique, mucus,
immunoglobulines, lysozyme et une enzyme digestive, l’amylase, qui agit sur l’amidon. La
salive a un pH de 6,35 - 6,45.
La salivation est régie par le système nerveux. La quantité de salive sécrétée par jour est très
variable (1000 à 1500 ml). La stimulation parasympathique entraine la sécrétion continuelle
de salive qui maintient les muqueuses humides et facilite l’élocution en lubrifiant la langue et
les lèvres. Le contact et le goût de la nourriture sont de puissants stimulants des glandes
salivaires. L’odeur, la vue, l’idée de la nourriture ou les sons qui y sont reliés peuvent aussi
stimuler la sécrétion de salive.
2. Structure et fonction de la langue
C’est un organe digestif annexe composé de tissu musculaire squelettique recouvert d’une
muqueuse. Le dos et les côtés de la langue sont couverts de papilles. On distingue les papilles
fungiformes, les papilles circumvallées et les papilles filiformes. Certaines d’entre elles
contiennent des récepteurs de la gustation.
3. Digestion mécanique et digestion chimique dans la cavité buccale
La digestion mécanique dans la bouche résulte de la mastication qui consiste à remuer la
nourriture par la langue, à la broyer par les dents et à la mélanger à la salive.
Les aliments ainsi transformés forment une bouillie appelée bol alimentaire.
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Figure 3 : Les glandes salivaires
L’amylase salivaire commence la dégradation de l’amidon en brisant certaines liaisons
chimiques entre les unités de glucose. Les longues chaînes de polysaccharides sont
transformées en maltose, maltotriose et en alpha dextrines.
IV. Le pharynx
1. Situation
C’est un tube en forme d’entonnoir qui s’étend des choanes à l’œsophage vers l’arrière et au
larynx vers l’avant. Il se compose de muscles squelettiques et est tapissé d’une muqueuse.
Contrairement au nasopharynx dont la fonction est uniquement respiratoire, l’oropharynx et le
laryngopharynx jouent des rôles digestifs. Ils reçoivent la nourriture de la bouche et, grâce à
leurs contractions, contribuent à la propulser dans l’œsophage.
2. Rôle dans la déglutition
La déglutition est l’action d’acheminer la nourriture de la bouche à l’estomac. Elle est
facilitée par la salive et le mucus et s’effectue en trois temps :
(i) Le temps buccal qui est volontaire et au cours duquel le bol alimentaire est acheminé dans
l’oropharynx ;
(ii) Le temps pharyngien qui se caractérise par le passage involontaire du bol alimentaire à
travers le pharynx jusque dans l’œsophage.
(iii) Le temps œsophagien qui se caractérise par le passage involontaire du bol alimentaire le
long de l’œsophage (Figure 4a et b).
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a b
Figure 4 : La déglutition : position des structures avant la déglutition (a), durant le
temps œsophagien de la déglutition (b)
V. L’œsophage
1. Histologie
La muqueuse de l’œsophage se compose d’un épithélium stratifié pavimenteux non kératinisé,
d’un chorion et d’une muscularis mucosae. La sous-muqueuse est composée de tissu
conjonctif lâche contenant des vaisseaux sanguins et des glandes muqueuses. La musculeuse
du tiers supérieur de l’œsophage est composée de muscle squelettique, celle du tiers
intermédiaire de muscle squelettique te lisse et celle du tiers inférieur de muscle lisse. La
couche supérieure est appelée adventice.
2. Physiologie de l’œsophage
L’œsophage sécrète du mucus et transporte la nourriture jusqu’à l’estomac. Il ne produit pas
d’enzymes digestives et n’est pas un lieu d’absorption. Le passage des aliments du
laryngopharynx à l’œsophage est réglé par le sphincter œsophagien supérieur. Durant le temps
œsophagien de la déglutition, des ondes de contractions et de relâchements coordonnées
parcourent les couches circulaire et longitudinale de la musculeuse, c’est le péristaltisme.
Dans la section de l’œsophage située juste au-dessus du bol alimentaire, les fibres musculaires
circulaires se contractent, resserrent les parois de l’œsophage et forcent le bol alimentaire à
avancer vers l’estomac. Pendant ce temps, les fibres longitudinales au-dessous du bol
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alimentaire se contractent aussi, raccourcissant cette section et déplaçant les parois vers
l’extérieur pour pouvoir recevoir le bol alimentaire. Les contractions reprennent plus bas en
un mouvement ondulatoire qui pousse la nourriture vers l’estomac. Le mucus lubrifie le bol
alimentaire et diminue la friction. Les aliments mous et liquides mettent 1 à 3 secondes pour
arriver dans l’estomac alors que les aliments solides en mettent 4 à 8. Le sphincter
œsophagien inférieur se relâche durant la déglutition pour permettre au bol alimentaire
d’entrer dans l’estomac.
Figure 5 : Péristaltisme durant le temps œsophagien de la déglutition
VI. L’estomac
1. Anatomie de l’estomac
L’estomac comprend quatre grandes régions : le cardia, le fundus, le corps de l’estomac et la
portion pylorique. L’estomac ressemble plus ou moins à un sac en forme de J. Le pylore:
ouverture située entre l’estomac et le duodénum; elle est contrôlée par le sphincter pylorique.
2. Histologie de l’estomac
Les parois de l’estomac sont formées des mêmes quatre couches principales : la muqueuse, la
sous-muqueuse, la musculeuse et la séreuse. La musculeuse est formée de trois couches de
muscles lisses dont une couche oblique en plus des couches longitudinale et circulaire (Figure
6).
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Figure 6 : Vue antérieure des régions de l’estomac
La surface de la muqueuse est formée d’une couche de cellules épithéliales prismatiques
composée de cellules à mucus superficielles qui s’invaginent dans le chorion et forment les
glandes gastriques. Ces glandes contiennent trois types de cellules exocrines dont les
sécrétions se jettent dans la lumière de l’estomac et forment le suc gastrique.
Cellules à mucus du collet sécrétant le mucus qui protège la surface de la muqueuse
gastrique
Cellules principales sécrétant le pepsinogène et la lipase gastrique. Le pepsinogène est
une substance inactive qui, en présence d’HCl, se transforme en une forme active, la pepsine :
une enzyme protéolytique.
Cellules pariétales produisant l’acide chlorhydrique à l’origine du pH acide de
l’estomac, et le facteur intrinsèque qui rend possible l’absorption de la vitamine B12 dans
l’iléon.
De plus, les glandes gastriques comprennent un type de cellules entéro-endocrines, cellules G,
sécrétant une hormone, la gastrine (Figure 7).
3. Digestion mécanique et digestion chimique dans l’estomac
Lorsque le bol alimentaire arrive dans l’estomac, celui-ci devient agité d’ondes de
contractions péristaltiques, appelées ondes de brassage, qui se répètent à toutes les 15 à 25
secondes. Ces ondes favorisent le brassage des aliments et leur mélange avec les sécrétions
gastriques.
Les aliments sont ainsi réduits en une bouillie visqueuse appelée chyme gastrique. Le chyme
est lentement acheminé vers le pylore. Chaque onde de contraction déclenche l’ouverture
momentanée du sphincter pylorique et propulse un peu de chyme dans le duodénum.
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Figure 7 : La muqueuse gastrique avec ses glandes gastriques et les types de cellules
qui la composent
La digestion enzymatique des protéines commence dans l’estomac sous l’effet de la pepsine.
Cette enzyme, active lorsque le pH est très acide, dégrade les protéines en polypeptides de
différentes longueurs. En raison du pH très faible, l’amylase salivaire est inhibée et donc la
dégradation des polysaccharides s’arrête.
La lipase gastrique fragmente les triglycérides à chaînes courtes dans les matières grasses du
lait et les réduit en acides gras et en monoglycérides.
4. Régulation de la motilité et de la sécrétion gastriques
La sécrétion du suc gastrique et les contractions des muscles lisses de la paroi de l’estomac
sont régies par des mécanismes nerveux et hormonaux. On distingue 3 phases :
4.1. Phase céphalique : C’est une voie réflexe. Elle est innée et provoquée par la vue, le goût,
ou l’idée de la nourriture. Les fibres nerveuses parasympathiques transmettent des influx aux
cellules gastriques pour stimuler la sécrétion de pepsinogène, d’acide chlorhydrique et de
mucus dans le chyme, et de gastrine dans le sang. En plus, elles font augmenter la motilité de
l’estomac.
4.2. Phase gastrique : À l’arrivée de la nourriture dans l’estomac, les récepteurs sensoriels
déclenchent des mécanismes nerveux et hormonaux.
4.3. Phase intestinale : Elle résulte de l’activation des récepteurs dans l’intestin. Les réflexes
ont des effets inhibiteurs en ralentissant l’évacuation du chyme gastrique pour prévenir la
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surcharge duodénale. L’arrivée du chyme, contenant des acides gras et du glucose, stimule
des cellules entéro-endocrines intestinales à libérer deux hormones : la sécrétine qui fait
diminuer la sécrétion gastrique et la cholécystokinine qui inhibe surtout l’évacuation
gastrique.
5. Régulation de l’évacuation gastrique
L’évacuation gastrique est contrôlée par des réflexes nerveux et hormonaux. Le
fonctionnement est le suivant :
Les stimuli tels que la distension de l’estomac et la présence des protéines
partiellement digérées, d’alcool et de caféine amorcent l’évacuation gastrique ;
Ces stimuli font augmenter la sécrétion gastrique de gastrine et donnent naissance à
des influx parasympathiques dans le nerf vague ;
La gastrine et les influx stimulent la contraction du sphincter œsophagien inférieur,
augmentent la motilité de l’estomac et relâchent le sphincter pylorique ;
D’où évacuation gastrique.
VII. Le pancréas
1. Anatomie du pancréas
Le pancréas est à la fois: une glande endocrine (sécrète dans le sang deux hormones: insuline
et glucagon) et une glande exocrine (sécrète le suc pancréatique qui est déversé dans le
duodénum). Cette glande mesure 12 à 15 cm de long et 2,5 cm d’épaisseur.
Le canal pancréatique principal ou Wirsung prend naissance au niveau de la queue et s’étend
jusqu’à la tête. A la partie médiale de D2, il entre en contact avec le cholédoque. Ils
fusionnent, formant l’ampoule hépato-pancréatique, dite ampoule de Vater. L'abouchement se
fait au niveau de la papille duodénale majeure, par le sphincter d’Oddi.
2. Composition et fonctions du suc pancréatique
Le pancréas produit quotidiennement entre 1200 et 1500 ml de suc pancréatique, liquide clair,
incolore, composé surtout d’eau, de quelques sels, de bicarbonates de sodium et de plusieurs
enzymes. Son pH est légèrement alcalin (7,1 - 8,2). Il a deux principaux rôles:
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- Neutraliser l’acidité gastrique: Production d’un suc pancréatique alcalin car riche en
bicarbonates. Leur présence neutralise le pH acide du chyme et crée un pH optimal pour
l’activité des enzymes pancréatiques et intestinales (Protéases, Amylase et Lipase).
- Produire les enzymes majeures de la digestion à savoir les protéases, la lipase, l'amylase et
les nucléases (Figure 8).
Enzymes protéolytiques: Trypsinogène, Chymotrypsinogène, Proélastase,
Procarboxypeptidases A et B
Enzymes lipolytiques: Lipase, Pro-phospholipase A1-A2, Estérases non spécifiques
Enzyme amylolytique: alpha-amylase
Nucléases: Désoxyribonucléase (DNase), Ribonucléase (RNase)
Figure 8 : Action de quelques enzymes
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Les enzymes protéolytiques du pancréas sont sécrétées sous forme inactive pour éviter
qu’elles digèrent le pancréas lui-même. Quand le trypsinogène atteint la lumière de l’intestin
grêle, il est activé par l’entérokinase, une enzyme de la bordure en brosse.
3. Régulation de la sécrétion pancréatique
La sécrétion pancréatique est régie par des mécanismes nerveux et hormonaux :
Durant les phases céphalique et gastrique de la digestion gastrique, des influx
parasympathiques sont transmis par le nerf vague au pancréas ;
Ces influx stimulent la sécrétion des enzymes pancréatiques ;
La présence de protéines et de lipides partiellement digérés dans l’intestin induit la
sécrétion de deux hormones, la cholécyctokinine et la sécrétine ;
La sécrétine stimule l’écoulement du suc pancréatique riche en ions bicarbonate ;
La cholécyctokinine stimule la sécrétion d’un suc pancréatique riche en enzymes.
VIII. Foie et vésicule biliaire
1. Anatomie du foie et de la vésicule biliaire
Le foie est la glande la plus lourde de l’organisme, il pèse environ 1,4 kg chez l’adulte moyen.
Il est situé sous le diaphragme et occupe la majeure partie de la région hypochondriaque
droite et une partie de la région épigastrique. La vésicule biliaire est un sac en forme de poire,
située dans une dépression de la face postérieure du foie.
2. Histologie du foie et de la vésicule biliaire
Les hépatocytes sécrètent la bile qui entre dans les canicules biliaires. Ces derniers fusionnent
pour former les conduits hépatiques droit et gauche qui se jettent dans le conduit hépatique
commun. Ce conduit commun quitte le foie et se joint en aval au conduit cystique de la
vésicule biliaire pour former le conduit cholédoque.
3. Composition et rôles de la bile
Tous les jours, les hépatocytes produisent entre 800 et 1 000 ml de bile. C’est un liquide jaune
brunâtre, dont le pH se situe entre 7,6 et 8,6. Il est composé d’eau et d’acides biliaires, de sels
biliaires, de cholestérol, de lécithine, de pigments biliaires et de plusieurs ions. La bile joue un
rôle dans l’émulsification des lipides et leur absorption après qu’ils ont été digérés.
L’émulsification consiste à fragmenter les gros globules de lipides pour former une
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suspension de gouttelettes d’environ 1µm de diamètre. Ces minuscules gouttelettes présentent
une grande surface permettant à la lipase de les digérer rapidement.
4. Régulation de la sécrétion biliaire
Après avoir accompli leur fonction d’agents émulsifiants, la plupart des sels biliaires sont
réabsorbés par transport actif dans l’iléon et passent dans la circulation porte pour retourner
au foie. Après les repas, plusieurs stimuli neveux et hormonaux favorisent la production et la
libération de la bile :
Les influx parasympathiques qui parcourent les fibres nerveuses du vague augmentent
la production de bile ;
Les acides gras et les acides aminés du chyme stimulent la libération de
cholécystokinine qui provoque la contraction de la paroi de la vésicule, l’évacuation de la bile
et le relâchement du sphincter de l’ampoule hépato-pancréatique permettant ainsi à la bile de
se déverser dans le duodénum.
5. Les fonctions du foie
Le foie accomplit plusieurs fonctions vitales :
Formation et excrétion de la bile et métabolisme de la bilirubine
Régulation de l'homéostasie glucidique
Synthèse des lipides et sécrétion des lipoprotéines plasmatiques
Contrôle du métabolisme du cholestérol
Formation de l'urée, de la sérum-albumine, des facteurs de coagulation, d'enzymes, et
de nombreuses autres protéines
Métabolisme ou désintoxication des médicaments et autres substances étrangères
Stockage de certaines vitamines (A, B12, D, E et K) et de certains minéraux (Fer et
cuivre)
Activation de la vitamine D avec la peau et les reins.
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IX. Intestins grêles
1. Anatomie de l’intestin grêle
L’intestin grêle comprend trois segments : le duodénum (25 cm), le jéjunum (2,6 m) et l’iléon
(3,6 m). Il va du sphincter pylorique jusqu’à la valve iléo-cæcale où il rejoint le gros intestin.
D’un diamètre d’environ 2,5 cm, il mesure de 6 à 7 m de longueur. La séreuse de l’iléon et du
jéjunum se prolonge en un feuillet en forme d’éventail, le mésentère. Celui-ci relie les boucles
du grêle et le fixe à la paroi postérieure de l’abdomen. Le mésentère est parcouru de vaisseaux
sanguins et lymphatiques qui alimentent le grêle et qui en recueillent les éléments nutritifs
absorbés.
2. Histologie de l’intestin grêle
Sur le plan histologique, l’intestin grêle est un organe hautement adapté pour absorber le plus
efficacement possible les nutriments (Figure 9).
Figure 9 : Surface d’absorption générée par la structure de l’intestin
Les plis circulaires ou valvules conniventes: Ce sont des replis profonds de la muqueuse et
de la sous-muqueuse, de près d’un centimètre de hauteur, qui forcent le chyme à culbuter sur
lui-même à l’intérieur de la lumière. L’effet est de mélanger continuellement le chyme avec
les sucs intestinal et pancréatique, de ralentir son déplacement et de favoriser l’absorption des
nutriments. Leur présence multiplie par 3 la surface d’absorption intestinale.
Les villosités: Des replis de la muqueuse forment une multitude de petites saillies
digitiformes de plus d’un millimètre: ce sont les villosités. À l’intérieur de chaque villosité se
trouvent un réseau dense de capillaires sanguins et un capillaire lymphatique appelé vaisseau
chylifère. Les aliments digérés passent à travers les cellules épithéliales pour aller dans les
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capillaires sanguins ou dans les vaisseaux chylifères. Leur présence multiplie par 30 la surface
d’absorption intestinale.
Les microvillosités : Ce sont des replis microscopiques sur la partie de la membrane des
cellules absorbantes en contact avec le chyme. On les appelle bordure en brosse (Figure 10).
L’importance des microvillosités :
• Elles augmentent considérablement la surface de contact avec le contenu intestinal. Leur
présence multiplie par 600 la surface d’absorption intestinale.
• On y trouve les enzymes digestives qui terminent la digestion des glucides et des protéines.
Figure 10: Villosités et microvillosités de l'intestin
3. Rôles du suc intestinal et des enzymes de la bordure en brosse
Le suc intestinal est un liquide jaune clair sécrété à raison de 1 à 2 l par jour. Il contient de
l’eau et du mucus et est légèrement alcalin (pH = 7,6). Les cellules épithéliales absorbantes
synthétisent plusieurs enzymes digestives qu’elles insèrent dans la membrane plasmique des
microvillosités. Parmi les enzymes, on trouve :
4 enzymes qui catalysent la digestion des glucides : l’alpha dextrinase, la maltase, la
sucrase et la lactase
Des enzymes pour la digestion des protéines : les peptidases (aminopeptidase et
dipeptidase)
2 types d’enzymes qui digèrent les nucléotides : les nucléosidases et les phosphatases.
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4. Digestion mécanique dans l’intestin grêle
Deux types de mouvements sont présents au niveau de l’intestin grêle : la segmentation et un
type de péristaltisme : complexe de motilité migrante.
4.1. La segmentation
C’est une contraction de brassage localisée qui a lieu dans les endroits distendus par la
présence des aliments. Elle permet le mélange du chyme avec les sucs digestifs et met les
particules d’aliments simplifiées en contact avec la muqueuse pour qu’elles soient absorbées.
Elle ne fait pas avancer le contenu de l’intestin. Elle se produit avec le plus de rapidité dans le
duodénum (12 fois par minute). Elle ralentit progressivement jusqu’à 8 fois par minute dans
l’iléon.
4.2. Complexe de motilité migrante
En période inter prandiale, la segmentation cesse et le péristaltisme commence. Il prend
naissance dans la partie inférieure de l’estomac et pousse le chyme en avant puis se dissipe. Il
migre lentement le long de l’intestin grêle. Au total, le chyme reste 3 à 5 heures dans l’intestin
grêle.
5. Digestion chimique dans l’intestin grêle
5.1. Digestion des glucides
Les molécules ingérées de sucrose, de lactose et de maltose sont attaquées par des enzymes
intestinales. La sucrase réduit le sucrose en une molécule de glucose et une molécule de
fructose. La lactase décompose le lactose en une molécule de glucose et une molécule de
galactose et la maltase divise le maltose et le maltotriose en deux ou trois molécules de
glucose respectivement (Figure 11).
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Figure 11 : Digestion de l’amidon et des glucides simples
(D’après Carole Fumat)
5.2. Digestion des protéines
Elle est menée à terme par deux peptidases de la bordure en brosse :
L’aminopeptidase qui digère les peptides en coupant la liaison peptidique qui joint
l’acide aminé terminal à l’extrémité aminée du peptide ;
La dipeptidase qui décompose les dipeptides en acides aminés simples (Figure 12).
Figure 12 : Digestion des protéines (D’après Carole Fumat)
5.3. Digestion des lipides
Quand le chyme pénètre dans l’intestin grêle, les sels biliaires émulsifient les globules de
triglycérides en fines gouttelettes pour faciliter l’action à la lipase pancréatique. Cette enzyme
hydrolyse les triglycérides en acides gras et en monoglycérides qui sont les principaux
produits de la digestion des lipides (Figure 13).
Physiologie digestive (Dr Raja Beji Serairi, 2021-2022) Page 18
Figure 13 : Digestion des lipides (D’après Carole Fumat)
6. Régulation de la motilité et de la sécrétion intestinales
Les mécanismes les plus importants de la régulation de la motilité et de la sécrétion
intestinales sont des réflexes entériques déclenchés par la présence du chyme.
7. Absorption dans l’intestin grêle
Les glucides sont transformés en monosaccharides (glucose, fructose et galactose), les
protéines en acides aminés, en dipeptides et en tripeptides et enfin les triglycérides en acides
gras, en glycérol et en monoglycérides. Le passage de ces nutriments digérés du tube digestif
au sang ou à la lymphe est appelé absorption (Figure 14).
X. Le gros intestin
C’est la partie terminale du tube digestif. Ses principales fonctions consistent à finir
l’absorption, à produire certaines vitamines, à former les fèces et à les expulser du corps. Sur
le plan structural, les 4 principaux segments sont le cæcum, le colon, le rectum et le canal
anal.
1. Anatomie du gros intestin
Il mesure 1,5 m de long et 6,5 cm de diamètre. Le cæcum s’ouvre sur un long tube : le colon
qui se divise en partie ascendante, transverse, descendante et sigmoïde. Le rectum, qui mesure
20 cm, constitue le segment terminal du tube digestif.
2. Histologie du gros intestin
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Il n’y pas de villosités ou de plis circulaires permanents dans la muqueuse. Il présente des
haustrations qui lui donnent un aspect bosselé.
3. Digestion mécanique dans le gros intestin
Trois types de mouvements :
3.1. Les contractions haustrales : Caractéristiques du gros intestin. Lorsqu’une haustration
est distendue, elle pousse son contenu vers la suivante.
3.2. Le péristaltisme : Il a une fréquence moins élevée que les segments plus proximaux du
tube digestif.
3.3. Les mouvements de masse : C’est une onde péristaltique puissante qui prend naissance à
peu près au milieu du colon transverse et en pousse rapidement le contenu dans le rectum.
Figure 14 : Mécanismes de transfert des nutriments digérés vers le sang et la lymphe
4. Digestion chimique dans le gros intestin
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Les glandes du gros intestin sécrètent du mucus mais pas d’enzymes. Le chyme est préparé
pour l’élimination par les bactéries qui font fermenter ce qui reste de glucides et dégagent de
l’hydrogène, du gaz carbonique et du méthane. Ces gaz contribuent à la formation de
flatuosités dans le colon.
5. Absorption et formation des fèces dans le gros intestin
Au point de vue chimique, les fèces se composent d’eau, de sels inorganiques, de cellules
épithéliales qui se sont détachées de la muqueuse du tube digestif, de bactéries, de produits de
décomposition bactérienne, de matières digérées non absorbées et de substances indigestibles.
Il reçoit de 0,5 à 1 l d’eau et en absorbe jusqu’à 80% par osmose. Il absorbe également des
électrolytes tels que le sodium et le chlorure et quelques vitamines.
La présence des aliments dans le rectum déclenchent un réflexe d’évacuation par :
- contraction du côlon sigmoïde
- contraction du rectum
- relâchement des sphincters anaux
Le réflexe est sous contrôle volontaire : Nous pouvons décider de relâcher le sphincter externe
de l’anus ou de le contracter pour retarder l’évacuation des fèces.
Après la défécation on a un arrêt des contractions réflexes avec un relâchement du rectum et
du colon sigmoïde et une contraction des sphincters anaux.
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