Chapitre 3 :
IV -
III
Évaporation et
infiltration
1. Généralités et définitions
Évaporation et transpiration se sont les premiers prélèvements du cycle
hydrologique. Ce retour de l'eau à l'atmosphère peut se faire par de différentes
façons (directement, indirectement). Directement par évaporation à partir d'une
surface d'eau libre (mer, lac, cours d'eau, etc.) et indirectement par l'intermédiaire
des végétaux. Le plus important de ces prélèvements se produit dans la période
séparant deux épisodes de ruissellement. L'évaporation, est la quantité d'eau qui
repart dans l'atmosphère dépend uniquement des paramètres physiques tels que la
température de l'air, de l'eau, de la vitesse du vent, du degré hygrométrique, de
l'ensoleillement, etc. L'évapotranspiration est l'ensemble des phénomènes
d'évaporation et de transpiration. Dans les grandes étendues de terres en zones
tempérées, l'évapotranspiration représente près des deux tiers de la précipitation
annuelle, le tiers restant s'infiltre, peut atteindre les nappes souterraines après
s'écoulant dans les rivières et vers les océans.
L'infiltration est limitée par ce qu'on appelle la capacité d'infiltration du terrain,
c'est-à-dire la vitesse maximale possible d'infiltration d'une lame d'eau le
recouvrant, compte tenu de son état. Si l'intensité de la pluie est supérieure à cette
capacité, l'excédent ne pourra pas s'infiltrer mais ruissellera sur le terrain. Lorsque
le sol est sec, les effets de la capillarité de l'hygroscopie et de la gravité s'ajoutent :
la capacité d'infiltration est très forte. Elle diminue ensuite avec l'engorgement des
canaux capillaires et la saturation de la rétention hygroscopique. Lorsque tout l'air a
été chassé, que tous les interstices du sol sont pleins d'eau, on dit que le sol est
saturé : il ne peut pas alors absorber plus d'eau que la nappe ne peut en évacuer,
d'où la notion de capacité limite d'infiltration.
Définition : Évaporation
L'évaporation est le processus par lequel l'eau liquide est convertie de l'état liquide
ou solide, à l'état gazeux par un transfert d'énergie thermique. Au point que sur les
continents environ 70 à 75 % du total de la précipitation annuelle retourne à
l'atmosphère par évaporation et transpiration, donc c'est une part importante du
cycle hydrologique. Le principal facteur qui favorise l'évaporation est la radiation
solaire.
Selon (Koli Bi, 2016) [18] , l'évaporation océanique parait être le facteur le plus
important du cycle. Chaque année, ce sont :
430 000 km3 d'eau qui sont restitués à l'atmosphère ;
-26-
26
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
Dont 52% pour le Pacifique, 24-24% pour l'Atlantique et l'Indien ;
Par contre, l'évaporation et l'évapotranspiration continentale donnent 75 000
km3 d'eau
Rappel
L'évaporation est une phase essentielle du cycle de l'eau.
A partir des océans et mers, elle est la source d'eau pour les continents ;
Avec la condensation, elle assure les transferts d'eau et d'énergie (chaleur
latente) à l'échelle du globe
Définition : Transpiration
Dans l'ouvrage OMM (1996) [30], la transpiration est définie comme un
processus physiologique naturel par lequel l'eau stockée sous forme d'humidité du
sol est extraite par les racines des plantes, passe à travers leur corps et est
évaporée par les stomates de leurs feuilles. La quantité d'eau stockée par une
plante n'atteint pas l'un pour cent de celle qu'elle perd ainsi durant sa période de
croissance. D'un point de vue hydrologique, les plantes se comportent, par
conséquent, comme des pompes tirant l'eau du sol et la remontant vers
l'atmosphère. Il est difficile de procéder à des estimations précises de la quantité
d'eau transpirée en raison des nombreuses variables responsables du processus. La
transpiration est contrôlée par des facteurs physiologiques et environnementaux.
D'un point de vue pratique, le gradient de pression de vapeur, la température, la
radiation solaire, le vent, l'humidité disponible dans le sol sont les plus importants
facteurs influençant la transpiration (Figure 3.1) [42].
Définition : Évapotranspiration
L'évapotranspiration (ET) est la quantité de vapeur d'eau transférée dans
l'atmosphère par transpiration des plantes et des végétaux et l'évaporation à partir
des surfaces d'eau libre, sol, de la neige, de la glace au niveau du sol produite à
partir d'un bassin versant(Figure 3.1) [42],
Définition : Évapotranspiration potentielle
L'évapotranspiration potentielle (notée par la suite Etp) est la quantité maximale
d'eau susceptible d'être perdue en phase vapeur, sous un climat donné, par un
couvert végétal continu spécifié bien alimenté en eau et pour un végétal sain en
pleine croissance
Définition : Évapotranspiration réelle
L'évapotranspiration réelle (notée par la suite Etr) somme des quantités de vapeur
d'eau évaporées par le sol et par les plantes quand le sol est à une certaine
humidité et les plantes à un stade de développement physiologique et sanitaire
spécifique
-27-
27
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
Figure 3.1. Principaux éléments intervenant dans les concepts d'interception et
d'évapotranspiration
Définition : Interception
L'interception est la partie des précipitations captée et retenue par la végétation,
puis évaporée sans avoir atteint la surface du sol (Figure 3.2) [11]. Le volume
d'eau ainsi perdu est appelé pertes par interception.
La quantité d'eau interceptée est en fonction :
1. des caractéristiques de la tempête ;
2. de l'espèce, de l'âge et de la densité des plantes et des arbres ;
3. de la saison de l'année.
Environ 10 à 20 % de la précipitation est intercepté et retourne au cycle
hydrologique par évaporation durant la saison de croissance (OMM, 2012) [31] .
Figure 3.2. Taux d'évapotranspiration au niveau du globe
-28-
28
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
2. Mesure de l'évaporation
Le moyen de mesure directe de l'évaporation se réalise généralement à l'aide du
bac d'évaporation qui est constitué d'un bac, d'un bassin ou d'une cuve d'assez
grandes dimensions, dans lequel on mesure l'abaissement du niveau de l'eau sous
l'action de l'évaporation. Les variations du niveau d'eau sont mesurées à des
intervalles de temps fixes (jour, semaine, décade).
2.1. Les bacs d'évaporation classe ‘'A'' sur charpente
Aldomany (2017) [2] mentionne que ces bacs d'évaporation recommandés par
l'OMM et l'AIHS comme instrument de référence, sont utilisés de façon
systématique aux Etats Unis par l'U. S. Weather Bureau. Ce bac est constitué d'un
cylindre métallique de 121,9 cm de diamètre et de 25,4 cm de hauteur, l'eau est
maintenue à 5 ou à 7,5 cm du rebord. Ce récipient cylindrique est réalisé en fer
galvanisé. Ce type de bac d'évaporation est le plus utilisé dans les recherches
scientifiques pour estimer l'évaporation des plans d'eau (Figure 3.3) [20]. Lenters
et al (2013) [24] indique que les mesures prises par un bac de classe A ont
besoind'un coefficient de correction pour être utiles dans l'estimation de
l'évaporation des lacs et des réservoirs de barrage de moyenne a grande
profondeur.
Figure 3.3. Les bacs d'évaporation classe ‘'A''
2.2. Le bac Colorado
Mis au point par la station expérimentale d'agriculture du Colorado, la version
métrique de ces bacs ayant un mètre carré de superficie et 50 cm de profondeur ; il
est enterré, son bord supérieur restant à 10 cm au-dessus du sol et l'eau est
maintenue à peu près au même niveau que le sol. Cet appareil étant enterré et
avec une plus grande épaisseur d'eau, il possède une plus grande inertie thermique
et se rapproche plus des conditions naturelles (Figure 3.4) [20]. Ce type de bacs
d'évaporation est moins répandu dans la littérature scientifique par rapport au bac
de classe A selon (Nordenson et Baker, 1962) [28]
-29-
29
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
Figure 3.4. Bac enterré type Colorado
2.3. Le Bac GGI
Le bac GGI-3000 est un bac d'évaporation analogue au bac Colorado,
recommandé par l'OMM (2012) [31], développé dans l'U.R.S.S. Le bac se
compose d'une forme cylindrique avec une base conique. Il est fait de tôle
galvanisée avec une surface de 3000 cm2, d'un diamètre de 61,8 cm et d'une
profondeur de 60 cm. Le bac GGI-3000 peut être enterré dans le sol avec 7,5 cm
du bac au-dessus du sol ou peut être installé sur un radeau (Figure 3.5) [38].
Figure 3.5. Le bac GGI-3000
2.4. Utilisation des bacs et des résultats des mesures
Laborde (2009) [20] a donné des recommandations sur l'utilisation des bacs. Ces
bacs doivent toujours être installés dans un site représentatif du milieu
hydrologique ambiant. Sous nos climats, on évitera de mettre les bacs au milieu
d'une zone recouverte de sable ou de gravillons (augmentation de la température)
mais plutôt au milieu d'une zone enherbée. Par ailleurs, les bacs devront être
entourés d'un grillage pour éviter que des animaux viennent y boire. Chaque bac
doit être associé à un pluviomètre pour pouvoir corriger l'évaporation apparente
des précipitations. Cependant, le pluviomètre doit avoir le même coefficient de
captation que les bacs. On utilisera donc des pluviomètres de mêmes dimensions
que les bacs et disposés au sol. Évidemment, lorsque les averses sont importantes
(quelques dizaines de millimètres), il est illusoire de mesurer avec une bonne
précision une évaporation de quelques millimètres au maximum. Pour mesurer
-30-
30
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
l'évaporation apparente, on peut utiliser une pointe immergée fixe ; on mesure
alors le volume d'eau à ajouter ou retrancher pour rétablir le niveau du bac. Cette
méthode étant plus pénible pour obtenir une bonne précision, il est préférable
d'utiliser une pointe recourbée montée sur une tige filetée ; une molette graduée
permet de déplacer la pointe.
3. Mesure de l'évapotranspiration par les lysimètres
D'après Meissner et Seyfarth (2004) [26] le premier lysimètre a été construit en
1875 par le botaniste E. Sturtevant aux Etats-Unis, son volume varie selon leur
utilisation, soit il se compose d'une cuve, ou même d'un cadre. La cuve du
lysimètre est emplie du même type de sol que celui du terrain avoisinant, ce sol est
mis à l'étude en vue de la mesure de la production, du drainage, de l'évaporation et
de l'évolution des sels minéraux (en particulier des éléments nutritifs) . Dans la
plupart des cas, le lysimètre porte une végétation semblable à celle de
l'environnement naturel et, qu'on pèse régulièrement. Un lysimètre comporte en
partie basse une ouverture assurant l'écoulement naturel en vue de la mesure des
hauteurs d'eau drainées (Figure 3.6) [26]. La profondeur d'un lysimètre est
généralement de 0,5 à 2 mètres, sa surface de 0,3 à 4 mètres carrés. Lorsqu'il est
utilisé pour mesurer l'évaporation de l'eau que peut contenir un sol et la végétation
qui lui est associée, c'est un évapotranspiromètre d’après Aldomany ( 2017) [2] .
La mesure de l'évapotranspiration se déduit alors de l'équation du bilan hydrique :
P +I ± R−E− D ± S =0
P : Précipitations, I : irrigation, R : apports ou pertes par ruissellement, D :
drainage,
E : évapotranspiration ou évaporation s'il n'y a pas de végétation, S : variation des
réserves hydriques.
L'estimation de l'évapotranspiration (ET) suppose alors la connaissance des autres
termes : P, I, D, et S. lors de chaque drainage, le stock d'eau se retrouve à peu
près le même ; ainsi la variation de stock est nulle d'un drainage au suivant et on
déduit l'évapotranspiration réelle (ET) pour cette période intermédiaire par :
ET =P +I −D
-31-
31
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
-----------------------------
Figure 3.6. Lysimètre : Schéma de principe
Remarque
Dans la conduite normale d'un lysimètre il n'y a pas d'apports d'eau (irrigation) ; la
période comprise entre deux drainages consécutifs peut alors atteindre plusieurs
mois et le lysimètre ne donne qu'une estimation globale de l'évapotranspiration
durant cette longue période. Cette estimation est par ailleurs entachée d'une erreur
: la profondeur de sol est limitée a celle du lysimètre.
4. Estimation de l'évapotranspiration
Plusieurs formules permettent d'évaluer l'Etp à partir de différentes mesures
climatologiques. La plus complète et la plus complexe est certainement la formule
de Penman basée sur la notion de bilan énergétique. Cependant, le nombre de
paramètres utilisés par cette formule (différentes températures, hygrométrie,
rayonnement global, albédo, etc.) font que son emploi est rarement possible
compte tenu des mesures disponibles
4.1. Formule de Turc
La formule de Turc (1954) [39] , qui dérive en la simplifiant de la formule de
Penman, ne nécessite que la connaissance des températures de l'air et de la
radiation globale ou de la durée d'insolation. Cette formule est la suivante :
Etp=[(0,4∗t)/(t +15)]∗[( I g +50)∗K ]
Etp : évapotranspiration potentielle mensuelle (en mm d'eau) ;
-32-
32
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
t : température moyenne mensuelle de l'air (en °C) ;
Ig : radiation globale moyenne mensuelle reçue au sol (en calorie/cm2/jour) ;
K : un coefficient égal à 1 si l'humidité relative h r est supérieure à 50 %
(généralement le cas sous nos climats) ;
Sinon
K =1+[(50−hr )/70]
Si la radiation globale Ig n'est pas mesurée, on pourra l'évaluer à partir de la durée
d'insolation h par la formule
I g =I gA∗[0,18+0,62∗H ]
avec :
IgA : radiation globale théorique (en cal/cm2/jour) ;
H : durée théorique des jours du mois.
Les abaques (Figure 3.7) [20] et les formules suivantes permettent d'évaluer I gA et
H en fonction de la latitude et du mois dans les mêmes unités (cosinus d'angles
en º) et en numérotant les mois de 1 (janvier) à 12 (décembre).
Figure 3.7. Les abaques pour évaluer IgA et H
H =362,7+(0,201∗lat)+(4,085∗lat−80,99)∗cos( 30,01∗i−188,9)
I gA =1035−(9,078∗lat)+(7,050∗lat +49,90)∗cos (29,92∗i−182,5)
-33-
33
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
Complément
Cette formule d'emploi aisé, bénéficie d'un préjugé assez favorable quant à la
précision des estimations obtenues à l'échelle mensuelle. Parfois, on utilise même
cette formule à l'échelle décadaire en y adjoignant, si besoin, un terme tenant
compte des effets de la végétation.
4.2. Formule de Thornthwaite
Thornthwaite a proposé également une formule basée essentiellement sur les
températures de l'air :
a
Etp=16∗(10∗t / I ) ∗K
avec
12
i=(t /5)1.5 et I =∑ i
i=1
et
a=0,5+((1,6∗I )/100)
t : est la température moyenne mensuelle du mois considéré ;
Etp : est l'évapotranspiration potentielle du mois considéré (en mm d'eau) ;
K : est un coefficient d'ajustement mensuel.
Tableau 3.1: Les valeurs du coefficient d'ajustement mensuel ‘'K''
Mois J F M A M J Jt A S O N D
K 0.73 0.78 1.02 1.15 1.32 1.33 1.33 1.24 1.05 0.91 0.75 0.70
4.3. Formule d'Oudin
C'est une méthodes empiriques particulièrement simples et largement utilisées pour
la modélisation hydrologique [23] qui ne nécessite aucune donnée datée;
dépendant uniquement de la température et de la radiation extraterrestre, ne
requérant que des données de température de l'air moyenne journalière.
La formule d'Oudin (2004) [32] élaborée au pas de temps journalier :
ETP =(R e∗(T a +5))/(λ∗ρ∗100) si Ta+5>0
sinon ETP=0
Ou
Ta : désigne la température de l'air (en °C), Re : le rayonnement extraterrestre (MJ
• m−2 • jour−1),
λ : la chaleur latente de vaporisation de l'eau (MJ • kg −1) et ρ sa masse volumique
(kg • m−3).
Cette ETP n'est fonction que de la température de l'air Ta et du rayonnement
extraterrestre
Re : (lui-même fonction de la latitude Φ et du jour julien J), par les formules
-34-
34
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
suivantes indiquées par Allen et al. (1998) [4]
λ=2.501−(0.002361∗T a ) ((
(en MJ•kg-1)
Re =(24∗60/π )∗G SC∗d (r )∗[ω( s)∗sin (Φ)∗sin(δ)+(cos(Φ)∗cos( δ)∗sin(ω(s) ))]
Ou
GSC : constante solaire = 0.0820 MJ • m−2 • min−1
dr : distance relative inverse Terre-Soleil
ωs : angle horaire au coucher de Soleil (rad)
Φ : latitude (rad)
δ : déclinaison solaire (rad)
d r=1+[0.033∗cos (( 2∗π /365)∗J )]
δ =0,409∗sin[((2∗π∗J ) /365)−1,39]
ω(s) =arccos[−tan(Φ )∗tan(δ)]
5. Évaluation de l'évapotranspiration réelle
5.1. Formule de Turc
Turc a proposé une formule permettant d'évaluer directement l'ETR annuelle
moyenne d'un bassin à partir de la hauteur annuelle de pluie et de la température
moyenne annuelle :
ETR=P / √(0.9+( P 2 / L 2))
avec L=200+25t+0.05t3
ETR: représente l'évapotranspiration réelle (en mm/an) ;
P : la hauteur annuelle de pluie (en mm) ;
t : la température annuelle (en ºC).
-35-
35
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
Attention
Cette formule est d'un emploi aisé mais elle ne donne malheureusement que l'ordre
de grandeur de l'ETR. En effet, cette formule permet l'estimation du "déficit
d'écoulement" qui ne se rapproche de l'évapotranspiration réelle que pour des
bassins versant relativement étendus, sans échanges à la frontière et pour des
durées d'observation assez longues pour que l'on puisse négliger les variations de
réserves souterraines dans la mesure du possible.
5.2. Bilan simplifié selon Thornthwaite
Laborde (2009) [20] a donné une explication sur cette méthode, qui est basée sur
la notion de réserve en eau facilement utilisable (notée par la suite RFU).
On admet que le sol est capable de stocker une certaine quantité d'eau (la RFU);
cette eau peut être reprise pour l'évaporation par l'intermédiaire des plantes. La
quantité d'eau stockée dans la RFU est bornée par 0 (la RFU vide) et RFU max
(capacité maximale de la RFU qui est de l'ordre de 0 à 200 mm suivant les sols et
sous-sols considérés, avec une moyenne de l'ordre de 100 mm).
L’estimation du la RFU peut être calculée par la méthode de Hallaire.
RFU = (C – F /100)* h * D + 30 mm
Avec :
RFU : Réserve facilement utilisable en (mm)
C : Capacité de rétention aux champs
F : Capacité au point de flétrissement des plantes
h: profondeur de la couche traversée par les racines
D : Densité apparente du sol, supposée : D = 1
30 mm : correspondent au déracinement capillaire.
Hallaire propose :
C – F = 05 % : un sol sableux
C – F = 10% -15% : un sol limoneux
C – F = 20 % :un sol argilo – limoneux
On admet que la satisfaction de l'Etp a priorité sur l'écoulement, c'est-à-dire
qu'avant qu'il n'y ait d'écoulement, il faut avoir satisfait le pouvoir évaporant (Etp =
Etr). Par ailleurs, la complétion de la RFU est également prioritaire sur
l'écoulement.
-36-
36
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
Méthode
On établit ainsi un bilan à l'échelle mensuelle, à partir de la pluie du mois P, de l'Etp
et de la RFU.
Si P > Etp, alors :
Etr = Etp
il reste un excédent (P - Etp) qui est affecté en premier lieu à la RFU, et, si
la RFU est complète, à l'écoulement Q
Si P < Etp :
on évapore toute la pluie et on prend à la RFU (jusqu'à la vider) l'eau
nécessaire pour satisfaire l'Etr soit :
Etr =P+ min( RFU , Etp− P)et RFU =0 ou RFU + p−Etp
Si RFU = 0, la quantité (Da = Etp - Etr) représente le déficit agricole, c'est-à-dire
sensiblement la quantité d'eau qu'il faudrait apporter aux plantes pour qu'elles ne
souffrent pas de la sécheresse.
Exemple
Nous illustrons un exemple de bilan de Thorthwaite simplifié
Tableau 3.2 : Exemple de bilan de Thorthwaite simplifié
Mois 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Pluie du mois 67 55 41 49 54 77 60 67 65 55 61 62
Etp 3 8 33 61 90 103 109 94 67 35 14 5
RFU 100 100 100 88 52 26 0 0 0 20 67 100
Etr 3 8 33 61 90 103 86 67 65 35 14 5
D.A 0 0 0 0 0 0 23 27 2 0 0 0
Ecoulement 64 47 8 0 0 0 0 0 0 0 0 24
-37-
37
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
6. Infiltration
1.
6.1. Définition
Selon l'interprétation de Roche (1963) [35] l'infiltration par définition, est le flux
d'eau qui peut pénétrer dans un sol à partir de sa surface, elle est une des
composantes principales du bilan hydrologique (Figure 3.8) [43]. Elle peut aussi,
dans certains cas, augmenter le rendement hydrologique d'un bassin (bilan) en
mettant à l'abri de l'évaporation une partie des précipitations, surtout s'il s'agit de
nappes relativement profondes. Les possibilités d'emmagasinement du sous-sol
d'un bassin sont appelées capacité de rétention ; c'est une dénomination plutôt
qualitative en général non chiffrable. Un sol imperméable aboutit au contraire à un
régime irrégulier. Si le bassin est accidenté, les crues seront brutales ; si le
bassin est plat, la rétention de surface (partie des précipitations qui est
interceptée à la surface du sol) sera importante et les pertes par
évaporation seront élevées.
En fait, la définition précédente de l'infiltration est très simple et acceptable
théoriquement, mais la circulation verticale de l'eau dans le sol, surtout les sols non
saturés, est très complexe. Le mouvement de l'eau dans le sol est expliqué par A.
Vernet (1969) [40] en disant : « Si, dans un système, l'eau se trouve à des
potentiels différents, ceux-ci auront naturellement tendance à s'égaliser. Il en
résulte un déplacement de l'eau des plus forts vers les plus faibles potentiels
hydriques »
Donc, le potentiel hydrique, ou énergie potentielle de l'eau, résulte à la fois
de la position (potentiel gravitaire) et de l'état interne (potentiels de
pression).
Figure 3.8. Infiltration de l'eau dans le sol
-38-
38
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
6.2. Mesure directe de l'infiltration
a) Méthode de Muntz
C'est une méthode de mesure directe, elle est l'une des méthodes les plus connues
en France et dans les États Africains d'expression française. La méthode Muntz
utilise (Figure 3.9) [35] un cylindre en tôle épaisse, de section intérieure 100 cm 2
(ϕ = 112 mm) et de 25 cm de haut. Le bord supérieur est renforcé par une virole
extérieure ou une couronne soudée. Le cylindre est enfoncé dans le sol de 5 cm
environ en prenant soin de l'ébranler le moins possible. L'alimentation peut se faire,
soit par un flacon-verseur transparent à niveau constant, spécialement gradué en
hauteurs d'infiltration, soit de la manière suivante : une pointe fine est foncée dans
le sol de manière à dépasser d'environ 3 à 4cm.
Méthode
Au début de la mesure, on remplit d'abord avec précaution pour ne pas déranger la
surface du sol, jusqu'à affleurement de la pointe. On ajoute alors une quantité
d'eau connue au moyen d'un récipient taré, tout en déclenchant un chronomètre à
aiguille rattrapage. Au moment où la pointe réapparaît, on rajoute le même volume
d'eau tout en arrêtant une des aiguilles du chronomètre (à laquelle on fait rattraper
l'autre, une fois la lecture faite), etc.
Figure 3.9. Méthode de Muntz
b) Méthode de Porchet
Une seconde manière de mesurer la capacité d'infiltration, plus simple et dont on
dit beaucoup de bien, est la méthode Porchet (Figure 3.10) [35].
-39-
39
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
Figure 3.10. Méthode de Porchet
Méthode
On creuse un trou de rayon R et de profondeur H, que l'on remplit d'eau. On note
ensuite, à intervalle régulier, la hauteur x de l'eau au-dessus du fond du trou. Pour
une cote x, la surface d'infiltration est :
2
(π∗R + 2∗π∗Rx)ou(2∗π∗R(x + R / 2))
et le débit d'infiltration :
2∗K∗π∗R∗( x+ R/ 2)
K étant le coefficient d'infiltration. D'autre part, pendant un temps très petit, le
débit peut s'écrire aussi :
2
q=−π∗R ∗(dx /dt )
En combinant ces deux relations et en intégrant entre les points (x 1,t1) et (x2,t2), on
trouve aisément :
log ( x 2+ R/ 2)−log ( x 1+ R / 2)=−(2∗k∗(t 2 −t 1 ))/ R
D'où
K =(φ( x 1)−φ(x 2 ))/ ∆ t
En posant
φ( x1 )=( R/2)∗log (x 1+ R/2)
∆ t=t 2 −t 1
φ( x 2)=(R/2)∗log (x 2 + R / 2)
Le dépouillement peut être simplifié par l'utilisation d'abaques.
-40-
40
Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
Remarque
La méthode est employée en général avec des trous de faibles dimensions
(diamètre de l'ordre de 10 cm) faits à la tarière.
7. Caractéristiques de l'infiltration en hydrologie
7.1. Les indices de saturation
Roche (1963) [35] souligne qu'il y'a plusieurs auteurs qui ont proposé des indices
de saturation, permettant de caractériser, l'état de saturation du terrain juste avant
une précipitation, puisque, de cet état de saturation, dépendra la fraction de la
précipitation qui s'infiltrera et sera perdue pour le ruissellement.
1- Kohler donne un indice de saturation
Dans lequel P1 est la hauteur de précipitation tombée le jour précédent, P 2 deux
jours avant,..etc. Il est clair que les coefficients ∝ correspondent à la manière dont
la précipitation intervient pour définir la saturation du terrain dans ses effets sur le
ruissellement. Ce sont là des paramètres un peu arbitraires et difficiles à évaluer.
2- ORSTOM, dans les études sur bassins-échantillons effectuées, ont souvent fait
apparaître un indice de la forme :
I =α∗P 1∗( K −t 0 )
to désignant l'intervalle de temps en jours ou en heures séparant l'averse étudiée
de la précédente averse P1 supérieure ou égale à 5 ou 10 mm.
Il est évident que l'emploi d'un tel indice est délicat et demande un certain doigté,
en particulier pour la manière de fixer le seuil de précipitation que l'on suppose
avoir eu quelque influence sur la saturation du terrain.
3- Au cours d'études sur les bassins expérimentaux du Mayonkouré (Guinée), MM.
Braquaval et Rochette, ont proposé de prendre comme indice de saturation :
S =∑ Pi∗((K −t i)/100)
Où Pi désigne une précipitation antérieure, en millimètres, tombée t i heures avant
l'averse étudiée. La somme s'étend à toutes les précipitations antérieures ayant pu
raisonnablement affecter l'état de saturation du sol à l'instant précédant l'averse
étudiée ; elle englobe également la pluie préliminaire, c'est-à-dire la partie de
l'averse précédant la pluie efficace, prise avec ti = 0 (voir la méthode de
l'hydrogramme unitaire). K est une caractéristique du terrain.
7.2. Le coefficient de ruissellement
C'est le rapport du volume ruisselé sur un bassin au cours d'une averse au volume
précipité par cette averse. Son calcul constitue une estimation indirecte du
volume d'eau infiltré dans le sol, mais tient compte également des pertes par
interception et par rétention de surface, dont une partie est consommée
ultérieurement par l'évaporation.
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Chapitre 3 : Évaporation et infiltration
7.3. La capacité d'absorption
L'absorption comporte surtout de l'infiltration, mais aussi les pertes par
interception et rétention de surface. Si on considère une superficie de plusieurs
kilomètres carrés, le terrain présente en ses divers points des conditions
morphologiques diverses et notamment des perméabilités différentes. Désignons
par C1, C2, C3, ............, Cn . Les différentes capacités d'infiltration pouvant être
observées sur le bassin pour un état de saturation donné par P1 , P2, ... Pn. La
capacité d'infiltration moyenne du bassin pour un état de saturation défini est
donnée par la formule :
n
C m=∑ C k ∗P K
1
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