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Laval théologique et philosophique
André Léonard, Métaphysique de l’être. Essai de philosophie
fondamentale. Paris, Les Éditions du Cerf (coll. « La nuit
surveillée »), 2006, 448 p.
Nestor Turcotte
Volume 64, numéro 1, février 2008
Le commentaire philosophique dans l’Antiquité et ses
prolongements : méthodes exégétiques (I)
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Éditeur(s)
Faculté de philosophie, Université Laval
Faculté de théologie et de sciences religieuses, Université Laval
ISSN
0023-9054 (imprimé)
1703-8804 (numérique)
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Citer ce compte rendu
Turcotte, N. (2008). Compte rendu de [André Léonard, Métaphysique de l’être.
Essai de philosophie fondamentale. Paris, Les Éditions du Cerf (coll. « La nuit
surveillée »), 2006, 448 p.] Laval théologique et philosophique, 64(1), 216–218.
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plusieurs heures ou moments dans l’horaire quotidien, soit à la prière commune et à la réception des
sacrements, soit à une prière adaptée dans le milieu de travail.
La Règle de saint Benoît est un résumé de l’Évangile. Elle peut s’appliquer dans sa quasi-
totalité à tous les laïcs qui cherchent vraiment Dieu. Le moine et le laïc doivent commencer par
craindre Dieu avec amour tout en ne préférant absolument rien au Christ, s’ils veulent être conduits
par Lui à la vie éternelle. Y a-t-il une certaine utopie dans la démarche proposée ? Quelque chose de
réserver à une élite spirituelle ? Rien de tel. La Règle, c’est l’Évangile expliqué dans le quotidien de
la vie du moine et du laïc. Ce petit livre, fort précieux et judicieusement écrit, le démontre fort bien.
Nestor TURCOTTE
Matane, Québec
André LÉONARD, Métaphysique de l’être. Essai de philosophie fondamentale. Paris, Les Édi-
tions du Cerf (coll. « La nuit surveillée »), 2006, 448 p.
De nos jours, la métaphysique n’a pas bonne presse. Privé de perspectives métaphysiques, l’homme
contemporain possède un goût très vif pour le réel immédiat, mais il lui manque le sens de l’être et
sa profondeur mystérieuse. Le métaphysicien s’extasie devant l’étant non pas dans sa nature phy-
sique, chimique ou biologique. Il s’émerveille devant lui en tant qu’il est, « en tant qu’étant ». La
métaphysique est donc cette science de l’être en tant qu’être.
André Léonard a été professeur de philosophie à l’Université de Louvain de 1970 à 1991. Cet
essai de philosophie fondamentale est un ouvrage magistral. Il est difficile de le classer tellement il
dépasse ce qui est connu et publié dans le domaine philosophique. Le professeur Léonard campe
son sujet dès l’introduction. Quand le regard métaphysique vers la profondeur et la hauteur du réel
vient à s’éteindre, alors l’intelligence s’épuise dans l’exploration et l’exploitation de la longueur et
la largeur des choses. Et parce qu’ainsi elle ne contemple plus jamais ce qui la dépasse, l’intel-
ligence humaine finit par s’occuper en permanence de ce qui est moins qu’elle-même. Sous peine
d’asphyxie spirituelle, la pensée doit donc retrouver le chemin de la sagesse métaphysique.
L’ouvrage est divisé en deux sections. La première permet à l’A. d’exprimer son point de vue
sur quatre philosophes qui ont marqué le questionnement métaphysique depuis le Moyen Âge :
Thomas d’Aquin (son maître), Kant, Hegel et Heidegger.
L’A. débute donc sa critique en abordant Thomas d’Aquin. Il cerne le cœur de la conception
thomiste de l’être. Il y développe la pensée du Docteur angélique à partir de quatre points essen-
tiels : « L’être et l’étant », « L’être et l’intelligence », « L’être et les transcendantaux », « L’être et
Dieu ». L’A. expose d’abord le principe « d’universelle intelligibilité » des choses : « Tout est
intelligible par l’être ». Toute science est un effort intellectuel à propos d’un objet dont on sait qu’il
est (an sit ?) pour comprendre plus facilement sa manière d’être (quid sit ?).
L’être est avant tout une nature réelle, indépendante de notre connaissance, et donc extérieur à
notre pensée. L’être est de soi une perfection n’exigeant aucune limite. Il est donc réalisable à l’in-
fini. Il est de soi acte. L’ordre de l’être se révèle comme une source intarissable d’actualité où toute
réalité puise sa perfection : « esse est actualitas omnium rerum ». L’être est exprimé par une idée
analogue. L’être n’est pas un genre. Il est une « nature » si universelle qu’il contient toutes les
réalités. Enfin, l’être est une « nature » abstraite. Celle-ci est d’abord réalisée avec limite dans les
objets concrets, changeants et multiples, c’est-à-dire que l’être est aussi composé de puissance et
d’acte.
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Dieu, étant l’Être qui réalise pleinement l’être, étant à la Source à la fois réalisatrice et expli-
cative de tous les autres êtres, il est donc la première réalité à expliquer. Après Dieu, vient toute
créature qui est une substance composée d’essence et d’existence, comme de deux éléments réel-
lement distincts, quoique inséparables, et ordonnés entre eux comme l’acte et la puissance. Enfin,
vient le corps en général, objet de la physique, composé substantiel de matière première et de forme
substantielle.
Une deuxième grande figure retient l’attention d’André Léonard : Emmanuel Kant. Pour déga-
ger les grandes lignes de ce système si complexe, il pose la question kantienne dans toute sa ver-
deur : « La métaphysique comme science est-elle possible ? », ou encore : « Y a-t-il une science des
objets métaphysiques, à savoir l’âme, le monde et Dieu ? »
André Léonard aborde ensuite le complexe système kantien. La raison, ici, se voit refuser toute
possibilité de pénétrer dans le domaine de la réalité véritable : elle peut systématiser les phénomè-
nes, les organiser pour les comprendre, construire des objets de science. Et elle est compétente sur
ce terrain, capable de certitude. Elle se voit interdire cependant toute démonstration véritable con-
cernant l’existence de Dieu, la nature de l’âme, les perspectives ultra-terrestres : tout ce qui est
transcendantal, c’est-à-dire métaphysique, est illusion pure, construction dans les nuages. La raison
ne peut étendre son effort au-delà du cercle de l’expérience sensible. Pour Kant, il n’y a rien au-delà
de la raison ; ou ce qui revient au même : cet au-delà est pour l’esprit humain comme n’existant pas.
Le mot raison est vidé de son contenu ontologique. Ainsi, la valeur humaine devient la valeur su-
prême. La personne est une « fin en soi ». La loi morale n’est autre chose que la loi de la raison, se
justifiant par elle-même sans qu’il soit besoin de remonter plus haut. La raison est enclose en elle-
même.
Les post-kantiens tentent de renouer avec les bases de la pensée philosophique ancienne,
médiévale et moderne. La pensée hégélienne constitue l’entreprise la plus prestigieuse en vue de
restaurer le plein droit d’une philosophie authentiquement métaphysique. Hegel construit un sys-
tème plus objectif, dans lequel la conscience ou le moi se trouve mieux à sa place, non plus au
centre, mais à un moment de l’évolution universelle. Tout est intelligible par l’être qui, identique à
son fond avec l’Esprit ou l’Idée infinie, se manifeste dans l’univers concret grâce à au mouvement
dialectique : thèse, antithèse, synthèse. André Léonard termine la première section de son ouvrage
en abordant la métaphysique heideggérienne. Le point de départ de Heidegger n’est pas l’homme,
mais l’être-là (Dasein). Celui-ci est être dans le monde, en tant que capacité de se dépasser dans une
transcendance dont la structure est la temporalité. Cette structure finie de la temporalité donne à
l’être-là un destin, une histoire conçue non pas comme succession d’événements dans le temps,
mais comme avènement de la liberté.
La seconde partie de l’ouvrage est consacrée au déploiement organique d’une pensée métaphy-
sique de l’être. Dans le premier chapitre, l’A. va à la découverte de l’être à partir de son rôle fonda-
teur par rapport à ce qui, pour nous, est expérimentalement premier, à savoir la pensée, l’interro-
gation, le concept, le langage et, finalement, les structures essentielles de l’existence humaine. Dans
le deuxième chapitre, il cherche à penser l’être en lui-même, dans sa positivité et sa différence in-
terne par rapport à l’essence et à la subsistance : « L’Être en lui-même ». Dans un dernier chapitre,
l’A. traite de la différence entre le Je et le Tu, entre les étants et l’être, entre les étants, entre l’être et
Dieu. La pensée du philosophe culmine jusqu’à la pensée métaphysique de Dieu et de la création.
Au terme de sa recherche, André Léonard affirme que l’être apparaît comme une similitude de la
pensée divine, ce qui ouvre le champ d’une pensée positive de l’analogie et de l’exemplarité. L’A.
clôt cette réflexion par une méditation du rapport entre métaphysique de l’être et révélation chré-
tienne.
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RECENSIONS
Cet ouvrage traite substantiellement des grandes questions métaphysiques. Il me semble réser-
vé aux gens qui ont déjà une bonne initiation philosophique et peut très bien accompagner les
étudiants et les professeurs qui veulent approfondir les grandes questions métaphysiques.
Nestor TURCOTTE
Matane, Québec
Robert MULLER, Les Stoïciens. La liberté et l’ordre du monde. Paris, Librairie Philosophique
J. Vrin (coll. « Bibliothèque des Philosophies »), 2006, 290 p.
Le stoïcisme fut fondé par Zénon de Citium, en Chypre (336-264). Celui-ci vint à Athènes, et après
avoir entendu plusieurs maîtres, fonda lui-même une école sous le portique du Pécile. De là le nom
de philosophie du Portique. Avancé en âge, selon ses principes, il se suicida.
L’A. de ce splendide ouvrage commence d’abord par énumérer les grands noms de cette école
qui traverse plusieurs siècles d’histoire grecque et romaine : Cléanthe (300-232), successeur de
Zénon à l’École d’Athènes ; Chrysippe (282-204), puissant dialecticien et souvent appelé le second
fondateur du stoïcisme ; Posidonius (135-51) ; Sénèque (4-73), précepteur de Néron ; Épictète (mort
en 117 ap. J.-C.) ; et l’empereur Marc-Aurèle (121-180), auteur des Pensées pour moi-même.
Le point de vue moral est ce qui unifie toutes les spéculations des stoïciens. Tous s’efforcent de
fonder leurs normes de conduite sur une théorie générale de la nature et du monde. La source du
bonheur, selon eux, se trouve dans la manière de comprendre la vie selon la raison en un sens
panthéiste. Cette vision panthéistique est un effet de leur vision matérialiste qui cherche à expliquer
l’ordre du monde. Le principe stoïcien, selon l’A., est enraciné dans une physique qui s’applique
ensuite, soit dans l’ordre intellectuel, soit dans l’ordre moral.
Dans le deuxième chapitre du volume, l’A. explique longuement la source du principe stoïcien,
à savoir sa conception panthéiste et matérialiste de la nature. « Suivre la nature » : telle est la voie
pour atteindre le bonheur. Pour saisir en profondeur le sens de cet adage, l’A. nous convie à étudier
la nature universelle dont l’homme n’est qu’une partie. Celle-ci est animée d’un Logos divin, uni-
fiant les êtres en une parfaite hiérarchie. L’A. rappelle que les stoïciens ont repris dans leur phy-
sique, grosso modo, la théorie des anciens. Ils usent des mêmes mots mais en font une interprétation
matérialiste. Ils affirment que l’ordre de l’univers exige l’action d’une intelligence. Ils l’appellent le
Logos Spermaticos, c’est-à-dire la Raison génératrice d’ordre, de beauté et de bonté. Mais ce dieu
doit être corporel pour jouer son rôle d’organisateur. Pour les stoïciens, il est inconcevable que l’es-
prit agisse sur la matière. La causalité exige, non seulement que le patient soit privé de la perfection
qu’il reçoit et ainsi soit différent de l’agent, mais aussi qu’il ait une certaine similitude de nature
avec l’agent afin de recevoir son contact. Tous les êtres de l’univers agissent les uns sur les autres.
Ils sont tous, sans exception, corporels et matériels. C’est la thèse du mélange total. Ils affirment
l’identité absolue de Dieu, conçu comme l’Âme universelle, avec chaque être de la nature, conçu
comme une partie ou un membre particulier du corps divin.
L’A. consacre ensuite le troisième chapitre à la logique stoïcienne. Celle-ci se présente comme
un empirisme sensualiste. Si toute la réalité est corporelle, la seule connaissance possible est celle
de la sensation. L’abstraction aristotélicienne est abandonnée. Le concept n’exprime plus une nature
universelle mais devient un simple nom commun, résumant un ensemble de sensation.
Les stoïciens, en se référant à leur théorie de la science, sont les précurseurs de nos modernes
positivistes. Les faits l’emportent sur l’étude des essences. Bien qu’ils admettent l’influence d’une
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