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Voltaire et Gouges : Lutte contre l'Esclavage

Ce résumé décrit un extrait du roman Candide de Voltaire dans lequel Candide rencontre un esclave noir mutilé en Guyane hollandaise. L'esclave dénonce ensuite avec éloquence les conditions de vie épouvantables des esclaves et l'inhumanité de l'esclavage.

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Voltaire et Gouges : Lutte contre l'Esclavage

Ce résumé décrit un extrait du roman Candide de Voltaire dans lequel Candide rencontre un esclave noir mutilé en Guyane hollandaise. L'esclave dénonce ensuite avec éloquence les conditions de vie épouvantables des esclaves et l'inhumanité de l'esclavage.

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Séquence 2 : La Littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle Olympe de Gouges,

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791


Explication n°4
Parcours : Écrire et combattre pour l’égalité.

Voltaire, Candide, ch. 19 (extrait), 1759


Introduction
Olympe de Gouges a combattu l’esclavage dans plusieurs textes dont sa pièce Zamore et Mirza (1784).
Avant elle, Voltaire, dans Candide, ou l'Optimisme dénonce l'esclavage et l'atteinte aux droits de l'homme et
à la liberté.Voltaire (1694-1778), philosophe du mouvement des Lumières, ridiculise dans ses écrits
satiriques les excès du pouvoir royal et les privilèges de l’aristocratie : ses combats politiques le mènent en
prison et en exil. Pour faire passer ses idées dans un public plus large, il invente le conte philosophique.
Candide, ou l'Optimisme (conte philosophique publié en 1759) : Candide est un jeune homme naïf (un
"candide"), chassé de chez lui avec son maître, Pangloss, qui le persuade que tout va bien ("Tout est pour le
mieux dans le meilleur des mondes possibles"); et pourtant il ne connaît qu'une suite de malheurs en
parcourant le monde. Voltaire condamne ainsi la théorie de l'optimisme (du philosophe Leibnitz), qui veut
que tout ce qui nous arrive soit finalement dirigé par Dieu vers un bien. Au chapitre 19, Candide est en
Amérique du Sud; il vient de visiter le pays d'Eldorado, pays idéal, utopique; il arrive au début de ce chapitre
19 à Surinam, ville de la Guyane hollandaise.
Nous nous demanderons, dans notre développement, par quels moyens Voltaire dénonce l’esclavage. Pour
répondre à cette question, nous étudierons dans un premier mouvement, des lignes 1 à 8, le récit
pathétique qui est un témoignage sur la condition des esclaves, puis dans un second mouvement, des lignes 8
à 15, le discours argumentatif de l’esclave qui est la dénonciation de l’inhumanité des Européens.
I Le récit pathétique : un témoignage sur la condition des esclaves Lignes 1-8

1) Un récit avec une description pathétique : Lignes 1-3

Ligne 1 : « En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre ». Le récit est centré sur une action indiquée
par le verbe au passé simple « rencontrèrent ». La rencontre avec un nouveau personnage, « un nègre » est
l’élément perturbateur ; cela introduit le thème du chapitre, qui sera consacré à l’esclavage. Le mot « nègre »
est habituel et non péjoratif au XVIIIe siècle pour désigner les Africains.
La narration est extérieure (texte narratif à la 3 e personne) : il s’agit de la suite des aventures de Candide (et
Pangloss), désigné par « ils »;

Cette rencontre donne lieu à une description, lignes 1-3, qui sert à montrer la dureté de l’esclavage.
La description, développée à l’imparfait (« manquait »), avec des indices spatiaux (« par terre, gauche,
droite »), montre un personnage, « étendu à terre » donc rabaissé. Le nègre est en effet caractérisé comme
amoindri: "la moitié de son habit"; "il manquait une jambe et une main", comme un homme "incomplet":
la description, qui insiste seulement sur un aspect du personnage a une valeur exemplaire :
- pour faire prendre en pitié le personnage : tonalité pathétique. Pour persuader le lecteur, le narrateur
marque son émotion et sa compassion : « ce pauvre homme » (indice de sentiment) ligne ???.
- pour qu'on se pose la question: est-ce encore tout à fait un homme? = cela montre que l’esclavage est une
privation d’humanité.

2) Un dialogue pathétique : Lignes 4-7 (« Eh mon Dieu... c’est l’usage »)


A la ligne 4, Candide prend la parole, avec une très forte implication : on note une interpellation affective :
«mon ami », le tutoiement et des marques d’émotion (exclamation, interjection et indice de jugement « état
horrible »). La tonalité pathétique est accentuée ; le personnage marque sa réaction apitoyée et scandalisée,
face au spectacle inhumain de l’esclave. Candide pose des questions (« que fais-tu là ? », ligne 4 « est-ce ton
maître… ? », ligne 5 ; ce qui permet, par un témoignage, d’établir la responsabilité de l’esclavage dans cette
situation; la scène fonctionne comme un exemple dans un texte argumentatif contre l’esclavage.
A la ligne 4, l’esclave répond : « j’attends mon maître ». Il informe sur son statut d’esclave (il a un maître, et
il ne peut pas entrer en ville); il s’agit d’une dénonciation de l’esclavagiste, à la fois propriétaire et
« négociant » d’esclaves . Celui-ci est dévalorisé par son nom « Vanderdendur », qui souligne sa dureté avec
une allitération en D qui fait ressortir la finale, en –dur. La réponse de l’esclave confirme la responsabilité
de l’esclavage en généralisant : « c’est l’usage » ; il évoque la pratique habituelle et la loi. Mais la réponse
de l’esclave montre aussi : sa politesse « (Oui, Monsieur » ligne 7) et son respect du maître (« le fameux
négociant », ligne 6) et sa maîtrise de la langue, sa connaissance des lois (« l’usage »), ligne 7: cela montre
qu’il est pleinement humain par sa raison et sa culture ; il va informer, argumenter, au lieu d’utiliser
comme Candide la tonalité pathétique. Il va chercher à convaincre par des idées, et non à persuader par
des sentiments.

3) Le témoignage de l’esclave: un discours informatif qui devient argumentatif : Lignes 7-10 (« on nous
donne.. cas »)
La dénonciation se poursuit : l’esclave développe un discours informatif, qui devient argumentatif ; il devient
le porte-paroles des esclaves. Son discours posé et raisonnable contraste avec l’émotion de Candide : la
raison remplace l’émotion.

Discours informatif :
-son discours est un témoignage à valeur générale :
-par les pronoms « on » et « nous »
-par le présent de vérité générale « …….. ; »
-par la répétition de structure « quand nous... quand nous... »
-son cas personnel prend une valeur exemplaire : « je me suis trouvé dans les deux cas »

Son discours donne donc des informations sur le statut des esclaves : une information sur les conditions de
vie misérables, avec la restriction « pour tout vêtement » ligne 8 (qui signifie « pour seul vêtement »), une
information sur la dureté des conditions de travail, sur l’absence de soin car la blessure de l’accident du
travail est aggravée au lieu d’être soignée et une information sur la loi sur les esclaves fugitifs : la
condamnation à la mutilation fait référence au code noir de 1685.

Le texte informatif de l’esclave, en rappelant les conditions horribles de l’esclavage, devient argumentatif,
et dénonce les esclavagistes : le « on » (ligne 7) des esclavagistes est sujet des verbes « couper », avec une
anaphore qui insiste sur leur inhumanité (« on nous coupe... on nous coupe... ») ligne 10 ; le « on » s’oppose
au « nous » des esclaves. L’esclave est le porte-parole de tous les esclaves, « nous ». Voltaire fait entendre la
parole de l’autre, des oubliés, dans un texte engagé.

L’esclave évoque alors la responsabilité du lecteur européen à la ligne 10, « C’est à ce prix que vous
mangez du sucre en Europe. » L’argumentation change d’interlocuteur, avec l’interpellation du « vous » :
l’interlocuteur est Candide, qui est Européen (il vient de Westphalie, région d’Allemagne), et avec Candide
ce sont les Européens qui sont interpellés, et à travers lui, ce sont donc aussi les lecteurs. L’effet de cette
double énonciation introduit une interpellation directe des lecteurs dans l’argumentation indirecte.

Cette phrase « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. » est en effet au centre du texte : elle
dénonce directement la responsabilité des Européens dans l’esclavage. Le parallèle établi par « c’est à ce
prix » entre les traitements horribles subis par l’esclave et le plaisir, le luxe des repas européens (« vous
mangez du sucre ») montre un décalage scandaleux.
La dénonciation est d’autant plus forte qu’elle fonctionne de manière presque implicite (il n’y a pas de
connecteur logique de conséquence, comme « donc »), c’est une forme de litote, proche de l’ironie (litote :
figure de style qui consiste à atténuer l’expression, pour en fait la rendre plus forte) : les lecteurs
comprennent par leur propre raisonnement, et les lecteurs européens du XVIIIe s. sont mis devant leur
responsabilité. La tonalité devient polémique, comme dans le genre du pamphlet (court récit ou essai
satirique, qui attaque sa cible avec violence).

Nous abordons à présent le second mouvement du texte, (II ) Le discours argumentatif de l’esclave (qui
est) une dénonciation de l’inhumanité des Européens des lignes 11 à 19.
« Cependant » à la ligne 11 marque une forme de transition et d’opposition : l’esclave va être plus explicite
dans sa dénonciation. Il dénonce successivement la manipulation idéologique hypocrite et
l’instrumentalisation de la religion par les Européens.

- L’esclave critique la manipulation idéologique hypocrite des lignes 11 à 19:

Ligne 11-12 : la subordonnée circonstancielle de temps « lorsque ma mère me vendit... Guinée » rappelle la
pratique scandaleuse de la vente des enfants ; c’est une autre forme de déshumanisation, qui désigne
clairement l’esclave comme une marchandise et introduit une anecdote personnelle, à valeur exemplaire,
pour critiquer le discours de la mère qui cherche à justifier cette pratique inhumaine.

Ligne 12-13 : le discours de la mère : une aliénation créée par le mensonge. La mère prend la parole :
discours direct, entre guillemets ; elle s’adresse à son fils avec bienveillance (« Mon cher enfant ») et cherche
à la rassurer par la religion. Elle s’appuie d’abord sur la religion (champ lexical de la religion : « bénis,
fétiches, adore »), qui doit assurer le bonheur ; mais son affirmation au futur (« ils te feront vivre heureux »)
est démentie par la situation présente, racontée au début du texte : elle devient un mensonge. On peut
comprendre, soit que la mère est naïve, et abusée par sa confiance en la religion (Voltaire est un déiste : il
croit en un Dieu universel, mais il pense que la religion est nuisible ; il développe sa critique plus bas, lignes
17-19), soit que la mère est hypocrite (elle sait qu’il ne sera pas heureux). La mère adhère à l’idéologie
sociale raciste.
Elle justifie la vente par son adhésion à une hiérarchie sociale raciste, qui fait des blancs des « seigneurs »
par rapport aux noirs ; elle accepte cette situation et cette idéologie, avec deux arguments : cela apporte de
l’honneur à son fils, et la « fortune » (fortune au sens de « bonheur », au XVIIIe s.) aux parents. Mais là
encore, son discours est contredit par la réalité : « l’honneur d’être esclave » crée un oxymore absurde
(l’esclavage est l’inverse d’un honneur), et le terme « fortune » est polysémique : dans le sens moderne
d’ « argent », il rappelle qu’elle vend son fils par égoïsme. On retrouve les deux explications : ou la mère est
hypocrite et cherche des excuses pour vendre son fils : elle n’a plus ni sentiment ni moralité, elle devient
inhumaine. ou la mère est très naïve, et elle croit à l’idéologie raciste des blancs : on peut dire qu’elle est
aliénée, c’est-à-dire que les Européens lui imposent leur idéologie ; elle ne sait plus penser par elle-même
(et donc elle est déshumanisée). Mais dans les deux cas, la responsabilité de l’horreur de la scène revient
aux Européens blancs esclavagistes : ils ont créé une situation où ils ont amené une mère à vendre son
enfant, à se dénaturer, à perdre son humanité.

L. 15 la réaction de l’esclave exprime un sentiment de désespoir (par l’interjection « Hélas ! ») :


il exprime sa misère actuelle (« ils n’ont pas fait la mienne » = ma fortune) et exprime un sentiment de
trahison par ses parents, accusés de l’avoir abandonné et condamné à l’esclavage ;
- il exprime aussi le malheur de ses parents : le doute « je ne sais pas » (ligne 15) est ironique, il est certain
qu’ils n’ont pas acquis la fortune, et qu’en plus ils ont perdu leur bonheur dans cette vente inhumaine ;
- il exprime la colère contre les Européens, dans le parallèle avec ses parents : eux comme lui, tous ont été
privé par les Européens de leur vie heureuse (de leur « fortune »), de leur humanité : eux par cette vente qui
les rend inhumains, lui par l’esclavage. Les responsables de cette inhumanité sont les Européens.

En même temps, son analyse lucide montre qu’il ne pense pas comme sa mère ; il est lucide, il utilise sa
raison, qui lui permet de se libérer de l’idéologie européenne : même s’il est esclave, il est plus humain que
les esclavagistes.
L’esclave dénonce une situation inhumaine : Lignes 16-17

Une phrase est au centre du discours de l’esclave : « Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois
moins malheureux que nous »
Elle résume la thèse de l’esclave : dénoncer l’inhumanité de l’esclavage, par une comparaison avec les
animaux. L’accumulation (chiens, singes, perroquets), l’hyperbole (mille fois) et le comparatif d’infériorité
(moins que) soulignent la violence de la situation des esclaves, inférieurs même aux animaux.
« Nous » a deux sens : cette inhumanité concerne les esclaves, réunis dans le « nous » général, mais aussi les
parents de l’esclave (« nous » fait alors référence à l’anecdote précédente = mes parents et moi) ; en fait ce
sont toutes les victimes des Européens qui sont ainsi privées d’humanité.

Et enfin, il dénonce aussi l’hypocrisie religieuse : Lignes 17-20

L’esclave démontre une deuxième fois l’hypocrisie européenne en critiquant un autre discours (après celui de
sa mère), celui des prêtres.

Voltaire dénonce ici de nouveau la religion, à travers les « fétiches hollandais » ; cette expression, qui utilise
un terme péjoratif « fétiche », habituellement réservé au XVIIIe siècle aux idoles des populations africaines,
est une provocation sacrilège contre la religion chrétienne. Au-delà de la provocation, cela ramène le
christianisme au niveau des autres religions, et donc cela déconstruit l’idéologie de la supériorité européenne.
L’esclave démontre cette hypocrisie en revenant sur le discours chrétien, fondé sur la fraternité entre les
hommes. Une des justifications de ce discours est le mythe chrétien d’un ancêtre commun, Adam, le premier
homme. L’esclave développe ce mythe à travers la métaphore de la famille (champ lexical : « enfants,
généalogiste, cousins, parents ») : l’humanité est une seule famille. L’esclave en appelle à la raison à travers
la multiplicité des connecteurs logiques (« mais, si, or ») ; il propose un syllogisme (2 prémisses : tous les
hommes sont frères / nous ne sommes pas traités comme des frères – 1 conclusion : donc nous ne sommes
pas traités comme des humains. Il sollicite alors le lecteur (« vous m’avouerez ») pour qu’il conclue par
lui-même : si les hommes sont frères, tous sont humains, aucun ne peut être ainsi déshumanisé.

Encore une fois, c’est aussi par son raisonnement que l’esclave montre son humanité. Pour Voltaire et
pour les Lumières, c’est la raison qui fait l’homme, parce qu’elle est universelle.

Conclusion
Nous avons vu que du début à la ligne 10, Voltaire a présenté une scène pathétique, mais où, dans son
témoignage, l’esclave développe un discours explicatif et raisonné ; ensuite son discours devient nettement
argumentatif, et il dénonce l’esclavage comme une pratique inhumaine des Européens.
Ainsi Voltaire a su argumenter indirectement surtout en créant un personnage inoubliable, qui sait
argumenter, qui se montre parfaitement lucide, donnant par sa raison la preuve de toute son humanité, et
parvenant déjà à se libérer par sa conscience.
(ouverture ) On peut se demander si ce n’est pas par sa capacité à nous obliger à entendre la voix de l’autre,
puis à réfléchir par nous-mêmes, que l’écriture peut le mieux combattre pour des idées. C’est aussi ce que
fait Olympe de Gouges quand elle fait entendre la voix des femmes au XVIIIe s.

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