Groupes, Anneaux, Corps
Rakotondrajao Fanja
16 novembre 2015
Résumé
L’algèbre avec ses différentes structures n’est autre que le modèle de notre vie
quotidienne.
1 Relation binaire
1.1 Relation binaire
Définition En mathématiques, une relation binaire R entre deux ensembles A et B
(ou simplement relation entre A et B) est caractérisée par un sous-ensemble G du produit
cartésien A × B, soit une collection de couples (a, b) dont la première composante a est
dans A et la seconde b dans B. L’ensemble A s’appelle ensemble de départ et l’ensemble
B ensemble d’arrivée pour la relation binaire R. La partie G du produit cartésien A × B
s’appelle le graphe de la relation R. On écrit aRb ou R(a, b) ou tout simplement Rab.
Cette collection est désignée par le graphe de la relation. Les composantes d’un couple
appartenant au graphe d’une relation R sont dits en relation par R. Une telle relation
binaire est parfois appelée correspondance entre les deux ensembles.
Exemple La relation «est enfant de» est une relation binaire entre l’ensemble des pa-
rents et l’ensembles des enfants.
La relation «est capital de» est une relation binaire entre l’ensemble des villes et l’en-
sembles des pays.
La relation «est plus petit que» noté «<» est une relation binaire sur l’ensemble des
nombres entiers.
De manière informelle, une relation entre deux ensembles est une proposition qui lie
certains éléments du premier ensemble avec d’autres éléments du second ensemble.
Considérons un ensemble A constitué de filles et un ensemble B constitué de garçons, par
exemple, on pourrait définir une relation «Alice aime Bernard», ou une autre relation
«Béatrice connaît Paul» ... On peut donc voir la relation comme étant des fils reliant
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des éléments de deux ensembles.
Représentation sagittale
On utilise ce diagramme si les deux ensembles A et B sont finis.
On peut aussi représenter cette relation par une matrice.
Représentation matricielle
. Bernard Antoine Paul Charles
Lucie X X X .
Béatrice . X . .
Delphine . . . .
Alice X . X .
Nous pouvons aussi énumerer cette relation comme une liste des couples
G = {(L, Bn), (L, An), (L, P ), (Bt, An), (Al, Bn), (Bt, An), (Al, Bn), (Al, P )}
L’ensemble de tous les couples possibles s’appelle le produit cartesien de A par B, et est
noté A × B.
Définition L’ensemble de définition est l’image du graphe G par la première projection,
c’est-à-dire le sous-ensemble suivant de l’ensemble de départ :
{x ∈ A|∃y ∈ B(x, y) ∈ G}.
Une relation binaire peut être vue comme une fonction multivariée, et dans ce cas, on
l’appelle une correspondance.
Définition Une application est une relation entre deux ensembles pour laquelle chaque
élément de l’ensemble de départ est relié à un unique élément de l’ensemble d’arrivée.
Remarque Une fonction est une application dont le but ou l’ensemble d’arrivée est un
ensemble de nombres.
Définition (Identité ou application identique) La diagonale de A est définie par :
∆A = {(x, x) | x ∈ A} .
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C’est le graphe de la relation d’égalité sur A, notée =A , ou = en l’absence d’ambiguïté
sur l’ensemble concerné. Cette relation est aussi une fonction, appelé l’identité de A,
notée idA .
1.2 Composition
Définition Si R est une relation de A dans B et S de B dans C, on peut définir une
relation S ◦ R de A dans C par :
GS◦R = {(a, c) ∈ A × C | ∃b ∈ B/ (a, b) ∈ GR ∧ (b, c) ∈ GS }
Plus simplement, on peut dire que S ◦ R ⊆ A × C est défini par la règle qui dit que
(a, c) ∈ S ◦ R si et seulement s’il existe un élément b ∈ B tel que a R b S c (i.e. (a, b) ∈ R
et (b, c) ∈ S).
1.3 Réciproque
Définition Si R est une relation de A sur B, on peut définir une relation, notée R−1 ,
de B sur A dite relation inverse, ou réciproque, par :
GR−1 = {(b, a) ∈ B × A | (a, b) ∈ GR } .
Exemple «est plus petit que» et «est plus grand que» sont réciproques l’une de l’autre.
«est enfant de» et « est parent de» sont réciproques l’une de l’autre.
« est sœur de» est sa propre inverse.
La représentation d’une relation réciproque se déduit simplement de celle de la corres-
pondance de départ :
— pour la représentation sagittale, en changeant le sens des liens (vu de la gauche
vers la droite sur le schéma) ;
— pour une représentation matricielle, en échangeant lignes et colonnes et en pre-
nant la matrice symétrique par rapport à la diagonale principale.
1.4 Relation sur (ou dans) un ensemble
Définition Si l’ensemble de départ et l’ensemble d’arrivée sont le même, c-à-d A = B,
on dit que R est une relation sur A ou dans A
Définition (Relation réflexive) La relation R sur A est dite réflexive si tout élément
de A est en relation avec lui-même, c’est-à-dire si :
∀x ∈ A, xRx
Une relation est donc réflexive si et seulement si son graphe contient la diagonale de A,
c’est-à-dire si et seulement si :
∆A ⊆ GR .
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Exemple — La relation d’inclusion entre ensembles est réflexive : tout ensemble
est inclu dans lui-même ;
— dans un ensemble de nombres, la relation « est un diviseur de » est réflexive :
tout nombre est son propre diviseur ;
— dans un ensemble de personnes, la relation « est de la même famille que » est
réflexive.
Définition (Relation antiréflexive) La relation R sur A est irréflexive ou antiré-
flexive si aucun élément de A n’est en relation avec lui-même, c’est-à-dire si :
∀x ∈ A, x 6 Rx
Une relation est donc irréflexive ou antiréflexive si et seulement si son graphe est disjoint
de la diagonale de A, c’est-à-dire si :
∆E ∩ GR = ∅.
Exemple — l’inégalité stricte sur les entiers relatifs est un exemple de relation
irréflexive : aucun entier n’est strictement inférieur à lui-même ;
— dans un ensemble de personnes, la relation « est enfant de » est irréflexive :
personne n’est son propre enfant ;
— dans un polyèdre, la relation « a un et un seul côté commun avec » est une
relation irréflexive entre ses faces : aucune face n’a qu’un seul côté commun avec
elle-même (une face a au moins 3 côtés en commun avec elle-même).
Remarque Une relation sur un ensemble d’au moins deux éléments peut n’être ni
réflexive, ni irréflexive : il suffit qu’un élément soit en relation avec lui-même et l’autre
non.
Définition (Relation symétrique) La relation R sur A est dite symétrique si et
seulement si lorsqu’un premier élément de A est en relation avec un second élément de
A, le second élément est lui aussi en relation avec le premier, c’est-à-dire si :
∀(x, y) ∈ A2 , (xRy) ⇒ (yRx)
Remarque Une relation est donc symétrique si et seulement si son graphe se confond
avec celui de sa relation inverse, c’est-à-dire si :
GR = GR−1
En d’autres termes, une relation symétrique est une relation égale à sa réciproque :
R−1 = R.
L’égalité entre graphes ci-dessus peut encore s’écrire :
GR ∩ GR−1 = GR .
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Exemple — dans un ensemble de personnes, la relation « est de la même famille
que » est symétrique ;
— dans un polyèdre, la relation « a un et un seul côté commun avec » est une
relation symétrique entre ses faces : si une face a un côté commun avec une autre
face, cette dernière a le même côté commun avec la première face ;
— parmi les entiers naturels, la relation « multiplié par » est symétrique, car la
multiplication des entiers est commutative.
Définition (Relation antisymétrique) La relation R sur A est dite antisymétrique
ou faiblement antisymétrique si lorsque deux éléments de E sont en relation mutuelle,
ils sont en fait confondus, c’est-à-dire si :
∀(x, y) ∈ A2 , [(xRy) ∧ (yRx)] ⇒ (x = y).
Remarque Une relation est donc faiblement antisymétrique si et seulement si l’inter-
section de son graphe avec celui de sa réciproque est incluse dans la diagonale de A,
c’est-à-dire si :
GR ∩ GR−1 ⊆ ∆A .
Exemple — la relation « plus grand que (ou égal à) » ainsi que la relation « plus
petit que (ou égal à) » sur les entiers naturels ou sur les réels ;
— la relation « divise » dans l’ensemble des entiers naturels.
Définition (Relation asymétrique) Quand une relation est à la fois antisymétrique
et irréflexive, on dit parfois qu’elle est fortement antisymétrique (on lit asymétrique
dans certains ouvrages).
On peut alors simplifier la définition : la relation R sur A est fortement antisymétrique
si et seulement si lorsqu’un premier élément de A est en relation avec un second élément
de E, le second élément n’est pas en relation avec le premier, autrement dit :
∀(x, y) ∈ E 2 , (xRy) ⇒ (¬(yRx)).
Remarque Une relation est donc fortement antisymétrique si et seulement si l’inter-
section de son graphe est disjoint de celui de sa réciproque, c’est-à-dire si :
GR ∩ GR−1 = ∅.
Exemple — les relations d’ordre strict, comme la relation « est strictement plus
grand que » sur les entiers ou les réels, ou la relation d’inclusion stricte sont
fortement antisymétriques.
— dans un ensemble de personnes, la relation « est enfant de » est asymétrique :
personne n’est son propre enfant, ni a fortiori l’enfant de ses enfants...
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Remarque — Si une relation est irréflexive, l’antisymétrie forte et l’antisymétrie
faible sont équivalentes, et donc la plupart du temps on parle simplement d’an-
tisymétrie.
— Toute relation à la fois symétrique et fortement antisymétrique (i.e. asymétrique)
est une relation vide, c’est-à-dire que son graphe est l’ensemble vide (autrement
dit, il n’existe aucun élément x de l’ensemble E qui soit relié à un autre élément
y de E par cette relation).
— Une relation qui décrit l’égalité sur un ensemble quelconque E est à la fois symé-
trique et antisymétrique.
— Une relation peut n’être ni symétrique ni antisymétrique, comme la relation de
divisibilité sur les entiers relatifs.
Définition (Relation transitive) Une relation R sur A est dite transitive si lorsqu’un
premier élément de E est en relation avec un deuxième élément lui-même en relation
avec un troisième, le premier élément est aussi en relation avec le troisième, c’est-à-dire
si :
∀(x, y, z) ∈ E 3 , [(xRy) ∧ (yRz)] ⇒ (xRz)
Remarque Une relation R est donc transitive si et seulement si son graphe contient
celui de sa composée avec elle-même, c’est-à-dire si :
GR◦R ⊆ GR .
Exemple La relation ≤ sur les entiers naturels est transitive.
Définition (Relation totale) Une relation R sur A est dite totale si pour toute paire
d’éléments de A, elle institue au moins un lien entre les deux éléments considérés, c’est-
à-dire si :
∀(x, y) ∈ A2 , (xRy) ∨ (yRx).
Remarque La relation est donc totale si et seulement si l’union de son graphe avec
celui de sa réciproque est égale au carré cartésien de A, c’est-à-dire si :
GR ∪ GR−1 = A2 .
Exemple la relation ≤ sur l’ensemble des réels est totale.
Contre-exemple la relation « divise » sur l’ensemble des entiers naturels n’est pas
totale.
Définition (Relation d’équivalence) Une relation d’équivalence est une relation ré-
flexive, transitive et symétrique.
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Exemple — l’égalité est une relation d’équivalence.
— En arithmétique, la relation de congruence modulo un entier donné est une
relation d’équivalence.
Définition (Relation d’ordre) Une relation d’ordre est une relation réflexive, tran-
sitive et antisymétrique.
Remarque — Si la relation est totale alors on dit que l’ordre est total. C’est le cas
de la relation « est inférieur ou égal à » sur les entiers naturels ou sur les réels.
— Tous les éléments ne sont pas forcément comparables par une relation d’ordre ; par
exemple deux entiers naturels ne sont pas forcément comparables par divisibilité.
On dit alors que la relation « est un diviseur de » est un ordre partiel sur N.
1.5 Nombre de relations binaires sur un ensemble fini
Considérons un ensemble A fini de cardinal n et un ensemble B fini de cardinal p. Il
y a autant de relations binaires de A sur B que d’applications de A × B dans {0, 1}, ce
qui donne 2np relations.
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En particulier, si A = B, on trouve 2(n ) relations binaires sur A, dont
— 2n(n˘1) relations réflexives,
— 2n(n+1)/2 relations symétriques.
— Pour le nombre de relations transitives, il n’y a toujours pas actuellement de
formule « fermée ».
— Le nombre de relations d’équivalence est égal au nombre de partitions d’un en-
semble, c’est-à-dire le nombre de Bell.
Remarque Le cardinal d’un ensemble A est le nombre de ses éléments. On note
card A.
2 Application
Définition Une application est une relation entre deux ensembles pour laquelle chaque
élément de l’ensemble de départ est relié à un unique élément de l’ensemble d’arrivée.
On note par une lettre miniscule f, g ou h une application.
Une application f de l’ensemble X sur l’ensemble Y s’écrit f : X −→ Y.
Remarque Une fonction est une application dont le but ou l’ensemble d’arrivée est un
ensemble de nombres.
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2.1 Application injective
Définition Une application f : X −→ Y est dite injective ou est une injection si pour
tout y dans l’ensemble d’arrivée Y, il existe au plus un élément x dans l’ensemble de
définition X tel que f (x) = y. On dit encore dans ce cas que tout élément y de Y admet
au plus un antécédent x (par f ).
De manière équivalente, f est dite injective si pour tous x et x0 dans X, f (x) = f (x0 )
implique x = x0 .
Définition Une application f de X dans Y est dite injective si
∀(x, y) ∈ X 2 , (x 6= y ⇒ f (x) 6= f (y)) .
On dit que l’injection préserve les différences.
L’implication précédente équivaut à sa contraposée :
∀(x, y) ∈ X 2 , (f (x) = f (y) ⇒ x = y) .
Exemples et contre-exemples Considérons l’application f : R −→ R définie par
f (x) = 2x + 1. Cette application est injective (et même bijective), puisque pour tous
nombres réels arbitraires x et x0 , si 2x + 1 = 2x0 + 1 alors 2x = 2x0 , soit x = x0 .
En revanche, l’application g : R −→ R définie par g(x) = x2 n’est pas injective,
parce que (par exemple) g(1) = 1 = g(−1).
D’autre part, si nous définissons l’application h : R+ −→ R par la même relation
que g,mais avec l’ensemble de définition restreint à l’ensemble des réels posi-
tifs, alors l’application h est injective. Une explication est que, pour des réels positifs
arbitraires donnés x et x0 , si x2 = x02 , alors |x| = |x0 |, ainsi x = x0 .
2.2 Application surjective
Définition Une surjection ou application surjective est une application pour laquelle
tout élément de l’ensemble d’arrivée a au moins un antécédent, c’est-à-dire est image
d’au moins un élément de l’ensemble de départ. Il est équivalent de dire que l’ensemble
image est égal à l’ensemble d’arrivée tout entier.
Définition Une application f de X dans Y est dite surjective si :
∀y ∈ Y, ∃x ∈ X, f (x) = y ,
ou encore : pour tout élément y de Y, il existe au moins un élément x de X tel que
f (x) = y.
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Exemples et contre-exemples La fonction définie par
f: R → R
x 7→ x2
n’est pas surjective car certains réels ne possèdent pas d’antécédent. Par exemple, il
n’y a pas de réel x tel que f (x) = −4. Mais si on change la définition de f en donnant
comme ensemble d’arrivée R+ ,
f : R → R+
x 7→ x2
alors elle le devient car chaque réel positif y possède au moins un antécédent : 0 possède
exactement un antécédent, 0, et tous les réels y strictement positifs en possèdent deux,
la racine carrée de y et son opposé.
La fonction définie par
f: R → R
x 7→ 2x + 1
est surjective puisque, pour tout réel arbitraire y, il existe des solutions à l’équation
y = 2x + 1 d’inconnue x ; une solution est x = (y − 1)/2.
La fonction définie par
g: R → R
x 7→ cos(x)
n’est pas surjective car les réels strictement plus grands que 1 ou strictement plus petits
que –1 n’ont pas d’antécédent. Mais la fonction définie par
h : R → [−1, 1]
x 7→ cos(x)
qui possède la même expression que g, mais avec un ensemble d’arrivée qui a été res-
treint à l’ensemble des réels compris entre −1 et 1, est surjective. En effet, pour tout
réel arbitraire y de l’intervalle [−1, 1], il existe des solutions à l’équation y = cos(x)
d’inconnue x : ce sont les réels x = ±Arccos(y) + 2kπ pour tout entier relatif k.
Sur ces quelques exemples, on voit qu’il est toujours possible de transformer une
application non surjective en une surjection à condition de restreindre son
ensemble d’arrivée.
2.3 Application bijective
Définition Si une application injective est aussi surjective, elle est dite bijective.
Exemple Prenons le cas des cages de pigeonnier. Chaque façon de répartir ces pigeons
dans les cages peut être représentée par une application de l’ensemble des pigeons, X,
vers l’ensemble des cages, Y (à chaque pigeon est associée une cage).
— Les pigeons souhaitent que l’application soit injective, c’est-à-dire que chacun
d’entre eux ait une cage individuelle. Cela n’est possible que si le nombre
de touristes ne dépasse pas le nombre de chambres.
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— Le responsable de pigeonnier souhaitent que l’application soit surjective, c’est-à-
dire que chaque cage soit occupée. Cela n’est possible que s’il y a au moins
autant de pigeons que de cages.
— Ces contraintes ne sont compatibles que si le nombre de pigeons est égal au
nombre de cages. Dans ce cas, il sera possible de répartir les pigeons de telle
sorte qu’il y en ait un seul par cage, et que toutes les cages soient occupées :
l’application sera alors à la fois injective et surjective ; on dira qu’elle est
bijective.
2.4 Image d’une application
Définition On appelle image d’une application f (de l’ensemble A vers l’ensemble B)
l’image directe de A par f . On note par Im (f ) cet ensemble.
C’est donc le sous-ensemble de B contenant toutes les images de tous les éléments de A
et uniquement ces images. On le note Im(f ).
Im(f ) = {y ∈ B | ∃x ∈ A, f (x) = y} = {f (x) | x ∈ A} = f (A).
Exemple l’image de l’application cosinus (de R vers R) est [−1; 1].
Remarque Une application est surjective si et seulement si son image coïncide
avec son ensemble d’arrivée.
3 Groupes
En mathématiques, et plus précisément en algèbre générale, un groupe est un
ensemble muni d’une loi de composition interne associative admettant un
élément neutre et, pour chaque élément de l’ensemble, un élément symé-
trique.
La structure de groupe est commune à de nombreux ensembles de nombres — par
exemple les nombres entiers relatifs, munis de la loi d’addition. Mais cette structure se
retrouve aussi dans de nombreux autres domaines, notamment en algèbre, ce qui en fait
une notion centrale des mathématiques modernes.
La structure de groupe possède un lien étroit avec la notion de symétrie1. Un groupe
de symétrie décrit les symétries d’une forme géométrique : il consiste en un ensemble
de transformations géométriques qui laissent l’objet invariant, l’opération consistant
à composer de telles transformations, c’est-à-dire à les appliquer l’une après l’autre.
De tels groupes de symétrie, en particulier les groupes de Lie continus, jouent un rôle
important dans de nombreuses sciences. Les groupes généraux linéaires, par exemple,
sont utilisés en physique fondamentale pour comprendre les lois de la relativité restreinte
et les phénomènes liés à la symétrie des molécules en chimie.
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Exemple Un des groupes les plus communs est l’ensemble des entiers relatifs Z,
qui est constitué des nombres · · · , −4, −3, −2, −1, 0, 1, 2, 3, 4, · · ·
Les propriétés suivantes de l’addition usuelle servent de modèle pour les axiomes de
la définition générale donnée plus bas.
— Pour deux entiers quelconques a et b, la somme a + b est aussi un entier.
En d’autres termes, le fait d’additionner deux entiers ne peut jamais mener à
un résultat non entier. On dit que l’addition est une loi de composition
interne.
— Pour tous entiers a, b et c, (a + b) + c = a + (b + c). Littéralement, additionner
d’abord a et b, puis ajouter c au résultat donne le même résultat final qu’ajouter
a à la somme de b et c. Cette propriété est nommée associativité.
— Si a est un entier, alors 0 + a = a + 0 = a. Zéro est ce qu’on appelle un
élément neutre pour l’addition, parce qu’ajouter 0 à tout entier renvoie cet
entier.
— Pour tout entier a, il existe un entier b tel que a + b = b + a = 0. L’entier b est
appelé l’élément symétrique de l’entier a et est noté −a (pour l’addition,
on dit aussi opposé).
Remarque Les entiers, munis de l’opération «+», forment un objet mathématique
qui appartient à une vaste classe d’objets partageant des similarités de structure. La
définition formelle suivante, qui englobe l’exemple précédent et beaucoup d’autres, dont
les groupes de symétries, permet de comprendre ces structures sans traiter chaque cas
séparément.
Définition Un groupe est un couple dont le premier terme est un ensemble G
et le second une opération (on dit aussi loi de composition) sur cet ensemble «•»
qui, à deux éléments a et b de G, associe un autre élément a • b. Le symbole «•» est un
signe général qui désigne une opération donnée, comme l’addition ci-dessus. On exige
que la loi satisfasse quatre axiomes.
Loi de composition interne Pour tous a et b éléments de G, le résultat a • b est
aussi dans G.
Associativité Pour tous éléments a, b et c de G, l’égalité
(a • b) • c = a • (b • c)
est vraie.
Élément neutre Il existe un élément e de G tel que, pour tout a dans G,
e • a = a • e = a,
"e" est appelé élément neutre du groupe (G, •).
Symétrique Pour tout élément a de G, il existe b dans G tel que
a • b = b • a = e,
où e est l’élément neutre. b est appelé symétrique de a.
11
Remarque le résultat de la combinaison d’un élément a avec un élément b peut ne pas
être le même que celui de la combinaison de b avec a ; l’égalité
a • b = b • a n’est pas toujours vraie.
Un groupe dans lequel on a toujours a • b = b • a est dit commutatif, ou abélien (en
l’honneur de Niels Abel).
Ainsi, le groupe additif des nombres entiers est abélien mais le groupe de symétrie ne
l’est pas.
Remarque 1. Lorsque la loi est notée additivement
— le symétrique est appelé opposé et l’opposé de a est noté −a
— le neutre est souvent appelé zéro et noté 0.
2. Lorsque la loi est notée multiplicativement
— le symétrique est appelé inverse et l’inverse de a est noté a−1
— le neutre est parfois appelé unité et noté 1.
En pratique, on utilise plutôt la notation additive pour les groupes commutatifs
(ou abéliens).
Remarque L’axiome d’associativité permet de définir l’opération sur trois éléments
et non plus deux, en « levant » les parenthèses. En effet, quels que soient les éléments
a, b et c du groupe, il est possible de définir a • b • c sans ambigüité :
a • b • c = (a • b) • c = a • (b • c).
Puisque les parenthèses peuvent être écrites n’importe où dans une série de plusieurs
termes, il est d’usage de les omettre.
Proposition 3.1 Il y a unicité de l’élément neutre et, pour chaque élément a du
groupe, du symétrique de a. Cela signifie qu’un groupe possède exactement un élément
neutre et que chaque élément du groupe possède un et un seul symétrique.
Preuve Unicité de l’élément neutre Supposons que le groupe possède deux éléments
neutres e et f . On a alors
e • f = e ; car f est un élément neutre.
e • f = f ; car e est un élément neutre.
Soit e = f.
Unicité du symétrique Pour prouver l’unicité du symétrique, on suppose qu’un
élément a possède deux symétriques b et c et on prouve qu’ils sont égaux.
(b • a) • c = b • (a • c) ; par associativité
e • c = b • e ; car b et c sont des symétriques de a
c = b ; car e est l’élément neutre
Exemple entiers, rationnels, entiers non nul modulo un nombre premier
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Pour comprendre les groupes au-delà des manipulations symboliques présentées ci-
dessus, d’autres concepts doivent être employés. Ils suivent tous un principe sous-jacent :
pour bénéficier de la structure de groupe, les constructions liées à un groupe doivent
être « compatibles » avec sa loi de composition. Cette compatibilité se manifeste de dif-
férentes façons. Par exemple, des groupes peuvent être reliés entre eux par des fonctions
appelées homomorphismes de groupe, c’est-à-dire des fonctions qui conservent la
structure de groupe. La structure des groupes peut aussi être étudiée en les « cassant
» en morceaux plus simples, appelés sous-groupes ou groupes quotients. Ce prin-
cipe de conservation des structures est l’idée centrale de la théorie des catégories, dans
laquelle on parle de catégorie des groupes.
3.1 Homomorphisme de groupes
Définition Les homomorphismes de groupes sont les fonctions qui préservent la
structure de groupe.
Une fonction f : G −→ H entre deux groupes munis respectivement de deux lois • et ∗
est un homomorphisme si l’égalité
f (a • b) = f (a) ∗ f (b)
est vraie pour tous les éléments a et b de G, c’est-à-dire que le résultat est le même,
que l’on effectue l’opération avant ou après avoir appliqué la fonction f .
Proposition 3.2 L’image du symétrique de tout élément a est le symétrique de l’image
de a. En notant a−1 le symétrique d’un élément a, cela donne :
f (a¯1 ) = f (a)¯1
et que l’image de l’élément neutre du groupe (G; •) est l’élément neutre de (H; ∗).
Preuve Notons eG et eH respectivement les éléments neutres des groupes G et H.
Quel que soit l’élément a de G,
f (a • eG ) = f (a) ∗ f (eG ).
Or, a • eG = a, donc
f (a • eG ) = f (a).
Par conséquent, quel que soit a dans G,
f (a) = f (a) ∗ f (eG ).
En appliquant f (a)¯1 à gauche,
f (a)¯1 ∗ f (a) = f (a)¯1 ∗ f (a) ∗ f (eG )
soit (en utilisant le fait que f (a)¯1 ∗ f (a) = eH ) :
eH = f (eG ) Donc f (eG ) est élément neutre de H.
D’autre part, la définition d’un homomorphisme donne, quel que soit a dans G :
f (a • a¯1 ) = f (a) ∗ f (a¯1 ) c’est-à-dire :
f (eG ) = f (a) ∗ f (a¯1 )
eH = f (a) ∗ f (a¯1 )
ce qui montre que f (a¯1 ) est le symétrique de f (a).
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Définition Deux groupes G et H sont dits isomorphes s’il existe deux homomorphismes
de groupes f : G −→ H et g : H −→ G tels que la composée de ces deux fonctions,
quel que soit l’ordre, donne l’identité. C’est-à-dire que, quels que soient a élément
de G et b de H,
g(f (a)) = a et
f (g(b)) = b.
Du point de vue de la structure de groupe, G et H sont en quelque sorte « le même
groupe ».
3.2 Sous-groupe
4 Anneaux
5 Corps
Références
Wikipedia
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