Guide pédagogique: Intelligences Multiples
Guide pédagogique: Intelligences Multiples
Cet ouvrage suit l’orthographe recommandée par les rectifications de 1990 et les programmes scolaires
(voir le site : [Link] et son miniguide d’information).
Introduction générale
Présentation et entrée dans la théorie des intelligences multiples p. 12
Mise en œuvre pédagogique p. 20
Français p. 27
1. La conscience phonologique au service de l’entrée dans l’écrit p. 27
2. Du graphème à l’orthographe p. 41
3. Lecture – Écriture p. 55
4. Grammaire : la phrase/le groupe nominal et la chaine des accords p. 74
5. Comprendre le fonctionnement de la langue :
orthographier les formes verbales les plus fréquentes p. 91
Mathématiques p. 107
1. Vers la numération décimale p. 108
2. Chasse aux problèmes additifs p. 125
3. Vers le calcul mental :
décompositions additives des nombres inférieurs à 20 p. 138
4. Mélimélo de pavés p. 151
Apprendre
Avant tout… il est question d’apprendre.
L’étymologie de notre langue latine nous renseigne utilement : apprehendere pour
saisir, prendre, d’abord dans un acte physique, puis dans le sens de saisir par l’es-
prit, c’est-à-dire comprendre. Apprendre désigne bien une relation entre un humain
et le monde des choses qui l’entourent comme autant de mystères ; la démarche
est exploratoire, originelle et continue depuis notre naissance jusqu’à notre mort.
Le petit d’homme use de tous les sens dont il dispose pour saisir la matérialité comme
l’immatérialité ; les vecteurs sont multiples, tant les sollicitations sont incessantes,
soit par nécessité de survie, soit par gout de la découverte ; car « ap-prendre »
le rend plus fort, et si la force vient à manquer, plus rusé. Il fait alors preuve d’in-
telligence. Là encore, étymologiquement, il construit le lien entre les choses, entre
ses perceptions et les choses, lien qui deviendra connaissance sur les choses,
sur les hommes. Les apprenants sont d’autant plus puissants et efficaces, quand
ils sont curieux, courageux, forts en exploration et en enquête, expérimentateurs,
font preuve d’imagination, veulent bien réfléchir, analyser et évaluer, savent collaborer,
ont du recul par rapport à leur apprentissage1.
Ce processus itératif et complexe fonctionne d’autant mieux que l’homme est
un être sociable ; tous les progrès de nos sociétés humaines sont issus des échanges
d’information et de transmission empirique ou plus organisée ; « Si chaque individu
a bien sûr sa propre structure mentale, écrit André Giordan2, il n’y est pas enfermé.
Pour réussir, connaitre qu’il existe d’autres façons de faire et s’y essayer est
un “plus” incontournable. Plus on sait pratiquer différemment, plus on possède d’ou-
tils et de ressources, plus apprendre sera aisé. » L’école est alors apparue comme
une des modalités, parmi d’autres, pour produire du sens, c’est-à-dire du lien entre
les connaissances, pour faire « société ».
Changement de modèle ?
Est-ce que, dans notre école « à la française », comme il y a des jardins « à la fran-
çaise », enseignant.e.s, cadres, formateurs, chercheurs, se sont intéressés durable-
ment, historiquement, contradictoirement, aux manières d’apprendre ? À l’ère de la
Refondation, les invocations à l’histoire rendent compte d’un certain consensus sur le
fait que l’École doit être plus juste pour tous ses élèves, mais enseignant.e.s comme
responsables d’éducation sont partagés sur les moyens d’y parvenir ; la confusion peut
exister entre idéal d’égalité et identité ; accueillir la différence serait discriminatoire
pour certains, pour d’autres, ce serait une démarche pragmatique pour « élever »
les enfants à des niveaux suffisants de compétences et de responsabilités dans une
société plus citoyenne. Reconnaitre la diversité des manières d’apprendre, user de
la multiplicité des approches ne sont pas des affirmations neutres, car concepts
théoriques et pratiques enseignantes emportent avec eux une réelle vision de l’École,
du rôle des professeurs, et de la place des élèves.
Deux exemples peuvent être évoqués, repris dans les approches comparatives inter-
nationales, ou quand des délégations étrangères viennent en visite dans nos petites
classes : premier exemple, la place du corps dans l’enseignement. Certes, le mobilier
scolaire n’aide pas, et il y aurait encore ici un travail d’ampleur en matière d’ergonomie
scolaire, mais il est à l’image de la conception de ce que doit être et de ce que doit
faire un élève en classe : être assis et écouter. La posture de l’élève français est issue
directement du modèle de l’école « à la prussienne », repris par l’Institution depuis
Jules Ferry, quand l’École fut dotée du projet politique de fonder la République et
d’écouter la voix du maitre, « seul sachant ». Les temps et rythmes scolaires ont assez
peu varié ; les élèves peuvent donc rester plus de six heures dans la journée dans ces
mêmes configurations ; les ébats collectifs et la détente corporelle étant cantonnés
dans des aires et des heures périphériques. Cela peut sembler tout à fait « normal »,
mais très décalé, voire scandaleux quand c’est regardé par d’autres yeux… finlandais
ou néozélandais. Tout se passe comme si apprendre n’avait aucune incidence sur les
dynamiques corporelles et sur les postures dites de confort. Or, apprendre, c’est du
mouvement intellectuel comme des gestes physiques. Enseignant.e.s, regardez-vous
vous-mêmes apprendre, vous en conviendrez.
Le deuxième exemple considère la place des éducations plus « sensibles »,
c’est-à-dire celles qui font appel aux sens, esthétique, artistique, musical. Ces éduca-
tions ont pu dans nos routines d’établissement, dans nos organisations spatiales, dans
nos bulletins trimestriels, être fortement minorées, alors qu’elles sont omniprésentes
dans la vie sociale, et qui plus est juvénile. Tous les praticiens ou apprentis musiciens
le savent, les doigts ont une mémoire, jouer dans un groupe transcende l’expérience
personnelle ; et il faut un temps suffisant pour apprendre. L’organisation de l’ensei-
gnement, les pratiques d’enseignement, comme aussi vraisemblablement la définition
des contenus en France, sont à l’heure d’un aggiornamento d’autant plus nécessaire
qu’il a été différé (de nombreuses fois).
François Dubet signale que l’école gagnerait à être moins idéologique et plus profes-
sionnelle ; comment des enseignant.e.s, dans la quotidienneté des relations aux élèves,
dans les organisations fines des activités et des groupements, dans les progressions
et séquences alternées ou simultanées, accompagnent au mieux les apprentissages
de tous les élèves ? Nous transitons dans un changement accéléré entre deux modèles,
qui peuvent très bien coexister, l’un comme l’autre ont une valeur intrinsèque et ont
fait leurs preuves. Philippe Perrenoud3 en a dressé un tableau capable de montrer
les gradations et les subtilités, entre logique d’enseignement et logique de formation.
ENSEIGNANT.E FORMATEUR
partir d’un programme partir des besoins, des pratiques et des problèmes rencontrés
cadres et démarches imposés cadres et démarches négociés
contenu standardisé contenu individualisé
focalisation sur les savoirs à transmettre et leur organisation en un texte cohérent localisation sur les processus d’apprentissage et leur régulation
évaluation sommative évaluation formative
personnes mises entre parenthèses personnes au centre
apprentissage - assimilation de connaissances apprentissage = transformation de la personne
priorité aux connaissances priorité aux compétences
planification forte navigation à vue
groupe = obstacle groupe = ressource
fiction d’homogénéité au départ bilan de compétences au départ
s’adresse à un élève s’adresse à un sujet « se formant »
travail à flux poussés selon un programme travail à flux tendus en fonction du temps qui reste pour atteindre l’objectif
posture de savant partageant un savoir posture d’entraineur prêtant main-forte à une autoformation
Philippe Perrenoud, Logique d’enseignement et logique de formation3
4. Muller F. & de Peretti A., (2008), Mille et une propositions pédagogiques, pour animer son cours
et innover en classe, Paris, ESF. Voir notamment aussi le site consacré à ces approches, DIVERSIFIER,
[Link]
Il est alors aisé de relever les items qui se rapportent aux pratiques déployées
dans les dispositifs « intelligences multiples » :
– feedback apportés aux élèves,
– stratégies de métacognition,
– autoverbalisation et autoquestionnement des élèves,
– mise en œuvre d’une stratégie pédagogique,
– travail des élèves à partir d’exemples concrets,
– tutorat par les pairs dans la classe.
L’approche par les « intelligences multiples » n’est pas une mode, elle escompte
sur des processus puissants qui permettent d’améliorer significativement les capacités
des élèves à apprendre en variant les sollicitations et les interactions, en partageant
les questions et en mutualisant les réponses.
Nous insistons cependant sur un point, Hattie le relève pareillement : l’École, la classe
offrent un contexte d’apprentissage socialisé, groupal, coopératif et interagissant ;
on apprend par, avec et pour les autres ; c’est sans doute une dimension manquante
ou peu affirmée dans l’approche de Gardner.
5. Extrait du discours de Ben Levin “L’amélioration, et non l’innovation, est la clé d’une plus grande
équité”. Colloque Canada-États-Unis « Réaliser l’équité par l’innovation », Toronto, 27 et 28 octobre
2010, Institut d’études pédagogiques de l’Ontario, Université de Toronto.
déjà beaucoup – je parle ici des pratiques confirmées par des quantités substantielles
de preuves empiriques provenant de sources multiples montrant toutes des directions
similaires. Si nous utilisions dans pratiquement toutes les écoles tout ce que nous
savons déjà au sujet de la scolarisation efficace, nous réaliserions de très grands
gains sur le plan des résultats.
L’ouvrage présent s’inscrit dans ce genre de « l’exploitation » : une recension patiente,
empirique et documentée selon les cas, de ce qui marche, propose à la fois des
supports, des pratiques, des exercices, des vidéos en ligne, pour retrouver le sens
de l’activité, pour de nouveau « explorer », en une boucle d’apprentissage, dans son
propre développement professionnel. Avec ce livre, c’est tout un réseau qui se met
à disposition de votre propre pratique, au bénéfice de tous vos élèves. Loin d’une
logique applicationniste ou exécutive qui a pu avoir cours il y a longtemps, c’est bien
votre propre « intelligence » de la situation, votre propre créativité qui sera titillée,
afin que vous puissiez être contributeur de l’intelligence de vos élèves.
François Muller
Auteur de plusieurs ouvrages, Le Manuel de survie de l’enseignant, même débutant, éd. L’Étudiant,
4e éd. 2012, ; en collaboration avec André de Peretti, Contes et fables pour l’enseignant moderne,
éd. Hachette, 2006, et Mille et une propositions pour animer son cours et innover en classe,
éd. ESF, 2008 ; L’Innovation, une histoire contemporaine du changement en éducation, éd. CNDP, 2012,
avec Romuald Normand, L’École de Demain, accompagner le changement en éducation, éd. ESF, 2013.
Il est le concepteur du site DIVERSIFIER, [Link] et du réseau social
de l’éducation, RESPIRE, [Link]
Enseignant.e d’histoire, puis formateur et consultant, pendant dix ans responsable de la Mission
académique de l’innovation dans l’académie de Paris, il travaille actuellement au ministère de
l’Éducation nationale, au sein du DRDIE (Département Recherche et Développement en innovation
et en expérimentation).
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Dans une interview de l’APEL6 en 20157, Howard Gardner confirme les apports
de sa théorie dans le champ de l’éducation de l’enfant.
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Notre plasticité cérébrale, décrite par Pascale Toscani dans une conférence en 201610,
donne confiance en la possibilité de développer nos différentes intelligences.
Stanislas Dehaene explicite également les mécanismes d’apprentissage du cerveau,
de la plasticité cérébrale et du recyclage neuronal11.
Olivier Houdé propose un lien entre les résultats de ses recherches concernant
le fonctionnement du cerveau et la théorie des intelligences multiples12. Un dossier
du magazine Cerveau & Psycho de mars-avril 2015 a été consacré à ce sujet et aux
expérimentations que notre équipe a menées dans le milieu scolaire. Il met en évidence,
en particulier, le mécanisme d’inhibition, présent dans tout processus d’apprentissage.
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