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Paris, ville capitale : enjeux et réflexions

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Paris, ville capitale : enjeux et réflexions

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PARIS, VILLE CAPITALE ?

Ce document, conçu par Bintou Billerey, Philippe Braconnier, Chloé Disch-Muller,


Franck Gayet et Barbara Senz, tous professeurs membres du cercle d’étude « Culture
générale et expression », est une ressource qui vous est offerte pour partir à la découverte
du thème « Paris, ville capitale ? » proposé à l’étude pour l’année universitaire 2023-2024.
Conçu comme une séquence (très) riche, vous y trouverez à la fois des ressources
(textes, images…), des idées de séances et d’activités. Libre à vous de vous en emparer
tel quel ou de piocher à loisir...
Table des matières :

1. Travailler l’orthographe avec Paris par un rituel de phrase du


jour p. 3
2. Problématiser la séquence par l’image et l’analyse du libellé p. 4
3. Mener une séance de transition avec le thème « Invitation au
voyage » p. 11
4. Analyser l’image (Histoire de la ville de Paris) p. 14
5. Découvrir le Pecha Kucha et préparer une intervention devant la
classe p. 15
6. Faire des recherches et en témoigner (Histoire de la ville de
Paris) p. 17
7. Repérer les informations essentielles dans un document (Paris,
capitale du tourisme) p. 18
8. Organiser la structure d’une synthèse de documents (Paris,
capitale du tourisme) p. 26
9. Découvrir les principales attractions touristiques de Paris (Paris,
capitale du tourisme) p. 28
10. Réfléchir à la représentation poétique de Paris (Paris, ma muse) p. 29
11. Entrer dans la synthèse par l’image (Paris, capitale olympique) p. 34
12. Améliorer ses compétences rédactionnelles (Paris, capitale du
luxe ?) p. 42
13. Identifier des arguments dans un corpus (Paris, capitale du
luxe ?) p. 43
14. S’entraîner à l’écriture personnelle (Paris, capitale du luxe ?) p. 48
15. S’entraîner à la synthèse de documents (« Monter à Paris et y
triompher ») p. 53
16. Faire des recherches et en témoigner (Paris, ville riche ?) p. 61
17. Confronter des documents de manière guidée (Paris, ville de la
gentrification ?) p. 62
18. Réinvestir les acquis dans un examen blanc (Paris, capitale des
disparités sociales) p. 75
19. Structurer et enrichir son expression personnelle (Paris, ville de
toutes les rencontres ou ville de la solitude ?) p. 84
20. Débattre de façon argumentée (Le défi climatique de Paris) p. 91
21. Découvrir un corpus en autonomie (Le défi climatique de Paris) p. 97
22. Concevoir et interroger des sujets d’écriture personnelle (Le défi
climatique de Paris) p.107
23. D’autres ressources en ligne p. 108

2
TRAVAILLER L’ORTHOGRAPHE AVEC PARIS

Fil conducteur : chacune des phrases suivantes a été choisie à la fois pour sa capacité à
constituer un support pour un travail de remédiation en orthographe et pour sa capacité à
être réemployée par les étudiants dans leurs travaux d’écriture personnelle.
Chaque séance peut ainsi s’ouvrir sur un rituel de « la phrase du jour » : une phrase
nouvelle est dictée et une correction collective s’en suit, durant laquelle on travaille en
priorité l’orthographe grammaticale.

• « Quand Paris se sent morveux, c’est la France toute entière qui se mouche. »
Marcel Aymé
• « Paris est la seule ville du pays où l’on monte d’où qu’on vienne. » Alain Schifres
• « Paris est une grosse tête par rapport à la France. La France devient
hydrocéphale, et ce n’est pas dans les grosses têtes qu’il y a les gros cerveaux. »
Julien Green
• « A vingt ans, la Parisienne est adorable ; à trente ans, irrésistible ; à quarante,
charmante. Après quarante ans ? Jamais une Parisienne ne dépasse quarante
ans. » André Maurois
• « A Paris, les mois se dépensent en menue monnaie et quand on jette le calendrier
on est stupéfait de se trouver ruiné sans avoir rien acheté. » Edouard Estaunié
• « Tant que vous n’avez pas été embrassé par un de ces pluvieux après-midis
parisiens, vous n’avez jamais été embrassé. » Woody Allen
• « Sauver Paris, c’est plus que sauver la France, c’est sauver le monde. » Victor
Hugo
• « Vous pouvez créer de la mode partout dans le monde mais l’endroit où vous êtes
couronné est Paris. » Sonia Rykel
• « Compte tenu du nombre de bouchons, Paris a bel et bien été mis en bouteille. »
Régis Hauser
• « Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment d’un aussi grand amour. » Jacques
Prévert
• « Le vrai parisien n’aime pas Paris, mais il ne peut vivre ailleurs. » Alphonse Karr
• « Le cœur de Paris, c’est une fleur, une fleur d’amour si jolie que l’on garde dans
son cœur, que l’on aime pour la vie. » Charles Trenet
• « Si vous avez de la chance d’avoir vécu jeune homme à Paris, où que vous alliez
pour le reste de votre vie, cela ne vous quitte pas, car Paris est une fête. » Ernest
Hemingway
• « À Paris, tout le monde veut être acteur ; personne ne se résigne à être
spectateur. » Jean Cocteau
• « Sous le ciel de Paris marchent les amoureux, leur bonheur se construit sur un air
fait pour deux. » Edith Piaf
• « Car le vent quand il vient à Paris n’a plus qu’un seul souci, c’est d’aller musarder
dans tous les beaux quartiers de Paris. » Yves Montand
• « La tour Eiffel sera le plus haut édifice qu’aient jamais élevé les hommes. Ne sera-
t-elle pas grandiose à sa façon ? » Gustave Eiffel
• « Symbole universel de Paris, elle est partout sur la Terre où Paris doit être énoncé
en image. » Roland Barthes
• « J’adore sincèrement la tour Eiffel, cette énorme masse de métal et son côté un
peu punk, intemporel. » Jean-Pierre Jeunet
• « Je pense que la Tour est devenue une des merveilles du monde. Pour l’avoir
aimée et pour le plaisir qu’elle m’a donné, je ne trouve pas de mérite de lui avoir
donné depuis 1910 des multiples formes de mon amour. » Robert Delaunay
• « Sans doute, c’est encore aujourd’hui un majestueux et sublime édifice que l’église
de Notre-Dame de Paris. Mais si belle qu’elle se soit conservée en vieillissant, il est
difficile de ne pas soupirer, de ne pas s’indigner devant les dégradations, les
mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir
au vénérable monument. » Victor Hugo
• « Si Dieu existe, je suis certain qu’il passe beaucoup de temps au musée du
Louvre. » Joann Sfar

Ressource complémentaire : test sur les citations


(relier une citation à son auteur) - [Link]

PROPOSITION POUR UNE SEANCE FINALE EN ECHO AUX CITATIONS


TRAVAILLEES EN FIL ROUGE

- Demander aux étudiants de classer les citations données par aspects du thème
traité,
- Donner un titre synthétique à chaque groupement de citations,
- Proposer, pour chaque groupement, une illustration dont le choix doit être justifié.

4
SEANCE 1 : Problématiser la séquence / développer des compétences orales

TEMPS 1 :

Modalités de travail =

- Chaque étudiant choisit une image de Paris (voir corpus ci-dessous), justifie les
raisons de son choix et présente ensuite son travail à ses pairs.

- Travail individuel durant la première phase / travail de groupe durant la deuxième


phase : chaque étudiant présente son travail devant trois de ses camarades qui
évaluent sa prestation, à partir de la grille d’évaluation ci-dessous.

TEMPS 2 :

Analyse de la définition de « capital(e) » et problématisation de la séquence.

1. Ville importante ? = ville vie, d’un fantasme de mode de


attractive, fascinante, ville de vie ? Ville de la révolution
tous les possibles… française, des révolutions
2. Ville qui s’oppose au reste du (1830, 1848, commune, mai
territoire ? = espace de 1968).
modernité et de vitesse opposé
à une province naturelle et
lente ? Espace du superficiel Synthèse de séance à construire par
auquel s’oppose l’authenticité les étudiants à partir de la question
de la campagne ? suivante : à quoi le thème « Paris,
3. Ville risquée ? (qui fait perdre ville capitale ? » invite-t-il à
la tête ?) = espace de réfléchir ?
dépravation, du jeu, de la nuit…
Les étudiants rédigent un court
espace où l’on se perd…
paragraphe de synthèse en s’appuyant
4. Ville essentielle et
sur les différentes définitions qui auront
incontournable ? = centre
été expliquées et sur leurs propres
névralgique, espace des
représentations de la ville. Une lecture
ambitieux du XIXème, espace
à voix haute de quelques synthèses
encore essentiel aujourd’hui ?
conclut la séance.
5. Capitale représentative d’un
pays ? = symbole d’un mode de

5
PARIS EN IMAGES

Paris, La gare de Lyon, Eugène Galien-Laloue (vers 1910) Rue de Paris, temps de pluie, Gustave Caillebotte (1877)

La musique aux Tuileries, Edouard Manet (1862) Le Pont-Neuf, Auguste Renoir (1872)

6
Seine et tour Eiffel dans le coucher du soleil, Douanier Rousseau (1910) Des touristes devant le musée du Louvres, AFP (2019)

Passage de Clichy, Brassaï (1930) Danseurs de French Cancan, Moulin Rouge, Ilse Bing (1931)

7
Tour Eiffel, Robert Delaunay (1926)) Baiser de l’Hôtel de Ville, Robert Doisneau (1950)

Manifestant du gilet jaune, Lucas Barioulet (2019) Backstage Alaïa Blonde + Hood, William Klein (1986)

8
100ème anniversaire de la tour Eiffel, Elliott Erwitt (1989) Pierre Cardin collection, Yoshi Takata (1966)

Suitcase routine and scenes of the improbable, Paulien Oltheten (2017) Bidonville de la porte Clignancourt, Alain Jocard pour l’AFP (2016)

9
GRILLE D’EVALUATION D’UNE PRESTATION ORALE

Qualité orale de la prestation Qualité de l’argumentation Respect des consignes


Très insuffisant Difficilement audible sur l’ensemble Le discours ne cherche pas à Peu ou pas de respect des
de la prestation. La prestation peine convaincre. Il est décousu. consignes.
à capter l’attention
Insuffisant La voix devient plus audible et Le discours cherche à convaincre Une partie seulement de la consigne
intelligible au fil de l’épreuve mais même si le raisonnement est est respectée.
demeure monocorde. Vocabulaire lacunaire. Il est peu structuré.
limité ou approximatif. Niveau de
langue parfois inadapté
Satisfaisant Quelques variations dans l’utilisation La démonstration est construite et La consigne est globalement
de la voix. La prise de parole est appuyée sur des arguments ou des respectée même s’il y a quelques
affirmée. Le vocabulaire et le niveau exemples précis et pertinents. oublis.
de langue sont adaptés.
Très satisfaisant La voix soutient efficacement le L’argumentation est efficace et La consigne est parfaitement
discours qui parvient aisément à personnelle. Elle est bien construite respectée.
capter l’attention. et raisonnée.

10
SEANCE 2 : Mener une séance de transition avec le thème « Invitation au voyage »

La séance permet un réinvestissement des problématiques travaillées sur le premier


thème (notamment « le mode durable »). Elle propose de mettre les étudiants en mode
« projet » dans un souci de collaboration et de développer une culture commune autour de
« Paris, ville capitale ? ».

TEMPS 1 (20 minutes) : reprise des problématiques travaillées durant l’étude du


thème 1

Modalités de travail =

- Le projet est présenté aux étudiants : « Vous décidez d’organiser un voyage de 3


jours à Paris, pour votre classe, dans le cadre de l’étude du second thème au
programme, ‘’Paris, ville capitale ? ‘’ »

- On demande aux étudiants de se référer à la carte mentale qu’ils ont construite


durant l’étude du thème « Invitation au voyage » afin de réfléchir aux objectifs qu’ils
se fixent pour la réalisation du voyage.

- Une correction collective est ensuite menée.

Exemple de carte mentale corrigée (Etonnants classiques, Flammarion, BTS 2023-2024) :

11
TEMPS 2 (40 minutes) : réfléchir aux différents aspects du thème « Paris, ville
capitale ? »

Modalités de travail =

- Le paragraphe du B.O. définissant les modalités d’étude du thème « Paris, ville


capitale ? » ([Link]
[Link]/fr/bo/23/Hebdo11/[Link]) est confié aux étudiants
à qui l’on demande d’identifier les enjeux majeurs de cette étude et de réaliser une
carte mentale.

Exemple de carte mentale (Etonnants classiques, Flammarion, BTS 2024-2025) :

TEMPS 3 (1 heure) : penser un séjour à Paris à partir des enjeux identifiés

Modalités de travail =

- Les étudiants sont répartis en groupes. Chaque groupe définit un projet de


séjour culturel à partir de l’enjeu qui leur est confié. La dimension collective
du voyage étant l’un des objectifs du projet, l’aspect financier et administratif
au sein de l’établissement scolaire est envisagé et pris en charge par un
groupe.
- Une mise en commune finale a lieu, qui permet un partage avec les pairs.

12
Exemple groupe 1 : « Une ville mondialement connue : Monuments célèbres
dans le monde entier » - Quel circuit pour visiter Paris ?

Exemples :
Les incontournables à visiter – pour quels objectifs culturels ? : la tour Eiffel, les
Champs-Elysées, les Tuileries, Notre-Dame, le centre Georges Pompidou, le Marais,
Saint-Germain-des-Prés, Le Louvre, le Palais-Royal, l'Opéra, les Grands-Boulevard,
Montmartre et une balade en Bateaux-Mouches.

Des Champs-Elysées à Montmartre en passant par le Louvre : les étapes


incontournables en une promenade d'une journée.
1 Champs-Élysées. ...
2 Tour Eiffel. ...
3 Pont de l'Alma. ...
4 Musée du Louvre. ...
5 Pont Neuf. ...
6 Odéon. ...
7 Notre-Dame de Paris.
8 Butte Montmartre.

Exemple groupe 2 : « Paris durable » Voyage et déplacement au sein de la


capitale - Comment voyager et se déplacer (vivre) dans Paris avec une réflexion
« durable » ?

13
SEANCE 3 : Analyser l’image (Histoire de la ville de Paris)

Analyse de La liberté guidant le peuple (Eugène Delacroix)

Des éléments d’analyse peuvent être trouvés en suivant ce lien : La Liberté guidant le
peuple d’Eugène Delacroix - Histoire analysée en images et œuvres d’art | [Link]
[Link]/

Modalités de travail =
1. Travail individuel : recueil des premières impressions des étudiants face à
l’œuvre par le biais de Wooclap.

Créer des présentations interactives avec Wooclap


L’usage de cet outil est très intuitif. En bas de la page d’accueil nous pouvons créer un questionnaire ou
un sondage. Le sondage peut être constitué d’une seule question. Ici, nous pouvons imaginer une
question du type : « En un mot, quel adjectif donneriez-vous pour qualifier l’atmosphère qui se dégage
de cette œuvre ? » ou encore « En un mot, comment qualifiez-vous votre ressenti par rapport à cette
œuvre ? ». Les étudiants utilisent alors leur smartphone, entrent le code évènement du sondage puis
écrivent le mot. L’ensemble des mots est collecté en un nuage de mots. Précisons que le professeur
peut filtrer des mots, si nécessaire, en amont ou aval de l’activité.

2. Travail collectif : à partir des premières impressions recueillies, analyse du


sens global du tableau, des personnages, de l’arrière-plan historique
3. Travail individuel d’écriture : choisir un personnage, le décrire de façon très
précise, le présenter et expliquer ce qu’il symbolise dans le tableau
4. Présentations orales réalisées par quelques étudiants : les prestations
permettront de préciser et enrichir le vocabulaire d’analyse de l’image (on
pourra s’aider de la fiche d’observation proposée par Sciences Po Paris pour
Openclassroom : [Link]
image/Grille+[Link]

Synthèse de séance à réaliser par les étudiants à partir de la question suivante : en


quoi ce tableau illustre-t-il le thème « Paris, ville capitale ? .

14
SEANCE 4 : Découvrir le Pecha Kucha et préparer une intervention devant la classe

La séance met en place la production de Pecha Kucha : chacun devra préparer son
travail de manière autonome et le présentera devant la classe durant une séance qui
portera sur le thème qu’ils auront travaillé. Cet exercice permet d’instaurer un rituel, de
travailler à la fois l’usage de l’outil numérique (recherche, production d’un diaporama), la
réflexion et l’organisation de la pensée et l’oralisation.

Modalités de travail :
1. Présentation de la méthode du Pecha Kucha aux étudiants.

2. Recherches menées par les étudiants qui vont :


- Choisir une problématique en lien avec le thème « Paris, ville capitale ». Ils
pourront, pour cela s’aider des problématiques identifiées lors de la séance
précédente,
- Rechercher 10 images en lien avec cette problématique,
- Produire un diaporama avec ces 10 images,
- Ecrire un texte de présentation du diaporama (au brouillon).

3. Présentation des modalités de passage et d’évaluation : les étudiants interviendront


au fil de la séquence, dès lors que la séance touchera à la problématique qu’ils ont
retenue. Ils seront évalués selon la grille ci-dessous.

15
16
SEANCE 5 : Faire des recherches et en témoigner (Histoire de la ville de Paris)

Séance consacrée à l’Histoire de la ville de Paris qui vise à amener les étudiants à
comprendre pourquoi Paris est la « capitale » du pays, à partir d’un article en ligne de
l’encyclopédie Larousse
([Link]

Modalités de travail =

- Les étudiants sont invités à lire l’article consacré à l’Histoire de Paris et à noter les
éléments (événements) qui justifient que Paris soit « capitale ».
- La classe est ensuite organisée en groupes et chaque groupe choisit un événement
particulier. On veille à ce que chaque événement important soit bien sélectionné :
origine du nom, choix de la ville comme capitale par Clovis, rôle du comte Eudes,
naissance de l’Universitas, affaiblissement de la position de la ville au XVème
siècle, théâtre des guerres de religion, Fronde, Révolution française, Commune,
travaux menés sous Napoléon 1er, Haussmann, construction de la tour Eiffel, Paris
durant la Première Guerre mondiale, Paris durant la Seconde Guerre mondiale, mai
68...
- Chaque groupe doit ensuite s’organiser pour faire de rapides recherches sur le
thème qui lui revient de façon à pouvoir en rendre compte en l’espace de quatre
minutes.
- Au bout du temps imparti, un étudiant de chaque groupe est désigné « rapporteur »
et va témoigner, auprès des autres groupes lors d’un « speed exposé » : le
« rapporteur » quitte son groupe, rejoint le groupe qui se situe immédiatement à sa
droite, et présente à ses pairs (en quatre minutes) l’élément sur lequel il a travaillé.
Les étudiants qui ne sont pas rapporteurs prennent en note les exposés qui leur
sont faits. Au bout de quatre minutes, le rapporteur change de nouveau de groupe.
- Un temps de réflexion final est proposé qui permet aux étudiants de revenir à la fois
sur ce qui a été appris (la diversité des événements et des éléments qui ont fait, au
cours du temps, de la ville de Paris une ville « capitale ») et sur les difficultés
rencontrées lors du travail. Ces éléments sont résumés par chacun dans une courte
synthèse finale rédigée individuellement par les étudiants.
- Les fiches réalisées au cours de la séance par chacun des groupes, portant traces
des recherches effectuées sur le thème proposé et des notes prises durant la
phase de « speed exposé », peuvent être ramassées et évaluées.

Ressource complémentaire : quizz sur l’Histoire de Paris


[Link]

17
SEANCE 6 : Repérer les informations essentielles dans un document (Paris capitale
du tourisme)

La séance s’intéresse à l’attractivité touristique de Paris.

TEMPS 1 (15 minutes) : entrée dans le thème


Modalités de travail =
Les étudiants sont invités à écouter et à paraphraser ensuite un court extrait de
l’émission Les p’tits bateaux consacré à l’expression « la ville lumière » :
[Link]
reponses-du-dimanche-10-mars-2019-9589859 (à partir de 4’40 jusqu’à 7’23).
Cet exercice, qui travaille l’écoute et la restitution, sert de point de départ à une
réflexion sur l’image idéalisée que Paris peut avoir à l’étranger.

TEMPS 2 (45 minutes) : découverte d’un texte long et recherche des arguments
Modalités de travail =
Un corpus est proposé aux étudiants. Une lecture du premier document est
effectuée par l’enseignant, qui s’achève sur une explication des mots, expressions ou
passages qui résistent au sens.
- Les étudiants sont ensuite invités à compléter la deuxième colonne du tableau de
confrontation qui figure ci-dessous.
- Une mise en commun permet la correction du travail de recherche des arguments
dans le premier texte.

TEMPS 3 (40 minutes) :


Modalités de travail =
- La classe est organisée en groupes. Chaque groupe prend en charge l’étude d’un
des documents suivants et complète, au fur et à mesure de son travail, le tableau de
confrontation.
- Un temps de bilan est organisé qui permet de valider les réponses apportées et le
tableau intégralement complété est partagé avec tous les étudiants.

Piste de différenciation pédagogique : pour les étudiants les plus fragiles, distribuer des
documents sur lesquels les idées importantes sont soulignées en demandant de
reformuler.

Ressource complémentaire : associer l’image d’un monument à son nom


Monuments célèbres de Paris à visiter (l[Link]

18
19
Document 1 - Près de 10 millions de touristes ont visité Paris cet été
Article de parisinfo (septembre 2022)

Le tourisme dans la capitale se rapproche de son niveau d’avant-pandémie. Les


visiteurs français et étrangers ont repris la direction de la Ville Lumière pour leurs
séjours estivaux.

Les touristes ont retrouvé Paris cet été. La preuve : ils sont 9,9 millions de visiteurs
à avoir arpenté les rues de la capitale de juin à août, d'après le baromètre parisien de
l’Office du tourisme et des Congrès.
Une reprise encourageante
L'activité touristique a repris des couleurs sur la capitale, après deux années à
tourner au ralenti en raison de la crise sanitaire. Paris est l’une des premières capitales
européennes à avoir retrouvé, dès le mois de mai, des taux d’occupation de ces hôtels
comparables à ceux de 2019.
Ce sont près de 18,2 millions de touristes qui se sont rendus à Paris et en Île-de-
France entre janvier et juin 2022, d'après les chiffres compilés par le comité régional du
tourisme de Paris Région.
Le tourisme a généré des recettes de 7 milliards d'euros pendant le premier
semestre 2022, un niveau malgré tout en recul de 30 % par rapport à celui de 2019.
L'été a souri à la Ville Lumière
L'été 2022 affiche une belle fréquentation touristique. De juin à août, 9,9 millions de
visiteurs ont arpenté les rues de la capitale d'après le baromètre de l'Office du tourisme et
des congrès. Le mois de juillet a été particulièrement bon, avec un taux d’occupation
hôtelier qui a atteint 79,5 % dans Paris intra-muros, soit 0,5 point de plus qu’en 2019.
En tout, quelque 12,6 millions de touristes français et internationaux ont visité la
capitale et sa région Île-de-France.

Le site parisien le plus mentionné sur les réseaux


est…
La tour Eiffel, à 13,4 % ! Viennent ensuite le musée du
Louvre (11,3 %), le musée d’Orsay (7,4 %), le Palais
Garnier (3,6 %) et la Basilique du Sacré- Cœur de
Montmartre (3,2 %).

20
Qui sont les touristes qui se rendent à Paris ?
Les Américains représentent 23 % de la part de marché du tourisme à Paris pour la
période juin-août 2022. Viennent ensuite les Britanniques, qui pèsent pour 7 %, puis les
Allemands (5 %) et les Italiens (4 %).
D’ailleurs, les Italiens sont venus beaucoup plus nombreux qu’à l’été 2019 (+33 %),
tout comme les Espagnols (+8 %) et les Allemands (+1 %), qui ont aussi opté pour un
voyage entre voisins dans l’Union européenne. Le nombre de touristes originaires des
Pays-Bas a fait un bond de 32 % à 406 000, tandis que ceux venant du Brésil
progressaient de 5 % à 111 000.
Le nombre de touristes internationaux a toutefois reculé de 42 % pour atteindre 7,4
millions visiteurs cette saison. La cause ? La reprise très progressive du trafic aérien et
des allègements de restrictions sanitaires. La baisse a été moindre chez les Français qui
ont été 10,8 millions à visiter la capitale et sa région (-22 %).
Ces chiffres témoignent d'un net progrès par rapport à 2021. On compte 6,5
millions de touristes français supplémentaires et 6 millions de touristes internationaux en
plus sur les six premiers mois de l'année.

21
Document 2 - Le syndrome de Paris, ou la désillusion
Sophie Hienard, Le Point (mars 2023)

La Ville Lumière n’est pas toujours aussi belle que dans les films.
Elle est parfois sale et terne, ce qui produit un
choc psychologique pour certains touristes.

La scène se déroule sur les hauteurs de Montmartre. Avec l'impression que le


Sacré-Cœur domine tout Paris. Quelques passants arpentent la colline. D'autres, du coin
de l'œil, surveillent leurs bambins assis dans un manège. Au détour d'une rue, encore,
une façade rouge se distingue, le Café des 2 moulins. Une serveuse, brune à la coupe
carrée et aux habits rouges, s'agite. Le tout sur un air d'accordéon et en couleur sépia.
Non, non, ce n'est pas Paris, ou plutôt pas le Paris des Parisiens, mais celui
d'Amélie Poulain. En dehors de la France, voilà l'image idéalisée de la capitale. Les plus
modernes auront comme référence Emily in Paris, et ses rues dépourvues de crottes de
chien. Difficile de ne pas rire nerveusement à la vue de ces images dégoulinantes de
perfection, surtout lorsqu'on peine à respirer sur la ligne 8 du métro.
Ce décalage est tel qu'il produit, chez certains voyageurs, un choc émotionnel très
fort. C'est le « syndrome de Paris ». Touchant en particulier les touristes japonais, ce
trouble a été diagnostiqué pour la première fois en 1986 par Dr Hiroaki Ota, psychiatre à
l'hôpital Sainte-Anne à Paris. Dans « Les Japonais en voyage pathologique à Paris : un
modèle original de prise en charge transculturelle », article publié en 2004, le médecin
définit ce déphasage.
Il se manifeste d'abord par des troubles du comportement comme de l'agressivité
envers soi ou envers les autres, des délires. Il existe aussi des états d'angoisse très forts,
conduisant à une dépersonnalisation, voire à une dissociation. Pour apaiser ces
symptômes, un traitement médicamenteux ou un soutien psychologique doivent être
envisagés.

Idéal vs réalité

22
C'est en grande partie les touristes japonais qui sont concernés par cette
désillusion. Dans leur culture, l'idéalisation de la France est très forte depuis le XIXe siècle,
d'après le psychiatre, lui-même originaire du Japon. Paris constitue ainsi la capitale de la
culture européenne. Plus fort encore, il existe l'idée que « l'Europe [est] à l'origine de la
culture américaine » pour les Nippons.
La dissonance entre la réalité et l'image véhiculée est d'autant plus grande qu'un
phénomène d'acculturation se produit parfois. Autrement dit, certains Japonais ont pu
adopter les codes, les coutumes et l'imaginaire de la France sans véritablement en avoir
fait l'expérience. Pas de rats, sauf peut-être ceux dans Ratatouille. Pas de trains bondés,
ni de rues remplies de voitures, mais de belles balades sur les ponts de la capitale,
comme dans Emily in Paris. Pas de Paris rongée par la pauvreté, mais la vision idéalisée
d'une ville des artistes à la Belle Époque, comme dans Midnight in Paris. Bref, qui ne
voudrait pas vivre dans cette représentation aseptisée ?
Imprévus
Une fois dans la Ville Lumière, plusieurs facteurs peuvent donc expliquer ce
décalage, d'après les scientifiques. Outre la réalité dégradée de la capitale et le
surmenage lié parfois au voyage, la barrière de la langue peut aussi accentuer le
sentiment d'étrangeté. Les relations sociales, qui sont fondées sur « l'appartenance à un
groupe » au Japon, peuvent également être mises à mal et favoriser l'isolement. Enfin, la
culture latine, qui « autorise des fluctuations d'humeur et d'attitude interférant sur les
comportements individuels », peut déconcerter les touristes.
Autant de symptômes qui participent à l'idée d'un « syndrome du voyageur ».
Lorsqu'une personne est confrontée à la vraie nature d'un pays et ses aspects imprévus,
elle peut ressentir un écart très grand entre son idéal et la réalité. Comme le syndrome de
Florence, qui, cette fois-ci, choque par tant de splendeur.

23
Document 3 - Les voyageurs de l’Impériale,
Louis Aragon (1942)
Le personnage de Paulette se rend à Paris pour l’Exposition universelle de 1889. Le
roman s’ouvre sur les lignes qui suivent et qui correspondent au moment où Paulette
aperçoit la tour Eiffel.
« Oh, quelle horreur! » s'écria Paulette.
Il faisait un temps magnifique, un de ces ciels où c'est un bonheur qu'il y ait des
flocons de nuages, pour que quelque chose y puisse être de ce rose léger qui les rend
plus bleus. Au débusqué du Trocadéro, sur les marches, on se heurtait à cette grande
cloche vide au-dessus de Paris, de la Seine et des jardins. Les jardins dévalaient toutes
eaux dehors cascades, bouquets d'écume, jets surgis en panaches de la pièce centrale et
chargés dans la lumière de statues d'or étincelantes, de massifs de fleurs vivaces, avec
une couronne d'arbres inclinés jusqu'au fleuve, d'où jaillissaient, de droite et de gauche,
tourelles et terrasses, de bizarres architectures de bois aux toits de couleur. Dans tout
cela, la foule, une foule ahurie, bigarrée, avec des Arabes, des Anglais, des Parisiens, des
badauds grimpés, le melon sur le nez, sur des ânes blancs conduits par des fellahs, les
extravagantes modes de l'année avec leurs tournures embarrassantes et les petits
chapeaux étroits et perchés, retenus d'une bride sous le menton, la flâne des ouvriers en
blouse, des enfants qui courent dans vos jambes, et l'un d'eux dans les escaliers tombe et
pleurniche, les pantalons rouges des militaires, les chéchias des spahis, les redingotes
noires et cintrées de messieurs barbus qui pérorent, des flopées et des flopées de gens
qui arrivent et qui s'en vont, comme un chassé-croisé de fourmis où l'on était pris, avec un
relent de poussière et de sueur, la sensation irrépressible qu'on entrait pour des heures
dans un engrenage de fatigue et d'émerveillement, qu'on allait rouler avec les autres, sans
pouvoir s'arrêter, sur cette pente où déjà depuis le matin s'étaient esquintés les visiteurs
solitaires, les familles époustouflées, les mille et une nations du monde accourues pour
l'Exposition.
« Oh, quelle horreur! » répéta Paulette.

24
Document 4 - Photographie AFP
Publiée sur le site [Link] (2017)

25
SEANCE 7 : Organiser la structure d’une synthèse de documents (Paris, capitale du
tourisme)

La séance propose un entraînement à la structuration de la synthèse de


documents.

TEMPS 1 (40 minutes) : utiliser un tableau de confrontation de documents

Modalités de travail =

- Temps collectif : le tableau de confrontation complété lors de la séance précédente


est relu de façon à s’assurer que chaque étudiant a bien en mémoire les enjeux des
différents documents.
- Temps de travail individuel : les étudiants sont invités à relier les arguments
présentant des idées similaires, opposées ou qui se complètent. Ils sont invités,
pour ce faire, à utiliser des surligneurs de couleurs différentes. La dernière colonne
permet de reformuler en quelques mots les idées principales ainsi identifiées.
- Temps de travail de groupe : une confrontation entre pairs permet de valider les
regroupements proposés par les uns et les autres. A la suite de celle-ci, chaque
groupe propose un plan possible et une problématique pour une synthèse de
documents.

Un exemple de tableau complété est disponible à la page suivante.

Le plan suivant peut être suivi :

Problématique : en quoi Paris est-elle une ville qui attire les visiteurs ?
I. Paris : une ville touristique
1. Un tourisme important qui génère des revenus tout aussi importants
2. … alimenté tout à la fois par la population nationale et étrangère
II. … qui plaît autant qu’elle déçoit
1. Une ville de beauté et de prestige
2. … ce qui entraîne un certain nombre de problématiques (nombre de
touristes, syndrome de Paris)

Piste de différenciation pédagogique : fiche aide avec des exemples de déclencheurs ou


des idées importantes surlignées dans les documents.

TEMPS 2 (10 minutes) : réaliser une synthèse de séance

Les étudiants sont invités à rédiger une synthèse de séance à partir de la question
suivante : quelles étapes et processus doit-on suivre pour construire le plan d’une
synthèse de documents ?

26
27
SEANCE 8 : Découvrir les principales attractions touristiques de Paris (Paris,
capitale du tourisme)

La séance propose la découverte des lieux les plus connus de Paris. Les étudiants
sont invités à faire des recherches sur un lieu touristique de la ville (photographie,
localisation dans la ville et résumé rapide de son histoire) puis à en témoigner devant leurs
camarades. Au tableau, est projetée une carte de Paris sur laquelle les étudiants viennent,
lors de leur passage à l’oral, situer le monument.
La prestation orale peut être évaluée.

Liste indicative des « lieux » touristiques de la ville de Paris :

- Tour Eiffel,
- Musée du Louvre,
- Arc de Triomphe,
- Musée d’Orsay,
- Cathédrale Notre Dame,
- Champs Elysées,
- Montmartre,
- Saint Germain des prés,
- Basilique du Sacré-Cœur,
- Marais,
- Sainte Chapelle,
- Centre Pompidou,
- Opéra Garnier,
- Panthéon,
- Invalides,
- Catacombes,
- Conciergerie.

Ressource complémentaire qui permet aux étudiants de repérer plus aisément les
différents lieux de Paris : [Link]
mondiale

Ressource complémentaire : un MOOC consacré à Notre-Dame de Paris


(sur inscription) - [Link]

28
SEANCE 9 : Réfléchir à la représentation poétique de Paris (Paris, ma muse)

Séance proposant de travailler les compétences liées à la lecture de l’image. Elle


propose l’analyse d’une affiche des J.O. de Paris de 1924 (ci-dessous).

TEMPS 1 (45 minutes) : découverte du corpus et choix d’un document

Modalités de travail =

- Temps de travail individuel : le corpus ci-dessous est remis aux étudiants qui sont
amenés à choisir un poème et à rédiger un paragraphe :
 Présentant le poème,
 Expliquant les raisons de leur choix.

Les travaux sont relevés.

TEMPS 2 (10 minutes) : construire un plan d’écriture personnelle

Modalités de travail =

- Temps de travail individuel : les sujets qui suivent sont projetés au tableau. Les
étudiants sont invités à choisir l’un d’entre eux et à construire, en quelques minutes,
le plan possible d’un travail d’écriture personnelle.
- Temps de travail collectif : quelques travaux sont partagés, à l’oral.

Sujets d’écriture personnelle :

1. Paris pourrait-elle être comparée à une muse ?


2. L’architecture parisienne pourrait-elle s’apparenter à une forme
poétique ?
3. Pourquoi, selon vous, Paris est-elle source d’inspiration pour les
poètes ?
4. La vision poétique de Paris vous semble-t-elle conforme à la réalité ?

Prolongements possibles :
- « Tableaux parisiens », Charles Baudelaire
- Les ruines de Paris, Jacques Réda
- Le piéton de Paris, Léon-Paul Fargue
- Paris-ci, Paris-là et autres poèmes, Raymond Queneau

29
Paris n'a de beauté qu'en son histoire, Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Mais cette histoire est belle tellement ! Et nos amours
La Seine est encaissée absurdement, Faut-il qu’il m’en souvienne
Mais son vert clair à lui seul vaut la gloire. La joie venait toujours après la peine

Paris n'a de gaîté que son bagout, Vienne la nuit sonne l’heure
Mais ce bagout, encor qu'assez immonde, Les jours s’en vont je demeure
Il fait le tour des langages du monde,
Salant un peu ce trop fade ragoût. Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Paris n'a de sagesse que le sombre
Le pont de nos bras passe
Flux de son peuple et de ses factions,
Des éternels regards l’onde si lasse
Alors qu'il fait des révolutions
Avec l'Ordre embusqué dans la pénombre. Vienne la nuit sonne l’heure
Paris n'a que sa Fille de charmant Les jours s’en vont je demeure
Laquelle n'est au prix de l'Exotique
Que torts gentils et vice peu pratique L’amour s’en va comme cette eau courante
Et ce quasi désintéressement. L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Paris n'a de bonté que sa légère Et comme l’Espérance est violente
Ivresse de désir et de plaisir,
Sans rien de trop que le vague désir Vienne la nuit sonne l’heure
De voir son plaisir égayer son frère. Les jours s’en vont je demeure
Paris n'a rien de triste et de cruel Passent les jours et passent les semaines
Que le poète annuel ou chronique, Ni temps passé
Crevant d'ennui sous l’œil d'une clinique Ni les amours reviennent
Non loin du vieil ouvrier fraternel. Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vive Paris quand même et son histoire
Vienne la nuit sonne l’heure
Et son bagout et sa Fille, naïf
Les jours s’en vont je demeure
Produit d'un art pervers et primitif,
Et meure son poète expiatoire !
« Paris », Paul Verlaine, 1893 « Le pont Mirabeau », Guillaume Apollinaire, 1913

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La Seine a de la chance Ô Paris, ville ouverte
Elle n'a pas de soucis Ainsi qu’une blessure,
Elle se la coule douce Que n’es-tu devenue
Le jour comme la nuit De la campagne verte.
Et elle sort de sa source
Tout doucement sans bruit Te voilà regardée
Et sans se faire de mousse Par des yeux ennemis,
Sans sortir de son lit De nouvelles oreilles
Elle s'en va vers la mer Ecoutent nos vieux bruits.
En passant par Paris
La Seine a de la chance La Seine est surveillée
Elle n'a pas de soucis Comme du haut d’un puits
Et quand elle se promène Et ses eaux jour et nuit
Tout le long de ses quais Coulent emprisonnées.
Avec sa belle robe verte
Et ses lumières dorées Tous les siècles français
Notre-Dame jalouse Si bien pris dans la pierre
Immobile et sévère Vont-ils pas nous quitter
Du haut de toutes ses pierres Dans leur grande colère ?
La regarde de travers
Mais la Seine s'en balance L’ombre est lourde de têtes
Elle n'a pas de soucis D’un pays étranger.
Elle se la coule douce Voulant rester secrète
Le jour comme la nuit Au milieu du danger
Et s'en va vers le Havre
Et s'en va vers la mer S’éteint quelque merveille
En passant comme un rêve Qui préfère mourir
Au milieu des mystères Pour ne pas nous trahir
Des misères de Paris. En demeurant pareille.

« Chanson de la Seine », Jacques Prévert 1951 « Paris », Jules Supervielle, 1939-1945.

31
Une chanson qui dit un mal inguérissable Le vent murmurera mes vers aux terrains vagues
Plus triste qu’à minuit la place d’Italie Il frôlera les bancs où nul ne s’est assis
Pareille au point du jour pour la mélancolie On l’entendra pleurer sur les quais de Passy
Plus de rêves aux doigts que le marchand de sable Et les ponts répétant la promesse des bagues
Annonçant le plaisir comme un marchand d’oublies S’en iront fiancés aux rimes que voici

Une chanson vulgaire et douce où la voix baisse Paris s’éveille et moi pour retrouver ses mythes
Comme un amour d’un soir doutant du lendemain Qui nous brûlaient le sang dans notre obscurité
Une chanson qui prend les femmes par la main Je mettrais dans mes mains mon visage irrité
Une chanson qu’on dit sous le métro Barbès Que renaisse le chant que les oiseaux imitent
Et qui change à l’Etoile et descend à Jasmin Et qui répond Paris quand on dit liberté.
« Paris », Louis Aragon, 1942
C’est Paris ce théâtre d’ombre que je porte
Mon Paris qu’on ne peut tout à fait m’avoir pris Où fait-il bon même au cœur de l’orage
Pas plus qu’on ne peut prendre à des lèvres leur cri Où fait-il clair même au cœur de la nuit
Que n’aura-t-il fallu pour m’en mettre à la porte L’air est alcool et le malheur courage
Arrachez-moi le cœur vous y verrez Paris Carreaux cassés l’espoir encore y luit
Et les chansons montent des murs détruits
C’est de ce Paris-là que j’ai fait mes poèmes
Mes mots ont la couleur étrange de ses toits Jamais éteint renaissant de la braise
La gorge des pigeons y roucoule et chatoie Perpétuel brûlot de la patrie
J’ai plus écrit de toi Paris que de moi-même Du Point-du-Jour jusqu’au Père-Lachaise
Et plus que de vieillir souffert d’être sans toi Ce doux rosier au mois d’août refleuri
Gens de partout c’est le sang de Paris
Qui n’a pas vu le jour se lever sur la Seine Rien n’a l’éclat de Paris dans la poudre
Ignore ce que c’est que ce déchirement Rien n’est si pur que son front d’insurgé
Quant prise sur le fait la nuit qui se dément Rien n’est ni fort ni le feu ni la foudre
Se défend se défait les yeux rouges obscène Que mon Paris défiant les dangers
Et Notre-Dame sort des eaux comme un aimant Rien n’est si beau que ce Paris que j’ai
L’aorte du Pont Neuf frémit comme un orchestre Rien ne m’a fait jamais battre le cœur
Où j’entends préluder le vin de mes vingt ans Rien ne m’a fait ainsi rire et pleurer
Il souffle un vent ici qui vient des temps d’antan Comme ce cri de mon peuple vainqueur
Mourir dans les cheveux de la statue équestre Rien n’est si grand qu’un linceul déchiré
La ville comme un cœur s’y ouvre à deux battants Paris Paris soi-même libéré
« Paris », Louis Aragon, 1944

32
Dans Paris il y a une rue ;
Dans cette rue il y a une maison ;
Dans cette maison il y a un escalier ; Un amas confus de maisons
Dans cet escalier il y a une chambre ; Des crottes dans toutes les rues
Dans cette chambre il y a une table ; Ponts, églises, palais, prisons
Sur cette table il y a un tapis ; Boutiques bien ou mal pourvues
Sur ce tapis il y a une cage ;
Dans cette cage il y a un nid ; Force gens noirs, blancs, roux, grisons
Dans ce nid il y a un œuf, Des prudes, des filles perdues,
Dans cet œuf il y a un oiseau. Des meurtres et des trahisons
Des gens de plume aux mains crochues
L'oiseau renversa l'œuf ;
L'œuf renversa le nid ; Maint poudré qui n’a pas d’argent
Le nid renversa la cage ; Maint filou qui craint le sergent
La cage renversa le tapis ; Maint fanfaron qui toujours tremble,
Le tapis renversa la table ;
La table renversa la chambre ; Pages, laquais, voleurs de nuit,
La chambre renversa l'escalier ; Carrosses, chevaux et grand bruit
L'escalier renversa la maison ; Voilà Paris que vous en semble ?
la maison renversa la rue ;
la rue renversa la ville de Paris. « Sur Paris », Paul Scarron, 1654

« Dans Paris », Paul Éluard (1895-1952)

33
SEANCE 10 : Entrer dans la synthèse de documents par l’image (Paris, capitale
olympique)

Séance proposant de travailler les compétences liées à la lecture de l’image. Elle


propose l’analyse d’une affiche des J.O. de Paris de 1924 (ci-dessous).

TEMPS 1 (15 minutes) : découvrir une image et analyser les symboles qu’elle met en
scène

Modalités de travail =

- Temps de travail individuel : l’affiche est projetée au tableau et les étudiants doivent
l’analyser de façon individuelle. Ils sont notamment invités à réfléchir à la
composition d’ensemble, aux couleurs utilisées et aux symboles que cette affiche
met en avant.
- Temps d’échange collectif : les éléments saillants de l’affiche sont partagés,
notamment : l’emprunt antique qui renvoie aux origines des Jeux Olympiques, le
salut qui marque une adhésion au serment des J.O. et une mise en scène qui
exalte le sentiment patriotique.

Des éléments intéressants d’analyse de l’image sont disponibles à l’adresse suivante :


[Link]

TEMPS 2 (10 minutes) : réfléchir aux questions posées par l’affiche analysée

Modalités de travail =

- Temps de travail individuel : A partir des éléments identifiés dans l’étape


précédente de la séance, les étudiants sont invités à répondre, par écrit, à la
question suivante : « Quelles sont, selon vous, les enjeux de l’accueil des Jeux
Olympiques pour un pays » ?

- Temps d’échange collectif : une mise en commun des arguments apportés permet
de problématiser le corpus qui est ensuite proposé. Constitué de deux articles
évoquant l’accueil des J.O. par Paris en 2024, celui-ci est disponible dans les
pages suivantes.

TEMPS 3 (20 minutes) : identifier les arguments dans deux textes

Un dernier temps de la séance permet d’identifier les arguments présents dans les
deux articles du corpus.

34
TEMPS 4 (10 minutes) : rédiger une synthèse de séance

Les étudiants sont invités à rédiger une synthèse de séance à partir de la question
suivante : quels avantages peut-il y avoir à entrer dans l’analyse d’un corpus par l’analyse
de l’image ?

On pourra proposer, en prolongement de cette étude :

- La lecture d’un article de National Geographic consacré à l’histoire des JO :


[Link]
jeux-olympiques
- Une courte vidéo de l’AFP sur l’histoire des JO :
[Link]
- Une exposition de photographies en ligne, consacrée aux JO à travers le temps
(1896 – 2020) : [Link]
- La vidéo « Les jeux olympiques, miroir de la société » sur le site [Link] :
[Link]
- Site de l’office du tourisme de Paris (page consacrée aux J.O. 2024) :
[Link]
olympiques-paralympiques-paris-2024-i101

35
Affiche des jeux olympiques de Paris en 1924

36
Document 1 – Jeux Olympiques de Paris 2024
P-H Picard, Le Figaro Vox (19/09/2017)

Ça y est, c'est fait ! Après trois échecs successifs en 1992, 2008 et 2012, les Jeux
Olympiques d'été reviennent en France pour la troisième fois de leur histoire, un siècle
après les dernières olympiades parisiennes.
Une aubaine pour le rayonnement de la région-capitale et notre pays pour certains,
un gouffre financier pour d'autres, l'obtention de ces jeux s'inscrit quoi qu'il en soit dans
une démarche plus globale visant à transformer la « Ville Lumière » et promouvoir
l'excellence à la française.
Un constat d'autant plus vrai lorsque l'on regarde les sites sélectionnés pour
accueillir les épreuves comme l'esplanade des Invalides, le Grand Palais, la Tour Eiffel ou
encore le château de Versailles. Soit autant de lieux et monuments qui témoignent du
génie culturel français et qui seront admirés par près de 4,5 milliards de téléspectateurs
dans 7 ans.
Pour autant, on me répondra que Paris n'a pas besoin d'organiser une nouvelle
olympiade en ses murs pour bénéficier d'un rayonnement planétaire, que son statut de
première destination touristique mondiale lui confère déjà une légitimité et une aura
internationales qui ne nécessitent pas un investissement de plus de 6,5 milliards d'euros.
Dont acte.
Force est de constater cependant que les retombées en termes d'image seront
conséquentes, ne serait-ce que parce que l'organisation de ces Jeux va permettre le
développement et la modernisation d'infrastructures souscrivant au grand projet français
du XXIème, en l'occurrence celui du Grand Paris.
Si nombreux sont les sportifs à avoir mis en avant la « Génération 2024 », celle qui
participera aux JO et qui devrait porter notre pays parmi les toutes premières nations
sportives du monde, politiques et institutionnels qui n'ont pas manqué de souligner la
dimension novatrice de ces Jeux Olympiques et de la chance qu'ils constituent pour le
Grand Paris.
Surtout, les JO vont permettre l'accélération de grands travaux comme le métro du
Grand Paris Express et la transformation de nombreux sites en Seine-Saint-Denis.
D'ailleurs, l'impact des choix sur les transports et le logement s'inscrit dès à présent
dans cette problématique d'autant que la moitié des épreuves se déroulera au-delà du
périphérique.
Surtout, les JO vont permettre l'accélération de grands travaux comme le métro du
Grand Paris Express et la transformation de nombreux sites en Seine-Saint-Denis. Finis

37
donc les investissements à outrance visant à réaménager nos banlieues sans aucun
résultat probant, place désormais au keynésianisme au service d'un nouveau projet de
société où les notions de connectivité et d'écologie sont déjà érigées au rang de nouvel
horizon du monde occidental.
Tandis que les constructions de nouveaux sites ont fait exploser le budget
prévisionnel des dernières villes organisatrices comme Athènes ou Londres, la
candidature parisienne a largement mis en avant le fait que 95% des installations existent
déjà ou seront temporaires, alors que dans le même temps les investissements prendront
en compte l'impératif numérique.
Cent ans après l'organisation de ses derniers jeux, Paris, cité à l'avant-garde des
idées bouillonnantes qui ont structuré les sociétés modernes, deviendra donc la première
ville hôte à intégrer les notions d'héritage et de développement durable.
L'événement doit ainsi témoigner d'une volonté d'inscrire ces Jeux dans le nouveau
cadre paradigmatique de notre époque au service d'un « soft power » à la française.
Il n'empêche, avec la décision du CIO, la France « remporte une victoire
diplomatique, s'affirme comme une nation dynamique et entreprenante et sera au centre
du monde en 2024 », comme l'affirme Pim Verschuuren, chercheur à l'Institut de relations
internationales et stratégiques (Iris) dans La Croix.
L'événement doit ainsi témoigner d'une volonté d'inscrire ces Jeux dans le nouveau
cadre paradigmatique de notre époque au service d'un « soft power » à la française.
Figure de proue sur la scène internationale concernant les questions
environnementales depuis les accords de Paris, la France entend en effet profiter de cet
événement pour jouer un rôle moteur à l'avenir dans la troisième révolution industrielle
théorisée par Jeremy Rifkin.
Articulée autour du respect de l'environnement, cette nouvelle révolution vise entre
autres la généralisation des énergies renouvelables et la transformation de la flotte de
transport en véhicules « propres ». Autant de dispositions qui s'inscrivent dans les grands
projets de réalisations du Grand Paris et qui doivent renforcer la capacité de la France à
séduire et à persuader les autres États de s'engager dans cette voie.
Enfin, l'organisation de ces Jeux est l'occasion pour le sport français de susciter des
vocations et d'attirer de nouveaux licenciés dans les fédérations. Seulement dixième
nation mondiale au tableau des médailles lors des JO d'Athènes en 2004, la Grande-
Bretagne est devenue en l'espace d'une dizaine d'années l'une des toutes meilleures suite
à l'officialisation des JO de Londres en 2005, en se classant respectivement troisième et
deuxième lors des dernières olympiades.
Un détail qui ne mérite pas de sacrifier les fonds publics pour les partisans de
l'orthodoxie budgétaire, une chance pour générer un sentiment patriotique et la fierté

38
d'appartenir à une grande nation, pour les défenseurs d'un « choc d’optimisme » dont
l'objectif avoué est de faire de cet événement le catalyseur d'une stratégie sur le long
terme.
Cet événement doit permettre à la France de s'appuyer sur une forte cohésion
nationale autour d'un moment de partage de dimension internationale et redevenir un pays
dont la voix influe.
Une stratégie qui doit permettre à la France de s'appuyer sur une forte cohésion
nationale autour d'un moment de partage de dimension internationale et redevenir un pays
dont la voix influe sur les grandes orientations du monde. Un diptyque gagnant porté par
des projections financières alléchantes, promettant des retombées économiques de
plusieurs milliards d'euros et des centaines de milliers de créations d'emplois.
En somme, remercier le baron Pierre de Coubertin dans le clip de campagne de
Paris 2024 apparaît en tout point comme un message subliminal eut égard les ambitions
des politiques et institutionnels ayant soutenu la candidature parisienne. Outre le fait qu'il
fut l'initiateur des Jeux modernes, ce dernier personnifie, à travers son choix de refuser
l'institution militaire pour consacrer sa vie à l'éducation et le sport, la dynamique qui
accompagne le triomphe d'un « soft power » à la française.
Là réside sans doute l'essence même de Paris 2024.

39
Document 2 – Jeux Olympiques de Paris 2024 : des retombées

économiques incertaines
Charles Willem, La Tribune (28/06/2023)

A un peu plus d'un an du coup d'envoi des Jeux Olympiques de Paris 2024, l'impact
économique de la manifestation reste difficile à mesurer, notamment lorsque l'on évoque
le tourisme. Explications avec Jean-Pascal Gayant, économiste.

J-394 avant le coup d'envoi des Jeux Olympiques de Paris 2024. Des incertitudes
planent encore sur le plan organisationnel et la sécurité. C'est également le cas lorsque
l'on évoque les retombées économiques, à l'image des nombreux chiffres évoqués,
parfois surévalués, selon Jean-Pascal Gayant, économiste et directeur de l'IUT de Saint
Malo. Ce dernier évoque pour La Tribune ses propres estimations, à partir d'une étude
du Centre de Droit et d'Economie du Sport (CDES), publiée dans le cadre de la
candidature de Paris et s'attend à des retombées moins conséquentes qu'annoncées.
« Dans mes explications, je pars du scénario bas à 5,3 milliards d'euros, qui est le
plus réaliste à mon sens », explique Jean-Pascal Gayant. « Il faut se méfier du scénario
haut, qui peut être influencé par la politique, pour affirmer le fait que les Jeux
Olympiques rapportent beaucoup d'argent », ajoute-t-il. Pour rappel, l'étude du CDES
donne trois scénarios possibles, sur la période 2017-2034. Le premier, le scénario haut,
évalue l'impact économique total à 10,7 milliards d'euros, le deuxième à 8,1 milliards
d'euros et le dernier à 5,3 milliards d'euros.

Comment les dépenses du comité d'organisation vont-elles ruisseler ?

L'impact économique signifie l'effet qu'une mesure, une action ou une publicité a
sur l'économie. Dans le cas des Jeux Olympiques, ce sont notamment toutes les
dépenses effectuées par le COJOP (Comité d'Organisation des Jeux Olympiques et
paralympiques d'été de 2024) et Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques)
qui ont un effet sur le bassin économique francilien. Le chiffre de 5,3 milliards d'euros se
divise en trois parties : les retombées économiques liées au tourisme, les retombées
économiques liées à l'organisation et celles liées à la construction.
Pour ce qui est de l'impact économique lié au tourisme, celui-ci est évalué à
hauteur de 1,4 milliard d'euros. Selon Jean-Pascal Gayant, il reste à nuancer puisque
Paris est déjà une ville très touristique, secteur qui génère beaucoup d'argent en temps
normal. « Si vous regardez les retombées économiques des 24 heures du Mans, la
présence d'individus non locaux étant assez modeste en temps normal, l'impact de cette
course est très visible. L'afflux d'individus non locaux étant chaque année très important

40
à Paris, l'organisation des Jeux Olympiques de Paris ne peut pas être justifiée par le
tourisme », déclare Jean-Pascal Gayant.
L'impact économique lié à l'organisation des Jeux Olympiques est de l'ordre de
2,9 milliards d'euros, toujours selon l'étude du CDES. Ce montant s'explique par une
série de dépenses prévisionnelles liées aux sites des jeux, à l'aménagement des terrains
ou encore à la sécurité à l'intérieur et extérieur des enceintes.

Des retombées difficiles à prévoir sur le plan de la construction

Enfin, l'impact économique lié à la construction des infrastructures est évalué à 1


milliard d'euros, mais reste très incertain. « Les constructions devant être effectuées
avant la date du début des JO, les prix risquent de s'envoler pour avoir fini à temps. Il est
donc très dur de prévoir le montant final de ces dépenses », explique Jean-Pascal
Gayant. « Les constructions ont aussi pour but de continuer à exister après la
manifestation, ce sont des structures pérennes, il est donc compliqué de se projeter sur
le montant des retombées économiques liées à la construction », affirme-t-il.
Jean-Pascal Gayant conclut ses propos en rappelant le fait que l'inflation est un
nouveau facteur important à prendre en compte, et qui pourrait faire augmenter le
montant des retombées économiques globales de 12%, soit les porter à hauteur de 5,9
milliards d'euros.

41
SEANCE 11 : Améliorer ses compétences rédactionnelles (Paris, capitale du luxe ?)

TEMPS 1 (20 minutes) : écrire à partir d’une bande-annonce

Les étudiants sont invités à regarder la bande-annonce de la série Emily in Paris


([Link] ) puis à répondre par écrit à la
question suivante : quelle image de Paris cette série propose-t-elle ?
Durant l’intégralité de la séance, les étudiants pourront à loisir revisionner l’extrait
pour identifier, dans celui-ci, des détails permettant de justifier leur point de vue.

TEMPS 2 (20 minutes) : corriger et améliorer son écrit

Par binômes, les étudiants reprennent les écrits réalisés :


- chacun lit la copie de son binôme et identifie les passages confus, maladroits ou
peu justifiés,
- ensemble, les deux étudiants du binôme reprennent les travaux et les améliorent en
visant particulièrement à soigner la syntaxe et le parcours argumentatif suivi. Il est
envisageable de différencier la tâche en proposant aux élèves les plus fragiles de
se concentrer uniquement sur la syntaxe.

TEMPS 3 (10 minutes) : bilan et rédaction de la synthèse de séance

Les étudiants sont invités à rédiger une synthèse de séance, reprenant les
principales caractéristiques de la ville de Paris mises en évidence par la bande-annonce
visionnée. Une oralisation de quelques synthèses permet de faire le bilan de la séance.

42
SEANCE 12 : Identifier des arguments dans un corpus (Paris, capitale du luxe ?)

La séance poursuit la séance précédente : elle propose une réflexion sur la


présence des marques de luxe dans la série Emily in Paris.

TEMPS 1 (40 minutes) : Identifier des arguments

Le dossier disponible à la page suivante est confié aux étudiants qui doivent
identifier, dans les documents, les arguments qui permettraient de répondre à la question :
« Pensez-vous que la représentation de Paris, dans la série Emily in Paris est réaliste ? ».

TEMPS 2 (15 minutes) : Bilan collectif et synthèse de séance


Un bilan collectif permet de mettre en évidence la tension qui existe, dans la série,
entre un ancrage réaliste (une ville réelle, des marques existantes, des lieux du réel…) et
la fiction (dont on peut questionner le but, ce qui est l’objet de la séance 9).
Les étudiants sont invités à rédiger la synthèse de la séance à partir du bilan mené.

Prolongements possibles :
- Compte instagram de la série : emilyinparis
- Tour operator « Emily in Paris » : [Link]
paris#:~:text=Pour%20suivre%20cet%20Emily%20in,révélera%20même%20des%2
0détails%20inconnus.&text=Tarif%20%3A,Visite%20guidée%20%3A%20275%2C0
0%20

43
Document 1 – Capture d’écran présentation de la série Emily in Paris
Netflix

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Document 2 – « Emily in Paris » : combien ça coûte de vivre un an à Paris comme


Emily (le plus cher va vous étonner)
Jordane Guignon, Grazia, 22 décembre 2021

Ça ne va pas vous étonner si on vous dit qu’elle vit largement au-dessus de ses
moyens…

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Ah, Paris ! Emily Cooper, l’Américaine, a découvert il y a tout juste un an le plaisir
de vivre, travailler, aimer dans la Ville Lumière. Et ça lui a tellement plu, qu’elle a décidé
de jouer les prolongations (ça se passe sur Netflix le 22 décembre). En plus, Emily a de la
chance, elle a le budget pour ça. Et ce au plus grand étonnement des « vrai·e·s »
Parisien·n·es qui se demandent comment Emily parvient à survivre dans l’une des villes
les plus chères du monde alors qu’elle dépense clairement beaucoup plus qu’elle ne
gagne.

Emily, un panier percé

Cette nouvelle venue dans une agence de marketing ne jure que par les vêtements
et sacs chic, les resto chic, les transports chic… Combien gagne-t-elle ? Combien
dépense-t-elle ? Une étude réalisée par Bramleys répond à toutes ces questions. Et ce qui
lui coûte le plus cher va clairement vous étonner (non, ce n’est pas son loyer !).

Son salaire en tant que « spécialiste du marketing junior » est estimé à environ
60 000 euros par an. L’héroïne d’Emily in Paris vit au cœur de Paris, dans le
5e arrondissement, place de l’Estrapade, à deux pas du Panthéon. Le genre de quartier
dans lequel tout le monde aimerait vivre. Mais ne peut pas se le permettre… Son loyer
serait de minimum 1700 euros par mois. Vous ajoutez à cela le gaz et l’électricité : + 898
euros (par an). Pour ses déplacements dans la capitale – le métro, connaît pas, elle est
plutôt VTC et taxi : 730 euros (elle aurait donc raison de ne pas avoir opté pour un Navigo
annuel à 827,20 euros…). Assurance maladie : 480 euros.

« Emily in Paris » : un budget pharaonique !

Côté petit plaisir… Petit déjeuner : Bramleys imagine qu’Emily mange un pain au
chocolat par jour, de La Boulangerie Moderne, à 2,5 euros l’unité (912,50 euros). Pour
ses déjeuners et ses dîners son budget s’élèverait à un total de 16 425 euros. Ou 45
euros par jour. Budget ticket restaurant explosé. Ce qui lui coûte le plus cher ? Les
vêtements (et ses sacs). Elle a beau dire qu’elle ne peut pas « se permettre » de s’acheter
des marques de créateur, sa garde-robe fait pâlir d’envie toutes les fashionistas de la
terre, Barmleys estime qu’il y a pour pas moins de 94 000 euros… Au total, le budget
annuel d’Emily à Paris est évalué a minima à 133 845 euros. Bon, Emily in Paris, c’est
clairement une fiction…

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Document 3 – Emily in Paris : quelles marques de luxe ont le plus bénéficié du


succès de la série ?
Floriane Salgues, [Link], 31 janvier 2023

Avec près de 117,6 millions d'heures de visionnage à travers le monde à ce jour,


la série Emily in Paris est un succès pour Netflix. Mais, la plateforme de streaming n'est
pas la seule à bénéficier de l'engouement du public à travers le monde pour le
personnage de Lilly Collins, jeune américaine aux idées marketing foisonnantes - et très
kitsch. À l'occasion de la sortie de la troisième saison d'Emily in Paris, Taboola, spécialiste
de la recommandation de contenus sur l'Open Web a, ainsi, analysé et comparé les
recherches des internautes autour de la série en France et au Royaume-Uni ces trois
derniers mois. Si chaque pays a son personnage préféré (Sylvie, en France, et Emily et
Alfie, au Royaume-Uni), les internautes Français et Britanniques se rejoignent sur un point
: leur intérêt notable pour les marques de luxe mentionnées et portées dans la série
par les acteurs.

Emily in Paris, vitrine pour les marques de luxe

Taboola a ainsi constaté une augmentation du nombre de recherches liées aux


marques de luxe. Ce sont plus de 67 millions de pages qui ont été lues lors de la
période scrutée de 15 semaines avant, pendant et après le début de la saison (du 3
octobre 2022 au 14 janvier 2023) et comparée aux 39 millions de pages lues pendant une
période de 5 semaines avant le début de la 3e saison (du 19 juin 2022 au 25 septembre
2022).

Les internautes se sont montrés particulièrement intéressés par la marque Louis


Vuitton, qui a vu son nombre de recherches Internet augmenter de manière considérable,
passant de 7 à 15 millions de pages lues après la sortie de la série, selon les analyses
de recherche de Taboola. Il semblerait que la mini-jupe en cuir "colorblock" de la marque
que porte Emily Cooper dans l'épisode 3 tout comme le sac "Minaudière" dans l'épisode 5

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ont produit leur effet sur les internautes français et anglo-saxons. La marque Gucci a
également vu le nombre de ses recherches exploser, avec une hausse de 73 % sur la
période. La raison ? Emily Cooper portait le mini-sac à main Gucci "Bamboo 1947" dans
l'épisode 9 de la saison 3.

Top 10 des marques de luxe les plus recherchées après la diffusion de la saison 3
d'Emily in Paris :

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SEANCE 13 : S’entraîner à l’écriture personnelle (Paris, capitale du luxe ?)

La séance poursuit la séance précédente : elle propose une réflexion sur


l’inscription d’une série dans une ville fantasmée plutôt que dans une ville réelle.

TEMPS 1 (20 minutes) : Penser le plan d’une écriture personnelle

Le sujet suivant est confié aux étudiants qui doivent réfléchir individuellement aux
arguments qu’ils pourraient développer face au sujet d’écriture personnelle suivant :
« Selon vous, pourquoi une série comme Emily in Paris, s’ancre-t-elle dans un Paris
fantasmé plutôt que dans la ville telle qu’elle existe dans le réel ? ».

TEMPS 2 (10 minutes) : Bilan du temps 1

Un temps de bilan collectif est mis en place qui permet aux étudiants de partager
les arguments proposés. Plusieurs arguments peuvent être donnés :

- Volonté de faire rêver en mettant en scène un monde idéal et fantasmé,

- Volonté de proposer une série qui entre en correspondance avec l’image que les
étrangers ont de la ville (la série est américano-française),

- Volonté de mettre en place un univers permettant le placement de produits.

TEMPS 3 (10 minutes) : S’entraîner à la rédaction

Durant une dizaine de minutes, les étudiants sont invités à rédiger un paragraphe
au choix.

TEMPS 4 (10 minutes) : Prolongements

L’article « Le phénomène Emily in Paris : entre placement de produit et publicité


native. », proposé sur le site [Link], est offert en guise de
prolongement pour expliquer la notion de « placement de produits ».

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Le phénomène Emily in Paris : entre placement de produit et publicité native.

Par Fiona Gouze, [Link], 30 janvier 2023

Depuis le 2 octobre 2020, la folie “Emily in Paris” ne cesse d’accroître. En effet,


depuis 3 saisons, la série de Darren Star produite par Netflix enchaîne les records de
visionnage. La dernière saison mise en ligne par la plateforme de SVOD américaine a
cumulé 177 millions d’heures de visionnage en seulement 5 jours.

Mais le phénomène Emily in Paris ne se lit pas seulement à travers le prisme des
audiences. En effet, la série est aussi largement connue pour son impact publicitaire.
Depuis le lancement de la première saison, nous remarquons qu’après la diffusion des
épisodes, des pics de recherche des mots-clés liés à la série sont enregistrés par les
moteurs de recherche mais pas seulement, certains objets et notamment des vêtements
et accessoires voient leurs ventes exploser.

Mais ce phénomène est-il délibérément initié par les producteurs de la série ? Et à


qui bénéficie le plus son succès ?

L’impact publicitaire d’Emily in Paris est notamment dû à la très efficace utilisation


du placement de produit. Le placement de produit est une technique marketing qui
consiste à inclure des produits et/ou des marques dans différents types de programmes
audiovisuels (films, séries, émissions de flux) dans le but de le promouvoir.

Bien sûr en France, ce système de promotion est très réglementé. Le placement de


produit audiovisuel est autorisé en France depuis de nombreuses années. Cependant, il a
été encadré par la loi en 2009 et réglementé par l‘Autorité de Régulation Professionnelle
de la Publicité (ARPP) et par la Commission de Contrôle des Programmes (CCP). Il doit
notamment être clairement identifié, ne pas être trompeur, ne doit pas porter atteinte aux
valeurs de la société, ni aux mineurs et ne doit pas concerner alcool, tabac ou produit
illicite.

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Le placement de produit est donc un moyen pour les annonceurs de promouvoir
leurs produits ou services d’une manière qui se différencie de la publicité traditionnelle. Le
placement de produit peut être assimilé au Native advertising. C’est-à-dire le fait d’intégrer
des annonces publicitaires de manière à ce qu’elles ressemblent à du contenu éditorial
normal de sorte qu’elles ne soient pas immédiatement identifiées comme une publicité par
les utilisateurs. La native publicité est considérée comme plus efficace car moins
dérangeante pour les utilisateurs. Elle minimise la sensation de gêne que peut provoquer
la publicité traditionnelle. De plus, la publicité native est souvent plus pertinente car mieux
ciblée.

Le placement de produit, quand il est bien réalisé, est la forme de publicité native la
plus poussée et efficace. La série Emily in Paris est l’un des meilleurs exemples de
l’utilisation du placement de produit et de son efficacité.

L’un des exemples le plus parlant de publicité native via le placement de produit
dans la série, est lié au premier épisode de la saison 3. Dans cette épisode Emily Cooper,
l’héroïne, employée d’une agence marketing de luxe doit promouvoir la célèbre chaîne
de fast-food américaine Mcdonald’s. Quoi de mieux que d’utiliser un véritable Mcdonald’s
parisien et des véritables produits Mcdonald’s France pour l’épisode. Le placement de
produit pour l’entreprise américaine est totalement imbriqué au scénario. Et la
collaboration entre Mcdonald’s et la série ne va pas rester fictionnelle. En effet, la chaîne
de restauration rapide va proposer à la vente le menu “créées” par Emily Cooper dans la
série. La publicité fonctionne ici dans les deux sens. La marque est intégrée dans le média
d’un côté via le scénario et de l’autre côté la marque intègre la série directement dans ses
produits via une collaboration. [...]

Mais l’impact de la série est encore plus important. En effet, l’influence d’Emily
Cooper va encore plus loin et booster les ventes et la popularité de marque n’ayant pas
financée leur présence à l’écran. Exemple, le sac à main modèle Scoubidou de la marque
française Carel a connu une augmentation exponentielle de vente suite à la séquence où
l’héroïne porte le sac. Bien sûr, la marque française n’est pas passée à côté de ce regain
de publicité gratuite et a même ajouté sur son site une mention précisant qu’il s’agit bien
sûr du sac présent dans la série. Carel n’est pas la seule marque à bénéficier de l’impact

50
médiatique de la série. Courrèges a vu les requêtes de recherche pour une certaine jupe
augmenter de 194% jusqu’à 342% de hausse pour la marque de bob Kangol.

La mode n’est pas la seule bénéficiaire de l’effet Emily mania. La ville de Paris en
profite aussi et notamment son immobilier. En effet, depuis le lancement de la série et
selon un expert de l’immobilier britannique, les recherches internet pour déménager à
Paris ont augmenté de 1 416% une semaine après le lancement de la saison 3.

Mais pourquoi le placement de produit à la sauce Emily in Paris, ça fonctionne


autant ?

L’atout du placement de produit, c’est de proposer un placement pensé sur mesure


pour la série qui va parfaitement s’intégrer dans cette dernière, sans la dénaturer et faire
partie du scénario. Le spectateur ne se sent pas dérangé par la publicité, elle ne lui
provoque pas de situation d’inconfort visuel ou auditif.

C’est aussi de la publicité très souvent ciblée. Effectivement, le public choisit de


regarder cette série là et donc il est sensible aux thèmes qui y sont abordés ou à
l’esthétisme de l’univers. De plus, la cible est aussi très intéressante, surtout pour les
séries ou films qui sont créés et ou diffusés par les plateformes, car cela permet
d’atteindre une cible qui délaisse les médias traditionnels, les 25-35, une cible qui est
aussi très peu réceptive à la publicité traditionnelle.

Cela permet aussi de couvrir une zone géographique extrêmement large. Par
exemple, une série originale Netflix comme Emily in Paris est présente dans plus de 190
pays, ce qui fait autant de pays couverts par le placement de produit.

Le placement de produit est donc un réel atout pour les marques et elles l’ont bien
compris. En effet, le marché du placement de produit équivaut à 10-20 millions annuels.
On peut compter en moyenne entre 10 000 et 15 000 euros pour une séquence avec un
logo visible.

51
Mais pour des séries comme Emily in Paris, il faut compter plusieurs centaines de
milliers d’euros pour y apparaître. Les sommes sont tellement conséquentes que la série
pourrait être totalement financée par les placements de produits.

Le placement de produit à la sauce native advertising semble être la parfaite


balance entre l’omniprésence de la publicité et la multiplication de la proposition
audiovisuelle, tout en répondant à la problématique de la baisse de l’impact de la publicité
via les médias traditionnels et du digital.

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SEANCE 14 : S’entraîner à la synthèse de documents (« Monter à Paris et y
triompher »)

La séance propose un entraînement à la synthèse de documents à partir d’un


corpus de textes issus du Père Goriot.

TEMPS 1 (20 minutes) : Identifier la représentation de Paris dans un document

Modalités de travail :
- Proposer trois ou quatre des documents du corpus présenté ci-dessous,
- Constituer quatre groupes d’étudiants : chaque groupe s’intéresse à un document
et définit les aspects de Paris qui se dégagent du document en question.

TEMPS 2 (10 minutes) : Bilan

Durant un temps d’échanges collectif, les résultats du travail des quatre groupes
sont reportés dans un tableau de confrontation.

TEMPS 3 (20 minutes) : Réviser la méthode d’utilisation du tableau de confrontation

Les étudiants sont invités à relier les différentes idées répertoriées dans le tableau
de confrontation (comme ils l’ont fait durant la séance 7), à réaliser le plan d’une « micro-
synthèse » et à identifier une possible problématique.

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Document 1 – Illusions perdues, « Un grand homme de province à Paris »
Honoré de Balzac, 1837-1843

Lucien de Rubempré, jeune poète reconnu dans sa ville d'origine, Angoulême, arrive à
Paris.

Pendant sa première promenade vagabonde à travers les Boulevards et la rue de la


Paix, Lucien, comme tous les nouveaux venus, s'occupa beaucoup plus des choses que
des personnes. À Paris, les masses s'emparent tout d'abord de l'attention : le luxe des
boutiques, la hauteur des maisons, l'affluence des voitures, les constantes oppositions
que présentent un extrême luxe et une extrême misère saisissent avant tout. Surpris de
cette foule à laquelle il était étranger, cet homme d'imagination éprouva comme une
immense diminution de lui-même. Les personnes qui jouissent en province d'une
considération quelconque, et qui y rencontrent à chaque pas une preuve de leur
importance, ne s'accoutument point à cette perte totale et subite de leur valeur. Être
quelque chose dans son pays1 et n'être rien à Paris sont deux états qui veulent des
transitions ; et ceux qui passent trop brusquement de l'un à l'autre tombent dans une
espèce d'anéantissement. Pour un jeune poète qui trouvait un écho à tous ses sentiments,
un confident pour toutes ses idées, une âme pour partager ses moindres sensations, Paris
allait être un affreux désert. […] Plus il admirait ces jeunes gens à l'air heureux et dégagé,
plus il avait conscience de son air étrange, l'air d'un homme qui ignore où aboutit le
chemin qu'il suit, qui ne sait où se trouve le Palais-Royal quand il y touche, et qui
demande où est le Louvre à un passant qui répond : – Vous y êtes. Lucien se voyait
séparé de ce monde par un abîme, il se demandait par quels moyens il pouvait le franchir,
car il voulait être semblable à cette svelte et délicate jeunesse parisienne. Tous ces
patriciens2 saluaient des femmes divinement mises et divinement belles, des femmes pour
lesquelles Lucien se serait fait hacher pour prix d'un seul baiser […]. Il vit passer une fille
sublime, mademoiselle des Touches, si connue sous le nom de Camille Maupin, écrivain
éminent, aussi grande par sa beauté que par un esprit supérieur, et dont le nom fut répété
tout bas par les promeneurs et par les femmes.

– Ha ! se dit-il, voilà la poésie.

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Qu'était madame de Bargeton3 auprès de cet ange brillant de jeunesse, d'espoir,
d'avenir, au doux sourire, et dont l'œil noir était vaste comme le ciel, ardent comme le
soleil ! Elle riait en causant avec madame Firmiani, l'une des plus charmantes femmes de
Paris. Une voix lui cria bien : « L'intelligence est le levier avec lequel on remue le monde. »
Mais une autre voix lui cria que le point d'appui de l'intelligence était l'argent.

Honoré de Balzac, Illusions perdues, 1837-1843,


deuxième partie : « Un grand homme de province à Paris », 1839.

1. Dans sa région.
2. Personnes appartenant à la classe privilégiée.
3. Femme noble d'Angoulême avec qui il a une liaison.

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Document 2 – Illusions perdues, « Une pension bourgeoise »
Honoré de Balzac, 1837-1843

Le jeune Rastignac, de retour à Paris après un voyage sur ses terres provinciales a été
invité au bal organisé par une riche parente, la vicomtesse de Beauséant, dont il espère
qu’elle facilitera son entrée dans le grand monde parisien.

« Il venait de reconnaître en madame la vicomtesse de Beauséant l’une des reines


de la mode à Paris, et dont la maison passait pour être la plus agréable du faubourg Saint-
Germain. Elle était d’ailleurs, et par son nom et par sa fortune, l’une des sommités du
monde aristocratique. Grâce à sa tante de Marcillac, le pauvre étudiant avait été bien reçu
dans cette maison, sans connaître l’étendue de cette faveur. Être admis dans ces salons
dorés équivalait à un brevet de haute noblesse. En se montrant dans cette société, la plus
exclusive de toutes, il avait conquis le droit d’aller partout. Ébloui par cette brillante
assemblée, ayant à peine échangé quelques paroles avec la vicomtesse, Eugène s’était
contenté de distinguer, parmi la foule des déités parisiennes qui se pressaient dans ce
raout, une de ces femmes que doit adorer tout d’abord un jeune homme. La comtesse
Anastasie de Restaud, grande et bien faite, passait pour avoir l’une des plus jolies tailles
de Paris. Figurez-vous de grands yeux noirs, une main magnifique, un pied bien découpé,
du feu dans les mouvements, une femme que le marquis de Ronquerolles nommait un
cheval de pur sang. Cette finesse de nerfs ne lui ôtait aucun avantage ; elle avait les
formes pleines et rondes, sans qu’elle pût être accusée de trop d’embonpoint. Cheval de
pur sang, femme de race, ces locutions commençaient à remplacer les anges du ciel, les
figures ossianiques, toute l’ancienne mythologie amoureuse repoussée par le dandysme.
Mais pour Rastignac, madame Anastasie de Restaud fut la femme désirable. Il s’était
ménagé deux tours dans la liste des cavaliers écrite sur l’éventail, et avait pu lui parler
pendant la première contredanse.

— Où vous rencontrer désormais, madame ? lui avait-il dit brusquement avec cette force
de passion qui plaît tant aux femmes.

— Mais, répondit-elle, au Bois, aux Bouffons, chez moi, partout.

56
Et l’aventureux Méridional s’était empressé de se lier avec cette délicieuse
comtesse, autant qu’un jeune homme peut se lier avec une femme pendant une
contredanse et une valse. En se disant cousin de madame de Beauséant, il fut invité par
cette femme, qu’il prit pour une grande dame, et eut ses entrées chez elle. Au dernier
sourire qu’elle lui jeta, Rastignac crut sa visite nécessaire. Il avait eu le bonheur de
rencontrer un homme qui ne s’était pas moqué de son ignorance, défaut mortel au milieu
des illustres impertinents de l’époque, les Molincourt, les Ronquerolles, les Maxime de
Trailles, les de Marsay, les Ajuda-Pinto, les Vandenesse, qui étaient là dans la gloire de
leurs fatuités et mêlés aux femmes les plus élégantes, lady Brandon, la duchesse de
Langeais, la comtesse de Kergarouët, madame de Sérizy, la duchesse de Carigliano, la
comtesse Ferraud, madame de Lanty, la marquise d’Aiglemont, madame Firmiani, la
marquise de Listomère et la marquise d’Espard, la duchesse de Maufrigneuse et les
Grandlieu. Heureusement donc, le naïf étudiant tomba sur le marquis de Montriveau,
l’amant de la duchesse de Langeais, un général simple comme un enfant, qui lui apprit
que la comtesse de Restaud demeurait rue du Helder. Être jeune, avoir soif du monde,
avoir faim d’une femme, et voir s’ouvrir pour soi deux maisons ! mettre le pied au faubourg
Saint-Germain chez la vicomtesse de Beauséant, le genou dans la Chaussée d’Antin chez
la comtesse de Restaud ! plonger d’un regard dans les salons de Paris en enfilade, et se
croire assez joli garçon pour y trouver aide et protection dans un cœur de femme ! se
sentir assez ambitieux pour donner un superbe coup de pied à la corde roide sur laquelle il
faut marcher avec l’assurance du sauteur qui ne tombera pas, et avoir trouvé dans une
charmante femme le meilleur des balanciers ! Avec ces pensées et devant cette femme
qui se dressait sublime auprès d’un feu de mottes, entre le Code et la misère, qui n’aurait,
comme Eugène, sondé l’avenir par une méditation, qui ne l’aurait meublé de succès ? »

Honoré de Balzac, Le Père Goriot,


première partie : « Une pension bourgeoise », 1835.

57
Document 3 – Illusions perdues, « Excipit »
Honoré de Balzac, 1837-1843

Balzac résume l'intrigue du Père Goriot d'une manière lapidaire : « Un brave homme –
pension bourgeoise – 600 F de rentes – s'étant dépouillé pour ses filles qui, toutes deux,
ont 50 000 F de rentes – mourant comme un chien. » L'histoire de Goriot est étroitement
mêlée à celle d'Eugène de Rastignac, jeune aristocrate sans fortune monté à Paris, et de
l'inquiétant Vautrin, qui se révélera être un ancien forçat. Avec ce roman, Balzac inaugure
le retour des personnages, principe de composition de la Comédie humaine.
Le Père Goriot est d'emblée un succès de librairie. Sa peinture d'une société bourgeoise,
avide de reconnaissance sociale, et où l'argent est synonyme de pouvoir, n'a rien perdu
de son acuité. Le passage ci-dessous, qui clôt le roman, est consacré à l’enterrement du
Père Goriot.

« Les deux prêtres, l'enfant de chœur et le bedeau vinrent et donnèrent tout ce


qu'on peut avoir pour soixante-dix francs dans une époque où la religion n'est pas assez
riche pour prier gratis. Les gens du clergé chantèrent un psaume, le Libera, le De
profundis. Le service dura vingt minutes. Il n'y avait qu'une seule voiture de deuil pour un
prêtre et un enfant de chœur, qui consentirent à recevoir avec eux Eugène et Christophe.
- Il n'y a point de suite, dit le prêtre, nous pourrons aller vite, afin de ne pas nous attarder,
il est cinq heures et demie.
Cependant, au moment où le corps fut placé dans le corbillard, deux voitures
armoriées, mais vides, celle du comte de Restaud et celle du baron de Nucingen 1, se
présentèrent et suivirent le convoi jusqu'au Père-Lachaise. A six heures, le corps du père
Goriot fut descendu dans sa fosse, autour de laquelle étaient les gens de ses filles, qui
disparurent avec le clergé aussitôt que fut dite la courte prière due au bonhomme pour
l'argent de l'étudiant. Quand les deux fossoyeurs eurent jeté quelques pelletées de terre
sur la bière pour la cacher, ils se relevèrent, et l'un d'eux, s'adressant à Rastignac, lui

1
« celle du comte de Restaud et celle du baron de Nucingen »: Restaud et Nucingen sont les époux des deux filles du
père Goriot, pour lesquelles il a tout sacrifié.

58
demanda leur pourboire. Eugène fouilla dans sa poche et n'y trouva rien, il fut forcé
d'emprunter vingt sous à Christophe. Ce fait, si léger en lui-même, détermina chez
Rastignac un accès d'horrible tristesse. Le jour tombait, un humide crépuscule agaçait les
nerfs, il regarda la tombe et y ensevelit sa dernière larme de jeune homme, cette larme
arrachée par les saintes émotions d'un cœur pur, une de ces larmes qui, de la terre où
elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux. Il se croisa les bras, contempla les
nuages, et, le voyant ainsi, Christophe le quitta.
Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris
tortueusement couché le long des deux rives de la Seine où commençaient à briller les
lumières. Ses yeux s'attachèrent presque avidement entre la colonne de la place
Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu
pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par avance en
pomper le miel, et dit ces mots grandioses:
"A nous deux maintenant !"

Et pour premier acte du défi qu'il portait à la Société, Rastignac alla dîner chez madame
de Nucingen. »

Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835.

59
Document 4 – Photogramme du film Le Guépard
Luchino Visconti, 1963.

60
SEANCE 15 : Faire des recherches et en témoigner (Paris, ville riche ?)

La séance a pour but une découverte des arrondissements de Paris et une entrée
dans une réflexion sur les inégalités sociales dans la capitale. Elle débute par la projection
et l’explication de la carte suivante, présentant un état des lieux de l’immobilier parisien
par arrondissement.

Xavier Beaunieux, [Link], 4 octobre 2018.

TEMPS 1 (35 minutes) : Faire des recherches sur les marqueurs sociaux des
différents arrondissements de Paris

Modalités de travail :
- Constituer des trinômes d’étudiants et attribuer à chacun un arrondissement,
- Chaque trinôme fait des recherches sur l’arrondissement qui lui a été attribué en
s’intéressant notamment aux marqueurs sociaux (nombre de logements sociaux,
monuments, commerces…) et choisit une illustration représentative de cet
arrondissement.

TEMPS 2 (20 minutes) : Présentation des recherches

Modalités de travail :
- Chaque trinôme présente l’arrondissement sur lequel il a travaillé en s’appuyant sur
l’illustration choisie.
- Le temps imparti est de deux minutes par trinôme : il s’agit d’aller à l’essentiel.

TEMPS 3 (5 minutes) : Bilan de séance


Les étudiants sont invités à produire une carte mentale reprenant ce qu’ils estiment
nécessaire de retenir de leurs recherches et des exposés entendus.

61
SEANCE 16 : Confronter des documents de manière guidée (Paris, ville de la
gentrification ?)

La séance a pour but une découverte du phénomène de la gentrification (elle


poursuit la réflexion entamée lors de la séance précédente sur les disparités sociales au
cœur de la capitale).
Un corpus très dense de documents (présenté ci-dessous) est proposé aux
étudiants.

Modalités de travail :

- Constituer des groupes d’étudiants,


- Chaque groupe se voit confier l’intégralité du corpus consacré à la gentrification et
doit répondre aux questions suivantes :

 Donner, avec vos mots, une définition du phénomène de gentrification.


 Décrivez les différentes étapes du processus de gentrification d’un espace.
 Quels sont les avantages de la gentrification d’un quartier ou d’une ville ?
 Quels sont les risques de la gentrification d’un quartier ou d’une ville ?
 Quels sont les leviers possibles pour limiter le phénomène de la
gentrification ? Vous pouvez proposer des solutions qui ne figurent pas dans
les documents.

- Une confrontation finale des réponses apportées par chaque groupe peut avoir lieu
en fin d’heure.

62
Document 1 – « Paris sans le peuple, la gentrification de la capitale »
Jean Vettraino, Revue projet, 2014.

L’article est rédigé pour présenter l’ouvrage Paris sans le peuple, la gentrification de la
capitale, de Anne Clerval (éditions La Découverte).

Parmi les formes d’un embourgeoisement général que connaît Paris depuis les
années 1980, la gentrification est celle qui a le plus d’ampleur, « à la fois en termes
d’extension spatiale et d’augmentation numérique des cadres et professions intellectuelles
supérieures ». Cette notion, singulièrement absente des discours de la municipalité
parisienne, a ici le grand mérite de mettre en lumière les conflits et les impensés sociaux
des politiques urbaines. La géographe Anne Clerval la définit précisément comme « un
embourgeoisement spécifique des quartiers populaires », transformation à la fois urbaine
et sociale. La gentrification est « avant tout la conséquence de la circulation du capital (…)
qui s’inscrit sans cesse dans des cycles de dévalorisation/revalorisation alimentant la
différenciation spatiale » ; elle « traduit la dynamique des rapports de classe dans l’espace
urbain ».
L’auteur […] écrit, p. 37 : « la gentrification a acquis une place stratégique dans le
marché immobilier et bancaire, et dans la production de la plus-value financière. (…) De
centre de production industrielle, Paris est (…) devenu un pôle de commandement de
l’économie mondiale (…). Elle est également un centre d’accumulation capitaliste en soi,
que ce soit en tant que centre de consommation ou comme lieu de spéculation
immobilière, deux domaines dans lesquels la gentrification joue un rôle non négligeable. »
une analyse statistique précise et des enquêtes de terrain menées dans des quartiers de
Paris à différents stades du processus de gentrification (Faubourg Saint-Antoine,
Faubourg du Temple et Château Rouge), complétées par une bonne connaissance des
autres monographies disponibles (Belleville, Aligre, etc.) et des travaux menés dans
d’autres villes mondiales (Londres et New York notamment). La gentrification est ainsi
restituée à ses différentes échelles – phénomène à la fois mondial et micro-local, puisqu’il
se joue jusque dans l’aménagement du logement – et les particularités de Paris sont bien
dégagées. Au niveau local, la gentrification est d’abord le fait d’initiatives privées
individuelles. Généralement, ce sont les artistes qui s’installent d’abord, suivis des
ménages ; patrons de cafés ou de restaurants accompagnent et renforcent le mouvement.
[…] Elle met à jour l’opération de récupération de l’ancienne identité populaire du quartier
comme outil de distinction sociale ainsi que l’écart entre les discours et les pratiques. Alors
que les gentrifieurs valorisent la « diversité » du quartier, ils pratiquent l’entre-soi et, pour
ceux qui ont des enfants, l’évitement scolaire. Ainsi, dans les quartiers gentrifiés, la mixité
culturelle prime sur la mixité sociale, qui reste « un décor dans lequel s’épanouit la
sociabilité. Cette ambivalence dans les formes d’échanges est réelle, mais l’auteure tend à

63
radicaliser la division en classes, même si elle précise que « bourgeois » comme «
habitants pauvres » sont des catégories hétérogènes.
[…] La gentrification apparaît comme « un arbitrage entre la pression immobilière
(…) et la possibilité pour les gentrifieurs de s’approprier un quartier ». Elle ne saurait se
lire de manière linéaire : en progressant, elle modifie ses modalités mêmes, recomposant
en particulier les centralités de loisirs. Sa progression se fait également sentir en proche
couronne – Montreuil, cas emblématique, n’est pas la seule commune concernée – et
contribue à la recomposition des espaces populaires à l’échelle régionale.
[…] Deux chapitres remarquables sont consacrés aux effets complexes des
politiques publiques (nationale et municipale) en matière de gentrification. Celles-ci
expliquent en grande partie que le phénomène soit plus tardif et plus limité à Paris qu’à
Londres ou New York. Ainsi, le contrôle des loyers par la loi de 1948 l’a clairement freiné.
Et les opérations de rénovation ont finalement permis l’accroissement du parc social à
Paris, qui est, avec l’appropriation par les immigrés des quartiers populaires, le frein le
plus efficace à la gentrification. La construction de logements sociaux, un temps
abandonnée sous le mandat de Jean Tiberi, est relancée à partir de 2001 par la
municipalité socialiste : leur part est passée de 13,4 % à cette date à 17,6 % en 2011. Ces
réalisations se heurtent pourtant à une double limite : on détruit plus de logements au
loyer modeste que l’on ne construit de logements sociaux, et certains d’entre eux (en prêt
locatif social) ne sont accessibles qu’à 5 % des demandeurs de logement social. Enfin, la
géographe juge l’encadrement des loyers introduit en 2012 « insuffisant pour (…) contrer
la gentrification ». Car la politique de mixité sociale poursuivie dans les quartiers
populaires, en ne prenant pas en compte la gentrification et la destruction de l’habitat
social de fait, contribue finalement à réduire les logements accessibles aux classes
populaires dans Paris ! Anne Clerval montre bien que, loin d’être un fatum, la gentrification
résulte « du mode de production capitaliste de la ville ». Mais le processus semble à
l’heure actuelle inexorable, et d’autant plus violent pour les classes populaires que leurs
choix résidentiels se restreignent… Le droit à la ville, mentionné en conclusion, pourrait
peut-être constituer une réponse efficace. Qui s’en saisira concrètement ?

64
Document 2 – « Mixité sociale à Paris : dans quels quartiers est-elle faible ou
forte ? »
Thomas Martin, Actu Paris, 17 février 2023.

Ce n’est pas une surprise. La métropole du Grand Paris (MGP) est marquée par
de fortes disparités en matière de revenus. Selon une étude de l’Insee, les ménages
les plus favorisés y ont ainsi un revenu cinq fois supérieur aux plus modestes. Et Paris est
le département de France métropolitaine où le niveau de vie médian des habitants est le
plus élevé. Pourtant, avec 37% de sa population (soit 2,6 millions de personnes) vivant
dans un quartier « mixte »*, la MGP n’est pas la plus « ségréguée »** de France.
Mais, qu’en est-il dans la capitale ?

Certains quartiers de Paris s’embourgeoisent


Selon les chiffres donnés par l’Insee, conjointement avec l’Atelier parisien
d’urbanisme (Apur), près de la moitié (48 %) des Parisiens résident dans un quartier
considéré comme mixte. Une mixité que l’on retrouve pour l’essentiel dans les
arrondissements de l’est parisien (les 10e, 11e, 12e, 13e, 18e, 19e et 20e
arrondissements).
A l’inverse, plusieurs quartiers accueillent une forte proportion de ménages à hauts
revenus. Ici, l’entre-soi prime. A Paris, ils se situent dans les 6e, 7e et 16e
arrondissements, dans le nord du 8e et le sud-ouest du 17e les « riches » vivent
majoritairement entre eux.
À Paris, la part de la population vivant dans un quartier mixte a diminué de 4,5
points sur la période, mais reste la plus importante de tous les territoires. Ces évolutions
sont le résultat d’un renforcement de la mixité dans certains quartiers, notamment dans le
nord-est parisien, qui compense partiellement la baisse de mixité dans d’autres quartiers.
Selon l’étude, le recul de la mixité se traduit pour certains quartiers par un «
embourgeoisement ». À Paris, cela concerne principalement le centre de Paris, le 9e
arrondissement et le sud-est du 17e.

La gentrification présente dans plusieurs arrondissements de la capitale


« À l’inverse, dans certains quartiers, la progression de la mixité peut résulter
localement de revenus moindres parmi les ménages présents, de l’installation de
nouveaux ménages plus modestes ou du départ des ménages les plus aisés », complète
l’Insee.
La construction de logements sociaux, par exemple, favorise l’installation de
ménages plus modestes que la population résidente, ce qui renforce la mixité sociale.

65
C’est le cas aux alentours du parc André Citroën (zone d’aménagement concerté
Boucicaut) dans le 15e arrondissement de Paris, ainsi que dans le sud du 16e
arrondissement.
Cette mixité nouvelle est également liée à l’installation dans des quartiers modestes
de ménages aux revenus plus élevés, ou bien au départ de ces mêmes quartiers de
ménages modestes. Un phénomène de « gentrification » surtout visible dans les 10e et
11e arrondissements, au nord-est de Paris (18e et 19e) : le long des canaux Saint-
Martin et de l’Ourcq à Paris notamment, ainsi qu’à la Goutte d’or.

Évolution des quartiers les plus mixtes dans la métropole du Grand Paris entre 2004 et
2019 (©Insee)
Dans la MGP, la ville championne de la mixité sociale est Le Kremlin-Bicêtre, dans
le Val-de-Marne avec 83 % des Kremlinois qui vivent dans un quartier considéré comme
cosmopolite en terme de revenus. Sur la deuxième et troisième marche du podium, on
retrouve deux communes de la Seine-Saint-Denis : Les Lilas (78%) et le Pré-Saint-
Gervais (77%).

________________________

*Selon l’Insee, les territoires mixtes sont ceux dont les habitants ont une variété de niveau
de vie, les revenus y sont hétérogènes entre résidents d’un même voisinage.

**Les territoires non mixtes ségrégués sont ceux où les ménages aisés ou pauvres sont
surreprésentés.

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Document 3 – « Les métropoles européennes face à une gentrification galopante »
Emeline Cazi, Yan Gauchard, Alexandre Lenoir, Claire Mayer et Gilles Rof,
Le Monde, 11 juillet 2023.

Et s’il ne fallait pas s’arrêter uniquement au visage subitement pris par une rue
commerçante ? Si tout était plus complexe que les conclusions hâtives que l’on pourrait
tirer en comparant les enseignes d’une rue comme celle de l’Eglise, à Montreuil (Seine-
Saint-Denis), avec les magasins présents il y a encore quelques années ? Car,
effectivement, cette allée semi-piétonne, à deux pas de la mairie de cette ville de la proche
banlieue de Paris, où s’installent nombre de familles de l’est de la capitale, n’a plus rien à
voir avec son allure d’il y a dix ans.

Au Royal, « spécialités orientales », avec ses tables en plastique dressées dehors,


ont succédé L’Atelier, un fournil où les boules de pain (khorasan, pavot, olives de
Kalamata) ne se cuisent pas aux aurores et s’achètent avec un shortbread aux fruits
rouges. Un peu plus loin, il y a l’Archi-Boucher, littéralement un architecte devenu boucher
à 46 ans, dont la vitrine, façon verrière industrielle, a remplacé l’entrée du garage de
l’Eglise.

Il faudrait aussi citer, en lieu et place du Bureau information jeunesse, La Petite


Epicerie, où les figues, les tomates, les chèvres, les boudins, et peut-être même les
paquets de chips, arrivent tout droit du producteur ; la poissonnerie et ses palourdes
« sauvages » qui a succédé à la bibliothèque sonore ; « l’artisan québabiste » au serrurier.
Deux fois dans l’année, des parents patientent une heure devant la librairie jeunesse pour
inscrire leur enfant au club de lecture et à la soirée Harry Potter.

Dans ce quartier, terminus de la ligne 9 du métro parisien, la véritable bascule s’est


opérée, il y a six, sept ans, quand La Petite Epicerie a ouvert, que le déménagement du
Méliès, « plus grand cinéma public d’art et essai d’Europe », a consacré le
réaménagement de la place, et que le promoteur Nexity livrait sur les vestiges de l’ancien
garage une résidence de standing et son quota de logements sociaux. Le magasin
Biocoop a suivi de peu. « Gentrification ! », dénonceront certains, sans renoncer à leur
tournée fournil, boucher, fromager du samedi.

Concept né dans les années 1960

« Nous n’avons pas vocation à dresser des ponts-levis et des herses à l’entrée de
la ville. Montreuil est attractive, nous devons avoir une capacité d’accueil, répond Gaylord
Le Chequer, l’adjoint au maire (PCF) chargé de l’urbanisme. Mais il faut permettre à ceux,
déjà là, de continuer à y vivre. » Il pense notamment aux jeunes adultes de la cité de la

67
Noue, toujours chez leurs parents faute de trouver un studio à un prix décent. En proche
banlieue est de Paris, les prix des appartements à l’achat sont en moyenne passés de
4 000 euros le mètre carré à plus de 5 000 euros en cinq ans.

L’élu sait aussi le défi que représentent l’arrivée du tramway et le prolongement de


la ligne 11 du métro. Les promoteurs défilent et déroulent leurs offres. Pour lutter contre la
spéculation et répondre à la crise climatique, les urbanistes font le pari de « planter
d’abord, construire parfois », même si l’équation financière reste encore à trouver.

Montreuil, ses voisines de l’Est parisien, des exemples parmi d’autres anciennes
villes ouvrières profondément transformées depuis que les usines ont fermé une à une. Il
n’existe pas de schéma universel, implacable de la gentrification. Ce phénomène, pour la
première fois documenté dans les années 1960, à Londres, par la sociologue Ruth Glass,
a d’abord décrit l’évolution de la composition sociale d’un secteur délaissé, convoité par
des plus jeunes et des plus diplômés.

A la fin des années 1970, le géographe écossais Neil Smith propose une autre
lecture : c’est le capital qui réinvestit les centres urbains, et non les gens. La dépréciation
bien avancée des logements d’un quartier attire les investisseurs qui visent la culbute
financière. La réalité est certainement entre les deux, et surtout bien plus diverse, se sont
accordées les générations suivantes. Mieux vaut parler de « gentrifications », au pluriel,
insistent le collectif de chercheurs (Marie Chabrol, Anaïs Collet, Matthieu Giroud, Lydie
Launay, Max Rousseau et Hovig Ter Minassian) dans leur ouvrage du même nom
(Editions Amsterdam, 2016). Rien ne sert d’opposer anciens et nouveaux, complète le
géographe Jean-Pierre Lévy en préambule. Les « gentrifieurs » d’hier seront peut-être les
« gentrifiés » de demain. La gentrification participe « au fait urbain contemporain et la
comprendre, c’est comprendre la ville ».

C’est de cette réalité complexe, avec ses côtés pile, ses nombreux revers, qui
n’épargne aucune métropole d’Europe dont Le Monde a voulu rendre compte. La vitesse
du processus, la forme qu’il prend, dépend du contexte local. Le rapport à la propriété
n’est pas le même à Berlin, capitale de locataires, qu’en France, où plus de la moitié des
ménages (57,7 %) possède sa résidence principale. Londres a bradé ses logements
sociaux ; Paris, qui en compte 25 % en 2023, vise 40 % de logements publics d’ici à 2035.

Si le phénomène est ancien, il revêt de nouveaux aspects, notamment avec


l’explosion des meublés touristiques, qui ont même gagné le quartier anarchiste
d’Exarcheia, à Athènes, les faubourgs espagnols de Naples, en Italie, associés dans les
esprits au crime organisé. L’« airbnbisation » des villes serait-elle le stade ultime de la
gentrification ?

68
A Paris, le seuil des 10 000 euros du mètre carré a été franchi. Or, si les cheminées
ont disparu du paysage, les hommes et les femmes qui font tourner la société postfordiste,
les plus précaires qui préparent la ville à l’aube quand les cadres dorment encore, n’ont
pas disparu. Mais ils ne s’y logent plus.

Anciennes usines transformées en incubateurs de start-up

[…] Paris et l’Est parisien sont souvent désignés comme le fief des « bobos », avec
tout ce que cela sous-entend : les « classes créatives » et intellectuelles chassent les plus
précaires. La métropole parisienne n’est toutefois pas l’agglomération la plus ségréguée
de France. Elle arrive en cinquième place derrière Rouen, Lille, Tours et Marseille-Aix,
selon une étude publiée en février par l’Atelier parisien d’urbanisme et l’Insee.

Bien sûr, l’Ouest demeure un ghetto de riches, qui ne cesse de se conforter. Bien
sûr, les écarts de revenus sont élevés dans le Grand Paris. Mais en regardant comment
les ménages cohabitent à une échelle très fine (des carreaux de 200 mètres sur 200
mètres), et son évolution sur quinze ans, « 69 % des carreaux qui étaient mixtes le sont
encore », relèvent Emilie Moreau et Clément Boisseuil, deux des auteurs de l’étude. « La
mixité se maintient, y compris à Paris, notamment grâce au parc social. Et, ailleurs, les
dynamiques de gentrification ne sont pas aussi massives » que la production universitaire
en donne l’air. Montreuil la caricaturée, qui comptait 32,6 % de logements sociaux
en 2019, en affichait 37,6 % en 2022.

Les politiques de « rénovation », de « réhabilitation », de « résorption » de l’habitat


insalubre, accélèrent tout de même la gentrification, comme en attestent les dernières
études. La volonté de « gentrifier » n’est jamais exprimée publiquement. Tout au plus
certains élus ont-ils défendu la « mixité sociale à l’envers » pour rééquilibrer des rues
comme celle de la Goutte-d’Or, dans le 18e arrondissement de Paris, et « casser le
ghetto ». Mais même quand l’arrivée des plus riches n’est pas formulée clairement, « il a
été montré que les quartiers en régénération sont, à un moment donné de leur trajectoire,
le lieu d’investissements publics lourds qui conduisent la plupart du temps à créer les
conditions d’ancrage ou d’accélération du processus », notent les auteurs de
Gentrifications. […]

Clivages entre populations

En mars de cette année, des appartements loués sur Airbnb ont été vandalisés,
leurs murs couverts de tags. En juin, une polémique a agité la rue d’Aubagne (1er) où,
en 2018, l’effondrement de deux immeubles a fait huit victimes. Sous la menace
d’habitants, un « repas de rue » organisé par un café-cantine, ouvert en 2020, a été
annulé. Il proposait une bouillabaisse à 48 euros à quelques mètres d’un marché à la
sauvette. « Un crachat sur les populations locales qui n’arrivent pas à se loger

69
dignement », décryptait Kevin Vacher, sociologue et pilier du Collectif du 5-Novembre,
créé après la catastrophe. La municipalité dénombre 11 000 appartements loués sur
Airbnb. C’est 20 % de plus qu’en 2022.

Le « clivage » entre les Parisiens descendus du TGV et les populations historiques


est réel, reconnaît Sophie Camard, la maire (Printemps marseillais) des 1er et 7e
arrondissements, qui voit tout de même d’un bon œil l’arrivée de jeunes couples. « On ne
peut pas accepter de devenir exotique dans sa propre ville », s’agace Jean-Laurent
Feurra, fils d’un couple de poissonniers du quartier Bompard (7e), qui vient de fermer
boutique. Réalisateur dans l’audiovisuel et enseignant, il dit « ne plus reconnaître
personne » dans les rues de son enfance, entend « l’accent disparaître » et s’étonne
qu’on lui demande, dans les dîners, s’il est « un vrai Marseillais ». Il n’est pas contre
l’ouverture de librairies et de cafés là où ils manquaient, mais il déteste « la mentalité de
colons des nouveaux venus », l’arrogance ultime étant ces commerçants qui disent vouloir
« faire vivre le quartier ».

Outils juridiques de régulation

En France, les villes disposent d’un arsenal juridique pour réguler le logement sur
leur territoire, et n’ont de cesse de le renforcer. En complément de la loi Solidarité et
renouvellement urbain, qui impose 25 % de logements sociaux à toute ville de plus de
3 500 habitants, Paris et Lille imposent un quota dans chaque opération. […]

« Droit à la ville »

Préempter, maîtriser le foncier a un coût, de fait. Cela vaut pour le résidentiel


comme pour les commerces. Car il ne s’agit pas seulement de veiller à loger tous les
profils dans un même quartier, il faut que ces derniers puissent se nourrir, boire un café,
« avoir le droit à la ville ».

Plus que d’autres, les habitants déjà là « doivent faire face, plus localement, à la
forte augmentation des prix de certains commerces ou de services de proximité », notent
les auteurs de Gentrifications. Montreuil a délibéré pour préempter les commerces, mais
n’a, pour le moment, ni l’outil ni les finances pour s’y employer.

Le résidentiel, enfin, ne fait pas tout. Aides-soignantes et ingénieurs peuvent vivre


côte à côte, le rapprochement physique n’abolit pas forcément les distances sociales.
L’école en est l’exemple le plus flagrant. Il n’y a qu’à regarder le taux d’évitement de
certains collèges au moment de l’entrée en 6e. Pour accompagner les efforts des villes, il
faudrait que ces établissements reçoivent des moyens à la hauteur de leurs besoins. A
défaut, les plus favorisés fuient, les autres subissent.

70
Karim Bouamrane, le maire (PS) de Saint-Ouen-sur-Seine, dont la ville, au nord de
la capitale, connaît une ascension fulgurante avec le prolongement de la ligne 14 et la
construction du village olympique, y veille particulièrement. Aux jeunes du Vieux-Saint-
Ouen, il veut montrer la voie qui mène à la médecine. Une convention avec le futur hôpital
universitaire est en préparation. Les élèves iront en stage « le plus tôt possible, pour
qu’une fois au lycée ils aient le parcours en tête ». Cela vaudra pour les six établissements
supérieurs (ingénieurs, finances, cybersécurité, sport) installés, ou d’ici peu, sur la
commune.

Sa dernière prise ? Le danseur Benjamin Millepied, ancien directeur de la danse à


l’Opéra de Paris, soucieux, lui aussi, des classes populaires, qui prévoit d’installer son
futur lieu de résidence artistique dans l’ancienne patinoire de la ville.

71
Document 4 – « La gentrification, trente ans de polémique dans les grandes villes du
monde »
AFP, 16 mars 2019.

Issues d'élus locaux, d'organisations militantes et d'habitants historiques, les


accusations de "gentrification" sont récurrentes dans plusieurs grandes villes du monde: A
l'origine de manifestations parfois violentes, cette contestation dure depuis une trentaine
d'années et s'est récemment accentuée.

- New York -

C'est de la plus grande ville des Etats-Unis que la "gentrification" a fait son entrée
dans le débat public, voici une trentaine d'années, et qu'est venue la dernière polémique
en date d'ampleur mondiale avec le renoncement du géant Amazon à y implanter un
siège.
Dans la nuit du 6 au 7 août 1988, dans le sud de Manhattan, une émeute oppose la
police à des militants et des habitants autour du sort du parc de Tompkins Square, devenu
un lieu de campement de sans-abri que les autorités souhaitent évacuer.
Au cours de la manifestation, qui fait une centaine de blessés, des participants
arborent des pancartes "La gentrification, c'est la lutte des classes", donnant une vaste
exposition publique à un concept jusqu'alors surtout élaboré par des universitaires.
Les années 1990 et 2000 voient non seulement s'embourgeoiser des quartiers de
Manhattan mais aussi, de l'autre côté de l'East River, de Brooklyn, ce phénomène
cristallisant souvent les critiques de gauche du maire républicain Rudolph Giuliani (1994-
2001) qui met l'accent sur la lutte contre la criminalité.
Début 2019, c'est cette fois le district particulièrement cosmopolite du Queens où se
focalisent les débats. Amazon renonce à s'y installer, évoquant l'opposition de
personnalités politiques locales.
En plus de s'indigner d'avantages fiscaux accordés à Amazon par la ville et l'Etat de
New York, ces élus, parmi lesquels la médiatique députée socialiste Alexandria Ocasio-
Cortez, dénonçaient la gentrification accélérée que produiraient selon eux l'arrivée du
groupe et ses 25.000 emplois promis.

- Berlin -

Autre renoncement d'un géant du web, Google est revenue fin 2018 sur son
intention d'installer un "campus", lieu destiné à l'événementiel et au développement de

72
startups, dans le quartier de Kreuzberg, lieu d'immigration turque et bastion historique de
mouvements alternatifs au sein de la capitale allemande.
Malgré le soutien de la municipalité social-démocrate à cette implantation, le groupe
a cédé à une campagne baptisée "Fuck off Google", qui dénonçait en vrac les évictions de
locataires historiques du quartier et le modèle économique de l'américain.
Ce rejet marque la dernière apogée en date d'un mouvement, souvent radical,
contre son embourgeoisement culturel et économique. En 2016, une centaine de
personnes étaient notamment blessées lors d'affrontement entre la police et des militants
d'extrême gauche à l'ocassion d'une tentative d'évacuation d'un squat de l'ancien quartier
ouvrier de Friedrichshain.

- Londres -

La capitale britannique, dont l'étude sociologique de certains quartiers a fait


émerger le concept de gentrification dans les années 1960, accueille aussi des tensions
liées au changements de plusieurs quartiers.
En 2015, les médias britanniques ont beaucoup relayé une manifestation violente
contre un "bar à céréales" aux prix jugés élevés dans la rue de Brick Lane, historiquement
dominée par la communauté bangladaise, située plus largement dans le quartier branché
de Shoreditch.
A l'initiative d'un groupuscule anarchiste, "Class War" ("lutte des classes"), qui axe
son discours contre la gentrification, les manifestants peignent des insultes sur la vitrine
du magasin tandis qu'un policier est blessé par le jet d'une bouteille.
Plus au sud, dans le quartier de Brixton, les inquiétudes de petits commerçants se
fixent autour de la vente l'an dernier par Network Rail, l'exploitant ferroviaire britannique,
d'un pont de chemin de fer sous lequel se trouvent de multiples magasins craignant
désormais une hausse de leurs loyers.

- Lisbonne -

La capitale portugaise enregistre depuis des années une hausse de ses prix
immobiliers, de même que la deuxième ville du pays, Porto. Si le phénomène est en partie
lié à l'installation d'étrangers, après la mise en place par le pays d'un régime fiscal incitatif,
les critiques locales tournent aussi autour des conséquences de l'essor du tourisme.
En septembre 2018, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues de
Lisbonne et quelques dizaines à Porto pour protester contre la hausse du prix des loyers,
notamment du nombre de logements dédiés à la location touristique de courte durée.

73
Document 5 – « La gentrification en trois étapes »
Victor Locuratolo, février 2014.

74
SEANCE 17 : Réinvestir les acquis dans un examen blanc (Paris, capitale des
disparités sociales ?)

Le corpus suivant s’intéresse aux inégalités sociales dans la ville de Paris.


Constitué de quatre documents (trois articles et une photographie), il peut être proposé à
titre d’entraînement à l’examen.

75
PARIS, VILLE CAPITALE ?

PREMIÈRE PARTIE : SYNTHÈSE (/ 40 points)

Vous rédigerez une synthèse objective, concise et ordonnée des documents suivants :
• Document 1 : « Paris se vide… de ses travailleurs pauvres », Stanislas de
Livonnière, Le Parisien, 11 septembre 2019.
• Document 2 : « L’Île-de-France est le territoire le plus inégalitaire de France »,
dépêche AFP, 3 juin 2019
• Document 3 : « Un habitant sur quatre du 19e arrondissement de Paris vit sous le
seuil de pauvreté », Dorine Goth, [Link], 9 décembre 2022.
• Document 4 : Mendiante avenue des Champs Elysées, Gerenne, 2021.

DEUXIÈME PARTIE : ÉCRITURE PERSONNELLE (/ 20 points)

Selon vous, pourquoi faire le choix de vivre à Paris quand on n’est pas très
fortuné ? Vous répondrez à cette question d’une façon argumentée en vous appuyant sur
les documents du corpus, vos lectures et vos connaissances personnelles.

76
Document 1 - Paris se vide… de ses travailleurs pauvres
Par Stanislas de Livonnière, Le Parisien, 11 septembre 2019.

Plus que les classes moyennes, ce sont surtout les foyers qui déclarent entre

10 000 euros et 20 000 euros de revenus annuels qui semblent fuir la capitale.

Explications.

« Paris perd 12 000 habitants par an depuis cinq ans. Essentiellement les classes
moyennes », a déclaré Benjamin Griveaux, candidat LREM à la mairie de Paris, au
« Parisien » lundi. Nous avons vérifié ses propos en exploitant les données de
l'administration fiscale. Et il semble que la population ayant le plus quitté la capitale se
situe plutôt entre les plus pauvres et la classe moyenne.

Les foyers les plus pauvres en baisse de 3%

Malgré la hausse des loyers et des achats devenus inaccessibles, les foyers
déclarant moins de 10 000 € de revenus semblent avoir globalement résisté aux sirènes
de l'exode. Aujourd'hui, ils représentent 21 % de la population parisienne. Selon les
données de l'administration fiscale, ils étaient 321 000 en 2012 et 310 000 en 2018. Soit
une légère baisse de 3 % en six ans.

Leur répartition est cependant très différente selon les arrondissements. Des
baisses particulièrement importantes sont à noter dans le IIe (- 17%), le XIe (15%) et le
XXe (- 14%). Inversement, il y a aujourd'hui plus de foyers déclarant moins de 10 000 €
par an dans le XIIe, le Ve, le XVe et le XVIe (entre + 3 et + 4%).

9% de ceux qui déclarent entre 10 000€ et 20 000 € de revenus sont partis

Ils étaient 313 000 en 2012, ils ne sont plus que 285 000 en 2018. Ils ont des
revenus, suffisamment pour payer des impôts, entre 10 000 € et 20 000 € par an, mais
peut-être pas assez pour toucher l'ensemble des aides mises à leur disposition par l'Etat,

77
la Région ou la Ville. Parmi eux, la plupart sont des travailleurs pauvres. Ce ne sont pas
moins de 28 000 foyers de ce type qui ont fait leurs valises en six ans.

Cette tendance touche l'ensemble des arrondissements. Le XVIe a limité la fuite (-


3%). L'hémorragie touche surtout le IXe, le Xe (- 11%), le XXe et le IIe (13%), le XIe et le
IIIe (15%).

La classe moyenne relativement épargnée

La classe moyenne semble s'être globalement accrochée. Qu'il s'agisse de la


moyenne française (20 000 €) ou de la moyenne parisienne (28 000 €), les chiffres
montrent une relative stabilité, voire une croissance.

Les foyers déclarant entre 20 000 € et 30 000 € ont baissé de 1%, ceux gagnant
entre 30 000 € et 50 000 € ont progressé de 6% entre 2012 et 2018. Pour cette dernière
tranche, les seuls arrondissements ayant observé une baisse sont les VIIIe et le XVIe (-
1%).

Les plus riches affluent

Il n'y a que 110 000 foyers déclarant plus de 100 000 € de revenus par an. Cette
population a pourtant explosé depuis 2012 (+ 20%), date à laquelle ils n'étaient que 91
000.

Cette catégorie est en hausse dans l'ensemble des arrondissements. Sans


surprise, les plus riches affluent au nord-est de Paris. Dans le Xe (+ 48%) et dans le
XVIIIe (+ 45%). On y comptait 4 300 foyers fiscaux déclarant plus de 100 000 € en 2018,
là où ils n'étaient que 2 900 en 2012.

Cet arrondissement est au cœur de tous les paradoxes de la capitale : la population


très pauvre s'est maintenue depuis 2012 (0%), ceux qui déclarent entre 10 000 € et 20
000 € partent (- 10%) et 3 600 foyers déclarant au-dessus de 50 000 € se sont installés (+
25%).

78
Document 2 - L’Île-de-France est le territoire le plus inégalitaire de France
Dépêche AFP, 3 juin 2019.

Une étude constate les écarts grandissants de richesse entre Paris et sa banlieue.
Les villes les plus modestes, concentrées en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-
Marne, continuent de s'appauvrir.
Une ville-capitale de plus en plus riche et à quelques kilomètres certaines villes qui
continuent de s'appauvrir : l’Île-de-France est le territoire le plus inégalitaire de France,
montre une étude sur la trajectoire des revenus de ses habitants entre 2001 et 2015.
Intitulée "Gentrification et paupérisation au cœur de l’Île-de-France", cette enquête
de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme (IAU) souligne les inégalités croissantes dans
cette région qui abrite 12 millions d'habitants (18,8% de la population) et produit près d'un
tiers de la richesse du pays. Si les cadres et les ménages aisés y sont surreprésentés, la
pauvreté y est aussi la plus prégnante : en 2015, le taux de pauvreté est grimpé à 15,9%
(un point de plus que la moyenne française), contre 12,3% neuf ans plus tôt.
Paris et l'Ouest "s'embourgeoisent"
L'étude met en exergue la "polarisation sociale" de la région : d'un côté Paris (2,2
millions d'habitants) et les Hauts-de-Seine, départements les plus aisés du pays,
continuent à "s'embourgeoiser". De l'autre, la Seine-Saint-Denis, le territoire le plus
pauvre. "La richesse est plus marquée, plus concentrée que la pauvreté. Les riches vivent
plus entre eux que les pauvres", note Mariette Sagot, la démographe auteure du rapport.
Sans surprise, la "différenciation sociale reflète surtout le marché immobilier". Pour
Martin Omhovère, directeur du département habitat à l'IAU, dans un contexte de flambée
des prix des logements, "seuls le parc social et la loi SRU", qui impose aux villes des
objectifs de construction de logements sociaux, "restent les garants de l'accueil des
ménages modestes dans le centre".
"Gentrification" dans le Nord-Est de Paris
Paris n'échappe pas au phénomène de "gentrification" observé dans de
nombreuses capitales, qui se traduit par l'arrivée de cadres dans des quartiers populaires,
entraînant ainsi une baisse de la pauvreté. À Paris comme ailleurs, c'est le
renchérissement des prix du logement qui exclut progressivement les plus modestes des
quartiers centraux.

79
L'IAU observe que les cadres sont de plus en plus nombreux à s'installer dans les
arrondissements mixtes de l'Est et du Nord-Est -notamment dans le XVIIIe
arrondissement- et dans certains quartiers de communes "mixtes" voisines de la capitale
(Colombes, Malakoff, Les Lilas, Arcueil, Fontenay-sous-Bois...). La gentrification touche
aussi par capillarité quelques -rares- quartiers de communes pauvres (Clichy, Saint-
Ouen).
Mais, dans de nombreuses villes de première couronne, l'arrivée progressive de
cadres ne parvient pas contrebalancer la paupérisation globale de la population. C'est le
cas à Montreuil, Pantin, Bagnolet, Bagneux, Ivry ou Villejuif. Conséquence : l'émergence
de "contrastes sociaux très importants" dans ces villes, qui cumulent un gros parc HLM et
des logements anciens dégradés.
Les villes pauvres, toujours plus pauvres
L'étude montre en parallèle un appauvrissement des secteurs les plus modestes et
une baisse du pouvoir d'achat dans la moitié des communes pauvres, majoritairement
concentrées en Seine-Saint-Denis et, dans une moindre mesure, dans le Val-de-Marne.
Si un tiers des villes pauvres s'inscrivent dans "une trajectoire de rattrapage
modéré", "dans 44 communes, où vivent 15% des Franciliens, le revenu médian a baissé",
souligne son auteure. A noter toutefois, quelques villes pauvres de grande couronne ont
réussi à inverser la vapeur, en "utilisant le levier de la construction" (Chanteloup-les-
Vignes, Saint-Ouen-l'Aumône), ou en diversifiant l'offre de logements grâce à des
programmes menés par l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (Meaux, Persan,
Mantes-la-Jolie). […]

80
Document 3 - Un habitant sur quatre du 19e arrondissement de Paris vit sous le seuil
de pauvreté

Par Dorine Goth, [Link], 9 décembre 2022.

La majorité des personnes pauvres à Paris vivent dans les arrondissements du


nord-est de la capitale, selon un rapport publié mardi 6 décembre 2022.

Ils sont 207 000 à vivre avec moins de 940 euros par mois, dans l’une des villes
les plus chères de France. Selon le dernier rapport sur la pauvreté publié mardi 6
décembre 2022, près de 10 % de la population à Paris vit sous le seuil de
pauvreté. C’est l’un des départements français où le nombre de personnes pauvres est le
plus élevé.

« En considérant le nombre de personnes pauvres, et non plus le taux de pauvreté,


les plus grandes métropoles, comme Paris, Marseille ou Toulouse, par exemple,
s’affichent logiquement en tête en matière de niveau de pauvreté, compte tenu de leur
population plus importante », explique l’Observatoire des inégalités, à l’origine du rapport.

La pauvreté concentrée dans le nord-est parisien

Toutefois, des écarts importants sont enregistrés au sein même des villes. À Paris,
les arrondissements du nord-est concentrent un grand nombre de personnes pauvres. Là
encore, la misère est concentrée : plus de 100 000 personnes vivent dans des quartiers
où le taux de pauvreté dépasse les 30 %, selon les données 2019 de l’Insee.

Le 19e est l’arrondissement le plus touché : près d’un quart de sa


population (22 %), soit 39 000 personnes, est en situation de pauvreté avec moins de 1
100 euros par mois pour une personne seule. Il est suivi par le 18e arrondissement qui
affiche un taux de pauvreté de 21 %, avec 37 000 personnes vivant sous le seuil de
pauvreté et le 20e arrondissement (20 %), qui enregistre 38 000 personnes en difficulté.

« En plus d’un siècle, la pauvreté s’est écartée du centre et s’est déplacée vers le
nord-est de la capitale. Elle n’est pas allée si loin que cela. Le quartier de Belleville n’est

81
qu’à deux kilomètres de l’hypercentre devenu ultra-riche, et le taux de pauvreté atteint
jusque 48 % à certains endroits, selon l’Insee », analyse l’Observatoire des inégalités.

Ces trois arrondissements sont suivis des 10e et 13e arrondissements qui affichent
respectivement un taux de pauvreté de 17 % et 16 %, soit 15 000 et 11 000 habitants.

82
Document 4 – Mendiante avenue des Champs Elysées

Gerenne, 2021.

83
SEANCE 18 : Structurer et enrichir une expression personnelle (Paris, ville de
toutes les rencontres ou ville de solitude ?)

TEMPS 1 (une heure) : repérer la thèse et les arguments dans un texte

Le travail s’organise autour de deux textes (la chanson « Champs Elysées » de Joe
Dassin et l’article « Dimensions de la solitude en France »). Ces deux textes sont
présentés ci-dessous.

Modalités de travail :

• La classe est partagée en deux groupes. Chaque groupe prend en charge la lecture
de l’un des textes à partir de la consigne suivante : « Quelle vision de Paris ce texte
propose-t-il ? Relevez les arguments (explicites ou implicites) qui soutiennent cette
vision de la ville ».
• A l’issue d’une vingtaine de minutes, une mise en commun est organisée. Les
arguments identifiés dans chacun des textes sont reportés au tableau.
• A partir des réponses obtenues, construction collective d’une problématique qui
peut servir de sujet à un travail d’écriture personnelle (une problématique possible :
Paris, ville de toutes les rencontres possibles ou ville de solitude ?

Synthèse du temps 1 : les étudiants sont invités à rédiger une courte synthèse reprenant
les éléments majeurs des deux textes étudiés.

TEMPS 2 (30 minutes) : travailler la structure d’un travail d’expression personnelle

Modalités de travail :

- Travail individuel de réalisation d’un plan d’écriture personnelle conçu à partir de la


problématique identifiée précédemment en deux axes et quatre arguments : les
étudiants sont amenés à réorganiser les arguments trouvés précédemment de
façon à proposer une structure cohérente.
- Un temps de confrontation final, par groupes, durant lequel les plans pourront être
validés ou invalidés par les pairs.

TEMPS 3 (30 minutes) : enrichir l’expression personnelle par des références

Modalités de travail :

- De façon individuelle, les étudiants rédigent un paragraphe (au choix) du plan qu’ils
viennent de concevoir en veillant à enrichir l’argument présenté d’une référence
précise et explicitée à l’un des documents étudiés précédemment.
- L’oralisation de quelques propositions permet de déterminer les critères qui font
qu’une référence est pertinemment utilisée dans le travail d’expression personnelle.

84
Synthèse des temps 2 et 3 : les étudiants sont invités à rédiger une courte synthèse à
partir de la question suivante : « Que faut-il pour un travail d’expression personnelle
réussi ? ». L’oralisation de quelques écrits permet de souligner l’importance de la
structuration de l’exercice et l’importance des références précises.

Prolongement possible :

On peut proposer aux étudiants de choisir une œuvre (tableau, film, chanson,
livre…) qui prend pour thème la ville de Paris. Ils pourront témoigner de leurs recherches
par la réalisation d’une affiche comprenant :

- Une illustration,
- Les références de l’œuvre choisie,
- Un court texte présentant l’œuvre (résumé ou analyse).

85
Document 1 : Dimensions de la solitude en France,
Elisabeth Beasley et Mathieur Perona, note pour le compte du CEPREMAP, Centre
pour la recherche économique et ses applications (2020).

En septembre dernier, l’Insee dressait un important tableau de l’isolement en


France (Insee Première no1770, Gleizes, Grobon, et Legleye (2019)). En s’appuyant sur la
fréquence des contacts avec les amis et la famille, l’Insee montre que la perte de contact
s’accompagne d’une situation socio-économique dégradée, d’une difficulté accrue à
obtenir de l’aide en cas de besoin, et d’un bien-être dégradé dans à peu près toutes ses
dimensions. Le profil-type de la personne isolée est ainsi un homme, relativement âgé,
faiblement qualifié, aux revenus faibles, et vivant dans l’agglomération parisienne. Ce
profil correspond d’ailleurs à celui dressé par le Crédoc pour la Fondation de France
(Crédoc (2019)).

En regard de cette analyse adossée à une mesure objective de la fréquence des


contacts, nous dressons ici un portrait des Français atteints par la solitude, entendue
comme le sentiment de se sentir seul la plupart du temps ou tout le temps. Les deux
dimensions ont naturellement partie liée, mais le paysage de la solitude ne recouvre que
partiellement celui de l’isolement – et de fait, 62 % des personnes qui se disent seules ne
sont pas isolées au sens de l’Insee. […]

Isolement et solitude : liées, mais différents

Au sens où nous l’entendons – la part de personnes qui déclarent se sentir seules


la plupart du temps ou tout le temps, la solitude touche 8 % des Français, soit autour de 5
millions de personnes – à mettre en regard des 3 % d’isolés dans la définition de l’Insee.

Le manque de contact avec les amis et les proches – l’Insee définit l’isolement
comme le fait d’avoir moins d’un contact par mois, physique ou à distance – favorise
évidemment le sentiment de solitude : ainsi que le relève l’Insee, les personnes isolées ont
2,5 fois plus de chances de se déclarer seules que les non-isolées, toutes choses égales
par ailleurs. Pour autant, comme nous l’avons dit, la majorité des personnes qui se sentent
seules ne sont pas isolées. […]

86
Seules mais pas isolées, et inversement

Si les deux dimensions sont ainsi souvent congruentes, certains groupes sociaux
font figure d’exception. Parmi les structures familiales, les parents dans une famille
monoparentale ne sont pas particulièrement isolés : ils sont un peu plus nombreux en
proportion à être isolés de leur famille (12 % contre 10 % en moyenne), mais moins isolés
que la moyenne de leurs amis (12 % contre 16 %). Pourtant, avec 14 % de personnes qui
se sentent seules, ces foyers sont deux fois plus touchés par la solitude que la moyenne.
Cette prévalence plus forte de la solitude s’explique certes en partie par la composition de
ces ménages, où la part de femmes et de personnes dans les premiers déciles de niveau
de vie est plus forte, mais même en raisonnant toutes choses égales par ailleurs, les
responsables de familles monoparentales sont 7 % de plus à se sentir seuls que des
personnes similaires mais en couple. [… ]

Dimensions territoriales

Ainsi que le relevait l’Insee, l’agglomération de Paris (au sens des unités urbaines)
compte la plus forte proportion de personnes isolées vis-à-vis de leur famille une fois
qu’on neutralise les effets d’âge, de revenu et de qualification. La Figure 5 montre que la
solitude est également un phénomène d’abord urbain, même si les écarts entre types
d’unités urbaines sont moins marqués qu’entre les déciles de revenu ou les professions.

87
Figure 5 : Lecture : parmi les habitants des communes rurales, 2,7 % sont isolés et 5,6 %
se sentent seuls.
Alors que les agriculteurs sont une profession plutôt touchée par la solitude […], les
communes rurales sont plutôt moins affectées par la solitude, attestant d’un tissu de
relations sociales qui reste fort, ce alors que la population y est aussi en moyenne plus
âgée. La faible prévalence du sentiment de solitude dans les communes rurales peut en
outre provenir d’un choix, les personnes appréciant la tranquillité et une plus faible
fréquence des contacts sociaux.

La dimension géographique de la solitude se lit également à une échelle plus fine.


Ainsi, les immeubles en cités ou grands ensembles se distinguent négativement dans
toutes les dimensions examinées ici : le taux de personnes isolées y est plus élevé que
dans tous les autres types d’habitat (13 % vis-à-vis de la famille, soit près du double de la
moyenne, et 19 % vis-à-vis des amis), et le sentiment fort de solitude touche 13 % des
répondants, là aussi près du double de la moyenne nationale. […]

88
Document 2 : Champs Elysées,
Interprète : Joe Dassin / Paroliers : Mike Deighan, Mike Wilsh, Pierre Delanoé (1969)

Je m'baladais sur l'avenue le cœur ouvert à l'inconnu


J'avais envie de dire bonjour à n'importe qui
N'importe qui et ce fut toi, je t'ai dit n'importe quoi
Il suffisait de te parler, pour t'apprivoiser

[refrain]

Aux Champs-Elysées, aux Champs-Elysées


Au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit
Il y a tout ce que vous voulez aux Champs-Elysées

Tu m'as dit "J'ai rendez-vous dans un sous-sol avec des fous


Qui vivent la guitare à la main, du soir au matin"
Alors je t'ai accompagnée, on a chanté, on a dansé
Et l'on n'a même pas pensé à s'embrasser

[refrain]

Aux Champs-Elysées, aux Champs-Elysées


Au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit
Il y a tout ce que vous voulez aux Champs-Elysées

Hier soir, deux inconnus et ce matin sur l'avenue


Deux amoureux tout étourdis par la longue nuit

Et de l'Étoile à la Concorde, un orchestre à mille cordes


Tous les oiseaux du point du jour chantent l'amour

[refrain x3]

Aux Champs-Elysées, aux Champs-Elysées


Au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit
Il y a tout ce que vous voulez aux Champs-Elysées

89
Aux Champs-Elysées, aux Champs-Elysées
Au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit
Il y a tout ce que vous voulez aux Champs-Elysées

Aux Champs-Elysées, aux Champs-Elysées


Au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit

90
SEANCE 19 : Débattre de façon argumentée (Le défi climatique de Paris)

La ville de Paris est la « capitale » de la France. Si l’on se réfère à l’étymologie, elle


est la « tête » du pays et a donc un rôle exemplaire à jouer. La séance propose de
s’intéresser aux actions mises en place dans la capitale en faveur de l’environnement et
d’engager les étudiants dans une réflexion au sujet des efforts que demande une prise en
compte des enjeux écologiques qui, pour être significative, doit modifier les habitudes de
tout un chacun.

TEMPS 1 (une heure) : Réfléchir à des arguments et des exemples

Le travail prend pour point de départ un article de [Link] récapitulant les


différentes actions menées par Paris en faveur d’une meilleure qualité de l’air (disponible
ci-dessous).

Modalités de travail :

- Les étudiants découvrent, en autonomie, le document (ou un extrait de celui-ci). Un


temps est consacré à l’explication des mots et passages difficiles.
- La classe est ensuite partagée en deux groupes :
=> Le premier groupe reprend, dans chaque paragraphe, une mesure prise par la
municipalité, qui lui paraît intéressante. Les étudiants doivent expliquer pourquoi la
mesure est pertinente et trouver un exemple le prouvant. Charge aux étudiants de se
répartir le travail à l’intérieur du groupe.

=> Le deuxième groupe choisit, dans chaque paragraphe, une mesure prise par la
municipalité qui lui paraît peu appropriée ou dérangeante. Les étudiants doivent expliquer
pourquoi la mesure est peu dérangeante et trouver un exemple le prouvant. Charge aux
étudiants de se répartir le travail à l’intérieur du groupe.

TEMPS 2 (35 minutes) : organiser un débat argumenté

Modalités de travail :

L’enseignant assure le rôle de modérateur. Il lance le débat en posant la question initiale :


que penser des mesures prises par la ville de Paris en faveur d’une amélioration de la
qualité de l’air ? Durant les échanges, il veille à favoriser les prises de parole et l’écoute. Il
s’exprime le moins possible (sauf pour signaler les arguments non recevables du point de
vue des valeurs) et observe. Il veille à ce que la parole soit harmonieusement répartie.

TEMPS 3 (15 minutes) : bilan réflexif du débat argumenté

L’enseignant propose un temps de réflexion individuelle qui doit prendre la forme


d’une auto-évaluation de la participation au débat. La séance se clôt par une confrontation
des réflexions individuelles.

91
Les actions de la Ville pour une meilleure qualité de l'air

Article de [Link], 17 septembre 2019.

Paris lutte depuis 2001 contre la pollution atmosphérique par une politique
volontariste de réduction des émissions, et des actions très concrètes, à court,
moyen et long terme, sur le logement, les mobilités, le chauffage…

Les restrictions de circulation

Paris a mis en place une Zone à faibles émissions (ZFE), telle qu’il en existe dans
de nombreuses villes dans le monde, pour limiter l’accès des véhicules les plus polluants
au centre de l'agglomération, donc à accélérer le renouvellement du parc roulant par des
véhicules plus récents ou l'usage d'autres modes de transport.
La ZFE vise à supprimer progressivement les véhicules les plus polluants selon leur
vignette Crit’Air.
En cas de pic de pollution, la préfecture de police peut décider de la mise en place
de la circulation différenciée, et étendre les restrictions de circulation aux véhicules
Crit'Air 3.

Favoriser le développement d'un parc automobile plus « propre »

La Ville propose des aides financières pour permettre aux particuliers parisiens de
se déplacer autrement en abandonnant leur véhicule au profit de vélos, Vélib', de
l’autopartage ou des transports en commun.
À l'attention des professionnels, la Ville propose des aides pour l’achat de véhicules
moins polluants.

Le développement des solutions alternatives à la voiture individuelle

Réorganiser l'espace public en faveur du vélo et de la marche

Au-delà de la mise en place des actions de restriction de la circulation comme la


ZFE, Paris développe les mobilités actives, et réorganise l’espace public en faveur du vélo
et de la marche, au travers du Plan Vélo et du Plan Piéton […].

92
• Généralisation des zones 30 avec double sens cyclable hors axes majeurs de
circulation
• Création de plus de 10 000 places de stationnement vélos depuis 2014
• Aide à la création d'abris vélos sécurisés par les copropriétés
• Aides à l’achat de vélos, cyclomoteurs, triporteurs électriques
• Création en 2007 du service de vélo partagé Vélib, étendu en 2018 à la Métropole
du Grand Paris […]
• Piétonisation des voies sur berge Rive Droite en 2016 […]

Favoriser les transports en commun

• Multiplication de linéaires de sites propres pour les bus


• Livraison du Tramway T3b jusqu’à Porte d’Asnières à l’ouest fin 2018 ; travaux
démarrés pour le prolongement jusqu’à Porte Dauphine, livraison fin 2023.
• Réorganisation de l’ensemble des lignes parisiennes : création de 5 nouvelles
lignes, 278 nouveaux points d’arrêt, 109 aménagements de voirie
• Aides financières à l'utilisation des transports en commun

Développer des services de mobilité plus « propres » et partagés

• Création d’aires de covoiturage aux portes de Paris


• Création de points d'approvisionnement pour les véhicules propres (GNV/
hydrogène et électricité) […]
• Développement du réseau de bornes de recharge électrique sur l’espace public :
- Belib (270 bornes)
- Paris recharge (1000 bornes)
- Bornes de recharge également dans les stations services, les parkings publics
concédés, dans les copropriétés et chez les bailleurs
- Aides de la Ville pour l’installation de bornes de recharge dans les copropriétés
• Lancement d’Utilib’ fin 2019, flotte d’une centaine de voitures modulables en libre-
service pour les professionnels. Utilib’ a été conçu pour accompagner les
professionnels en répondant aux besoins des différents métiers et secteurs
d’activités (services d’aide à la personne, boulanger, plombier, etc…) dans leurs
activités au quotidien [...]

93
Les aménagements urbains

• Réalisation d’évaluations environnementales des projets urbains d'envergure


• Réalisation par les services de la ville de campagnes de mesures avant/après sur
les aménagements urbains d’envergure
• Réalisation par les services de la ville de modélisations informatiques de la qualité
de l’air en interne pour sélectionner les scénarii d’aménagements urbains favorisant
une meilleure qualité de l’air […]
• Évaluation de l’exposition aux nuisances selon les zones de fragilité en santé
environnementale
• Réalisation d’une étude sur une cohorte d’enfants pour observer et agir sur les
impacts de la pollution de l’air sur la santé dès l’enfance

[…] La logistique urbaine [...]

Le chauffage

• Incitation au remplacement des chauffages collectifs fioul par des équipements de


chauffage moins polluants (géothermie ou biomasse)

La Ville a confié en 2018 à l’Agence Parisienne du Climat une étude sur le


chauffage au fioul dans la capitale et ses impacts sur l’environnement et la qualité de l’air.
L’étude, menée sur 6 mois, a servi à élaborer un plan d’action ambitieux pour éradiquer ce
mode de chauffage à Paris.

Dans le cadre de son Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET), la Ville prévoit :

• Le soutien à la mise en œuvre du projet de Charte Bois Énergie régionale et la


diffusion au sein de la communauté parisienne (professionnels, grand public, etc.)
• Le soutien à la création d’un fonds Air-Bois métropolitain incitant au renouvellement
des chauffages principaux métropolitains par un dispositif plus performant

Le soin particulier apporté aux écoles

94
Des mesures très locales de réduction de la pollution automobile peuvent avoir des
conséquences sur la qualité de l’air, notamment aux abords les écoles.

• La Ville de Paris généralise les zones limitées à 30km/h, aux abords des
équipements scolaires notamment
• L’interdiction du stationnement devant les écoles avec l’installation de
barrières est effective devant la majeure partie des établissements, sauf
impossibilité technique
• L’ensemble des crèches et des équipements scolaires font l’objet de campagnes
de qualité de l’air intérieur. Elles ont déjà été réalisées dans les crèches et les
écoles maternelles et polyvalentes. La campagne de surveillance va être lancée
prochainement pour les écoles élémentaires et les collèges.

L'amélioration de la qualité de l’air intérieur

Dans les établissements recevant du public sensible

• La réglementation prescrit une surveillance de la qualité de l’air dans les crèches et


les écoles. Des campagnes de mesures ont été réalisées dans les crèches et les
écoles maternelles entre 2014 et 2017. La surveillance va être lancée
prochainement pour les écoles élémentaires et les collèges.
• Mise en place de procédures auprès du personnel de la petite enfance, des
enseignants et des agents de nettoyage favorisant l’aération régulière des salles

Chez les particuliers

• Aide financière pour soutenir les certifications de qualité de l’air intérieur des
logements sociaux
• Améliorer la santé des Parisien·ne·s en agissant sur la qualité de l’environnement
intérieur (domiciles, lieux de vie) : sensibilisation, mobilisation et interventions
• Intervention gratuite - sur prescription médicale à partir du formulaire de demande
d’intervention de la Cellule santé habitat disponible sur [Link] - de Conseillers
Médicaux en Environnement Intérieur (CMEI) du Service Parisien de Santé
Environnementale. L’intervention d’un CMEI est déclenchée lorsque le médecin
soupçonne l’existence d’un lien entre l’environnement domestique et la pathologie,

95
le plus souvent pour des patients atteints de problèmes respiratoires/allergiques.
[...]

Réaménagements de voirie

La Ville a testé plusieurs solutions innovantes d’aménagement de l’espace public


afin d’évaluer leur efficacité sur l’amélioration de la qualité de l’air :

• Carrefours sans feu tricolore dans le 14e arrondissement : les conditions


météorologiques étaient trop favorables à la dispersion des polluants lors de la
campagne de mesures. De nouveaux tests doivent être réalisés.
• Pavés et dalles dépolluantes porte d’Italie : pas de résultat probant à ce jour
• Colonne Morris dépolluante dans le 14e arrondissement : pas de résultat probant à
ce jour [...]

96
SEANCE 20 : Découvrir un corpus en autonomie (Le défi climatique de Paris)

Le corpus présenté à la page suivante reprend et développe le thème du défi


climatique de Paris. Il est présenté aux étudiants qui réalisent un entraînement à la
synthèse de documents :

TEMPS 1 (une heure) : réalisation du tableau de confrontation

De façon individuelle ou en binômes, les étudiants découvrent le corpus et réalisent


un tableau de confrontation.

TEMPS 2 (15 minutes) : mise en commun

Lors d’une phase d’échange collective, les tableaux de confrontation sont mis en
commun.

TEMPS 3 (20 minutes) : formulation d’une problématique et réalisation du plan de la


synthèse

De façon individuelle, les étudiants formulent une problématique possible et


réalisent le plan détaillé d’une synthèse des documents.

TEMPS 4 (10 minutes) : formulation d’une problématique et réalisation du plan de la


synthèse

Répartis en groupes, les étudiants confrontent leurs synthèses.

97
Document 1 - Paris : Les Franciliens respirent mieux, avec seulement 10 jours de
pollution en 2022

Article de 20 minutes, le 13 avril 2023.

Cette baisse est notamment due aux réglementations mises en place, entraînant
une « baisse tendancielle des émissions du secteur résidentiel et du trafic routier »,
et aux conditions météorologiques favorables

La qualité de l’air en Ile-de-France s’est légèrement améliorée en 2022, mais les


niveaux de pollution observés restent encore loin de respecter les recommandations de
l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a annoncé jeudi Airparif. La pollution de l’air
est à l’origine de pathologies chroniques graves, comme les maladies cardiovasculaires et
respiratoires et certains cancers.

Selon l’Observatoire régional de la santé en IDF et Airparif, 7.900 décès prématurés


liés à la pollution de l’air auraient été évitables en 2022 si les mesures adéquates avaient
été prises, soit autant qu’en 2021. Au rayon des bonnes nouvelles, le nombre de jours de
pollution en 2022 n’a jamais été aussi bas, avec 10 jours (11 en 2021). Un bémol
toutefois : les particules fines (PM 2,5) ne sont pas intégrées dans le seuil de
déclenchement de ces alertes, souligne Airparif.

Les particules fines pas intégrées par Airparif


Autre point positif, les niveaux d’azote et de particules (PM 10) « continuent de
baisser » poursuivant leur « amélioration entamée depuis deux décennies ».

Ainsi « pour la première fois, aucun Francilien n’est exposé à un air dont la
concentration dépasse la valeur limite réglementaire pour les particules PM 10 (40
microgrammes par mètre cube en moyenne annuelle) » selon la réglementation française,
note Airparif, en charge de la surveillance de la qualité de l’air dans la région.

98
Cette baisse est notamment due aux réglementations mises en place, entraînant
une « baisse tendancielle des émissions du secteur résidentiel et du trafic routier », et aux
conditions météorologiques favorables qui ont limité les émissions liées au chauffage.

Mais tout cela est à nuancer, souligne Airparif, rappelant que la réglementation
française reste toujours très en dessous des préconisations de l’OMS, révisées en 2021.

Selon ces dernières, « près de 90 % des Franciliens » ont en fait été l’an dernier
exposés à un dépassement des seuils pour les PM 10 et la « totalité » d’entre eux l’a
également été pour les PM 2,5. L’OMS recommande une exposition aux PM 10 ne
dépassant pas 15 microgrammes/m3 en moyenne en annuelle. Pour les PM 2,5, la limite
en moyenne annuelle est fixée à 5 microgrammes/m3.

Le dioxyde d'azote reste problématique


Par ailleurs, pour le dioxyde d’azote, 40.000 Franciliens restent toujours exposés à
un air dont les concentrations dépassent la valeur limite imposée, fixées en France à 40
microgrammes/m3 en moyenne annuelle (10 microgrammes/m3 pour l’OMS).
L’Union européenne a engagé en octobre 2022 un processus d’abaissement des
valeurs limites pour la pollution de l’air, qui sans être alignées sur celles de l’OMS, s’en
rapprocheront d’ici à 2030 (10 microgramme/m3 pour les PM 2,5 et 20 microgrammes
pour le dioxyde d’azote).
Mais le point noir en Ile-de-France reste l’ozone de basse altitude, polluant de l’air
et gaz à effet de serre qui se forme par combinaison d’autres polluants en présence d’une
forte chaleur et d’un fort ensoleillement. Sa présence s’accroît avec le réchauffement
climatique.
La concentration de ce gaz ne présente aucune amélioration et aurait même
tendance à progresser, l’objectif de qualité étant dépassé en tout point de la région
en 2022, aussi bien au regard de la réglementation française (limite de 120
microgramme/m3 sur une période de 8 heures) que de celles de l’Organisation Mondiale
de la Santé (100 microgrammes/m3 sur 8 heures).

99
Document 2 - L’interdiction à la circulation des véhicules Crit’Air 3 dans la Métropole
du Grand Paris de nouveau reportée à début 2025

Article paru sur [Link], le 13 juillet 2023.

La Métropole du Grand Paris (MGP) avance qu’il est « impossible » d’instaurer cette
mesure cet été, en « l’absence de réponses tangibles de l’Etat » sur la garantie du
prêt à taux zéro et le contrôle sanction automatisé.

L’interdiction à la circulation de 380 000 véhicules polluants dans la Métropole du


Grand Paris (MGP) – la plus grande zone à faibles émissions (ZFE) de France avec
7,2 millions d’habitants – a été reportée jeudi de juillet à début 2025, soit après les
prochains Jeux olympiques.

La MGP constate qu’il est « matériellement impossible » de l’instaurer cet été, en


« l’absence de réponses tangibles de l’Etat » sur la garantie du prêt à taux zéro et le
contrôle sanction automatisé. « Tant que le gouvernement n’aura pas avancé, nous ne
pourrons pas mettre en place notre ZFE », a martelé le président de la MGP, Patrick Ollier
(LR), lors du conseil métropolitain. « Une ZFE sans sanction, ça ne fonctionnera pas », a-
t-il ajouté, en soulignant que le contrôle sanction automatisé ne sera pas fourni par l’Etat
« avant le 1er janvier 2025 ». « Entre les deux, il y a quand même les Jeux olympiques »,
dont les contraintes représentent « un volcan dans nos communes », estime-t-il. De leur
côté, les élus de gauche de la MGP préféraient un report plus court au 1er janvier 2024.

Lutter contre la pollution aux particules fines

La ZFE du Grand Paris a déjà instauré l’interdiction à la circulation des véhicules


non classés et Crit’air 5 en juillet 2019, puis des Crit’air 4 en juin 2021. L’interdiction à la
circulation des vignettes Crit’Air 3, qui concerne les véhicules essence immatriculés avant
le 1er janvier 2006 et les moteurs diesel immatriculés avant le 1er janvier 2011, avait déjà
été reportée une première fois de juillet 2022 à juillet 2023. Cette troisième étape n’est de
facto pas entrée en vigueur au 1er juillet, M. Ollier s’estimant « couvert juridiquement »
puisque « la décision était soumise à deux conditions qui ne sont pas remplies ».

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Instaurées par la loi d’orientation des mobilités (LOM) en 2019 puis renforcées
par la loi Climat de 2021, les ZFE visent à lutter contre la pollution aux particules fines et
aux oxydes d’azote, responsables de maladies respiratoires, cardiovasculaires et
neurologiques, et d’au moins 40 000 morts par an, selon Santé publique France.

Mais le gouvernement cherche à désamorcer un sujet hautement sensible dans un


contexte social explosif. Lundi, il a assoupli les règles pour les agglomérations où les
seuils de pollution ne sont pas dépassés. Seules les métropoles de Paris, Marseille, Lyon,
Strasbourg et Rouen – où les seuils sont régulièrement dépassés – vont devoir continuer
à durcir les interdictions.

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Document 3 – Projet Cognition

C.C. Robin, 2020.

Une femme humanoïde aux cheveux d’un rouge vif presque irréel s’extasie devant
une image d’ouverture donnant sur les rayonnements du quartier Montparnasse. Cette
femme se retrouve ensuite en arrière-fond avec une carte de Paris qui dessine les
différents quartiers et explique :

« Nous sommes depuis quelques mois dans ce que les spécialistes appellent "la loi
de Jacob". Pour rappel, il s’agit d’un phénomène d’oscillations climatiques par rétroaction,
lié à l’augmentation du méthane atmosphérique et du réchauffement trop rapide de la
planète. L’hémisphère est subit le phénomène depuis maintenant près de cinq mois, ce
qui signifie que, le mois prochain, l’impact basculera sur l’hémisphère ouest. L’Amérique
du Nord se prépare d’ailleurs activement pour prévenir au mieux les catastrophes
naturelles inhérentes, avec son plan de solidification des bâtiments ; l’Amérique du Sud a
mis en place un plan de prévention des risques axé notamment sur l’éducation et la
surveillance de la population.

Depuis deux ans, ce phénomène arrive par vagues et en calculer la durée devient
de plus en plus compliqué pour le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du
climat (GIEC).

Ces oscillations climatiques signifient concrètement, comme vous le savez, que les
cartes météo sont désormais locales, avec un centrage sur les quartiers citadins. Les
changements météorologiques interviennent d’heure en heure, nous faisant gagner ou
perdre très rapidement jusqu’à 5 degrés. Un quartier peut être très ensoleillé, et victime
d’une tempête de neige ne serait-ce que quelques dizaines de minutes plus tard. Encore
une fois, le gouvernement français appelle ses concitoyens à se prémunir en portant des
vêtements intersaisons, et à acquérir un WeatherPod. Ce fameux objet technologique,
“régulateur de température à haute fréquence”, permet en effet de gagner quelques
minutes de température tempérée autour de vous. Pour rappel, des millions de ces
appareils, créés par l’entreprise WeatherFall, une société affiliée à Cognition Corporation,
ont déjà été vendus. »

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Après ce discours introductif des plus pédagogues, réaliste sans alarmisme, la
présentatrice météo anthropomorphe se tourne de nouveau vers la carte :

« C’est ainsi que le quartier Montparnasse devrait avoir un temps au beau fixe
jusqu’à environ 15 h, puis subir une déflagration avec des rafales de vent pouvant aller
jusqu’à 90 km/heure jusqu’à 16 h, avant de s’attendre à des averses de pluie jusqu’à la
nuit tombée. Le Marais et Pigalle auront un climat plutôt hostile avec des intempéries
jusqu’à 15 h, puis accueilleront un temps nuageux, mais sans perturbation ni averses de
pluie ou de neige jusque vers 22 h… »

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Document 4 – La pollution de l’air tue 7 millions de personnes en 2012 selon l’OMS

Michel Kichka, 2014.

104
Document 5 - Lutte contre la pollution, Paris en tête, Marseille lanterne rouge
Olivier Cognasse, L’usine nouvelle, 11 décembre 2019.

A trois mois des élections municipales, une étude de Greenpeace, Réseau Action
Climat et Unicef sur les actions contre la pollution des transports menée par les
douze principales agglomérations a été étudiée avec précision. Paris, Grenoble et
Strasbourg sont en bonne voie.

Dans la lutte contre la pollution et les émissions de gaz à effet de serre engendrées
par les transports, les maires sortants vont devoir rendre des comptes sur leur action.
L’étude publiée ce mercredi 11 décembre à 95 jours du premier tour des élections
municipales devrait permettre aux futurs électeurs de faire leur choix en connaissance de
cause.

Réalisée par Greenpeace, Réseau Action Climat et Unicef, ce classement des 12


plus grandes métropoles françaises rappelle que le combat est loin d’être terminé, surtout
quand les élus en place, comme à Montpellier, Nice et Marseille n’ont pas entrepris grand-
chose pour réduire la place de la voiture, développer des zones à faible émission et des
plans vélos, limiter la pollution à côté des crèches et des écoles.

"31 % des émissions de gaz à effet de serre sont produites en France par le
transport et 94% des émissions de ce secteur sont dues au transport routier, rappelle
Lorelei Limousin, responsable transport au Réseau action climat. La Cour de justice
européenne a déjà condamné la plupart des villes françaises présentes dans ce
classement pour non-respect des normes de qualité de l’air de l’Organisation mondiale de
la santé."

Trois agglomérations en bonne voie

Ce classement a défini six thématiques : sortie des véhicules polluants, réduction


de la place de la voiture, aides financières à la transition, dynamique en matière de vélo,
dynamique en matière de vélo, dynamique en matière de transports en commun, mobilité
et santé des enfants. Les agglomérations sont notées d’après 17 critères avec trois
notations possibles (en bonne voie, encore timides, en retard).

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"Aucune grande agglomération ne présente un bilan parfait et nous sommes
toujours en retard par rapport à certaines villes européennes comme Copenhague,
Amsterdam, Oslo ou Zurich, bien plus avancées", précise Sarah Fayolle, chargée de
campagne transports à Greenpeace France. Mais certaines agglomérations françaises ont
entrepris des efforts importants au cours des dernières années et s’en rapprochent
comme Paris, Grenoble et Strasbourg.

C’est le cas de la capitale, classée en première position, pour sa zone à faible


émission (ZFE) et ses objectifs de sortie du diesel en 2024 et de l’essence en 2030, ses
aides financières à la transition écologique. Paris reste encore trop timide sur la
dynamique en matière de vélo, et sur la santé des enfants.

Trois-quarts des enfants respirent un air malsain

"C’est le public le plus vulnérable, en pleine croissance avec une fréquence


respiratoire une fois et demi plus rapide que chez les adultes. Les pathologies liées à la
pollution que sont les maladies respiratoires, le diabète et l’obésité touchent les
enfants, rappelle Jodie Soret, chargée des relations avec les pouvoirs publics à Unicef
France. Les trois-quarts des enfants en France respirent un air malsain selon les normes
de l’OMS. La pollution des voitures entre dans les écoles et les crèches. A Paris, cela
concerne 27 % des établissements et on pourrait descendre à 1,5% avec des ZFE.
Aucune ville ne prend suffisamment de mesures. A Aix-Marseille, aucun engagement n’a
été pris."

D’ailleurs, l’agglomération marseillaise est bonne dernière de ce classement avec


des retards dans cinq catégories sur six, derrière trois autres agglomérations du sud de la
France : Toulouse, Montpellier et Nice. Les bons élèves hormis Paris, sont Grenoble et
Strasbourg. La première pour la réduction de l’emprise de la voiture et la généralisation du
30 km/h et la seconde pour sa la mise en place d’une ZFE, son bon positionnement sur le
vélo et les transports en commun. Mais son bilan est terni par le projet autoroutier de
grand contournement qui va à l’encontre de la réduction de la place en ville. Et comme
l’ont répété les trois auteures de cette étude, "la pollution de l’air n’est pas seulement un
sujet parisien qui ne parlerait qu’aux bobos, il concerne tout le monde et toutes les villes."

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SEANCE 21 : Concevoir et interroger des sujets d’écriture personnelle (Le défi
climatique de Paris)

Pour cette dernière séance, les étudiants sont invités à concevoir des sujets
d’expression personnelle possibles à partir du corpus étudié en séance précédente.

TEMPS 1 (15 minutes) : construire des sujets d’expression personnelle

Modalités de travail :

- Les étudiants sont invités à relire les notes prises lors de la séance précédente,
- Chacun propose, sur des papiers libres, deux sujets d’écriture personnelle en lien
avec le corpus étudié,
- Les papiers sur lesquels sont notés les sujets sont remis à l’enseignant.

TEMPS 2 (5 minutes) : distribution des sujets d’expression personnelle

Chaque étudiant pioche un sujet au hasard.

TEMPS 3 (15 minutes) : interroger un sujet d’expression personnelle et proposer


des arguments pour le traiter

Chacun analyse le sujet qui lui a été confié et propose :

- Une reformulation du sujet,


- Trois ou quatre arguments pour traiter le sujet (à noter au brouillon),
- Un exemple précis mis en lien avec le sujet pour chaque argument.

TEMPS 4 (15 minutes) : restitution des travaux menés

Modalités de travail :

- Les étudiants forment des groupes de trois,


- Chacun présente le sujet qu’il a traité, la reformulation qu’il a proposée, les
arguments et les exemples qu’il emploierait pour le traiter.
- Le groupe valide ou invalide le traitement du sujet (et propose des pistes de
réflexion en cas de travail invalidé).

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DAVANTAGE DE RESSOURCES

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