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Intégrisme catholique et extrême droite en France

Le document décrit l'histoire de l'intégrisme catholique et de l'extrême droite en France de 1945 à 1988, en se concentrant sur leur lien avec la contre-révolution.

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Intégrisme catholique et extrême droite en France

Le document décrit l'histoire de l'intégrisme catholique et de l'extrême droite en France de 1945 à 1988, en se concentrant sur leur lien avec la contre-révolution.

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INTÉGRISME CATHOLIQUE ET EXTRÊME DROITE EN FRANCE.

LE PARTI
DE LA CONTRE-RÉVOLUTION (1945-1988)

Jean-Yves Camus

Éditions Hazan | « Lignes »

1988/3 n° 4 | pages 76 à 89
ISSN 0988-5226
ISBN 9782877360203
DOI 10.3917/lignes0.004.0076
Article disponible en ligne à l'adresse :
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JEAN-YVES CAMUS

INTÉGRISME CATHOLIQUE ET EXTRÊME


DROITE EN FRANCE
LE PARTI DE LA CONTRE-RÉVOLUTION (1945-1988)

Le terme de catholique « intégriste » est communément


employé pour désigner cette tendance marginale de l'Eglise
qui refuse les enseignements du concile Vatican II, tant
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liturgiques que doctrinaux, et reste attachée à une interpré-
tation fixiste du dogme, refusant toute modernisation ou
compromission avec l'esprit du siècle. Le mot « traditiona-
lisme», souvent employé comme synonyme, désignerait
plutôt à mon sens un catholicisme intransigeant dans le
domaine de la pratique cultuelle (usage du latin, Ordo
Missae de saint Pie V) mais moins engagé idéologiquement,
et le plus souvent fidèle à la hiérarchie romaine. Le courant
intégriste qui nous intéresse ici n'est cependant pas né de
Vatican II, et il est facile d'identifier depuis la Contre-
Réforme des organisations, réseaux informels ou individua-
lités s'y rattachant, par exemple la Congrégation des Cheva-
liers de la Foi sous la Restauration, le Sodalitium Pianum Oa
«Sapinière») entre 1909 et 1921 (1), puis certains religieux
favorables à l'Action Française. En 1946, le cardinal Suhard
définissait l'intégrisme comme «la tendance à ramener
l'Eglise à son aspect immuable et intemporel » ; d'autres
l'ont assimilé simplement à une« mentalité de droite». Plus

(1) Sur la «Sapinière», lire Emile Poulat, Intégrisme et catholicisme


intégral, Castermann, 1969.

76
exactement, je souhaite mettre en évidence la corrélation
entre intégrisme et Contre,Révolution, ainsi que quelques
éléments de la filiation idéologique dont se réclàme la
postérité de la droite légitimiste que René Remond ·définit
comme une des trois composantes de cette famille politique
depuis la Révolution de 1789.
Le catholicisme monarchiste et intransigeant a subi de-
puis deux siècles une série de revers historiques qui l'ont
progressivement marginalisé. Ecrasé par la Terreur révolu-
tionnaire, il est encore réduit par le Concordat de 1801 qui
provoque la séparation de la « Petite Eglise » (2). Sous la
Restauration, il s'apparente au parti« ultra» dont l'influence
culmine entre 1824 et 1827 avec la Chambre retrouvée et le
ministère Villèle. Il connaît alors son apogée intellectuelle
avec, dans la lignée de Joseph de Maistre, ces théoriciens de
la Contre-Révolution que sont Bonald, Montalembert, le
premier La Mennais, auxquels il faudrait ajouter le philoso-
phe espagnol Donose Cortes. La disparition progressive du
clergé formé sous l'Ancien Régime et des bases sociologi-
ques naturelles de l'ultracisme le rendent plus minoritaire
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encore sous le Second Empire, malgré l'influence d'un
cardinal Pie et du journal L'Univers dirigé par Louis Veuil-
lot. L'échec de la restauration du comte de Chambord, le
Ralliement et la naissance du « Sillon » sont autant de coups
portés à son rayonnement. Déjà la hiérarchie romaine, sou-
cieuse de pouvoir négocier avec le pouvoir d'Etat, adopte à
l'égard des autorités françaises une attitude de compromis
qui la conduit à désavouer ceux des siens (par exemple les
laïcs et les religieux séduits par l'Action Française) qui
réclament le retour à la monarchie et la fin de la séparation
de l'Eglise et de l'Etat. L'intégrisme se trouve donc dans la
situation critique de s'abriter derrière des pontifes qui,
Pie X excepté, le désavouent. De plus, lui qui croit voir
dans chaque épreuve nationale le signe providentiel d'une

(2) La« Petite Eglise», refusant le Concordat, perdit petit à petit ses
prêtres sans en ordonner d'autres. N'ayant rien ajouté, ni rien retranché
au dogme, ne consacrant pas d'évêques, elle n'est pas schismatique. Deux
noyaux subsistent, de sensibilité royaliste, l'un dans le bocage vendéen,
l'autre à Lyon.

77
Rédemption imminente voulue par Dieu, subit une série de
revers politiques : il ne sait pas tirer parti de la défaite de
1870, connaît la faillite de la politique d'ordre moral puis en
1926 la condamnation de l'Action Française et enfin, le
naufrage de la «Révolution Nationale» sous Vichy. Ainsi,
désavoué tant par l'Histoire que par l'Eglise qu'il prétend
incarner, l'intégrisme se constitue en «contre-culture» à
l'intérieur du catholicisme, tombant souvent dans un catas-
trophisme, voire un quiétisme, qui l'opposent directement
au « politique d'abord » de Maurras. Il s'agit bien d'un
phénomène de contre-acculturation répondant à la séculari-
sation croissante des valeurs politiques et morales.

1. De la Libération à la guerre d'Algérie : la renaissance

La période 1945-1956 est, pour l'extrême-droite et l'inté-


grisme, celle de la recomposition. A cette époque se créent
plusieurs groupes et revues qui font partie de l'héritage
intellectuel de l'Action Française(3), Charles Maurras lui-
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même ayant retrouvé, sous l'influence de l'abbé Cormier, la
foi catholique lors de sa détention. C'est par exemple dans
Aspects de la France, qui succède en 1947 au défunt quoti-
dien royaliste, que l'abbé Georges de Nantes tient jusqu'en
1952 la chronique religieuse, après que Pierre Boutang l'ait
introduit au journal. C'est encore parmi les anciens élèves
du R.P. Le Floch au Séminaire français d~ Rome, dans les
années 20, que se recrutent majoritairement les rédacteurs
de la Pensée catholique, dirigés par l'abbé Luc J. Lefèvre. Or
le père Le Floch fut relevé de ses fonctions en 1927 à cause
de ses sympathies pour l'Action Française, et il semble qu'il
ait fortement influencé un autre de ses séminaristes, le futur
monseigneur Lefebvre (4). Cependant les deux groupes
les plus importants sont alors la «Cité catholique», de

(3) Sur ce point l'article de Raoul Girardet, « L'héritage intellectuel de


l'Action Française», Revue française de Science politique, oct.-déc. 1957.
(4) Lire I'anicle de Jacques Maître,« Le catholicisme d'extrême- droite
et la croisade anti-subversive »,Revue française de Sociologie, vol. II, 1961,
p. 106-116.

78
Jean Ousset, et le« Mouvement pour l'Unité» de Georges
Sauge. En 1946, reprenant le travail doctrinal déjà effectué
sous Vichy par «Jeune Légion», Ousset fonde ce qui
prend, en 1949 le nom de «Cité catholique», et publie la
revue Verbe. Organisation quasi secrète, la« Cité» prendra
son essor lors du conflit algérien. Le « Mouvement pour
l'Unité», fondé avant-guerre par un religieux, fournira à
Georges Sauge le cadre idéologique du « Centre d'études
supérieures de psychologie sociale », institut de formation
spécialisé dans l'analyse des méthodes et de l'idéologie
communistes, et qui se fera également connaître pendant la
guerre d'Algérie.
Dans l'ensemble, les cadres de l'intégrisme français dans
l'immédiat après-guerre sont passés par divers groupes non
collaborationnistes, inféodés à l'idéologie de «Révolution
Nationale», qui reprenait certaines de leurs valeurs: retour
à la terre, corporatisme, antimaçonnisme. Touchés par
l'épuration, ils n'ont véritablement commencé à se structurer
que vers 1954-56, date à laquelle paraissent des revues
fondamentales comme Itinéraires (1956) de Jean Madiran,
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ou L'Ordre Français, de Pierre Debray.
Ce sont les événements d'Indochine et d'Algérie qui vont
donner à l'intégrisme l'occasion de déborder son public
traditionnel, et d'atteindre une audience que n'auront pas
les mouvements d'extrême-droite plus politiques, à l'excep-
tion de «Jeune Nation».

II. La guerre d'Algérie et la « croisade antisubversive »

La période 1954-62 est caractérisée par la pénétration des


idées de la Cité catholique en milieu militaire, particulière-
ment parmi les officiers stationnés en Algérie et ceux affec-
tés au 5e Bureau d'action psychologique du colonel Lache-
roy. Après la défaite de Diên Biên Phû, nombre d'officiers
attribuent l'échec français à l'impréparation psychologique
de l'armée et à sa méconnaissance de l'idéologie, comme de
la stratégie, communistes. La déroute d'une armée conven-
tionnelle face à la guérilla ne paraît explicable que par le
«conditionnement ·des populations», fondement de la

79
guerre populaire appliquée par le Viêt-minh. Jamais les
militaires n'avaient évalùé à èe point l'impact de la propa-
gande sur l'issue d'un conflit: _conscients de la faiblesse de
leur réflexion, et persuadés d'avoir été « bradés » par les
civils, ils sont à la recherchè d'i.u~e idéologie aussi cohérente,
exhaustive et efficace .que le marxisme, qui serait un rem-
part face à la «subverSion».· Un livre comme Pour qu'Il
règne, de Jean Ousset .(préfacê- _par Mgr Lefebvre), qui se
veut porteur d'une «dOCtrine catholique de l'action politi-
que et sociale », fournit auX doctrinaires de la contre-sub-
version une justification . théologique et morale à deux
pratiques contraires à 11} · .ttàçlition militaire française : la
torture et l'activisme. n en-r~ulte une véritable doctrine de
«sécurité nationale», exportée avec succès, notamment en
Amérique latine (5). L'intégris!Jle permet aux officiers de
subordonner les moyens à la 'fin, qui est l'instauration d'un
« ordre naturel et chrétien » tenu pour le Bien. Imprégné
d'un esprit de croisade, ·îl présente comme implacable et
éternel le combat entre cet otdre naturel et la Subversion,
qui émane de la révolte humaine contre la volonté divine. Il
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définit comme un devoir la lutte contre, et la dénonciation
de la subversion, légitirrtarit .du même coup non seulement
certains procédés de reJ:?.seignetnent, mais la révolte militaire
contre l'autorité. En ·eff~t; ·si ·le pouvoir civil ou militaire
tombe sous la coupe de 1~:~, s_ubversion, le devoir des officiers
est de défendre les valeurs supérieures de l'intérêt national.
Dans le même ordre, c'est par la théorie du tyrannicide que
Bastien-Thiry justifie devant ses juges son intention de tuer
le chef de l'Etat. On assiste d'c5nc, malgré les mises en garde
successives de certains évêqu~s contre la « Cité » (Mgr Du-
val en 1956; Mgr Guen:Y en l961) à une véritable substitu-
tion des organismes privês d~formation aux services spécia-
lisés de la Défense nationale, les revues militaires ouvrant
leurs colonnes aux offici~~ intégristes qui organisent dans
leur unité, sur le modèle. _con;ununiste, des « cellules » qui
doivent rester clandestin~~ La « Cité » poursuit parallèle-

(5) Joseph Comblin, dan& son livre Le Pouvoir militaire en Amén.que


latine; l'idéologie de la sécurité-nationale Œd. Delarge, Paris, 1977) signale
l'influence de Trinquier et CJ:iâtea·u~Johert en Argentine.

80
ment, en milieu universitaire, ou dans les professions libéra-
les, son œuvre de formation des « mille », élite de militants
dévoués et motivés qui doivent, disséminés dans la société
civile, devenir les cadres de la contre-révolution. Cette
action discrète par « capillarité » est complétée par celle,
plus« publique» du C.E.P.S. de G. Sauge, après le 13 mai
1958.
L'influence intégriste en milieu militaire dépasse toujours
celle des groupes proprement politiques qui se réclament du
« Christ-Roi ». Après l'instauration à Alger du Comité de
Salut Public, un de ses membres, le Dr Bernard Lefebvre,
fonde le« Mouvement pour l'instauration d'un ordre corpo-
ratif » qui donne naissance au « groupe de Madrid » (colo-
nel Argoud, Pierre Lagaillarde), lequel prône le retour au
corporatisme et aux anciennes Provinces historiques dans
un cadre monarchique. Il n'aura guère plus d'audience que
le «Mouvement populaire du 13 mai» (M.P. 13) de
Robert Martel, le « chouan de la Mitidja », qui tente d' atti-
rer Salan, pendant sa clandestinité, vers un mysticisme
souvent délirant. L'O.A.S. d'ailleurs, dans sa quasi-intégra-
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lité, reste un mouvement areligieux, républicain, recrutant
au-delà des clivages politiques. Seul le colonel Château-Jo-
bert, sous l'influence de Martel, et le réseau France-résurrec-
tion de Bouyer se rattachent à la contre-révolution. Dans les
années de l'après-guerre d'Algérie, les groupes que nous
avons rencontrés connaitront des évolutions divergentes : de
l' antigaullisme, Sauge passera, en 1969 .. . au socialisme,
soutenant la formation du parti socialiste et François Mitter-
rand ! La Cité catholique devient en 1965 une organisation
connue sous le nom abrégé d'Office, implantée dans les
milieux socio-professionnels et dans le domaine de l' ensei-
gnement (Action familiale et scolaire). Elle inspire un
mouvement comme «Laissez-les vivre», mais abandonne
en 1975 toute référence au catholicisme intégral au profit du
« sociabilisme » et prend le nom d'« Ictus ».

81
III. Tendances actuelles de l'intégrisme catholique

La principale faction est celle de Mgr Marcel Lefebvre, la


«Fraternité sacerdotale Saint-Pie X», qu'il a fondée en
Suisse en novembre 1970. Cet évêque missionnaire appar-
tient au groupe des prélats qui, derrière Mgr Castro Mayer
(du Brésil) ou l'Italien Mgr Carli, ont refusé d'avaliser les
réformes de Vatican II, considérées comme une rupture
avec l'enseignement de deux mille ans de tradition catholi-
que. Comme il l'explique dans un de ses livres, Lefebvre
«refuse de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et
néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le
concile Vatican II et dans toutes les réformes qui en sont
issues » (6) notamment la réforme liturgique, la collégialité
épiscopale, le dialogue interconfessionnel, et surtout la li-
berté religieuse qui donne « le même droit à la vérité qu'à
l'erreur» (7). Hostile à l'œcuménisme qu'il confond souvent
avec le syncrétisme, il souhaite redonner à l'Eglise sa fonc-
tion de religion d'Etat, sa vocation missionnaire, et donne
en modèles les régimes de Franco, Salazar ou Pinochet.
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Situant l'origine des maux contemporains dans la Révolu-
tion française, il croit au complot conjoint de la franc-
maçonnerie, de l'esprit des Lumières et du clergé « progres-
siste» pour expliquer celle-ci, s'inspirant en cela de Barruel
et Robinson. Ses jeunes disciples, relayés en cela par un
journal comme Présent, professent aussi un antijudaïsme à la
fois religieux et économique qui souhaite démontrer l' ori-
gine communément « juive » du libéralisme et du commu-
nisme, allant en tout cas plus loin que l' antijudaïsme précon-
ciliaire, proprement théologique (cf. par exemple le livre
de Denise Judant, Judaïsme et christianisme, Ed. du Cè-
dre).

(6) Lettre aux membres de la Fraternité Saint-Pie X, citée par Itiné-


raires, janvier 1975.
(7) Mgr Marcel Lefebvre, Un évêque parle, p. 196.
(8) Sur la« subversion dans l'Eglise»: Marc Dem, Evêques français,
qu'avez-vous fait du catéchisme? ; Henry Coston et al. : Infiltrations
ennemies dans l'Eglise ; Hugues Keraly : Présence d'Arius ; Arnaud de
Lassus: La Théologie de la libération, etc. Tous ouvrages diffusés par
Diffusion de la Pensée Française.

82
Depuis l'occupation de l'église Saint-Nicolas-du-Char-
donnet par l'abbé Ducaud-Bourget en février 1977, le com-
bat de Mgr Lefebvre est soutenu par la plupart des groupes
politiques d'extrême-droite (Parti des Forces Nouvelles,
puis Front National, Restauration Nationale) en fonction de
son contenu anticommuniste et de la véritable haine que
vouent les nationalistes aux catholiques progressistes. As-
pects de la France, le National puis National-Hebdo et Présent
sont vendus à la sortie des offices dominicaux, et l'évêque
d'Ecône a appelé à voter pour le Front National. Mais ce
choix paraît purement tactique, en raison des vues commu-
nes professées avec le Front sur des problèmes de société
comme l'avortement, le rôle de la famille, la liberté scolaire,
l'hostilité à l'islam. Encore faut-il noter que par liberté
scolaire, le Front entend plus «enseignement privé», et
Ecône « enseignement catholique », y compris par tutelle de
l'Eglise sur les écoles publiques ... De plus, le Front National,
qui depuis sa création en 1972 comprend à la fois des
éléments venus de la « Nouvelle Droite » néo-païenne, du
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nationalisme révolutionnaire et de la droite conservatrice, ne
peut sans préjudice électoral accepter d'être trop marqué par
l'intégrisme. Ses intérêts divergent donc de ceux de la
Fraternité, dont nombre de fidèles privilégient l'action
proprement spirituelle et refusent l'acceptation par le F .N.
des institutions démocratiques, ainsi que sa propension à ne
voir dans l'Eglise qu'un facteur d'ordre social, de cohésion
nationale, de culture commune. Il n'existe donc pas en
France de véritable mouvement politico-religieux doté d'une
certaine assise, malgré la tentative de l'abbé Georges de
Nantes, qui veut transformer la «Contre-Réforme catholi-
que» qu'il anime depuis vingt ans en «Phalange». Consi-
dérée par Rome comme une secte, la C.R.C. aspire à l'instau-
ration d'une« dictature de salut public» comme prélude au
rétablissement de la monarchie. L'engagement, en 1942, de
son fondateur dans les Chantiers de Jeunesse explique la
constante admiration vouée au maréchal Pétain. Mais mal-
gré ses qualités de théologien thomiste, l'abbé de Nantes, lui
aussi suspens a divinis, n'offre aucune perspective politique,
si ce n'est l'attente d'une nouvelle « divine surprise » qui
mettrait fin au complot universel qu'il dénonce de façon

83
monomaniaque, fustigeant le communisme, la franc-maçon-
nerie, le mondialisme et notamment la Trilatérale, mais
surtout le judaïsme, inspirateur désigné de tous les maux. A
cet égard et plus encore que Mgr Lefebvre, la C.R.C.
professe une vive antipathie pour Mgr Lustiger qu'elle ne
nomme que «Jean-Marie Aaron Lustiger» pour souligner
son origine juive. La C,R.C. est si hostile au Pape qu'elle ne
le considère même plus comme tel, et tombe ainsi dans ce
qu'on appelle « sedevacantisme », croyance dans la vacance
du Pontificat.
Il existe cependant au sein du Front National, constitué
en faction quasi autonome, un groupe national-catholique
qui a choisi l'entrisme dans la « droite nationale », c'est
« Chrétienté-Solidarité », dirigé par le député européen
Bernard Antony, alias Romain Marie, dont les rapports avec
le F.N. sont à peu près semblables à ceux entretenus par les
intégristes italiens avec le M.S.I. (9) : réticences doctrinales,
mais soutien tactique. Romain Marie, comme les actuels
dirigeants frontistes Stirbois, Baeckeroot, Bergeron ou Colli-
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not s'est formé dans le mouvement « solidariste » des an-
nées 1965-70, lequel prônait une confuse idéologie de« troi-
sième voie » entre capitalisme et marxisme, fortement im-
prégnée d'and-américanisme et soutenant, par des actions
spectaculaires, les dissidents des pays de l'Est. Certains
militants, revenus au catholicisme par l'intermédiaire de
groupes comme« Vecteur», à Toulouse, ou sous l'influence
de Louis Jugnet et Pierre Arnaud à l'université, fondèrent
en 1975 à Castres le mensuel Présent, organe du « Rassem-
blement des Energies pour la Chrétienté». Rejoints en 1976
par des «chefs de cercle» de la Contre-Réforme catholique
qui refusaient le schisme, ils furent particulièrement viru-
lents lors de la campagne contre la loi Veil, que Présent
comme Le National dénoncèrent comme un « génocide du
peuple français », la politique volontaire de dénatalité de-
vant appuyer l'arrivée massive des immigrés non chrétiens.
Dès son origine, Présent fit usage d'un antijudaïsme du

(9) Sur l'influence de Mgr Lefebvre en Italie: Giovanni Tassani, La


nuova destra e le tras/ormazioni ideologiche del neo-integralismo italiano,
Testimonianze, janvier 1977, p. 257-68.

84
genre allusif, se spécialisant dans le recensement des per-
sonnalités politiques ou médiatiques d'origine juive, ou
supposée telle, pour défendre la thèse d'une omnipotence
du «lobby juif». La construction du mouvement politico-
religieux se fit ensuite en quatre étapes : en 1980, fondation
du « Centre Charlier », à vocation culturelle, qui organise
annuellement une université d'été où interviennent le philo-
sophe royaliste Gustave Thibon, Jean Madiran, principal
théologien laïc de l'intégrisme, ou Jacques Ploncard d'Assac,
qui travailla sous Vichy au dépouillement des archives
maçonniques; le 30 novembre 1980 se tint à Paris la
première «Journée d'Amitié française », en présence de Le
Pen, sorte de carrefour annuel de l'extrême-droite au-delà
du cadre intégriste ( 10). Enfin sont créés les Comités Chré-
tienté-Solidarité eux-mêmes et, en 1984, l'Alliance générale
contre le racisme et pour le respect de l'identité française
(A.G.R.I.F.), organisation qui opère un retournement par-
faitement total du discours antiraciste traditionnel pour
réclamer l'abolition de la loi Pleven et la répression du
« racisme antifrançais » comme de la « discrimination »
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anticatholique. Les comités, qui confondent identité fran-
çaise et catholicisme, précisent de la sorte dans leur pro-
gramme leur pensée : « A peuple catholique, lois catholiques
(.. .) L'Etat de salut national accomplira d'autant mieux son
œuvre de rénovation si l'Eglise catholique, sortant de son
effroyable crise et ayant triomphé de la subversion qui la
mine, reprend son apostolat et concourt à sauver la France
en la ramenant à la fidélité, aux promesses de son bap-
tême. » (11) Lors de la «Journée d'Amitié française » de
1983, certains orateurs ont été particulièrement explicites
dans la dénonciation des responsables de la perte d'identité
chrétienne, s'en prenant aux « quatre superpuissances qui
colonisent la France, le marxiste, le maçonnique, le juif, le
protestant, que symbolisent les ministres Fiterman, Hernu,
Badinter et Rocard » ( 12). Dans cette optique, le sort des

(10) Le très «antisioniste» groupuscule de Pierre Sidos, l'Œuvre


française, y fut quelquefois présent, comme Henry Coston, spécialiste du
«complot judéo-maçonnique ».
Oll Chrétienté-Solidarité no 13, février-mars 1984.
(12) Le Monde, cité par Serge Dumont, «Le système Le Pen».

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minorités religieuses ne peut être, comme l'écrit R. Marie à
propos des juifs, que la conversion ou l'assimilation, ou le
rejet de la communauté nationale. « Mon refus de l' antisé-
mitisme, écrit-il, ne m'empêche pas d'être hostile aux ten-
dances du judaïsme qui s'opposent au fait national, et
notamment à l'Etat d'Israël (...) Je ne vois pas pourquoi
l'assimilation est un danger. Etre à la fois juif et français à
part entière, et donc totalement assimilé, ne me paraît pas
chose inconvenante. » ( 13) Israël et le sionisme sont alors
d'autant plus respectables que, faisant disparaître les com-
munautés de diaspora, ils vident de sa substance le « pro-
blème juif »...
Embarrassant pour le F.N., «Chrétienté-Solidarité» s'est
pourtant trouvé conforté dans ses positions par l'évolution
de Le Pen lui-même, dont les propos sur la Shoah (affaire
dite du « détail ») sont de la même veine que ceux de la
journée d'amitié (?) française. De plus, Romain Marie a
aidé le Front à nouer des liens avec la fraction la plus
réactionnaire du clergé, voire avec Rome, provoquant en
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avril 1985 au Vatican la rencontre de son président avec
Jean-Paul II, destinée à remédier aux faibles scores réalisés
dans les régions de forte pratique catholique, Alsace excep-
tée. C'est pourquoi Chrétienté-Solidarité n'a pas approuvé
le schisme d'Ecône, tentant au contraire de retenir les inté-
gristes au sein de l'Eglise. Une ligne de fracture qui semble
durable traverse donc actuellement les comités comme le
F.N. ou le Mouvement de la Jeunesse catholique française
(M.].C.F.) : les «politiques» pensent ne pouvoir utiliser le
capital que représente l'intégrisme que s'il existe une ten-
sion, mais non une rupture avec Rome; les «religieux »

(13) Chrétienté-Solidarité, avril 1985, p. 17. Romain Marie dédie ce


numéro à « son ami André Cohen » ; il est assisté, dans le mouvement,
par Judith Cabaud, juive convertie comme l'était d'ailleurs Denise J udant,
dont le livre Judaïsme et christianisme se vit refuser l'imprimatur par
l'épiscopat. Conversion et assimilation, voire naturalisation, vont de pair
dans l'optique maurrassienne et intégriste. Cité par Oscar L. Amal dans
Amhiva!ent alliance : the catho!ic church and the Action Française (U niver-
sity of Pittsburgh Press, 1985) un dirigeant royaliste parle d'ailleurs de la
conversion de sa femme au catholicisme comme de l'abandon «d'une
religion étrangère » (p. 190 ).

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rompent avec la perspective d'action militante, quitte à se
constituer en contre-Eglise sectaire.

IV. Mysticisme et providentialisme de l'intégrisme

Divers groupes, croyant que l'emprise de la Subversion


est telle que l'action humaine n'offre plus guère d'espoirs,
choisissent de se réfugier dans l'attente providentielle, soit
de l'événement cataclysmique qui précéderait la fin des
temps (par exemple un nouveau conflit mondial) soit du
sauveur, dictateur ou monarque, qui redonnerait à la France
repentie sa vocation de «fille aînée de l'Eglise». Très
minoritaire mais vivace depuis la Révolution, cette tendance
tend à se confondre avec le courant légitimiste du royalisme,
et a repris vie après l'échec de l'O.A.S. vers 1963-64. A cette
époque, l'extrême-droite se divise entre « activistes » (Occi-
dent), théoriciens Œurope-Action, dont sortira le
G.R.E.C.E.), «politiques» (Comités Tixier en 1965) et
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enfin « mystiques », autour de Château-Jobert et de son
«Mouvement contre-révolutionnaire» (M.C.R.). Pour eux,
la victoire de la subversion, la décadence nationale, sont des
châtiments divins. Le repentir ne peut venir que de la
prière, de la conversion, de l'isolement par rapport aux
perspectives politiques. Ils lisent les événements à venir par
l'intermédiaire des révélations de La Salette ou de Fatima,
avec une prédilection pour cette dernière qui voit dans la
conversion de la Russie l'annonce de la victoire finale, mais
aussi en prenant en compte les révélations privées, qui
d'ailleurs ne s'imposent pas au croyant. Ils prévoient l'apoca-
lypse prochaine, comme dans ce texte intitulé « Vers la
guerre et l'anarchie mondiale » ( 1965) qui impute au
« complot synarchique » et aux « sionistes » la volonté de
déclencher une guerre pour asseoir un gouvernement mon-
dial, ou dans les « Réflexions sur l'ennemi et la manœuvre »
de Jean Vaquié ( 1963). Celles-ci, récemment rééditées par le
mensuel Lecture et Tradition (avril 1988), prévoient «que
les Soviétiques qui auront pénétré en France, en libérateurs
comme d'habitude, présideront à une sorte de guerre civile
plus ou moins officialisée, qui pourrait être en grand ce que

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l'épuration a été en petit (. ..) l'occupation soviétique sera
sans doute en même temps une occupation musulmane».
Une telle philosophie, après avoir séduit quelques jeunes
catholiques groupés autour du journal Poitiers-Université
devait présider au lancement en 1967 du centre de Chiré qui
édite aujourd'hui Lecture et Tradition, Lectures Françaises et
diffuse plusieurs centaines d'ouvrages contre-révolutionnai-
res par une librairie spécialisée.
Politiquement, la plupart de ces mystiques est monar-
chiste, mais ne peut accepter la philosophie du comte de
Paris, et notamment son soutien au gaullisme. Soutenir le
prétendant espagnol des légitimistes, Alphonse de Bourbon,
leur est donc d'autant plus facile que celui-ci n'a jamais
transigé sur les principes antirépublicains, et qu'il ne pos-
sède auçune chance de revenir sur le trône. Intransigeance
idéologique et fidélité dynastique caractérisent ces « émigrés
de l'intérieur» qui croient, comme le marquis de La Fran-
querie, à la «Mission divine de la France», et conçoivent
les deux siècles nous séparant de la Révolution comme une
parenthèse qu'il convient de refermer. Le courant légiti-
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miste, même lorsqu'il ne sombre pas dans ce providentia-
lisme, connaît depuis une dizaine d'années un renouveau
certain autour d'un petit cercle d'universitaires dont la
revue, La Légitimité, est plus érudite que militante. Il s'agit
essentiellement d'une pensée de la décadence. Mais là où
Evola, par exemple, produit des enseignements proprement
politiques qui ont mené une partie des extrémistes italiens
à l'activisme armé contre le système, les doctrinaires de la
contre-révolution acceptent tout juste de conseiller à voter
pour le F.N., s'abstenant même de prendre parti entre les
factions de l'intégrisme, pour se consacrer à l'écriture d'une
«contre-Histoire». Jean Lombard, avec «la face cachée de
l'histoire moderne », Coston, avec Les causes cachées de la
Deuxième Guerre mondiale donnent une idée de cette
mentalité, qui explique n'importe quel événement ou cou-
rant d'idées en terme de conjuration ou d'origines secrètes.
Ainsi certains milieux intégristes soutiennent avec l'abbé
Bertuel et ses disciples que l'islam est une «entreprise
juive».
Finalement, cette vision du monde peut mener des inté-

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gristes comme ceux de «Diffusion de la Pensée Française»
(centre de Chiré) à proposer aux lecteurs les ouvrages
révisionnistes de Faurisson, Serge Thion ou Thies Christo-
phersen, antérieurement distribués exclusivement par des
groupuscules néo-nazis. Il ne faut pas y voir d'intention
commerciale, mais la croyance que tout fait présenté comme
exact par l'historiographie « subversive » (lire post-révolu-
tionnaire) est obligatoirement faux.
L'intégrisme catholique, composante minoritaire de l'ex-
trême-droite française depuis 1945, est en fait l'attitude
religieuse de la droite contre-révolutionnaire dont Stéphane
Rials fait la seule vraie droite, par opposition aux « droites
situationnelles » ( 14). De fait, depuis 17 89, le terme
« droite » n'est pas facilement assumé par ceux qui peuvent
s'en réclamer, et qui se définissent en priorité par rapport,
ou en opposition, à la gauche, au libéralisme. Or l'intégrisme
et l'ultracisme forment, eux, un corpus doctrinal solide et
ancien, enrichi par la pensée de Maurras, d'autant plus
brillant dans la polémique et la recherche érudite que son
objectif politique s'éloigne. S'il est incontestablement lié à
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des groupes nationalistes (F.N., mais aussi Œuvre Fran-
çaise, Restauration Nationale, « Garde Blanche ») l' inté-
grisme vit à leur marge, avec un système de références
doctrinales fermé: Blanc de Saint-Bonnet, Albert de Mun,
Sarcla y Salvany, n'évoquent rien à l'immense majorité des
catholiques pratiquants, même politiquement conservateurs.
Comme l'Action Française, il est une école de pensée, mais
ne joue pas, vis-à-vis du reste de la droite, le rôle de centre
de formation, de lieu de passage obligé. Ayant perdu depuis
1873 tout espoir de rétablir l'Etat sur des principes monar-
chiques et théocratiques, il doit assumer le difficile statut
d'un mouvement de clercs désavoués par l'Eglise, fidèle à
des prétendants hostiles ou inconnus. Le schisme d'Ecône,
s'il lui donne quelque attention médiatique, devrait suivre la
même évolution sectaire que ceux qui l'ont précédé.

( 14) Stéphane Rials,« La droite ou l'horreur de la volonté», in Révo-


lution et contre-révolution au
XIX' siècle, Albatros, Paris, 1987.

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