EPICURE : La mort n’est rien (Lettres à Ménécée)
INTRODUCTION
Épicure est un philosophe grec matérialiste du IVe – IIIe siècle avant Jésus-Christ, qui a fondé l’Ecole du Jardin.
En s’inspirant de la philosophie de Démocrite, Epicure considère que la nature est constituée d’atomes qui
entrent en relation. Dans la conception d’Epicure, tout est du au hasard, et il n’existe pas de Providence. La
philosphie épicurienne est également une philosophie sensualiste, car selon lui tout bien et tout mal résident
dans la présence ou l’abscence de sensation. Le bonheur va alors se retrouver dans l’abscence de la souffrance.
Le bonheur doit etre comprise comme quelque chose de sobre, comme des plaisirs simples, et non pas des
plaisirs perverses. Epicure va aussi dire que l’amitié prime l’amour, car le premier est beaucoup plus serein
alors que le deuxième est trop passionnant.
Par sa philosophie, Epicure cherche à délivrer l’homme de deux craintes : celle de la mort (car il n’ y a rien
après la mort, meme pas de chatiment divin) et celle de Dieu (car il est trop loin des hommes).
Cette conception matérialiste de la mort permet à l’homme d’obtenir l’ataraxie (l’abscence de la crainte,
tranquilité d’ame). En ce sens on peut dire que la philosphie d’Epicure, qui est marérialiste et rien de spritituel,
s’oppose à celle de Platon qui se base sur un monde des idées et sur la notion de l’immortalité de l’ame.
Dans les lettres de Ménécée, Epicure va s'employer à montrer que la mort est rien par rapport à nous. Il s'agit de
convaincre son disciple Ménécée et éventuellement de convaincre le lecteur.
COMMENTAIRE
I. Un texte argumentatif destiné à convaincre son destinataire Ménécée et plus largement
le lecteur
A) L’énonciation
Épicure s'adresse directement à son disciple Ménécée pour lui donner un conseil de morale pratique : il
utilise la 2e personne du singulier en employant l’impératif de conseil (sunethisdze L1)
Juste après, Epicure passe à une généralisation, ce qui montre sa volonté d’instruire : il utilise la 1ere
personne du pluriel en employant du présent de vérité générale (estin L2-3) et du participle substantivé (o legon
L8)
Epicure ensuite critiquer celui qui craint la mort, il dénonce son attitude : il y a un jugement de valeur (des
adverbes négatifs : kenos L10 = en vain =/= gnesios L7 = légtitimement ) (termes négatifs : mataios L8 = sot)
B) La structure
Le raisonnement d’Epicure est bien organisé, structuré et logique :
- nombreux connecteurs logiques (epei – car = causale ; oste - donc = consécutive, ouv – donc = consécutive ;
epei de per – puisque = causale…)
- symétrie et d'opposition (otan men L11…otan de L12).
II. La conception épicurienne de la mort et ses conséquences
A) Une définition de la mort
La conception épicurienne de la mort vise à l’affranchissement de l’homme de la crainte de la mort. La
conception épicurienne de la mort est une conception matérialiste de l'existence, car elle dit que a mort implique
une privation, une abscence de sensation : le vocabulaire philosophique abstrait dans le texte montre bien q’il
s’agit d’une réflexion sur la mort (thanatos = mort ; e aisthesis = la sensation ; esteresis = privation ; egnosis =
connaissance)
La philosophie épicurienne est également une philosophie sensualiste de l’existence. Car selon Epicure, le
bonheur est équivalent au plaisir simple. En outre, il dit aussi que c’est la sensation qui permet de déterminer si
quelque chose est bien ou mal, donc la sensation est le seul guide de la connaissance et de la morale (L2). Ainsi,
puisqu’on ne peut pas ressetnir la mort, il n’y a pas à la craindre (L3-4)
B) Conséquences
Face à cette conception épicurienne de la mort, débouche ainsi les conséquences : la connaissance droite du
fait que la mort n'est rien à nous, montre qu'on a bien la thèse et qui est que l'homme doit s'affranchir de la mort,
que le sage est celui que ne doit pas se laisser envahir par cette crainte.
Aussi, il ne s'agit pas d'aller à l'immortalité, il ne faut pas chercher le désir de l'immortalité. Justement la
conception épicurienne vise aussi à affranchir l’homme de ce désir. On voit cela dans la 2e partie du texte, par
un système de antithèse qui rend efficace l'argumentation et le rôle rhétorique qui conféré au texte :
- une opposition entre la réalité sensationnelle (cad la réalité de ce que l’on éprouve) et le fantasme à la mort
future : cela peut se voir notamment par le jeu sur l’opposition entre le présent (lupein) et le futur (melon).
- l'image du sot, qui est celui qui craint en vain car il craint ce dont on n'a pas fait l'expérience, qui est donc la
mort. L’idée est que le sot est celui qui s'afflige de quelque chose qui doit arriver, encore qu’il ne sentira rien
quand cela se passe. Le sot perturbe donc le présent, et finit par s'afflige vainement.
- il y a jamais une concomitance entre la mort et l'homme : le jeu de parallélisme (epeis = nous =/= thanatos =
mort) et le chiasme qui oppose « otan men » = lorsque nous nous sommes et « otan de » = lorsque nous ne
sommes plus)
Epicure conclut que ni les uns, ni les autres ne sont concernés par la mort puisqu’elle n’est rien pour les
vivants (tous zontas L13) aussi bien que pour les morts (tous teteleutekotas L14) puisqu’ils ne sont plus :
opposition sur « omen… o de… »
CONCLUSION
Epicure utilise donc un vocabulaire très simple pour montrer au lecteur que nous craignons quelque chose qui
n’existe pas, qui est la mort. En effet, nous ne pouvons jamais exister avec la mort, donc elle n’est pas à
craindre. C’est cette définition de la mort que découle le raisonnement d’Epicure.
Il s’agit donc d’un raisonnement logique, efficace et simple. L’idée est que l’homme doit se libérer de la crainte
de la mort, car sinon il gache son existence ou bien sa vie à cause de sa crainte absurde
Συνέθιζε δὲ ἐν τῷ νομίζειν μηδὲν πρὸς ἡμᾶς εἶναι τὸν Habitue-toi à penser que la mort n’est rien par rapport à
θάνατον. nous.
ἐπεὶ πᾶν ἀγαθὸν καὶ κακὸν ἐν αἰσθήσει · Car tout le bien et le mal est dans la sensation.
στέρησις δέ ἐστιν αἰσθήσεως ὁ θάνατος. Or la mort est privatisation de sensation.
ὅθεν γνῶσις ὀρθὴ τοῦ μηθὲν εἶναι πρὸς ἡμᾶς τὸν Donc la droite connaissance que la mort n’est rien par
θανατον ἀπολαυστὸν ποιεῖ τὸ τῆς ζωῆς θνητόν, οὺκ rapport à nous, rend bénéfique la condition mortelle de la
ἄπειρον προστιθεῖσα χρόνον, ἀλλὰ τὸν τῆς ἀθανασίας vie, non en y ajoutant un temps infini, mais on otant le
ἀφελομένη πόθον. désir de l’immortalité.
οὐθὲν γάρ ἐστιν ἐν τῷ ζῆν δεινὸν τῷ κατειληφότι En effet, rien dans la vie est terrible pour celui qui a
γνησίως τὸ μηδὲν ὑπάρχειν ἐν τῷ μὴ ζῆν δεινόν. compris réellement que rien est terrible dans la non-vie.
ὥστε μάταιος ὁ λέγων δεδιέναι τὸν θάνατον οὐχ ὅτι Ainsi celui qui dit craindre la mort, non pas parce qu’elle
λυπήσει παρών ἀλλ’ὅτι λυπεῖ μέλλων· l’affligera quand elle sera là, mais parce qu’elle l’afflige
à l’idée qu’elle doit arriver, est sot.
ὅ γὰρ παρὼν οὐκ ἐνοχλεῖ, προσδοκώμενον κενῶς En effet, ce qui étant présent ne trouble pas, afflige
λυπεῖ. vainement à l’attendre.
τὸ φρικωδέστατον οὗν τῶν κακῶν ὁ θάνατος οὐθὲν Le plus terrible des maux, la mort, n’est donc rien par
πρὸς ἡμᾶς, ἐπειδήπερ ὅταν μὲν ἡμεῖς ὦμεν, ὁ θάνατος rapport à nous, puisque, lorsque nous nous sommes, la
οὐ πάρεστιν · mort n’est pas là.
ὅταν δ’ὁ θάνατος παρῇ, τόθ’ἡμεῖς οὐκ ἐσμέν. Mais lorsque la mort est présente, alors nous ne sommes
plus là.
Oὔτε οὖν πρὸς τοὺς ζῶντά ς ἐστιν οὔτε πρὸς τοὺς Elle n’est donc ni en rapport avec les vivants, ni en
τετελευτηκό τας͵ ἐπειδή περ περὶ οὓς μὲν οὐκ ἔστιν, οἳ rapport avec les morts, puisque pour les uns, elle n’est
δ΄ οὐκέτι εἰσίν. pas, et que les autres ne sont plus.
EPICTETE : La mort n’est pas à (Entretiens)
INTRODUCTION
Épictète était un stoïcien. Le stoïcisme consiste :
- Une croyance en la providence.
- Qui ne faut pas agir sur ce qui dépend pas de nous.
- Qu'il faut s'affranchir de la passion.
- Qu'il faut avoir un engagement dans la politique.
- il faut vivre selon la nature.
- Qu’il ne faut pas craindre la mort afin de garder sa sérénité.
Le texte étudié est un extrait de « Entretien ». Épictète s’adresse à son disciple pour dire qu'il ne faut pas
craindre la mort.
Pour cela, il va tout d'abord redonner une leçon de philosophie vivante et accessible. Ensuite il va aborder sa
conception de la mort et celui des stoïciens (le but est qu'il ne faut pas redouter de la mort)
COMMENTAIRE
I. Une leçon de philosophie vivante et accessible
A) Dialogue entre le maître et son disciple
Le maître essaie de rassurer le disciple. Le disciple donne une objection et le maitre dit qu'il est insensé. Le
maitre dénonce alors les erreurs des hypothèses de son disciple.
- véritalbe échange : les guillemets, les apostrophe et les tirets.
- il s’agit meme d’un dialogue dans un dialogue : on a un dialogue fictif entre la Providence et l'homme (avec
l'impératif « erkou »).
- des phrases brèves et simples.
- nombreuses interrogations : (L12 -13 ; L17, 19 et 20), une tournure interrogative intéressante qui fait appel à
une réponse négative L19 (le caractère contradictoire de la chose montre que la réponse attendue est un non).
Ainsi nous sommes présentés à un enseignement vivant très accessible, dialoguer didactique et qu'il s'agit
bien là d'une leçon.
B) La mise en œuvre d'une pédagogie simple et efficace
Épictète va faire recours à des métamorphoses simples.
- métaphore militaire, ligne une qui montre la nécessité de l'ordre des choses.
- Image de la porte L2 qui montre quelque chose de très concret.
- La métaphore de la navigation L7.
- la métaphore des enfants ou de la comparaison avec les enfants qui jouent et qui s'occupent tout seul
En effet, Epictète va faire evoluer son raisonnement autour de l'image de l'enfant.
- on passe de « ego » et « des enfants » L6, à une généralisation.
- il y a des parallélismes (« apoleipo », « nomes a peileften », « eremos » L10) qui se montre par la répétition
des mêmes mots.
En effet, pour Epictète, c'est absurde d'avoir un comportement pire que les enfants :
- d'où l'opposition entre l'enfant (afrosune) et le disciple (apo saufesenos).
Épictète va même ériger un paradoxe : les enfants agissent sans réfléchir alors que nous souffrons dans la
réflexion. Or, la réflexion, au nom de la philosophie, doit nous amenez au bonheur. En ce sens le philosophe
stoicien est heureux car il doit obéir au signal de la retraite sans contester, car il accepte l'ordre des choses.
Malgré ce paradoxe, Epictète montre qu'il y a quand même une importance accordée à la réflexion : « more »
= insensé ; « entumeisaè » = montre qu’il faut réfléchir.
On peut voir comment Epictète passe de la conception de la mort pour arriver à une leçon, ou encore à une
généralisation : pronom indéfini « tis » L10 = quiconque ; on passe de « je » à « nous ».
À la fin, il y a meme une leçon finale, une maxime qui montre qu’il faut supporter telle chose selon ses
capacités. C’est une maxime de moral appuyée sur :
- des métaphores
- des images simples
- une mise en œuvre d’une réflexion sérieuse sur la mort.
C’est bien une pédagogie efficace dont le but est de convaincre le disciple et le lecteur.
II. La conception de la mort d’Epictète et celui des stoïciens
A) La conception de la mort, selon épictète.
L'idée est que la mort est annoncée par la divinité, donc il n'y a pas à la contraindre.
La mort vient de la volonté de Dieu, de la Providence qui fournit à l’homme dont ce qu'il a besoin. Autrement
dit, il existe un Dieu personnel qui veille sur l'homme.
Donc, si nous sommes dans la retraite, cela montre que la campagne militaire a terminé et donc qu'il faut
mourir. La compréhension de ce qui est la mort doit nous affranchir le disciple de toute crainte.
La mort est présentée comme un retour aux origines, un retour aux 4 éléments qui composaient l'homme et
tout l'univers. Cette idée implique aussi que l'homme fait partie de l'univers (L3).
Cette conception vient du philosophe présocratique Épidocle, qui dit que la mort est comme une dissolution des
éléments, et que la naissance et la fusion d'éléments qui s'associent.
Finalement, il faut savoir jouir de ce qui nous est offert, c'est-à-dire la vie et la terre (genai + thalatas).
L'intérêt de ceci est que, en appartenant à un tout, l'homme peut jouir de ses mêmes éléments de l'univers. Donc
au final, l'homme n'a pas à redouter la mort.
Épictète refuse les mythes de platoniciens et la géographie des Enfers. Selon épictète. Il n'y a pas de
jugement après la mort et donc il n'y a pas besoin de raconter des mythes pour évoquer ce qui se passe après la
mort. Pour lui, la physique produit une vérité et une beauté du monde auquel nous y participons.
B) Une conception rassurante
Ainsi ce qui nous rassure c'est que nous sommes faits de la meme matière que ce monde et nous comprenons
ce monde car il nous est familier. La vérité est simple et rassurante.
Cette sérénité évoque une communauté de l'univers, qui doit nous permettre de comprendre que nous ne
sommes jamais seuls (« eremos », « eremia » =/= « sugenei » L3).
En effet, nous ne sommes jamais seuls et sans secours. Et pour cela, nous ne devons pas être découragés.
Terminé les enfants qui font une expérience de l’«autarkeia » = Il se suffit pour eux-mê[Link] devons
retourner cette sérénité et accepter l'ordre de la nature dans laquelle nous vivons.
Au final, on peut dire que la mort est quelque chose qui est annoncé par la providence ou par la divinité.
Épictète refuse les mythes des Enfers qui nous font peur et ils donnent une conception plutôt rassurante de la
mort.
CONCLUSION
Nous avons un texte argumentatif didactique qui vise à convaincre le disciple et plus largement les lecteurs qui
ne faut pas craindre la mort.
Épictète met en place une pédagogie imagée, simple mais sérieuse et qui reflète les conceptions stoïciennes.
La philosophie est radicalement différente de la conception platonicienne (immortalité de l'âme)
Lorsque la divinité ne fournit plus les choses nécéssaires, elle donne le signal de la retraite ; elle
a ouvert la porte et te dit « Va ».
Où ? Vers rien de terrible, mais (vers) là d’où tu est néé, vers ce qui te sont amis et familiers,
vers les éléments.
Tout ce qu’il y avait de feu en toi, retournera au feu, tout ce qu’il y avait de terre (en toi),
(retournera) à la terre, tout ce qu’il y avait d’air (en toi), (retournera) à l’air, tout ce qu’il y avait
d’eau (en toi), (retournera) à l’eau.
Il n’y a aucun Hadès, ni Achéron, ni Cocyte, ni de Pyriphlégéthon, mais tout est plein de dieux
et de divinité.
Quiconque pouvant réfléchir à cela, et voyant le Soleil, la Lune, et les astres, et jouissant de la
terre, de la mer, il n’est pas plus solitaire que sans secours.
Quoi donc ? Si quelque’un m’ayant attaqué moi qui suis seul, et m’égorge ?
Insensé (!) Pas toi, mais ton (pauvre) corps.
Quelle sorte d’isolement subsiste encore ? Quel abandon ? Pourquoi rendre nous-meme pires
que les enfants ? Lorsqu’ils sont laissés seuls, que font-ils ?
Après avoir rammaser le coquillage de la poussière, ensuite ils le démolissent, et de nouveau ils
construisent quelque chose. Ainsi il ne s’ennuisent jamais.
Si vous vous embarquer, vais-je pleurer étant assis parce que j’ai été laissé seul et ainsi
solitaire ? (Vais-je rester assis à pleurer ?)
N’aurais-je ni de coquillage de la terre ?
Mais alors que les enfants font cela sous l’effet de l’irréflexion, nous sommes malheureux, sous
l’effet de la réflexion ?
Tout grand pouvoir est périlleux pour celui qui débute. Il faut supporter les choses de ce genre
selon sa capacité.