Intégrale de Lebesgue sur Rn
Examen
22/05/2021
Les exercices sont indépendants. Il sera tenu compte de la qualité de la rédaction.
? ? ?
Exercice 1:
Énoncer le théorème de Fubini pour les fonctions intégrables.
Exercice 2:
Étudier la limite éventuelle de la suite (uk )k∈N définie par
ˆ +∞
sin(πt)
uk := dt.
0 1 + tk+2
Exercice 3:
On considère le domaine D du premier quadrant R+ × R+ situé entre les cercles de centre O et de
rayons 1 et 2, et les axes d’abscisse et d’ordonnée.
1. Dessiner le domaine D.
2. Calculer l’aire de D.
3. Déterminer les coordonnées du centre de gravité de D.
Exercice 4:
Calculer
n
X k k
lim exp(1/n) .
n→+∞ n2
k=0
Exercice 5:
On considère les fonctions suivantes e, f, g, h : R → R définies par
e(x) = sin2 (x),
f (x) = 1]0,1] (x) ln(x),
g(x) = 1[0,π] (x) sin2 (x),
h(x) = 1R+
∗ (x) ln(x).
1. Pour chaque question, il est demandé de fournir une preuve concise de ce qui est avancé. Les réponses
données sans justifications ne seront pas acceptées.
(a) Parmi ces fonctions, lesquelles sont à support compact ?
(b) Parmi ces fonctions, lesquelles sont bornées sur R ?
(c) Parmi ces fonctions, lesquelles sont intégrables sur R ?
2. Montrer que la fonction e?f est bien définie et dérivable sur R. Donner une expression de sa dérivée
sous la forme d’une intégrale.
3. Montrer que la fonction g est continue et dérivable sur R, et calculer sa dérivée.
On pourra utiliser le théorème de prolongement des fonctions dérivables : si f est continue sur I et
dérivable sur I \ {a}, et si f 0 possède une limite réelle ` en a alors f est dérivable en a et f 0 (a) = `.
4. Question bonus : La fonction g ? h ne rentre dans aucun des cadres de définition du produit de
convolution que nous avons exploré dans le cours. Montrer toutefois que g ? h est une fonction bien
définie et qu’elle est même dérivable, en exprimant sa dérivée sous la forme d’une intégrale.
On pourra poser f (x, y) = g(x − y)h(y).
Corrigé
Correction 1:
Cours.
Retour à l’énoncé de l’exercice.
Correction 2:
Tout d’abord, on remarque que l’intégrande est bien intégrable sur le domaine considéré, par le
critère de Riemann, puisqu’elle est majorée en module par la fonction t 7→ 1+t1k+2 . Ensuite, on peut d’abord
identifier la limite (éventuelement presque sûre) de cette intégrande. Si t ∈ [0, 1[, la suite (tk+2 )k∈N tend
vers 0 et si t > 1, cette même suite tend cette fois-ci vers l’infini. Puisque le singleton {1} est négligeable,
nous avons donc établi
sin(πt)
−→ sin(πt)1[0,1] presque partout sur R+ .
1 + tk+2 k→+∞
On a par ailleurs la majoration suivante, qui est indépendante de k ∈ N :
sin(πt) sin(πt) sin(πt)
= 1[0,1] + 1[1,+∞[
1 + tk+2 1 + tk+2 1 + tk+2
1
≤ 1[0,1] + 1[1,+∞[ ∈ L 1 (R),
1 + t2
où l’on a utilisé la borne | sin | ≤ 1 et l’inégalité tk+2 ≥ t2 valide pour t ≥ 1. Finalement, le théorème de
convergence dominée s’applique bien et montre que la suite (uk )k∈N converge vers
ˆ 1 h 1 it=1 2
sin(πt) dt = − cos(πt) = .
0 π t=0 π
Retour à l’énoncé de l’exercice.
Correction 3:
1. Voici la forme du domaine :
1 2
2. L’aire du domaine est égale à l’aire d’un quart de disque de rayon 2 moins l’aire d’un quart de
disque de rayon 1, donc
π × 22 π × 12 3π
λ(D) = − = .
4 4 4
3. Par la définition du cours, notant G le centre de gravité de D, on a :
ˆ
1
xG = x dxdy.
λ(D) D
Le domaine D étant borné et la fonction (x, y) 7→ x bornée sur D, cette fonction est inétégrable sur
D et on peut appliquer un changement de variables en coordonnées polaires, qui donne :
ˆ 2 ˆ π/2
1
xG = (r cos θ) rdθdr
λ(D) r=1 θ=0
ˆ 2 ˆ π/2 !
4
= r2 dr cos θ dθ
3π r=1 θ=0
2
4 r3 π/2
= sin θ 0
3π 3 1
4 7 28
= = .
3π 3 9π
Le domaine D étant symétrique par rapport à la droite d’équation y = x , les coordonnées de son
centre de gravité sont identiques, et on a donc
28 28
G= , .
9π 9π
Retour à l’énoncé de l’exercice.
Correction 4:
On voit que
n n
X k k 1Xk k
exp(1/n) = exp .
n2 n n n
k=0 k=1
Ainsi, la somme correspond à une somme de Riemann pour la fonction x 7→ x exp x sur l’intervalle [0, 1],
et donc ˆ 1
n
X k k
lim exp(1/n) = xex dx.
n→+∞ n2 0
k=0
On peut alors effectuer une intégration par parties (qui est licite car on est sur un segment et toutes les
fonctions sont dérivables) en intégrant ex et dérivant x :
n ˆ 1
X k k x 1 1
lim exp(1/n) = [xe ] 0 − ex dx = e − [ex ]0 = 1.
n→+∞ n2 0
k=0
Retour à l’énoncé de l’exercice.
Correction 5:
1. (a) Les fonctions f et g sont respectivement nulles en dehors des segments [0, 1] et [0, π] : elles
sont donc bien à support compact. En revanche, la fonction périodique sin2 vaut 1 sur tous
les réels 12 π + 2πZ et n’est donc pas à support compact, non plus que la fonction h qui est
?
strictement positive sur R+ .
(b) La majoration | sin | ≤ 1 montre que les fonctions e et g sont bornées par 1. Par contre, les
fonctions f et h ne sont pas bornées puisque ln(x) →x→0+ −∞.
(c) D’après les questions précédentes, la fonction g est bornée et à support compact : un théorème
du cours nous assure qu’elle est bien intégrable. La fonction f est intégrable, comme cela a
été démontré en TD (en passant par le théorème de Beppo-Levi). En revanche, la fonction
périodique e n’est pas intégrable puisque par périodicité, son intégrale elle la même sur tout
segment [2kπ, 2(k +1)π] : la relation de Chasles proscrit son intégrabilité. De même, la fonction
h n’est pas intégrable non plus. En effet, on a, par théorème de Beppo-Levi puis par théorème
fondamental de l’analyse
ˆ ˆ n
|h| = lim ln(x)dx
[1,+∞[ n→+∞ 1
n
= lim [x ln x − x]1
n→+∞
= lim n(ln n − 1) + 1
n→+∞
= +∞,
´
ce qui implique qu’on a aussi R
|h| = +∞.
2. D’après les questions précédentes, il s’agit d’un produit de convolution rentrant dans le cadre
Cb0 (R) ? L 1 (R) vu en cours. Mieux, la fonction e étant Cb1 (R) (sa dérivée e0 = 2 sin cos est bornée
par 2), un théorème du cours nous assure que (e ? f )0 = e0 ? f .
3. La fonction g est dérivable sur ] − ∞, 0[∪]π, +∞[ de dérivée nulle, et dérivable sur ]0, π[ de dérivée
g 0 (x) = 2 cos(x) sin(x). De plus, g est continue sur R (parce que sin2 (0) = sin2 (π) = 0) et vérifie
lim
−
g 0 = lim
+
g 0 = lim
−
g 0 = lim
+
g 0 = 0.
0 0 π π
On peut donc appliquer le théorème de prolongement indiqué pour en conclure que g est dérivable
aussi en 0 et π, donc dérivable sur R tout entier.
4. Par définition de la convolution,
ˆ
(g ? h)(x) = g(x − y)h(y)dy.
R
On ne peut pas appliquer le théorème du cours de dérivabilité du produit de convolution, car la
fonction h n’est ni intégrable ni bornée. On va plutôt appliquer le théorème de dérivabilité sous
domination.
On pose, comme indiqué,
f (x, y) = g(x − y)h(y).
Remarquons que
f (x, y) = 1[0,π] (x − y) sin2 (x − y)1R+
∗ (y) ln(y)
2
∗ (y) sin (x − y) ln(y),
= 1[x−π,x]∩R+
ce qui déjà assure l’intégrabilité de cette intégrande et donc le fait que le produit de convolution
est bien défini.
(a) Pour tout x ∈ R, la fonction y 7→ f (x, y) est mesurable. De plus, elle est nulle en dehors du
∗
segment [x − π, x] ∩ R+ et est continue sur ce segment. Elle est donc intégrable.
(b) Pour tout y ∈ R, la fonction x 7→ f (x, y) est dérivable, de dérivée égale à
∂f
(x, y) = g 0 (x − y)h(y).
∂x
(c) Soit M > 0, et x ∈ [−M, M ]. La fonction y 7→ ∂f ∂x (x, y) est, tout comme f , à support dans le
∗
segment [x − π, x] ∩ R+ ⊂ [x − π, x] ⊂ [−M − π, M ]. De plus, on voit par la question précédente
que g 0 est continue bornée et vérifie kg 0 k∞ ≤ 2. Ainsi,
∂f
(x, y) ≤ 2 1[−M −π,M ] (y)|h(y)|.
∂x
Or la fonction h est intégrable sur [−M − π, M ] :
ˆ M ˆ M
|h| = ln xdx < +∞
−M −π 0
(pour montrer que le logarithme est intégrable entre 0 et M , on applique Beppo-Levi et
∗
considére la primitive x ln x − x de ln x sur R+ ).
On peut donc appliquer le théorème de dérivabilité sous domination, qui assure que la fonction g ? h
est dérivable sur tout intervalle [−M, M ], donc sur tout R, de dérivée
ˆ ˆ
0 0
(f ? g) (x) = g (x − y)h(y)dy = 2 sin(x − y) cos(x − y) ln(y)dy.
R ∗ ∩[x−π,x]
R+
Retour à l’énoncé de l’exercice.