REPUBLIQUE DE COTE D’IVOIRE AUDIENCE PUBLIQUE ORDINAIRE
------------------- DU MARDI 17 NOVEMBRE 2020
COUR D’APPEL DE COMMERCE
-----------------------
D’ABIDJAN
---------------
RG N° 396/2020
-------- La Cour d’Appel de Commerce d’Abidjan, en son
ARRET CONTRADICTOIRE audience publique ordinaire du mardi dix-sept
du 17/11/2020
novembre de l’an deux mil vingt tenue au siège de ladite
---------
5ème CHAMBRE Cour, à laquelle siégeaient :
------------
Affaire : Monsieur TRAORE BAKARY, Président de
----- chambre, Président ;
La Société Civile Immobilière
MANCHESTER dite SCI Madame TONIAN épouse KLOUTSEY JOSETTE
MANCHESTER Y. E, Messieurs BERET DOSSA ADONIS, ALLAH
(SCPA AKRE & KOUYATE) KOUADIO TIACOH J.C et TALL YACOUBA,
Conseillers à la Cour, Membres ;
Contre
Monsieur S. N Avec l’assistance de Maître MOSSOH N’Koh Martin,
Greffier ;
--------------
ARRÊT A rendu l’arrêt dont la teneur suit dans la cause ;
------------
Contradictoire
--------- ENTRE :
Déclare irrecevable, l’appel interjeté par la
Société Civile Immobilière MANCHESTER La Société Civile Immobilière
dite SCI MANCHESTER contre le jugement MANCHESTER dite SCI MANCHESTER,
RG N°4352/2019, rendu le 19 Février 2020
SARL, dont le siège est à Abidjan Marcory, 26 BP
par le Tribunal de Commerce d’Abidjan ;
1150 Abidjan 26,
Met les dépens de l’instance à sa charge.
Appelante,
Représentée et concluant par son conseil, la SCPA AKRE
& KOUYATE, Avocats Associés près la Cour d’Appel
d’Abidjan, y demeurant, Abidjan Cocody les II Plateaux,
boulevard Marthyrs (ex-Latrille), carrefour de la station
OILYBIA, SICOGI Immeuble ABISSA près de la gare des
‘‘WORO WORO’’, Escalier B, 1er Etage, appartement N°
589, tel : 22 41 23 39 ;
D’UNE PART ;
ET ;
1
Monsieur S. N, majeur, de nationalité libanaise,
demeurant à Abidjan Marcory zone 4, boulevard de
Marseille, en face de l’hôtel << Nouvelle PERGOLA>>,
05 BP 595 Abidjan 05, tel : 05 04 01 91 ;
Intimé,
Représenté et concluant en personne ;
D’AUTRE PART ;
Sans que les présentes qualités puissent nuire ni
préjudicier en quoi que ce soit aux droits et intérêts
respectifs des parties en cause, mais au contraire et sous
les plus expresses réserves des faits et de droit ;
En son audience publique ordinaire, le Tribunal de
Commerce d’Abidjan statuant contradictoirement en la
cause a rendu le 19 Février 2020 un jugement N° RG
4352/2019 qui a :
-Déclaré recevable et mal fondée la société CIVILE
IMMOBILIERE MANCHESTER dite SCI
MANCHESTER en son action ;
Par exploit du 24 Juin 2020, de Maître N’DRI
NIAMKEY PAUL, Commissaire de justice à Abidjan, la
société CIVILE IMMOBILIERE MANCHESTER dite SCI
MANCHESTER a interjeté appel du jugement susénoncé
et a par le même exploit assigné Monsieur SASSINE
NASSIF à comparaître par devant la Cour de ce siège à
l’audience du 08 Juillet 2020 pour entendre :
-Voir recevoir la société CIVILE IMMOBILIERE
MANCHESTER dite SCI MANCHESTER en son appel pour
avoir été introduite dans les forme et délai légaux ;
-Infirmer le jugement querellé en toutes ses
dispositions;
Enrôlée sous le N° RG 396/2020 du rôle général du
greffe de la Cour, l’affaire a été appelée à l’audience du
08 Juillet 2020 puis renvoyée au 14 Juillet 2020 devant
la 5ème chambre pour attribution ;
Une mise en état a été ordonnée, confiée à Monsieur
TRAORE Bakary, Président de chambre ;
Cette mise en état a fait l’objet d’une ordonnance de
clôture n° 225/2020 du 21 Octobre 2020 ;
2
La cause a été renvoyée au 03 Novembre 2020 après
mise en état ;
A cette date, la cause a été mise en délibéré pour décision
être rendue le 17 Novembre 2020 ;
Advenue cette audience, la Cour a vidé son délibéré en
rendant l’arrêt suivant :
LA COUR
Vu les pièces de la procédure ;
Ouï les parties en leurs demandes, fins et conclusions ;
Vu l’ordonnance de clôture de la mise en état
n°225/2020 en date du 21 Octobre 2020 ;
Après en avoir délibéré conformément à la loi ;
FAITS, PROCEDURE, PRETENTIONS ET
MOYENS DES PARTIES
Par exploit de Commissaire de Justice en date du 24
Juin 2020, la Société Civile Immobilière
MANCHESTER dite SCI MANCHESTER a interjeté
appel du jugement RG N°4352/2019 rendu le 19 Février
2020 par le Tribunal de Commerce d’Abidjan, lequel en
la cause a statué comme suit :
« Statuant publiquement, contradictoirement et en
premier et dernier ressort ;
Déclare la Société Civile Immobilière MANCHESTER
dite SCI MANCHESTER recevable en son action ;
L’y dit mal fondée ;
L’en déboute ;
Met les dépens de l’instance à sa charge » ;
Il ressort des énonciations du jugement attaqué,
que par exploit de Commissaire de Justice en date
du 04 Décembre 2019, la Société Civile
Immobilière MANCHESTER dite SCI
MANCHESTER a servi assignation à Monsieur S. N
, d’avoir à comparaître le 11 Décembre 2019 devant
le Tribunal de Commerce d’Abidjan, pour entendre
3
condamner celui-ci à lui payer la somme de
3.000.000 F CFA à titre de dommages et intérêts ;
Au soutien de son action, la SCI MANCHESTER a
exposé que suivant contrat de bail à usage
professionnel, elle a donné en location, à Monsieur S. N,
un local sis à Abidjan, boulevard de Marseille, face à la
nouvelle PERGOLA, moyennant un loyer mensuel de
1.000.000 F CFA ;
Elle a ajouté que sur le montant de 10.000.000 F CFA
représentant le pas de porte, Monsieur S. N ne lui a
versé que la somme de 3.000.000 F CFA restant ainsi
lui devoir la somme de 7.000.000 F CFA à ce titre ;
Elle a indiqué que le 05 mars 2019, Monsieur S. N a mis
fin au contrat de bail et reste lui devoir la somme de
5.000.000 F CFA correspondant aux loyers échus et
impayés de janvier 2019 à mai 2019 ;
Elle a souligné que le refus de Monsieur S. N de payer
sa dette constitue une faute qui l'expose à des frais de
procédure en vue du recouvrement de son dû ;
Elle a sollicité à cet effet, la condamnation de celui-ci à
lui payer la somme de 3.000.000 F CFA à titre de
dommages et intérêts ;
Monsieur S. N n’a pas fait valoir de moyens de
défense ;
Vidant sa saisine, le Tribunal a rendu la décision
querellée ;
Au soutien de son appel, la SCI MANCHESTER sollicite
l’infirmation en toutes ses dispositions, du jugement RG
N°4352/2019, rendu le 19 Février 2020 par le Tribunal
de Commerce d’Abidjan ;
Elle explique que par contrat en date du 16 Août 2018,
elle a consenti à Monsieur S. N
, un bail à usage commercial portant sur un local sis à
Abidjan, Boulevard de Marseille, face à la Nouvelle
Pergola, moyennant un loyer mensuel de 1.000.000 F
CFA ;
Elle ajoute que dans les conditions pour la location des
lieux, un pas de porte a été prévu à hauteur de
10.000.000 F CFA et que pour des questions d'affinité
4
et d’appartenance communautaire, elle a accepté de
donner les clés à Monsieur S.N alors que celui-ci restait
encore devoir à ce titre, la somme de 7.000.000 F CFA ;
Elle précise qu'il a reconnu devoir le montant susvisé
dans une correspondance qu’il a adressé à son
représentant légal, le 08 Août 2018 ;
Elle indique que le 05 Mars 2019, alors que le contrat
suivait son cours et que Monsieur SASSINE NASSIF
restait devoir cinq mois de loyers impayés, il lui a
adressé un courrier de résiliation ;
Elle déclare qu'à ce jour, il est incontestable que
Monsieur S.N reste lui devoir au titre du reliquat du pas
de porte, la somme de 7.000.000 F CFA, celle de
5.000.000 F CFA à titre de loyers échus et impayés,
allant de Janvier 2019 à Mai 2019 et celle de 3.000.000
F CFA à titre de dommages et intérêts ;
Elle fait grief au premier juge de l’avoir déclarée mal
fondée en toutes ses demandes, estimant qu’elle n'a pas
sollicité le paiement des loyers que reste lui devoir
Monsieur S.N, alors même qu'elle en a fait la demande ;
Elle soutient qu'en statuant ainsi, le premier juge a fait
une mauvaise analyse des faits ;
Sur la demande en paiement de dommages et intérêts, elle
déclare que le refus délibéré de Monsieur S.N de
s'acquitter des sommes qu'il sait devoir, l’expose au
paiement des frais irrépétibles d'Huissier, d'Avocat et
autres actes d’exécution en vue du recouvrement de son
dû ;
Elle relève qu’il y a une rétention injuste et injustifiée
de tout ou partie du patrimoine d'autrui qui s'analyse
comme une faute et qui cause à n'en point douter un
préjudice au propriétaire qu’il est, de sorte que le lien de
cause à effet n'est pas à démontrer, tant il est évident ;
Elle sollicite la réparation du préjudice financier qu’elle
subit par la condamnation de Monsieur S.N à lui payer
la somme de 3.000.000 F CFA à titre de dommages et
intérêts, sur le fondement de l’article 1382 du Code
Civil ;
5
La juridiction de céans a soulevé d’office, l’irrecevabilité
de la demande de la SCI MANCHESTER tendant à
obtenir la condamnation de Monsieur S.N à lui payer
des dommages et intérêts sur le fondement de l’article
1382 du Code Civil et a sollicité les observations des
parties ;
DES MOTIFS
EN LA FORME
Sur le caractère de la décision
Considérant que Monsieur S.N a été assigné à Mairie ;
Qu’il n’est pas établi qu’il a eu connaissance de la
procédure ;
Qu’il y a lieu de statuer par décision de défaut ;
Sur la recevabilité de l’appel
Considérant qu’au soutien de son appel, la SCI
MANCHESTER sollicite la condamnation de Monsieur
S.N à lui payer des dommages et intérêts ainsi que les
sommes de 7.000.000 F CF et de 5.000.000 F CFA
respectivement à titre de pas-de-porte et de loyers échus
et impayés ;
Sur la demande relative au paiement de dommages et
intérêts
Considérant que l’examen du contenu de l’exploit
d’assignation en date du 04 Décembre 2019 ainsi que
l’acte d’appel en date 24 Juin 2020 révèle que la SCI
MANCHESTER sollicite la condamnation de Monsieur
S.N à lui payer des dommages et intérêts sur le
fondement de l’article 1382 du Code Civil ;
Qu’or, il est constant qu’en droit, les dispositions de
l’article 1382 du Code Civil qui posent les conditions de
la responsabilité civile délictuelle sont sans application
dès lors que la responsabilité recherchée résulte du
manquement dans l’exécution d’une obligation qui
trouve son origine dans un contrat ;
6
Qu’en l’espèce, alors même que la SCI MANCHESTER
entend engager la responsabilité de Monsieur S.N pour
mauvaise exécution du contrat de bail, elle invoque les
dispositions de l’article 1382 du Code Civil au soutien de
son action ;
Que dans ces conditions, en raison de la violation de la
règle du non cumul des deux ordres de responsabilités
civiles contractuelle et délictuelle, il convient de déclarer
cette demande irrecevable ;
Sur les demandes relatives au paiement du reliquat du
pas-de-porte et des arriérés de loyers
Considérant qu’aux termes de l’article 175 du Code de
Procédure Civile, Commerciale et Administrative, « Il
ne peut être formé en cause d’appel aucune demande
nouvelle à moins qu’il ne s’agisse de compensation ou
que la demande nouvelle ne soit une défense à l’action
principale.
Les parties peuvent aussi demander des intérêts,
arrérages, loyers et autres accessoires échus depuis le
jugement dont est appel et des dommages et intérêts
pour le préjudice souffert depuis ce jugement. Ne peut
être considérée comme demande nouvelle, la demande
procédant directement de la demande originaire et
tendant aux mêmes fins bien que se fondant sur des
causes ou des motifs différents » ;
Considérant qu’en l’espèce, au soutien de son appel, la
SCI MANCHESTER sollicite de la Cour, qu’elle
condamne Monsieur S.N à lui payer la somme de
7.000.000 F CFA au titre du reliquat du pas-de-porte et
celle de 5.000.000 F CFA à titre de loyers échus et
impayés, allant de Janvier 2019 à Mai 2019 ;
Considérant que les demandes susvisées constituent des
demandes nouvelles, car non seulement elles n’ont pas
été soumises au premier juge, mais elles ne procèdent
pas directement de la demande originaire et ne tendent
pas aux mêmes fins, la demande originaire étant relative
au paiement de dommages et intérêts ;
Qu’il y a lieu de déclarer ces demandes irrecevables et
déclarer en conséquence, irrecevable, l’appel interjeté
par Monsieur S.N contre le jugement RG N°4352/2019
7
rendu le 19 Février 2020 par le Tribunal de Commerce
d’Abidjan ;
Sur les dépens
Considérant que la SCI MANCHESTER succombe ;
Qu’il sied de mettre les dépens de l’instance à sa charge ;
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement, contradictoirement et en
dernier ressort ;
Déclare irrecevable, l’appel interjeté par la Société Civile
Immobilière MANCHESTER dite SCI MANCHESTER
contre le jugement RG N°4352/2019, rendu le 19
Février 2020 par le Tribunal de Commerce d’Abidjan ;
Met les dépens de l’instance à sa charge.
Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement les jours, mois
et an que dessus ;
ET ONT SIGNE LE PRESIDENT ET LE GREFFIER./.