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Harlequin HQN® est une marque déposée par Harlequin S.A.

© 2015 Harlequin S.A.

Conception graphique : Alice Nussbaum


© oxanaart -­[Link]

ISBN 9782280340113

Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de tout ou


partie de l’ouvrage, sous quelque forme que ce soit. Ce livre est publié
avec l’autorisation de HARLEQUIN BOOKS S.A. Cette œuvre est
une œuvre de fiction. Les noms propres, les personnages, les lieux, les
intrigues, sont soit le fruit de l’imagination de l’auteur, soit utilisés dans
le cadre d’une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnes
réelles, vivantes ou décédées, des entreprises, des événements ou des
lieux, serait une pure coïncidence. HARLEQUIN, ainsi que H et le logo
en forme de losange, appartiennent à Harlequin Enterprises Limited ou à
ses filiales, et sont utilisés par d’autres sous licence.

83‑85 boulevard Vincent Auriol -­75646 Paris Cedex 13

Tél : 01 45 82 47 47

[Link]-­[Link]
– Je n’en ai aucune idée, Erik. Vraiment aucune, ajoutai-­je
en allant et venant nerveusement dans le luxueux salon d’attente
des premières classes.
– Même pas une prévision ?
– Tu as vu les infos, non ? C’est vraiment une grosse tempête
ici.
Je relevai les yeux vers la grande baie vitrée qui donnait sur
le tarmac de l’aéroport de Chicago. La vue des avions valsant le
long des pistes était un spectacle familier ; ce qui l’était moins,
c’était la tempête de neige effrayante qui paralysait tout l’est du
pays. J’avais décollé ce matin très tôt d’Atlanta pour rejoindre
New York et passer une soirée de Saint-­Valentin ultra-­romantique
avec vue sur l’Empire State Building. Désormais, ce beau projet
était enterré sous un amas de neige et de congères.
– J’ai vu, oui. J’espère juste que tu pourras être avec nous
pour le week-­end, soupira mon frère.
Une pointe de culpabilité me piqua le creux de l’estomac.
Depuis la fin de mes études – soit environ trois ans –, je n’avais
pas vraiment eu l’occasion de passer du temps à la maison, en
famille, dans le Vermont. Il y avait toujours un déplacement,
un rendez-­vous, un impératif. J’étais parvenue à sauvegarder
ce week-­end de la mi-­février au prix de nombreuses soirées au
bureau et d’interminables réunions. Et maintenant, ce blizzard à
lui seul anéantissait tous mes efforts.
Au-­delà de mon énervement face à cette profonde injustice,
je me sentais surtout impuissante. La neige recouvrait les sols
d’au moins dix bons centimètres et le peu d’avions ayant l’auto-
risation de décoller se dirigeait uniquement vers le sud du pays.
J’avais déjà été reprogrammée deux fois. Les flocons s’abattaient
4 Une nuit dans tes étoiles

violemment et en continu, j’étais donc certaine de l’être une


troisième fois.
– Je te rappelle dès que j’en sais plus, soufflai-­je en voyant
les flocons de neige s’abattre de plus en plus vite contre la vitre.
– OK, je vais prévenir papa. Je viendrai te récupérer à l’aé-
roport.
– Si j’y arrive un jour, grommelai-­je, résignée.
J’entendis Erik soupirer à son tour. Même lui, pourtant géné-
ralement d’une joyeuse humeur, se laissait contaminer par mon
défaitisme.
– Tu devrais l’appeler, murmura-­t‑il soudain.
Je me pinçai les lèvres et ravalai la boule d’angoisse qui s’était
instantanément formée à ces mots : je savais très exactement de
qui Erik parlait.
– Erik, je t’aime beaucoup mais ça ne te regarde pas.
Ma bouche s’assécha brutalement, le souvenir de ma dernière
discussion avec Jim me revenant amèrement à la mémoire. La
violence de ses mots, ses poings serrés, cette lueur de rage dans
le regard… Pour la première fois depuis que nous étions en
couple, j’avais ressenti la peur. Le dîner de Saint-­Valentin de ce
soir devait marquer un nouveau départ : une nouvelle affectation
durable avec moins de déplacements pour moi ; une véritable vie
de couple pour lui. Cette mutation à New York était inespérée et
me rapprochait, par ailleurs, de ma famille ; j’avais donc sauté
sur l’occasion.
– Je lui parlerai plus tard, quand je serai enfin arrivée, lâchai-­je
finalement. Je dois dîner avec lui, normalement.
– Et tout recommencer ?
– Je ne veux pas en parler avec toi, le coupai-­je vivement. C’est
peut-­être ton ami, mais ça ne te donne pas le droit d’interférer.
– Anna, admets que tu ne tiens pas tes promesses sur ce coup !
– Je te tiens au courant pour mon vol. À plus tard, Erik.
Je coupai brutalement la communication, avant de m’asseoir
dans un des sièges en cuir. Immédiatement, un serveur vint m’of-
frir un expresso, que je refusai poliment. Je passai une main sur
mon visage, la fatigue que je cumulais depuis plusieurs semaines
se faisant sentir. Parler de Jim, penser à lui, parfois même lui
Une nuit dans tes étoiles 5

envoyer des messages, provoquaient invariablement un début


de migraine.
Je secouai la tête et sortis de ma torpeur en entendant l’hôtesse,
dans le salon, annoncer la fermeture totale de l’aéroport. Parfait !
Cette journée ne pouvait guère être pire. Je repris mon portable
et fis rapidement une réservation au Hilton de l’aéroport.
Ma petite valise trolley à la main, je me décidai à quitter le
salon pour tenter de trouver quelque chose à grignoter. Avec
l’annonce de la fermeture, toutes les boutiques allaient bientôt
être prises d’assaut : je pressai le pas pour dénicher quelques
provisions.
Je me dirigeai vers une des premières boutiques sur ma droite.
Au fond du magasin, je parcourus des yeux les quotidiens dans
le but d’y trouver le Post. Évidemment, il était tout en haut du
rayon. Alors que, sur la pointe des pieds, je luttais pour l’attraper,
je fus soudain percutée à hauteur des genoux.
– Elizabeth ! hurla une voix masculine.
Je vacillai sur mes jambes, me retenant maladroitement au
rayon devant moi, avant de baisser les yeux vers le sol.
– Je suis absolument désolé, ajouta la voix sur ma droite.
Elizabeth, excuse-­toi immédiatement ! gronda-­t‑il fermement.
À mes pieds, je découvrais une petite fille apeurée, aux grands
yeux bleus écarquillés.
– Ce n’est rien, dis-­je rapidement, en relâchant le meuble.
– Ce n’est pas rien, elle aurait pu vous blesser. Elizabeth, s’il te
plaît, présente tes excuses. Maintenant, précisa-­t‑il avec autorité.
– Pardon, madame, murmura-­t‑elle à voix basse.
– Je t’ai déjà dit que je ne voulais pas que tu coures dans les
magasins, reprit l’homme.
Lentement, la petite fille se redressa. Elle portait une robe
rouge vif, ornée d’une bordure en tulle. Ses longs cheveux étaient
maintenus dans une queue-­de-­cheval. Je ne lui donnais pas plus
de cinq ans. Elle alla se réfugier derrière les jambes de l’homme
que je supposais être son père. Son corps gracile disparut et je
la vis pencher furtivement la tête pour me regarder. Je lui lançai
un petit sourire réconfortant, avant de voir qu’elle calait sa main
dans celle de mon vis-­à-­vis.
6 Une nuit dans tes étoiles

– Je vous prie d’excuser ma fille, reprit-­il. Nous sommes ici


depuis trois heures, ça devient difficile à supporter pour elle.
– Aucun souci, je vous assure. Je comprends que la situation
n’aide pas.
– En effet. Liz, est-­ce que tu veux un livre ? lui proposa-­t‑il
en penchant la tête vers elle.
Elle opina doucement en me regardant à la dérobée, encore
intimidée par ma présence. De nouveau, je lui fis un petit sourire,
auquel elle répondit avec malice. Elle relâcha la main de son
père et se dirigea vers la presse pour enfants, son doudou serré
fermement dans une main.
– Et un seul livre, la prévint son père avec un sourire attendri.
Sa veste, qu’il avait enroulée sur son avant-­bras, glissa légère-
ment, le rappelant à la réalité ; il la rattrapa vivement.
– Elle adore les livres, expliqua-­t‑il, son regard naviguant de
moi à sa fille.
– J’adorais ça aussi quand j’étais petite.
Machinalement, mon regard suivit le sien, et je me retrouvai à
fixer cette petite fille brune qui plissait des yeux devant l’étal de
livres pour enfants. Soudain, son visage s’éclaira et elle se saisit
d’un album, un sourire géant sur les lèvres. Je souris à mon tour,
réalisant que j’éprouvais la même fascination à son âge.
– Je crois qu’elle a trouvé son bonheur, commentai-­je.
Sans plus attendre, elle s’assit à même le sol, en tailleur. Elle
posa son doudou entre ses jambes, ouvrit son livre et commença
à le feuilleter avec précaution. Je reportai mon attention sur
l’homme face à moi.
Il regardait toujours sa fille, un sourire doux flottant sur ses
lèvres. Je remarquai alors leur ressemblance, quelque chose dans
la couleur de cheveux et dans ce demi-­sourire un peu hésitant.
– J’espère que votre attente ne sera pas trop longue, dis-­je
finalement en repliant mon journal.
– J’espère aussi. Encore désolé pour ce… télescopage, lança-­
t‑il, une ombre de gêne voilant son regard lumineux.
Je levai maladroitement la main pour lui signifier à la fois la
fin de notre conversation et l’inutilité de ses excuses avant de me
diriger sur la gauche pour acheter une bouteille d’eau. Derrière
Une nuit dans tes étoiles 7

moi, j’entendis la voix de l’homme parler doucement à sa fille,


lui rappelant de ne pas courir dans les magasins.
– C’est celui-­ci que tu veux ? demanda-­t‑il doucement.
– Oui, papa.
Je ne résistai pas à l’envie de les regarder de nouveau.

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