Évolution des secrétaires au Ministère
Évolution des secrétaires au Ministère
Juin 2018
Ghislaine DONIOL-SHAW
Pour les interviewées, à l’exception d’une seule, l’orientation vers le secrétariat n’est
pas une « vocation ». Sans parler pour autant de choix contraint, l’orientation est
d’abord celle de la famille, plus ou moins déterminée par des raisons économiques
ou plus simplement le souci d’être assurée que la formation déboucherait sur un
emploi. Cette question a pu trouver un écho chez certaines, peu attirées par les
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études et/ou qui voulaient sortir du milieu familial et s’insérer au plus vite dans le
monde du travail.
On observe qu’en dépit de cette orientation faiblement choisie, toutes sauf une ont
investi la formation avec intérêt. Elles soulignent le côté « ludique » des activités
propres au secrétariat comme la frappe et la sténo et peut-être plus encore le défi de
la rapidité. Elles ont conscience aussi de l’expertise qu’elles détiennent tant en
frappe qu’en sténo et qu’elles ont « de l’or dans les mains » comme l’une d’elles a pu
l’entendre dire. Il est évident que l’arrivée de la micro-informatique a atteint ce
« cœur de métier » et rendu quasiment caduque aujourd’hui cette expertise.
Sur les onze interviewées, huit ont donc fait toute leur carrière ou presque dans la
fonction publique mais seulement quatre d’entre elles sont directement entrées en
tant que titulaires suite à un concours. Deux d’entre elles avaient effectué leur
formation dans des écoles qui préparaient spécifiquement les élèves aux concours
de la fonction publique. Les autres ont commencé dans des emplois d’auxiliaire ou
de vacataires, le plus souvent par l’entremise d’un parent ou d’une connaissance
travaillant au Ministère et à même de les orienter vers des personnes ou des
services susceptibles de les recruter. Leur titularisation s’est faite suite à leur
présentation à un concours, dans l’année ou au plus dans les deux ans après leur
première embauche. Toutes ont réussi ce premier concours dès la première
passation.
Que le premier emploi occupé soit dans l’administration ou dans le secteur privé il est
remarquable de constater qu’il a représenté pour toutes une entrée positive dans le
monde du travail1 ce qui est souligné comme étant absolument déterminant par l’une
d’entre elles : « L’entrée est très importante parce que cela donne envie de
continuer, on a soif d’apprendre, on a une curiosité qui permet de comprendre
comment ça fonctionne etc. »
Elles expliquent avoir été accueillies avec bienveillance et soutenues tant par la
hiérarchie que par les collègues :
« J'étais associée dans le même bureau que l'assistante du service en chef et
j'avoue que c'est elle qui m'a appris le métier, parce qu'on a ça dans les mains, mais
après, il faut s'adapter au service, il faut s'adapter aux besoins des personnes. »
« J’ai eu la chance d’avoir une personne qui m’a un peu coachée dans le métier de
secrétariat… Elle m’a appris le métier. J’étais tout de suite intégrée dans le
secrétariat, avec des missions de dactylographie, bien sûr, et puis d’organisation de
réunions, de déplacements, d’agendas, tout de suite. »
« Les gens avec qui j’ai travaillé ont été formidables… Le travail en tant que tel, je
n’en sais rien, c’était bien, ce n’était pas bien, enfin j’avançais, je travaillais bien. Je
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A l’exception de l’une d’entre elles qui, suite à l’obtention de son CAP, à 16 ans, ne trouvant pas
d’emploi immédiatement dans le secrétariat, est partie en Province pendant trois mois travailler dans
un atelier de couture : « j’ai travaillé à 16 ans et demi, c’était, je trouve, d’une violence absolue. »
Toutefois, l’emploi trouvé ensuite, en correspondance avec sa formation, a rétabli un lien positif avec
le travail.
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suis un peu rigoureuse : quand on me donne un travail, je le fais bien, j’essaie de le
comprendre. Jusqu’à aujourd’hui, c’est les gens avec qui j’ai travaillé qui m’ont
amenée à aimer ce que je fais… J’ai eu beaucoup, beaucoup de chance avec les
gens que j’ai rencontrés. Du coup, ils m’ont fait aimer mon travail, puisque ce qui,
moi, me motive, c’est les gens avec qui je travaille. Si tout va bien, ça va, je pose des
questions, ils me demandent plus de choses… »
Les structures qu’elles intègrent, aussi bien dans l’administration que dans le privé,
ont été pour la plupart de petite taille ce qui facilite aussi l’intégration et la prise de
responsabilité :
« Je remplaçais des congés maternité sur une durée de 6-7 mois, sur deux postes
d’assistante. Je gérais les paies, j’étais assistante jusqu’à la gestion du temps et le
règlement des salaires. »
« On n’était que trois dans le bureau, c’était un petit bureau à l’époque, avec le chef
de bureau, une catégorie A et moi comme secrétaire. Les tâches étaient la frappe du
courrier, les photocopies, les télécopies. On filtrait les appels du chef de bureau.
C’était très classique, mais je faisais quelque chose en plus, c'est-à-dire que
j’enregistrais la comptabilité des chapitres budgétaires de la DC. »
Les formations suivies ne les avaient pas confrontées au monde du travail, aucun
stage ne les accompagnant. Leur jeune, voire très jeune âge, a en fait été un
véritable atout parce qu’elles étaient dynamiques et réactives. La prise en sténo ou
leur rapidité en dactylo sont parmi les compétences qu’elles mettent fréquemment en
avant parce qu’elles estiment qu’elles sont au cœur de la reconnaissance de leurs
capacités et par là de leur évolution professionnelle.
« À l’époque, je pense qu’il n’y avait pas beaucoup de secrétaires qui prenaient en
sténo… En tout cas, je n’en ai pas vu beaucoup, alors que la secrétaire générale
l’utilisait énormément. Déjà, elle était juriste de formation et elle avait l’habitude d’être
très éloquente, de parler très rapidement, et du coup elle employait énormément la
sténo pour la dictée des courriers etc. Et donc, elle demandait une rapidité. Les
moyens généraux demandaient d’être très rapide, et j’avais ces atouts. Elle avait
certainement décelé en moi ce côté rapide, fiable, enfin je ne sais pas très bien en
vérité, mais ça a collé tout de suite. »
« On était deux pour un service d’à peu près une quarantaine. Elle s'occupait plus du
responsable du service et de son adjoint, et moi, j'étais plus la petite main pour
l'ensemble des autres… Je faisais tout. Je tapais tous les courriers, tous les
marchés... Et ils étaient contents, parce que moi, j’allais très vite. Donc plus j’allais
vite, plus ils m'en donnaient. »
« Je tenais le standard, je faisais la gestion du courrier et la tenue de la caisse parce
que c’était un magasin où les gens payaient souvent en espèces (ou par chèque car
il n’y avait pas de carte bleue à l’époque). Au fur et à mesure, on s’est rendu compte
que j’avais du dynamisme et on m’a donné l’organisation des livraisons (tournées
des livreurs), un peu de relation avec la clientèle… »
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DE LA MACHINE A ECRIRE MECANIQUE AU MICRO-ORDINATEUR : UNE
EVOLUTION PLEBISCITEE
Une seule des interviewées n’a pas du tout apprécié devoir apprendre la frappe sur
une machine à écrire mécanique : « Je démarrais très très mal ! Je suis plutôt
quelqu’un d’assez rapide et énergique, mais alors ces espèces de vieilles machines
avec un écart de 20 cm entre chaque touche, où je m’éclatais les ongles…. » Elle
souligne toutefois qu’heureusement cela n’a pas duré longtemps et qu’elles ont été
remplacées par « des machines plus modernes, le balbutiement de la machine
électrique à mémorisation de lignes. Du coup, ces vieilles machines poussiéreuses
que j’ai failli passer par la fenêtre, je les ai très peu vécues. » Une autre exprime des
difficultés similaires, mais qui ont été dépassées : « On avait des anciennes
machines et on se coinçait les doigts dans les touches. Je n’y arrivais pas, je plaçais
toujours mal mes doigts. L’année suivante, on a changé de professeur avec qui cela
s’est bien passé tout de suite. Et là, on m’a fait passer sur ces espèces de grosses
machines ; on est passé de la machine mécanique à la première machine
électronique »
Pour toutes les autres, cet apprentissage de la frappe sur une machine à écrire
mécanique à barres de lettres n’a non seulement pas posé de problème particulier
mais a pu déterminer le choix de la filière de spécialisation en CAP ou BEP entre
secrétariat et comptabilité : « Comme j’aimais bien taper à la machine, je suis restée
dans le secrétariat. »
Il faut noter aussi le cas particulier de celle dont la formation de base n’était pas du
tout dans le secrétariat (formation en langues étrangères) et qui n’a jamais appris à
taper à la machine : « Je tapais avec deux doigts… C’est toujours un peu le cas
aujourd’hui, j’ai des doigts qui sont toujours restés au repos !». Cela ne l’a pas
empêchée d’être embauchée au Ministère, à l’Ecole des Ponts et Chaussées, sur un
poste de secrétariat où le travail de frappe était important : « Il fallait taper ou
dactylographier ce que les chercheurs rédigeaient sur papier… mes deux doigts
suffisaient ! »
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Quoiqu’il en soit, cette évolution marque une étape très appréciée :
« Ça change la vie. Oui, ça va déjà plus vite. En plus, sur les machines mécaniques,
il n'y avait pas de ruban correcteur, donc soit c'était au crayon gomme, ou alors ces
espèces de feuilles de poudre blanche, qu'il faut réintercaler entre la frappe et le
ruban encreur. La machine électrique, ça a été un pur bonheur. Déjà, on ne
s'esquintait plus les doigts, il y avait une correction, si on avait raté un paragraphe,
on pouvait corriger… On n'avait plus besoin des carbones, et on faisait tout en tirage
papier, en photocopie. »
« C’était des IBM à boules, c’était révolutionnaire quand même… Je ne me souviens
d’aucune difficulté. Rien qui ne m’ait marquée en disant : « Je ne vais pas y arriver ».
Ce que je trouvais « ludique », c’est qu’on pouvait changer de boule pour avoir une
police de caractères différente. »
Le coût des machines électriques étant cependant sensiblement plus élevé que celui
des machines mécaniques, les deux types de machines ont souvent coexisté : « On
se partageait une machine électrique, mais on avait toujours la mécanique quand
même. Il y en avait une pour deux et selon les travaux, si c'étaient des gros
documents à dactylographier, on prenait plutôt l'électrique, si c'était du courrier
lambda, on prenait la mécanique. On avait tellement l'habitude… »
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L’une des interviewées a disposé dès son premier emploi, en 1984, au Ministère de
l’Equipement, de ces toutes premières machines, sa formation s’étant par ailleurs
effectuée sur une machine électrique.
« J’ai eu de la chance, j’arrivais au frémissement du traitement de texte… On avait la
Japy Toptronic… C’était assez intuitif, c’était vraiment le début. C’était une machine
avec un écran, c’était assez fatigant au niveau visuel parce qu’on tapait et on avait
une petite bande qui défilait… J’étais un peu consciencieuse et je relisais ensuite la
production pour ne pas faire de faute. Donc, c’était pour moi un peu fastidieux au
départ. Le grand avantage que j’en ai obtenu, c’est que je relisais tout mot pour mot
et du coup j’ai beaucoup amélioré ma rédaction !»
Ces machines n’ont, en règle générale, pas été utilisées très longtemps.
« Je n’ai pas connu cette machine trop longtemps. C’est là que je me suis aperçue
que l’évolution allait très vite. »
« Je ne l’ai pas eue longtemps, six mois peut-être, et on est passé aux ordinateurs ».
Pour certaines la transition avec le micro-ordinateur s’est faite à la suite, pour
d’autres elles ont d’abord connu le passage par la machine à écrire avec non plus
une ligne visible mais un petit écran, ce qu’on a appelé alors la machine à traitement
de texte. Elle a certes constitué un progrès mais elle laisse cependant des souvenirs
d’une adaptation pas toujours aisée.
« Au bout de deux ans, ils nous ont mis un écran, mais cela n’a duré qu’une année.
C’était un petit écran connecté à la machine. On n’a pas gardé longtemps cette
machine, trois ans je pense. C’était une transition entre la machine électronique et
les ordinateurs. On voyait à l’écran une grande partie du texte. Là, je crois qu’on n’a
pas eu de stage. Au début, on n’allait pas vite parce qu’on ne voyait pas quelle
touche appuyer, il fallait trois ou quatre jours d’adaptation. C’était un peu différent de
voir le texte en entier au lieu de la ligne parce qu’on s’était habitué finalement à la
ligne ! Mais bon, c’était juste une adaptation de quelques jours. »
« Quelque temps après, j’ai vu arriver « l’écran ». Un an à un an et demi après, qui
était complémentaire et qui facilitait la visibilité. Il y avait quand même une petite
difficulté, il fallait retransformer ce qu’on avait déjà tapé avec la petite réglette. Il y
avait toute une opération à faire pour que ça apparaisse sur l’écran. Je me suis très
bien adaptée. Ca a été assez facile.
« Je suis passée sur la machine à traitement de texte, avec donc le petit écran. Je
me souviens que j’avais du mal avec cette machine. Je m’y suis faite, mais je me
suis nettement mieux sentie quand je suis passée à l’ordinateur ! »
L’une des interviewées, en poste à l’époque en Direction Régionale, évoque quant à
elle des souvenirs particulièrement déplaisants avec l’arrivée de ce type de machine,
au début des années 80, d’autant plus que l’organisation d’alors était encore sous
forme de pool de dactylos, pools qui n’existaient par ailleurs plus depuis plusieurs
années à l’administration centrale.
« Dans le pool il y a eu les premières machines à traitement de texte, ces espèces
de gros engins-là. On aurait dit des machines électriques à tisser le tissu. Vous
savez, ça fait bzzz, bzzz, bzzz. Ils ont investi financièrement dans cette machine, au
lieu d’investir dans les machines électriques, mais enfin ça, c'est mon point de vue.
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C'était laborieux, c'était bruyant. La formation, elle n'était pas simple. L'emploi de la
machine n'était pas simple, parce qu'il fallait taper un texte, mais ce n'était pas
retranscrit tout de suite. Donc il fallait un temps d'arrêt pour que la machine
retranscrive, c’étaient des machines à traitement à mémoire en fait. C'étaient les
premières mémoires. Le temps qu'elles enregistrent, c'était là qu'on avait le bzzz,
bzzz, bzzz. Et on savait qu’on pouvait continuer. C'était l'horreur. Et pour le
lancement des impressions papier, on pouvait le faire qu'entre midi et deux, quand
les agents allaient déjeuner, parce que le bruit était vraiment insupportable. On ne
s'entendait pas parler. »
Les plaintes des secrétaires, à qui on avait promis une prime qu’elles n’ont en fait
jamais obtenue, et leur mobilisation, avec l’aide des syndicats, ont finalement eu
raison de ces machines et ont eu aussi, indirectement, pour conséquence la
disparition, non sans mal, du pool : « Ensuite, à force de jouer des coudes, et puis
ma volonté de casser ce pool de dactylo, j'ai réussi à leur faire admettre que chaque
personne, on était 4-5, que chaque personne soit associée à un responsable de
service, et devienne une secrétaire à part entière. »
Aucune autre interviewée n’a eu à connaître l’organisation en pool de secrétariat,
l’une d’elle ayant précisé que son embauche, à l’époque au Ministère du logement et
de l’urbanisme, était liée à la disparition des pools : « En 1978 il y avait une
explosion des pools, de ces grandes salles où quarante secrétaires tapaient. Ces
pools n’existant plus, les gens de ces pools avaient l’autorisation de choisir un chef
de bureau, ce qui fait qu’il n’y avait pas assez de secrétaires pour tous les chefs de
bureau. » Ce poste en pool avait d’ailleurs représenté une régression importante par
rapport aux emplois précédemment occupés et on comprends l’énergie déployée
pour le faire disparaître et retrouver des conditions de travail satisfaisantes : « J'ai eu
l'impression d'avoir régressé, parce qu’autant, dans le premier poste, j'étais associée
à l'assistante de direction, le deuxième poste, on était trois, mais bon, quand même
soudées. Et j'arrive ici, pool de dactylo ! Donc il y a des progressions, mais il y a des
régressions ! »
Cela montre aussi, qu’au début des années 80, on était loin d’avoir une politique
d’harmonisation des conditions de travail et de l’organisation au sein du Ministère et
plus spécialement entre l’administration centrale et les services déconcentrés.
Certes l’échantillon interviewé est très petit, mais il est néanmoins remarquable de
constater tant la diversité des conditions d’arrivée de ces nouveaux outils que celle
des outils eux-mêmes, même si les souvenirs des marques des appareils et plus
encore des noms des logiciels se sont pour beaucoup estompés.
Une seule des interviewées avait été initiée à la micro-informatique avant son
premier emploi, dans le cadre de sa formation : « Fin 88, on commençait
l’informatique. On avait déjà une prof d’informatique qui était arrivée à peu près un
an avant, et on commençait à se familiariser avec l’ordinateur… C’étaient déjà des
micro-ordinateurs. On apprenait même à faire des petits logiciels marrants avec des
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petites choses qui bougeaient. C’était super, c’était la révolution, puisqu’on avait
appris à taper à la machine. C’était plus facile en plus. »
En 1989, elle est reçue à un concours qui la fait rentrer à Météo France où elle
dispose tout de suite d’un micro-ordinateur : « C’était un ordinateur. Enfin pas ce
qu’on a maintenant, c’était un cube, je ne sais plus ce que c’était. Ça ressemblait au
minitel, mais c’était un ordinateur. Ça commençait déjà à se moderniser. C’était déjà
bien moderne. »
Pour la plupart des interviewées, c’est entre 1989 et 1991 que les micro-ordinateurs
sont arrivés et ont remplacé les machines à écrire traditionnelles ou les machines à
traitement de texte. Pour deux d’entre elles cela a été plus précoce, dès 1986-87,
parce qu’elles ont bénéficié des premiers micro-ordinateurs Macintosh. A cette date
l’une était à l’Ecole des Ponts et Chaussées et c’était son premier emploi, intégré en
1985, et l’autre au centre de documentation du CETE Méditerranée. Il s’agit là de
deux établissements techniques à l’avant garde des technologies. A cette époque les
milieux de la recherche et de l’enseignement supérieur privilégiaient, lorsqu’ils en
avaient les moyens, le matériel Macintosh sur les PC.
« Comme l’École des Ponts était bien dotée, j’ai eu un Macintosh tout de suite.
C’était génial. Le petit Macintosh (le cube), j’ai adoré ! Je suis rentrée en octobre 85
à l’École des Ponts et ça devait être en 86 quand j’ai eu le Macintosh. Ou 87 ? Je ne
me souviens plus très bien… J’ai eu une formation sur place… C’était super, c’était
moderne, ultra rapide. »
« Il y avait les pro Mac et les pro PC. Les pro PC, il fallait déjà avoir un certain niveau
informatique pour pouvoir s'en servir, parce que je crois que les notices étaient tout
en anglais. Et le Macintosh, c'était un outil de travail qui était bureautique, qui était
déjà abordable. Il fallait un peu se familiariser avec la souris. Mais alors là, ça aussi,
ça a été une révolution. Et c'est là que j'ai découvert mon premier Macintosh, à
rentrer des données. Et donc le monde de la documentation, un monde que je ne
connaissais pas du tout, il a fallu que j’apprenne tout de A à Z. »
Dans le cas de ce dernier témoignage, la mutation réalisée en 1989 dans une DRE la
confronte à un matériel jugé nettement moins convivial : « Le service informatique
avait créé ces espèces de micro. Moi, j'appelais ça des corbillards, parce que ça
avait un petit peu l'aspect du Macintosh, mais c'était tout noir. Le fond était noir,
l'écran était noir, le clavier était noir. C'était la politique du ministère, enfin la politique
informatique du ministère qui avait imposé des logiciels de traitement de texte qui
n'avaient rien à voir avec Word, c'était le logiciel du ministère. C'était horrible comme
mise en page. Je n'ai même pas de mots tellement c'était moche. C'était quand
même facile d'accès. C'est l’ergonomie qui était très moche. »
Ce sont donc des PC qui sont le plus généralement introduits dans les bureaux, avec
les limites des premiers modèles mis sur le marché, mais on constate aussi que le
Ministère s’est adapté aux évolutions c’est-à-dire que les nouveaux matériels (et
logiciels) ont été introduits au fur et à mesure des avancées technologiques.
« Lorsque je suis arrivée au ministère (en 1988), j’ai découvert l’ordinateur sous
Smart, ce fameux écran noir très basique où on se contentait de taper les lettres au
kilomètre. Il y avait peu de possibilités par rapport à ce qu’on a connu. On avait juste
un menu à gauche pour faire des actions très basiques, et dans le cadre de droite,
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plus grand, on tapait les lettres. Ensuite, en 1989, on est passé assez rapidement
aux fameux Word et Excel où j’ai suivi une formation spécifique pour pouvoir faire la
transition… Cela ne m’a pas posé de problème de changer de logiciel. Au contraire,
on avait beaucoup plus de possibilités. C’était vraiment la révolution par rapport à ce
qu’on avait avant. »
Des formations en interne ou en externe ont généralement accompagné l’arrivée des
micro-ordinateurs et leur évocation fait surgir de nombreux souvenirs et anecdotes
qui soulignent la nouveauté que représentaient ces matériels par rapport aux
machines à écrire, y compris les plus « modernes » avec mémoire de ligne ou petit
écran.
« La difficulté dont je me souviens (on était plusieurs), c’était la prise en main de la
souris. On avait le réflexe de lever la souris, mais on était plusieurs à le faire… Je me
souviens, en formation, on ne faisait pas la relation entre la souris et la flèche qu’on
voyait à l’écran, on la levait, comme si en la levant, on allait au plus près de la
flèche… Cela faisait rire tout le monde ! Puis, on a compris qu’il fallait la laisser sur
un petit tapis… »
« Du jour au lendemain, moi et ma collègue, on a eu l’ordinateur, sauf que le
lendemain nous sommes parties à la formation. Avec ma collègue, on s’est mis à rire
parce qu’au bout d’une demi-heure, on a dit à la formatrice : « On ne sait pas allumer
le micro, on n’a jamais touché à une souris » ! On lui a dit qu’on avait reçu
l’ordinateur la veille et qu’on n'avait pas pu s’exercer. On était toujours les dernières
dans ce stage parce qu’on n’arrivait pas à cliquer sur la souris ! »
« Heureusement qu’on a eu un stage (une journée) parce que je ne connaissais rien
du tout au micro. Ma formation à l’école était sur la machine électrique et
heureusement qu’on a eu le stage. On a quand même peiné au moment du stage
parce qu’on était toujours les dernières. Il y avait des gens qui savaient déjà utiliser
la souris correctement et les programmes. Nous, on découvrait tout ! On riait, enfin
on riait jaune… Mais bon, cela s’est quand même bien passé. »
« Le ministère dispensait des sessions de formation à l’utilisation de l’ordinateur et
des différents logiciels de traitement de texte, de présentation sur PowerPoint. Les
formations se faisaient ici sur place. J’ai suivi plusieurs formations, pour des tableaux
intégrant des petits calculs simples, pour du texte… C’était indispensable en tout
cas. »
« La personne qui nous a formés, c’est une ancienne secrétaire qui s’est orientée sur
l’informatique. Elle connaissait vraiment nos besoins, elle savait comment s’exerçait
le métier, elle pouvait devancer nos questions. Ca nous a facilité les choses. »
« La première formation que nous avons faite avec ma collègue, c’était quatre jours
dans une société qui s’appelait la Secretex. C’était une formation au traitement de
texte. Quand on est sorties au bout des quatre jours, on s’est dit avec ma collègue
« Mon Dieu ! », c’était tellement nouveau. Nous étions les premières à être formées
à ces machines. Et donc, en arrivant le lundi matin, on s’est dit « Mon Dieu, comment
ça va se passer ! ». Et là, ils étaient tous autour de nous, comme des grands enfants,
et ils voulaient voir comment on avait été formées et ce que ça donnait. Et là, je ne
vous dis pas leurs grands yeux, malgré qu’ils connaissaient un peu (ils avaient déjà
vu un peu ailleurs). Quand ils ont vu qu’on pouvait taper, effacer etc., c’était une
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véritable transformation. En plus, ils prenaient du plaisir à nous donner des
documents pour qu’on puisse s’exercer… C’était facile, ça m’a bien plu. La formation
avait été très bien, on avait eu une très bonne formatrice. »
De façon plus exceptionnelle, l’apprentissage a pu se faire seule ou du moins sans
formation formelle, c’est-à-dire parfois avec l’aide de collègues ou de la hiérarchie :
« On ne sait pas comment on le fait, mais on apprend, on n’a pas le choix. Sur tous
les outils, Outlook, Excel, tout ce qui est mis à disposition, je n’ai jamais fait de
formation. On tapote, si on ne sait pas, on demande à l’une ou l’autre, quelqu’un
trouve la solution, on fait un peu comme ça, on tapote chaque jour. Finalement, on
se rend compte qu’on apprend tout seul. L’année dernière, on a changé de logiciel,
on n’a pas eu de formation. Du jour au lendemain, on est arrivé au bureau, et hop, on
n’a plus le même. Vous arrivez après un week-end, et ce n’est plus les mêmes
machines sur les bureaux. « Ah mince, où est-ce que je fais ça, où est-ce que je fais
ça ? ». On n’a pas le choix, il faut trouver. Finalement, on y arrive. »
« J’ai demandé à faire une formation sur Excel, mais j’ai d’abord découvert le produit
moi-même. Quand j’avais un moment libre, je tapais n’importe quoi sur le micro et
j’essayais de comprendre les fonctions. »
L’arrivée des micro-ordinateurs constitue donc une avancée considérable dans le
travail de frappe dévolu aux secrétaires et toutes se sont emparés, sans réticence,
des possibilités offertes par ce nouvel outil. Le terme de « moderne » revient
fréquemment dans les propos. Elles sont jeunes, voire très jeunes dans ces années
89-91, quatre ont moins de 20 ans et la plus âgée a 40 ans, ce qui explique aussi
leur engagement sans craintes dans l’apprentissage de ces outils modernes.
S’agissant des débuts de la micro-informatique, on peut souligner aussi que, le plus
souvent, leur hiérarchie découvrait en même temps qu’elles ces outils. Les
secrétaires avaient toutefois l’avantage de maîtriser la frappe et l’usage du clavier ce
qui, en dépit des différences de logique de fonctionnement avec une machine à
écrire classique, leur facilitait néanmoins l’apprentissage de cet outil. Elles ont donc
pu dans un premier temps consolider leur expertise en matière de frappe en même
temps qu’elles ont enrichi leur « offre » en tant que secrétaires par les possibilités
nouvelles créées : diversification des mises en forme, création de tableaux et
graphiques…
Une seule des interviewées a été confrontée à une « proposition » de sa hiérarchie
visant à réduire son travail à de la « frappe au km » mais elle a su faire valoir une
tout autre position :
« Ensuite, sont arrivés les ordinateurs, peut-être un an et demi après mon arrivée,
aux environs de 89-90… C’est moi qui m’y suis mise. Les premières fois où on m'a
sollicitée pour travailler, le patron me dit : « Vous allez me taper tout ça au
kilomètre et on mettra en page ». Et là, je dis « Non, soit je fais tout, soit je ne fais
rien parce que je ne veux pas faire du travail idiot. Si je change de service, il est
indispensable que je sache utiliser ce matériel». Ils ont dit oui… Je ne voulais pas
travailler bêtement. Si je changeais de service et que je ne savais pas mettre en
page, c’était nuisible pour moi quelque part. Et ils m’ont formée, je n’ai pas pris de
cours à l’extérieur… Je n’ai pas rencontré de problèmes particulièrement. Du
moment où je leur ai demandé de travailler sur cette mise en forme, ils se sont
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vraiment mis à ma disposition pour m’expliquer. C’était l’avenir, je n’ai pas refusé, au
contraire, il ne fallait pas rester à la traîne ou dans son coin ! Ça mettait du piment
aussi, c’était autre chose, il fallait rebondir, et puis c’était l’évolution et il ne fallait pas
la laisser passer.»
Le micro-ordinateur a d’un côté considérablement allégé la tâche de frappe, en
pardonnant les erreurs et en autorisant les corrections, et de l’autre enrichi cette
même tâche par les possibilités de créativité, de touche personnelle, qu’il permettait
dans la présentation des textes.
« C’était super, c’était génial quand même, c’était une avancée considérable. Déjà, il
n’y avait plus toutes ces copies, plus cette inquiétude de se dire… Du coup, ça a
allégé notre relecture, même si j’ai toujours fait attention à ce que je passais au
directeur, au niveau fautes d’orthographe. Du coup, on était moins rigoureux, mais le
directeur qui avait compris qu’on pouvait modifier plein de choses en un tour de
main, il n’hésitait pas à rechanger mille choses dans la lettre. C’était l’avantage des
deux côtés, et ça perdure aujourd’hui. Quand je lui passe des choses, il n’hésite pas
à tout remodifier, voire plusieurs fois, ce qui n’était sans doute pas le cas quand on
avait ces machines. C’est sûr que ça a donné des facilités dingues. On pouvait
bouger la présentation, on pouvait présenter des choses un peu plus ludiques...
C’était merveilleux ! »
« Je me suis vraiment réalisée aussi parce que c’était passionnant. Et là c’est pareil,
il fallait intégrer des graphiques, des photos, ce que je ne savais pas faire. Et donc
plus j’avançais dans le temps, plus ça devenait pointu et plus c’était intéressant… Au
départ, je tâtonnais parce que c’était une nouveauté pour moi. J’ai eu une petite
collègue qui a demandé sa mutation quelque temps après que je sois arrivée… Elle
était vraiment pointue et elle m’a transmis toute sa science. Et puis, j’ai appris par
son intermédiaire comment aller trouver des astuces et c’est moi qui y ayant pris
goût cherchais des astuces et les donnais ensuite aux autres. On faisait un book où
on marquait tout ce qu’on trouvait, sinon cela n’avait pas d’intérêt. On se faisait part
de nos découvertes… Je conseille aux « assistantes » qui s’ennuient de passer par
là et elles verront, elles en sortiront grandies. »
« On avait une organisation et, ce que j’adorais faire, c’était qu’il fallait garder nos
documents, les enregistrer et donc avoir une nomenclature, donc la créer. J’aimais
bien imaginer les choses et on avait conçu un enregistrement avec un système pour
retrouver facilement les fichiers… On avait imaginé un système de classement dans
l’ordinateur »
Le plaisir de travailler les textes sur ordinateur ne s’est pas démenti mais l’arrivée,
quelques années après l’introduction des micro-ordinateurs, d’internet et de la
messagerie électronique, simultanément au développement de multiples applications
de gestion, a transformé les façons de travailler de tous et rendu progressivement
moins centrale l’expertise des secrétaires dans le saisie et la mise en forme des
documents. Selon les postes occupés ou les opportunités offertes, cela a pu
favoriser des ouvertures vers des responsabilités plus autonomes, plus proches de
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tâches de gestion que de secrétariat, ou être perçues comme une perte d’intérêt du
travail, du fait d’une implication de plus en plus réduite dans le contenu des activités
du service. Plus souvent, c’est une sorte de combinaison entre ces deux aspects qui
ressort des entretiens, chacune ayant pu rencontrer au fil de son parcours, à
l’occasion de changements de service ou de changement de responsables
hiérarchiques, des opportunités de développement ou inversement connaître des
désillusions, même si cette dernière situation est nettement plus rare et que les
propos expriment plus souvent une certaine nostalgie des expériences passées.
Si l’arrivée des micro-ordinateurs est relativement bien située, celle d’internet est plus
floue et en tout cas plus dispersée dans le temps. Les unes peuvent la dater du
milieu des années 90 tandis que d’autres ne la datent pas d’avant 2000 :
« Je n’ai pas souvenir, dans cette période, jusqu’à 2000, qu’on ait eu des mails. Je
ne me souviens pas si quelques-uns en avaient. Mon directeur, c’est sûr, il n’en avait
pas. »
« On avait aussi la messagerie effectivement, mais j’ai comme un blanc… Cela s’est
fait tellement naturellement, tellement spontanément. En fait, on attendait. L’internet
nous a un peu surprises, mais là c’était l’évolution normale de l’informatique… »
« Quand je suis arrivée en 2000 au ministère de l’Équipement, je crois qu’on ne
l’avait pas tous. Je me souviens de 2000, l’arrivée à l’Arche de la Défense et d’avoir
tous les outils possibles et inimaginables, un service informatique sur place. Mais
dire si on avait des mails, je ne me souviens pas du tout. »
« C'est arrivé en 98. on marchait par fax. Ça aussi, le fax, les télex. On n’avait pas
Internet, on n'avait pas de messagerie. »
« Il y avait l’internet (en 1996-97). Je suis arrivée en cabinet en 94, il n’y avait pas
l’Internet, j’allais faire des recherches sur le minitel. »
« Le travail de secrétariat petit à petit a évolué vers le travail d’assistante puisqu’on
tapait énormément de lettres, et depuis que la messagerie a été mise en place…
C'est dans les années milieu 90… »
Le flou vient de ce que les moyens offerts par l’internet se sont déployés
progressivement de telle sorte que l’impact sur le travail n’a pas été sensible
immédiatement. De plus, dans ses débuts, la fiabilité de cet outil n’étant pas assurée,
les modes de fonctionnement « traditionnels » ont pu perduré en parallèle.
« On tenait l’agenda sur papier parce que le jour où il y avait une panne informatique,
il fallait vraiment qu’on sache où il allait, ce qu’il faisait, qui il rencontrait. On pouvait
l’avoir en tête, mais si pour une raison quelconque j’avais été absente, il fallait que
les gens puissent voir. On doublait donc avec le papier. Nous étions alors entre 99 et
2009. On avait quand même pas mal de pannes informatiques et donc il fallait être
vigilant. Vous savez, s’il y avait des rendez-vous à Matignon ou à l’Élysée, ou avec
des personnalités importantes, et qu’il arrive en retard, ou qu’il rate son rendez-
vous… C’était toujours sous tension, mais j’aimais beaucoup ! »
« On avait un agenda papier et un agenda électronique, ce qui n’est plus le cas
aujourd’hui. Avec H…, il ne pouvait pas se passer de son agenda de toute façon,
donc j’avais un double agenda, que j'allais lui prendre tous les jours et on mettait
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dans l'agenda électronique, mais on ne mettait pas tout. Aujourd'hui, on met tout et,
quand c’est confidentiel, on voit seulement que le créneau est pris. »
« On utilisait le fax jusqu’à encore récemment, même si maintenant on évite de le
faire parce qu’on a d’autres outils. Mais vous avez des organismes qui veulent
toujours recevoir des fax. »
La différence majeure entre l’arrivée des micro-ordinateurs et celle d’internet nous
semble cependant tenir au fait qu’internet s’est déployé sur des fonctions nullement
propres au secrétariat 2 . Internet est d’abord un système d’information et de
communication dont chacun se sert selon ses fonctions et ses responsabilités. Ainsi,
si la micro-informatique, à travers les logiciels de traitement de texte, a accru les
compétences des secrétaires, dans un domaine où elles excellaient déjà, l’Internet
est loin d’avoir eu un effet aussi univoque dès lors que ce ne sont pas elles, mais leur
hiérarchie, voire l’institution qui instaure des règles communes à tous les services,
qui décide des conditions d’usage de ces nouveaux moyens d’information et de
communication.
Il devient donc de plus en plus difficile de « mettre de soi » dans son travail, tant il
devient dépendant des manières de faire de sa hiérarchie, et/ou de règles et de
moyens « communs » qui peuvent parfois apparaître peu appropriés aux besoins du
service.
Certaines applications sont ainsi plus spécialement pointées du doigt.
« Ce logiciel déplacement, on a énormément de mal à le gérer parce qu’il y a
vraiment des cas particuliers et on ne peut pas les intégrer. Et ce logiciel on ne peut
jamais revenir en arrière. Je pense qu’il y a eu un mauvais choix de matériel. »
D’autres applications qui peuvent sembler propres à alléger le travail des secrétaires
peuvent en fait avoir des effets quelque peu contraires, notamment en leur faisant
perdre de l’information importante pour leur activité.
« Au départ on gérait tous les agendas de l’équipe. Maintenant chacun gère toutes
ses missions, ses déplacements, ses réunions… Du coup, j’ai l’impression que je
m’approprie pas les choses. Je regarde l’agenda, mais ce n’est pas moi qui le
conçoit cet agenda. Quelquefois ils mettent des sigles que je ne comprends pas.
Avant, c’est moi qui faisait la démarche, qui allait avec un papier. Je créais un
calendrier à la semaine. Chacun me donnait son planning. D’autant plus qu’on a
changé. Moi j’aimais bien l’agenda Outlook et maintenant on est plutôt sur des outils
libres. C’est vrai que ça m’a aussi un peu changé ça, je n’aime pas trop cette
configuration d’agenda. »
Dans le même temps, leur expertise en matière de frappe de documents, encore
accrue par l’usage des moyens de la micro-informatique, qui constituait le socle de
leurs compétences, est de moins en moins requise, les cadres eux-mêmes
maîtrisant pour la plupart l’usage du traitement de texte.
2
Le micro-ordinateur a bien sûr, dès son développement, été beaucoup plus qu’un outil pour les
secrétaires, mais la qualité des logiciels de traitement de texte a rapidement été très élevée, grâce à
la concurrence de fait des Macintosh, dont la conception a rencontré immédiatement les besoins des
utilisateurs, ce qui a en quelque sorte forcé les concepteurs de logiciels pour PC à les suivre.
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Cela crée une forme de flottement qui les fait naturellement s’interroger sur le sens
du métier et sur leur évolution professionnelle.
« Aujourd'hui, tout le monde tape sur le clavier, puisque tout le monde a des
ordinateurs. Mais c'est vrai que c'était vraiment la spécificité de la secrétaire ou de
l'assistante, parce que personne ne savait taper, personne. Et personne ne savait
prendre en sténo… C’était le côté valorisant de l'assistante. C'était un vrai rôle. »
« Le métier d'assistante, il a tendance à se perdre, parce qu'avec les outils
informatiques qu’on a, les micros qu’on a, les personnes tapent de plus en plus le
courrier, ils classent leurs trucs. Nous on se posait la question, s’il n’y a plus ça, on
fait quoi aujourd’hui ? C’est quoi la reconversion d’une assistante de direction ? Alors
pour la carte de visite, pour les directeurs, parce que ça fait bien d'avoir une
assistante qui répond au téléphone. Mais qu'est-ce que c'est que le boulot
aujourd'hui d’une assistante ? Alors soit c'est effectivement un vrai travail de
collaborateurs, collaboratrices avec la personne avec laquelle on travaille
directement, soit on se reconvertit, ou alors on devient standardiste. Non, je
plaisante, mais c'est vrai que des fois, on se pose la question. On se dit : « Mais s'il
n'y a pas tout ça ? ». Alors là, je parle encore des générations de directeurs qui ont
60-65 ans, mais ceux qui arrivent à 35-40 ans, qui seront un jour directeurs d'un
service comme le nôtre ici, il feront tout, tout seul. »
« Le métier de secrétaire est passé plutôt à assistante, avec le papier qui
disparaissait petit à petit, tout passant par messagerie. Quand les responsables ont
eu la messagerie et qu’ils ont commencé à avoir leur ordinateur, ils se sont mis à
taper leurs propres courriers, on a perdu ce côté ‘on est la secrétaire et on tape des
courriers’. Ce point-là m’a un peu chagrinée parce que j’aimais et j’aime encore la
dactylographie. C'est ce petit point dans l’évolution du métier… »
« Et donc, aujourd’hui, il n’y a plus de saisie ni de frappe. On est une vingtaine, les
vingt utilisent l’ordinateur, saisissent leurs rapports, et nous demandent (à nous
deux, les secrétaires) de remettre en forme, ou encore de réserver des salles de
réunion, parfois de filtrer leur ligne en cas d’absence. En fait, le travail perd de son
intérêt, c’est mon avis personnel. On n’a plus la connaissance du contenu. »
Cet éloignement du contenu des activités propres au service, avec l’apparition de la
messagerie électronique et, concomitamment, la frappe directe de leurs documents
par les cadres et les chargés de mission, ressort comme un point particulièrement
sensible.
« Je me demande si, finalement, cette perte, elle n'a pas été aussi ensuite accentuée
par autre chose, c'est-à-dire la messagerie. C’est une hypothèse que j'ai depuis
longtemps. La messagerie, qu'est-ce qu'elle a fait ? Elle a fait qu'on est encore plus
éloigné du contenu, parce que finalement, on n'a plus accès, ça passe directement
aux gens, les gens font leurs réponses eux-mêmes. Le téléphone, il y en a de moins
en moins. »
« En tant qu'assistante de la directrice des transports, j'ai assisté aux réunions de
service. Et donc, effectivement, je faisais les comptes rendus. Après, il y avait aussi
des relevés de décision, je suivais les demandes de dossiers et ça, c’est hyper
intéressant aussi. C'est hyper intéressant, parce que nous, des fois, on a une vision
rétrécie du domaine d'activité du voisin ou du chef de service, mais les réunions, ça
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sert aussi à plonger au cœur du dossier, et puis à le vivre de façon plus animée, plus
concrète. Puis il y a une vraie relation avec la personne. »
« Et c’est vrai que moi, le fait de dactylographier, pas des notes, mais des vrais
rapports, moi aujourd’hui, ça me manque, parce qu’on plonge dans le sujet, on est
dans le dossier, on accompagne la personne. C'est vrai que ça, c’est une grosse
perte pour moi, parce que j’aime taper à la machine aussi… Après, tout le monde
s’est emparé de ça. Et puis la vitesse, elle n’avait plus forcément du sens… »
« Quand j’étais au bureau du contentieux, j’ai appris énormément de choses. Je
tapais les mémoires en défense, je voyais pourquoi les agents faisaient un recours,
c’était comme une petite histoire. Quand vous tapez un mémoire en défense, j’aimais
certes dactylographier mais j’aimais aussi apprendre le contenu. Quand vous aviez
de la frappe pour un supérieur hiérarchique, vous êtes sur un dossier, vous allez
dans le contenu. On a perdu ça. À l’époque, quand les responsables rédigeaient sur
le papier, c’était intéressant suivant la personne que vous aviez, qui écrivait plus ou
moins bien, et ça demandait à s’adapter. Parfois, vous aviez des mots qu’il fallait
déchiffrer uniquement à la signification de la phrase car vous n’arriviez pas à lire.
C’est en lisant la phrase et en réfléchissant, c’est quelque chose de très
intéressant. »
« Aujourd’hui, on fait plutôt de la mise en forme. Les agents tapent leurs courriers et
ils font appel à vous parce que vous avez la connaissance de la présentation. Ils
vous confient le côté mise en page, ponctuation. Cela m’intéresse moins de faire la
mise en forme, je préfère taper. »
« Quand on doit ressaisir, on lit forcément le manuscrit et donc on connaît le sujet,
chose qui a beaucoup changé maintenant avec la hiérarchie qui saisit le document
elle-même, puis demande de mettre en forme, de raccourcir une marge ou d’aligner
le texte, mais on ne lit plus les documents, et donc on passe à côté du contenu. C’est
assez négatif sur ce point mais… C’était un avantage car on savait ce qu’on tapait. »
Le tableau dressé par les interviewées n’est cependant pas aussi tranché et
plusieurs témoignent aussi de l’intérêt d’internet pour leur activité, notamment parce
qu’il diminue le temps consacré aux tâches les plus matérielles, libérant en
contrepartie du temps pour des tâches de fond.
« En cabinet, on travaille beaucoup avec les directions du ministère, on leur
demande beaucoup de retours, beaucoup de notes, beaucoup de projets de réponse
sur des courriers, etc. Avant, on envoyait tout par La Poste. Pour avoir un retour,
c’était compliqué. Aujourd’hui un mail, et hop, c’est merveilleux. On passait notre
temps à ça, on n’avait pas le temps de se consacrer à beaucoup d’autres choses.
Maintenant, quand on est secrétaire, on a quand même la facilité d’envoyer des
mails. Il n’y a même plus besoin à la limite de prendre son téléphone et de perdre du
temps, tout est par mail, on met les gens en copie et tout le monde nous répond. On
consacre du temps pour autre chose, les conseillers nous donnent beaucoup
d’autres choses à faire maintenant. »
« Le travail de secrétariat petit à petit a évolué vers le travail d’assistante puisqu’on
tapait énormément de lettres, et depuis que la messagerie a été mise en place…
C'est dans les années milieu 90… Petit à petit, il y a forcément moins
d’enregistrement des courriers papier puisque tout se passe via la messagerie… Ce
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n’était pas partagé. Ce partage est venu plus tard, pas avec ma hiérarchie, mais
avec la boîte d’unité… Elle servait à échanger avec les responsables pour les
informer, avec des correspondants extérieurs ou en interne avec les agents parce
que je gérais beaucoup de choses à l’époque, j’étais un peu le point central et j’étais
en contact avec tous les secrétariats. »
« On travaille beaucoup par messagerie. C’est un côté que j’ai beaucoup aimé.
Autant on a perdu le côté enregistrement des courriers, taper des courriers, enfin le
travail basique de secrétariat, autant avec la messagerie vous êtes obligé de
répondre à un moment donné, et n’ayant pas cette formation de rédactrice, c’est un
peu difficile au début, et je trouve que c’est monté en puissance petit à petit. »
« On pouvait communiquer, se transférer des fichiers, se parler à distance. Ca
facilitait les choses, sans qu’on ait besoin de se déplacer… L’informatique nous a
donné cet atout de nous libérer un peu des activités matérielles pour aborder plutôt
des missions de contenu, de réflexion, de recherche sur internet… »
« On envoyait des enquêtes, on comprenait mieux le travail avec l’informatique
qu’avant. Avant, on tapait bêtement je dirais presque. Là, avec l’informatique, je
trouve qu’on rentre plus dans les dossiers. »
« Internet est arrivé plus tard sur le poste des délégués. C’était encore quelque
chose de nouveau qui nous a bien arrangés. Avant, nous n’avions que le minitel pour
trouver des adresses, des téléphones etc. Avec internet, c’était génial. »
« L’internet nous a un peu surprises, mais là c’était l’évolution normale de
l’informatique : avoir l’internet et une ouverture plus grande encore sur tout ce qu’on
pouvait faire : réserver les billets de train ou d’avions, on trouvait très facilement les
réponses aux questions posées. »
« Les différents patrons que j’ai eus dans la délégation m’avaient donné carte
blanche pour gérer leur messagerie. Pour certains messages, je répondais. Pour
d’autres, j’imprimais le message et je demandais de me dicter la conduite à tenir. »
« Ce qui est bien, c’est le partage des fichiers, les envois en masse car l’ordinateur
facilite quand même ce genre de choses. »
« La messagerie était devenue tellement naturelle que lorsqu’elle ne fonctionnait pas
nous étions bien handicapées. »
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« Il a vite compris que je ne voulais pas faire que de l’agenda et du téléphone, même
s’il y avait beaucoup de téléphone puisqu’on a toujours des choses à demander à un
service du personnel ! Et donc, il a accepté que je gère le réseau des chefs du
service du personnel des services déconcentrés. J’avais un rôle d’assistante et de
gestionnaire et non pas le rôle de la secrétaire qu’avec le téléphone et l’agenda. »
« J’occupais vraiment le poste d’assistante du chef du bureau qui s’était créé. Je
gérais l’agenda, les déplacements, la prise en charge des réunions, les salles de
réunion… Je faisais vraiment le rôle d’assistante pour toute l’équipe, y compris les
chargés de mission qui étaient rattachés. »
« J’ai toujours eu ensuite des postes moins classiques de secrétariat, avec un peu
de gestion. On a commencé à me confier les frais de représentation de la direction.
Au départ, je gérais les demandes, puis on m’a proposé la gestion du budget et j’ai
dit oui, puis les personnes qui partaient n’étant pas remplacées, on m’a proposé la
gestion de la commande de fournitures pour la direction et j’ai dit oui, puis on m’a
demandé si je voulais gérer les subventions aux associations et j’ai dit oui, puis on
m’a demandé de gérer les véhicules de service et j’ai dit oui. Au fur et à mesure, on
m’a confié de nouvelles tâches… J’ai toujours répondu oui dans le sens où il y avait
un intérêt dans le travail pour évoluer, de passer du statut de secrétaire et d’exécutif
au côté gestionnaire. »
« On m’a mise auprès du chef et du chef-adjoint de cabinet, où j’ai vraiment fait du
secrétariat mais du secrétariat « cab ». On avait toujours les réunions, les prises de
rendez-vous, mais on tapait aussi les discours du ministre, on faisait beaucoup de
choses. Il y avait les déplacements de la ministre, ce qui était aussi très intéressant
parce qu’on était en brigade. »
« A la direction de la circulation et de la sécurité routière, j’étais secrétaire, enfin c’est
assez aléatoire de le dire parce que je n’ai jamais fait réellement de secrétariat pur et
dur. J’étais secrétaire pour le secrétaire général et son adjointe. J’avais d’autres
tâches, je devais mettre en forme des rapports, je devais aider un peu tout le monde
dans la direction au pôle Ressources Humaines. J’étais un peu l’assistante de tout le
monde mais sans vraiment faire du secrétariat… Ce n’était donc pas vraiment du
secrétariat non plus. Je renseignais les gens sur leur salaire, et si c’était trop
compliqué, je passais au gestionnaire… J’y suis restée quatre ans où je me suis
occupée de beaucoup de choses, mais pas de secrétariat encore une fois… ça m’a
vraiment plu. Je faisais les fiches de paie, les comptes de rappel, les primes de
restructuration … J’avais tout un tas de gros dossiers. Cela m’a permis de connaître
énormément de gens au sein de la centrale, d’être en relation avec tout le réseau
des secrétaires. »
Ce souci ou plutôt cette exigence de voir son activité professionnelle s’enrichir
peuvent être, selon les cas, consolidés ou fragilisés par les évolutions
technologiques et organisationnelles. L’origine de cette possible déstabilisation tient
au fait que le contenu du travail devient de plus en plus dépendant des
« compétences » de la hiérarchie mais aussi que le basculement d’une partie du
travail des secrétaires (assistantes) sur l’encadrement conduit à réduire les postes
de secrétaires. Celles-ci se retrouvent alors devoir répondre aux besoins d’un
nombre de plus en plus important de personnes et se retrouvent de fait cantonnées
18
dans des tâches de plus en plus matérielles, inversant donc la logique d’évolution de
leur métier vers des activités plus autonomes.
« Petit à petit, les postes de secrétaire n’ont pas été renouvelés ou pourvus à
nouveau, ce qui fait qu’on se retrouve à deux. Automatiquement, les tâches ont
changé puisque je ne peux pas travailler uniquement pour une personne, c’est clair...
Au fil du temps, avec la réduction du nombre de secrétaires dans la section, il a fallu
travailler pour plusieurs personnes… Cela vient de soi-même. On ne peut pas dire à
une personne qui doit partir en mission ou qui doit organiser une réunion : « Ah non,
désolée, ce n’est pas mon travail… Je ne travaille pas uniquement pour la
présidente, et elle le sait, elle sait que j’ai des demandes par ailleurs. Et donc,
aujourd’hui il n’y a plus de saisie ni de frappe. On est une vingtaine, les vingt utilisent
l’ordinateur, saisissent leurs rapports, et nous demandent (à nous deux, les
secrétaires) de remettre en forme, ou encore de réserver des salles de réunion,
parfois de filtrer leur ligne en cas d’absence. En fait, le travail perd de son intérêt,
c’est mon avis personnel. »
Ce que révèlent le plus les entretiens reste cependant la dépendance grandissante
du contenu du travail des demandes de la hiérarchie, qui elles-mêmes dépendent de
la façon dont celle-ci utilise l’internet et la micro-informatique. Dans ces conditions,
l’expérience n’est plus du tout garante d’une évolution positive de ses
responsabilités, ce qui peut être profondément déstabilisant d’autant plus que dans le
cas de notre échantillon, qui concerne des secrétaires ayant plus de 30 ans
d’ancienneté, leurs parcours ont été extrêmement riches et elles peuvent en être
fières. C’est donc la reconnaissance du travail qui est aujourd’hui potentiellement
fragilisée.
« Certains acceptent de partager leur boîte électronique, mais pas tout le monde.
C’est aussi un plus quand on veut chercher quelque chose puisqu’on peut le trouver.
C’est comme les agendas : certains acceptent de le partager et d’autres non, alors
que c’est quand même un outil pratique quand on doit monter une réunion avec
plusieurs personnes. Donc, pour les tâches, les prises de rendez-vous sont toujours
d’actualité ; l’organisation de réunions aussi ; les contacts téléphoniques avec les
interlocuteurs aussi. »
« Cela dépend pour qui on travaille… Avec le premier Vice-Président, il ne tapait pas
du tout, il ne dictait pas non plus, mais il venait me voir pour que je prenne en sténo.
Il ne me dictait pas mot à mot, mais il me donnait l’idée du courrier et je prenais en
sténo. Ce n’était pas du tout pareil avec son successeur et encore moins l’actuelle
Vice-Présidente, qui tape très vite et très bien, sur le fond et la forme. Mais je pense
aussi que cela lui demande un surcroît de travail. Mais bon, c’est sa conception du
job. Il y a forcément une interaction entre elle et ses équipes. »
« Ça a été compliqué, parce qu’elle n’avait pas du tout les mêmes demandes. Elle
faisait tout par mail, un maximum par mail. »
« Il y a des postes qui ne sont pas extrêmement chargés en travail, il y a des
périodes aussi selon les sujets. Si le sujet du moment, c’est votre conseiller, vous
allez être débordée. Si ce n’est pas le sujet, vous pouvez vous ennuyer. Et puis vous
avez des conseillers qui font tout tous seuls, ou qui ne sont pas souvent là, ça
dépend… Ça va faire 26 ans que je suis ici, je n’évolue plus. C’est un choix que j’ai
fait, mais c’est répétitif… Je pense que la prochaine fois, si je re-dégringole encore,
19
enfin encore pire, je ne sais même pas si je supporterai… Il faudrait faire prévaloir un
petit peu, je ne sais pas, les compétences des gens. Tout ça, ça manque quand
même. »
« Je suis rentrée dans l’administration avec une certaine aura qui a augmenté,
augmenté, augmenté, et là, depuis deux ans, c’est la chute libre, parce
qu’aujourd’hui, je ne suis plus rien… J’ai plutôt l’impression de régresser. Et c’est en
fin de carrière ! »
Les difficultés, parfois majeures, que reflètent les témoignages précédents
apparaissent surtout pour celles qui sont sur un poste de type assistante de direction,
car dans ce cas, comme on le voit, le contenu du travail peut ne dépendre que d’une
seule personne.
Celles dont l’activité est plutôt liée à une équipe ne semblent pas avoir rencontré ce
type de difficultés, d’autant moins qu’elles ont souvent, dans ce contexte, eu (et
fréquemment saisi) l’opportunité de prendre la responsabilité de tâches de gestion en
toute autonomie, opportunité qui elle-même a pu découler d’un allègement des
tâches de secrétariat, du fait du développement des nouveaux outils.
« On trouve une autonomie dans la gestion qu’on n’a pas forcément dans le domaine
du secrétariat où c'était au départ un travail d’exécution, où vous êtes toujours dans
la demande de quelqu’un, pour taper un courrier ou autre. Quand vous êtes
gestionnaire, vous gérez votre travail, vous êtes responsable de votre travail. Et j’ai
toujours répondu favorablement dans le sens où ça m’apportait une évolution et que
ça me poussait en avant. »
« Au départ, quand j’ai commencé, c’était essentiellement de la frappe, puis la prise
de rendez-vous, tenir un agenda etc. Avec l’évolution des technologies, les chargés
de mission et mon chef de bureau ont un PC, et on est là pour la mise en forme des
documents essentiellement. On est là pour veiller au suivi des signatures, pour les
rendez-vous, l’agenda qui bouge beaucoup, vérifier que tout se passe bien pour les
personnes. Après, s’est rajoutée aussi de la comptabilité. On a le réseau qui
s’appelle RIE, sur lequel le service travaille, qui permet à tous les agents du
ministère de communiquer, dans la métropole et les DOM. On peut donc échanger
des documents. C’est là qu’on a commencé à envoyer nos courriers par messagerie,
avec le guide pour envoyer les courriers par messagerie sur des boîtes spécifiques
qui ont été créées par service… Je ne peux pas rester inactive, j’ai toujours besoin
d’avoir une activité. Je suis aussi un peu curieuse de voir si je ne peux pas faire
autre chose pour varier un peu. »
« Je n’ai eu que des postes d’assistante. Secrétaire, je ne sais pas ce que c’est
parce que j’ai toujours eu de la gestion à faire à côté. De la petite gestion, mais
toujours un peu de gestion à faire. Les gens me faisaient confiance pour tout. Quand
ils cherchaient des notes, ils venaient me voir parce qu’ils savaient que j’avais dû la
garder. Parfois, je ne m’en souvenais même pas, j’avais gardé et je retrouvais le
papier… »
« Je pense que progressivement, on faisait moins de saisie… Et aujourd'hui, on se
rend compte que ce n'est même plus l'assistante ou la secrétaire du service ou la
secrétaire du chef de service qui saisit, c'est directement les chargés de mission qui
font leur courrier, ils n'écrivent plus à la main, on saisit direct (sauf notre directeur…).
20
C’est là où on voit l'ancienne école et les jeunes (ou moins jeunes). Tout passait par
les chargés de mission (je parle du groupe central) qui proposaient à la signature du
directeur soit un rapport, soit des lettres etc. Et nous, assistantes de direction, on
avait beaucoup moins de saisie, ce qui veut dire qu'on avait le temps de s'occuper de
l'agenda, du chauffeur, du président, de gérer le quotidien, parce que l'agenda
prenait un temps fou à monter des réunions… Après, il y a eu les mails… »
21
quand même des diplômes beaucoup plus hauts que nous et ce qui est un peu
dommage c’est qu’on s’aperçoit qu’on nous demande toujours les mêmes choses,
des missions qui, quelquefois, sont un peu trop de base3, alors qu’on pourrait aller
plus loin. »
« Je pense qu’aujourd’hui, les cadres ont besoin d’une vraie assistante de direction.
Je le vois tous les jours, si les cadres s’appuyaient vraiment sur des assistantes de
direction, ils ne seraient pas aussi surchargés. Certes, on peut se dire qu’avec les
téléphones portables et la messagerie, il n’est pas obligatoire de passer par
l’assistante de direction. C’est vrai, mais en même temps je pense qu’avec une autre
organisation, en passant par l’assistante justement, l’on pourrait éviter aux cadres
d’être noyés sous une avalanche d’appels ou de messages téléphoniques ou encore
de mails, 7j/7j – 24h/24h. Le filtre qu’est l’assistante est nécessaire parce qu’elle sait
dire non intelligemment, conseiller et diriger sur des personnes ressources de
l’équipe, autre que le cadre avec lequel elle travaille, notamment avec la messagerie
qui a tout envahi. Pour les hautes fonctions, qu’ils soient un peu plus connectés que
moi, je veux bien, mais demander à quelqu’un d’être connecté H24 et d’avoir son
smartphone, d’être connecté sur la messagerie ou d’être le téléphone dans la main
en permanence, il y a une ingérence dans la vie privée. C’est peut-être un choix de
vie qu’ils acceptent, mais je suis sûre que certains se sentent obligés d’accepter.
C’est une question de personnalité que de dire non. »
CONCLUSION
3Il s’agit par exemple de l’accueil physique des personnes qui, en raison des consignes de sécurité, pèse de
plus en plus lourd dans le travail des secrétaires attachées à un service. Ce sont elles qui viennent
accueillir les personnes lorsque des réunions sont organisées, ce qui peut prendre beaucoup de temps et
devenir un véritable cauchemar en cas de problèmes d’informatique, ce qui n’est pas si rare...
22
une grande ancienneté dans le service ou la direction où elles sont en poste, les
ajustements se sont faits assez facilement dans la mesure où elles ont vécu les
transformations avec l’équipe. Si l’organisation a changé, du fait de l’usage des
nouveaux outils d’information et de communication, elles ont pu pleinement participer
à sa redéfinition. La question qui se pose à celles qui, dans ce cadre, ont encore de
10 à 15 ans d’activité devant elles, est celle des conséquences sur leur travail d’un
changement de service. Si l’accès au contenu des activités propres au service est
réduit, le risque majeur est de voir le travail resserré sur les tâches matérielles, qui
plus est gérées par des applications informatiques standardisées, parfois inadaptées
au contexte spécifique du Ministère. Le risque est que non seulement l’intérêt mais
aussi la qualité du travail se dégradent.
Pour les assistantes de direction, on observe que leur travail est de plus en plus
dépendant des modes de fonctionnement de leur hiérarchie en particulier de la façon
dont elle utilise les moyens de communication que sont la messagerie et le téléphone
portable. Cela peut créer le meilleur, lorsqu’elles sont considérées comme de
véritables collaboratrices, comme le pire, lorsqu’elles sont cantonnées dans un rôle
d’exécutante, ce qui reste certes exceptionnel, mais qui constitue un risque potentiel
qui pèse sur leur désir de mobilité et leur souhait de continuer à progresser dans leur
activité comme elles l’ont fait jusque-là.
Si l’informatique s’est clairement inscrite comme un outil à leur service, on constate
aujourd’hui que certains de ses développements peuvent en inverser le sens
obligeant les secrétaires-assistantes à s’adapter aux outils au lieu de leur permettre
de se les approprier dans le contexte spécifique de leur activité. L’informatique, au
sens large, vécue d’abord comme un instrument de « libération », peut ainsi devenir
un redoutable instrument de « dépendance », dommageable pour les secrétaires-
assistantes qui ne trouvent plus de perspectives de développement dans leur métier
et pour l’organisation, qui ne bénéficie pas de leur potentiel de créativité et
d’investissement.
Ce rapport est orienté sur la question de l’impact des nouvelles technologies sur le
travail des secrétaires-assistantes au Ministère de la transition écologique et
solidaire. Il ne reflète donc pas toute la richesse des témoignages dont il importe de
dire que si des interrogations sont présentes quant à l’avenir du métier, elles
n’effacent en rien le point de vue avant tout positif porté par les interviewées sur leur
parcours, et leur attachement, ainsi que leur reconnaissance, à la Fonction Publique
et plus spécialement à ce Ministère. Elles y ont en effet trouvé les opportunités de
mettre en œuvre et de développer leurs compétences, dans un environnement
qu’elles qualifient le plus souvent d’accueillant et de bienveillant, et sur des sujets au
cœur des enjeux de société, tant à l’époque du Ministère de l’équipement où la
plupart d’entre elles ont commencé leur activité, qu’aujourd’hui au Ministère de la
transition écologique et solidaire.
C’est aussi ce constat qui nous fait plaider pour la conduite d’une réflexion sur ce
métier, au sein de l’administration, pour que celles qui l’intègrent aujourd’hui puissent
y trouver les mêmes opportunités de développement et d’investissement, se réalisant
dans un travail où elles sont reconnues et parce qu’il est possible d’y « mettre de
soi ».
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