1
Retour sur la réalité des espèces
Dominique Tassot
Présentation : Depuis Lamarck et Darwin, l’idée que les espèces vivantes
sont des formes transitoires et que la vie est un continuum s’est si bien
imposée que plus personne n’en mesure l’incongruité. Un article récent (mai
2018), publié dans la revue Human Evolution, présente les travaux faits
depuis 15 ans sur un petit gène mitochondrial, la cytochrome oxidase de type
1 (COI), par deux chercheurs, l’un américain, Mark Stoeckle (université
Rockefeller), l’autre suisse, David Thaler (université de Bâle). Le COI
permet une identification fine des espèces, ce qui confirme la réalité objective
des classifications taxinomiques. Surtout, l’étude constate une claire
séparation des espèces : même entre espèces les plus voisines, les écarts des
séquences sont de l’ordre de 4 % à 10 %, tandis que les variations internes à
l’espèce sont minimes (0,2 % en moyenne). Les espèces sont comme « des
îles [bien distinctes] au milieu de l’espace ». Pour sauver le mythe
évolutionniste, les auteurs ont imaginé que la divergence étudiée aujourd’hui
n'aurait duré que très peu de temps (à l’échelle géologique). Il est piquant de
voir lancer cette hypothèse par des gens appartenant à une « lignée » de
chercheurs, lesquels, depuis deux siècles, fondent la crédibilité de leur thèse
sur des durées si longues que l’imagination s’y perd !
Le regretté Pierre-Paul Grassé (1895-1985), pourtant titulaire à
la Sorbonne de la chaire d’évolution des êtres organisés, était
connu pour dire : « Si l’on voulait démontrer la stabilité des
espèces, on ne trouverait pas meilleur argument que toutes les
expériences de mutations artificielles1 faites depuis 50 ans. » En
effet, les malheureuses drosophiles et les colibacilles mutés,
quand ils ont pu se reproduire, n’ont jamais donné naissance qu’à
des colibacilles et à des drosophiles. Grassé pourrait aujourd’hui y
ajouter un article étonnant, paru en mai dernier dans Human
Evolution sous le titre : « Pourquoi les mitochondries devraient-
elles définir les espèces ? »
Cette fois, en effet, il ne s’agit plus seulement de la stabilité
des espèces, mais de leur réalité ontologique, même si les auteurs
signalent ce point mais ne s’y attardent pas ; il sera aisé de
comprendre pourquoi.
1
Allusions aux expériences de Morgan sur la mouche du vinaigre
(Drosophile) et à celles de Lanski sur le colibacille (Escherichia coli).
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
2
La revue ayant accepté la publication s’intitule Human
Evolution. Il s’agit donc d’expliquer les faits, mais selon la grille
d’interprétation de l’évolutionnisme. Or les faits ne « collent » pas
avec la théorie 2 . La presse n’a d’ailleurs retenu que deux
affirmations spectaculaires. La première est que « 90 % des
animaux, ou plus exactement 9 espèces animales sur 10, sont
apparus sur Terre à peu près en même temps que l’homme, il y a
100 000 ou 200 000 années. L’un des deux auteurs, David Thaler,
généticien à l’université de Bâle, reconnaît que cette conclusion
de sa recherche est “ très surprenante ” : “ Je l’ai combattue
autant que je l’ai pu ”, avoue-t-il dans un entretien accordé à
l’AFP »3. La seconde est que « pour les 7,6 milliards d’hommes de
la planète, les 500 millions de moineaux et les 100 000
bécasseaux, la diversité génétique “est presque identique” a
déclaré Mark Stoeckle, de l’université Rockefeller de New-York, à
l’AFP4 ». Mais, avant de commenter ces affirmations, il convient
d’établir le sérieux de l’article.
Les deux chercheurs en question sont des universitaires
reconnus ; ils avaient publié ensemble en 2014 un article
soulevant déjà le lièvre : Le codage à barres de l‘ADN
[séquençage] marche en pratique, mais pas selon la théorie [des
mutations neutres]4. Mark Stoeckle, l’auteur américain, travaille
sur le sujet depuis longtemps, puisqu’il donnait en 2003 à la revue
BioScience un article intitulé « La Taxonomie, l’ADN et le code-
barre de la vie5 ». On ne peut d’ailleurs soupçonner l’université
Rockefeller où il travaille de vouloir dénigrer l’évolutionnisme :
elle fut fondée en 1901 par John D. Rockefeller, et rappelons que
les fouilles de Chou-Kou-Tien (« l’Homme de Pékin ») furent
financées par la Fondation Rockefeller6.
2
On devrait plutôt parler de « mythe » que de « théorie ».
3
Cf. Jeanne SMITS, https://reinforation;tv/90-especes-animales-apparues-même-
temps-evolution-etude-genetique-smits-84927-2/>*
4
STOECKLE, M. Y. & D. S. THALER, « DNA barcoding works in practice
but not in (neutral) theory », PLOS ONE, 2014, 9(7), e 10 0755.
5
« Taxonomy, DNA and the bar code of life », BioScience, 2003. 53 : p. 2-3.
6
Fort opportunément, les fossiles du Sinanthrope ont disparu durant la
guerre sino-japonaise, si bien qu’une mésaventure semblable à celle de
l’Homme de Piltdown (reconnu comme une forgerie) lui sera épargnée : on
ne peut pratiquer d’analyses physico-chimiques sur des moulages !
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
3
Les auteurs s’efforcent d’ailleurs, tout au long de l’article7 et
avec plus ou moins de succès, de montrer qu’une interprétation
évolutionniste demeure possible. Le travail accumulé est colossal.
Il l’est en extension : 162 articles, la plupart récents, sont cités et
mis en références. Il l’est aussi en compréhension : on trouve
nombre des classiques de la biologie, car la question de fond – le
statut de « l’espèce » – traverse inévitablement la pensée des
grands noms de cette science. Comparaissent ainsi Mayr (1955),
Bateson (Cambridge, 1908), Gould (2002), Dobzhansky
(Columbia, 1937), Lewontin (1991), Kimura (1989), Crick
(1966), John Maynard Smith (1974), etc. Une référence à Thomas
Kuhn 8 manifeste une nette conscience de l’enjeu : « Dans La
Structure des Révolutions scientifiques, Thomas Kuhn montre
comment chaque modèle scientifique prend certains faits naturels
ou certains résultats expérimentaux comme les données-clés à
expliquer. Nous considérons la structure en amas séparés
[cluster] des séquences de la cytochrome oxydase – faible
variance au sein des espèces et souvent, mais pas toujours, fossé
avec les espèces les plus proches – comme un fait fondamental
qu’un modèle de l’évolution ou de la spéciation doit expliquer »
(ST, p. 8 et 10). En clair – disent les auteurs –, nous sommes
devant un « fait crucial » de nature à remettre en cause le modèle
évolutionniste, si celui-ci n’en donnait pas un jour une explication
satisfaisante.
De quoi s’agit-il, au fond ? Rien de moins que de la réalité des
espèces. Darwin écrivait à Asa Gray9 le 21 décembre 1859, donc
aussitôt après la publication de son De l'Origine des espèces : « Je
pense qu’il est très important que mes idées soient lues par des
hommes intelligents, accoutumés aux arguments scientifiques, tout
en n’étant pas10 naturalistes.
7
STOECKLE, M. Y. & THALER, D. S, « Why should mitochondria define
species ? », Human Evolution, vol. 33-n. 1-2 (1-30)-2018, ci-après référencé
dans le corps du texte par ST.
8
KUHN T., The Structure of scientific Revolutions, Chicago U.P., 1962,
p. 126.
9
Asa GRAY (1810-1880) : botaniste américain, alors enseignant à Harvard,
ayant fourni à Darwin de nombreuses observations.
10
Souligné dans le texte.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
4
Cela peut paraître absurde, mais je m’imagine que de pareils
hommes entraîneront après eux les naturalistes qui s’entêtent à
croire qu’une espèce est une entité11.»
Depuis un siècle, avec le rouleau-compresseur darwinien, la
question pouvait sembler tranchée et donner la victoire au
nominalisme 12 : seuls existeraient réellement les individus,
multiples êtres en transit entre une forme ancestrale inconnue et
une forme à venir encore indéterminée, mais que, par nécessité
pratique, nous regroupons selon leur apparence (le « phénotype »).
Ces groupes artificiels, qualifiés par nous d’espèces, ne seraient
donc pas des réalités substantielles (des « entités » », écrit
Darwin), mais des catégories abstraites, créées pour notre
commodité intellectuelle. Ce nominalisme biologique semblait
d’autant plus certain que les taxonomistes sont partagés sur la
manière de définir l’espèce, la définition la plus connue, attribuée
à Mayr, consistant en l’interfécondité entre individus de la même
espèce. Mais on compte une trentaine de définitions différentes de
l’espèce (ST p. 8) et l’idée que les espèces sont transitoires a
beaucoup fait pour décourager les vocations de taxonomistes,
d’autant qu’il s’agit d’une science ardue exigeant un grand effort
de mémoire. Il est notable cependant que, dans la pratique, l’étude
des espèces n’a jamais été détrônée : indispensable, elle avait
même connu un renouvellement avec l’apparition de la biologie
moléculaire dans les années 1970.
L’interfécondité implique la filiation et donc la transmission
du génome. Sans prétendre réduire l’être vivant à ses
chromosomes, il s’avérait que l’ADN portait bel et bien des
caractères pertinents reliés aux principaux traits d’un individu.
L’analyse de l’ADN s’immisça donc dans nombre de questions
pratiques, comme la détermination de l’hérédité, preuve
aujourd’hui admise en Justice.
11
La Vie et la Correspondance de Charles Darwin (trad. Henry de Varigny),
Paris, Reinwald, 1888, t. II, p. 87 ; souligné par nous.
12
Thèse de la philosophie médiévale tardive selon laquelle les catégories de
la pensée (les « universaux » en particulier) ne sont que des noms, des
appellations humaines et non des réalités ontologiques. S’oppose en
particulier à la philosophie dite « réaliste ».
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
5
Mais le génome complet était long et coûteux à déchiffrer (à
séquencer). On découvrit alors qu’une protéine, le cytochrome C,
ne comportant qu’une centaine d’acides aminés et facile à
localiser, se rencontrait chez presque tous les organismes, depuis
les bactéries jusqu’aux mammifères. Or il est facile de comparer
deux cytochromes : il suffit de compter les bases différentes entre
leurs deux séquences mises en parallèle et de diviser le résultat par
le nombre total de bases. Le ratio obtenu mesure la divergence.
On dispose ainsi d’un critère simple et quantifié, ce qui ne peut
que stimuler la recherche. Les divergences mesurées sont minimes
au sein de l’espèce et significatives entre deux espèces même
voisines.
En 1972, Margaret O. Dayhoff publiait une matrice à 1 089
entrées donnant les divergences (en %) des séquences sur 33
cytochromes appartenant à des espèces très diverses :
mammifères, poissons, insectes, plantes, levures et bactéries 13 .
Sans surprise, on constate que les espèces peuvent se regrouper
selon les classements traditionnels : « par exemple, entre un
cheval et un chien (deux mammifères), la divergence est de 6 % ;
entre un cheval et une tortue (deux vertébrés), de 11 % ; entre un
cheval et une mouche (deux animaux), de 22 % » (ETC, p. 287-8).
Si donc « l’arbre généalogique » de la vie correspondait à une
réalité, cette corrélation entre le taux de divergence et la proximité
taxonomique devrait se retrouver dans l’ensemble de l’arbre : on
devrait trouver moins de divergences entre les êtres plus
« simples », et donc plus « primitifs » que sont les bactéries et les
levures, qu’entre une bactérie et un sapin ou, a fortiori, entre une
bactérie et un pigeon. Or il n’en est rien : tous les organismes
ayant un noyau cellulaire (eucaryotes) sont à égale distance de la
bactérie Rhodospirillum rubrum (ETC, p. 289).
13
Les éléments ici rassemblés sur le cytochrome C proviennent presque
intégralement de l’ouvrage de Michael DENTON : L’Évolution, une théorie
en crise (1985), Paris, Londreys, 1988, ch. 12, p. 282-296, désigné par ETC
dans le corps du texte.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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Selon Denton, « ce résultat doit être tenu pour une découverte
des plus étonnantes de la science moderne… Le règne bactérien
n’a aucun voisin parmi la fantastique diversité des types
eucaryotes. Les “ chaînons manquants ” sont bel et bien
manquants » (ETC, p. 289).
Et le même phénomène se reproduit à un niveau taxonomique
moindre, ainsi entre le bombyx et divers vertébrés :
Il en résulte un modèle de la nature clairement conforme à la
typologie classique fondée sur les différences morphologiques,
sans le moindre indice d’une continuité biologique entre les
classes et les autres groupes.
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7
La série évolutive bien connue est la suivante :
cyclostome > poisson > amphibien > reptile > mammifère.
Or l’Atlas de Dayhoff, publié en 1978, donne les divergences
suivantes (ETC, p. 292) :
Nous ne retrouvons donc nullement l’écart croissant attendu.
De même les vertébrés terrestres apparaissent tous équidistants du
poisson (ETC, p. 293) :
À l’époque, cette contradiction flagrante avec la prédiction
évolutionniste fut passée sous silence. En 1969, Margaret O.
Dayhoff affirma placidement qu’« un arbre généalogique
construit de cette manière avait la même typologie que celle
déduite des considérations morphologiques conventionnelles14 ».
Ce n’était pas entièrement faux puisque, nous l’avons vu, les êtres
vivants se classaient en groupes voisins correspondant à la
taxonomie ; mais on n’y trouvait pas le moindre indice
« généalogique ».
14
Giuseppe SERMONTI, Dimenticare Darwin, Milan, Rusconi, 1999 (trad.
angl. citée : Why a Fly is not a Horse, Seattle, Discovery Institute Press,
2005, p. 154.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
8
Le fameux « arbre de la vie » n’a d’ailleurs jamais comporté
que des rameaux terminaux ; les branches et le tronc sont de pures
abstractions, comme nombre de biologistes en avaient depuis
longtemps fait la remarque.
Dans ce contexte, quelles informations nouvelles vient donc
apporter cet article de Stoeckle et Thaler ? Il permet tout d’abord
d’actualiser et d’affiner les considérations antidarwiniennes faites
il y a 30 ans par Sermonti et Denton. La présente étude porte cette
fois sur un autre petit gène, la cytochrome oxydase de type 1 (en
abrégé COI ou MT-CO1)15. Il a été séquencé couramment à travers
le monde, chez de multiples individus appartenant à de
nombreuses espèces, si bien que la matière disponible est
considérable : 5 millions d’ADN divers ont été analysés, répartis
dans la majorité des phylums animaux, de sorte que l’échantillon
représente valablement environ les trois quarts des espèces
connues (ST p. 7).
L’accord entre les regroupements faits en considérant les
séquences moléculaires et les groupes taxonomiques de la
zoologie est amplement confirmé, y compris par les exceptions :
ce sont là précisément où les spécialistes sont en désaccord sur la
définition de l’espèce, ou encore sur les groupes mal étudiés que
les écarts augmentent.
De plus, la quantité des données disponibles permet le calcul
de moyennes statistiques : on chiffre ainsi avec précision
l’ampleur des différences tant au sein de l’espèce qu’entre les
espèces voisines. Les variations intraspécifiques sont minimes (en
moyenne, entre 0,0 % et 0,5 % ; 0,1 % chez l’homme, le plus
étudié) (ST p. 10). Ci-après l’histogramme des écarts moyens
(notés APD : average pairwise difference) mesurés par les paires
reconnues différentes tout en occupant la même place dans la
séquence de 648 paires (ST p. 4).
15
La séquence d’ADN étudiée (5 % du génome mitochondrial) comporte 648
paires de bases (bp) seulement, ce qui permet, avec les outils actuels, un
décodage rapide et bon marché.
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9
« Fig. 1. Une faible variabilité du COI est la norme chez les
animaux et ne peut résulter ni d’un biais dans le choix des
exemples ni d’échantillons trop faibles » (ST p. 4)
On notera (colonne de droite, APD en ordonnées) que peu
d’individus dépassent 1 % d’écart : les moyennes sont donc
significatives. De plus (colonne de gauche), le nombre d’espèces
étudiées (1 711 pour les oiseaux, 1 134 pour les poissons et 1 221
pour les papillons de nuit) permet des conclusions d’une grande
généralité : les écarts moyens supérieurs à 1 % (APD en abcisse)
sont minimes.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
10
La figure suivante compare cette fois les écarts
intraspécifiques (W : within) et les écarts mesurés avec les espèces
voisines (B : between) sur « l’arbre de la vie » (ST p.5).
« Fig. 2 : D’amples écarts entre les espèces, si on les compare
aux écarts intraspécifiques uniformément faibles, sont la norme
chez les animaux » (ST p. 5).
Dans le tableau inférieur, les écarts moyens (trait gras
horizontal) et la dispersion (trait fin vertical) font voir une
dispersion intraspécifique (W) minime (moins de 1 %), sauf chez
les scarabées (2 %) et les crabes (4 %), tandis que les écarts
interspécifiques moyens (B) varient de 4 % à 6 % en général (mais
9,5 % pour les crabes et 14 % pour les huîtres). Selon l’image
évocatrice proposée par les auteurs : « Les espèces sont des îlots
dans l’espace des séquences » (ST p. 9).
Bref, il n’existe aucun recouvrement entre les espèces dites
« voisines », et c’est précisément pour cette raison que l’analyse
séquentielle du COI est si développée : elle sert à identifier une
substance animale, par exemple à contrôler si un pâté d’alouette
ne recèlerait pas quelques traces d’une viande de mouton.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
11
Il suffit de s'assurer que les séquences COI présentes dans
l'échantillon sont bel et bien celles spécifiques aux alouettes.
Cette utilité pratique explique la diffusion de la méthode ; elle
confirme aussi sa pertinence : les organismes vérificateurs
l’auraient abandonnée si elle n’était pas fiable, et il est très facile
de faire un test de contrôle pour s’assurer du sérieux du
laboratoire. Nous ne sommes donc pas ici dans le domaine d’une
recherche fondamentale théorique et pointue, où peu de
spécialistes seraient en mesure de juger d’une publication ; nous
sommes devant les résultats d’une technique largement
développée et consensuelle dont la conclusion paraît claire : les
espèces sont une réalité connaissable et reconnaissable ; elles sont
bien distinctes et valident globalement la classification de Linné et
de ses successeurs. Stoeckle et Thaler en ont une claire conscience
et se couvrent d’un auteur influent (publié par l’Académie
américaine des Sciences en 1997) pour introduire le débat :
« Dans un document fondateur de la phylogéographie, Avise et
ses collègues ont noté la division séculaire de la biologie entre les
lignées intellectuelles de Linné pour lesquelles les espèces sont
des entités bien définies et celles de Darwin qui insistent sur les
changement cumulatifs au sein des espèces, conduisant ainsi à de
nouvelles espèces. Avec préscience [l’article en référence datait de
1987], ils avaient suggéré que l’analyse de l’ADN mitochondrial
offrirait un pont pour franchir ce fossé intellectuel. Le séquençage
[barcoding moléculaire] de l’ADN [mitochondrial] offre désormais
une base de données des plus étendues permettant la
concrétisation quantifiée et à l’échelle du règne animal, d’une
telle vision » (ST p. 7).
Mais comment concilier vraiment ces deux écoles présentées
dans l’histoire des sciences comme contradictoires : les fixistes
(Linné) 16 et les évolutionnistes (Darwin) ? Nos auteurs vont le
tenter, indirectement, par la démographie historique : puisque la
16
En vérité le « fixisme » caricatural d’espèces immuables n’a jamais été
soutenu par personne, y compris par Linné : les êtres vivants varient (c’est là
leur différence d'avec le minéral). Ce qui est en cause ici, c’est l’ampleur des
variations. Linné, comme ses successeurs, distinguent les caractères
principaux (quadrupède, poilu, etc.), immuables, d’avec les caractères
secondaires (couleur, taille, etc.), qui eux sont mutables.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
12
dérive génétique chez l’homme moderne est de 1 % par million
d’années [étrangement cette affirmation est donnée sans citer une
source en référence], et que l’écart intraspécifique actuel est de
0,1 %, c’est que notre humanité descend d’un unique ADN
mitochodrial, il y a 100 000 ans (ST p. 22). C’est la thèse du
« goulot d’étranglement » : bien sûr l’humanité est plus vieille, la
divergence d’avec son ancêtre animal est bien plus ancienne,
cependant tous les rameaux issus de la souche primitive se seront
éteints, sauf un, et c’est à partir de cette « mère unique » (ST p.
19) [le mot « Ève » n’est pas prononcé, mais on ne peut
s’empêcher d’y penser !] que l’évolution aboutissant à l’humanité
actuelle a repris 17 … Cette « solution » soulève nombre de
questions irrésolues. L’une d’elles est que les espèces peu
répandues ou se reproduisant moins vite devraient manifester
moins de divergences que les espèces nombreuses, ce qui n’est
clairement pas le cas. Comment se fait-il que les écarts
intraspécifiques soient aussi voisins (inférieurs à 2 %) ? Comment
chaque espèce aurait-elle connu son propre « goulot
d’étranglement », mais judicieusement placé pour faire converger
les écarts actuels ? Nos auteurs se contentent ici d’extrapoler aux
autres espèces l’hypothèse faite pour l’homme en suggérant qu’un
« âge glaciaire » eut cet effet dévastateur général (ST p. 23).
On comprend au demeurant que Stoeckle et Thaler restent ici
évasifs. Comment pourraient-ils conclure et tirer les inévitables
implications de leur travail sans chatouiller le dogme
évolutionniste ? On sera peut-être tenté de récuser la cytochrome
oxydase en notant que ce COI ne constitue jamais que 5 % du
génome mitochondrial et moins de 1 % du génome total !
17
Pour l’évolutionnisme, la divergence des formes vivantes est chose
naturelle. Pendant deux siècles, la stabilité des espèces a donc été interprétée
en disant : « Certes, à notre échelle d’observation, on ne voit pas cette
divergence, mais le lent processus s’est étalé sur de si longues durées ... Il est
donc normal qu’il nous échappe ! » Voici aujourd’hui le discours
inverse : « On ne constate pas encore la divergence, car elle ne dure que
depuis trop peu de temps ! » L’esprit scientifique voudrait qu’un phénomène
inobservé ne soit pas même pris en compte. Mesurons ici à quel point René
Thom avait raison lorsqu’il qualifiait le darwinisme de théorie « langagière ».
Ce n’est vraiment qu’un enchaînement de sophismes, mais de sophismes
savants !
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
13
Toutefois nul ne prétend que le COI définisse et décrive
chaque espèce : il ne fait que l’identifier, la distinguer des autres.
Ce n’est donc qu’un marqueur, comme le sont nos empreintes
digitales. On ne sait rien d’une personne si l’on n’en connaît que
les empreintes. Mais on sait s’il est présent (s’il a touché l’arme
du crime, par exemple). Dire que le COI a permis d’identifier une
espèce implique l’existence réelle de cette espèce. C’est donc
contredire le présupposé darwinien d’une divergence évolutive
aboutissant à de nouvelles espèces par adaptations cumulatives à
l’environnement.
Or il existe une solution toute simple et cohérente avec les faits
observés : si les variations au sein de l’espèce demeurent dans de
si étroites limites, c’est qu’il existe une « force de rappel », tel ce
processus qui, après une blessure au doigt, reproduit les mêmes
dessins sur l’épiderme, processus qui, ici, exclut les mutations
dites « positives » (constituant un progrès) lesquelles aboutiraient
à une divergence cumulative. Cette force, ne serait-ce pas, tout
simplement, le primat de la forme, la réalité et donc la persistance
des formes !
Stoeckle et Thaler sont prisonniers d’un monde en devenir
perpétuel, d’un monde où rien n’est tout simplement ce qu’il est,
d’un monde où tout procède d’autre chose (en l’occurrence d’un
hypothétique ancêtre qui aurait été différent) : le monde de
l’évolution.
Expliquer l’être par le devenir : tâche impossible ! Devant la
perplexité de nos auteurs, concluons avec Jeanne Smits : « La
réponse a toutes les chances de relever d’un autre domaine, non
accessible à la science 18 : quelque chose qui s’appellerait la
création… »
*******************************
18
Ndlr. Plus exactement : inaccessible à une science qui s’interdit a priori de
considérer cette perspective, fût-elle – comme c’est le cas ici – l’explication
la plus simple et la plus cohérente avec les faits connus.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
14
SCIENCE ET TECHNIQUE
« Les rationalistes fuient le mystère
pour se précipiter dans l’incohérence. »
(Bossuet)
La cellule, l'embryon … “quels chantiers” !
Jean-François Péroteau19
Présentation : Des briques lancées au hasard ne formeront jamais un mur. Un
chantier de construction exige toute une organisation avec des responsables
hiérarchisés en charge de chaque métier (maçonnerie, toiture, électricité, etc.). Il
faut aussi un programme détaillé permettant à chaque corps de métier
d’intervenir à un moment précis. Quand nous contemplons le développement
d’un embryon, les mêmes règles d’organisation, donc les mêmes signes
d’intelligences, se retrouvent avec toutefois une différence majeure : le chantier
procède par additions coordonnées d’éléments externes, par empilage, tandis que
l’embryogenèse se réalise de l’intérieur par « explosion ». Les agents sont tous
issus du même ADN cellulaire qui multiplie et différencie ses productions pour
qu’elles s’activent au fur et à mesure des besoins. Mais comment nier qu’une
Intelligence pilote toute l’opération ?
Introduction
Il sera intéressant de comparer le déroulement d'un
chantier immobilier avec celui d'un embryon, ou même d'une
seule cellule, car, dans les deux cas, ils sont le fruit d'une somme
d'intelligences.
Une unique cellule est déjà un univers extrêmement
complexe avec ses usines de production, ses ateliers de fabrication
de protéines (que sont les ribosomes), ses systèmes de réparation,
ses usines de traitements des déchets (catabolisme), ses centrales à
énergies (que sont les mitochondries). Tous ces ateliers doivent
être opérationnels en même temps, même si leur apparition
simultanée relève du miracle.
19
Ayant travaillé comme biologiste dans un laboratoire de Bordeaux, J.-F.
Péroteau a écrit divers ouvrages dénonçant l’évolutionnisme. On se reportera
aussi à la conférence donnée au colloque du CEP en 2009 : « Les mutations
dans l’impasse » (CD 0906).
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
15
Les milliards de divisions cellulaires, lors de
l'embryogenèse, se font dans un ordre très précis ; cela implique
une programmation très rigoureuse pour l'entrée en scène des
gènes de régulation qui, eux, vont activer ou désactiver les gènes
de structure, lesquels donneront les protéines, les briques de base.
De la même façon que le planning d'un chantier traduit
l'intelligence des architectes et du coordinateur des travaux, de la
même façon que le programmateur d'une machine à laver n'a pu
être conçu et imaginé que par un homme intelligent, de la même
façon que dans un film, l'intelligence du réalisateur est partout,
alors qu‘on ne le voit jamais sur l'écran, le déroulement d'un
chantier, lui aussi, suppose une suite d'intelligences : celle du
maître d'ouvrage qui l'a pensé, imaginé, voulu ; celle du maître
d’œuvre (ingénieurs, architectes) qui l'a dessiné, planifié,
programmé ; celle du coordinateur ou conducteur de travaux qui
coordonne les différentes étapes, en anticipant en permanence ;
celle du chef de chantier qui dirige et gère les besoins en
personnel et matériaux divers ; celle des chefs d'équipes des
différents corps de métiers, qui pilotent les ouvriers spécialisés.
Alors, pas de programme sans une intelligence
''programmatrice '' :
- pas de plan sans une intelligence ''planificatrice'' !
- pas de coordination sans une intelligence coordinatrice !
- pas de régulation sans une intelligence régulatrice !
1. L'embryogenèse
Le développement embryonnaire est un chantier
particulièrement complexe, où nous voyons la nécessité d'une
conception préalable, d'une planification, d'une programmation,
avec une coordination parfaite de tous les gènes de régulation, ces
conducteurs de travaux génétiques, qui vont activer tels ou tels
gènes de structure, qui, une fois traduits, donneront telles ou telles
protéines (les pierres de base), à tel endroit, à tel moment.
Parmi les 25 000 gènes du génome humain, chacun donne
naissance à une ou plusieurs protéines (les pierres de la
construction).
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
16
Cette fabrication est assurée par une machinerie génétique
complexe, constituée de plusieurs centaines de molécules.
Si cette machinerie était livrée à elle-même, elle
produirait simultanément toutes les protéines codées par
l'ensemble des gènes, et la cellule deviendrait le siège d'une
cacophonie moléculaire qui lui serait fatale. En pratique, seuls les
gènes spécifiques de telle cellule de tel tissu (peau, foie, rein)
sont activés, comme par exemple celui de l'insuline dans le
pancréas.
C'est le même ADN
C'est le même ADN qui, de duplications en duplications,
circule lors des nombreuses multiplications cellulaires ; un ADN,
qui, grâce aux outils génétiques qu'il renferme (gènes régulateurs),
va réveiller les gènes de structure, par l'utilisation des facteurs de
transcription (protéines régulatrices)... Mais, qui, quoi, déclenche
la transcription de ces gènes régulateurs ? Car c'est le même ADN
qui est reprogrammé en permanence quand il passe d'un type
cellulaire à un autre.
Le chantier embryonnaire
Ce chantier comprend trois tranches de travaux : le
mésoderme qui donnera les muscles faciaux, le péricarde, le
myocarde, l'endocarde ; l'endoderme qui donnera les poumons, le
pharynx, l’œsophage, l'estomac, l'intestin, le foie et le pancréas ;
l’ectoderme qui donnera la peau, le nez, l'oreille et les ganglions.
L’embryogenèse est une croissance par ''explosion''
(contrairement aux chantiers humains qui se réalisent par
''addition'' extérieure, ''empilage'' des différents matériaux),
explosion où les cellules s'additionnent en partant du centre et en
se différenciant selon la programmation de l'ADN.
Quelle prodigieuse complexité, quelle belle organisation
que cet embryon, où tout va se mettre exactement à sa place !
Pourquoi l’œil ne se forme-t-il pas au milieu de la joue ? Pourquoi
la forme des os est-elle si finement complémentaire ?
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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La communication intercellulaire
La signalisation cellulaire se réalise par un enchaînement
d'actions bien orchestrées ; une molécule messagère (cytokine,
interleukine, hormone) sécrétée par les cellules d'un organe
sécréteur (glandes endocrines, surrénales, ovaires) va activer de
façon spécifique et complémentaire le récepteur d'une autre
cellule, récepteur qui va déclencher une cascade de réactions dont
la dernière va provoquer la transcription de tel gène en protéine
utile, ou bien jouer le rôle de messagère pour une autre cellule.
Au bout d'un certain nombre de multiplications, tel type
cellulaire se différencie en un autre type cellulaire grâce à
l'intervention des ''gènes architectes''. Une telle organisation ne
peut être le fruit du hasard ; pour que le métabolisme soit normal,
il faut que les cellules fonctionnent en bon ordre ; si la
communication est déréglée, survient le ''cancer''. Pour gérer un tel
réseau de communications, un grand principe régulateur est
indispensable.
La régulation des gènes
La régulation de la transcription des gènes de structure est
d'une complexité inouïe. Des exhausteurs (ou des silenceurs pour
le blocage) sont des super activateurs, super accélérateurs qui vont
agir sur des activateurs associés à des co-activateurs, associés eux-
mêmes à des facteurs de transcription ; ce sont ces facteurs de
transcription qui vont s'accoupler avec les séquences promotrices
complémentaires, pour activer ou désactiver l'ARN polymérase,
cette ouvrière spécialisée qui traduit l'ADN en ARN messager. Vue
la complexité de la régulation de milliers de gènes d'une cellule
animale, on réalise la nécessité d'un régulateur central, d'un
coordinateur central de toutes les régulations particulières,
d'autant plus que les gènes d'une même voie métabolique sont
dispersés sur des chromosomes différents.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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Les gènes homéotiques
Les gènes HOM ou HOX sont comme les conducteurs de
travaux qui, dans un chantier, régulent le travail des ouvriers,
selon leur spécialité (gros œuvre, plomberie, menuiserie, peinture,
électricité), mais qui ont besoin d'être eux-mêmes régulés par des
gènes de ''polarité segmentaire'', eux-mêmes régulés par des gènes
“Per-Rule” (gènes de segmentation qui définissent le nombre de
parasegments), eux-mêmes régulés par des gènes “Gap” (chacun
des gènes de segmentation déterminant une région entière de
l'organisme) ; il s'agit d'une cascade complexe de régulations qui
ne peut, en aucun cas, résulter du hasard. Ainsi les gènes
homéotiques vont contrôler le chantier de la tête de la Drosophile
(6 segments céphaliques), le chantier du thorax (3 segments
thoraciques), le chantier abdominal (8 segments abdominaux) et le
chantier de l'extrémité postérieure (3 segments postérieurs).
Exemples
L'embryogenèse de l'Oursin est d'une complexité
stupéfiante, avec 8 500 ARN messagers à chaque étape de son
immense chantier ; il lui faut donc une super régulation, une super
coordination de toutes les régulations ; ces ARN messagers
donneront autant de protéines utiles pour le métabolisme.
Le cas de l'hémoglobine : le gène de la globine alpha est
situé sur le chromosome 16, alors que le gène bêta est porté par le
chromosome 11 ; comment, alors, dans cette génothèque
gigantesque, si riche, deux gènes séparés par beaucoup de rayons
sont-ils retrouvés et activés pour donner ensemble la même
molécule d'hémoglobine ? Il faut une bonne organisation pour
retrouver ces gènes dispersés !
L'exemple de la grenouille : comment expliquer la
complexité et le déroulement de cette extraordinaire
métamorphose de l’œuf en têtard, puis de ce dernier en grenouille
adulte, sans l'action d'un Coordinateur, d'un super organisateur des
travaux génétiques ! Travaux qui font passer des branchies
respiratoires du têtard aux poumons de la grenouille.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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Les profonds remaniements anatomiques correspondent à
autant de remaniements chromosomiques dans le même ADN,
mais ces remaniements doivent être dirigés, car laissés à eux-
mêmes, ils donnent des phénotypes monstrueux et des êtres
handicapés... Dans cette métamorphose du têtard à la grenouille,
l'hormone thyroïdienne T est comme le déclencheur et le
conducteur de travaux génétiques, physiologiques, organiques, en
orchestrant l'apparition des pattes antérieures et la régression de la
queue.
Les aveux
Malgré la volonté farouche d'écarter systématiquement toute
finalité et tout déterminisme, les auteurs les plus scientifiques ne
peuvent s’empêcher de s'exprimer en termes ''anthropomor-
phiques'' :
Nicole Le Douarin (professeur honoraire au Collège de
France), dans Des chimères, des clones et des gènes, (Paris, Éd.
Odile Jacob, p. 249-290), s'exclame : « On ne peut qu'être
émerveillé par cette ''orchestration'' si complexe et si précise'' ! »
James D. Watson (prix Nobel de médecine), dans Biologie
moléculaire du gène (Paris, Éd. Pearson, 2012, 6e édit., p. 772),
écrit (en collaboration avec Hopkins) : « Au sujet de la synthèse
des ribosomes [...], il doit certainement exister un mécanisme
''ingénieux'' pour ''coordonner'' la production de tous leurs
constituants » ; et, à la page 911, les auteurs ajoutent :
« L'expression de nombreux gènes doit être ''minutieusement
coordonnée''. »
Jean-Claude Beetschen, dans Génétique du développement
(Paris, PUF, 2006, p. 65), remarque : « L'agencement précis de
divers types de cellules différenciées, les unes par rapport aux
autres, constitue un ''patron'' [...] ; la formation du patron obéit à
un ''déterminisme rigoureux''. »
Concluons : Seul un Principe intelligent, extérieur au
vivant, peut être à l'origine d'un ensemble aussi complexe de
régulations, d'activations (ou d'inhibitions) au bon endroit, au bon
moment. Les protéines régulatrices viennent de gènes qui doivent
eux-mêmes être régulés. Quid ?
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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On se trouve devant le problème de la poule et de l’œuf,
quand on réalise que l'ADN ne peut être traduit que par des
molécules enzymatiques issues de lui-même.
Ce sont : ''hélicase'' qui ouvre, ''primase'' qui amorce,
''polymérase'' qui copie, ''ligase'' qui referme.
Comment l’ADN était-il traduit avant l'apparition des
gènes de ces enzymes indispensables à sa traduction ? Tout se
passe donc comme s'il fallait à tout prix que tous les enzymes
fussent en place ''en même temps'', même si cela relève du
miracle20.
2. Le chantier immobilier
Le chantier a d'abord été décidé, pensé, imaginé, conçu
pour tels buts, tels besoins par le maître d'ouvrage. La
construction complète d'un immeuble, d'une école, se réalise grâce
à une suite d'intelligences dans la succession des étapes, de la
conception à la remise des clefs. On est en présence d'une
véritable hiérarchie d'intelligences ; celle du maître d'ouvrage, du
maître d’œuvre, du coordinateur des travaux, du chef de chantier,
des chefs d'équipe et des ouvriers spécialisés.
Le maître d’œuvre correspond à l'intelligence des
architectes et des ingénieurs qui dessinent les plans du chantier en
fonction des besoins exprimés par le maître d'ouvrage ; c'est aussi
l'interface entre le client et les entreprises.
Le conducteur ou coordinateur des travaux. Son
intelligence va planifier l'entrée en scène de telle entreprise, de tel
corps de métier (plomberie, réseau EDF, menuiserie, PVC,
sanitaire, multimédias), va favoriser le contact inter-entreprises de
façon à ce qu'elles ne se gênent pas ; il définit et gère le
programme d'exécution, les moyens matériels et humains, les
matériaux et les équipements, et travaille en collaboration avec le
chef de chantier.
20
Ndlr. Plutôt que de « miracle », il s’agit simplement d’une création
ex nihilo. Dieu, Lui, à la différence de l’homme, crée d’emblée des êtres
complets, achevés, adultes et opérationnels.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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Le chef de chantier : son intelligence gère les différents
corps de métier en collaboration étroite avec le coordinateur des
travaux (terrassement, gros œuvre, charpente, menuiserie,
plomberie, électricité, peinture etc.) ; il organise le travail grâce à
des plans d’actions précis.
Les chefs d'équipe gèrent les ouvriers spécialisés, les
activent ou les désactivent selon les besoins et l'évolution des
travaux.
Exemples d'actions anticipatoires:
Le conducteur de travaux, en étroite collaboration avec le
chef de chantier, doit ''anticiper'' la pose des différents câblages,
des différents réseaux (fils électriques, fils du multimédias,
comme les câbles de télévision, internet, téléphone), tuyaux de
chauffage, de ventilation, AVANT la pose des faux plafonds.
L'intelligence anticipatoire fera poser les menuiseries extérieures
avant la pose des cloisons-plâtres, mais, d'abord, elle doit prévoir
la pose des différentes gaines (eau potable, eaux usées, gaz,
électricité, raccordement multimédias), AVANT que la dalle de
béton ne soit coulée. L’intelligence anticipatoire est la clef de la
réussite d'un chantier.
3. Comparaison des deux “chantiers”
Il est tentant de comparer le déroulement des deux types
de chantier : le chantier d'un immeuble; le chantier cellulaire (ou
le chantier embryonnaire). Dans les deux chantiers, on assiste à
une suite d'actions intelligentes ; dans l'un, il y a activation
séquentielle des entreprises, des différents corps de métiers, et,
dans l'autre, activation séquentielle des gènes de régulations sur
les gènes de structure.
Le noyau de la cellule est le bureau central où sont
conservées toutes les données ; c'est le cabinet d'architectes qui
renferme les plans de construction.
Les cellules différentes se reconnaissent entre elles, car
elles s'envoient des messages par molécules interposées
(hormones, cytokines).
Aujourd'hui, grâce aux technologies de la communica-
tion, les différents corps de métiers communiquent entre eux et
avec le coordinateur de travaux (téléphone, fax, courriel, textos,
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
22
mms, Skype). Les chefs d'équipe s'entendent entre eux pour caler
leurs interventions.
De même, une fois tel tissu réalisé, nombre de ses gènes
actifs sont désactivés, pendant qu'une induction est lancée aux
cellules adjacentes, périphériques, pour élaborer un nouveau tissu
grâce au réveil de nouveaux gènes.
L'embryogenèse est réalisée de l’intérieur, par
''explosion'', depuis le centre de l'ébauche, où ce sont les différents
corps cellulaires qui s'activent mutuellement au temps T, après X
multiplications, où l'ADN est reprogrammé en permanence, où
certains gènes sont verrouillés ou réveillés. Remarquons que c'est
toujours le même ADN, celui de la première cellule !
Les constructions humaines, elles, sont réalisées par
''addition'', empilage ; la dalle de béton coulée et séchée aura les
murs porteurs sur elle, et ces derniers supporteront le toit. C'est en
cela que les deux chantiers sont différents : ''explosion'' pour l'un,
et ''empilage'', ''implosion” pour l'autre.
Conclusion
L'idée que révèle l'étude d'un mécanisme biologique, ou
l'examen d'un chantier immobilier, préexiste à sa réalisation. Le
monde vivant est rempli de réalisations ingénieuses, nécessitant
une Pensée hors-pair, une conception hors-pair. Le programmateur
dans une machine à laver n'est pas intelligent par lui-même, mais
reflète l'intelligence de celui qui l'a conçu et programmé. Ainsi, on
remonte de l’œuvre à l'ouvrier, de l'effet à la cause, comme
l'anthropologue remonte de l'outil à l'homme intelligent qui l'a
conçu.
Ce ne sont pas des millions d'années d'erreurs, de
tâtonnements, de mutations nuisibles et aléatoires qui auraient
abouti à une si belle et si complexe organisation cellulaire,
tissulaire, organique. La nécessité d'une Intelligence prévoyante,
prévisionnelle, planificatrice, anticipatoire, s'impose dès le départ.
Le chantier d'un immeuble ne peut être réalisé sans
l'action cohérente d'un architecte, d'un coordinateur de travaux et
d'un chef de chantier. Même les scientifiques les plus rationalistes
ne peuvent s’empêcher d'utiliser des termes anthropomorphiques,
comme ''orchestration'', signaux, messages, architecte.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
23
Ainsi Jean Frezal, dans Hérédité humaine (Paris, PUF,
coll. “Que-sais-je ? 550”, 1993, page 101): « Un ensemble si
complexe et si admirable d'opérations exige une ''programmation
rigoureuse'' […]. Ces opérations sont ''ordonnées'' dans le temps
et dans l'espace [...]. Le développement est commandé par un
''organisateur''. »
Armand de Ricqlès, dans „Embryon et ancêtres“ (Science
& Vie, page 112) : « L'ontogenèse apparaît comme une cascade
d'événements successifs rigoureusement programmés, et
causalement ''coordonnés'' dans l'espace et dans le temps. »
Finalement, on réalise la nécessité impérieuse d'un
principe supérieur de régulation, qui supervise l'ensemble des
activités métaboliques, des très nombreuses réactions
biochimiques, toutes les régulations particulières de la cellule;
parfois, il faut 2 300 gènes pour que telle structure se fasse.
De même, dans un chantier immobilier, il faudra un
coordinateur et un chef de chantier pour réguler l'entrée en scène
de tous les corps de métier (terrassement, fondations, gros œuvre,
menuiserie, électricité, multimédias, etc.). La nécessité de ce
principe supérieur est confirmée par le comportement des gènes
architectes, des gènes homériques ; en effet, lorsqu'ils sont laissés
au hasard, ils donnent des effets handicapants et monstrueux. Il
n'est pas ''a''-scientifique (avec alpha privatif) de reconnaître la
nécessité de ce Principe supérieur dans toutes les horloges
biologiques de l'embryogenèse ; je n'ai pas vu les architectes qui
ont dessiné les plans, le coordinateur qui a planifié et coordonné
l'ensemble des étapes du grand chantier de l'immense pont
d'Aquitaine, mais mon intelligence ne peut que conclure à la
nécessité de leur implication.
J'ai sous les yeux l'article avec photo de l'AGV,
l’Automotrice à Grande Vitesse, qui montre que 320 intelligences
ont été nécessaires pour la réaliser, sans parler des centaines
d'autres qui furent nécessaires aux progrès de la technologie dans
les décennies précédentes... en mécanique, en électronique et en
matériaux divers (Sud-Ouest du mercredi 14 mai 2008).
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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Les pages 102 et 103, du Paris Match du 2 au 8 octobre
2008 (ci-dessous), nous montrent la Mégane 3, entourée de tout le
personnel technique et du président de la marque Renault,
créatrice d'automobiles.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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Quand on réalise le nombre d'intelligences qu'il a fallu
pour réaliser cette voiture, on ne voit pas comment le hasard aurait
pu réaliser, seul, des structures vivantes ultra sophistiquées, bien
plus complexes que la Mégane 3.
L'embryogenèse est un immense chantier, plus complexe
encore (200 grands types cellulaires différenciés) où la cascade
d'inductions ou de répressions est savamment orchestrée,
planifiée, coordonnée. Une telle complexité ne peut obtenir un
résultat aussi cohérent et harmonieux sans une programmation des
plus ingénieuses ; parler alors de hasard est une ''insulte à
l'intelligence''.
Pour conclure sur notre comparaison, nous dirons :
Aux gènes de structure, correspondent les ouvriers, aux
protéines correspondent les matériaux de construction, aux gènes
de régulation correspondent les conducteurs de travaux et les
chefs de chantier.
Cependant, des différences existent entre les deux types
de chantier ; si l'embryogenèse se réalise par explosion organique,
la construction se fait par addition, empilage.
Dans les deux types de chantier, une somme
d'intelligences est nécessaire. Ainsi dans le vivant, ''tout est fait
pour'' : si le scientifique ne voulait pourtant faire aucune référence
à la finalité, il sera pour le moins tenu de dire ''mystère'' et non
''hasard''.
(Remerciements aux architectes, ingénieurs, coordinateurs de
travaux et chefs de chantier qui m'ont aidé à mieux comprendre la
réalisation complète d'un ouvrage immobilier.)
* *
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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Variations morphogénétiques de « polydactylie1 »
et de « polyphalangie » :
une « contradiction évolutive » flagrante.
Claude Timmerman
Présentation : On verra ici, sur l’exemple du nombre des doigts ou des
phalanges, comment la théorie « saltationniste » (promue par Gould pour
expliquer l’absence des fameux « chaînons manquants »), s’expose à la
même critique que le gradualisme darwinien : on peut tout y démontrer et
aussi bien le contraire de tout2. Posant d’abord qu’il n’y a pas de « retour en
arrière », on en déduit que les Mammifères auront tout au plus 5 doigts
(qu’ils peuvent toutefois « perdre » pour passer à 3 ou 2). Or il en existe
ayant 6 doigts, comme l’Éléphant et le Panda. De plus, les deux espèces de
Panda, clairement distinctes, ont toutes deux cet organe surnuméraire : on
parlera alors de « convergence adaptative ». Ce n’est là qu’une contorsion
verbale montrant bien que le darwinisme est une théorie purement
« langagière » (René Thom) : on invente des concepts sur mesure pour faire
entrer la réalité dans un cadre préétabli.
L’évolution peut se résumer dans la formule énoncée par le
paléontologue Louis Dollo 3 en 1893 et reprise par Stephen Jay
Gould en 1970 : « L’évolution est discontinue, irréversible et
limitée dans le temps. »
Elle s’énonce en ces trois propositions :
I - L’évolution est saltatoire, se produisant par sauts brusques ;
II - Un organisme ne peut revenir, même partiellement, à un
stade antérieur déjà réalisé dans sa série ancestrale ;
III - Tous les organismes s’éteignent nécessairement, au terme
d’un cycle évolutif qui peut être extrêmement long.
1
Nous entendrons ici, par extension, « polydactylie » comme phénomène
d’existence constatée de pseudo-doigts, ou de structures avoisinantes,
surnuméraires par rapport à la « norme évolutive » établie : le membre
pentadactyle.
2
Ndlr. En termes savants, nous pourrions dire que, dans une théorie
contradictoire, toute proposition (tout énoncé, aussi bien l’énoncé A que son
contraire non-A) est un théorème (peut être démontré à partir des postulats).
3
L’ingénieur qui découvrit les fameux ignanodons de Bernissart (en
Wallonie, entre Valenciennes et Ath) et leur consacra le reste de sa vie.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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Tout le travail des évolutionnistes concourt à faire entrer dans ce
« moule » la multiplicité des organismes fossiles ou vivants,
connus et analysés.
Pour ce qui est des membres, chez les Vertébrés Tétrapodes, on se
réfère, comme premier type « sorti des eaux », à la lignée des
Icthyostégidés dont le membre dériverait des nageoires paires
(pectorales et pelviennes) d’un poisson Sarcoptérigien, du groupe
des Rhipidistiens : Eustanoptéron (du Dévonien).
Cette hypothèse provient surtout de ce que les Sarcoptérigiens ont
des nageoires reliées à une ceinture pectorale (ou pelvienne) bien
individualisée, et articulées sur la base d’un seul os (baptisé alors
humérus ou fémur), et enfin disposent d’une respiration double
branchiale et pulmonée « primitive » de type sacculaire…
L’idée suggérée ensuite est, qu’au fil de l’évolution, les doigts
vont se limiter en nombre, des Amphibiens aux Reptiles, petit à
petit à 5, voire moins, et vont perdre des phalanges jusqu’à 3 ou 2.
L’anatomie comparée du membre des Mammifères conduit à faire
admettre alors une unité morphogénétique du membre dit
« chiridien », fondamentalement donné alors comme pentadactyle,
dont tous les types observés vont dériver par hypertrophie, fusion
ou perte de certains de ses éléments.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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On cherchera donc à faire coller ce modèle de membre aux
structures osseuses observées, limitées par suite de « pertes
évolutives » à cinq doigts, chacun à 2 (pouce) ou 3 (phalanges),
selon le schéma ci-dessous :
Tout le travail actuel des évolutionnistes concourt à faire entrer
dans ce « moule » les membres de tous les Tétrapodes connus
pour justifier la théorie.
En particulier chez les Mammifères, on cherchera
systématiquement à faire coller le modèle aux structures,
notamment osseuses, observées.
Mais la difficulté parait insurmontable lorsqu’on se trouve en
présence de structures manifestement surnuméraires, car cela
contrevient au dogme : en vertu de la seconde « loi »,
précédemment énonceée, il est évident qu’un organe « perdu »
à un stade donné de l’évolution ne peut « réapparaître » dans
un stade ultérieur…
C’est précisément cette contradiction qui est illustrée par
l’hyperdactylie et par l’hyperphalangie…
(Nous parlons bien ici de standard d’espèce et non pas de
phénomènes plus ou moins tératologiques, bien connus, tels chez
l’Homme les sexadigitaires... assez nombreux en Afrique noire.)
Polyphalangie
C’est le cas de certains cétacés du nouvel ordre évolutionniste des
«Cétartiodactyles » qui regroupe :
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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- l’ordre des Artiodactyles (Ongulés à nombre pair de doigts,
dit aussi Paraxoniens, ou Paradigités)
- l’ordre des Cétacés (considéré maintenant comme « étant
secondairement retourné à la mer »)
Et là certaines espèces (pas toutes) ne sont pas du tout
dogmatiquement correctes, en développant chez les Mysticètes
(Cétacés à fanons) tels la Jubarte ou Mégaptère, comme chez les
Odontocètes (Cétacés à dents) tels certains dauphins, une
polyphalangie parfaitement incongrue aux regards de la norme.
Notons cependant que les Cachalots ont bien appris leur cours
d’évolution et présentent des membres antérieurs corrects à cinq
doigts ayant le nombre de phalanges requis…
De même les Siréniens (Lamantins) et les Pinnipèdes (Phoques)
ont tous des membres antérieurs parfaitement conformes au
modèle, n’ayant sans doute pas la nostalgie d’ancêtres galopant
dans les grandes plaines…
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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« Polydactylie »
La polydactylie vraie apparaît en revanche toujours anormale 4 ,
pathologique, mais peut se transmettre dans certains cas
génétiquement dans des lignées animales, comme dans des
familles humaines (notamment les sexadigitaires), ce qui montre
que le « pool génique » dans de nombreuses espèces n’exclut pas
cette réalisation et sa transmission.
À l’inverse, certains animaux ont systématiquement développé
de « faux doigts » pour compléter leur métacarpe ou leur
métatarse en lien avec une fonction précise : un véritable
« paradoxe évolutif ».
Le « sixième doigt » de l’éléphant
Les doigts de l’éléphant ne sont pas tous terminés par un ongle
apparent, ce qui crée déjà confusion !
Ainsi, l’éléphant d’Afrique en possède 3 sur ses pattes arrière
contre 4 pour l’éléphant d’Asie.
Sur les pattes avant, l’éléphant d’Afrique présente 4 ou 5 ongles
contre toujours 5 pour l’éléphant d’Asie.
Les 5 doigts de la patte sont orientés plutôt vers l’avant et
reposent sur un coussin fibreux conique, donnant l’impression que
le pied est planté sur ses orteils. Ce coussin joue le rôle
d’amortisseur et aussi de récepteur des vibrations du sol, que
l’animal perçoit de très loin.
Les phalanges sont quasiment soudées et ne permettent pas de
latitude de mouvements aux doigts, noyés dans la masse du pied,
qui ne servent qu’à équilibrer le métatarse et le tarse, calés sur le
coussinet plantaire qui sert ainsi d’assise…
4
On pourra consulter avec profit les documents suivants (publiés sur
internet)
- Thèse de Dr vétérinaire de Julie VALLOIRE-LUCOT,
- « LA POLYDACTYLIE CHEZ LES MAMMIFÈRES », 2012.
http://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=1454
- Louis BLANC, art. « Étude de la Polydactylie chez les mammifères » ,
Publications de la Société Linnéenne de Lyon, année 1893, 40, p. 53-
88.
( http://persee.fr/doc/linly_1160-6398_1893_num_40_1_4046 )
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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On constate en arrière d’un métacarpe (ou d’un métatarse) la
présence d’une excroissance osseuse improprement baptisée
« sixième doigt » .
Il s’agit en fait de l’os sésamoïde (os de membrane, non
squelettique), qui s’est hypertrophié et qui participe à l’assise du
pied sur le coussinet plantaire en y pénétrant profondément (long
de 5 à 8 cm), où il agit comme transmetteur direct des vibrations
du sol, réceptionnées par le coussinet fibreux.
Le faux « pouce » du panda
La modification d’un os sésamoïde se retrouve aussi chez d’autres
espèces dont l’exemple le plus célèbre est le fameux sixième doigt
du panda.
Il s’agit du résultat du développement de l’os sésamoïde radial (R
S) (cf. figure ci-dessous) allongé en doigt, qui s’articule pour
former un faux pouce opposable, terminé par une grosse pelote
digitale qui le recouvre.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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La « pince digitale » ainsi formée a été largement évoquée par les
évolutionnistes pour illustrer l’adaptation remarquable que
constitue un tel dispositif préhensile en lien avec la nutrition très
particulière de l’animal : la monophagie de la tige de bambou.
En fait, cette propriété n’est pas spécifique de l’espèce, mais se
retrouve chez les deux espèces de pandas.
Le « grand panda » aussi appelé « panda géant » (Ailuropoda
melanoleuca) précédemment évoqué, classé parmi les Ursidés, et
le « petit panda » aussi connu sous le nom de « panda roux »
(Ailurus fulgens) classé parmi les Procyonidés (Ratons laveurs) où
on lui retrouverait un ancêtre (?) fossile le Simocyon : Simocyon
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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batalleri, frugivore et carnivore arboricole du Miocène d’Espagne,
présentant la même particularité anatomique du « faux pouce5 ».
Les deux pandas ne sont donc pas directement voisins en terme
d’espèce, mêmes s’ils partagent le même habitat et sont
endémiques des mêmes forêts chinoises du Tibet et de certaines
autres zones forestières himalayennes.
L’un restant terrestre et l’autre arboricole.
La présence de ce « faux pouce » a donc été l’occasion d’une
débauche de commentaires et de publications sur la « convergence
adaptative » observée entre les deux espèces.
Le grand panda est volumineux et massif : il pèse de 80 à 125 kg,
avec une moyenne de 105,5 kg ; il mesure de 1,50 à 1,80 mètre de
longueur, avec une moyenne de 1,65 mètre.
5
SALESA M. J., ANTON M., PEIGNÉ S. & MORALES J. (2006), « Evidence
of a false thumb in a fossil carnivore clarifies the evolution of pandas”,
Proceedings of the National Academy of Sciences, 103, (2), 379-382.
SALESA M. J., ANTON M., PEIGNÉ S. & MORALES J. (2008), “Functional
anatomy and biomechanics of the postcranial skeleton of Simocyon batalleri
(Viret, 1929) (Carnivora, Ailuridae) from the Late Miocene of Spain”,
Zoological Journal of the Linnean Society, 152(3), 593-621.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
34
Le petit panda (figure ci-dessus) est de la taille d'un renard : le
corps sans la queue mesure de 50 à 65 cm, la queue mesure de 30
à 60 cm. Les mâles pèsent de 3,5 à 6,2 kg et les femelles de 3 à
6 kg.
Ils sont arboricoles et omnivores à prédominance frugivore, mais
sans négliger les petits rongeurs, les œufs et les oisillons qui
pourraient tomber sous leur patte... et bien entendu le bambou…
L’appendice falciforme de la main de la taupe (Talpa
europaea)
La taupe (Talpa europaea) présente également un « sixième
doigt » ennoyé dans l’épiderme granuleux de la patte antérieure.
Il s’agit là encore du sésamoïde radial qui se développe sous
forme d’un élément osseux falciforme qui vient élargir la paume
du métacarpe et intervient en renfort sur la tranche, côté radial,
sans pourtant apparaître extériorisé dans le membre.
On comprendra sans peine que ces deux fonctions contribuent
largement à renforcer l’efficacité de l’action de la patte lors du
fouissage qui peut atteindre en longueur de galerie plus de 80 cm
par jour !
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
35
Mais on notera qu’il existe dans la même niche écologique un
Rongeur sensiblement de même taille et ayant le même
comportement : le campagnol terrestre ou rat taupier (Arvicola
terrestris) aux performances de tunnelier tout à fait comparables à
celles de la taupe.
L’analyse qui consiste à dire que la « pelle » formée par le rajout
de cet os falciforme à la structure de la main de la taupe serait une
« adaptation au fouissage » – ce qui est bien sûr immédiatement
mis en avant par les évolutionnistes darwiniens – est évidemment
totalement abusive : les performances comparables du rat taupier
le démontrent….
Conclusion
Les exemples évoqués montrent soit le renforcement de la
palette natatoire par hyperphalangie, soit un renforcement du
squelette de la main par le développement d’un os de
membrane : le sésamoïde.
On constate embryologiquement que la croissance de cet os
intervient secondairement après la mise en place définitive du
membre et ne procède donc pas de l’architecture du squelette
à proprement parler.
L’existence de cet os est donc liée à sa caractéristique
fonctionnelle, ce dans quoi s’engouffrent le concept
d’adaptation et la philosophie qui s’y rattache.
Ces exemples montrent clairement les limites de la
conceptualisation évolutionniste d’essence darwinienne, et
mettent en relief sa contradiction intrinsèque.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
36
L’évolution, chez les Mammifères, aurait conduit à la
simplification d’un membre déjà devenu pentadactyle –
triphalangé (deux seulement pour le pouce) – ne pouvant plus
se transformer qu’à la faveur de la modification, ou de la
délétion, de certains de ses éléments.
Pourtant, à l’encontre de ce schéma, même en les acceptant
pour la démonstration, on constate alors qu’à partir d’un
certain stade l’exigence de fonctionnalité du membre (et ses
performances), dans diverses espèces, a imposé de pallier
certaines des délétions évolutives, déjà advenues, par
l’adjonction nouvelle d’éléments supplémentaires, justifiés au
nom de l’adaptation, dont la présence même va à l’encontre
des lois de l’évolution !
*****************************
In memoriam : Claude Polin (1937-2018)
Claude Polin, ancien titulaire à la Sorbonne (Paris IV) de la chaire
de philosophie politique, est parti pour l’au-delà le 23 juillet
dernier, à l’issue d’une douloureuse maladie qui le minait depuis
plusieurs années. Il n’était pas né dans une famille religieuse mais,
à l’instar de Maurras, la logique de ses idées lui avait fait voir que
la sagesse grecque n’avait continué d’éclairer la civilisation
occidentale qu’aussi longtemps que l’Église y pût jouer son rôle
intellectuel. « La Cité dénaturée », tel fut d’ailleurs le titre
suggestif d’un ouvrage-clé
(écrit avec son inséparable
collaborateur et ami Claude
Rousseau) montrant comment
l’Occident moderne, devenu
idéaliste, était ipso facto passé
de la sagesse à la déraison (à
l’ubris). De telles idées, on le
conçoit aisément, en faisaient
un atypique dans notre
Université.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
37
Mais elles firent venir vers lui nombre d’esprits
indépendants et aussi d’auditeurs libres d’âge mûr pour lesquels il
donnait à ses cours un style très particulier, le style même des
conférences qu’il a prononcées en divers colloques du CEP :
comme une réflexion à voix haute, presque sans notes, déroulant
et démêlant l’écheveau des idées que le thème traité enchaînait
devant lui ; une sorte de « pensée en temps réel », passionnante
pour l’auditoire. Ce style traduisait l’homme lui-même, avec
l’exposé, toujours réactualisé, d’une vision politique parvenue à
maturité. Les services ainsi rendus aux milieux conservateurs tant
aux États-Unis (pays de son épouse où il parlait et publiait chaque
année) qu’en France, furent récompensés par sa conversion puis
son baptême, le conduisant ainsi à une cohérence personnelle
achevée, la foi rejoignant l’intellect et réciproquement. Signalons
le courage physique qu’il montra lors d’une dernière conférence à
Issy-les-Moulineaux, en 2015 : il tint à la donner malgré sa
maladie épuisante doublée d’une sciatique le contraignant à parler
debout ! Signalons aussi la part importante qu’il prit dans les
Colloques Universitaires de l’Association des Amis de Guy Augé
et donc ses contributions à la revue La Légitimité.1
Que son épouse et ses enfants trouvent ici le témoignage
de notre filiale reconnaissance.
« Le nom du sage vivra à jamais » (Sir 37, 25)2
___________________________
1
Notamment dans le dernier numéro Le Conservatisme ( n° 69, 2017),
disponible auprès de l’Association des Amis de Guy Augé, La Croix d’Épine,
61170 Saint-Agnan-sur-Sarthe
2
Nombreuses furent ses contributions au CEP : La vraie nature du
totalitarisme et de son hostilité à l’Église (en 2010, CD 1003), L’idéalisme
ou l’aveuglement consenti (en 2011, CD 1103 et vidéo en ligne), La
« persécution de coton » (2012, CD 1202), Communisme : mythe et réalité
(Le Cep n°60, octobre 2012), La technique avancée peut-elle libérer
l’homme ? (2014, CD 1401 et vidéo), La démocratie est-elle compatible avec
une société naturelle ? (2015, vidéo), La pertinence politique de la vision
chrétienne du monde (Le Cep n°79, juin 2017).
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
38
Les EMI (IIe partie)
Abbé Régis Gaudin de Saint-Remy
Présentation : Après avoir décrit le phénomène des « expériences de mort
imminentes » (EMI), désormais pris au sérieux et bien étudié par plusieurs
auteurs, souvent des médecins (cf. Le Cep n° 83), il convient d’en venir à son
explication : elle peut être scientifique (§ 2) ou religieuse (§ 3).
Les interprétations scientifiques matérialistes classiques n’étant guère
convaincantes, certains font appel à la physique quantique pour élargir le cadre
et y inclure les faits de télépathie, de médiumnité ou de télékinésie. Mais ces
études, assez théoriques, ne font pas droit à la dimension proprement spirituelle
dont bien des « expérienceurs » font état. Ici vient se placer la frontière entre le
paranormal et le surnaturel véritable. Ici les règles magistèrielles transmises par
l’Église deviennent d’un apport irremplaçable.
II. LES ANALYSES SCIENTIFIQUES DES EMI.
Insuffisance de la médecine dite classique1
La médecine dite classique (c'est-à-dire mécaniste et
scientiste) cherche à expliquer les EMI par trois théories qui ont
été résumées par le Dr Van Lommel2 :
La première résulte d'un matérialisme moniste où tout ne
doit être que matière : « Puisque le cerveau est formé de neurones
soumis à des processus physiques et chimiques, il suffit
d'expliquer ces processus pour expliquer la conscience. » Si cela
était vrai, les EMI ne seraient que de simples illusions comme nous
l'avons déjà vu3. La deuxième, quant à elle, part de la conscience,
laquelle devrait s'identifier à des processus cérébraux comme ce
fut remarqué lors de plusieurs expériences. Enfin, si la troisième
théorie accepte de ne pas réduire la conscience aux processus
cérébraux, elle considère, comme la précédente, que le progrès
scientifique matérialiste expliquera tôt ou tard les EMI. C'est ce
que l'on appelle le « matérialisme de promesse ».
1
Tous les arguments qui suivent se retrouvent dans les ouvrages déjà cités,
mais sont particulièrement développés dans celui du Dr Van Lommel.
2
Ibid., op. cit., p. 232 ss. (cf. note 10).
3
Cf. § « Multiplication des EMI » dans la 1ère partie.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
39
Toutefois, ces arguments ne sont guère convaincants,
surtout depuis l'intervention chirurgicale très risquée (ablation
d'un volumineux anévrisme près du tronc cérébral) et sous
monitorage (surveillance du patient par appareils
automatiques) de Pamela Reynold, en 1991, à l'occasion de
laquelle cette jeune femme fit une EMI. Avant l'opération, qui dura
de longues heures, son corps fut incliné afin que le cerveau se
vidât entièrement de son sang. Ce qui ne l'empêcha pas de révéler
ensuite, en plus de son EMI particulièrement complète, des détails
époustouflants (dialogues du personnel médical reconstitués au
mot près, appareils chirurgicaux cachés à la patiente et manière
précise d'opérer) sur ce qu'elle ne pouvait ni voir, ni entendre
pendant l'intervention. Surtout que la température de son corps
était signalée à 15,5 degrés, ce qui, en plus de l'anesthésie
générale et de l'arrêt provoqué du cœur entraînant un EEG plat,
empêchait tout échange biochimique entre deux neurones.
Le monitorage aidant, cette expérience aura démontré,
une fois de plus, qu'une EMI peut s'effectuer en l'absence de toute
activité cérébrale, y compris du lobe temporal droit qui fonctionne
spécialement lors des manifestations mystiques.
Mais loin de s'avérer battue, la médecine classique, pour
expliquer une EMI, invoque soit une hypoxie (manque d'oxygène),
soit une hypercapnie (excès de gaz carbonique), les conclusions
restant les mêmes : la mort cérébrale interdit tout mécanisme du
cerveau. En ce qui concerne les réactions chimiques de ce dernier,
que ce soit avec la kétamine ou les drogues psychédéliques (DMT,
LSD, psilocythine et mescaline), certaines pourraient provoquer
(surtout le DMT naturellement produit par l'organisme) un
rapprochement avec le début de certaines EMI, mais sans
précisions aussi nettes, ni de sensation de « décorporation » avec
perceptions vérifiables, ni de film de vie, ni de rencontre de
personnes décédées, tout ce qui caractérise justement une EMI.
Enfin, une quelconque activité électrique du cerveau
(épilepsie, stimulation) durant une mort cérébrale est à rejeter, de
même que toute théorie psychologique (peur de la mort,
fantasmes, mystification, hallucination, rêves ou illusions
provoquées par médicaments), toujours pour la même raison.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
40
Certes, la médecine classique s'aperçoit parfois que
l'esprit occupe une première place dans les neurosciences. La
neuroplasticité, par exemple, qui est cette adaptation permanente
du cerveau à ce qui l'entoure, ainsi que toutes ses conséquences
comme l'effet placebo, la psychothérapie ou la thérapie
comportementale cognitive concluent au fait que c'est l'esprit qui
influence le cerveau et non l'inverse.
En fait, cette médecine matérialiste est désarmée pour
expliquer n'importe quel processus qui obéit à d'autres lois que
mécaniques, telles que les liaisons des neurones entre eux
(synapses), toutes subjectives et quasi-illimitées ou, mieux encore,
le processus d'auto-organisation, d'autorégulation et d'auto-
régénération du cerveau. Si tant est que certains d'entre eux soient
visibles et mesurables, ils ne sont que le fruit d'une volition qui,
elle, est invisible et non mesurable.
4
EMI et physique quantique
La médecine classique utilise déjà la physique quantique,
notamment avec l'IRM (imagerie à résonance magnétique) en ce
qui concerne la personne humaine. C'est une sorte d'hologramme
photographique qui reproduit deux ou trois dimensions, mais qui
ne détermine que l'activité sanguine du cerveau. C'est donc
insuffisant pour connaître le rayonnement des champs
électromagnétiques autour des synapses, témoins de toute activité
neuronale, et encore bien plus pour expliquer ce qu'on appelle « la
délocalisation de la conscience ».
Le mérite du Dr Van Lommel n'est pas d'avoir trouvé une
nouvelle application de la physique quantique dont les différentes
facettes restent à explorer5, mais d'avoir trouvé une analogie entre
4
Cf. chapitres 10 & 11 de Mort ou pas du Dr VAN LOMMEL (cf. note 10).
5
La physique quantique n'a jamais formé un tout, et ses tenants se divisent
sur ce qu'elle est comme sur ses applications. Prenons un exemple : malgré
les doutes encore émis, la physique quantique mesure bel et bien le corps
humain grâce à l'antenne de Lecher (inventée par le physicien du même nom)
qui fonctionne un peu comme le radar (envoyer des ondes et en recevoir
selon un barème établi à l'avance), mais à peine plus grand qu'un ustensile de
cuisine. Elle permet de quantifier les trois champs énergétiques du corps,
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
41
ses principes même et une EMI. Essayons de les résumer : si, en
physique classique, tout objet possède un corps aux dimensions
mesurables de façon continue, la physique quantique, elle, ne
s'intéresse qu'au « saut quantique » dont l'image traditionnelle est
celle d'une balle qui rebondit dans l'escalier. Ce n'est donc pas la
matière qui l'intéresse, mais les ondes discontinues qu'elle
propage. Elle n'attribue pas de valeur à un corps composé de
particules, mais uniquement aux champs où se manifestent ces
ondes. Dans la physique quantique, l'espace remplace l'objet. Ce
qui est difficile à comprendre, c'est que cette physique est
subjective, puisque chaque corps, selon son état, a une signature
qui lui est propre.
Cela comporte plusieurs conséquences : d'abord la
physique quantique est animée par le principe de « non-
localisation » du fait que les ondes, intriquées entre elles dans un
espace donné, sont capables d'influencer d'autres champs. Ces
ondes ne sont que des « ondes de probabilités », accentuant
encore, aux yeux des matérialistes, l'incertitude et le subjectivisme
de la physique quantique. D'autant plus qu'il y a un corollaire : le
principe de non-localisation implique que les corps n'aient pas de
contact local, c'est-à-dire matériel.
Une autre conséquence est que cette intrication des ondes
laisse apparaître leur diversité, et une diversité qui s'annonce
infinie. En quelque sorte, cet enchevêtrement d'ondes est
comparable à une gigantesque toile d'araignée régie par une
cohérence invisible sans laquelle l'univers, s'il était désordonné,
ne saurait exister. Si bien que, par définition, les fondements
physiques de notre univers ne sont mesurables en aucune manière.
vibratoire (rayonnant), profond (centripète), de surface (centrifuge) jusqu'à
plus d'une dizaine de mètres de décalage (à ne pas confondre avec la
prétendue théorie du « corps astral » ; cf. infra.). On l'utilise ainsi dans le
cadre d'une méthode énergétique (le ministère de l'Intérieur lui a rappelé
qu'elle ne devait pas porter le nom de « médecine ») appelée ACMOS.
L'antenne peut également mesurer chaque organe, son environnement, ses
agressions, etc. Cf. https://acmos-sbj.com/.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
42
Pour qui passe de la physique classique à la physique quantique, à
condition qu'il en assume le raisonnement jusqu'au bout, c'est sa
vision du monde qui s'en trouve entièrement changée, avec non
pas le hasard comme harmonie, mais bel et bien un principe
universel invisible.
Toutes ces caractéristiques de la physique quantique,
expose le Dr Van Lommel, se retrouvent par analogie dans une
EMI comme dans toute autre manifestation (bonne ou mauvaise)
de la conscience agissant hors du cerveau, que ce soient l'hypnose,
la télépathie (transmission de pensée), le magnétisme, la
médiumnité (à ne pas confondre avec le charlatanisme ou son
utilisation commerciale augmentée de manipulations
psychologiques), la télékinésie (pouvoir de bouger les objets sans
les toucher), les prémonitions, etc.
Dans une EMI, il y a une manifestation de la conscience
infinie dans un espace non-local (et hors du temps) seulement
lorsqu'il y a eu cette impression de « décorporation », non
seulement par celle-ci, mais aussi par ce que peut percevoir la
conscience à cette occasion, telle que l'intervention chirurgicale
sur son propre corps ou, mieux encore, le film de sa vie passée et
parfois des événements futurs. Le fait que toute communication,
lors d'une EMI, ne puisse se faire que par télépathie est aussi une
résultante de ce principe de non-localisation. Enfin, une EMI
exerce une influence subjective, non mesurable mais bien réelle,
sur la volition de la conscience de l'« expérienceur », étant donné
que celui-ci change de vie après son EMI.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
43
Pour parfaire l'analogie, le Dr Van Lommel insiste sur la
complémentarité onde-particule de la physique quantique que l'on
retrouve aussi lors d'une EMI : dans celle-ci, le côté onde est celui
de la conscience délocalisée, tandis que le côté particule est celui
de la « conscience de veille incarnée » , c'est-à-dire la conscience
du sujet éveillé, dépendante corporellement du cerveau composé
de particules.
Ces deux côtés, qui constituent l'interface d'une seule et
même conscience (un peu comme une pièce de monnaie), ne
peuvent se manifester ensemble. La « décorporation » est
précisément le moment où l'on passe de l'un à l'autre, c'est-à-dire
quand le côté-particule se transforme en côté-onde. Alors
désincarnée, délocalisée, libérée du cerveau qui l'astreignait aux
contingences du temps et de l'espace, la conscience peut s'élancer
dans l'univers non-local et infini. À son tour, elle devient infinie et
peut, toujours de manière infinie, se contacter à d'autres
consciences.
Ainsi, sans définir la conscience elle-même, voici, selon
le Dr Van Lommel, l'explication théorique du processus des EMI,
mais aussi celui de la télépathie, du magnétisme, de l'hypnose,
etc.6 Si bien que le cerveau ne joue qu'un rôle de médiateur ; il
n'est pas un « sécréteur de conscience » comme le pensent les
matérialistes, mais plutôt l' « émetteur-récepteur » de la
conscience, en sorte qu'on pourrait le comparer à un poste de
télévision qui reçoit des informations pour les divulguer à
nouveau.
Le concept de conscience intuitive extraneuronale conduit à la
preuve scientifique de l'au-delà7
6
On constate que le Dr Van Lommel ne porte aucun jugement moral sur
certains sujets (ex. : transe chamanique) alors que nous serions en droit de le
faire. Son but est surtout de prouver sa théorie. Nous analyserons en 3e partie
ses quelques erreurs de conclusion.
7
Bref résumé des écrits du Dr Charbonnier comprenant la partie théorique du
livre éponyme (cf. note 11), du livre Les 7 bonnes raisons de croire à l'au-
delà (cf. note 6), enfin de la préface du livre du Dr Van Lommel, Mort ou pas
(cf. note 10) .
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
44
Le concept de « science intuitive extraneuronale »,
inventé par le Dr Charbonnier, complète le raisonnement du Dr
Van Lommel. Il a reçu une consécration officielle, à Reims, en
2014. Sans doute est-il plus facile à comprendre, puisque c'est
l'autre nom pour « conscience délocalisée » ou conscience extra-
cérébrale. L'interface de ce concept de « conscience intuitive
extraneuronale » (CIE) est celui de « conscience analytique
cérébrale » (CAC) ou conscience intracérébrale – équivalent de
« conscience de veille incarnée » chez le Dr Van Lommel –,
laquelle est la conscience qui dépend du cerveau.
Étroitement lié à la vie terrestre, le fonctionnement de la
CAC résulte d'échanges biochimiques complexes entre les
différents neurones organisés en réseaux. En cas de manque
d'oxygène qui paralyse un de ces réseaux, par exemple lors d'un
accident vasculaire cérébral, cette CAC est capable d'organiser des
réseaux de substitution. Cette plasticité neuronale a toutefois ses
limites en cas de dégénérescence définitive des cellules, comme
dans la maladie d'Alzheimer et dans les cas de maladies mentales
où les réseaux sont définitivement endommagés ou se bloquent.
Le rôle de la CAC est d'analyser et de trier les
informations données par nos cinq sens en stockant, déployant,
préférant, sélectionnant ou même refusant ces informations selon
les circonstances dans lesquelles elle se trouve, le tout sans cursus
forcément rationnel, pour les restituer ensuite dans l'espace et le
lieu de manière opportune. Bien qu'elle reste libre dans ses choix,
on se doute bien que son éducation, sa formation et ses
orientations durant la petite enfance influent considérablement ses
choix de l'avenir qui s'effectuent alors selon ces repères reçus.
On peut mesurer sa puissance : au-dessus de 24 hertz
(Hz), son activité est intense ; de 12 à 24 Hz (rythme bêta), c'est
celle des actions de la vie quotidienne ; de 8 à 12 Hz (rythme
alpha), elle est au repos ; de 4,5 à 8 Hz (rythme thêta), c'est celle
de la méditation et du sommeil léger ; en dessous de 4 Hz (rythme
delta), elle est éteinte et c'est le cas d'un sommeil très profond ou
celui d'une mort clinique, là où on peut connaître une EMI.
En bas âge, la CAC est encore faible puisque la
conscience apparaît avec la naissance, mais au fur et à mesure que
la vie s'avance, les synapses qui la composent s'accroissent par la
somme d'informations qu'elle reçoit, surtout si celles-ci sont
intellectuelles comme les études universitaires.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
45
Ce qui explique un nombre moins important d'EMI chez
les anciens et chez les intellectuels que chez les jeunes, car, dans
le premier cas, la CAC est tellement importante (le Dr Charbonnier
dit « assourdissante » ) que la CIE, son interface, a de la peine à se
manifester.
Au moment de la mort, la CAC disparaît complètement
(puisque le corps ne vit plus) et la CIE, nantie du bagage neuronal
obtenu par la CAC au cours de son existence terrestre (vu que la
conscience est une), est pleinement et définitivement activée dans
ce que le Dr Charbonnier appelle le « champ universel de
conscience » qui rassemble le savoir universel contenu dans tout
l'univers. Une réinterprétation fondamentale (l'expression est du
Dr Charbonnier) des quanta va lui permettre de créer, lui aussi,
une analogie entre la complémentarité onde-particule (cf.
paragraphe précédent) et la complémentarité CIE-CAC dans
laquelle la CIE serait les quanta et la CAC le corps d'où
émaneraient ces quanta.
Pour le Dr Charbonnier, sont ainsi scientifiquement
exposées l'immortalité de l'âme par sa complémentarité CIE-CAC,
la rétribution de celle-ci par l'« inscription » de la CIE sur le
« champ universel de conscience », ce qui inclut, en conséquence,
l'existence d'un grand Ordonnateur soit Dieu lui-même8.
Ce qui nous intéresse ici, comme dans le cas des EMI, ce
sont les moments de l'existence où cette dualité CAC-CIE se
concrétise en interaction (ou double permutation).
8
Le physicien Emmanuel RANSFORD, qui a écrit la postface du livre Les 7
bonnes raisons de croire en l'au-delà, explique qu'il existe encore d'autres
preuves pour affirmer l'existence de Dieu et expliquer le processus de la
mort. Lui aussi utilise la physique quantique : au moment de la mort, grâce
au « psy » des quanta (aléatoire et endo-causal), la conscience devient la
« métaconscience », « ensemble des informations suprales déposées tout au
long de notre passage terrestre sur cette grande toile suprale non locale »,
tandis que la matière, de son côté, se projette en « psycho-matière » dans un
endroit non-local grâce à sa signature (nous renvoyons au paragraphe
précédent). Il évoque aussi ce qu'il appelle l' « ur-causalité », conséquence de
l'endo-causalité, Principe-créateur (qui n'appartient pas à ce monde) auto-
régénérateur « ur-causal et transcendant » et non pas « ur-supral et
immanent » comme le principe qui régit les phénomènes de la conscience.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
46
Il y a d'abord les quatre cas classiques d'apparente
inconscience où la CIE inhibe la CAC : le sommeil physiologique,
le coma, les anesthésies générales et, bien sûr, la mort cardiaque.
Il y en a d'autres que le Dr Charbonnier a relevés et que nous
citons pêle-mêle : la méditation, la générosité spontanée ou
l'amour inconditionnels (sans réflexion), les découvertes, la
création artistique, l'hypnose, la voyance, la médiumnité, la
consommation de drogues psychédéliques (LSD), les transes
occasionnées par les plantes hallucinogènes d'Afrique (iboga) ou
d'Amérique du Sud (ayahuesca), les expériences chamaniques,
etc., mais aussi les cas de possessions et de suggestions
diaboliques durant lesquelles une CIE négative, explique le Dr
Charbonnier, peut influer sur une CAC9.
Lors de la fin (ou au réveil) de ces occasions, lorsque la
CAC inhibe à nouveau la CIE, toutes ses informations ne pouvant
être acceptées (toujours cette dualité) par la CAC, celle-ci les
étouffe la plupart du temps. C'est pourquoi nous ne nous
souvenons que rarement de nos rêves ou de ce qui s'est passé
durant un état hypnotique. Comme le hasard quantique, les traces
de ceux-ci restent aléatoires, irrégulières, incertaines et partielles.
Elles peuvent être rares, comme dans les EMI, quand les
souvenirs peuvent être restitués intégralement. D'autres, comme
les rêves prémonitoires ou les visions de l'avenir, resteront
toujours inexpliquées10.
Terminons en soulignant que l'intérêt du Dr Charbonnier
est thérapeutique au sens noble du terme, puisqu'il cherche à
guérir corps et âme. À l'exemple du Dr Élisabeth Kübler-Ross qui
utilise (elle a créé des équipes à cette intention) le message donné
par les EMI pour accompagner les mourants, ses préoccupations
sont celles d'un médecin soucieux de soigner les maladies
9
Dans ces domaines où le paranormal touche au surnaturel (cf. § en fin
d'exposé : « Pour aller plus loin »), il est difficile de discerner les permissions
divines. En tout cas, le Dr Charbonnier ne néglige pas le fait d'avoir recours à
la prière. Toutefois, lui non plus ne porte aucun jugement sur ce qu'il écrit :
c'est ainsi qu'il croit à la réincarnation, ce à quoi nous répondrons en notre 3e
partie.
10
Il est difficile de se prononcer sur ce dernier cas. Faut-il leur donner une
explication naturelle comme le Dr Charbonnier le sous-entend, ou parfois une
explication surnaturelle comme le montre parfois la Sainte Écriture ?
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
47
physiques et mentales en influant sur la CAC de ses patients, grâce
à différentes méthodes comme l'utilisation de vrais médiums pour
discuter avec des patients dans le coma ou par l'entremise de la
prière.
III. APPROCHE RELIGIEUSE DES EMI
ET LE MESSAGE DE L'ÉGLISE.
Réponses aux incertitudes : les lois universelles
Malgré la brillante cohérence de leur exposé, les théories
scientifiques des Drs Van Lommel et Charbonnier sur les EMI
laissent transparaître, plus ou moins ouvertement, des
insuffisances et inexactitudes métaphysiques difficilement
évitables sans l'apport d'une révélation extérieure qui expose les
fins dernières, à condition, bien évidemment, d'y croire.
On peut d'abord discuter de termes comme « mort
provisoire » ou « décorporation » (cf. paragraphe « Quand se
déroule une EMI » de la 1ère partie) qui demandent, l'un autant
que l'autre, de franches explications. Il est ensuite nécessaire de
corriger la croyance en la réincarnation (ou transmigration des
âmes) adoptée par le Dr Charbonnier, le Dr Kübler-Ross et peut-
être le Dr Van Lommel (il reste prudent à ce propos) pour ne
parler que d'eux, alors que le processus de la mort la rend peu
crédible, voire ubuesque 11 . Ajoutons enfin que certaines
précisions seront les bienvenues à propos des EMI.
Pour commencer, insistons sur le fait que la mort,
séparation de l'âme immortelle et du corps corruptible, est une loi
commune à tous les hommes seulement depuis le péché originel12
car, énonce saint Paul (Rm 5, 12), « par un seul homme le péché
est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a
11
On peut encore ajouter, pour expliquer les EMI, la tentation d'un
syncrétisme religieux ainsi que l'attraction des religions asiatiques, comme le
bouddhisme et le Livre des morts tibétain qui rapporte, au moment de la
mort, la « fusion dans un Grand Tout ».
12
La mort est un châtiment, la peine du péché originel (Gn 2, 7-19 et 3, 3),
car Dieu « n'a pas fait la mort » (Sg 1, 13), « Dieu a créé l'homme pour un
état d'incorruptibilité » (Sg 2, 23).
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
48
passé dans tous les hommes parce que tous ont péché ». L'Apôtre
précise par ailleurs : « Les hommes ne meurent qu'une fois » (He
9, 27). La Tradition catholique affirme de manière catégorique
que la mort, en tant que terme d'« état de voie » terrestre, résulte
de la volonté souveraine de Dieu, seul maître de la vie et de la
mort : « C’est moi qui fais mourir et qui fais vivre » (Dt 32, 39).
Comme c'est une conséquence du péché originel, c'est la
justification de notre seul passage sur terre. Par conséquent, il ne
saurait y avoir de mort temporaire.
Les conséquences de cette unicité de la mort sont autant
de nouvelles preuves : à la mort, il existe un jugement définitif de
chaque âme par Jésus-Christ, comme nous l'apprennent la
parabole des dix vierges, celle des talents (Mt 25), ou encore celle
de Lazare et du mauvais riche (Lc 16). Au moment de la mort,
bien et mal sont définitivement séparés : le mauvais riche va en
Enfer et Lazare dans le sein d'Abraham, séjour des Justes avant la
Résurrection du Christ. Il est souligné qu'il « a été établi un grand
abîme » entre les deux, lequel est infranchissable (Lc 16, 26).
Saint Paul confirme par ailleurs :
« Nous devons tous comparaître devant le tribunal de
Jésus-Christ afin que chacun reçoive ce qui est dû à ses bonnes
œuvres ou à ses mauvaises actions, pendant qu'il était revêtu de
son corps » (2 Co 5, 10), ou enveloppe charnelle appelée « la
tente » plantée sur la terre ; « Nous gémissons avec un ardent
désir d'être revêtu de notre habitation céleste par-dessus la
première » (2 Co 5, 2). Ce qui confirme que notre corps terrestre,
dans l'Au-delà, sera devenu un corps céleste glorifié !
Enfin, la séparation de l'âme et du corps implique que
chacun acquiert alors une destinée propre : l'âme, qui était en
mouvement au cours de la vie terrestre, se retrouve « à l'état de
terme », ce qui exclut désormais toute nouvelle acquisition de
mérite ou de démérite. Lié à l'unicité de la mort et à celle du
jugement que nous venons d'exposer, ce raisonnement exclut, à
nouveau, toute réincarnation13.
Quant au corps qui est « poussière et retournera en
poussière » (Gn 3, 19), saint Paul développe les différents
13
Les rappels du « Jour du Salut » et du « Jour du Jugement » sont
innombrables dans la Sainte Écriture.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
49
arguments de sa « corruptibilité » et de « l'enveloppe
mortelle » qu'il expose tout au long du chapitre 15 de sa première
Épître aux Corinthiens.
L'apôtre des Gentils en parle d'autant plus librement qu'il
a vécu, lui aussi, une extase semblable à une EMI : « Et je sais que
cet homme — était-ce dans son corps ? était-ce sans son corps ?
Je ne sais, Dieu le sait — » (2 Co 12, 3), sans pour autant en tirer
de conclusion erronée, mais en rapportant bien cette impression de
« décorporation ». L'apôtre Jacques le dit expressément : « le
corps sans âme est mort » (Jc 2, 26)14.
Quelle valeur donner aux composantes, aux conséquences et
au contexte des EMI, c'est-à-dire à elles-mêmes ?
Mise à part cette nécessité de rappeler la doctrine
catholique face à certaines erreurs ou incertitudes, c'est bel et bien
le Dr Charbonnier qui nous apporte la bonne réponse en ce qui
concerne l'impression d'une « décorporation » : celle-ci ne peut
être en fait qu'une projection de la conscience, processus analogue
à la physique quantique, ce qui lui donne une sensation réelle.
C'est d'ailleurs ce que dit Mgr Pascal Ide : « Si la décorporation
décrite par les NDE [EMI] ne peut être objective [comme nous
l'avons vu au paragraphe précédent], c’est qu'elle est subjective :
elle est ressentie psychologiquement par la personne, mais non
pas effectuée ontologiquement15. »
Par conséquent, la réponse, autant philosophique que
théologique, s'illustre par l'observation ultime la plus simple : le
corps est toujours visible à nos yeux et ne rentre pas pour autant
en décomposition. La preuve en sera sa réanimation quelques
instants plus tard.
Le fait qu'il existe, dans les EMI, une barrière
infranchissable au-delà de laquelle les « expérienceurs » ne
peuvent aller, en est une autre. Nous savons que nul ne revient de
14
Le même raisonnement conduit à l'absence de « corps astral »,
contrairement à ce que l'occultisme veut bien faire croire à ses initiés.
15
Pascal IDE, art. « Near Death Experience », Dictionnaire des miracles et
de l’extraordinaire chrétiens, sous la dir. de Patrick Sbalchiero, Paris,
Fayard, 2002, p. 566-568.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
50
la mort, sauf en cas d'intervention divine comme dans les Saintes
Écritures. Ainsi Moïse n'a-t-il pu voir Dieu que de dos (encore
était-ce une image anthropomorphique) car Celui-ci lui avait dit :
« Tu ne peux pas voir ma Face, car l’homme ne peut me voir et
vivre » (Ex 33, 20). Saint Jean le rappelle : « Nul n'a jamais vu
Dieu » (Jn 1, 18), ainsi que saint Paul : « À présent, nous voyons
dans un miroir et de façon confuse, mais alors, ce sera face à
face. À présent, ma connaissance est limitée, alors, je connaîtrai
comme je suis connu » (1 Co 13, 12)16.
Il ne sera jamais possible de mesurer la conscience car il
s'agit d'une faculté de l'âme spirituelle donc invisible. Sauf par
grâce spéciale (cf. notes 5 & 6), elle n'est aucunement décelable
mais ses effets le sont, comme toute activité spirituelle. Si bien
que cette analogie avec la physique quantique permet à la science
de retrouver cette évidence qu'elle avait perdue, à savoir que la
personne humaine est composée d'une âme immortelle et d'un
corps mortel, corruptible.
À ce titre, les EMI sont des signes de la Providence pour
que la science abandonne un matérialisme désormais suranné, à
condition qu'elle ait l'humilité de le reconnaître. Il est donc
loisible de remarquer que les manifestations du gouvernement
divin sont autant de signes de la miséricorde éternelle.
À partir du moment où les EMI actuelles s'identifient,
comme nous l'avons vu, à celles du passé, il est difficile de nier
qu'elles n'ont pas lieu sans la permission de Dieu. Dans notre XXe
siècle rationaliste, les interventions de Dieu ou de ses anges, ou
encore de ses saints, ne sont pas considérées, bien à tort, alors
qu'elles sont innombrables depuis le début de l'humanité, et pas
seulement chez les chrétiens. C'est un article de foi. Le livre de
Pierre Jovanovic (cf. note 7) recense certaines manifestations
16
Les EMI révèlent des images étonnantes : l'un a vu son ange gardien habillé
de vert, l'autre en veille dame, et très souvent, nous l'avons dit, habillé de
lumière. On peut aussi relever l'énorme papillon volant multicolore sur lequel
le Dr Eben Alexander fit son EMI. Mis à part un humour certain voulu par
l'ange gardien (le Padre Pio n'est-il pas apparu habillé en Hindou lors d'une
apparition !), le lecteur ne doit pas s'inquiéter de ces perceptions parfois
étonnantes de la conscience, car celles-ci révèlent que l'âme n'est pas encore
au Ciel, même si elle en a une approche par permission divine (cf. infra :
« Pour aller plus loin »).
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
51
d'anges gardiens, mais, en réalité, elles sont bien plus nombreuses
qu'il ne le croit. Elles sont souvent considérées comme des « faits
inexplicables », des « coïncidences » ou de la « chance », quand
elles ne sont pas ignorées.
Si la Providence n'agissait pas de manière continuelle à
travers les anges, nous serions livrés pieds et mains liés aux
démons, Princes de la terre, purs esprits, anges rebelles bien
supérieurs à nous par l'intelligence. Le hasard n'existe pas ou, plus
exactement, « c'est le chemin qu'emprunte Dieu lorsqu'Il voyage
incognito » énonce Albert Einstein, qui rajoute : « Dieu ne joue
pas aux dés. » La Tradition catholique ne dit-elle pas que nos
bonnes inspirations viennent le plus souvent de notre ange gardien
? L'ignorer ne correspond pas à la réalité, surtout si l'on considère
la cause finale des EMI.
Il y a d'abord, selon le témoignage des « expérienceurs »
qui l'ont vécu, cette « barrière infranchissable » qui ne permet pas
de « voir Dieu face à face », limite interdite aux vivants. Une EMI
est précédée d'abord d'une zone sombre qui permet une analogie
avec le Purgatoire ou l'Enfer, puis par une approche progressive
de la Vision béatifique, enfin par une post-monition de sa vie qui
est un authentique examen de conscience. Il paraît donc difficile
d'y voir une suggestion du Malin qui n'y gagne rien ; voyons-y au
contraire un authentique signe de la miséricorde divine, ne serait-
ce que pour l'« expérienceur », nous dit le Dr Theillier. Or, le
Sauveur nous apprend que « vous les connaîtrez par leurs fruits.
Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des
ronces ? Ainsi, tout bon arbre produit de bons fruits ; mais le
mauvais arbre produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut
produire de mauvais fruits, ni un mauvais arbre produire de bons
fruits » (Mt 7, 16-18).
Lesquels fruits apparaissent spécialement positifs pour
les « expérienceurs » : « leur vie avait gagné en profondeur »,
« en aucun cas elle [leur EMI] ne leur a inspiré l'idée d'un salut
instantané ou d'une infaillibilité morale », souligne le Dr Van
Lommel. « Les EMI, comme les miracles, transforment ceux qui
les vivent [...], elles peuvent provoquer des guérisons physiques
ou psychiques », rapporte le Dr Theillier.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
52
Le Dr Long se dit « fasciné par les nombreux récits
faisant état de guérisons inattendues. Les mots "miracle" et
"guérison" s'y répètent par dizaines17. »
Mêmes échos chez le Dr Sylvie Déthiollaz, biologiste,
fondatrice du Centre Noêsis à Genève, qui rassemble des malades
atteints du cancer. Pour l'un d'entre eux, c'est « comme si le bain
de lumière [vécu pendant son EMI] avait donné la force de guérir
à ses cellules ». Pour le Dr Theillier, le résultat d'une EMI est
analogue à celui des miracles : à la fois guérison intérieure et
extérieure. Lors du premier colloque tenu à Martigues sur les EMI,
il a été dit que, pour certains « expérienceurs » , les EMI sont
comme « une psychanalyse accélérée, dans la mesure où la
personne a accès à des informations, en général au cours de la
revue de vie [cf. supra la 9e phase d'une EMI, ou le film
rétrospectif de sa vie], qui vont lui permettre de comprendre
l'existence d'un traumatisme très ancien, très enfoui jusque-là, et
du pouvoir de les surmonter18. »
Enfin, en plus du refus catégorique d'évoquer la mort et
l'au-delà en milieu médical, on peut constater depuis longtemps un
rejet des fins dernières dans notre société actuelle. Mgr Aupetit
l'explique par quatre causes : d'abord une modification du rapport
à la mort dans le monde occidental à partir des années cinquante
(marxisme, société de consommation...) ; ensuite la croyance en
une vie après la mort qui semble s'être estompée, et cela même
chez les chrétiens (conséquence d'un mauvais enseignement ?) ;
puis l'engouement pour le syncrétisme et les religions orientales
qui ont redonné consistance en la croyance, toute païenne, de la
réincarnation ; enfin une volontaire remise en cause des fins
dernières (modernisme) avec la parution de livres tel que La
Naissance du Purgatoire (Paris, Gallimard, 1981) ; l'auteur,
Jacques Le Goff, malgré les preuves inverses, y affirme que la
notion d'un lieu de purification temporaire de l'âme ne remonte
pas avant le XIIe siècle19.
17
Citations du Dr Patrick THEILLIER, p. 179 ss. de son livre Expériences de
mort imminente, Paris, Éd. Artège, 2015, (cf. n. 12, Ière partie).
18
Idem.
19
Mgr Michel AUPETIT, La Mort, et après ? (cf. n. 3, Ière partie), p. 84. Il
cite ses sources et la vie paroissiale le confirme. Remarquons que ce refus du
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
53
En résumé, on peut distinguer plusieurs points
providentiels dans les EMI. Ce sont : les bienfaits spirituels
apportés aux « expérienceurs » et à leur entourage ; l'explication
par une science qui prouve l'existence de Dieu ; le rappel que la
mort n'est que le passage à la vie éternelle vis-à-vis duquel
l'homme moderne est pris en flagrant délit de refus. Il y en a
d'autres encore. Les EMI apparaissent donc comme autant de
visions surnaturelles, c'est-à-dire ce que l'on nomme des
phénomènes mystiques extraordinaires. Mais si ces derniers
recueillent volontiers la croyance populaire, le Magistère de
l'Église est autrement plus réservé à leur égard.
Le Magistère ecclésiastique sur les phénomènes mystiques
extraordinaires, face à la contingence de ceux-ci
Paradoxalement, alors que le rôle de l'Église consiste à
guider le salut spirituel de ses fidèles, son Magistère ne s'intéresse
pas ou peu, sauf pour les condamner, aux phénomènes mystiques
extraordinaires (apparitions, révélations, extases, stigmates, etc.).
Pourtant, beaucoup de ces mêmes fidèles, entre autres parmi les
plus motivés, vivent leur foi grâce à ceux-ci. Ainsi la théologie
dogmatique, qui les déclare subjectifs par définition20, donc non-
normatifs, précise qu'ils ne sauraient s'ajouter en aucune manière,
sous peine d'hérésie, à la Révélation conclue avec la mort du
dernier Apôtre. La théologie morale, de son côté, ne peut que les
ignorer étant donné qu'ils sont trop incertains.
La théologie fondamentale, qui donne le degré de foi à
attribuer à chaque donnée de la Tradition, non seulement ne les
classe pas parmi les « dix lieux théologiques », mais pas
davantage dans les « lieux annexes » comme la philosophie, le
droit ou l'histoire. Enfin la théologie mystique, dont la principale
référence est saint Jean de la Croix, docteur de l'Église, met
Purgatoire marque une vraie régression spirituelle quand on constate que,
même chez les animistes africains, il existe un temps de purification après la
mort...
20
Y compris à Fatima, en 1917, où le soleil a tourné devant 70 000
personnes. Dans ce cas, on parle d'intersubjectivité.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
54
radicalement en garde contre ce qu'elle considère comme des
superfluités orgueilleuses et malsaines21.
Cette sévérité est compréhensible, car quelle que soit la
première grâce qui entraîne la conversion, l'Église insiste sur le
fait que le Salut est avant tout une affaire objective qui demande
un appel à la raison pour tous les hommes, sinon son message
n'est pas universel. Et toute grâce personnelle, si extraordinaire
soit-elle, ne peut être que subordonnée à cette universalité. On
peut, en plus, invoquer un jugement prudentiel de l'Église, non
seulement face au bénéficiaire de grâces personnelles, mais aussi
face au monde envers lequel elle engage sa crédibilité.
Si les phénomènes mystiques extraordinaires ne sont
jamais tenus pour « certains » au sens d'un dogme de foi22, cela
ne signifie pas pour autant qu'ils ne soient pas véridiques. Certes,
le Magistère de l'Église ne les cautionne pas, mais il reconnaît
qu'on peut leur donner une adhésion personnelle :
« Lorsque l'assentiment de foi catholique ne doit pas ou
ne peut pas être donné, un assentiment de foi humaine peut être
dû, suivant les lois de la prudence, et selon l'avis que ces
révélations sont probables et sont à croire pieusement23. »
21
« L'âme pure, simple, prudente, humble, doit employer toutes ses forces et
toute sa diligence à repousser et rejeter les révélations et les visions comme
les plus dangereuses tentations » (saint JEAN de la Croix, La Montée du
Carmel, 2, C 27, Œuvres spirituelles, Paris, Seuil, 1929). Le 3e chap. du livre
III du très classique Précis de Théologie ascétique et mystique de l’abbé
Adolphe TANQUEREY (Louvain, Desclée & Cie, réédit. 1956), consacré aux
phénomènes mystiques extraordinaires, illustre ce propos. N. B. : avant le 14
octobre 1966, le Droit canon de 1917 interdisait toute publication sur les
apparitions non reconnues et punissait les contrevenants d'excommunication.
L'actuel Droit canon est muet sur le sujet.
22
À ce titre, l'expression non constat supernaturalitas (« le surnaturel n'est
pas prouvé ») est trompeuse, car il ne sera jamais possible de prouver le
surnaturel. Par conséquent, si l'argument précise que l'Église ne s'engage pas
officiellement, il ne remet nullement en cause l'authenticité des faits.
23
Décret De servorum Dei beatificatione de Benoît XIV en 1747 (livre II, ch.
32, n° 11). Prenons une application avec les apparitions de Lourdes, au sujet
desquelles la Congrégation des rites a précisé en 1877 (postérieurement à la
reconnaissance des apparitions), en s'appuyant sur le même décret : « Ces
apparitions ne sont ni approuvées ni condamnées par le Saint-Siège, qui a
autorisé qu'on y croie par une foi purement humaine, sur la tradition de ce
qu'elles relatent, corroborées par les témoignages et les documents dignes de
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
55
Quant au Catéchisme de l’Église catholique (n°67), il
rappelle qu'en ce qui concerne « les révélations dites
privées dont certaines ont été reconnues par l’autorité de
l’Église, elles n’appartiennent cependant pas au dépôt de la foi.
Leur rôle n’est pas d’améliorer ou de compléter la Révélation
définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une
certaine époque de l’histoire ». Et il fait appel au sensus fidelium ,
« le sens des fidèles » (découlant du sensus fidei « le sens de la
foi ») qui, « guidé par le magistère de l'Église » , sait « discerner
et accueillir » ce qui, dans ces révélations, est un appel
authentique du Christ.
Cela s'inscrit dans la lignée du concile de Trente, qui
déclare que Dieu peut donner une certitude à ceux qui bénéficient
d'une révélation personnelle, et cela indépendamment du jugement
de l'Église24. Dans ce cas, expose saint Thomas d'Aquin, « la loi
de la conscience, à partir du moment où elle est juste, oblige car
elle devient à l'image de la loi divine » : c'est le dictamen rationis,
ce qui s'impose à la raison 25 . Telle est bien la conviction des
« expérienceurs ».
À la lumière de ces enseignements, il apparaît difficile de
partager les conclusions de Mgr Corrado Balducci lorsqu'il
explique qu' « il est hors de question de voir une preuve de la vie
après la mort dans les NDE [EMI], car les preuves de la vie après
la mort sont données seulement par la Parole de Dieu. On peut les
concevoir comme une grâce de Dieu. Mais nous ne devons pas les
rechercher. Dieu désire notre foi. Si quelqu'un croit à une vie
post-mortem parce qu'il a vécu une telle expérience, alors il
commet une grossière erreur26. »
foi » (cf. Introduction au Dictionnaire des apparitions de la Vierge Marie,
Fayard, 1977). Selon le même Dictionnaire, le pape saint Pie X disait
l'équivalent à condition « que les motifs de foi ne fassent pas défaut ».
24
Décret sur la justification, Denzinger, n° 1 540 & 1 566.
25
Commentaire du Livre des Sentences, II, d.24, q.2, a.4, obj.2. Cette
situation est parfois déchirante pour les voyants d'une apparition non
reconnue, et plus encore lorsqu'elle est condamnée.
26
Life Magazine, mars 92, p. 71. La déclaration de feu Mgr Balducci, ancien
théologien de la Curie et exorciste de Rome, est d'autant plus piquante qu'il
fut un défenseur des OVNI et de la pluralité des mondes habités...
(https://forum-ovni-ufologie.com/t4443-deces-de-monseigneur-balducci)
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
56
De même, l'attitude critique, peu justifiée, du père jésuite
Join-Lambert de l'université de Louvain est aussi discutable.
Heureusement, il conclut que le rôle de l'Église n'est pas de juger
les EMI, mais de les interpréter27.
Au contraire, la position de Mgr Aupetit nous semble plus
positive, plus réaliste et finalement plus conforme au devoir de
pasteur, car il concrétise cette interprétation des EMI en exposant à
nouveau le Magistère de l'Église sur les fins dernières, ce que l'on
a vu précisément discuté. C'est aussi, à une autre échelle, le
raisonnement du Dr Theillier dont le livre a été préfacé par Mgr
Aillet, évêque de Bayonne. Il multiplie les parallèles entre
composantes d'une EMI et Tradition de l'Église 28 , illustrant ses
propos par des homélies et des références (une vingtaine) tirées de
la Sainte Écriture ou d'auteurs spirituels (une dizaine), n'hésitant
pas à se justifier en citant saint Jean de la Croix, saint Thomas
d'Aquin, sainte Marguerite-Marie Alacoque ou le père
Sertillanges.
Difficilement méconnaissables par une multiplication
sans précédent, « aussi authentiques que toute autre perception
humaine, aussi vraies que les maths et aussi indubitables que le
langage » selon le Dr Melvin Morse, les EMI, par les questions
qu'elles soulèvent, apparaissent également pour l'Église comme
autant de signes de la Providence.
Une bonne interprétation s'avère donc nécessaire, à l'image de
Mgr Aupetit et du Dr Theillier, lesquels suivent la trace, une fois
n'est pas forcément coutume, des cardinaux Congar et Rahner,
obligés en leur temps de se pencher sur ce problème épineux des
faits surnaturels.
27
Arnaud JOIN-LAMBERT, Les Expériences de mort imminente.
Hallucinations ou lumières sur l'au-delà ?, Namur, Fidélité, 2010. Cf. aussi
son entretien sur le site Aleteia :
https://fr.aleteia.org/2017/08/28/experiences-de-mort-imminente-la-mise-en-
garde-dun-theologien/. On le sent désabusé dans ses propos.
28
Comme le fit également Mgr Léonard, ancien évêque de Namur et ancien
archevêque de Malines-Bruxelles.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
57
Pour aller plus loin
Nous avons essayé de faire un tour d'horizon sur la triade
annoncée en introduction, les EMI, la science et l'Église. S'il est
difficile de conclure sur un sujet toujours en cours, deux axes de
recherches sont proposés au lecteur, pour qu'en plus de la lecture
des livres utilisés pour l'exposé il puisse se faire une idée de ce
domaine situé à la frontière de la science et de la vie surnaturelle.
Le premier est scientifique. Le cerveau restant encore à
explorer, il sera de plus en plus nécessaire, avec le temps et les
manipulations en tout genre, de connaître scientifiquement ses
différentes possibilités dans le domaine spirituel, possibilités
encore méconnues. Tels sont les éléments donnés par le livre Du
Cerveau à Dieu29 que le Dr François Plantey, lors du Colloque
2017 du CEP a déjà présenté.
Le second axe est plus spirituel et concerne la frontière
existant entre paranormal et surnaturel, parfois peu aisée à
reconnaître. Beaucoup de facettes de cette nébuleuse sont
répertoriées dans le livre, facile à lire, de l'abbé Cyrille Debris,
lequel porte sur l'intervention du surnaturel dans la vie de
l'impératrice Zita30.
Nous espérons qu'il permettra au lecteur, sur le sujet, de
séparer le vrai du faux et de mieux distinguer l'important de
l'accessoire.
* *
29
Mario BEAUREGARD & Denise O'LEARY, Du Cerveau à Dieu. Plaidoyer
d'un neuroscientifique pour l'existence de l'âme, Paris, Guy Trédaniel, 2015.
30
Cyrille DEBRIS, De Choses et d'autres. Le surnaturel dans la vie de
l'impératrice Zita, Paris, Presses de la Délivrance, 2018. N. B. : L'auteur,
prêtre du diocèse de Rouen, est postulateur dans le procès en béatification de
l'impératrice Zita.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
58
SOCIÉTÉ
« Il a plu à Dieu qu'on ne pût faire aucun bien aux hommes
qu'en les aimant » (P. Léon Le Prévost).
L’initiation luciférienne1
Louis d’Alencourt2
Présentation : À voir le succès de livres tels que ceux de la série Harry
Potter, on peut se demander si la page du matérialisme n’est pas
définitivement tournée. Mais est-ce là le signe d’un gain de rationalité ou de
maturité morale ? Ne serait-ce pas, insidieusement, ouvrir la porte à un
Adversaire pour lequel le matérialisme n’était qu’une première étape visant à
déblayer les fondements chrétiens de nos sociétés afin d’y pouvoir édifier à
sa guise ? Il semble bien que le Singe de Dieu utilise à son profit nombre des
moyens techniques modernes, notamment les écrans avec les messages qu’ils
véhiculent, les musiques syncopées et les paroles du rap, etc. On constate
aussi une évolution des lois visant à diffuser – parfois même à imposer –
l’exact contre-pied de la morale chrétienne, en particulier sur la mission de la
femme, épouse et mère, et sur la famille. En considérant avec recul
l’ensemble de ces innovations, comment ne pas penser à certains versets de
l’Apocalypse, notamment ceux concernant la Femme et le Dragon ?
Le 27 février 2004, à la surprise des assistants sur les plateaux
de la Rai Tre dans l’émission Enigma, une universitaire italienne,
le Dr Cecilia Gatto Trocchi 3 , annonce, qu’« en quelques
décennies, la société est passée d’une logique matérialiste et
communiste à une spiritualité satanique et maçonnique ».
Il est temps de vérifier si la prédiction d’un haut initié est à
mettre au présent ou au futur. En effet, il y a 20 ou 30 ans, cette
déclaration de David Spangler, directeur de l’Initiative Planétaire
(projet des Nations Unies) n’était pas passée inaperçue de tous
ceux qui scrutent et étudient les plans secrets de la franc-
maçonnerie et des Illuminatis :
1
https://legrandreveil.wordpress.com/2017/07/26/linitiation-luciferienne/
2
Né en 1969, chef d’entreprises dans la communication mais aussi
chercheur en philosophie politique ; se qualifiant d’ « apôtre des derniers
temps », en référence au message de La Salette (1846).
3
« Suicidée » le 11 juillet 2005.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
59
« Personne n’entrera dans le Nouvel Ordre Mondial à moins
qu’il ou elle ne fasse le serment de vénérer Satan. Personne ne
fera partie du Nouvel Âge sans recevoir une initiation
luciférienne. »
Nous réserverons la première partie de la phrase à une
analyse ultérieure (le serment de vénérer Satan) pour nous arrêter
ici sur la seconde partie : cette initiation luciférienne est-elle
aujourd’hui mise en œuvre ou s’agit-il d’un projet encore à
exécuter ?
Nous n’allons pas ici débattre sur la notion de Nouvel
Âge, ou New age, pour savoir si le monde actuel correspond à la
définition qu’en faisait Spangler. Là n’est pas l’important.
L’essentiel est de savoir que dans l’esprit de tous ces initiés,
quelles que soient les définitions qu’ils emploient, le nouvel âge
est celui de la domination luciférienne sur le monde ; d’autres
l’appelleront le règne de l’Antéchrist ; d’autres encore parleront
d’ère du Verseau. Tous ces termes désignent la même chose : le
règne de Satan avant la fin du monde4. Or ceux qui me suivent
savent que j’estime que nous sommes entrés dans cette nouvelle
ère définitivement cette année, en 2017, après une longue
préparation, et probablement même dès 2014. La question
maintenant est de savoir si effectivement tous les êtres humains
aujourd’hui passent par cette initiation luciférienne. La réponse est
oui.
4
Ndlr. Ne s’agirait-il pas plutôt d’une « fin des Temps » ?
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
60
Cette initiation, c’est l’exposition passive ou active et
l’accoutumance à un monde dont les idées, la mentalité, l’état
d’esprit, les actes et les institutions proviennent en droite ligne de
Lucifer, prince de ce monde et chef des démons, appelé aussi
Satan (son nom de guerre).
De Lucifer, il existe au moins trois caractéristiques à retenir :
– C’est un imitateur : n’étant pas Dieu il ne peut que l’imiter
(saint Bernard l’appelait « le singe de Dieu ») ;
– Il se reconnaît par son inversion systématique des lois et valeurs
divines ainsi que de la loi naturelle, afin que les hommes appellent
le mal bien et le bien mal, pour paraphraser Isaïe ;
– Mentir est sa vie : « Il est le mensonge vivant, il ment dans ses
promesses, il ment dans ses terreurs, il ment en disant la vérité
car il ne la dit que pour mieux tromper » (Mgr Gaume).
Je suis au regret de constater, et d’affirmer, que nous
sommes tous, depuis quelques lustres, plongés dans un univers
luciférien et initiés à celui-ci. Mais initiation ne veut pas dire
adhésion. Seuls ceux qui adhèrent à ce système par leurs idées
ou leurs actes sont marqués par la bête (voilà la signification de
la marque de la bête à la main droite ou au front en Ap 13, 16).
Il ne s’agit pas ici de brosser un portrait exhaustif de cette
initiation luciférienne, mais d’en démontrer la réalité au travers de
quatre volets qui me paraissent particulièrement représentatifs :
– L’utilisation de l’audio-visuel comme principal vecteur
de diffusion ;
– La réécriture de la morale sexuelle imposée à
l’ensemble de la collectivité ;
– Ses principes institutionnalisés enseignés par
l’Éducation nationale ;
– Une vision du monde basée sur le socialisme d’État et
le matérialisme athée.
Les contenus audio-visuels : le piège luciférien par excellence.
Symboliquement, les contenus audio-visuels sont nés à
Hollywood ; ce nom cache en réalité la véritable stratégie du
diable : s’appuyer sur les contenus audiovisuels pour pervertir la
société, mais aussi pour la former et l’initier à ses idées. Sa
véritable signification est holy-wood : « le bois sacré ».
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
61
Satan étant un imitateur, son bois sacré est l’instrument
principal de perdition des âmes, de même que le bois sacré de la
croix est l’instrument principal de notre salut. Il ne s’agit pas là
d’un simple jeu de mots ou d’une vision pessimiste du monde,
mais bien de prendre conscience que l’ensemble de ces contenus
correspond à une initiation luciférienne à haute dose, et ceci
est d’autant plus problématique que l’audio-visuel est aujourd’hui
totalement incontournable, à commencer pour les jeunes. Or la
jeunesse est bien évidemment la première cible de Satan.
Le bois sacré, ce sont la voix et l’image sacrée de Lucifer
qui, par l’image, par les paroles et par la musique détruit les
valeurs, pervertit les cœurs, désoriente les esprits, remplace la
morale par l’immoralité, discrédite les vertus pour les remplacer
par des vices auxquels il donne les couleurs de la vertu. Des néo-
vertus païennes de Lucifer devrait-on dire.
Holywood désigne donc l’ensemble des contenus
audiovisuels qui aujourd’hui façonnent la société, et nul n’y
échappe : films, séries, émissions de télévision, jeux, jeux vidéos,
télé-réalité, émissions pour enfants, documentaires,
divertissements, clips musicaux : l’initiation luciférienne utilise
des canaux multiples dont le dénominateur commun est holy-
wood, c’est-à-dire l’audiovisuel : télévision, radio, presse,
musique, informatique (internet, Youtube, Google, réseaux
sociaux…) et bien entendu le smartphone (« téléphone
intelligent »), qui est le condensé personnel de tous ces outils.
Le smartphone est le dernier instrument inventé par
Satan, mais il est le plus redoutable, car nos enfants sont nés avec
lui et ils ne peuvent déjà plus s’en passer. Le smartphone permet
de multiplier à l’infini l’exposition et l’accoutumance à tous
ces programmes lucifériens, car les gens, déjà initiés
inconsciemment, reproduisent à l’infini par les blogues, Youtube
ou les réseaux sociaux, une façon de penser et de vivre viciée à la
base et qu’ils communiquent aux autres. Outre le premier niveau
de nocivité, qui est l’habitude du superficiel, et le second niveau
l’égocentrisme et l’individualisme, le smartphone agit comme une
véritable drogue qui occupe l’esprit sans fin et le détourne des
véritables enjeux. Sans compter le jeu omniprésent, surtout pour
les plus jeunes, qui conduit à une paresse à la fois physique et
intellectuelle et à la perte des réalités en baignant en permanence
dans un monde virtuel.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
62
L’addiction des adolescents au smartphone est prouvée,
mais les adultes suivent le même chemin. Les gouvernants le
savent bien, puisqu’ils veulent parvenir au haut débit dans tout
l’Hexagone le plus vite possible. Et ce phénomène est mondial,
pas seulement réservé aux pays développés : allez voir en Chine,
en Inde ou au Brésil !
Voilà pour les outils ; passons aux contenus.
Le fantastique et les jeux vidéos, ou comment habituer les
enfants aux démons.
La jeunesse est touchée notamment par le fantastique, qui
consiste principalement à représenter des démons sous la forme de
bêtes, monstres ou super-héros en tous genres, le tout assorti
d’une morale douteuse (même les héros se comportent mal), de
violence omniprésente mais surtout justifiée, et d’une
accoutumance à l’impudicité dès le plus jeune âge.
Il convient de noter que le fantastique est particulièrement
prisé par les jeunes, sous toutes ses formes : films, séries, mais
aussi livres pour adolescents, bandes dessinées et surtout… jeux
vidéos, où l’accoutumance à des univers démoniaques (les bêtes et
monstres ne se cachent même plus) ou à la violence permanente
(on passe son temps à tirer sur tout ce qui bouge) accaparent les
enfants plusieurs heures par jour !
L’univers du fantastique où bons et méchants
s’entremêlent sans distinction franche, du bon sorcier, du gentil
dragon, qui relèvent du principe de l’inversion satanique et sont
omniprésents dans les livres et les dessins animés dès le plus jeune
âge et dans quasiment tous les jeux vidéos (même les plus
inoffensifs), sans compter le cinéma, sont tous de la pure
initiation luciférienne.
Le rap, la musique du diable
L’attentant à Londres à la fin d’un concert d’Ariana
Grande a permis de découvrir ce que sont les artistes prisés par la
jeunesse.
Il faut savoir que les jeunes prennent connaissance d’une
chanson principalement par son clip vidéo. Là encore, l’image
rejoint le son à des niveaux que la plupart des personnes de ma
génération ne soupçonnent même pas.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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La grossièreté, la vulgarité côtoient le plus souvent
l’obscène, l’impudique, quand ce n’est pas une incitation à la
débauche, à l’homosexualité ou même à l’hypersexualisation des
jeunes. Un seul mot se dégage des musiques et des images de ce
type d’artiste : c’est un univers malsain.
Le rap est le summum de l’art musical satanique :
laideur, abrutissement, agressivité, vulgarité, obscénité, absence
de chant et de talent, mélodies simplifiées et répétitives, incitation
à la haine, à la violence, au libertinage, à la consommation de
drogues, ou, à l’inverse, au crétinisme ou au sentimentalisme bas
de gamme. Comment abrutir vos enfants, les abêtir, les ensorceler,
les dévergonder, les inciter au vice, bref les initier au monde
luciférien ? Dites-leur d’écouter du rap en vous pâmant d’aise sur
ces nouveaux artistes. C’est ce que font bien évidemment les
médias.
La propagande de la nouvelle morale et de la nouvelle société.
Les contenus audiovisuels se distinguent aussi par une
propagande permanente et discrète (quoiqu’elle soit de plus en
plus ostentatoire) d’une nouvelle morale familiale basée sur
l’idéologie du genre, l’idéologie, LGBT l’idéologie du libertinage
sexuel afin d’imposer la perversion et le vice comme les nouvelles
valeurs naturelles et normalisées de la société. Il s’agit bien ici
d’utiliser les méthodes de la technique Overton5 pour transformer
progressivement l’opinion publique et surtout l’état d’esprit de la
société : depuis des dizaines d’années, les contenus audiovisuels
nous habituent en permanence à une société où le libertinage
sexuel est la mode, où le sexe est le premier moteur du « couple »,
où le divorce et les familles recomposées font partie du décor, etc.
Progressivement la mentalité change et « la génération nouvelle
ne sait pas comment on a pu penser autrement ».
Cette confusion des genres n’influence pas que la vie
sexuelle, elle passe aussi par l’égalitarisme où est niée la
complémentarité naturelle de l’homme et de la femme, avec leurs
différences naturelles voulues par notre Créateur, afin de
désorganiser puis de détruire le modèle familial traditionnel ; les
5
Ndlr. Voir annexe ci-après, p. 70.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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contraintes économiques et la nécessité sans cesse rappelée du
bien-être matériel faisant le reste.
Ainsi on a vu éclore, principalement via holy-wood
justement, un nouveau modèle de femme : après l’avoir libérée
sexuellement, puis professionnellement, le nouveau concept est
celui de la virilité féminine qui consiste à placer la femme dans
des rôles qui lui sont inhabituels, et même souvent contraires à sa
nature. Soit la femme est un objet sexuel, soit elle fait preuve
d’une virilité exacerbée, apanage de l’homme. On ne peut nier que
cette nouvelle façon de penser le rôle de la femme dans la vie de
la société est considérablement mise en scène depuis plus de vingt
ans par holy-wood.
D’où l’absence de plus en plus remarquée à l’écran
des notions de douceur, délicatesse, bienveillance, tendresse,
pitié, amour sincère, gentillesse, sincérité, désintéressement,
abnégation, altruisme, courage… au profit de la sensualité, de
l’opportunisme, de l’égocentrisme, de la brutalité quand ce
n’est pas de la violence, de la bestialité, du vulgaire, du sans-
gêne, de l’obscénité, de l’impudicité, et, ce qui est de plus en
plus grave, de la violence justifiée, dans une culture de mort
permanente.
Si on regarde sincèrement les contenus audiovisuels
d’aujourd’hui, que ce soit à la télévision, sur Youtube ou dans un
jeu vidéo, et que l’on compare avec objectivité les deux listes ci-
dessus, on ne peut que conclure que celle qui ressort le plus est la
seconde.
Ces deux listes sont à comparer avec celles de saint Paul
dans sa célèbre Épître aux Galates chapitre 5 : vivre selon la
chair et vivre selon l’Esprit, pour comprendre que ce que nous
voyons en permanence à la télévision et sur nos smartphones
relève de l’initiation luciférienne.
Cette propagande volontaire d’une nouvelle morale
familiale contient aussi de nombreuses violences psychologiques
non dénoncées car, quel que soit le film ou la série, on nous
montre de façon quasi systématique des situations de désolation
familiale, de déchirements de couples, de séparations, de
trahisons, de tensions, de mésententes, de dissensions parents-
enfants, de brutalité ou de violence, qui sont soit justifiées dans le
scénario, soit présentées de façon neutre, soit considérées comme
allant de soi.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
65
Mais voir ces situations de façon répétitive influence
forcément les esprits : même si on se dit qu’il s’agit d’une
fiction, la majorité de la population finit par intégrer ces images et
cette idéologie dans son système de pensée.
Il est à se demander si les multiples séries policières n’ont
pas été créées que pour ça, que pour distiller le venin des
dissensions familiales dans l’imaginaire collectif. Pourquoi ne
montre-t-on jamais l’inverse, la famille unie, charitable, qui fait
face aux difficultés de la vie avec courage, pourquoi ne pousse-t-
on jamais l’homme vers le haut, vers le beau ? Réponse : parce
que de tels films sont des outils d’initiation luciférienne.
L’idéologie du bonheur matériel.
Ces contenus véhiculent aussi en filigrane la fascination
qu’exerce l’argent sur les hommes, et le recours à l’État-
Providence (police, justice, armée, institutions, système de santé)
comme unique planche de salut, avec pour programme global la
satisfaction permanente des besoins matériels et la recherche du
bien-être matériel et charnel comme unique moteur de l’être
humain.
Le bonheur se résume à une jouissance charnelle,
sensuelle et matérielle qui pilote le bien-être intellectuel et
pseudo-spirituel.
Cette idéologie du matérialisme athée et souverain est
typiquement luciférienne ; encore une initiation nécessaire, et
parfaitement au point.
Quand l’État pratique l’initiation luciférienne au plus haut
niveau.
Nous parlions tout à l’heure de violence psychologique.
Il en est une particulièrement perverse et retorse : l’oligarchie au
pouvoir impose par la force de la loi et la puissance des médias
ses idéologies et son système de pensée, non seulement en
neutralisant ce qui lui est contraire, ou en l’interdisant (par
exemple les lois sur le racisme ou sur l’IVG interdisent de
dénoncer la pensée unique), mais elle a aussi recours à un moyen
particulièrement vicieux : en enseignant que les idées opposées
aux siennes sont des préjugés, des idées toutes faites sans
fondement.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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On fait là violence à ce qui est le plus intime de
l’être : son bon sens naturel, inné en chacun de nous (car
d’origine divine), qui est littéralement violé par cette façon de
raisonner. Le viol des esprits est encore plus ignoble que le viol
physique car il n’est pas reconnu comme tel ; on ne peut donc ni
le dénoncer, ni le combattre à armes égales.
Or l’Éducation nationale embrigade vos enfants jour
après jour en leur enseignant que les principes de la morale
chrétienne, le respect des lois naturelles et même l’observation
basée sur le bon sens et les lois biologiques sont des préjugés, de
simples croyances, des opinions privées qu’il convient de corriger.
Nous sommes dans la pure initiation luciférienne. Toujours
l’inversion.
La mort institutionnalisée : la femme ne donne plus la vie mais
tue son enfant
Autre dérive particulièrement significative de la pensée
luciférienne transmise aux individus. La légalisation de
l’avortement a transformé la femme qui enfante en femme qui
tue son propre enfant. La démarche est identique à ce qui se passe
dans la vraie vie où la femme est invitée à se rebeller contre
l’harmonie et l’équilibre familial basé sur l’autorité du père et la
bienveillance de la mère (l’un est la tête, l’autre le cœur de la
famille ; les deux sont indispensables tout en ayant une fonction
différente), les deux ne formant qu’un dans l’autorité familiale,
mais aussi à se rebeller contre sa première mission, donner la
vie, par la liberté sexuelle, la contraception et l’avortement.
Donc si on reprend le parallèle de tout à l’heure, la femme
virilisée dans les films, les bandes dessinées et les livres a
tendance à faire la même chose : elle donne la mort.
Jusqu’à maintenant, la femme était le contrepoids de
l’homme dans sa bestialité guerrière légendaire ; même si une
femme pouvait être à l’origine d’un conflit, elles n’y participaient
pas et incarnaient la douceur féminine et la force de l’amour dont
l’humanité a besoin pour survivre.
Si la femme donne la mort comme l’homme et ne
cherche plus à transmettre la vie, alors l’humanité est
condamnée.
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Nul besoin de démontrer que la femme qui donne la mort
est majoritaire aujourd’hui au propre (dans la vie) comme au
figuré (dans les films) : cette mentalité est propre à l’initiation
luciférienne.
Les institutions : la société forme à la pensée
luciférienne.
Il y a un autre domaine que la république maçonnique a
su très bien gérer depuis l’école laïque obligatoire : enseigner à
tous les enfants les principes de la société luciférienne.
L’Éducation nationale, et avec elle l’ensemble du privé sous
contrat – soit la quasi totalité des écoles – est le principal
instrument d’initiation luciférienne, et personne n’en sort
indemne.
Sont typiquement issus de la pensée luciférienne :
– les droits de l’homme ;
– la laïcité ;
– les principes de la Révolution (base de notre système de pensée
actuel) ;
– le relativisme, le scientisme, l’évolutionnisme, le naturalisme ;
– la liberté religieuse.
Oui ! vous me lisez bien : tous nos enfants sont formés à
la pensée et aux principes lucifériens, et ce au grand jour, de façon
institutionnelle et obligatoire. De la maternelle au bac, soit 15 ans
au minimum dans les griffes de l’État.
On peut ajouter à cette liste :
– l’éducation sexuelle selon des bases faussées ;
– la réécriture de l’Histoire selon le prisme de cette nouvelle
pensée, c’est-à-dire selon les principes et le point de vue de la
Révolution ;
– l’égalitarisme ;
– le féminisme ;
– Et l’enseignement social et économique d’une façon générale.
L’Éducation nationale est la plus belle œuvre d’initiation
luciférienne que je connaisse, avec les contenus audiovisuels.
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Le socialisme d’État et ses dérivés
Un autre volet de l’initiation luciférienne, et non des
moindres, consiste à habituer les populations à l’État-Providence
et à rendre ce dernier indispensable et incontournable.
Il s’agit d’imposer dans les esprits, mais aussi dans les
institutions, la vie économique et professionnelle, un
fonctionnement où l’État intervient à tous les niveaux. C’est le
collectivisme. Ainsi, outre ses fonctions régaliennes (justice,
police et armée, diplomatie6), l’État se mêle de tout et gère tout :
le système de santé, l’éducation, la vie familiale et sociale,
l’économie, la vie religieuse, etc.
Il le fait au niveau local, national, continental et même du
monde entier, empilant les institutions.
Cette vision du monde institutionnalisée est typiquement
luciférienne, elle conduit à faire adopter dans les esprits les
principes du matérialisme athée, basé sur :
– La primauté du collectivisme et l’inéluctabilité de
l’État-Providence ;
– La primauté de l’argent comme unique et indispensable
moteur du monde ;
– Une subtile fusion capitalisme-socialisme (soit les deux
points précédents qui ne s’affrontent plus mais désormais se
complètent) ;
– Le progressisme, lui aussi devenu indispensable ;
– La réécriture des lois morales, sociales et biologiques
selon leur vision.
Conclusion
Nous baignons dans l’initiation luciférienne. Il faut une
force morale à toute épreuve, le goût de la résistance et de
l’anticonformisme, un solide bon sens, pas mal de connaissances
et beaucoup de courage pour ne pas se faire influencer par cette
mentalité qui a recouvert, tel un poison lent, insidieux et
anesthésiant, l’ensemble de nos vies, à tous les niveaux : affectif,
6
Ndlr. Il conviendrait d’ajouter à cette liste la création monétaire (dont
l’État s’est dessaisi au profit du système bancaire) et peut-être l’énergie,
désormais une dépendance majeure pour nos sociétés : ce n’était pas le cas
avant le XIXe siècle (qui vit les premières « guerres du pétrole »).
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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social, professionnel, religieux. Quoi qu’on en dise, personne n’en
sort indemne, donnant raison à l’Apocalypse : « Il fut donné à la
bête de faire la guerre aux saints et de les vaincre ; il lui fut donné
pouvoir sur toute tribu, peuple langue et nation » (13, 7).
Certains diront que je vois le mal partout ; eh bien
oui, il est partout et c’est écrit !
Car « à tous, petits et grands, riches et pauvres, hommes
libres et esclaves, elle fait mettre une marque sur la main droite
ou sur le front, afin que personne ne puisse acheter ou vendre, s’il
ne porte cette marque-là, le nom de la bête ou le chiffre de son
nom » ( Ap 13, 16-17).
Cette marque, je l’ai expliqué tout à l’heure, c’est
l’adhésion à ce système, par la pensée ou en actes. Effectivement
ceux qui vivent dans ce système ne voient pas comment ni
pourquoi ils en sortiraient : ils sont donc esclaves de la bête et sont
persuadés qu’ils ne pourraient pas vivre convenablement (c’est la
signification du « que personne ne puisse acheter ou vendre ») en
dehors de cette société et de ses fondements, même s’ils sont
perfectibles. On voit souvent des critiques fondées du système
mais personne n’en remet en cause les fondamentaux listés ici.
Si vous ne voulez pas cette marque, vous devez sortir
de Babylone c’est à dire ne pas adhérer à tout ce qui a été
présenté ici comme un élément d’initiation luciférienne et le
rejeter comme la peste, et vous « porterez alors inscrit sur le
front le Nom de l’Agneau et celui de son Père » (Ap 14, 1).
C’est possible, d’abord en l’acceptant au lieu de le nier ou
de le relativiser ; ensuite par la prière et les sacrements, en vous en
remettant à la divine Providence de Jésus-Christ et à la protection
de sa Sainte Mère ; et enfin en « cherchant d’abord le royaume de
Dieu et sa justice » (justice dans le sens de vertus) afin que la
devise de Jeanne d’Arc « Dieu premier servi » devienne le
fondement de votre vie, et le demeure.
_______________________________
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70
Annexe. La Fenêtre Overton7.
Il s'agit du modèle d'ingénierie sociale baptisé « Fenêtre
Overton » (The Overton Window). Le modèle a été développé
dans les années 1990 par Joseph P. Overton (1960-2003), ancien
vice-président du centre analytique américain Mackinac Center
for Public Policy. Selon sa théorie, une fenêtre est l’intervalle
d’idées qui peuvent être acceptées par la société à un moment
donné et qui sont exprimées ouvertement pas les politiques sans
être considérés comme des extrémistes.
Les idées évoluent selon les stades suivants :
1/ inconcevables (inacceptable, défendu) ;
2/ radicales (défendu mais avec des réserves) ;
3/ acceptables ;
4/ utiles (raisonnable, rationnel) ;
5/ populaires (socialement acceptable) ;
6/ légalisées (dans la politique d'État).
L'utilisation de la fenêtre Overton est à la base de la
technologie de manipulation de la conscience publique en vue de
faire accepter par la société des idées qui lui étaient
précédemment étrangères, telles que la levée des tabous. L'essence
de la technologie réside dans le fait que le changement d'opinion
recherché se divise en plusieurs pas dont chacun déplace la
perception à un stade nouveau et la norme universellement admise
à son extrême limite.
Cela provoque un déplacement de la fenêtre même, de
sorte que la situation obtenue se retrouve de nouveau en son
centre, ce qui permet de faire un pas suivant à l'intérieur de la
fenêtre.
Les groupes de réflexion produisent et diffusent des
opinions à l'extérieur de la Fenêtre Overton en vue de rendre la
société plus sensible envers diverses idées et vis-à-vis d’une
politique. Quand un groupe de réflexion veut imposer une idée
considérée comme inacceptable par l'opinion publique, il utilise
par étapes la Fenêtre.
7
(https://fr.sputniknews.com/societe/201410031022946340-overton-
comment-accepter-linacceptable/)
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71
Pour montrer comment l'opinion publique peut être
modifiée graduellement, prenons l'exemple du « mariage
homosexuel ». Dans le système de la Fenêtre Overton, l'idée du
mariage homosexuel resta pendant de longues années dans la zone
défendue : la société ne pouvait pas accepter l'idée d'un
« mariage » entre des personnes du même sexe. Pourtant les
médias ne cessaient d'exercer un impact sur l'opinion publique en
soutenant les minorités sexuelles. Peu à peu, le mariage pour tous
est devenu défendu mais avec des réserves, ensuite acceptable et,
enfin, rationnel. À l'heure actuelle, il est « socialement
acceptable » et, bientôt, il sera évidemment complètement
légalisé.
Le fonctionnement de la Fenêtre Overton est assuré par
une multitude de spécialistes de la manipulation de l'opinion
publique : consultants politiques, chercheurs, journalistes,
conseillers en communications, célébrités, instituteurs. Quoi que
nous en pensions, des thèmes comme le mariage homosexuel ou
l'euthanasie ne nous semblent plus étranges. Ils ont subi
l'ensemble du processus « technologique » de transformation,
depuis le stade d'inconcevable jusqu'à celui de légalisation.
Dans son blogue vidéo Besogon.TV (Exorciste.TV), le
réalisateur russe Nikita Mikhalkov expose le schéma de ce
processus sur l'exemple du cannibalisme, qui reste jusqu'à présent
un phénomène inconcevable pour la société. Le déplacement de la
Fenêtre Overton vers un changement d'attitude envers le
cannibalisme peut passer par les stades suivants :
-Stade 0 : c'est l'état actuel où le problème est inacceptable, n'est
pas discuté dans la presse et n'est pas admis par les gens.
-Stade 1 : le thème évolue de « tout à fait inacceptable » vers
« défendu mais avec des réserves ». Il est affirmé qu'il ne doit y
avoir aucun tabou, le thème commence à être discuté lors de
petites conférences pendant lesquelles des chercheurs renommés
font des déclarations sous forme de débats « scientifiques ».
Parallèlement à ces débats pseudo-scientifiques, une Société des
cannibales radicaux est créée, dont les déclarations sont parfois
citées dans les médias. Le sujet cesse d'être tabou et est introduit
dans l'espace médiatique. En résultat, le sujet inacceptable est mis
en circulation, le tabou est désacralisé, le problème ne suscite plus
la même réaction, ses différents degrés apparaissent.
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72
-Stade 2 : le thème du cannibalisme passe du stade de radical
(défendu, mais avec des réserves) au stade d'acceptable. Des
chercheurs continuent d'être cités et des termes élégants sont
créés : il n'y a plus de cannibalisme, mais il y a, disons,
l'anthropophilie et ses dérivés : anthropophiles, par exemple.
L'objectif est de déconnecter la forme du mot de son contenu dans
la conscience sociale. Dans le même temps, un précédent
historique est créé (réel ou inventé) en vue d'enlever à
l'anthropophilie son illégalité, au moins à un moment historique
donné.
-Stade 3 : la Fenêtre Overton se déplace ; en transférant le thème
du domaine de l'acceptable à celui du raisonnable/rationnel, ce qui
est argumenté par la « nécessité biologique ». Il est affirmé que le
désir de manger de la chair humaine est génétiquement
prédéterminé. En plus, en cas de famine (« circonstance
insurmontable ») l'homme doit avoir le droit de faire un choix. Il
ne faut pas cacher l'information selon laquelle chacun peut choisir
entre l'anthropophilie et l'anthropophobie.
-Stade 4 : de l'utile au populaire (socialement acceptable). Le
débat est mené non seulement à l'exemple des personnages
historiques ou mythiques, mais aussi à l'exemple des personnages
médiatiques réels. L'anthropophilie commence à être largement
discutée dans les programmes d'information, dans des débats
télévisés, dans les films, la musique populaire et dans les clips.
Pour populariser le thème, on cite souvent en exemple une
célébrité disant qu'elle est un anthropophile.
-Stade 5 : du socialement acceptable à la légalisation. Le sujet est
lancé dans le top des actualités, est reproduit automatiquement
dans les médias, dans le show-biz et reçoit une importance
politique. À cette étape, « l'humanisation » des adeptes du
cannibalisme est utilisée pour justifier la légalisation. Comme
quoi, ils sont les victimes d'une mauvaise éducation, et pouvons-
nous les juger ?
-Stade 6 : du thème populaire, le cannibalisme passe dans le
domaine de la légalisation dans la politique d'État. Une base
législative est créée, des groupes de pression (lobby) apparaissent,
des études sociologiques sont publiées en faveur des partisans de
la légalisation du cannibalisme. Un dogme nouveau voit le jour :
« il ne faut pas interdire l'anthropophilie ».
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
73
La loi est adoptée, le sujet pénètre dans les écoles et les
jardins d'enfants, et la génération nouvelle ne sait pas comment on
a pu penser autrement.
Certes, cet exemple cité par Nikita Mikhalkov est
hypothétique. Cependant de nombreuses idées contemporaines
semblaient être absolument inconcevables il y a plusieurs dizaines
d'années, pour devenir complètement acceptables par la loi et aux
yeux de la société. Ne croyez-vous pas que leur évolution a suivi
le scénario ci-dessus ?
****************************
Nos membres publient :
L’écran : poison du corps, de l’âme et de l’esprit,
par l’Abbé Olivier Rioult
Dans Le Cep n°62 (janvier 2013), nous avions reproduit,
sous le titre « La T.V. : une entrave majeure à la réussite scolaire »,
deux passages du livre de Michel Desmurget, docteur en
neurosciences, TV lobotomie. La vérité scientifique sur les effets de la
télévision (Paris, Max Milo, 2011). L’ouvrage de M. Desmurget est
l’œuvre d’un chercheur de l’INSERM, dense d’informations savantes
mais dépourvu de l’éclairage religieux qui donnerait à ses
conclusions toute leur portée humaine. Le petit livre (99 p.) de l’Abbé
Rioult, tout en nous restituant par de nombreuses citations l’ensemble
de l’ouvrage de P. Desmurget, vient combler ce manque et aussi
actualiser la question par diverses sources plus récentes.
Depuis 2011 en effet, l’invasion des smartphones (5
milliards d’appareils !) est venue aggraver et multiplier le péril : en
2017, les deux tiers des accès à internet – loisirs et travail confondus
– se faisaient sur un terminal mobile et non par ordinateur. La
télévision n’est donc plus, et de loin, le seul écran actif. On découvre
ainsi que le contenu de « l’odieux visuel » (p.37) – la pourriture et la
violence – n’est pas seul en cause dans la « crétinisation » (p.64) en
cours. Il existe des effets plus profonds, inconscients mais non moins
nocifs. Ainsi de par le temps passé (le Français regarde une heure par
jour en moyenne les vidéos du seul YouTube !), se produit une
hypnose induite : le cerveau du téléspectateur émet des ondes alpha,
signal de léthargie cérébrale, ce qui ne se produit pas avec la lumière
réfléchie du cinéma. Dans une étude comparative menée par Marshall
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
74
Mc Luhan au Canada sur un même film, « les étudiants “lumière
réfléchie” parlent de ce qu’ils ont vu comme d’une chose extérieure à
eux et sont relativement objectifs. En revanche les étudiants “lumière
directe” parlent plutôt d’eux-mêmes : comment ils se sentaient, ce
qu’ils pensaient. (…) Cette lumière directe donne aux images
télévisées le pouvoir d’envahir l’esprit comme dans un rêve, en
neutralisant son activité critique » (p. 83). Mais, curieusement, cet
état hypnotique ne repose pas, alors que sur les 30 à 50 dernières
années, les nuits ses sont raccourcies de 90 à 120 minutes (p. 22). De
là un impact inévitable sur la santé des populations. Or le temps ainsi
passé est le plus souvent mal utilisé, même quand il s’agit d’outils
« pédagogiques » : sur des enfants suivis depuis 8 mois jusqu’à 16
mois, 1 heure par jour de vidéos éducatives spécialisées ont amené
une diminution de 10 % du lexique maîtrisé (comparé à un groupe
témoin) (p. 56). Une étude canadienne a montré que la créativité des
enfants sans T.V. (entre 9 et 12 ans) surpassait de 40 % les moyennes
régionales (p. 14). En effet « l’encéphale humain ne s’organise pas
en observant le réel mais en agissant sur lui » (p. 55). De là
l’importance du temps laissé pour des jeux libres. Au passage, une
remarque pertinente de l’auteur : « Autrefois, lorsqu’il n’y avait ni
radio ni T.V., les originaux étaient très nombreux. Chaque homme se
formait par son expérience personnelle. Aujourd’hui, où les
nouveaux médias véhiculent une expression de modes de vie et de
valeurs de type hollywoodienne, la standardisation de l’homme est
évidente et l’humanité y perd beaucoup » (p. 52).
La conclusion du prêtre : « Tuer l’homme cathodique pour
que vive l’homme catholique » (p. 96) ! Et contrairement à l’adage
rousseauiste, « on ne naît pas libre, on le devient » (p. 40). À une
époque où la télévision au sens large représente la troisième activité
humaine après le travail et le sommeil, il nous faut plus que jamais
cultiver la maîtrise de soi : « Le plaisir sensible ne peut pas et ne doit
jamais être la seule raison de notre agir » (p. 30).
De là une pressante invitation à « rester le plus possible
débranchés de la matrice du Système anti christ qui domine notre
monde, pour un temps et pour notre malheur, et ce par une juste et
mystérieuse permission divine » (p.98).
(Éditions Saint-Agobart, Q. Ascunia, 64130 Charrite-de-
Bas, 10 € + port).
******************************
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
75
L'Évangile et le Beau8
Marie-Christine Ceruti-Cendrier
Présentation : Le Beau n’est-il pas subjectif, comme on croit
pouvoir le dire familièrement « des goûts et des couleurs » ? Marie-
Christine Ceruti-Cendrier, accompagnant son époux au long de sa
carrière diplomatique, a souvent vécu loin du « vieux continent »,
notamment en Afrique australe. Elle nous narre ici – dans le cas de la
musique et de la peinture – comment la conscience intime du Beau
transcende les conditionnements culturels et sociaux, lorsque du
moins les hommes reçoivent les moyens et l’occasion d’accéder à
d’authentiques œuvres d’art.
Le Vrai et le Bien sont liés de façon immuable avec les
Évangiles. Aucun chrétien – je ne parle pas de ceux qui se disent
tels et ne le sont pas ou plus – ne le niera. Mais le Beau ? Le Beau
est-il lié d’une façon aussi viscérale, radicale avec eux ? Les
cathédrales gothiques, le Gloria de Vivaldi, la Pietà de Michel-
Ange, les Madones de Léonard de Vinci et la Présentation de la
Beauce à Notre Dame de Chartres de Péguy, ces bouleversants
sommets de l’art sont tout de même reconnus comme faisant
partie du patrimoine lié aux Évangiles. Mais bien des critiques et
même des chrétiens, dont je faisais partie, avaient l’impression
que les critères du beau étaient subjectifs, provenaient des
habitudes d’une culture et n’avaient rien d’universel. La preuve en
était que ces chefs-d’œuvre étaient tous européens. Et c’est sur ce
point que je désire faire part à tous mes amis de l’Association
d’une expérience personnelle qui m’a stupéfiée et que je veux
crier sur les toits.
J’ai passé trois ans en Zambie (en Afrique méridionale) là où
la musique, à mes yeux, ressemble plus à des hurlements, les
danses à des rituels plus ou moins sexuels, et où la peinture et la
sculpture sont encore loin – à mon humble avis – de Léonard de
Vinci et de Michel-Ange.
8
Repris des Nouvelles de l'Association Jean Carmignac, n° 61, mars 2014,
éditorial. [email protected]
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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Il y avait là-bas, devant notre maison, un gardien qui –
m’avait-on dit – jouait de la flûte et composait de la musique. Je
lui ai proposé de lui prêter un magnétophone et des cassettes de
musique pour flûte de Vivaldi.
Dès le lendemain et toute la journée et les jours suivants, la
dite musique résonnait à tue-tête attirant la sympathie d’autres
Africains qui s’en disaient ravis.
De fil en aiguille toute la maisonnée est devenue « accro » de
musique classique. Je savais que le cuisinier était là quand des
flots de Verdi, de Bach ou de Mozart arrivaient à mes oreilles.
Nous étions à Lusaka, la capitale, c’est vrai. Mais en visite dans
une mission italienne perdue en pleine brousse, le Père
missionnaire nous a montré un tourne-disque et nous a déclaré que
« ses » Africains aimaient énormément la musique mais par-
dessus tout – et il se demandait pourquoi – la musique baroque.
Cela rappellera sans doute ici l’expérience, à l’époque de cette
musique, que firent les jésuites auprès des Guaranis du Paraguay9.
Quant à la peinture, je montrai à différents Africains habitant
Lusaka mais provenant de campagnes perdues sans électricité, ni
rien, ou de banlieues misérables, un tableau du Caravage, un de
De Nittis (un impressionniste italien) et un de peinture européenne
dite « contemporaine » (tout le monde imaginera ce que je veux
dire), en leur demandant ce qu’ils préféraient. Deux tiers des voix
ont été au Caravage, un tiers à De Nittis, aucune au
« contemporain». Et que ce même « jury » a éprouvé de joie et
d’admiration devant les photos de places Renaissance de l’Italie !
Pour la danse – autre révélation ! – j’avais organisé la
projection d’une représentation du Lac des Cygnes à la Scala de
Milan avec Svetlana Zakharova, pour un groupe de dames
étrangères de toutes nationalités. La jeune femme qui aidait à
servir les petits gâteaux et qui semblait n’avoir aucun intérêt pour
ce genre de performance (elle provenait de la campagne la plus
retirée, sans eau ni électricité, que j’ai vue de mes yeux) en est
restée médusée, oubliant les petits gâteaux elle regardait fascinée
9
Cf. abbé Bertrand LABOUCHE, « Les réductions guaranitiques de la
Compagnie de Jésus aux XVIIe et XVIIIe siècles », in Le Cep n°33 (p. 27) &
34 (p. 45).
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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et, à la fin du spectacle, elle a exprimé avec transports, je
n’exagère pas, son admiration devant tant de beauté.
Que voulez-vous, j’ai changé d’avis et j’ai donné raison à une
amie très chère, Cecilia Gatto Trocchi, une anthropologue bien
connue en Italie, qui m’avait affirmé un jour que la beauté est
universelle, que quelque chose est beau ou ne l’est pas avec toutes
les nuances intermédiaires, et de même pour le Bien ou le Vrai.
Mais que ce Beau se fût développé particulièrement, bien que
je ne nie pas qu’on le trouve ailleurs aussi, là où l’Évangile s’était
le plus répandu, et je suis désolée d’employer ce plus-que-parfait,
est-ce un miracle ou une simple conséquence logique?
__________________________________
Addendum.
Sur ce même thème du caractère objectif du Beau, on lira
avec intérêt que les plantes elles-mêmes y sont sensibles. Des
expériences analogues ont d’ailleurs été faites sur les animaux
domestiques.
« Des expériences récentes ont démontré que la musique
augmente la croissance des plantes de 25 % à 60 %. Mais est-ce
le cas pour tous les genres de musique ? Par exemple, en 1969,
Dorothy Retallack, auteur du livre The sound of Music and
Plants, fit des essais avec différentes plantes comme du maïs, des
pétunias et des courges. Elle sépara les plantes en deux groupes :
le premier écouta de la musique classique et le second de la
musique du type “rock”. Les plantes exposées au rock poussèrent
rapidement au début, puis devinrent anormalement hautes, leur
consommation d’eau augmenta, certains plants furent paralysés
au bout de quinze jours, d’autres moururent. Les plantes exposées
à la musique classique fleurirent et développèrent de longues et
grosses racines. » (Caroline MOREL, « Se soigner avec la
musique des protéines », Alternative Santé n°26, 2015).
**********************************
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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BIBLE
« Le ciel et la terre passeront ; mes paroles ne passeront pas » (Mt 24, 35).
Une étrange visite ...1
P. Christian Curty o.f.m.2
Présentation : L’auteur, un franciscain, était exorciste en Avignon. Il
raconte ici comment un certain Pierre vint un jour le voir, non pour
quémander son aide, à la manière de ses visiteurs habituels, mais comme
pour se frotter à l’adversaire. Était-ce par curiosité, était-ce par défi ?
Comment le savoir, puisqu’il quitta brusquement la pièce ! Mais les mots
échangés au cours de cette étrange visite nous donnent de précieuses
indications. Cette fois encore, le Diable a porté pierre !
Étant exorciste d’une grande ville de France où j’exerce
mon ministère à l’ombre de la Vierge bénie, il m’arrive
d’accueillir bien des malheureux tourmentés ou persécutés par
Satan, ou d’entendre en confession bien des aveux libérateurs 3
comme aussi d’être l’heureux témoin de délivrances ou de
guérisons que je ne puis qu’attribuer à l’intervention particulière
de la miséricordieuse Mère de Dieu, à travers, bien sûr, la prière
exorcisante de l’Église dont je ne suis que le serviteur et
l’instrument.
1
Repris du Sourire de Marie, n°407, août 2013, p. 40-46.
2
Le père Christian Curty o.f.m. fut rappelé à Dieu en octobre 2012. Il était
exorciste à Avignon où son bureau fut témoin de multiples phénomènes au
cours d’exorcismes. Membre du Mouvement sacerdotal marial.
3 Sauf quand il s’agit d’un non-catholique (orthodoxe, protestant, juif,
musulman ou païen, ce qui n’est pas rare), je commence toujours
l’exorcisme par le Sacrement du Pardon, qui suffit parfois à obliger l’intrus à
se démasquer car cet « être » ne supporte pas la Présence Sacramentelle de
Jésus.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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Aussi m’apparaît-il bon de
vous raconter, entre autres faits, ce qui
m’est arrivé un certain jour et qui me
laissa quelque peu perplexe !
Voici donc que je vois entrer
dans mon bureau, qui me sert aussi de
confessionnal et de lieu d’accueil, un
homme étrange et bizarre. Tout est
marqué en lui par le caractère de
l’insolite : l’allure, le comportement,
l’accoutrement et surtout l’odeur...
une drôle d’odeur, répulsive et
infecte ! Non pas l’odeur du vice,
mais quelque chose d’indéfinissable
que j’identifiai après coup à l’odeur
d’un œuf pourri ou du soufre. Sans prétendre attribuer cette
odeur à quelque chose de préternaturel, je pense qu’il faut en
rechercher l’origine dans le genre d’encens utilisé par certaines
sectes pour leurs célébrations blasphématoires, et dont la puanteur
à la longue imprègne leurs vêtements.
Son comportement était également énigmatique et
curieux, en partie scrutateur comme s’il cherchait à sonder mes
propres sentiments, à connaître mes pensées profondes, et en
partie méfiant. Mais cette méfiance, j’en avais l’intuition très
nette, ne me concernait pas mais visait quelqu’un d’autre. Car il
lui arrivait par moment de se retourner vers la porte ou bien,
soudain, il baissait la voix et me parlait sur un ton de confidence.
Je pensais d’abord qu’il avait peur d’être vu ou entendu par
quelque pénitent de passage que j’aurais oublié d’accueillir. Mais,
à mesure que se déroulait l’entretien, je compris qu’il avait peur
d’être espionné ou suivi par l’un des siens ou, mieux encore,
d’être surveillé par « Celui » dont il était le malheureux esclave.
Quant à l’accoutrement vraiment bizarre, je l’oubliai très vite et
n’y reportai mon attention qu’à la fin de notre entretien lorsque
l'homme se leva pour me quitter. C’était un vêtement de couleur
violet sombre ou cendré. Bien que ce fût un vêtement d’homme,
sa coupe ne correspondait pas à nos normes habituelles. Plus tard,
me souvenant alors d’une photo de magazine où l’on montrait une
cérémonie diabolique (une messe satanisée), je m’aperçus que
c’était un de leurs vêtements « liturgiques ».
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
80
Cet homme, d’ailleurs, comme il me le dit, allait se rendre
le soir même à une liturgie luciférienne : « Mon Maître, me dira-
t-il, travaille surtout la nuit ! »
Cet homme donc, je l’apprendrai peu à peu, pratiquait
l’occultisme et la magie noire, comme tant d’autres de mes
consultants et pénitents. Mais, alors que ceux-ci viennent me
trouver en vue d’une délivrance, l’intention de cet homme
semblait tout autre. Il appartenait en outre à une secte
luciférienne, par un Pacte ou Rituel comme il me le précisera, et
il ne semblait pas désireux d’en être délié.
Mais alors pourquoi venait-il me voir ? Ce n’était
manifestement pas pour être libéré d’une emprise de Satan !
Voulait-il alors des hosties consacrées en vue de ce sabbat où il se
rendait le soir-même, afin d’y sacrilègier le corps sacramentel du
Christ au cours de leur « messe noire » ? Ou bien espérait-il me
gagner à leur culte blasphématoire ? Ou bien encore est-il venu
tout simplement m’annoncer, de la part de « son » Maître, « leur »
victoire ?
C’est bien de cette « Victoire » en effet qu’il fut question
tout au long de notre... ou plutôt de sa conversation. Car c’est
surtout lui qui parlait comme s’il avait un message à me
transmettre, à moi petit prêtre de l’Église de Jésus-Christ ! Et
voici pour l’essentiel quelques-uns de ses propos que je ne puis
que résumer mais dont j’ai bien pris note :
« Mon Maître vous a vaincus ! Nous sommes en train de détruire
votre Église. (Il disait tantôt : Nous, tantôt : Mon Maître). Mon
Maître tient la balance des Nations. Nous sommes les maîtres des
nations. Nous avons ébranlé l’Église. Mon Maître a le dessus. Il
est victorieux ! Reconnaissez-le ! »
Oui, bien sûr, que j’ai reconnu cette soi-disant victoire
des « fumées de Satan » ! C’est une telle évidence pour moi que
cette domination de Satan dans le monde, contre laquelle nous met
en garde la Vierge elle-même en ses diverses apparitions, comme
aussi cet ébranlement de l’Église en ses trois colonnes
(l’Eucharistie, l’Immaculée et l’autorité de Pierre) qui s’accroît
en outre d’une division intérieure profonde et regrettable. Paul VI
en porta le douloureux martyre jusque dans sa mort, et Jean-
Paul II, cet apôtre marial infatigable, en poursuit le même combat.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
81
En cette Fin des Temps (c’est-à-dire du temps biblique
des Nations) où le LIVRE de la RÉVÉLATION (l’Apocalypse) est
en train de s’ouvrir, il n’y a pas lieu de s’étonner de cette présence
active et maléfique de Satan sur notre terre. Car c’est son Heure,
mais c’est aussi et c’est d’abord l’HEURE de la Vierge-Mère, la
Femme qui enfante et qui protège, et dont les signes ne cessent de
se multiplier, précisément en chacune des nations.
Je lui fis donc remarquer, quand il me laissa parler, que
cette victoire démoniaque n’était que provisoire et apparente. Elle
ne durera qu’un temps très court, même si ce temps nous paraît
long. Car c’est précisément par la CROIX que Jésus a vaincu
Satan. Et au moment même où Satan crut avoir triomphé du
Christ, ce fut justement l’Heure de sa défaite. Il en sera de même
de l’Église, Corps mystique du Christ : à travers sa douloureuse
passion actuelle, et probablement son martyre, s’opère peu à peu
son renouvellement intérieur, et soudainement apparaîtra sa
NOUVELLE PENTECÔTE, tant de fois annoncée et si
ardemment désirée ! Ce que mon interlocuteur ne voulut point
admettre.
Satan, lui dis-je, n’est qu’une créature de Dieu, bonne à
l’origine mais devenue perverse par volonté maléfique. – « Non,
me répondit-il, SATAN EST L’ÉGAL DE DIEU ! »
Curieusement, et cela me frappa au cours de cette longue
conversation, il n’aimait pas parler du Christ, il préférait nommer
Dieu. Et quand je lui fis remarquer que Satan s’était rebellé contre
Dieu, l’Auteur de toutes choses, il admit bien cette rébellion, mais
pour lui c’était une réussite normale et heureuse.
Plusieurs fois, à des moments importants de cette étrange
conversation, il me dit : « Attention ! Vous n’avez pas peur de
mon Maître !? » C’était d’abord comme une menace, puis ce fut,
de sa part, comme une véritable peur : de ce qui pourrait
m’arriver, conscient qu’il était (et il me le dit) que Satan entendait
tout et qu’il est puissant. Cela, je le sais bien. Mais je lui fis
remarquer que parlant au nom de Jésus, le Christ, dont je suis le
prêtre, rien de grave ne pouvait m’arriver sans Sa permission et
que, de plus, la Vierge Marie me protégeait comme Elle l’a
toujours fait, particulièrement au cours des exorcismes.
Il n’aimait guère qu’on parlât de la Vierge. Aussi
détourna-t-il la conversation sur leurs déesses à eux, mères de la
nature.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
82
Comme je revenais sur Marie, et qu’il admettait
difficilement que « son » Maître, Satan, Lucifer ou plutôt, comme
il l’appelait habituellement, Béelzébuth, fût l’adversaire de Marie,
la Mère de Dieu, je lui rappelai alors la première des prophéties,
celle qu’on appelle le Protévangile (car c’est par cette prophétie
que commence l’Évangile du Salut) : « Je mettrai une inimitié
entre toi et la Femme ! »... Ce qu’il reconnut sans difficulté, mais
il chercha aussitôt à se rattraper en terminant ainsi cette
prophétie : « il mordra la Femme au talon… et donc l’emportera
sur la Femme. » Je lui donnai alors la véritable interprétation que
fait l’Église de cette Parole de Dieu où l’issue du combat est
clairement exposée dans le chapitre 12 de l’Apocalypse : lorsque
la femme enfante d’abord un fils qui monte victorieusement
auprès de Dieu, par son ascension céleste, puis une multitude
d’enfants qui s’affrontent sur la terre au serpent devenu dragon
lequel, finalement vaincu par saint Michel et les bons anges, sera
précipité dans l’étang de feu pour des siècles sans fin (Ap 20, 10).
Ce fut là le tournant de notre conversation. Car, à partir
de ce moment où Marie était intervenue dans notre échange, il
sembla moins à l’aise et perdit peu à peu de son assurance. C’est
alors qu’il laissa transparaître pour la première fois quelque chose
de son inquiétude, puis de son angoisse et enfin de son
désespoir. Je lui avais dit précédemment que « son » Maître ne
pouvait pas lui donner la paix du cœur ni le vrai bonheur, tandis
que mon Maître à moi, le Seigneur Jésus, était venu pour apporter
la paix et la joie intérieures à tout homme. Il m’avait dit de son
Maître, au commencement de la conversation, qu’il apportait
l’argent, le pouvoir et la gloire humaine à tous ses adeptes mais,
avait-il ajouté, avec un certain mépris : « c’est là le niveau le plus
bas... pour ceux qui s’enlisent dans l’immédiat et dans le
matériel, car ce que Béelzébuth apporte surtout, c’est la vie
mystique pour les esprits les plus élevés. » Et cet homme était
conscient de faire partie de cette soi-disant élite.
La Sainte Vierge, que je priais continuellement dans le
sanctuaire de mon cœur, travaillait-elle cette âme qui était, elle
aussi, son enfant ? Toujours est-il qu’il se trouva peu à peu
ébranlé dans son argumentation et dans son esprit... et qu’il
commença à reculer, en me mettant à nouveau en garde contre
« son » Maître dont lui-même, à ce qu’il m’a semblé, avait grand'
peur.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
83
Comme alors je lui affirmais que mon Maître Jésus
l’aimait lui aussi, que Jésus était mort pour tous les hommes sans
exception, et qu’il pardonnait tout... il me parla alors de son
BLASPHÈME, tandis que dans sa voix perçait un accent de
désespoir (ce n’est qu’après son départ que dans mon esprit la
lumière se fit, lorsque je pris conscience que c’est précisément à
propos de Béelzébuth que, dans son Évangile, Jésus parle du
Péché, du Grand Péché contre l’ESPRIT SAINT... Ce Béelzébuth
dont cet homme se disait le disciple et l’envoyé.
De toute manière, je l’invitai à se repentir, à quitter
« son » Maître... lui disant que tout péché, même le blasphème,
était pardonné, que chaque nuit je demandais pardon à Dieu,
précisément pour tous ceux qui le blasphèment. Visiblement,
quelque chose se passait en lui, comme un trouble profond, un
combat entre deux sentiments irréductibles : une espérance inouïe
et un tragique désespoir !... Finalement, je lui demandai s’il
acceptait que je prie sur lui ? Comme il ne semblait pas décidé, je
fis intérieurement un exorcisme, le plus court, qui me suffit
parfois à démasquer Satan et à le déstabiliser. Puis, je le répétai à
voix haute. Mais il manifesta le désir de me quitter ! Et il se leva
aussitôt ! Comme s’il fuyait un combat !
Il accepta cependant de me dire son nom : Pierre ! Ce qui
me laissa dans un certain étonnement.
C’était alors un dimanche, le jour du Seigneur. Mais après
coup je pris conscience que c’était aussi la fête de Notre-Dame du
Carmel. On était aussi dans les jours de la nouvelle lune, ce temps
privilégié où les sectes occultistes célèbrent leurs « sabbats ». Ce
sabbat, si j’ai bien compris, avait eu lieu la veille et il
recommençait le soir même, peu après notre entretien... entre le
crépuscule et l’aurore, ces deux moments qu’affectionne
particulièrement Satan, lorsque la lumière du jour et les ténèbres
de la nuit s’entrelacent et se mêlent, rendant alors possible toute
confusion dans ce que voient les hommes et dans les pensées de
leur cœur. J’avais remarqué son regard brillant, non pas vicieux
mais par moment luisant avec des éclats qui me surprenaient. Sa
conversation était correcte, mais il lui arrivait soudainement de me
dire « tu »... comme si nous étions de vieilles connaissances, ce
qui, d’ailleurs, quand il s’agit de « l’Autre », est bien le cas ! Non
seulement pour l’exorciste que je suis mais, hélas, pour le pauvre
pécheur que je reste.
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Aujourd’hui encore je m’interroge sur le sens de cette
visite inattendue qui ne m’a pas livré son secret. Saurai-je un jour
pourquoi cet étrange visiteur était venu me voir ! Est-ce Satan,
Béelzébuth, qui l’avait inspiré de me rencontrer afin de me donner
son message ? Ou bien est-ce, au contraire, la Vierge Marie qui
me l’amena pour qu’il soit pris en pitié et, qu’avec d’autres âmes,
je le garde dans la prière, lui et tous ses comparses ?
* *
In memoriam : Louis Pupulin
Sous le pseudonyme de Sancho Pança avait été autoéditée
une Lettre ouverte à tous les Don Quichotte et à tous les
chevaliers errants donneurs de leçons et moralisateurs (cf.
Le Cep n°78, p. 23), livre que l’auteur vint présenter au Colloque
du CEP à Orsay en 2014. Et c’est après l’avoir publié avec pour
titre De la Noosphère à l’Apostasie, que notre ami nous a
brusquement quittés.
Son parcours terrestre fut peu commun. Au moment où sa
carrière d’ingénieur prenait un net envol (il venait d’être recruté
pour prendre la direction régionale d’un très important groupe de
travaux publics), tout bascula. On l’avait aimablement invité à
entrer en loge : il refusa cette offre, croyant sans doute que la
valeur humaine et technique d’un cadre supérieur était ce qui
compte avant tout. Méprise compréhensible mais profonde ! Il fut
aussitôt éjecté et ne put jamais retrouver un poste dans sa branche
professionnelle. Arrivé en « fin de droits » pour les prestations de
chômage, avec des enfants encore étudiants, il se résigna à devenir
chauffeur routier.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
85
Mais la loi spirituelle de compensation allait jouer.
Au milieu des affres du chômage, se présentait du temps
pour lire et pour relire, la plume à la main, en réfléchissant, en
approfondissant. Louis Pupulin découvrit alors la revue Science et
Foi, les travaux de Guy Berthault, la force tranquille de la vision
biblique du monde et de l’homme.
Ce fut un éblouissement qui, outre les clés intellectuelles
dont il se dotait ainsi, l’aida sans doute à comprendre le sens
plénier de l’épreuve à traverser. Homme de ressources, le
chauffeur sut bientôt acheter son propre camion et, de fil en
aiguille, c’est une entreprise de 40 poids-lourds qu’il venait de
céder quand l’heure sonna pour le dernier rendez-vous. Que son
épouse et ses enfants se consolent en redisant avec Salomon :
« La mémoire du juste est en bénédiction, mais le nom
des méchants tombe en pourriture » (Pr 10, 7).
Maintenant que les circonstances permettent de lever
l’anonymat sur « Sancho Pança », on lira avec d’autant plus
d’intérêt cet ouvrage 1 écrit d’une plume alerte où l’auteur nous
lègue un à un tous les diamants qu’il a su déterrer tant dans ses
lectures que dans sa large expérience de notre société.
____________________________
1
Sancho PANÇA, De la Noosphère à l’Apostasie, Paris, Éd. Société des
Écrivains, 2014, 400 p., 20,95€). N.B. Disponible également en Kindle.
Le Cep n°84. 3e trimestre 2018
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REGARD SUR LA CRÉATION
« Car, depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu,
sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l'œil nu
quand on Le considère dans ses ouvrages » (Rm 1, 20).
Le Homard1
Pierre Rabischong2
Résumé : Ceux qui ne connaissent le homard qu’en le dégustant ignorent sans
doute les étonnantes capacités de ce crustacé bien étudié jadis à la station de l’île
d’Houat. Les deux espèces de homard ont une carapace dure dont ils doivent
sortir pour grandir, ce qui dure toute leur vie : d’environ 10 mues la première
année, le rythme ralentit régulièrement jusqu’à une mue tous les deux ou 3 ans à
la fin : le poids du homard donne son âge. Une glande de mue secrète une
hormone qui décolle et dissout les 4 couches de la carapace, afin que l’animal
puisse s’en extraire, avec ses antennes, ses pattes et ses énormes pinces, avant de
reconstituer une nouvelle carapace. Les pinces, comportant plusieurs segments,
sont asymétriques et jouissent chacune de 3 degrés de liberté les qualifiant pour
une grande variété de tâches, avec des tendons renforcés pour les muscles
assurant la fermeture : plusieurs dizaines de newtons pour la force de serrage !
Or les tendons doivent se refixer bien à leur place sur la nouvelle carapace après
la mue. Le homard peut voir de nuit ; il utilise l’odorat et le toucher. Il émet,
sous l’une des antennes, des vibrations qui lui permettent de communiquer. Que
de merveilles dans ce « simple » crustacé !
1
Repris de Pierre RABISCHONG, Le Programme Homme, Paris, PUF, 2003,
p. 274-277.
2
Doyen honoraire de la Faculté de Médecine de Montpellier, P. Rabischong,
spécialiste des prothèses, a dirigé l’Unité 103 de l’INSERM consacrée à la
biomécanique. C’est en collaborant avec les ingénieurs pour mettre au point
des prothèses, en mesurant ainsi la quantité de « matière grise » que
présuppose le moindre organe artificiel, pourtant bien rudimentaire comparé
à l’organe naturel qu’il cherche à remplacer, que P. Rabischong comprit que
l’être vivant ne pouvait résulter d’un quelconque « hasard organisateur » : il y
faut un programme préconçu et donc un Programmeur d’une Intelligence
incommensurable. De là le titre de son livre et aussi ses prises de positions
antiévolutionnistes et sa participation aux activités du CEP.
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Outre les systèmes de haute technologie qu’on peut décrire
chez le homard, la gastronomie n’est pas étrangère au choix de
cet animal. Si l’on en a les moyens, on peut, en effet, vérifier
directement un certain nombre de données techniques, ce qui
constitue une forme de travaux pratiques, avec une résolution
finale des plus agréables dans la consommation de l’animal.
En 1984, il existait encore une station française remarquable
à l’île d’Houat pour l’élevage des homards, laquelle,
malheureusement, a disparu depuis, pour des raisons
économiques tout à fait regrettables.
Cette année-là, on avait péché 250 tonnes de homards en
France, alors que la consommation était de 2 000 tonnes, d’où la
nécessité d’une importation en provenance du Canada et de
l’Amérique.
Il n’existe que deux espèces de homards : Homarus
gemmarus ou vulgaris, qu’on trouve en Europe, et Homarus
americanus, qu’on trouve dans l’Atlantique, mais pas dans le
Pacifique.
Ces crustacés ont la caractéristique principale d’être enfermés
dans une cuirasse dure, dont ils sont obligés de se séparer à
intervalles plus ou moins réguliers pour pouvoir augmenter de
volume pendant leur croissance.
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Il y a environ dix mues la première année, puis après tous les
ans, puis tous les deux ou trois ans. Les œufs sont pondus à raison
de 2 000 à 8 000 œufs par femelle avec une chance de survie
relativement faible en milieu naturel, compte tenu des prédateurs.
Fig. 1 : Larve de Homarus gemmarus (Europe).
Il y a trois stades larvaires avec trois mues successives et, au
stade IV postlarvaire, l’animal mesure 1,5 cm, puis jusqu’à 1 an 6
à 7 cm et après 5 ans environ 27 cm, ce qui est la taille mature, la
taille marchande étant de l’ordre de 23 cm. Un des plus gros
homards connus faisait 63,4 cm de longueur pour un poids de 17
kg, mais on en a aussi décrit un de 25 kg. On peut estimer, mais
cela n’est qu’une estimation, que le homard prend environ 100
g/an ce qui permet de calculer son âge.
Le phénomène de mue est techniquement compliqué. La
carapace a quatre couches, dont trois calcifiées. Une hormone,
l’ecdysone, sécrétée par une glande de mue, déclenche le
processus, en favorisant le décollement par prédigestion des
couches les plus internes. En dessous de 8°C, la mue ne se
déclenche pas et la température optimale est de 18° C.
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L’animal effectue la mue en une demi-heure environ. Il ouvre
d’abord le céphalothorax et, ensuite, il sort complètement, en
extrayant de la carapace les yeux, les antennes, les pattes et, ce
qui n’est pas facile, les pattes antérieures équipées de pinces. Il
semble qu’un phénomène de réduction de liquide avec
compression puisse permettre cette extraction délicate.
Quelquefois le homard peut rester coincé dans son ancienne
armure, sans pouvoir se dégager, ce qui conduit à la mort. Après
la mue, le homard reconstitue une nouvelle carapace, en dilatant
par imbibition les différents segments, surtout musculaires ce qui
lui fait prendre environ 100 g. La voracité et l’agressivité des
homards sont bien connues des pêcheurs et des éleveurs et il
existe un cannibalisme important déjà à l’état larvaire. La phase
molle après la mue est une période de grande vulnérabilité, qui
pousse le homard à se cacher. Toutefois c’est un moment
favorable pour le mâle, qui peut s’accoupler avec la femelle. En
effet, si le mâle peut garder sa cuirasse, la femelle doit être
« molle » pour accepter l’organe mâle.
Des documents visuels montrant l’accouplement du homard,
réalisés par le Dr Vrignaud, sont réellement saisissants. La
femelle a secrété des phéromones, qui calment l’agressivité
naturelle du mâle.
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Celui-ci, avec ses pinces, retourne assez délicatement la
femelle pour la mettre sur le dos et il se met alors en position, non
pas a posteriori comme dans les stéréotypes observés chez la
plupart des animaux, mais en face à face, par nécessité
anatomique.
Parmi l’équipement dont dispose le homard, plusieurs
systèmes sont particulièrement raffinés.
En premier lieu, les pinces sont de vrais manipulateurs à 6
degrés de liberté, étanches jusqu’à plus de 100 m de profondeur.
Au cours d’une dégustation de homard, il est possible d’analyser
les différents segments articulés des pinces, qui sont faits de telle
sorte qu’ils permettent une mobilité de la pince dans un vaste
champ de préhension. Les deux pinces sont normalement
asymétriques, avec une pince volumineuse et ovoïde, porteuse
sur ses mors de saillies en forme de dents, qui permettent de
broyer les aliments ou d’effectuer du travail de terrassement. La
seconde pince est plus petite et plus effilée avec des mors pointus
et recourbés à leurs extrémités et toute une série de très petites
denticulations, permettant de sectionner.
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Fig. 2 : Pince de gauche pour couper, de droite pour broyer3.
La pince elle-même, comme le manipulateur utilisé dans
l’industrie, a un seul degré en rotation avec un puissant muscle
interne fixé sur une lame tendineuse, qui permet des forces de
serrages de plusieurs dizaines de newtons. Si l’on regarde de plus
près les surfaces articulaires des pinces, on retrouve, chez tous les
homards, la même disposition avec des pivots transversaux,
tournant dans deux petites cavités de réceptions et, en arrière, une
articulation comportant une gouttière arciforme semi-circulaire,
renforcée sur ses parties latérales.
Un petit détail montre l’intelligence de la construction.
Comme chez l’homme, où les extenseurs des doigts ouvrant les
pinces digitales sont moins puissants que les fléchisseurs qui les
ferment sur les objets à prendre, on retrouve chez le homard la
même différence avec un petit tendon pour l’ouverture et une
large lame tendineuse en forme de feuille triangulaire pour la
fermeture de la pince. Imaginer comment les tendons peuvent se
fixer à nouveau sur la nouvelle carapace après la mue tient du
prodige technique. La pièce située derrière la pince est articulée
en arrière par une articulation dont l’axe est placé sensiblement à
90° du précédent, ce qui permet un mouvement transversal. En
arrière encore, se place une pièce plus aplatie articulée avec le
joint double de fixation au thorax.
3
Crédit : Bathynome — Travail personnel, CC BY-SA 3.0,
https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=10869026
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Elle présente au milieu, dans une région aplatie, une fente à
45° de l’axe, sans surfaces articulaires et qui, vraisemblablement,
est faite pour renforcer la résistance mécanique en autorisant des
mouvements.
Nous avons vu que les possibilités de déformations données à
certaines structures ostéo-articulaires augmentent la résistance, en
absorbant de l’énergie et des contraintes. Sans qu’on puisse
demander au Constructeur la vraie raison, on peut néanmoins
accepter cette hypothèse comme vraisemblable. L’asymétrie des
pinces, qui crée le problème gastronomique du bon choix, est
variable en droite-gauche. Aux dires des éleveurs, elle apparaîtrait
seulement en milieu naturel après quelques mues.
Le homard est équipé de deux yeux mobiles verticalement
avec de nombreuses ommatidies. Comme il est principalement
actif la nuit, il dispose d’un système raffiné, comparable à un
amplificateur de brillance, grâce au déplacement coordonné des
cellules pigmentaires. Il peut détecter le mouvement et peut-être
certaines couleurs, avec une sensibilité de l’ordre de 0,5 micron.
Il a aussi toute la batterie des capteurs tactiles et olfactifs, avec en
plus des mécanorécepteurs spécialisés pour la détection gravitaire
grâce à un capteur statique dans le segment basal de la première
antenne. Il a aussi des poils sensoriels dans les articulations pour
identifier les positions. Ces capteurs goniométriques sont surtout
présents dans les pinces.
Il a des chémorécepteurs sensibles à 13 acides aminés, ce qui
lui permet un choix judicieux pour son alimentation. Il a, par
ailleurs, un émetteur vibratoire, le plectrum, sous la 2e antenne,
qui émet sous deux fréquences différentes à 85 Hz et 12 Hz et qui
lui permet de communiquer avec ses congénères. On peut
d’ailleurs sentir et même entendre ces vibrations en tenant un
homard vivant par le céphalothorax. La régulation très fine de son
osmolarité interne lui permet de se mouvoir dans des profondeurs
variables sans effectuer de palier de décompression.
La « machine-homard » est donc un bon exemple de
bioprogramme compliqué mais parfaitement réussi, avec le
« mou » à l’intérieur et le « dur » à l’extérieur, ce qui est l’inverse
de l’Homme.
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COURRIER DES LECTEURS
De M. J.-L. F. (Alpes)
Dans le dernier numéro du Cep, l’éditorial évoque le lien
évident entre l'animal et le végétal. Depuis longtemps je
m'interroge sur la dépendance du végétal par rapport à l'animal,
et je ne comprends pas pourquoi cet argument n'est pas utilisé
pour contrer l'affirmation des longues périodes de millions ou
milliards d'années entre les « Jours » de la Genèse... En effet, que
devient le végétal sans l'animal ? Aurions-nous des fruits sans les
insectes pollinisateurs ?
Les interactions plantes–insectes et plantes–animaux sont
très importantes pour le fonctionnement et la stabilité des
écosystèmes. La symbiose est extrêmement fréquente. Les insectes
pollinisent les fleurs des angiospermes pour leur reproduction.
Les abeilles, dont le nombre de variétés est de l'ordre de 25 000
ou 30 000, pollinisent les fruits que nous mangeons. Les papillons,
les fourmis, les mouches, les coléoptères, les guêpes, les chauves-
souris, les oiseaux... contribuent à la pollinisation. Signalons
aussi les plantes carnivores. Les népenthes qui attirent les
termites pour s'en nourrir, etc. Je ne suis pas un spécialiste et n'ai
aucune formation en cette matière, mais il me semble qu'il serait
intéressant d'étudier cette interaction.
Dans le même ordre d'idées, je me pose une question,
certainement plus pertinente que celle sur le sexe des anges :
combien de temps aurait vécu Adam si le dernier jour avait duré
des millions d'années... lui qui était encore présent le ... « lundi
suivant » ?
__________________________
Du Dr Laurent Rebeillard (Provence)
Je viens de lire avec intérêt la première partie de l’article
de l’abbé Régis Gaudin de Saint-Remy, « Les EMI sont-elles des
signes de la Providence ? » dans Le Cep n°83.
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À cette question, je réponds sans hésiter : oui, pour
quelques personnes bien ancrées dans la foi catholique
traditionnelle ; non, pour bien des « expérienceurs ». J’avais
étudié les EMI – ou les NDE – dans le cadre de mon étude critique
de la pensée de Jung : ces expériences spirituelles sont typiques,
la plupart du temps, du « Nouvel Âge », comme le remarquait
Patrice Van Eersel dans son livre La Source noire (Paris,
Grasset, 1986), qui cite les conclusions de Ken Ring : « Les
expérienceurs ne reviennent pas à la Bible des Quakers ni à la
Torah des intégristes juifs. Un irrésistible besoin de synthèse les
fait s’intéresser à toutes les traditions spirituelles à la fois.
L’Orient les attire d’autant plus qu’ils sont occidentaux. La
mystique orientale est plus tranquille, ses techniques plus
concrètes, plus modernes finalement. Mille convergences spatio-
temporelles (Jung parlerait de synchronicités) leur sautent aux
yeux. La réincarnation devient une évidence pour la quasi-totalité
des expériences du cinquième stade. »
On est donc souvent très loin de la foi catholique
traditionnelle, et Patrice Van Eersel note à juste titre une parfaite
similitude entre la structure des NDE (des EMI) et le processus
d’éveil de la Kundalini décrit dans le Yoga, avec l’activation des
chakras : dans les deux cas, ce sont les mêmes archétypes de
l’inconscient collectif qui sont activés avec, comme
aboutissement, l’expérience du « Soi » , en réalité de Lucifer se
faisant adorer comme « Dieu intérieur » dans une trompeuse
illumination spirituelle, l'expérienceur étant faussement affranchi
de toute peur de l’au-delà, sûr de son salut sans avoir besoin de la
médiation de l’Église.
Certes, il est intéressant de reconnaître la dimension
spirituelle des EMI, face au matérialisme ambiant, mais il faut
s’interroger aussi sur la nature préternaturelle ou surnaturelle de
ces expériences.
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Jérusalem céleste
Michel Vienne
Ah ! Le paradis !... Eh bien, Vous, Religions
Et vos indépassables jardins célestes
Vos deux mille ans de retard !
Scrutez ! Et recyclez-vous !
Voyez ! C'est d'une ville qu'il est question !
Le Seigneur fait sien le concept du proscrit
Caïn, fondateur de la première ville
''Hénoch'' du nom de son fils
Et similitude étonnante, à son Fils
Le Seigneur dédie sa Cité Divine
La Jérusalem Céleste
Or, jaspe cristallin, cornaline, onyx
Saphir, calcédoine, émeraude, sardoine,
Topaze, chrysolithe, béryl, hyacinthe,
Améthyste, chrysoprase.
Ni jardin ni verdure, c'est évident !
Du minéral partout, mais tout de lumière
Lumière, chair de l'esprit, de l'Amour Divin
Notre nouvelle chair... Un jour !
(Le Touquet, le 31 mars 2018)
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