ADENOPATHIES
Dr Hamchaoui ; Dr Abbaci ; Pr BERRAH
Service de médecine interne CHU Bab Eloued
INTRODUCTION :
Une adénopathie est une hypertrophie pathologique d’un ganglion lymphatique,
arbitrairement définie comme mesurant plus de 1 cm.
INTERET DE LA QUESTION :
Les adénopathies sont fréquentes dans la pratique quotidienne.
Elles peuvent être découvertes soit par le médecin au cours de l’examen clinique, soit
par le patient lui-même.
En règle générale, les adénopathies peuvent être attribuées à un processus
inflammatoire et/ou infectieux du territoire de drainage du ganglion. La situation
devient plus complexe quand le médecin ne décèle pas de pathologie dans ce territoire
et doit décider d’attendre ou de passer à des investigations plus invasives.
RAPPEL ANATOMIQUE :
RAPPEL PHYSIOPATHOLOGIQUE :
Une adénopathie peut résulter d’une réponse immunitaire physiologique par
stimulation antigénique loco-régionale ou générale par un micro-organisme, d’une
stimulation anormale dans le cadre de maladies auto-immunes, d’un envahissement
ganglionnaire par des cellules tumorales dans le territoire de drainage (métastases) ou
d’origine médullaire (leucémie aiguë lymphoblastique) ou enfin d’une prolifération
locale de cellules lymphoïdes dans le cas de lymphomes.
Les principales causes sont infectieuses (bactérienne, virale ou parasitaire), tumorales
(tumeurs malignes solides ou hémopathies malignes) et inflammatoires ou auto-
immunes. Les autres causes sont beaucoup plus rares.
DIAGNOSTIC POSITIF :
Si une adénopathie peut être le motif d'une consultation médicale, très souvent il s'agit
d'une découverte fortuite lors d'un examen systématique des aires ganglionnaires. La
démarche diagnostique sera toujours la même : caractère de l'adénopathie, examen du
territoire drainé par cette adénopathie et examen somatique général.
- Les caractères de l'adénopathie:Il faudra tout d'abord apprécier le siège (cervical,
axillaire, inguinal), mais également les autres aires ganglionnaires en se rappelant que
des ganglions pré-auriculaires, épitrochléens, sus-claviculaires, poplités sont toujours
pathologiques. Il faudra également apprécier le nombre d'adénopathies, leur
appartenance à une même chaîne ou à des chaînes ganglionnaires différentes. La taille
est très importante, avec des mesures précises permettant des comparaisons aux
différents examens. La notion d'adénopathies bilatérales et symétriques est importante
à souligner. La consistance du ganglion est également à décrire : dur ou tendant à se
ramollir, adhérent ou non au plan profond, présence ou non d'une périadénite. Il faut
rechercher par une palpation plus franche, l'existence ou non d'adénopathies
profondes.
- L'examen du territoire drainé par l'adénopathie (cf Tableau 1) :recherche ou
non la présence d'une lésion récente ou ancienne, s'étant infectée ou non. Le territoire
drainé peut être cutané, mais également buccopharyngé et ORL quand il s'agit d'une
adénopathie cervicale.
- Certains examens complémentaires enfin, permettent de complèter le bilan : une
radiographie permet parfois de déceler une extension des adénopathies, en particulier
au niveau du médiastin. L'échographie abdominale permet chez l'enfant, de rechercher
des adénopathies profondes, en particulier de la région cœliaque. L'examen
tomodensitométrique semble moins performant du fait de l'absence de graisse chez
l'enfant. Enfin, la lymphographie dans certains cas permet de révéler et de préciser des
adénopathies iliaques et lomboaortiques
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
Les adénopathies non pathologiques
Toute adénopathie palpable n'est pas forcément pathologique. On peut palper des
adénopathies,en l'absence de toute pathologie évolutive :
Adénopathies inguinales.
Adénopathies axillaires chez les travailleurs manuels.
Sujets maigres.
Chez l’adulte, toute adénopathie sus-claviculaire doit être considérée comme
pathologique. Le diagnostic d'adénopathie non pathologique ne doit être retenu
qu'avec prudence :
Les adénopathies doivent être de petite taille (diamètre inférieur à 1 cm),
de consistance souple ou ferme (mais jamais dure), mobiles et indolores,
sans signes inflammatoires.
Le bilan clinique et biologique (NFS, VS) doit être normal.
Le volume de l'adénopathie ne doit pas augmenter (surveillance)
Eliminer une tuméfaction non ganglionnaire
Le problème ne se pose que devant une tuméfation unique située dans une aire
ganglionnaire:
Quelle que soit l'aire ganglionnaire il peut s'agir d'un lipome (cas le plus
fréquent), d'unkyste sébacé, d'un neurinome, d'un fibrome.
Une tuméfaction inguinale peut être en rapport avec une hernie inguinale
ou crurale, un abcès froid, un anévrysme artériel ou une ectasie veineuse.
Une tuméfaction cervicale peut être d'origine glandulaire (thyroïde,
parotide, glande sous-maxillaire).
Il peut s'agir d'un kyste branchial, d'une tumeur du glomus carotidien, d'un
anévrysme artériel.
Dans la région axillaire le principal diagnostic différentiel est
l'hydrosadénite (infection des glandes sébacées).
DIAGNOSTIC ETIOLOGIQUE :
Enquete étiologique :
1. Interrogatoire
L'interrogatoire est un temps fondamental.
Il doit préciser la date de début, circonstances d'apparition et évolution des
adénopathies. On peut différencier les adénopathies aiguës, subaiguës et
chroniques.
Signes de maladie vénérienne récente, contage vénérien ou tuberculeux,
piqûre ou blessure, morsure ou griffure par un animal (maladie des griffes
du chat, pasteurellose, tularémie, mais également germes banaux), piqûre
par une épine végétale.
Age :
o Les adénopathies de l'enfant et de l'adolescent sont souvent
infectieuses ou banales.
o Une adénopathie chez un sujet d'âge mûr ou un sujet âgé doit toujours
faire rechercher une pathologie maligne (+++).
Profession et loisirs :
o Les travaux manuels peuvent orienter vers une adénopathie satellite
d'une blessure.
o Les contacts avec les animaux peuvent orienter vers la tularémie, la
brucellose.
Facteurs de risque de VIH.
Origine ethnique et séjours en pays d'endémie parasitaire.
Existence de signes généraux :
o Fièvre, frissons, sueurs nocturnes, prurit diffus.
o Asthénie, anorexie, amaigrissement.
2. Examen clinique
a) Examen ganglionnaire
– Il faut préciser le nombre exact, le siège et la taille (schéma daté) du ou des
ganglions. Toutesles aires ganglionnaires doivent être palpées : cervicales (occipitale,
spinale, mastoïdienne,sous-angulo-maxillaire, sous-maxillaire, sous-mentale, jugulo-
carotidienne haute, moyenneet basse), sus-claviculaires, axillaires, épitrochléennes,
inguinales, rétro-crurales.
– On différenciera :
* Des adénopathies dans plusieurs territoires ganglionnaires. Quand elles sont
multiples,on parle de polyadénopathie.
* Les adénopathies localisées à un seul territoire ganglionnaire (un ou plusieurs
ganglions).
– On apprécie les caractères du ganglion, en différenciant :
* Les adénopathies cliniquement inflammatoires : douleurs, rougeur, chaleur.
L'adénopathie peut être mobile ou fixée par une périadénite. On s'oriente vers une
étiologie infectieuse bactérienne.
* Les adénopathies évoquant une étiologie maligne (métastases, lymphomes) :
consistance dure, adhérence à la peau et/ou aux tissus sous-jacents, absence de signes
inflammatoires.
Il faut noter que les adénopathies malignes sont habituellement indolores.
* Les adénopathies sans signes inflammatoires ni signes tumoraux.
– Parfois, on se trouve devant une tuméfaction ganglionnaire non inflammatoire avec
fistulisation, apparaissant lors de l'évolution d'une maladie non traitée : tuberculose,
maladie de Nicolas-Favre, maladie des griffes du chat, tularémie, chancre mou.
b) Examen loco-régional
– Quand il existe une ou plusieurs adénopathies dans le même territoire ganglionnaire,
l'examen du territoire de drainage est fondamental.
– On recherche une porte d'entrée infectieuse (effraction cutanée même minime,
blessure, morsure, piqûre, ulcération muqueuse, dermatose surinfectée), une
lymphangite, un syndrome tumoral.
* Adénopathies inguinales :
o Périnée (organes génitaux externes, examen au speculum chez la femme,
anus).
o Membre inférieur (sans oublier les pieds).
* Adénopathies épitrochléennes et axillaires :
o Membre supérieur (notamment la main).
o Palpation du sein chez la femme en cas d'adénopathies axillaires.
* Adénopathies cervicales :
o Revêtement cutané de la tête et du cou.
o Muqueuses oro-pharyngées, amygdales.
o Palpation de la loge thyroïdienne.
o Rhinopharynx et larynx (examen ORL spécialisé).
o Dents et gencives (examen stomatologique).
* Adénopathies sus-claviculaires gauches drainent des territoires profonds :
o Thorax.
o Abdomen.
o Testicule.
c) Examen général
– Poids, température.
– On recherche :
o Une splénomégalie, une hépatomégalie, un syndrome tumoral
abdominal.
o Une pharyngite, une angine.
o Le retentissement d’adénopathies profondes : syndromes compressifs
(syndrome cave supérieur, ictère, colique néphrétique…).
– Examen cutané.
3. Examen complémentaire de première intention
a) Dans tous les cas une NFS peut montrer :
– Un syndrome mononucléosique.
– Une lymphocytose atypique.
b) Quand les adénopathies sont présentes dans plusieurs territoires ganglionnaires,
ou quand elles sont présentes dans un seul territoire ganglionnaire, mais sans
cause loco-régionale évidente:
– Electrophorèse des protides sériques, CRP, VS.
– Radiographie du thorax.
– Sérologies : MNI-test, HIV, toxoplasmose, CMV.
– LDH (hémopathie lymphoïde).
– bilan hépatique.
– IDR.
c) Une ponction ganglionnaire à l’aiguille fine (cytoponction) permet de réaliser un
adénogramme:
– Ponction à l’aiguille sous-cutanée ou intra-musculaire du ganglion fixé entre deux
doigts.
– Le suc ganglionnaire est chassé par une seringue sur une lame et étalé comme pour
un frottis sanguin.
d) En fonction de la clinique, les examens suivants doivent également être
demandés :
– Prélèvement à visée bactériologique, coloration de Gram.
– Prélèvement pour recherche de mycobactéries, coloration de Ziehl.
– Recherche de Bartonnelle par PCR (maladie des griffes du chat).
La ponction ganglionnaire
La ponction ganglionnaire d’une adénopathie superficielle est pratiquée à l’aide d’une
aiguille fine et courte, sans aspirer, permettant d’obtenir suffisamment de suc
ganglionnaire pour réaliser des frottis sur lames qui seront séchés à l’air et colorés.
La ponction ganglionnaire permet une analyse cytologique et éventuellement
bactériologique encas de pus. Elle oriente les examens complémentaires en cas de
biopsie.
L’adénogramme apprécie la composition cellulaire de l’adénopathie mais pas son
architecture. Il peut montrer:
– Des cellules extra-hématopoïétiques plus ou moins en amas (métastase).
– Des cellules lymphomateuses (LNH).
– Des cellules de Sternberg (Hodgkin).
– Des cellules épithélioïdes et giganto-cellulaires. Il peut s'agir d'une tuberculose,
mais également d'une sarcoïdose, d'une syphilis.
– Mais la ponction peut être un échec ou montrer des signes non spécifiques
(adénopathie réactionnelle).
L’adénogramme suspecte un diagnostic qui doit être confirmé par l’examen
histologique :
– Certains diagnostics cytologiques permettent de surseoir à la biospie :
Adénite suppurée.
Métastase (recherche de primitif).
L’aspect " réactionnel " d’une adénopathie inférieure à 1 cm non suspecte
cliniquement peut conduire à une surveillance rapprochée.
La biopsie ganglionnaire
La biopsie ganglionnaire est un acte chirurgical pratiqué sous anesthésie générale
prélevant l’ensembledu ganglion repéré. Cet acte chirurgical doit être distingué du
curage ganglionnaire qui estl’ablation d’une chaîne ganglionnaire et qui est non
justifié sauf indication carcinologique précise.
Au bloc opératoire, le prélèvement placé sur une compresse stérile non tissée, bien
imprégnée desérum physiologique doit parvenir le plus rapidement possible dans le
laboratoire d’Anatomie Pathologiquequi se chargera de répartir le prélèvement
(cytogénétique, congélation et etc…)
Lorsqu’une pathologie lymphomateuse est suspectée, l’analyse extemporanée n’a pas
de valeurdiagnostique et n’est pas indiquée.
Des empreintes ou appositions ganglionnaires sont réalisées par le laboratoire à partir
d’une sectiond’un fragment à l’état frais apposé sur des lames.
La biopsie à l’aiguille
Réalisée après repérage scanographique et/ou échographique, le matériel est recueilli
sur une lamepour effectuer des empreintes cytologiques, puis placé dans un liquide
fixateur. Chaque fois quepossible, un des fragments sera posé sur une compresse non
tissée humide pour congélation dansl’azote liquide.
La biopsie ganglionnaire s'impose en cas d'anomalie de la ponction ganglionnaire,
en casd'adénopathie chez l'adulte, en cas d'adénopathie persistante chez l'enfant.
– La biopsie ganglionnaire doit être organisée en collaboration avec le chirurgien ou
le radiologue interventionniste et l'anatomopathologiste. Ce doit être la biopsie
exérèse d'un ganglion entier et du ganglion le plus volumineux dans une
polyadénopathie. La biopsie partielle est à proscrire et il faut éviter de biopsier les
polyadénopathies inguinales en raison du risque de lymphorrhée et de l'aspect souvent
peu significatif des ganglions inguinaux. Leganglion doit être adressé au laboratoire
d'anatomopathologie, sitôt prélevé dans une compresse imbibée de sérum
physiologique.
– L'anatomopathologiste doit effectuer :
Un examen microscopique, une coupe du ganglion selon son grand axe.
Des appositions sur lames pour une étude cytologique.
Une cryopréservation immédiate pour des études immunohistochimiques
sur coupes à congélation et/ou pour des techniques de biologie moléculaire
ultérieures.
Une fixation des tranches de sections dans les fixateurs nécessaires
(liquide de bouin, formol...)à la bonne conservation de la morphologie
tissulaire.
Eventuellement, une étude cytogénétique (envoi d’un fragment au
laboratoire de cytogénétique).
– En fonction des données cliniques, les prélèvements pourront être adressés aux
laboratoiresde bactériologie, mycobactériologie, virologie et parasitologie.
Les étiologies :
Nous séparerons les étiologies en adénopathies généralisées ou adénopathies
localisées.
1 Adénopathies généralisées
Elles sont caractérisées par une augmentation de volume des ganglions dans plusieurs
territoires non contigus pouvant parfois être associées à une hépatosplénomégalie.
1.1 Infections virales
Mononucléose infectieuse : les adénopathies sont un signe majeur et précoce
de l'infection quand elles sont fermes, mobiles, sensibles au palper et presque
toujours diffuses, mais prédominantes aux régions cervicales. Leur volume est
parfois très important, mais ces adénopathies n'évoluent jamais vers la
suppuration. Elles disparaissent assez lentement en plusieurs semaines. Le
diagnostic est facilement posé si les autres symptômes sont présents :
splénomégalie, angine, fièvre... et dans les formes pauci-symptomatiques, le
diagnostic s'aidera de la formule sanguine avec les grands lymphocytes à
cytoblasme bleuté, du MNI test, de la réaction de Paul-Bunnell-Davidsohn qui
est positive à partir du 7ème jour et surtout d'une sérologie positive vis-à-vis
du virus d'Epstein-Barr.
Maladies des inclusions cytomégaliques : le tableau peut évoquer une
mononucléose, mais les adénopathies sont plus modérées et les lymphocytes
hyperbasophiles moins nombreux. Les adénopathies sont un peu plus
fréquentes dans les formes de survenue précoce.
Rubéole : les adénopathies sont précoces, présentes à la période d'invasion et
s'observant dans tous les territoires, mais certains sièges sont plus
caractéristiques : région cervicale postérieure, rétro-auriculaire et occipitale à
chercher dans la racine du cuir chevelu. Il s'agit de petits ganglions de la taille
d'une noisette, sensibles à la pression. La confirmation se fait par la sérologie.
Rougeole : les ganglions périphériques sont de petit volume, présents dès la
période d'invasion s'associant au catarrhe oculo-nasal et aux signes de Köplik.
Des adénopathies intra-abdominales plus volumineuses peuvent simuler
parfois des tableaux appendiculaires.
Autres viroses : varicelle, adénovirus sont parfois responsables
d'adénopathies de petit volume dissiminé.
Virus de l'immuno-déficience humaine (VIH) : les adénopathies peuvent
faire partie du tableau de l'infection à VIH. Du fait de l'immunodéficience, les
adénopathies peuvent être en rapport avec une surinfection bactérienne, virale
ou parasitaire. La présence de ces adénopathies qui sont bien souvent non
inflammatoires, volumineuses, nombreuses, cervicales. Il faut actuellement
savoir y penser, devant éventuellement sujets à risque, ou chez un patient
ayant été transfusé.
1.2 Infections parasitaires ou mycosiques
Toxoplasmose acquise : les adénopathies constituent un symptôme présent
dans 60 à 80 % des formes à expression clinique. Elles sont généralement
diffuses bien que l'atteinte des divers territoires se fasse progressivement et
successivement. Les chaînes lymphatiques le plus souvent intéressées sont
celles de la nuque, de la région sous maxillaire, de la jugulaire. De volume
modéré, ces ganglions sont fermes, mobiles, peu ou pas douloureux, ils ne
suppurent jamais et persistent plusieurs mois. Le diagnostic repose sur la
sérologie avec un taux élevé d'anticorps anti-toxoplasmes de nature IgM. Le
parasite en cause est toxoplasmagondii.
Leishmaniose viscérale(Kala-Azar) : elle est plus fréquente sur le pourtour du
bassin méditerranéen, et touche le plus souvent des enfants âgés de 2 à 3 ans,
mais l’adulte n’est pas à l’abri. La forme typique associe un syndrôme
général : fièvre, pâleur, et un syndorme splénohépatoganglionnaire. Les
adénopathies sont fermes, mobiles, indolores, il peut exister des adénopathies
profondes, médiastinales notamment qui n'auront aucune traduction
fonctionnelle, mais seront de découverte radiographique. Le diagnostic est
porté devant la mise en évidence des leishamies dans les cellules réticulo-
histiocytaires (myélogramme).
Trypanosomiase: les adénopathies intéressent surtout les chaînes cervicales et
sous claviculaires et plus rarement les chaînes axillaires ou inguinales. Les
adénopathies sont modérément hypertrophiées, mobiles, indolores, élastiques.
Elles ne suppurent jamais.
1.3 Adénopathies réactionnelles à une prise médicamenteuse
Les manifestations apparaissent après une exposition médicamenteuse brève, 4 mois
au plus, mais parfois quelques jours seulement, et en particulier pour les hydantoïnes,
la carbamazépine, ou leprimidone. Certains antibiotiques comme l'amoxicilline ou la
pénicilline peuvent également donner une hyperplasie ganglionnaire, simulant parfois
à l'histologie un lymphome, faisant alors parler de "pseudo-lymphome". Les
adénopathies apparaissent d'abord au niveau des aires cervicales et s'étendent ensuite
pour envahir toutes les aires ganglionniares. Elles sont habituellement fermes,
indolores, sans périadénite. Ceci permet de souligner l'importance de l'interrogatoire à
la recherche d'une prise médicamenteuse. Ces adénopathies peuvent également
s'accompagner de fièvre, d'éruptions morbilleuses, d'une hépatosplénomégalie et d'une
éosinophilie, faisant évoquer alors une réaction d'hypersensibilité.
1.4 Adénopathies au cours des maladies auto-immunes et des proliférations
bénignes
L'anémie hémolytique auto-immune peut quelquefois être associée à de
volumineuses adénopathies régressant spontanément avec les rémissions de l'anémie.
Il faut chez ces patients rechercher systématiquement un déficit immunitaire sous-
jacent.
Au cours du lupus érythémateux disséminé, les adénopathies sont plus fréquentes
chez l'enfant que chez l'adulte, mais restent souvent modérées et rarement au premier
plan d'un tableau clinique riche et polymorphe.éruption du visage, et autres atteintes
cutanées, alopécie, arthrites, atteintes pulmonaire, cardiaque, rénale,
neuropsychiatrique, hématologique…le diagnostic peut etre confirmé par Anticorps
anti-nucléaires, anti-DNA natif, anti-Sm et Biopsie cutanée
Les polyarthrites rhumatoïdes où les adénopathies sont avant tout le fait de formes
systémiques.
La sarcoïdose : les adénopathies périphériques surviennent dans 30% des cas et
siègent dans n'importe quel territoire. Les ganglions sont peu volumineux, indolores,
durs et ne suppurent pas.Chez l’adultes jeunes avec des adénopathies médiastinales
atteinte pulmonaire, splénique, glandulaire le diagnostic est fait par
intradermoréaction (anergie), dosage de l’enzyme de conversion de l’angiotensine,
biopsie.
Le syndrome d'activation du macrophage : maladie rare, mais qu'il faut savoir
évoquer devant une poussée d'adénopathies disséminées associées à une
splénomégalie chez un patient pouvant présenter une altération importante de l'état
général, de la fièvre, des anomalies de numération. Cette activation s'accompagne
d'une hypofibrinémie et d'une hépatophagie retrouvées au myélogramme.
Maladie de FujimotiKikuchi chez une femme jeune (lymphadénite nécrosante) avec
polyadénopathie cervicale, fièvre, leuconeutropénie, un bilan « standard »négatif,
ponction / biopsie à la recherche des cellules de Kikuchi fait poser le diagnostic.
1.5 Adénopathies au cours des hémopathies malignes
Les leucémies aiguës : les adénopathies s'observent dans 75 % des leucémies
aigües lymphoblastiques et leur évolution est assez parallèle à celle de
l'hépatosplénomégalie. Elles sont diffuses, symétriques, fermes, indolores.
Très volumineuses, tumorales elles représentent un élément de mauvais
pronostic. La ponction au moindre doute, montre un envahissement massif par
des lymphoblastes. Le diagnostic est confirmé par le myélogramme. Les
adénopathies sont moins fréquentes dans les leucémies aigües myéloblastiques
et monoblastiques et absentes dans les formes promyélocytaires. Par contre,
ces adénopathies peuvent se trouver dans les leucémies myélomonocytaires
chroniques.
Le lymphome malin hodgkinien : c'est une maladie qui touche le jeune
adolescent. Parfois, polyadénopathies fébriles avec splénomégalie et prurit,
mais le plus souvent la maladie est révélée sous la forme d'une adénopathie
localisée ou apparemment localisée dans la région cervicale basse ou sus-
claviculaire. Le ganglion hodgkinien est ferme, augmentant de volume
pouvant réaliser des masses tumorales importantes et qui peuvent parfois
régresser spontanément et ré-évoluer ultérieurement. Le diagnostic repose sur
la ponction et la biopsie.
Les lymphomes non hodgkiniens : les adénopathies révèlent la maladie et ont
la particularité d'augmenter extrêmement rapidement de volume. Ces
adénopathies quand elles sont profondes sont rapidement compressives. La
présence d'une adénopathie cervicale suspecte doit faire pratiquer une
radiographie pulmonaire à la recherche d'un envahissement médiastinal en
particulier antérieur. De la même façon, le diagnostic ici repose sur la ponction
et la biopsie.
Les métastases ganglionnaires : elles donnent classiquement des adénopathies
très dures, mobiles, parfois volumineuses.
1.6 Adénopathies des maladies de surcharge et de l'histiocytose X
Dans les formes disséminées de l'histiocytose X, les adénopathies sont
particulièrement fréquentes, généralisées, de volume modéré avec
hépatosplénomégalie, éruption cutanée et lésions osseuses. C'est l'ensemble de tous
ces signes qui font évoquer le diagnostic qui sera confirmé sur les prélèvements
ganglionnaires et en particulier la microscopie électronique et les marqueurs
immunologiques.
Enfin, les adénopathies existent dans certaines maladies de surcharge (maladie de
Gaucher, maladie de Niemann-Pick). Elles sont très modérées à côté de l'énorme
splénomaglie. Le diagnostic est fait devant la découverte de cellules de surcharge
retrouves dans la moëlle hématopoïétique.
2 Adénopathies localisées
Il s'agit le plus souvent d'une étiologie infectieuse. Toutefois une adénopathie isolée
peut être révélatrice d'un lymphome ou être une métastase d'un cancer.
2.1 Adénopathies cervicales
Les adénopathies microbiennes à germes banals, accompagnent une infection
souvent rhinopharyngée ou sont en apparence primitives. Ces adénopathies
sont sensibles, noyées dans une périadénite modérée et recouverte d'une peau
normale. L'évolution se fait vers un adénophlegmon dont la ponction retire un
liquide riche en polynucléaires ou un pus franc, dont la culture permet
l'identification du germe et guide ainsi l'antibiothérapie. Il est bien entendu
essentiel de rechercher la porte d'entrée dans le territoire de cette adénopathie :
cutané, dentaire, bucco-pharyngé.
Les adénopathies tuberculeuses : l'adénopathie constitue en général une
masse importante, visible sur les téguments, peu ou pas douloureuse, ferme au
début et entourée de ganglions plus petits. La ponction peut être blanche au
début, ou ramener ultérieurement du pus qui sur milieu de Lowenstein
permettra la mise en évidence du bacille en cause, de Koch pour ce qui est de
la tuberculose, mais également parfois des micobactéries atypiques (bovis...).
Ces étiologies restent parfaitement d'actualité vu la persistance de l’endémie
dans notre pays. Les mycobactéries atypiques seront recherchées en particulier
sur un terrain immunodéficient.
Adénopathie maligne : soit ganglionnaire (maladie de Hodgkin ou un
lymphome malin non hodgkinien non localisé), soit une métastase d'un cancer
loco-régional (thyroïde, sphère ORL).
Le syndrome de Kawasaki : vascularite qui associe des atteintes cutanées
muqueuses, mais également la présence d'adénopathies cervicales. L'ensemble
de la clinique permet d'évoquer le diagnostic.
La maladie des griffes du chat : elle est liée à l'inoculation d'une chlamydia
par la griffure de chat, mais également de chien, et entraîne une adénopathie
satellite du territoire inoculé et révélatrice sous l'aspect de l'augmentation de
volume d'un seul ganglion ou de plusieurs ganglions du même groupe. Il faut
rechercher cette notion de griffure et pratiquer une sérologie. Au moindre
doute : ponction du ganglion ou biopsie.
2.2 Adénopathies occipitales
Il faut systématiquement rechercher une cause locale au niveau des cheveux,
pédiculose, teigne, impétigo-dermato-sébum.
2.3 Adénopathies pré-auriculaires
Nombre d'infections chroniques des yeux ou des paupières s'accompagnent
d'augmentation de volume de ces ganglions, réalisant un syndrome occulo-
ganglionnaire. Toutes les conjonctivites virales peuvent s'accompagner d'une
adénopathie pré-auriculaire.
2.4 Adénopathies axillaire
Une infection de la main ou des doigts représente la cause la plus fréquente des
adénopathies de ce siège. La vaccination par le BCG, surtout effectuée par voie
intradermique, entraîne fréquemment une adénite inflammatoire qui peut évoluer vers
la suppuration. Enfin, la maladie des griffes du chat peut être évoquée et recherchée
en cas de notion de griffure. Un cancer du sein doit etre recherché systématiquement
2.5 Adénopathies inguinales
Les adénopathies inguinales sont secondaires le plus souvent à une infection
bactérienne des membres inférieurs. Les tumeurs osseuses, musculaires, des membres
inférieurs ou de la région comportent parfois un ganglion inguinal. Il faudra dans cette
région écarter un kyste du cordon chez le garçon et une hernie de l'ovaire chez la
petite fille, petite masse de la taille d'une fève située au-dessus du pli inguinal.
Référence :
ADENOPATHIE SUPERFICIELLE : Orientation diagnostique Pr Pierre Feugier, Dr Aurore
Perrot. Revue du praticien.
Adénopathies superficielles : www.laconferencehippocrate.com