Stress Pro
Stress Pro
Patrick Légeron
Dans L'information psychiatrique 2008/9 (Volume 84) , pages 809 à 820
Éditions John Libbey Eurotext
ISSN 0020-0204
DOI 10.1684/ipe.2008.0394
© John Libbey Eurotext | Téléchargé le 20/03/2024 sur www.cairn.info (IP: 105.71.19.30)
PATHOLOGIES DU TRAVAIL
Le stress professionnel
Patrick Légeron
RÉSUMÉ
Toutes les études le confirment. Le stress devient une réalité inquiétante dans le monde du travail et touche aujourd’hui
l’ensemble des sociétés industrielles modernes. Il a des conséquences négatives importantes sur le bien-être et la santé des
travailleurs mais aussi sur les performances, l’économie et la productivité des entreprises. Les actions contre le stress
s’organisent selon plusieurs axes : un axe évaluatif (mesurer les niveaux de stress et suivre leur évolution), un axe
organisationnel (implanter une politique d’entreprise « antistress », réorganiser le travail et redéfinir les tâches), un axe
managérial (développer une politique managériale orientée vers les résultats mais aussi le bien-être au travail) et un axe
individuel (former les individus à développer des compétences à gérer le stress et les aider à augmenter leur résistance au
stress). Ces actions doivent favoriser non seulement l’épanouissement de l’individu au travail mais aussi sa performance.
C’est dans cette double optique qu’elles peuvent recueillir l’adhésion et la mobilisation de tous.
Mots clés : stress, travail, risques psychosociaux, santé au travail, management, évaluation
ABSTRACT
Professional stress. All the studies confirm it. Stress is becoming a major concern in the occupational field as it now strikes
modern industrial societies all over the world. Along with important negative consequences on workers’ health and well
being, it also impairs company performance, economy and productivity. Action on stress can be organized on several axis:
evaluative axis (assessing stress levels of individuals, following their evolution), organizational axis (settling an antistress
policy, reorganizing work and redefining tasks), managerial axis (developing a managerial policy and culture not only
oriented towards performance but also to the well-being) and individual axis (training individuals to develop skills to
manage stress and helping them to increase their resistance to stress). Actions on stress must promote not only individual
fulfilment but also his performance. This is in this double optic they can receive everyone’s adhesion and mobilization.
Key words: stress, work, psychosocial risks, occupational health, management, assessment
RESUMEN
© John Libbey Eurotext | Téléchargé le 20/03/2024 sur www.cairn.info (IP: 105.71.19.30)
Service hospitalo-universitaire de santé mentale et de thérapeutique, centre hospitalier Sainte-Anne, Paris ; Cabinet Stimulus, Paris
<[email protected]>
de tension avec les supérieurs hiérarchiques sont plus fré- tiple : biologique, physiologique, cognitive, émotionnelle.
quentes que les situations de tension avec les collègues et Ce n’est que lorsque ces réponses se chronicisent et que la
30 % des travailleurs se plaignent de tension avec le public situation à gérer dépasse les capacités d’adaptation de
(usagers, patients, voyageurs, clients, etc.). l’organisme que les conséquences néfastes peuvent surve-
nir par « épuisement ».
Le modèle de Laborit (l’inhibition de l’action) repose
Le stress, une réaction d’adaptation sur une conception « bio-comportementale » du stress [31]
de l’individu La réaction de stress n’a qu’une finalité : assurer la survie
de l’organisme face à un danger. Ce modèle repose sur nos
connaissances dans le domaine de la biologie et des neu-
Le stress est un phénomène complexe, identifié depuis
rosciences et en particulier du rôle du cerveau limbique
plus d’un demi-siècle [45]. Il est l’objet de nombreuses
(émotionnel) dans la « mécanique » du stress. C’est parce
recherches scientifiques essentiellement dans le champ de
que nos réactions primaires de stress (l’attaque ou la fuite,
la médecine et des sciences du vivant. Pour ce qui concerne
la « fight or flight response ») ne peuvent se réaliser que
plus spécifiquement la question du stress au travail,
l’« inhibition de l’action » prend le dessus et que le stress
d’autres voies de recherches se sont développées de façon
devient pathogène.
concomitante, enrichissant (mais en la complexifiant plus
Le modèle de Lazarus (la double évaluation de la
encore) notre compréhension du phénomène.
situation) s’appuie sur les sciences cognitives, et plus par-
De façon un peu schématique, mais pas inexacte, coha-
ticulièrement la psychologie cognitive. Dans ce modèle, le
bitent, pour ne pas dire s’opposent, deux approches du
stress résulte de la « double évaluation » que fait l’individu
stress au travail. Une approche que nous qualifierons
de la situation de stress [32] : l’évaluation « primaire »
d’« ergonomique » et une approche « médicale ». La pre-
concerne le danger ou la menace que représente potentiel-
mière défendrait une vision « collective » du problème, et
lement cette situation ; l’évaluation « secondaire » consiste
l’autre « individuelle ». La première s’axerait sur les condi-
en la perception qu’a l’individu des ressources dont il
tions de travail, et l’autre sur la santé mentale de l’individu.
dispose pour faire face à cette menace. Autant (sinon plus
Chacune de ces deux approches repose sur des recherches
pour l’auteur) que la situation de stress, c’est l’évaluation
scientifiquement solides. L’une des difficultés majeures de
d’une menace sans possibilités d’y faire face avec suffisam-
l’approche du stress réside sans doute dans le fait que ces
ment de ressources qui s’avère être nocif pour l’individu.
deux grands courants donnent trop le sentiment de s’igno-
rer l’un l’autre tant ils peinent à converger afin de dégager Plusieurs décennies de recherche dans ce domaine, nous
non seulement une évaluation plus satisfaisante mais aussi permettent en effet de comprendre le stress comme l’une
une compréhension plus fine orientée vers des interven- des grandes fonctions de l’organisme, au même titre que la
tions et actions de prévention plus efficaces [39]. respiration, la digestion ou la fonction immunitaire.
Il ne faut jamais oublier que la réaction de stress n’est Comme toute fonction, l’adaptation est non seulement
pas pathologique en elle-même. Elle représente même un utile, mais nécessaire à notre survie. Nous la partageons
processus indispensable d’adaptation (tant biologique que avec tous les mammifères, même si chez l’homme elle
psychologique) de l’individu à son environnement, quand possède bien sûr des caractéristiques particulières. Les
mécanismes biologiques et psychologiques du stress ont
© John Libbey Eurotext | Téléchargé le 20/03/2024 sur www.cairn.info (IP: 105.71.19.30)
la situation stressante et le niveau de stress qui existe en siques, psychologiques ou sociaux, et qui résulte du fait
nous est parfaitement illustré par cette courbe en forme d’U que les individus se sentent inaptes à combler un écart
inversé [5] Lorsque la réaction de stress est inexistante, avec les exigences ou les attentes les concernant. L’indi-
l’efficacité est nulle. Au fur et à mesure que le stress croît, la vidu est capable de gérer la pression à court terme qui
performance augmente pour se stabiliser à un niveau maxi- peut être considérée comme positive mais il éprouve de
mal. Cette partie ascendante de la courbe peut être consi- grandes diffıcultés face à une exposition prolongée à des
dérée comme le « bon stress » (le eustress en anglais). Ce pressions intenses. En outre, différents individus peuvent
stress continuant de croître, la performance, pour sa part, va réagir de manière différente à des situations similaires et
au contraire décroître. C’est le « mauvais stress » (ou dis- un même individu peut, à différents moments de sa vie,
tress en anglais qui veut aussi dire « détresse », figure 1). réagir différemment à des situations similaires. Le stress
En termes d’efficacité et d’équilibre individuel, il est n’est pas une maladie mais une exposition prolongée au
évident qu’un excès de stress est néfaste mais, à l’inverse, stress peut réduire l’effıcacité au travail et peut causer
une absence totale de stress est elle aussi négative. Un des problèmes de santé [1]. »
artiste ou un sportif savent très bien qu’un trop faible stress Les évolutions de l’environnement du travail au cours
nuira à leur performance. C’est pourquoi il est absurde de des dernières décennies se sont traduites par une diminu-
parler d’un « monde sans stress », d’une part parce que tion de la pénibilité physique du travail (les machines ont
c’est un leurre et que nous ne pourrons jamais supprimer remplacé les hommes dans les tâches les plus ingrates)
les stresseurs qui font partie de notre environnement pro- mais aussi par une augmentation de la pénibilité psycholo-
fessionnel et naturel, et d’autre part parce que, si nous gique. Actuellement les stresseurs « psychosociaux » les
arrivions à inhiber en nous toute réaction de stress, nous plus fréquemment retrouvés, et donc source des plus gran-
serions démunis et incapables de nous adapter. On ne peut des difficultés pour les individus semblent être [34] :
donc pas supprimer le stress ni « vivre sans stress », au - La charge. Celle-ci se caractérise par une quantité de
travail comme ailleurs. travail importante, associée à une exigence de qualité
totale, et ce, à réaliser sous une forte contrainte de temps.
Par ailleurs le nombre d’informations à traiter et parfois
Le stress, un environnement leur complexité, les objectifs à atteindre et le culte de la
professionnel contraignant performance accentuent encore la pression ou « charge
mentale ». Les interruptions de travail sont fréquentes
Pour l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au (véritable « zapping » des activités) : on estime ainsi qu’en
travail, « un état de stress survient lorsqu’il y a déséquilibre moyenne un cadre est interrompu dans son travail toutes les
entre la perception qu’une personne a des contraintes que 10 minutes.
lui impose son environnement et la perception qu’elle a de - Les changements. Dans son environnement profession-
ses propres ressources pour y faire face. Bien que le pro- nel, l’individu doit aujourd’hui sans cesse s’adapter au
cessus d’évaluation des contraintes et des ressources soit changement, qu’il s’agisse de la réorganisation de l’entre-
d’ordre psychologique, les effets du stress ne sont pas, eux, prise (fusions, restructurations, etc.) ou de l’apparition de
uniquement de même nature. Ils affectent également la technologies nouvelles (on parle de « techno-stress »).
santé physique, le bien-être et la productivité » [19]. L’accélération des rythmes de changement est souvent
© John Libbey Eurotext | Téléchargé le 20/03/2024 sur www.cairn.info (IP: 105.71.19.30)
compétition). Les nouvelles organisations de travail obli- posantes (demande et contrôle) une troisième composante
gent par ailleurs des coopérations entre individus qui ne (support social).
sont pas forcément naturelles. Enfin, certaines formes de Le modèle de Siegrist [47] a été développé en Allema-
management semblent faire fi du simple respect d’autrui, gne à partir de 1986. Selon ce modèle, l’état de stress
allant même parfois jusqu’à un véritable harcèlement survient lorsqu’il y a un déséquilibre entre les efforts
moral. qu’une personne consent à fournir dans son travail et les
Les causes du stress au travail sont multiples et varient récompenses qu’elle en reçoit en retour.
bien sûr énormément en fonction du type de secteur d’acti- – Les efforts sont considérés dans deux domaines : les
vités mais aussi des fonctions de l’individu dans l’entre- efforts extrinsèques correspondent aux exigences psycho-
prise. Les facteurs de stress au travail ont pu aussi être logiques (contraintes de temps, interruptions, responsabili-
regroupés en plusieurs grands domaines : les facteurs liés à tés, heures supplémentaires, charge physique, augmenta-
la tâche à accomplir, les facteurs liés au contexte de l’entre- tion de la demande) et les efforts intrinsèques représentent
prise, les facteurs liés à l’individu et les facteurs liés aux des facettes de la personnalité (besoin d’approbation, com-
relations interpersonnelles [34]. pétitivité et hostilité latente, impatience et irritabilité dis-
Selon les situations de travail, ces facteurs de stress ont proportionnées, incapacité à s’éloigner du travail).
une importance variable et peuvent interagir entre eux, en – Les récompenses peuvent être de trois sortes : les gains
se neutralisant ou au contraire en se renforçant. Plusieurs monétaires (salaires, primes, etc.), l’estime reçue de la part
modèles de stress ont ainsi été proposés pour intégrer cette des collègues et des supérieurs et le degré de contrôle sur
complexité. Les plus validés scientifiquement sont le son statut professionnel (perspectives de promotion, sécu-
modèle de Karasek et celui de Siegrist. rité de l’emploi, etc.).
Le modèle de Karasek [28], développé au début des La situation de travail la plus nocive, en terme de stress
années 1980, est d’origine nord-américaine. Il explique que induit, correspond à celle où des efforts importants sont
le stress est en fait la résultante de deux facteurs qui se demandés à l’individu, avec le sentiment pour ce dernier
combinent entre eux : qu’il n’en retire peu en échange.
– d’une part la demande exercée sur l’individu (c’est-à-dire
la charge psychologique, associée aux contraintes liées à L’intérêt de ces modèles est, outre leur validité établie
l’exécution de la tâche en terme de quantité et complexité par de nombreuses études épidémiologiques et médicales,
du travail et de contrainte de temps) ; de mettre en avant le fait que le stress professionnel ne
– d’autre part sa latitude décisionnelle (c’est-à-dire la résulte pas uniquement de la charge de travail et des
marge de manœuvre qui recouvre aussi bien le contrôle que contraintes qui y sont associées : d’une part la possibilité de
l’on a sur son travail, la plus ou moins grande autonomie contrôle, de latitude et de marge de manœuvre ainsi que le
dont on dispose dans l’organisation des tâches et la partici- support social (modèle de Karasek) et d’autre part le senti-
pation aux décisions, que l’utilisation de ses compétences ment d’être « récompensé » de l’effort fourni (modèle de
et la possibilité d’utiliser ses qualifications et la capacité à Siegrist) sont de puissantes variables réduisant ou au
développer de nouvelles compétences, tableau 1). contraire augmentant considérablement le stress.
Selon ce modèle, il existe donc quatre types de travail : Chacun de ces modèles explique bien une partie, mais
– peu contraignant (faible demande associée à une forte jamais la totalité de la problématique du stress. On com-
© John Libbey Eurotext | Téléchargé le 20/03/2024 sur www.cairn.info (IP: 105.71.19.30)
Car, comme le souligne l’Agence nationale pour l’amé- – la mise en évidence d’un ou de plusieurs facteurs de
lioration des conditions de travail, « les facteurs de causes stress identifiables récemment survenu(s) dans la vie du
et d’effets se croisent à l’infini. Les situations pathogènes sujet ;
ne résultent pas d’une seule cause, mais toujours d’une – l’existence de symptômes émotionnels et comportemen-
série de causes, à un moment donné, dans un contexte taux et/ou des perturbations importantes dans le fonction-
précis pour une personne en particulier. Pour une même nement social ou professionnel, et ce, au-delà de ce à quoi
cause on observe des effets différents d’un individu à l’on peut raisonnablement s’attendre, vu le(s) stresseur(s)
l’autre et différents pour un même individu selon les en cause.
périodes et les contextes de travail » [44]. Les symptômes émotionnels peuvent être d’ordre
Par ailleurs, ces « facteurs de cause » du stress sont dépressif (trouble de l’adaptation avec humeur dépressive
nombreux et dépassent souvent les seuls éléments explorés ou TAHD) avec tristesse, pleurs ou sentiments de déses-
dans les modèles scientifiques du stress. Pour ne reprendre poir, d’ordre anxieux (trouble de l’adaptation avec anxiété
que l’exemple du Health Safety Executive de Grande- ou TAA) avec nervosité, inquiétude ou agitation, d’ordre
Bretagne, les sources de stress au travail peuvent être mixte (trouble de l’adaptation avec anxiété et humeur
regroupées en plusieurs catégories [25] : les exigences, le dépressive. Les perturbations des conduites peuvent aussi
contrôle, le soutien, les relations, le rôle, les changements. se manifester (trouble de l’adaptation avec perturbation des
Dans les pays nordiques, d’autres facteurs de stress sont conduites), comme le vandalisme, le manquement aux
pris en compte, comme, par exemple, l’implication et la impératifs sociaux ou légaux. Outre les manifestations
motivation au travail ou le déséquilibre entre la vie profes- symptomatiques émotionnelles ou comportementales, les
sionnelle et la vie personnelle [41] La compréhension de troubles de l’adaptation peuvent s’accompagner d’impor-
toutes ces causes de stress serait nécessaire pour réaliser tantes perturbations du sujet dans son fonctionnement
une analyse correcte et complète de la problématique de social ou professionnel, représentant un handicap supplé-
stress d’un individu. mentaire [3].
Les troubles de l’adaptation n’ont pas bénéficié de la
part des cliniciens et des chercheurs d’un intérêt aussi
considérable que celui montré pour les pathologies post-
Stress professionnel et pathologies traumatiques ou les troubles émotionnels anxieux ou
dépressifs [21]. Il semble cependant qu’il s’agisse là d’une
La réaction de stress peut devenir nocive si elle est pathologie très fréquente, certaines études rapportant
activée à un niveau très élevé, si elle est répétée (sans qu’elle concerne de 5 à 20 % des patients vus en consulta-
possibilité de récupération) ou si elle est chronique, pous- tion de psychiatrie externe. Sans doute que cette fréquence
sant à leurs extrêmes nos réactions biologiques et psycho- élevée se retrouve aussi au sein des consultations de méde-
logiques. Les pathologies liées au stress peuvent alors se cine générale, même si l’on ne possède pas de données
développer, physiques ou psychologiques [5]. épidémiologiques définitives. Depuis que les classifica-
Les liens qui existent entre le stress et divers troubles tions actuelles des troubles dépressifs ne distinguent plus
mentaux comme la dépression ou les troubles anxieux sont dépressions exogènes et endogènes, on peut penser que
bien établis médicalement. Ces pathologies sont extrême- beaucoup de syndromes dépressifs réactionnels entrent
© John Libbey Eurotext | Téléchargé le 20/03/2024 sur www.cairn.info (IP: 105.71.19.30)
indiquent que le risque de dépression chez un sujet exposé l’impact événementiel (l’absence de soutien du conjoint ou
à un événement stressant est environ six fois supérieur à des proches accentue l’impact négatif des événements).
celui d’un sujet n’ayant pas vécu un tel événement. Il faut D’autres auteurs ont souligné le rôle fondamental des capa-
néanmoins noter que ce risque reste cependant limité, puis- cités adaptatives du sujet face à ces événements, pour
que moins de 10 p. cent des sujets exposés développent expliquer l’aspect dépressogène des événements. Ainsi une
ultérieurement une dépression. De nombreuses études faible estime de soi constituerait un important facteur de
montrent que beaucoup de sujets ayant connu des événe- vulnérabilité, sa présence multipliant par deux ou trois le
ments de vie très dramatiques ne se dépriment pas et que les risque dépressif après la survenue d’un événement déclen-
événements de vie stressants de la vie quotidienne produi- chant. De même certains types de personnalités dites
sent encore moins fréquemment des pathologies dépressi- « sociotropiques », c’est-à-dire plus dépendantes de leur
ves. Si on analyse plus finement les rapports entre facteurs environnement seraient plus vulnérables aux facteurs de
de stress et apparition d’une pathologie dépressive, on stress d’ordre relationnel, et, à l’inverse, les personnalités
s’aperçoit que le risque dépressif s’avère d’autant plus dites « autonomes » étant plus sensibles aux facteurs de
élevé que les événements sont plus stressants et que leur stress impliquant le sujet dans sa réalisation personnelle.
désirabilité sociale est plus faible. On constate que l’effet À côté des états de stress aigus et post-traumatiques qui,
dépressogène des événements les plus traumatiques, qui dans les classifications psychiatriques actuelles, appartien-
sont aussi les plus rares, apparaît important et durable, nent aux troubles anxieux, d’autres pathologies anxieuses
tandis que celui des événements moins stressants mais plus sont a priori susceptibles d’être influencées par des facteurs
fréquents apparaît modeste et de brève durée. De manière de stress. Cependant, en dehors de nombreuses descrip-
plus étonnante, il semble que les dépressions de type tions cliniques mettant en avant l’existence de facteurs
« névrotico-réactionnelles » ne sont pas tellement plus pré- précipitant l’apparition de pathologies anxieuses caractéri-
cédées d’événements de vie que celles de nature « mélan- sées chez des patients, peu d’études ont été réalisées (com-
colique » ou endogène. C’est sans doute un argument de parées à celles sur la dépression, par exemple) permettant
plus en faveur de l’abandon de plus en plus marqué de cette d’affirmer l’existence d’un lien direct entre événements
manière de différencier entre eux les états dépressifs. stressants et troubles anxieux. L’exemple des troubles pho-
Certains types d’événements semblent plus dépressogè- biques est particulièrement intéressant, puisque, selon les
nes que d’autres. Il en est ainsi de ceux qui traduisent une quelques rares études réalisées, l’existence de facteurs de
perte pour le sujet (comme une séparation) et de ceux qui stress précédant l’apparition de la pathologie, n’est relevée
traduisent une « sortie » du champ social (licenciement, systématiquement que dans 50 à 66 % des cas [46]. Ces
retraite) plutôt qu’une « entrée » dans le champ social. facteurs de stress sont d’ailleurs essentiellement des deuils
Certains auteurs ont suggéré que, plus que l’intensité d’un et des « chocs psychologiques » divers. Dans une étude
événement ou l’addition simple d’un certain nombre d’évé- conduite chez des agoraphobes, seulement 27 % des
nements ou même la nature de l’événement, c’est plutôt patients avaient connu des facteurs de stress avant la surve-
l’aspect de combinaison d’un certain nombre d’événe- nue du trouble [43]. Dans l’apparition du trouble panique,
ments dans un laps de temps donné qui pourrait être le la présence de facteurs de stress événementiels dans les
facteur jouant le rôle le plus important dans la survenue semaines ou les mois précédant l’installation de la maladie
d’un état dépressif : tel semble être le cas de la « triade a été rapportée dans quelques études [9].
© John Libbey Eurotext | Téléchargé le 20/03/2024 sur www.cairn.info (IP: 105.71.19.30)
nes avec qui l’on interagit habituellement (collègues, bourg et Suisse), la reconnaissance est actuellement impos-
clients, patients). Le cynisme voire l’hostilité peut égale- sible, même si le débat est lancé dans nombre d’entre eux.
ment se développer vis-à-vis des autres ; Certaines pathologies psychosociales sont d’ores et déjà
– une diminution du sens de l’accomplissement et de la reconnues en tant qu’accidents du travail : en Europe, les
réalisation de soi : l’individu porte alors un regard particu- organismes d’assurance accidents du travail – maladies
lièrement négatif et dévalorisant sur la plupart de ses professionnelles prennent en charge les suites psychiques
accomplissements personnels et professionnels. Son ou psychologiques d’un événement accidentel, à condition
estime de soi s’en ressent et l’association à un état dépressif que l’événement à l’origine du trouble soit de courte durée,
et à une incapacité à faire face aux obligations profession- survenu à une date certaine, au temps et au lieu de travail et
nelles est souvent fréquente. que le trouble apparaisse dans un temps voisin des faits.
Le stress peut aussi être à l’origine de nombreuses Mais ces conditions étant de moins en moins vérifiées, les
pathologies somatiques. Plus que de maladies dites « psy- organismes d’assurance et les pouvoirs publics s’interro-
chosomatiques », il s’agit en fait de « maladies de l’adap- gent depuis quelques années sur l’opportunité de reconnaî-
tation », pour utiliser la terminologie la plus récente et aussi tre, et donc d’indemniser, ce type de pathologies comme
la plus étayée scientifiquement [7]. La mort brutale par maladies professionnelles.
épuisement physique de cadres surmenés au travail, décrite
Le débat soulève en fait plusieurs problèmes. D’une part
dans la littérature japonaise sous le nom de karoshi, est
le caractère multifactoriel des maladies psychiques pose
aussi spectaculaire qu’heureusement peu fréquente. En
l’épineuse question du lien de cause à effet entre le travail et
revanche, le stress psychosocial est responsable de l’appa-
la pathologie : contrairement aux maladies professionnel-
rition de nombreuses maladies cardiovasculaires comme
les dites classiques, pour lesquelles il est relativement aisé
l’hypertension artérielle ou les maladies coronariennes
de démontrer l’origine professionnelle en présence
(dont l’infarctus du myocarde) [16, 29, 51] et contribue à
l’augmentation inquiétante du nombre de troubles d’agents chimiques, physiques ou biologiques nocifs, la
musculo-squelettiques (encore appelés « TMS ») [6] qui santé mentale d’un travailleur peut être affectée à la fois par
représentent maintenant la première cause des maladies des conditions de travail mais aussi par des contraintes
professionnelles reconnues en France. extraprofessionnelles. Autrement dit, comment prouver
que le travail est la cause « déterminante » ou « essen-
tielle » de la pathologie psychique peut être déjà fragilisé
Le contexte actuel de lutte dans son cadre familial ou social ? D’autre part, pour les
pays européens qui admettent qu’il peut exister un lien
contre le stress au travail
causal direct entre le travail et certaines maladies psychi-
ques, la difficulté consiste à définir le concept de risque
S’il est désormais communément admis que l’environ-
psychosocial et celui de maladie psychique, ce afin de
nement du travail peut avoir un impact sur la santé non
seulement physique mais aussi mentale des travailleurs, la dessiner le cadre des procédures de reconnaissance et
question de la reconnaissance du caractère professionnel d’indemnisation. Il n’existe, à ce jour, pas de définition de
des maladies psychiques ne fait pas l’unanimité. Selon ces deux termes qui soit commune à tous les pays
l’enquête publiée en février 2004 par Eurogip et menée (tableau 2).
© John Libbey Eurotext | Téléchargé le 20/03/2024 sur www.cairn.info (IP: 105.71.19.30)
En France, à la demande du ministre du Travail, une encore trop souvent un sujet tabou dans le monde du travail.
mission sur les risques psychosociaux a été conduite à Il peut s’agir d’une incompréhension du phénomène, voire
partir de novembre 2007. Le rapport, rendu public le 12 d’un véritable déni [48]. Souvent aussi le stress effraye les
mars 2008 aboutit à 9 propositions d’actions [39]. entreprises qui craignent, en abordant ce sujet, d’ouvrir « la
1. Construire un indicateur global tiré d’une enquête psy- boîte de Pandore » des revendications qu’elles ne sauront
chosociale évaluant simultanément les conditions sociales pas contrôler [33]. Pourtant la politique de l’autruche face
de travail et l’état psychologique du sujet. au stress n’est évidemment pas souhaitable. Le stress doit
2. Utiliser comme indicateurs spécifiques les enquêtes aujourd’hui être abordé efficacement, c’est-à-dire sans
nationales existantes et développer des indicateurs spécifi- banalisation et sans dramatisation [33].
ques supplémentaires à partir des mouvements de main- Pour le Bureau international du travail [27], « les inter-
d’œuvre, des arrêts maladie de courte durée et en exploitant ventions pour réduire le stress au travail peuvent être
les rapports de la médecine du travail et des inspecteurs du primaires (réduire les sources de stress), secondaires
travail. (aider les individus à développer des capacités à faire
3. Lancer des expériences pilotes dans la fonction publique. face au stress) et tertiaires (prendre en charge les indivi-
4. Analyser le rôle des incitations dans le fonctionnement dus affectés par le stress) ». Quant au National Institute for
de la branche accidents du travail et maladies profession- Occupational Safety and Health américain [40], il souligne
nelles de la CNAM-TS. que « d’une manière générale, les actions pour réduire le
5. Recenser les suicides de salariés au travail et procéder à stress au travail doivent être prioritairement orientées
une analyse psychosociale de ces suicides (« autopsie psy- vers des changements organisationnels pour améliorer les
chologique »). conditions de travail. Cependant, même les efforts les plus
6. Lancer une campagne publique d’information sur le consciencieux pour améliorer les conditions de travail
stress au travail. n’élimineront probablement pas le stress pour tous les
7. Former les acteurs au sein de l’entreprise et renforcer travailleurs. Aussi, une combinaison de changement orga-
leur rôle. nisationnel et d’aide apportée aux individus est souvent
8. Créer un portail Internet pour l’information des entrepri- l’approche la plus effıcace pour réduire le stress au
ses et des salariés. travail ». Dans l’accord cadre européen d’octobre 2004, il
9. Charger le futur Conseil d’orientation des conditions de est indiqué, de la même façon, que « prévenir, éliminer ou
travail de suivre la mise en œuvre de ces actions. réduire les problèmes de stress au travail peut inclure
Par ailleurs, un accord national interprofessionnel diverses mesures. Ces mesures peuvent être collectives,
concernant le stress au travail a été signé par l’ensemble des individuelles ou les deux à la fois » [1]. Enfin, l’Accord
partenaires sociaux le 2 juillet 2008 [2]. Inspiré de l’accord national interprofessionnel français de juillet 2008 rappelle
cadre européen sur le stress au travail signé le 8 octobre que « les mesures à prendre pour lutter contre le stress au
2004 [1], il mentionne que l’identification d’un cas de travail peuvent être individuelles, collectives ou concomi-
stress au travail doit passer par une analyse des facteurs tels tantes, et doivent faire l’objet de réexamens réguliers »
que l’organisation et les processus de travail, les conditions [2].
et l’environnement de travail, la communication et les fac- La prévention primaire a pour objectif l’élimination
teurs subjectifs. ou le contrôle des facteurs de risque présents dans le milieu
© John Libbey Eurotext | Téléchargé le 20/03/2024 sur www.cairn.info (IP: 105.71.19.30)
du management ou des collègues, insuffisante reconnais- Tableau 3. Les quatre axes d’interventions pour lutter contre le stress au
travail.
sance du travail, définition des tâches imprécise diluant les
responsabilités, etc. Axes d’intervention Descriptif des interventions
Les actions de prévention primaire viseront donc diffé- Axe évaluatif Repérer les niveaux de stress des individus,
rents objectifs : répartir plus justement la charge de travail les populations les plus concernées ainsi
que les facteurs de stress et leur impact
en fonction des effectifs, du temps de travail et des compé- Suivre l’évolution du stress dans l’entreprise
tences ; redéfinir les responsabilités de chacun ; revoir les et évaluer l’efficacité des actions mises en
méthodes d’évaluation des performances individuelles ou place pour lutter contre le stress
collectives et les modalités de reconnaissance du travail. Axe organisationnel Définir clairement une politique
« antistress » en y associant tous les
Les programmes de prévention secondaire ont pour partenaires et structures concernés
but d’aider les individus à gérer plus efficacement les exi- Réorganiser le fonctionnement de
gences et contraintes du travail en améliorant leurs straté- l’entreprise pour supprimer les sources de
stress inutiles et redéfinir le contenu des
gies d’adaptation aux sources de stress ou en renforçant tâches et du travail
leur résistance au stress en soulageant les symptômes asso- Axe managérial Développer une politique et une culture
ciés au stress. Ces actions peuvent prendre plusieurs managériale orientée non seulement vers la
performance mais aussi le bien-être
aspects : Former les managers à être de véritables
– la formation des individus à développer des compétences « gestionnaires de stress » (le leur et celui
spécifiques à mieux gérer divers types de situations de de leurs collaborateurs)
stress (gestion du temps, des conflits, de l’agressivité, déve- Axe individuel Former les individus à développer des
compétences à gérer le stress et à accroître
loppement de l’intelligence émotionnelle, restructuration leur résistance face au stress
cognitive, etc.) ou à développer des capacités psychologi- Mettre en place des services d’aide aux
ques (contrôle des émotions, attitudes mentales efficaces) ; salariés et des structures d’écoute et
d’accompagnement psychologique
– la possibilité de pratiques de relaxation, d’exercices phy-
siques ou de la sieste au sein de l’entreprise ;
– l’amélioration de l’hygiène de vie afin d’accroître la
résistance de l’organisme au stress (activités sportives, édu- devront relever les gouvernements, les employeurs et les
cation nutritionnelle, programme d’aide au sevrage tabagi- syndicats au cours des années à venir. Car les entreprises
que ou alcoolique, etc.) ; qui auront le plus de chances de réussir à l’avenir seront
– l’instauration d’espaces de dialogue au sein de l’entre- celles qui aideront les travailleurs à faire face au stress et
prise et la mise en place de procédures de médiation pour qui réaménageront soigneusement le milieu de travail afin
intervenir précocement lors de situations difficiles ; qu’il soit mieux adapté aux aspirations humaines ».
– l’aide apportée aux salariés pour faire face à diverses
contraintes de la vie personnelle (crèches, conciergerie,
etc.).
Les interventions au niveau tertiaire ont pour objet le Références
traitement, la réhabilitation, le processus de retour au tra-
vail et le suivi des individus qui souffrent ou ont souffert de
© John Libbey Eurotext | Téléchargé le 20/03/2024 sur www.cairn.info (IP: 105.71.19.30)
7. Bruchon-Scweitzer M, Dantzer R. Introduction à la psycho- 27. International Labour Organization (ILO). Stress at work.
logie de la santé. Paris : PUF, 2000. Programme on Safety and Health at Work and the Environ-
ment. Genève : Safe Work, 2002.
8. Brun JP. La santé psychologique au travail : de la définition
du problème aux solutions. IRSST. Montréal : Université 28. Karasek RA, Theorell T. Healthy Work, Stress, Productivity
Laval- Québec, 2005. and the Reconstruction of Working Life. New York : Basic
Books, 1990.
9. Buglass D, Clarke J, Kreitman N. A study of agoraphobic
housewives. Psychol Med 1977 ; 7 : 73-86. 29. Kivimäki M. Work stress and risk of cardiovascular morta-
lity : prospective cohort study of industrial employees. Br
10. Canoui P, Mauranges A. « Le burn-out ». Paris : Masson, Med J 2002 ; 325 : 857.
2004.
30. L’Usine Nouvelle. Lutte contre le stress : mais qu’attendent
11. Commission Européenne. Coût du stress lié au travail : les entreprises ? (Étude de STIMULUS). N° 2906, 26
Manuel d’orientation sur le stress lié au travail - « Piment février. 2004.
de la vie... ou coup fatal ? ». Luxembourg : Office for 31. Laborit H. L’inhibition de l’action. Paris : Masson, 1979.
official publication of the European community, 1999.
32. Lazarus RS, Folkman S. Stress, appraisal and coping. New
12. Cooper L. « Handbook of stress medicine and health ». York : Springer, 1984.
Boca Raton (USA) : CRC Press, 2005.
33. Légeron P. « Le stress au travail ». Paris : Odile Jacob,
13. Dantzer R. L’illusion psychosomatique. Paris : Éditions 2003.
Odile Jacob, 1989.
34. Légeron P. Le stress au travail : de la performance à la
14. DARES. Conditions de travail. Enquêtes. Paris : Ministère souffrance. Droit Social, N° 12, Décembre. 2004.
du Travail, 1978 ; (1984, 1991, 1998, 2006). 35. Légeron P, Guéritault V. « L’épuisement professionnel ».
15. Dejours C. Souffrance en France. Paris : Seuil, 1998. In : Guedj M-J, Pascal J-C, eds. La Psychiatrie en urgence.
Paris : Éditions de l’Interligne, 2006.
16. Després JP. Inter Heart : a study of risk factors for first
myocardial infarction in 52 countries and over 27000 sub- 36. Lôo P, Lôo H, Galinowski A. Le stress permanent. Paris :
jects. Communication non publiée, European Society of Car- Masson, 1999.
diology, Munich, Août 2004. 37. Lunde-jensen P, Levi L. A Model for Assessing the Costs of
Stressors at National Level : Socio-economic costs of work
17. Enjeux–Les Échos. Stress : l’entreprise est-elle coupable ?
stress in two EU member States. European Foundation for
(Étude de l’IFAS). N° 207. 2004.
the Improvement of Living and Working Conditions, 1996.
18. Eurogip. Pathologies psychiques liées au travail : quelle 38. Maslach CH. « Understanding burn-out : Definitional issues
reconnaissance en Europe ? Paris. 2004. in analyzing a complex phenomenon ». In : Paine WS, ed.
19. European Agency for Safety and Health at Work. Stress at Job Stress and Burnout. Beverly Hills, CA : Sage, 1982.
work. Rapport 2002. Luxembourg : Office for official publi- 39. Nasse P, Légeron P. « La détermination, la mesure et le suivi
cation of the European community, 2002. des risques psychosociaux ». Rapport remis au ministre du
20. European Agency for Safety and Health at Work. Expert Travail. Paris : Ministère du Travail, 2008.
forecast on emerging psychosocial risks related to occupa- 40. National Institute for Occupational Safety and Health. Stress
tional safety and health. Luxembourg : Office for Official at work. Cincinnati : U.S. Department of Health and Human
© John Libbey Eurotext | Téléchargé le 20/03/2024 sur www.cairn.info (IP: 105.71.19.30)
47. Siegrist J. Adverse health effects of high-effort/low-reward 50. Stress Impact Consortium. Impact of changing social struc-
conditions. Journal of Occupational Health Psychology tures on stress and quality of live : individual and social
1996 ; 1 : 27-41. perspectives. Rapport non publié, réalisé par 6 pays euro-
péens sous l’égide de l’Université de Surrey. UK : Surrey
48. Simbron Y, Légeron P. Les conséquences du stress au travail. University, 2006.
Actua Med Int – Psychiatry 1997 ; 14(201 suppl).
51. Yusuf S, Hawken S, Ounpou S, et al. Effect of potentially
49. Strain JJ, Wolf D, Newcorn J, Fulop G. “Adjustment disor- modifiable risk factors associated with myocardial infarction
der”. In : DSM-IV Source Book, vol. 2. Washington : Ame- in 52 countries. (The INTERHEART Study). A case-control
rican Psychiatric Press, 1996. study. Lancet 2004 ; 364 : 937-52.
© John Libbey Eurotext | Téléchargé le 20/03/2024 sur www.cairn.info (IP: 105.71.19.30)