0 évaluation0% ont trouvé ce document utile (0 vote) 51 vues7 pagesFlexibilité
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Les différentes formes
de flexibilité
par Jennifer Bué (*)
aT ny
I n’existe pas une, mais plusieurs formes
de flexibilité. A partir de l’enquéte sur la
[dh technique et Porganisation du travail des
travailleurs occupés (TOTO), certairies
questions concernant organisation du travail
‘ont été regroupées. Des indicateurs cohérents
permettent de repérer quatre formes de
flexibilité : la Mexibi de organisation du
travail, la flexibilité technique, la flexibilité de
Vemploi et celle du temps de travail. D’une
fre générale, il existe peu de liens
statistiquement significatifs entre ces formes de
flexibilité, Deux types de travailleurs
flexibles se dégagent : les flexibles externes
qui ont un emploi précaire, un temps de
travail atypique, pas d’autonomie dans le
travail et n’utilisent pas d’équipement
moderne ; les flexibles internes qui ont un
emploi stable, un temps de travail régulier,
une autonomie dans leur travail et qui
utilisent des équipements modernes. Ils
représentent respectivement 8 % et 5 % de
ensemble des salariés.
_eoptrampcemmeomrmnemaceeeeennenae
psoas
Le terme de « flexibilité », objet de nombreux
débats, utilisé dans des contextes et dans des sens
différents se préte mal & une définition unique. Si
on peut le définir globalement comme l'aptitude
d'un systéme a s'adapter aux changements, qu'il
soient liés aux fluctuations de la demande ou aux
ee
sp ecseconrsnn sr
sisson:
conditions de la production ou de la concurrence,
il s'agit de savoir d'une part de quel changement
et de quel systéme on parle (le marché du travail,
Ventreprise, l'atelier, le salarié...) et d'autre part
par quels moyens (durée du travail, formation,
emplois précaires etc.). De ce fait, il semble plus
approprié de parler des flexibilités.
Lobjet de cet article est d’analyser les rela-
tions entre différentes formes de flexibilité en
utilisant les données recueillies par une enquéte
auprés des salariés sur les nouvelles technolo;
et organisation du travail (voir encadré sur
Fenquéte Torro). Cest done & partir des résul-
tats de cette enquéte qui porte sur 18 000 salariés
que nous avons tenté de construire des « indica-
teurs de flexibilité » dont nous avons étudié les
relations. Ces indicateurs sont construits & partir
des déclarations des salariés sur leur travail et
leurs conditions d'emploi.
D’une maniére générale, apres avoir cerné
quelques formes de flexibilité, on constate qu'il
existe peu de liens statistiquement significatifs
entre les différents types de flexibilité. Par ail-
leurs, le « travailleur flexible total » qui cumuule-
rait toutes les flexibilités n’existe pas.
A partir d’indicateurs cohérents, on peut repé-
rer quatre formes de flexibilité (au sens large)
gue Pon désignera ainsi
() Jennifer BUE appartient a la Division conditions de
travail et relations professionnelles du S.E.S,
(17) Les numéros entre crochets{] renvoient aux travaux
répertoriés dans la bibliographic.
29— la flexibilité de Porganisation du travail,
— la flexibilité technique,
— Ia flexibilité de Pemploi,
— la flexibilité du temps de travail
Pu. approcher Ia flexibilité
Pour repérer les différentes formes de flexibilité
nous avons procédé & un regroupement de cer-
taines questions de Tenquéte Torro tournant
autour du statut de r'emploi, du temps de travail,
de organisation du travail et des techniques dé
production (voir encadré sur les réponses. aux
questions). Les réponses a ces questions sont des
indicateurs, directs ou indirects, de_certaines
formes de flexibilité. Une des caractéristiques de
Venquéte Torro auprés des salariés est de
recueillir des réponses sur la maniére dont les
salariés pergoivent certains aspects de l'organisa-
tion du travail qui est la leur, De ce fait, on n'a
qu'une vision partielle de organisation du tra
vail des entreprises et on ne peut rien dire du
comportement global des entreprises en matiere
ee
L’enquéte TOTTO 1987 |
Lenqute ut a technique et organisation du
‘travail auprés des travailleurs occupes (en
‘< TOTTO ») a ét€ téalisée par PINSEE en mars sr
‘On a interrogé, parmi les personnes appartenant aut
‘tiers « Sortant » de H'échantillon de Fenquéte emploi
= Cesta dire a
2
_premi¢re, relative & Porganisation. SD alenre ene
sG¢ qu atx salaries (at nombre d’environ 17 000)
Seonide prte att de Vetdiation Ge cetins
ies » de production, et des conditions.
ton Ele cert sos Ts
tage tad ee
+6 par le Service des Etudes et de la Statistique |
(SES) dui Ministere du Travail, de ee
"Formation Professionnelle.
Ee cfiettantes dont leat eucston an ert ariel:
‘ont été définies a partir da regroupement de cer-
taines questions concernant Vorganisation du tra-
val .
de flexibilité. L’analyse se situe au niveau du
salarié et c'est en fonction de ses réponses (la
manitre dont il percoit son travail) que Ton
détermine s'il est soumis & tel ou tel type de
flexibilité, Deux salariés d’une méme entreprise
peuvent étre soumis des formes de flexibilité
différentes. De plus, certaines formes de flexibi-
lité sont invisibles au niveau des salariés, celles
relatives A la gestion des stocks ou a la sous-
traitance, par exemple. Enfin, on ne dispose pas
ici de données sur la flexibilité des salaires.
L’organisation du travail : des indicateurs
indirects...
On cherche ici appréhender la flexibilité créée
par une organisation faisant appel a 'adaptabilité
de la main-d'euvre aux nouvelles formes de
production (produits diversifiés, techniques
informatiques, fluctuations de la demande...)
Cette forme ‘de flexibilité est « offensive » et
« interne » car lentreprise gere de facon interne
Vadaptabilité aux changements (nouvelles tech-
nologies, formation...) et se situe dans une
spective a long terme, (Boyer, Brunhes) [1],
Bat Bie imptique le savoirfaire, a competence
et lautonomie des salariés dans tine organisation
du travail qui permette d'échapper aux inconvé-
nients du taylorisme et qui nécessite des moyens
et des prévisions.
++ mais cohérents
Cette forme de flexibilité peut étre repérée dans
Penguéte par quelques indicateurs, avec des
éclairages différents :
# La polyvalence au sens strict est appréhen-
dée dans enquéte par une question directe :
rotation réguligre entre postes (4 % des salariés)
ow passage d'un poste a l'autre en fonction des
besoins (18 % des salariés). En général, cette
forme de polyvalence indique lintroduction d'un
peu de flexibilité dans une organisation plutot
rigide a postes bien différenciés. Une forme,
moins clairement définie, mais plus large, de
polyvalence peut étre repérée & partir du nombre
de tiches effectuées par les salariés. Dans cette
étude nous avons distingué les salariés exécutant
une seule téche (17 % des salariés) de ceux qui
exécutent deux taches ou plus (1). D’autres in
cateurs, moins directs, mais & la portée plus large
mesurent :
1. La nomenclature des taches proposées aux salariés a
te ‘mise au point spécifiquement pour les besoins de
Fenquéte le crtére est done approximatif et on mesute ici
plut0t un indice de la multifonetionnalité qui dépend com:
pletement du niveau de detail de la nomenclature, Celle-ci
comporte 17 tiches pour les professions employés et ouvrers
(elles que nettoyage, production, contrdle qualité, dactylo
aise, accueil, comptabilté, vente...) et 13 fonctions pour
les agents de’ maittise, techniciens et cadres (elles que
personnel, financiere, commerciale, informatique, sécurité
u travail, formation.)TUDES
Réponse aux questions utilisées
pour la construction des indicateurs
1) Lrorganisation du travail
Degré d’autonomie du salarié par rapport aux
cconsignes :
A) Les indications données par vos supérieurs hié-
rarchiques vous disent ce qu'il faut faire, En
‘général, est-ce que
— Ils vous disent aussi comment faire le travail
(22%)
— Ils indiquent plutot robjectif du travail et
‘vous choisissez la fagon d'y arriver (77 %).
B) Vous recevez des ordres, des consignes, des
modes d'emploi, Pour faire votre travail correc
tement estce que :
= Vous appliquea strictement les consignes
4%)
— Dans certains cas vous faites autrement
(46%)
— La plupart du temps vous faites autrement
6%)
[Les communications
©) Vous arrive-vil de discuter de la nature du
travail que vous aurea & faire ou de Ia fagon de
procéder |
— Seu avec votre
4%)
— Avec votre supérieur hirarchique en com-
pagnie de vos collegues (75 %)
Entre collegues (82 %)
D) En dehors de vos chefs y a-til d'autres per-
sonnes qui vous donnent des consignes, des
indications sur ce que vous devez faire
— Les collegues (39 %)
— D’autres personnes ou services de votre
entreprise (33%)
— Des personnes extéricures& votre entreprise
(19%)
E) Demandez-vous
ments
— A vos supéricurs higrarchiques (86 %)
— A vos collegues (70 %)
—A d'autres. personnes de votre entreprise
(36%)
— A des personnes extérieures & votre entre-
prise (25 %)
La polyvatence
F) Occuper-vous différents postes :
— Oui, vous faites une rotation réguliére entre
plusieurs postes (4%)
— Oui, vous changez de poste en fonction des
besoins de Ventreprise (18 %)
supérieur higrarchique
vousméme des renseigne-
— Non (78 %)
1) La technologie
G) Utilisent, méme occasionnellement, personnel
Tement dans leur travail :
— un robot
— une machine-outil 4 commande numérique
— un laser
— une machine de traitement de texte
— un minitel
un micro-ordinateur
— un ordinateur
— un appareil vidéo
U1) Lremploi
H) Ancienneté dans Ventreprise
— moins de 1 an (12 %)
— de 1 an A moins de cing ans (20 %)
— de 5 ans & moins de dix ans (22 %)
10 ans et plus (45 %)
Statut de Templo’ oecupé
— intérimaire (1 %)
— apprentis sous contrat (1 %)
— stagiaire (1 %)
saisonnier (0,3 %)
— autres salaris en CDD (2,4 %)
— travailleurs & domicile (0,3 %)
— salarigs d'un parent qui travale& son compte
06%)
— autre salarié en période dessa (0,4 %)
— autres salariés (65 %)
— fonctionnaires (22 %)
— contractuels (0.8 %)
contractuels & durée limitée (0,5 %)
— aunilaires (1,1 %)
— vacataires (0,5 %)
— autre agent ttulare (0,8 %)
— dont on ne sait pas s'il est ou non titulaire
Go %)
IV) Le temps de tra
J) Type Phoraire
les mémes tous les jours (61 %)
— alternants 2 x 8 (5%)
— alternants 3 8 (3 %)
— différent d'un jour & V'autre fixés par Ventre
prise (15 %)
— ala carte (5 %)
— libres (10 %)
K) Travail de nuit (entre 0 et § heures)
— toutes les nuts (2 %)
— certaines nuits seulement (13 %)
— jamais (85 %)
L) Travail du samedi (entre 0 et 24 heures)
— tous les samedis (18 %)
— certains samedis seulement (32 %)
— jamais (50 %)
M) Travail du dimanche (entre 0 et 24 heures)
— tous les dimanches (3 %)
— certains dimanches seulement (19 %)
— jamais (78 %)
311 Le degré d’autonomie du salarié par rapport
aux consignes qu'il recoit. Cette autonomie est la
part de flexibilité dont la gestion est délégué
salarié dans le fonctionnement quot
Pentreprise. Elle est appréhendée par le fait de
recevoir des consignes sur les objectifs du travail
en conservant le choix des moyens pour y parve-
nir : 77% des salariés pouvant étre considérés
comme plus autonomes que les 22 % & qui lon
dit comment faire le travail. L’autonomie se
repére aussi par le fait de déclarer « faire autre~
‘ment que ce que prescrivent les ordres, consignes
et mode d'emploi, dans certains cas ou la plupart
du temps » (54 % des salariés). La réponse a ces
questions fait appel a Vappréciation, subjective
les personnes interrogées mais représente de
bons indicateurs (Gollac) [4].
@ La variété des communications que le salarié
échange dans son travail est un indicateur encore
plus indirect. Ce serait un des moyens de parve-
nit & une flexibilité de organisation du travail
qui repose sur la compétence des salariés. On
peut, en effet, faire Phypothése qu’il ne peut y
avoir de flexibilité de Vorganisation du travail
dans un systtme sans communication. Dans
Venquéte, on a repéré les interlocuteurs (supé-
tieur higrarchique, collegues, autres. personnes
de l'entreprise ou personnes extérieures & l'entre~
prise) qui donnent des consignes aux salariés ou
avec qui le salarié discute de la nature et de la
quantité de son travail ou a qui il demande des
renseignements (questions C, D, E, de 'enca-
dré). Ces trois variables sont fortement corrélées
entre elles et leur combinaison a permis de
construire un indicateur simple de communica-
tion partageant les salariés entre ceux qui con-
naissent dans leur travail plus de six des formes
de communication repérées dans l'enguéte (51 %
des salariés) de ceux qui en ont de 0.a.5 (49 %
des salariés). Les salariés les « moins flexibles »
ont de 0 a 5 formes de communications (49 %
des salariés) et les « plus flexibles » ont de 6 &
10 communications (51 % des salariés).
L’analyse des liens entre ces différents indica-
teurs, pour ensemble des salariés, montre que
la cohérence interne est vérifiée ; l'autonomie
Par rapport aux consignes, un nombre de com-
munications élevé, la polyvalence et. plusieurs
taches sont réciproquement en relations posi-
tives.
Polyvalence (2), autonomie et variété des com-
munications sont liées positivement. Une grande
variété des communications accroit par exemple
la probabilité d’étre autonome par rapport aux
consignes, ou d’exercer plusieurs fonctions. Les
indicateurs proposés sont donc cohérents entre
eux. Bien qu’aucun ne puisse prétendre rendre
compte de la flexibilité de organisation du
travail, ils en donnent 4 eux tous une idée.
La technologie : repérer les équipements
modernes
La capacité qu’ont les salariés @ utiliser un
équipement moderne peut étre considérée
comme une forme de flexibilité. Elle permet &
Tentreprise de s'adapter & de nouvelles formes de
production (Boyer et Morville) [1], [5] et aussi
de résister a Ia concurrence soit en augmentant
sa productivité, soit en développant de nouveaux
produits. De plus, un trait spécifique des techno-
logies faisant appel a l'informatique est de per-
mettre une modification plus aisée des produits
en fonction de la demande (voir par exemple
dans le cas de la commande numérique, Eyrand
d'ribarne, Maurice) [3].
Dans leur travail, 34% des salariés utilisent
soit dans le cadre de leur tache principale, soit
d'une tache annexe, au moins Pune des techni-
ques suivantes ; numérique, laser, machine de
traitement de texte, minitel, micro ordinateur,
appareil vidéo (question G).’ Les nomenclatures
des équipements modernes ‘sont mal fixées, et
‘méme parmi les spécialistes, un grand flou rene
sur leurs définitions. De ‘ce fait on ne peut
prétendre avoir recensé dans Venguéte tous les
matériels modernes utilisés dans V'industrie. De
plus, on a été amené a abandonner l’exploitation
des questions sur les machines ou appareils & flux
continu : la terminologie utilisée étant trop éloi-
gnée de celle des salariés, de nombreuses confu-
sions ont eu liew.
Statut et ancienneté
La flexibilité de lemploi est approchée ici a
partir d'éléments sur le statut de l'emploi et sur
Pancienneté dans Ventreprise (questions H et 1),
ces deux questions sont fortement cortelées entre
elles. Crest le poids des contraintes juridiques
régissant le contrat de travail (Boyer) (1) que
Yon cherche ici a cerner. La précarité de Pemploi
et la possibilité dutiliser les salariés au moindre
cotit constituent une flexibilité externe, utilisée
par les entreprises dans une perspective défen-
sive (Brunhes) [2]
Nous avons done choisi deux indicateurs de
flexibilité de l'emploi : 'un partage les salariés
entre ceux qui ont un contrat de travail précaire
intérimaires, stagiaires, saisonniers, CDD, tra-
vailleurs a domicile, 13'% des salariés) et’ ceux
qui ont un contrat ‘de travail stable (87 % des
lariés) ; l'autre indicateur distingue les salariés
ayant une ancienneté inférieure a trois ans dans
Pentreprise (26 %) des plus anciens (73 %).
Le temps de travail
La flexibilité du temps de travail a pour objectif|
soit de faire fonctionner les installations le plus
longtemps possible, soit d’adapter la durée du
travail au volume instantané de la demande. Ses
outils sont nombreux : modulation du temps de
travail, travail posté, temps partiel, horaires
variable
2. Il slagit iei de 1a polyvalence repérée partir du
nombre de tiches effectuges et non de la rotation réguliére
centre postesTUDES
ee aaa Tega aT be (en, eteane)
de’ Ja flexibilité du temps de: travail’ dans
entreprise (interne, offensive). Les aménage
i ects te eee ees due Centr ok
que la modulation, peuvent, en priscipe, réduire le
eeours 8 des formes exteme de flexibilité comme
eS CDD, les intérimaires, la sous-traitance, etc. (7).
Eee eee ort
de travail « atypique » peuvent correspondre
situations d'emplot tes différentes : 1r8¢ stables,
soit dans Findustrie (les 3 x 8) soit dans le secteur
public (les infirmigres) — et dans ce cas la, ly a
Incompatibilité avec la flexbilité de Nemplol — on
tres précaires comme, par exemple, les employés
de commerce — le lien avec Ia’ flexibilité de
‘Femploi est alors direct —.
En effet, les politiques de’ gestion de fa. main-
euvre peuvent se referer & plusieurs formes de
‘lexibilté ; dans certains eas, ce qui apparaita priori
felever de la flexibilité du temps de travail se trouve
etre fe neend une flenbilité de Vemploi. Les
‘Dans engute le temps pail ext un indsteur
aqui s°étac coherent al avec ceux de ta Meibilte de
“ Temploi ni avec ceux dela excite du temps de taal
Elle peut étre considérée comme une forme de
flexibilité a part entire compte tenu de ses
objectifs et de importance qu'elle prend dans
les négociations, bien que tous les auteurs ne
s'accordent pas pour en faire une forme spécifi-
que. En effet, Boyer et Morville associent a Ia
flexibilité de temploi, Pobjectif commun de ces
deux flexibilités étant la souplesse d'utilisation de
ta mained cere, [1], (5): i agit dan les deux
cas de faire varier le volume de travail. Mais on
peut aussi considérer que, par son caractére
intérieur & Fentreprise, elle se rapproche davan-
tage de la flexibilité de Vorganisation du travail.
La fleibilité du temps de travail ext repérée
dans Venquéte par les horaires quotidiens et le
travail atypique hebdomadaire (questions J, K,
L, M). Nous distinguons les salariés ayant’ des
horaires variables (38 %) de ceux qui ont des
| La espe du nee, een as
“ ‘Vorganisation ch aa? A
/ de ce secteur, est lié & tine faible
on Sania nese pa eee un eee Peer cae eat
OM, Mamas, C. eps aie
teavaun de M.
ee “que le travail a. particl
uniquement une forme edited temps de
‘val mals statu de Femploi des salanc
effete temps patel, dans eetaines entreprises
locage
a
gestion de la main-d'ceuvre, et il ne définit pas
fenlerent ut bral de tava mais uss un staat
@emploi. Dans ce cas la, le lien entre flexibilité de
emploi et flexibilité du temps de travail est direct.
Cependant, d'autres analyses ‘de la. gestion du
personnel dais ce secteur montrent que certaines
‘entreprises, surtout les grandes, pratiquent des
Poles de Sdéisaion de Ja matn-dmuvie (3).
ans ces entreprises le temps partiel s‘inscrit dans
‘un marché « interne » : par exemple, augmentation
‘du temps travaillé en fonction de la productivité du
salarié, compléments de salaires etc. Contrairement
‘aux plus petites entreprises, le salarié n'a pas
forcément intérét & tetourner sur le marché du
travail et le turn over est moins important, Dans ces
‘grandes entreprises il existe tin « contrat implicite »
‘entre salariés et direction : marché interne, accords
‘explictes, reconnaissance du fait syndical, salaires
plus élevés en contrepartie de flexibilités telles que
a polyvalence, les aménagements d'horaires per-
‘mettant de mieux répondre aux besoins de la
cliente.
@)« Mode de production fleble of totution de la
régociaton collective», 1 “Amadiea, N- Mercier —
Etude pour le Ministre du Travail, de Emploi et de ia
‘Formation Professionnelle réalisée par fe Laboratoire de
Sexo di Tae de relion fs pfeonale da
exaaeDecombre 1988,
horaires fixes (61%), donc moins flexibles
D’autre part, nous considérons que ceux qui
travaillent réguliérement ou occasionnellement le
samedi, le dimanche ou la nuit (52% des sala-
) sont plus flexibles que les autres (48 %).
ice liens entre les flexibilités
Ces quatre formes de flexibilité étant ainsi déti-
on pourrait caractériser le « travailleur
flexible » comme un travailleur & statut précaire,
dans 'entreprise depuis moins de trois ans, qui
travaille le samedi, le dimanche ou la nuit, avec
des horaires variables d'un jour & autre, sur un
Equipement moderne, qui on ne définit que les
objectifs du travail qu'il ne suit pas foreément,
33avec une grande liberté de communication dans
Pentreprise ou a l’extérieur, passant d'un poste &
autre selon les besoins et exécutant plusieurs
taches. Ce « travailleur flexible » n’existe pas.
Globalement
L’analyse des liens sur l'ensemble de la popula-
tion salariée, entre les formes de flexibilité telles
que nous les avons définies, débouche sur
— une incompatibilité entre Ia flexibilité de
Vorganisation du travail et la flexibilité de
Vemploi : un emploi précaire est peu conciliable
avec l'autonomie dans le travail ;
— une forte association entre la flexibilité de
Vorganisation du travail et le travail sur un
équipement moderne ;
— une compatibilité entre la flexibilité de
Vorganisation du travail et la flexibilité du temps
de travail : les salariés ayant des horaires quoti-
diens variables ont plus souvent que les autres
tune autonomic par rapport aux consignes, de
nombreuses communications et travaillent plus
fréquemment sur un équipement moderne ;
— les autres interrelations entre les diverses
formes de flexibilité sont caractérisées par_un
faible nombre de Tens stastiquement significa
tifs.
Par professions
Selon la profession des sal
font préférentiellement appel a tel ou tel type de
flexibilité. La compatibilité ou lincompatibilité
entre les différentes formes de flexibilité que Pon
vient d’observer au niveau de l'ensemble des
salariés tiennent en partie aux effets de structure
dus a ces formes collectives de gestion de la
main-d’euvre. Mais, a T'intérieur de chaque
profession, les indivdus peuvent supporter une
forme de flexibilité ow une autre et tout comme
au niveau global, toutes ces formes ne sont pas
compatibles entre elles. Pour le vérifier, il a été
nécessaire d’analyser les liens entre formes de
flexibilité sur des professions homogenes. P
ce faire, on a utilisé des indicateurs plus synthe
ques (voir encadré).
, les entreprises
Sion s'intéresse aux relations de la flexibi
de Pemploi avec les autres formes de flexibi
pour chacune des 107 professions salariées dans
la nomenclature en 133 postes, on constate tout
dabord le faible nombre de relations statistique
ment significatives : les liens forts entre i
différentes formes de flexibilité, telles qu'on les a
définies, sont assez peu fréquents. Cependant,
on retrouve dans la majorité des professions une
incompatibilité entre la flexibilité de lemploi et
la flexibilité de organisation du travail, ceci
tant confirmé par la relation négative’ avec
utilisation dun équipement moderne. Alors
qu’au niveau global, la flexibilité du temps de
travail est plutot liée a celle de organisation du
34
travail, dans de nombreuses professions, elle
concorde plutot avec la flexibilité de l'emploi. Ce
ne sont pas foreément les mémes professions qui
font appel & la variabilité des horaires et a la
précarité de l'emploi. Par contre, lorsqu’elles y
ont recours, les mémes individus peuvent étre
concernés par ces deux péles de flexibilité
On peut done conclure de ces observations une
certaine incompatibilité entre flexibilité de
Temploi et flexibilité de organisation du travail
et, avec beaucoup de prudence, une tendance &
a complémentarité entre flexibilité de Pemploi et
flexibilité du temps de travail.
Deux péles de flexibilité
Les résultats statistiques confirment done l'oppo-
sition entre une flexibilité interne fondée sur la
souplesse de organisation du travail et le
recours aux nouvelles technologies et une flexibi-
lité externe caractérisée par le recours aux
emplois précaires. La flexibilité du temps de
travail a des liens plus incertains avec ces deux
modes polaires de gestion de la main-d'eeuvre, le
choix effectué ici a été de assimiler, en suivant
Boyer, & la flexibilité externe. Pour illustrer
opposition entre flexibilité interne et externe,
on a dégagé deux groupes de salariés (3). Ces
salariés que l'on peut caractériser de « flexibles
3. Ces deux groupes de salariés ne représentent pas la
totalité des salarés soumis a des formes de flexibilté.TUDES
internes » ou de « flexibles externes » sont rela
vement peu nombreux. Ils représentent respecti-
vement environ 5% et 8% de ensemble des
tableau). S‘opposent ainsi
— ceux qui ont un emploi stable, un temps de
travail régulier, une autonomie dans leur travail
et qui utilisent des équipements modernes. Ils
sont au nombre de 870 000. TIs sont pour 48 %
cadres et professions intermédiaires (en entre-
prise essentiellement) et pour 48 % employés
{ont les trois quarts sont des employés adminis-
tratifs d'entreprise). Les ouvriers ne représentent
que 10 % ;
— ceux qui ont un emploi précaire, un temps
de travail atypique, pas d’autonomie dans le
travail et n’utilisent pas un équipement moderne.
Tis sont 1500 000. Ce sont pour 86% d'entre
eux des ouvriers et employés, pour 80 % dentre
eux des moins de 40 ans qui Se trouvent souvent
dans des secteurs non industriels tels que les
services marchands, le commerce, agriculture
ou les industries agro-alimentaires, secteurs ot
Pemploi précaire et non qualifié est répandu
Les observations statistiques renforcent les
réflexions théoriques et les études de terrains
dans la remise en cause du concept de « flexibi-
lité globale » en tant que solution a tous les
problémes économiques de ces derniéres années.
Toutefois, une étude plus approfondie devrai
prendre en compte le niveau de Pentreprise. La
Coexistence de deux formes de flexibilité (défen-
sive et offensive) incompatibles chez un méme
salarié, est en effet possible dans une méme
entreprise mais pour des salariés différents : on
peut assister & l'autonomisation et la formation
d'une main-d’ceuvre stable dans certains secteurs
ct sur certaines fonctions, en méme temps qu’a la
«taylorisation » d'une ‘main-d'ceuvre précaire
dans d'autres secteurs.
| perspectives pour ls pays euraptens, Problbmes Exon
tmighes 2066, 30 tars 1988
(2) BRUNHES B, La fei cu rave en Buc
‘ope: wre anale comparative de quatre pays; OC
3 mars 1988,
M., Des entreprises face aux technologies flexibles : une
analyse de la dynamique du changement, Sociologie da
Travail, 1/1988,
[1 BOYER m, La feite tw roa: quelles
[]EYRAUD F., d'IRIBARNE A., MAURICE
Tableau 1
LES SALARIES SOUMIS A UNE FLEXIBILITE « EXTERNE »
‘OU UNE FLEXIBILITE « INTERNE »
Emploi précare + Emploi stable + temps
orci a a CaD™ | de tava nomal +a
yen | ‘gs pe dase en
| le pa ipe | are + éisment
ene
|
acres 3% 15%
Professions — |
intermédiares | 9% 33%
Employes, 4% 1%
Ouvrers 42% 10%
TOTAL 100% 100%
Hommes s% | 45%
Femmes 7% 55 %
TOTAL 100% 100%
de 15 8.24 ans 2% 4%
de 28 & 89 ans 38% 58%
de 40 a 49 ans 11% 23%
de 50 8 59 ans 7% 15%
de 60 ot plus 2% 1%
TOTAL 100% 100%
Effects
(en millers) Ue) 870
Le lien entre flexibilité de Pemploi et flexibilité
de Vorganisation du travail se trouve confirmé
par Ie fait que les modernisations non négociées,
non planifiges, qui ne sont pas associées & des
actions de formations ont peu de chance de
réussite. La flexibilité de organisation du travail
qui est assimilée & ta condition nécessaire au
succés de implantation des nouvelles technolo-
gies passe par la polyvalence, l'initiative et au-
tonomie des salariés et est peu compatible avec
la précarité de l'emploi. Si on considére ce type
de flexibilité, 1a France apparait comme un pays
peu flexible, [7]
‘16 MOLINE ‘Ame-Frangoise, Négocer fa
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