*Personnage principal : fils de Naguib
*Âge : 49 ans
*Mon devenir dans dix ans en tenant compte du devenir merveilleux qui nous attend
*Réfléchir sur le : Qui, Quoi, où et avec qui.
*Retour en arrière sur un souvenir : lié involontairement à un lieu, un objet, une sensation
ou un événement qui a eu lieu dix ans plutôt (maintenant) à Clermont-Ferrand alors qu’il y
habitait pour son séjour d’études pendant les circonstances du confinement, masques,
prise de distance, phobie de la maladie du Coronavirus et passe-sanitaire.
*Ce dit souvenir va entrainer un changement infime ou total de l’existence du personnage
en question, qui est moi et n’est pas moi.
Me voici sur une terre étrange ! Des chevaliers serraient leurs selles pour préparer une
éventuelle offensive. Ces trois mousquetaires paraissaient majestueusement enveloppés
dans leur bernouse ; Ils s’exprimaient dans une langue qui n’est pas le français qu’on avait
appris à Clermont-Ferrand. La citadelle datait de l’époque romaine, relatait une histoire qui
au temps présent me reste méconnue. Qui suis-je alors ? Je ne me reconnaissais pas ! Cette
barbe tant suspendue à mon menton, ce n’est pas mon look. J’étais toujours de bonne mine,
rasé et coiffé à la parisienne ; les jolies aristocrates aimaient me voir ainsi ; je faisais de mon
mieux pour escalader l’échelle sociale tant mieux que rien. Et mon corps, que lui arrivait-il ?
D’habitude, mes muscles bien taillés ne m’avaient jamais trahi. Que se passe-t-il dans ce
nouveau Monde ? Où sont disparues ces grattes ciels qui fuyaient les astres dans les
nuages ? Ces églises qui chantaient au rythme des saisons pendant des moments précis de la
journée ? Des trous de mémoire…Je n’arrive plus à me souvenir de ma famille, de mes amis,
de mes proches. Des images blanches entrecoupent ma mémoire ; elle qui était une cire
fraîche et les moindres événements s’y collaient comme des abeilles capturées dans leur
ruche. Me voici encore transporté dans la galaxie du temps. On est en 2031. J’ouvris un long
écriteau où étaient transcris des chiffres. Où serait passée toute la technologie ? La
télévision numérique, les smartphones, les réseaux sociaux…On dirait que le monde s’était
arrêté pour un bon moment.
Je repris mon souffle pour me voir étaler devant le corps d’une femme. Sommes-nous des
zombies qui émergent sur une planète qui n’est pas la nôtre ? Des boutons verts maquillés
du bleu recouvraient tout son squelette ; une chevelure lancée vers l’arrière sapait la terre
ocre telle un engin de labour. La dame aux yeux ronds gonflés rappelait une bataille, une
boucherie héroïque, des aventures épiques…Qui sait ?
Soudainement, j’entrevis un médaillon qui brillait sur sa poitrine ; Sûrement, cet objet
métallique voulait me parler. Inès, en lettres arabes, en gravure traçant des arabesques,
sonnait le cri assourdissant de ma mère.
Oui, c’était ma mère, ma chère mère ! Elle était venue me rendre visite pendant mon
séjour d’études à la cité de Clermont-Ferrand. C’était une ville universitaire sise au centre de
la France, connue par ses cathédrales. La cathédrale gothique de Clermont-Ferrand,
construite à base de rochers volcaniques. Notre-Dame de l’Assomption à Clermont-Ferrand,
au style gothique, fut bâtie sur trois sanctuaires chrétiens me laissait ébahi devant cette
nouvelle parution. Suis-je toujours à L’Auvergne ? Aucune trace de l’ancienne France. Celle
que je chérissais, celle dont mon sang coulait pour chanter l’hymne de la nation, La
Marseillaise. Où sommes-nous donc ? Inès, ma mère, tout ce qui me restait d’elle c’était ce
cadeau qui m’avait offert lors de mon départ du Maroc, ma terre natale. Avec ces mots qui
transcrivaient son prénom INES, qui signifie en langue amazighe « dis-lui ! ». Dis-lui que je ne
t’oublierai jamais ma chère mère. Des larmes rivalisaient en mon cœur avec des battements,
des picotements émanant des veines de la solitude. Oui, j’étais seul au milieu des corps
rigides, glacés sur cette terre ibérique. La mer toute près de moi touchait à peine mes pieds.
Sorti de ma torpeur, je découvris des bateaux comme ceux de l’époque de Noé ; je n’arrivais
guère à me retenir. Une flamme pareille à un feu d’Enfer me couvrait comme une fièvre
typhoïde me faisait danser au milieu de ce désastre. Un vieillard trapu aux yeux louches
comme affecté du strabisme m’adressait la parole :
-Tu as l’air étrange mon petit jeune homme, on dirait que tu viens de très loin ! Tes
vêtements déchiquetés, ton corps émaillé de sang racontaient sûrement une histoire ?
A ces paroles froides, exprimées dans une langue arable classique, mon énigme grandissait.
Je devins alors un hérétique au monde des morts vivants. Qu’était-il arrivé au monde, fils de
diable ? Je ripostai furtivement.
En me soutenant pour se lever, un portefeuille s’échappa de mes poches rapiécées. Je
découvris que je suis fils de Naguib, l’étudiant de Clermont-Ferrand. Un instant après une
secousse allait et venait déclarant la fin du monde. A ce moment-là, je découvris que notre
cité était en crise à cause d’une maladie qui avait envahi le monde. Le coronavirus, cette
maladie avait imposé à la France toute une nouvelle vie. Si je me rappelais bien, le port du
masque aurait été obligatoire, la distanciation sociale se serait imposé, la désinfection des
espaces serait devenue une habitude…Un confinement total s’était imposé pour soit disant
limiter la propagation du virus. Après une année de désordre, de fermeture, de vols
suspendus, des morts crevassaient dans de nombreux pays…le virus devint mortel à cause
de sa mutation. Des variants apparaissaient de temps à autre, le remède se verrait
inefficace. On touchait à l’ineffable. Monsieur Zyad me parlait de la mort de la civilisation.
Rien ne rappelait mon identité sauf les bribes de papiers trouvés sur moi. Le monde avait fait
peut-être une rotation, on revint au Moyen âge, les gens parlaient dans un idiome local
métissé à l’arabe classique. Dans ce nouveau monde, on parlait d’une guerre qui s’était
allumée à cause des restrictions imposées. C’était une guerre qui n’avait pas tué la guerre
mais elle avait donné suite à plusieurs dans divers points du monde. Deux coalitions étaient
constituées, le monde était séparé en deux mais le dernier mot avait été prononcé par les
armes nucléaires. L’anéantissement était quasi-total sauf les plus chanceux, ceux-ci avaient
été sauvés grâce à un coup de grâce divine. Je ne saurais si j’étais chanceux ou malheureux,
si le monde avait tourné bon ou mauvais pour l’humanité. Ce que dont j’en étais sûr, c’est
que la Recréation s’était déroulée aux yeux de tout le monde.
A-t-on envie de rire ou de pleurer ? Des nomades arrivés à temps du loin Sahara de
l’Orient savouraient l’air littoral à bras ouvert chantant au rythme doux du crépuscule le
langage des morts-vivants. Monsieur Zyad, homme aux allures sympathiques nous accueillait
dans sa tente bien sédentarisée entre sable et mer dans un genre d’Archipel aux résonances
aquatiques. Je me ravissais à devenir un autre au milieu de cette nouvelle famille. Je ne me
lassais pas de ma nouvelle vie. Tant de mal me faisait revivre dans ce nouveau Eldorado que
je ne quitterai pas pour quêter une nouvelle vérité. Je suis bien là où je suis.