LA FISCALITE INTERNATIONALE
Khalifa AHSINA
– ENCGK
FILIÈRE: GESTION
OPTION : GESTION FINANCIÈRE ET
COMPTABLE
Les Conventions Fiscales Internationales et
Techniques d’élimination des doubles impositions
Plan de la leçon 2
I - Objet des convention fiscales internationales :
II - Rôle des conventions fiscales internationales dans la lutte
contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux
III - Les paradis fiscaux
IV- Les méthodes d’élimination des doubles impositions
V- La pratique fiscale marocaine pour l’élimination de la double
imposition:
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I – Objet des convention fiscales internationales:
A) Résoudre les conflits entre l’Etat de résidence et
l’Etat de la source
En général un Etat impose :
ses résidents sur leurs revenus mondiaux quand il est l’Etat de
résidence
ses non résidents sur leurs revenus de source nationale quand il
est l’Etat de la source
Un résident d’un Etat A percevant des revenus dans un Etat B
est imposé dans les deux Etats sur le même revenu.
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Les conventions fiscales visent alors à :
éliminer les doubles impositions, dites juridiques :
le même revenu d’une même personne est imposé par
deux Etats
préciser pour chaque type de revenu l’Etat qui
dispose du droit d’imposer
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Certains Etats éliminent cependant dans leur droit interne la
double imposition.
Exemples :
les Etats-Unis accordent à leurs résidents un crédit
d’impôt égal à l’impôt qu’ils acquittent à l’étranger .
Hong Kong n’impose pas les revenus étrangers (principe
de territorialité stricte)
la France n’impose pas les bénéfices des établissements
stables étrangers des entreprises françaises (principe de
territorialité limitée)
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Les critères d’imposition selon les CFI:
Résidence: l’État dans lequel le bénéficiaire du revenu
a son domicile, sa résidence ou son siège de direction
effective dans le cas d’une entreprise.
Source: l’État de l’origine du revenu, c’est-à-dire du
lieu de situation du bien qui produit le revenu ou celui
dans lequel est exercée une activité, ou encore le lieu
de résidence du débiteur d’une dette.
Le Concept de résident
Si en application des critères de résidence, une personne
physique se trouve résidente des deux Etats contractants,
elle sera considérée comme résidente de l’Etat où elle
dispose:
D’un foyer d’habitation permanent;
Du centre de ses intérêts économiques;
De son séjour habituel;
De la nationalité.
A défaut de tous ces critères, les autorités compétentes des
Etats contractants tranchent sur la question d’un commun
accord.
Mise en application d’une convention
fiscale
1. Négociations
2. Signature
3. Ratification par l’adoption d’une loi / avis à l’autre
état contractant
4. Entrée en vigueur suite à l’échange des instruments de
ratification entre les deux états contractants
5. Application
6. Délais
7. Protocoles (Entente ayant pour objet de modifier les
dispositions d’une convention déjà en vigueur)
Structure d’une convention fiscale
Introduction
Champs d’application (art. 1 et 2)
Définitions (art. 3 à 5)
Règles d’imposition (art. 6 à 21)
Élimination de la double imposition (art. 23)
Dispositions diverses (art. 24 et ss.)
Exemple: Modèle de l’OCDE
Principes d'attribution du droit d'imposition
(Modèle OCDE)
Droit d’imposer reconnu
à l’Etat concerné
----------------------- Droit d’imposer
----------------------- abandonné à l’autre Etat
État de la source de État de Résidence du
Revenu Bénéficiaire
Revenus Immobiliers Lieu de situation de -----------------------------------
(plus-values comprises) l'Immeuble ---------------------------------
Bénéfice des entreprises Établissement stable Hors établissement stable
----------------------------------
Transport international Lieu du siège de la direction
---------------------------------
Dividendes Retenue à la source Crédit d'impôt
Intérêts Retenue à la source Crédit d'impôt
----------------------------------
Redevances
---------------------------------
----------------------------------
Plus-values
--------------------------------
Honoraires Base fixe Hors base fixe
Salaires Hors mission temporaire Mission temporaire
----------------------------------
Autres revenus
---------------------------------
II – Rôle des conventions fiscales internationales
dans la lutte contre l’évasion fiscale et les paradis
fiscaux
A) Les mesures prévues par les conventions fiscales
B) Mesures nationales et conventions fiscales
C) Abus de droit et conventions fiscales
D) Les clauses d’assistance administratives
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A) Les mesures prévues par les conventions fiscales
Le modèle de convention OCDE prévoit que
les conventions ne s’appliquent qu’aux résidents soumis à
une obligation fiscale illimitée (imposable sur vos revenus de
source mondial),
les réductions de retenues à la source sur les dividendes,
intérêts et redevances ne soient accordés qu’à leurs
bénéficiaires effectifs.
Les commentaires recommandent aussi de lutter contre les
sociétés écrans et les sociétés relais.
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Les conventions contiennent une clause de limitation des
avantages de la convention, afin d’éviter l’usage abusif des
conventions (« limitation of benefits » ou « LOB »).
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B) Mesures nationales et conventions fiscales
De nombreux Etats disposent de dispositifs de sous-
capitalisation (c’est-à-dire: choix de financement par emprunt et non
par capitaux propres) visant à éviter que les filiales de groupes
étrangers ne transforment des dividendes non déductibles en
intérêts déductibles.
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C) Abus de droit à conventions fiscales
Les commentaires OCDE permettent aux Etats de considérer
l’utilisation abusive des conventions comme une utilisation
abusive du droit interne.
Exemple: La cession de l’usufruit d’actions par une société mère
américaine d’une filiale française à une banque britannique a été
considérée comme un montage réalisé dans l’unique but
d’obtenir le remboursement de l’avoir fiscal sur le fondement de
la convention franco-britannique (CE, 29 décembre 2006,
n°283314, Bank of Scotland).
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D) Les clauses d’assistance administrative
Le modèle de convention OCDE comporte une clause d’assistance
administrative consistant à échanger des renseignements
nécessaires pour appliquer les dispositions de la convention et celles
des lois internes des Etats.
Cet échange peut aussi viser la prévention de la fraude et de
l’évasion fiscale (cas de la convention franco-Marocaine).
En pratique, ces clauses peuvent se heurter à l’existence des règles
du secret bancaire existant dans certains Etats.
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III – Les paradis fiscaux
A) Les paradis fiscaux
L’OCDE définit les dispositions fiscales dommageables à partir des 4
critères suivants :
le secret bancaire y est strictement appliqué
les taxes sur les revenus, les bénéfices ou les patrimoines, sont
faibles ou nulles, particulièrement pour les non-résidents
les conditions d’installation de sociétés et d’ouverture de
comptes sont peu contraignantes
la coopération judiciaire et fiscale avec les autres États est faible
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B) La liste de l’OCDE des paradis fiscaux
A la demande du G20, l’OCDE a publié le 2 avril 2009 une liste
des paradis fiscaux, (c’est-à-dire des Etats et territoires qui n’ont pas
substantiellement appliqué les règles de l’OCDE et ont conclu moins de 12
conventions fiscales internationales comportant une clause d’assistance
administrative) :
4 pays d’abord classés en liste noire puis reclassés en liste
grise : Uruguay, Costa Rica, Malaisie et Philippines ;
38 pays classés en liste grise : Andorre, Monaco, Belgique,
Suisse, Luxembourg, Singapour, Saint-Marin, Gibraltar, Autriche,
Bahrein, Bahamas, Îles Vierges britanniques…etc.
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IV- Les méthodes d’élimination des doubles
impositions
1- La méthode de l’exemption ou exonération :
(Article 23A du modèle de l’OCDE) :
Dans ce cas, L’État de la résidence du contribuable
renonce à imposer les revenus pour lesquels la
convention reconnait un droit d’imposition à l’Etat de
la source.
Exemption intégrale :
l’État de la résidence, qui n’a pas le droit d’imposer, ne
prend pas en compte les revenus de source étrangères dans
le calcul de l’impôt dû au titre des revenus non exemptés.
Exemption avec taux effectif:
Dans ce cas, l’État de la résidence, qui exonère les revenus
selon la convention, prend néanmoins en compte ces
revenus exonérés pour le calcul du taux d’imposition
applicable à ceux qu’il a le droit d’imposer.
En pratique:
Impôt dû = Impôt théorique* Revenu non exempté
Total des revenus
Impôt théorique = (Revenus exemptés + Revenus non exemptés)* taux du
barème.
Taux effectif = Impôt (théorique) fictif
Revenu global
2- La méthode de l’imputation :
(Article 23 B du modèle de l’OCDE) :
Elle consiste de la part de l’Etat de Résidence du
contribuable, à accorder à celui-ci une déduction fiscale
au titre de l’impôt payé dans l’Etat de la source.
Imputation Intégrale : .
Dans ce cas le crédit d’impôt dont bénéficie le
contribuable correspond à l’impôt prélevé par l’Etat de la
source, quel qu’en soit le montant.
Ordinaire ou avec limitation : Dans ce cas, le crédit
d’impôt imputable est plafonné au montant de l’impôt dû
dans l’Etat de la résidence sur les revenus qui ont leur
source dans l’autre Etat.
Exemple :
Calcul de l’Impôt selon la méthode de l’Imputation
Etat de la source (S) Etat de la Résidence (R)
Revenu réalisé dans S = La société résidente de R perçoit
100 000 le revenu de 100 000 (Brut) de
L’Etat de S perçoit un impôt l’Etat S.
retenu à la source de 10% , soit: Cette société supporte en R un IS
100 000 * 10% = 10 000 de = 100 000*30% = 30 000
L’impôt effectif payé en R =
Impôt théorique – Crédit d’impôt
= 30 000 -10 000 = 20 000.
Le contribuable perçoit alors un
revenu net de : 70 000
V- La pratique fiscale marocaine pour
l’élimination de la double imposition:
A- En matière d’Impôt sur les Sociétés :
Le principe de la territorialité, tel qu’il est défini
dans les dispositions de l’article 5 du CGI,
exonère de droit les revenus de source étrangère
et par conséquent le problème de double
imposition ne se pose pas.
B- En matière d’Impôt les Revenus :
Les dispositions de l’article 77 du CGI prévoient les trois
méthodes d’élimination des doubles impositions :
Exonération avec progression : lorsque les revenus (…)
ont été soumis à un impôt sur le revenu dans le pays de la
source, c’est le montant ainsi imposé qui est retenu pour le
calcul de l’impôt marocain,
Imputation avec limitation : dans ce cas, l’impôt
étranger, dont le paiement est justifié par le contribuable, est
déductible de l’impôt sur le revenu, dans la limite de la
fraction de cet impôt correspondant aux revenus étrangers.
Tax sparing/exonération vaut paiement : si ces
revenus bénéficient d’une incitation fiscale dans le pays de la
source , celle-ci vaut paiement.
Exercice 1
Au titre de 2010, M. Zahir, résident à Casablanca a disposé d’un
revenu locatif brut de 200.000 DH et des redevances de 100.000
DH d’un Etat avec lequel le Maroc a conclu une convention de
non double imposition. Sur ces redevances, monsieur Zahir a fait
l’objet d’une retenue à la source au taux de 10% dans cet Etat
(Etat de la source).
Travail à faire :
Calculer le montant de l’impôt dû par M Zahir sur ses revenus de
l’exercice 2010 ?
Correction Leçon 2 Exercices 1 et [Link]
Exercice 2
M Adam a disposé en 2010 d’un revenu professionnel
imposable de 300.000 DH et d’un revenu foncier de source
française de l’ordre de 100.000 DH. Ledit revenu a été soumis
à l’impôt dans l’Etat de la source.
La convention fiscale avec l’Etat de la source accorde
l’imposition du revenu foncier exclusivement à l’Etat où est
situé le bien immobilier.
Travail à faire :
calculer l’impôt dû par M Adam sur ses revenus de 2010 ?