Sujet : La comédie n'est-elle qu'un divertissement ?
Introduction
La comédie a souvent été considérée comme un spectacle léger : le but qu'elle
affiche, faire rire le spectateur, l'a souvent reléguée au rang de simple distraction
sans conséquence. Certes, la comédie fait rire à gorge déployée à partir de petits
riens, de situations futiles, mais cela signifie-t-il pour autant qu'il ne faille pas la
prendre au sérieux ? Nombre d'auteurs comiques ont revendiqué haut et fort le
simple droit d'amuser par tous les moyens leur public. Néanmoins, le rire
provoqué par la comédie est souvent un rire « aux dépens de » : un personnage,
une situation suscitent la moquerie du spectateur, mettant ainsi en évidence un
défaut, un ridicule. Cette capacité à faire rire que détient la comédie s'avère alors
libératrice.
La liberté d'amuser par tous les moyens
Des plaisanteries prosaïques
« Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire et si une
pièce de théâtre qui a attrapé son but n'a pas suivi un bon chemin », dit Dorante dans la
scène 6 de La Critique de l'École des femmes de Molière : assurément, le but de la comédie
est l'amusement du public. Pour ce faire, elle n'hésite pas à recourir au comique décrié, mais
toujours efficace du « bas corporel ». Le Malade imaginaire lui consacre une place non
négligeable en mentionnant les maux d'Argan et les ordonnances des médecins. Ce comique
culmine lorsque Monsieur Purgon se met à maudire Argan à grand renfort de maladies
digestives : de la « bradypepsie » à la « dyspepsie », de la « dyspepsie » à l'« apepsie », de
l'« apepsie » à la « lienterie », etc. (III, 5).
Les fastes de la comédie : séduire et fasciner
Mais le divertissement que propose la comédie se traduit aussi par un art de séduire et
fasciner le spectateur, comme c'est le cas avec la comédie-ballet qui ne ménage pas ses
effets en mêlant théâtre, danse et musique. Dans Le Malade imaginaire, le prologue et les
trois intermèdes mettent en scène des univers très différents, de la pastorale au carnaval en
passant par la commedia dell'arte et l'orientalisme. Outre l'animation produite par la musique
et la danse, on imagine assez bien le faste des costumes, des maquillages, des lumières tel
qu'a pu essayer de les reproduire Jean-Marie Villégier dans sa mise en scène au théâtre du
Châtelet en mars 1990. La comédie s'affirme comme un divertissement préoccupé seulement
de plaire et d'amuser. Pourtant le rire qu'elle provoque n'est pas aussi bénin qu'il le semble.
Faire rire pour mieux dénoncer les travers du monde
Des pièces engagées
Sous couvert de faire (innocemment) rire le spectateur, bien des comédies pourraient être
qualifiées de pièces engagées, car elles dénoncent, en les tournant en dérision, les injustices
sociopolitiques de leur temps. Les pièces de Molière en sont bien sûr un exemple : si dans Le
Malade imaginaire il s'attaque au pouvoir excessif des médecins, dans Tarfuffe, l'une de ses
pièces les plus polémiques, il s'en prend à l'influence abusive des faux dévots. Un siècle plus
tard, la comédie prend une teinte explicitement politique avec Le Mariage de Figaro de
Beaumarchais. Dans son célèbre monologue, Figaro met à mal la société des trois ordres et
des privilèges en invectivant le comte en son absence : « Parce que vous êtes un grand
seigneur, vous vous croyez un grand génie ! … noblesse, fortune, un rang, des places, tout
cela rend si fier ! Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? vous vous êtes donné la peine de
naître, et rien de plus […] » (V, 3).
Une école de sagesse
La comédie, en exagérant les manies d'un individu au point d'en faire un « type », se révèle
aussi être une école de sagesse. S'ouvrant au plus fort de la crise monomaniaque d'un
personnage qui tyrannise son entourage, elle mène peu à peu à sa défaite en ridiculisant au
fur et à mesure toutes ses obsessions. C'est le cas dans L'École des femmes de Molière, où
Arnolphe incarne le stéréotype de l'homme qui craint d'être cocu au point d'élever une jeune
fille dans le secret et l'ignorance de tout pour en faire une épouse docile. Dans Le Malade
imaginaire, la scène d'ouverture lors de laquelle Argan fait ses comptes et énumère à n'en
plus finir tout ce qu'il a payé aux médecins, donne une juste idée de sa folie, dont les autres
personnages tentent de le guérir en lui faisant prendre conscience de l'excès dans lequel il
est tombé. Le rire provoqué par la comédie est moins anodin qu'il ne le semble à première
vue : le spectateur rit de personnages ou de situations qui lui apparaissent tout à coup
risibles, car il en perçoit, par un effet de grossissement comique, tout le ridicule. C'est que le
divertissement occasionné par la comédie permet, en lui faisant prendre de la distance, de
libérer le spectateur.
Un rire libérateur : divertir ou l'art de détourner des pensées sombres
Le rire comme remède
Certes, la comédie est un divertissement, mais un divertissement au sens fort du terme
puisque celui-ci vient du latin divertere qui signifie « détourner ». La comédie est ainsi ce qui
permet de se détourner de ses ennuis, comme l'explique Françoise à Irénée dans Le
Schpountz de Pagnol : « Quand on fait rire sur la scène ou sur l'écran, on ne s'abaisse pas,
bien au contraire. Faire rire ceux qui rentrent des champs, avec leurs grandes mains
tellement dures qu'ils ne peuvent plus les fermer ; […] Ceux qui reviennent de l'usine, la tête
basse, les ongles cassés, avec de l'huile noire dans les coupures de leurs doigts… » De fait,
le divertissement apporté par la comédie est un remède qui vaut bien « une ordonnance »
comme le déclare Béralde à Argan dans Le Malade imaginaire (II, 9).
Philosophie du rire : dépasser la crainte de la mort
Le divertissement comique permet aussi de dépasser certaines de ses peurs et, parmi elles,
la plus répandue, celle de la mort. C'est bien cette peur qui hante Argan : les multiples
maladies qu'il s'invente n'en sont que l'expression. C'est une facétie imaginée par sa
servante qui lui offre l'occasion d'apprivoiser sa crainte : Toinette, pour éprouver la véracité
des sentiments de Béline puis d'Angélique à son égard, lui propose de faire semblant d'être
mort. Si Argan s'inquiète la première fois (« N'y a-t-il point quelque danger à contrefaire le
mort ? », III, 11), il obtempère sans objection la seconde fois. Jouer au mort (et faire naître
de belles frayeurs chez ses victimes en mettant fin à la plaisanterie !) lui permet de mettre la
mort à distance et, ainsi, de surmonter sa phobie.
Conclusion
La comédie assume pleinement son caractère de divertissement en se donnant comme
dessein premier de faire rire son public par tous les moyens et, comme mission, de parvenir
à le détourner de ses idées noires : si le rire s'élève à partir de petits riens, par la dimension
d'exutoire qu'il possède, il hisse celui qui le laisse s'échapper au-dessus des évènements et le
réconcilie avec sa finitude.
Sujet : Dans la biographie qu’il consacre à Molière, Georges Forestier écrit à propos du
Malade imaginaire : « Molière et Charpentier transfigurèrent en apothéose, bouffonne et
sublime à la fois, la satire conventionnelle des médecins ». Vous expliquerez en quoi cette
phrase éclaire les enjeux du Malade imaginaire. Le sujet invite à développer, expliciter et
argumenter au sein d’un plan thématique la thèse suivante : dans le Malade imaginaire,
Molière reprend un thème traditionnel, la satire des médecins, mais il le transforme et le
renouvelle en faisant de cette satire le prétexte d’un spectacle complet aux effets
éblouissants.
Problématique : comment les ressources propres au genre de la comédie-ballet
permettent-elles de réinventer le thème traditionnel de la satire des médecins ?
Indices pour vous aider à trouver des arguments et des exemples : pourquoi Molière
critique-t-il les médecins ? Que leur reproche-t-il ? quels sont les personnages qui sont la
cible de la satire ? quels sont ceux qui énoncent des critiques moqueuses à l’encontre des
médecins ?
I. Molière procède dans le Malade imaginaire à une satire en règle de la médecine
1. Les médecins sont des charlatans/menteurs qui ne cherchent pas vraiment à soigner mais
plutôt à gagner de l’argent. Exemple : III, 3, Béralde dit à Argan que les médecins
l’illusionnent en lui faisant croire qu’ils ont le pouvoir de le guérir. Ils lui disent « le roman de
la médecine ». I, 1 : Argan fait ses comptes et s’aperçoit que son apothicaire gonfle ses
tarifs pour lui soutirer le maximum d’argent. Donc les médecins tirent profit de la maladie de
leurs patients pour s’enrichir.
2. Ils manipulent un jargon (voc spécialisé et compliqué en latin) sans rapport direct avec la
maladie du patient : ils débitent des paroles toutes faites. Exemple : Consultation des
Diafoirus II, 6 : Thomas emploie des formules latines toutes faites et des mots techniques
difficiles aux sonorités barbares mais son diagnostic est très hésitant : la rate, le foie, c’est
pareil pour lui, il ne distingue pas les différents organes + II, 5 passage où M. Diafoirus
vante ainsi les mérites de son fils : « Mais sur toute chose ce qui me plaît chez lui, et en quoi
il suit mon exemple, c’est qu’il s’attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que
jamais il n’a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues
découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang ». Donc le savoir des médecins
est archaïque et dépassé et leur jargon, leurs mots savants en latin, dissimulent en fait leur
incompétence.
3. Les médecins sont incompétents car leur savoir est purement théorique, ils n’ont aucune
connaissance réelle du corps et de son fonctionnement. Les traitements qu’ils proposent
pour guérir sont très limités et parfois dangereux : des clystères et des saignées, ou bien des
préconisations diététiques assez hésitantes. Exemple : I, 1 : la liste des traitements qu’Argan
a reçus se limite à des traitements laxatifs (lavements). A la fin de la consultation II, 6, M.
Diafoirus lui prescrit de manger du rôti ou bien du bouilli, au choix, et de mettre un nombre
pair de grains de sel dans ses œufs (cela relève de la pure superstition ou de la maniaquerie,
ou du trouble obsessionnel compulsif !). Donc les médecins sont dans l’incapacité d’apporter
des solutions réelles au malade pour aller mieux. « La plupart des hommes meurent de leurs
remèdes plutôt que de leurs maladies », comme le dit Béralde dans la scène 3 de l’acte III.
Autre argument possible : Les médecins exercent une domination, une emprise morale sur
leurs patients, dont ils veulent contrôler le corps comme certains prêtres veulent contrôler
l’âme des fidèles. La médecine apparaît comme une sorte de religion : le patient croit en la
médecine et ses pouvoirs comme il croirait en Dieu. Il s’en remet aux médecins comme à
des prophètes. Exemple : En III, 3, dans sa conversation avec Béralde, on voit bien toute
l’admiration aveugle qu’Argan porte aux médecins, qu’il désigne avec beaucoup de
déférence. Son rapport à la médecine s’apparente à une superstition, une croyance aveugle.
Voir aussi III, 5, le moment où M. Purgon fait irruption sur la scène, furieux qu’Argan n’ait
pas pris son clystère. Il lui lance des malédictions, lui promettant non pas Document réalisé
par Mme Anne-Noellia Carrols, professeure agrégée, lycée Cocteau à Miramas les enfers
mais les pires maladies, parce qu’il sent que son patient est en train d’échapper à son
influence. Il cherche à l’intimider et lui faire peur pour le garder sous sa coupe. A travers
des situations cocasses mais aussi par le biais du personnage de Béralde qui est d’une
certaine façon le porte-parole de Molière, la pièce offre une vision péjorative de la
médecine : « Ce ne sont pas les médecins qu’il joue, mais le ridicule de la médecine »,
comme l’affirme Béralde pour dire que Molière ne s’en prend pas à des individus mais plutôt
à une institution, la faculté de médecine, qui diffuse des savoirs archaïques et cautionne des
pratiques douteuses.
II. L’originalité du Malade imaginaire est que cette satire donne lieu à un spectacle plein de
fantaisie et de variété qui va provoquer chez le spectateur des émotions variées.
1. Molière utilise les ressources de la farce et de la scatologie : il réduit la médecine à des
questions de transit intestinal dans une série de sketchs tout droit tirés de la farce : la
scatologie vise à ridiculiser les médecins et leurs malades. Comment parler de la médecine
sans mettre en scène le corps ? Molière le met au premier plan dans toute sa force comique.
Exemple : scènes où Argan s’éclipse précipitamment pour aller aux toilettes, ou bien
demande à Toinette d’examiner l’aspect et l’odeur de ses selles (voir étude transversale, I,
1). Sketchs assez grossiers, inspirés du monde de la farce, mais qui font rire à tous les
coups. Les désagréments digestifs d’Argan, les traitements laxatifs qu’il reçoit, sont à
l’origine d’effets comiques appuyés, avec des sorties de scène précipitées. Ce spectacle
bouffon du corps incontrôlable et tyrannique réduit le patient à un pantin soumis à ses
entrailles. Dans ces conditions, la pratique médicale n’a rien de noble ni de prestigieux : elle
se réduit à des interventions répugnantes mais hilarantes, comme le laisse supposer le nom
évocateur de M. Purgon, M. Diafoirus et M. Fleurant. Le patient est roi, mais son trône est
une chaise percée et les médecins sont au service de ses boyaux.
2. Molière transforme l’art de la médecine en un grand carnaval. N’importe qui peut être
médecin, il faut juste avoir l’habit, le déguisement : les médecins sont des imposteurs qui se
font passer pour ce qu’ils ne sont pas. (reprendre les propos caricaturaux de Toinette et
Béralde dans la dernière scène expliquée en classe). La pratique médicale n’est qu’une mise
en scène mensongère qui se prête donc à toutes les parodies. Molière procède à une sorte
de surenchère, une exagération parodique de la mascarade à laquelle se livrent les médecins
qui aiment se donner en spectacle. Exemple : voir la scène de la fausse consultation à l’acte
III où Toinette se déguise en médecin et imite grossièrement la consultation donnée par les
Diafoirus à l’acte II.
3. Molière use de toutes les ressources de la comédie-ballet pour désamorcer les faux-
semblants et ridiculiser le corps médical, sa vénalité, son incompétence, les enjeux de
pouvoir qui le traversent. Exemple : le dernier intermède où la faculté de médecine, jouée
par une troupe de théâtre, vient décerner un diplôme à Argan. Voir analyse rapide de la
didascalie introductive et du déroulement de la cérémonie dans l’explication du dénouement.
Cette cérémonie est véritablement une apothéose, pour reprendre un mot important du
sujet, un moment particulièrement intense par les effets spectaculaires qui sont déployés.
III. L’accent mis sur les ressources du spectacle et de la mise en scène amène de nombreux
effets de mise en abyme lors desquels la comédie exhibe ses propres mécanismes et engage
une réflexion sur les fonctions du spectacle théâtral et de la catharsis comique. «
L’apothéose sublime et bouffonne » célèbre les pouvoirs du théâtre, qui sont salutaires par
opposition aux pouvoirs de la médecine, illusoires et délétères.
1. Le théâtre a le pouvoir dénoncer la crédulité et de dissiper l’aveuglement dont profitent
les médecins, mais aussi tous les manipulateurs en tout genre. Exemple : scène du
stratagème mis en place par Toinette pour révéler la duplicité de Béline à l’acte III.
Document réalisé par Mme Anne-Noellia Carrols, professeure agrégée, lycée Cocteau à
Miramas
2. Le théâtre a des vertus curatives/ thérapeutiques / purgatives / cathartiques1 supérieures
à celles de la médecine. Le théâtre, par le divertissement qu’il procure, et par la lucidité qu’il
provoque, a des effets positifs sur l’âme. Il guérit l’âme de ses angoisses, de la peur de la
mort, de la mélancolie, de ses obsessions. Exemple : fin de l’acte II, lorsque Béralde
annonce à Argan un divertissement (le 2e intermède) qui vaut mieux, dit-il, qu’une
ordonnance de M. Purgon. Voir aussi III, 3, lorsqu’il invite Argan à aller voir une comédie de
Molière pour lui changer les idées.
3. Le théâtre écarte les importuns et les malveillants, pour célébrer le triomphe de l’amour et
la joie. Exemple : dès le premier prologue, la pièce est présentée comme un divertissement
offert au roi pour célébrer son retour victorieux de la guerre, le retour du printemps et les
plaisirs de l’amour. Cette idée est relayée dans le 2e intermède qui chante la jeunesse et ses
plaisirs sur le mode « carpe diem ». Le tout rythmant une comédie qui, comme prévu, se
termine sur l’union des deux amoureux dans une ambiance festive. Les deux amoureux se
sont d’ailleurs rencontrés lors d’un spectacle au cours duquel Cléante a délivré Angélique des
remarques importunes d’un « brutal » (voir récit de Cléante en II, 5). La scène de la leçon
de chant, outre sa dimension comique, est aussi l’occasion pour les deux amoureux de se
chanter leur amour au nez et à la barbe des importuns et des malveillants que sont les
Diafoirus, Argan et Béline. Contrairement à la médecine qui exploite les angoisses et les
faiblesses humaines, le théâtre, lui, invite à la joie, célèbre les élans de vie et, sans se limiter
à un rôle satirique, le spectacle théâtral est d’abord une grande cérémonie de réconciliation
générale dans une ambiance festive.
Les pièces de Molière dépeignent les comportements et les mœurs de ses contemporains,
mettant en scène des personnages devenus des archétypes (tel qu'Harpagon, le personnage
de L’avare). Ces pièces intègrent également d’autres formes artistiques telles que la
musique, la comédie-ballet ou l’opéra français. Le Malade imaginaire est une comédie-ballet
en trois actes et en prose. Créée en 1673, elle est également la dernière œuvre écrite par le
dramaturge. Il s’agit d’une satire des médecins de son époque, thème qui a déjà été évoqué
dans des précédentes pièces de Molière telles que Dom Juan (1665) ou le Médecin malgré lui
(1666).
1) La comédie Le malade imaginaire est-elle un spectacle de pure fantaisie ?
(Sujet du bac 2021)
Le sujet invite à définir ce qu’est la “fantaisie” et à amener la réflexion autour de la fonction
d’une pièce de théâtre, en particulier au XVIIe siècle. La fantaisie est un terme d’origine
grecque, phantasia, qui signifie « apparition » ou « vision ». C’est l’action de montrer, de
rendre visible par l’image. Jusqu’au XVe siècle, le terme signifiait “imagination”, “réinventer”,
voire “improviser”. De nos jours, la fantaisie correspond à une forme d’excentricité.
Dans la pièce Le malade imaginaire, la fantaisie peut être représentée par la maladie
imaginaire d’Argan ou au style fantasque de la pièce elle-même, autrement dit une pièce
qu’il ne faut pas prendre au sérieux. Il convient également d’évoquer la danse et la musique,
très présentes dans cette comédie-ballet, qui contribuent à accentuer le côté fantaisiste de la
pièce. Par ailleurs, le déguisement des personnages fait de la pièce une sorte de carnaval.
Enfin, il est intéressant de s’interroger sur la pertinence de l’utilisation de la fantaisie dans la
pièce : en quoi sert-elle à dénoncer un message au public, à faire passer la vérité ou à
inciter à la réflexion ?
2) La pièce Le malade imaginaire ne peut-elle être considérée comme un simple
divertissement ?
Le sujet indique qu’une pièce de théâtre est un divertissement mais la négation “ne peut-
elle” sous-entend qu’il faut nuancer le propos.
Il convient de traiter le sujet sous deux angles : le divertissement, au XVIIe siècle, désigne
des petits intermèdes musicaux entre les actes d’une pièce, comme c’est le cas dans Le
malade imaginaire. La pièce sert à divertir le public ; elle est aussi un divertissement offert
au roi. La pièce constitue ici un divertissement en ce qu’elle fait rire le public, à travers
l’écriture comique de la pièce, les situations (quiproquos, farces, mensonges…), le caractère
des personnages, les accessoires, les costumes ou encore la musique.. Mais elle permet
aussi de faire passer la critique plus facilement et plus légèrement, pour amener des
réflexions plus profondes : il faut mettre en exergue la volonté de Molière de critiquer les
mœurs et coutumes de son temps : le mariage, la médecine, l’héritage, etc.
3) En quoi Le malade imaginaire transforme-t-il la satire des médecins en un
spectacle ?
Le sujet doit permettre de rappeler que la satire des médecins est un thème classique
souvent exploité dans la littérature depuis le Moyen Age. Il convient alors de se demander :
quelle fonction possède la satire et à qui est-elle destinée ? Et en quoi la satire utilisée par
Molière dans Le malade imaginaire revêt-elle une forme novatrice et originale ?
Molière parvient à transformer et à renouveler la satire des médecins pour en faire un
spectacle plein de fantaisie qui provoque chez le spectateur diverses émotions, grâce au
verbe et au geste, mais aussi au décor, au costume, à la musique et à la danse, ce qui
enchante le public.
La pièce est par ailleurs une mise en abîme du théâtre : elle sert à démontrer que le théâtre
possède des vertus thérapeutiques et cathartiques supérieures à celles de la médecine, et
amène à une réflexion sur les fonctions du spectacle théâtral. Enfin, le théâtre invite à la
joie, à la fête et célèbre la vie contrairement à la médecine qui exploite les angoisses et les
faiblesses humaines. Le théâtre et la comédie-ballet rompent la raideur des codes de la
société de Molière.
4) Pourquoi rit-on dans Le malade imaginaire ?
Le sujet est axé sur les procédés comiques et les mécanismes du rire dans la comédie-ballet.
La pièce permet d’avoir un portrait critique de la société contemporaine de Molière tournée
en dérision. C’est une comédie de mœurs avec des personnages exubérants. Dans cette
pièce, il s’agit de se moquer des médecins par le costume, le déguisement, l’utilisation d’un
jargon, la description d’un comportement pédant ou encore le nom des personnages
(Docteur Purgeon qui fait penser à “purger” ou Thomas Diafoirus qui signifie “doublement
foireux”). Il faut rappeler que Molière emprunte ce genre à la commedia dell’arte (avec
l’utilisation de la farce et de la bouffonnerie) ainsi que ses personnages (comme Polichinelle)
pour provoquer le rire. Le sujet même de la pièce est emprunté à la commedia dell’arte.
Mais, ici, le rire cache aussi une manière de se moquer des us et coutumes et des questions
sociales de l’époque de Molière tels que le mariage forcé, la crédulité des patients ou
l’ignorance et la vilénie des médecins.
5) En quoi la comédie-ballet dans Le malade imaginaire met-elle en balance le
genre comique et le genre dramatique ?
La comédie-ballet aborde ici des sujets contemporains de Molière et montre la vie de
personnes ordinaires. Dans Le malade imaginaire, on assiste à trois thèmes en particulier
que sont l’hypocondrie, la médecine et l’amour filial. Mais on retrouve également des thèmes
ordinaires et couramment utilisés au théâtre : l’argent, la religion, la mort, la hiérarchie
sociale. Il s’agit donc d’étudier les procédés des genres comique et dramatique : quels sont
les moyens utilisés par Molière pour faire rire le public ? A qui s’adresse la pièce ? Qui est
visé ?
Le style de la pièce est également sombre. Bien que la situation d’Argan soit burlesque, il
convient de démontrer en quoi les situations des personnages et les thèmes de la pièce
représentent-elles des situations dramatiques (la maladie, la mort, les contraintes sociales).
Les sujets invitent donc à étudier le genre théâtral français, dans ses aspects comiques et
dramatiques, mais aussi à mettre en exergue le travail de Molière qui se sert de ses pièces
pour critiquer et dénoncer de manière habile certains aspects de la société de son temps.
Le malade imaginaire dissertation corrigée. Cette pièce est la dernière ouevre dramatique
écrite par Molière en 1673. Il s’agit d’une comédie-ballet composée de trois actes en prose.
Elle relate les mésaventures d’Argan, le malade imaginaire, veuf qui a épousé Béline par la
suite. Il suit avec rigueur les instructions de ses médecins en pure perte comme le lui
démontre par une petite comédie sa servante, Toinette. (pour voir le résumé du Malade
imaginaire, clique ICI) Nous pourrons alors nous demander si la pièce est une simple
satire de la médecine. (pour rappel, le parcours associé est: spectacle et comédie)
RESUME DU MALADE IMAGINAIRE SCENE PAR SCENE
Sujet : LE MALADE IMAGINAIRE DISSERTATION
Sujet: Le malade imaginaire est-il une satire de la médecine?
Problématique : LE MALADE IMAGINAIRE DISSERTATION
Problématique: Comment Molière transfigure-t-il le thème classique de la satire
médicale grâce à la comédie ballet?
Plan détaillé: LE MALADE IMAGINAIRE DISSERTATION
1. Une satire classique de la médecine
A. De faux savants
D’abord, les médecins manipulent un jargon. Autrement dit, ils utilisent un verbiage
compliqué, en latin pour se donner une contenance. Pourtant leurs termes n’ont aucun
rapport avec la maladie.
Par exemple, lorsque les Diafoirus font la consultation. Thomas utilise des formules latines
toutes faites. Elles donnent l’impression d’un savoir mais il ne sait pas au fond quel est le
diagnostic à poser. Ainsi: « Dico que le pouls de monsieur est le pouls d’un homme qui ne
se porte point bien. » Ou encore: « Ce qui marque une intempérie dans le parenchyme
splénique, c’est-à-dire la rate. » (acte II, scène 6) Le jargon dissimule donc une
incompétence des médecins.
B. La critique des charlatans
D’abord, Molière dénonce les agissements de médecins peu scrupuleux qui ne cherchent
pas à soigner les malades mais à gagner de l’argent.
Par exemple : Béralde dit à Argan que les médecins le trompent. En effet, ils prétendent
pouvoir le soigner. (Acte III, scène 3) Argan fait ses comptes et s’aperçoit que son
apothicaire gonfle ses tarifs pour lui soutirer le maximum d’argent. Donc les médecins
tirent profit de la maladie de leurs patients pour s’enrichir.
C. La théorie plus que la pratique
En effet, les médecins apparaissent incompétents car leur connaissance est théorique. Ils
semblent ne pas bien connaître le corps. Ainsi, leurs traitements paraissent peu
convaincants quand ils ne sont pas dangereux.
Par exemple : les traitements qui ont été prodigués à ’Argan se limitent à des lavements.
(acte I, scène 1)
Nous pouvons également citer un autre exemple à la fin de la consultation. Effectivement,
M. Diafoirus prescrit à Argan de mettre un nombre pair de grains de sel dans ses œufs.
Or ce traitement relève davantage de la superstition que de la science.
En outre, les propos de Béralde le montrent « La plupart des hommes meurent de leurs
remèdes plutôt que de leurs maladies », (acte III, scène 3)
Ainsi, à travers des situations comiques mais aussi à travers la voix de Béralde, double de
Molière, la pièce offre une vision ridicule de la médecine. Au fond, Molière ne s’attaque pas
aux médecins eux-mêmes mais à l’institution médicale.
2. Une satire spectaculaire
A. Une médecine intestinale
Effectivement, Molière réduit la médecine à des questions de
transit intestinal. Ces moments de la pièce s’inscrivent dans l’héritage de la farce bien
plus que de la comédie. Argan demande à Toinette d’examiner l’aspect et l’odeur de ses
selles. Cette scène grossière amuse.
Exemple : acte I, scène 2:
« Argan.
Allons ; il faut en passer par là. Ôte-moi ceci, coquine, ôte-moi ceci. (Après s’être levé.) Mon
lavement d’aujourd’hui a-t-il bien opéré ?
toinette.
Votre lavement ?
argan.
Oui. Ai-je bien fait de la bile ?
toinette.
Ma foi ! je ne me mêle point de ces affaires-là ; c’est à monsieur Fleurant à y mettre le nez,
puisqu’il en a le profit. »
De même, les problèmes intestinaux d’Argan provoquent des sorties de scène précipitées.
Ainsi, la médecine perd de son prestige n’a rien de noble ni de prestigieux, comme
l’illustre le nom évocateur de M.
Purgon.
B. Un carnaval des imposteurs
Ainsi, Molière transforme l’art de la médecine en un grand carnaval. N’importe qui peut
être médecin, il faut juste revêtir le déguisement. les médecins sont des imposteurs qui
se font passer pour ce qu’ils ne
sont pas. (Voir l’acte III, scène 21)
« Béralde.
En recevant la robe et le bonnet de médecin, vous apprendrez tout cela ; et vous serez après
plus habile que vous ne voudrez.
argan.
Quoi ! l’on sait discourir sur les maladies quand on a cet habit-là ?
béralde.
Oui. L’on n’a qu’à parler avec une robe et un bonnet, tout galimatias devient savant, et toute
sottise devient raison. »
D’ailleurs, nous pourrions également citer la parodie de consultation jouée par des
comédiens au dernier intermède. Celle-ci se réfère à la consultation des Diafoirus à l’acte
II.
« Bachelierus.
Clysterium donare,
Postea seignare,
Ensuita purgare.
Reseignare, repurgare, et reclysterizare. »
3. Mise en scène et spectacle
A. Le triomphe de la joie
B. Dénonciation de la crédulité
En effet, le théâtre a le pouvoir dénoncer la crédulité et l’aveuglement
Ainsi, à l’acte III, scène 17, un stratagème mis en place par Toinette permet de révéler la
duplicité de Béline :
(fin de la scène 16 de l’acte III)
« Toinette.
Il est certain. (À Béralde.) Voulez vous que je vous convainque, et vous fasse voir tout à
l’heure comme madame aime monsieur ? (À Argan.) Monsieur, souffrez que je lui montre
son bec jaune et le tire d’erreur.
argan.
Comment ?
toinette.
Madame s’en va revenir. Mettez-vous tout étendu dans cette chaise, et contrefaites le mort.
Vous verrez la douleur où elle sera quand je lui dirai la nouvelle.
argan.
Je le veux bien. »
Scène 17:
« Toinette.
Ah ! madame !
béline.
Qu’y a-t-il ?
toinette.
Votre mari est mort.
béline.
Mon mari est mort ?
toinette.
Hélas ! oui ! le pauvre défunt est trépassé.
béline.
Assurément ?
toinette.
Assurément ; personne ne sait encore cet accident-là ; et je me suis trouvée ici toute seule.
Il vient de passer entre mes bras. Tenez, le voilà tout de son long dans cette chaise.
béline.
Le ciel en soit loué ! Me voilà délivrée d’un grand fardeau. Que tu es sotte, Toinette, de
t’affliger de cette mort !
toinette.
Je pensois, madame, qu’il fallût pleurer.
béline.
Va, va, cela n’en vaut pas la peine. Quelle perte est-ce que la sienne ? et de quoi servoit-il
sur la terre ? Un homme incommode à tout le monde, malpropre, dégoûtant, sans cesse un
lavement ou une médecine dans le ventre, mouchant, toussant, crachant toujours ; sans
esprit, ennuyeux, de mauvaise humeur, fatiguant sans cesse les gens, et grondant jour et
nuit servantes et valets.
toinette.
Voilà une belle oraison funèbre !
béline.
Il faut, Toinette, que tu m’aides à exécuter mon dessein ; et tu peux croire qu’en me
servant, ta récompense est sûre. Puisque, par un bonheur, personne n’est encore averti de
la chose, portons-le dans son lit, et tenons cette mort cachée, jusqu’à ce que j’aie fait mon
affaire. Il y a des papiers, il y a de l’argent, dont je veux me saisir ; et il n’est pas juste que
j’aie passé sans fruit auprès de lui mes plus belles années. Viens, Toinette ; prenons
auparavant toutes ses clefs.
argan, se levant brusquement.
Doucement. »
C. La puissance de la catharsis
Bien plus que la médecine, le pouvoir de la catharsis permet de guérir l’âme de la
mélancolie et de l’angoisse de la mort.
Par exemple : à fin du deuxième acte, Béralde annonce à Argan un divertissement. Il
s’agit du deuxième intermède. Il vaut mieux selon celui-ci qu’une ordonnance de M.
Purgon.
De même, à l’acte III, scène 3, Béralde propose à Argan d’aller voir une
comédie de Molière pour se changer les idées.
« Béralde.
Moi, mon frère, je ne prends point à tâche de combattre la médecine ; et chacun, à ses
périls et fortune, peut croire tout ce qu’il lui plaît. Ce que j’en dis n’est qu’entre nous ; et
j’aurois souhaité de pouvoir un peu vous tirer de l’erreur où vous êtes, et, pour vous divertir,
vous mener voir, sur ce chapitre, quelqu’une des comédies de Molière.
argan.
C’est un bon impertinent que votre Molière, avec ses comédies ! et je le trouve bien plaisant
d’aller jouer d’honnêtes gens comme les médecins ! »