ESI Preprints Not Peer-reviewed
Diversité des Poissons dans l’Estuaire de Betsiboka,
Nord-Ouest de Madagascar
Tsirilaza Benjamin, Doctorant
Ecole Doctorale en Biodiversité et Environnement Tropicaux,
Université de Toliara, Toliara, Madagascar
Rasoloariniaina Jean Robertin, Docteur
Institut d'Enseignement Supérieur d'Antsirabe-Vakinankaratra, Madagascar
Andriamirado Rabarison Guy Arthur, Docteur
Jean-Michel Yves Mong, Docteur
Centre National de la Recherche sur l’Environnement (CNRE)
Félicitée Rejo-Fienena, Professeur Titulaire
Ecole Doctorale en Biodiversité et Environnement Tropicaux,
Université de Toliara, Toliara, Madagascar
Doi: 10.19044/esipreprint.3.2024.p62
Approved: 03 March 2024 Copyright 2024 Author(s)
Posted: 07 March 2024 Under Creative Commons CC-BY 4.0
OPEN ACCESS
Cite As:
Benjamin T., Robertin R.J., Andriamirado Rabarison G.A., Mong J.M.Y. & Rejo-Fienena F.
(2024). Diversité des Poissons dans l’Estuaire de Betsiboka, Nord-Ouest de Madagascar.
ESI Preprints. [Link]
Resume
L'estuaire de Betsiboka, situé sur la côte nord-ouest de Madagascar,
est le plus grand écosystème estuarien du pays. L'article explore la diversité
des poissons dans cet estuaire, mettant en la distribution de l’espèce dans cet
écosystème. La méthodologie utilise deux approches d'échantillonnage des
poissons, le suivi de la capture de la petite pêche et la pêche expérimentale.
Les résultats montrent une richesse spécifique élevée, avec 63 espèces
distinctes. Les analyses des indices écologiques, tels que l'Indice de
Shannon, l'Indice d'Équitabilité de Piélou et l'Indice de Similarité de Jaccard,
montrent des variations spatiales de la diversité spécifique et des similitudes
entre les villages. La classification hiérarchique confirme la formation de
deux groupes distincts. L’étude contribue à enrichir les connaissances sur la
diversité des poissons dans l'estuaire de Betsiboka, fournissant une base
solide pour la conservation et la gestion durable de cet écosystème vital.
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ESI Preprints March 2024
Mot clés: Estuaire Betsiboka, Ichtyofaunes, Indice écologique, Gestion
durable, Madagascar
Fish Diversity in the Betsiboka Estuary, Northwest
Madagascar
Tsirilaza Benjamin, Doctorant
Ecole Doctorale en Biodiversité et Environnement Tropicaux,
Université de Toliara, Toliara, Madagascar
Rasoloariniaina Jean Robertin, Docteur
Institut d'Enseignement Supérieur d'Antsirabe-Vakinankaratra, Madagascar
Andriamirado Rabarison Guy Arthur, Docteur
Jean-Michel Yves Mong, Docteur
Centre National de la Recherche sur l’Environnement (CNRE)
Félicitée Rejo-Fienena, Professeur Titulaire
Ecole Doctorale en Biodiversité et Environnement Tropicaux,
Université de Toliara, Toliara, Madagascar
Abstract
The Betsiboka Estuary, located on the northwest coast of
Madagascar, is the largest estuarine ecosystem in the country. This article
explores the diversity of fish in this estuary, focusing on species distribution
within this ecosystem. The methodology employs two fish sampling
approaches: small-scale fishing catch monitoring and experimental fishing.
The results reveal a high species richness, with 63 distinct species identified.
Analyses of ecological index, such as the Shannon Index, Pielou's Evenness
Index, and Jaccard Similarity Index, demonstrate spatial variations in species
diversity and similarities between villages. The hierarchical classification
confirms the formation of two distinct groups. The study contributes to
enhancing knowledge about fish diversity in the Betsiboka Estuary,
providing a solid foundation for the conservation and sustainable
management of this crucial ecosystem.
Keywords: Betsiboka Estuary, Ichthyofauna, Ecological Index, Sustainable
management, Madagascar
Introduction
Les estuaires, définis comme les zones où les cours d'eau se jettent
dans la mer, se caractérisent par des processus de mélange entre les eaux
douces des cours d'eau et les eaux salées de la mer, créant ainsi des
environnements saumâtres uniques. Plusieurs études ont souligné
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ESI Preprints March 2024
l'importance cruciale des milieux estuariens en tant qu'écosystèmes parmi les
plus productifs de la planète, abritant une biodiversité ichtyologique
exceptionnellement riche. Ces zones jouent un rôle essentiel en tant que lieux
de reproduction et de croissance pour de nombreuses espèces de poissons
(Baran, 1995 ; GIP Loire-Estuaire, 2009).
L'estuaire de Betsiboka, situé sur la côte nord-ouest de Madagascar,
marque l'embouchure du plus grand fleuve de Madagascar et est l'un des
littoraux connaissant l'évolution la plus rapide au monde. Pendant la saison
des pluies, il est souvent caractérisé par une teinte rouge vif, attribuable à
une érosion significative en amont (Nasa, 2004). Betsiboka se déverse dans
le canal du Mozambique à Majunga et prend la forme d'un estuaire sous
l'influence des marées. Parmi les écosystèmes d'importance vitale dans cette
région, les mangroves jouent un rôle essentiel en tant qu'habitats de
reproduction, de nurserie, d'alimentation et de protection pour de nombreuses
espèces de poissons. Dans la partie aval de l'estuaire, il se divise en trois bras
principaux et de multiples canaux à travers les îlots de mangroves couvrant
une superficie estimée à 46 000 hectares (La maison de Madagascar, 2023).
Ces circonstances suscitent l'intérêt d'entreprendre une étude sur la diversité
des poissons dans cet estuaire. Les populations de poissons dans cet estuaire
demeurent largement inexplorées.
Les recherches consacrées aux poissons dans les environnements
estuariens attirent un intérêt considérable parmi les scientifiques en raison de
la spécificité intrinsèque des systèmes estuariens en termes de la biodiversité,
de leur importance tant sur le plan social qu'économique, ainsi que des
menaces qui pèsent sur ces écosystèmes en raison de l'expansion des
activités humaines (Whitfield, 1999 ; Chabanne, 2007). L'étude de la
diversité des poissons dans un estuaire permet une meilleure compréhension
de l'écosystème, favorise la conservation de la biodiversité, contribue à une
gestion durable des ressources halieutiques, et soutient la préservation des
services écosystémiques fournis par ces zones, qui constituent les intérêts
d’entreprendre cette étude dans l’estuaire de Betsiboka.
1. Matériels et méthodes
Site d’étude
Le site d’étude est localisé dans l’estuaire de Betsiboka, nord-ouest
de Madagascar. Pour bien apprécier la distribution de l’espèce dans
l’estuaire, la conduite de cette présente recherche a été réalisée dans les 4
principaux villages des pêcheurs dans l’estuaire à savoir Katsepy,
Boanamary, Marovoay et Maroala. Katsepy se situe en aval de l’estuaire
avec la dominance de l’eau de mer. Boanamary est caractérisé par les ilots de
mangroves zones de fréquentation des pêcheurs. Marovoay a été choisi par
l’importance de la pêche dans le village et la pratique de pêche dans l’eau
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saumâtre. Maroala se situe en amont, à la limite de l’influence de la marée
dans l’estuaire.
Figure 1. Localisation de la zone d’étude
Collecte des données
La présente étude s'inscrit dans le cadre du projet DIDEM (Dialogue
entre la Science et les Décideurs pour la Gestion Intégrée des
Environnements Côtiers et Marins), se concentrant sur l'exploration des
populations ichtyofaunes dans l'estuaire de la Betsiboka pour un période de
mars 2021 à mars 2023. Deux méthodes d'échantillonnage des poissons ont
été adoptées dans l’estuaire de Betsiboka dans le cadre de cette étude : la
méthode d'échantillonnage par suivi de la capture de la petite pêche et la
méthode d'échantillonnage par la pratique de la pêche expérimentale. Une
collaboration étroite a été instaurée avec des collecteurs des poissons dans
les 4 villages d’interventions, permettant aux enquêteurs de manipuler et
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ESI Preprints March 2024
d’enregistrer journalière les poissons livrés par les pêcheurs. Ces enquêteurs
ont suivi une formation pour garantir la collecte de données précises sur
l’identification des poissons. La pratique de la pêche expérimentale résidait
dans l'effort de compléter l'évaluation des populations de poissons. Cette
approche avait pour but de collecter des échantillons d'espèces peu
fréquemment capturées par les pêcheurs locaux, provenant de zones rarement
explorées. Deux types de filets maillants, mesurant 15 cm et 20 cm de
mailles, et d'une longueur totale de 100 mètres, ont été utilisés pour ce faire.
La pêche expérimentale a été réalisée à l'aide d'une pirogue motorisée. Cette
approche a été mise en œuvre à deux moments distincts, à savoir pendant la
saison sèche en octobre 2021 et lors de la saison humide en avril 2022.
Identification systématique de poissons
Pour chaque espèce de poissons présente dans l’estuaire de
Betsiboka, des échantillons ont été prélevés et enregistrés en utilisant leur
nom vernaculaire local. Les individus ont été soigneusement préservés en
utilisant soit une solution de formol à 10% ou de l'alcool à 70% dans des
bocaux hermétiquement scellés. L'identification des échantillons a été menée
au Laboratoire de l'Hydrobiologie, qui fait partie du Département Système
Aquatique et Cotier du Centre National de Recherches sur l'Environnement
Madagascar. Cette identification s'est basée principalement sur l'analyse des
caractères morphologiques externes des poissons. Pour ce faire, des guides
d'identification tels que le "Guide des poissons commerciaux de
Madagascar" de Bauchot, les ressources disponibles sur FishBase, ainsi que
des références issues de la littérature scientifique ont été utilisés comme
références.
Analyse statistique et traitement des données
Les données ont été systématiquement structurées en utilisant un
tableur Excel, puis traitées à l'aide du logiciel SPSS, en fonction des villages
d'intervention. L'analyse des indices écologiques, quant à elle, a été réalisée à
l'aide du logiciel RStudio, en utilisant le package Vegan. Les équations qui
décrivent les indices écologiques tels que la Richesse spécifique, l'Indice de
Shannon et Weaver (H’), l'Indice d'Équitabilité de Piélou (J’), l'Indice de
Similarité de Jaccard, et la Classification Ascendante Hiérarchique (CAH)
sont exposées dans la recherche menée par Lusasi et al. (2022).
2. Résultats
2.1 Richesse spécifique
Dans cette étude menée dans l'estuaire de Betsiboka, 8 159 individus
de poissons répartis en 63 espèces distinctes ont été recensés. Katsepy se
distingue en abritant la plus grande diversité spécifique avec 56 espèces de
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poissons, suivie de près par Boanamary avec 50 espèces. En revanche,
Marovoay et Maroala présentent une moindre diversité spécifique, ne
comptant respectivement que 26 et 24 espèces de poissons. Le tableau ci-
dessous illustre la diversité spécifique dans les quatre villages principaux du
l’estuaire de Betsiboka.
Tableau 1. Richesse spécifique de poissons dans les quatre villages du l’estuaire de
Betsiboka
Especes Kat Boa Mrv Mrl Especes Kat Boa Mrv Mrl
Acanthopagrus berda 1 1 1 1 Mugil cephalus 1 0 0 0
Ambassis gymnocephalus 1 1 1 1 Muraenesox bagio 1 1 0 0
Anguilla marmorata 0 0 1 1 Ophicephalus striatus 1 0 1 1
Anguilla mossambica 0 0 1 1 Oreochromis niloticus 0 0 1 1
Arius polystaphylodon 1 1 1 1 Otolithes ruber 1 1 1 0
Caranx ignobilis 1 1 0 0 Parastromateus niger 1 1 0 0
Caranx sexfaciatus 1 1 1 1 Pellona ditchela 1 1 0 0
Carcharhinidae 1 0 0 0 Penaeus sp 1 1 1 1
Carcharhinus sp 1 1 0 0 Platycephalus indicus 1 1 1 1
Clupea punctata 1 1 0 0 Plectorhinchus flavomaculatus 1 1 0 0
Cyprinus carpio 1 1 1 1 Plectorhinchus playfairi 1 1 0 0
Drepane punctata 1 1 0 0 Plectorhinchus plagiodesmus 1 1 0 0
Eleotris Fusca 0 0 1 1 Polynemus sp 1 0 0 0
Gobius giuris 0 0 1 1 Pomadasys maculatus 1 1 0 0
Elops machnata 1 1 0 0 Rastrelliger kanagurta 1 1 0 0
Epinephelus sp 1 1 0 0 Sardinella sp 1 1 0 0
Epinephelus sp 1 1 1 1 Scatophagus tetracanthus 1 1 1 1
Gerres filamentosus 1 1 0 0 Scomberoides tol 1 1 0 0
Gobius giuris 0 1 1 1 Scomberomorus commerson 1 1 0 0
Heterotis niloticus 1 0 1 1 Selar sp 1 1 0 0
Hilsa kelee 1 1 0 0 Siganus sp 1 1 0 0
Pellona ditchela 1 1 0 0 Sillago sihama 1 1 1 1
Istiophorus sp 1 0 0 0 Sphyraena forsteri 1 1 0 0
Johnius dussumieri 1 1 1 1 Sphyrna mokarran 1 1 0 0
Leiognathus sp 1 1 0 0 Stolephorus commersonnii 1 1 0 0
Lethrinus sp 1 1 1 0 Strongylura leiura 1 1 0 0
Liza macrolepis 1 1 1 1 Terapon jarbua 1 1 0 0
Lobotes surinamensis 1 0 0 0 Terapon theraps 1 1 1 1
lutjanus argentimaculatus 1 1 1 1 Torpedo sp 1 1 0 0
Macrobrachium rosenbergii 0 0 1 1 Trichiurus lepturus 1 1 0 0
Megalaspis cordyla 1 1 0 0 Tripterodon orbis 1 1 0 0
Megalops cyprinoides 1 1 1 1 Richesse specifique 56 50 26 24
Kat : Katsepy ; Boa : Boanamary ; Mrv : Marovoay ; Mrl : Maroala
2.2 Indice de Shannon
L'utilisation de l'indice de Shannon au niveau des quatre sites offre
une approche alternative pour évaluer la biodiversité ichtyologique entre les
stations du l’estuaire. Cet indice varie entre 0,90 à Maroala et 1,31 à
Boanamary. Les villages de Katsepy et Marovoay présentent la valeur de
l’indice de Shannon de 1.27 et 1.06 respectivement. La figure ci-dessous
illustre l'Indice de Shannon dans les quatre villages du l’estuaire de
Betsiboka.
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1.4 1.27 1.31
1.2 1.06
1 0.90
0.8
0.6
0.4
0.2
0
Katsepy Boanamary Marovoay Maroala
Figure 2. Indice de Shannon dans les quatre villages du l’estuaire de Betsiboka
2.3 Indice Equitabilité de Piélou
L'équitabilité mesure la régularité de la distribution des individus
parmi les différentes catégories taxonomiques présentes. Les valeurs
d'équitabilité présentent des variations entre les différents sites dans
l’estuaire de Betsiboka. Les valeurs d'équitabilité varient de 0,65 à Maroala à
0,77 à Boanamary. Katsepy affiche une équitabilité de 0,73 tandis que
Marovoay présente une valeur de 0,75. La figure ci-dessous illustre l'Indice
d'équitabilité de Piélou dans les quatre villages du l’estuaire de Betsiboka
0.78 0.77
0.76 0.75
0.74 0.73
0.72
0.7
0.68
0.66 0.65
0.64
0.62
0.6
0.58
Katsepy Boanamary Marovoay Maroala
Figure 3. Indice Equitabilité de Piélou dans les quatre villages du l’estuaire de Betsiboka
2.4 Indice de similarité de Jaccard
L'indice de Jaccard se montre être un outil essentiel pour évaluer la
similitude entre les différentes communautés d'espèces, en l'occurrence les
populations de poissons dans l’estuaire de Betsiboka. Ces valeurs d'indice
prouvent la part d'espèces partagées entre les différentes stations de
l'estuaire. Au cours de notre analyse, deux valeurs d'indice de Jaccard ont
retenu notre attention. L'indice entre Marovoay et Maroala s'élève à 0,92,
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illustrant une similarité notable. Ensuite, l'ensemble Katsepy et Boanamary
présente un indice élevé de 0,86. En revanche, les combinaisons impliquant
les autres stations établissent des valeurs comparativement plus faibles,
inférieures à 0,31 en termes de similarité d'espèces selon l'indice de Jaccard.
Le tableau suivant expose les résultats de cet indice de similarité appliqué
aux quatre sites du l’estuaire de Betsiboka.
Tableau 2. Indice similarité de Jaccard
Katsepy Boanamary Marovoay
Boanamary 0.86
Marovoay 0.30 0.31
Maroala 0.27 0.28 0.92
2.5 Classification hiérarchique
Sur la base de la richesse spécifique, la présentation graphique
dendrogramme résultant de la Classification Hiérarchique des 4 sites
d’interventions montre deux groupes. Les sites Maroala et Marovoay sont
proches l’une de l’autre en termes de la richesse spécifique et forment le
premier groupe avec une distance euclidienne de 2.82. Les villages de
Boanamary et Katsepy présentent une grande similitude et forment le second
groupe avec une distance eucludienne de 7.31. La figure suivante monte la
Classification hiérarchique des poissons selon les 4 villages d’intervention
dans l’estuaire de Betsiboka.
Figure 4. Dendrogramme de la classification hiérarchique des poissons selon les 4 villages
d’interventions dans l’estuaire de Betsiboka
3. Discussion
L'étude réalisée dans l'estuaire de Betsiboka a permis une analyse de
la diversité spécifique des poissons, identifiant 63 espèces distinctes. Ce
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ESI Preprints March 2024
résultat place l’estuaire de Betsiboka parmi les écosystèmes riches en
poissons.
Tableau 2. Richesse spécifique de quelques milieux estuariens et lagunaires à travers le
monde (complété d’après Albaret et Diouf, 1994 ; Albaret, 1994 et Baran, 1995)
L’étude met en lumière des variations de la richesse spécifique entre
les différentes zones de l’estuaire avec une tendance à augmenter vers l’aval
dans la zone marine. Une richesse spécifique plus élevée dans les zones
estuariennes, par rapport aux habitats d'eau douce, a été prouvée par des
différentes études (Martino & al., 2003 ; De Moura & al., 2012 ; Joo Myun
& al., 2020). Des processus tels que les gradients de salinité au sein de
l'estuaire ont été démontrés comme ayant une forte influence sur la richesse
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ESI Preprints March 2024
spécifique des poissons (Sosa-Lopez & al., 2007). Le peuplement est
structuré par le gradient de salinité croissant vers l’amont et se traduit par
une diminution de la richesse spécifique de la mer vers le haut de l’estuaire
(Albaret, 1987). La zone de Katsepy est riche en raison de l'afflux régulier
d'eau de mer, permettant l'accès à plusieurs espèces marines (Yoklavich &
al., 1991).
L'indice de Shannon est une mesure de la diversité spécifique qui
tient compte à la fois du nombre d'espèces présentes et de leur répartition
relative dans un écosystème donné. Un indice de Shannon plus élevé indique
une plus grande diversité spécifique dans l'échantillon considéré. Ainsi,
Boanamary présente la plus grande valeur d'indice de Shannon (1,31),
suggérant une plus grande variété d'espèces de poissons et une répartition
plus équilibrée entre ces espèces par rapport aux autres villages de l’estuaire.
L’indice de Shannon plus élevés peut être lié à une stabilité et une résilience
accrue de l'écosystème face aux perturbations extérieures (Magurran, 2004).
Cette observation pourrait être attribuée à divers facteurs, notamment des
conditions environnementales favorables, des habitats plus diversifiés. En
revanche, Maroala présente la valeur la plus basse de l'indice de Shannon
(0,90), ce qui suggère une diversité spécifique plus limitée ou une répartition
moins équilibrée entre les espèces de poissons observées dans cette zone.
L'indice d'équitabilité, également connu sous le nom d'indice de
Pielou, complète l'indice de Shannon en quantifiant la répartition relative des
espèces dans un écosystème. Dans l'étude portant sur les poissons de
l'estuaire et de l’estuaire de Betsiboka, cet indice a été utilisé pour évaluer
l'uniformité de la répartition des espèces dans quatre villages distincts. Les
résultats montrent des niveaux variables d'équitabilité entre les zones
étudiées. La zone de Boanamary, Marovoay et Katsepy présente une valeur
élevée d’équitabilité, indiquant une distribution relativement uniforme des
espèces de poissons présentes. Cette uniformité pourrait être le résultat d'une
diversité spécifique élevée combinée à une répartition plus équilibrée des
populations de poissons. Elle reflète également des conditions
environnementales propices pour les poissons dans cette zone, marquée par
la présence d'un écosystème de mangroves et de zones d'eau saumâtre
caractéristiques de l’estuaire. Les niveaux plus élevés d'équitabilité peuvent
contribuer à la stabilité et à la résilience de l'écosystème face aux
perturbations (Pielou, 1975).
L'indice de Jaccard se présente comme un outil essentiel pour évaluer
la similitude entre les diverses communautés d'espèces, notamment les
populations de poissons dans le contexte spécifique de l’estuaire de
Betsiboka. Deux valeurs d'indice de Jaccard ont retenu notre attention au
cours de cette analyse approfondie. L'indice de 0,92 entre Marovoay et
Maroala met en évidence une similitude remarquable, avec environ 24
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ESI Preprints March 2024
espèces de poissons partagées entre ces deux sites, prenant en compte la
richesse spécifique de chaque lieu. De façon similaire, l'association entre
Katsepy et Boanamary présente un indice de Jaccard élevé de 0,86, indiquant
une similitude substantielle avec environ 49 espèces de poissons partagées
entre ces zones.
La classification hiérarchique de la composition des poissons selon
les 4 villages d’interventions confirme aussi la formation de deux groupes
distincts parmi les quatre sites étudiés. Les sites de Maroala et Marovoay
démontrent une proximité en termes de richesse spécifique. La distance
euclidienne entre eux est mesurée à 2,82, soulignant une similarité plus
étroite entre ces deux zones en ce qui concerne la diversité des espèces de
poissons. De manière similaire, pour Katsepy et Boanamary, la distance
euclidienne observée est de 7,31, indiquant une similitude dans leur
composition spécifique de poissons.
En revanche, les associations impliquant les autres stations révèlent
des valeurs plus faibles d'indice de Jaccard. Cela suggère la présence
d'espèces communes à plusieurs sites, ce qui indique une valence écologique
élevée pour environ 15 espèces telles que Acanthopagrus berda, Ambassis
gymnocephalus, Arius polystaphylodon, Caranx sexfaciatus, Cyprinus
carpio, Epinephelus sp, Johnius dussumieri, Liza macrolepis, Lutjanus
argentimaculatus, Megalops cyprinoides, Penaeus sp, Platycephalus indicus,
Scatophagus tetracanthus, Sillago sihama, Terapon theraps. Ces espèces
montrent une adaptabilité étendue à différents environnements et conditions
écologiques.
Conclusion
Cette étude approfondie sur la population des poissons dans l'estuaire
de Betsiboka, au nord-ouest de Madagascar, a permis de mettre en lumière la
richesse spécifique et la diversité des espèces présentes dans cet estuaire. Les
résultats obtenus montrent des variations entre les différents villages
d'intervention, soulignant l'importance de l'emplacement géographique et des
conditions environnementales dans la distribution des populations de
poissons.
La richesse spécifique observée dans l'estuaire de Betsiboka, avec un
total de 63 espèces distinctes confirme la biodiversité exceptionnelle de cet
écosystème. L'analyse des indices écologiques tels que l'Indice de Shannon,
l'Indice d'Équitabilité de Piélou, et l'Indice de Similarité de Jaccard a permis
de mieux comprendre la structure des communautés de poissons dans les
différents villages. Ces indices soulignent les variations spatiales de la
diversité spécifique, de la distribution équilibrée des espèces et des
similitudes entre les différentes stations de l'estuaire. La classification
hiérarchique des villages d'intervention en fonction de la composition
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ESI Preprints March 2024
spécifique des poissons offre des perspectives sur la connectivité écologique
entre ces zones.
Cependant, malgré les connaissances acquises, des défis subsistent,
notamment en matière de conservation des écosystèmes estuariens face aux
pressions anthropiques croissantes. Il est essentiel de promouvoir des
pratiques de pêche durables, de préserver les habitats critiques tels que les
mangroves, et de mettre en œuvre des mesures de gestion efficaces pour
assurer la pérennité de la biodiversité et des services écosystémiques fournis
par l'estuaire de Betsiboka.
Remerciements
Nous exprimons notre gratitude envers le Projet DIDEM (Dialogue
entre la Science et les Décideurs pour la Gestion Intégrée des
Environnements Côtiers et Marins) pour son financement de cette étude sur
les poissons de l'estuaire de Betsiboka. Nos remerciements vont également à
l'équipe du DIDEM Madagascar et à l'observatoire pêche Betsiboka pour
leur contribution précieuse à la réalisation de ces recherches. Nous sommes
reconnaissants envers l'École Doctorale en Biodiversité et Environnement
Tropicaux de l'Université de Toliara pour avoir autorisé la collecte de
données sur le terrain. Nous tenons à remercier chaleureusement l'équipe du
Laboratoire Hydrobiologie du CNRE pour son accueil.
Conflits d'intérêt
Je certifie qu'il n'y a aucun conflit d'intérêt à déclarer, y compris tout
versement d'honoraires ou détention d'actions qui pourrait constituer un
conflit d'intérêt dans le contexte présent.
Études humaines et animales
Aucune étude spécifique sur les poissons n'a été entreprise au cours
de cette recherche. Notre échantillonnage s'est concentré sur l'identification
des poissons commerciaux, qui ne nécessitent pas d'autorisation de recherche
spécifique. Cette étude a été menée avec l'autorisation du Centre National de
Recherches sur l'Environnement à Madagascar (CNRE) et de l'École
Doctorale en Biodiversité et Environnement Tropicaux de l'Université de
Toliara.
Disponibilité des données: Toutes les données sont incluses dans le contenu
de l'article.
Déclaration de financement :Cette recherche a été financée par le Projet
DIDEM (Dialogue entre la Science et les Décideurs pour la Gestion Intégrée
des Environnements Côtiers et Marins).
[Link] 73
ESI Preprints March 2024
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