Les Réseaux Attentionnels Cérébraux
Les Réseaux Attentionnels Cérébraux
L’attention
B Michel
P Rameau
G Serratrice
Résumé. – L’attention est une activité cérébrale complexe basée sur la notion de réseaux attentionnels.
L’intégration des messages sensoriels se fait dans le lobe pariétal postérieur, le colliculus supérieur et le
pulvinar. Les réseaux exécutifs de concentration se situent dans le lobe frontal, surtout le gyrus cingulaire
antérieur. Enfin, le réseau de vigilance dépend du système réticulé activateur ascendant. Divers modèles de
réseaux attentionnels ont été proposés. La neuropsychologie cognitive fait intervenir les théories du filtrage et
les théories des ressources. Les troubles de l’attention en clinique opposent les déficits attentionnels
(syndrome de négligence) et les hyperattentions. Divers tests mesurent l’attention.
© 2000 Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés.
L’attention
Attention
soutenue
L’attention est une fonction, ou une activité cérébrale, diversifiée,
avec une composante positive de concentration ou de fixation sur
une pensée, l’exécution d’une tâche ou de réponse à une stimulation Focalisation Ressources Contrôle
Entrées attentionnelle attentionnelles attentionnel Sorties
sensorielle, pour laquelle le lobe préfrontal joue un rôle prééminent.
S’ajoute une composante perceptive sélective de réception d’un
message sensoriel, pour laquelle le colliculus, le pulvinar et le lobe
pariétal sont les éléments de base [43].
Réseaux Systèmes de
Déterminer les caractères et les mécanismes de l’attention a attentionnels neuromédiateurs
préoccupé de longue date les neurologues et les psychologues. 1 Le système attentionnel d’après Cohen (1993).
Opposée à la distraction, reliée aux systèmes d’éveil puis considérée
comme un filtrage de la surcharge d’informations entre systèmes
sensoriels et perception, son substratum neurophysiologique s’est phasique) et la sélection d’une information (l’attention sélective). À
peu à peu précisé : rôle du noyau réticulaire du thalamus, ces deux systèmes s’ajoute un troisième module, le système
intervention du cortex préfrontal, notion de réflexes d’orientation superviseur, de commande. Au total, l’attention assure la flexibilité
dont les voies sont le colliculus supérieur et le lobe pariétal du comportement en fonction d’une part de la recherche cohérente
postérieur, intervention des neurotransmetteurs, particulièrement la d’un but (c’est l’intentionnalité), d’autre part de la réaction à une
norépinéphrine et la dopamine. modification soudaine de l’environnement.
Dès lors deux groupes de théories de l’attention se séparent : les De sorte que l’attention n’est pas une opération mentale unitaire.
théories causales et les théories de l’effet [22]. Les théories causales Elle s’intègre d’une part dans un ensemble de processus
individualisent, parmi les mécanismes cérébraux, un réseau attentionnels nécessaires au traitement de l’information dans la
attentionnel. L’attention est dans ce cas un système distinct « focalisation » de l’attention, d’autre part dans un véritable système
individualisable. Les théories de l’effet considèrent l’attention attentionnel comportant [14] , outre la focalisation sélective, les
comme un produit passif, non localisable, représentant du courant ressources attentionnelles mobilisées par la concentration, le contrôle
de pensée. de l’activité mentale impliqué dans la conscience, l’attention
soutenue adaptant les variations à la vigilance (fig 1). Sur ce schéma
La théorie causale est habituellement préférée [20, 28, 43] et suppose un
se branchent les facteurs structuraux (c’est-à-dire les réseaux
processus modulaire et hiérarchisé [44] comportant à la fois un niveau
attentionnels) et les facteurs énergétiques (les systèmes
de vigilance (état d’alerte permanente, tonique ou intermittent,
neurochimiques).
De plus, s’ajoutent des formes variées d’attention : dimensions
qualitative (le tri d’une information parmi d’autres), quantitative
Bernard Michel : Neurologue des Hôpitaux.
Pascaline Rameau : Psychologue. (concentration allant au maximum à l’ignorance de toute autre
Unité de neurogériatrie, service de neurologie, hôpital Sainte-Marguerite, 13009 Marseille, France. information, dynamique soumise à diverses fluctuations). Dans un
Georges Serratrice : Professeur des Universités, praticien hospitalier, service de neurologie et maladies
neuromusculaires, centre hospitalier universitaire de la Timone, 1, chemin de l’Armée-d’Afrique,
autre sens s’opposent l’attention focalisée sur une source
13005 Marseille, France. d’informations unique et l’attention divisée par des stimulations
Toute référence à cet article doit porter la mention : Michel B, Rameau P et Serratrice G. L’attention. Encycl Méd Chir (Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS, Paris, tous droits réservés), Neurologie, 17-022-E-70,
2000, 9 p.
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multiples et simultanées ou même diffuse. L’attention partagée pose l’attention pour l’identification des objets. Elle reçoit des influx non
la question des limites de la capacité d’attention, base de ce qui sera seulement des autres aires visuelles mais de diverses zones
la théorie des ressources attentionnelles. corticales. Elle a des connexions directes avec le cortex pariétal
postérieur. Les neurones de l’aire V4 ont un rôle particulier dans la
modulation de l’attention. Les enregistrements unicellulaires
Réseaux attentionnels montrent un gain lorsqu’un seul objet est présenté mais une
atténuation en présence de distracteurs.
ARRIVÉE DES MESSAGES : SÉLECTION PRÉCOCE
OU TARDIVE EN MATIÈRE D’ATTENTION SÉLECTIVE STRUCTURES DU SYSTÈME ATTENTIONNEL
L’attention, processus éminemment sélectif qui l’oppose à la Organisées en réseau, elles se ramènent à trois zones principales
distraction, suppose l’arrivée au cortex cognitif, ou le choix par le dont dépendent :
cortex cognitif, d’un message privilégié parmi les innombrables et
permanentes informations et stimulations qui parviennent aux – l’intégration des messages sensoriels et la réaction d’orientation ;
organes des sens depuis l’environnement. Une question, à laquelle – les réseaux exécutifs de concentration ;
pour l’instant il n’est qu’imparfaitement répondu, est de savoir si la
sélection du message et l’élimination des messages parasites se fait – le système activateur, réseau d’alerte et de vigilance.
d’emblée et précocement (filtrage précoce) ou si cette discrimination
ne se fait que lorsque le cortex cognitif a analysé le contenu et la ¶ Interprétation des messages sensoriels
signification des diverses stimulations, rejetant celles qui ne sont pas et réaction d’orientation
souhaitées et concentrant l’attention sur un seul stimulus. Les études Plusieurs aires anatomiques sont impliquées [43]. Le circuit comporte :
neurophysiologiques sont en faveur d’une attention sélective
précoce en matière d’audition. Aucune conclusion définitive n’est – le lobe pariétal postérieur qui désengage l’attention de son point de
établie en matière de vision. fixation en cours ;
L’attention sélective répond à des caractéristiques temporelles – le colliculus supérieur qui, contrôlé par le cortex pariétal, déplace
étudiées par les techniques des potentiels évoqués et de champs l’attention, précédemment désengagée, sur une cible ;
magnétiques, recueillis en surface du crâne et générés par des
– le pulvinar qui limite le stimulus à la cible.
courants ioniques neuronaux lors de l’activité synaptique. Ainsi sont
produits des potentiels et des champs magnétiques reliés aux Lobe pariétal postérieur
événements.
L’exemple de l’attention sélective est celui de la « Cocktail party » où Le lobe pariétal postérieur joue un grand rôle dans le système
l’attention se focalise sur une conversation en essayant de ne pas attentionnel. L’effet le plus net de sa lésion est l’incapacité à se
entendre les autres conversations et les autres bruits. L’atténuation dégager d’un foyer d’attention vers une cible du côté opposé. Cet
est-elle précoce (avant l’analyse de leur contenu sémantique) ou effet est dû à la fois à une difficulté de déplacement attentionnel
tardive (lorsque les messages non souhaités ont été analysés avant vers le côté opposé et aussi à une hyperattention ipsilatérale. De
d’être rejetés) ? Les tests d’écoute dichotique font apparaître un plus, il existe une asymétrie hémisphérique. L’hémisphère droit est
potentiel négatif, N1, environ 100 ms après le stimulus. Ce potentiel dominant pour l’attention spatiale et contrôle l’attention des deux
N1 est précédé d’un potentiel négatif précoce Nd (negative difference) côtés de l’espace, tandis que l’hémisphère gauche ne contrôle que le
qui est d’origine différente de N100. Le potentiel Nd témoignerait de champ visuel du côté opposé, ce qui est vérifié par la caméra à
l’activation d’un composant endogène cortical spécifique de positons. L’hémisphère droit serait en outre influencé par l’aspect
l’attention (processing negativity). En outre, un mécanisme de gain global des figures, le gauche par les détails. Dans des épreuves
augmente l’amplitude du potentiel N100 situé dans le cortex auditif comportant de grandes lettres composées de petites lettres, lors
supratemporal. On tend à penser que la sélection auditive est d’une lésion de l’hémisphère droit, le patient voit les petites lettres
précoce et se situe dans le cortex temporal. La preuve s’en trouve mais pas l’organisation globale. L’inverse se produit en cas de lésion
dans un potentiel positif très précoce, 20 à 50 ms après le stimulus. de l’hémisphère gauche. Au total, le lobe pariétal a pour effet
Ce potentiel P20-50 attentionnel correspond à une activité analogue principal de désengager l’attention de son point d’attraction afin de
M20-50 dans le champ magnétique du cortex auditif. Ces résultats pouvoir l’attirer du côté opposé. En outre, une lésion pariétale
sont donc en faveur d’une sélection précoce corticale en matière augmente la latence des saccades du côté opposé, aussi bien
d’attention auditive. Le tronc cérébral ne joue aucun rôle. Seule volontaires que réflexes.
intervient une modulation thalamique en plus du contrôle cortical.
Le cortex temporal rejette les stimuli importuns, ce dont témoigne Colliculus supérieur
une composante négative (mismatch negativity) survenant avec une De très nombreuses informations sensorielles proviennent de
latence de 150 à 200 ms. Le composant négatif disparaît lorsque l’environnement et convergent vers certaines zones de neurones.
l’attention est focalisée. Une des zones les plus exemplaires est le colliculus supérieur dont
L’attention sélective visuelle a été l’objet de discussions identiques les couches profondes sont le lieu d’une grande concentration de
quant à une sélection précoce ou tardive, après la perception. Il ne neurones multisensoriels : visuels, auditifs et somatosensoriels. Le
paraît pas exister de réponse définitive. Les stimuli spatiaux (et non colliculus supérieur est fait d’une organisation laminaire en sept
les autres, par exemple colorés) donnent naissance à des potentiels couches avec des champs récepteurs spatiaux augmentant ou
dépendant de l’attention. Un potentiel positif P1 naît entre 70 et inhibant les réponses réciproques. Dans le temps, les stimulations
90 ms dans le cortex occipital dans l’aire préstriée, ce que confirme multisensorielles ont des latences différentes : 6 à 25 ms pour les
la caméra à positons. Il est suivi de deux potentiels négatifs, N1, de auditives, 12 à 30 ms pour les somatosensorielles, 40 à 120 ms pour
localisation occipitopariétale, et N2. Enfin, un potentiel plus précoce les visuelles, avec cependant des interférences. De plus les
de 50-60 ms provient d’un générateur situé dans le cortex strié stimulations multisensorielles ne sont pas seulement additives, mais
primaire dans la scissure calcarine. Les stimuli non spatiaux multiplicatives.
correspondent à des composants tardifs à longue latence de l’ordre L’intégration multisensorielle dans le colliculus supérieur dépend
de 150 à 350 ms. Il est possible que P1 ait un rôle dans la focalisation directement du cortex. Le cortex unimodal influence la réponse aux
de l’attention tandis que N1 agirait plutôt en supprimant les stimuli. Aucune réponse ne se produit si le cortex est désactivé. Les
informations parasites. projections venues du cortex convergeant sur le colliculus supérieur
Les influx provenant des aires visuelles, surtout V4, vont vers le proviennent essentiellement de deux régions : l’aire visuelle latérale
cortex temporal inférieur. L’aire V 4 a un rôle essentiel dans suprasylvienne qui entoure le sillon suprasylvien ; le sillon antérieur
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ectosylvien, région polysensorielle divisée en trois zones : Une lésion frontale entraîne donc une cascade d’événements
somatosensorielle, auditive, visuelle. Ces zones corticotectales ont anormaux : défaut de production de saccades oculaires volontaires
une influence primordiale sur les couches profondes du colliculus vers un signal controlatéral dans le champ visuel, désinhibition du
supérieur. colliculus supérieur ipsilatéral entraînant des saccades accélérées
Curieusement cet effet se limite au cortex unimodal. En contraste, le vers le champ visuel hétérolatéral et une réduction des actions
cortex multimodal ne répond pas à ce type d’organisation et les antisaccades.
voies, liées à la cognition, seraient différentes, en parallèle. Le cortex préfrontal joue également un rôle dans le maintien de la
Les neurones du colliculus supérieur, sur lequel convergent les préparation de l’attention dans le contrôle de l’attention spatiale. Il
projections corticales unimodales, projettent sur le tronc cérébral et envoie des projections au lobe pariétal postérieur et, comme le
la moelle épinière par le faisceau tectoréticulospinal croisé qui montrent les expérimentations animales de réponses oculaires
présidera aux comportements d’orientation de l’attention. retardées (après un bref signal précurseur et un enregistrement
monocellulaire), il stocke le signal préliminaire qui est l’objet d’un
Ainsi, le cortex unimodal utilise le colliculus supérieur comme un codage spatial. Puis, il transmet l’information à une zone homologue
substrat pour les associations multisensorielles. D’autre part le du lobe pariétal postérieur, cela dans deux processus, l’un tonique
colliculus reçoit divers messages ne provenant pas du cortex mais et prolongé de maintien de préparation à l’attention, l’autre tonique
ne peut les intégrer sans l’influence du cortex. Son effet est de et bref de sélection d’une cible.
déplacer l’attention, antérieurement désengagée par le cortex
pariétal postérieur, sur une cible. ¶ Système activateur, réseau d’alerte et de vigilance
Le système réticulé activateur ascendant, à la base de l’éveil, joue
Pulvinar un rôle important dans les performances de l’attention. Il comporte
Il intervient directement dans l’attention sélective. Le thalamus est de nombreux noyaux envoyant des projections. Les noyaux
directement connecté au colliculus supérieur et au cortex pariétal pontopédonculaires contiennent des neurones cholinergiques
postérieur. Dans le pulvinar prennent leur départ des projections projetant au cortex préfrontal et au thalamus. Le locus coeruleus est
vers les aires corticales visuelles. Le rôle du pulvinar est prouvé par noradrénergique et projette vers le cerveau antérieur. Les noyaux
des enregistrements unitaires de neurones lors de stimulations du raphé sont sérotoninergiques. À ces éléments s’ajoutent les
visuelles, par les micro-injections d’agonistes de l’acide gamma- projections dopaminergiques. La distribution est asymétrique,
aminobutyrique (GABA) qui altèrent l’attention controlatérale, notamment pour le pulvinar qui contient plus de noradrénaline du
tandis que les antagonistes du GABA facilitent ce déplacement de côté gauche.
l’attention. Les lésions du thalamus postérieur entraînent une Les projections coeruléocorticales ont un rôle primordial dans l’éveil
lenteur des réponses aux stimuli visuels du côté opposé. La caméra et l’attention. Elles se terminent dans le néocortex et dans
à positons scan montre une augmentation du débit sanguin dans le l’hippocampe. La déplétion coeruléocorticale expérimentale
thalamus controlatéral lors de taches complexes de discrimination provoque chez les rats des troubles importants de l’attention. Il
visuelle de couleur, de taille ou de vitesse de déplacement. devient distrait par le moindre bruit, et aussi lors des modifications
Le pulvinar est organisé en colonnes dans lesquelles le noyau de temps de stimuli. Chez des humains volontaires, la clonidine,
réticulaire, projetant sur les cellules principales du thalamus, a un qui diminue la noradrénaline, a un effet défavorable sur l’attention.
effet inhibiteur sur elles. Ainsi, un véritable circuit thalamique dans Le système dopaminergique, ascendant mésolimbique, intervient
le pulvinar aurait un effet sélectif sur l’attention, augmentant le plutôt par son effet sur la motivation et l’énergétisation du
passage dans certaines colonnes par rapport aux voisines. Il pourrait comportement. Sa déplétion chez le rat entraîne un retard du temps
ainsi se produire un effet de « porte », réduisant les stimulations de réaction. La dopamine a un effet sur le temps de préparation
distractives. motrice. Le système sérotoninergique ascendant est moins bien
connu, bien que sa déplétion améliore les performances. Le système
¶ Réseaux exécutifs de concentration cholinergique ascendant, mieux étudié, joue un rôle important dans
l’attention comme le montre l’effet de certains produits
Les réseaux exécutifs de concentration, de fixation de l’attention se (anticholinestérasiques, nicotine) dans les troubles attentionnels de
situent essentiellement dans le lobe frontal, notamment dans le la maladie d’Alzheimer.
gyrus cingulaire antérieur particulièrement activé, comme le prouve
l’augmentation du débit sanguin local, lors des opérations de NEUROCHIMIE DE L’ATTENTION
détection de cible et de choix visuel. La structure interne du gyrus Les notions précédentes permettent d’établir un schéma
cingulaire antérieur est faite de bandes alternées en étroite connexion neurochimique de l’attention.
avec d’une part le lobe pariétal postérieur, d’autre part le cortex
frontal dorsolatéral. Donc le gyrus est une zone de connexion entre ¶ Système dopaminergique
le lobe pariétal postérieur, intervenant dans l’attention spatiale, et le L’innervation dopaminergique du cortex préfrontal fut démontrée il
cortex frontal latéral, présidant à la composante sémantique de y a 20 ans chez les rongeurs [55] et, plus récemment, chez les
l’attention. Par ce biais, un contrôle volontaire est exercé aussi bien primates [10] et les parkinsoniens [50]. Des expériences chez des sujets
sur la fixation d’un objet, sur l’audition d’un bruit, sur une lecture, âgés normaux [60] ont établi le rôle de l’innervation dopaminergique
que sur une réflexion, un raisonnement, une pensée, la résolution dans les tâches attentionnelles. Le système méso-cortico-limbique,
d’un problème. Ainsi l’attention ne peut être dissociée d’un contrôle qui tire son origine de l’aire tegmentale ventrale du
volontaire. Une dissociation apparaît dans certaines conditions : lors mésencéphale [53], projette par sa branche mésolimbique sur le
du rêve où les événements ne peuvent être contrôlés, lors de lésions système limbique et par sa branche mésocorticale sur le cortex
du gyrus où les patients ont l’impression que quelqu’un d’autre préfrontal. Ainsi, le système dopaminergique méso-cortico-limbique
détermine leurs mouvements ou leurs pensées. Enfin, il est à noter a un rôle régulateur, assurant le fonctionnement optimal des
que le gyrus cingulaire antérieur reçoit un important contingent systèmes exécutifs sur lesquels il projette. Lors d’un stimulus, la
dopaminergique des ganglions de la base, ce qui rend compte des formation réticulée activatrice active l’ensemble des neurones
difficultés attentionnelles dans la maladie de Parkinson et aussi dans dopaminergiques. Parallèlement, les systèmes exécutifs modulent
la schizophrénie. l’activation des voies dopaminergiques dont le fonctionnement est
Le lobe frontal est impliqué dans la génération des saccades ajusté pour une réponse comportementale adaptée [54].
oculaires endogènes. Sa lésion entraîne une augmentation de leur
latence. De plus, il envoie des projections à effet inhibiteur dans le ¶ Système cholinergique
tronc cérébral et sa lésion crée une désinhibition, donc une Les lésions du noyau basal de Meynert chez les rongeurs entraînent
diminution de latence des saccades réflexes à un signal extérieur. une altération des capacités discriminatives. Chez le primate de
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telles lésions entraînent des modifications comportementales dans sites qui modulent l’attention (tubercules quadrijumeaux et
la prise de décision, montrant que l’acétylcholine pourrait jouer un thalamus) ; les sites qui contrôlent la réalisation attentionnelle
rôle dans les processus attentionnels. Chez l’homme enfin, la (cortex préfrontal).
scopolamine induit des troubles majeurs de l’attention soutenue.
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Effecteur Étapes
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ATTENTION SOUTENUE
dans la mémoire. Elle opère indépendamment du contrôle du sujet
et laisse libre cours à l’attention consciente, de capacité limitée, mais Elle dépend de l’éveil et de la vigilance.
susceptible d’intervenir à tout étape du traitement de l’information.
¶ Éveil
¶ Flexibilité cognitive Les propriétés de la formation réticulée activatrice [37], la relation
Les automatismes inconscients s’opposent aux processus entre les niveaux d’activation et les comportements [33] ont fait
contrôlés [45]. L’organisme est doté d’un grand nombre de modules considérer la formation réticulée comme une composante du
automatiques pré- ou postcâblés [17]. Le modèle de Anderson [2] système réticulocortical qui participe au contrôle de l’éveil. Les sites
considère que l’automatisation est une transformation cognitive qui cérébraux responsables de l’éveil ne sont pas superposables à ceux
se caractérise par une élimination progressive de l’attention. Selon qui sont activés lors de l’attention et l’éveil ne constitue qu’une
Paillard [40], le traitement cognitif est dirigé par les représentations condition nécessaire à l’exercice des processus attentionnels.
dont nous disposons qui alimentent une mémoire
représentationnelle extraite de l’environnement, constituant un ¶ Vigilance
modèle interne. Le fonctionnement contrôlé conscient et intentionnel La différence entre éveil et vigilance porte moins sur la nature des
exige de l’attention [52] . Le superviseur conscient se sert des processus que sur les méthodes d’étude de leurs manifestations. La
processus attentionnels pour contrôler les informations contenues vigilance est définie [19] comme un état de haut niveau d’efficience
dans la mémoire représentationnelle, à l’aide des processus du système nerveux central. La vigilance est l’état de préparation
d’évocation il fournit une représentation consciente des événements nécessaire pour détecter et répondre aux plus petits changements
en cours de traitement [21]. Le système cognitif est parfois analysé en apparaissant dans l’environnement à des intervalles de temps
deux plans [39] : dans le premier sont conservées toutes les actions aléatoires [34]. Les processus attentionnels sont d’une autre nature que
routinières, fonctionnant comme des sous-programmes, sans les processus de vigilance, mais les fluctuations ultradiennes,
contrôle volontaire et sans attention ; le second correspond à un circadiennes et infradiennes de l’efficience attentionnelle sont
schéma comportemental complexe, contrôlé durant l’élaboration et incontestables. La diversité des effets susceptibles d’en modifier les
pendant la mise en œuvre du plan. Deux systèmes de contrôle effets rend problématique l’hypothèse d’une détermination exclusive
apportent des modifications dans l’exécution d’un plan : le des fluctuations à partir des déterminants biologiques. Toutefois, les
gestionnaire des priorités de déroulement et le système attentionnel arguments en faveur de l’origine biologique de ces rythmes
superviseur (fig 5). endogènes sont nombreux (horloges internes).
La théorie de l’intégration des attributs [57] considère que l’attention Enfin, l’attention s’accompagne d’une activité musculaire
est une fonction d’assemblage des « attributs », c’est-à-dire des enregistrable sur un électromyogramme montrant qu’être attentif
caractères des informations. Si la cible ne comporte qu’un attribut, c’est avoir une orientation de tout le corps. Ainsi s’ajoutent :
l’attention est automatique. Elle devient recherche contrôlée si la
cible a deux attributs conjugués (couleur et forme par exemple) et la – la préparation perceptive, activant les représentations de
performance est plus longue. L’attention construit la perception par l’événement ;
assemblage, tout en éliminant les caractères non pertinents. Dans le – la préparation motrice, établissant des priorités dans la conduite ;
cas de l’attention visuelle, la détection des attributs serait le fait de
– la préparation temporelle.
la vision périphérique, l’intégration des attributs en un objet
dépendrait de la vision centrale.
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¶ Syndromes de déficit attentionnel chez le singe créent une négligence localisée à l’espace personnel.
Celles de l’aire 8, une négligence de l’espace extrapersonnel. Ces
Syndrome d’extinction sensorielle constatations pourraient faire rejeter l’hypothèse d’une séparation
fonctionnelle entre les mécanismes attentionnels et ceux de
L’extinction sensorielle apparaît lorsque, lors d’une double
l’incitation motrice, l’attention spatiale étant la conséquence de
stimulation simultanée d’un même champ perceptif, un seul
l’action dirigée. De plus, la négligence motrice ne paraît pas être,
stimulus est ressenti. C’est donc un processus par lequel une
comme il avait été suggéré, un trouble purement intentionnel, et est
sensation disparaît ou un stimulus devient imperceptible quand une
sans doute très liée à la négligence sensorielle [30]. Ainsi, pourraient
autre sensation est évoquée par un stimulus simultané à un autre
se rapprocher négligence sensorielle attentionnelle et négligence
point du champ sensoriel. L’extinction visuelle en est un exemple.
motrice intentionnelle. Cependant, une assimilation totale n’est pas
L’extinction auditive se produit lorsque des sons, qu’ils soient
possible, ne serait-ce que par l’implication de réseaux neuronaux
identiques ou différents, sont émis simultanément et à même
différents pour les activités motrices projectives et le désordre
distance de chacune des deux oreilles.
attentionnel de l’héminégligence. Quoi qu’il en soit, les lésions sont
Trois phénomènes différents sont classés comme extinction sensitive. souvent localisées à l’hémisphère mineur, dans la partie
L’alloesthésie est le transfert d’une perception sensitive d’un inféropostérieure du lobe pariétal, le cortex frontal dorsolatéral, le
stimulus au côté controlatéral du champ perceptif. La synesthésie pulvinar et les noyaux thalamiques infralaminaires.
est la sensation de double stimulation lorsqu’une seule est
réellement effectuée [25]. Cette sensation d’une deuxième stimulation ¶ Syndromes d’hyperattention
siège le plus souvent du côté controlatéral au stimulus réel.
L’exosomesthésie est une perception extracorporelle [51]. Syndrome hyperkinétique de l’enfant
Il groupe les symptômes suivants : baisse de l’attention,
Syndrome d’héminégligence hyperactivité, distractibilité, irritabilité, performances scolaires
faibles, troubles du sommeil. Il se trouve plus souvent chez les
Lors d’une lésion unilatérale, le plus souvent droite du cerveau, peut
jeunes garçons, les symptômes étant nets vers 6 ans. La baisse
apparaître un déficit attentionnel au cours duquel le patient ignore
attentionnelle et l’hyperactivité sont des éléments majeurs du
les événements survenant dans la moitié opposée de l’espace
tableau clinique. Ces deux principaux symptômes, associés à
extrapersonnel, sans avoir de trouble perceptif comme une
l’efficacité des amphétaminergiques (Ritalinet) font penser à un
hémianopsie. Ce syndrome est caractérisé, par exemple, par l’oubli
dysfonctionnement de la formation réticulée [ 3 2 ] car les
de consommer la nourriture se trouvant dans la partie gauche de
amphétamines produisent leurs effets lors de leur passage dans cette
l’assiette ou la lecture limitée à la moitié droite du texte. La
structure. Les troubles attentionnels seraient la conséquence d’une
physiopathologie de l’héminégligence est encore en discussion et
hypersensibilité attentionnelle à tout stimulus extérieur, sans
trois mécanismes ont été proposés qui ne s’excluent par
possibilité de filtrage [63].
forcément [40]. Le premier mécanisme évoque un trouble de la
représentation mentale de l’espace, par rapport à une référence Syndrome d’hyperattention de l’hémisphère droit
égocentrique. Le second mécanisme, véritablement attentionnel,
Chaque hémisphère porterait son attention sur l’hémiespace
interprète l’héminégligence comme un défaut d’attention spatiale
controlatéral en inhibant l’hémisphère opposé [27]. Le cerveau normal
hétérolatéral. À l’état normal [ 2 7 ] , l’hémisphère gauche est
a une tendance à l’orientation vers la droite par l’influence de
prépondérant dans le contrôle de l’attention, orientant l’attention
l’hémisphère gauche. Les lésions de l’hémisphère droit déterminent
vers le côté droit. L’héminégligence a été attribuée à un trouble de
une négligence gauche par exagération de cette orientation droite
l’orientation automatique de l’attention, les patients étant attirés par
physiologique, tandis que les lésions de l’hémisphère gauche ne
les stimuli visuels ipsilatéraux [18] . Un troisième mécanisme,
provoquent que rarement une héminégligence droite. La négligence
intermédiaire entre les deux précédents, subordonne l’attention à
gauche ne refléterait pas un déficit attentionnel, mais une
l’exécution d’un programme moteur. Une étape prémotrice
hyperattention droite [5].
focaliserait les actions dirigées dans l’espace et activerait les
structures corticales dans lesquelles l’espace est représenté [49]. Plainte mnésique et hyperattention
Les troubles attentionnels ne sont pas le signe le plus précoce de la
Syndrome de négligence motrice maladie d’Alzheimer [36] qui reste la difficulté à récupérer la trace
On appelle négligence motrice un syndrome dominé par la sous- mnésique dans les stratégies de rappel différé, témoignant d’une
utilisation des capacités motrices d’un hémicorps, où tout se passe atteinte hippocampique [36]. Avant que n’apparaissent les troubles de
comme si les patients oubliaient, négligeaient de mettre en œuvre la métamémoire de type feeling of knowing qui ne sont qu’un élément
cet hémicorps [16]. Le tableau clinique de ce syndrome de négligence des troubles du jugement engendrés par la diffusion des lésions de
motrice comporte un défaut d’utilisation spontanée du membre, une la maladie aux lobes frontaux, le dysfonctionnement
hypométrie, une mauvaise adaptation du membre atteint à hippocampique, encore compensé, est conscient. Il est à l’origine de
l’environnement (oubli d’un membre dans une position la plainte mnésique qui pourrait prendre son origine dans le
inconfortable), une perte de mouvements automatiques, en superviseur attentionnel [ 3 9 ] , entraînant un syndrome
particulier du balancement du bras à la marche, et une baisse ou d’hyperattention afin de compenser par un hypercontrôle les
une absence de réactions posturales, enfin, une abolition de la processus automatiques de rappel déjà défaillants.
réponse d’évitement aux stimulations nociceptives. Cette négligence
est réversible si le patient porte son attention sur l’hémicorps TROUBLES ATTENTIONNELS EN PATHOLOGIE
jusque-là laissé de côté. Ce comportement de négligence est
secondaire à un trouble primitivement moteur [13, 30]. Ceci est étayé ¶ Troubles attentionnels et traumatisme crânien
par des expériences sur des singes [61] héminégligents par lésion Les troubles attentionnels font partie du tableau du syndrome
frontale ou pariétale, conditionnés à effectuer un geste du côté postcommotionnel. Les patients ressentent des difficultés de
opposé à un stimulus cutané. Le comportement de négligence mémoire, d’attention et de concentration, avec impossibilité
motrice n’est alors pas déterminé par le côté du stimulus cutané d’entreprendre deux actions simultanément. Il s’agit de troubles de
mais par le côté répondant. Cependant, l’association à une l’attention divisée [9] et aussi de ralentissement du traitement de
négligence sensorielle est très fréquente. Les lésions sont le plus l’information [58].
souvent hémisphériques droites surtout pariétales postérieures,
thalamiques, frontales, donc avec une topographie identique à celle ¶ Troubles attentionnels et schizophrénie
de la négligence sensorielle. Une conception unitaire [49] se base sur Les troubles de l’attention dans la schizophrénie sont fréquents. Les
des données expérimentales. Les lésions du lobule pariétal inférieur troubles du langage et de la pensée sont liés aux troubles de
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l’attention, les troubles de l’attention eux-mêmes étant liés aux ¶ « Symbol digit modality test » de Smith
troubles de la volition. Les troubles de l’attention seraient
secondaires à une perturbation de l’affect et, plus précisément, à un C’est un codage et une transformation de symboles abstraits en
défaut d’investissement émotionnel dans les stimuli environnants. chiffres appariés. Cette tâche utilise de nombreuses ressources
Les schizophrènes, du fait de leurs troubles de l’attention, cognitives et n’est donc pas spécifique de l’attention.
laisseraient entrer des informations non pertinentes, d’où la
survenue de délires et d’hallucinations. ¶ « Stroop test »
¶ Troubles attentionnels et démence Il consiste à présenter des mots colorés dont le sujet doit déterminer
la couleur de l’encre. La tâche, facile lorsque les items sont des non-
La démence à corps de Lewy [11] se caractérise par des fluctuations mots, devient plus difficile lorsque les items sont des mots et très
des fonctions cognitives avec variations prononcées de l’attention, difficile lorsque les items sont des noms de couleur différents du
des hallucinations visuelles, des symptômes parkinsoniens [41].
mot correspondant à la couleur de l’encre.
¶ Test de barrage de Zazzo Il consiste en une série de cartes sur lesquelles figurent des stimuli
caractérisés par leur nombre (2 ou 4), leur position (en haut ou en
Il consiste à biffer sur une feuille de papier des lettres qui sont bas), leur couleur (rouge ou verte), leur taille (petit ou gros) et leur
identiques à la ou aux cibles indiquées. Il est utile pour déterminer forme (carré, triangle, rond ou hexagone). Le sujet propose une carte
une héminégligence. et l’expérimentateur dit « correct/incorrect » selon une règle définie
à l’insu du sujet. Après une série de réponses « correct »,
¶ « Serial addition » et « serial soustraction » de Smith
l’expérimentateur change alors de critère et le sujet doit découvrir la
Ils consistent à demander au sujet d’additionner ou de soustraire de nouvelle règle. Les patients porteurs de désordres frontaux
tant à tant à partir de telle valeur, jusqu’à l’arrêt de l’examinateur. éprouvent de grandes difficultés pour réussir ce test.
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