L'EMPIRE
Les trois consuls provisoires désignèrent eux-mêmes les membres des assemblées sans
attendre la formation des listes de notabilités. Quant aux consuls, le Sénat n'intervint pas dans
leur nomination. Le Premier, étant donné les cir¬constances, ne pouvait être que Bonaparte.
Celui-ci désigna lui-même le second et le troisième consuls.
• LA CENTRALISATION ADMINISTRATIVE. La Révo¬lution avait partout fait élire les fonctionnaires.
Bonaparte les nomma lui-même et les mit dans son entière dépendance. Il confia
l'administra¬tion du département à un préfet assisté d'un sous-prefet par arrondissement. A
son tour, le préfet nommait et révoquait les maires et les conseillers municipaux. (Les maires
des grandes villes furent désignés directement par Bonaparte.) Les juges furent également
nommés par le Pre¬mier Consul mais il leur accorda le privilège d'être inamovibles. Jamais
encore la centralisation n'avait été poussée aussi loin.
• PLÉBISCITE ET DROIT DIVIN. Bonaparte ne négli¬gea aucun moyen pour fortifier son pouvoir. Il
affecta d'abord de le fonder sur le consente¬ment de la nation. En réalité il demandait
seu¬lement aux Français de ratifier un fait accompli. Il leur demanda par un plébiscite s'ils
approu¬vaient la Constitution de l'an VIII mais il l'avait mise en application sans attendre les
résultats. Deux ans après, par un second plébiscite il se fit nommer consul à vie (1802). Enfin,
un troisième plébiscite ratifia la décision du Sénat qui l'avait proclamé Empereur des Fran¬çais
le 18 mai 1804. A chaque fois on recensa plus de 3 000 000 de oui contre moins de 10 000 non.
Empereur, Napoléon associa au principe révolu¬tionnaire de la souveraineté de la Nation, le
prin¬cipe d'Ancien Régime de la souveraineté de droit divin. Il fit venir à Paris le Pape Pie VII et il
se fit sacrer par lui dans la cathédrale Notre-Dame le 2 décembre 1804.
Le régime devint plus despotique encore que sous le Consulat. Le Tribunat fut supprimé en
1807. Au lieu de convoquer le Corps législatif, Napoléon légiféra souvent par décrets rédigés en
Conseil d'État.
En même temps, toutes les libertés disparurent. Une police d'État, dirigée par Fouché, enveloppa,
la France entière. Une décision de l'Empereur ou du ministre suffisait à faire arrêter « par mesure
de sécurité». Un décret de 1810 permit d'inter¬ner ceux « qu'il n'était convenable ni de traduire
devant les tribunaux, ni de mettre en liberté ». Tout naturellement aussi, Napoléon ne laissa
aucune liberté aux écrivains. Les journaux, les livres, les pièces de théâtre furent soumis à une
censure sévère.
A l'exemple des Bourbons, Napoléon s'entoura d'une cour somptueuse puis il créa une noblesse
impériale. Les titulaires de certaines fonctions furent de droit comtes ou barons; ses ministres,
ses maréchaux reçurent le titre de duc ou de prince. C'était une atteinte au principe d'égalité.