Etude, conception et réalisation d’un séchoir
solaire indirect
Résumé
Les estimations des pertes des produits agricoles après la récolte, dans les pays en voie
de développement, sont de l’ordre de 40% de la production globale, et peuvent, dans des
conditions défavorables, atteindre jusqu’à 80%. La cause principale est le manque ou le peu
de moyens de conservation. Le séchage représente une méthode efficace à moindre coût, qui
permettrait de récupérer le surplus, de réduire ainsi les pertes et de contribuer à accroitre de
manière significative la disponibilité de la nourriture dans ces pays. Le séchage traditionnel,
(à l’air libre), méthode de conservation des aliments la plus simple et la moins coûteuse est la
plus répandue dans les pays en développement. Néanmoins elle pose de nombreux problèmes,
tels que l’exposition à la poussière et à la pluie, la disponibilité d’une grande surface de
séchage, un temps de séchage long, la difficulté à contrôler le processus de séchage et
généralement une perte de la couleur et des valeurs nutritives du produit.
Pour pallier à ces inconvénients, l’utilisation des séchoirs solaires paraît être une
solution attractive. Ces systèmes respectent l’environnement et représentent une application
prometteuse de l’énergie solaire. De plus, le séchage solaire permettra d’améliorer les
opportunités financières pour les agriculteurs par rapport aux méthodes de séchage
traditionnelles. En effet, les séchoirs solaires généralement fabriqués avec des matériaux
locaux à faible coût et faciles à utiliser, permettront de réduire les pertes de récolte et
d’améliorer la qualité du produit séché. De nombreux chercheurs rapportent les avantages des
séchoirs solaires par rapport à la méthode de séchage en plein air.
Dans la région d’Adrar, les agriculteurs ne peuvent faire face au surplus des récoltes de
tomate et de henné et enregistrent chaque année, d’énormes pertes. Aussi, l’objectif de notre
travail consiste à développer un séchoir solaire indirect à convection naturelle pour le séchage
des produits agro-alimentaires et/ ou médicinales de ces régions sahariennes. Ce type de
séchoir simple à réaliser et d’un coût abordable permettra de sécher une grande quantité des
produits pendant une courte période de temps, tout en maintenant la qualité du produit.
Pour ce faire, une nouvelle conception de séchoir solaire indirect est proposée avec des
modifications significatives du séchoir conventionnel. Ainsi et afin d’augmenter la surface
d’absorption et d’améliorer la performance du séchoir en hiver, le capteur utilisé est doté de
deux absorbeurs, l’un vertical et l’autre horizontal. Par ailleurs et dans le but de permettre à
l’air asséchant de sécher de grandes quantités de produit de manière uniforme, la chambre de
séchage est relativement grande (2x1x1m), avec une hauteur appropriée.
Le séchoir choisi, est de conception artisanale. Il est fabriqué à partir de matériaux
locaux, n’utilisant pas de techniques sophistiquées, qui sont fort coûteuses, ni de main
d’œuvre spécialisée.
Le nouveau séchoir solaire indirect à convection naturelle a été étudié, conçu, construit
et testé dans les conditions climatiques de la région d’Adrar. Les phases réalisation et
expérimentation ont été précédés par une modélisation du séchoir. Les bilans thermiques de
ses principaux composants, chambre de séchage et capteur solaire, ont été établis et les
équations résultantes résolues par la méthode de Range Kutta de 4ème ordre. L’effet de
nombreux paramètres sur la cinétique de séchage a été examiné. Afin de valider d’une part,
les résultats numériques et de démontrer d’autre part, l’efficacité du prototype proposé, des
compagnes de mesure de nombreux paramètres (rayonnement solaire, températures des
absorbeurs horizontal et vertical du capteur solaire, températures dans et à la sortie de ce
dernier, température et humidité de l’air asséchant, teneur en eau des produits tomate et
henné), ont été menées les 19 Janvier, 08 Mars, 07 Juillet et 07 Octobre, soit, une journée par
saison (hiver, printemps, été et automne). L’analyse des résultats obtenus a conduit aux
observations suivantes :
- Les températures de l’absorbeur vertical peuvent atteindre les 64°C, 52°C, 84°C et 71°C
respectivement, les journées des 19 Janvier, 08 Mars, 07 Juillet et 07 Octobre. Les
températures maximales de l’absorbeur horizontal pour ces journées, sont respectivement de
66°C, 72°C, 89°C et 72,5°C. Ainsi en période hivernale lorsque les conditions
météorologiques sont défavorables, l’absorbeur vertical contribuera à améliorer l’efficacité du
séchoir solaire.
- Les températures maximales de l’air à la sortie du capteur, de 45°C, 47°C, 71°C et 52°C,
respectivement les journées des 19 Janvier, 08 Mars, 07 Juillet et 07 Octobre, dépassent
largement (de près de 24°C, 20°C, 31°C et 18°C), les valeurs maximales des températures
ambiantes enregistrées, au cours de ces journées. Ces valeurs démontrent que la température
de l’air asséchant est largement suffisante et adéquate pour le séchage des produits étudiés et
cela même en période hivernale, pour les feuilles de henné.
- Le séchoir solaire indirect proposé permet, par rapport au séchage à l’air libre, de réduire le
temps de séchage des feuilles de henné de 52 % (journée du 19 Janvier) 36 % (journée du 08
Mars) et 12 % (journée du 07 Juillet) et de 17% pour le séchage de la tomate, tout en
préservant la qualité (couleur et propreté) des produits.
- Le temps de séchage est plus court dans un séchoir solaire direct que dans le séchoir solaire
indirect proposé. Néanmoins, les températures de l’air asséchant trop élevées, pouvant être
atteintes jusqu’à 100°C, dans le premier, ne conviennent pas au séchage des produits
agroalimentaires et plantes médicinales, dont la qualité sera affectée voire détériorée
(brulures).
Les résultats obtenus encouragent fortement l’installation du séchoir solaire indirect
proposé en milieu saharien. Un tel dispositif permettra sans aucun doute à conserver le
surplus des récoltes de produits agroalimentaires et de plantes médicinales et à limiter voire
supprimer, ainsi les pertes importantes, enregistrées chaque année, ce qui contribuera sans
aucun doute au développement socio-économique de ces régions désertiques.
La comparaison des résultats numériques obtenus, à ceux d’autres auteurs et à nos
résultats expérimentaux a permis de valider notre modèle.
Le travail entrepris dans le cadre de cette thèse ouvre la voie à de nombreuses autres
pistes de recherche (système de stockage d’énergie à utiliser durant la nuit et ou en l’absence
du rayonnement solaire, propriétés organoleptiques et leur évolutions au cours du séchage
etc.).