Rotations et assolements en agriculture
Rotations et assolements en agriculture
ROTATIONS ET ASSOLEMENTS
par
Jacques Boyeldieu
Ingénieur Agricole Professeur à l’Institut National Agronomique Paris-Grignon (INA–PG)
SOMMAIRE ANALYTIQUE
I. Définitions et objectifs (1 à 4)
II. Fondements naturels de la rotation ou de l’alternance des cultures (5 à 29)
A. Cultures répétées ou cultures alternées (5 à 8)
B. Facteurs du milieu physique (9 à 16)
1. Climat (10 à 15)
2. Sol (16 et 17)
C. Facteurs biologiques (18 à 29)
Liste 1. Parasitisme (19 à 21)
2. Flore adventice (22 à 27)
3. Phénomènes d’allélopathie et autres effets de précédents (28 et 29)
V. Conclusion (65)
I n dex
Glossaire
F
1
M
N
J
Plante
O N D J
A M
Demi-jachère
A
O
Jachère sarclée 2
Blé
S
J J A
d’hive
3 r
A
A S
Récolte Céréale
Blé d’hiver
S
J
S
Sem secondaire
O
is (de printemps) Récolte
J
J
Récolte du blé
O
M
M
N D A
A N J F M
M D
F J
Demi-jachère
Implantation
Liste
Récolte Implantation R Semis
AS O N D J F M A M
Implantation JJ M F J
M A J Ta b l e
A J
M
FM
Ray-grass
A
Récolte
JJ
1 2 d’Italie
Plante Blé Implantation
AS O N D J
AS
Maïs
N
Fourrages
Récolte I n dex
S
S
4 3 Blé d’hiver Implantation
F
JJ
ray-grass
M
J
A
A
N
M
J
M JA Récolte du blé D
J F S O M
N D A J
M F Glossaire
Implantation Récolte (fin)
Les nématodes à kyste de la pomme de terre obligent égale- effets résiduels néfastes, en particulier à réduire les ris-
ment à faire un choix judicieux des cultivars mis en place. ques d’explosion de certains compétiteurs des végétaux
Il faut mentionner l’intérêt écologique présenté par cultivés.
l’association ou le mélange de cultures différentes, ou de Ainsi l’introduction d’une « coupure », c’est-à-dire d’une
cultivars différents d’une même espèce. plante très différente de la culture précédente, est intéres-
Cette pratique ancienne, encore répandue dans les régions sante dans la mesure où elle abaisse par elle-même, ou
du globe où le travail agricole reste essentiellement permet de diminuer par des techniques appropriées, le
manuel, permet de valoriser au mieux le potentiel du niveau des risques encourus lors du retour à la culture
milieu et de limiter certains risques culturaux. C’est le cas précédente.
de la juxtaposition de quelques lignes de maïs et de bandes Des cultures dérobées (inter-cultures) ou des cultures
de cultures basses (haricots, cucurbitacées, pommes de intercalaires conduites dans un intervalle séparant deux
terre…), dans une même parcelle. C’est aussi le cas des cultures principales peuvent parfois jouer ce rôle de cou-
associations fourragères de graminées et de légumineuses. pure.
Les études les plus poussées sur ces associations ont été
conduites sur les « cultures en strates » dans les Oasis. B. Facteurs du milieu physique
Mais le simple mélange de plusieurs variétés d’une 9.– Le climat et le sol sont les données fondamentales de
céréale permet déjà de freiner la rapidité d’extension de l’exploitation agricole. Certes les progrès techniques à la
certains parasites. disposition de l’agriculture permettent à l’exploitant de
8.– La rotation ou l’alternance des cultures ne peut se lever certaines contraintes du milieu, mais les coûts de
réduire à un simple changement d’espèce cultivée, mais ces interventions ne permettent pas toujours de les met-
inclut une série d’interventions destinées à supprimer les tre en œuvre.
influence. Ils découlent essentiellement des conditions teur pour nettoyer ses champs par des déchaumages,
climatiques et de la présence d’un inoculum. Au con- labour, etc. Ce travail constitue ce qu’on nomme parfois
traire les champignons, insectes, nématodes et autres une demi-jachère. Aujourd’hui on peut utiliser une telle
ennemis transmis ou conservés par le sol doivent être période pour détruire chimiquement certaines herbes
pris en considération pour l’établissement de la succes- particulièrement difficiles à détruire, comme les vivaces
sion des cultures et des pratiques culturales. Ils consti- (chiendents, liseron, chardons, prêles, etc.) avec des pro-
tuent le parasitisme tellurique. C’est en effet toute l’his- duits très actifs mais non sélectifs, comme le glyphosate
toire culturale de la parcelle, parfois sur plusieurs années, (cf. fig. 1 à 4) ou pour implanter deux cultures dérobées.
qui aboutit à un certain niveau de population du parasite 26.– La prolifération de certaines adventices difficiles à
sur place, peut modifier son agressivité et se traduit par détruire conduit souvent à modifier une rotation afin de
un risque déterminé de nuisibilité du parasite dans la cultiver des plantes qui permettront de lutter contre ces
culture en cours. adventices.
21.– Lorsqu’il s’agit d’ennemis plus polyphages, l’alter- Bien entendu, ceci est fonction des possibilités techniques
nance de cultures n’apportera pas toujours d’améliora- du moment, puisque de nouveaux herbicides apparaissent
tion sanitaire. chaque année, qui modifient les conditions de lutte.
L’étude de la biologie et de l’écologie de chaque parasite
27.– En conclusion, la rotation des cultures doit s’envisa-
nous renseignera sur les possibilités de rompre les cycles
ger parallèlement avec l’examen des techniques cultura-
parasitaires.
les pratiquées ou envisageables, et généralement de
l’ensemble des facteurs phytotechniques, dont au pre-
Liste 2. Flore adventice mier chef les méthodes mécaniques et chimiques de lutte
22.– Les mauvaises herbes (adventices) ont constitué de contre les mauvaises herbes.
tout temps un souci pour l’agriculteur, et la rotation lui a De plus en plus, on y adjoint une rotation ou un change-
permis d’améliorer l’efficacité de sa lutte par deux voies : ment des matières actives utilisées, contre les ennemis
Ta b l e d’abord directement, la période de l’année durant des cultures, afin de réduire le risque d’apparition de
laquelle se déroule le cycle cultural favorisant certaines résistance à ces substances.
espèces et en défavorisant d’autres. On observe que le
spectre des adventices n’est pas le même pour les cultures
estivales (maïs, betteraves), que pour les semis 3. Phénomènes d’allélopathie et autres effets
d’automne (céréales, oléagineux d’hiver, etc.). de précédents
Index
Certes, il y a des espèces largement répandues dans les 28.– Dans les cas où l’influence défavorable d’une culture
diverses situations mais d’autres espèces sont assez stric- précédente se traduit par une mauvaise végétation et une
tement inféodées à telle culture, et il s’agit souvent baisse de rendement de la culture suivante sans que l’on
d’espèces envahissantes. La rotation permet alors de limi- puisse en trouver la cause dans une attaque parasitaire
Glossaire ter la prolifération de ces dernières espèces. précise ni une extension des adventices, on a parlé depuis
longtemps de phénomènes de « Fatigue du sol ».
23.– Indirectement, la culture exerce une grande
influence sur le nettoyage (ou le salissement) des terres, Autrefois, certaines de ces situations pouvaient ressortir
par les techniques particulières qui lui sont appliquées, d’une carence – ou sub-carence – alimentaire. Certaines
qu’il s’agisse des travaux mécaniques de préparation, de plantes, dites épuisantes, laissent derrière elles un sol
semis et de nettoyage du sol, ou, depuis l’apparition des appauvri en divers éléments minéraux.
désherbants chimiques, la possibilité d’intervenir avec les Les progrès de la fertilisation permettent aujourd’hui,
herbicides. dans les pays développés, de corriger l’appauvrissement
24.– On voit donc que l’intérêt de la rotation au regard du sol. L’utilisation d’une fumure adéquate a d’ailleurs
de la lutte contre les adventices subsiste, bien qu’il ait été fait disparaître certaines justifications des rotations. Ainsi
profondément modifié. l’usage d’engrais azotés à bas prix a permis de se passer
de l’apport d’azote très important des légumineuses
En effet la rotation des cultures entraîne une rotation des
(luzerne, trèfle, pois, etc.). Il reste que plusieurs plantes
produits de désherbage utilisables, ce qui permet d’attein-
sont réputées ne pas devoir revenir trop vite sur le même
dre un spectre différent d’adventices et de réduire les ris-
terrain.
ques d’apparition de types résistant à une matière active.
La pratique des déchaumages, visant d’abord à nettoyer le Ainsi le lin ne doit pas être cultivé au même emplace-
sol, illustre comment l’agriculteur valorise l’alternance ment avant sept ans, le pois avant cinq ans.
des cultures : les plantes libérant le sol de bonne heure lui Un terrain ayant porté de la luzerne devrait porter
permettent d’intervenir pour préparer les parcelles ren- d’autres cultures pendant une durée triple du temps qu’a
dues disponibles. été maintenue la luzernière.
25.– D’une manière analogue, on peut montrer l’intérêt Dans le cas de la luzerne, on sait que les bactéries sym-
de mettre à profit certains intervalles un peu longs entre biotiques des nodosités de la légumineuse sont attaquées
deux cultures d’une rotation. Entre la moisson d’une par des organismes submicroscopiques, les bactériopha-
céréale à paille et le semis de printemps de la culture sui- ges ; seule une coupure ou interruption suffisamment
vante, surtout s’il s’agit d’un maïs ou d’un sorgho, il y a 6 longue de la culture permet aux bactéries de jouer leur
à 8 mois qui ont toujours été utilisés par le bon cultiva- rôle si utile.
De même en ce qui concerne la récolte, l’éventail des pré- Bien entendu les aménagements fonciers que sont le drai-
cocités de maturité, s’ajoutant au décalage des dates de nage et l’irrigation jouent un rôle important pour limiter
semis et aux différences entre sols, permet souvent d’éta- l’impact de circonstances météorologiques défavorables.
ler la date optimum de la moisson des blés dans une 38.– Quant aux risques économiques, l’agriculture cher-
même exploitation sur 2 à 3 semaines. che à les limiter par une politique agricole à moyen et
Mieux est connu le comportement d’un cultivar et plus long terme. Ainsi la définition d’objectifs, l’organisation
l’agriculteur est maître des moyens de travail, plus appa- des marchés, la conclusions de contrats avec les indus-
raît étroite la marge d’intervention pour chaque techni- tries utilisatrices ont permis d’éviter dans certains
que appliquée à la culture : préparation du sol, semis, fer- domaines des écarts trop importants de prix.
tilisation, protection, récolte.
C’est donc à la fois par les rendements atteints et les prix
Le fait que les périodes favorables soient à la fois restreintes de vente obtenus que l’économie pèse sur les décisions
et aléatoires est la première raison de l’assolement. C’est touchant à l’assolement.
aussi la justification d’un certain suréquipement de l’exploi-
tation. On peut ainsi expliquer la tendance nettement
observée à l’accroissement de la puissance de traction qui C. Structure et caractéristiques
permet d’intervenir plus rapidement au moment opportun. de l’exploitation
Il est certain que la mécanisation a permis un grand pro- 39.– Les parcelles constituant une exploitation sont
grès pour travailler dans les meilleures conditions, et diversifiées par leur taille, leur sol ou terroir, leur situa-
dans une certaine mesure permet de s’affranchir partiel- tion (éloignement, facilité d’accès, etc.) et d’autres
Liste lement de certaines contraintes de l’assolement. aspects qui constituent la structure de l’exploitation.
35.– Nous donnons aux figures 1 à 4, quatre exemples de Tous ces caractères sont présents à l’esprit de l’agricul-
rotations, classées par ordre d’intensification croissante. teur, et si l’assolement se traduit par un document écrit,
Le degré d’intensification s’apprécie par la durée durant celui-ci comporte un plan appelé « plan d’assolement ».
Ta b l e laquelle le sol reste nu entre les cultures successives :
moins le sol reste nu longtemps, mieux son potentiel est L’existence de sols de propriétés physiques différentes
exploité et plus apparaissent des pointes de travail. donne souvent lieu à l’établissement, explicite ou non, de
plusieurs rotations sur une même ferme. Par exemple,
certaines cultures estivales, plus exigeantes, seront
B. Impératifs économiques exclues de terres à faible réserve en eau. On évitera de
Index 36.– Au point de vue économique, l’assolement joue le placer des plantes-racines ou tubercules en sol caillou-
rôle d’une « assurance par répartition ». En effet l’agri- teux, etc.
culteur, entreprenant différentes productions, répartit les 40.– Le parcellaire entraîne des conséquences évidentes
risques agricoles et les aléas du marché. pour la répartition des productions et des travaux cultu-
Glossaire Au cours d’une année, les différentes cultures ne se trou- raux. Quelques exemples simples illustrent cette
vent pas affectées de la même manière par les conditions influence. Fréquemment des parcelles éloignées de la
météorologiques et les épidémies : certaines peuvent être ferme de plusieurs kilomètres sont pratiquement exclues
favorisées, d’autres non. Il en est de même en ce qui con- de la rotation. Pour limiter les déplacements, on y pour-
cerne l’écoulement des produits (débouchés, prix de suit une production extensive, exigeant une culture
vente). Au total, le résultat économique d’une produc- d’orge répétée chaque année.
tion comporte une marge dépendant des conditions cli-
matiques et de commercialisation. Les productions fourragères destinées à être paturées par
le bétail seront de préférence localisées à proximité des
Le recours à plusieurs types de production apporte une cer- locaux de stabulation.
taine sécurité, réalisant ce que le langage populaire appelle
« ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». On comprend combien des aspects purement pratiques,
absolument indépendants de l’agronomie, interviennent
Cependant, si cette situation est toujours réelle, il con- dans l’établissement du plan d’assolement.
vient de montrer comment l’agriculture a cherché à se
garantir de ces divers aléas, et dans quelle mesure elle y 41.– Mais la structure de l’exploitation inclut générale-
est parvenue. ment les équipements disponibles et les troupeaux vivant
37.– En ce qui concerne les risques agricoles, les progrès sur la ferme. Certaines cultures nécessitent, pour être
des moyens et des méthodes de production ont permis conduites dans des conditions satisfaisantes, des appa-
non seulement d’élever les rendements obtenus, mais reils ou des chaînes spécifiques : semoirs de précision
aussi de les régulariser en atténuant les écarts interan- pour betteraves, maïs, haricots, tournesol, planteuse à
nuels. L’ensemble des techniques de culture tend à pomme de terre,… et les chaînes de récolte particulières
réduire ces écarts, en particulier la fertilisation et la lutte à beaucoup de ces cultures.
contre tous les ennemis des cultures. Mention doit être Ces équipements peuvent parfois être acquis en com-
faite aussi de la mécanisation du travail et de la mise au mun, ou être propriété d’entrepreneurs de travaux ou de
point de machines et d’équipements. Le résultat de ces l’industrie d’aval. En tous cas une telle culture ne peut
progrès est que chaque culture se trouve placée dans des être envisagée que si l’ensemble des équipements indis-
conditions plus adaptées, depuis sa mise en place, son pensables sont, sous une forme ou une autre, à la dispo-
entretien jusqu’à sa récolte et sa conservation. sition de l’exploitation.
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Cependant s’il ne s’agit que de l’extension d’une culture, 53.– En dehors du cas fortuit où l’agriculteur est obligé de
il n’est souvent pas nécessaire de prévoir une technique remplacer une culture, nous pouvons ramener les décisions
de travail et des équipements nouveaux. Tandis qu’une de modification de l’assolement à trois types de situation.
culture nouvelle exige de l’agriculteur une information et
une étude préalables, et souvent aussi une organisation A. Extension d’une culture au détriment
différente : achat ou location d’équipements spécifiques,
d’une autre
recherche de débouchés, etc. Si la culture à introduire
suppose des matériels tout à fait différents et d’un coût 54.– C’est la situation la plus fréquente. L’agriculteur
important, comme c’est le cas pour la betterave, la constate l’intérêt plus marqué de certaines productions,
pomme de terre, les plantes fourragères à ensiler (maïs), soit sur sa propre exploitation soit dans le voisinage : en
c’est un véritable bouleversement de l’exploitation et son général, il ne se base pas sur les résultats d’une seule cam-
étude doit être poursuivie pendant des années. pagne, mais l’ensemble des informations qu’il recueille et
En effet, une telle décision, pour être prise en connaissance des observations qu’il effectue lui permettent d’apprécier
de cause, doit pouvoir s’appuyer sur une série de référen- d’une part le rendement qu’il peut raisonnablement
ces techniques (méthodes de production, rendements…), espérer de chaque culture, d’autre part les principaux
sur des résultats d’organisation de chantiers, et sur des étu- coûts de production et le prix qu’il en obtiendra.
des économiques de marchés et de rentabilité. Lorsqu’une culture lui semble apporter plus de possibili-
De plus l’économie d’une production est indissociable de tés de profit, il examine alors les possibilités agronomi-
celle de l’utilisation des produits, ce qui suppose un lien ques et pratiques d’en accroître la surface.
Liste avec l’aval du circuit (contrats d’écoulement, organisa- 55.– Pour mesurer l’intérêt de substituer une culture à une
tion des marchés, stockage ou transformation). autre, on compare entre elles les marges brutes de ces cul-
51.– Une exploitation agricole n’est pas un système stati- tures ; la marge brute est la différence entre le produit brut,
que, et son assolement est toujours susceptible d’être c’est-à-dire le prix obtenu par le producteur d’un hectare
Ta b l e remis en question. Mais le rythme annuel des emblave- de la culture, et les charges proportionnelles, c’est-à-dire
ments fait que les problèmes évoqués, toujours sous- l’ensemble des frais directement supportés pour un hec-
jacents dans l’esprit de l’agriculteur, n’apparaissent clai- tare de cette culture. Bien entendu un tel raisonnement ne
rement qu’à des intervalles éloignés. peut s’appuyer sur des résultats exceptionnellement bons
ou mauvais d’une des cultures, mais sur des estimations
Ils sont évoqués chaque année lorsqu’il s’agit d’aménage- moyennes, dans la situation de l’exploitation.
Index ments limités, et en des occasions plus rares en ce qui
concerne les changements affectant la structure même de 56.– On voit aisément ici le rôle important joué par les
l’exploitation. L’occasion peut en être le renouvellement organismes de comptabilité et de gestion, susceptibles
d’équipements importants (tracteur, machine de d’apporter leur appui à l’agriculteur pour éclairer sa
récolte), une modification de la surface ou de l’effectif décision en lui fournissant des références.
Glossaire des travailleurs, les résultats d’études économiques con- En France, au cours des années récentes, de telles adapta-
duites sur l’exploitation ou à proximité. Mais le pro- tions des assolements sont décelables. Ainsi la superficie
blème se posera aussi lorsqu’une modification apparaît d’orge de printemps s’est trouvée réduite au profit des
dans le contexte socio-économique : constitution d’un escourgeons et orges d’hiver, plus productifs en
groupement ou d’une coopérative, implantation d’une moyenne. La sole d’orge totale s’est trouvée elle-même
usine utilisant des productions agricoles, initiatives des réduite au bénéfice du blé. Il s’agit là de cultures facile-
organes de développement (chambres d’agriculture, ins- ment substituables, puisque très voisines et mettant en
tituts techniques) ou de l’interprofession. jeu des techniques et des matériels identiques.
52.– Outre les modifications introduites volontairement
dans l’assolement, le producteur est parfois conduit par B. Introduction d’une culture nouvelle
les circonstances à remplacer des cultures prévues qui
57.– Ce problème est évidemment plus complexe que le
n’ont pas pu être mises en place ou qui ont été détruites
précédent puisque le décideur ne dispose pas de référen-
par le gel, l’excès d’humidité, une mauvaise levée, une
ces propres pour la culture envisagée.
attaque parasitaire grave, etc.
Dans ce cas l’agriculteur réfléchit aux diverses répercus- Il lui faut alors suivre une double démarche : d’abord
sions prévisibles du remplacement de la culture. La pre- s’informer et trouver des résultats qui puissent être trans-
mière précaution à prendre consiste à étudier l’état de la posables à son cas particulier. C’est parfois facile, si la
parcelle, en particulier les possibles reliquats d’herbicide culture, nouvelle pour l’exploitation, est cependant déjà
rémanent et de fertilisation. L’expérimentation a montré bien connue dans la région.
que les désherbants utilisés en présemis ou en pré-levée, D’autre part expérimenter lui-même afin de se familiari-
exerçant une action prolongée sur plusieurs mois pou- ser avec cette culture. Ce qui signifie que, dans la mesure
vaient entraîner une phyto-toxicité sur diverses cultures du possible, l’introduction se fera progressivement.
semées en remplacement de la culture désherbée disparue. 58.– Dans la plupart des cas, un tel problème n’est pas
Cette arrière-action varie fortement selon le mode de tra- abordé isolément par un agriculteur. Ou bien l’étude se
vail du sol (labour ou non-labour), qui modifie la réparti- fait en groupe, en équipe, dans une structure qui permet-
tion du produit, et aussi selon les conditions climatiques. tra une entr’aide technique, intellectuelle et économique.
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61.– L’exemple le plus fréquent est celui du remplace- La rotation fait partie des moyens de protection des plan-
ment d’un tracteur par un autre de puissance supérieure, tes et ne doit pas être négligée.
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