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Péda Textile BD

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Carolina Caycedo, Cobra Grande, 2019. Collection Frac des Pays de la Loire.

DOSSIER THÉMATIQUE
Depuis le début du XXème siècle,

TISSER, les artistes délaissent les outils


traditionnels pour s’approprier les

BRODER, techniques et les matériaux de la vie


quotidienne comme de l’artisanat. Les

COUDRE :
artistes s’approprient ce qui, il y a
encore peu de temps, étaient perçu
uniquement comme décoratif ou utilitaire :

LE TEXTILE le textile, l’art du tissage et la broderie,


de la couture ou de la dentelle.

COMME Longtemps marginalisé comme pratique


féminine et mineure dans l’Occident, le

LANGAGE tissage est pourtant un art de prestige


en Asie du Sud-Est ou encore en Amérique
latine, considéré comme « l’un des
langages qui a toujours été central dans
Convaincuefjkdshfjhdsf sdfkdslkfkdshfkhdskhfdshkfhdshfksdkjfhsdhfklhsdklhfkdshkgfhdsklhgkldshklfhlksdfhklshfklureuriuzruioezurzuuuy
la pratique de l’art » (Cosmin Costinas,
>>->
curateur de l’exposition Woven - signifiant
Lucie Charrier
Chargée du service des publics «tissé» - à la Frieze, foire d’art
02 28 01 57 66 contemporain à Londres).
[email protected]
Le tissu est souvent synonyme d’avant
Emilie Le Guellaut garde. Timidement intégré par le
Chargée de l’accueil et de la médiation mouvement Arts and Crafts (littéralement
02 28 01 57 62 Arts et artisanats) à la fin du XIXème
[email protected] siècle, c’est véritablement à travers
l’école du Bauhaus et son atelier textile,
que le tissu s’intègre pour de bon comme
Frac des Pays de la Loire
médium à part entière, soutenu par le
La Fleuriaye - 44470 Carquefou
peintre Paul Klee alors enseignant et
www.fracdespaysdelaloire.com
propulsé par l’art féministe.
Geta Bratescu, Medeic Callisthetic
Moves II, 1980 (détail)

Anni ALBERS, Code (Code), 1962

Le matériau textile se situe entre l’art et la vie, il détient des


propriétés sensibles, cognitives, perceptuelles, physiques et sensuelles,
qui allient l’art et la vie de manières extrêmement pertinentes. Le
matériau textile fait partie de nos quotidiens, les artistes l’extraient
de la sphère intime pour en faire un témoin d’expériences à la fois
personnelles et collectives. En cela, il apparaît comme un écran sensible
et tactile où nos sociétés se reflètent sans compromis. Julie Crenn, Arts
textiles contemporains, Quêtes de Pertinences Culturelles
S’il a longtemps été un moyen d’éduquer textiles amérindiennes lors de ses
les femmes à l’idéal féminin, l’art de voyages en Amérique latine. Elle y admire
l’aiguille leur a également fourni une la complexité du design, les couleurs
arme de résistance aux contraintes de chatoyantes et les motifs où s’entremêlent
la féminité. Le textile devient un moyen écriture et dessin notamment géométrique.
de subversion, d’engagement, véritable En 1936, Anni Albers développe la
étendard du propos de l’artiste. technique de la trame flottante où elle
Langage hérité, légué, transmis, emprunt dessine avec un fil de trame des lignes à
de traditions et de gestes venus la surface de la structure tissée.
d’ailleurs, le médium textile rejoue les Parmi ses œuvres, qu’elle qualifie de «
notions de frontières, géographiques tissus picturaux », elle réalise Code
ou corporelles. Parés de costumes, les (Code) en 1962. Par une trame irrégulière
artistes appréhendent le monde et la composée de points et de lignes, elle y
société d’une manière à la fois poétique, simule des mots et des phrases comme un
critique et politique. langage abstrait et visuel.

mots clefs : tissu, textile, fibre, toile, Geta BRATESCU


langage, matière, sculpture, féminisme, Medeic Callisthetic Moves II, 1980
engagement, identité, corps, vêtements, Fil sur tissus
mémoire, 75,7 x 61,4 cm
Tate museum, Londres
Convaincuefjkdshfjhdsfhksdfkdslkfkdshfkhdskhfdshkfhdshfksdkjfhsdhfklhsdklhfkdshkgfhdskl shklfhlksdfhklshfklureuriuzruioezurzuuuy

Née en 1926 à Ploiesti, elle vit à Bucharest


1 / Le textile : un langage (Roumanie).
Longtemps inconnue, Geta Bratescu
pictural
est aujourd’hui l’une des figures
les plus emblématiques de l’art
Œuvres à porter ou pensées comme
contemporain Roumain. Ayant toujours
des tableaux, les créations textiles
vécu en Roumanie elle connue le régime
utilisent le tissu, la fibre, la toile non
communiste de Ceausescu. Sans en être
plus seulement comme support mais
une opposante déclarée, elle refusa
comme matériau. Les artistes inventent
toujours de rentrer dans le système et
un nouveau langage pictural en se
vécue dans l’espace clos et marginal
réappropriant des techniques et des
de son « studio », y créant son propre
savoirs-faire. La peinture s’éclipse en
monde tout en questionnant celui de
faveur de la toile elle-même. La couleur
l’extérieur. Espace de performance, de
ne vient plus des pigments appliqués mais
gravure, de dessin ou encore de couture,
directement du fil coloré. Le fil dessine à
Geta Bratescu y interroge la destinée
la fois les lignes, les aplats, les contours,
humaine, la place des femmes, l’éthique
les dégradés ou encore la texture. Le geste
ou encore la maternité. Attirée autant
de l’artiste évolue, s’émancipe. Par le
par l’illustration que par la littérature,
fil, l’artiste dessine certes, mais sculpte
l’artiste perçoit la ligne comme l’essence
aussi cette matière souple et interminable.
même de sa création, le dessin comme
la base de son propre langage. En 1980,
Anni ALBERS Geta Bratescu entame une série de
Code (Code), 1962 dessins, comme elle aime à les appeler,
Coton, chanvre, fil de métal et laine sur l’identité féminine au nom de Medeic
58,4 x 18,4 cm Callisthetic. Sur un assemblage de tissus
The Josef and Anni Albers Foundation, Bethany, au ton pastel, Geta Bratescu y dessine des
Connecticut motifs à la machine à coudre. Une forme
ovale abstraite est répétée au centre
Née en 1899 à Berlin, elle décède en 1994. de chacune des broderies évoquant le
Anni Albers est une figure emblématique portrait du personnage mythique grec
du Bauhaus où elle fait ses classes. Médée, qui a inspiré une grande partie de
Auprès de Paul Klee, elle y apprend la son travail. Médée, fille d’un roi et d’un
composition et l’utilisation d’un langage nymphe, est une magicienne meurtrière et
de formes modulaires. À partir de 1933, le meilleur modèle pour déconstruire les
Anni Albers découvre les traditions clichés patriarcaux de la féminité.
Les artistes impliqués dans le mouvement Dada, le surréalisme et le
constructivisme russe croyaient que la fin de la distinction entre
beaux-arts et arts appliqués créerait un art pertinent pour tous et
infiniment plus riche en lui-même. Les trois mouvements (...) ouvrirent
un espace aux artistes femmes dans lequel elles purent exercer
leurs compétences particulières. De plus, les domaines d’activité
traditionnellement réservés à la sphère domestique, précédemment
considérés comme indignes d’un artiste des beaux-arts, y trouvèrent une
place de choix.
Carine Kool, La broderie, un art révolutionnaire ?

Pierrette Bloch, Maille n° 35, 1980

Sonia Delaunay, Robe simultanée,


1913

Karina Bisch, Simultanées, 2009


Sonia DELAUNAY 5 panneaux, empruntant la forme du
Robe simultanée, 1913 paravent, dont chacune des faces propose
Morceaux de tissu, patchwork, dimensions un motif distinct et singulier. Tableau
variables pliable et de grande taille, il se déploie
dans l’espace et permet une confrontation
Née en 1885 à Gradizhsk (Ukraine), elle directe, frontale et physique avec la
décède en 1979 à Paris. peinture. L’oeuvre fonctionne comme
Sonia Delaunay est une figure de proue un collage de deux univers, de deux
de la scène artistique avant gardiste du moments historiques modernes, partant
début du XXème siècle et de l’abstraction. d’images d’archives : une face inspirée
Au delà de la peinture qu’elle affectionne très librement du paravent que Sonia
autant que son mari Robert Delaunay, Delaunay installa dans la vitrine de sa
l’artiste explore le champ des arts boutique Simultané, en 1925, et une face
appliqués comme « une extension de rejouant une danse sauvage de jeunes
son art ». Fascinée par la couleur et femmes adeptes des préceptes de Rudolf
son dynamisme qu’elle expérimente sur von Laban. Le corps humain et le motif
la toile, très vite Sonia Delaunay va décoratif se trouvent ici enlacés dans
appliquer ses recherches graphiques un mouvement de plis et de replis, de
au textile, à la mode et même sur les visible et de caché, créant une dynamique
carrosseries automobiles. visuelle.
La mode de Sonia Delaunay est intimement
liée à sa peinture. Sa première « robe Pierrette BLOCH
instantanée », faite de chutes d’étoffe Maille n° 35, 1980
géométriques assemblée, inspirée Assemblage Chanvre tricoté, maillé et peint à
des tissus traditionnels russe, est l’encre de Chine, tendu sur PVC
l’expression du simultanéisme. Ce 185 x 253 cm
mouvement, elle fonde avec son mari, Collection du Frac des Pays de la Loire
repose sur l’opposition des couleurs
qui modifie la perception de chacune Née en 1928 à Paris, décédée en 2017.
d’elles par le regardeur. Par ses robes, Pierrette Bloch expose pour la première
ses foulards ou ses manteaux, l’artiste fois au Salon des Surindépendants en
souhaite faire descendre sa peinture dans 1949 et la même année se lie d’amitié
la rue. avec Colette et Pierre Soulages. Tout au
long de sa carrière, Pierrette Bloch a eu
Karina BISCH recours aux matériaux pauvres et aux
Simultanées, 2009 motifs réduits. Travaillant avec collages,
Bois, médium, toile de coton, peinture, tissu et encre sur papiers, isorels, cordages et
papiers peints crin de cheval, elle exploite ses formes de
240 x 400 x 10 cm référence préférées — le point, la ligne,
Acquisition en 2015 le tiret. Elle explore les limites entre
Collection Frac des Pays de la Loire le dessin et la sculpture ainsi que les
rapports de vide et de plein dépendant de
Née en 1974 à Paris où elle vit. ses gestes spontanés.
Inspirée par le modernisme, dotée d’un En 1973, elle réalise ses premiers travaux
grand sens de la couleur, sensible à en mailles tout en continuant par ailleurs
l’histoire des arts appliqués, Karina à exploiter les encres avec des points
Bisch développe depuis les années 2000, sur papier. Ces deux grandes séries sont
une peinture graphique envoûtante qui ne caractérisées par un mouvement répétitif,
cesse d’interroger l’origine et l’usage comme tricoté et ininterrompu. L’artiste
des formes. Créant à travers sa propre se consacre à la sculpture de crin vers
histoire, de son enfance en Côte-d’Ivoire 1984, écriture retranscrite dans l’espace,
à ses recherches ou ses collections prenant le pas sur les points qui laissent
d’images, elle revisite Mondrian autant place à la ligne. Les lignes de papier sont
que les tissus africains ou le design des créées à partir de 1993 et sont inspirées
années 1980, suivant des influences et des compositions linéaires de crin, où
contre-influences de la géométrie et du Bloch aligne sur un fil de nylon des nœuds
motif corporel. rugueux de crin, adaptant la sensation de
Simultanées est une œuvre composée de mouvement, le rythme et la continuité.
Sheila Hicks, Escalade beyond chromatic lands, 2016-2017

Daniel Dewar et Gregory Gicquel, Le chien,


la robe de chambre, les chaussures et la
langouste, 2013
Sélectionnée pour les 9e (1979) et 10e (1981) techniques qu’ils ne connaissent pas pour
Biennales Internationales de la Tapisserie renoncer à maîtriser les objets créés.
de Lausanne, elle est la première artiste Par un rapport physique avec le matériau
à exposer à la Galerie nationale de la et la technique, le duo Dewar et Gicquel
tapisserie et d’art textile à Beauvais en expérimente la matérialité des sculptures
septembre 1982. autant que leur image.
Pour le prix Marcel Duchamp dont ils
Sheila HICKS sont lauréats en 2012, Dewar et Gicquel
Escalade beyond chromatic lands, 2016-2017 imaginent une tapisserie monumentale
Techniques mixtes, fibres naturelles et dont les motifs, loin d’une tapisserie
synthétiques, tissu, ardoise et bambou classique, laissent entrevoir une fresque
de sujets bien ordinaires : Le chien,
Née en 1934 à Hastings (Nebraska - États la robe de chambre, les chaussures et
Unis), elle vit à Paris. la langouste. Ici, la matière même de la
Après des études à l’Université de laine laisse le pelage du Corgi devenir
Yale où elle suit les enseignements du presque réalité tandis que les chaussures
peintre Joseph Albers mais aussi de acquièrent une nouvelle identité
George Kubler, historien spécialiste des plastique. L’œuvre, accrochée de telle
textiles précolombiens, Sheila Hicks sorte que l’on puisse en faire le tour, est
n’a de cesse de vouloir faire vibrer la pensée comme une sculpture.
couleur. Par un geste répétitif comme le « Nous sommes intéressés par la beauté
dessin ou l’écriture, à partir uniquement que peuvent produire ces rencontres. Les
de fils tissés, tressés, pendus, mis images que nous tissons proviennent de
à plat ou encore en boule, l’artiste la culture. Elles paraissent peut être
réinvente l’emploi de la couleur. Par ses ordinaires, mais en elles sommeillent un
œuvres souvent monumentales, l’artiste potentiel de puissance. Le tissage, la
déconstruit l’idée même de la toile laine et ses couleurs incarnent les images
comme support de la couleur : ici la qui deviennent des objets matériels, des
couleur n’existe que par le fil , servant sculptures qui révèlent la beauté cachée
habituellement à fabriquer les toiles des d’une chose aussi banale qu’une robe
peintres. de chambre. » Daniel Dewar et Gregory
Escalade beyond chromatic lands (Escalade Gicquel
au-delà des terres chromatiques) est
une installation se déversant dans Annette MESSAGER
l’espace d’exposition. De grands pompons Ma collection de proverbes, 1974
multicolores assemblés les uns aux Tissus brodés
autres constituent un nouveau paysage 30 éléments, 35 x 28 cm chaque
chromatique dans cet ancien espace de
construction naval. Par un éclairage Née en 1943 à Berck-sur-Mer. Elle
mi ombre mi lumière, l’artiste modèle vit à Malakoff.
la couleur pour lui apporter toutes les Annette Messager étudie aux Arts
nuances et les subtilités possible dans un Décoratifs de Paris jusqu’en 1968. Dès lors,
jeu tridimensionnel. elle utilise des matériaux usuels, dits «
pauvres » : des peluches, des morceaux
Daniel DEWAR et Gregory GICQUEL de tissus, des crayons de couleur, du
Le chien, la robe de chambre, les plastique, qu’elle découpe, coud, colle,
chaussures et la langouste, 2013 tricote et dessine.
Tapisserie, tissage de fils de laine, acrylique, Ma collection de proverbes consiste en une
coton anthologie d’idées reçues sur la femme,
brodées à la main par l’artiste sur des
Daniel Dewar est né en 1976 à Bruxelles. pièces de coton blanc. «Quand la fille
Grégory Gicquel est né en 1975 à Saint- naît, même les murs pleurent», peut-on
Brieuc. Ils vivent à Paris. y lire ; ou encore : «c’est la femme qui
Daniel Dewar et Gregory Gicquel a fait pousser les cheveux blancs du
travaillent ensemble depuis 1988. Ils diable ». Avec malice, Annette Messager
explorent la sculpture par le ready-hand- s’immisce avec cette œuvre proliférante
made (le tout fait main) et privilégient les dans le géométrisme et la quête de
Ahmed Faig, Liquid, 2014
Annette Messager, Ma collection de proverbes,
1974 Sheikh A Maktun Art Collection,
Abu Dabhi, UAE

Alighiero e Boetti
Map of the World, 1989
pureté du minimalisme, en épinglant à la guerre des Six Jours en Israël, il
littéralement ces «carrés blancs» qui crée Twelve Shapes Starting from 10 June
dominent l’esthétique d’alors. Elle les 1967 qui décrit à travers des cartes les
charge de la sottise du monde, mettant différentes crises politiques dans le
à l’étal ce que l’inconscient collectif a conflit. Considérant que la fabrication
de plus phallocrate. Tout au long de son de ses œuvres pourrait être déléguée,
parcours, Annette Messager déclinera l’artiste met en œuvre un mode de «
ainsi le cliché ; sans le dénoncer, elle sous-traitance » artistique lors d’un
pousse à bout sa mise en circulation et voyage en Afghanistan en 1971 au cours
ses variations. Se posant la question du duquel il découvre les traditions des
féminin sans s’engager dans le féminisme, tisserands de ce pays. En effet, à partir
elle met en avant, comme par provocation, de 1971 jusqu’en 1992, Boetti confie à des
un art populaire méprisé : la broderie. femmes afghanes la réalisation d’une série
En s’appropriant parodiquement cette de planisphères. Produites sur une période
technique artisanale, Annette Messager de vingt ans à Kaboul, en Afghanistan, et à
détourne le signe d’une soumission à une Peshawar, au Pakistan, les cartes ont suivi
condition dévalorisée, et en souligne la les changements géopolitiques dans le
forme de beauté. monde : l’éclatement de l’Union soviétique,
l’unification de l’Allemagne, les conflits
2 / L’étendard des idées, sur les territoires du Moyen-Orient et les
changements de régime dans la péninsule
un langage (géo)politique et eurasienne. L’artiste propose une
identitaire méditation sur le cosmos, ses frontières
et ses éléments, dont il veut souligner la
Moyen d’expression, le textile est diversité. Ses cartes traduisent la vision
inséparable d’un positionnement d’un monde en train de se faire et se
identitaire. Le tissu devient alors une défaire, soumis à des forces politiques,
marque de reconnaissance, d’appartenance marchandes ou militaires. Jusqu’à sa
à une tradition, à un pays, à une mort, il travaille sur la création de Tutto,
civilisation. Savoirs-faire hérités, sa plus grande et complexe tapisserie
transmis, réappris, réinventés, les représentant la diversité culturelle du
gestes s’ancrent dans une temporalité monde. Dans l’œuvre Map of the World
et un contexte historique, géographique (1989), chaque pays porte les couleurs et le
social ou politique. Se tissent des motif de son drapeau.
œuvres aux dimensions cartographiques
et géopolitiques. Les artistes font
Ahmed FAIG
apparaitre une forme de construction, de
Liquid, 2014
fracture ou de dissolution identitaire, Tapis fabriqué par l’atelier de tisserands de
abordant les questions de mémoire et de Bakou - Sheikh Al Maktun Art Collection
(mé)tissage. L’art comme étendard, certains
vont plus loin en engageant concrètement Né en 1982 à Sumqayit (Azerbaïdjan). Il vit
leurs œuvres au cœur des crises sociales à Bakou.
et mondiales. Après des études aux Beaux-arts
d’Azerbaïdjan ou il étudie la sculpture,
Alighiero e BOETTI Ahmed Faig se tourne vers la vidéo et
Map of the World, 1989 l’installation. Mais c’est pour son travail
Broderie sur tissu autour du tapis traditionnel qu’il va
117,5 x 227,7 x 5,1 cm se faire connaitre. En 2007, il est invité
à représenter l’Azerbaïdjan lors de la
Né en 1940 à Turin. Il est décédé en 1994 à Biennale de Venise. Une première pour le
Rome (Italie). pays qui n’y était pas représenté.
Alighiero e Boetti est considéré comme L’œuvre de Ahmed Faig s’appuie sur
l’un des artistes principaux de l’avant- la richesse ancestral des tapis en
garde italienne des années 1960. Ceux-ci, Azerbaïdjan, classée au patrimoine
membres notamment de l’Arte Povera, culturel de l’UNESCO et omniprésent
ont revendiqué une attitude socialement dans la vie des familles. Par l’usage du
engagée et ouvertement critique face à dessin numérique, l’artiste réinvente les
la société de consommation. En 1967, suite motifs et la matérialité même des tapis
En 1976, Aline Dallier-Popper,
pionnière de la critique d’art
féministe en France définit
par le terme les « Nouvelles
Pénélopes » les artistes femmes
qui utilisent et détournent le
tissage ou la broderie pour en
faire une pratique artistique
puissante et politique. Loin
du caractère décoratif et
domestique, le textile se
dresse comme un nouveau
support d’expression.

Maja Bajevic, Women at work - Under


construction, 1999

Regina Möller, embodiment - Wendemantel, 2004


traditionnels. Ses croquis sont ensuite 190 x 100 x 100 cm
confiées aux mains tisserandes pour la Collection Frac des Pays de la Loire
confection. Par des effets de distorsion,
de glitches, d’étirements, il brise les Née en 1962 à Munich, vit entre Berlin et
codes de l’art décoratifs et crée des Stockholm.
effets de trompes l’œil surprenants. Regina Möller exploite des matériaux de
Il propose ainsi une nouvelle manière base empruntés à la culture de masse
d’aborder ces objets culturels et dans leur relation à la vie quotidienne en
iconiques entre passé, présent et futur. général, et à sa propre vie en particulier.
A travers ces catégories, elle interroge
les modes de production, de diffusion et
Maja BAJEVIC
réception de l’art et conteste ainsi le
Women at work - Under construction, 1999
Film numérique couleur sonore vidéo credo de l’autonomie de l’art.
durée : 11’48” Elle crée ainsi son propre label «
Collection Frac des Pays de la Loire Embodiment », collection de vêtements
réalisée à la manière d’une vraie styliste
Née en 1967 à Sarajevo (ex-Yougoslavie, et produit un magazine intitulé Regina,
actuelle Bosnie-Herzégovine), elle vit à véritable réplique d’un magazine féminin.
Paris. L’œuvre embodiment - Wendemantel a
Quand la guerre éclate dans son pays, Maja été produite dans le cadre de la 3ème
Bajevic est en France et ne peut retourner biennale de Berlin qui avait pour le thème
à Sarajevo avant la fin du conflit. Cette la relation de la ville à son histoire,
perte de repères influence depuis son et en particulier les bouleversements
travail, articulé autour du rôle du liés à la réunification de l’Allemagne. Le
politique sur l’intime et la mémoire. mot allemand Wende (tournant) fait ici
Women at Work - Under construction est référence à la chute du mur de Berlin.
le second volet d’une série de trois Réversible, utilisant d’un côté un tissu
performances imaginées et filmées par très brut (des couvertures de protection
Maja Bajevic entre 1999 et 2001. Ces utilisées notamment pour le transport
vidéos montrent combien les tâches d’œuvres d’art et réalisées à partir
communautaires des femmes, comme celles de rebuts de textile) et de l’autre des
de coudre ou de laver, participent à la étoffes très précieuses (différents tissus
réparation et à la reconstruction d’une de soie), il renvoie à la partie Ouest (RFA)
société dévastée par la guerre. et Est (RDA) de la ville.
Des femmes brodent des motifs
traditionnels bosniaques sur le filet de Lili REYNAUD-DEWAR
protection qui recouvre un échafaudage. Ornament, 2011
Musulmanes en exil loin de Srebrenica, de l’ensemble Some Objects Blackened and A
ville à majorité serbe où elles vivaient, Body Too
elles se sont réfugiées à Sarajevo, Tissu «Wax hollandaise», tissu «Uniwax»
capitale de la Bosnie-Herzégovine. Maja 280 x 156 cm ; 556 x 120 x 0,01 cm ; 548 x 120 x
0,01 cm
Bajevic les a sollicitées pour participer
Collection Frac des Pays de la Loire
à une performance devant la façade de la
National Gallery de l’ex-Yousgoslavie,
Née en 1975 à La Rochelle, elle vit à Paris.
à Sarajevo. La pratique anodine de ces
Le travail de Lili Reynaud-Dewar
femmes, la broderie, devient un geste
tourne autour de la notion d’identité
politique. Par la reproduction de symboles
culturelle. Elle crée des liens étroits
folkloriques propre à leur communauté,
entre sa position d’artiste et celle de
ces femmes exilées tentent de sortir de
figures mythiques qui ont subverti les
l’invisibilité et de réaffirmer autant leur
limites culturelles ou raciales, tissant
position de femme que de citoyenne.
avec elles des relations sur les plans
formels, fictionnels et symboliques
Regina MÖLLER jusqu’à brouiller les pistes entre image
embodiment - Wendemantel, 2004 médiatique et biographie personnelle.
Vêtement réversible - Feutre, satin et tissu
Ornament se compose de deux grands
matelassé, mannequin, socle en bois peint,
drapés en tissu wax qui joue d’emblée
verre, photographies couleurs
sur l’ambiguïté entre l’objet domestique
Lili Reynaud-Dewar, Ornement,
2011, de l’ensemble Some Objects
Blackened and A Body Too

Patrick Bernier et Olive Martin, L’échiqueté, 2012


et la sculpture. Bien plus encore, Lili en ont étendu le sens pour réaliser
Reynaud Dewar présente un tissu qui une variante du jeu d’échecs qui vient
charrie d’innombrables références et interpeller le passé colonial.
symboles culturels et identitaires. Connu « Les spectateurs sont invités à
pour ces motifs et ces symboliques, le wax jouer selon les règles habituelles des
est l’exemple même de l’appropriation échecs, mais à un détail près : au lieu
culturelle (hérité du Batik indonésien, de disparaître, les pièces prises se
fabriqué en Europe puis approprié par combinent. En effet, les pièces s’hybrident
les femmes africaines), question chère au moment de chaque prise – elles «
à l’artiste et amplifiée par l’ensemble s’échiquètent » en entités mixtes, faisant
plus vaste Some Objects Blackened and A apparaître des pièces à la fois noires et
Body Too, présent dans la collection du blanches (...) Associer couleur de pion et
Frac des Pays de la Loire, dont est issue couleur de peau est une énormité. De celle
Ornament. L’ensemble comprend une vidéo qu’on refoule comme trop inconvenante.
où l’artiste performe peinte en noir Le jeu d’échecs veut bien se prêter à
accompagnée d’objets blancs recouverts toutes sortes de métaphores, mais qu’on
partiellement de noir, faisant se croiser dise « les blancs » et « les noirs » n’a
deux représentations controversées : le aucune signification. « Gens una sumus »
blackface et Josephine Baker. -nous sommes une seule famille- , c’est
la devise conjuratoire de la Fédération
Patrick BERNIER & Olive MARTIN Internationale des échecs. Pourtant, ce
L’Echiqueté, 2012 choix de couleur a été fait par l’Occident
Coton teint, tissé : lorsque le jeu y a été introduit par
230 x 130 x 0,3 cm les Arabes, les pièces étaient plutôt
Tapis de jeu en coton teint tissé, pièces en vertes et rouges. Mais l’avantage donné
acier découpé et peint, boîte en cartonnage, aux blancs de commencer, l’orientation
règle du jeu imprimée sur papier des diagrammes qui met le lecteur à la
8,5 x 83 x 57 cm place des blancs, ... plaident pour une
interprétation idéologique des couleurs.
Patrick Bernier est né en 1971 à Paris et Le jeu d’échec, raciste ? non, mais un jeu
Olive Martin en 1972 à Liège. Ils vivent à reposant sur une altérité oppositionnelle
Nantes. radicale. C’est cette altérité-même qui
Depuis la fin des années 1990, Patrick est mise en jeu dans L’échiqueté. Que se
Bernier et Olive Martin poursuivent passe-t-il donc si, au lieu de disparaître
en parallèle projets personnels et de l’échiquier, les pièces prises se
projets co-signés. Ils développent un combinent avec celles qui les capturent,
travail polymorphe alliant l’écriture, la faisant apparaître des pièces partagées ? ».
photographie, l’installation, le film, la En rappelant les stratégies de domination,
performance. les mythologies du métissage, ces
En 2012, ils installent, dans l’espace nouvelles règles du jeu invitent à penser
public le déparleur, une sculpture- une identité créolisée et en relation.
outil composée de deux métiers à tisser
disposés en conversation dans une Lucy ORTA
structure d’échafaudage. En tissant sur Refuge wear, 1992-1993
place, les artistes suscitent la curiosité Polyamide revêtu d’aluminium, polaire, mâts
des passants et invitent au dialogue. Dans télescopiques en aluminium, sifflet, lanterne,
la culture des Dogons, à laquelle ils se boussole
réfèrent, tisser est un acte fondamental 125 x 125 x 125 cm
qui signifie construire la parole,
l’articuler, lui donner du sens. Née en 1966 à Sutton Coldfield,
Ils réalisent également une œuvre qui Royaume-Uni.
prend la forme d’un jeu : L’échiqueté. Lucy Orta est diplômée en design de
L’échiqueté invite à nous confronter à mode à l’université de Nottingham en
nos ambiguïtés culturelles, politiques 1989 et commence à travailler comme
et psychiques, tant individuelles que artiste plasticienne à Paris. En 1991
collectives. Échiqueté désigne un motif elle rencontre Jorge Orta, son mari, et
à carreaux de deux couleurs alternées abandonne le stylisme pour se consacrer
comme celui d’un échiquier. Les artistes à sa recherche plastique. Son œuvre
Lucy Orta, Refuge wear, 1992-1993

Dans un monde marqué par les inégalités sociales et l’urgence


écologique, les artistes dévoilent des créations où l’art est à la fois
vecteur de sensibilisation et inspirateur de solutions concrètes.

Jérémy Gobé, Corail Artefact, 2017 - en cours


sculpturale interroge les frontières entre poésie.
le corps et l’architecture et explore les Jérémy Gobé s’engage dans une production
enjeux sociaux qu’ils ont en commun, qui mêle l’art et la sience et offre des
comme la protection, la communication et solutions conrêtes à un problème mondial
l’identité. L’œuvre collaborative de Lucy : l’urgence écologique. Son projet Corail
& Jorge Orta explore les sujets sociaux Artefact, a pour ambition de restaurer les
et écologiques à travers une grande récifs coralliens avec de la dentelle. En
variété de supports : sculpture, peinture, 2017, l’artiste est invité par l’association
photographie, vidéo, dessin, intervention HS-Projets à participer à l’édition 2018
éphémère et performance. du Festival International des Textiles
Nées à la fin des années 80, dans une Extraordinaires. Jérémy Gobé choisit de
période de crise économique, ses séries s’inspirer d’un savoir-faire traditionnel
emblématiques Refuge Wear et Body de la région Auvergne Rhône-Alpes : le
Architecture (1992-1998), traitent des point d’esprit, motif traditionnel de
situations de difficultés et d’exclusions. dentelle au fuseau du Puy-en-Velay. De la
Le monde contemporain, désormais marqué ressemblance de ce motif, créé il y a plus
par une extrême précarité n’épargne de 400 ans, avec les squelettes de récifs
personne. Sans travail, sans argent, coralliens, l’artiste, aidé de chercheurs,
sans abris, le tiers monde envahit imagine et crée une dentelle 2.0 capable
progressivement les grandes capitales. de sauver les barrières de corail. Dans
La survie est le nouveau mot d’ordre de ce projet à long terme, qui mêle art,
la décennie. Les «habitats-portatifs» de science, industrie et éducation, Jérémy
Lucy Orta, à mi-chemin entre architecture Gobé et ses partenaires développent des
et habillement, sont des structures matériaux écologiques, constructibles
portables et autonomes, liées à la et submersibles afin de créer un support
survie et la mobilité des personnes. En permettant au corail de se régénérer là où
impliquant des personnes en difficultés, il a été détruit.
isolés ou au sein d’associations, à
participer dans des actions collectives 3 / Enveloppe textile, seconde
consistant notamment dans la réalisation
de “vêtements refuges” ou de “kits de
peau, tissu-frontière, un langage
survie” l’artiste pose clairement la corporel
question du citoyen en soulignant sa
dimension d’acteur collectif : être citoyen « Il y a toujours une lisière entre une
c’est participer à la société. chose et une autre, une membrane », affirme
Ernesto Neto. Cet artiste brésilien parle
de ce point de jonction entre l’être et
Jérémy GOBÉ
l’ailleurs. Pour les artistes qui composent
Corail Artefact, depuis 2017
https://www.corailartefact.com/ avec le matériau textile, le toucher est
essentiel, il permet une compréhension en
Né en 1986, à Cambrai. Il vit à Paris. profondeur et vient parfois rappeler que
Le travail de Jérémy Gobé se met en place le regard de l’homme s’arrête trop souvent
suivant un processus de vie, à la fois à la surface des choses.
humain et matériel. En effet, ses créations
naissent au gré de ses rencontres, durant Christelle FAMILIARI
lesquelles il capte une histoire pour Le Portique, 1999
la raconter autrement ou retient une Métal galvanisé, échelles en aluminium, fils
matière pour la faire revivre. À travers élastiques gainés de coton, câbles
une œuvre principalement textile, il 265 x 435 x 248 cm
Œuvre réalisée dans le cadre des XVes Ateliers
manipule, sculpte, sublime le tissu afin
Internationaux du Frac
de lui redonner une certaine noblesse. Collection du Frac des Pays de la Loire
Organiques, harmonieuses et méticuleuses,
les sculptures de Jérémy Gobé proposent Née le 15 mars 1972 à Niort. Elle vit à
une reconnexion avec la nature. L’artiste Rennes.
prolonge souvent des éléments naturels – Christelle Familiari déploie depuis quinze
oursins, papillons, coraux – par des biais ans un travail lié à des pratiques aussi
manuels – tricot, dessin, sculpture – afin différentes que la vidéo, la performance,
de créer des objets hybrides et pleins de
Christelle Familiari,
Le Portique, 1999

Marie-Ange Guilleminot,
Emotion contenue, 1995
Ernesto Neto, We stopped just here at the time, 2002
la sculpture et l’installation. Élaboré à reliant ainsi directement à un écran. Soit
l’origine comme autant de questions qui une invitation à enfiler l’écran, à créer
entouraient les notions du corps, de la une forme de relation fœtale ou ombilicale
relation à l’autre, du (des) geste(s), son entre vidéos et spectateurs.
travail peut maintenant se voir comme Marie-Ange Guilleminot détourne des
la métaphore d’un rapport tactile à son objets de leur fonction habituelle. Si ce
environnement. travail, conçu essentiellement à partir
Dès sa sortie de l’École des beaux-arts de textiles de couleur neutre, rappelle
de Nantes, Christelle Familiari réalise certaines actions du Body Art, du groupe
des vidéos (La Tailleuse de pipe, 1995), Supports-Surfaces, ainsi que la méthode
des performances (Déshabillez-moi, de pliage du peintre Simon Hantaï, il
1996 ; Demande de suçons, 1999) qui souligne avant tout le caractère poétique
bousculent les carcans sociaux liés à du geste créateur, mis en valeur par
la représentation du sexe et du désir. la modestie des matériaux. Ce geste
Elle organise dans son appartement une (broderie, tissage, pliage), réalisé en
série d’expositions, où l’un des enjeux public, devant l’objectif ou la caméra,
est de réévaluer la notion d’intime. interroge également la relation du
Le corps est l’« objet » nodal de ses corps et de l’intime au social ; tous les
recherches, l’artiste exécute des pièces sens du spectateur sont sollicités par
qui nécessitent la pratique du tricot, l’intermédiaire d’objets transitionnels
avec sa gestuelle chargée – « Le tricot, et convertibles (Le Chapeauvie, 1994).
c’est ce qui cache et révèle », selon Pierre L’artiste crée aussi une série de robes
Giquel. Souvenir de ses vacances d’enfant fabriquées sur mesure qui laissent
en Calabre, où elle voit des femmes coudre apparaître certaines caractéristiques
et broder leur trousseau à longueur de (nombril, grains de beauté). Ses œuvres
journées, Christelle Familiari s’interroge font souvent référence aux traditions
sur la soumission du corps (féminin). séculaires de l’habillement, celles
Au crochet, elle fabrique de nombreux du Japon en particulier, et à l’art de
vêtements : slip ou soutien-gorge dans l’origami : L’Oursin (1998), inspiré par la
lequel on peut glisser les mains, bras feuille du Ginkgo biloba, évolue au gré
pour danser le slow ou cagoule pour des actions de pliage de l’état minimal
amoureux. Ces objets l’amènent ensuite à (sac, coussin, citrouille, chapeau, jupe,
fabriquer des sculptures anthropomorphes, linceul) au déploiement monumental (toit,
tel Le Portique invitant le spectateur- parachute). Le geste se veut l’instrument
acteur à pénétrer, seul ou à deux, dans un avec lequel l’artiste cherche à dresser un
tunnel en élastique crocheté. inventaire scientifique et esthétique du
monde.
Marie-Ange GUILLEMINOT
Emotion contenue, 1995 Ernesto NETO
U-matic, couleur, muet, tissu et tabouret We stopped just here at the time, 2002
pivotant Lycra, clou de girofle, curcuma, poivre
durée : 30’ 450 x 600 x 800 cm (dimension minimale)
Collection Frac Occitanie Montpellier centre Georges Pompidou

Née en 1960 à Saint-Germain-en-Laye. Elle Né en 1964 à Rio de Janeiro (Brésil), où il


vit à Paris. vit.
Diplômée en 1981 de la Villa Arson de Ernesto Neto est un artiste conceptuel
Nice, Marie-Ange Guilleminot accorde brésilien dont les installations offrent
une grande importance au textile, au une chance aux spectateurs de toucher,
textures et au sens du toucher. Venue de voir, sentir et ressentir ses œuvres dans
la performance, les pièces de Marie-Ange le cadre d’une expérience sensorielle.
Guilleminot cultivent un rapport charnel « Je crois au corps sensuel et c’est à
marqué. Par l’étoffe notamment, et par travers le mouvement de ces corps-esprits
l’exploration du motif de la seconde peau, que nous connectons les choses dans
souple ou rigide (collants, coquillages ce monde, dans la vie — la façon dont
en spirales…). En 1995, Émotion contenue nous touchons, ressentons, pensons et
invite le visiteur à passer sa tête dans gérons les choses ». Son style aborde les
une sorte de tube en textile extensible, le frontières entre espace social et physique
Christian Boltanski, Réserve, 1990

Lee Mingwei, The mending


Project, 2009
à travers des structures biomorphiques, Changer notre rapport à l’eau en la voyant
tactiles et interactives. non plus comme une ressource exploitable
We Stopped Just Here At The Time est mais comme une entité vivante et un bien
constituée d’une toile accrochée au commun qui devrait être collectivement
plafond, en tissu souple et transparent, géré, tel est le cœur du projet de Carolina
dont certaines parties, remplies d’épices Caycedo intitulé Be Dammed et initié en
aux couleurs chaudes, pendent comme 2012. Parcourant la Colombie, le Brésil, le
des grappes. Si les diverses épices (clou Guatemala ou le Mexique, l’artiste explore
de girofle, cumin, poivre et curcuma…) les enjeux des barrages sans cesse plus
emplissent et structurent les formes nombreux, de l’accès à l’eau et de sa
de cette sculpture, elles lui confèrent pollution, mais aussi la culture et les
aussi sa dimension d’installation multi- traditions liées à l’eau.
sensorielle. Ces formes voluptueuses, les
couleurs vives et les parfums diffusés, 4 / Du vêtement au costume, quand
sollicitent le regard et l’odorat. Elles
invitent le visiteur à dépasser la
l’art se pare.
hiérarchie de la perception qui place
L’utilisation de textiles usagés est une
conventionnellement le regard au premier
pratique très répandue. Le vêtement se
plan.
transforme en matériau. Il peut devenir
méconnaissable sans pour autant perdre
Carolina CAYCEDO de la charge émotive inoculée en lui
El Cobra Grande, 2019 par ses différents propriétaires. Objet
de la serie Cosmotarrayas du quotidien, le vêtement possède
Filets de pêches teintés, plombs, tiges
une dimension esthétique, sociale, et
métalliques, broderies, rotin, graines
fonctionnelle. Il se fait costume pour
Dimensions variables
parler d’identité, singulière ou collective.
* Visuel de couverture du dossier
Il se met en mouvement et transforme
l’exposition en performances, défilés,
Née en 1978, à Londres (Angleterre). Elle vit
parades, spectacles.
à Los Angeles (USA).
Carolina Caycedo est une artiste
colombienne installée à Los Angeles, très Christian BOLTANSKI
engagée dans les droits des communautés. Réserve, 1990
Elle traduit sa pratique militante dans Installation, Vêtements en tissu, lampes
des œuvres sculpturales et graphiques, Dimensions variables
souvent produite en collaboration avec les centre Gœrges Pompidou
groupes affectés.
A Cobra Grande est issue d’un corpus Né en 1944 à Paris. Il vit à Malakoff.
d’œuvres intitulé Cosmotarrayas, réalisé Avec l’installation Réserve, Christian
avec des filets de pêche teints et Boltanski introduit un nouvel élément
brodés. Ils sont tendus ensuite sur des dans son vocabulaire plastique : le
structures métalliques leur donnant vêtement. Se substituant à la photographie
l’apparence d’attrapeurs de rêves, ces comme référent direct du corps humain
structures circulaires issues des cultures et porteur d’une charge émotionnelle
amérindiennes. L’installation qui prend intrinsèque, il est ici traité comme
la forme d’un grand serpent flottant dans une dépouille qui évoque à la fois la
l’espace d’exposition, fait référence au disparition et la nécessité du souvenir.
reptile mythique issu de ces cosmogonies, Volontairement ordinaires et actuels,
connu sous le nom de Yakumana, A Cobra les vêtements qui se serrent en couches
Grande ou Yurupari. Aussi effrayant épaisses de bas en haut sur la paroi
qu’amical dans la danse qui s’opère entre n’évoquent le corps que pour en signaler
ses anneaux et les visiteurs, il invite à la l’absence. « J’ai fait, dit l’artiste, une
déambulation, au regard et au toucher, et relation entre vêtement, photographie et
représente l’idée que tous les plans d’eau corps mort. Mon travail porte toujours sur
sont connectés. Dans la cosmogonie des la relation entre le nombre et l’individu
peuples premiers d’Amérique, les rivières : chacun est unique, et en même temps le
sont les veines de la planète, leurs eaux nombre est gigantesque. Les vêtements,
associent communautés et écosystèmes. pour moi, représentent beaucoup, beaucoup
SARKIS, Le défilé des siècles en fluo, 2000-2014

Jean-Luc Moulène, Bleu de


costume, 2016
de gens. » Derrière cette foule dont uvre produite par le Frac des Pays de la Loire
le souvenir est éteint, on reconnaît la Collection Frac des Pays de la Loire
Shoah et la volonté de l’artiste, présente
à partir des années 1990 dans tous Né en 1938 à Istanbul (Turquie), il vit à
ses projets, de ramener la conscience Paris.
humaine de l’anonymat du collectif vers Dans les années 1960, suite à un contexte
la singularité de l’individu. Réserve se politique qui le contraint à l’exil, Sarkis
présente comme une salle, de dimensions façonne sa démarche artistique sur la
variables, dont les murs sont entièrement mémoire ; une mémoire immatérielle qu’il
tapissés de vêtements, éclairés seulement va transposer à des sculptures où les
par une guirlande de lampes de bureau. objets sont détournés afin d’employer
Terriblement dramatique, cette œuvre se des matériaux au vécu certain. Maître
présente comme une partition infiniment dans l’art de magnifier les matériaux
réactivable et témoigne de l’inflexion les plus élémentaires, Sarkis n’oublie
radicale prise par le travail de l’artiste, pas de prendre en compte l’enveloppe,
qui place sa philosophie de l’homme au l’architecture qui le reçois. Pour
centre du processus artistique. l’exposition inaugurale du Frac des Pays
de la Loire à Carquefou en 2000, Sarkis
Lee MINGWEI propose de travailler avec la ville de
The mending Project, 2009 Carquefou. L’artiste va devenir alors
Installation interactive sur supports mixtes. passeur d’une mémoire collective du
Tables, chaises, fils, articles en tissu. siècle qui s’achève, posant sur celui-ci
unique (1/1) + 1 PA un joyeux regard rétrospectif. Sarkis
collecte alors des informations relatifs
Né en 1964 à Taïwan, il vit entre New York aux vêtements qui ont accompagnés
et Paris. chacune des décennies de ce siècle puis
Lee Mingwei crée des installations confie ses dessins au styliste Victor Férès.
interactives explorant les notions de Dix enfants porteront ainsi les costumes
confiance et d’intimité par que des dans les rues de Carquefou, tel un ballet
performances en tête-à-tête dans lesquels où virevoltent les couleurs chatoyantes
le spectateur partage ces questions avec des costumes tous cousus de fluo. Des
l’artiste en mangeant, dormant, marchant lors, les œuvres se déplacent avec leurs
et conversant. Ses projets offrent souvent expériences et se sont les expériences qui
des scénarios ouverts, laissant libre produisent la mémoire. Cette expérience
cours à l’interaction des participants. fut enrichie et ré-interprétée au sein du
The Mending Project est une installation Musée de Darmstadt à Céret, à Istanbul
composée d’une longue table, de deux puis en 2012 au Mamco à Genève. Le Frac
chaises et un mur de bobines de fils poursuit avec l’artiste ce travail en
colorés. L’artiste invite le visiteur à créant deux nouveaux costumes pour
venir avec un vêtement troué ou décousu les décennies 2000-2010 et 2010-2020,
et à sélectionner une couleur de fil. inscrivant ainsi dans le futur cette
L’artiste, ou l’un de ses ambassadeurs, collaboration avec Sarkis à long terme.
commence alors la reprise de l’habit.
Comme une cérémonie, le geste raccommode, Jean-Luc MOULÈNE
panse le vêtement comme il soignerait Bleu de costume, 2016
une douleur. L’acte de raccommodage Costume deux pièces
prend alors une valeur émotionnelle, Edité à 500 exemplaires, du XS au XXL
autant que le vêtement peut en contenir.
Les vêtements raccommodés sont ensuite Né en 1955 à Reims, il vit à Paris.
laissés sur place et s’accumulent au fur Depuis plus de vingt ans, Jean-Luc
et à mesure de l’exposition, formant ainsi Moulène développe un travail analytique
une sculpture évolutive, avant d’être où la photographie, le dessin et la
récupérés le dernier jour de l’exposition. sculpture tiennent une place centrale.
Dans une démarche presque documentaire,
l’artiste explore et déconstruit les
SARKIS formes et les limites fixées par la société
Le défilé des siècles en fluo, 2000-2014
moderne et la marchandisation sur
12 costumes et accessoires
Tissus et matériaux divers notre rapport au quotidien, à la nature,
François Curlet, Djellabas Nike,
Adidas, Fila (groupe), 1992

Aurélie Ferruel et Florentine Guédon,


Temps libre, 2013
au travail ou encore au corps. Social, Aurélie FERRUEL et Florentine
politique, sexué ou non, celui-ci est un
GUÉDON
sujet récurrent dans son travail.
Temps libre, 2013
Bleu de costume est un mélange savant Bois et jersey, déjeuner : paté, pain et cidre,
entre deux univers que la société oppose apéritif : Vin Oberlin et saucisson
bien souvent. Tailleur unisexe mêlant Durée : 8 heures
détails sophistiqués et astuces pratiques,
Bleu de Costume relie la nécessaire Aurélie Ferruel est née en 1988 à Mamers.
efficacité de la pratique d’atelier Florentine Guédon est née en 1990 à Cholet.
à l’esthétique de la représentation. Aurélie vit à Saint-Mihiel, dans la Meuse
L’oeuvre, édité à 500 exemplaires peut être et Florentine à Passavant-sur-Layon, dans
acquise dans un célèbre centre commercial le Maine-et-Loire.
parisien pour qui veut faire coexister les Aurélie Ferruel et Florentine Guédon
deux mondes sur son dos. inscrivent leur réflexion plastique
dans une perspective clairement
François CURLET anthropologique. L’humain, son histoire,
Djellabas Nike, Adidas, Fila (groupe), 1992 sa mémoire et son savoir, en est le sujet
Collection Province de Hainaut moteur. Depuis 2010, elles partent à la
rencontre de groupes, de clans et de
Né en 1967 à Paris, il vit entre Arles et tribus, proches et inconnus, dont elles
Piacé. décryptent les moeurs, les traditions,
François Curlet produit des œuvres qui les rites, les costumes, les danses, les
reposent sur le principe d’incrustation chants, les spécialités gastronomiques et
et d’association. Des éléments d’objets ou toutes les spécificités qui les composent.
de langage, sont isolés puis rassemblés Les deux artistes tentent de saisir les
de façon à produire du sens, à interroger objets, les gestes, les mythes et les codes
une situation, ou à dévoiler un aspect qui architecturent les microsociétés dont
inaperçu du réel. elles s’imprègnent.
Loin des systèmes et des conventions La notion de transmission (pratique,
artistiques, François Curlet aborde l’art orale, écrite ou intuitive) au sein d’un
de manière décomplexée. groupe s’inscrit au coeur de nombreux
Par les rapprochements improbables, les projets. En 2013, elles entreprennent la
changements d’échelles et les collisions réalisation d’une photographie de famille,
de matières, les pièces de François Curlet l’union de leurs deux familles, où chacun
procèdent à des glissements de sens, dans porte une coiffe signifiant à la fois une
un propos souvent surréaliste, frontal et personnalité et une compétence (Sisi La
drôle. Famille). Quels objets nous représentent
L’œuvre Djellabas opère une collision le mieux ? Comment et pourquoi ? Une
entre un habit traditionnel d’Afrique du photographie résulte d’une mise en scène
Nord et les signes distinctifs de certaines réalisée au beau milieu d’un champ
marques de sportswear. Le vêtement griffé normand. Les coiffes sont comprises comme
nouvellement créé n’incite pourtant pas de véritables sculptures, qui vont ensuite
à la course. Ici, les djellabas de François être mises en scène en couronnant des
Curlet associent une «superposition structures en bois brut. La performance,
générationnelles des communautés forme vivante, donne lieu à la sculpture.
musulmanes» et semblent être porteuse Les deux pratiques sont indissociables,
d’une nouvelle construction identitaire, Les vêtements et les objets créés pour
entre le vêtement ancestral et celui chaque projet ne sont pas les simples
extrait de la société de consommation accessoires d’une mise en scène ou d’un
occidentale. Par cette fusion entre deux rituel, ils sont envisagés comme des
temporalités, l’artiste invente un nouveau sculptures à part entière. En ce sens,
mode d’appartenances en adéquation avec elles activent Temps Libre (2013-2015),
les bouleversements socio-culturels. une performance conçue comme un temps
de travail durant lequel elles tissent une
tapisserie. Harnachées d’un vêtement-
outil, elles sont assises de par et d’autre
d’un métier à tisser fabriqué de manière
artisanale.
>>-> Utilisation et détournement perception initiale dans une expérience
tout à fait opposée. Ce sont en particulier
d’autres objets textiles et de
les tabous liés au corps que Tracey Emin
motifs à travers le monde : cherche à briser par ses narrations
fragmentées. La couverture qui devrait
> La couverture envelopper le corps et le cacher, le
défendre du regard des autres, en révèle
au contraire, publiquement, les aspects les
plus personnels et les plus sordides. La
couverture est une peau qui dé-couvre et
qui trahit.

> Le rideau

Ulla VON BRANDENBURG


(1974, Karlsruhe, Allemagne)
Ses installations se déploient comme
Tracey EMIN (1963, Croydon, UK) des décors que l’on perçoit souvent par
En appelant systématiquement ses œuvres l’envers et dans lesquels on pénètre à
« blankets » (couvertures), Tracey Emin travers des rideaux. Le rideau est un
écarte d’emblée de ces objets toute valeur motif fondamental de son travail qu’elle
décorative et attire l’attention sur leur décrit ainsi : « Comme le miroir a deux
fonction. Plus spécifiquement, elle fait côtés, celui qui nous reflète et celui qui
émerger le lien qui unit ces créations au se cache derrière, le rideau a deux côtés.
corps. La couverture est un objet informe Au cirque on peut le replier en tout petit
qui, au contact direct avec le corps, se et le déplier pour en tirer un chapiteau.
modèle sur lui et le protège. C’est une J’aime camoufler ou changer l’espace avec
deuxième peau qui reconstitue un dehors des moyens pauvres ou très simples pour
et un dedans. En regardant les lettres créer un ailleurs. Le tissu est le moyen
éclatantes de couleur qui animent la idéal, pas cher, facile à transporter,
surface du « blanket », sans pourtant modulable. C’est une matière nomade. »
céder à la tentation de lire les noyaux En 2017, au Musée des beaux-arts de
textuels greffés, l’impression est celle Rennes, un rideau déployé à travers
d’un simulacre corporel du monde gai et l’espace donne vie à des sculptures
ingénu de l’enfance, où l’individu se sent académiques en même temps qu’il engage
à l’abri des drames et de la corruption une réflexion sur la muséographie.
de l’âge adulte. Le corps de l’artiste, L’exposition donne l’occasion à Ulla
aussi bien que celui du spectateur, y est von Brandenburg de dévoiler l’une des
virtuellement protégé, chauffé, enveloppé facettes les plus spectaculaire de sa
dans un espace d’intimité très rassurant. pratique qui investit une grande variété
Pourtant, la lecture des mots de l’artiste de médiums, des installations au théâtre
fait basculer, encore une fois, cette et au chant, en passant par les films,
les peintures murales et aquarelles, les
installations scéniques, les textes et les > Le drapeau
performances. « J’adore l’idée d’assouplir
les espaces et de faire des architectures
molle. Le tissu est une matière importante,
c’est la matière qui nous touche en
premier quand on est enfant. Elle est
très flexible et économique. Le tissu est
aussi un matériau qui peut pendre les
empreintes, les informations des corps. (...)
Chaque rideau, chaque tissu a une histoire
et porte des traces.

> Le mouchoir

Daniel BUREN (1938, Boulogne-Billancourt)


Depuis la fin des années 1960, Daniel Buren
a cessé d’utiliser exclusivement le format
traditionnel du tableau pour donner à
son « outil visuel » les supports les plus
variés. Les Couleurs : sculptures, projet
de 1975 réalisé pour la première fois en
juin 1977, peu après l’ouverture du Centre
Pompidou, est composé de quinze grands
Béatrice DACHER (1961, Le Havre)
drapeaux en tissu rayé de cinq couleurs
Dès ses débuts, la pratique de Béatrice
différentes, la bande médiane de chacun
Dacher s’anime par l’échange qu’il soit
ayant été peinte en blanc. Ces drapeaux,
humain comme géographique prétextes
hissés à des mâts érigés sur les toits de
à de nombreux échanges cosmopolites.
divers bâtiments parisiens (qui peuvent
Intéressée par la peinture, le motif et
changer), sont visibles depuis trois points
le tissu mais aussi l’installation et la
du Centre Pompidou, à l’œil nu ou avec des
photographie, Béatrice Dacher interroge
longues-vues disposées à cet effet. Cette
l’intime, l’identité, l’art populaire mais
œuvre poursuit la réflexion sur et par la
aussi la mémoire. C’est ainsi qu’elle
peinture entamée les années précédentes.
collectionne des mouchoirs en tissus
D’une part, elle propose un élargissement
comme de petits journaux de poche sur
du champ d’application traditionnel de
lesquels elle peint, colle ou brode un
celle-ci en lui attribuant des supports
texte, un motif ou un oiseau en voie de
différents, soumis aux aléas de la nature
disparition. Le mouchoir emblématique
qui les dissimule, les fait flotter plus ou
de Cholet est pour Béatrice Dacher le
moins, etc. D’autre part, elle insiste sur
moyen de tisser de nouvelles histoires.
les conditions de visibilité de l’œuvre,
En résidence en Inde dans la ville de
que l’œil du spectateur doit chercher à
Chennai, l’artiste emporte avec elle un
l’intérieur d’un réel foisonnant, puis
mouchoir de Cholet et part à la rencontre
qu’il saisit avant de la perdre et de
d’un maître tisserand. D’un petit carré de
passer à une autre de ses composantes.
toile, le tisserand produisit un mouchoir
L’observateur ne peut jamais en saisir
suffisamment grand pour recouvrir un
physiquement l’ensemble d’un seul coup,
éléphant, emblème des espèces menacées.
mais simplement s’en composer une image
Le petit mouchoir, symbole de l’histoire
mentale, qui coïncide plus ou moins avec
du textile choletais aujourd’hui disparu
les images réelles qu’il en a perçues.
est ici réaffirmé par les mains orientales
comme garante d’une certaine protection.
> La nappe d’un tissu.
Elles ont cousu, plié, dressé une nappe
sous des repas et des tablées, la surface
s’est chargée de broderies, de textes et
d’images. En racontant ce qui les meut,
elles détourent l’identité complexe dans
laquelle elles se trouvent, à table.

> L’écusson, le blason

Louise HOCHET
Après ses études de textile à l’école
Duperré et à l’ESAAT de Roubaix, une
année à Berlin auprès de la compagnie
de théâtre de rue Theatre Fragile, Louise
Hochet s’installe dans les ateliers de La
Briche à Saint- Denis (93) partagés entre
30 jeunes artistes et constructeurs. En
2014, elle pilote une résidence artistique
Collectif LA VALISE
Créé en 1997, La Valise est un collectif
à l’Université de Nantes ART VIVANT ART
composé des artistes Samia Oussadit et
UTILE, projet mené sur plusieurs mois
Pascal Leroux.
où elle défend, avec d’autres, un art
« S’inscrivant dans une démarche
convivial et utile. En 2016, invitée par
globale et au long cours, Blazers/Blasons
l’Institut Français du Maroc, elle entame
envisage la création au sens large : là
une recherche autour de la broderie,
où s’efface la frontière séparant l’hier
comme outil de partage et de transmission
de l’aujourd’hui. Alors se confrontent et
pluri-culturelle.
se confortent des savoir-faire dans un
Depuis 2017, elle mène trois créations
rapport exiguë entre l’art contemporain,
au long court dont TARZ, un spectacle-
l’artisanat, la mode ... et toutes les
repas autour d’une immense nappe brodée,
ramifications qui apparaîtront au gré du
en France et au Maroc, avec Pauline
temps, des rencontres et des potentiels.
Weidmann, chanteuse, et le CAFÉ POÏPOÏ, un
La seule constante est l’invitation faite à
café temporaire de création permanente,
des artistes à réaliser leur propre blason,
avec les artistes Coline Huger, Mathilde
déclinaison de leur identité artistique
Monjanel, Geoffroy Pithon, Oriane Poncet,
dans un espace de 7 x 8 cm. »
Simon Poulain, Timothée Raison et Super
Développé à partir des armoiries de la
Terrain. Avec comme outils, le textile,
ville de Nantes et de sa devise, le projet
le costume, l’image et la broderie, elle
débute en 2016 et invite onze artistes
développe des projets in situ et cherche
dont le point commun est d’avoir tissé un
à y créer des espaces de rencontre et des
lien particulier avec la ville de Nantes,
expériences collectives.
s’ils n’en sont pas originaires ou n’y sont
TARZ est une forme spectaculaire à
établis. Au fil des ans, le projet s’étend
partager autour d’une table, les deux
au reste de l’hexagone, convoquant des
artistes (plasticienne et musicienne) ont
artistes à imaginer leur propre blason,
fait un voyage, entre Vendée, ZAD, Nantes,
reflet de leur personnalité ou de leurs
Rabat, Casablanca et Salé, à la rencontre
intérêts.
de formes communautaires et pour inscrire
des symboles réinventés sur la surface
> Le keffieh Hatoum aime les contradictions apportées
par les matériaux. Un objet, fabriqué
ou augmenté de matériaux inattendus,
implique alors des significations opposées,
complémentaires et inédites. Là, s’opèrent
toute l’ambiguïté et la complexité de sa
pratique.

> Le mola

Mona HATOUM (1952, Beyrouth, Liban)


Mona Hatoum présente Keffieh, un carré
de tissu blanc mesurant 1m15 x 1m15, sur Marie-Johanna CORNUT (1986, Sarcelles)
lequel les motifs de lignes ondulées et Le mola est une sculpture de tissu
de croisillons sont entièrement faits de produite traditionnellement par les
longues mèches de cheveux noirs. Ses femmes amérindiennes Cuna (kuna ou
propres cheveux. L’historienne de l’art Tulé), peuple vivant, pour l’essentiel,
Gannit Ankori souligne que le keffieh est sur le territoire autonome de Guna
un symbole traditionnel du patriarcat des Laya à Panama. Les dessins de molas les
sociétés arabes, auquel l’artiste a imposé plus typiques ont été créés à partir
une féminisation avec l’incrustation de sa d’anciennes formes dessinées sur les
propre chevelure. corps. Ils se caractérisent par des
La fusion entre la coiffe et les mèches formes géométriques, des symboles
de ses cheveux soulève une critique des abstraits, et les couleurs traditionnelles
normes sociales et des rôles sexuels sont le rouge, le noir et l’orange. Il
traditionnels dans le monde arabe. constitue les plastrons et tuniques
L’artiste interroge et bouscule les tabous. portés quotidiennement. Le mola combine
Pour des raisons morales et religieuses, plusieurs couches de tissus de couleurs
les femmes arabes sont priées par les différentes assemblés par couture puis
hommes de bien vouloir cacher leurs découpés au ciseaux suivant la ligne du
cheveux, ici les cheveux de Mona Hatoum dessin. La couche de tissu est découpée
sont exposés de la même manière que le afin de dévoiler le tissu du dessous et
tissu. Ils sont imbriqués pour atteindre faire apparaître le motif. Les motifs ainsi
une forme d’équilibre et d’égalité créés peuvent être agrémentés de motifs
symbolique. Une justice sexuelle vers brodés. Ces dessins sont souvent inspirés
laquelle tend l’artiste. L’artiste dit : « des thèmes traditionnels de la nature, ou
J’ai imaginé des femmes arracher leurs des légendes et de la culture Kuna. Les
cheveux de colère et contrôler leur plus typiques sont ceux d’animaux ou de
colère à travers un acte patient, celui de plantes, de montagnes, arc-en-ciel,… mais
transposer ces mêmes mèches de cheveux l’art du mola c’est également ouvert à des
sur un vêtement quotidien qui est devenu motifs issus de la culture de masse (logos,
un symbole potentiel du mouvement de images de magazines ou encore symboles
résistance palestinienne. L’acte de broder politiques).
peut être vu dans ce cas comme une autre Puisant dans ses racines, l’artiste Marie-
forme de langage, un genre de protestation Johanna Cornut crée une oeuvre héritée de
tranquille. » la technique du mola mais inspirée par ses
Keffieh incarne une transgression, du propres influences : le cinéma, le paysage,
genre, de l’identité, si celle-ci est les compositions et formes géométriques
revendiquée de manière extrême. Mona et abstraites. L’œuvre prend alors une
forme monumentale, le tissu dessinant une britanniques et notamment en Amérique.
constellation tendue sur une structure
métallique adossée contre un mur. On y > Le Wax
retrouve son intérêt pour les sculptures
hybrides, entre art et design et son goût
pour les objets identitaires, grigri et
autres colifichets.

> Le Bandana

Yinka SHONIBARE (1962, Londres)


Yinka Shonibare est un artiste anglais
originaire du Nigéria. Il explore, à
Lorraine CHATEAUX (1986, Paris) travers son travail, l’identité culturelle,
Lorraine Châteaux, taquine mais le colonialisme et le post-colonialisme
néanmoins réorganise les fonctions et les dans le contexte contemporain de la
objets. Dans un geste de détournement, mondialisation. Une des caractéristiques
l’artiste propose Bandana, le premier de son art est son utilisation de tissu
objet dit «commercial» de son travail. Wax.
Inspiré par le motif ornemental du boteh, Poussé par le regard que pose sur son
d’origine perse, qui représente un motif travail ses professeurs aux beaux-arts,
végétal, la langue de feu de Zarathoustra, il est renvoyé à sa condition d’homme
ou encore la larme du Bouddha. Aucune noir duquel on attend une «authenticité»
notice de fonctionnement n’est fournie, révélatrice d’une demande d’ «exotisme».
cependant, l’artiste invite les détenteurs Réfléchissant au sens de l’authenticité
de Bandana à multiplier les utilisations et à son identité multiculturelle, Yinka
: noué sur le visage à la manière cow-boy Shonibare décide d’utiliser le Wax dans
pour se protéger de la pousière, porté ses réalisations.
dans la poche arrière gauche ou droite « Ces tissus sont multiculturels, comme
- tel que dans la communauté gay des moi. » Et les utiliser, c’est comme une
années 1970 - pour indiquer ses pratiques blague : « regardez ce que c’est l’Afrique
et préférences sexuelles, noué autour du typique ! »
poignet tel les rockeurs, pour maintenir C’est notamment dans l’univers victorien
le poignet du guitariste au chaud, noué qu’il introduit le Wax. Au sein de
autour de la tête en bandeau (Keith ses œuvres, il décide d’habiller la
Richards, David Foster Wallace...). Chaque bourgeoisie anglaise qu’il représente
utilisation, forte en signifiant, montre un par des mannequins sans tête vêtus de
signe d’appartenance à une communauté et Wax. A l’image de l’histoire de ce tissu,
se revendique de codes sociaux (paysans symbole d’une vision coloniale puis d’une
sévillans du 18/19ème, gang de rappeurs...). réappropriation culturelle, ce sont ses
Le bandana est un accessoire de tissu racines et sa double-culture britannico-
dont l’origine remonte en Inde. Son nom nigériane que l’artiste traduit.
viendrait du mot hindi « bandhana», qui L’utilisation par Shonibare de tissu
signifie « il attache » ou encore de « wax néerlandais est centrale pour
bandhnu », une technique traditionnelle aborder cette question de l’authenticité.
de teinture. Avec l’essor des échanges Les teintes vives et motifs chargés
commerciaux au XVIème siècle, la pièce traditionnels de ces tissus sont, avec
de tissu s’exporte en Europe grâce aux le temps, devenus un symbole de la
portugais installés à Goa puis séduits les culture panafricaine. On retrouve ces
anglais qui le rapporte dans les colonies textiles même dans les communautés
afro-américaines et afro-canadiennes recycler des chutes et bouts de tissus.
comme marque d’une authenticité Les blocs sont nommés par des noms
culturelle africaine. L’ironie de la chose évocateurs, facilitant les échanges et la
est que le tissu wax s’est initialement reconnaissance des motifs. Se développent
répandu en Afrique par l’entremise des alors des motifs de la vie quotidienne
puissances coloniales qui ont importé les comme la « cabane de rondins », le «
techniques de batik indonésiennes sur le chasse mouche » ou encore le « jardin
continent. Leur adoption et utilisation fleuri de grand-mère », inspirés de la
en Afrique évoquent la complexité de religion avec l’ « échelle de Jacob », le
concepts comme l’identité, l’authenticité, « manteau de Joseph » ou encore issus
l’ethnicité, la race, la migration sociale de la situation géographique avec « road
et la mondialisation. to Oklahoma » (route pour l’Oklahoma).
Le répertoire de motifs s’enrichit de
> Le patchwork génération en génération.

> La toile de Jouy

HIPPOLYTE HENTGEN (Gaëlle Hippolyte,


1977, Perpignan ; Lina Hentgen, 1980,
Clermont-Ferrand)
Des sculptures aux installations en
passant par les œuvres sur papier, bois Renée GREEN (1959, Cleveland, USA)
ou tissu, le duo d’artistes Hippolyte La toile de Jouy est confectionnée pour
Hentgen s’amuse à croiser les univers la première fois dans la manufacture de
et les références. Avec les œuvres Ô Christophe Philippe Oberkampf en 1760 à
Dolores et Ô Elisabeth, Hippolyte Hentgen Jouy-en-Josas dans les Yvelines. L’étoffe
mélange les références et les univers, en devient alors en vogue dans la noble
recréant la figure héroïque du chevalier et la haute bourgeoisie française au
sur des tentures d’inspiration médiévale. XVIIIème siècle. Inspirée des « indiennes
Réalisées à la main par les mères », les motifs imprimés en monochrome
respectives des artistes, Elisabeth et sur les toiles de coton provenaient
Dolores, ces œuvres évoquent également la vraisemblablement de gravures produites
pratique amateur du patchwork, tradition à l’époque. Les scènes représentées
très ancrée dans la culture populaire sont souvent issues de scènes de genre,
américaine. d’inspiration mythologique ou pastorale,
Le patchwork est un assemblage de aux décors pittoresques et rococo. Il est
morceaux de tissus appelés des blocs. dit que la toile de Jouy fut la « première
Dérivé d’un artisanat ancestral, présent bande dessinée de l’Histoire ».
notamment en Perse, en Egypte, dans la Dans Mise-en-Scène : Commemorative Toile
Grèce et la Rome antique, le patchwork (1992) l’artiste afro-américaine Renée
arrive en Europe au Moyen-Age, rapporté Green, procède à un à détournement de
par les croisés puis en Amérique par la toile de Jouy. Dans le cadre d’une
les premiers colons. C’est à l’époque résidence au Fabric Workshop and Museum
des pionnières que sont nés les blocs de Philadelphie 8, elle fabrique un tissu
de tissus, permettant de travailler sérigraphié à la manière d’une toile de
des ouvrages par petits bouts lors des Jouy afin d’exprimer son point de vue sur
trajets dans les chariots mais aussi de les notions de classe sociale, de race et
d’esthétisme. Elle utilise ce tissu pour
recouvrir des éléments de mobilier et des commissaire et éditeur américain. Figure
rideaux, qu’elle dispose ensuite dans les emblématique de l’art conceptuel il
espaces d’exposition où elle est invitée. réinvente le concept de l’œuvre d’art
Si dans cette œuvre, Renée Green s’empare autant que de son exposition. Étonné d’un
de la toile de Jouy, c’est pour apporter manque d’intérêt pour l’art textile dans
des changements mineurs mais significatifs les années 1970, Seth Siegelaub souhaite y
aux pastorales qui caractérisent le remédier et conçoit une bibliographie de
motif décoratif de cette toile du XVIIIe 416 pages plongeant le lecteur dans une
siècle. Renée Green effectue un important histoire complète des textiles et des arts
travail documentaire afin de reproduire textiles courant de la période antique
sur sa toile des scènes représentatives jusqu’à la période contemporaine.
de l’esclavagisme, peu évoqué durant
la période de production du tissu. En Livres d’artistes / livres jeunesse :
effet, dans la seconde moitié du XVIIIe
siècle, la toile de Jouy ne représente
que des tableaux légers et bucoliques à
destination d’un public d’aristocrates
et grands bourgeois. À cette même époque,
l’exotisme est la nouvelle convoitise :
l’esprit des Lumières est pétri d’une
insatiable curiosité de l’Autre et de
sa différence. On veut découvrir des
contrées nouvelles, comprendre leurs
cultures indigènes. Moyen et Extrême-
Orient, Sud-Est asiatique, Europe
orientale, toute expédition scientifique ou
militaire est prétexte à étude, inventaire
et classification. Renée Green remplace
donc certaines saynètes bucoliques du > Louise-Marie Cumont
tissu original qui se trouvent désormais Éditions Les Trois Ourses et les Éditions
côte à côte avec des scènes représentant MeMo
l’Amérique durant la période précédant la Formée à la sculpture et à la mosaïque
guerre civile et l’Europe coloniale. aux beaux-arts de Paris et à Carrare en
Italie, Louise-Marie Cumont a conçu et
Convaincuefjkdshfjhdsf sdfkdslkfkdshfkhdskhfdshkfhdshfksdkjfhsdhfklhsdklhfkdshkgfhdsklhgkldshklfhlksdfhklshfklureuriuzruioezurzuuuy
cousu ses premiers livres en tissu pour
son fils, Gabriel. Réalisés un par un,
Ouvrages généraux et publications : en un patchwork, assemblage de tissus
soigneusement choisis, chaque livre
> Les textiles, savoir-faire, sous la est une pièce unique, dont elle limite
direction d’Hugues Jacquet, Actes Sud / l’édition, qu’elle fabrique à la demande.
Fondation d’entreprise Hermès Elle trouve des thèmes dans les objets,
> Arts textiles contemporains, Quêtes de situations et émotions du quotidien
Pertinences Culturelles, Julie Crenn, 2012, ainsi que dans les grandes questions de
thèse universitaire. l’existence. Elle les traite d’une façon
> Au fil et à l’aiguille, petite histoire de simple, géométrique, universelle. Le
la broderie contemporaine, Julie Crenn, résultat est une œuvre d’art sous la forme
2020 d’un livre, un livre d’artiste.
> La broderie, un art révolutionnaire ?, Larmes, album muet, parle de l’indicible.
Carine Kool, 2017 Réalisé à partir de tissu de camouflage,
> L’étoffe de l’art, Natacha Petit, Académie il rend proche la douleur et l’absurdité
de Rouen, dossier pédagogique des guerres. Avec une grande sensibilité,
> Bibliographica Textilia Historiae : Vers Louise-Marie Cumont évoque peurs et
une bibliographie générale sur l’histoire intolérances, créant des cartographies et
des textiles à partir de la bibliothèque des personnages singuliers.
et des archives du Centre de recherche
sociale sur les textiles anciens, Seth
Siegelaub, 1997
Seth Siegelaub est un marchand d’art,
couleur, son
Durée : 23’43»
Le film d’Ulla von Brandenburg tourné
en pellicule couleur dévoile une micro
société dont les membres évoluent en lieu
clos : le Théâtre du Peuple de Bussang,
théâtre érigé à flanc de montagne dans
les Vosges à la fin du XIXe siècle pour
offrir à l’ensemble du peuple des fêtes
théâtrales. Le tissu est omniprésent, crée
le liens entre tous les individus, jusqu’à
ce que les portes du théâtre s’ouvre sur
un nouveau décor.
> Bruno Munari
Prelibri (Prélivres), 1980 > Chris Marker, From Chris to Christo, 1985
Éditions Corraini, Italie et première édition Film
chez Danese Durée : 24’
Artiste inclassable, Bruno Munari a touché Chris Marker, cinéaste et essayiste, a filmé
à toutes sortes d’activités : la sculpture, l’emballage du Pont-Neuf par l’artiste
le graphisme, le design, l’écriture, le Christo durant l’été 1985. Les visages et
cinéma... Tout au long de sa longue vie, il les réactions des passants ponctuent le
s’est adressé à un public enfant comme film, entre critiques acerbes, enthousiasme
adulte autour de la notion de l’objet et analyses de la matière.
livre, qui occupe dans son oeuvre une
place unique et originale. Munari a saisi Danse, musique et contes :
le livre dans son entier, forme et contenu.
Prelibri (Prélivres) compte douze petits
livres carrés de 10 x 10 cm en papier,
carton, bois, étoffe, plastique, rassemblés
dans un coffret-bibliothèque. Chacun a
une reliure différente et met en scène une
surprise. Objets tactiles, les prélivres
convoquent tous les sens et incite à la
découverte.

Des expositions emblématiques :


> Loïe Fuller, La danse Serpentine, vers
> Seth Siegelaub, The Stuff That Matters, 1900
centre d’art Raven Row à Londres, du 1er Loïe Fuller est l’une des pionnières de la
mars au 6 mai 2012 danse moderne. Elle est notamment célèbre
> Le fil des possibles, Espace de l’art pour les voiles qu’elle faisait tournoyer
concret, 7 décembre 2014 au 31 mai 2015. dans ses chorégraphies. Dans sa Danse
serpentine, le corps de la danseuse se
Vidéos et cinéma : perd au profit des mouvements ondoyants
créés par le jeu des voiles et par les
effets de miroir et de couleurs des
projections de lumière. Elle éblouit les
plus grands et inspira les Symbolistes et
les artistes de l’Art Nouveau.

> Ulla von Brandenburg, Le milieu est


bleu, 2020
Film Super 16 mm transféré sur vidéo HD,
> Charlotte Vinouze, Les étendards, 2020
Charlotte Vinouze est graphiste autant
sur papier que sur textile. Pour le projet
collaboratif Les Étendards, elle en appelle
à la puissance iconique et symbolique des
foulards, drapeaux, bandanas ou encore
banderoles comme signes de ralliement et
objet identitaire. Commun à tous, haut en
couleurs et en motifs, ces fragments de
tissus dévoilent un langage graphique et
> Christian Rizzo et Cathy Olive sensible pour « porter, afficher, proclamer
100% polyester, objet dansant n°(à définir), » un message, une idée, une revendication.
1999 Véritable portrait de celui ou celle qui le
Le corps est absent, seul l’accessoire, porte ou l’arbore, l’étendard devient un
agité par un vent venu de la scène, danse véritable patchwork des idées. À réaliser,
sous les yeux du spectateur. à porter seul ou à plusieurs.

kkdq djlsjkqlkjljlksqjdk ljsqldjksqjdkqjsdkjqslkdjlkqsjdlkjsqlkdjlksqjdlkjqskdjdjsjdljkldjqlsqgh

Service des publics :


Lucie Charrier
[email protected]
t. 02 28 01 57 66
-
Emilie Le Guellaut
[email protected]
t. 02 28 01 57 62
-
> Camille, Ta douleur, 2015 Hélène Quéré, professeur d’arts plastiques,
C’est tout un album qui porte comme nom coordinatrice territoriale, DAAC, Rectorat.
Le fil, mais c’est dans son clip Ta douleur [email protected]
que la chanteuse Camille semble affronter
Erwan Mandin, professeur d’arts appliqués,
un fil bleu qui s’entortille autour de son
coordinateur territorial, DAAC, Rectorat.
corps jusqu’à tisser sur elle un vêtement [email protected]
qui l’enveloppe et l’emprisonne.
Le Frac des Pays de la Loire est co-financé par
> Compagnie À Tirelarigot, Songés tissés, l’État et la Région des Pays de la Loire.
spectacle conte et musique.
« Fuseau, navette, aiguille.
Les mots se tissent et la trame des songes
apparaît.
Filer, tisser, coudre.
La toile des contes se révèle. La voix
chantée ou parlée tisse le lien entre Fonds régional d’art contemporain
les contes. Le public est sollicité pour des Pays de la Loire
remplacer la rythmique particulière d’un La Fleuriaye,
24 bis boulevard Ampère,
métier à tisser « clic clac rrreketi clic 44470 Carquefou
clac rrrekete » T : 02 28 01 50 00
www.fracdespaysdelaloire.com
Graphisme : kkdqjsdjlsjkqlkjljlksqj jsql djksqjdkqjsdkjqslkdjlkqsjdlkjsqlkdjlksqjdlkjqskdjdjsjdljkldjqlsqgh

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