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L angue et littérature
Guidère M athieu, contenterai de deux cas d’inadéquation descriptive.
Nahw. L’essentiel de la grammaire arabe en Il s’agit en premier lieu des négations où certains
70 fiches avec exercices corrigés [niveau 2]. phénomènes ne sont purement et simplement pas
entrevus comme les structures composées de la
Paris, Ellipses, 2014, 157 p. particule du futur sawfa et de la négation lā ou lan,
ISBN : 978-2340001589 postposée ou antéposée à sawfa(1). De même, concer-
nant la phrase conditionnelle, certaines assertions
Ces 70 fiches font suite à toute une série de sont problématiques dans le cas d’une description
publications du même auteur, parues chez le même adéquate de la réalité du MSA dont traitent ces fiches.
éditeur. Elles s’ouvrent par un avant-propos (p. 3), un Dire que l’apodose d’un système en law «est toujours
sommaire (p. 4-5) et se répartissent sur 138 pages (je souligne) précédé[e] de la particule la- » (p. 106,
(p. 6-144), chacune des fiches faisant exactement voir aussi p. 107) est tout à fait inexact(2). Mention-
deux pages, dont la dernière partie est réservée aux ner que « l’apodose […] est souvent (je souligne)
exercices, corrigés à la fin de l’ouvrage (p. 145-155). précédée de la particule fa- » (p. 106) est là encore
Conclut l’ouvrage une terminologie grammaticale inexact, les cas d’absence de fa- étant légion. Par
succincte (p. 156-157). Si leur objet est indéniable- ailleurs, pour un état plus ancien de la langue arabe,
ment pédagogique, leur logique les inscrit clairement les règles de l’apparition de fa- en entrée d’apodose
dans un mouvement qui a vu la multiplication des ne sont pas données, laissant celui à qui sont desti-
parutions liées à la grammaire arabe depuis le 11 sep- nées ces fiches avec un simple souvent pour règle(3).
tembre 2001, moment où un véritable marché s’est Enfin, le système présenté dans ces fiches, à savoir
ouvert pour l’arabe. Qu’il s’agisse de grammaires un opérateur ʾiḏā, in, law dans le champ desquels
stricto sensu ou plus simplement comme ici de guides apparaissent invariablement deux verbes conjugués
d’apprentissage, nous faisons face depuis plus d’une à l’accompli (māḍī), ne correspond pas (ou plus) à la
décennie maintenant à une pléthore d’ouvrages se réalité des usages actuels du MSA(4). On le voit alors,
donnant pour objet plus ou moins direct de répondre l’A., non-spécialiste de grammaire arabe, reproduit
aux besoins liés à l’apprentissage de la langue arabe. à l’envi (et il n’est pas le seul dans les grammaires
Le fait est que l’ouvrage dont il s’agit pose justement, dites “récentes” du MSA), ce que l’on trouvait dans
malgré lui, des questions de pédagogie lorsque les grammaires plus anciennes. Il contribue alors à en
celle-ci est confrontée au marché. présenter une vision formatée, figée et, pour certains
Je commencerai par reconnaître que, malgré des points abordés, passéiste. Ces fiches font en fait
certains écueils rendus naturels par cette limita- partie d’une vision de la langue qui s’auto-alimente,
tion à deux pages par point abordé, l’A. parvient à tel que cela est bien expliqué pour un autre état de
présenter l’essentiel de la grammaire arabe, ce qui
pourra contenter l’arabisant désireux de progresser,
de renforcer ses connaissances grammaticales ou sur-
tout de réviser rapidement un point de grammaire :
(1) Voir Sartori, «Sawfa lā/lan yafʿal- et lā/lan sawfa yafʿal- :
l’exposé est succinct et les exercices, ainsi que leurs étude de cas pour une grammaire didactique et renouvelée de
corrections, forment un indéniable support pédago- l’arabe moderne, Journal of Arabic and Islamic Studies 15, 2015,
gique. Ceci dit, les motifs d’insatisfaction à la lecture p. 1-17.
de ces fiches sont nombreux, sur le fond comme sur (2) Ce qui distingue cet état de l’état de langue dans le Coran
la forme, et ne peuvent être ignorés, de même qu’un (arabe préclassique), où effectivement la- ne manque presque
jamais (cf. Larcher, «Les systèmes hypothétiques en law de l’arabe
doute légitime subsiste quant à la soumission du classique », B.E.O. 55, 2003, p. 265-85, p. 274).
manuscrit à une évaluation par des experts extérieurs. (3) Une telle imprécision aurait pu être évitée grâce à un simple
L’ouvrage souffre tout d’abord d’une insuffisance détour par un auteur classique comme Zamaḫšarī (al-), Mufaṣṣal =
méthodologique qui ne peut se justifier du fait qu’il Ğār Allāh ʾAbū al-Qāsim Maḥmūd b. ʿUmar b. Muḥammad
ne présente que l’essentiel de la grammaire arabe. L’A. b. ʾAḥmad al-Ḫawārizmī al-Zamaḫšarī, al-Mufaṣṣal fī ṣanʿat
al-ʾiʿrāb, éd. Badīʿ Yaʿqūb, Dār al-kutub al-ʿilmiyya, Beyrouth,
définit bien son objet comme étant la grammaire 1999, p. 417, ou par des linguistes arabisants récents comme
de « l’arabe moderne standard, en usage dans la L archer, « Subordination vs coordination “sémantiques”.
presse, la littérature et les médias (radio, télévision, L’exemple des systèmes hypothétiques de l’arabe classique »,
internet) » (p. 3). On serait alors en droit d’attendre Ann. Isl. 34, 2000, p. 193-207 ou Ayoub, «Corrélation et rupture
une présentation plus ou moins descriptivement modales. Formes verbales et particules énonciatives dans les
hypothétiques en arabe littéraire », Mélanges David Cohen,
adéquate de l’arabe moderne standard (désormais
Maisonneuve et Larose, Paris, 2003, p. 29-45.
MSA). Or, comme souvent ailleurs, il s’agit peu ou (4) Sur toutes ces questions voir Sartori, «Pour une approche
prou de la représentation monolithique et invariante relationnelle de la conditionnelle en arabe littéraire moderne »,
d’un arabe désormais plus ou moins fantasmé. Je me Arabica 57/1, 2010, p. 68-98.
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l’arabe (5), sans porter attention à la réalité des usages noun » (p. 48) est fautif ou tout au moins imprécis
actuels de l’arabe, lors même qu’il ambitionne d’aider puisqu’il ne s’agit que du nūn al-rafʿ («nūn de l’indi-
à la compréhension de ce dernier... L’ouvrage passe catif », précédé d’une voyelle longue à l’inaccompli
donc quelque peu à côté de sa cible. Ce phénomène indicatif) et non pas du nūn al-niswa («le nūn des
de cécité est intéressant car il interroge ce que l’on femmes ») qui, lui, demeure dans tous les cas. De
nomme “arabe”, et aussi ce que l’on enseigne comme même, on s’étonnera de trouver bakaya (p. 32) au
étant représentatif de ce qui se pratique réellement lieu de bakā («il a pleuré »). L’A. présente de plus ti
dans le monde concerné. comme étant l’impératif de atā–yaʾtī, or même que
L’ouvrage souffre ensuite d’une insuffisance ter- son impératif est iʾti ou -īti (6).
minologique en matière de grammaire arabe qui ne Notons une autre bizarrerie : « Si le participe
peut là non plus se justifier du fait qu’il n’en présente actif d’un verbe est suivi d’un nom ayant un pro-
que l’essentiel. On notera en premier l’emploi inap- nom de rappel, il aura un complément direct : ṭāfa
proprié d’une terminologie pourtant bien connue. bi-l-malʿab rāfiʿan ʿalama bilādi-hi » (p. 60) où le
Ainsi māḍī est présenté comme l’équivalent conjoint terme qui suit le participe actif en question n’est pas
de “passé” et “accompli” et muḍāriʿ comme celui de suivi d’un pronom de rappel et où l’on ne comprend
“présent” et “inaccompli” (p. 26). De même, l’A. range pas très bien la nécessité de ce dernier pour que ce
sous l’étiquette “accompli” à la fois mā takallam et terme soit à l’accusatif (e.g. : ṭāfa bi-l-malʿab rāfiʿan
lam yatakallam, sous “inaccompli” lā yatakallamu et ʿalaman). L’A. précise bien (p. 77 !, ce qui aurait pu
sous “futur” lan yatakallama (p. 105), sans remarquer être fait bien avant) qu’« en arabe moderne, les
qu’alors un problème pédagogique se pose dans la flexions casuelles sont rarement observées dans la
mesure où l’opposition morphologique se fait entre pratique courante de la langue ». Cela ne l’empêche
takallama/accompli/māḍī d’une part et yatakallam-/ pourtant pas d’écrire que, dans le cas d’une épithète
inaccompli/muḍāriʿ de l’autre, rendant impossible liée à un premier terme d’annexion dont le second
de traiter de lam yatakallam comme d’un “accompli” serait de même genre, «pour éviter toute confusion,
morphologique. L’A. croise en fait une terminologie l’épithète est généralement vocalisée : munaẓẓamatu
arabisante dichotomique et aspectuelle, accompli- l-ṣiḥḥati l-duwaliyyatu ». Le qualificatif « générale-
māḍī (type takallama) et inaccompli-muḍāriʿ (type ment » n’est ici absolument pas adéquat d’un point
yatakallam-) avec une terminologie temporelle de vue descriptif et réaliste de la langue arabe a for-
non-ignorée des grammairiens arabes anciens eux- tiori concernant le MSA, «jamais », «très rarement »
mêmes (e.g. Ibn al-Ḥāğīb m. 646/1249) formant, elle, étant assurément plus justes. Suite à cette affirmation,
un triplet : passé-māḍī, présent-ḥāl ou ḥāḍir et futur- quid des flexions modales dont un lecteur pourrait
mustaqbal, ces deux derniers relevant du muḍāriʿ. Le a contrario déduire qu’elles sont observées dans la
terme maṣdar est, quant à lui, traduit par «nom d’ac- pratique, ce qui n’est, une fois encore, on le sait, pas
tion » (p. 56 et 156), mais plus justement par «nom le cas ! D’autres erreurs sont à relever. De qabla et
verbal » (p. 58), et l’A. distingue sous «nom verbal » baʿda, l’A. dit que «ces noms peuvent être précédés
(masdar [sic]) un «simple substantif (nom de procès) de prépositions et prennent alors la flexion du cas
[d’une part et] un sens verbal appuyé (nom d’action) » sujet u » (p. 118) et il cite, à bon droit, min qablu et
(p. 58) de l’autre, traduisant un flottement quant à min baʿdu. Cette assertion pose deux problèmes : le
l’acception du maṣdar arabe. On regrettera de même premier c’est qu’il ne s’agit pas de la flexion du cas
que les formes verbales soient dites dérivées et non sujet, les termes en question n’étant pas au nomi-
augmentées (p. 58, 62, etc.). Enfin, l’inexactitude natif ; le second c’est qu’il n’en va pas de même de
terminologique conduit l’A . à traduire muḍāf par min ṯamma (et non min ṯammu) que l’A. présente
«complément du nom », alors que ce dernier est en pourtant dans la même section, en prenant garde
fait, ainsi qu’il l’indique correctement plus loin, le alors, il est vrai, de ne pas le vocaliser en finale… De
muḍāf ʾilay-hi (p. 157) et que muḍāf n’est autre que même, affirmer qu’«en arabe, le groupe apposition-
le premier terme d’annexion justement complété par nel se place généralement avant l’élément auquel il
un complément du nom… se rapporte » (p. 136) est contestable, d’autant que
Sur le fond encore, certaines assertions sont les propres exemples de l’A. viennent placer le badal
incompréhensibles ou fautives. Dire que « le sub- («appositif ») après le mubdal min-hu («ce à quoi on
jonctif est caractérisé […] par […] la suppression du substitue »). Enfin, même si l’A. réduit à raison les «six
noms » de la grammaire classique à «cinq », le dernier
(5) Pinon parle de « sui-langue arabe classique » (voir Pinon,
«Les enjeux épistémologiques et didactiques d’une grammaire (6) Voir Reig, La Conjugaison arabe / alf alf fiʿl wa-fiʿl, kitāb
arabe fondée sur corpus », dans Arnavielle (éd.), Voyages gram- al-taṣrīf, p. 70 et Ammar et Dichy, Les verbes arabes (Al-Šāmil fī
mairiens, L’Harmattan, Paris, Langue & Parole, 2012, p. 83-101). taṣrīf al-ʾafʿāl), p. 164).
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étant tombé en désuétude en MSA (7), il écrit que «les se fait aussi au féminin tel que taktub al-muʿallim/
noms ab et aḫ présentent la même forme aux trois al-muʿallimūn, ce qui est, on le sait aussi bien que l’A.,
cas lorsque le complément est le pronom suffixe de totalement faux. Il s’agissait d’une part de dire que le
la première personne du singulier –ī » (p. 139). Ceci verbe placé avant son sujet s’accorde en genre et pas
est tout à fait vrai, mais pourquoi exclure de cette liste en nombre (et donc reste au singulier quel que soit
ḥam («beau-père »), cité et bien vivant, qui subira la le cas de figure). Il s’agissait d’autre part de préciser
même chose (ḥamī, «mon beau-père ») ? que, dans le cas de sujets pluriels inanimés, le verbe
Certains problèmes de méthode dans l’expo- est alors accordé au féminin singulier. Enfin, dans
sition des données sont aussi à soulever. Ainsi, le le chapitre consacré à l’exception, l’A. présente les
chapitre sur la déclinaison arrive p. 98, en 47e position flexions casuelles possibles de l’excepté (mustaṯnā).
alors qu’il a déjà été question à plusieurs reprises de S’il commence par le cas où l’excepté appartient au
déclinaison, et de diptotes. Il est aussi étrange de même champ sémantique que l’ensemble dont il
lire à propos du verbe assimilé (ce qui laisse alors à est exclu (mustaṯnā muttaṣil), le fait est que le cas
penser que cela ne concerne que ce type de verbe), où l’excepté n’appartient pas à ce même champ
qu’«à l’inaccompli, le verbe assimilé se conjugue de sémantique (mustaṯnā munqaṭiʿ) ne sera, lui, jamais
la même façon à la deuxième personne (masc.) et à la abordé…
troisième personne (fém.) du singulier » (p. 29), dans Viennent ajouter à la confusion certaines impré-
la mesure où cette caractéristique est commune à cisions lexicales ou de traduction. Il en va ainsi du cas
l’ensemble des verbes arabes. Il aurait en conséquence où l’A. traduit duwalī et dawlī de même manière par
mieux valu que cette identité morphologique se re- « international », le premier étant censé regrouper
trouve indiquée à l’occasion de «l’aspect inaccompli » plusieurs pays tandis que le second aurait le sens de
(p. 44) et que ce chapitre se retrouve plus tôt dans mondial (p. 70). En fait, duwalī est bien «internatio-
l’architecture du texte. De même, l’A. indique que nal », lié à duwal «États », tandis que dawlī, dont le
les participes passifs de formes augmentées sont sens est «national, étatique », lié à dawla, «État »,
réguliers et formés sur d’autres schèmes que celui de représente la prononciation courante pour duwalī(9).
forme I, chose qui n’est pas faite à la même page avec On trouvera aussi fawqa traduit par «sur » (p. 116),
le participe actif qui précède pourtant (p. 60). Pour le ce que rend normalement ʿalā, fawqa correspondant
nom de lieu de forme augmentée, l’A. ne donne que mieux à « au-dessus de ». De même, ḥatman est
des exemples de forme X, donnant à croire au lecteur traduit par «certainement » (p. 126) là où «néces-
débutant que c’est l’unique forme de construction… sairement » serait préférable. On sera aussi surpris
L’A. commence par ne donner que quatre sœurs à de trouver iṭār (« cadre, cerceau, encadrement »),
inna (p. 76) avant d’en donner les cinq (p. 80 et 124). terme purement technique et matériel, placé dans
Certaines définitions imprécises comme «la phrase l’expression murattab hāḏā al-ʾiṭār al-fannī murtafiʿ
verbale se compose d’au moins un verbe et d’un ǧiddan traduit «le salaire de ce cadre technique est
sujet » (p. 104) viennent polluer une saine compré- très élevé » (p. 102) où il désigne un être humain là
hension des phénomènes là où il vaudrait mieux où l’arabe fait usage d’un calque : kadar pl. kawādir,
parler de «phrase à tête verbale » (8) pour exclure ʾiṭār étant réservé à quelque chose de non-humain
les phrases à tête nominale dont le propos (ḫabar) (al-ʾiṭār al-marǧaʿī «le cadre de référence », al-ʾiṭār
est lui-même une phrase verbale. Une grave inexac- al-tā’rīḫī «le cadre historique », etc.). On le sera tout
titude se trouve dans la présentation suivante : «Si autant avec šimālan («à gauche », p. 116) qui, s’il est
le verbe est conjugué à la troisième personne et qu’il certes employé, est normalement délaissé au profit
précède le sujet, il s’accorde au singulier et au féminin, de yasāran (qu’on trouve p. 126) en MSA. Enfin, l’A.
sauf si le sujet est un pluriel inanimé » (p. 105). La indique bien la possibilité, pour la phrase à tête
seule chose qu’il est possible de comprendre d’une nominale d’être composée d’un nom et d’un verbe,
telle définition, c’est que l’accord pour muʿallim ou avec l’exemple al-faylasūfu yufakkiru. Sa traduction
muʿallimūn, masculins respectivement sing. et pl., par «le philosophe réfléchit » pose immédiatement
problème puisqu’une telle phrase est en fait rendue
(7) Voir Sartori, «Les «six noms » : grammaire arabe et pudi- en MSA par une phrase à tête verbale de type yufak-
bonderie », Synergies Monde arabe 7, 2010, p. 35-45.
(8) Il s’agit d’une expression adaptée de la grammaire arabe
qui parle de ğumla ʾismiyya/fiʿliyya comme de phrases dont le (9) Voir Reig, Dictionnaire Arabe-Français Français-Arabe, al-
début est un nom/verbe (ṣadru-hā ism/fiʿl) et employée par des Sabīl, Paris, Larousse, “Saturne”, 1983, art. D-W-L no1881 où
linguistes arabisants tels que Larcher, «Y-a-t-il un auxiliaire verbal dawlī = national et duwalī = international de même que Wehr,
en arabe ? », Travaux linguistiques du CERLICO 2, L’Auxiliaire en Arabic-English Dictionary, Éd. J. Milton Cowan, Urbana, Illinois,
question, Jean-Louis Duchet (ed.), 1990, p. 95-121, pp. 109-110 Spoken Language Services, 4e édition revue et augmentée, 1994,
et 121 pour l’expression «phrase à tête nominale ». art. D-W-L où dawlī = state (adj.) et duwalī = international.
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kiru l-faylasūfu, tandis que al-faylasūfu yufakkiru le souffre d’un sérieux manque de rigueur, de forme
sera alors mieux par «le philosophe, il réfléchit ». comme de fond (dont l’absence de bibliographie),
À ces problèmes de fond s’en ajoutent d’autres ce qui peut poser des questions d’ordre pédagogique.
de forme qui trahissent là encore le manque de Le risque est en effet alors grand de voir des arabi-
rigueur et de soin dont a bénéficié cette publication. sants encore non-confirmés se perdre et ne plus rien
Il en va ainsi d’erreurs de mise en page comme le fait comprendre. Cela pose aussi des questions d’ordre
que manquent anā et naḥnu dans le tableau où ils scientifique : quid du travail des rapporteurs de ce
auraient pourtant dû apparaître (p. 20). De même, texte (s’ils ont été invités à le lire), et donc quid du
maftūḥ (p. 60) est présenté à cause de l’ordre de travail de la maison d’édition en matière scientifique ?
gauche à droite et de la flèche dans le même sens quid enfin du travail de relecture de l’auteur lui-même
comme la base de fataḥa alors que c’est l’inverse. De qui, produit fini en main, aurait dû l’amender et
plus, maftūḥ est alors traduit par «ouvrir » tandis l’épurer des scories qui le constellent. Certainement
que fataḥa l’est par «ouvert ». Ailleurs, pour illustrer cela a-t-il à voir avec cette boulimie mercantile issue
la transposition négative d’une phrase nominale, les en partie du 11 septembre 2001 et de ces avatars
exemples hāḏā ġalyūnun et laysa hāḏā ġalyūnan qui ne cessent de se multiplier, légitimant ainsi une
sont inversés de sorte que la flèche va du second production tous azimuts et dès lors mal contrôlée
au premier et non dans le sens opposé comme cela et pour partie fautive. Tout cela est dommage car
aurait dû être le cas, mais encore, le premier est tra- l’ouvrage aurait pu être intéressant, mais peut-être
duit par la traduction du second («ceci n’est pas une qu’une édition revue et sérieusement corrigée lui
pipe ») et le second par celle du premier («ceci est permettra d’atteindre le but affiché.
une pipe »). Dans ces conditions, l’étudiant a intérêt Manuel Sartori
à connaître et à ne pas avoir de doute sur le fait qu’il Aix-Marseille Univ, CNRS, IEP, IREMAM,
s’agit d’erreurs… Aix-en-Provence, France
Enfin, des inexactitudes de vocalisation viennent
encore polluer l’ensemble du texte. Il est ainsi ques-
tion de ism al-wiḥda au lieu de waḥda (p. 56 et 156).
On trouvera une šadda sur le rāʾ de sayyāra (p. 76)
et l’expression ḥadīqati manzili-ka kabīratun, venant
tout à fait opportunément illustrer un point de décli-
naison, laisse au génitif un terme qui aurait dû être au
nominatif tel que ḥadīqatu (p. 88). Si l’on s’étonnera
de trouver un alif avec une fatḥa (!) (p. 11) alors que
le alif peut au mieux porter, en tant que support d’un
hamza instable, une ḍamma (u) ou une kasra (i), on
sera agacé de voir justement que la hamza instable
est systématiquement écrite au mépris des règles
d’orthographe. Il en va ainsi de ism qui est invariable-
ment écrit ʾism mais aussi ʾistifhām (p. 157) au lieu
de istifhām ou encore de ʾilʿab (p. 46) au lieu de ilʿab
alors que l’impératif est correctement présenté plus
tard (p. 50). À la fin, on ne s’étonne plus de trouver
mumaṯṯala pour mumaṯṯila («actrice »), ḥaḍarana
pour ḥaḍarna («elles ont assisté ») (p. 110), ou yā
la-l-muṣība (p. 130) au lieu de yā li-l-muṣība.
En conclusion, malgré certains points positifs, en
plus de la limitation à deux pages par point abordé et
la présence d’exemples et de leurs corrections, et au
nombre desquels je citerai la présentation de l’accord
(p. 52), l’indication que l’adjectif analogue faʿīl est lié
à un verbe transitif (p. 66), la présentation des nisba-s
en -ānī et en -wī (plus exactement -awī) (p. 70) qui
sont rarement présentées, l’emploi de «consœurs »
pour ʾaḫawātu(-hā) (p. 124), la présentation de la
phrase relative comme une phrase épithète (p. 112)
et la présentation de l’exclamation (p. 130), l’ouvrage
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