Le risque dans l’investissement
Introduction :
L'évaluation traditionnelle des investissements par l'actualisation des
flux futurs au coût moyen pondéré du capital, bien qu'utile, néglige
de nombreux facteurs d'incertitude propres aux investissements
industriels, incitant les investisseurs à adopter la théorie des options
pour son approche radicalement différente intégrant des concepts
déterminants dans l'analyse du risque d'investissement.
Section 1: L'analyse du risque au travers du plan d'affaires
1.1 Construction du Plan d'Affaires :
La construction du plan d'affaires est cruciale pour appréhender les
risques liés à l'investissement :
En modélisant l'avenir de l'entreprise,
identifiant les paramètres influençant la valeur du projet
et déterminant la dépendance aux éléments sous influence de
l'investisseur et ceux imposés (cours des matières premières,
taux de change).
Un projet devenant plus risqué si le plan d'affaires dépend de données
exogènes.
1.2 L'analyse de sensibilité :
- La méthode d'analyse de sensibilité vise à identifier et évaluer
l'impact des variables clés sur la rentabilité du projet
- Cette méthode comporte deux versions : simple (variations de
l'activité) et générale (sensibilité à plusieurs paramètres).
- Processus long et coûteux; nécessité de réviser les prévisions en cas
de risque.
- Pour la rendre plus pratique, il suffit de déterminer le degré de
sensibilité en calculant la variation maximale sans rendre la VAN
négative.
- Démarche pour calculer le coefficient de sensibilité :
1) Sélectionner une valeur plausible pour chaque variable clé.
2) Remplacer la variable dans la formule de la VAN = 0 par une
inconnue et calculer le coefficient de sensibilité.
On obtenir la valeur de la variable qui annule la VAN (yi0).
3) Résumé dans un tableau comparant les coefficients de sensibilité
aux marges de tolérance.
Variable clé source de Coefficient de Marge de tolérance
risque Yi sensibilité calculé (Si) (Si*)
Y1:Activité S1: sensibilité de S1*: sensibilité
l'activité tolérée pour I'activité
Y2 : Prix de vente S2 : sensibilité du prix S2*: sensibilité
de vente tolérée pour le prix
de vente
Y3 : coût des matières S3 : sensibilité des S3*: sensibilité
coûts de matières tolérée pour les coûts
de matières
Yn : Taux Sn: sensibilité du taux Sn*: sensibilité
d'actualisation d'actualisation tolérée pour le taux
d'actualisation
Laisser au décideur le choix d'appliquer strictement les marges ou de
les réviser pour l'acceptation ou le rejet du projet.
Limites: elle suppose l'indépendance entre les variables clés.
1.3 L'estimation du risque maximal :
L'estimation du risque maximal vise à simuler un scénario pessimiste
réaliste pour évaluer le risque d'échec du projet et estimer les
investissements complémentaires éventuellement nécessaires.
Section 2 : Les mesures mathématiques du risque
2.1 La méthode de Monte Carlo :
- Cette méthode consiste à isoler de variables-clés (comme le chiffre
d'affaires ou la marge) avec des distributions de probabilités.
- Deux étapes pour affecter une distribution de probabilité :
o identification des facteurs d'influence
o et détermination du profil d'incertitude des variables
clés(simples, composées ou résultant de relations
économétriques complexes).
- La valeur actuelle nette (VAN) résulte d'une distribution de
probabilités, de tirages aléatoires, et de calculs répétés.
- Ou La valeur actuelle nette (VAN) est représentée comme un profil
d'incertitude résultant des distributions de probabilités.
- Cette Méthode moins tranchée que celle de la VAN, dépend du
couple (risque, rentabilité) acceptable.
- Limitation due à l'indépendance des variables-clés.
2.2 L'équivalent certain : EC
L'équivalent certain d'un flux financier futur est le montant accepté
aujourd'hui en comparaison du flux futur attendu.
La méthode actualise des flux équivalents certains au taux sans
risque.
𝑛
ei 𝑒est
𝑖 ∗𝐹le𝑖 coefficient d'équivalent certain du flux
Formule de la VAN : 𝑉𝐴𝑁 = 𝐹0 + ∑ futur Fi et𝑖 rf le taux sans risqué.
𝑖=1 (1+𝑟𝑓)
Le coefficient d'équivalent certain intègre les dimensions subjective et
objective : la fonction de préférence du décideur et la distribution
associée au cash-flow.
EC= CF espéré - Prime de risque
Section 3:L'apport des options réelles :
3.1 Les limites de l'analyse traditionnelle :
- Analyses traditionnelles, comme la VAN, basées sur des hypothèses
fondamentales.
- Hypothèses de choix de scénarios de flux espérés et d'irréversibilité
de la décision.
- Limitation : l'irréversibilité néglige la flexibilité des investissements
face à de nouvelles informations.
3.2 La notion d'option réelle :
- La flexibilité d'un investissement a une valeur, représentée par
l'option réelle qui lui est attachée.
- Caractéristiques des options réelles :
Propres aux investisseurs industriels.
C'est le droit (et non l'obligation) de changer un projet en
fonction de nouvelles informations.
- Les options réelles peuvent être "cachées", non facilement
détectées par l'investisseur.
- Trois Éléments nécessaires pour des options réelles efficaces :
Le projet comporte de l'incertitude, et La volatilité du sous-
jacent doit être élevée.
Les investisseurs acquièrent des informations exploitables au fil
du temps.
Possibilité de transformer significativement le projet en fonction
de ces informations.
Analogie entre options réelles et options financières :
- Définition similaire à celle des options financières (options d'achat
et de vente).
- Actif sous-jacent pour les options réelles : projet d'investissement.
- Actif dérivé asymétrique, conférant le droit, mais non l'obligation, de
l'exercer.
Les trois grandes différences entre les options réelles et les
options financières:
Nature de l'actif sous-jacent : Projet d'investissement pour les
options réelles, contrairement aux titres financiers pour les options
financières.
Négociabilité de l'actif sous-jacent et de l'option.
Caractéristiques du contrat de support de l'option (par exemple,
cours du produit financier pour les options financières, VAN des
flux futurs pour les options réelles).
3.3 Les différentes catégories d'options réelles :
1) L'option de lancer un nouveau projet :
Correspond à l'achat d'une nouvelle activité avec le prix d'exercice basé
sur les investissements de lancement.
Les services de recherche et développement peuvent être considérés
comme des "usines à options réelles."
L'innovation contient une option de lancement de nouveau projet ou
produit.
2) L'option de différer l'exécution d'un projet : (option de reporter)
Option d'achat permettant à l’investisseur d'attendre avant de
s'engager pour obtenir des informations pertinentes sur les coûts,
prix, ou conditions du marché.
Importante dans les industries permettant d'attendre, comme les
ressources naturelles et l'immobilier.
L'option de reporter prend en compte la capacité d'apprentissage des
investisseurs.
3) Les options de modifier l'intensité de l'exploitation :
(Augmenter, réduire, fermer temporairement).
Ces options permettent de passer d'un état de production à un autre,
de manière continue ou discrète.
La valeur de ces options est élevée dans des industries avec une
demande ou offre cyclique (ressources naturelles, mode, biens de
consommation)
4) L'option d'abandon :
Option de vente permettant d'interrompre un projet à tout moment,
mais ne pas abandonner aujourd'hui permet de le faire plus tard
(asymétrie).
Correspond à un droit de défaut des actionnaires dans une entreprise
endettée.
Sa valeur est égale à la valeur des capitaux propres et est exercée
lorsque la dette à rembourser dépasse la valeur du projet.
3.4 La valorisation d'un projet d'investissement
Les options réelles permettent d'analyser les risques et opportunités
d'un projet.
La valorisation globale d'un projet prend en compte la VAN (valeur
actuelle nette) et la valeur des options réelles (VANA).
VANA = VAN + Valeur des options réelles.
Dans les projets complexes, les options ne peuvent pas être
valorisées indépendamment en raison de leur dépendance les unes
des autres.
- Les options réelles enrichissent l'analyse financière en dépassant la
simple valeur actuelle nette, favorisant ainsi la créativité et la
génération de nouvelles idées.
- Elles mettent en valeur la flexibilité, négligée par l'approche
traditionnelle, permettant aux dirigeants d'adapter leurs décisions
en fonction de l'évolution du contexte.
- Malgré leurs avantages, l'application pratique des options réelles
présente des défis, tels que la complexité des modèles
mathématiques, l'estimation difficile de certains paramètres, la
gestion de plusieurs options dans un projet, et la distribution de la
valeur entre différents détenteurs reste une question non résolue.