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Analyse du discours journalistique algérien

Cette thèse analyse le discours journalistique algérien d'expression française à travers le quotidien Le Soir d'Algérie. Elle étudie notamment le positionnement identitaire de l'énonciateur dans ce discours.

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Analyse du discours journalistique algérien

Cette thèse analyse le discours journalistique algérien d'expression française à travers le quotidien Le Soir d'Algérie. Elle étudie notamment le positionnement identitaire de l'énonciateur dans ce discours.

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République Algérienne Démocratique et Populaire

Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique


Université Mohamed Khider de Biskra
Faculté des Lettres et des Langues
Département de Langue et de Littérature Françaises

THÈSE
En vue de l’obtention du diplôme de

DOCTORAT EN SCIENCES

Option : Sciences du langage

Analyse pragmatique du discours journalistique algérien d’expression


française : le positionnement identitaire de l’énonciateur.
« Cas du quotidien : Le soir d’Algérie »

Présentée et soutenue par : HAMMI Chafia

Sous la direction du : Co-dirigée par :

Dr GUERID Khaled Dr REFRAFI Soraya

Les membres du jury :

Président : Pr. DAKHIA Abdelouahab Université de Biskra


Rapporteur : Dr. GUERID Khaled Université de Biskra
Examinateur : Dr. DOURARI Lakhdar Centre U. de Barika
Examinateur : Dr. BENAZOUZ Nadjiba Université de Biskra
Examinateur : Dr. MANSEUR RAOUF Centre U. de Barika
Examinateur : Dr. SAKER Amina Université d’Oum El Bouaghi

Année universitaire : 2022-2023


République Algérienne Démocratique et Populaire
Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique
Université Mohamed Khider de Biskra
Faculté des Lettres et des Langues
Département de Langue et de Littérature Françaises

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Analyse pragmatique du discours journalistique algérien d’expression


française : le positionnement identitaire de l’énonciateur.
« Cas du quotidien : Le soir d’Algérie »

Présentée et soutenue par : HAMMI Chafia

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Dr GUERID Khaled Dr REFRAFI Soraya

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Président : Pr. DAKHIA Abdelouahab Université de Biskra


Rapporteur : Dr. GUERID Khaled Université de Biskra
Examinateur : Dr. DOURARI Lakhdar Centre U. de Barika
Examinateur : Dr. BENAZOUZ Nadjiba Université de Biskra
Examinateur : Dr. MANSEUR RAOUF Centre U. de Barika
Examinateur : Dr. SAKER Amina Université d’Oum El Bouaghi

Année universitaire : 2022-2023


Dédicaces

Je dédie ce travail de recherche à :

Mes parents pour tout ce qu’ils m’ont donné

Mon cher mari

Mes adorables enfants


Remerciements

Tout d’abord, je remercie Dieu le Tout Puissant et le Miséricordieux.

Je remercie mon directeur de recherche, le docteur : GUERID Khaled et ma co-


directrice de recherche Dr. REFRAFI Soraya qui m’ont soutenu et orienté tout au long
de l’élaboration de cette thèse en m'apportant un appui considérable par leurs conseils
et leurs recommandations.

Je ne manquerai pas d’adresser également mes remerciements à mon professeur


Pr KHENNOUR Salah qui a suivi avec beaucoup d’intérêt mon travail et qui m’a
orienté durant toute ma recherche.

Je tiens aussi à remercier mes parents, pour leur soutien infaillible, leur patience
et l'intérêt manifesté pour mon travail. Je leur souhaite santé, bonheur et longue vie.

Mes remerciements s’adressent également aux membres du jury pour avoir


accepté de lire et d’évaluer mon travail de recherche.

Enfin, je remercie toute personne ayant contribué de près ou de loin à la


réalisation de ce travail.
TABLE DES MATIÈRES
Table des matières
Introduction générale ………………………………………..…………….11

CHAPITRE 1 : Les Actes de Langage, Cadre théorique et épistémologique

Introduction …………………………………………………..……………..19

1. Naissance de la théorie des actes du langage/de parole (speech acts)21


1.1 La notion de performatif…………………………..………………………..24
1.1.1 Degrés de performativité…………………………………...………………...25
1.1.1.1 Les performatifs purs………………………………...…………………...25
1.1.1.2 Les quasi-performatifs ……………..…………………………………….26
1.1.1.3 Les énoncés intermédiaires (Mixtes)……………………..………………27
1.1.1.4 Les énoncés intermédiaires (Primaires)………………………...………...27
1.1.2 Les actes de langage………………………………………………………….28
1.2 John R. SEARLE ………………………………………………………….29
1.2.1 Actes de langage et valeurs illocutoires ……………………………………30
1.2.2 Actes de langage et forces illocutoires …………………………………….33

2. Notion de discours (essais de définition)………………………………37

3. Le texte……………………………………………………………………….40
3.1 Le cadre étroit de la phrase ……………………………………………………….40
3.2 Texte vs phrase …………………………………………………………………...41

4. Les caractéristiques du discours ………………………………………42


4.1 Le discours est orienté ……………………………………………………..42
4.2 Le discours est interactif …………………………………………………...42
4.3 Le discours est pris dans un inter-discours ………………………………...43

5. Les principes du discours ………………………………………………43


5.1 Le principe de coopération …………………………………..……………..43
5.2 Le principe de pertinence ………………………………….……………….43
5.3 Le principe de sincérité …………………………………………………….44
6. Les lois du discours ………………………………………………………44
6.1 La loi d’informativité ………………………………………………………..45
6.2 La loi d’exhaustivité …………………………………………………………45
6.3 Les lois de modalité ………………………………………………………….46

Conclusion ………………………………………………………………………….47

CHAPITRE 2:Modèles d’analyse des actes du langage & points de vue


énonciatifs

Introduction …………………………………………………………….……49

1. La sémiologie de la communication ……………………………………50

1.1. Schéma de Jakobson ………………………………………………….…51


1.2. Schéma de la communication de C. Kerbrat Orecchioni ……….……….53

2. Modèles d’analyse des actes de langage dans la presse écrite …………56

3. Enonciation et actualisation du discours ………………………………..58

3.1. Pour une théorie du sujet de l'énonciation et de sa relation au discours ….....59


3.1.1. Stratification de l'instance énonçant dans les articles de presse écrite ….….…..61
3.1.2. Responsabilité et énonciation médiatique …………………………….………..64
3.2 Les traces d'inscription langagière : l'appareil formel de l'énonciation comme
Objectivation d'une instance d'émission ………..……………………………65

3.2.1 Les indices de personne ………………………………………………….67


3.2.2 Les indices de temps et de lieu ………………………………………..…68
3.3 Les indices de jugement et les positionnements énonciatifs ….……………..70
3.3.1 De la modalisation énonciative dans les éditoriaux ……………….……………71
3.3.2 La subjectivité ; marques d’inscription du sujet ou objets du discours ……… ..74

4. Relation entre locuteur et allocutaire …………………………………….77

5. Types de discours et positionnements énonciatifs ………………………78


5.1 Le discours direct …………………………………………………………………….78
5.2 Le discours indirect et narrativisé ……………………….…………………………80
5.3 Le discours indirect libre …………………………………………………..……….80

Conclusion ……………………………………………...…………………………..82

CHAPITRE 3 :« Le Soir d’Algérie »&écriture journalistique

Introduction ………………………………………………………………………………84
1. « Le Soir d’Algérie », le journal en question …………………………..85

1.1 Création et historique………………………………………………………....….…87


1.2 Contenu et format ………………………………………………………………..…87
1.3 Tirage ………………………………………………………………………...…..…87
2. Epistémologie et histoire du journal ……………………………………88

3. Format tabloïd ……………………………………………………………89


3.1 Caractéristiques du format ……………………………………………………….….89
3.2 Sens figuré …………………………………………………………………………..90
4. Les genres journalistiques ………………………………………………..93

4.1 Le commentaire et l’éditorial …………………………………………………………96


4.1.1 Méthode de travail ……………………………………….………………………97
5. Le journalisme, rôles et fonctions ………………………………………98

5.1 Les principales fonctions du journal ……………………………………………...…99


5.1.1 L’utilité …………………………………………………………………….……99
5.1.2 La distraction, le rêve et l’émotion ……………………………………….……..99
5.1.3 Le sentiment d’appartenance ……………………………………………………99
5.1.4 L’effet miroir ……………………………………………………………………99
5.1.5 L’analyse critique ……………………………………………………………….99

6. Le mot journalistique ……………………………………….……………100


6.1 Court …………………………………………………………..…………………….100
6.2 Concret ………………………………………………………………………………100
6.3 Connu ……………………………………………………………………….……….101
6.4 Précis ……………………………………………………………………….….…….101
7. La phrase journalistique ……………………………...………………….101
7.1 Courte ………………………………………………………………………………..101
7.2 Avec l’essentiel au début ……………………...……………………………………..101
7.3 Simple ………………………………………………………………………………..102
7.4 Au présent…………….………………...……………………………………………102

8. Suppression des redondances ……………………………………………102

9. Le pouvoir du verbe ……………………………………………………...103

10. Écrire en résumé …………………………………………………..……103

11. Une formule mnémotechnique : C.L.A.I.R ……………………..…….104

12. L’habillage de l’article ………………………………………………….104

12.1 Les fonctions d’un titre de presse …………………..…………………………….105


12.1.1 La fonction référentielle ……….……………………………………………105
12.1.2 La fonction conative ou métalinguistique ……………...……………………106
12.1.3 La fonction poétique ou séductrice ……………………………………..……107
12.2 Le surtitre …...………………………………………………………………...……110
12.3 Le sous-titre ……………………………………………………………...…………111
12.4 Le chapeau …………………………………...……………………………….……111
12.5 L’intertitre ……………………………………………...………………….……….111
12.5.1 Reposer l’œil ……………………………………….………………..………113
12.5.2 Relancerl’intérêt ………………………………..……………………………113
12.5.3 Baliser la lecture …………………………………………………………….113
12.6. La construction de l’article ………………………………...………...……………114

12.6.1 Réfléchir avant d’écrire ………………………………………….……114

12.6.2 Quatre questions pour un plan ……..……………………….…………114


12.7 Conseils donnés aux journalistes au moment de l’écriture ………....………116
12.8 Conseils pour bien relire …………………………...…………………..……117
12.8.1 Dégraisser …………………..………………………………….………117
12.8.2 Couper ……………….……….…………………………………..……118
12.9 Les 10 commandements du rédacteur …………………...………….………120
13. Du bon usage des temps de l’indicatif dans la presse écrite ………..121

13.1 Présent ……………………………………………………………………….……121


13.2 Imparfait ……………………………………………………………………..……122
13.3 Passé simple ………………………………………………………...……………..123
13.4 Passé composé …………………………………………………………….………123
13.5 Passé antérieur …………………………………………………………………….124
13.6 Plus-que-parfait …………………………………………………..……………….125
13.7 Futur simple ……………………………………………….………………………125
13.8 Futur antérieur …………………………………………………………………….125

Conclusion ………………………………………………….……………………….127

CHAPITRE 4 : De l’énonciation dans la chronique « pousse avec eux ! »

Introduction …………...…………………………………………………………….129
1. Points de vue énonciatif/stylistique …………………...………………....130

2. Enonciation et actualisation du discours ………………………….…….132


2.1 Pour une théorie du sujet de l'énonciation et de sa relation au discours....…..133
2.1.1 Enonciation et responsabilité ……………………………………………135
2.1.2 L'énonciation, une objectivation de l’instance d'émission et de traces d'inscription
langagière. ……………………………..………………………………….…….138
2.1.2.1 Les indices de personne …………….…………………………………....145

3. Les modalités …………………………………………………………..….146

4. Modalisation et point de vue ………………………………………….…147


4.1 Les procédés de modalisation ……………………………………...……….148
4.1.1 Un vocabulaire péjoratif ………………………………………..……..…………149
4.1.2Un vocabulaire mélioratif ………………………………………..………………149

5. Les adjectifs ………………………………………………………………151


5.1 Les adjectifs objectifs …………………………………………………..…………..153
5.2 Type d'adjectif ……………………………………………………….……………..154
5.2.1 Adjectifs dénotant un état ou une appréciation particulière …………….………154
5.2.2 Adjectifs dénotant une appartenance ethnique ou religieuse ……….….………..155
5.2.3 Adjectifs relevant l’appartenance ou trait géographique …………….…………..155
5.2.4 Les Adjectifs numériques ……………………………………………….……….155
5.2.5 Les adjectifs de couleurs et de justice …………………………………...………156
5.3 Les adjectifs subjectifs …………………………………………………….….……..156
5.3.1 Les adjectif affectifs …………………………………………….………….….…157
5.3.2 Les adjectifs évaluatifs …………………………………………….…….……….159
5.3.2.1 Les adjectifs évaluatifs non axiologiques …………………………….…….160
5.3.2.2 Les adjectifs évaluatifs axiologiques ……………………………….….…..162
6. Les adverbes ……………………...………………………………………163

6.1 Les adverbes de sentiment …………………………..……………….….………….164


6.2 Les adverbes d’intensité ……………………………..……………….….………….165
6.3 Les adverbes d’opinion ……………………………..………………………………166
6.4 Les adverbes de manière ……………………………..……………..………………168

7. Les verbes …………...…………………………………………………….172


7.1 Les verbe de sentiment ou expressifs ………………………………………………..172
7.1.1 La crainte et l’inquiétude ……………………………………………...………..172
7.1.2 L’espérance …………………………………………………………..………….173
7.1.3 Le désir ………………………………………………………………...……...…173
7.1.4 La comparaison …………………………………………………………....…….174
7.2 Les verbes d’opinion ou épistémique …………………………...…………..……….174

8. Les temps des verbes ………………...………………………………………………….175

CHAPITRE 5: Vers une pragmatique du discours médiatique dans « pousse avec


eux ! »

Introduction ……………………………………..……………………………….………….179

1. Le discours dans la presse écrite ……………………………………….…………..181


1.1 Le discours rapporté ………………………………………………..…………….181
1.1.1 Le discours direct ………………………………..………..………………182
1.1.2 Le discours indirect narrativisé ……………….………………………….186
1.1.3 Le discours indirect libre …………………………………………………187
2. Effacement énonciatif et discours rapporté ……………………………………...…..189
2.1. Effacement énonciatif et distanciation ……………………………………..……….189

2.1.1 Le recours aux sources d’informations …………………………………………190

2.1.2 Objectivation par le recours aux contextes spécifiques ………………….…….197

3. La polyphonie énonciative ………………………………………………………..……203

4. Position énonciative du locuteur ……………………………………………………..203

5. Le discours journalistique, une instance de destination ………………………….….204

6. Les actes de langage dans le discours …………………………………..……………..206


6.1 Les directifs …………………………………..…………………………………….206

6.1.1 Les modes de construction des titres …………………………………….…….208


6.2 Les interrogatifs ……………………………………………….……………………208
6.3 Les exclamatifs …………………………………………………………….……….208
6.4 Les assertifs………………………………………………….………….…………..209

7. Différents types de réactions à une question …………………………….………….214


7.1 Réponses Vs répliques. ……………………………………………………………214
8. L’aveu d’ignorance. …………………………………………………………………..214
9. La requête ……………………………………………………………………………..215
9.1 Les formulation indirectes de la requête ……………………….….……………….215
9.2 Recours au mode impératif ………………………………………….….………….216

9.2.1 Affirmation d’une obligation ……………………………..….………………..216


9.2.3 Affirmation d’un désir ……………………………………….………………..216
10. L’excuse ……………………………………………………………………………….216

Conclusion …………………………………………………………………………………218

Conclusion générale …………………………………………………….…………….220


Bibliographie …………………………………………………………….…………….230
Annexe…………………………………………….……………………………………238
INTRODUCTION GENERALE
Le langage, une faculté inhérente et universelle de l'humain. Il est inné et réfère à des
facultés psychologiques et cognitives permettant de communiquer à l'aide d'un système de
communication quelconque. En effet, tout acte de langage produit essentiellement un échange
langagier effectué entre deux ou plusieurs locuteurs, comme il permet l’instauration d’un fait
interactionnel entre les divers partenaires de l’acte énonciatif. L’énonciateur, qui se constitue
ainsi comme sujet, se définit par sa subjectivité qui, elle, se définit par la permanence de sa
conscience . Or, cette consciene de soi implique nécessairement l’existence de l’autre, ce qui
implique par ailleurs que le dialogue est la condition primordiale de toute communication.

Cette communication repose essentiellement sur les deux volets de l’énonciation qu’on
peut illustrer avec E. Benveniste1qui en proposant une analyse des temps des verbes du
français, explique que ces derniers se distribuent en « deux sujets distincts et
complémentaires ». Cette dichotomie traduit ou « manifeste deux plans d’énonciation
différents : celui du discours et celui de l’histoire ». De ce fait, deux plans d’énonciation sont
à considérer : l’énonciation historique et l’énonciation du discours. La première sera réservée
à la langue écrite, ce qui constitue une matière grise pour notre travail de recherche, étant
donné qu’il est réalisé dans cette optique avec l’étude de la chronique quotidienne « Pousse
avec eux » du journaliste du quotidien algérien d’expression française « Le Soir d’Algérie ».
Cette énonciation se caractérise par un récit d’événements passés. Alors qu’il précise encore
qu’ « il s’agit de la présentation des faits survenus à un certain moment du temps »2. Ce qui
est important c’est qu’il insiste sur le fait que dans l’énonciation de type historique, « il n’y
aucune intervention du locuteur ».

En somme, cela s’applique de manière similaire à notre chronique puisque le rédacteur


en question se distancie souvent de ce qu’il relate comme événements et incidents, qu’ils
soient politiques, économiques, culturels ou sportifs. Dans ce sens, Benveniste insiste sur le
fait que l’énonciateur n’utilise jamais les déictiques « je, moi, tu » ou « ici, maintenant ».
C’est donc le règne de la troisième personne. Il précise que les événements sont posés
comme ils se sont produits à mesure qu’ils apparaissent à l’horizon de l’histoire. Personne ne
parle ici, les événements semblent se raconter eux-mêmes.

1
BENVENISTE , (1966),« Les relations de temps dans les verbes français », in « Problèmes de
linguistique générale » Tome n° l, pp.237-250

2
Op, cit p : 239
11
Pour le second type d’énonciation, en l’occurrence celle du discours, qui par
opposition à la première, se définit comme« toute énonciation supposant un locuteur et un
auditeur et chez le premier l’intention d’influencer l’autre de quelque manière ».3

L’une des disciplines qui vise l’étude de ces effets interactionnels est la pragmatique,
une discipline nouvelle qui s'est développée au cours des années soixante-dix. Son champ
d'investigation est l'étude des relations unissant la langue en tant que système à son emploi en
situation. En effet, le sens d'un mot n'est pas uniquement celui de l'énoncé, il se produit selon
les co-textes de communication toujours spécifiques aux interlocuteurs de cette opération
d’échange. Dans cette nouvelle approche, nous allons étudier de manière minutieuse les
actes de langage (promesse, ordre, insinuation…), les connecteurs logiques (car, cependant,
mais…), les embrayeurs, soit de personne (je, tu…), de temps ou de lieu (maintenant, ici…),
les présupposés et les sous-entendus, ainsi que l’emploi des temps verbaux qui renvoient à la
situation d’énonciation.4

Cette étude nous mènera à accorder une importance au contexte d’émission et de


réception de l’énoncé au détriment de toute interprétation sémantique, et cela contrairement à
ce pensent d’autres linguistes qui estiment que la sémantique joue un rôle crucial et
prépondérant dans toute interprétation discursive. « Tout acte de communicatin est un objet
d’échange entre deux instances : l’une d’énonciation, l’autre de réception dont le sens
dépend de la relation d’intentionnalité qui s’instaure entr celles-ci. »5

Toutefois, la pragmatique va au-delà du fait de l’acte de communication; elle va


s’interesser d’une manière plus pécise et plus succinte à l’étude de la relation unissant les
signes à leurs usagers et à leurs emplois, puisque les lexicographes insistent sur l’importance
de l’usage et de l’impact de toute langue dans une situation de communication quelconque ;
« La tàche de la pragmatique est, dès lors, d’expliciter le processus de l’interprétation
pragmatique »6.

Le discours est une production oratoire, il consiste à chercher le rapport existant entre celui
qui parle et celui qui écrit, « il est l'expression verbale de la pensée, un écrit qui traite

3
Ibid p241
4
Chiss J-L, Filliolet J, Maigueneau D, « Introduction à la linguistique française », Tome I, « Notions
fondamentales, Phonétique, lexique ». Ed, Hachette Supérieur, Paris, 2001.
5
Charaudeau P :« Les discours d’information médiatique, la construction du miroir social »,
NATHAN Paris,1997, p, 15.
6
Anne Reboul, Jacques Moeschler : « La pragmatique aujourd’hui, une nouvelle science de la
communication », Ed. Seuil , 1998, p. 68.
12
méthodiquement d'un sujet, une œuvre littéraire ou simplement toute suite de paroles
ordonnées»7

Dans les dernières années, le mot discours a été employé comme un terme de même
sens que texte et parole en situation et qui représentent proprement deux activités paradoxales
: l'une orale et l'autre écrite. De ce fait, « le discours, dont le but, mise à part les différences
entre auteurs, était de comprendre la différence entre une collection de phrases sans lien et
un texte bien formé».8 Et cela, parce que l'activité de l'analyse du discours est une activité
inconsciente et inséparable de l'exercice de la langue: chaque être humain est en train
d'analyser chaque jour son journal, ses lettres et tout ce qu'il entend de la part des autres.

Le discours reste ainsi une manière de s’exprimer, un mode de parler pour montrer un point
de vue ou une vision dans un domaine précis. C’est pourquoi, nous allons essayer, lors de
notre travail, d’étudier un discours spécifique déstiné à une grande catégorie de la
communauté linguistique. Cela s’effectue en prenant en compte l’émergence de la
globalisation et la mondialisation du système médiatique grâce aux moyens technologiques de
communication qui ont permis aux individus d’avoir des champs de communication plus
larges et plus importants.

S’agissant du discours journalistique, ce dernier est un discours professionnel par excellence,


il est émergé dans un milieu social soutenu, d’où un vocabulaire précis et une syntaxe bien
choisie et recherchée et qui se manifestent dans le langage de la presse. Le discours
journalistique permet de ce fait d’évoquer une autre stratégie discursive, parole publique ayant
un pouvoir est devenue avec le temps un instrument très fort de persuasion et de délibération.

Le contexte agit donc sur la production des discours, celui-ci en retour le reconstruit à chaque
lecture. Il est de ce fait indispensable à la communication, et à l’origine de toute construction
langagière. Selon Sperber et Wilson, « l’interprétation des énoncés se fait par des processus
inférentiels qui ont pour prémisses la forme logique de l’énoncé et d’autres informations, ces
autres informations constituant ce qu’ils appellent le contexte ».9

Le choix de notre thème est motivé par une tendance stratégique du quotidien
d’expression française « Le Soir d’Algérie », le journal est la sphère parfaite de la presse
écrite et l’espace privilégié de la représentation des exigences et les différentes réflexions de

7
Chistian Baylon, Xavier Mignot, Initiation à la sémantique du langage, NATHAN, Paris, 2000, p. 196.

8
Op, cit, p. 197.
9
Anne Reboul, Jacques Moeschler, La pragmatique aujourd’hui, une nouvelle science de la communication, Ed.
Seuil , 1998, p, 69
13
la vie publique algérienne, c’est pourquoi, le français a eu un statut relativement spécifique
surtout dans un pays comme le nôtre.

Etant donné qu’une thèse représente généralement un vecteur de formation à travers l’étude
approfondie d’un sujet bien déterminé, nous avons ciblé la thématique abordée dans ce travail
suite à une motivation personnelle, celle d’une lectrice fidèle de ce quotidien en général et la
chronique de Hakim LAALAM en particulier, vient s’ajouter à ceci et à cela ; le profil d’une
enseignante en sciences du langage dont les préoccupations portent essentiellement sur deux
domaines, celui de l’analyse du discours et celui de la sociolinguistique. Cela nous a poussé à
examiner avec rigueur, tantôt douteuse, tantôt minutieuse les modes d'exposition du français
en Algérie, d’inventorier les différentes manifestations de la subjectivité du scripteur,
d'analyser les orientations socio-pragmatiques du discours et de voir comment les faits
analysés serviraient dans le perfectionnement linguistique des lecteurs d'abord et dans les
apprentissages sociaux par la suite.

A cet égard, nous avons voulu cerner le style et le point de vue du journaliste ainsi que la
langue utilisée dans ces articles journalistiques, cette langue qui se situe devant une situation
paradoxale, la confection des différents aspects fondamentaux de qualité de ce métier surtout
pour manifester la crédibilité et la fiabilité de la presse algérienne, considérée parmi les
presses libres dans le monde arabe et même en Afrique.

L’intitulé de notre thèse : Analyse pragmatique du discours journalistique d’expression


française (cas du quotidien ‘’Le Soir d'Algérie’’ renferme l’objet de cette étude qui parait,
d’après le corpus choisi (la chronique du journaliste Hakim LAALAM « Pousse avec eux »)
d’emblée explicite. En effet, le texte journalistique en général est un multi texte constitué
d'une mosaïque d'informations et la partie bleue ciel à la dernière page illustre cette diversité.
Dans cet espace, nous pouvons distinguer surtout ; le péritexte de la chronique
(dénomination, indicateurs de genre ou de rubrique…) qui est relativement fixe, et le péritexte
de l'article (les unités verbales : surtitre, titre, sous-titre ; les unités verbo-iconiques, les unités
iconiques) qui constitue l'essentiel du message informatif.

L'autonomie fonctionnelle et significative de cette chronique alimente bien des


perspectives divergentes de la notion de ses textes. Nous pouvons apriori, affirmer qu'il s'agit
d'une unité autonome par rapport aux autres articles du même journal: elle constitue une
hypostructure d'une hyperstructure. Autrement dit, elle est mise en présence à la dernière page
avec la célèbre chute répétée dans toutes ses chroniques, à savoir ; « Je fume du thé et je
reste éveillé, le cauchemar continue. », sans oublier sa force commerciale, voire marketing.
14
la complexité dans la production discursive des articles journalistiques en Algérie ou
ailleurs, en français ou dans n’importe quelle autre langue, réside dans la prise en
considération des mécanismes systématiques qui contribuent en force à la compréhension
des différentes situations de communication. Or, il s’agit d’étudier les relations qui existent
entre ce genre discursif et leurs scripteurs (journalistes). Le discours journalistique comme
toutes autres figures discursives, n’est pas seulement l’expression d’une pratique sociale,
mais en est une dimension constitutive.

Dans cette perspective et pour en avoir une idée plus cernée et plus concise, nous
nous sommes appuyés dans dotre travail de recherche sur l’un des quotidiens d’informations
les plus importantes dans le paysage médiatique algérien et dont les différentes analyses qui
seront entreprises dans le présent travail serviront d'illustration à l’idée emise plus haut.

Pour y parvenir, nous nous sommes penchés sur un questionnement fondamental qui servira
de problématique à notre présente recherche et que nous formulons comme suit : quelles sont
les particularités du discours journalistique algérien? Quels sont les acte du langage réalisés
dans ce genre de discours ? Comment ces actes de langage peuvent-ils concrétiser, par leurs
formes langagières, le positionnement identitaire de l’énonciateur ?

Pour cerner la problématique dans toute son acuité et dans le but de prendre en compte ses
différents aspects et composantes, nous nous sommes appuyés dans notre travail sur un
ensemble de paramètres qu’elle renferme et que nous présentons ici sous forme d’un
ensemble d’hypothèses.

Premierement, le discours médiatique essaye toujours de reproduire la situation de


communication réelle. En conséquence, il présente nécessairement les traces de l’énonciateur
en mettant en œuvre une interpretation de l’opinin publique. Il porterait un vecteur
idéologique par sa transmission des connaissances et communique des informations. A partir
de cela, le terrain idéologique pourrait-il insuffler un écho au point de vue énoncif plutot que
social ? si le discours journalistique est un discours objectif, authentique et crédible pourrait-il
avoir des traces énonciatives propres à l’énonciateur ?

Deuxiement, le discours journalistique est une énonciation pure sur sa pratique et sur
son domaine de compétence .En fait , le processus de transformation de l’information change
d’une situation de communication à une autre selon la source de l’énonciation.Dans ce cas, il
ya des conditions internes discursives qui gérent la production de l’énonciation, si la

15
pragmatique permet d’étudier les techniques discursives, l’interlocuteur pourrait se référer à la
théorie des actes du langage pour traiter le discours médiatique ?

Troisièment, le discours journalistique constitue un support de représentation linguistique,


culturelle et sociohistorique d’un territoire bien déterminé car les journalistes algériens de
formation francophone exercent leur profssion dans un contexte plurilingue et pluriculturel
dans lequel le français se retrouve dans un état d’antagonisme face à d’autres langues.

Dans cette optique, une question majeure relative à l’idéologie s’impose avec insistance, ce
qui nous permettra de comprendre comment une idéologie telle que celle du journaliste peut
etre véhiculée dans ses écrits et de connaitre également les aspects d’ordre linguistique et
culturel que renferme le discours et qui peuvent avoir un impact sur les lecteurs.

L’objectif de notre recherche à travers une étude pragmatique de ces articles médiatiques est
donc orienté vers les textes journalistiques dont l’étude permet d’élaborer des indices relatifs
aux comportements langagiers afin de cerner toute la dimension communicationnelle de ces
derniers, en essayant de distinguer particulièrement les traits importants du contexte et
d’autres traits d’égale importance.

Notre étude sera ancrée en sience de l’inforamations et de communication, pour cette


raison notre démarche sera fondée sur un présupposé pragmatique en mettant en œuvre
l’approche énonciative ;où on se propose de retouver les particularités des marques
énonciatives des journalistes. Au niveau de notre étude, nous sommes amenés donc à
observer un actes langagier spécifique en utilisant des énocés à des moments d’énonciation
particulières.

Le corpus consiste à recencer quelques discours écrits en expression française publiés


dans notre journal « Le Soir d'Algérie », à travers la chronique nommée « pousse avec
eux ! », durant la période connue par le HIRAK pendant quatre mois, du mois de Février
jusqu’au mois de Mai. Nous avons choisi cette période car elle représente un événement
important qui focalise et concentre l’intérêt de tous les citoyens/lecteurs potentiels et qui
constitue une bonne partie de toute actualité dont traitent tous les autres journaux. Par
ailleurs, les journalistes considèrent informer les lecteurs avec plus d’émotions, de
commentaire à « chaud ».

Ce travail vise surtout à mettre en valeur cette pratique de la subjectivité dans la


production journalistique de la chronique « pousse avec eux ! » de Hakim LAALAM dans le
qutidien Le soir d’Algérie . A cet effet, nous avons commencé cette étude par la partie
16
théorique qui coùpend en trois chapitres , le premier est consacré à une étude générale de la
notion du discours ainsi que sa relation avec la théorie des actes de langage .Le deuxième se
consentre sur la problématique de l’énonciation et sa relation avec le discours journalistique,
dans ce chapitre, nous allons certes poser le problème du sujet énonciateur dans les articles
journalistiques, mais il faudrait aller au-delà afin de pouvoir voir comment fonctionne la
subjectivation du discours dans notre corpus et examiner la question de Les manifestations de
la subjectivité dans les Articles en question.

Dans le troisième chapitre nous présenterons le journal étudié « Le soir d’Algérie »,


sur lequel nous avons fait une description générale qui a pris son corps formel ainsi que son
aspect historique, nous allons également aborder la notion de genres journalistiques comme
moyen de différenciation et de précision des divers aspects du journalisme. Quant à la
deuxième partie sera réservée pratiquement à la partie pratique, qui se base essentiellement
sur l’analyse des articles de la chronique « pousse avec eux ! » écrits par le journaliste
algérien Hakim LAALAM.

En première phase, nous avons procédé un repérage et identification des différentes


traces linguistiques de la subjectivation et qui marquent également la présence de
l’énonciateur dans son discours.

Dans la deuxième phase, il sera question, d’étudier les actes de langage récurrents
dans les différents articles de presse choisis de notre corpus, ainsi que les procédés de
l’objectivation optés pour toute analyse du discours journalistique.

La présente étude n’a évidemment pas la prétention de circonscrire tous les aspects liés
à la thématique et aux différentes contraintes qui y sont associées, mais se limite uniquement
à des réflexions qui pourraient éclairer même d’une faible lueur, l’un des plus importants
volets des travaux effectués sur l’analyse du discours

17
PREMIER CHAPITRE

Les Actes de Langage

Cadre théorique et
épistémologique
Introduction

Aujourd’hui, la référence à la pragmatique est incontournable. Cependant, en s’appuyant sur


l’approche pragmatique, nous pouvons déterminer les traces linguistiques ainsi les éléments
discursifs qui apparaissent dans le discours. La pragmatique se focalise sur l’usage du
langage, c’est-à-dire le rapport existant entre le contexte et la signification.

Cette discipline est en vérité une branche de la linguistique, cependant elle s’intéresse
beaucoup plus aux éléments du langage dont la signification ne peut être comprise qu'en
connaissant le co-texte de leur emploi, voire de production/réception. Cet objectif serait l'un
des principales visées des études ciblant la mise en exergue de la cohérence propre du langage
naturel. Intra-muros de son d’étude et d’investigation, cette approche s'intéressera aussi aux
phénomènes de dépendances contextuelles propres aux termes indexicaux, en d’autres termes
ceux qui, à l’instar de « je, ici ou maintenant », ont leur référence déterminée par des critères
reliés au co-texte d'énonciation.

Il convient de dire que l’instauration d’un fait interactionnel entre les divers
partenaires de l’acte énonciatif où le sujet parlant se constitue comme sujet et implante un
autre sujet interlocuté. C'est-à-dire que le sujet se définit par sa subjectivité qui, elle, se définit
par la permanence de sa conscience . Or, cette consciene de soi implique nécessairement
l’existence de l’autre. Ce qui implique par ailleurs que le dialogue est la condition primordiale
de toute communication. « Le langage n’est possible que parce que chaque locuteur se pose
comme sujet en renvoyant à lui-même comme ‘’je’’ dans son discours. De ce fait, ‘’je’’ pose
une autre personne, celle qui, toute extérieure qu’elle est à ‘’moi’’ devient mon écho quand je
dis ‘’tu’’ et qui me dit ‘’tu’’ »10. Cette insistance sur les deux instances du discours « je » et
« tu » fonde le dialogue.

Nous allons progressivement passer de la linguistique de la langue vers la


linguistique de la parole (c’est la remise en cause de la dichotomie saussurienne langue/parole
et un tournant épistémologique dans les études linguistiques) .Parmi les linguistes énonciatifs,
Emile Benveniste a posé, dans son article « La nature des pronoms » (1956), les jalons de la
théorie énonciative sans la nommer. Dans l’article « l’appareil formel de l’énonciation »
(1970), il explique les fondements de l’énonciation. Benveniste se réclame du structuralisme

10
BENVENISTE, E. (1966) :« Problèmes de linguistique générale », Gallimard, Paris.p145

19
de Saussure et rend hommage à Roman Jakobson. Cependant il remet en question la
dichotomie langue /parole, opposition introduite de façon opératoire par Saussure. Il dit en
l’occurrence que « rien n’est dans la langue qui n’ait d’abord été dans le discours ».On lui
reproche cependant de mélanger l’activité de langage et le monde.

20
1. Naissance de la théorie des actes du langage/de parole (speechacts)

Les philosophes classiques considèrent les phrases comme représentant des états de
choses qui peuvent être vrais ou faux. Alors qu’Austin, le philosophe britannique dans son
ouvrage intitulé : « How to do thingswithwords », (Comment faire des choses avec des
mots ?) (1962),titre magistralement traduit en « Quand dire, c’est faire »(1970), sonne comme
un manifeste. L’arrière-plan des conférences regroupées dans cet ouvrage et en effet
polémique : il s’agit pour Austin de s’élever contre le privilège généralement accordé par les
philosophes du langage aux énoncés de type statement (qu’Austin préfère dire « constatifs »),
et corrélativement, à la question du vrai et du faux ; de s’élever donc tout à la fois contre
l’ « illusion constative », et contre l’impérialisme de la sémantique « véri-conditionnelle », en
mettant en pièce « le fétiche vérité-fausseté »11.

« Quand dire, c’est faire », plutôt que d’opposer la parole à l’action, il convient de
considérer que la parole est elle-même une forme d’action : telle est l’hypothèse qui fonde la
pragmatique linguistique, et plus particulièrement la théorie des actes de langage, élaborée il y
a près d’un demi-siècle par John Austin. L’ouvrage présente d’abord les aspects les plus «
classiques » de cette théorie, puis il envisage les remaniements et enrichissements apportés à
la notion d’acte de langage par la perspective interactionniste : dire, c’est faire, mais c’est
aussi faire faire ; parler, c’est échanger, et c’est changer en échangeant. Pour tous ceux qui
considèrent qu’on ne peut décrire la langue sans envisager son fonctionnement dans la
communication, la notion d’acte de langage est centrale et fonda12mentale. Or elle n’avait
jusqu’à présent jamais fait l’objet d’un travail de synthèse qui à la fois incorpore différentes
approches de la notion, et l’applique à divers types de discours (dialogue littéraire,
conversations naturelles, échanges médiatiques). L’ouvrage se destine à tous ceux qui, dans
les différents secteurs des sciences humaines et sociales, s’intéressent au fonctionnement des
langues et des discours.
Austin est l'initiateur de cette nouvelle théorie qui va prendre pour objet d'analyse le
langage ordinaire par laquelle, il montre aussi que la fonction principale du langage n'est pas
essentiellement la description du monde, mais aussi l'accomplissement des actions. Cette
théorie est développée par la suite par J.-R. Searle dans deux ouvrages « Les Actes de
Langage » (1972), et « Sens et expression » (1982). Le développement le plus récent de la

11
Austin, Searle et Ducrot, « Dire et ne pas dire », Herman, Paris, 1972, p. 14.

21
pragmatique linguistique est la pragmatique cognitive (issue de la théorie de la pertinence de
Sperber et Wilson) qui réduit l'importance des actes de langage et qui simplifie la théorie.

C’est ici le point de départ de la recherche d’Austin qu'il précise dans sa 8 e conférence:
« Les philosophes du langage ordinaire objectent que ce ne sont pas
les phrases en tant qu’entités grammaticales qui représentent des
états de choses et sont vraies ou fausses : on se sert des phrases dans
un contexte donné pour dire des choses vraies ou fausses. Il faut donc
distinguer la phrase en tant qu’entité grammaticale et l’énoncé fait au
moyen de cette phrase : c’est l’énoncé contextuellement situé, non la
phrase qui représente un état de choses simplement vrai ou faux. »13

Dans sa première conférence14, Austin établit le concept de « performatif » ou


énonciations performatives qu’il veut distinguer des énonciations qui sont des « affirmations »
qui ont pour critères d’être vraies ou fausses : ce sont des énonciations visant à faire quelque
chose d’accompli (à parier, se marier). En même temps que l'énoncé est produit, un acte est
réalisé "je vous marie", dit le maire, par exemple.

Austin conclut ensuite qu’il ne suffit pas d’utiliser uniquement les mots producteurs
d’une énonciation performative pour que l’action soit accomplie, il faut aussi que le contexte
soit approprié (la réunion obligatoire des personnes concernés à la Mairie afin de pouvoir
célébrer leur mariage, et ce en la présence d’un représentant municipal habilité à réaliser cet
acte). Par contre, si ce contexte n’est pas approprié, voire absent, l’énonciation ne sera pas
fausse comme pourrait l’être une affirmation mais elle n’a pas abouti à ses fins, elle est
« malheureuse » car elle s’est dénouée par un échec.

Cependant, Austin renoncera à sa célèbre distinction, à savoir, le performatif vs le


constatif (une affirmation classique) en s’apercevant par la suite que certains énoncés sont mi-
performatifs ou mi-constatifs. En d’autres termes, on peut accomplir les mêmes actes avec ou
non un performatif :
Exemple
Je te promets de le faire--------------performatif
Peut-être équivalent à :
Je le ferai------------------------------constatatif

13
Trad. Française par G. Lane (1970) : « Quand dire, c’est faire », Seuil, p. 112.
14
Ibid.
22
Par conséquent, il va élaborer une théorie générale de la parole comme action. Dans sa
nouvelle théorie, tous les énoncés, sont investis d’une fonction pragmatique.

Austin propose donc que dire quelque chose c’est toujours au moins :

Production d’un son (un acte phonétique), l’énonciation est


d’abord, une phonation ‘’phone’’ ;
Production lexicale d’un vocabulaire selon une norme
grammaticale, marquée d’une intonation qui lui est propre. C’est donc, faire
un acte phatique ; l’énonciation est alors une production de phème
‘’phème’’ ;
L’emploi d’un phème dans un sens précis, c’est faire donc un
acte rhétique ; l’énonciation est par conséquent une production rhématique
(rhème).
La théorie des actes de langage (A. L.) s’oppose à la conception descriptive du
langage qui veut que :

 La fonction première du langage serait la description de la réalité. Or, nommer


les objets du monde ;
 Les énoncés déclaratifs sont toujours vrais ou faux. Austin défend l'idée que :
 la fonction du langage est aussi d'agir sur la réalité ;
 les énoncés déclaratifs ne sont ni vrais ni faux, mais réussis ou
non.
Austin distingue donc :
 Les énoncés constatifs qui décrivent le monde.
Exemple
 Le soleil brille.
 Les énoncés performatifs qui accomplissent une action.
Exemple
 Je te promets que je viendrai.
Les constatifs sont vrais ou faux (le soleil brille ou non), alors que les performatifs
sont réussis ou non.
Un énoncé performatif est réussi :
 Si l'énoncé s'adresse à quelqu'un ;

23
 Si l'énoncé est compris du récepteur, c’est-à-dire s'il y a correspondance entre
ce qui est dit et ce qui est fait.
Exemple
 dire« je ne suis pas content » en colère / en riant.15
A la source de la théorie austinienne des actes de langage, il y a en effet la
« découverte » du performatif.

1.1. La notion de performatif

Comparons les énoncés suivants :

 J’ouvre la porte (A) ;


 Je déclare la séance ouverte (B).
 L’énonce (A) décrit une action, qu’elle soit réalisée, non réalisée ou en voie de
réalisation au moment même de l’énonciation. L’énoncé peut-être donc vrai ou faux
même non accompli.

 L’énoncé (B) ne décrit rien en réalité, il n’est donc ni vrai ni faux ; il réalise (performe)
une action par un seul acte énonciatif. Dire dans ce sens, c’est faire, ou, au moins ;
prétendre faire, ce faire prétendu ne devient effectif que lorsqu’il est réussi.

Un énoncé performatif est donc, un énoncé réussi, accomplit l’acte qu’il dénomme.
Or, par cet énoncé le sujet parlant fait ce qu’il dit, ou il fait en disant (cas de l’exemple n° 1),
ou accomplir automatiquement un acte, celui de promettre, même si l’énoncé est marqué par
la sincérité ou non par le « je ». Cependant, il n’est ni vrai ni faux même si ce (je) ne tiens pas
à ses paroles (cas de l’exemple n° 2).

Exemples
(1) Je me promène.
(2) Je te promets de venir.

Ces définitions et autres ont posé de sérieux problèmes à Austin et qu’ils lui ont
permis par la suite de faire une subdivision détaillée des classes de performativité.

15
Austin travaille sur des énoncés déclaratifs, affirmatifs, de 1re pers. Sg, à l'indicatif présent, voix
active, non descriptifs.
24
1.1.1. Degrés de performativité
1.1.1.1. Les performatifs purs

Ce genre d’énoncés est centré autour d’un verbe conjugué à la première personne du
singulier au présent de l’indicatif.

Exemples
Je parie (au jeu).
Je parie qu’il ne viendra pas.
Je vous remercie pour ce bel exposé et j’ouvre tout de suite la discussion.

Un énoncé performatif à la première personne du présent cesse de l’être à un autre


temps et à une autre personne. « J’ai parié » et « il parie » ne sont pas des performatifs ; ils ne
font que décrire des actions (1970 : p.86).

Les exemples donnés par Austin sont regroupés en deux catégories selon que le verbe
en question est un verbe de parole (ou dicendi)--------série(2)---------ou ne l’est pas----série
(1) :

(1) Je baptise ce bateau le Queen Elizabeth


 Je donne et lègue ma montre à mon frère
 Je vous parie six pence qu’il pleuvra demain
 Je contre (au bridge), je vous congédie, je vous pardonne, etc.

(2) Je te promets / permets /t’ordonne / te conseille de venir


 J’accepte, Je refuse, Je proteste ! Je le jure ! etc.

Les verbes de parole, qu’ils soient employés transitivement ou non, sont de généreux
pourvoyeurs de formules performatives. Par ailleurs certains verbes performatifs ne sont pas
des verbes de parole « baptiser » ne dénote pas une activité de parole, mais un acte qui peut
et même doit se réaliser en partie par des moyens linguistiques, ce n’est pas la même
chose16.

16
C. K. ORECCHIONI (2003) : « Les actes de langage dans le discours », Paris, Nathan/VUEF, p. 10.
25
1.1.1.2. Les quasi-performatifs

Ce type d’énoncés est caractérisé par la tournure : je (+ tu) + verbe à l’indicatif


présent mais de façon non évidente, voire suffisante, toutefois nécessaire. Austin note
que les « performatifs purs » peuvent se prêter à diverses manipulations telles que17 :

a. L’ellipse (ou la « réduction »


Exemples
La séance est ouverte.
A voté ! coupable !

Dans ces deux exemples, nous constatons l’élision de l’introductif « je


déclare ».

b. La transformation passive ou impersonnelle

Exemples
Les voyageurs sont avisés que… ;
Vous êtes autorisé par la présente… ;
Il est formellement interdit d’entrer dans les cuisines.

c. L’addition d’un modalisateur ou d’un autre préfixe18


Je dois m’excuser.
Puis-je vous demander de ne pas fumer ?
J’aimerais vous remercier.
Laisse-moi te prévenir que…
Je vous présente mes excuses.
Je vous prie d’agréer mes salutations les plus sincères.

Dans les deux derniers exemples, les énoncés accomplissent des actes d’excuse ou de
salutation, et non de présentation ou de prière ; dans ce sens Austin écrit : « Je propose d’appeler

17
Ibid., p.11.
18
Dans la littérature post-austinienne ces emplois sont souvent appelés hedgedperformatives(voir
Fraser, 1975).
26
(une énonciation de ce type) une phrase performative ou une énonciation performative »19. Dans ce sens,
Austin un acte d’ « appellation » plus qu’un acte de « proposition » où le verbe introducteur
sera considéré comme un simple préfixe adoucisseur.

1.1.1.3. Les énoncés intermédiaires (Mixtes)

Ce sont selon Austin des énoncés mixtes, qu’ils situent au centre ou au mi-chemin entre
le performatif et le constatif. Ils ne dénomment pas explicitement l’acte qu’ils effectuent. A ce
titre, on peut citer l’exemple suivant : « Je m’excuse » ou « je vous remercie », au lieu de dire
de manière performative pure : « Je suis désolé » ou « Je vous suis reconnaissant ».

1.1.1.4. Les énoncés intermédiaires (Primaires)

Par opposition aux énoncés explicites, cas des exemples : « Je t’ordonne de fermer la
porte », de même « Ferme la porte » qui accomplissent un acte de proche en proche et dit
explicitement, Austin soulève d’autres énoncés dotés d’une force illocutionnaire, ou
illocutoire, traduits de l’anglais illocutionary20. Au terme de cette recherche, il affirme que : « la
question du performatif finit par s’absorber dans la problématique plus générale des actes
illocutionnaire »21.

Il serait utile donc de maintenir une distinction de principe entre les principes qui
accomplissent des actes en les dénommant explicitement, et les autres énoncés, qui
accomplissent des actes par d’autres moyens plus implicites : « utiles corrélativement de réserver ‘’
performatif ’’ à la première catégorie, et de parler dans tous les autres cas ‘’ d’actes illocutoires’’ »22.

En outre de ce problème de polysémie, et même en se tenant aux critères austiniens, il


parait justifié d’admettre, avec Austin justement, l’existence de quasi-performatifs et de semi-
performatifs, c'est-à-dire d’une continuité de fait entre les catégories théoriques du performatif
et du non-performatif23. En tout cas, la théorie des speech acts a pour vocation de s’intéresser à

19
John R. Austin., op. Cit., p. 41.
20
Pour ce qui est par exemple des deux ouvrages de Searle « Les actes de langage » et « Sens et
expression », le traducteur du premier a choisi illocutionnaire, alors que le traducteur du second a
préféré illocutoire.
21
Austin, cité par C. K. ORECCHIONI (2003) :Op. Cit., p. 12.
22
Austin, cité par C. K. ORECCHIONI (2003) :Op. Cit., p. 13.
23
Mentionnons aussi le cas très particulier des pseudo-performatifs, comme « je t’embrasse » énoncé
au téléphone ou par écrit : quand dire, ce n’est pas vraiment faire…
27
tous les moyens par lesquels s’exerce la fonction agissante inhérente au langage, donc aux
réalisations implicites aussi bien qu’explicites de valeurs illocutoires 24. Austin s’engage
résolument dans la voie d’une théorie générale des actes de langage.

1.1.2. Les actes de langage

A partir de ses conférences, Austin baptise une réelle théorie complète des actes de
langage, mettant en exergue toutes les composantes des speech acts, où les successeurs n’ont
qu’à les suivre ou approfondir ces recherches. On déduit donc l’existence de :

a. L’affirmation selon laquelle tous les énoncés sont dotés d’une force illocutoire, y
compris les « constatifs » ;
b. Prémisses de distinction entre trois types d’actes, en l’occurrence ; les locutoires, les
illocutoires et les perlocutoires (8e, 9e et 10e conférences).
c. Essai de classification des diverses valeurs des actes illocutoires que peut subir une
quelconque énonciation (12e conférences) et retiendra cinq classes énumérées comme
suit :
1) Les verdictifs ou actes judiciaires par le fait de prononcer un jugement (un
verdict) : acquitter, considérer comme, calculer, décrire, analyser, estimer,
classer, évaluer, caractériser, condamner, décréter, etc.

2) Lesexercitifs formulant un jugement ou une décision en faveur ou à l'encontre


d'une suite d'actions : ordonner, commander, plaider pour, supplier,
recommander, implorer, conseiller, nommer déclarer une séance ouverte,
avertir, proclamer, exhorter, pardonner, etc.

3) Les promissifs(ou commissifs) dont l’objectif est d’obliger le locuteur à


l’adoption d’une certaine conduite. En d’autres termes, ils engagent ce dernier
à une suite d'actions déterminée : promettre, faire le vœu de, s'engager par
contrat, garantir, jurer, passer une convention, embrasser un parti, garantir,
jurer de…

4) Les comportatifsou les "comportementaux", dits aussi (behabitives) : il s'agit


des réactions au comportement des autres, aux événements qui les concernent.

24
Austin, cité par C. K. ORECCHIONI (2003) :Op. Cit., p. 14.
28
Ils expriment l’attitude du locuteur envers la conduite antérieure ou imminente
de quelqu’un : s'excuser, remercier, féliciter, souhaiter la bienvenue, critiquer,
exprimer des doléances, bénir, maudire, porter un toast, boire à la santé,
protester, défier, mettre au défi de, déplorer, etc.

5) Les expositifs qui souvent utilisés dans l’exposition des idées, défendre par
argumentation, clarifier. Ils sont utilisés pour exposer des conceptions,
conduire une argumentation, clarifier l'emploi des mots, assurer les références
: affirmer, nier, répondre, objecter, concéder, exemplifier, paraphraser,
rapporter des propos, expliquer, etc.

Austin a conclu comme suit : « J’ai présenté un programme, c'est-à-dire que j’ai dit
ce qui doit être fait, plutôt que je n’ai fait quelque chose (…) »25.

1.2. John R. SEARLE

Searle travaille sur un concept peu utilisé par Austin : les speech acts. C'est avec cette
expression qu’il intitule son ouvrage apparut en 1969 (en français actes de langage, 1972).
Austin et Searle parlent bien du même phénomène et ils considèrent que tout énoncé
linguistique fonctionne comme un acte particulier, visant à produire un certain effet et à
causer une modification dans la situation communicationnelle.

Les travaux qui se basent sur la théorie des actes de langage partent du principe que
l’on peut faire des choses par la simple production d’énoncés langagiers. Effectivement, tous
les énoncés possèdent implicitement ou explicitement une valeur d’acte. Même les assertions
ne se contentent pas de faire savoir à l’auditeur ce que le locuteur pense à propos de quelque
chose, mais elles visent à influer d’une manière ou d’une autre sur la manière de voir «
quelque chose ». De cette façon,

Tout énoncé est ainsi doté d’une charge pragmatique, certes plus ou moins forte et
évidente selon le cas, mais toujours présente. En d’autres termes : le « contenu propositionnel »

25
Austin, cité par C. K. ORECCHIONI (2003) : Op. Cit., p. 15.
29
ne s’actualise jamais seul, il est toujours pris en charge par une « valeur illocutoire » de nature
variable26.
1.2.1. Actes de langage et valeurs illocutoires
Searle comme Austin considère que tout énoncé linguistique fonctionne comme un
acte particulier (ordre, question, promesse, etc.), en d’autres mots, il vise à produire certain
effet afin d’entrainer certaine modification de la situation interlocutive.

a. L’acte locutoire, ou acte de dire quelque chose ;


b. L’acte illocutoire, ou acte effectué en disant quelque chose, (dire pour
changer) ------- dire + faire (ce que je dis + ce que je cherche) : c’est
l’accomplissement de l’acte.
c. L’acte perlocutoire, ou acte effectué par le fait de dire quelque chose.
Exemple :
Qu’as-tu fait ce matin ?
J’effectue un acte locutoire dans la mesure où je combine des sons et des mots,
auxquels vient s’associer un certain contenu sémantique (identifiable au contenu
propositionnel) ; j’effectue aussi un acte illocutoire dans la mesure où cette suite a pour but
avoué d’obtenir du destinataire une certaine information ; j’effectue enfin un acte perlocutoire
si cette énonciation sert des fins plus lointaines et cachées, comme embarrasser
l’interlocuteur, ou lui de manifester de l’intérêt.

Souvent reprise, diversement interprétée, la triade austinienne pose bien des


problèmes, en ce qui concerne surtout l’endroit où il convient de faire passer la frontière entre
« illocutoire » et « perlocutoire ».

Une première interprétation consiste à expulser le perlocutoire de l’énoncé lui-même,


en l’assimilant aux effets réellement obtenus par l’énonciation de l’énoncé. Si L dit A d’aller
fermer la porte, l’acte illocutoire d’ordre aura par exemple pour effet perlocutoire que A
s’exécute et aille fermer la porte, cet effet comportemental pouvant s’accompagner de divers
effets cognitifs et psychologiques (sentiment d’humiliation, d’agacement ou de satisfaction).
Le texte d’Austin autorise une telle interprétation, ainsi que celui de Searle dans un passage
tel que celui-ci :

26
C. K. ORECCHIONI remarque en outre : Certains énoncés, en revanche, étant dépourvus de tout
contenu propositionnel, se réduisent à leur valeur illocutoire, comme les interjections, ou certains
rituels tels que les salutations.
30
« Si l’on considère la notion d’acte illocutionnaire, il faut aussi considérer
les conséquences, les effets que de tels actes ont sur les actions, les
pensées ou les croyances, etc. Par exemple, si je soutiens un argument je
peux persuader, ou convaincre mon interlocuteur ; si je l’avertis de
quelque chose, je peux l’amener à faire ce que je lui demande ; si je lui
fournis une information je peux le convaincre, l’éclairer, l’édifier,
l’inspirer, lui faire prendre conscience. Les expressions notées en italique
ci-dessus désignent des actes perlocutionnaires »27

Mais on peut aussi considérer que la perlocutoire réside déjà dans l’énoncé, sous la
forme d’effets voulus ou « prétendus » (intended) __ et c’est alors que les choses se
compliquent, car les valeurs illocutoires sont elles aussi « prétendues » par l’énoncé(elles
correspondent à l’intention que le locuteur manifeste à travers la formulation de son énoncé).
Pour distinguer les deux types de valeurs, on aura alors recours à la notion de règle, ou de
convention :

« (Les actes illocutionnaires) sont déterminés par des règles spécifiques du


discours (c’est une règle que les énoncés de telle forme, prononcés de telle
façon, s’ils sont adressés, dans tel type de circonstance, à des auditeurs
déterminés obligent ces auditeurs à répondre ; leurs énonciation, si les
conditions requises sont réalisées, constitue alors l’acte illocutionnaire de
question). Les actes perlocutionnaires en revanche font intervenir des lois
dans le champ d’application déborde de beaucoup le discours. »28

Par exemple ils font intervenir des ressorts psychologiques ou cognitifs relevant des
systèmes de croyances, des mécanismes de l persuasion, ou du fonctionnement des affectes29.

Plus concrètement, certains tests ont été proposés pour discriminer ce qui relève de
l’illocutoire et du perlocutoire :
Le test de trytoproposé par Leech(1983,p.204):
 (1)She tried to persuade me to accompany her

27
Austin John L., Op. Cit., p. 62.
28
Ducrot O., « Introduction aux Actes de langages », p .16.
29
C. K. ORECCHIONI (2003):Op.Cit., p. 23.
31
 (2) She tried to ask me to accompany her

En (1), try implique que l’énoncé n’a pas atteint sa visée perlocutoire ; en (2), c’est
l’acte locutoire et non illocutoire qui pour telle ou telle raison n’a pas pu avoir lieu: trypeut
porter sur un acte perlocutoire comme « persuader », mais non sur un acte illocutoire comme
« demander ».

Le test de peut-être proposé par J-Anscombre (1980, p.67) :


 (1) Je vais peut-être te vexer, mais Pierre travaille mieux que toi.
 (2) Je vais peut-être te faire un reproche, mais Pierre travaille mieux que
toi.

L’énoncé (2) est à coup sûr plus bizarre que (1), ce qui tend à prouver que dans « Pierre
travaille mieux que toi », la valeur de reproche relève de l’illocutoire (elle est incontestablement
inscrite dans l’énoncé), alors que la valeur de « vexation » n’est qu’un effet secondaire, et
nettement plus aléatoire, que l’énoncé est susceptible de produire sur A.30

A cet effet, Austin déclare : « Premièrement, parler une langue, c’est réaliser des
actes de langage, des actes comme : poser des affirmations, donner des ordres, poser des
questions, faire des promesses, et ainsi de suite(…) ; deuxièmement, ces actes sont en général
rendus possibles par l’évidence de certaines règles régissant l’emploi des éléments
linguistiques, et conformément à ces règles qu’ils se réalisent. »31

Il appelle illocutionnary force(en français force illocutoire) la composante de l’énoncé qui


lui donne sa valeur d’acte. A cet effet, il cite les exemples suivants :
(1) -Jean fume beaucoup.
(2) - Jean fume-t-il beaucoup ?
(3) - Fume beaucoup, Jean ?
(4) - Plût au ciel que Jean fumât beaucoup !

30
Ibid., p. 24.
31
J. R. SEARLE (1972),« Les actes de langage », Hermann, coll. Savoir, Paris, p. 52.
32
Nous remarquons que les quatre énoncés ont le même contenu propositionnel dont le
sujet de référence est (Jean) et le même prédicat (fumer beaucoup), cependant, ils s’opposent
par leurs forces illocutoires, respectivement, on aura :
(1) – Assertion ;
(2) - Interrogation (question) ;
(3) - Ordre ;
(4) - Expression de souhait.

1.2.2. Actes de langage et forces illocutoires

Searle appelle force illocutoire l’élément dans l’énoncé qui lui donne sa valeur d’acte.
Cette force agit dans le contenu propositionnel de l’énoncé. Observons ces trois énoncés :
o Olivier lit beaucoup.
o Olivier lit-il beaucoup ?
o Lis beaucoup, Olivier.

On peut dire que ces trois énoncés possèdent le même contenu propositionnel (sujet –
Olivier / prédicat – lire beaucoup). Ils ont cependant des forces illocutoires différentes : le
locuteur n’aligne pas seulement des mots de la langue française mais il dit effectivement
quelque chose. Un locuteur, en énonçant la première phrase, fait une assertion.Dans la
seconde, il pose une question (interrogation), alors que dans la troisième, il donne un ordre.

Il est donc important de distinguer les actes de langage, qualifiés aussi d'acte
illocutoire, et les forces illocutoires. Les premiers concernent les différentes actions qu’on
peut accomplir par le langage (l’action d’ordonner par exemple) et les deuxièmes
correspondent, dans une certaine proposition, à la composante qui rend possible à l’énoncé de
fonctionner comme un acte particulier. L’énoncé « lis beaucoup, Olivier » possède une force
illocutoire d’ordre.

En analysant des propositions semblables, Searle en tire la conclusion que, lorsqu’un


locuteur énonce l’une de ces phrases, il accomplit au moins trois actes distincts:
a.Enoncer des mots (morphèmes, phrases) – effectuer des actes
d’énonciation ;
b.Référer et prédiquer – effectuer des actes proportionnels ;

33
c. Affirmer, poser une question, donner un ordre, etc. – effectuer des actes
illocutionnaires.

Ces actes ne sont pas vus comme des actes indépendants que les locuteurs exécutent
simultanément, comme on pourrait simultanément boire, écouter de la musique et écrire.
Searle à ce propos écrit :

« Lorsqu’on accomplit un acte illocutoire, on accomplit par le fait


même des actes propositionnels d’énonciation. Il ne faudrait pas
non plus déduire de ceci que les actes d’énonciation et les actes
propositionnels sont aux actes illocutionnaires ce qu’acheter un
billet et monter dans un train sont au fait de partir faire un voyage
en train. Il ne s’agit pas de moyens servant à une fin. Je dirais
plutôt que les actes d’énonciation sont aux actes propositionnels et
illocutionnaires ce que, par exemple, écrire un « X » sur un bulletin
de vote est au fait de voter. »32

La notion d’acte perlocutoire proposée par Austin est très importante pour ce travail.
Si le locuteur insiste sur un argument, il peut persuader ou convaincre son auditeur. S'il
l’avertit de quelque chose, il peut l’effrayer ou l’inquiéter. S’il lui demande quelque chose,il
peut l’amener à faire ce qu’il lui demande. Il est important de remarquer que sans l’acte
perlocutoire, la persuasion n’aura pas lieu. Comme il signale que ce n’est pas toujours de la
même façon que le discours aura lieu.

Normalement nous attendons que le locuteur prononce une proposition et signifie


exactement ce qu'il a voulu dire. C’est-à-dire le locuteur a l’intention de produire un effet
illocutionnaire chez le récepteur et celui-ci reconnait cette intention grâce à des connaissances
déjà existantes dans la proposition. Pourtant, ce mécanisme apparemment simple n’a pas
toujours lieu et parfois le discours est compris différemment. Quelques éléments comme
l’ironie, les insinuations, les allusions et les métaphores empêchent cette perfection de la
compréhension et mènent la signification vers d’autres chemins.

32
SEARLE, 1972, Op. Cit., p. 61.
34
D’après lui toujours, dans certains cas, quand le locuteur émet un énoncé, il signifie ce
qu’il a voulu dire en y ajoutant d’autres informations. Il donne comme exemple l’énoncé « Je
veux que tu fasses cela »33. Cet énoncé peut être interprété incidentement comme une assertion,
alors qu’il a voulu d’abord signifier une demande ou plutôt un ordre qui nécessite, de facto,
une exécution.

Dans ces cas et autres, la proposition octroie une force illocutionnaire qui indique un
type d’acte illocutoire, mais qui peut aussi indiquer un autre type d’acte illocutoire. C’est un
acte réalisé indirectement à travers les formes linguistiques typiques d’autres actes.

Réponse N°1 : Combien vous en


Avez-vous une cigarette ? voulez ?
(Interprétée comme une
(Il s’agit d’une demande demande)
« dans la peau » d’une
question) Réponse N°2 : Oui, j’en ai.
(Interprétée comme une
question)

Cette phrase a deux forces illocutionnaires, car un acte est réalisé sous la forme d’un
autre acte typique. Searle qualifie ce phénomène « d’acte de langage indirect ». Devant ces
phrases qui peuvent signifier effectivement deux choses liées aux deux forces illocutoires
existantes, on se demande comment il est possible pour le sujet parlant de dire quelque chose
en signifiant beaucoup plus que ce que la phrase propose, et comment l’allocutaire peut
comprendre cette subtilité ?

Marmaridou explique (2000 : 167) que la structure cognitive des actes de langage peut
donner lieu à des effets de prototypes dans cette catégorie, de sorte que le discours le plus
proche du prototype est attaché à son caractère conventionnel, tandis que les actes de langage
moins proches du prototype sont plutôt soumis à des normes de nature socioculturelle. De

33
-« I want you to doit» (Searle 1995:168).
35
cette façon, les actes de langage indirects sont établis sur la base d’une convention sociale et
de savoirs communs partagés par les interlocuteurs.

Searle avait déjà suggéré que certaines phrases pouvaient être expliquées par le fait
qu'elles concernent des conditions de félicité d’actes de langage employés indirectement, mais
il avoue que ces suggestions sont incomplètes et il essaie de développer de nouvelles
propositions explicatives. En dépit de ces incertitudes, une chose est certaine : dans les actes
de langage indirects, le locuteur communique plus que ce qu’il dit, et grâce à des
connaissances partagées, locuteur et allocutaire peuvent se comprendre. Searle rappelle que
l’existence de certains principes de la conversation coopérative (Grice), tout comme le
contexte, sont essentiels pour expliquer les actes de langage indirects.

Searle a trouvé quelques points pour que l’auditeur comprenne ce que le locuteur a
voulu dire en disant « peux-tu atteindre le sel ? ». Ainsi, on peut poser cette question, mais on ne
peut pas dire « Le sel est fait de chlorure de sodium » pour remplacer la première phrase, car notre
aptitude à passer le sel est une condition préparatoire pour passer effectivement le sel.
Pourtant, il est évident que la question n’est pas auto-suffisante, car ce ne sont pas toutes les
questions sur nos capacités qui concernent une demande. L’allocutaire a besoin de quelques
indices pour savoir quand la phrase est seulement une question sur les capacités de l’autre, et
quand elle est une demande / réquisition cachée derrière une question sur les habilités.

Le principal mécanisme d’interprétation qui permet le décodage des actes de langage


indirects sont les célèbres maximes conversationnelles du linguiste Paul Grice (1975), qui
selon lui, tout échange conversationnel entre un locuteur et un destinataire suppose un
minimum d’entente, un minimum d’effort coopératif. L’échange entre les deux participants ne
suit pas n’importe quelle voie, il implique le respect de règles communes. Grice soutient que
les participants engagés dans un échange sont censés observer un principe de coopération. Il
précise ce principe par quatre catégories de maximes dites « conversationnelles » :

a. Maximes de quantité
1. Que votre contribution soit aussi informative que nécessaire ;
2. Que votre contribution ne soit pas plus informative que nécessaire.

b. Maximes de qualité
1. Ne dites pas ce que vous croyez être faux ;
36
2. Ne dites pas les choses pour lesquelles vous manquez de preuves.

c. Maximes de relation
1. Etre pertinent.

d. Maximes de manière
1. Éviter de vous exprimer de façon obscure ;
2.Éviter l’ambiguïté ;
3.Etre bref ;
4.Etre ordonné.

Le respect de ces maximes va orienter l’interprétation des énoncés lors de l’échange


verbal. Le destinataire, supposant que son locuteur est coopératif, devra ajouter des
informations au contenu littéral d’un énoncé pour comprendre ce qu’il communique. Grice
nomme ces informations supplémentaires des « implicatures». Elles se rencontrent
classiquement lorsque le locuteur semble ne pas accomplir une des maximes :
X : Tu es allé voir la directrice ?
Y : J’ai travaillé à plein temps jeudi.

D’après le sens littéral de la réponse, le locuteur Y semble transgresser la maxime de


relation et ne pas se conformer au principe de coopération. Pour faire disparaître la
transgression de la maxime, le destinataire doit développer quelques «implicatures », et le
locuteur doit prévoir que le destinataire est capable de les développer.

 Qui travaille à plein temps n’a pas de temps libre ;


 Qui n’a pas de temps libre peut être empêché d’aller voir quelqu’un ;
 Donc, Y n’est pas allé voir la directrice. (implicature).

Ces « implicatures » permettent que la communication n’échoue pas, même en cas de


transgression des maximes. Il est important de noter que moins un acte de langage est
conventionnel et connu, plus il aura besoin du contexte pour mettre en lumière sa force
illocutoire.

37
2. Notion de discours (essais de définition)
Le discours est production oratoire, il consiste à chercher le rapport existant entre celui
qui parle et celui qui écrit, « il est l’expression verbale de la pensée, un écrit qui traite
méthodiquement d’un sujet, une œuvre littéraire ou simplement toute suite de paroles
ordonnées »34. Comme il est polysémique. Maingueneau, donne six définitions de ce concept
35
:

a. Dans les dernières années, le mot discours été employé comme un terme de même
sens que parole en situation et texte, qui représentent proprement deux activités
paradoxes : l’une orale et l’autre écrite. De fait, « le discours, dont le but, mise à
part les différences entre auteurs, était de comprendre la différence entre une
collection de phrases sans lien et un texte bien formé ».36Tout simplement, c’est
parce que l’activité de l’analyse de discours est une activité inconsciente et
inséparable de l’exercice de la langue : chaque être humain est en train d’analyser
chaque jour son journal, ses lettres et tout ce qu’il entend des autres. Il est donc
synonyme de la parole sausurienne (définition qu’on retrouve dans la linguistique
structurale). De l’opposition langue /parole, on a retenu que l’opposition était
fondée sur le fait que la langue est quelque chose de figer par contre la parole est
synonyme de l’expression libre de l’individu. De là, on considéré le discours
comme synonyme de parole ;

b. Le discours est une suite linguistique de dimension supérieure à la phrase. Ce


serait une suite linguistique transphrastique, un message pris globalement ;

c. Le discours est « l’ensemble des règles d’enchainement des suites de phrases


composant l’énoncé » (Harris « analyse de discours ») ;
d. Le discours est, selon Guespin, Langages n°23, p.10, « l’énoncé considéré du
point de vue du mécanisme discursif qui le conditionne » ;

34
Christian Baylon, Xavier Mignot, Initiation à la sémantique du langage, NATHAN, Paris, 2000, p.
196.
35
Maingueneau. D : « Analyse du discours », Hachette Université, Paris, 1976, p. 11
36
-Op, cit, p. 197.
38
e. Benveniste oppose le discours au récit37 ;

f. La dernière définition oppose la langue comme un ensemble fini relativement


stable alors que le discours, lui, est le lieu où s’exerce la créativité et où est pris en
charge la contextualisation (rôle du locuteur dans l’argumentation).

Maingueneau relève d’autres usages qui sont moins reçus par les linguistes notamment
Derrida pour lequel « le discours est n’importe quel ensemble de signes » et Foucault dans
« Archéologie du savoir » qui utilise le terme de discours à propos de productions discursives
sans analyser et définir ce terme.

De cette polysémie d’utilisation du terme « discours », Maingueneau (p : 16) conclut


qu’ « un discours n’est pas évidence, un objet concret offert à l’intuition mais le résultat
d’une construction ».Il part du constat que la communication dépasse le stade de la phrase et
s’inscrit plutôt dans le cadre de la conversation et le dialogue qui sont le mode de déroulement
le plus courant de l’acte de communication. La conversation et le dialogue sont soumis à
d’autres contraintes, à d’autres modes d’organisation, d’autres modes d’enchainements que
ceux que l’on trouve au sein de la phrase.

Le deuxième point sur lequel insiste Maigueneau est celui selon lequel il faut tenir
compte, dans la prise en charge de la nouvelle définition de l’unité de langages, des conditions
de productions langagières qui impriment nécessairement leur influence sur la production
linguistique (remise en cause de la phrase et insistance sur la notion de discours). Il conclut
par une proposition : « on considérera plutôt le discours comme le résultat de l’articulation
d’une pluralité plus ou moins grande de structuration transphrastiques en fonction des
conditions de production »38 (prise en compte du niveau linguistique des conditions de
productions langagières).

Ce terme est dans la langue courante polysémique car il renvoie souvent à un


ensemble d’énoncés solennels. Il est souvent associé à une forme du langage dirigé dans un
but précis est orienté pour des fins déterminées au préalable, supposant certainement une

37
Benveniste E., « Delasubjectivitédulangage » inproblèmesdelinguistiquegénérale, T. 1, 1966, pp. 258-
266.
38
Maigueneau D., Op. Cit., p. 16.
39
stratégie particulière, qui dépend surtout des objectifs supervisés, soumis à une rhétorique qui
lui est liée, ainsi qu’un système qui permet sa reproduction et sa reprise.

Autrement dit, le terme « discours », particulièrement riche, puisqu’il permet


l’intégration d’une approche historique, voire sociologique, tout en gardant à l’esprit que le
discours est avant tout un acte de communication complexe, ayant une visée précise, qui peut
cependant échapper à son auteur.

Dans un même discours, en effet, plusieurs types de sous-discours peuvent se superposer,


s’emmêler simultanément, et l’on rejoint ici aussi la notion de polyphonie : c’est quand
plusieurs « voix » font entendre au discours, et ce dernier grade bien souvent son littérarité
(son caractère littéraire), de leur concurrence de leur contradiction.

Bref ; de leur « je » entre elles, jeu au sens ludique (de là vient en partie l’ironie d’un
texte), ou de leur sens mécanique (leur « fiction », leur concurrence produit des effets). Cette
définition du terme « discours » a son emploi dans les sciences du langage, notamment la
pragmatique, qui a dégagé un certain nombre de caractéristiques et de lois de la
communication, dont voici un aperçu :

3. Le texte
Maingueneau a montré comment la notion de texte a émergé à partir d’une certaine
insatisfaction39 :

3.1. Le cadre étroit de la phrase


Il prend plusieurs exemples pour montrer l’étroitesse du cadre phrastique.

Le couple questions /réponses (échanges donc dialogue). La réponse est un énoncé


déterminé par un énoncé antérieur qui s’articule sur e dernier mais pas n’importe
lequel ;

Les anaphoriques (ou éléments qui reprennent un autre segment du discours par
exemple les pronoms personnels) qui montrent bien que la relation sémantique est

39
Maingueneau D : Op. Cit., pp. 154-155.
40
bien une relation inter phrastique. Ils ont valeur de reprise d’un terme antérieur
mais aussi valeur d’identification :

Exemples
- Il aime sa sœur à la folie. Cela est déplaisant.
« Cela » renvoie à un contexte sémantique antérieur. Cette affection pluralité
de signifiés que seul, la passion, le contexte, l’extralinguistique ainsi que la
perversion permettront de déterminer « les problèmes que soulèvent las anaphores
mettent en jeu des phénomènes syntaxiques et sémantique complexes », nous dit
Maingueneau 40.

Le problème de la coordination et de la subordination (la coordination


peut exprimer la subordination). Cela conduit progressivement à élargir le
cadre de l’analyse.

3.2 Texte vs phrase


On reproche au discours, à l’analyse énonciative de s’inscrire toujours dans la
linguistique du monologue (conception monologique de la communication. Ce ne sont pas des
analyses de discours interactionnels).

Plusieurs définitions de la notion de texte on été données41 :


Selon l’école praxématique de Montpellier, le texte est « une suite dénoncés
oraux ou écrits posés par leur producteur comme un ensemble complet et autonome »
(définition donnée dans « Introduction à l’analyse textuelle ».
Les praxématiciens trouvent que cette définition s’éloigne de la définition
traditionnelle (texte------texeri-----tissu = enchainement d’idées et
production de mots : ex : c’est un tissu de mensonges) et de la définition
du texte qu’ils considèrent comme un produit. Ils réintroduisent la notion
d’acte de production. Le texte est vu comme un objet fixé dans son statue
transcendant et atemporel par l’écriture dans la définition traditionnelle.

40
Ibid., p. 156.
41
cf. Courtés et Greimas : « Dictionnaire de sémiotique », Hachette Université, 1979.
41
Dans la définition moderne, on prend en ligne de compte, les conditions de
productions.
- Avant
 Unicité du discours ; -
 Passivité du lecteur.
- Maintenant
 Plurivocité du discours ;
 Remise en compte du producteur ;
 Remise en question de la producteur /récepteur.

C’est une nouvelle conception de la notion du texte qui va avoir des répercussions en
littérature et en linguistique (étude des langues naturelles). F, François précise que « le terme ‘
texte’ renvoie généralement au maniement de la langue écrite, ici, au contraire, il s’agit d’étudier tout
message oral ou écrit indépendamment de sa longueur en le remplaçant dans ses conditions d’échanges.»42

4. Les caractéristiques du discours

L’étude du discours ne relève pas de la syntaxe, mais il mobilise des structures assez
complexes qui se concentrent sur les conditions de production des énoncés. Cela s’affecterait
sans mettre à l’écart ses conditions de réception. En réalité le discours a de diverses
caractéristiques quand peut citer comme suit selon leur degré de gravité. 43

4.1 Le discours est orienté

Non seulement parce qu’il est construit en fonction d’une visée, mais, parce qu’il est une
forme d’action sur autre. Toute énonciation constitue un acte (promettre, suggérer, affirmer,
interroger…)qui vise à modifier une situation : c’est ce que J.L. Austin 44appelle : « des actes de
langage » mais que l’on appelle aussi « actes des paroles » ou « actes de discours ».45

4.2 Le discours est interactif

42
François F., « Linguistique et analyse de texte », ch.8, in Linguistique, PUF, 1980.
43
-Charaudeau. P., « Langage et discours, éléments de sémiolinguistique (Théorie et pratique) », éd.
Hachette, p. 101, 1983.
44
Austin J.L.
45
Ibid.
42
Cette caractéristique est évidente sous sa forme orale (le dialogue entraîne une interaction),
mais elle ne s’y réduit pas. Il y a une interactivité fondamental (ou dialogue), dans tout texte,
car le discours qu’il met en place prend en considération son destinataire.

Pour souligner l’importance de ce destinataire, on le qualifie souvent de « co-


énonciateur », puisqu’il participe à la production des énoncés : dans l’acte d’écriture comme
dans toute communication, on sait ou on imagine à qui l’on s’adresse, par conséquent, cela
influe sur le contenu de ce qu’on dit.
4.3Le discours est pris dans un inter-discours

Il ne prend sens qu’à l’intérieur d’un univers d’autres discours à travers lequel il doit se frayer
un itinéraire. Autrement dit, un discours ne prend souvent de sens que par rapport à un autre
discours.46

Et l’on trouve ses catégories fécondes dans l’analyse d’un texte de « parodie » (prendre
un discours pour le ridiculiser), « commentaire » (« dialoguer » de manière polémique avec un
autre discours), « commentaire » (mettre son discours au service d’un autre), « citation »
(reprendre un discours), etc.

5. Les principes du discours

Grice fait dépendre les lois du discours à une sorte de méta-principe, le principe de
coopération « que votre contribution conversationnelle corresponde à ce qui est exigé de
vous, au stade atteint par celle-ci, par le but ou la direction acceptée de l’échange parlé dans
lequel vous êtes engagé ».47

Nous commencerons par distinguer trois principes généraux : principe de coopération,


de pertinence et de sincérité, avant de relever des lois plus spécifiques.

5.1 Le principe de coopération

Ce principe chez Grice est le statut d’un méta-principe. Les sujets parlants qui
communiquent s’efforcent de ne pas bloquer l’échange, de faire aboutir l’activité discursive.

46
- Charaudeau. P., op. Cit., p. 103.
47
-Convention, Cambridge (Mass), Haward Université Press, 1969.
43
Les protagonistes de l’énonciation reconnaissent et se reconnaissent, leurs droits comme leurs
devoirs attachés à l’élaboration de l’échange dans la mesure où il faut être deux pour
conserver, le sujet le plus égoïste est bien obligé de s’y soumettre.

5.2 Le principe de pertinence

C’est un principe de grosse pointure plus que celui de coopération. Ce serait l’axiome
fondamental de l’échange verbal : Toute énonciation implique une pertinence, elle produit
l’information convenable qui stipule qu’un énoncé n’est à saisir, que s’il est approprié au
contexte énonciatif.48C’est-à-dire ; qu’il doit s’intégrer aux attentes prédéterminées qui
intéressent son destinataire. Ainsi « il pleut » ; sera moins pertinent dit comme simple constat
qu’en réponse à la question d’un interlocuteur qui veut savoir s’il doit ou non arroser son
jardin. Il s’en suit que l’évaluation de la pertinence dépend des destinataires : le locuteur fait
de son mieux pour produire l’énoncé le plus pertinent possible.

5.3 Le principe de sincérité

Toute énonciation est présumée sincère, dont les locuteurs sont censés s’asserter que ce qu’ils
tiennent vrai, n’ordonner que ce qu’ils veulent réaliser, ne demander que ce dont ils veulent
effectivement connaître la réponse. En d’autres termes, les locuteurs sont supposés adhérer à
leurs propos et y croire. Ils s’engagent dans l’acte de discours qu’ils doivent accomplir. (Ils
sont censés dire ce qu’ils pensent et assumer ce qu’ils disent).

Ce principe implique et engage l’énonciateur dans son discours, il doit faire preuve de
bonne foi et rapporter les faits comme ils se sont produits dans la réalité sans essayer de les
trahir. Cette loi fait partie de ce que P. Charaudeau nomme « le contrat d’authenticité », ou de ce
qu’il appelle « le contrat énonciatif » propre aux genres discursifs informationnels.49

6. Les lois du discours

Ce sont les conventions tacites ou implicites entre les gens, mais de façon
pragmatique. Lorsque je parle, il faut qu’il y ait quelqu’un ou quelques uns qui m’entende
(ent). Comme, il y a des lois qui régissent et assurent les conversations. Cette coopération

48
Voir à ce sujet le livre de P. Charaudeau : op. Cit., 1983, p. 101.
49
Ibid.
44
entre les (s) locuteurs et l’allocutaire(s) (la maxime de coopération est indispensable dans la
communication), qui serait régie par des lois ; un ensemble de normes, une sorte de code que
Grice appelle « maximes conversationnelles », issues de la dérivation du sous-entendu, que
nous avons élaboré précédemment. Nous utiliserons ici le terme d’O. Ducrot, lois du discours.

Ces « lois » jouent un rôle considérable dans l’interprétation des énoncés et définissent
une sorte de compétence pragmatique (d’autres disent « une compétence rhétorique »). Il ne s’agit
pas de lois comparables à celles qui régissent la grammaticalité des phrases, mais de normes
que l’on est supposé respecter quand on joue le jeu.
6.1 La loi d’informativité

A côté de ces principes généraux, on peut mentionner des lois du discours les plus spécifiques
qui portent sur le contenu des énoncés. La loi d’informativité est l’une des plus utilisée. Sa
devise est ; parler pour informer, puisqu’elle exclut qu’on parle «pour ne rien dire ».50

De ce fait, les énoncés doivent apporter des informations nouvelles au destinataire.


Quand un énoncé n’apporte rien de neuf, c’est que l’information se trouve à un autre niveau et
que l’énoncé veut transmettre un autre contenu (on dit une chose qui n’apporte rien, pour dire
autre chose de manière violée). Cette loi atteste qu’une nouvelle ne peut être retenue que si
elle dit quelque chose de nouveau au destinataire. Une nouvelle qu’il ne possède pas déjà, qui
vient s’ajouter à ses informations déjà encaissées.

6.2 La loi d’exhaustivité


La loi d’exhaustivité est le fait de donner l’information essentielle et maximale en
fonction de la situation, et cela sans masquer quelques détails aux lecteurs, de préférence
qu’elle soit de façon condensée et brève, pour ne pas nuire à son destinataire (cas des titres).
Cette loi est intégrée chez P. Charaudeau dans la deuxième composante du contrat énonciatif
qu’il baptise sous le nom de « contrat sérieux », cette convention morale stipule que « tout
sujet informateur a une obligation de transmission d’information (…) et à l’obligation
d’objectivité ».51

50
- Charaudeau .P : op. Cit, 1983, p. 101.
51
-Charaudeau . P : op. Cit, 1983, p. 101.
45
Par conséquent, il ne doit pas laisser penser un seul instant que l’évènement dont il a
la responsabilité de rapporter et imprégner de sa subjectivité, mais plutôt qu’il est le fruit de la
vérité employée au service de la mise en scène de la réalité.52

A cet effet le scripteur utilise plusieurs techniques comme par exemple l’emploi
d’énoncé délocutif,53 qui ont un caractère d’irréversibilité, ou bien l’emploi du présent qui a
pour but la production d’« un effet d’actualisation existentielle»54, c’est-à-dire de récré
(récréation) ce qu’appelle P. Charaudeau« l’illusion du direct».

6.3 La lois de modalité

L’énonciateur doit s’exprimer clairement et sans ambiguïté, il recherche théoriquement la


clarté, la concision, etc. les lois du discours obligent les scripteurs ou les titreurs à être stricts
dans le choix de leurs mots et de leurs titres, mais aussi, ils sont régis par la soumission
irréfutable à l’économie langagière.

Cela peut s’effectuer en optant aux tournures et aux formules les plus simples et les
plus directes, pour ne pas induire les lecteurs en erreur, ou les encombrer avec l’abus de
détails, qui peut provoquer l’indifférence.

Ces lois définissent bien évidemment un discours classé « idéal »,celui qu’on suppose
dans l’absolu, l’acte de communication (qui vise à priori la compréhension la plus rapide et la
plus totale entre ses différents partenaires).

A partir de ces éclaircissements, il semblait que les moyens de communication jouent


un rôle très important, plutôt primordial et à long terme, dans la création et la structuration des
opinions. Cela se réalise par le biais de leur pouvoir subliminal. 55Cette étape fera donc, partie

52
-Cette mise en scène commence au niveau des titres qui annoncent ce travail de représentation et qui
obligent le lecteur à considérer par évidence les faits comme des « évènementsréels ».
53
-Ce type d’énoncé a pour caractéristique de présenter l’événement comme une évidence, un fait posé
et rapporté sans altération, un événement que l’on ne peut pas changer.
54
-P. Charaudeau : op., cit, 1983, p.114.
55
-Freud parle à propos d’un sujet annexe, qui est le langage publicitaire (langage qui exploite les
mêmes techniques que le discours médiatique), de langage hypnotique dans lequel « des pensées
contradictoires, non seulement ne se distinguent pas, mais encore se juxtaposent, se condensent et
forment un compromis que nous n’admettrions jamais dans la pensée normale » (l’interprétation des
rêves), voir à ce sujet l’article de « tautologie » dans l’encyclopédie Universalis 9 multimédia.
46
intégrante de notre travail, que l’on va développer plus en détail dans les rubriques qui vont
suivre.

Conclusion

Pour conclure notre premier chapitre, nous pouvons attester que la subjectivité, la
modalité se réalise à travers des indicateurs linguistiques qui permettent d’observer l’attitude
énonciative du locuteur devant ce qu’il énonce.
Dans le cas de notre recherche sur le discours journalistique, certes, il s’agit d’analyser
les informations émises par le journal, mais il s’agit également d’analyser comment les
actants de l’énonciation se positionnent en s’appuyant et travaillant sur les dispositifs
énonciatifs.

47
DEUXIEME CHAPITRE
Modèles d’analyse des actes du
langage &
Points de vue énonciatif
Introduction
Définir clairement l’analyse du discours et limites est devenu une tâche très difficile parce que
cette dernière possède une pluralité des visées complexes qui sont toujours en situation de
développement. Cet objet est en effet interdisplinaire, il faut attendre donc les années 60 pour
discerner ses frontières, pour que les courants linguistiques se dessinent et façonnent l’actuel
champs de l’analyse du discours, de cela s’ajoute également un renouvellement de travaux et
l’apparition d’autres approches.

Cette diversité, cependant, ne fait que refléter la multiplicité parfois antinomique de points de
vue et c’est sans doute parce que l’objet du discours est désormais situé en position centrale et
incontournable dans toutes les sciences.

L’énonciation n’est pas un objet d’étude récent car ses aspects linguistiques se trouvent déjà
dans la grammaire et la deixis. Ainsi, ce domaine d’étude a connu son essor surtout avec les
travaux d’Emile Benveniste qui se basent sur l’existence d’un sujet qui donne du sens à son
discours.

L’énonciation est une activité linguistique liée par son énonciation qui annonce son
discours à un moment donné.

Nous essayerons dans ce chapitre d’éclaircir toutes les nuances qui distinguent l’énoncé aussi
que le discours et l’énonciation : « il s’agit en fait du même objet, et la différence réside dans
la mise en perspective de cet objet » 56

L’objet discours ne se confond pourtant ni avec ses conditions de production et ses


déterminations (contextes, conditions socio-institutionnelles).Dans ce cadre, le sujet occupe
une position privilégiée dans le discours, il porte la marque de la subjectivité auquelle
Orrecchioni rejoint la conception de Benveniste et affirme que la subjectivité constitue une
caractéristique intrinsèque du langage et que : « la subjectivité est partout dans le langage »
.57

56
Orrechioni.p 34
57
Orrechioni , p 173
49
1. La sémiologie de la communication

Elle est née avec EricBuyssens qui sera l’un des ses premiers partisans. Des linguistes
comme Georges Mounin, (Introduction à la sémiologie, Ed. Minuit, Paris.1970), Luis J.
Prieto, (Messages et signaux, P.U.F., Paris, 1966, « La sémiologie », in A. Martinet, Le
langage, Coll. La Pléiade, 1968), Jeanne Martinet (Clefs pour la sémiologie, Seghers, Paris,
1973) ont travaillé à définir une sémiologie de la communication et à constituer ses principes
et ses fondements.

Les signes évocateurs à eux-mêmes de sens, sont explicitables par les fonctions qu’ils
remplissent dans les différentes sociétés où ils existent et dans lesquelles ; ils feront l’objet de
la sémiologie. " La sémiologie peut se définir comme l’étude des procédés de communication,
c'est-à-dire des moyens utilisés pour influencer autrui reconnu comme tels par celui qu’on
veut influencer".58

Donc, pour E.Buyssens, la sémiologie est une étude qui vise la communication par les
moyens qu’elle utilise afin d’influencer et agir sur autrui comme objectif de première tache
que doit accomplir cette science. " Le point de vue sémiologique nous oblige à revenir à la
fonction primordiale des langages : agir sur autrui", en parlant, en agissant.59 La langue ne
sert pas à révéler le monde mais à influencer l’autre.

Par conséquent, faire part de la communication intentionnelle, de ce qui précède pour


E.Buyssens ainsi que pour J. Prieto, « la sémiologie doit s’occuper des faits perceptibles
associés à un certain état de conscience, réaliser ce fait pour qu’un autre individu comprenne
le but de ce comportement et reconstitue dans sa propre conscience ce qui se passe dans celle
du premier ».60 Dire c’est faire, le sens est un mode d’action sur autrui ; parler est une forme
d’action afin de changer une situation ; agir sur l’autre, c’est un désir d’agir sur autrui. G.
Mounin voit aussi que la sémiologie n’est présente que seulement dans le cas de la
communication.

58
E. Buyssens, La communication et l’articulation linguistique, Presse universitaire de Bruxelles,
1967, p.11.
59
Idem, p.12.
60
L.J.Prieto, op. cit., p.94
50
Alors nous pouvons résumer ce qu’on vient de citer comme suit : il y a processus
sémiologique quand il y a :

- Intention de communication de la part du locuteur ;


- Intention reconnue par le récepteur du message.

« On ne peut jamais être pris dans un processus de communication à son insu, ni


émetteur, ni comme récepteur ».61Cela montre que la sémiologie de la communication est en
pivot sur deux axes principaux :

- un premier axe linguistique, ou verbal, explicité dans le schéma de communication


de R. Jackobson, dont la condition quasi-nécessaire est le fait qu’il y ait le même code entre
l’émetteur et son récepteur avec une transmission du message dotée d’une certaine simplicité
et clarté.

Par ailleurs, chaque élément composant ce célèbre schéma est suivi d’une fonction
qu’il doit accomplir

1.1. Schéma de Jakobson

Le schéma de Jakobson est un modèle décrivant les différentes fonctions du langage. Il


a été développé à la suite des études de Karl Bühler, dont le modèle se limitait aux fonctions
émotive, conative et référentielle.

61
E. Buyssens, op.,cit, p.20
51
Schéma de la communication verbale, d'après Jakobson62

A chacun des six facteurs inaliénables à la communication correspondent six fonctions


du langage (mises entre parenthèses).En conséquence, il l’a modifié de la manière suivante :
Schéma N°2
Emetteur————Message———→Récepteur ……………. (R. Jakobson)
(Actif) (Passif)

Enonciateur—(Actif)——énoncé———→Co-énonciateur (Actif) (E.Benveniste)

Dans ses travaux il s’efforce à décrire la communication humaine, en prenant en


considération les éléments exposés dans ce schéma. Pour lui, « tout acte de parole met en jeu
un message et quatre éléments qui sont liés : l’émetteur, le récepteur, le thème du message(le
référent) et le code utilisé. La relation entre ces quatre éléments est variable. »

Néanmoins, ce schéma a été critiqué par la suite, revu et corrigé par E. Benveniste
sous prétexte qu’il n’y a aucune coopération entre ses interlocuteurs, c’est que le rapport qui
unit les deux protagonistes de la communication est plus que pragmatique et exécutif, il faut
qu’il y ait échange et participation, caractérisé par un aspect passif de la part du récepteur.On
remarquera donc que ce schéma est centré sur une structure d’échange et de permutation des
rôles. Ce qui crée un certain dynamisme et activité chez les deux acteurs de la
communication.- cette communication s’appuie en second lieu sur un deuxième axe non

62
D’après Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
52
linguistique, reposant sur les systèmes extralinguistiques classés par G. Mounin et E.
Buyssens en trois catégories principales :

2.1.1.4. Schéma de la communication de C.KerbratOrecchioni

Schéma N°3

Compétences Compétences
REFERENT
linguistiques linguistiques

et paralinguistiques Encodage-MESSAGE-Décodage et paralinguistiques


EMETTEUR EMETTEUR
Compétences Canal Compétences
idéologiques idéologiques
-Commentaires
et culturelles et culturelles

Déterminations Déterminations
« psy » « psy »
Contraintes de Contraintes de
l’univers de discours l’univers de discours

Modèle de Modèle de

production production

Commentaire

Le schéma N° 1 de R. Jackobson a donné naissance à ce schéma N°3 fondé et baptisé par C.


KerbratOrecchioni, le remodelant pour contribuer par cet apport à la théorie de la
communication et faire d’elle une activité complète, active et complexe. En effet plusieurs
paramètres sont remis en jeu, et cela en fonction de

C. Kerbrat.Orecchioni préconise une nouvelle orientation fait que chaque acte de


communication est un acte inédit antérieurement et unique proprement à ses interlocuteurs.
Tout d’abord, toute une langue est appropriée et partagée par tous les utilisateurs de la même
communauté Linguistique qui exercent en même temps leur pratique de langue, néanmoins
les deux protagonistes d’une conversation même s’ils appartiennent à la même communauté
linguistique ne peuvent pas s’exprimer de la même manière tout simplement ils n’ont pas la
même idéologie linguistique, culturelle, politique, économique ……et c’est ce qui remet en

53
jeux une inégalité de leur compétence, qui s’identifie avec « l’archi français d’une « archi-
locuteur- allocutaire »

De ce fait, la communication est un jeux de réajustement permanant qui touche de code


linguistique

A ce sujet, Orrechioni déclare qu’ « en parlant à un nouvel interlocuteur, chacun essaye


toujours délibérément ou involontaire.

En outre, en 1975, P.Bousolier s’y arrêter avec force sur cette idée « langue commune » joue
un rôle idéologique bien précis : elle sert à masquer pour l’apparence euphorisante d’une
harmonie imaginaire l’existence de tensions, d’affronteurs et d’oppressions bien réels »2

Cette idée également renforce la distinction qu’à dégagée O.Ducrotautre sens signification, il
déclare : « J’appelle signification une valeur sémantique attachée à la phrase, et » sens »,
celle de l’énoncé, c’est-à dire l’ensemble des actes de langage (…) que le locuteur prétend
accomplir au moyen de son « énonciation » : le sens de l’énoncé constitue ainsi une
présentation partielle de l’énonciation par l’énonciateur ».1

En effet la langue a comme un objectif principal la communication entre les différents


membres de la communauté linguistique ayant une propre interprétation idéologique.

En fait, les mots construisent une composante lexicale où se rencontrent le plus massivement
les divergences idiolectales, ils sont dotés de significations spécifiques au service d’une
création de multiples situations d’échanges d’idées, cependant, ces mots incarnent aussi de
nombreux sens selon la situation d’énonciation visée.

Cela, s’établit pour assurer ce que Cathrine Orecchioni appelait une intercompréhension
partielle.

Par ailleurs, l’émetteur doit forger son idéologie et ses idées et c’est à ses récepteurs de la
remodeler Solon la convention entreprise entre ces deux partenaires.

En ce sujet, Orecchioni ajoute « la communication verbale autorisait une intercompréhension


partielle ».

En fait, l’un de ces partenaires doit imposer son propre idiolecte et s’est le plus fort qui peut
s’imposer

2
Boundien.
1
C.K.O : op.cit,1999,p 17.
54
La mise en œuvre de cette communication implique l’existence de deux idiolectes et non pas
un code unifié cela veut dire : « idéalisation théorique qu’implique le fait d’identifier la
compétence du locuteur à celle de l’auditeur ». Donc le sens subit a des changements et il
s’identifie selon la compétence du locuteur.2

C.Kerbat Orrechioni revient une autre fois à ce qu’elle a appelé la compétence implicite qui
doit comporter les deux partenaires. Elle précise que le choix d’une

C.Kerbat Orrechioni revient une autre fois à ce qu’elle a appelé la compétence implicite qui
doit comporter les deux partenaires. Elle précise que le choix d’une quelconque
communication est lié par un ensemble d’aptitudes « on pourrait même considérer que
chacun des deux idiolectes Comportant deux aspects : compétence du point de vue de la
production, compétence du point de vue de l’interprétation 3

D’autre part, le mécanisme des deux opérations l’encodage et le décodage d’un discours
fonctionnement selon la propre culture, idéologie des deux et le rôle énonciatif de chaque
partenaire.

Parler une telle langue n’est pas seulement la maitriser, mais on doit connaitre la culture et les
conditions auxquels vit l’interlocuteur

Qrrechioni ajoute également de la compétence d’un sujet. En effet, la compétence est selon
elle : « la somme de toutes ses possibilités linguistiques, l’éventail complet de ce qui est
susceptible de produire et d’interpréter.»

Toutefois le décodeur d’un discours doit se baser sur un ensemble de contraintes pour
arriver à la fin à l’interprétation du message ciblé.

Les compétences linguistiques qu’on a parlées au-dessus devraient être associées, d’une part,
déterminations psychologique et psychanalytiques qui facilitent bien évidement la tâche de
l’interlocutaire, et, d’autre part des compétences culturelles et idéologiques qui permettent
également le récepteur à faire une adaptation avec les données visualisées et ses propres
conditions.

2
Yon 1978, p 71 in énonciation/ Orrechioni, p18.
3
énonciation, p 19.
55
A l’aide de toutes indications tangibles dans l’énoncé et avec toutes les connaissances qu’elles
soient langagières ou contextuelles le décodeur peut accéder approximativement au sens
encodé afin que son interprétation soit authentique.

A ce propos, Orrechioni confirme : « en vue d’un acte énonciatif les sujets, émetteur et
récepteur font fonctionner des règles générales qui régissent les processus d’encodage et de
décodage, et dont l’ensemble une fois explicité »(ce qui encore loin d’être le cas).

Par conséquent, l’interprétation des différents énoncés s’appuient forcement sur l’association
d’un ensemble des éléments qui mènent la reconstruction du sens, cela, nous même à dire
aussi que cet échange d’interaction entre l’émetteur et le récepteur du message nécessite une
collaboration entre eux afin que chacun d’eux attend l’autre .

2 . Modèles d’analyse des actes de langage dans la presse écrite


La question des rapports entre les médias, leur public et le contexte de production est
avant tout linguistique. Le sens que l'on donne ou que l’on suppose donner à ces rapports est
sans doute l'ajustement au public et auco-texte. L'information ainsi que le discours médiatique
deviennent donc le résultat d'une négociation tacite entre les médias et leurs publics. Par
négociation, on entend parler d’une coopération. Ce principe a chez Grice le statut d’un méta
principe où les sujets parlants s’efforcent de ne pas bloquer l’échange afin de faire aboutir
l’activité discursive. En effet, chacun des protagonistes se reconnaît et reconnaît à son co-
énonciateur les droits et les devoirs attachés à l’élaboration de cet échange. Dans la mesure où
il faut être deux pour converser, le sujet le plus égoïste est bien obligé de s’y soumettre 63.

Le discours journalistique doit donc être perçu comme un acte de langage. Or cet acte
met en exergue une production langagière impliquant non pas seulement les relations entre les
protagonistes de l'interlocution, au contraire, celles entre le producteur de l'énoncé, à savoir le
journaliste et le monde, en l’occurrence du public. Alors que les éléments sémiologiques
d'une situation de communication se trouvent dans la situation elle-même et ne se manifestent
que dans ou par le langage, la situation de communication dans les médias écrits se dégage
l’obstacle de la déficience interactive que ces médias et leurs discours doivent dépasser.

63
Il faut refuser de croire que le sens est une donnée conventionnelle dans l'absolu. Dans
l'interprétation de l'énoncé, un certain nombre d'éléments involontaires, un certain nombre de bruits de
l'émission apportent des informations au destinataire. Cela veut donc dire que l'énonciation est au
moins aussi importante que l'énoncé lui-même.
56
Le discours écrit pour Benveniste (1974 : 88) en revanche, pour peu qu'il réunisse les
éléments de l'instrument linguistique de l'acte énonciatif, représente une situation
d'interlocution immédiate. Kerbrat-Orecchioni (1998) demande un dépassement de la
conception abstraite, "non-adressée" des communications écrites. Pour elle, les pratiques
écrites sont sémantiquement, voire stylistiquement "marquées", induisent une réaction, et sont
donc des interlocutions. En fait, nous sommes à la recherche de traits linguistiques qui vont
constituer l'objet d'étude de discours effectifs, produits dans le cadre "normal" d'une
communication et reflet de ce cadre. Le fait linguistique doit donc porter les marques de la
situation énonciative, celles de l'investissement du locuteur dans son discours.

Dans cette tendance, il faut refuser de croire que le sens est une donnée
conventionnelle dans l'absolu. Or, dans l'interprétation de l'énoncé, un certain nombre
d'éléments involontaires, voire inconscients et un certain nombre de bruits de l'émission
apportent des informations au destinataire, comme ils peuvent l’affecter. Cela veut donc dire
que l'énonciation est au moins aussi importante que l'énoncé lui-même. L'objectif est de
retrouver les traces d'inscription des catégories énonciatives dans les énoncés, de leur donner
une interprétation, et aussi de voir les formes de subjectivation dans le langage.

Cela suppose qu'on admette un état de langue normale, objectivée et qui serait le
Degré zéro d'écriture selon (Roland Barthes), état qui correspondrait, dans la dichotomie
saussurienne, à la langue. C'est dire qu'il existe un niveau de la langue qui se réduirait à la
construction de la référence, le discours se réduisant à son contenu propositionnel.

Quant à Oswald Ducrot (1993), il parle de la partie isolable de la signification qui soit
une pure description de la réalité. Or, pour lui, cette distinction du subjectif et de l'objectif
dans le langage est davantage théorique. En admettant avec Jean-Claude Coquet (1984) le
primat des discours effectifs sur la langue, on reconnaît que l'instance énonçante, qui
engendre le discours, oriente la sélection des éléments sémiologiques des énoncés.

Dans ce chapitre, nous allons certes poser le problème du sujet énonciateur dans les
articles journalistiques, mais il faudrait aller au-delà afin de pouvoir voir comment fonctionne
la subjectivation du discours dans notre corpus et examiner la question de la cohérence
argumentative des articles en question.

Simone Delesalle (1986 : 7) avait déjà élaboré le programme de l'analyse énonciative :


Seront ainsi évoqués les éléments proprement linguistiques, discrets ou non, qui ne peuvent
être compris que par référence au plan énonciatif : le problème du sujet de l'énonciation, le

57
rôle de l'interlocuteur, et le rapport de l'énonciateur à son énoncé ; et ce dans une prise en
charge historicisée des phénomènes tels que les actes de langage, les indexicaux, la
construction de la référenciation, la performativité, le dialogisme sous ses différentes formes
ou l'hétérogénéité du discours. Cette analyse a comme point d'aboutissement la conception de
la cohérence textuelle comme un rapport constant à l'instance d'énonciation (Janetta
Ouzounova, 1996 : 137). Cette cohérence implique des choix linguistiques et
métalinguistiques de la part du locuteur.

Ces choix, cette subjectivité, pour Kerbrat-Orecchioni (1980 : 180) signifient un


obligatoire rapport d'intentionnalité dans les échanges et donc un engagement mutuel des
instances d'énonciation dans la production des signes. Il s'agit d'abord de comprendre les
"observables" de l'énonciation et le(s) effet(s) recherché(s) ou possible(s) sur les
interlocuteurs : qui parle dans un journal ? Ensuite, pour donner une plus grande ampleur à
cette étude des stratégies énonciatives, et plus globalement à celle de la pragmatique d'une
subjectivité discursive liée au genre, il convient de jeter un regard sur les modalités
stylistiques dans lesquelles les données (construites) d'un style individuel et qui seront
distinctes des choix stylistiques aux valeurs socioculturelles.

Ceci place d'emblée le sujet au centre de l'énonciation, puisque nous devons classer et
dégager l'interprétation des formes d'expression de cette énonciation : marques d'énonciation,
choix linguistiques, structures de subjectivité des énoncés.

3. Enonciation et actualisation du discours

La notion d'énonciation vient du latin "enuntiatio" qui désignait en général le lien qui
existait entre ce qui est dit et celui qui le dit. La notion a d'abord été philosophique,
grammaticale avant d'être au centre des préoccupations linguistiques. L'approche énonciative
s'est développée avec les discours aussi bien de Platon, d'Aristote que ceux de Husserl et Kant
sur le sujet du langage. L'énonciation linguistique s'est fixée dans les années 1920 avec des
post-saussuriens comme Albert Sechehaye, Charles Bally, Gustave Guillaume, Émile
Benveniste entre autres. Elle représente l'ensemble des actes qu'effectue le sujet parlant pour
construire, dans un énoncé, un ensemble de représentations communicables. Elle repose sur
l'intuition que les déterminations du langage humain se trouvent dans l'énonciation et non
dans des réalités abstraites préconstruites comme la langue ou la proposition. Elle reconnaît
par conséquent le lien de la langue et de la parole, l'implication des protagonistes de l'acte de
langage dans l'étude du langage. Ainsi, on insiste sur le caractère actif et individuel ainsi que
sur le caractère intentionnel de l'acte de communication.
58
Sur le plan théorique, Émile Benveniste (1966 : 238-245) se veut systématique en
établissant l'appareil formel de l'énonciation comme un classement des points d'ancrage
énonciatifs qui structurent la communication dans les circonstances de sa production, car
l'énonciation est la mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d'utilisation
(ibid., 1974 : 80). L'analyse du discours doit alors commencer par une mise en place du statut
intra-textuel des différents actants de la communication (Catherine Kerbrat-Orecchioni, 1980 :
159), à travers un certain nombre de paradigmes. Par exemple, l’article journalistique est un
discours écrit que nous assimilons, sur le plan dialogique et dans la taxinomie de Catherine
Kerbrat-Orecchioni, au dialogue, qui est tout discours adressé qui n'attend pas de réponse, du
fait du dispositif énonciatif où il s'inscrit, ou des normes particulières qui régissent son
fonctionnement (1998 : 15). Autrement dit, l’article journalistique ressemble à une bouteille à
la mer, jamais assurée de sa destination ni de son destinataire.

En outre, avec Oswald Ducrot (1984) et la recherche de la responsabilité des actes


locutoires, vient la nécessité du dépassement des tensions nées de la conception
benvenistienne de l'énonciation. Ceci pour permettre d'accéder à la construction de la
modalisation, de la responsabilité énonciative et des points de vue dans le discours en
interaction.

Par ailleurs, même s'il faut reconnaître que le dialogisme "externe" du genre est
embryonnaire, à partir des discours rapportés (du discours représenté, de l'interdiscursivité)
récurrents ici, force est de constater le dynamisme d'un dialogisme "interne" aux énoncés
articles journalistiques. Ces paramètres constituent l'essentiel de notre analyse énonciative.

3.1. Pour une théorie du sujet de l'énonciation et de sa relation au discours

Si l'énonciation se noue autour de la situation d'énonciation et se veut son point de


départ, il appert qu'elle met au premier plan l'instance d'énonciation qui lui donne forme et
sens. Baylon et Mignot (ibid. : 43-44) affirment qu'à la base, il n’y a de sens que dans le
cerveau des communicants. Si la situation se veut le point de départ de l'énonciation, il reste
qu'elle est centrée sur le sujet parlant, qui est l'encodeur du sens dont nous parlons. Ce pôle de
production de l'énoncé est désigné sous une multitude de dénominations mettant en vue un
aspect ou un autre de sa caractérisation : sujet parlant, scripteur, locuteur, énonciateur,
destinateur ou émetteur.

Émile Benveniste conçoit l'énonciation comme un acte d'appropriation linguistique, la


manière dont un sujet s'énonce. Il suit en cela l'intuition saussurienne de la parole, acte

59
individuel de volonté et d'intelligence (F. De Saussure, 1916: 30). Comme l'analyse Mathieu
Valette (2004), les définitions successives que la linguistique a données des notions jumelles
parole/énonciation mettent en évidence deux composantes : acte/individu; et donc
actualisation/sujet parlant.

Celui qui énonce est de ce fait la source de production de l'énoncé et le repère du


mécanisme énonciatif au sein de cet énoncé. On fait ainsi le sujet centre de la linguistique : Or
c'est bien le sujet dans la langue que les linguistes ont à tâche d'analyser. (Rabatel, 2005 :
135). Il permet l'actualisation de l'énoncé, et donc le passage du virtuel à l'actuel, de la langue
à la parole de manière transitionnelle et non oppositive. L'énonciation est donc un acte, un
acte de langage dont les marques définissent les modalités intersubjectives, elle est donc un
acte pragmatique. Une autre conception de l'énonciation a cours, que Benveniste a structurée
par un appareil formel : l'énonciation comme le surgissement du sujet 64dans l'énoncé (Jean
Dubois, 1969 : 100), un surgissement qui est observable par des indices, on parle aussi de
traces, de marques.

Dominique Maingueneau et Patrick Charaudeau (2002 : 224) remarquent une


ambivalence du JE de Benveniste, producteur de l'énoncé et énonciateur, c'est-à-dire instance
impliquée dans l'acte d'énonciation en train de se faire et qui n'a pas d'existence
indépendamment de cet acte. C'est avec Ducrot (ibid.) que va s'établir de façon nette une
distinction entre le locuteur, siège des mécanismes d'actualisation déictique et l'énonciateur,
siège de l'actualisation modale.

Ce d'autant plus que l'acte d'énonciation ne nécessite pas toujours d'être assumé. Des
textes sans marques linguistiques formelles mettent quand même en scène des expressions
linguistiques et des réalités discursives projetées par une instance énonçante. Jean-Claude
Coquet (1993 : 13) admet une instance dépourvue de jugement et donc d'intentionnalité
comme instance énonçante : c'est l'instance non-sujet.

Pour que le discours garde sa cohérence, il doit y avoir un rapport constant à l'instance
qui l'énonce. Ainsi, le statut indiciel n'est qu'une étape vers le statut instanciel. Seul ce dernier
statut, par la présence ou l'absence de jugement permet de reconnaître le sujet du non-sujet.

Actualiser le discours c'est ainsi le poser comme l'acte d'un sujet protéiforme, d'une
hétérogénéité énonciative. Il est nécessaire de stratifier l'instance énonçante, de voir ses
manifestations dans le discours à travers les formes linguistiques systématisées par

64
Ceci a été développé par Arrivé (1999)
60
Benveniste à travers l'appareil formel de l'énonciation. Il convient donc de mettre en évidence
les éléments du passage du virtuel de la langue à l'actuel de la pragmatique discursive.

3.1.1. Stratification de l'instance énonçante dans les articles de presse écrite

Enonceur, locuteur ou énonciateur dit-on ? Le statut du locuteur dans les textes écrits,
surtout médiatique a toujours été assez complexe. Un journal met en scène une hétérogénéité
de sources. Le parcours le plus courant de la communication par l’article de presse consiste
pour l'auteur d'un article à proposer un titre, un sous-tire, un chapeau ou intertitre qui peuvent
être corrigés par le responsable ou un membre de la rédaction ou le maquettiste, pour
respecter les impératifs d'espace ou pour des raisons d'efficacité. La complexité énonciative
du support rend caduque une catégorisation de l'instance de production qui se figerait au
locuteur et à l'énonciateur.

Patrick Charaudeau (2006), parlant des caractéristiques du dispositif de l'information


médiatique, renvoie à une instance de production composite comprenant divers acteurs aux
rôles bien déterminés : le chercheur d'information, le pourvoyeur d'information, le
transmetteur d'information, le commentateur d'information et le provocateur de débat.
Comment analyser cette pluralité de l'instance de production dans les articles en les mettant en
rapport avec les spécificités du genre et des situations de communication ?

En admettant que nommer c'est segmenter la réalité au moyen des signes, et que ces
signes ne prennent sens qu'à partir des communicants, il est aisé d'affirmer que les
dénominations servant à évoquer les participants à la communication par le langage ont une
incidence sur les contenus des énoncés. Le plus souvent, on distingue le couple
locuteur/auditeur pour les communications orales et le couple scripteur/lecteur pour les
communications écrites. Du moment où on constate l'imbrication de l'oral et de l'écrit, des
termes génériques de chaque instance auraient été plus efficaces. Le couple
émetteur/récepteur par contre a le défaut d'être un peu trop lié à la technologie. Quant au
couple destinateur/destinataire, sa généralité est insuffisante puisqu'un destinataire par
exemple n'est pas toujours celui que l'on a l'intention de toucher, mais peut être quelqu'un qui
fortuitement saisit le message. Il faut donc adapter la nomenclature des communicants, à
l'image même de la communication, en rapport avec le genre.

En principe, le travail du linguiste, et nous devons l'admettre avec Antoine Culioli


(1986), consiste en la reconstruction d'une ontologie inobservable (la langue et tout le

61
processus de "création"65) à partir d'un matériau tangible (le texte). Il conçoit donc l'étape de
l'actualisation comme un processus ontologique qui, dans sa théorie des opérations
énonciatives occupe les niveaux I et II66.

Pour Christian Baylon et Xavier Mignot (ibid.:13) la dualité énonceur/receveur


marque la dissymétrie entre la personne à l'origine de l'énoncé, qu'elle prononce ou écrit, et la
personne à qui il parvient, par l'ouïe ou par la vue, et qui lui attribue un sens. Ces auteurs
mentionnent en outre la distinction de l'énonceur et de l'énonciateur, celle de l'élaboration et
de l'émission de l'énoncé face à la prise de l'énoncé à son compte, la revendication de la
responsabilité de l'énoncé.

L'énonceur élabore un énoncé, une séquence de signes, à partir d'intentions


signifiantes (Baylon et Mignot, ibid. : 42). Dans notre étude, nous ne voulons retenir que cet
aspect de l'énonceur comme concepteur du discours, producteur des sens, la source de Shanon
et Weaver.

L'énonceur est par conséquent l'être discursif à l'origine de l'énoncé, celui qui participe
à sa conception : c'est le véritable metteur en scène de l'énoncé, statut que Ducrot accordait
plutôt au locuteur. Chaque énonceur est une motivation suffisante du locuteur. On retrouve
des traits de cette instance dans le niveau I du système de représentation de la théorie des
opérations énonciatives de Culioli, l'instanciation. Ce niveau est celui de la cognition, des
activités affectives et sensori-motrices, de l'expérience physico-culturelle du monde. Il est
aussi le siège de la mémoire discursive, celle des interdiscours. Cette instance appartient au
plan puissanciel du discours chez Gustave Guillaume, le plan de l'idéation, celui de la visée
des discours et des choix linguistiques, bref, celui de la compétence communicative. Dans ce
sens, Janeta Ouzounova, (1996 : 3) affirme que:« L'instance se révèle à partir d'une
expérience subjective, le pouvoir de signifier commence avant la prise en charge par le
jugement de cette même expérience ».

J.C. Coquet (1996) suppose d'ailleurs aussi qu'il y a dans le langage une instance de
production, un moi premier dans lequel on perçoit, à côté d'une instance projetée, celle qui se
matérialise dans la communication, qui est dotée du pouvoir d'assumer un jugement. Dans ce
phénomène de double instance, l'une, par la parole (ici l'écrit) donne corps à l'autre. Kronning
(2002) détache aussi une instance correspondant à l'énonceur, le locuteur source, distinct

65
Arrivé et alii (1986)
66
Le niveau I est celui des opérations mentales, des notions, l'instanciation et le niveau II est celui de
l'agencement des marqueurs, des traces textuelles, l'énonciation.
62
d'instances comme le locuteur de l'énoncé et le locuteur du discours. Chaque journaliste,
chaque membre de la rédaction du journal agit comme sujet énonçant unique d'une globalité
énonciative complexe liée au support. Il est de ce fait une complexité singulière qui se
construit pour une autre complexité collective. Il constitue de facto un énonceur potentiel et,
au moment où il intervient dans l'élaboration de l’article, il devient un énonceur actif.
L'énonceur dans la construction cet article est un mutant (il voudra par exemple "arranger" sa
pensée pour être en conformité avec la ligne éditoriale du journal67.

Ce plan puissanciel n'est ainsi nullement disjoint du plan d'effet. Le plan de l'effection
est celui de la perception du discours par l'interlocuteur comme émanant d'un sujet, autrement
dit, c'est le second aspect de la vision que Baylon et Mignot avaient de leur énonceur,
l'instance de l'émission de l'énoncé : appelons-la"locuteur". Ce sujet constitue à quelques
nuances près chez Oswald Ducrot le "Locuteur λ" (locuteur du discours), sujet de la
production de l'énoncé et le "Locuteur-L" (locuteur de l'énoncé), sujet de la référence et des
points de vue exprimés. Autant l'énonceur n'a pas de réalité discursive et sa virtualité lui
refuserait un véritable statut linguistique dans la hiérarchisation des instances de l'énonciation,
autant le locuteur voit sa concrétisation à travers le discours proprement dit ou par des
marques formelles inscrites dans l'énoncé. Autrement dit, le locuteur a la particularité d'être
l'instance d'objectivité, la manifestation définitivement physique de/par l'énoncé, celle dont
les marques objectives donnent une forme et une référence à la situation de communication
(et au mode d'organisation énonciatif du discours, en suivant le sens que Ducrot donne au
Locuteur-L).

On peut alors attribuer au locuteur la référence "délocutée", la représentation de soi


dont on parle, le support d'indexation dans l'énoncé, la référence-source à partir de laquelle
s'effectue le calcul des personnes et des temps et se mettent en place la deixis et les plans
d'énonciation. Il est l'instance de production effective de l'énoncé (le sujet parlant), et agit par
la parole sur le destinataire, c'est donc lui en principe qui émet les actes de langage. Il est un
élément de la "subjectité". Ce locuteur correspond au journal, conçu comme locuteur collectif.
Ses marques sont autant d'éléments d'actualisation et qui servent parfois de support de la
modalisation de l'énoncé.

Sans doute, le locuteur peut-il dans certains énoncés s'assimiler à l'énonciateur, mais
entre celui qui produit l'énoncé et celui qui assume tout ce qui est dit dans cet énoncé, il y a
une différence nette. L'énonciateur est la source du jugement, des plans de l'énonciation. Les

67
Cette entité surdéterminante de l'énoncé est elle-même le produit d'une énonciation.
63
opérations de l'énonciateur sont celles « qui sont liées à une modélisation, et ne sont pas, en
tout cas pas directement, de nature cognitive » (Franckel J.-J. et Lebaud D, 1992 : 90).
L'énonciateur peut être dissocié des marques formelles d'indication déictique et apparaître
dans l'énoncé à travers un certain nombre de "subjectivèmes". Quand cependant l'actualisation
déictique concorde avec l'actualisation modale on parle de "subjectivité".

Le journal matérialise les intentions de communication d'un collectif énonceur, mais


aussi l'implication de l'énonciateur, complexité pouvant être autonome de l'énonceur et même
du locuteur-journal, source des jugements.

Dans le cadre du discours rapporté et des discours polyphoniques, on a une double


locution. Pour Laurence Rosier, le discours rapporté est « la mise en rapport de discours dont
l'un est un espace énonciatif particulier tandis que l'autre est mis à distance et attribué à une
autre source, de manière univoque ou non » (1999 : 125)

Les repères du locuteur du discours évoqué sont facilement identifiables dans le


discours direct. Dans le discours indirect et indirect libre, les marques de subjectivité
deviennent très fines à cause de la nature linguistique du discours. Par contre le discours du
rapporteur devient important et, à travers un certain nombre de marques, on peut saisir le
rapport qu'il établit avec les propos qu'il rapporte (le discours emprunté), son degré
d'adhésion, d'implication dans ces propos. Cet aperçu théorique ne peut néanmoins se
comprendre qu'avec la réalité des discours dans les articles de presse.

3.1. 2. Responsabilité et énonciation médiatique

La responsabilité est une notion philosophique en partie liée à la morale. Dans un


journal, espace de communication publique, et dans les formes de l'exposition langagière, une
implication des journalistes est nécessaire pour valider les comportements langagiers. Quelle
est la responsabilité du journaliste dans ce qui paraît dans un journal dès lors que toute une
équipe entre dans sa confection ? La question est davantage complexe lorsque Culioli asserte
qu'il n'y a pas d'énoncé sans énonciateur. Qui parle est responsable de l'énoncé dans un
journal ?

Selon Sophie Moirand (2006), ce ne sont pas les interlocuteurs qui interagissent
directement dans la presse, alors il y a, « surplombant la diversité des intervenants et la
diversité des scripteurs, une responsabilité singulière, celle de l'instance socio-institutionnelle
du journal ». Autrement dit, la responsabilité dans la presse est essentiellement éditoriale sur
le plan de la justice, elle incombe au locuteur.
64
Le statut informationnel est indéterminé et semble fonctionner comme si l'article de
presse était une construction collective [Nous = Je+(Tu) +(Lui)], et que l'indétermination des
énonceurs régissait l'usage du pluriel en titre. Les énonceurs vont subsumer leurs
personnalités au bénéfice de l'abstraction qu'est le journal qui, en situation d'énonciation et de
contact avec le lecteur, devient locuteur (l'instance énonçante, et aussi le sujet qui "s'engage"
à échanger avec le lectorat). On pourrait gloser ce nous par un "Notre équipe de rédaction". A
ce moment, l'énonceur partage avec d'autres personnes des liens d'appartenance corporative.
Au regard de la taxinomie des instances de production de discours médiatiques de
Charaudeau, on a affaire à un chercheur–pourvoyeur-transmetteur d'informations.

Toujours est-il que l'énonceur marque la personne du locuteur, le JE et sa présence


dans le discours. L'instance socio-institutionnelle locutrice laisserait donc se manifester
l'expression d'unités discursives particulières. Cela signifie que la référence du locuteur-
journal peut être une référence d'un sujet, d'un énonceur particulier. Cela rend compte de la
complexité du cadre participatif et énonciatif quant à ce qui concerne les médias écrits nos
quotidiens algériens d’expression française. L'énonceur est le chercheur et le pourvoyeur
d'informations. La conception benvénistienne des instances d'énonciation ne parlait pas
d'énonceur ni de son statut, mais on peut lire dans les évolutions du concept d'énonciation
différentes acceptions dont la principale était de positionner l'instance du locuteur comme
point référentiel, celui qui donne sa substance au signe vide qu'est le déictique. L'analyse
énonciative tient donc compte de la production du sujet énonçant en situation.

Dans tout article et quel que soit son genre textuel, le locuteur-journal est une instance
de repérage des faits, il se présente comme sujet d'une expérience perceptive, sa présence
donne comme une garantie d'objectivité, d'authenticité à la référence. Paradoxalement, le
contrat de lecture oblitère que la compétence et les commentaires du nous ont une telle charge
cognitive qu'il ne peut être qu'un "sujet évaluant", le produit d'une subjectivité. Il va alors
commenter l'information et provoquer le débat .

3.2. Les traces d'inscription langagière : l'appareil formel de l'énonciation comme


objectivation d'une instance d'émission

Quand on ne s'en tient qu'au caractère informatif de l’article journalistique, la fonction


représentative devrait faire du récit, selon la taxinomie de Benveniste, le registre énonciatif
principal de notre corpus. Le journaliste serait "énonciativement" absent et le dialogisme avec
le lecteur serait très peu manifeste. Certes traditionnellement, dans les articles journalistiques,
on remarque souvent l’emploi du présent de l'indicatif où les éléments sont mis en liaison
65
avec la situation énonciative. Mais dont leur perspective accomplie du procès dans le temps,
ils tendent plus à se charger de valeurs narratives. L'action devient la référence au détriment
de (l'état de) son aboutissement. Sous le prisme de Charaudeau (2006), on ne saurait dire avec
exactitude si le dispositif énonciatif mis en place est un contrat de communication médiatique
ou s'il s'agit plutôt d'un contrat d'énonciation journalistique68. Toujours est-il que la
délocutivité, malgré la présence du présent de l'indicatif, correspond à l'enjeu de neutralité de
l'énoncé. Ce présent, prend les valeurs de "l'aoriste" de Benveniste. Nous sommes dans ce cas
dans l'information et non pas dans la communication.

Pour étudier la communication, il faut pouvoir se placer dans les conditions qui
président à la production des énoncés (la situation de communication). Des structuralistes
comme Otto Jespersen ou Roman Jakobson ainsi qu’Emile Benveniste se sont attelés à une
construction théorique de l'énonciation, en opposition avec l'énoncé. Ils vont concevoir la
mise dans la chaîne du discours de l'instance énonçante [appelons-la"Locuteur", comme
Benveniste (1974) et Ducrot (1984)], son appropriation des faits évoqués, sa position par
rapport auxdits faits, à travers un ensemble de signes appelés déictiques. La valeur des termes
appelés déictiques ou deixis ou "shifters" selon les termes de Jespersen ou embrayeurs de
Ruwet, est fonction de leur actualisation dans l'énoncé où ils apparaissent. En d'autres termes,
les unités déictiques forment une classe de mots promus à l'existence par l'acte d'énonciation
(Benveniste, 1974). De l'acte individuel de production dont les mécanismes devaient
intéresser le linguiste (selon le projet de la notion d'actualisateur de Bally), l'énonciation
devient l'impact du sujet dans le texte.

Émile Benveniste (1966) parle d'indiciels et distingue les indiciels de personne, les
indiciels temporels et les indiciels spatiaux. Ceux-ci correspondent à des séries
paradigmatiques pronominales, à des indices d'ostentation (pronoms, adverbes, déterminants à
base démonstrative), à des marques temporelles égocentrées (verbales et adverbiales). Ils
situent par rapport au "Moi", "Ici" et "Maintenant" du sujet parlant. En plus des deixis
indiciels, les deixis anaphoriques permettent de leur côté de référer anaphoriquement à un
élément en contexte : Le contexte joue alors, dans le discours, un rôle analogue à la situation,
créant une série d'"ancrages" pour la suite (Fuchs C. et Le Goffic P., 1992 : 133)

68
La situation de communication médiatique est relative à un acte de communication, à une
instruction discursive, et renvoie aux caractéristiques du dispositif impliquant une instance de
production médiatique et une instance de réception-public, reliés par une visée d'information. Le
contrat d'énonciation journalistique, relatif au positionnement énonciatif du sujet journaliste, est la
façon dont cet énonciateur journalistique met en scène le discours d'information à l'adresse d'un
destinataire imposé en partie par le dispositif et en plus imaginé et construit par lui.
66
3.2.1. Les indices de personne

Ce sont les indices de la première personne et de la deuxième personne. La relation


je/tu permet de se poser comme sujet dans le discours, en relation avec un destinataire. La
première personne du pluriel est une « désignation autique de celui qui parle : c'est le nom
propre du locuteur » (Benveniste, 1974 : 200). Ouzounova estime que « la catégorie
pronominale est envisagée dans un rapport nécessaire quand celui-ci est posé avec une
instance personnelle assumant sa parole ». (1996 : 2). Le journal étant un locuteur collectif,
le pronom personnel "Je" n'y apparaît que lorsqu'on rapporte, les paroles d'un personnage en
le nommant.

Le nous "interne" associe l'énonceur, qui ne dépasse pas l'expérience perceptive, et un


locuteur dont la caractéristique est le sentiment d'association avec l'interlocuteur. Il s'agit
probablement de la communauté de la rédaction. Le " nous"énonceur (ou plutôt interlocuteur)
comprend le destinataire et lecteur des écrits du journal. L’article peut s’orner d’un second "
nous", locuteur, qui est au contact du public, par lequel on exprime l'expérience du " nous"
premier, et peut-être l'évaluer. Par le " nous " aussi on peut désigner exclusivement la
rédaction, le locuteur-journal et il participe à la construction d'un ethos discursif.

Pour comprendre l'usage du vous dans l'énoncé, il faut le considérer comme relevant
d'une propriété du discours du titre de presse que Kronning (2002) appelle discours de " la
catégorie médiative ". Cela signifie que le locuteur reprend une information empruntée à un
énonceur donné (dans ce cadre appelé locuteur-source). Les journaux essaient de présenter de
chacun sa lecture de l’article. Nous pouvons également penser à ce genre d’énoncés comme
des interprétations de discours en circulation dans le sens de Laurence Rosier (2005 : 160),
« un discours (qui) doit avoir fait l'objet de plusieurs transmissions et progressivement
s'imposer comme une évidence, par sa transmission ». Ces interprétations donnent lieu à des
discours nouveaux sur le sujet, discours qui positionnent le locuteur comme source et
transmetteur d'information. La particularité de l'allocutaire ici c'est qu'il ne peut répondre
directement à son interlocuteur, la situation de communication immédiate entre le journal et
ses lecteurs refusant la co-locution. La conséquence de cette pseudo co-locution est la valeur
de vérité générale attribuable à l'énoncé, valeur que l'on reconnaît aux maximes ainsi qu’aux
proverbes. Cette valeur se retrouve même dans les énoncés moins impératifs.

Pour conclure, on peut dire que le locuteur-journal peut aussi manifester assez souvent
une certaine identité par les pronoms personnels de la première personne du pluriel. Ces
marques grammaticales indiquent tantôt le caractère collectif de l'ontologie du locuteur, tantôt
67
visent à manifester un locuteur social, ayant des traits identitaires avec ses lecteurs-
destinataires. Comme on peut remarquer dans un article une faible proportion de pronoms de
la deuxième personne, cela illustre le souci constant du locuteur de ne pas se disjoindre de ses
lecteurs. Le sentiment d'appartenance à une entité commune, à une communauté est un facteur
du sentiment d'interpellation et d'adhésion du lecteur par/aux les sujets développés et donc un
argument d'attraction.

3.2.2. Les indices de temps et de lieu

Les unités de repérage, des points d'ancrage du texte à la situation d'énonciation, outre
ceux de la personne forment un véritable système autour des marqueurs de la temporalité et
ceux de la localisation spatiale. Ils permettent d'assigner des "valeurs référentielles" aux
éléments de l'énoncé par rapport au sujet de l'énonciation. Entre ces unités et le contexte, se
noue une relation d'interdépendance et Calame (1986 : 15) pense qu'il y a non seulement
échange entre le contexte signifiant de production du discours et ce discours même, mais il y a
constitution mutuelle par l'intermédiaire du sujet parlant et énonçant, de l'un par l'autre, de
l'un dans l'autre. Il ne s'agit donc pas seulement d'examiner le statut du sujet et de son
contexte situationnel dans le discours, on devra également déterminer l'influence dudit
contexte sur le comportement linguistique, sur la perception du sujet. Les unités linguistiques
du système indiciel du temps et de l'espace se rencontrent dans la catégorie des verbes (et des
temps) et des adverbes.

La référence énonciative envisage un procès dans l'une des époques du temps. Le


temps dont il s'agit n'est pas du temps "indivis", mais bien un temps actualisé, " le temps
triparti " (Imbs, ibid. : 248), c'est-à-dire un temps dont la localisation se fait en une série
d'époques se succédant sur la ligne progressive du temps. Les divisions sont obtenues à partir
d'un point d'origine. Le point d'origine dans le système dit de "l'appareil formel de
l'énonciation" est le présent, pas le présent "réel", pas celui de la coïncidence avec le moment
de production du discours (parce que la communication ici est différée), mais un présent
"absolu".

A partir du moment de l'énonciation, on peut alors envisager l'avenir. Les indices


comme bientôt sont des marques de la situation d'un moment à venir non encore déterminé
par rapport au jour, à la période de parution (d'énonciation) du journal. C'est la prépondérance
du temps psychologique, insaisissable qui amène l'annonce de la situation encore incertaine.
Dans des cas, on peut rencontrer des exemples où :

68
a- L'avenir peut s'exprimer par le futur simple, temps très souvent associé à la valeur
de vérité. Gustave Guillaume le nomme d'ailleurs futur catégorique, distinct entre
autres d'un futur hypothétique (le conditionnel) ;
b- La valeur de certitude attribuée à certains verbes peut venir d'une circonstance
précisée en titre par exemple, dans un raisonnement faussement déductif ;
c- Le futur périphrastique partage les valeurs du futur catégorique, le modal portant
imperceptiblement lesdites valeurs. Le futur périphrastique renforce le caractère
absolu du procès ;
d- L'évocation récurrente de ces procès à-venir peut être interprétée comme la volonté
de protéger son public des mensonges et des non-dits institutionnels. Le journal
apparaît comme remplissant de réelles missions de service public ;
e- L'accompli, en rapport avec l'espace-temps de l'énonciation, est marqué par des
adverbes comme dernier. Il indique la situation d'un événement accompli par
rapport à d'autres faits similaires et par rapport au moment de l'énonciation ;
f- Le repère est le moment où l'on parle, le dernier est donc le plus proche de ce
moment-là. Actualiser des faits, c'est les classer dans le temps ;
g- Le passé composé situe dans un passé avec une incidence psychologique au
présent ;
h- L'usage du présent de l'indicatif est problématique car, comme nous l'avons vu, il a
souvent la valeur narrative, itérative et même la valeur de vérité générale. Quand
bien même le présent serait celui de l'énonciation, il est difficile de circonscrire le
moment dit de l'énonciation. La communication écrite étant une communication
différée, il est très difficile que les faits soient exactement concomitants au temps
de l'écriture ou au temps de lecture. Il ne peut s'agir dans l'absolu du jour de la
lecture (celle-ci pouvant être de longtemps différée), mais est-ce le jour de
parution ?
i- Le procès peut relever de l'accompli. Un participe passé adjectif épithète sera la
marque de l'accompli. Le passif permet de mettre en exergue la victime de
l'action ;
j- Des déictiques anaphoriques peuvent servir à la situation du contenu du journal
dans la situation de communication immédiate. On se réfère ainsi à des "objets"
perceptibles par les interlocuteurs.
o Exemples :
 Voici le futur président de l’Algérie ;

69
 Toute l'actualité politique dans ce journal.

Ces déictiques (voici, ce) illustrent à suffisance l'acception que cette catégorie de mots
n'a de sens que par rapport à une référence situationnelle ou contextuelle. On situe le contenu
de l’éditorial par rapport au contenu des autres éditoriaux dans les journaux, par rapport aussi
aux précédentes publications des journaux (ce) et aussi par rapport à un élément sensé être
perçu par le destinataire. Cette auto-référenciation marque comme nécessaire la démarcation
de la doxa69, positionner le journal en rupture avec les discours en circulation, et donc inviter
le lecteur à se rapprocher du "bon" journal. Malgré l'imprécision du point de référence, les
anaphoriques affirment la présence de la réalité désignée dans un espace que le lecteur est
"naturellement" capable de situer : l'intérieur du journal, en plus signalé par le numéro de
page à la suite. Ces déictiques sont autant de promesses de récit et d'analyse qui rendent
indispensable la lecture suivie du journal. Les déictiques assurent à la fois les fonctions de
cohérence intertextuelle et des fonctions commerciales.

Ainsi, la difficulté de la saisie du présent de l'indicatif vient de la particularité du


temps opératif dans les écrits dits "oralisés". Du temps opératif "indivis" de Gustave
Guillaume que l'on a dans les situations de communication directe, on a ici des temps
opératifs séquentiels à cause des contraintes matérielles et de la spécificité du support.

o Le temps de l'énonciation est-il donc le moment de


conception-réalisation du journal ?
o Est-ce le jour de la parution ?
o Est-ce le jour de la vente ?

En réalité, il existe psychologiquement un espace-temps d'actualité dont les limites ne


sont pas fixes70, mais dont l'axe de rotation est le jour de parution du journal .

3.3. Les indices de jugement et les positionnements énonciatifs

Nous avons admis que les repères objectifs permettent d'identifier le locuteur-journal
comme lieu de référence des marques d'énonciation. Nous avons cependant distingué ce

69
Le terme de doxa, (du grec δόξα) désigne selon dictionnaire Bailly l'«opinion », l'« avis » ou le «
jugement » et dans un sens étendu la « réputation ». Le mot « doxa » tire son origine du grec dokéo
(δοκέῶ) qui signifie « sembler », « paraître » ou « avoir l'apparence ».
70
Patrick Charaudeau (2006) dit à ce propos que le temps des médias n'a pas d'épaisseur […], et
l'événement qui s'y trouve est comme un îlot perdu dans un espace archipélique dépourvu de tout
principe de cohérence.
70
producteur d'énoncé des sources d'éventuels jugements qui se manifestent, suivant ainsi la
voie déjà tracée par Ducrot.

o Comment concevoir cette instance ?


o Quels sont les différents aspects sous lesquels se présente la
modalisation énonciative ?

3.3.1. De la modalisation énonciative dans les éditoriaux

Les indices de jugement ou modalités de l'énoncé marquent le sentiment du locuteur à


l'égard de ce dont il parle. Il peut s'agir de son degré de certitude, de l'évaluation de ce dont il
parle ou de la nuance que l'on apporte à son énoncé en termes de jugements de valeurs ou en
termes d'appréciation, de motivation, d'engagement, de proclamation, d'indication
intentionnelle de ses sources d'information. Mais la modalisation n'est pas toujours du
locuteur, en d'autres mots, le sujet modal n'est pas absolument le sujet énonçant. Or, nous
savons que Benveniste a théorisé l'énonciation principalement autour de l'inscription des
marques du ego, hic et nunc dans l'énoncé et également comme un acte qui est le fait du
locuteur, qui mobilise la langue pour son compte. Ce faisant, la dualité de cette théorie a
négligé le dialogisme interne des énoncés.

Lorsqu'on parle de dialogisme interne, on entend la manifestation de la réversibilité et


de la différence de l'autre du locuteur (sujet énonçant) qui est un énonciateur (sujet
appréciant), possiblement polémique, les deux instances étant inextricables dans certains
énoncés. Antoine Culioli se démarque de Benveniste 71et de cette réduction de l'énonciation à
la recherche des traces textuelles de l'activité de parole. Dans sa pensée, l'énonciation est un
processus de construction du sens métalinguistiquement restitué à partir de l'énoncé (cf.
Valette, 2004 : 817). Il reconstruit un sujet abstrait, sujet de la modélisation, identifiable au
terme d'une remontée à un repère-origine, qui n'est pas nécessairement la source de l'acte de
locution. C'est également cette vision duale de l'instance énonçante qui a amené Ducrot
(1984) à concevoir une instance autonome, source du point de vue exprimé dans un contenu
propositionnel qu'il va appeler énonciateur, distincte du locuteur. « J'appelle énonciateur ces
êtres qui sont censés s'exprimer à travers l'énonciation, sans que pour autant on leur attribue
des mots précis » (1984 : 121)

71
Notons que la théorie de Benveniste a souvent évolué, mais on n'a retenu que le Benveniste de 1974
et son appareil formel d'énonciation.
71
L'énonciation pour lui est certes un acte, mais surtout le produit de cet acte, et elle se confond
avec l'énoncé. Jeanne-Marie Barberis (citée par Rabatel, 2005 : 119) a le même souci d'aller
plus loin que l'appareil formel de l'énonciation pour systématiser les marques de l'énonciation
et retrouver l'origine énonciative de l'énoncé .La présence du locuteur et de l’interlocuteur
dans l’énoncé signalée par les pronoms personnel, Benveniste ne montre que les deux
pronoms personnels du 1eret du 2emepersonne ont un statut différent de ceux de3eme personne.

En effet, et Selon lui toujours, ces deux pronoms personnels représentent les deux
protagonistes de toute énonciation le » je » c’est l’énonciateur et le » tu » à qui
l’énonciateur énonce son message, ces personnes qui n’ont pas de contenu sémantique mais
constituent seulement des réalités de discours. Par contre le il »représente un élément
extérieur en dehors de l’énonciation, c’est une non-personne, par ce que chacun, construit à
la fois la production et la réception de l’autre.

A ce propos il définit : « la subjectivité dont nous traitons ici est la capacité du locuteur à ce
posé comme sujet ». Elle se défini, nom par le sentiment que chacun éprouve d’être lui-même
(…) mais comme l’unité psychique qui transcende la totalité des expériences récuse qu’elle
assemble et qui assure la permanence de la conscience ».

Voici la structuration hiérarchique des pronoms personnels selon Emile Benveniste (19.

Référent à une

Personne non- Personne « il »

Subjective non- Subjective

« je » « tu »

Figure : (1) pronoms personnels


72
Sans les deux premières personnes, il y à la fois une personne impliquée et un discours sur
cette personne. « je désigne celui qui parle et implique en même temps un énoncé sur le
compte de « je » disant « je », je ne puis ne pas parler de moi. A la 2eme personne « tu » est
nécessairement désigné par « je » et ne peut être pensé hors d’une situation posée à partir de
« je », et en même temps, « je » énonce quelque chose comme prédicat de « tu ».72

Le linguiste continue à chercher les statuts que s’occupent les (2) pronoms personnels le« je »
et le « tu » ne peuvent pas se référer à une réalité de discours que Benveniste l’appelle « très
singulière ».

« je » désigne toujours la personne qui prend la parole dans la présente instance de discours
contenant « je » et« tu » est la personne à qui « je » dit « tu » dans la mesure où tous les
différents locuteurs utilisent ces formes.

Il critique également les énonces qui contiennent deux « je » donc nous serons en face deux
instances successive de discours nous ne serons pas sur si le 2 eme ne s’agit pas d’un discours
rapporté.

Cela, amène Benveniste à proposer les définitions suivantes :

« je signifie la personne qui énonce la présente instance de discours contenant je ».

« […]On obtient une définition symétrique pour tu, comme «l’individuel locuteur ».

Dans la présente instance de discours contenant l’instance linguistique « tu ».

En conséquence, il critique dans tour l’unicité de ces pronoms comme catégorie homogène
universel existante dans toute langue. Parallèlement, il revendique existence d’autres unités
appartenant à cette même catégorie (pronoms personnels) les pronoms démonstratifs, les
pronoms indéfinis, les pronoms interrogatifs.

72
Dominique Chapon et Emma Drieu(2003), « Les grandes théories de linguistique » Armand Colin,
France,p173

73
A propos de la temporalité dans le discours Benveniste affirme :

« De l’énonciation procède l’instauration de la catégorie du présent, et de la catégorie du


présent nait la catégorie du temps, le présent est proprement la source du temps, il est cette
présence au monde que l’acte de l’énonciation rend seul possible, car, qu’on veuille bien y
réfléchir l’homme ne dispose d’aucun autre moyen de vive le « maintenant et de le faire
actuel que de le réaliser par l’insertion du discours dans le monde »73 (Benveniste.1966.p83)

Benveniste dans ses études observe que toute énoncé du type (je+verbe au présent de
l’indicatif) sert à réaliser un fait et non pas de la décrire par exemple « je renonce » réalise
l’action de renoncer, en revanche « j’ai renoncé. » Ne réalise pas une action, mais l’a décrit.
Il affirme que l’énonciation est responsable de certaines catégories de signes dont elle a
donné existence, parce qu’ils ne pourraient pas exister dans l’usage cognitif de la langue. Ces
entités qui émanent de l’énonciation n’existent que dans le réseau d’individus.

3.3.2. La subjectivité ; marques d’inscription du sujet ou objets du discours

La subjectivité n'est par conséquent pas à réduire à des marques d'inscription du sujet
dans son discours. Elle va exprimer le point de vue, une position, une attitude du
locuteur/énonciateur à partir du mode de donation des référents objets du discours.

Les points de vue dépendent de l'identité des sujets en présence dans la


communication, de leurs statuts et des rapports qu'ils entretiennent, des visées pragmatiques
du propos, de l'univers de discours thématisé dans les propos échangés, de la situation de
locution, du support de transmission de la parole, bref de la situation de communication. En
plus de cette situation, l'orientation argumentative d'une référenciation, c'est-à-dire la façon
d'organiser, de construire son discours conditionnent le point de vue. Les points de vue ont
donc des entités sémantiques porteuses d'une source. Cela suppose qu'un énoncé cumule une
valeur dénotative présentant des états de faits et une valeur interprétative exprimant des
jugements d'êtres discursifs vis-à-vis des objets de discours dénotés.

La signification énonciative, et donc l'interprétation, ne peut, en outre, pas faire


l'impasse sur un retour au plan ontologique de l'énonciation. Le niveau III des théories
d'opérations énonciatives, et cela Culioli ne l'admet pas de manière formelle (1999 : 9), il doit
intégrer les éléments du niveau I, et la signification des occurrences partirait d'un niveau
puissanciel du langage. Néanmoins, l'énonciateur est intrinsèquement lié à l'énonceur : NØlke
et Olsen (2000 : 50), dans le cadre de la SCAPOLINE, ont adopté la notion d'êtres discursifs

73
Benveniste , p83.
74
pour "saturer" sémantiquement celle d'énonciateur. Ces êtres correspondent à la prise en
compte de l'incarnation sémantique de telle ou telle source de point de vue. On peut les
associer à un locuteur virtuel ou à un non-locuteur en fonction des mises en jeu énonciatives.
Ce qui veut dire qu'il est difficile de comprendre un énoncé sans s'intéresser à l'aspect cognitif
de sa source, à l'expérience culturelle et à l'histoire affective qui l'a fait naître. D'où la notion
d'être du discours qui associe directement l'instance de l'énonceur à celle de l'énonciateur. Le
contenu analytique de l'énonciation devient par conséquent un rapport entre l'origine de
l'énoncé (imagination et construction) et le sens "propre" de cet énoncé, la situation de
communication et la situation d'énonciation, l'acte de communication et l'acte d'énonciation.
On doit aller plus loin pour voir dans ce repère-origine de l'énoncé et donc en l'énonceur un
simple support, l'effet de discours.

Le Cercle de Bakhtine conçoit en général le dialogisme comme les relations que tout
énoncé entretient avec les énoncés produits antérieurement ou ceux qu'il est possible de
produire. Selon Authier-Revuz (1984 : 99), toute parole est déterminée en dehors de la
volonté d'un sujet, et que celui-ci est "parlé plutôt qu'il ne parle". Le discours du sujet n'est
donc que le produit de l'interdiscours, la subjectivité du sujet étant donc une représentation de
discours entendus ou imaginés. L'activation de ces discours est fonction de la pragmatique
énonciative.

Dominique Maingueneau (2005 : 66), à propos de l'analyse du discours énonciatif


déclare que « […] son objet n'est ni l'organisation textuelle ni la situation de communication,
mais ce qui se noue à travers un dispositif d'énonciation spécifique. ». Ainsi, l'analyste doit
accorder une place importante à la notion de genre de discours ou contrat de communication :
L'intérêt de l'analyse du discours est d'appréhender le discours comme une intrication d'un
texte et d'un [individu dans un] milieu social (ibid.).

Dans la même dynamique, Patrick Charaudeau (2006) établit comme base d'analyse
que le positionnement du sujet énonciateur dépend des données de la situation dans laquelle
se trouve le sujet communicant. La production de la signification n'opère donc pas seulement
à la source, c'est-à-dire au niveau de l'intention, mais ses données relèvent d'une structuration
et d'une négociation de sens entre acteurs de la communication. Ces données sont donc
d'ordre socio-communicationnel parce qu'elles déterminent l'identité des partenaires de la
communication, la relation qu'ils entretiennent entre eux, la visée pragmatique qui motive la
prise de parole. Ces données fonctionnent dans un cadre instaurant des places et des relations
75
autour d'un dispositif (ibid.) qui les déterminent réciproquement de même qu'il détermine le
propos échangé, le support matériel de transmission et les circonstances matérielles selon le
type de situation locutive.

Le discours d'information médiatique, dans le cadre d'un titre de presse, parce qu'il est
fonction de la diversité des objectifs pragmatiques, de la complexité de la hiérarchie des
relations entre les sujets de la communication, des thèmes abordés, révèle des postures
énonciatives diverses et complexes.

La posture que l'on ne rencontre pas souvent dans le genre, sauf dans le cas de
discours directs, est la posture dite du "author"par Goffman (1981 : 144) ; celle qui consiste
pour le locuteur de s'engager dans ce qui est dit, d'être la source du discours qu'il assume
entièrement. Cela signifie que ce type de discours comporte des marques de repérage du
locuteur et de la situation d'énonciation et des marques de subjectivité attribuées au locuteur.
L'auteur a tendance à prendre à la fois les traits de notre énonceur en ce qu'il est le point
source des sentiments, des choix lexicaux, de l'énonciateur en ce qu'il est la source des
jugements et du locuteur parce qu'il produit les énoncés.

Par ailleurs, la contrainte de crédibilité de l'information entraîne une recherche


d'objectivité dont l'une des formes est l'énonciation délocutive. Ce plan d'énonciation est plus
couramment connu comme "effacement énonciatif", et Petit jean (1987) l'a qualifié
d'énonciation "élocutionnement neutre". Pour autant, la tentation de subjectivité reste
présente. Ainsi, des postures énonciatives de Goffman, émerge le "principal" qui, dans le type
d'énoncé à effacement énonciatif, va correspondre à l'image de soi dans le discours. Le
"principal" est la source d'un point de vue qui se manifeste sous la forme de l'effacement
énonciatif. Il peut correspondre au point de vue du locuteur en tant que tel ou du locuteur être
du monde et, au-delà de lui, au sujet parlant (Rabatel, 2005 : 126). Il permet également de
distinguer les points de vue développés par rapport à la position du locuteur dans les cas de
points de vue anti-orientés ou par rapport au contexte de production pour les points de vue co-
orientés. Il convient à l'exposition de jugements d'autorité, de la doxa, et symbolise la
symbiose entre le sujet énonçant et le sujet modal. Son importance est de favoriser la
hiérarchisation des énonciateurs en scène.

En fait, le "principal" pose le problème des relations entre les instances énonciatives.
Pour ne pas encombrer ce que l'on appelle couramment le locuteur, nous l'avons divisé en
deux plans : un plan puissanciel qui est celui des imbrications psycho-socio-ethno-
linguistiques productrices des énoncés auquel nous avons donné la dénomination "énonceur".
76
Le "Locuteur" est l'instance de matérialisation de l'énoncé, de la référence formelle à la source
d'énonciation. C'est d'ailleurs du fait de la conjonction de ces deux instances comme Locuteur
que l'on a pu voir celui-ci comme un metteur en scène, "le fantasme d'un moi tout
puissant"(Bakhtine, 1975), une sorte de deus "exmachina" des relations avec les énonciateurs,
et cela n'a pas permis de saisir sa relation avec ceux-ci. Toutes ces postures de Goffman
montrent à suffisance l'importance de la diversité des discours et des énonciateurs, celle de
leur hiérarchie dans l'analyse des énoncés. Mais ces positions ne sont pas aussi cloisonnées
que cela dans la réalité discursive. Quelles relations donc entre la dynamique des formes
discursives et celle des énonciateurs pour l’énoncé dans l’article de presse ?

4. Relation entre locuteur et allocutaire.

En ce sens, les mots permettent dans certains sens de transférer l’affectivité du locuteur qu’il
en fait et c’est ce que Robert Laffont (1976) souligne de considère tous les mots de langue
comme des « praxèmes » c’est-à-dire qu’ils connotent à des degrés divers les différents
« praxis » (technologique, socioculturelle) caractéristique de la société qui les manipule et
qu’ils charrient toutes sortes de jugements interprétatifs « subjectifs » Inscrit dans
l’inconscient linguistique de la communauté .

ce qui nous intéressent dans notre travail, ce sont les manifestations individuelles de la
subjectivité langagière, donc, on reprend la problématique d’Orrechioni citée dans la page 70
« lorsqu’un sujet d’énonciation se trouve confronté au problème de la verbalisation d’un
objet référentiel, réel ou imaginaire et que pour ce faire il doit sélectionner certains unités
dans le stock lexical et syntaxique que lui impose le code, il a en gros le choix entre deux
types de formulation :

- le discours « objectif » qui s’efforce de gommer toute trace de l’existence d’une énonciation
individuelle.

- le discours « subjectif » dans lequel l’énonciateur s’avoue explicitement (je trouve ça


moche) on se pose explicitement (c’est moche) comme source évaluative de l’assertion

L’axe d’opposition objectif/subjectif n’est pas dichotomique mais graduel car les lexèmes
sont chargés d’une dose plus ou moins forte de subjectivité.

77
5. Types de discours et positionnements énonciatifs

5. 1 Le discours direct

Un personnage se fait le porte-parole d'un autre locuteur. Il présente un cas


d'hétérogénéité discursive et rapporte un discours tel qu'il a été formulé et prononcé, conserve
la spontanéité et l'authenticité du discours historique. Ce discours dans les éditoriaux est
marqué par des indices typographiques comme les guillemets, les tirets, les deux points, la
mise à la ligne ou un grand espacement. Ces signes marquent l'indépendance syntaxique du
(DD) par rapport au verbe introducteur, quand il y en a un. Il est en effet souvent introduit par
un support qui indique l'identité de celui qui parle et la manière dont il parle. Dans ce cas, les
paroles rapportées sont en position COD du verbe de parole. Parfois le verbe introducteur est
masqué, pour la rapidité des enchaînements et pour les rapprocher davantage de l'oral. Les
points d'exclamation ou les points d'interrogation, les indices de l'énonciation sont repris pour
garder le mimétisme du contexte d'énonciation.

« Le discours (ou style) est direct quand un narrateur, répétant les paroles de quelqu’un,
les reproduit telles qu’elles ont été dites : le discours direct maintient notamment toutes
les formes liées à la personne de celui qui parlait ou à celle du destinataire (pronoms), au
lieu où le locuteur parlait (opposition ici/là-bas), au moment où il parlait (temps des
verbes) »74.

De ce fait, on comprend que le porte-parole présente un cas d’hétérogénéité discursive et


rapporte le discours tel qu’il a été formulé et prononcé, conserve la spontanéité l’authenticité
du discours historique.

Le discours de l’éditorial est marqué est souvent marqué par la présence des indices
typographiques comme les guillemets, les tirets, les deux points, la mise à la ligne ou un
grand espacement. Ces signes marquent l’indépendance syntaxique du (DD) par rapport au
verbe introducteur, quand il y en a un et marque l’objectivité, la fidélité, la distanciation du
journaliste. Il est en effet souvent introduit par un support qui indique l’identité de celui qui
parle et la manière dont il parle.

74
LAROUSSE, (2012): « Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage », Paris, p.151.
78
Dans le (DD), le locuteur, quand il parle, il ne parle pas uniquement au journaliste ou au
journal, mais il s’adresse par ses moyens à son public, à ses opposants comme à ses adhérents.
Il manifeste sa liberté, son indépendance et même son courage de prise de position face à tel
ou tel fait.

Quand le discours doit garder l’authenticité de ses sources et que le locuteur-rapporteur


veut dévoiler plusieurs plans, face ou partie d’un riche entretien, nous pouvons assister à une
alternance de discours direct et de discours narrativisé, le (DN) étant l’idée, le résumé de
segments longs le tout donnant une impression générale de (DD) à forme énumérative.

Quant à la polyphonie, elle est passée au point où on ne distingue plus l’instance


d’énonciation. D. Maingueneau et P. Charaudeau (2002 : 194) recommandaient d’abandonner
« l’idée que le discours direct serait plus ‘’fidèle’’ que le discours indirect et qu’il
reproduisait des paroles effectivement tenues ».

Cette alternance de types de discours montre le besoin d’efficacité, par la recherche de


la maîtrise par les journaux de la substance de propos des auteurs. Cette efficacité réside à la
fois dans la capacité à amener le lecteur à l’intégration directe dans la communication avec
l’énonciateur premier, et ce, dans la possibilité que le message conserve sa crédibilité ainsi
que sa tangibilité, mais également dans le maintien du caractère synthétique du support.

5.2 Le discours indirect et narrativisé

Dans le discours narrativisé (DN), le locuteur/énonciateur rapporte non pas des


paroles, mais un acte locutoire, c'est-à-dire un ensemble de paroles prises comme évènement.
Autrement dit, on laisse le lecteur imaginer le récit des paroles citées, dont on n'a qu'une
paraphrase lointaine. On parle également du DN en termes de psycho-récit.

D’après le dictionnaire Larousse 2012 :

« Le discours est indirect quand la phrase répétée et non pas reproduite telle quelle
dans le récit, mais introduite par un subordonnant, généralement que (c’est-à-dire
transformée en un syntagme nominal). Cette transformation entraine aussitôt la
disparition des marques d’énonciation je, vous, tu et impose des références de lieu et
de temps non plus par rapport avec la personne qui a prononcé la phrase, mais avec
la personne qui fait le récit en répétant les paroles »75.

75
LAROUSSE, (2012): « Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage » : Op., cit, pp. 151-152.
79
Dans le discours narrativisé (DN), le locuteur/énonciateur rapporte non pas des
paroles, mais un acte locutoire, c'est-à-dire un ensemble de paroles prises comme évènement.
Autrement dit, on laisse le lecteur imaginer le récit des paroles citées, dont on n’a qu’une
paraphrase lointaine. On parle également de (DN) en termes de psycho-récit.

La différence entre le (DN) et le (DI) demeure au niveau du (DN), là où il n’y a pas


d’hétérogénéité énonciative, c'est-à-dire que seul le point de vue du locuteur-journaliste
constitue la voix du texte.

Par contre dans le (DI), nous n’avons qu’un seul locuteur certes, mais le discours
citant et le discours cité renvoient à deux énonciateurs différents. Le journaliste peut
incorporer l’énonciation du locuteur représenté dans son propre énoncé. De ce fait, l’énoncé
sera doublement subjectif, il s’agira donc de hiérarchiser les points de vues manifestant. Il est
à constater que dans les articles de presse, et à cause de leur condensation constructive, un
verbumdicendi (L. Rosier, 1999) est suivi d’une subordonnée complétive ou interrogative. Ce
verbumdicendi ou verbe introducteur qui permet de résumer ou plutôt de rapporter les propos
de quelqu’un est souvent éliminé dans les deux discours, soit (DI) ou (DN).

A ce propos, Maingueneau affirme : « dès lors qu’il n’y a plus qu’une seule situation
d’énonciation, celle du discours citant, au discours indirect le discours cité n’a plus
d’autonomie »76.

Le discours narrativisé, comme le discours indirect, provoque très souvent des


contestations et des interprétations polémiques ou conflictuelles, étant donné qu’il est détaché
de son contexte ou décontextualisé, c'est-à-dire déraciné ou éradiqué de ses conditions
d’émission ou de production. Cette exclusion de contexte peut désorienter le lecteur, et ce en
accusant l’énonciateur de médisance. C’est d’autant plus que la prise en charge énonciative
semble être le fait de l’énonciateur-journal.

5.3Le discours indirect libre

Vuillaume, dans La Signalisation du Discours indirect libre (2000), revenant sur les
formes du (DIL) et s'inspirant de Bally, énonce un certain nombre d'indices qui permettent de
caractériser ce style. Il regroupe ces indices selon qu'ils sont d'ouverture, de clôture ou
internes. Pêle-mêle, quelques-uns de ces indices sont : le (DIL) est différent de (DI) par
l'absence de marqueurs de subordination. Il marque une moins nette rupture au récit que le

76
D. MAINGUENEAU : Op., cit., p. 119.
80
(DD). Il s'agit d'un mélange entre les paroles d'un personnage, ses pensées et l'intervention du
locuteur-journaliste lui-même. Même si on rencontre les deux points ou l'alinéa, comme dans
notre exemple, la ponctuation marquant l'indépendance syntaxique et énonciative du (DD) est
relative, la vivacité du (DD) est maintenue entre autres par l'interrogation et l'exclamation, on
garde en outre l'aspect interprétatif du (DI), les personnes, les temps, les déictiques sont ceux
du DI.

D’après le dictionnaire de linguistique et des sciences du langage ce type de discours


est supposé comme suit : « dans le discours indirect libre, la substitution de pronoms et de
référents je/ici/maintenant une fois faite, on supprime (on n’exprime pas) le subordonnant
introduisant le discours indirect proprement dit »77.

Le (DIL) se caractérise par un ensemble d’indices qui permettent l’identification de


son style ; qu’on peut énumérer comme suit :

a- L’absence de marqueurs de subordination, il s’agit d’un mélange entre les paroles d’un
personnage, ses pensées et l’intervention du locuteur-journaliste lui-même ;

b- la subjectivité apparait dans les articles de presse en (DIL) puisque l’élément


introducteur peut orienter péjorativement ou méliorativement l’énoncé, comme il peut
établir un certain degré de certitude par rapport aux propos rapportés ;

c- L’emploi fréquent des adjectifs, des adverbes et la nominalisation dans les articles de
presse écrite en Algérie ;

Le journaliste-rapporteur doit se distancier nettement de son discours qu’il doit citer,


mais avec une prise en charge et une appropriation totale de l’information diffusée.
L’oblitération des verbes dans les articles avec une conjugaison aux temps de l’indicatif pour
permettre aux lecteurs de mesurer de degré de leur certitude. Le journaliste de sa part aussi se
permet au jeu de l’ambigüité avec son lecteur afin d’inclure ce dernier et le rendre adhérent de
ses propos avec des sources tangibles qui garantissent la crédibilité de ses écrits. Quant aux
interrogations, elles marquent l’incertitude, quelques fois des rumeurs.

Toutes les postures énonciatives montrent bien qu’un enjeu pesant et important se joue par
l’emploi et le choix des vocables utilisés par le journaliste en général et dans les éditoriaux en
particulier. L’objectif réside dans la captation des lecteurs pour des fins commerciales

77
LAROUSSE, (2012): « Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage » : Op., cit, p. 152.
81
dites « markéting ». Tout cela doit figurer nécessairement et obligatoirement dans nos
éditoriaux, et ce, par ; l’effacement, la distanciation, l’adhésion, le rejet du journal est du
journaliste importent peu par rapport à l’image qu’ils veulent donner d’eux même. Toujours
les articles essaient d’agir et faire réagir l’autre, positivement possible que négativement sur
les lecteurs surtout potentiels.

Conclusion

En conclusion, la problématique de l’énonciation est devenue une activité incontournable


dans l’analyse du discours, dans la mesure où nous devons prendre en considération l’appareil
formel de la langue organisée à partir des sujets qui veulent agir leurs interlocuteurs et faire
voir le monde à travers sa conception.
En effet, le langage ne se contente pas d’être la réflexion d’une pensée ou un instrument
de communication, destiné seulement à transmettre des informations mais aussi à un échange
entre deux protagonistes énonciation et allocutaire est une activité qui installe tout un travail
entre les actants de l’énoncé.

82
TROISIEME CHAPITRE

« Le Soir d’Algérie »

&

l’écriture journalistique
Introduction

Nous allons commencer par la présentation du journal en question.« Le Soir


d’Algérie »qui est un quotidien National d’expression française et de l’information. Il est l’un
des principaux quotidiens de la presse algérienne. C’est un journal généraliste, son contenu
traite plusieurs sujets, politiques nationaux et internationaux, il renferme des rubriques
économiques, culturelles, sportives et de détente.

Comme nous allons aborder la notion de genres journalistique comme moyen de


différenciation et de précision des divers aspects du métier de journaliste, ainsi que
leurs particularités de ce genre qui imposent certaines précisions . nous avons essayé de
mettre en exergue la mise au point du journaliste sur un sujet d’actualité de préférence,
autrement dit, il provoque un certain nombre d’informations supposées nécessaires afin
d’expliciter suffisamment l’évènement évoqué pour que le lecteur puisse s’en faire une
idée précise.

Par ailleurs, le chroniqueur inscrit son objet dans un espace sociopolitique très
spécifique à la société algérienne par lequel il essaie de démontrer que sa chronique constitue
le moyen idéal, voire privilégié d'accès aux représentations. Il s'impose que nous devons
s’intéresser aux influences du paysage linguistique et social algériens sur ses chroniques
quotidiennes et aussi à l’inverse. En d’autres termes, à la manière dont la langue de ses
articles dans « Le Soir d’Algérie » est reçue dans le paysage sociolinguistique algérien. Il
s’agit donc d’une étude pragmatique qui, axiomatiquement épouserait la (socio)linguistique
d’un type particulier d’énoncés et de chronique.

84
1.« Le Soir d’Algérie », le journal en question
Pays :
Algérie

Langue :
Français

Périodicité :
Quotidien

Genre :
Généraliste

Diffusion :
70 800 exemplaires en2006 à titre d’exemple

Date de fondation :
3 septembre 1990

Ville d’édition :
Alger

Un nouveau directeur de publication pour le Soir d’Algérie


Publié par LSA,le,16.06.2019, 11h00
Le Soir d’Algérie informe ses fidèles lecteurs de la nomination de
Nacer BELHADHOUDJA comme nouveau directeur de la
publication, en succession à notre cher et regretté Fouad
BOUGHANEM qui nous a quittés, à tout jamais, le 05 juin 2019.
Directeur de la rédaction du journal entre 1993 et 1996, puis de 2000
à nos jours, le choix porté sur Nacer BELHADJOUDJA, un
journaliste au riche parcours par ailleurs, est un gage de stabilité pour
l’équipe rédactionnelle et la garantie de la continuité de la ligne
éditoriale du Soir d’Algérie telle que ses fondateurs l’ont conçue
depuis sa création et telle que ses lecteurs la connaissaient sous la
conduite du regretté Fouad BOUGHANEM.

ISSN
Site web : 1111-0074

Site web
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85
1.1. Création et historique

Fondé le 3 septembre 1990, Le Soir d'Algérie fut l'un des tout premiers quotidiens de la
presse privée algérienne. D'abord journal du soir, le quotidien finira par s'aligner sur ses
concurrents en paraissant le matin à compter 6 octobre 2001 78. Le Soir d'Algérie a payé un lourd
tribut pendant la décennie noire. Un attentat terroriste le 11 février 1996 à Alger détruira le
siège du journal et coûtera la vie à Allaoua AÏT MEBAREK, son rédacteur en chef, Mohamed
DHORBAN, son caricaturiste-chroniqueur, et Mohamed DERRAZA, chargé des pages de
détente. Yasmina DRICI, correctrice, sera également assassinée à Rouiba la même année 2.

Le 23 août 2003, Le Soir d'Algérie fait partie des six quotidiens algériens suspendus de
parution. La raison officielle est le non paiement de dettes à l'imprimerie nationale. La
Fédération internationale des journalistes (FIJ)parlera de décision politique3. Le Soir d'Algérie revient
dans les kiosques une dizaine de jours plus tard, le 02 septembre 2003.

1.2. Contenu et format

Le journal utilise le format tabloïd(41 cm x 29 cm environ). La phrase "Quotidien


indépendant" est apposée en bas du titre du journal.

Le Soir d'Algérie est un quotidien généraliste qui traite aussi bien de politique que de
loisirs, de sport, d'économie ou d'actualité internationale. Parmi les rubriques phares du
journal79, citons:

 Periscoop, page quotidienne consacrée aux bruits de couloir, indiscrétions et


informations brèves.
 Le Soir Numérique, page consacrée à l'informatique et aux nouvelles technologies.
 Le Coup de Bill'art du Soir, chronique culturelle de Kader Bakou.
 Le Magazine de la femme, page animée par Hayet Ben consacrée à la cuisine, conseils
beauté,...
 Soir Retraite, page hebdomadaire consacrée aux retraités et aux questions liées à la
retraite.

78
Ce document provient de :
« http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Le_Soir_d%27Algérie&oldid=97421026».
79
Ce document provient de : Page wikipedia sur « Le Soir d’Algérie ». Op., cit.
86
 Pousse avec eux, la fameuse chronique irrévérencieuse de Hakim Laâlam qui se
termine toujours par la phrase suivante: "Je fume du thé et je reste éveillé, le
cauchemar continue."80

1.3. Tirage

Les derniers chiffres officiels remontent à l'année 2006. Le Soir d'Algérie affichait un
tirage de 70 800 exemplaires selon le Ministère de la communication algérien. Ce chiffre la
classe en 6ème position des tirages de la presse quotidienne algérienne et en 4ème position si
l'on ne tient compte que des quotidiens francophones.

En juillet 2007, le quotidien arabophone « El Khabar » a publié un sondage réalisé par


l'institut IMMAR. Ce sondage classe « Le Soir d'Algérie »en 3e position des quotidiens les plus
lus de la région du centre de l'Algérie (qui englobe l'Algérois, la Kabylie et la Mitidja). Le Soir
d'Algérie se classe 4e pour la région sud, 6e pour la région ouest et 7e pour l'est du pays.

Journaux et magazines en Algérie

Akhbar El Youm • AkherSaâ • Al Fadjr • An Nasr • Ech Chaâb • Echorouk • El Ayem


Quotidiens
• El Bilad • El Djazair News • El Djoumhouria • El Khabar • El Massa • Ennahar
arabophones
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2. Epistémologie et histoire du journal


80
Ibid.
87
A l'origine, un journal est tenu par celui qui veut se souvenir des évènements qui lui
sont arrivés journal intime, ou pour archiver ces évènements journal de bord. L'un des exemples les
plus représentatifs est le Journal d'un bourgeois de Paris tenu par un Parisien entre 1405 et 1449.

Les premiers journaux d'actualités (écrits) se présentaient également sous cette forme
chronologique, mais ont rapidement évolué vers une forme plus synthétique, en classant les
évènements par thèmes et rubriques. De là est venu le mot journal dans son acception de support
papier contenant des informations pour une période, remplaçant le mot gazette dans une partie
de ses usages.

Le premier journal imprimé connu, une gazette hebdomadaire de quatre pages intitulée
« Relation aller Fürnemmenundgedenckwürdigen Historien » (« Communication de toutes histoires
importantes et mémorables », parfois appelé die Straßburger Relation), est lancée à Strasbourg en 1605
par Johann Carolus1. Le Post ochInrikesTidningar, ou POIT, qui se traduit par Bulletins d'information
nationale, est un journal suédois fondé en 1645 par la reine Christine de Suède et est le plus
vieux journal existant en 2006. Le journal faisait référence en Suède à la fin du XVIIe siècle et
au XVIIIe siècle. En janvier 2007, la version papier disparait au profit d'une seule version web.
La dernière édition papier est datée du 29 décembre 200681.

En France, le premier journal est La Gazette, créée par Théophraste Renaudot, publiée à
Paris entre le 20 mai 1631 et le 30 septembre 1915. Avec l'industrialisation de la presse écrite,
de grands noms de journaux se sont créés, et le terme a servi à désigner à la fois le support
physique de l'information (le journal en papier journal) et la société éditrice : le journal employant
des journalistes et des reporters. Les plus anciens journaux français encore publiés sont, par ordre
d'âge, Le Figaro (1826), La Dépêche du Midi (1870), La Croix (1880), Le Chasseur
français(1885), Les Échos(1904) et L’Humanité (1908), Le Canard enchaîné(1915). Hormis le
troisième, qui est mensuel, et le dernier, qui est hebdomadaire, ce sont des quotidiens.

La façon même de présenter l'information de manière synthétique et thématique a été


reprise par d'autres médias : la radio, puis la télévision, qui ont également repris le terme journal
pour désigner l'émission dans laquelle un présentateur donne les informations du jour. Le premier
journal télévisé français a été diffusé en 1949 par la R.T.F.

81
Ce document provient de : Page wikipedia sur « Le Soir d’Algérie » : Op., cit.
88
3. Format tabloïd

Le format tabloïd est un format de journal qui correspond à la moitié des dimensions
d’un journal traditionnel. Son format plié est 11 pouce × 17 pouce, soit 280 mm × 430 mm82.

3.1. Caractéristiques du format

Il est né en Grande-Bretagne. Pour des raisons pratiques et de coût de fabrication, de


nombreux journaux traditionnels tels que « The Independent »et « The Times », imprimés en grand
format à l'origine, sont récemment passés au format tabloïd. Pour se distinguer des journaux
populaires, ces derniers préfèrent se définir comme des « compact news papers »83.

En France, le format tabloïd a été longtemps réservé aux titres de la presse gratuite tels
que Métro et 20 minutes. Mais de nombreux quotidiens ont peu à peu adopté ce format
pratique. C'est le cas de Nice-Matin, de Charente libre, de Libération, de Havre Libre, de La
Montagne, du Télégramme, de La Nouvelle République du Centre-Ouest, de Paris-Normandie et de La
Voix du Nord.

Au Québec, Le Journal de Montréal, Le Soleil, Le Journal de Québec, Le Nouvelliste, Le Droit,


La Tribune utilisent le format tabloïd, ainsi que les journaux de la presse gratuite et les journaux
régionaux.

En Belgique le quotidien La Libre Belgique utilise également ce format.


Le format tabloïd est aussi utilisé en Algérie par Le Quotidien d'Oran et d'autres
journaux.

3.2. Sens figuré

Le terme « tabloïd » désigne aussi en anglais, par métonymie, les premiers journaux à
avoir utilisé ce format d'impression : les journaux à scandales et la presse people. Le terme est
parfois repris en français dans ce sens figuré, mais l'Académie française ne reconnait pas cet
emprunt.

83
Ce document provient de : Page wikipedia sur « Le Soir d’Algérie » : Op., cit.

89
C’est un quotidien national d’expression française et de l’information. Il est l’un des
principaux quotidiens de la presse algérienne. Il a été fondé en 1990, suite à l’initiative du
gouvernement qui avait décidé d’avancer deux années de salaires à tout journaliste qui décide
de se lancer dans la création d’un journal. Il paraissait le soir, aux côtés du journal
gouvernemental « Horizons », avant de changer son créneau horaire pour devenir le concurrent
direct des autres journaux du matin. Il était dirigé par Fouad BOUGHANEM, et dispose de
plusieurs bureaux régionaux, dans différentes villes du pays... 84

Durant la décennie noire, « Le Soir d’Algérie » fera face à deux problèmes majeurs: le
terrorisme et la censure gouvernementale. Il perdra ainsi plusieurs de ses journalistes en 1996,
lors d’un attentat qui a détruit ses locaux à la Maison de la presse à Alger. Son rédacteur en
chef, Allaoua AIT MEBAREK, et son chroniqueur et célèbre caricaturiste, Mohamed
DHORBAN, ainsi que Mohamed DERRAZA. La même année, une correctrice du journal sera
prise pour cible et y laissera la vie. Il s’agit de Yasmina Drissi. D’un autre côté, le
gouvernement fait pression sur les journaux dits indépendants et multiplie les embûches à leur
encontre. Evoquant des litiges ou des retards dans le règlement des factures dus à l’imprimerie
nationale, le Soir d’Algérie sera suspendu une dizaine de jours, en 2003.

« Le Soir d’Algérie » se veut un journal généraliste léger, mais sérieux. Son contenu
renferme des pages de politique nationale et internationale, des rubriques économiques,
culturelles, sportives et de détente. Son public est constitué essentiellement des cadres
moyens, des femmes, des retraités et des étudiants. La répartition de ses rubriques montre son
lectorat cible 85:
Periscoop, rumeurs et bruits de couloir, brèves et indiscrétions ;
Le Magazine de la femme, avec sa cible constituée essentiellement de femmes, ses
recettes de cuisines, ses astuces et conseils beauté,...
Le Soir Santé, comportant des conseils pour tous, avec des astuces et des remèdes et
traitements naturels,…
Le Bill'art du Soir, qui est la rubrique culturelle du journal ;
La rubrique du Numérique, consacrée à l'informatique et aux nouvelles technologies de
l’Information et de la Communication, prisée par les jeunes ;
Le Soir Retraite, qui est une page consacrée aux retraités ;

84
Ce document provient de : Page wikipedia sur « Le Soir d’Algérie» : Op., cit.
85
Ce document provient de : Page wikipedia sur « Le Soir d’Algérie » : Op., cit.
90
Et la célèbre chronique « Pousse avec eux », du non moins célèbre Hakim Laâlam,
ancien présentateur du journal du matin à la radio nationale Alger Chaîne Trois.
Occupant le bas de la dernière page, elle attire la majorité des lecteurs du Journal.
Avec humour et dérision, le chroniqueur y traite de l’actualité essentiellement
nationale, écorchant les hommes politiques et ridiculisant certains de leurs
comportements. Se voulant une sorte de sonneur d’alarme, il finit toujours ses papiers
par cette phrase : "Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue."

Avec tout cela, et en l’absence de chiffres officiels, le tirage du tabloïd« Le Soir d’Algérie
» tournerait autour de 80.000 exemplaires par jour. Il se situerait en sixième ou huitième
position des tirages des journaux quotidiens en Algérie.86

"Le Soir d’Algérie" est un quotidien indépendant d’expression française, il compte 24


pages, souvent pages 1, 12,13 et 24 sont en couleur.

Page (1), c’est la présentation des titres principaux et d’autres secondaires la dont
l’organisation pertinente est d’une importance mondiale. Cette page est considérée comme la
vitrine du journal, elle « présente en gros titres les nouvelle qui sont les principales
informations du jour, annonçant ainsi le contenu du journal »87.

La une, une première page qui englobe les informations les plus importantes,
hiérarchisées par ordre d’importance. La nouvelle la plus importante se trouve en haut de la
page et prend l’espace le plus important.

A la page (2), il s’agit d’un périscoop, là où on peut trouver des commentaires


présentés d’une manière plus au moins sarcastique.

Une deuxième partie réservée au sondage quotidien d’un sujet d’actualité toujours
avec une interrogation directe « pensez-vous que…? » (Oui, non ou sans opinion).

Une dernière partie de cette page, en bas et sur la droite, là où il s’agit d’une caricature
traitant toujours des sujets d’actualité et de grand format par une manière ironique assez
particulière uniquement au quotidien «Le Soir d’Algérie».

86
Ibid.
87
Voir à ce sujet ., « approche des genres : la presse (dossier) », Encyclopédie encarta Multimédia,
2005.
91
Pages (3), (4) et (5), sont réservées aux sujets d’actualité généralement c’est de
l’étalage des titres à la "une". Sur cette surface, on étend cette substance des informations,
qu’on expose en détails et qu’on répartit sur la largeur de ces pages afin de montrer, de
dévoiler et de mieux informer ses lecteurs. Cette rubrique traite généralement des évènements
récents, le plus souvent de politique intérieure et qui touchent de très prêt à celle-ci. Cette
catégorie est généralement suivie par une des rubriques de l’économie, des reportages ou de la
religion.

Page (6) et (7), souvent aussi destinées à un usage un peu particulier, celui de la
contribution apportée à la réalisation d’une œuvre

Page (8), c’est un espace réservé aux différentes régions du pays, dont chaque jour on
en entame une, y compris les informations internationales.

Page (9), page de la culture, avec une colonne à gauche réservée pour "le coup de bill
’art du soir ", bill qui signifie une proposition de loi soumise au parlement Anglais , mais ici,
à l’art de rédiger et de bien analyser par le journaliste (Kader Bakou), qui essaie de jouer au
billard avec un "d", non pas avec un "t", il essaye de faire rouler des mots, pas des billes sur
cette surface non pas sur la table à l’aide de sa canne appelée "stylo" sans queue (stylographe).
En bas de cette page, on trouve souvent une case appelée "Actu culte " c’est un mot-valise qui,
en réalité composé ou plutôt emboité ou empaqueté, suite à une troncation de queue et de tête
de deux mots : Actualité+ culturelle. Il s’agit des programmes culturels, conférences,
concerts, expositions, ventes d’objets d’artisanat et d’art, ou des célébrations d’anniversaires.
(date, lieu et horaires).

Pages (11), (12), (16), (21) et (22), ces pages largement exploitées, dans les procédés
publicitaires, qui sont en effet, inséparables du circuit de la communication journalistique. La
publicité est considérée comme une entité à part entière, et qui met en branle tous les éléments
qui entrent dans tout acte d’échange et d’influence. Car la publicité et "Le soir d’Algérie" ont
beaucoup de points convergents. Ils veulent tous les entraîner l’adhésion, convaincre,
persuader, agir pour faire réagir l’autre, positivement dans les meilleurs cas possibles, et
pourquoi pas l’influencer.

Puis viennent généralement dans les pages (14) et (15) le sport national et
international, toutes disciplines confondues, avec des commentaires accompagnés par des
images bien choisies, or, qui correspondent au sujet traité.

92
Pages (18) et (19), souvent réservés à la détente par des jeux de mot fléchés et des
mots fléchés géants, et du jeu d’énumération (colonnes qui abritent le nom ou les noms de
personnes connues), cette détente est suivie des solutions des jeux précédents.

En page (24), souvent répartie en deux moitiés : une première est constante ,ou plutôt
alternante entre "Kiosque barbe" de "Ahmed Halli", "ici mieux que là-bas" de "Arezki Metref", "Les
choses de la vie" de "Maamar Farah", " Lettre de Province" rédigée par "Boubakeur Hamidechi",
"Tendances" par "Youcef Merahi" et "A fond Perdus" par "Ammar BELHIMER".

Une deuxième moitié, immuable, constante et durable rédigée par "Hakim Laâlam" ou
l’emblème du quotidien " Le Soir d’Algérie" , dans sa rubrique souvent sarcastique, ludique
,ironique "pousse avec eux" et qui persévère dans ses entreprises néologiques, ses opinions qui se
suivent et qui se poursuivent toujours avec le même pessimisme et qui tendent à considérer
les évènements du mauvais côté, dans le présent ou dans l’avenir, même si sa rubrique est en
fond bleu-ciel, pacifique ,elle se dénoue éternellement par sa célèbre expression "Je fume du thé
et je reste éveillé, le cauchemar continue". Le cauchemar signifie, ce pessimisme, qui continue,
signifie une durée infinie, dont la fin est indéterminée. La signature de H. laâlam est marquée
par cette image du guignol qui fume, involontairement grotesque et de manière ridicule, ce
qui explique que c’est une personne qui cherche à amuser par son propre style, mais, pas
gratuite.

4. Les genres journalistiques

La définition des genres journalistiques est un moyen de différencier et de


préciser les divers aspects du métier de journaliste. En cela, ces définitions sont fort
utiles. Elles permettent par exemple de comprendre pourquoi, si je mène une enquête, ma
méthode de travail devra être différente de celle utilisée pour faire une synthèse ou un compte
rendu.88

Cependant, la frontière entre les genres est souvent ténue. Dans la pratique, il
n’est pas toujours possible de déterminer avec précision à quel genre on a affaire, d’autant
plus que les auteurs de certains articles les mélangent allègrement !

Y. AGNES, (2008)., « Manuel de Journalisme ; écrire pour le journal », éd. La découverte, coll.
88

Repères, p. 448.
93
Genre Longueur Emplacement Intention
+ fréquence
1 à 4 phrases, Se perçoit Doit être d’actualité. Info
Brève 20 à 100 mots: facilement, « brute », mais également de plus en
un seul emplacement bien plus souvent, gros travail d’écriture.
paragraphe. défini, fréquence Répond, au moins, aux questions :
Parfois, pas de élevée qui ? quoi ? quand ? où ?
titre.
Filet 100 à 300 mots. Genre de plus en
Un titre, mais plus fréquent dans Comme « brève » réponses à :
souvent pas de les quotidiens et comment ? et pourquoi ?
chapeau les hebdomadaires

Synthèse Souvent 250 – Plusieurs à chaque Information pure ; décrit et cherche


1000 mots parution à expliquer

Explications, éclairage, mise en


perspective ; peut faire l’objet de
Analyse Idem Idem
plusieurs articles avec des angles
différents

Compte rendu*
Restitution d’un évènement auquel
*sans trait Très variable
le journaliste a assisté ou
d’union et,au selon
Idem reconstitution d’unévènement (fait
pl. : comptes l’importance
diversnotamment) qui s’est déjà
rendus accordée à
produit
l’évènement)

Variable. Souvent
Jusqu’à placé en première
Reportage Description de choses vues,
plusieurs page d’un cahier
entendues et vécues
milliers de mots intérieur

Situation d’évènement. Prend


souvent la forme de plusieurs

94
Enquête Idem Idem articles permettant plusieurs angles.
On parle alors de mini-dossier ou
de dossier
Variable. Va de
l’interview
Interview En général Opinion ;
express à
ponctuelle prise de position
l’entretien
approfondi sur
une page

Echo De 100 à 500 Souvent bien Anecdote, fait divers(les chiens


mots placé, en « une » écrasés) amusant ou révélateur
notamment

Emplacement et Mettre en évidence les


fréquence : tantôt caractéristiques d’un acteur de la «
Portrait Variable réguliers, tantôt grande » ou de la « petite » actualité
occasionnels
Interprétation, Explication
Commentaire Environ 100 à Variable --------------
-------- 500 mots -------------- Prise de position, engage la
Editorial Un par parution ou responsabilité morale du journal
moins

NB :
Nous avons retenu ici une douzaine de genres parmi les plus usités. Certains auteurs
en dénombrent une vingtaine, Yves Agnès va jusqu’à en décrire 27 ! 89

L'«article » n’est pas un genre journalistique en soi. Il désigne un texte « consistant »


dont l’approche journalistique est bien perceptible.
L’encadré n’est pas un genre journalistique en soi, mais il puise dans les différents
genres. Le dossier et le mini-dossier ne sont pas des genres journalistiques. Le premier
est composé de plusieurs articles puisant dans les divers genres et destiné à « faire le
tour » d’une question ; le deuxième est composé d’un article principal et d’un ou deux
articles plus courts, par ex. encadrés.

89
Y. AGNES : Op., cit, p.59.
95
En respectant les règles de toutes rédactions confondues qui codifient le contenu du
journal, le journaliste essaie à son tour de garantir une bonne lecture optimale de l’article et
donc une bonne transmission et sans aucun bruit (cacographie) des informations qu’il
contient. A partir de ces règles dites " de base ", nous pouvons détailler l’écriture journalistique
ou tout simplement expliciter la structure des articles de notre quotidien préféré « Le Soir
d’Algérie », et ce en se basant sur la tentative de définition élaborée parJean-Blaise HELD dans
son introduction générale au journalisme en semestre d’automne 2011.

4.1. Le commentaire et l’éditorial

Il s’agit de deux genres proches difficile à nuancer, car ils se confondent souvent,
bien que chaque genre a ses propres principes qui leurs sont spécifiques :

Le commentaire a pour but l’interprétation et l’éclaircissement d’un fait en lui donnant


un sens. Le journaliste utilise ses propres compétences en outre de ses connaissances pour
mettre en exergue sa vision personnelle face à un tel ou tel évènement méritant un tel
développement. Le commentaire ne possède nullement pas un coin réservé dans le journal, il
peut se trouver n’importe où, généralement placé à côté d’un article informatif90, sous
forme d’encadré ou accompagné d’un signe distinctif. Cependant dans le notre quotidien en
question, sa place est fixe ou peut être sacrée pour les lecteurs habitués.

Le commentaire dans « Le Soir d’Algérie » occupe la dernière, accession facile et


habituelle pour le lecteur fidèle, une moitié de page réservée sous le nom de : « Le Soir
Panorama », rédigée quotidiennement par différents journalistes à l’instar de : Ahmed
HALLI « Kiosque arabe », Youcef MERAHI « Tendances » et Boubakeur HAMIDECHI « Lettre de
province », Arezki METREF « Ici mieux que là-bas », Ammar BELHIMER « A fonds perdus ». Cela
permet aux lecteurs de retrouver le commentaire de manière rapide à chaque parution
quotidienne, attirés surtout par des titres colossaux, bien soignés et surtout très bien garnis
par leurs accroches (premières phrases de l’article).

90
Yves AGNES: Op., cit, p.63.
96
4.1.1. Méthode de travail

Se concéder longuement du temps. Un éditorial, un commentaire doivent se


développer pour acquérir certaine maturité, de plus ils ne doivent pas s’écrire « à la va
vite sur le gaz ».

L’objectif sera d’éclairer et non d’informer car le lecteur est censé connaitre les faits et
les évènements au préalable.

Réfléchir d’avance sur les réactions ou plutôt les échos envisageables de la part des
lecteurs ainsi qu’à leur développement au sein de la société et leurs répercussions
prévisibles ou imprévisibles.

Construire son canevas argumentatif selon un plan minutieux; envisager et prévoir


de façon rigoureuse sa conclusion : l’itinéraire doit être tracé au début pour éviter tous
les imprévus et les mettre à l’écart, on doit parfaitement savoir où l’on va et à quoi
l’on veut arriver.

Ecrire avec un style sans style pour qu’il soit à la portée de tout le monde, mais il
doit rester vif avec un vocabulaire journalistique personnel et précis surtout; le choix
des mots est très intéressant, voire indispensable en évitant toute formule qui risque de
faire mouche et éblouir la compréhension du lecteur.91

On peut par ailleurs se contenter de l’à-peu-près, mais avec une certaine vigilance,
voire distanciation.

L’emploi fréquent des figures de rhétorique afin de fuir la censure et toute tentative de
médisance, cela peut protéger en quelque sorte le journaliste qui peut se cacher
derrière ses non-dits.

Faire appel aux proverbes et au dicton dans ses titre, cas de ces exemples mis en
vigueur avec des points de suspension, et ce afin d’inclure et d’inculper le lecteur.

5. Le journalisme, rôles et fonctions

Le journalisme est un métier de médiation, alors que les journalistes sont des
personnes dites "médiateurs" (en anglais "a neutral" ou "mediator"). Il « consiste à recueillir
et traiter des informations à destination d’un public […]. Le métier de journaliste comporte

91
Jean-Blaise HELD: Op., cit, p. 18.
97
donc deux pans indissociables : la réception et la recherche des informations d’une part ;
leur mise en forme sous forme de journaux écrits, parlés, télévisés, d’autre part. »92 Cela
implique un travail d’interprétation et de « digestion » de la matière informative, et une parfaite
maîtrise de la langue (parlée ou orale) ainsi qu’une très bonne dominance technique,
intellectuelle, et scientifique de l’information et de l’outil informatique munie d’une parfaite
sûreté de recueil et de traitement des informations requises (selon le média concerné).

En outre, le journalisme est un métier de communication. Si l’écrivain écrit pour lui


seul ou pour un public virtuel dans l’espace et dans le temps, le journaliste lui, il travaille pour
un public réel, voire actuel. Il aura donc à cœur de satisfaire les attentes immédiates de ses
lecteurs. Pour ce faire, il doit d’abord sélectionner les informations nécessaires qui peuvent
intéresser son public concerné par sa publication et fera preuve par la suite d’une véritable
capacité de vulgarisation (dans le bon sens du terme). Bref, le rôle du journaliste est de
chercher l’information nouvelle, de la vérifier, la trier, la sélectionner, la mettre en situation et
la rendre compréhensible à la fin. Cette fonction est aujourd’hui vitale dans une société où les
problèmes sont d’une telle complexité que la population n’est souvent plus capable de les
analyser. Dès lors, le constat s’impose : le journaliste de ce début du 21 e siècle ne peut plus
être un « écrivaillon » qui cherche l’info la plus « sexy ». Il doit être un professionnel, conscient
de son rôle sociétal et de sa responsabilité sociale face à un public pluriel et hétérogène et
intolérant surtout.

5.1. Les principales fonctions du journal

Elles sont multiples et variées mais d’une importance majeure. Yves Agnès en relève
cinq essentielles et qu’on peut énumérer comme suit :

5.1.1. L’utilité

Le lecteur achète un journal ou s’y abonne parce qu’il pense y trouver des
informations utiles et nouvelles. Ces renseignements peuvent concerner l’endroit où il vit, sa
commune, son département, son canton, la politique, l’économie, le sport, de nouveaux
produits, ses loisirs préférés, etc.

Yves Agnès., « Manuel de Journalisme ; écrire pour le journal », éd. La découverte, coll. Repères,
92

2008, p. 59.
98
5.1.2. La distraction, le rêve et l’émotion

Le journal qui se voudrait exclusivement utile et vendu en grande quantité ne pourrait


survivre sans ces principes. Même la revue d’informatique la plus sèche vend du rêve ! En
effet, sans cette fonction de marketing, le journal ne peut s’assurer une certaine longévité car
l’argent est le nerf de toute économie.

5.1.3. Le sentiment d’appartenance

Le lecteur parle volontiers de « mon journal ». A ce titre, il s’identifie à cette


publication et au-delà marque son appartenance à la « communauté » des lecteurs, au groupe
social qui lit ce journal. Ce dernier s’approprie le journal en question et devient par le temps
un lecteur fidèle et indexé par sa lecture en s’abonnant surtout chez les kiosques.

5.1.4. L’effet miroir

Le lecteur aime qu’on parle de lui, des gens qui lui sont proches physiquement, par
l’esprit, par un sujet de préoccupation ou par la relation à un objet, un loisir, une culture. Il
apprécie donc de pouvoir symboliquement contempler son image dans le journal.

5.1.5. L’analyse critique

Le journal se doit d’être le reflet de tout ou partie de la vie de ses lecteurs. Mais il doit
également apporter des éclairages critiques. Un journal qui n’est qu’approbations, écho de la «
voix de son maître » devient vite lassant.93

6. Le mot journalistique

« Le choix des mots, c’est surtout le goût des mots. On peut se former le goût,
apprendre la circonspection en matière de signes, comme on s’entraîne à distinguer les
harmonies subtiles de saveurs, de parfums, de sons ou de couleurs. »94:

Le mot journalistique selon Jacques Claret doit être :

93
Yves Agnès, op. Cit., p. 59.
94
Jacques Claret., « Le choix des mots », Presses universitaires de France, 1976, Collection « Que sais-
je ? », N° 1630, dans l’édition de 1980.
99
6.1. Court

Statistiquement, les mots abstraits et difficiles sont plus longs que les autres : ils
comptent souvent plus de 10 lettres et 3 syllabes et plus ; il faut donc les remplacer par des
mots équivalents plus courts.

« Les mots de plus de quatre syllabes ne peuvent rien dire d’important. »Roger
Caillois

« Entre deux mots, il faut choisir le moindre. »Paul Valéry

- « Trop » est meilleur que « excessivement » ;


- « Déçu » est meilleur que « désappointé » ;
- « Trou » est préférable à « anfractuosité ».

6.2. Concret

Il faut parler au cœur, à l’émotivité, à l’expérience autant qu’à l’esprit et à la


rationalité, la lecture sera plus rapide ; dire :

- « bas de laine » au lieu de « épargne » ;


- « achat » au lieu de « acquisition ».

6.3. Connu

Connu du lecteur, bien entendu. Les mots les plus simples sont toujours plus efficaces
que les mots compliqués ; évitez une série de vocabulaires spécifiques : jargons, mots
étrangers, patois, archaïsmes, néologismes, noms propres, mots techniques, mots savants,
sigles, abréviations, mots polysémiques.

Quand le lecteur rencontre un mot inconnu de lui dans un texte, il rejette tout le texte
car il se dit : ce texte n’est pas pour moi ; et inversement, s’il ne rencontre que des mots
connus, des mots de son univers, il est rassuré.

6.4. Précis

Plus le mot est précis, plus il est porteur d’information. Utiliser le verbe « dire » est trop
général, il y a mille façons de dire et il y en a sûrement une adaptée au contexte du texte : on
peut murmurer, chuchoter, crier, etc. Il s’agit plus que d’une recherche de synonymes ; il faut

100
chercher ce qu’on appelle les EMS (Equivalents Sémantiques Précis), c’est-à-dire un mot qui
veut dire la même chose, en la précisant.

7. La phrase journalistique

Selon Gustave Flaubert, la phrase journalistique doit être95 :

7.1. Courte

En moyenne 12 ou 13 mots, pas plus ; entraînez-vous sur cette base-là et vous verrez
que ce n’est pas facile ! Comme disait, paraît-il, Georges Clémenceau, alors patron de
l’Aurore, à ses journalistes« Faites des phrases courtes. Un sujet, un verbe, un complément.
Pour les adjectifs, vous viendrez me voir ». « Je vous écris une longue lettre car je n’ai pas le
temps de vous écrire une courte », écrivait Voltaire à l’une de ses correspondantes.

7.2. Avec l’essentiel au début

Le message principal de la phrase doit se trouver dans sa première partie car c’est elle
que le lecteur retient le mieux ; cela sous-entend évidemment de respecter le principe de base
: une phrase = une info.

7.3. Simple

La structure de la phrase doit être la plus scolaire possible : Sujet + Verbe +


Complément.

- De forme active Informer, c’est agir ; il faut donc préférer des phrases
avec des verbes d’action, directs.
- Sans incise, il faut éviter de rajouter une considération de plus, même si
on la trouve aussi importante que le premier message ; dans ce cas,
utilisons une deuxième phrase ; l’incise est surtout une figure littéraire
de style ; on n’écrit pas dans un journal comme dans un livre.

95
Cité in HERVOUET Loïc., « Ecrire pour son lecteur », ESJ Lille, Coll. J comme journalisme, 1979.
101
7.4. Au présent

L’utilisation du temps présent sert à mettre le lecteur et le rédacteur dans le même


espace-temps de proximité spatio-temporelle. Ce temps présent peut très bien raconter une
histoire du passé, du présent ou du futur immédiat.

Enfin, la phrase doit bien sûr être construite avec les mots qui ont les caractéristiques
que l’on vient de voir : court, concret, précis… Cette concision de la phrase se retrouve plus
ou moins selon les auteurs.

8. Suppression des redondances

En français, le taux de redondance est d’environ 50%, un mot sur deux n’est pas utile à
une compréhension immédiate, rapide, de la phrase.

Exemple :

- « Actuellement, dehors, le chien roux poursuit vite le chat gris. »

Le lecteur va surtout retenir

- « Chien poursuit chat »

C’est-à-dire 3 mots sur 10, car cela lui suffit pour comprendre la phrase. C’est le
syndrome des « Oranges pas chères » du sketch de l’humoriste Fernand Raynaud, célèbre il y a
trente ans (il est mort en 1972).

Un épicier veut se faire un peu de pub devant son étal d’oranges ; il commence par
écrire sur un panneau « Ici, on vend de belles oranges pas chères. » Puis il se dit que c’est trop long,
redondant et il commence à rayer les mots en trop :

- « Ici » : bien sûr que c’est ici, ce n’est pas ailleurs ; rayé;

- « On vend » : évident qu’on vend, on ne va pas les donner, ce n’est pas gratuit ! On
raye ;

- « De belles », je ne vais quand même pas dire qu’elles sont pourries, mes oranges!
Allez, on raye ;

- « Pas chères », je ne vais pas raconter qu’elles sont hors de prix ! On enlève ;

102
Il ne reste plus que « Oranges » sur son panneau ; il regarde son étal uniquement rempli
d’oranges : on voit bien que ce ne sont pas des bananes ! Il raye aussi et il ne reste plus rien
sur le panneau.

9. Le pouvoir du verbe
Une phrase c’est d’abord un verbe. « Elle vaut ce que vaut son verbe » nous explique l’ESJ
de Lille96. Si le verbe est mou, la phrase est molle, elle s’alanguit ; s’il est tonique, elle est
nerveuse, active. S’il est passe-partout, elle n’existe pas. En dopant les verbes d’un texte, on
dope le texte. Il faudra éviter bien sûr les verbes creux être, faire ou les verbes passe-partout :
occasionner, entraîner, décider, permettre, s’inscrire dans, viser à. Littré s’est amusé à
recenser 82 sens possibles du mot faire : il en a sûrement oublié.

10. Écrire en résumé


C’est écrire avec le modèle anglais « The Shorter, The Better » comme disent les Anglo-
Saxons. Si l’on essaie de résumer tout ce que l’on vient d’apprendre, il faut retenir les
quelques points suivants : Il faut écrire :

a. Dense : pas de redondances ni de répétitions ; l’adjectif affaiblit le verbe,


affadit le substantif ;
b. Concret : priorité au concret sur l’abstrait dans le choix du vocabulaire, à l’actif
sur le passif dans les tournures de phrases ;
c. Illustré : il faut utiliser des exemples, des images, des formules qui vont
renforcer le concret et la proximité ;
d. Précis : pas de termes vagues, polysémiques ou approximatifs ; pas
d’impropriétés. On verra un peu plus loin dans ce texte que écrire court et
efficace, c’est aussi :
e. Sélectionner : choisir des infos, dans un angle aussi précis et aussi étroit que
possible, en faisant jouer au maximum les lois de proximité et de comparaison
;
f. Hiérarchiser : ordonner les infos, selon un plan adapté, en excluant le plus
possible le plan chronologique ;
g. Montrer : faire apparaître le plus tôt possible ces infos, sans introduction et sans
redondances ;

96
PUISEUX Alain et TRENTESAUX Jacques., « De si belles phrases », ESJ-Médias pour 01
Informatique, ESJ Lille, 18 septembre 1998.
103
11. Une formule mnémotechnique : C.L.A.I.R

Une formule qu’on trouve dans les guides du CFPJ97

 C : comme centré, au cœur d’un article il y a un message principal et un seul ;


 L : comme lisible ; l’écriture de l’article doit être accessible à tous les lecteurs ;
 A : comme actuel ; ce n’est pas seulement l’actualité générale, c’est aussi être en
rapport avec les besoins du moment du lecteur, au moment où il va le lire ;
 I : comme immédiat ; l’article rentre dans le vif du sujet dès la première ligne ;
 R : comme rigoureux ; l’information utilisée dans l’article doit être aussi exacte que
possible.

12. L’habillage de l’article

Écrire un article, ce n’est pas seulement aligner des lignes de texte les unes en dessous
des autres, c’est aussi utiliser un certain nombre d’accroches supplémentaires destinées à
attirer le lecteur. Il vaut mieux connaître leur usage dans un journal pour imaginer ensuite
comment on pourra l’appliquer dans le cadre de documents de travail à rédiger au bureau.

12.1. Les fonctions d’un titre de presse98

Le mot titraille en presse définit tout ce qui se passe autour d’un titre, le titre lui-même
mais aussi éventuellement le surtitre, le sous-titre ou l’intertitre. On connait peut-être
l’anecdote suivante attribuée à Tristan Bernard : « Un apprenti écrivain apporte le gros
manuscrit d’un roman auquel il ne manque plus que le titre et prie le maître de lui en fournir
un après lecture. Lorsque le jeune homme revient quelques temps après, Tristan Bernard, qui
n’a évidemment pas ouvert le manuscrit, lui demande : « Est-ce qu’on parle de tambour dans
votre roman ? Et de trompette ? Non ? Alors appelez-le « sans tambour ni trompette »99.
Certes, c’est une anecdote plaisante, mais elle montre que le titre constitue une partie
restreinte, toutefois, indissociable du texte

Tout titre donc constitue un acte de parole performatif, c’est un pouvoir en soi. Primo,
parce qu’il nous promet savoir et plaisir. Secundo, il est facile à mémoriser suite à sa taille
minime en général, il se grave facilement et rapidement dans nos mémoires, et ne peut être

97
VOIROL Michel.,« Guide de la rédaction », CFPJ, 6e édition, Paris, 1997.
98
« Les fonctions des titres de presse » citées par Dr SLAIM Laid dans sa thèse de doctorat intitulée :
« Approche linguistique des titres à la une du quotidien algérien francophone « Le Soir d’Algérie », à
l’université LHADJ Lakhdar de Batna (Algérie), pp. 49-52.
99
J. P. GOLDENSTEIN, (1992):« Lire les titres. Entrée en littérature », Éd. Hachette, Paris, p. 68.
104
effacé ridiculement par le temps, mais peut l’être par l’atteinte d’une maladie. Tertio, il est
allusif parce qu’il ne dit pas tout et ne dit pas rien, sa petite taille ne lui permet nullement pas
de combler cette fonction. Cependant, il peut nous orienter, nous guider, bref, c’est une sorte
de balisage qui éclaire notre lecture. Comme il peut nous dérouter quelques fois, car on
rencontre parfois des titres de journaux avec une information qui n’existe même pas dans
l’article, voire avec une info contradictoire avec l’article et qu’on appelle des titres de « faux
fléchage », ou « sur-vendeurs » , par exemple dans la presse populaire mais là il s’agit aussi
souvent d’un jeu avec le lecteur qui s’amuse de l’exagération et en redemande quand même.
A cet effet, le titre de presse peut avoir plusieurs fonctions qu’on peut détailler comme suit :

12.1.1. La fonction référentielle

Cette fonction est dite aussi ‘‘désignative’’ (Genette 1987), ‘‘appellative’’ (Grivel 1973),
‘‘dénominative’’ (Mitterrand 1979) et (Bokobza 1984, Dardel 1988) ‘‘déictique’’, car elle sert à
‘‘impliquer’’ chez (Kantorouvicz 1986). Le titre doit informer les lecteurs du sujet et de la
situation à laquelle renvoie le contenu global de ce qui suit, c’est-à-dire le texte. En général,
‘‘la référence nominale’’100 est le constituant fondamental et formel d’un titre. C’est le fait de
choisir un nom plutôt qu’un autre. Ce nom propre est le prince des signifiants pour
R.Barthes : « Un nom propre doit être toujours interrogé soigneusement (…). Ses connotations sont riches,
sociales et symboliques. »101

Par conséquent, un titre n’est référentiel que lorsqu’il nomme : (Nom propre + titre).
Cependant, il peut y avoir des titres qui ne comportent pas de noms propres, ce serait
méconnaitre l’essentiel. Or, le titre fait partie de son référent, le nom propre n’est guère
essentiel ou du lieu qu’il désigne : « On ne s’étonnera donc pas qu’un changement de titre
comporte un changement dans le texte et supprime, par le rapport de désignation qu’avait le
titre originaire ».102 En outre le titre désigne l’ensemble du texte et fonctionne comme un
nom propre. Sélectionné du même langage du roman, il est l’élément métalinguistique du
texte. Ce nom propre renvoie au référent qui est le livre et non à l’être humain, là par
exemple, Tombéza a comme référent l’œuvre elle-même, mais il se réfère au personnage dans
le contexte de l’histoire. Il existe deux sortes de titre :

a. Titre subjectal : il désigne le sujet du texte ;

100
L. ROSS, (1990) : « L’écriture de la presse : L’art d’informer », éd. Gaëtan Morin, Québec, p. 57.
101
R. BARTHES, (1985) : « L’aventure sémiologique », p.335.
102
M. VIROL: Op., cit, p. 106.
105
b. Titre objectal : il désigne le texte comme objet.

12.1.2. La fonction conative ou métalinguistique

Elle vise la détermination chez le lecteur d’un comportement actif, afin de modifier
ses connaissances et ses acquis .C’est le fait de subir de nouvelles connaissances, distinctes de
celles déjà acquises au préalable. Dont l’objectif sera le raffinage de la bonne et de la
mauvaise connaissance. Ce qui implique une autre fonction, celle de nouveauté ou de
rhématique.
A ce propos, Jespersen distingue la fonction de « nexus »103 où le terme secondaire qui
ajoute quelque chose de nouveau au premier terme, par sa forme graphique autant que par sa
formulation (notamment les mots clés ou génériques qui le composent). D’ailleurs, un titre
doit accrocher le regard du lecteur au premier niveau de lecture, lors de l’arrivée sur le bloc, et
lors du défilement rapide de cette page, ou lors de la lecture du titre dans onglet d’agrégateur,
de digg–like contenant déjà des articles classés par thèmes. L’important serait de les feuilleter
en un clin d’œil et en un laps de temps jugé assez insuffisant. Par ailleurs, le lecteur peut
sélectionner les articles sur lesquels il compte revenir. La qualité des titres est donc, un
élément indispensable et non négligeable dans une tâche pareille.

Toutefois, on peut trouver ce que Van Dijk (1985) appelle : « SkewedHeadling », où le


thème du texte est promu au rang du thème principal : la raison peut être idéologique ou
politique. Partant du fait qu’il contient souvent un code moral ou social, or, une pratique de
lecture analytique est nécessaire pour en dégager ses valeurs. Le choix opéré sur le référent
du titre aurait évidemment une signification et une désignation, dans la mesure où tous les
titres cachent une vision sur le monde, et tendent vers une culture qui peut être révélée par le
contenu. Cette visée peut être religieuse comme dans le titre « Les agneaux duseigneur » qui
donne à lire sur une idéologie musulmane ou chrétienne.

Cette fonction est illustrée par R .Barthes : « (...) Il (le titre) complète un capital
idéologique »104. Comme le confirme S. Bokobza : « Il y a toujours autour du titre de
certaines œuvres un enjeu idéologique, puisque la pâleur de certains titres ne pouvait
s’expliquer que par la peur de nommer la réalité, une lecture idéologique qui voudrait

103
L. ROSS: Op., cit, p. 57.
104
R. BARTHES., Op., cit, p. 335.
106
analyser l’esthétisme en rapport avec une situation historique précise, devra aussi dégager le
vrai titre d’une œuvre ».105

En guise de récapitulatif de ces deux citations, on peut dire que le titre est très riche
bien chargé et bien dosé sémantiquement, tant qu’il s’instaure comme le témoin fiable d’une
prise de position et de conscience de certaines circonstances, qu’elles soient individuelles ou
collectives.

12.1.3. La fonction poétique ou séductrice

Parmi les fonctions primordiales d’un titre, est de donner envie de lire, éveiller
l’intérêt du lecteur, susciter sa curiosité, son admiration publicitaire et provoquer son envie
d’un savoir additionnel. « Stimuler la curiosité du lecteur »106 . Il est adéquat lorsqu’il attire
aisément son lecteur potentiel, et « réussi »107, s’il est authentique à son texte. Cette fonction est
apparue juste après la deuxième guerre où les journaux parisiens possédaient leur «titriers »,
ou leur journaliste par excellence spécialisé en la confection et l’élaboration des titres. Ces
derniers doivent être axiomatiquement bien ciblés et bien mesurés afin d’attirer les lecteurs.
En outre, ce métier est récompensé en chaque fin d’année dans la profession du meilleur titre
de l’année. Cette fonction est rattachée par Genette aux effets connotatifs du titre qui
s’ajoutent aux effets sémantiques dérivées de la fonction conative ou métalinguistique.

En effet, les titres et les sous-titres sont des éléments décisifs de la mise en page. Ils
éclairent ou écrasent le texte, comme ils servent ou desservent par leur forme à la réalisation
de l’objectif ciblé. Le lecteur passe d’un titre à un autre, dans la page ou dans les diverses
pages sans aucune peine, car ce sont eux qui structurent l’agencement de ces dernières. La
manière dont les styles choisis donc, permet de faire ressortir les titres sans écraser l’article
(choix des couleurs, des polices, des tailles de lettres et d’interligne, etc.). Le choix des
caractères et leur grosseur, ainsi la surface relative occupée par l’ensemble de la titraille
permet de hiérarchiser les informations dans une même page 108.

105
S. BOKOBZA., « Le nouveau français: théorie et pratique », p.26, in
www.books.google.com/books?
106
A. PETIT JEAN (1987) : « Les faits divers : polyphonie énonciative et hétérogénéité textuelle », in
Revue « Langue française », Numéro 74, Ed. Hachette, Paris, p.73.
107
G. GENETTE: Op., cit, p. 118.
108
Cité par Dr SLAIM Laid, op., cit, p. 52.
107
Par conséquent, le titre le plus visible est le plus lisible, est aussi celui que la rédaction
veut mettre en valeur. Tout cela revient au choix des mots en fonction des sens qu’ils
remplissent ou de leurs valeurs expressives. A ce propos, Léo Hoeck affirme que « le style du
titre est elliptique »109, c'est-à-dire qu’il doit avoir une structure syntaxique qui ne dit pas tout,
mais qui parle par allusion et sous-entendus. C’est le fait de garder et cacher cette énigme,
laisser le lecteur insatisfait et toujours curieux. Ce qui l’incite à lire jusqu’à la fin de l’extrait
pour mieux satisfaire cette curiosité affamée. Cette fonction conative ou publicitaire a pour
fonction principale ; de mettre en valeur l’œuvre ou séduire des lecteurs potentiels.

En effet, une représentation d’une présentation est par conséquent forcément


métalinguistique. Le titre partage un rapport de réciprocité avec le texte dont il fait partie,
dans la mesure où ce dernier constitue « une source d’interrogation dont celui-ci [constituera la
réponse] »110 .

En revanche, pour Léo. Hoeck : « il ne s’agit pas simplement de remplacer les sens
possibles du titre par un seul sens, le juste ni de désambigüiser le titre, mais plutôt de voir
comment les différents sens possibles sont confirmés dans le co-texte, et comment ils
contribuent à fonder le sens pluriel du titre.»111

Enfin, cette fonction, on peut dire que le titre joue un double rôle, puisqu’il essaie
toujours, par sa condensation lexicale de satisfaire une attente et un désir du destinataire,
c’est-à-dire qu’il offre à l’esprit la jouissance et l’admiration, par le fait qu’il tente souvent de
préserver une partie cachée et énigmatique pour stimuler le suspens. Donc, il apparaît comme
un élément constitutif de la grammaire du texte. D’autre part, il informe ses lecteurs sur le
thème à aborder.

A ce propos, Duchet affirme que : « le titre déclenche et stimule la curiosité, l’intérêt,


le feuillettement, l’achat ou l’empreint (…) il promet savoir et plaisir. De plus, il satisfait une
attente, un désir, il complète un capital idéologique […] ». 112

C’est aussi la fonction apéritive dont parle Barthes. En tant qu’ « opérateur de
marque », le titre exhibe son texte en marchandise et marque le début de ce texte. « Le récit

109
L. HOEK: Op., cit, p. 54.
110
G. VIGNER, (1980) : « Une unité discursive restreinte : letitre », Le Français dans le Monde
N°156, p. 30.
111
L. HOEK., ibid.,p.5.
112
C. DUCHET., Op., cit, p, 91.
108
est une marchandise, dont la proposition est précédée d’un boniment ».113 Ce boniment sert
sans doute à tromper puis à séduire son destinataire avec des propos trompeurs et abréviatifs,
qui servent d’intermédiaire avec le texte sous forme de très courts résumés, qui indiquent à
leur tour aussi le contenu par une formule trop condensée.

Le titre doit jouer avec les mots, avoir des raisons d’être, comme il doit être parlant,
et ce, par le fait de répondre aux questionnements inattendus des lecteurs, donc, il doit
satisfaire leurs interrogations illimitées de façon brève et claire, les fidéliser, en respectant les
lois de proximité pour leur faciliter un accès adéquat.

Comme il doit aussi entraîner ses lecteurs vers le vif du sujet et de façon immédiate
afin de leur permettre concentration et assimilation de l’essentiel. Ainsi les doter d’un élan
actif aux textes proposés ; par le fait d’être taillé et sur mesure, les surprendre pour apprendre
par l’incitation et le choc reliés. Par cela, le titre peut être alors considéré comme « Le
macrosome d’un microsome ou comme une partie représentant le tout ».114

Cet emblème, peut donc aisément constituer, comme tout autre message linguistique,
un support fiable de recherche, cela en le mettant en relation avec son co-texte. C’est pour
cette raison là, que les titres doivent dépasser la vie éphémère, puisqu’ils sont censés d’avoir
une vie longue et éternelle. C’est ainsi qu’on peut les considérer comme étant un ensemble de
syntagmes étagés les uns sur les autres, permettant un déchiffrage découpé qui, en répondant à
un certain nombre de questions, facilite et guide la lecture115, mais faut-il le dire, ce qui est
pour le lecteur une fonction proleptique, c'est-à-dire d’annonce, est pour l’auteur analeptique.
Or, c’est un fragment habituellement postérieur à son texte lors de sa rédaction ainsi que lors
de sa lecture. Sa fonction métalinguistique et la temporalité mensongère sont aux traits
préfaciers.

12.2. Le surtitre

Le surtitre (ou surtitre) est un titre additionnel qui surmonte le titre d’un article de
presse, ce segment dont les caractères contrastés par rapport au titre servent à poser le cadre
dans lequel celui-ci se développe. Il est sobre, dépouillé et obéit à la règle du parler qui peut
dire plus. En principe et en se référant aux manuels d'écriture journalistique, la relation du

113
R. BARTHES., « L’aventure sémiologique », op., cit, p. 335.
114
L. VAILLANCOURT dans un article web. Intitulé., « La rhétorique des titres chez Montaigne ». p.
77.
115
G. VIGNER, (1980)., « Une unité discursive restreinte : le titre », Le français dans le Monde, p.35.
109
surtitre au titre se fonde autour d'une altérité (caractère de ce qui est autre) sur le plan
pragmatique : lorsqu'il est incitatif, il favorise un développement informatif du titre, et
lorsqu'il est informatif, le titre est incitatif. L'enjeu étant à la fois une cohérence discursive
réciproque, l'accès immédiat au référent et l'économie maximale du langage, le surtitre a un
rôle capital dans la construction du titre. Cette conception du surtitre, par ailleurs
superficielle, ne nous dit pas quels sont les principaux éléments morpho-dispositionnels,
lexicaux et, surtout, quelles sont les fonctions assumées par le surtitre dans la construction du
texte-titre.

Les valeurs du surtitre en principe sont des valeurs topiques du moment où ce sont des
unités qui n'entrent pas directement dans la structure de l'énoncé - titre. Une reconstruction
cognitive permet d'établir le lien axiomatique entre le surtitre et la clause. Néanmoins, ces
opérations d'intégration et d'autonomisation étant à la fois sémantiques, logiques,
psychologiques, pragmatiques et syntaxiques, il est difficile de penser que l'usage d'une
structure peu saturée sur le plan informatif, le surtitre, sera exclusivement topique. Certes, la
typographie et la morphologie du surtitre le détachent également de la clause-titre (il n'est
souvent lié à elle par aucun item lexical ou autre élément à valeur syntaxique), pour renforcer
son caractère topique, mais il arrive que la construction du surtitre se confonde avec une
construction thématique.

12.3. Le sous-titre

C’est un élément de la titraille qui suit immédiatement le titre proprement dit ou le


titre principal, il vient le compléter en le consolidant. Sur le plan organisationnel, le sous-titre
doit respecter la mise en page conventionnelle et adhérer aux exigences de la forme posée et
imposée le journal, et ce afin de servir la lisibilité globale qui favorise, au premier abord, une
lecture ‘’périphérique’’. Cette lecture apporte une information synthétique sur le fond et la forme
du document. C’est pour cette raison là que les marques typographiques des journaux sont
très importantes, c’est leurs marques de reconnaissances, leurs bannières, qui les font sortir du
lot et les rendent facilement identifiables parmi le flot immense de journaux offerts au
lectorat.

110
Le travail typographique « va de paire avec une simplification de la syntaxe. Les
phrases nominales sont nombreuses, les articles manquent souvent, et plus souvent encore les
conjonctions de subordination ; les unités sémantiques sont isolées des blancs ».116

Cet habillage permet donc au lecteur de consulter, et de repérer dès la première page
l’essentiel du contenu du journal. De même, en feuilletant le journal, il se trouve facilement
grâce aux différents éléments de repérage dont les sous-titres font partie intégrante. Le lecteur
sait d’emblée où se trouve l’information qu’il recherche et reconnait le jeu de pistes qu’il doit
suivre pour la retrouver.

12.4. Le chapeau

Le chapeau est le terme journalistique qui désigne le sous-titre ou le surtitre. C'est en


général un court texte concentrant l’essentiel de l’information de l’article constitué souvent
d’une ou de deux phrases écrites en caractères plus petits que le titre, qui expliquent le
contenu de l'article. Le journaliste doit prolonger le désir du lecteur en résumant le contenu de
l'article de manière attractive (citations, morceaux choisis, anecdotes).

12.5. L’intertitre

« Le titre a amené à lire, l’intertitre va empêcher de fuir »117. Certes, quand on lit, on
se fatigue vite, surtout lorsqu’il s’agit d’un long article. Dans ce cas, l’intertitre n’est guère
gratuit, au contraire, Il a une place un peu moins marginale que l’épigraphe ou le titre. Car il
est intérieur au texte et au livre mais fait encore partie du para texte. Même si dans notre
corpus ils ne se manifestent plus, on a vu nécessaire de faire appel aux intertitres, puisqu’ils
ont eux aussi une charge sémantique assez particulière. Toutefois, ils ne portent pas sens à un
lecteur non-engagé dans le texte, ils tendent plus à lui donner quelques pistes de lectures.

Bien trop longs pour en être des formules interprétatives, ils peuvent aussi constituer
de véritables chapitres isolés, de petites histoires dans l’histoire globale, des parenthèses dans
la longue parenthèse qu’est l’histoire du texte entre prologue et épilogue. Ils embrouillent les
pistes du lecteur, non seulement parce qu’ils sont des « expansions imprévisibles »118mais parce

116
C. ABASTADO (1980)., «Message des Medias», CEDIC, p. 150.
117
C. FURET, (1995) ., Op., cit, p. 97.
118
R. BARTHES (1966)., « Introduction à l’analyse structurale des récits » .communications No 8. p.
23.
111
que leur logique et quelques fois anaphorique, servant de rappel ou d’annonce, mais
n’apparaissent pas de manière évidente.

Genette explique que dans certains états de relation entre textes et para textes, les
intertitres peuvent poser la question de l’identité de leur énonciateur, ainsi déterminer le statut
générique de l’œuvre119 ; véritable zone de transition, entre le texte et l’extra-texte,
l’épigraphe, le titre et l’intertitre aident le lecteur « à passer sans trop de difficulté
respiratoire d’un monde à un autre »120. Avec eux, il est vrai qu’on est non seulement en
marge ou au bord du texte, mais aussi dans l’entre deux, avec tout ce que cela comporte de
va-et-vient , d’hésitation de non disjonction, d’ambivalence et d’incertitude.

En fonction de la typologie des journaux, l’intertitre se place soit en début de phrase et


en caractère gras soit en haut d'un paragraphe et en gras toujours. Comme l'exergue, il doit
donner envie au lecteur de poursuivre sa lecture. C'est souvent une phrase ou un mot, qui
annonce ce qui va se dire dans le paragraphe qui suit. En somme, se sont des titres qui
« coiffent des paragraphes ou des groupes de paragraphes(…) »121. « Le titre a amené à lire,
l’intertitre va empêcher de fuir »122. Dans ce cas, l’intertitre n’est guère gratuit, ni laissé et
introduit de manière hasardeuse, au contraire, il revêt trois fonctions principales, qu’on essaie
d’expliciter en détail.

12.5.1. Reposer l’œil

L’intertitre maque une pause, car on ne peut jamais lire sans marquer d’arrêts, de
repos. Ce dernier permet l’aération, et ce, en hachant et en répartissant la lecture entre chaque
deux ou trois paragraphes. C’est une action de faire entrer l’air pour le renouveler, dans ce
lieu clos du texte, de pause et de reprise dans la lecture, de création et d’invention, de creux
blancs dans un monde gris au cours des lignes condensés et serrés. Biologiquement, on lit, on
doit respirer, inspirer comme expirer de l’air, prendre des pauses café pour qu’on puise
reprendre avec de nouvelles forces la suite. Il faut donc, se reposer de temps à autre, c’est
naturel. Toutefois, on ne doit pas lâcher cette lecture inutilement.

119
G. GENETTE, (1987)., « Seuils », Le Seuil, coll. "Poétique", Paris. p. 278.
120
Ibid., p. 375.
121
L. GUERY, (1991)., « Précis de mise en page », édition du centre de formation et de
perfectionnement des journalistes, p.118.
122
Ibid., p. 97.
112
12.5.2. Relancer l’intérêt

C’est la fonction la plus importante, puisque et suite à la fatigue, on risque la fuite.


Donc, un intertitre bien soigné nous empêche de partir par le fait de piquer notre curiosité en
stimulant notre attention. C’est la fonction la plus importante à ce niveau de lecture. La
passion de départ peut être tranchante et pointue, quant à la suite de la lecture qui peut prendre
une tendance dangereuse caractérisée par la fuite.

Cependant, si on intègre un intertitre minutieusement élaboré, qui pique la curiosité


des lecteurs, il peut redonner le coup de fouet nécessaire à la relance. Contrairement au titre
qui résume ce qui le suit, l’intertitre doit donner un échantillon savoureux, afin de stimuler
l’attention des lecteurs. «Le détail piquant, la formule brillante, la citation d’un chiffre
étonnant ou d’une image significative, sont les principales formes attractives de
l’intertitre. »123.

12.5.3. Baliser la lecture

L’inter joue un rôle crucial de sommaire dans un livre, donc, le lecteur attiré saute
immédiatement sur ce qu’il l’intéresse. En plus, d’une manière accessoire, l’intertitre remplit
une fonction de repère et de guide, qui oriente la lecture, surtout, si le plan apparait
clairement dans le titre ou dans le chapeau. Ce jeu de mots consiste d’ailleurs, à favoriser une
lecture exhaustive et permanente. L’enchainement et l’articulation logique entre ce qui
précède et ce qui assure la continuité logique d’une lecture et d’une analyse strictement
soudées et herméneutiques.

C’est pour cette raison, que dans les articles journalistiques longs surtout, on aurait
recourt aux intertitres, dans le but d’ancrer et de fixer son lecteur, en lui évitant l’ennuie de
longues lectures, qui risquent, elles aussi, l’incompréhension et l’ambigüité, surtout au niveau
des derniers paragraphes, puisqu’on arrivant à ce taux des lectures, le sujet lecteur commence
à perdre sa concentration ainsi que son attention, et cela à cause de la fatigue de ses yeux.

Par conséquent, il peut faire des interprétations qui seront ensuite classées à côté de la
plaque. Or, les intertitres assurent, l’enchainement adéquat d’une lecture autrement dite

123
L. HERVOUET., « Ecrire pour son lecteur, guide de l’écriture journalistique », édité par l’école
supérieure de journalisme de Lille, p. 98.
113
inhérente et authentique. Ces titres ou ce qu’on appelle intertitres, sont marqués par une mise
en page particulière, en outre de ses fonctions citées124.

12.6. La construction de l’article

Le journaliste sait comment écrire et quelles sont les multiples fonctions d’un titre de
presse, il est dans les starting-blocks, comme il a ramassé plein d’infos, il sait aussi à peu près
ce qu’il veut dire et à quoi il veut arriver. Il ne faut jamais se précipiter sur l’écriture avant
d’être certain d’avoir construit son plan et s’être posé quelques questions simples.

12.6.1. Réfléchir avant d’écrire

Les maîtres mots de la réflexion pré-écriture sont :

a. Regrouper les infos par catégorie, par contexte, par utilisation possible ;
b. Hiérarchiser Ensuite les classer par ordre d’importance et mettre les plus
importantes sur le devant de la pile, ce sont celles que le lecteur devra lire
d’abord
c. Enchaîner Pour finir, organiser les transitions et les enchaînements et vérifier la
fluidité.

12.6.2. Quatre questions pour un plan


a. Cible ?

Pour quels lecteurs va être rédigé le texte ?

un ou plusieurs lecteurs ? si plusieurs : regroupages


par catégorie ;
interne ou externe ?
niveau hiérarchique ?
résultat recherché ?
type habituel de la relation ?
degré d’urgence du message ?
avec ou sans réponse ? etc125.

124
Cité par Dr SLAIM Laid., Op., cit. pp. 73-75.
125
BROUCKER José., « Pratique de l’information et écritures journalistiques », Editions du CFPJ,
1995.
114
La plupart des journaux mènent des enquêtes lecteurs très précises pour qualifier leurs
lecteurs, leurs modes de vie, leurs centres d’intérêt, leur mode de lecture. Ce peut-être des
études qualitatives (8 à 10 lecteurs débattent pendant 3 heures avec un animateur) ou 11
quantitatives (plusieurs centaines de lecteurs sont interrogés par téléphone ou mail). Le
résultat, c’est une base de données dans lesquelles on va piocher pour affiner la stratégie
éditoriale.

b. Contexte ?

Que savent-ils déjà ? Quelles lois de proximité, générales ou spécifiques faire jouer
pour intéresser ces lecteurs ?

c. Angle ?

Comme on dit dans les rédactions avec un superbe néologisme: « Le papier doit être
anglé » ; ai-je bien défini un angle pour ce texte ? Suis-je capable de l’exprimer simplement,
par exemple dans un titre ? Certains magazines comme Capital exigent que l’angle de l’article
soit défini très tôt, pratiquement dès qu’on se lance dans l’enquête et il sera affiné ensuite à
mi-parcours. Qu’est-ce que ce fameux angle ? Pour le lecteur, c’est l’endroit où il va
débarquer dans le texte un peu comme le coin de côte où un marin pose le pied. Le nombre
d’angles est donc infini car il dépend du contexte, de la nature des infos, du public visé, etc. Il
est souvent de deux types :

événementiel : on choisir d’éclairer un événement, un fait ;


prospectif : on met en avant une conséquence.

d. Message ?
 Finalement qu’est-ce que le journaliste a vraiment envie de dire dans ce texte ?
 Quel est le message qu’il veut faire passer ?
 Comment pourrait-il le résumer par oral en deux ou trois phrases seulement, à
quelqu’un qui n’y connaît rien ?
 Dans les écoles de journaliste, on dit : quel est le message essentiel ?

Ce qui reste quand on a tout oublié, dit-on à propos de la culture ; c’est valable aussi
pour ce qu’on lit. Dans les journaux et les magazines, la conférence de rédaction sert surtout à

115
cela : un rédacteur s’exprime devant les autres et « défend » son sujet en quelques minutes ;
s’il n’est pas clair, le sujet est refusé ou repoussé.126

12.7. Conseils donnés aux journalistes au moment de l’écriture

a. Toujours commencer top-down

Il faut à tout prix éviter de se mettre à écrire tout le document tout de suite, de peur de
perdre des idées. Cela risque de partir dans toutes les directions. Réfléchir à l’idée de départ.
Quel est le sujet principal de ma note ? Quel est l’objectif de cette note ? Et ensuite utiliser le
principe de la pyramide.

b. Pour bien écrire l’introduction, utiliser la Situation

Commencer sa réflexion par la Situation qui servira d’éclairage pour ensuite poser les
autres éléments : Complication, Question, Réponse.

c. Utiliser l’introduction comme référence permanente

Il faut sans cesse revenir à l’introduction pour être certain de la bonne organisation
pyramidale et éviter les digressions. Une fois qu’une nouvelle idée est émise à partir de cette
organisation, alors on peut se concentrer dessus et l’exploiter au maximum.

d. Toujours mettre la chronologie historique dans l’introduction

Le corps du document ne doit contenir que les nouvelles idées et ces idées doivent se
relier entre elles uniquement logiquement. Des rappels historiques ne doivent pas exister à ce
niveau car un événement historique ne peut pas être la conclusion d’un cheminement logique.

e. Limiter l’introduction à ce qui est vrai pour le lecteur

L’introduction sert uniquement à dire au lecteur ce qu’il sait déjà. Si vous n’êtes pas sûr
de ce qu’il sait présentez-le d’une manière qui lui apparaisse comme vraisemblable.

f. Développez toutes les idées de la ligne-clé

La ligne-clé, dans la pyramide, est le niveau qui est juste en-dessous de l’introduction et
qui va déclencher tous les autres niveaux. Si vous y posez une idée vous devez pouvoir
répondre en-dessous à toutes les questions que cette idée peut suggérer.

126
Copyright Luc Fayard 2005 - [email protected] - http://lucfayard.blogs.com, pp. 16-17.
116
12.8. Conseils pour bien relire

La relecture de votre texte sera toujours une phase importante : c’est le moment où vous
allez appliquer stricto sensu tout ce que l’on vous a appris.

12.8.1. Dégraisser

« Dégraisser », c’est enlever le gras dans les mots, dans les phrases, dans les paragraphes
et même dans la structure du texte. Les adverbes, les adjectifs, les conjonctions inutiles, les
formules indirectes ou passives, etc. Dégraisser est une très bonne étape, elle vous rapproche
de votre texte et de vos idées : « est-ce vraiment cela que j’ai voulu dire ? »On peut aussi
restructurer la séquence des idées.

A la relecture, on peut en effet très bien s’apercevoir qu’un autre arrangement des
paragraphes est plus efficace que celui prévu au départ, c’est tout à fait normal et cela arrive
même souvent. Le résultat, c’est que vous allez « couper » votre texte : il n’en sera que plus
dense et plus efficace.

12.8.2. Couper
Les nouvelles de Félix Fénéon (bis)
On va reprendre quelques nouvelles en trois lignes de notre ami Fénéon pour s’inspirer
de quelques méthodes de coupes classiques127, dont voici quelques exemples tirés des
enseignements des écoles de journalisme ESJ et CFPJ :

a. Supprimer le prénom s’il ne s’impose pas, la profession devient viatique :

Exemple :

« Un bœuf furieux traînait par la longe vers Poissy le cow-boy Bouyoux. Elle cassa. Alors ce bœuf démonta le
cycliste Gervet. »

b. Supprimer la préposition dans le complément circonstanciel de lieu

TRENTESAUX Jacques et PUISEUX Alain., « Trajectoires », ESJ-Médias pour 01 Informatique,


127

ESJ Lille, 20 novembre 1998.


117
Exemple :

« Le feu, 126, boulevard Voltaire. Un caporal fut blessé. Deux lieutenants reçurent
sur la tête, l’un une poutre, l’autre un pompier. »

c. Monosyllaber ; c’est le fait de former des mots d'une seule syllabe. Ne parler que
par monosyllabes, daigner à peine s'exprimer. Adj. ... Terme dérivé de
deux mots grecs se traduisant par : unique et syllabe.128

Exemple :
« Au lieu de 175 000 francs dans la caisse de réserve en dépôt chez le receveur des
contributions directes de Sousse, rien. »

d. Supprimer la conjonction de coordination (asyndète). C’est la suppression du terme


de liaison entre des mots ou des propositions qui se trouvent cependant dans un
rapport de coordination. Exemple : « Femmes, enfants, parents, il a tout sur les bras.»129

Exemple :

« Madame Fournier, M. Voisin et M. Septeuil se sont pendus : neurasthénie, cancer,


chômage. »

e. Supprimer la conjonction de subordination (parataxe).

La parataxe est un mode de construction par juxtaposition de phrases ou de mots dans


lequel aucun mot de liaison n'explicite les rapports syntaxiques de subordination ou de
coordination qu'entretiennent les phrases ou les mots Elle est opposée à l’hypotaxe où
des prépositions et des conjonctions assurent l’enchaînement logique des phrases.

- Quand la parataxe de phrases prédomine, on parle de « style coupé ».

- Quand la parataxe de mots prédomine, on parle de « style télégraphique ».

La parataxe de mots est un phénomène linguistique d'apparition relativement récente


en français (fin du XXe siècle). On en observe la progression dans des formules comme

128
https://www.notrefamille.com/dictionnaire/definition/monosyllabe/
129
https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/asynd%C3%A8te/6037
118
« relation clients » au lieu de « relation avec les clients » ; ou « exemplaire papier » au lieu de
« exemplaire sur papier »130.

Exemple :

« Derrière un cercueil, Mangin, de Verdun, cheminait. Il n’atteignit pas, ce jour-là, le


cimetière.
La mort le surprit en route »
f. Phrases nominales, surtout en chute.

Exemple :

« Le syndicat de l’arsenal de Rochefort a décidé de présenter quatre revendications. Le


refus ? La grève. »
g. Passé simple et suppression de l’auxiliaire.

Exemple :

« Elle tomba. Il plongea. Disparus. »

h. Participe passé sec et répété.

Exemple :

« Séquestrées, martyrisées, affamées par leur marâtre, les fillettes du Brestois Joseph,
enfin délivrées, sont squelettiques. »

i. Et l’ellipse, toujours l’ellipse…surtout pour la chute.

L’ellipse est l’omission d'un ou de plusieurs mots qui, dans une phrase, ne sont
pas utiles à la compréhension. On parle d'ellipse chaque fois qu'un élément linguistique
(mot, syntagme, énoncé) est considéré comme tronqué par rapport à une forme dite
« normale ».On définit la normalité de cette forme soit par rapport à des universaux, réels
ou supposés, du langage (la structure sujet-prédicat étant posée comme universelle, il y a
ellipse du sujet, en français, dans la forme de l'impératif « sors »), soit par rapport aux
structures canoniques de telle ou telle grammaire (étant posé que toute phrase française
contient un verbe, il y a ellipse du verbe dans « Combien ce bijou ? »)131.

130
https://fr.wikipedia.org/wiki/Parataxe
131
https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/ellipse/
119
Exemple :

« Un flacon flottait. Mauritz, de Sèvres, se pencha pour le prendre et tomba dans la


Seine. Il est maintenant à la morgue. »

12.9. Les 10 commandements du rédacteur

En résumé, il est recommandé aux journalistes ces dix commandements et qu’ils


doivent retenir lors de leurs rédactions:
1. Écrire en pensant au lecteur ;
2. Respecter la loi de proximité ;
3. Donner l’information la plus neuve ;
4. Donner d’abord le message essentiel ;
5. Répondre aux 6 W (Who, What, Where, When, Why, hoW) ;
6. Suivre l’angle défini avant la rédaction ;
7. Utiliser le plus possible le plan en pyramide inversée ;
8. Écrire simplement : sujet, verbe, complément ;
9. Utiliser un vocabulaire clair et précis ;
10. Une bonne attaque et une bonne chute.

13. Du bon usage des temps de l’indicatif dans la presse écrite


Dans la langue de presse une grande quantité de verbes acquièrent un trait
stylistiquement expressif. Il en sort que l’utilisation du présent et du futur, dans
plusieurs cas, peut indiquer les faits convertis dans tous les trois niveaux temporels. Ce sont
surtout les temps du mode de l’indicatif qui structurent le plus les textes journalistiques, par le
biais des trois temps simples que sont le présent de l’indicatif, le passé simple, l’imparfait de
l’indicatif, et deux temps complexes en l’occurrence le passé composé de l’indicatif et le plus-
que-parfait de l’indicatif. Mais indiscutablement, c’est le passé composé et le présent de
l’indicatif qui ont la fréquence la plus soutenue. Une bonne Maîtrise donc de certaines
formes grammaticales nous permet de nous assurer si l’existence d’un fait est réelle,
dans quelle période du temps s’est-elle produite et finalement quel est le sentiment
exprimé par le locuteur? Quel mode devrait-on choisir pour mettre en valeur
l’hypothèse ou bien la condition?

120
13.1. Présent

Plusieurs auteurs soulignent l’importance remarquable de l’utilisation du présent


de l’indicatif et son rôle primordial d’indiquer que l’action se produit au même moment de
la parole. En tout cas, il est à souligner qu’on trouve évidemment des actions faites «hors du
temps» (du présent absolu) et celles, qui sont empiétées dans la période de l’actualité.

D’après le traité de M. K. Morenet N. N. Teterevnikova, on peut distinguer le présent


appelé d’analyse, qu’on emploie souvent dans les ouvrages scientifiques, pour distinguer des
événements coopérant de base à des déductions théoriques. Dans ce cas là, l’emploi du
présent ne comprend aucune nuance expressive spéciale132. On rencontre parfois le fait ou
le présent de l’indicatif («présent historique» ou «présent narratif») prend une valeur des temps
du verbe dont les actions sont accomplies au passé. Il est très couramment employé dans
les discussions spontanées ainsi que par les écrivains comme le moyen de vivacité du texte.
Dans ce cas, les faits et les événements sont présentés comme s’ils passaient sous les
yeux du lecteur.

D’après O. B. Stanislav, l’auteur emploie le présent historique au moment définitif ou


culminant du récit en soulignant la vitesse des événements accomplis au passé en les
transférant dans l’actualité et, par conséquent, accordant au récit des traits
expressifs.(Stanislav, 2010, 59–62). Il est à dire que l’utilisation du présent de
l’indicatif change aussi particulièrement dans la prose contemporaine, depuis la
deuxième moitié du XIXe siècle. Il est en effet employé dans la description comme le temps
essentiel du récit. Selon V. G. Kouznetsov133, il est important de noter aussi que ce n’est plus
le présent historique qui est utilisé parmi les formes du passé isolées des traits culminants et
de la vitesse du récit. La disparition de l’écartement entre le présent et le passé s’explique par
l’emploi du présent dans le récit. On ne rencontre pas des événements faits ou en train
de se produire dans le sens grammatical du présent historique ou bien de l’imparfait
descriptif. Mais par contre, le présent actualise le récit en lui imposant de la vivacité et un
nouveau trait d’animer l’action134.

Par conséquent, l’utilisation du présent de l’indicatif par les journalistes doit-être au


maximum, c’est un temps très actif, vivant et, en plus, c’est sans risque. On peut facilement

132
Моrеn,M., K., Teterevnicova, N., 1970. « Stylistique Française». Moscou. p. 227.
133
Kouznetsov, V., G., 1991. « Les styles fonctionnels du français contemporain ». Moscou, p.
134.
134
Gintarė BACIUŠKIENĖ., « Emploi des temps et des modes dans la langue de presse française
d’aujourd’hui ». Mémoire,Vilnius, 2015.
121
raconter une histoire passée au présent. En effet, le présent peut exprimer beaucoup de choses
: une durée, la répétition, la permanence, le futur, l’action.

13.2. Imparfait
L’imparfait de l’indicatif reste moins visible que le présent. Il parait dans les annonces
nécrologiques en appoint au présent et au passé composé. Techniquement, l’imparfait de
l’indicatif « exprime les faits dans leur déroulement, leur inachèvement, sans que soient
définis ni leur début ni leur fin, c’est ce qui fait sa différence avec le passé simple» 135. De
même, il est dit que« l’imparfait, à strictement parler, ne réfère pas à un procès ‘’passé’’,
mais marque la coïncidence entre un procès et un point de repère qui est passé, c’est-à-dire
antérieur au moment d’énonciation»136. Sur le plan de la rédaction médiatique, l’imparfait de
l’indicatif embrasse à des degrés divers tous les genres mais il recoupe surtout, avec le biais
de l’imparfait de narration, les reportages journalistiques.

Toujours à propos de l’imparfait de narration, Dominique Maingueneau écrit qu’il :


«permet d’éviter la distanciation liée au PS (passé simple) sans avoir à recouvrir au PC
(passé composé), qui s’intègre très mal dans une chaîne narrative. Il se rapproche du présent
de ‘’récit’’, le présent historique, également très employé dans ce genre de discours. [..] A
l’instar de l’imparfait consécutif, ces procès dynamiques à l’imparfait attirent surtout des
énoncés dont le procès est ponctuel. On comprend la prédilection des journalistes sportifs
pour ce procédé dès qu’il s’agit de raconter un match, une course, c’est-à-dire une série
d’actions serrées susceptibles de rebondissements permanents» 137.L’imparfait serait donc un
temps à limiter vraiment aux cas indispensables par nos journalistes.

13.3. Passé simple


Comme l’imparfait de l’indicatif, le passé simple s’oriente dans l’expression de faits
passés. Cependant, il se distingue de l’imparfait par les actions qu’il exprime et qui sont
entièrement terminées, voire achevées et sans aucune relation avec le moment d’énonciation.
Le passé simple «s’emploie principalement dans la langue écrite, surtout dans les récits où
sont présentées des actions successives tombant l’une après l’autre dans le passé […]. Dans
la langue parlée, le passé simple dont certaines formes sont très lourdes, est volontiers

135
Grosse E.U et Siebold. E.,« Typologie des genres journalistiques. Panorama de la presse
parisienne ». Berne : Peter Lang, 1996, p. 40.
136
GRUNENWALD, J et al., (1978.). « Nouvel itinéraire grammatical ». Paris, Ferdinand Nathan. p.
158.
137
Maingueneau Dominique. « L’énonciation en linguistique française ». Paris : Hachette, 1995, p. 94.
122
remplacé par le passé composé». Ce temps fait partie des temps les plus ardus de la langue
française puisqu’il est employé surtout dans un langage de type élevé ou littéraire. Dans le
discours journalistique, on l’utilise rarement. Il apparaît surtout dans le cadre de narrations
historiques où dans la relation de faits divers.

En somme, le passé simple est surtout le temps des textes narratifs ; il remplit cette
fonction dans la rédaction informationnelle, il est à éviter au maximum bien qu’il fut
longtemps le temps préféré de la narration ; un côté désuet aujourd’hui; lui préférer le passé
composé chaque fois qu’on veut relater ou narrer138.Qu’en est-il du plus-que-parfait de
l’indicatif ? Il manifeste «une action entièrement accomplie, mais antérieure à une autre
action passée exprimée le plus souvent à l’imparfait, parfois au passé simple ou au passé
composé […]. L’action antérieure ainsi exprimée est en général plus reculée dans le passé
que celle qu’exprime le passé antérieur»139

13.4. Passé composé


Il est très utile. Le passé composé ; c’est le vrai temps de l’information puisque par
définition, le passé simple exprime un passé entièrement révolu alors que le passé composé
rattache ce passé au présent de celui qui l’écrit et de celui qui le lit.
Selon Annick Mauffrey et Isdey Cohen dans leur ouvrage intitulé Grammaire française, le
passé composé est un «temps caractéristique du discours et du récit oral»140. Il a une
caractéristique accomplie, puisque l’action qu’il exprime est achevée. De même, «dans son
emploi le plus courant, le passé composé sert à situer un phénomène, une action, un
événement dans le passé, par rapport au moment de l’énonciation»141. De plus, les faits
relatés par l’énonciateur peuvent être lointains ou récents. Et au niveau du texte de presse, ces
deux horizons temporels du passé composé sont identifiés.

Cependant, ce sont ceux qui relatent des informations «neuves» et qui prennent le dessus.
Néanmoins, malgré sa valeur fréquente de «passé récent», le passé composé «peut servir comme
forme du passé historique»142dans les colonnes de journaux. Hormis l’apport de ses valeurs
temporelles, le passé composé remplit une autre fonction, qu’il partage avec le présent de

138
Cayron Gaston et alii.,« Grammaire française ». Paris, Armand Colin, 1962, p. 218.
139
Ibid., p. 219.
140
Annick Mauffrey et Isdey Cohen.,« Grammaire française », Paris : Hachette Éducation, 1995, p.
225.
141
Grunenwald, J et al.,« Nouvel itinéraire grammatical ». Paris, Ferdinand Nathan, 1978, p.158.
142
Grunenwald, J et al, ibid., p. 158.
123
l’indicatif. En effet, l’usage des citations, exige du journaliste une identification de l’auteur
des propos cités. De manière générale, le passé composé se retrouve dans tous les types
génériques de la presse écrite. Cependant, il est communément perçu comme étant en
adéquation avec le fait divers.

13.5. Passé antérieur


Le passé antérieur, un temps très historique et snob par excellence. Dans le monde de la
presse écrite, il est à limiter car ; rappelons-le, qu’il indique l’antériorité immédiate d’une
action passée par rapport à une autre également passée.

Ce temps se caractérise par son extrême rareté dans l’écriture journalistique et même en
dehors. En effet, certains spécialistes affirment que ce temps est sur le point de disparaître au
profit du passé surcomposé. En tout état de cause, le passé antérieur indique « l’aspect achevé
et l’antériorité par rapport au passé simple. Comme celui-ci, il est exclu du langage de la
conversation courante… »143. Dans les colonnes de journaux, le passé antérieur apparaît dans
certaines séquences narratives racontant un événement dépassé ou expliquant une actualité.

13.6. Plus-que-parfait
Il est très utile, le plus-que-parfait est souvent employé pour indiquer l’antériorité
lointaine d’une action, par rapport à une autre du passé. Ex :« Le gouvernement avait formé
des projets dans ce domaine, mais la crise les a remis en question. » ; ou bien pour ajouter
une nuance d’habitude à une antériorité immédiate. « La messagerie avait bien fonctionné
jusque-là et en juin tout le monde était encore content. ».

Selon Françoise Revaz, le plus-que-parfait de l’indicatif fait partie des temps de base
des nécrologies brèves. En raison de sa nature (temps normatif ancré dans le passé), le plus-
que-parfait de l’indicatif apparaît dans les représentations d’événements accomplis. Sans être
aussi important par sa fréquence que le présent ou le passé composé, il reste quand même
passablement utilisé dans les articles de presse.

13.7. Futur simple


C’est parmi les temps les plus utiles dans la presse écrite surtout, il est utilisé aussi pour
des phrases dont on veut nuancer le côté impératif. Ex : « Il faudra bien qu’on s’habitue à ces

143
Ibid., p. 166.
124
nouveaux outils. ». L’usage du futur simple est beaucoup plus habituel. Ceci est dû au fait
qu’il est le seul temps qui se projette dans les événements à venir. Et d’une certaine manière,
il symbolise l’anticipation journalistique.

De même, le futur simple s’emploie pour évoquer «une action dans une époque
postérieure, non pas au présent, mais à un événement passé, même d’un passé lointain»15. Ce
type de futur est identifiable dans l’écriture informationnelle.

13.8. Futur antérieur


Enfin, le futur antérieur fait également partie des temps de la presse. Il« exprime une
action qui sera achevée (aspect accompli) à un moment quelconque du futur (on voit là
qu’une action achevée n’est pas nécessairement une action passée)»144. Cependant, le futur
antérieur n’est pas largement repris par les auteurs d’articles de presse, il esttrès beau à
utiliser, à mon sens, c’est le plus beau temps de la langue française, un temps que beaucoup
de langues ne connaissent pas tellement, il est fin et nuancé. Ex :« Quand le professeur aura
enfin fini son cours, nous pourrons aller déjeuner. » c’est ce qu’on appelle une antériorité
escomptée dans le futur, ce n’est pas beau ça ! Mais il peut aussi servir à des phrases plus
triviales indiquant une fin d’action dans le futur.

Enfin, et pour reprendre le terme de Dominique Maingueneau. Il est «le plus souvent
accompagné d’éléments adverbiaux comme « finalement, tout compte fait, etc ». […], mais
parfois sans adverbe, l’interprétation correcte étant assuré par le contexte […], on comprend
que ce ‘’futur antérieur de bilan’’ soit associé à des éléments comme « finalement, en
définitive, en fin de compte, etc. », qui indiquent que l’énonciateur a atteint la limite, (la
«fin») au-delà des calculs incertains, des doutes…»145.

En guise de cela, nous tirons de cette étude principalement deux enseignements. Le


premier indique que les temps de l’indicatif prédominent ceux des autres modes dans les
journaux. Le second rapporte que le présent et le passé composé sont les plus affectionnés des
journalistes. Cela découle certainement des exigences d’accessibilité et de simplicité régissant
le discours médiatique.

144
Annick Mauffrey et Isdey Cohen, Op., cit, p. 229.
145
Maingueneau Dominique., Op, cit, p. 106.
125
Conclusion

Au terme de ce chapitre, nous pouvons dire que nous avons pu justifier notre choix au
discours journalistique, à la presse écrite au quotidien « Le Soir d’Algérie », au genre
journalistique, la chronique.
De ce fait, nous allons tenter dans la partie suivante d’étudier les différentes marques
linguistiques qui manifestent la présence de l’énonciateur dans son discours, dans la partie
immuable et constante rédigée par Hakim LAALAM dans sa rubrique souvent sarcastique,
ludique, ironique « pousse avec eux ! » ce journaliste doté par une curiosité extrême, et qui
représente une image d’un artiste qui cherche à amuser par un son propre style. Les
chroniques dans lesquelles ces procédés sont apparus, sont placés en annexe afin de faciliter
aux lecteurs de les repérer.

126
QUATRIEME CHAPITRE

De l’énonciation dans la
chronique « pousse avec
eux ! »
Introduction

Nous avons travaillé sur un corpus, comportant un nombre important d’articles de


presse recensés d’un journal algérien d’expression française très fameux : Le Soir d’Algérie.
Nous avons fait notre analyse sur la chronique burlesque pousse avec eux !de Hakim Laâlam
, dans laquelle il évoque des sujets d’actualités avec de nombreux jeux stylistiques , pendant
les quatre mois du Hirak du Février au Mai 2019 car c’est une période très particulière sur
l’échelle nationale et qui repère un contexte politico-social très spécifique et exceptionnel.

Le genre journalistique marque une grande empreinte de la subjectivité


spécifiquement la chronique qui se considère comme la signature personnelle du journaliste
d’où il exprime ses réflexions et ses opinions en son nom, sans une implication de la
responsabilité du journal.

Dans ce chapitre, nous allons aborder les modalisateurs et les déictiques comme
traces de manifestation de la subjectivité dans le discours de la presse écrite.

Néanmoins, nous allons procéder à un repérage et identification des outils linguistiques de la


subjectivation et qui marquent également la présence de l’énonciateur dans son discours, par
conséquent le journaliste énonciateur établit une image propre à lui et qui lui permet de
prendre une position en se manifestant explicitement ou implicitement dans ses énoncés,

Le discours journalistique est susceptible de se manifester dans le choix de divers


modalisateurs et modalités : le choix des déictiques, des adjectifs, des adverbes, des verbes et
leur impact sur la langue et le raisonnement des autres. Nous consacrons le présent chapitre à
une analyse exhaustive d’un point de vue statistique des différentes traces qui marquent le
positionnement identitaire de l’énonciateur.

129
1. Points de vue énonciatif/stylistique

Une question est sûre, celle qui concerne les rapports unissant les médias, leur public
et le contexte, certainement, elle est avant tout linguistique. En effet, le sens que l'on peut
attribuer à ces relations se résume dans l'ajustement au public-lecteur, voire consommateur à
celui du contexte de production. L'information, le discours médiatique deviennent donc, le
résultat logique d'une négociation tacite entre le média et le contexte de réception (public). Or,
nous entendons par négociation une coopération, une influence réflexive et tacite média-
public dans la construction des formes, des contenus discursifs et informationnels qui en
portent la trace, mais aussi dans l'inconscient du message. Par ailleurs, il ne faut pas croire
que le sens est une donnée conventionnelle dans l'absolu. Dans toute interprétation des
énoncés et quelques soient leurs natures, un certain nombre d'éléments involontaires, un
certain nombre de bruits viennent affecter, voire perturber la bonne émission des informations
au destinataire.

Cela justifie que toute énonciation est au moins aussi importante que l'énoncé lui-
même. Le discours journalistique est à l’origine pris et perçu axiomatiquement comme un acte
de langage, et tout acte de langage doit mettre en avant une production langagière impliquant
non seulement les rapports unissant les protagonistes de l'interlocution, mais aussi, celles qui
réunissent le producteur de l'énoncé au monde de production. Les éléments sémiotico-
sémiologiques d'une telle situation se trouvent au centre de la situation de la communication
en question. Cependant, ils ne se manifestent que par le langage, là où se dégage le handicap
de la déficience interactive que ces médias et leurs discours doivent dépasser.

En revanche, le discours écrit pour Benveniste146, pour peu qu'il réunisse les éléments
de l'instrument linguistique de l'acte énonciatif, mime une situation d'interlocution immédiate.
Or que Kerbrat-Orecchioni (1998) suggère un dépassement au-delà de la conception abstraite,
et qu’on qualifie de« non-adressée »des communications écrites. Pour elle toujours, ces pratiques
dites écrites sont considérées sémantiquement et stylistiquement « marquées » et sollicitent
une/des réaction(s), et sont logiquement des interlocutions. En effet, nous serons dans
l’obligation de rechercher les traits linguistiques qui peuvent constituer l'objet d'étude de
discours effectifs, produits dans le cadre nommé « normal » d'une communication ainsi que le

146
E. Benveniste, (1974) : « Problèmes de linguistique générale », tome 2, Gallimard, Paris, p. 88.
130
reflet de ce cadre. Un fait linguistique doit de facto porter les marques de la situation
énonciative, celles de l'investissement du locuteur dans son discours. L'objectif serait donc de
retrouver les traces d'inscription des catégories énonciatives dans les énoncés, et ce afin de
leur donner ou les doter d’une/des interprétation(s) possibles, et de ce fait, voir aussi les
formes de subjectivation dans le/du langage journalistique. Cela suppose qu'on admette un
état de langue normal, objectivé qui serait « Le Degré zéro d'écriture »(Roland Barthes), état qui
correspondrait sans doute dans la dichotomie saussurienne langue/parole. Cela explique
l’existence d’un niveau de langue qui peut se réduire en la construction d’une référence, or
que le discours peut se réduire lui aussi en son contenu propositionnel. Quant à Oswald
Ducrot (1993), il parle de la « part isolable de la signification qui soit pure description de la
réalité ». Pour lui, cette distinction du subjectif et de l'objectif dans le langage est davantage
théorique.

Si on admet l’idée de Jean-Claude Coquet (1984) le primat ou le caractère prééminent


des discours effectifs sur la langue, on reconnaît sans doute que l'instance énonçante, qui
englobe ou renferme le discours, guide la sélection des éléments sémiologiques des énoncés.
Dans ce chapitre, nous tenterions de poser le problème, voire le phénomène du sujet
énonciateur dans les articles journalistiques du quotidien algérien d’expression française, à
savoir « Le Soir d’Algérie » dans sa célèbre chronique « Pousse avec eux !» de Hakim LAALAM.
Mais avant d’entamer cette question, il faudra aller au-delà afin de voir le fonctionnement de
la subjectivation du discours dans notre corpus et l’examiner du point de vue de la cohérence
argumentative de ses textes. Simone Delesalle avait déjà élaboré le programme de l'analyse
énonciative :

Seront ainsi évoqués les éléments proprement linguistiques, discrets ou non,


qui ne peuvent être compris que par référence au plan énonciatif : le
problème du sujet de l'énonciation, le rôle de l'interlocuteur, et le rapport de
l'énonciateur à son énoncé ; et ce dans une prise en charge historicisée de
phénomènes tels que les actes de langage, les indexicaux, la construction de la
référenciation, la performativité, le dialogisme sous ses différentes formes ou
l'hétérogénéité du discours.147

147
S. Delesalle,. (1986)., « Histoire des conceptions de l'énonciation, Histoire, épistémologie, Langage », n°8,
vol.II, p. 7.
131
Cette analyse aura sans doute comme objectif la conception de « la cohérence
textuelle comme un rapport constant à l'instance d'énonciation »148. Cette cohérence
renfermera des choix linguistiques et métalinguistiques de la part du lecteur. Ces choix, cette
subjectivité, pour Kerbrat-Orecchioni149 signifient un obligatoire rapport d'intentionnalité
dans les échanges et donc un engagement mutuel des instances d'énonciation dans la
production des signes. Pour se faire, il faut d'abord comprendre les "observables" de
l'énonciation et le(s) effet(s) recherché(s) ou possible(s) sur les interlocuteurs : qui parle dans
cette chronique ? En effet, pour donner une meilleure ampleur à cette étude des stratégies
énonciatives, et spécifiquement à celle de la pragmatique d'une subjectivité discursive liée au
genre, il serait indispensable de jeter un regard sur les modalités stylistiques dans lesquelles
les données (construites) d'un style individuel seront distinctes des choix stylistiques aux
valeurs socioculturelles.

Ce genre de questionnement place et d'emblée le sujet au centre de l'énonciation, étant


donné que nous devions de prime abord classifier et dégager l'interprétation des formes
d'expression de cette énonciation : marques d'énonciation, choix linguistiques et structures de
subjectivité des énoncés.

2. Enonciation et actualisation du discours

Cette notion vient du latin enuntiatio qui désignait en général le lien qui unit entre ce
qui est dit et celui qui le dit. A l’origine, elle a été philosophique, grammaticale avant d'être
au centre des préoccupations linguistiques, puis elle s'est développée avec les discours aussi
bien de Platon, d'Aristote que ceux de Husserl et Kant sur le sujet du langage. D’abord, elle
s'est fixée dans les années 1920 avec des post-saussuriens, à l’instar de ses disciples ; Albert
Sechehaye et Charles Bally, ainsi que Gustave Guillaume et Émile Benveniste. En effet, elle
représente l'ensemble des actes qu'effectue le sujet parlant pour construire, dans un énoncé, un
ensemble de représentations communicables. Comme elle se base sur l'intuition que les
déterminations du langage humain se trouvent dans l'énonciation et non dans des réalités
abstraites préconstruites comme la langue ou la proposition. Par conséquent, elle reconnaît le
lien de la langue et de la parole, l'implication des protagonistes de l'acte de langage dans

148
J. Ouzounova, (1996)., « À propos des instances énonçantes (d'après La Jeune Parque de Paul Valéry) » in
Sémiotiques, n°10, p. 137.
149
C. Kerbrat–Orecchioni, (1980)., « L’Énonciation : de la subjectivité dans le langage », A. Colin, Paris. p. 180.
132
l'étude du langage. Ainsi, on insiste sur le caractère actif et individuel et, nous l'avons évoqué,
sur le caractère intentionnel de l'acte de communication.

Sur un plan purement théorique, Émile Benveniste (1966 :) se veut systématique en


fondant l'appareil formel de l'énonciation comme un classement des points d'ancrage
énonciatifs qui structurent la communication dans les circonstances de sa production. Or,
l'énonciation pour lui est « la mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel
d'utilisation »150.
L'analyse du discours doit alors commencer par une mise en place du « statut
intratextuel des différents actants de la communication »151, à travers un certain nombre de
paradigmes. Par exemple, le titre de journal est un discours écrit que nous assimilons, sur le
plan dialogique et dans la taxinomie de Catherine Kerbrat-Orecchioni, au dialogue 2, qui est
« tout discours adressé qui n'attend pas de réponse, du fait du dispositif énonciatif où il
s'inscrit, ou des normes particulières qui régissent son fonctionnement »152. Autrement dit, le
titre de journal est une interlocution particulière par son mode de fonctionnement et nous nous
devons d'abord d'étudier le statut du sujet émetteur et de l'interlocuteur dans le (et
possiblement hors du) texte.

En outre, avec Oswald Ducrot (1984) et ses recherches de la responsabilité des actes
locutoires engagés par Austin et Searle, vient l’obligation du dépassement des tensions nées
de la conception benvenistienne de l'énonciation. Ceci pour permettre d'accéder à la
construction de la modalisation, de la responsabilité énonciative et des points de vue dans le
discours en interaction. Cependant, la reconnaissance du dialogisme "externe"serait plus
qu’indispensable du genre est embryonnaire, c’est à partir des discours qu’on appelle
rapportés (du discours représenté, de l'interdiscursivité) récurrents ici, force est d’examiner de
façon nette le dynamisme d'un dialogisme "interne" aux énoncés de la chronique journalistique
du quotidien algérien d’expression française « Le Soir d’Algérie » dans la célèbre rubrique de
Hakim LAALAM « Pousse avec eux ». Ces paramètres constituent l'essentiel de notre analyse
énonciative.

150
E. Benveniste, (1966)., op. Cit., pp. 238-245.
151
C. Kerbrat-Orecchioni, (1980)., op. Cit., p.159.
152
C. Kerbrat-Orecchioni, (1998)., « Les Interactions verbales. Approche interactionnelle et structure des
conversations », tome1, Armand Colin, Paris, 1re éd. 1990, p. 15.
133
2.1. Pour une théorie du sujet de l'énonciation et de sa relation au discours

Si nous considérons le dénouement de l'énonciation autour de la situation de


production, voire de réception et qui se comme point de départ dans toute interprétation, il
apparait qu'elle met au premier plan l'instance d'énonciation qui lui donne forme et sens. Dans
cette optique Baylon et Mignot affirment qu'à la base, il n’y a de sens que dans le cerveau des
communicants. En fait, si la situation se veut le point de départ de l'énonciation, il reste qu'elle
est basée sur le sujet parlant, à savoir le ‘’je’’, qui est l'encodeur du sens dont nous parlons. Ce
pôle premier de production de l'énoncé est désigné sous une multitude de dénominations
mettant en vue un aspect ou un autre de sa caractérisation : sujet parlant, scripteur, locuteur,
énonciateur, destinateur ou émetteur153.

Dans ce sens on peut citer les énoncés qui suivent tirés de la chronique « Pousse avec
eux » de Hakim LAALAM où le sujet parlant se manifeste de façon visible que lisible :
 Non ! Je n’attends pas le 8 mars pour vous dire que vous êtes belles !
 La preuve, je vous le balance le 10 !
 Nous ne sommes pas une procession de tchadors !
 J’ai lu une stupéfaction qui trahit !
 Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

Dans ces exemples, nous remarquons que le journaliste se manifeste de façon claire
par l’emploi du pronom personnel ’je’’, hormis, dans le 3e exemple où il emploie le ‘’nous’’ par
lequel il essaie d’inclure par extension toutes les femmes d’Algérie. Nous pouvons dire ou
concevoir ce type d'énonciation comme un acte d'appropriation linguistique qui se réalise par
la manière dont un sujet s'énonce. Dans cette optique, E. Benveniste suit en cela l'intuition
saussurienne de la parole, acteindividuel de volonté et d’intelligence 154. Comme l'analyse Mathieu
Valette (2004), les définitions successives que la linguistique a données des notions jumelles
parole/énonciation mettent en évidence deux composantes : acte/individu; et donc
actualisation/sujet parlant. En fait, celui qui énonce serait de facto l’origine ou la source de toute
production d’un tel ou tel énoncé et devient par la suite le repère principal du mécanisme
énonciatif au sein de cet énoncé. Dans ce cas, le journaliste est du quotidien algérien « Le Soir
d’Algérie » est devenu le pivot central de cette assertion, et ce par sa manifestation visible grâce

153
C. Baylon, & X. Mignot. (1995)., « Sémantique du langage », Nathan, Paris, pp. 43-44.
154
F. De Saussure, (1972)., « Cours de linguistique générale », Payot, Paris, 1ère éd. 1916, p. 30.
134
à ses différents emplois du pronom "je ". Comme le confirme Rabatel, le sujet centre de la
linguistique : « Or c'est bien le sujet dans la langue que les linguistes ont à tâche d'analyser »155. Il
permet l'actualisation, voire la réalisation de cet énoncé, et donc le passage du virtuel à l'actuel,
du collectif à l’individuel, donc de la langue à la parole de manière transitionnelle et non
oppositive. L'énonciation est donc un acte, un acte de langage dont les marques définissent les
modalités intersubjectives, elle est donc un acte pragmatique. Une autre conception de
l'énonciation a cours, que Benveniste a structurée par un appareil formel : l'énonciation
comme le surgissement du sujet dans l'énoncé156, un surgissement qui est remarquable et
observable par des indices, on parle aussi de traces ou de marques de personnes dans ce sens.

Par ailleurs, et dans ce sens toujours, D. Maingueneau et P.Charaudeau157 remarquent


une ambivalence du " Je " de Benveniste, producteur de l'énoncé et énonciateur, c'est-à-dire
instance impliquée dans l'acte d'énonciation en train de se faire et qui n'a pas d'existence
indépendamment de cet acte. C'est avec Ducrot que va s'établir de façon nette une distinction
entre le locuteur, siège des mécanismes d'actualisation déictique et l'énonciateur, siège de
l'actualisation modale.

2.1.1 Enonciation et responsabilité

Tout choix est une liberté, et toute liberté doit être assumée à la fin par l’instance
énonçante ou l’énonceur. En effet, la responsabilité est une notion philosophique en partie liée
à la morale. Dans un journal comme le nôtre, à savoir « Le Soir d’Algérie » qui constitue un
espace privilégié de communication médiatique, voire publique, et dans ses formes de
l'exposition langagière, l’implication de ses journalistes est quasi-nécessaire afin de valider les
comportements langagiers. Quelle est la responsabilité du journaliste dans ce qui paraît dans
ce journal dès lors que toute une équipe entre dans sa confection ? La question est davantage
complexe lorsque Culioli asserte qu' « il n'y a pas d'énoncé sans énonciateur ». Qui parle est
responsable de l'énoncé dans un journal ?

155
A. Rabatel. (2005) ., « De la part de l'énonciateur dans la construction interactionnelle des points de vue », in
Marges linguistiques, n° 9, p. 135.
156
J.Dubois, (1969) « Énoncé et énonciation », in Langages, n°13, p ; 100.
157
P. Charaudeau, & D. Maingueneau., dir. (2002) « Dictionnaire d'analyse du Discours », Le Seuil, Paris, p.
124.
135
Exemple :

- « Faudra quand même qu’on m’explique comment une TV publique peut


annoncer l’arrestation de 190 personnes lors de…
…manifestations qu’elle n’a pas couvertes ! »
- « Le bruit strident du rideau qui se baisse. Brutalement. Sans prévenir ! (…)
Nous avons cette manie de la fermeture. »
Le : 11/03/2019
- « Quoi les documentaires animaliers ? Ben oui les docs animaliers !
J’assume ! »
Le : 12/03/2019

- « Non ! je n’attends pas le 8 mars pour vous dire que vous êtes belles ! La
preuve, je vous le balance le 10 ! (…) J’ai lu une stupéfaction qui trahit !
Elle trahit une méconnaissance profonde de notre société. »

Le: 08/03/2019

Dans ces exemples, le « me »et le« je »de la subjectivité sont sujet de la prédication et
sujet de référence, « transmetteur de l'information »selon Charaudeau (ibid.). Mais qui est cet
énonceur?

Tout le journal ne pouvait logiquement pas accompagner le personnage évoqué. Ainsi,


si unmembre de la rédaction assure et assume tout seul la position d'énonceur, c'est-à-dire la
construction discursive, linguistiquement, il est le locuteur, or, c’est le cas du chroniqueur en
question du quotidien algérien « Le Soir d’Algérie », à savoir Hakim LAALAM. La possibilité
existe en effet que le « nous » dans le deuxième exemple soit un « nous »de modestie et non de
majesté. Dans ce cas, il s'agit d'une forme d'atténuation de la subjectivité, forme que l'on
retrouve d'ailleurs dans les textes scientifiques. Le « nous » peut également désigner une équipe
précise, dont on peut trouver les références autonymiques dans les pages intérieures.

De toute façon, il est le lieu d'un projet de parole, et fait l'ontologie du discours
anthropomorphique. Malgré tout, juridiquement et socialement, le statut de responsabilité de

136
la parole est collectif, l'énonceur n'est pas comptable de son intention communicative, comme
il peut être le responsable de ce qu’il dit mais irresponsable de ce que comprend son lecteur.
En effet, il peut être accusé de médisance, dans ce cas là, il a l’entière liberté de se retrancher
derrière son non-dit ou derrière ses sens connotés comme le signale R. Barthes qui considère
la connotation comme bruit volontaire, cas de la cacophonie ou celui de la cacographie.

Selon Sophie Moirand (2006), parce que ce ne sont pas les interlocuteurs qui
interagissent directement dans la presse, alors il y a, surplombant la diversité des intervenants
et la diversité des scripteurs, une responsabilité singulière, celle de l'instance socio-
institutionnelle du journal. Autrement dit, la responsabilité dans la presse est essentiellement
éditoriale sur le plan de la justice, elle incombe au locuteur.

Souvent est-il que l'énoncieur marque la personne du locuteur, le « JE » et sa présence


dans le discours. L'instance socio-institutionnelle locutrice laisserait donc se manifester
l'expression d'unités discursives particulières. Cela montre que la référence du locuteur-
journal « Le Soir d’Algérie » doit être une référence patente, voire évidente d'un sujet parlant ou
d'un énonceur particulier. Cela met en exergue la complexité du cadre participatif et
énonciatif quant à ce qui concerne les médias écrits et surtout dans cette rubrique de H.
LAALAM « Pousse avec eux ». L'énonceur donc est un chercheur permanent et studieux, voire
un pourvoyeur professionnel d'informations. La conception benvénistienne des instances
d'énonciation ne citait nullement l'énonceur ni celui de son statut, cependant, on peut déduire
suite aux différentes évolutions du concept d'énonciation différentes acceptions dont la
principale fut celle du positionnement de l'instance du locuteur comme point référentiel, celui
qui donne sa substance au « signe vide »qu'est le déictique. L'analyse énonciative prendra de fait
la production du sujet énonçant en situation.

Dans ces énoncé, le locuteur-journal est une instance de repérage des faits, il
seprésente comme sujet d'une expérience perceptive, «J’assume ! », «je n’attends pas », « je vous le

balance »et « J’ai lu », sa présence et son émergence par la première personne du singulier

« JE »donne une garantie de subjectivité remarquablement lisible et d'authenticité à la


référence. Paradoxalement, le contrat de lecture oblitère s’efface progressivement de façon que
la compétence et les commentaires du « JE »ont dans ces exemples une charge cognitive
extraordinaire. En effet, il ne peut être qu'un « sujet assumant », c’est le produit d'une claire
subjectivité par son inculpation. Il va alors s’approprier et assumer l'information afin de
137
provoquer un débat défiant. D'ailleurs deux éléments d'ironie montrent à suffisance la
subjectivité du locuteur-journal au niveau du dictum et la possibilité de sa conception comme
énonciateur : le choix du mot «J’assume ! » pour désigner l’engagement personnel du
journaliste, qui est en fait un choix, or tout choix est une liberté, de facto, toute liberté doit
être assumée. Quant au « nous », personne de l'énonciation n'est donc ni une garantie absolue
de subjectivité, encore moins celle de l'objectivité. C'est un point de référence renvoyant à la
présence du locuteur (et de l'énonceur) dans la communication et dans ce qui est énoncé.

Dans ces exemples, on a toujours deux ontologies discursives différentes, celle d'un
énonceur du journal et celle du locuteur-journal. En effet, le premier(l’employé) est le
responsable du point de vue, puisqu'il interprète des discours du second (l’employeur). Ce
dernier peut nier l'interprétation du propos, mais il ne peut nier la réalité de celui-ci.

Par conséquent, on peut dire que : Énonceur, énonciateur et locuteur, il s'agit de trois
instances distinctes de l'énonciation dans un article de presse. Pour mieux comprendre, il
convient de revenir sur la théorie du statut de l'instance d'émission.

2.1.2L'énonciation, une objectivation de l’instance d'émission et de traces


d'inscription langagière
Si on ne prend en compte que les caractères informatifs de l’article de presse écrite
dans le journal« Le Soir d’Algérie », on dira que la fonction représentative devrait faire du récit,
selon la taxinomie de l’appareil formel de l’énonciation d’Emile Benveniste, le registre
énonciatif principal de notre corpus. Le journaliste serait "énonciativement" absent et le
dialogisme avec le lecteur serait très peu manifeste.
Exemple :
- Quand on commence un boulot, on le termine jusqu’au bout
Devise de l’artisan (13.03.2019)

Certainement et traditionnellement parlant, par le présent de l'indicatif, les éléments sont


mis en liaison avec la situation énonciative. Cependant, cet énoncé, par son objectivité qu’on
peut qualifier d’axiomatique, la perspective accomplie du procès dans le temps, tend plus à se
charger de valeurs de vérités générales. L'action dans ce sens devient la référence au
détriment de (l'état de) son aboutissement. Sous le prisme de Charaudeau (2006), on ne saurait
dire avec exactitude si le dispositif énonciatif mis en place est « un contrat de communication

138
médiatique »ou s'il s'agit plutôt d'un « contrat d'énonciation journalistique »158. En d’autres
termes, la situation de communication dans le monde de la presse écrite en général et dans
« Le Soir d’Algérie »en particulier paraît relative à un acte de communication, à une instruction
discursive, et renvoie aux caractéristiques du dispositif impliquant une instance de production
médiatique et une instance de réception-public, reliés par une visée d'information et
d’informations nouvelles surtout. Le contrat d'énonciation journalistique, relatif au
positionnement énonciatif du sujet journaliste, est la façon dont cet énonciateur journalistique
met en exergue ce discours d'informativité à l'adresse d'un destinataire imposé en partie par le
dispositif et en plus imaginé et construit par lui. Cela ressemble à une bouteille dans la mer,
jamais sûre d’elle car elle ne connait ni la destination, ni le destinataire. Toujours est-il que la
délocutivité, malgré la présence du présent de l'indicatif, correspond à l'enjeu de neutralité de
l'énoncé. Ce présent, prend les valeurs de l'aoriste de Benveniste. Nous sommes dans ce cas
dans l'information et pas dans la communication.

Par ailleurs, pour faire une étude objective de la communication, il faut d’abord savoir
étudier les conditions de la production, voire de la réception des énoncés (le référent textuel
"linguistique" et situationnel "extralinguistique" de cette communication). Des structuralistes
comme Otto Jespersen ou Roman Jakobson ainsi qu’Emile Benveniste se sont attelés à une
construction théorique de l'énonciation (l’acte de parole), en opposition avec l'énoncé (le
produit ou le résultat de cette énonciation). Ils vont concevoir la mise dans la chaîne du
discours de l'instance énonçante [appelons-la Locuteur, comme Benveniste (1974) et Ducrot
(1984)], son appropriation des faits évoqués, sa position par rapport auxdits faits, à travers un
ensemble de signes appelés déictiques(Qui désignent un objet " locuteur, lieu, date…" dont le
référent dépend de la situation d'énonciation) . La valeur des termes appelés déictiques ou
deixis159ou shifters selon les termes de Jespersen ou embrayeurs de Ruwet, est fonction de leur
réalisation, voire leur actualisation dans tel ou tel énoncé de leur apparition. Or, ces unités
appelées déictiques constituent en elle mêmes « une classe de mots promus à l'existence par
l'acte d'énonciation »160. Benveniste (1966) parle d'indiciels, il distingue les indiciels de personne,
les indiciels temporels et les indiciels spatiaux. Ceux-ci correspondent à des séries paradigmatiques

158
P. Charaudeau, (2006) : « Discours journalistiques et positionnements énonciatifs. Frontières et
dérives »,Semen, n°22, En ligne.
159
La deixis est une notion linguistique dont la dénomination est directement empruntée au
grec δεῖξις (action de montrer, ou référence). La deixis est l'une des façons de conférer son référent à
une séquence linguistique ; elle intervient lorsque la compréhension de certaines parties d'un énoncé
nécessite une information contextuelle.Un mot ou une expression est déictique si son interprétation
varie en fonction du contexte, comme c'est le cas des pronoms par exemple.
160
E. Benveniste, (1974) « Problèmes de linguistique générale », tome 2, Gallimard, Paris.
139
pronominales, à des indices d'ostentation (pronoms, adverbes, déterminants à base
démonstrative), à des marques temporelles égocentrées (verbales et adverbiales). Ils situent
par rapport au Moi - Ici - Maintenant du sujet parlant. En plus des deixis indiciels, les deixis
anaphoriques permettent de leur côté de référer anaphoriquement à un élément en contexte :
« Le contexte joue alors, dans le discours, un rôle analogue à la situation, créant une série
"d'ancrages" pour la suite »161.Dans ce cas d'anaphore, le réfèrent est donné par le contexte,
soit directement (mention antérieure), soit indirectement (anaphore divergente) ; en cas
de deixis, il est donné par la situation d'énonciation, soit directement {in praesentia), soit
indirectement {in absentia).

1- La deixis in praesentia fait emploi de la situation immédiate (« Olivier, ferme bien la/cette
voiture ! » ; (avec pronom sans antécédent) « Attention, ne t'approche pas ! Il est
dangereux ! »).

Exemples :

o Eh ! Madame eh! Monsieur ! Comme il a été décidé de brigades de


nettoyage, il est tout aussi envisageable de charger un comité de vigilance
et de sécurité de la manif d’en extraire ces« instruments de la pagaille » utilisés
par les appareils répressifs de l’Etat pour porter atteinte à l’unité dans les
rangs des manifestants !
(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 26. 03. 2019)

2- La deixis in absentia se retrouve dans des expressions situationnelles indirectes qui sont :

a- la référence ostensive indirecte : le locuteur vise un objet présent dans la situation


d'énonciation pour renvoyer au véritable référent. Exemple : « Cet automobiliste a dû être
pressé. » Le locuteur pointe l'automobiliste, tout en laissant suggérer que c'est la
voiture qui est mal garée, la voiture étant le véritable référent ici.

Exemples :

o J’espère qu’après ce coming out, vous ne me détesterez pas.


o La logique humaine voudrait que l’on intervienne pour que cesse ce
« particide », ce « chitaticide ».

161
C.FUCHS, & P. LEGOFFIC, (1992) : « Les Linguistiques contemporaines : repères théoriques »,
Hachette, Coll. « Langue, linguistique et Communication », Paris, p. 133.
140
o J’admets enfin face à vous que je suis en symbiose orgasmique avec
cette« tuerie » partisane.(…) Pour cette raison - majeure à mes yeux- j’implore
de ne pas intervenir.
(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 25. 03. 2019)

b- la référence démonstrative non gestuelle indirecte : soit l'exemple « Ce train a toujours du


retard. », prononcé sur le quai d'une gare, sans mention antérieure, par un locuteur qui
attend le même train que son interlocuteur.

Exemples :

o Mais, je chemine déjà ! Et pour l’heure, tu me le barres, ce chemin.


D’ailleurs ; qui sont ces vénérables vieillards qui t’accompagnent ?
o Dis, l’ancêtre ! Peux-tu me tenir cette calebasse !
(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 15. 03. 2019)

c- la référence générique : soit démonstrative (« Donne-moi ce livre ! »), soit pronominale


(« Attention, ils sont dangereux ! » prononcé en présence d'un référent spécifique (des
chiens par exemple) pour avertir du danger qu'ils représentent en général).

Exemples :

o Tu vois, là, dans la foule des manifestants ? C’est un magistrat !


(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 18. 03. 2019)

o Exemple « Moad Bouchareb, FLN, marches populaires ». Ce nom, ce


prénom et ce sigle étant donnés ici seulement pour les besoins de la
démonstration, bien évidemment. Comme de bien évidemment, bien sûr !

o C’est là, inscrit sur mon tableau :en meeting à Oran, le samedi 23
février2019, Moad Bouchareb a lancé ceci aux marcheurs du 22, donc de la
veille.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 23. 03. 2019)

d- la référence définie (de situation plus large) : l'identification du référent est acquise par
la prise en compte d'éléments constitutifs de la situation d'énonciation ; soit l'exemple

141
« Le président Chirac s'en prend au chef de l'État. » Ici importe le pays dans lequel
l'énoncé est prononcé pour ainsi identifier clairement le référent « chef de l'État ».

Exemples :

o Chiffrage ! El fariq Gaid-Saleh ! Purée ! A lui tout seul, c’est tout une…équipe !Le:
28/03/2019
o Et nous, nous forons, nous creusons pour découvrir grâce au Docteur Ammar, dit
le «Spéléologue de Neuilly »le « Pouvoir Profond » !
o Le Parti Présidentiel, lui qui n’a de scientifique que sa petite calculette et les bilans
de sa SCI, sa Société Civile Immobilière ?
(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 27. 03. 2019)

e- l'emploi du pronom personnel « il » sans antécédent pour viser un référent non


présent : « Il va venir tout de suite ! » (prononcé par la secrétaire du docteur X au patient
qui l'attend)162.

Exemples :

o Il nous faut prier très très fort. Parce que la demande est énorme.(…) Peu importe,
prions avant qu’il ne soit trop tard !
(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 03. 03. 2019)

2.1.2.1 Les indices de personne

Généralement, ce genre d’indices fait partie de la première et de la deuxième personne,


soit-elle, au singulier (je/tu) ou au pluriel (nous/vous). En effet, la relation qui unit je au tu
permet de se poser comme sujet dans le discours, en relation avec un destinataire. Or, la
première personne du pluriel selon Benveniste, elle est une « désignation autique de celui qui
parle : c'est le nom propre dulocuteur »163. Quant à Ouzounova, il estime que « la catégorie
pronominale est envisagée dans un rapport nécessaire quand celui-ci est posé avec une instance personnelle
assumant sa parole. »(1996 : 2)164. Le journal constitue un locuteur collectif, le pronom
personnel « Je »n'y apparaît que lorsqu'on rapporte, les paroles d'un personnage en le nommant
:

162
https://fr.wikipedia.org/wiki/Deixis
163
E. Benveniste, (1974)., op. Cit., p. 200.
164
OUZOUNOVA, J. (1996) : « À propos des instances énonçantes (d'après La Jeune Parque de Paul
Valéry) » in « Sémiotiques », n°10, p. 2.
142
Exemples :

Mieux, et là, ceux qui n’avaient pas été encore choqués lorsque j’ai proposé
d’écrire à notre tour une lettre à Boutef vont l’être assurément (…) Je dévoile : en
retour, il faut que nous demandions nous aussi…pardon à Abdelaziz ex-1er, j’évite
une volée de bois vert. J’esquive un uppercut. Et je préserve mon visage d’une
giclée de crachats (…) Je peux enfin expliquer mon idée : Je souhaiterais que l’on
rédige à l’ancien régnant (…) Je le sens à votre mine qui s’apaise.
(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 04. 04. 2019)

Dans cet extrait tiré du quotidien algérien d’expression française « Le Soir d’Algérie », on
constate clairement que ce journal assume la référence, car il a utilisé le Nous :Ce nous "interne"
par lequel on associe l'énonceur, cela ne dépasse pas l'expérience perceptive, et un locuteur
dont la caractéristique est le sentiment d'association avec l'interlocuteur. Il s'agit donc de
lal’équipe de la rédaction. Le nous énonceur (ou plutôt interlocuteur) englobe le destinataire
ainsi que lecteur de ces écrits. Le second nous, locuteur, qui est au contact du public, va
exprimer le soutien du nous premier, et peut-être le renforcer dans sa demande. Le nous en
première instance peut aussi inclure l’ensemble des lecteurs malgré son hétérogénéité, si le
journal en question veut réellement insister sur la convergence des idées, sur une
"communautarisation" de l'activité d'écriture-lecture. Malgré la présence remarquablement
marquée du nous, on a par conséquent, une multi-dimensionnalité de la personnalité du sujet
énonciateur qui incarne une identité corporative. Dans l'exemple suivant, le nous désigne
exclusivement la rédaction, le locuteur-journal et il participe à la construction d'un éthos
discursif :
- Nous aurions dû le libérer et nous en libérer bien plus tôt. Nous ne l’avons pas fait !
(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 04. 04. 2019)

Le journal« Le Soir d’Algérie »s’interroge sur l’entité citoyenne et tente de présenter à ses
lecteurs"virtuels" une réalité qui est purement algérienne. Il affirme alors son identité
territoriale en tant que média algérien dont le public à son tour se veut exclusivement algérien.
Par conséquent, les interlocuteurs locuteurs-journal possèderont de facto un construit
commun sur la base duquel le sujet énonciateur fonde ses idées et ses opinions. Ces dernières
engageant en plus de ses lecteurs et toute la société algérienne (du moins par l’intention). De
ce fait, ces idées et ces opinions pourront être véhiculées de la sorte, avec patriotisme, voire
un brin de chauvinisme.

143
o Et ce n'est pas un chahut de gamins qui va nous faire dévier de notre
trajectoire continue dans la continuité
26-02-2019

o C'est notre signature, notre label, notre certification ISO machin chose…
11-03-2019

Dans ces exemples, le locuteur abstrait qu'est le journal « Le Soir d’Algérie » est un JE
s'adressant à des interlocuteurs virtuels. En effet, ses lecteurs ressemblent à une bouteille dans
la mère, elle ne connait ni destination, ni le destinataire. La situation d'énonciation dans le
premier énoncé permet l'implicite. Ce qu'il y a de commun entre le locuteur (leJE) et le public
(le VOUS), qui constitue la personne bipartie du nous, c'est probablement d'être en Algérie et
possiblement d'être des Algériens. Le locuteur présent dans cet énoncé décrit la réalité.
Cependant, dans le cas du deuxième exemple, le journaliste H. mènera tous les Algériens au
Paradis du cachet international de référence (ISO), il s'agit d'une évaluation du locuteur dont
les marques sont implicites dans le nous, répété trois fois consécutives dans le même énoncé.
Cette évaluation a des fins pragmatiques car il s'agit d'orienter favorablement le jugement de
ses interlocuteurs.

Le langage, l'énonciation métamorphosent l'environnement ainsi que les


représentations mentales tant des lecteurs que celles des auditeurs. Pour cela, l'autonyme nous
aura l'objectif d'ériger un destin commun entre les lecteurs et leur journal, communauté à
laquelle le sujet évoqué par le journaliste, ne semble pas lui appartenir. Le produit en question
étant un facteur d'union nationale. Le journaliste joue à son tour sur les sentiments
commercio-économiques du pays pour se poser comme sujet Algérien dans la situation
algérienne de la parution du journal : l’Algérie est engagé dans une production internationale
de ce produit et aucune entité "nationale" n'y est insensible, aucune n'est neutre devant les
nombreux débats en cours. Comme quoi ce n'est pas un raccourci que de dire que l'image de
l’Algérie devant l'étranger est en jeu, un sentiment d'appartenance nationale émerge.

Par ailleurs, lorsque le chauvinisme cède sa place au pédagogisme, notre quotidien « Le


Soir d’Algérie »journal se soustrait de la réalité de lecteurs pour une meilleure interpellation.
Cette dernière peut être directe dans les textes écrits ainsi que le point d'exclamation où
l’intonation est marquée par une certaine ascendance et qui formeraient à leurs tours des
procédés d'écriture permettant l'oralisation, la modification de la situation de communication.

144
o J’espère qu’après ce coming-out, vous ne me détesterez pas. J’ose même
espérer que vous continuerez de me faire l’honneur de votre fidélité
journalière. Le: 25/03/2019

o Oui, je sais que c’est pervers, tordu de chez tordu, mais je vous ai avertis, je
n’allais pas vous faire des révélations d’écoliers boutonneux(…) J’admets
enfin face à vous que je suis en symbiose orgasmique avec cette « tuerie »
partisane. Le: 25/03/2019

Contrairement au nous d'égalité psychologique, le vous qui établit une situation de


hiérarchie entre les participants à la communication. Pour comprendre l'usage du vous dans les
énoncés ci-dessus, il faut le considérer comme relevant d'une propriété du discours de presse
que Kronning (2002) appelle discours de la catégorie médiative. Cela signifie que le locuteur
reprend une information empruntée à un énonceur donné (dans ce cadre appelé locuteur-
source).
Nous pouvons également penser ces énoncés comme des interprétations de discours en
circulation dans le sens de Laurence Rosier, « un discours (qui) doit avoir fait l'objet de plusieurs
transmissions et progressivement s'imposer comme une évidence, par sa transmission »165. Ces
interprétations donnent lieu à de nouveaux discours sur le thème, discours positionnant le
locuteur comme source et transmetteur d'information. La particularité de l'allocutaire ici c'est
qu'il ne peut répondre directement à son interlocuteur, la situation de communication
immédiate entre le journal et ses lecteurs refusant la co-locution. La conséquence de cette
pseudo co-locution est la valeur de vérité générale attribuable à l'énoncé, valeur que l'on
reconnaît aux maximes et proverbes. Cette valeur se retrouve même dans les énoncés moins
impératifs :
En guise de conclusion, on peut dire que le locuteur-journal manifeste solennellement
une certaine identité idéologique par les pronoms personnels de la première personne du
pluriel. Ces marques grammaticales expriment souvent le caractère collectif de l'ontologie du
locuteur et ciblent à démontrer un locuteur social, comme ayant des traits identitaires avec ses
lecteurs-destinataires. Par ailleurs, nous remarquons en face une faible proportion de pronoms
de la deuxième personne qui illustre le souci constant du locuteur de ne pas se disjoindre de
ses lecteurs. Or, le sentiment d'appartenance à une patrie commune, à un pays unique est un

165
L.Rosier, (1999) : « Le Discours rapporté. Histoire, théories, pratiques », Duculot, Louvain-La
Neuve, p. 160.
145
vecteur du sentiment d'interpellation et d'adhésion du lecteur par les sujets développés et donc
un argument d'attraction.

2.1.2.2.Les indices de temps et de lieu


En outre des indices de personnes, viennent s’ajouter des unités de repérage et des
points d'ancrage du texte à la situation d'énonciation, qu’on peut appeler de marqueurs de
temporalité et de localisation spatiale. En effet, ces indices permettent d'assigner des « valeurs
référentielles » aux éléments de l'énoncé par rapport à l’énonciateur. Entre ces unités et le
contexte, se tisse une relation d'interdépendance, or que Calame pense qu'il y a non
uniquement échange entre le contexte signifiant de production du discours et ce discours
même, mais il y a une reconstitution mutuelle caractérisée par méditation du sujet parlant,
voire énonçant, de l'un par l'autre et de l'un dans l'autre166. Il ne s'agit donc pas seulement de
constater le statut du sujet et de son contexte situationnel dans le discours, mais nous devrons
absolument délimiter l'impact dudit contexte sur le comportement linguistique, sur la
perception du sujet. Les unités linguistiques du système indiciel du temps et de l'espace
s’entrecroisent dans le carrefour de la catégorie des verbes (et des temps) et des adverbes.

Par conséquent, la référence énonciative constitue un procès dans l'une des époques du
temps. Le temps dont il s'agit n'est pas du temps « indivis », mais bien un temps actualisé, le
temps triparti167. En d’autre terme, c'est un temps dont la localisation se fait en une série
d'époques se succédant sur la ligne progressive du temps. Les répartitions sont obtenues suite
à un point d'origine. Ce point dit d'origine dans le système est appelé « l'appareil formel de
l'énonciation » est le présent, pas le présent "réel", pas celui de la coïncidence avec le moment de
production du discours (parce que la communication ici est différée), mais un présent "absolu".
A partir du moment de l'énonciation, nous pouvons donc envisager l'avenir. Les
indices comme "bientôt" constituent des marques de la situation d'un moment à venir non
encore délimité, ni déterminé par rapport à celui du jour ou de la période de parution
(d'énonciation) du journal en question. Cela dépend de la prépondérance du temps
psychologique, insaisissable qui amène l'annonce de la situation encore incertaine.

166
Geneviève Calame-Griaule (2009) : « Ethnologie et langage. La parole chez les Dogon », 3e édition revue et
corrigée, Limoges, Lambert-Lucas, 600 p., bibl., ill, p. 15.
167
Ibid., p. 248.
146
3. Les modalités

En effet, la modalisation est établie lorsque « un locuteur nuance ses affirmations,


émet des réserves, fait des restrictions »168; et c'est à l’aide de la catégorie des modalisateurs,
c'est à dire des procédés signifiant qu'il annonce « le degré d'adhésion (forte ou mitigée
/incertitude/ rejet) »169, vis-à vis aux propos qu'il déclare.

C’est particulièrement ce type d’activité langagièreaui sert à organiser le discours


qu’Orecchioni appelle« subjectivité au second degré »et dont le domaine de l’analyse du
discours doit prendre en considération

Par conséquent , les modalisateurs signifient l’ensemble des unités linguistiques, ou


l’ensemble des substantifs qui créent et cachent un jugement ou un sentiment spécifique
dans l'énoncé , cela veut dire que les articles journalistique ,et à l'aide de ces éléments le
journaliste affirme et déclare un jugement ou une valeur , il peut aussi nuancer des
évaluations, par le fait qu’il recouvrent des formes linguistiques porteuses « D'un jugement
intellectuel , d'un jugement affectif ou d'une volonté qu'un sujet parlant énonce à propos d'une
perception ou d'une représentation de son esprit »170.

4. Modalisation et point de vue

La modalisation est une manifestation caractérisée par le recensement de l'ensemble


des procédés qui autorisent de trouver le point de vue du locuteur (sa subjectivité, ses
préférences, ses sensations). Une modalisation peut exprimer :

- soit une certitude plus ou moins forte ;

- soit une évaluation positive ;

- soit une évaluation négative.

Exemple 1:

Alors, oui L’histoire du nouveau fleuve est déjà écrite


(17.09.2013).

168
C. ABASTADO, (1980) : « Message des médias », CEDIC, p.124.
169
C. KERBRAT–ORECCHIONI,(1980) : « L’énonciation : de la subjectivité dans le langage »,
A. Colin, Paris, p. 133.
170
G. E. SARFATI : Op., cit, p. 23.
147
Dans cet exemple, le journaliste vise la naissance d’une nouvelle Algérie. Ici l’énoncé
annonce une certitude forte affirmée par le verbe "être ".

Exemple 2:

o Les « forces extérieures qui nous veulent du mal » ! ……………….


o (07-03-.2013).

Ici, il s'agit d'une évaluation négative par l'emploi de l’adjectif mal " qui veut dire, la
mauvaise situation politique et l’intervention des pays étrangers dans les affaires intérieures
de l’Algérie .

Exemple 3:

o Par son autisme, on peut être un peu sourd. Franchement sourd.(17.03.2019).

De même dans cet énoncé , l’évaluation est jugée négative par l'emploi de

l’adjectif masculin singulier "sourd", et le non masculin autisme Cela signifie, avoir
le silence, ne pas parler, le régime n’aime pas intervenir pour régler les problème du peuple.

Exemple 4:

o Et surtout montrer que nous sommes polis, civilisés et propres dans notre tête
comme mans les rues que nous nettoyons après les manifs du vendredi.
(08.04.2019).

Ici c'est une évaluation positive pour ce public, par l'emploi des adjectifs

4.1. Les procédés de modalisation

Parmi les procédés de modalisation, on peut employer dans les chroniques dans le
journal en question :

4.1.1. Un vocabulaire péjoratif

Quant au vocabulaire péjoratif, est un vocabulaire qui contient une idée de mal qui
déprécie la personne ou la chose ciblée, en atténuant sa valeur marchande par exemple.
Déprécier, c'est ne pas apprécier à sa juste valeur en la déconsidérant afin de dissimuler sa
vraie valeur en émettant à son propre sujet des jugements défavorables.

148
Exemple:
-Elle trahit une méconnaissance profonde de notre société
-l’Algérie bourré de fautes , de jugements fantaisistes et d’approches à sa
limites de l’orientalisme malsain
(08.03.2019).

Les expressions soulignées comportent deux mots qui sont à souligner ici dans ces
énoncés, toujours dans le journal "Le Soir d'Algérie" sont toutes ces expressions expriment
sans exception, l'inclusion et la conception de touts genres de déceptions avec toutes ses
confusions, ce qui révèle un désespoir inévitable sur tous les

plans . En résumé, le mot « déception » est dit péjoratif, parce qu'il est venu lui-même
décevoir les algériens. C'est un concept qui comporte une idée dépréciative de la chose
désignée (l’Algérie), en diminuant les valeurs positives .

4.1.2. Un vocabulaire mélioratif

Tout simplement est un vocabulaire qui marque ce dont on exprime avec une manière
favorable, c'est-à-dire qui comporte des circonstances convenables pour se déployer et se
satisfaire. Ce vocabulaire mélioratif présente de bonnes dispositions à l'égard de quelqu'un ou
de quelque chose.

On utilise un vocabulaire mélioratif (ou appréciatif, laudatif) dans le but de traduire


un point de vue positif, valorisant ; qui peut comporter des compliments, ou on trouve des
paroles qui manifestent le respect que l'on porte à quelqu'un. Bref, c'est un louange, par lequel
on manifeste un jugement favorable à son emetteur.

Exemple

o BOUTEFLIKA nous a été envoyé par Dieu(27.02.2019).

L’expression qu'il faut souligner dans cet énoncé de la chronique du journal " Le soir
d'Algérie" est sans doute "envoyé par Dieu ", ce qui signifie que, BOUTEFLIKA à encore et
pour toujours doit rester au siège d’El-Mouradia, , malgré son état de santé critique, basculé
par les délais. Le président, même en chamboulant en quelque sorte le protocole, il a fait son
déplacement jusqu'à El-Mouradia et satisfaire à l'obligation institutionnelle de réunir et
présider le conseil des ministres.

149
Or est un président ambitieux, même s'il n'arrive pas à se lever de sa chaise, c'est tout
le problème de l’Algérie.

a- Des phrases exclamatives pour la traduire des sentiments forts, une émotion vive.

Exemples :

o C’est comme ça ! ………………………………………..(04.03.2019)


o « salmiya ! salmiya ! »-------------------------------------- (01.04.2019)
o C’est pas sérieux khouya ! ----------------------------- (23.02.2019)
o Comme la trompe l’éléphant ---------------------------- (12.03.2019)
o Ce doit être les spirales------------------------ (28.03.2019).

C'est un ensemble des énoncés extraits du journal quotidien francophone " Le Soir
d'Algérie", dans la rubrique qui figure désormais à la fin du journal, « Pousse avec
eux »l'exclamation est employée par le journaliste énonciateur afin de soupçonner des
impressions et des émotions. Or, le locuteur est alors appelé à avouer ces sentiments . Le
type exclamatif est souvent traduit par l’emploi de l’ adverbe (comme ! que!) ou un
déterminant exclamatif (quel!).

L’exclamation peut s’associe avec les autres types de phrases, interrogatives,


déclaratives ou injonctives.

Néanmoins, Ces phrases exclamations citées exemples ci-dessus,ne sont pas


employées pour poser des questions implicites, néanmoins, elles les y sont pour traduire
l'étonnement discerné par le journaliste de cet article devant cet ensemble de phénomènes ou
de choses désignés (tristesse, francophonie, vacances, l'arabisation et le dinar). Ces phrases
exclamatives sont distinguées par l’usage d’un signe de ponctuation qui est le point
d'exclamation sur le plan graphique, qui a un impact sur le plan de l’oral en marquant une
intonation descendante et allongée.

b- Les auxiliaires modaux pour conjurer la probabilité ou la nécessité

En effet, on nomme un auxiliaire de mode les modaux comme devoir, pouvoir et


falloir suivis de l’infinitif à fin de manifester la probabilité, la vraisemblance, ou la nécessité.

c-Le conditionnel pour évoquer l'incertitude absolue, ce mode est personnel, il manifeste
une action incertaine, soumise à des circonstances particulières, c'est, en quelque sorte,
apporter le lecteur au monde de l'imaginaire et de fiction.
150
d- Les verbes de sentiments ou d'opinion comme craindre, penser, estimer, croire, etc.
Nous pouvons aussi rajouter : les structures syntaxiques (verbe - sujet…), décalage énonciatif
de divers ordres (ironie, discours rapporté…) signaux typographiques (guillemets)…

Comme nous pouvons aussi faire aussi appel aux : aspects verbaux : accompli, non
accompli, mais aussi « Certaines transformations libres : négation, passif facultatif,
nominalisation : une négation implique toujours l'existence ou la présence qui est niée ; le
passif permet de supprimer l'agent ; la nominalisation neutralise les valeurs temporelles et
modales »171.

Néanmoins, ce découpage est imprévisible, nous allons nous appuyer dans notre
travail sur le classification faite par C.K. Orecchioni, qui recouvre une grande parti de ces
fragments dans la catégorie des modalisateurs, et qui classifie les autres catégories comme :
décalage énonciatif ou signaux typographique sous d'autres titres (dans un journal, ces
éléments conditionnent la lecture, en donnant un volet d'oralité au texte. Cependant la
typographie et la mise en page d'un article en précisant avec cette manière, la réception et
déchiffrement.

5. Les adjectifs

L’adjectif est une unité lexicale qu’on ajoute expressément au substantif avec
lequel il est attribué, il le qualifie ou il le identifie, l’adjectif permet aussi de porter une
appréciation à une personne désignée. Cette classe de modalisateurs bien déterminée
est l'une des plus édifiantes ; instructive et constructive, en ce qui concerne le stockage
et l'accumulation des autres unités surtout en charge subjective.

En outre, à l’aide de cette catégorie, l’énonciateur révèle, en montrant «la place d’où
l'on énonce »172 et surtout à indiquer, « la place d’où l'on énonce surtout pas »173. Par biais de
l’adjectif , le locuteur veut produire des appréciations, ou attribuer un jugement, c’est-à-dire
un point de vue employé par l’énonciateur dans les descriptions, par exemple, les adjectifs
objectifs et les adjectifs subjectifs servent à donner un certain détail qui appartient au locuteur,
dans le but de donner ou d’ajouter une information sur telle chose : « des jugements de valeur,

171
C. ABASTADO : Op., cit, p. 125.
172
D. MAIGUENEAU, (1991): « L’analyse du discours ». Ed, Hachette, p.33.
173
Ibid.
151
il les situe par rapport à des catégories d'opposition comme bien /mal, mélioratif/ péjoratif…
»174.

Cette classe un peu complexe, retient un large panel d'adjectif qui renferme selon
une hiérarchie, un très grand nombre de qualificatifs ; auquel D. Maingueneau incorpore «
Les unités lexicales qui lui sont liées derivationnellement»175classées selon le degré de leur
charge subjective.

Objectif……………Célibataire…………………Jeune

Subjectif……….………..Petit..……………………..Bon176

Dans notre travail, nous avons basé sur la classification du découpage proposée par
C.K Orecchioni, et qu'elle l’indique comme suit177:

Adjectifs

Objectifs. Ex:
célibataire/marié Subjectifs
Adjectifs de couleurs
Mâle / femelle

Affectifs. Ex: Evaluatifs


Poignant
Drôle
Pathétique

Non axiologiques :
Grand Axiologiques :
Loin Bon
Chaud Beau
Nombreux Bien

174
Ibidem., p. 11.
175
Ibidem.,p.120.
176
L’axe graduel de la charge subjective des adjectives selon : C.K ORECCHIONI: « L’énonciation »,
Ed. Armand Colin .1999, p. 81.
177
Classement des adjectifs selon : C. K. ORECCHIONI : Op., cit, p.94.
152
La détermination du découpage est très primordial, comme le souligne C. K
Orecchioni, il est important alors de: «Prendre conscience du fait que l'axe d'opposition
objectif /subjectif n'est pas dichotomique, mais graduel »178. Cette précision s'ajoute à un
autre constat qui prouve que les « Unités lexicales sont en elles-mêmes (en langue) chargées
d'une dose plus ou moins forte de subjectivité »179.

Par conséquent, le journaliste énonciateur essaye de refléter" la réalité", tout en


produisant un discours subjectif inconsciemment. Dans ce sens , le journaliste dévoile
implicitement ou explicitement, les jugements, conscients ou inconscients en revendiquant les
actualités : «Le monde est une représentation »180.En somme, il expose des interprétations,
des expressions qui reflètent des points de vue et qui remettent en cause le penchant,
idéologique, philosophique, psychosocial du le journal" Le Soir d'Algérie" est foncièrement
subjectif. Les mots sont de ce fait qui confectionne ces titres

5.1. Les adjectifs objectifs

Ce genre d'adjectif est décrit par C.K Orecchioni comme force qui sert souvent à
«gommer toute trace de l'existence d'un énonciateur individuel »181. Selon elle, sa présence
est indispensable dans toute construction discursive, sous prétexte, qu’ils marquent et en forte
puissance une neutralité et une distanciation flagrante du moi du journaliste, par ses écrit il
démontre « Neutralité de surface »182.

Selon D. Maingueneau, cette typologie adjectivale sont : « Définissables


indépendamment de toute énonciation particulière et permettent de délimiter des classes »183.
Par conséquent, le récepteur ne cherchera jamais à prendre en considération celui ou ceux qui
s’exprime(nt) dans le discours émis, ni les circonstances de production afin de les interpréter
le récepteur n'a pas besoin de : « Nécessairement de prendre en considération la personne

178
C.K.ORECCHIONI: Op., cit, p.81.
179
Ibid.
180
P. BOURDIEU: Op., cit, p.101.
181
C. K. ORECCHIONI, (1999): Op., cit, p.80.
182
G.E.SARFATI: Op., cit, p. 47.
183
D. MAINGUENEAU, (1993) : « Elément de linguistique pour le texte littéraire », Ed. Dumond,
Paris, p.123.
153
qui l'exprime ni les circonstances dans lesquelles elle s'exprime (...) afin de les
interpréter »184.

Exemple :
-un jour peu être scientifique désœuvrés (10-04-2019)
-ni lampe économique à spirales blanches. (01-04-2019)
-Et….rien ! ils ne trouvent pas d’explications logiques , scientifiques à ce réveil (03-
03-2019)
-Et conclure par la voix du conseil constitutionnel à la vacance du peuple . ( 24-02-
2019)

Par l’emploi de ces adjectifs le journaliste essaye en quelques sorte de se distancier,


malgré l’emploi fréquent des adjectifs. Peu importe le positionnement de ces derniers, qu’ils
soient antéposé ou postposés, sa cible est d’exercer son propre appui sur son lectorat.
D’ailleurs, nous pouvons trouver des adjectifs jugés objectif dans notre corpus. Cependant,
ils peuvent endosser dans d’autres exemples, une signification subjective et appréciative dans
ces discours.

Par conséquent, le discours journalistique est objectif, car le journaliste revendique


des exigences et des contestations ; d'ailleurs nous pouvons retrouver facilement les marques
d'objectivité, traditionnellement jugées comme objectives dans notre corpus (la chronique du
journal quotidien d'expression française "Le Soir d'Algérie"). Pour plus d’éclaircissement
nous avons classé les adjectifs cités dans nos articles selon la grille de C.K Orecchioni, dans
la liste suivante:

5.2. Type d'adjectif

5.2.1. Adjectifs dénotant un état ou une appréciation particulière

- -je joue volontairement aux oiseaux de mauvais augure (06-04-2019)

-les revers des vestes de costumes comme les lourdes médailles des anciens du politburo
(06-04-2019)

184
C. K. ORECCHIONI: Op., cit, p. 166.
154
-l’essence jeune du mouvement du 22vire au vieux gazole polluant ! (06-04-2019)

-une rafle géante du peuple le hurlant (24-02-2019)

Exemples :

5.2.2. Adjectifs dénotant une appartenance ethnique ou religieuse


-micros-trottoirs sont aujourd’hui pris de vitesse par des orateurs parfaits arabisants. (06-
04-2019)
-ça m’a aussitôt rappelé certaines scènes iraquiennes (26-02-2019)

Exemples :

-les faire ériger par les chinois et les turcs (24-02-2019)

5.2.3. Adjectifs relevant l’appartenance ou trait géographique

-ni cette horrible pub sur la halva turque « chamia » (01-04-2019)

-Qu’ils avaient besoin de se sortir un peu de la routine avec le Nord-coréen

(26-02-2019)

Exemples :

5.2.4. Les Adjectifs numériques


- LE 4,75, idem ! Parti ! Le 5, n’en parlons meme pas ! A peine apparu.
(28-03-2019).
-« mais t’es fou ! Le 107, c’est la fin de tout » (28-03-2019).
-Et là, on me susurre que le 102est en ballottage. (28-03-2019).
-nou retrouvons maintenant avec deux scrutins et une salinité de la note
(05-03-2019)
-répertorier ceux qui ont distinctement scandé des slogans contre le 5 ème mandat ? (24-
02-2019)
-Mais ils étaient des millions ! (24-02-2019)
-pour faire la nique à toutes ces vingt dernières années (24-02-2019)
155
4.2.6. Les adjectifs de couleurs et de justice

Exemples :

-ni lampe économique à spirales blanches. (01-04-2019)

-ni rasoir Bic jetable ! ni Ibiza siège rouge (01-04-2019)

-ni de sac à dos rose fluo avec la fatcha de Dora (01-04-2019)

Exemples :

Après avoir élaboré cette liste, nous pouvons apporter un commentaire particulier dans
ce sens, en ce qui concerne : les adjectifs de couleurs dans « Le soir d'Algérie », en effet,
même si ces adjectifs font partie de la catégorie des objectifs, ils donnent, dans notre corpus
une coloration très particulière aux évènements décrits, car ils expriment un point de vue et
apportent une appréciation connotée, au-delà de toutes les définitions dictionnairiques, or en
dépassant le périmètre sémantique de la signification dans son état premier.

Par conséquent, même si ces adjectifs, font traditionnellement partie des adjectifs
objectifs, ils peuvent endosser, prendre la responsabilité comme dans ces exemples, une autre
signification subjective et appréciative sur les informations.

5.3. Les adjectifs subjectifs

Prétendument ce classement est antérieurement lié aux jugements de valeur et aux


jugements appréciatifs, on peut le subdiviser en deux grandes catégories:

a- Les adjectifs affectifs, qui concernent les affects, les sensations, les émotions,
les sentiments et les états affectifs provoqués par des impressions.

b- Les adjectifs évaluatifs : ils concernent les appréciations et les jugements de


valeur, qui déterminent ces valeurs d'une manière approximative.

156
La présence de ces deux catégories révèle les sentiments, les valeurs ou l'opinion de
l'auteur, c'est-à-dire qu'ils montrent l'effet des évènements sur les locuteurs. Contrairement des
adjectifs objectifs, les adjectifs subjectifs se caractérisent souvent par des contours flous car
ils portent une charge supplémentaire, cette charge subjective implique de gré ou de force son
énonciateur dans son propre discours ; parce que ce genre d’adjectifs dépend obligatoirement
de son cotexte ou de sa situation d’énonciation ; Car ils sont soumis au facteur spatio-
temporel de réalisation. A ce propos, D. Maingueneau affirme que : « les adjectifs ne
s'interprètent qu'à l'intérieur de l'énonciation singulière dans laquelle ils figurent ».185

Exemple :

-Un ancien président d’assemblée même pas de foutugarder son perchoir (05-
03-2019)

L'adjectif dans cet énoncé extrait du " Le soir d'Algérie" est placé avant le nom «
président » (antéposé). Ce placement peut affecter au sens ; au lieu de dire « un président
ancien», on postposant l'adjectif et en attirant l'attention des lecteurs sur le nom, l'inverse s'est
produit.

5.3.1. Les adjectif affectifs

Cette catégorie renferme tous les adjectifs impliquant « en même temps qu’une
propriété de l'objet qu'ils déterminent »186. Qui suscite une réaction émotionnelle, une
impression, ou un engagement affectif de la part de l'énonciateur ; par exemple de la pitié, de
la sympathie, de la colère, de l’indignation, du mécontentement, ou de la souffrance.

Dans ce sens, C. Kerbrat Orecchioni affirme : « les adjectifs affectifs énoncent, en


même temps qu'une propriété de l'objet qu'ils déterminent une réaction émotionnelle du sujet
parlant en face de cet objet »187.
Dans notre corpus nous pouvons détecter les adjectifs affectifs figurés dans les
exemples suivants :

Exemples :

-« non, c’est pas possible » (05-03-2019)

185
D. MAIGUENEAU, (1993): Op., cit, p. 123.
186
D. MAIGUENEAU, (1993): Op., cit, p. 122.
187
C. K. ORECCHIONI, (1999): Op.,cit, p. 95.
157
-ça parait évidentpour peu (28-03-2019)

-C’est dangereux pour un avion (13-04-2019)

-les exemples sont nombreux (14-03-2019)

-un statut d’éternels mineurs placés sous tutelle éternelle (07-03-2019)

-ceux qui nous dirigent d’ici ou des hôpitaux (07-03-2019)

-nous cherchons encore et encore ce bien immense que leur gouvernement nous
aurait fait (07-03-2019)

-un redressement aux petits oignons

-ma vénérable maman (09-04-2019)

-cette expression géniale (04-03-2019)

- On est mal, très mal, tellement mal que rien n’y suffira ! (03-04-2019)

Nous sommes condamnés à nous trouver sur cet essentiel-là (03-04-2019)


C’est mêmesouhaitable pour la bonne santé (03-04-2019)
Va pouvoir compenser un peu ses notes catastrophiques en maths.

(25-02-2019)

-le « saut dans l’inconnu » serait mortel pour le pays (14-03-2019)

-De longue vue, aussi.(26-02-2019)

ce répertoire est composé d’un ensemble d'adjectifs teintés , d’où Hakim LAALAM
cherche à évoquer les mêmes émotions ou sentiments qu'ils ressent , chez celui qui le lit ou
l'écoute ; et cela dans un but bien précis , résumé par C.K. Orecchioni comme tel « (…) en
affectivisant ainsi le récit , l'émetteur espère que la répulsion , l'enthousiasme ou
l'apitoiement qu'il manifeste atteindront par ricochet le récepteur , et favoriseront son
adhésion à l'interprétation qu'il propose des faits »188.

Malgré le désir d'objectivité proclamé explicitement, émis et proclamé par notre


quotidien " Le soir d'Algérie " , nous avons constaté l’emploi presque abondant de ce type

188
C. K. ORECHIONI, (1999): Op., cit, p. 140.
158
d’adjectifs . Leur charge affective est très puissante, cela dénote que la subjectivité est de
nature humaine, car elle exerce un taux considérable d’implication dans le discours du
journaliste concernant ce Hirakpesant.

En conséquence, nous remarquons l'usage de ces adjectifs affectifs qui marque


étonnement et la stupeur, comme génialeceux qui connote le choc et la peur , le cas de
dangereux ainsi, il ya ceux qui éclaircissent un état ou une appréciation un peu particulière, le
cas de , vénérable .le journaliste accentue une image dramatique qu’il veut dessiner aux
lecteurs, et cela par le biais de ces adjectifs attribués.

5.3.2. Les adjectifs évaluatifs

la définition de ce type d’adjectifs proposée par Larousse est la suivante: « On appelle


méthode évaluative, la procédure par laquelle, on analyse le contenu, on soumet aux sujet des
propositions dont ils ont à établir les termes, ou qu’ils ont à apprécier. Généralement, les
jugements à porter sont réduits à des réponses par plus ou moins. Ainsi, on classe les sujets
ou les groupes selon le degré qui est choisi le plus fréquemment »189.

Cette classe représente l’ensemble des adjectifs évaluatifs par lesquels l’énonciateur
cherche à inclure son énonciataire par ses valeurs et son point de vue; pour que ce dernier les
admettre avec souplesse implique un jugement de valeur émis par celui qui énonce.

En effet, ce genre d’adjectifs est étroitement lié à des cotextes minutieusement


déterminés, ils sont encore utilisés pour apporter des rhèmes en plus à leurs thèmes , non pas
« une information classifiant sur le nom »190, mais plutôt « une appréciation déterminante à
son sujet »191.

Dans ce sens , Kerbrat Orrechioni déclare que : « les adjectifs évaluatifs sont tous
subjectifs dans la mesure où ils reflètent certains particularités de la compétence culturelle et
idéologique du sujet partant, mais ils sont à des degrés variables »192.

Dans notre corpus pris dans trente articles de la chronique « Pousse avec eux » du
quotidien « Le Soir d’Algérie », nous avons cité la catégorie précédente qui est la plus complexe,

189
LAROUSSE, (2014) : « Le dictionnaire Linguistique et des sciences du langage ».
190
D. MAIGUENEAU, (1993): Op., cit, p.125.
191
Ibid.
192
L. K. ORRECHIONI: Op., cit, p.106.
159
elle engendre deux grandes sous-catégories ; une classe d’adjectifs évaluatifs non
axiologiques et une seconde classe qui concerne les adjectifs évaluatifs axiologiques.

5.3.2.1. Les adjectifs évaluatifs non axiologiques

Cette catégorie parait un peu particulière car il comprend « Tous les adjectifs qui, sans
énoncer de jugements de valeur, ni d’engagement affectif du locuteur (…) impliquant une
évaluation qualitative ou qualitative de l’objet »193. Elle enchaine en disant que ces degrés de
variabilité sont soumis à des changements qui dépendent des sociétés dans lesquelles ils
survivent .Néanmoins, ils peuvent être stables et immuables au sein de la même communauté
linguistique.

Dans notre corpus nous avons trouvé ce type d’adjectifs dans plusieurs énoncés et nous
avons les répertoriés dans les exemples suivants :

Exemples

-Pour cet être doté de pouvoirs extraordinaire et capable de changer une créature fermée
à notre monde, traceuse au quotidien de lignes rouges à ne pas franchir en… Gandhi des
temps « modernes » (30-03-2019)

-Je ne peux pas aller plus loin ! (30-03-2019)

-une rafle géante du peuple hurlant pacifiquement ! (24-02-2019)

-Le tour suprême dont rêvent tous les magiciens (30-03-1-2019)

-A ton programme et aux attentes de tes « très très très nombreux électeurs » (23-02-
2019)

-Une pensée aujourd’hui pour un grand homme --------------------- (20.02.2019).


-L’horreur absolue !C’est pour des raisons qu’il faut se contrôler dans les moments
de grande colère. C’est dur ? (02-04-2019)

-Par la force de leur solitude du grand large, ont inventé cette autre
expression géniale (04-02-2019)

-Dans les temps glorieux des courses et autres traversées de la flibuste et de

193
Ibid., p. 97.
160
la piraterie. (04-02-2019)

- une super calibrée , une bien dosée (02-04-2019)

-Cette désagréable sensation de culpabilité profonde (02-04-2019)


-De la bonne grosse ouvrage d’état répressif (11-04-2019)
-C’est sain ! C’est même souhaitable pour la bonne santé. (03-04-2019)

-Montrer que nous sommes polis ,civilisés , et propres dans notre tête (08-04-2019)

Néanmoins, les adjectifs choisis ont été sélectionné selon le sens global du dénoté et
en fonction de contextes qui pourra également modifie ou change le sens principal du
substantif qualifié.

D’une première vue, nous remarquons que, dans quelque exemples les adjectifs sont
antéposés, par opposition aux autres où ils sont postposés .Cela n’est pas émis par hasard, au
contraire une construction pareille est bien étudier avant d’être oralisé devant les lecteurs.

Cette norme est jugée relative car elle est posée les locuteurs d’une société, par
conséquent, elle n’est pas forcément la même d’une communauté linguistique à une autre. A
ce sujet, C. K. Orrechioni souligne : « L’usage d’un adjectif évaluatif est relatif à l’idée que le
locuteur se fait de la norme d’évaluation pour une catégorie d’objet donnée»194.

Cette catégorie des adjectifs évaluatifs non axiologique a une charge objective qui
qualifient des objets, personnes ou situations…etc. C’est-à-dire qu’ils ne font pas parti de
leurs trait qualificatifs habituels ; mais ce sont des éléments ajoutés et attribués par
l’énonciateur.

D. Maingueneau a également évoqué cette idée en déclarant : « Les évaluatifs non-


axiologiques supposent une évaluation(…) fondée sur une double norme, interne à l’objet et
spécifique à l’énonciateur. Autrement dit l’emploi de ce type d’adjectif dépends de l’idée que
l’énonciateur se fait de la norme d’évaluation convenable pour une catégorie d’objet
donnée »195.

194
L. K. ORRECHIONI: Op., cit, p.97.
195
D. MAIGUENEAU, (1993) : Op., cit, p.122.
161
D’ailleurs, tous les adjectifs modifient le sens du mot d’une signification à une autre,
qu’il soit explicite ou implicite,et cela, tout dépend aux différentes situations de
l’énonciation du discours, par conséquent la prise en charge des conditions de la réception
qu’effectue le contexte vis-à-vis l’interprétation de ces adjectifs.

5.3.2.2. Les adjectifs évaluatifs axiologiques

Cette catégorie est plus subjective que celle qualifiée de particulière, elle repose sur deux
règles.

a. La première règle stipule que : « on ne peut pas comparer axiologiquement que les
objets qui appartiennent à la même catégorie ».

b. La deuxième règle certifie que tous ces jugements sont dépendants car ils sont
soumis à des normes spécifiques des jugements relatifs au système d’évaluation des
locuteurs (ethnique, stylistique, déontologique…etc.). ce genre d’adjectifs vise des
prises de position (en faveur ou à l’encontre d’un objet , d’une situation ou d’un
évènement ), de la part de locuteur , à cet égard, D. Maingueneau déclare : « Une
double norme liée à l’objet support de la propriété et à l’énonciateur(…) »196, il
ajoute encore à cette idée : « qu’il ne faut pas oublier que les jugements de valeurs
les plus « personnels» s’appuient sur des codes culturels et que suivant les contextes,
le même adjectif apparaîtra plus au moins subjectifs»197.

Ces adjectifs sont soumis à des prises de position du locuteur qu’elles impliquent dans
notre corpus, l’émergence des adjectifs axiologiques dans notre corpus, nous citons les
exemples suivants :

- Ça dort peut être pendant les conférences internationales (11-04-2019)


- De la bonne grosse ouvrage d’état répressif comme on n’en avait pas vu depuis le 22
Février (11-02-2019)

196
Ibid.
197
Ibidem.
162
- Je préfère de dire maintenant, même au risque d’être traité de parano professionnel
(06-04-2019)
- Le grand corps malade s’en fout un peu des interrogations des médecins.
- (03-03-2019)
- Et c’est beau tous ces Grands Corps Malades (03-03-2019)
- Juste amateur de randonnées pédestres
(03-03-2019)
-Fouiller les sacs pour y confisquer les téléphones portables ?(24-02-2019)
-Que la rue qui a produit la plus belle des fresques mondiales (10-04-2019)
- Est-ce que les mecs et les nanas de l’opposition sont sérieux ? (23-02-2019)
-Pays en crise économique avec des réserves de change en chute libre. (05-03-2019)
- Cette désagréable sensation de culpabilité profonde (02-04-2019)
-Que le saut dans l’inconnu serait mortel pour le pays (14-03-2019)

Ces adjectifs ne sont pas liés axiomatiquement aux éléments qu’ils qualifient, mais ils
sont posés en fonction du point de vue personnelle de celui ou de celle qui les produit.
Ce qui leur donne une teinte purement individuelle et relative. De ce fait, leur
controverse est évidente de la part d’autres locuteurs qui n’auront pas peut être le point
de vue ou la même que le sujet parlant.

L’usage des adjectifs sélectionnés montre bien le désir de décrire et de présenter la


valeur de tout mot dénoté, de plus, la représentation du point de vue du journaliste vis-
à-vis les évènements nationaux et internationaux qui concernent son pays.

En résumé, on peut dire que par cet emploi des adjectifs et quelques leurs
nature (objective, subjective, axiologique, ou non axiologique), le journaliste veut et
par toutes ses forces langagières et discursives de rassurer le public de la communauté
francophone, à l’intérieur ou à l’extérieur du pays.

6-Les adverbes

En effet, les adverbes constituent une catégorie des mots invariables qui peuvent être
effaçables et qui peuvent également change le sens d’un verbe, d’un adjectif ou d’un autre
adverbe. A l’aide de cette catégorie de mots le scripteur peut transmettre aux lecteurs la
163
manière dont il évalue le sujet dont il interprète. Cet usage laisse dévoiler de la subjectivité
par le biais d’un dispositif énonciatif du journaliste énonciateur qui dénote sans aucun doute
son positionnement en tant que sujet écrivant ou parlant.

Les adverbes servent à faire partager donc aux lecteurs la façon dont l’énonciateur
évalue, apprécie ou déprécie et juge le sujet dont il parle. Ce partage submerge explicitement
dans les textes écrits ou oraux à travers le dispositif énonciatif. Ce dernier est souvent mis en
place par cet émetteur, ce qui dénote son positionnement

Parmi ces modalisateurs, émis dans la chronique du journal en question , "Le soir
d’Algérie", L'usage de ces adverbes , malgré leur abondance , le journaliste accentue l'image
caricaturale qu’il veut apporter aux lecteurs, et cela même si ces adverbes sont affectés,
quelques fois, au discours de personnes qui ne font pas inéluctablement partie des lecteurs
profanes de ce quotidien. Nous retrouvons les adverbes ou locutions adverbiales d’opinion, de
manière, d’intensité ou de sentiment.

Dans ces chroniques ciblées de Hakim LAALAM , nous avons tout d’abord relevé
tous les énoncés contenant les adverbes afin de pouvoir par la suite les classer en catégories,
ce qui nous permet de définir le rôle de chacun d’eux, et en même temps d’induire l’impact
pragmatique de ces emplois.

6.1. Les adverbes de sentiment

C’est la classe d’adverbes est l’une des plus révélatrice de l’engagement affectif des
énonciateurs surtout dans le discours politique, qui touche , les impressions, les émotions, et
les sentiments. Or, ces situations sont submergées par des tendances et qui échappe à
touteréflexion apprécie au contact d’un phénomène extérieur.

En effet, c’est par leurs moyens que nous pouvons filtrer et en même temps tamiser
l’état d’âme émotionnel de l’énonciateur journaliste et qui modifie l’état de conscience, voire
atténuer la partie d’objectivité des journalistes qui l’emploient.

Exemples
A -vendredi aussi .et peut être qu’un jour de marche de la foule encore et encore
grossie, s’élèvera enfin une voix pour dire « Eh !Oh ! »
164
(17-03-2019)
B -y aura-t-il du monde à la manif de vendredi prochain ? » ou encore « que faut-il
pour que les dézidiennes et les dézidiens ne soient pas gagnés par un sentiment de lassitude .
( 21-03-2019)
C - Mieux, et là, ceux qui n’avaient pas encore été choqué lorsque j’ai proposé
d’écrire à notre tour une lettre à Boutef
( 08-04-2019)
D -plus encore les Vendredis dézédiens sont en train de réécrire le combat des
peuples du monde pour leur dignité

(08-03-2019)

Cet adverbe cité dans les exemples ci-dessus » encore « a été utilisé par le journaliste
pour exprimer l’intensité, un soulagement d’un état émotionnel (exemple a)

Dans l’exemple (b), l’adverbeencore" est utilisé pour exprimer un point de vue de
l’énonciateur sur le sujet du HIRAK , par l’emploi de l’adverbe "encore" qui marque souvent
la persistance d’un état ou d’une action, qui signifie de nouveau, inclure et insérer les
lecteurs, pourquoi ne pas les impliquer dans cette affaire. Or, ce qui connote, ce qui est tout
récent, qui existe depuis peu et qui est moderne . c’est un adverbe marquer les sentiments, afin
de créer une situation d’une réaction psychologique face à ce phénomène nouveau.

Le journaliste par le moyen de cet adverbe laisse tamiser son point de vue, sa manière
de percevoir les évènements en Algérie ou la coloration particulière qu’il donne à ce sujet, et
comment il a ressenti envers un évènement vécu. Alors face à cette impuissance que le
journaliste s’est montré puissant.

6.2. Les adverbes d’intensité

Ce type d’adverbes sert à exprimer et avec une certaine force supplémentaire au


locuteur, dans un énoncé, l’impact et la gravité de l’évènement ou le degré de l’information
de l’énonciateur car il lui s’avère importants. Avec ce genre

d’adverbes le sujet parlant essaye de mettre en relief les autres élément du discours qui lui
semblent voir une importance additive, ils expriment aussi le niveau de puissance et de force,
quelques fois de la quantité même mesurée suivant le contexte.

165
Exemples

A- C’est très bien ça ! une bonne collection de livre

(04-04-2019)
B -L’impunité engendre toujours des drames
(11-03-2019)
C -ça peut aller très loin ce genre de remords.
(02-04-2019)
d- On est mal, très mal
(03-04-2019)

Ces adverbes soulignés ont été utilisé pour exprimer le degré de force et le niveau de
puissance par lesquels se sont déroulées les actions. (cet adverbe d’intensité décrit
l’amplitude. Ici l’adverbe "très" employé dans l’exemple c est synonyme de "plus" qui veut
dire ; plus, c’est un adverbe employé dans le but de marquer un état jugé préoccupant et cela
à travers la perception faite par le journaliste scripteur du quotidien" Le Soir d’Algérie".

Tantôt dans l’exemple b, l’adverbe "toujours", n’a pas la même signification ou plutôt
le même sens, dans cet exemple, "toujours" signifie encore et maintenant.

Cet adverbe acquiert le sens de « à chaque fois, sans cesse, éternellement même après
une semaine qui s’est déjà écoulée du mois de Ramadhan, les prix sont toujours
inaccessibles »198.

6.3. Les adverbes d’opinion

Ce sont des adverbes particuliers et spécifiques, ils ont une caractéristiques de


pouvoir exprimer un avis personnel ou un jugement sur quelque chose ou sur quelqu’un. Ils
peuvent être d’affirmation, de doute, de négation ou d’interrogation

D’ailleurs l’adverbe de circonstance est un mot qui « modifie » un autre mot,


l’adverbe d’opinion « modifie » plutôt est une proposition ; et si l’adverbe de circonstance

198
LEXIBOOK, (2005) : « Dictionnaire électronique de français ».
166
équivaut à un complément circonstanciel, l’adverbe d’opinion équivaut, lui à tout une
proposition199.

Exemples :

1-A quoi correspond cette soudaine flambée des docus animaliers sur ces TV là ?

(25-02-2019)

2-D’ailleurs, à ce sujet, j’ai une ch’tite demande à faire mes frères de ces TV off-shores .

(25-02-2019)

3-Non !il sort et il marche

(03-03-2019)

- et il marche comme s’il n’avait jamais été aussi longtemps


(03-03-2019)
- Et le téléphone, tout le temps à l’oreille, parlant fort dedans, presque à tue-tete !
chez lui aussi .
(19-03-2019)
- Ensuite, à l’homme le plus honn du système à celui qui a servi tous les puissants
du moment
(13-04-2019)
- C’est carrément deux galaxies qui ne se rencontreront jamais ! commentveux tu ,
allahyarhambabek
(10-04-2019)
- Et il conclut en affirmant que la liste de papiers qu’il faut a été réduite au
maximum
(07-04-2019)
- On ne discute presque plus de la nécessité de se doter d’un conseil National .

(17-04-2019)

199
ALBERT HAMON, (1993) : « Grammaire », édition Hachette Livre, Paris, p.88.
167
- Qu’elle ne peut pas dormir après ça , après tout ça
(05-03-2019)
E – Et pourquoi pas des stylos avec plaquée dessus en sérigraphie la photo du premier
ministre
(04-04-2019)

Ces adverbes décrivent et jaugent le degré d’adhésion de l’énonciateur dans ses


exemples respectivement ;« ensuite, partout, et encore » peuvent en effet passer de la
certitude absolue du locuteur vers ses opinions vers une prise de distance, confession de son
incertitude. De doute dans les exemples54 et 7 « Que et presque »pour exprimer une
incertitude et une hésitation à peu près et qui n’est pas tout à fait.

La négation dans les exemples ( 8) « ne…jamais» ces adverbes peuvent trouver leur
sens négatif initial signifiant à aucun moment et en aucune circonstance et qui peuvent aussi
marquer la persistance d’un état ou d’une action.

Enfin l’interrogation dans les exemples (10). Le « après » qui marque le défi à
tendance provocatrice qui refuse de se soumettre. L’exemple (e) « Pourquoi », on cherche les
motifs et les causes ainsi que les raison de ce refus .

6.4. Les adverbes de manière

Ces adverbes sont utilisés par le journaliste pour exprimer, une façon d’être, de faire
ou de penser, de se comporter en société, de s’exprimer ou de faire des mouvements.

Exemples :

- Il en est un qui relève directement de notre santé .


(12-03-2019)
-l’air est pollué ! les particules fines, notamment celle émanant du diesel , sont en
progression
(12-03-2019)
-Et je comprends parfaitement qu’il soit pressé
(11-04-2019)
-Par quoi il a exactement commencé ?
(11-04-2019)

168
-Vivement que cet intérim se termine et qu’on le laisse faire ce qu’il sait faire le
mieux et le plus paisiblement .
(11-04-2019)

L’adverbe « directement » renseigne sur la manière par laquelle le journaliste


énonciateur voir les évènements et les actes effectifs. c’est une manière explicite du
journaliste pour imposer sa vision et défendre son point de vue .

Ainsi dans les exemples « parfaitement, exactement, paisiblement» on cherche la


manière et la façon ou les outils par lesquels l’énonciateur énonce solennellement son point
de vue qu’il adhère.

Nous pouvons décrypter l’adverbe « notamment » de la manière suivante

Notamment : adverbe de manière qui signifie la façon qui mérite d’etre notée
particulièrement, singulièrement et de manière un peu spéciale . 200

6.4. Les adverbes de temps

Ces adverbes sont utilisés par le locuteur pour se situer dans le temps par rapport surtout à la
situation d’énonciation. C’est une façon d’être, par leur intermédiaire, ils exposent la valeur
temporelle de son discours et sur le sujet qu’il compte décrire .

Exemples :

1 - Humilié jusqu'à l'os et la chaine et le cadenas , se présente soudain, tout-à-coup , à 23


heures 56 tapantes au Conseil constitutionnel
( 05-03-2019)
2 -Ou alors , soudain rattrapé par son mal d'antan
(03-03-2019)
3 -Il est désormais écrit dans l'Histoire toute fraiche de la 2 république dézédienne
(28-02-2019)
4 -C'est comme si demain, en France, Lutte Ouvrière
( 23-02-2019)

200
NB : Toutes les définitions des adverbes sont prises du dictionnaire électroniqueLEXIBOOK,
Limited,(2005) .
169
5 - ça , c'était avant.
( 23-02-2019)
6 -Quand je les ai vus
(6-02-2019)
7 -D'abord, les images, vous les avez vues ? Ah! vous comprenez maintenant que je puisse
avoir les chocottes!
( 26-02-2019)
8 - Une forte délégation du Congrès américain, laquelle est aussitôt reçue par H'mimed
(26-02-2019)

9 -Les gaz lacrymogènes ne se sont même pas dissipés ( 04-03-2019)


de la place Audin
(26-02-2019)
10 -depuis (11-03-2019)
11 -un signal! des chaines de télévision offshores se sont soudainement mises à diffuser en
boucles des documents

( 25-02-2019)
12 -...ma fifille finalement opté pour un exposé sur les chenilles processionnaires
( 25-02-02019)
13-D’où vient l’expression « les rats quittent le navire »( 04-03-2019)
14-La derija, les parlés de ma principauté qui se bousculaient jusque-là aux micros-
trottoirs sont aujourd’hui

-désormais : adverbe de temps qui signifie, dorénavant et à partir du moment de


l’énonciation, il s’agit alors de référence contextuelle, Puisque le locuteur essaye d’inscrire
son discours dans son contexte verbal.
-aujourd’hui : le jour où l’on est, en ce jour ou l’époque actuelle de nos jours .C’est une
référence déictique qui dépend du moment de l’énonciation, par leur biais l’énonciateur tend
à : « localiser un évènement sur l’axe de la durée, par rapport à un moment T pris comme
référence. Ce T peut selon le cas correspondre à ;
-Une date particulière prise comme référence du fait et de son importance
historique. Cela permet la forte puissance argumentative sur laquelle s’appuie l’énonciateur
dans son discours.
170
-T 1 , moment inscrit dans le contexte verbal :il s’agit donc d’une référence
contextuelle (cas du dernier exemple ) .
-T 0 , c’est le moment de l’instance énonciative : de la référence déictique » 201

Dans ce cas, ces adverbes ou déictique temporelles inscrivent l’énoncé dans le


présent linguistique, temps du discours. Cela peut exprimer la simultanéité, l’antériorité, la
postériorité, la neutralité ; ils peuvent exprimer également deux visées :
a- Une visée ponctuelle : elle a pour caractéristique d’être antérieur (hier, jadis),
coïncidente (aujourd’hui) ou postérieure (demain, désormais) au moment de
l’énonciation.
b- Une visée durative : cette visée sera rétrospective ou perspective. Par
conséquent, elles peuvent renvoyer à une infinité de dates différentes et non
d’ancrage précis sur l’axe temporel.
Cette catégorie de modalisateurs est l’une des plus édifiante, car elle qui concerne
la rétention d’accumulation et de conservation .Par ce genre d’emploi, l’énonciateur cible le
dévoilement par insistance, en plus du sens littéral, « la place d’où l’énoncé »,202et surtout
àsignifier, « la place d’où l’on énonce surtout pas» 203

Par leur emploi, l »énonciateur peut porter, soit des appréciation ou des
dépréciation, « des jugements de valeur, il les situe par rapport à des catégories
d’opposition comme : bien- mal, mélioratif/péjoratif… »204

En fait, les langages par le biais de ces adjectifs, qu’ils soient objectifs ou qu’ils soient
subjectifs, ils ne servent pas à décrire « la réalité », mais ils sont une interprétation directe
d’un point de vue, lancé sur une cette réalité multiple. C’est-à-dire que « tout sujet énonce
sa position de locuteur »205. Ces adjectifs se caractérisent comme le lieu où s’exposent
implicitement ou explicitement, les jugements de valeurs soient de manière consciente ou
inconsciente d’une personne ou d’un groupe de personnes.

201
C.K.Orecchioni : op.cit, 1999,p.51.
202
D. MAIGUENEAU : L’analyse du discours . Ed, Hachette, 1991, p.33.
203
Ibid.
204
Ibidem., p.118.
205
P.Bourdieu : Ce que parler veut dire, Ed Fayard , 1982, p.101.
171
7. Les verbes

Sur le plan linguistique, le verbe est un mot à double entité, par lequel on peut exprimer, soit
un état, soit un devenir et dans la plupart des cas une action .Cependant leur différence
d’emploi réside dans leurs valeurs d’expression, puisqu’il y aceux qui expriment des
sentiments, des points de vue ou opinion. Cela démontre en général leur subjectivité
d’emploi, car il est impératif de dire que ces éléments incontournables dans leur analyse
énonciative, sont eux aussi dotés d’une charge émotionnelle. Par ailleurs, cette charge est
souvent dépendante de l’appréciation de l’énonciateur, même différente d’un verbe à un
autre.

7.1. Les verbe de sentiment ou expressifs206


Ces verbes décrivent souvent les impressions ainsi que l’avis personnel de l’énonciateur.
Leur charge affective et émotionnelle est par conséquent très développée ; ce qui fait d’eux
des éléments foncièrement subjectifs. De ce fait, leur utilisation est particulièrement propre
aux discours, surtout à ceux de grandes occasions. Car ils impliquent et engagent clairement
leurs utilisateurs, ils dénotent, en même temps, la manière qu’ils ont eu d’appréhender et de
séduire leurs allocutaire.
Au cours de l’analyse effectuée sur le corpus choisi, nous avons pu constater l’utilisation de
ce genre de verbes et nous les avons restitués comme suit :
A travers ce relevé, nous sommes arrivés à en conclure que le journaliste de cette chronique a
utilisé une panoplie de verbes exprimant :

7.1.1. La crainte et l’inquiétude


-Figurez–vous qu’un navire « chelou » s’est approché de leurs ils, leur proposant de la
quitter et de rejoindre l’autre monde.eh ben, ils ont refusé tout net ! Terrible comme ces gens-
là s’accrochant à leur caillou. (13-03-2019)

L’exemple montre que le journaliste de notre journal en question, était en train de supplier ses
interlocuteurs pour imaginer ce qu’il veut afin de pouvoir les transmettre ses idées. En outre,
cet exemple est suivi aussi après par l’interjection eh ben qu’il s’agit comme un arrêt pour
prendre soupire, et l’adjectif terrible qui signifie l’horreur et la crainte.

206
Le mot « expressif » est emprunt » à la terminologie de G.E. Sarfati
172
7.1.2. L’espérance
Exemples :
-je souhaiterais que l’on rédige à l’ancien régnant ayant abdiqué des excuses sur une des
failles (08-04-2019)
-Donnez-nous juste 12 mois de rab pour que nous puissions nettoyer les lieux. (05-03-
2019)
-Je vous livre tout cru, on sentiment : j’ai l’impression que le hirakest en train d’évoluer
(06-04-2019)
-Je les invite tous, gracieusement, dans ma grotte à crayons (04-04-2019)
-Que je n’ose imaginer (05-03-2019)
-vous n’entendrez plus parler de nous. (05-03-2019)
-Le tour suprême dont rêvent tous les magiciens. (30-03-2019)
- La rue exige de revivre enfin ( 10-04-2019)

Ces exemples montrent le souhait du journaliste de rapprocher encore d’avantage à


manifester son influence sur ses interlocuteurs, de les rassurer et de les encourager à garder
l’espoir à agir sur ses réflexions et son point de vue .

7.1.3 Le désir
Exemples :

-Je voudrais que l’on me présente enfin ce sorcier (30-03-2019)


- Je ne voudrais pas être à votre place, ce soir (24-02-2019)
-Un jour, peut-être des scientifiques désœuvrés, s’amuseront pendent leur pause déjeuné.
(10-04-2019)

-Lorsque j’entends tellement de gens aujourd’hui le dire à l’unisson, nous aura autant » fait
chier » (08-04-2019)

En utilisant les verbes « vouloir », « avoir », « s’amuser » Hakim LAALAM tend à


encourager et à garder confiance avec son public pour pouvoir le convaincre de ses opinions
et ses réflexions afin de les persuader pour des victoires futures.

173
7.1.4. La comparaison

Exemples :

-Il ne sert à rien comme ils le font à tour de postillons (28-02-2019)

Cet exemple est utilisé dans le but de pouvoir exprimer un sentiment spécifique qui
émanait l’actualité algérienne durant cette période sensible. Par ailleurs, en prospectant plus
en détail le corpus relevé, nous pouvons observer la présence d’autres verbes exprimant des
sentiments pour marquer la manière d’emprunter la voix des personnes et d’exprimer les
sentiments dominants dans cette période, qui semble la plus sensible et la plus décisive dans
l’histoire contemporaine de l’Algérie. Par conséquent, ce choix n’est pas laissé au hasard ; au
contraire, il est préalablement recherché et étudie par des spécialistes à ce genre
d’évènements.

7.2. Les verbes d’opinion ou épistémique207

Ce genre de verves est très particulier puisqu’il regroupe ceux qui expriment une
opinion et ceux qui renseignent sur la manière que le locuteur à exprimer et d’appréhender
son discours qu’il développe devant son propre public. Par leur biais, nous pouvons confirmer
ou infirmer si le journaliste adhère et avec une conviction rassurante à ses propos ou au
contraire ; si elle se distancie avec ce dont il chargé de relater. A ce propos, C. K. Orecchioni
déclare que « les verbes d’opinion renseignent sur le degrés d’assurance avec lequel les
locuteurs adhèrent à leurs croyances »208
Ces verbes ont été utilisés en masse dans notre corpus, dont voici leur liste :

Exemples :

1-Je suis sûr que Rachid Mimoun aurait aimé voir les foules récupérer les bras détournés de
ces fleuves (28-02-2019)
2-Il pourrait ne rien se passer demain, que tous nous soyons frappés d’interdiction de sortir
et de respirer.

207
Le mot « épistémique » est emprunter à la terminologie de G. E. Sarfati
208
C. KerbratOrecchioni :L’énonciation, Ed, Armand Colin, Paris, 1999, p. 118.
174
3- Merci !je ne serais pas long. (31-03-2019)
4-Je risque de passer pour un traitre (31-03-2019)
5-Ben, ça se voit , non ? Je note ! J’inscris sur mon calepin à spirales la liste.
(28-03-2019)
6-Je n’attends pas le 8 mars pour vous dire que vous êtes belles (08-03-2019)
7-Je peux compter sur ta discrétion, bien sûr ! (08-03-2019)
8-Je ne dis pas que ces warning partent d’une mauvaise intention. (14-03-2019)
9-Mais nous nous retrouvons sur l’essentiel. Nous sommes condamnés à nous retrouver sur
cet essentiel-là. (03-04-2019)
10-Je précise que cette liste est ouverte (01-04-02019)
-11-Je vais accueillir comme il se doit (20-03-2019)
Par l’utilisation de ces verbes soulignés, le journaliste tend à donner une interprétation de
l’état actuel ainsi que celui du futur la nouvelle Algérie, qu’elle délivre sa vision des choses.
Ces verbes sont, en réalité, porteurs des impressions gravées et laissées dans les mots qu’ils
les véhiculent.

Si nous prenons les exemples (1-2-3-4) , nous pouvons avoir une idée concrète sur le
point de vue et la position de LALAM sur l’actualité qu’il développe.En outre, nous
constatons que l’utilisation des verbes (attendre, préciser, noter, inscrire) dans les exemples 5-
6-10 est une manière claire de dénoncer ces manifestations et ces comportements des
ministres, le fait de poser ces verbes est une manière de marquer cet acte est interprété
comme un fait controversé et non comme une recherche légitime de renseignement des futurs
décisions qui aide l’Algérie de sortir de cette crise.
Dans les autres exemples où le journaliste a employé les verbes, (dire, aller, retrouver) il tente
d’ajouter une appréciation supplémentaire à sa prise de position faite par ses opposants.

En effet, il y a un autre sens qui se greffe sur ces verbes, qui est celui resté obstinément fidèle
à ses opinions. Cette ténacité qu’il veut signaler, ne peut être clairement transmise qu’en usant
de ces verbes.

8. Les temps des verbes

La temporalisation, dans le discours est un processus tout à fait indispensable, car


c’est grâce à elle que les faits et les énoncés se placent dans le déroulement et la stratégie

175
discursifs. C’est par elle aussi que l’enchainement et la compréhension des paroles seront
possibles.

En effet, le locuteur est le seul maître à bord du temps qu’il doit utiliser dans les
constructions de ses énoncés. Nous retrouvons cette réflexion chez E. Benveniste lequel
pense que « l’énonciation est indissociable d’un processus de temporalisation par lequel
précisément le locuteur s’approprie la langue »209

Cette forme d’embrayeur est très particulière, car « les marques de présent, passé et futur
sont attachées au radical du verbe (…) et ont pour repère le moment de leur énonciation »
210. C’est-à-dire que le temps de base du discours est le présent de l’énonciation ; c’est autour
de lui que vont graviter les autres temps et c’est à partir de ce présent que vont s’organiser
les autres temps et toute énonciation. Il est, donc, clair que « c’est par rapport à son propre
acte d’énonciation que le locuteur ordonne la chronologie de son énoncé et l’impose à
l’allocutaire »211 , estime D. Maingueneau.
Aussi, étant donné que ce phénomène est commun à toutes les langues, atteste E . Benveniste
« les différents langues organisent le temps en référence à un présent »212

Enfin, nous pouvons dire que ce temps est fréquemment utilisé par le journaliste
LAALAM dans ses différents articles journalistiques car c’est un temps de base qui dénote
beaucoup de signification subjectives surtout, puisque c’est grâce à lui que cet écrivain
marque ses réserves, même une certaine distance envers ses allocutaires.

209
E.Benveniste : Essai d’application de la méthode sociologique en linguistique, éd. De Minuit, 1929, p.92.
210
D. Maingueneau :Op,cit,p. 88.
211
D. Maingueneau : L’énonciation en linguistique française, éd. Hachette, 1999, p. 36.
212
E.Benveniste : Op, cit, p.95.
176
Conclusion

A partir de l’analyse effectuée sur les différents articles de presse, qui appartiennent à
notre journal »Le Soir d’Algérie » émis précisément dans la chronique pousse avec eux ! ,
écrits par le journaliste francophone Hakim LAALAM nous pouvons dire que ces derniers
contiennent une compétence linguistique et un lexique spécifique et riche.

Certes, le discours journalistique est marqué par sa présence et ses constances, mais il
est toujours pris comme un discours de conviction, à cet égard le journaliste énonciateur opte
pour utiliser des facteurs linguistiques énonciatifs comme traces de subjectivité.

En somme, et à partir de notre analyse énonciative, nous pouvons dire que LAALAM
possède une stratégie discursive très particulière à lui seule à travers laquelle, il tend à créer
une nouvelle stratégie énonciative bien distinguée par son style claire et sophistiqué

177
CINQUIEME CHAPITRE
Vers une pragmatique du discours
médiatique dans « pousse avec eux ! »
Introduction

Les actes de langage sont réinsérés dans leur contexte communicatif, ils apparaissent donc,
comme des entités tout à la fois détachées de leur contexte d’actualisation dans
l’enchainement discursif.

Par ailleurs, Les actes de langage sont envisagés par rapport au rôle qu’ils jouent dans la
construction de l’énoncé, en particulier, en ce qu’ils sont susceptibles d’avoir de puissants
effets sur les actants en présence, tel qu’il est élaboré dans le cadre des derniers
développements de la pragmatique : «Tout acte de langage est un acte d’échange
interactionnel entre deux partenaires (sujet communicant et sujet interprétant) liés par un
principe d’intentionnalité, cet échange se produisant toujours dans une certaine situation de
communication. »213

Dans ce présent chapitre, consacré à l’analyse de notre corpus qui se compose de


différents articles de presse publiés dans le quotidien algérien d’expression française du
journal « Le Soir d’Algérie », et plus précisément dans la chronique « Pousse avec eux », écrite
par le journaliste Hakim LAALAM et qui sont publiés durant la période du Hirak, nous
allons travailler sur les pratiques langagières qui permettent à l’énonciateur de masquer sa
subjectivité afin d’expliquer l’effacement de la figure de l’auteur dans la construction
évènementielle de son discours journalistique, c'est-à-dire sa position l’implicite. Il s’agit de
voir aussi comment il se positionne par rapport à cet événement.
Les actes de langage s’inscrivent dans une approche fonctionnelle du langage, ils
permettent de produire un effet sur l’autre ainsi que sur son environnement . parmi la
richesse des actes de parole , nous avons choisi d’étudier à titre d’exemple la demande,
l’excuse, le remerciement
Nous avons également, traité les procédés d’objectivation les plus récurrents et les
plus visibles pour toute analyse du discours médiatique .
C. Kerbrat-Orecchioni (2003) Autrement-dit, quels sont les procédés d’objectivation de
l’adjectif subjectif lors de la présentation des journaux télévisés français ?

Notre corpus présente quatre procédés d’objectivation . Ce ne sont pas les seuls

213
CHARAUDEAU, P. (2006) : « Discours journalistiques et positionnements énonciatifs. Frontières
et dérives », Semen, n° 22, En ligne.

179
procédés mais ce sont les plus récurrents et les plus visibles pour toute analyse du
discours de l’information. Nous avons classé ces procédées d’objectivation, en
fonction de leur fréquence dans l’éditorial comme suit:
Le recueil des données consiste alors à « construire un corpus exploratoire » (Moirand
2007 : 6) qui rendent compte d’un moment ou d’un instant discursif (la période de
HIRAK), et qui nous a permis de réunir ce corpus en se référant sur des bases moins
empiriques et mieux « pensées »

180
1.Le discours dans la presse écrite

En effet, le discours journalistique se réalise comme une communication intersubjective où à


chaque fois le récepteur est interpellé explicitement ou implicitement dans l'énonciation. Le
discours journalistique est un discours polyphonique par excellence. Dans ce discours, il y a
plusieurs manières font référence à un autre discours :

a- La polyphonie lorsque l'auteur d'un énoncé peut faire parler plusieurs voix à travers son
texte, elle est la manière de s'approprier la voix de l'autre et de la faire entendre dans son
énoncé.

b- Le discours rapporté lors que le discours se présenté comme au moins une double
énonciation.

A cet égard, et dans l'objectif d'analyser la subjectivité du discours de presse du « soir


d'Algérie », il faut d'abord distinguer entre le discours du journaliste de celui des articles cités
dans l'article, quelque soit les marques et les traces de la subjectivité qu'on doit attribuer au
journaliste ou à autrui.

Il est donc nécessaire, en premier lieu de recenser le discours rapporté du discours du


journaliste de manière à ce que le repérage et le codage des marques de la subjectivité ne
s'appliquent qu'au discours du journaliste pare ce que la distinction entre ces deux discours
nous permettre d'analyser la subjectivation de la chronique dans notre journal « Le soir
d'Algérie ».

2.2 Le discours rapporté

En effet, le discours rapporté est un procédé d'information qui traduit des aspects essentiels
des pratiques journalistiques. La manifestation du phénomène de distanciation / implication
du journaliste permet l'interprétation pragmatique du locuteur.

A propos de ce sujet, nous distinguons trois types de discours rapporté :

181
- le discours direct (DD).
- le discours indirect narrativisé
- le discours indirect (DI).

1. 1.1 Le discours direct

Le discours direct (DD) se présente comme la reproduction des


énoncés de la source citée. Plus précisément, le DD prétend reproduire la
textualité des énoncés de la source (Forget 1980 : 80). Or, la textualité n’est
pas synonyme d’intégrité. La reproduction intégrale des propos d’autrui est
impossible dans le discours de presse (ni, d’ailleurs, dans d’autres types de
discours). La reproduction est, précisément, une reproduction, c'est-à-dire une
nouvelle production dans une énonciation différente et dans un contexte
discursif et argumentatif différent. Le journaliste ne peut reconstituer dans sa
plénitude et sa complexité sémantique le contexte dans lequel les propos cités
ont été prononcés ; la citation de presse est forcément, un extrait dé-
contextualisé et re-contextualisé du discours d’autrui. »214

Dans ce cas, le journaliste est un porte parole car le (DD) est une reproduction des
énoncés de la source cité donc le (DD) sert à reproduire la textualité des discours. La
reproduction est constamment une production dans une nouvelle énonciation ainsi un contexte
discursif et argumentatif différent.
La citation dans la presse écrite est forcément, un extrait décontextualisé et recontextualisé du
discours d'autrui.
Le discours dans les articles de presse est présenté par des manques et des signes
typographiques comme les guillemets, les tirets, les deux points, des italiques, (dans le cas de
dialogues rapportés), des parenthèses ou par une combinaison de ces signes.Ces marques
permettent de marquer l'indépendance syntaxique du (DD) par rapport au verbe introducteur.

Exemples :

- La manette d'un poste électrique et gouter aux oreilles de zawaliya:

214
Cité par Charron, J et Loic, J. (1999 : 13-14), in Enonciation journalistique et subjectivité : les marques du
changement. p-p : 80-81
182
« vous vouez! On vient de vous faire entrer l'électricité chez vous!»

(07 - 03 - 2019)
-Je ne suis dit :
« aw! quoi? Déjà» (26 - 02 - 2019)
- ...et me lâcheavec une pointe d'extase mon dissimulé dans la voix :
« tout va bien si Hakim! C'est juste que je suis un peupris ces derniers jours »
(19 - 03 - 2019)

A l'égard de ces trois exemples, nous constatons l'absence du verbe introducteur,


autrement dit, il est masqué.
Les guillemets servent une reproduction intégrale d'une partie du discours original, et ce, pour
marquer sa fidélité et sa plénitude ainsi que la rapidité des enchaînements.

Encore une voix pour dire:


« Eh ! oh ! camarade ! et si nous allons frapper à la porte du Palais? Prendre de leurs
nouvelles? nous inquiéter de leur silence? » (17 - 03 - 2019)

Les points d'exclamation ou les points d'interrogation, les marques de l'énonciation sont
reprises pour établir et retenir le mimétisme du contexte de l'énonciation. En effet, le
journaliste ne peut pas reconstituer l'énonciation naturelle ou authentique qu'à travers
l'imitation et la ressemblance des attitudes d'autrui.

En cas d’absence de ces marques typographiques, nous permettons à recourir à une autre
norme de cohérence, à l’aide de laquelle le passage d’un locuteur à un autre pourrait être
repérable par « des marques de discordance » (Authier, 1978), cela veut dire des outils qui
suscitent une interruption sur le plan énonciatif en proposant qu’il y’a changement de
locuteur. Cependant, ces marques se manifestent le plus souvent par la l’occurrence des
pronoms personnels à la première personne et qui ont valeur de déictique. En fait, Ces
pronoms expriment la manifestation du discours, au singulier (je, mon, mien, etc.), ils
reflètent aux locuteurs cité, et, au pluriel, à un ensemble composé du locuteur cité.

183
Pour marquer également le discours rapporté direct nous pouvons recourir à un principe de
cohérence. C'est-à-dire le journaliste peut créer une rupture sur le plan énonciatif en proposant
qu'il y a changement de locuteur à condition que le sens original ou premier de l'énoncé ne
s'en trouve pas significativement modifie.

D'ailleurs, le locuteur quand il s'adresse son discours ne s'adresse pas uniquement au


journaliste, mais il parle en utilisant ses techniques, il transmet son message à son public, à
ses opposant ou à ses adhérents, Où il déclare son point de vue et sa prisse de position face à
tel ou tel acte.

Dans le discours direct, le journaliste permet d'analyser la subjectivation de discours de


presse, Parce que le journaliste quand il écrit, il n'écrit pas seulement au journal il s'adresse à
un public à ses dissidents ou à ses adhérents. Il présenté son indépendance, sa liberté, sa prise
de position face à tel ou tel phénomène.

Exemple:

- Je me suis dit « aw! Quoi? Déjà?»


Je les sais rapides et hyper connectes (26 - 02 - 2019)

- On ne prévient de partout des dangers du « saut l'inconnu »(14 - 03 - 2019)

- Voilà ! Soyons humains et voyons la déclaration de Bouchareb comme un message


pouvant se résumer ainsi: «vite ! je m'en peux plus!...» (27 - 02 - 2019)

Dans ces exemple, les verbes introducteurs peuvent à eux seuls modaliser le discours
cité, c'est-à-dire ils intègrent aussi des discours précédents.215
Les verbes introducteurs incitent également un état de réplique ou une attitude de réponse au
propos déjà énoncés.

215
- Rosier . L : le discours rapporté, histoire, théorie pratiques, ED Ducolot, BRUXELLE, P. 25

184
Cependant, l'omission du verbe introducteur comme c'est le plus souvent et soulevé
dans notre corpus que même le nom(identifié ou propos) peut permuter la réception qu'on a
d'un contenu du moment où il est émis d'une histoire qui équivaut des antécédents remplis de
sens, relatif logiquement à un contexte.

Par ailleurs, le discours doit réserver l'originalité de ses sources, en introduisant une position
précise, le journaliste marque dans son énoncé sa présence comme sujet énonçant, il veut
mettre en valeur un propos en fonction de la sensibilité d'un ensemble d'objectifs de son
journal qui est « le soir d'Algérie ».
En fait, il y a un discours subjectif et dialogique, l'énonciation, donc, neutre ne semble pas
manifestée, comme, dans tous les discours écrits.

Certes cet état est considéré comme une condition associée à la présence du récepteur, mais
également, elle a pour objectif de mettre la présence aussi du locuteur dans son énoncé.

« L'allusion exige : 1- que l'auditeur soit déjà en possession de l'information en


question, 2- que le locuteur le sache, elle suppos donc, et introduit, entre les personnages du
dialogue, une sorte de complicité, étrangère à la formulation explicité.
Pourquoi les procédés allusifs que comporté la langue auraient-ils pour fonction essentielle
l'économe, et pour conséquence accidentelle seulement de rendre possible toute une stratégie
intersubjective ».216

Cependant la polyphonie est une manière de s'approprier une voix de l'autre et de la


faine entendre dans son énonce, c'est-à-dire qu'un seul texte peut véhiculer beaucoup de
visions différentes, elle est présentée pour la premier fois dans les travaux de Bakhtine, il
pense que les énoncés ne sont pas une simple actualisation d'une langue immanente, mais
résultent de toute une interaction humaine, c'est un processus qui est éminemment
dialogique... il ne peut guère s'aborder que par des relations établies avec le contexte de
l’énonciation.

216
- Ducrot O et T - Todorov,« Dictionnaire encyclopédique, des sciences du langage », Ed Seuil,
Paris, 1972, P. 21
185
1.1.2. Le discours indirect narrativisé

Selon le dictionnaire Larousse 2012 :


« Le discours est indirect quand la phrase répétée et non pas reproduite telle quelle
dans le récit, mais introduite par un subordonnant, généralement que (c’est-à-dire
transformée en un syntagme nominal). Cette transformation entraine aussitôt la
disparition des marques d’énonciation je, vous, tu et impose des références de lieu et
de temps non plus par rapport avec la personne qui a prononcé la phrase, mais avec
la personne qui fait le récit en répétant les paroles »217.

Dans le discours rapporté en style narrativisé, l'énonciateur/locuteur/journaliste,


rapporté non pas des propos ou des paroles, mais plutôt des actes locutoires, autrement dit ; le
lecteur de l'article devine l'histoire en improvisant des scènes et des paroles prises comme un
évènement vécu. On parle également de discours narrativisé en terme de psycho-récit.

Exemples:

- le peuple est déjà loin devant. (07-03-2019).


- En 1885 donc, Pasteur a bravé la peur. (14-03-2019).

Le discours narrativisé est un discours décontextualisé, c’est un discours subjectif non


prononcé car son énonciateur joue le rôle d'un lecteur, c'est pour ça il provoque généralement
beaucoup d'interprétations polémiques et conflictuelles, il est souvent détaché de ses
circonstances de production. C'est d'autant plus que la prise en charge énonciative semble être
le fait de l'énonciateur journal.

«
A cet égard, Maingueneau déclare: dés lors qu'il n'y a plus qu'une seule situation
d'énonciation celle du discours citant, au discours indirect, le discours cité n'a plus
d'autonomie»218

217
LAROUSSE, (2012): « Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage » : Op., cit, pp. 151-
152.
218
- MAINGUENEAU; op, cit, p.119.
186
1.1. 3 Le discours indirect libre

C’est un procédé privilégié dans l’écriture journalistique, et selon le dictionnaire de la


«
linguistique et des sciences du langage, cette de discours est défini comme suit : dans le
discours indirect libre, la substitution de pronoms et de référent je / ici / maintenant une
fois faite, on supprime (on n'exprime pas) le subordonnant introduisant le discours indirect
proprement dit »219. Il se distingue du type précédent par quelques caractéristiques, puisqu’il
n’y a pas de verbe introducteur ni de « que » qui le suit, ni enfin d’adaptation des marques de
l’énonciation (sujet, lieu, temps).Il s’agit donc d’une sorte de polyphonie, sans pourtant que
nous discernons précisément les sources des autres voix : « A la différence des ilots
énonciatifs ou du discours direct avec « que », le discours indirect libre n’a pas de marques
propres et, hors contexte, ne peut pas être identifié comme tel. La polyphonie du DIL n’est
pas celle de deux voix nettement distinguées (DD) ni l’absorption d’une voix dans l’autre
(DI), mais un mélange étroit de deux ou plusieurs voix : dans un fragment au DIL, nous ne
pouvons pas dire exactement quels mots appartiennent à l’énonciateur cité et quels mots à
l’énonciateur citant » (Maingueneau1998:130).

Dans la chronique, le journaliste utilise le style indirect dans le but d'incorporer des
propos d'autrui dans ses énoncés en maintenant sa position en tant que locuteur. Cependant, le
discours indirect libre est une forme particulière du discours rapporté.

Ainsi, dans l'énonciation (le journaliste assujettit) le discours d'autrui en s'adaptant aux
exigences de sa propre énonciation de sorte que le nouveau discours cité a des caractéristique
du discours indirect, ce qui manifeste une distanciation entre le discours de la source et le
discours du journaliste).

En outre, le discours indirect libre se caractérise par un ensemble de marques qui


autorisent l'identification de son style, au-dessous, nous citons quelques exemples qui identifie
ce style .

Exemples :
- Ces millions de la route enfin mise en blog. (24-02-2019).

219
- Larousse, (2012) : « Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage», op, cit, p.152.
187
- Une rafle géante du peuple hurlant pacifiquement. (24-02-2019).
- Les médecins en sont là dans leurs perplexités. (03-03-2019).
- Le peuple n'est déjà plus là. (07-03-2019).
- Les choses semblaient avoir changé. (19-03-2019).
- Les affaires continuent.
- Des miles d'étudiants à la bourse physique, sans moyens habitant les hameaux et zones
reculées du pays. (11-03-2019).

A partir de ces exemples, nous constatons que la subjectivité est présentée dans tous
les énoncés puisque l'élément introducteur destine péjorativement ou méliorativement
l'énoncé, comme il peut constituer un certain degré de certitude par rapport aux discours
rapporté.
Exemple :

- Les frères là-haut ont jugé bon de me consulter… (19-03-2019).

Dans cet exemple, extrait de notre journal en question, le journaliste rapporteur se distancie
d'une manière explicite du discours cité, il apparait n'avoir aucune relation avec les propos du
discours cité, mais avec aucune prise en change de l'information, il essaie d'affirmer
l'ambigüité de la position du locuteur afin de prendre en charge certains nombres d'indices
(adjectifs, adverbes, nom…) pour confirmer la crédibilité de ses discours.

Dans touts ces postures énonciatives, le journaliste s'efface, se distancie nécessairement


explicitement ou implicitement pour donner aux lecteurs l'image qu'il veut afin de pouvoir
agir et faire réagir l'autre positivement possible, et c’est ce que nous avons remarqué dans de
la chronique« pousse avec eux ! » du journal « Le Soir d'Algérie» les énoncésse manifestent
sous un effacement énonciatif, ils représentent le discours subjectif.

Dans ce sujet, Jean Michel ADAM affirme :« tout en conservant le clivage information-
commentaire, le linguiste propose une approche énonciative selon deux positions polaires : le
pôle distance-information et le pôle implication-commentaire, la distance opposée à

188
l’implication concerne à la fois la position du journaliste et le type de traitement de
l’information»220

Toutes fois, toutes les postures énonciatives citées dans les énoncés ci-dessus, décrit
explicitement qu’un enjeu pesant et important se manifeste par l’usage et le choix des mots
utilisés par le journaliste en général et dans sa chronique plus particulièrement. Par ailleurs
l’objectif figure dans la captation des lecteurs et leur attraction à ce journal Soir d’Algérie,
dans le discours journalistique l’effacement, la distanciation, l’adhésion, le rejet du journaliste
apparaissent nécessairement dans ses écritures en guise de créer une scène qu’il veut donner à
son lectorat en faisant agir et réagir l’autre, positivement possible que négativement sur les
lecteurs.

2.Effacement énonciatif et discours rapporté

2.1. Effacement énonciatif et distanciation

Il n'est donc plus question d'affirmer que le locuteur puisse s'éloigner de son
énonciation afin d'émettre des énoncés objectifs portant sur le monde ou de rapporter
directement des paroles d'autrui sans s'impliquer. Il est évident de pouvoir dire que le locuteur
puisse réellement s'effacer dans des discours rapportés d'une manière directe dont l'objectif est
de les reproduire dans leur authenticité.

Vion souligne que « l’effacement énonciatif « constitue une


stratégie, pas nécessairement consciente, permettant au locuteur de
donner l’impression qu’il se retire de l’énonciation, qu’il’’ objectivise’’
son discours en « gommant » non seulement les marques les plus
manifestes de sa présence(les embrayeurs) mais également le marquage
de toute source énonciative identifiable».221

220
Jean Michel ADAM, unité rédactionnelle et genres discursifs : cadre général pour une approche de
la presse écrite, pratique, N 94, 1997, P18.
221
Vion, R. (2001), « Effacement énonciatif’ et stratégies discursives », in De la syntaxe à
la narratologie énonciative, De Mattia, Monique et Joly, André (éds), pp. 331-354,
Ophrys, Gap, Paris. Cité in Rabatel, A. (2006).

189
Cet effacement apparent du locuteur correspond à une stratégie énonciative visant à créer un
"effet de réel" par la mise en scène d'une situation d'énonciation montrée.

Dans ce sens, Charaudeau ajoute :

«Le sujet parlant s’efface de son acte d’énonciation et n’implique pas


l’interlocuteur. Il témoigne de la façon dont les discours du monde(le tiers)
s’imposent à lui. Il en résulte une énonciation apparemment objective (au sens

de ‘’déliée de la subjectivité du locuteur’’) qui laisse apparaitre sur la scène


de L’acte de communication des Propos et des Textes qui n’appartiennent
pas au Sujet parlant. Dès lors deux cas peuvent se présenter :

- Le propos s’impose de lui-même (…)

-Le propos est un texte déjà produit par un autre locuteur et le sujet parlant
n’aurait donc qu’à jouer un rôle de rapporteur (dont on sait qu’en réalité il peut
être plus ou moins objectif. (…). C’est le cas des différentes formes de ‘’discours
rapporté’’.222 (

A cet égard, nous pouvons constater que le discoure rapporté direct est un discours qui se crée
avec volonté sous l'effet d'un effacement énonciatif volontier, cette situation qui implique la
présence énonciative de ce même locuteur en lui provoquant une antre orientation qui permet
à la coexistence de deux discours. Le nouveau discours donc a deux voix qui relèvent directe
de la dimension polyphonique.

2.1.1 Le recours aux sources d’informations

Il y a plusieurs sources d’informations autorisent au journaliste-énonciateur de prouver que le

222
Charaudeau (1992): op cite,pp 649-650.

190
recours à l’information en question est partagée par d’autres autorités et qu’elle ne lui
appartient pas. Il s’agit ici d’une position contradictoire.

Néanmoins, la présence de ces sources de connaissances et d’actualité aide au journaliste


d’adopter une certaine distance vis-à-vis de l’information proposée ou de s’effaceren face
ses sources .

191
Cet effacement énonciatif ferait le travail de gage d’impartialité etd’objectivité comme le
stipule Sophie Marnette223:

« Les conventions veulent également qu’en dehors des


éditoriaux et d’autres articles à la première personne,
la plupart des articles paraissent « objectifs », c'est-à-
dire, d’une certaine manière, effacent la voix du
journaliste pour donner la priorité aux sources
(sources de discours en tant qu’évènements ou source
de discours à propos d’un évènement). »

A partir de la citation, ci-dessus, nous constatons que S. Marnette puise une certaine
distance vis-à-vis de l’objectivité en disant que la plupart des articles apparaissent objectifs. A
partir de ses réserves à propos de l’objectivité, elle rejoint la vision de Robert Vion224 (2001)
pour qui « ce type de mise en scènes, que nous appelons effacement énonciatif, ne doit pas
nous faire prendre l’illusion de l’objectivité pour l’objectivité elle-même.»

Dans notre travail, nous révélons l’objectivité quand le journaliste, par ses choix langagiers,
s’efface et incarne une distance au point que sa position n’est pas assez facile à dévoiler.
Dans cette situation, le recours à plusieurs sources d’informations lui incommoder la tâche et
lui aide d’adopter une position de sous-énonciation en conformité avec la déontologie de son
métier.

Dans notre corpus, nous allons montrer comment le journaliste emploie des propos et des
paroles qui appartiennent à d’autres autorités considérées légitimes.

Nous étudions à travers les exemples relevés de notre corpus, comment le recours à d’autres
sources d’informations permet aux subjectivèmes de posséder une certaine objectivité sous
l’effacement de l’énonciateur qui sera la trace pertinente de la subjectivité et ce recours
comme manifestation implicite de la subjectivité dans son discours.

Sophie Marnette (2005) , « L’effacement énonciatif dans la presse contemporaine », Langage


223

n° 156 .pp.51-63 (www.persée.com)


224
Ibid,p 2
192
Exemples

- En gros , Bedoui, Premier ministre, exhorte tout citoyen qui veut créer un parti
politique ou une association

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 07. 04. 2019)

- Bedoui m’avait franchement surpris en annonçant que la procédure de retrait de


permis avaient été chamboulées.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 07. 04. 2019).

- C’est fou comme le khawa-khawisme avance à grands pas, et à grosses doses


d’qccolades forcées.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 07. 04. 2019).

- El yoummachikoilyoum ! comme le crient les camelots et autres bonimenteurs

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 07. 04. 2019)

- On est en 2e République ?Non ?Ah ! Pas encore !


- Du Montesquieu ! je pense que Montesquieu et ses lettres Persanes ou encore Pascal et
ses Pensées, c’est tout indiqué.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 04. 04. 2019)

prions aussi por qu’aucun forum mondial des Parlements et Sénats n’élise domicile en
Dézédie.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 03. 04. 2019)

- grâce au docteur Ammar , dit le Spéléologue de Neuilly le Pouvoir Profond ! Cette


Atlantide dont il a eu la gentillesse de nous indiquer les cordonnées GPS .

193
(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 13. 04. 2019)

- il nous faut rester zen jusqu’au bout. Selmiya ! Selmiya ! N’est-ce pas ? khawa-
khawa !

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 08. 04. 2019)

- -c’est la phrase à la mode ! Le truc que les nanas et les mecs te brandissent à tout bout
de champ de puits quelques heures, comme un sauf-conduit, comme un badge
certifiant de leur engagement ancien dans la cause : Moi Bouteflika, je n’ai pas attendu
le 22 Février pour le dénoncer.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 09. 04. 2019)

Analyse :

Dans toutes ces interventions illustrées, le journaliste Hakim LAALAM fait appel à une autre
source d’informations garante de l’information donnée. Ce procédé à unevaleur
argumentative selon O. Ducrot225 , qui le caractérise par une argumentation par autorité :

« Pour ce faire, il [le locuteur] se fonde sur l’idée que X, vu sa situation ou ses compétences,
ne peut pas se tromper, ou, au moins, a peu de chance de se tromper lorsqu’il dit P
[proposition dite par X]. »

Cette démarche garantie au chroniqueur du journal non seulement de s’effacer dans son
discours d’une manière totale ou partielle, mais de s’assimiler à la source évoquée. A cet
égard. nous pouvons constater que l’occurrence de ces sources présente une valeur éminente
dans le discours journalistique en revanche leur absence est jugée officielle et légitime chez
les lecteurs dans ces interventions.

225
DUCROT, O. (1993) « À quoi sert le concept de modalité ? », in N. Dittmar, A. Reich, éds. :
«Modalité et acquisition des langues», Walter de Gruyter, Berlin.pp158-159

194
Par conséquent l’absence de ces informations provoque les conséquences suivantes :

- Les connaissances données sont moins crédibles et exhibées, donc


elles causent des doutes et des soucis chez lecteurs.
- En l’absence de sources officielles, le journal en question s’écarte de
la dogme et la règle du journalisme et sa réputation sera remise en
cause. Par conséquent, il perd graduellement ses amateurs ainsi que
son public.
- L’emploi abusif des interrogations et des exclamations

Exemples

- le boucan qu’elles produisent en tournant à fond depuis plusieurs jours rend toute
communication et réflexion impossibles.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 31. 03. 2019)

- le gabarit aussi de nombre de ces nouveaux frères rend parfois impossibles


l’accolade affectueuse et le câlin.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 31. 03. 2019)

- comment se fait-il qu’un grand corps Malade que l’on disait cloué sur son siège se
mette soudain à marcher.
(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 03. 03. 2019)
- grâce au docteur Ammar , dit le « Pouvoir Profond » ! Cette Atlantide dont il a eu
la gentillesse de nous indiquer les coordonnées GPS .
(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux ! », 03. 2019)
- Ce PP, ce Pouvoir , serait –il le même qui l’a extirpé un jour à des mariage et des
fêtes de circonstances et à des pleins d’essence pour le propulser dans la capitale
, dans le cœur du PP ?
(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux !», 03. 2019)
- les derniers bisons d’Amérique du temps de David Crockett et la façon dont leur
population a pu être reconstitué et sauvée de l’extinction.
195
(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux ! », 25. 02. 2019)

Analyse

En effet, toutes les articles d’informations se définissent dans la plus part des cas, par
l’objectivité du journaliste où ce dernier se manifeste comme un locuteur en marquant sa
présence dans un discours d’autrui. Nous remarquons, dans les exemples ci-dessus, l’emploi
du discours rapporté qui manifeste dans son tour des différences significatives en vu de la
subjectivité énonciative.

D’ailleurs, dans la rhétorique d’objectivité , le journaliste essaie de suivre le principe


de l’objectivité journalistique , nous pouvons dire , alors, le journaliste en tant que locuteur
central de l’article d’information a fait recours à d’autres sources d’informations car ce
discours est chargé par une nature discursive et comble une fonction principalement
informative ; en somme il néglige ses propres sources livrer l’information et juger leur
importance .

A l’instar de ces exemples, nous constatons également, que les énoncés dans le discours
rapporté conviennent proprement au journaliste d’où il emploie des locutions introductives
neutres comme dit-on , l’on dit que , explique que, a exprimé, pour dire, afin de donner à
l’information un caractère événementiel, c’est-à-dire en précisant les circonstances et les
conditions de l’énonciation : le temps, le lieu sont bien précis , le journaliste lors la rédaction
de son discours , il a l’intention de créer un cadre spatio-temporel chaque vendredi ) par la
prise de parole d’autrui car ce dernier a des preuves concrètes qui lui permettent de produire
des discours en se basant sur d’autres sources car tout simplement c’est une tâche qui
appartient à sa fonction journalistique .

Le journaliste produit le propos d’autrui selon les exigences, les règles et les
contraintes de son énonciation personnelle, ce qui manifeste une distanciation entre son
propre discours et le discours de la source et ce, ce qu’il explique le privilège de d
l’utilisation du style indirect car il tend d’intégrer entre deux discours sous une version
subjective.

En outre, le journaliste donne un grand intérêt à la reproduction de l’énonciation originale et


l’usage des locutions introductives qui permettent d’axer l’interprétation du discours d’autrui.

196
Dans ce cadre, Le style directe et le style indirecte présentent des relation différentes entre les
acteurs de la communication (le locuteur citant , le locuteur cité, allocutaire ), le chroniqueur
assujetti son discours dans une nouvelle énonciation propre à son identité qui incarne un style
propre à lui , il ne se contente pas de rapporter les paroles d’autrui, il les contextualise , en
donnant une explication à ces significations .

En somme, le discours rapporté constitue un révélateur particulièrement efficace pour


l’étude de l’énonciation et de la subjectivation du discours de presse

Néanmoins dans ces exemples où la charge subjective est partiellement atténuée par le
recours à une autre source d’informations qui se porte garante et objective. Ce procédé se base
sur le principe de « captation » qui, selon D. Maingueneau (1996 :14), « consiste à transférer
sur le discours citant l’autorité attachée au texte source ». Cela implique à attribuer
clairement et explicitement la responsabilité de l’information à la source en question.

Exemple

 Et il conclut en affirmant que la liste de papiers qu’il faut a été réduite au maximum.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux ! », 07. 04. 2019)

Dans cet exemple le renvoi est implicite, car il s’agit d’une une simple allusion
connotative à un discours dominant officiel et crédible qui est marquée surtout
par l’emploi de la locution « il faut ».

- C’est fou comme le khawa-khawatisme avance à grand pas, et à grosse doses


d’accolades forcée (Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux »,
07. 04. 2019)

-un bon entrainement sur soi .une bonne dose de méditation et de yoga .des tisanes « bonne
nuit ». et pourquoi pas des gélules de toutes les couleurs (Le Soir d’Algérie, « Pousse avec
eux », 02.04. 2019)

197
A partir de notre analyse, nous constatons que le recours à une autre
source d’informations s’établit souvent d’une manière implicite. Cela se manifeste
par une volonté de ne pas dissocier nettement les propos cités des propos du
présentateur qui demeurent, de ce fait, objectifs, neutres et impartiaux.

2.1.2 Objectivation par le recours aux contextes spécifiques

Il convient de dire que chaque unité linguistique à des emplois différents. Des emplois qui se
changent selon plusieurs critères parmi lesquels nous citons un critère très pertinent , le
contexte. Les questions qui se posent et qui s’imposent sont les suivantes : comment influe le
contexte sur les sens diffusé par les différentes unités lexicales proposées dans les énoncés?
Est-ce les unités lexicales déterminent le contexte ou c’est le contexte

qui impose tel ou tel usage pour les unités lexicales ?

Selon la conception restreinte celle de J. Dubois et al (1973 :116) pour qui le contexte est
« l’ensemble du texte dans lequel se situe une unité déterminée », nous pouvons dire que la
notion du contexte est elle-même problématique et c’est pour cette raison que nous allons
l’aborder attentivement à une conception plusétendue.

Il est évident de dire que le sens de chaque unité lexicale est strictement lié au contexte dans
lequel elle est énoncée. et comme il l’affirme Véronique Magaud (2005 :23) dans sa
citation , c’est le contexte qui définit le sens de l’unité lexicale :

«Ainsi émerge une lexicologie dynamique où les mots


sont appréhendés dans leur opposition
paradigmatique mais aussi syntagmatique et
contextuelle. Le sens des mots advient de leur double
inscription, en langue et en discours et c’est par cet
entrelacement que de nouvelles acceptions
apparaissent ou que des sèmes complémentaires
émergent. »

Alors, c’est en fonction du contexte que d’autres sèmes figurent. Selon ce principe, il est fort
probable que des sèmes existants disparaissent ou restent moins perceptibles.

198
Pour masquer, la subjectivité réalisée par l’énonciateur dans son discours, le journaliste crée
des contextes spécifiques. Des contextes qui comprennent des éléments susceptibles
d’orienter l’attention des lecteurs et qui permettent au journaliste d’installer une certaine
distance vis-à-vis de ses écrits.

Par son caractère problématique, la notion du contexte suscite encore les débats. C. Kerbrat-
Orecchioni, dans ses travaux (1994, 1996,2005), distingue le contexte discursif et le
cotexte. Pour G-E. Sarfati (2001 :47), il a évoqué la notion du contexte externe et il parle
sur la nature du contexte par rapport au texte. Le contexte discursif, dit aussi endogène ou
séquentiel, dorénavant cotexte, est de même nature que le texte lui-même. Le cotexte peut
être immédiat ou lointain, étroit ou large. Lors de l’analyse du discours, la délimitation du
texte et de son contexte est primordiale. Autrement-dit, l’analyste est appelé à déterminer le
texte et son contexte, bien que cette différence ne soit pas sans conséquences, signalons
qu’au fur et à mesure de l’analyse, ce qui est texte devient cotexte et ce qui est pris pour
contexte demeure le texte.

En effet, le contexte externe est de nature hétérogène au texte et possède des éléments de
natures hétérogènes. En outre les éléments standards du contexte à savoir le cadre spatio-
temporel, nature du canal, les participants, etc., nous joignons d’autres éléments d’ordre
idéologique et pragmatique comme le but du discours, le genre du discours. Ces derniers
éléments ont amplement suscité l’intérêt des analystes du discours.

A l’instar de ces divergences, nous nous sommes trouvé d’interroger sur les
frontières entre le cotexte et le contexte d’une part, et entre le texte et le contexte, d’autre part
,nous trouvons que la distinction entre cotexte et contexte n’est pas dichotomique et n’est faite
que pour des raisons didactiques car, en réalité, il s’agit d’un seul environnement hétérogène.
Quant au rapport du texte au contexte, il faut démontrer de la conception statique selon
laquelle le contexte conditionne et détermine le sens du texte. En fait, le rapport entre texte et
contexte est un rapport réflexif. Le texte crée son contexte qui le recadre sans cesse.

Le journaliste n’ignore absolument pas ce que lui offre le contexte. Au contraire, il choisit
délicatement les données qui disposent son discours. En fait, en analyse de discours, on est
toujours en contexte comme le souligne J.-M Adam (2006 :21) :

« …on est toujours « en contexte ». Quand on


travaille sur des énoncés, on ne peut travailler « hors

199
contexte » que si on se donne la phrase
syntaxiquement définie pour objet ou le phonème
phonologiquement délimité. »

Le contexte, qui est toujours là, figure plusieurs éléments qui ne sont pas tous
obligatoirement au profit du journaliste. C’est ce dernier qui choisit les éléments les plus
adéquats et appropriés. Cela, nous le voyons nettement lors des vendredis du HIRAK où
seules les attentes des manifestants sont mises en évidence afin de justifier l’usage de discours
subjectifs, notre corpus montrera clairement comment le journaliste entasse des données
contextuelles discursivement importantes

Ces données lui permettent de s’effacer de son discours et de laisser le contexte


justifier l’usage de l’adjectif subjectif.

C’est l’objectivation par le contexte que nous étudierons à travers les exemples
suivent :

Exemples :

1-comment se fait-il qu’un grand corps malade que l’on disait cloué sur son siège se mette
soudain à marcher ?quel est ce processus incroyable qu’un corps et matière associés puisse
à nouveau se mouvoir.(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux », 03. 03. 2019)

2-il marche comme s’il n’avait jamais été malade .il sort comme s’il n’avait jamais été cloué
au lit . et il marche comme s’il n’avait jamais été longtemps immobilisé. Les médecins en
sont là dans leur perplexité .ils se sont consultés entre eux . ils ont été consulté .ils ont été
consulté. Et … rien ! ils ne trouvent pas d’explication logique , scientifique à ce réveil , à
cette sortie d’un immobilisme qui ressemblait plus à une hibernation qu’à une crampe aux
mollets.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux »,03. 03. 2019)

200
3- le vœu gigantesque .et nous devons d’abord et avant tout compter sur l’immense
mansuétude du Créateur, ou de la Créatrice , ou des Créateurs Associés, selon votre
croyance .peu importe, prion avant qu’il ne soit trop tard ! Prions pour que cette contrée,
cette Principauté qui a vécu et traversé tant et tant d’épreuve terrible soit encore une fois
épargnée. Nous pouvons avec des approches différentes. Des points de vue divergents. Des
opinions diamétralement opposées. C’est normal ! C’est sain. c’est , même souhaitable pour
la bonne santé du pays que nous voulons voir se construire. (Le Soir d’Algérie, « Pousse
avec eux »,03. 04. 2019)

Analyse :

Lors qu’on a fait l’analyse de ces exemples auxquels, nous avons procédé les notions
adoptées par Kerbrat-Orecchioni (1998) et qui sont:

Cotexte : pour désigner l’environnement verbal de l’adjectif subjectif.

Contexte : pour désigner l’environnement culturel, idéologique et pragmatique.

Dans le premier exemple, l’adjectif, malade, il est question sur l’état


physique de l’ex président BOUTEFLIKA , une qualification qui décrit l’état
médiocre du président , une image qui donne un aperçu sur l’état catastrophique
pour ne pas être élu dans le cinquième mondât.

L’emploie des deux adjectifs logique et scientifique ce sont des adjectifs axiologiques
pour démarquer l’objectivité implicite de discours de l’information, ils portent une charge
subjective connotative du journaliste et du journal même.

D’ailleurs, le journaliste tenteà dissimuler sa subjectivité et pour qu’elle ne soit pas flagrante,
il opte quasiment pour l’emploie des adjectifs subjectifs. Cela se fait typiquement par le
recours à des contextes spécifiques.

201
Outre, il est convient d’intervenir les différents aspects du contexte qui contribuent à
l’identification du sens des énoncés, l’aspect culturel, l’aspect idéologique et pragmatique, ce
sont des contributions qui renforcent le contexte. A cet égard, C. Kerbrat-Orecchioni (1998),
affirme que la quasi-totalité des énoncés possèdent en plus de leurs contenus explicites, un ou
plusieurs contenus implicites qui viennent se greffer sur les précédents. La prise en compte
des contenus implicites qui ont reçu divers noms est devenue incontournable en analyse de
discours.

Il est nécessaire également de signaler que les présupposés et sous-entendus sont deux
procédés qui contiennent des contenus implicites qui ne doivent pas être scindés des contenus
explicites. Ainsi dans leur interprétation, les présupposés nécessitent des savoirs linguistiques
tandis que les sous-entendus nécessitent des savoirs encyclopédiques.

Dans ces exemples , les propos implicites auxquels le journaliste locuteur met mention dans
les exemples -suivants :

1-Ce sont des modules robotisés, d’appartenance humaine et dont la particularité ce que t’as
envie d’entendre dans un arabe « m’kattar », bourré de circonvolution, de moucharabiés et,
bien évidemment farci aux arabesques.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux !», 13. 04. 2019)

Cela sous-entendque l’Algérie a été mal gouvernée.

2-les forces extérieures qui nous veulent du mal !

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux ! », 07. 03. 2019)

Le journaliste ici vise les pays les plus forts et qui veulent intervenir dans les affaires
intérieures de l’Algérie.

3-l’espèce de lièvres vivant en Dézidie ne sait pas chasser la carotte par elle-même.

Et donc, en gros, vous avez lâché les lièvres, et ils errent. Ça va prendre du temps de leur
expliquer que les élections.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux ! », 13. 03. 2019)


202
4-les exemples sont nombreux ! Tenez !pasteur !Louis Pasteur !s’il avait craint le saut dans
l’inconnu, s’il n’avait pas inoculé dans le bras du petit enfant alsacien Joseph Meister le
microbe « amélioré » de la rage , le mioche serait mort et avec lui des millions de personnes
sur terre.

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux ! », 14. 03. 2019)

5- ce n’est pas sorcier !on est en plein dans la sorcellerie et mon vœu ardent est celui-la : je
voudrais que l’on me présente enfin ce sorcier , ce taleb ce chaman ce magicien , ce
Prestidigitateur qui a soudain transformé le bloc de granit posé sur nos espoirs ces toutes
vingt dernière année , placé sur notre poitrine et bloquant notre respiration .

(Le Soir d’Algérie, « Pousse avec eux !», 30. 03. 2019)

Si l’acte de langage sert à agir sur autrui et à travers ce dernier agir sur toute la société, il doit
reposer sur les relations unissant les partenaires de la situation discursive avec des visées
pragmatiques bien ciblées. On doit donc considérer l’énoncé-titre dans « Le Soir d’Algérie »
comme un reflet authentique de la situation sociologique, traduisant les pensées et les
intentions du journaliste. Selon Rabatel, l’intervention de l’énonciateur dans le discours fait
de l’énoncé, directement ou indirectement, un acte de langage :

« Dès lors que le point de vu ne se limite pas à sa seule dimension constative, mais
intègre un faire-voir, un faire-penser, un faire-agir, un faire-dire, fût-ce indirectement, dès
lors que les énoncés cumulent une valeur descriptive, dénotant des états de faits et une valeur
interprétative exprimant des jugements de l’énonciateur en vers les objets du discours
dénotés, ces derniers équivalent à l’acte du langage indirect»226. (2005.122)

Nous invitons les lecteurs du journal « Le Soir d’Algérie » à prendre plus de


prudence dans la perception et l’interprétation de l’évènement car le journaliste ne dit pas
explicitement le contenu des actualités.

Ces contenus implicites qui s’ajoutent aux contenus explicites précédemment cités dans le
cotexte permettent de justifier l’usage des adjectifs employés qui ont pour but la qualification

226
A.RABATEL, (2005) : "De la part de l'énonciateur dans la construction interactionnelle des points
de vue", in "Marges linguistiques", n° 9, p. 122.
203
des images d’une telle situation catastrophique.

Le recours à ce procédé d’objectivation (le recours à des contextes spécifiques) se fait de la


même manière dans le reste du corpus. L’attention du lecteur penchée par les contenus
explicites et aussi par les contenus implicites pour ne pas se rendre compte de la sensibilité du
journaliste.

3.La polyphonie énonciative

La polyphonie énonciative est une notion qui concerne le sujet de l’énonciation et les voix
qu’il fait entendre dans l’énoncé, il faut entendra la pluralité des mots d’énonciation au sein
d’un même énoncé, qui peuvent se superposer et se mêler, par conséquent, le sens consiste
non seulement à décrire le monde, mais à montrer l’énonciation, et à présenter une image à
travers un style aussi bien que de certaines formules expressives ou modales au sens large.

C’est un phénomène à étudier surtout dans le cadre de l’étude du discours rapporté,

Ducrot dans son ouvrage les mots du discours (1980) affirme sa théorie « si l’on
« s’exprimer » être responsable d’un acte de parole, colts ma thèse permet lors qu’on
interprète un énoncé, d’y entendre s’exprimer une pluralité de voix, différentes de celles du
locuteur, ou encore comme disent certaines grammairiens à propos des mots que les
locuteurs ne répond pas a son compte, mais met explicitement ou non, entre guillemets une
« polyphonie »(1980.p44) »227

4 . Position énonciative du locuteur

Le locuteur est obligé peut être à adopter simultanément deux points de vue
différentes, c’est-à-dire maintenir deux choses en même temps, ou produire un énoncé en
même temps qu'il le commente. Il pourrait aussi organiser plusieurs points de vue et construit
des énonciateurs censés de les soutenir. Il présente ces points de vue en s'effaçant devant eux.

227
Les grandes théories linguistiques. Page 177

204
Quand le journaliste veut passer une information en gardant l'authenticité de ses sources et
que ce locuteur rapporteur veut révéler une certaines réalité afin d'influencer sur le lecteur en
dehors bien sur de la commercialisation du journal en question «Le soir d'Algérie ».

En guise de ça, Le perlocutionnaire n'est pas seulement associé à la construction phrastique,


mais ce fait est bien lié à l'intention communicative et à la visée du journal même qui forge en
lui-même un discours médiatique souvent orienté pour des raisons bien déterminées.

5.Le discours journalistique, une instance de destination

« Le discours journalistique, ne peut se contenter de rapporter des faits et des dits, son
rôle est également d’en expliquer le pourquoi et le comment, afin d’éclairer le citoyen.
D’où une activité discursive qui consiste à proposer un questionnement, mais pas
d’explication possible. Une fois de plus, l’enjeu de crédibilité exige que le journaliste
énonciateur ne prend pas lui-même parti, qu’il explique sans esprit partisan et sans
volonté d’influencer son lecteur. »228
En effet, dans tout discours journalistique, il y a une interactivité d’un échange entre le
locuteur et son interlocuteur. Tout journaliste n’échappe pas des contraintes et des exigences
politiques et socioculturelles de sa société afin d’adopter la perspective de l’activité
journalistique, outre, les contraintes imposées par la déontologie de la fonction journalistique,
ce qui l’incite à prendre en compte tous ces facteurs régissant son métier notamment la réalité
socioculturelle de sa société.

La théorie des actes de langages met que l'accomplissement d'un acte de langage requiert
certaines conditions, l'accomplissement de tel ou tel acte implique d'introduire dans l'énonce
une référence au lecteur ou au récepteur. A cet égard, J.L. Austin explique la différence entre
le constatif et le performatif et c'est le contexte, l'élément le plus fondamental dans la création
de parole.
Il souligne :« [...] devrait faire quelque chose (par opposition à simplement dire quelque
chose), et être heureux ou malheureux (plutôt que vrai ou faux), [...] chaque fois que

228
CHARAUDEAU: op, cit,32-34.
205
nous"disons" quelque chose, nous produisons des actes de locutions (actes de dire quelque
chose), et des actes d'illocution (actes de faire quelque chose) »229

Nous observons donc, qu'il y a le vouloir dire de la part du journaliste de la chronique, ainsi
que son impact qui veut l'influencer sur son lecteur et c'est sous l'effet des circonstances de la
réception du discours que cet impact soit heureux ou malheureux.
A ce propos Austin ajoute : «Lorsqu’une telle énonciation ne parvient pas à faire ce qu'elle
était destinée à faire, nous disons non pas qu'elle est fausse; mais qu'elle est malheureuse. Le
malheur est dû, la plupart du temps à ce que les circonstances qui devraient accompagner le
performatif ne se présentent pas« comme il faut »230

De cela, nous constations que le dispositif énonciatif (journaliste/lecteurs)implique une


instance de réception public et que cette instance est plutôt imposée que souhaitée, car
l'information n'est pas choisie, elle est donc destinée. Ainsi, cette information est le reflet de
certaines réalités imaginées et fabriquée par son rédacteur le journaliste locuteur dont son
intension est de ne pas négliger la dimension humaine et interprétative chez les lecteurs.

Cependant la chronique journalistique est un échange communicatif qui nécessite un


positionnement de son locuteur-journaliste par une mise en œuvre de son style du langage, où
il impose et implique un acte d’énonciation ainsi qu’une compétence langagière bien produit

229
- J.L. AUSTIN: op, cit, p. 29
230
-I bid, p. 25.
206
6 .Les actes de langage dans le discours

Les actes de langages qui apparaissent dans les articles ciblés dans notre quotidien Le
soir d’Algérie tel que les envisagent Austin et Searle sont comme des entités abstraites et
isolées, c’est-à-dire ils sont impérativement détachés de leur contexte d’actualisation.
Autrement dit, les actes de langage sont réintégrés dans leur cadre communicatif. Tout
simplement leur interprétation exige les réinsérer dans leur contexte communicatif.

Ces actes nous serviront à illustrer surtout :


 Les problèmes que posent parfois la définition et la délimitation des actes de
langages.
 La nécessité de bien distinguer, lorsque l’on cherche à préciser le statut
pragmatique d’un énoncé, signifiant et signifié, c’est-à-dire la structure formelle et
la valeur illocutoire.

A l’instar de la fameuse citation d’Emile Benveniste (1966, P. 130) qui sert à faire une
distinction radicale entre ces trois « archi-actes » :
 assertion.
 question.
 ordre.
« On reconnaît partout qu’il y a des propositions assertives, des propositions interrogatives,
des propositions impérative distinguées par des trais spécifique de syntaxe et de grammaire
[…]. Or ces trois modalité ne font que refléter les trois comportement fondamentale de
l’homme parlant et agissant par le discours sur l’interlocuteur : il veut lui transmettre un
élément de connaissance, ou obtenir de lui une information ou lui intimer un ordre ».231

6.1 Les directifs :

a. Questions : Qui es-tu vieil homme ?


- Comment peuvent-ils être la solution ?
- Ne sont-ils pas plutôt le problème, auguste vieillard ?
- Quelle est cette grave faute que j’aurais commise pour qu’ils
décident de te déranger.

231
- Orrechioni. C.K, les actes de langage dans le théorie et fonctionnement, Armand Colin, France, 2016, P. 83.
207
6.1.1 Les modes de construction des titres

Le choix des titres fait ressortir pour des phrases nominales interrogatives, et
exclamatives, la caractéristique générale de ce mode de construction est de déclarer en se
soustrayant à tout repère personnel ou aspectuel.
La phrase nominale énonce un constat de la réalité tandis que la phrase verbale met en
relation le locuteur qui asserte, à propos d’un sujet, un prédicat et son assertion. Nous avons
remarqué que le journaliste opte pour utiliser des phrases nominales qui ont des énoncées
surtout interrogatifs et exclamatifs.

6.2 Les interrogatifs

Exemples

- Où en serait le monde aujourd’hui sans saut dans l’inconnu ? (14 - 03 - 2019).


- Pour ou contre ? Ce débat qui déchire. (18 - 03 - 2019).
- Candidat unique ? La bonne blague ! (23 - 02 - 2019).

La plupart de ces questions sont des questions ouverte, or ces actes interrogatifs sont
nombreux dans « Le Soir d’Algérie » parce qu’ils ont une valeur modale, une valeur qui
permet aux journalistes de ce quotidien une certaine distanciation de leurs propos discursifs.
L’énonciateur, par cette technique d’interrogation, mettent la balle dans le camp de leurs co-
énonciateurs, qui peuvent à leur tour proposer une ou des réponses à travers ce genre de
constructions phrastiques . Par ses réactions, le lecteur fictif peut se manifester même
virtuellement et malgré l’absence de ses réponses dans la réalité du journal.

En guise de ce que nous venons d’entamer là-dessus, nous pouvons dire que le
discours dans la chronique du « Soir d’Algérie » joue, en définitive, sur l’implication des
lecteurs par leur stimulation. Un discours bien préparé et traité doit stimuler une intégration
chez son destinataire ou au moins, une réaction et des stratégies d’inculpation visant cet effet
abondant.
Certaines questions font un appel direct à la réflexion du public et semblent avoir des
réponses que le journaliste veut consensuelles. Cependant, ce dernier ne manifeste aucune
contrainte explicite pour ses lecteurs.

208
6.3 Les exclamatifs

Exemples

- La fable des louveteaux de la procession des anciens et de la poussière de cadre.


(15-03-2019).
- Echaâb El Adhim et autres chants de Mars et d’amour ! (20 - 03 - 2019).
- Merci le scribe ! (21 - 02 - 2019).
- Autisme extra terrestre ! (17 - 03 - 2019).
- Les lièvres, le lapin et Vendredi ! (13 - 03 - 2019).
- Bellaâ ! Fermi ! Sekkar ! HabbatErridou ! (11 - 03 - 2019).
- Des bienfaits de la télé-pédagogie ! (12 - 03 - 2019).
- Le fabuleux règne animal !( 15-03-2019)
- La rue, ce blog géant 40 millions d’administrateurs ! (24 - 02 - 2019).
- Retourner le fleuve détourné ! (28 - 02 - 2019).
- En marche ! (28 - 02 - 2019).
- Débarquement (03 - 03 - 2019).
- Sidération ! (05 - 03 - 2019).
- ChaâbMentoujBladi(07 - 03 - 2019).
- La 2ème République 5 étoiles ! (18 - 03 - 2019).
- Si ! Si ! Mais chut ! (19 - 03 - 2019).
- Un peuple pareil, ça se mérite ! (28 - 03 - 2019).

Le signe d’exclamation est présent partout, et dans tout les énoncés de la chronique de
H. Laâlem « Pousse avec eux ! » déjà, d’emblée le titre de cette rubrique est marqué par le
point d’exclamation, c’est un point de repère et de référence. Ici, il ne s’agit pas d’un acte de
langage isolé, mais nous devons reconnaitre ces incidents pragmatiques. D’abord à l’oral,
l’intonation exclamative se caractérise par une voix plus forte et par une mélodie descendante.
Cette intonation suffit souvent à assurer la cohérence sémantique. A l’écrit, elle est marquée
par le point d’exclamation. Il faut admettre alors que ce genre de construction phrastique
marque la réaction du locuteur face à des évènements réels ou imaginaires. Ce type se
différencie du déclaratif et de l’impératif par une charge émotive, schématiquement parlant, il

209
correspond à la fonction expressive du langage. L’exclamation dans les exemples énumérés
indique un soulagement d’une attente comblée manifestée par une surcharge émotive
génératrice.

A partir de l’expression de l’exclamation , le journaliste veut sensibiliser des médias


écrits, le dépassement de l’information et le mode d’expressivité à l’écrit. On a tendance à
croire que la langue des médias se limite à l’obéissance et à la soumission. Le discours du
quotidien « Le Soir d’Algérie » contraint quand même cette tendance, surtout dans ces deux
rubriques(Le Bonjour du « Soir ») et (Pousse avec eux !). Il met donc ses lecteurs dans une
praxis communicationnelle et socio-politique et ce, en vue d’un résultat positif et d’une
complicité réactive en même temps. A l’instar des exemples suivants :

- Dans (Le Bonjour du « Soir »), on peut citer dans la catégorie : A ; le cas
des exemples : b, d, g, h, i, p ;
- Dans « Pousse avec eux ! », dans la catégorie : B ; le cas des exemples : c,
e, i, m, o, p.

L’exclamation peut orienter le locuteur sur les objets d’enthousiasme et de subjectivité


d’une rédaction pareille. « Le Soir d’Algérie » se retrouve s’adresser directement au public
afin de mettre en suspense la nouvelle qui doit en principe le rendre joyeux. Ce sont des
facteurs d’expression par l’exclamation. Il ne faut cependant pas réduire la séquence-titre à
une structure phrastique. Elle peut se développer autour de plusieurs phrases, souvent longues.
On peut citer à titre d’exemple : A(r), B (h et t).

Néanmoins, les valeurs modales des phrases exclamatives ne respectent pas souvent
les contraintes typologiques. Elles peuvent exprimer la demande ou l’ordre. Exemple : A
(s), B (e) et (q). Les objets stylistiques peuvent toutefois, permettre une observation des jeux
internes d’organisation de la signification dans la phrase de titre.

6.4 Assertif :
- Les rats quittent le navire. (04 - 03 - 2019).

L’acte constatif peut être l’explication déjà connu des locuteurs.

Le journaliste du "Soir d’Algérie" élucide l’information dans les sous-titres à la une


sans trop tarder et attendre ce que le bloc-texte intérieur devra prouver.

210
Cet énoncé (a) présuppose pour le lecteur du journal un savoir de l’antériorité du
terroriste en question, en l’occurrence l’émir "Gouri", ses origines, son niveau culturel et
intellectuel, ses traits moraux "violent ", son âge, etc.… ce présupposé assure la félicité de
l’acte informatif de ce genre de titres, puis qu’ils informent le lecteur sur ce qu’il ne sait pas
par des informations fiables.

Qui savait que ce "émir " a le niveau primaire, même pas le CEP, qu’il est natif de
Boudhar, très jeune, la preuve qu’en 1999, il n’a que 22 ans ? « Le Soir d’Algérie » est
responsable de ses propos et cette responsabilité n’affaiblit pas quand bien même, le public
partagerait l’univers prépositionnel de ces informations. Bref, l’acte d’informer est un acte
responsable.

En outre, commenter l’information revient à la voir de façon critique, que la dite


critique soit positive ou négative. Au-delà de l’information, le titre de presse annonce une
véritable analyse d’une situation complexe. Cela se fait par la présence de nombreuses
marques de subjectivité.

Le journal « Le Soir d’Algérie » invite ses lecteurs à plus de prudence dans la


perception de l’évènement. Le journaliste ne dit pas explicitement « méfiez-vous des affiches
que vous lisez sur… », Mais le lecteur doit sous-entendre cela, car on sous-entend une
manipulation de la part des successeurs d’Ait-Ahmed avec une thématique nouvelle « la
révolution numérique, éthique, politique et développement du parti » pour appréhender la
manipulation sur les médias et les réseaux sociaux. Le journaliste veut sous-entendre aussi
que le FFS, surtout avec le retrait officiel de son leader, est devenu moins crédible, moins
tranchant dans ses positions politiques, moins engagé face au gouvernement malgré cette
modernisation qui prétend certaine transparence. La preuve, le prétendu « deal » ne s’est pas
concrétisé après deux gouvernements Sellal.

Par ailleurs dans l’exemple (d), le journaliste veut faire comprendre au public par le
biais du verbe « découvrir » la violence, la barbarie et le danger des djihadistes que l’occident
ne connait peut-être réellement pas. Cela s’est fait par l’interpellation directe du locuteur sur
la réalité présupposé d’une intention cachée de l’islamophobie. Le journal invite ses lecteurs à
plus de prudence dans la perception des évènements, par l’emploi d’un vocabulaire qui vise la
prise de conscience de l’inquiétude que pourrait causer les djihadistes par leurs actes barbares
et irresponsables. En outre, le disqualifiant « barbarie », signifie chez les grecs « étranger »,
et c’est étranger par rapport à l’islam, qui condamne ces actes primitifs et sauvages. Ces
djihadistes est l’état d’un groupe considéré comme non civilisé, grossier et choquant dans ses
211
comportements232. Notons qu’il faut signaler l’engagement et la prise de position du
journaliste du « Soir d’Algérie », même subjectif, il relève du caractère performatif pure qui
vise à dénigrer ce genre d’actes sauvages.

Alors dans l’exemple (e) dans lequel : La Kabylie s’interroge après l’exécution du
français Hervé Gourdel par un groupe de terroristes. L’article intérieur du journal devra
répondre aux questions sur quoi et pour quelles raisons posées dans le titre et l’imperfection
informative de ce dernier même incitative, il ne sert qu’à construire une propre opinion en
suspens : sur quoi s’interroge la Kabylie ? Pour quelles raisons on a exécuté cet alpiniste
français ?

L’acte constatif peut être l’explication d’un fait isolé qui n’engage que ses exécuteurs,
mais déjà connu par le lecteur. Le journaliste essaie d’élucider ce fait en lui apportant
l’information nouvelle qui lui manquait. L’énoncé comporte un présupposé par lequel il relate
l’histoire d’un kidnapping par son propre déplacement dans la forêt d’Ath-Ouaâbane de Tizi-
ouzou dans la région de Tikjda, afin de reconstituer le puzzle de ce kidnapping.

A ce propos, O. Ducrot confirme l’existence de nombreuses situations

Le titre, en général nous donne une explication préalable sur le texte, et nous informe
sur le temps et le lien.

- L’énonciateur - le journalistique à travers l’emploi de phrases interrogatives


demande à l’interlocuteur de dire ce qu’il sait, dans ce cas il lui demande de révéler son
ignorance c’est une demande ou parfois une requête.

- L’énonciateur d’une part ou autre impose à l’interlocuteur de répondre une question


sur la capacité du destinataire à fournir une réponse.
Dans ce cas l’interlocuteur est supposé avoir une compétence pour répondre.
Dans certains type d’interaction interrogative, l’échange question-réponse constitue l’essentiel
«
du matériel conversationnel. Nous considérons comme une question tout énoncé qui se
présente comme ayant pour finalité principale d’obtenir de son destinataire un apport
d’information ».233

232
Le ROBERT pour tous, (1994) : « Dictionnaire de la langue française »
233
-Ibid, P. 86.
212
- L’interrogation comme modalité peut être utilisé pour masquer ou exprimer
indirectement d’autre actes d’énonciation. Elle peut avoir également une valeur
argumentative : le sujet choisit de ne pas s’impliquer personnellement et directement dans
l’argumentation. (non engagement) et tenir une distance.
Grâce à l’interrogation le locuteur exprime une demande ou une question.
Maingueseau (1999 : 48) stipule une autre fonction de l’interrogation : « interroger quelqu’un
c’est se placer dans l’alternative de répondre ou de ne pas répondre, c’est aussi lui imposer
le cadre dans lequel il doit inscrire sa réplique ».234

- Cependant, les actes de question et de requête c’est-à-dire les deux formes de


demande: demande d’un dire, et demande d’un faire sont intéressantes à plus d’un titre.

Directifs

Autre cas
Demande

Requête
Question
Ordre
Autre cas

1. Questions :

La question sollicite une information (alors que l’assertion se présente comme


apportant une information). En effet, l’acte de question recouvre de nombreux cas de figure
qui s’opposent selon différents critères tels que :
a- La nature des marqueurs de la valeur illocutoire.
- Qui es-tu vieil homme ?
- Quelle est cette grave faute que j’aurais commise pour qu’ils décident de te déranger ?
- est ce que la mobilisation vendredicale va se maintenir ? ou encore y aura-t-il du monde à la
manif de vendredi prochain. (21 - 03 - 2019).

234
- Ibid, P. 86.
213
- la valeur taxémique de la question, et ses effets sur la relation interpersonnelle, l’acte de
question étant à cet égard intrinsèquement ambivalent.
- d’une part, la question convie d’autorité son destinataire à répondre : c’est une forme de
sommation. Dans ce cas le questionneur sera dans une position dominante sur le questionné.
- mais d’autre part, toute véritable demande d’information est l’aveu d’un manque et d’une
supériorité de savoir du questionné sur le questionneur.

Ce que nous pouvons déduire, la valeur taxémique d’une question est donc impérativement
lié au type de la question ainsi que le contexte dans lequel est inscrite.
1-1 Les marqueurs de la question.
Il ya plusieurs types de question sur le plan morphologique :
a- la valeur de question s’inscrit dans un énoncé possédant une structure interrogative du fait
de l’existence de certains marqueurs spécifique.
Ces marqueurs peuvent être de nature :
* Lexicale : verbe performatif.
- mais, il m’a demandé de ne pas ébruiter la chose. (18 - 03 - 2019).
a. assertion:
- Les rats quittent le navire. (04 - 03 - 2019).
- Le peuple est heureux. (07 - 03 - 2019).
b- la valeur de question est exprimée indirectement venant se greffer sur un autre acte de
langage.
* je ne sais pas comment va se dérouler la manifestation. (28 - 02 - 2019).
* je ne peux le savoir.

- Si demain, en France, lutte ouvrière, le NPA de Besancenot et le


Rassemblement…………… (23 - 02 - 2019).
- S’ils le font pas la force, ton droit politique. (23 - 02 - 2019).
- Si vous pouviez, après les docus animaliers nous diffuser aussi des cours de mathématiques.
(07 - 03 - 2019).
- Si les caves savantes nous avaient réussi, nous n’en serions pas là aujourd’hui. (18 - 03 -
2019).

Tous ces énoncés étant eux aussi susceptibles dans certaines circonstances de fonctionner
et figurer comme des questions ambigües et implicites (demande de confirmation), en vertu
de la règle de dérivation illocutoire suivante :
214
«
toute assertion accompagnée d’un modalisateur de doute ou d’incertitude portant sur un état
de chose supposé connu du destinataire peut fonctionner comme une question indirecte sur cet
état de choses ».
* Cette règle fait intervenir une donnée contextuelle, c’est-à-dire l’état supposé des savoirs du
destinataire au moment de l’énonciation de l’énoncé.

7. Différents types de réactions à une question:

7.1 Réponses Vs répliques.


- Elle a grossi ? elle a grossi encore. (17-03-2019).
- Ça vous choque ? plus choquant encore. (17-03-2019).
- Je peux compter sur ta discrétion, bie
n sûr ! Et l’autre de répondre « bien sûr ». (18-03-2019).
- Et toi, on t’a contacté ? Qui, Si Lakhdar m’a contacté mais il m’a demandé de ne pas
ébouiler
les choses. (18-03-2019).
- D’où vient l’expression « les rats quittent le navire ? de sources concordantes et saline. (04-
03-2019).

Ces réponses enchaînent sur le contenu de la question alors que les répliques, réponses
mettent en cause sa pertinence (réactions plus rares, et que l’on peut même considérer comme
exceptionnelles).

8.L’aveu d’ignorance.

La réponse a une question totale ou partielle peut prendre la forme particulière d’un aveu
d’ignorance. Sans être aussi transgressive que les nom-réponse, ni aussi « marquée » que les
répliques (car après tout si le destinataire est supposé susceptible de fournir l’information
demandée, il ne saurait tenu de la posséder).
La réponse Je ne sais pas est toute fois ‘‘ décevante ’’ par rapport aux attentes du
questionneur :
* A quoi correspond cette soudaine flambée des docus animaliers sur ces TV-là ?
- Je ne sais rien ! ( ).
* Et la flûte traversière, aussi, yek ?

215
A quoi correspond cette soudaine flambée des docus animaliers sur ces TV-là ?
On croit que la flûte traversière est un instrument doux ( ).

9. La requête

La requête reste un autre type de demander quelque chose à quelqu’un, par exemple :
- Zut, j’a i fini mon paquet !
- Tien tu as trouvé des players ?
- C’est à toi ces cigarettes ?
- Elle sont bonnes ces cigarettes-là !

Ce qu’on remarque, la requête est une forme de formulation possible que les locuteurs
disposent : formulations indirectes non conventionnelles mais aussi formulations indirectes
conventionnelles, dont le grand nombre s’explique sans doute par le caractes éminemment de
cet acte de langage et :
* Cependant la requête est considéré comme un acte incurve, elle est donc pourvue d’une
forte charge relationnelle, d’où les précautions avec lesquelles on la manipule dans
l’interaction.
D’ailleurs, lorsque le locuteur (journaliste) produit un énoncé pour demander à son
interlocuteur d’accomplir un acte quelconque.
* En effet, l’ordre est un cas parmi les cas les plus particuliers de la requête auquel le locuteur
manifeste sa volonté par un ensemble de dispositions et formulations impératives dont
l’objectif est de présenter un acte « autoritaire ».

Selon la définition de l’ordre du petit Robert :


«Acte par lequel un chef, une autorité manifeste sa volonté, ensemble de dispositions
impérative»
9.1 Les formulation indirectes de la requête

Le classement de ces énoncés peut reposer sur des critères tel que :

1. le type d’acte de langage « squatte » par la requête, est détourné à son profit :
 une question :
- resteras-tu éveillé malgré ton âge à ce cauchemar qui continue. (15-03-2019).

216
 une suggestion :
- Si t’en veux pas de tes vacances. (11-03-2019).

9.2 Recours au mode impératif :

* Détends-toi, jeune homme impatient. (15-03-2019).


* Dis, l’ancêtre ! peux-tu me tenir. (15-03-2019).
* Donnez-nous juste 12 mois. (05-03-2019).
* Calez-la avec un truc. (13-03-2019).
* Montons-nous stoïque en amour, que débile, acceptons ces bouquets de rose.
- Découvrons-nous en grand peuple. (20-03-2019).
- Utilisation d’une formule explicitement performative :
Je te demande de ne rien ébruiter. (19-03-2019).

9.2.1 Affirmation d’une obligation :


- Faut dire aussi que le bonhomme ne s’en est pas vraiment cachot. (19-03-2019)
- Je dois bien l’avouer. (26-02-2019)
- D’abord, en arrachant, s’il le faut par la force. (23-02-2019)
- Il ne faut pas hésiter à le dire et à dénoncer haut et fort. (12-03-2019)
- Il faut le sortir de la ….. (27-02-2019)
- Il faut écouter le peuple. (20-03-2019)

9.2.2 Affirmation d’un désir :


- Je ne voudrais pas être à votre place ce soir. (24-02-2019)
- Je suis sûr que Rachid Mimouni aurait aimer voir les foules récupérer les bras. (28-02-
2019)

10. L’excuse
- Moi, je suis désolé. (27-02-2019)
- Je suis d’abord mû envers lui par des sentiments de compassions. (27-02-2019)

Catherine Kerbat-Orrecchioni, considère ‘‘ les actes rituels ’’ «


les énoncés qui ont la
double caractéristique d’être fortement stéréotypé dans leur formulation et leurs conditions

217
d’emploi et d’avoir une fonction surtout relationnelle, leur contenu étant en revanche
relativement pauvre235
- L’excuse comme acte rituel qui est considéré particulièrement comme une formule de
politesse.
C’est un acte très fréquent dans toutes sortes de situations communicatives, il se peut
considéré également comme un acte expressif consistant à exprimer un certain état
psychologique du locuteur vis-à-vis d’un état de chose spécifié dans le contenue
propositionnel.
«
Je suis désolé » est une réalisation directe.
Cette performative a une finalité de chercher à restaurer l’équilibre rituel de l’interaction,
d’ailleurs elle vise à neutraliser symboliquement un acte offensant que le locuteur et
impertinant envers son partenaire.
Selon Goffman (1973, P. 113), l’excuse est un acte réparateur qui a pour but de « transformer
ce
qu’on pourrait considérer comme offensant en ce qu’on peut tenir pour acceptable ».
C’est un acte de langage a une visée illocutoire qui est précisément, obtenir le pardon.

235
- Catherine Kerbrat-Orrecchioni, « les actes de langage dans le discours théorie et fonctionnement »,
ARMAND Colin, CURSUS.
218
Conclusion

Durant toute cette étape de l’analyse, nous avons fait la collecte de tout énoncé qui
exprime la subjectivité de l’énonciateur et son positionnement dans les discours de LAALAM
émis précisément dans les chroniques du quotidien « Le Soir d’Algérie », dont l’étendue
chronologique s’étale sur quatre mois. Les textes de presse traitent un événement relatif à
l’actualité des activités politiques de l’état algérien, il s’agit de s’intéresser au contenu des
événements pris pour exemples aussi que de s’intéresser sur la façon dont ils sont traités et
évoqués et de démontrer l’incidence des formes du discours sur les manières de dire.

A partir de notre analyse, nous avons constaté que le chroniqueur du journal


en question a tendance de créer une nouvelle stratégie discursive en utilisant la langue
française dans notre contexte algérien, d’où il tend à imposer son point de vue en se cachant à
l’aide des marques d’énonciation explicites qu’il emploie. le positionnement du journaliste
énonciateur n’est pas toujours manière fait d’une manière explicite en ayant l’air de s’effacer
en employant un ensemble de procédés discursif qui assure cet effacement énonciatif en
rapport avec les conditions situationnelles de la production en créant un positionnement
discursif

219
CONCLUSION
GENERALE
Conclusion générale
En définitive, au cours de la réalisation de ce travail, à savoir notre recherche, qui,
appartient au domaine des sciences du langage de façon générique, et qui s’inscrit dans une
sphère médiatique, voire journalistique de façon spécifique. Par cette recherche, nous
voudrions faire œuvre utile au moyen d’une approche pragmatique dont la matière grise est
quotidiennement disponible, même diversifiée chaque matin devant nos kiosque suite à une
floraison médiatique. Il s’agit de la dernière page ou numéro 24 de notre quotidien algérien
d’expression française, en l’occurrence « Le Soir d’Algérie »dans sa chronique« pousse avec eux !»
du célèbre journaliste Hakim LAALAM, dont la durée de la collecte du corpus et qui s’est
étalée autour de quatre mois, pendant la période du ‘’HIRAK’’. Notre recherche s’installe dans
une optique descriptive dans un premier rang et analytique dans un second. Pour ce faire, nous
avons jugé nécessaire que le discours en question équivaut logiquement la présence de deux
composants primordiaux, à savoir celui de l’énoncé et celui de l’énonciation. Ces deux pôles
entretiennent entre eux une relation de réciprocité présupposition elle, considérée comme un
acte qui implantant un énonciateur et un co-énonciataire.

A cet effet, il nous a paru que la chronique en vigueur possède un statut particulièrement
autonome à travers laquelle le journaliste se livre à lui-même par son regard des choses et des
événements ainsi que ses enjeux et jonglages des/par les mots très particuliers, même
extraordinaires. Il annonce ses sujets, souvent par des titres objectaux, cependant, le code
implicite et tacite reste la stratégie dominante de ses écrits. En effet, il vise maintien de son
héroïsme de rôle principal sur la scène de l’information, et ce en imposant son point de vue
sur ses lecteurs, qu’ils soient fidèles ou non-avertis, d’où résulte une interaction socialement
paradoxale entre ce qu’il énonce et ce qu’on considère comme acte de langage supposant un
échange même virtuel.

Par ailleurs, ce discours prétendument journalistique et mis à part sa fonction


commerciale ou de marketing selon R. Barthes, il incarne un espace linguistique assez
particulier dans la société de destination, car il représente une ébauche privilégiée qui
s’impose en force chez les lecteurs algériens, notamment par l’influence qu’il exerce sur eux.
Par cette chronique « Pousse avec eux ! », le journaliste tente de répondre aux multiples
fonctions journalistiques informatives déterminées par diverse formes syntaxiques,
stylistiques, lexicales, rhétoriques et même par l’alternance codique. Il nous semble que cette
rubrique quotidienne constitue un véritable matériau de l’exercice énonciatif, chose que nous
220
avons pu découvrir au cours de nos lectures, suivies d’une analyse pragmatique de propos de
cette chronique, en outre des marques de subjectivité et de différents modes d’énonciation.

D’emblée, le discours journalistique se présente comme une communication intersubjective,


dans chaque lecture, nous constatons que le récepteur, même distant et virtuel, il est inclus
clairement dans cet acte énonciatif. Or, le scripteur-journaliste ne connait nullement pas ses
destinataires, ses écrits ressemblent à une bouteille dans la mer, elle ne connait ni la
destination ni le destinataire, surtout en cette dernière décennie, où le déluge technologique du
lectorat fonctionne à l’aide d’un seul clic.

Notre méthodologie de travail consiste à l’adoption d’une analyse minutieusement


détaillée de nos différents choix et des unités linguistiques utilisées par le journaliste dans sa
célèbre chronique, et ce, afin de faire agir et réagir tout le lectorat du quotidien en question.
Cette confection pragmatico-énonciative qu’on peut qualifier d’amalgamée de la part du
chroniqueur vise à mettre en exergue d’abord les idées développées en mise en garde par une
langue investie, au point qu’on la considérait de style qui ressemble souvent à celui du
procès-verbal. Toutefois, sa langue est dotée clairement de différents procédés subjectifs
marqués par diverses stratégies discursives qui tendent à spéculer la curiosité des lecteurs et
attirer le chaland qui passe d’une seconde part. En d’autres termes, par ces procédés
stimulateurs, voire provocateurs, le journaliste tend l’inculpation de ses lecteurs pour un
certain partage et une certaine adhésion de ses idées maitresses en les convaincant d’épouser
l’idéologie de l’institution du journal, et ce, par l’usage récurrent du discours direct, indirect
ou narrativisé. En effet, ce tissage bien ficelé de manière ludique, sarcastique et logique
s’effectuant par le biais d’une élaboration soigneusement construit de ces chronique
quotidiennes. Ces stratégies convaincantes dans leurs apparences, sont en vérité tacitement
occultées par une fonction persuasive exposée expressément dans ce genre d’articles
journalistiques. In globo, ces derniers constituent le revers de la pièce de l’expression d’une
subjectivité journalistique, qui de sa part s’adressant à vrai dire à une autre subjectivité, qui
n’est que celle de son lectorat. Cela rejette l’idée par laquelle on voudrait ignorer le sujet
qu’on doit analyser dans les textes écrits, surtout dans les journaux, c'est-à-dire que les
fonctions poétiques et markéting ou la vente de ce quotidien, une monnaie indispensable pour
la survie de ce dernier en version papier, ne doivent pas primer sur celle de référentielle.

Le locuteur du journal « Le Soir d’Algérie » est un vrai responsable de l’image


symbolique qu’il diffuse, de son éthique qu’il veut instaurer et faire partager avec son lectorat,
c’est un locuteur collectif, muni d’une personnalité grosso modo complexe, toutefois, malgré

221
cette complexité, il est l’unique responsable conscient de ses écrits, surtout ceux des
chroniques audacieuses du journaliste en question. En fait, cela n’est pas nouveau ni
hasardeux de sa part malgré les multiples abstractions qu’il essaie de personnifier à sa guise, il
est manifestement visible que lisible de décrypter clairement l’arrière-fond idéologiques de
ses tendances et celle de l’institution de son appartenance. Ex aequo de ses lecteurs avertis ou
non et avec toute leur hétérogénéité complexe et disparates dans la (dé)construction et dans
l’interprétation mentales de ces fragments textuels, ces lecteurs collectifs érigent et s’érigent
avec toutes leurs constances un élément principal de la mémoire sociale des Algériens.

Il est manifestement patent qu’au cours de notre travail de recherche que le


chroniqueur de ce quotidien algérien d’expression française est influencé d’une évidence
majeure par les crises politico-socio-économiques que traversent notre pays. Cela n’est pas le
fruit du hasard, mais il est le résultat logique d’une conscience professionnelle d’un
journaliste chevronné et de grosse pointure, en l’occurrence de celle de Hakim LAALAM
dont ses écrits sont stimulés par cet ensemble de conjonctures malmenâtes qui brutalise
l’Algérie, à l’instar de la maudite période, à savoir « le hirak »; la baisse et la dévalorisation
rapide et continuelle du dinar algérien ; la chute libre des prix du baril de pétrole en outre des
fléaux sociaux qui ne cessent de tracasser la population algérienne. Tout cela a laissé
apparaitre de façon claire ses séquelles en subjectivité même latente et qui vient confirmer nos
hypothèses stipulées en case départ de notre travail de recherche, dont les résultats obtenus
sont répertoriés comme suit :

 Le journaliste opte souvent pour l’usage d’une langue courante, facile à la portée d’un
public moyen avec l’emploi de phrases simples et courtes qui n’échappent pas aux
règles de base et aux constructions scolaires de la langue. Ceci est clairement apparent
par le recours fréquent aux phénomènes sociolinguistiques, à l’instar des xénismes,
des calques, des sobriquets.
 L’usage fréquent de tournures nouvelles, cas des emprunts, et de néologisme en
transgressant même la norme usuelle de la langue par des mots hybrides non adoptés
par les dictionnaires, et ce par le fait d’emboiter et d’empaqueter deux bases d’origines
différentes, généralement de l’arabe et du français en ex cathedra personnelle. En
outre de tout cela, le chroniqueur se permet de l’usage fréquent des archaïsmes, ou les
mots tombés dans la désuétude et disparus des dictionnaires .
 Le chroniqueur fait souvent appel aux janotismes, sorte de constructions maladroites
de phrases donnant lieu à des équivoques.

222
 Le journaliste-énonciateur a tendance au recourt fréquent aux abréviations et aux
abrègements non-justifiés et ambigus de temps à autre suite à ses créations
personnelles, tels ; les sigles épelés ou prononcés (cas des acronymes). A notre avis,
cela est dû à sa liberté excessive d’expression, soit dans la presse écrite ou sur
YouTube, et ce suite à sa longue expérience dans le domaine ainsi que son charisme
personnel et sa vaste culture et son pouvoir magique dans le jongle avec les mots,
même en dépassant les lignes rouges de ce quatrième pouvoir. Grosso modo, il est un
stratège professionnel et un loup-garou dans ses fuites non déclarées à la censure une
fois accusé de médisance.
 Sur le plan morphologico-sémantique ainsi que stylistique, nous constatons que notre
chroniqueur opte pour un usage usuel, voire courant de la langue française malgré ses
moult transgression non-justifiées par son échappatoire à la norme. Or nous avons souvent
remarqué l’emploi fréquent d’un vocabulaire simple et vulgarisé dans ses divers énoncés,
qu’ils soient longs ou courts, avec des phrases incomplètes marquées par les points de
suspension et d’exclamation surtout, avec des titres fourre-tout et de faux-fléchage et avec
trop de digressions et de distanciation.
 Par conséquent, nous sommes arrivés à démontrer que la langue utilisée dans cette
chronique du quotidien « Le Soir d’Algérie » est dans sa quasi-totalité hermétique,
compréhensible et accessible, malgré les redondances remarquablement récurrentes, par
lesquels on a pu rencontrer des traces de l’empreinte stéréotypée de cette chronique et qui
resteront gravées dans nos mémoires.
 Quant au temps utilisé, il est clairement constatable que le chroniqueur à souvent tendance
au présent de l’indicatif dans ses narrations des faits étant donné qu’il est le temps par
excellence de l’énonciation et du discours par lequel il essaie d’inculper ses lecteurs en les
mettant dans les mêmes circonstances spatio-temporelles.
 Il est à signaler que Hakim LAALAM a tendance à recourir aux différents codes switching
suite au contact permanent de ses deux langues phares, à savoir, le français d’une part, et
l’arabe d’une seconde part. Cet emploi récurent se manifeste par ses recours endurants aux
emprunts, aux calques et aux xénismes surtout reflétant authentiquement la réalité
inhérente du contexte algérien. Par ses gymnastiques souples, le chroniqueur tente par ses
discours linguistiques identitaires refléter les représentations d’altérité. Bref, ces variations
et variétés des deux langues en question, amènent le journaliste à mieux gérer ses
contradictions d’usage malgré cette pluralité discursive et dans un cadre purement
normatif, afin de mieux le discréditer auprès de ses lecteurs. Tout cela s’est vérifié, au
cours de notre recherche, sur le plan linguistique par l’emploi d’un lexique actualisé dans
223
ses chroniques, du moment où celui-ci est très souvent puisé des réalités algériennes. Avec
cette diversité linguistique qui apparait quotidiennement à la dernière page de cette forme
tabloïd du journal « Le Soir d’Algérie », nait une stabilisation inédite d’une variété spécifique
à cette chronique.

Les résultats auxquels nous sommes parvenues depuis le recensement des déictiques
ainsi le degré de l’inclusion du locuteur dans son discours que les indices marqueurs
d’énonciation sont des marqueurs qui montrent le degré de l’implication de l’énonciation dans
son discours, nous avons constaté également l’existence de la subjectivité dans la presse écrite
à travers la stratégie de l’effacement énonciative.

Nous avons illustré dans ce travail, les différents procédés linguistiques qui permettent
au journaliste locuteurs de s’effacer pour se tenir en retrait des faits rapportés. Nous avons
bien démontré cet effacement crée formellement des structures discursives révélatrices du
degré de l’effacement ou la présence du journaliste dans son discours écrit.

Cet effacement énonciatif qui a été constaté et mise en exergue, se manifeste dans nos
articles par la présence de plusieurs instances énonciatives, la subjectivité est manifestée par
l’attitude de l’énonciation à partir de son propre style en défendant ses sentiments et ses
impressions, ses intentions et son propre point de vue.

En parallèle et suite au ménage que nous avons élaboré au cours de cet interminable chantier,
nous avons pu constater que notre chroniqueur prend souvent ses mises en garde et ses
distances vis-à-vis les événements abordés. En effet, il est totalement absent comme si ces
événements se racontent d’eux-mêmes avec un effacement intégral des déictiques de
personnes lui renvoyant, soit de prêt ou de loin. Cependant sa présence est remarquablement
visible que lisible dans ses écrits, et ce par ses opinions et ses déclarations à partir de ses titres
souvent accrocheurs et sur-vendeurs. In extenso, cela signifie que ce genre de discours
journalistique a souvent existé pour l’objectif de cultiver« l’idéologie du miroir », une stratégie
simpliste héritée et inspirée des anciennes théories sur le processus de communication par le
quatrième pouvoir, à savoir celui de la presse qui s’est consolidée avec les travaux des
chercheurs en énonciation. Le sentiment d’appartenance : Le lecteur parle volontiers de « mon
journal ». A ce titre, il s’identifie à cette publication et au-delà marque son appartenance à la «
communauté » des lecteurs, au groupe social qui lit ce journal.
Toutefois, cette vision , n’est que le revers d’une même pièce de la subjectivité
caractérisant l’existence d’un rapport très restreint unissant le sujet parlant en la personne du
journaliste en question et son environnement extérieur bourré d’événements quotidiens
224
nationaux et internationaux. Ceci dit, le positionnement identitaire du locuteur dans ses
propos reste le reflet immédiat des circonstances vécues d’une part et la langue d’expression
d’une seconde part, qui, elle aussi est celle de ses lecteurs afin le message à vouloir
transmettre ne subit aucun ‘’bruit’’ ni parasite et peut passer de manière très limpide et en toute
transparence, même si les hypothèses resteront toujours prévisibles pour certaines
cacophonies ou certaines cacographies.
De ce fait, nous avons tenté de démontrer que la subjectivité est partout malgré les
prises de distanciation conscientes ou autres par le chroniqueur, car il s’agit d’un processus
adopté par ce dernier en vue d’inculper ses lecteurs en leur laissant le choix de lire, de
construire, de déconstruire et de reconstruire le(s) sens de ses macro-textes mis en vigueur,
sous prétexte que tout choix est une liberté et toute liberté doit être assumée de part et
d’autre.En fait, et par rapport au phénomène énonciatif, la mise en fonction de la subjectivité
par notre journaliste au sein de son discours médiatique n’est avancée que pour la délivrance
des informations à vouloir transmettre, présentées comme objectives. Cette redoutable
stratégie incontournable, même vulnérable permet aux lecteurs de parvenir à leurs fins
illocutoires avec maintes forces illocutionnaires à se procurer savoir et plaisir, savoir de
s’informer et plaisir de lire.

Intra muros de l’émergence de la subjectivité énonciatrice remarquablement faite dans


ces multiples chroniques quotidiennes, consolidées souvent par certaines caractéristiques
typographiques spécifiques à cette rubrique, à l’instar de l’emploi abusif des guillemets, du
gras et des points de suspension semés de manière aléatoire surtout en fin des titres colossaux
prenant toute la largeur de la page, sans passer au-delà du fonds bleu qui lui est propre ;
preuve de pacifisme au détriment de la couleur et de l’odeur des mots utilisés. En effet, le
choix des mots, c’est surtout le goût des mots qui ont une certaines saveurs de parfums, de
sons ou de couleurs, qu’on doit minutieusement choisir comme on choisit nos repas, nos amis
et nos vêtements afin de ne pas blesser les autres ou comme disait l’autre ; les mots coupent
plus que les couteaux : ils ne traversent pas la peau, mais ils blessent l’âme. Quant à la
hiérarchisation des informations, nous avons remarqué que l’auteur de cette chronique préfère
entamer et analyser les infos nationales au détriment des celles marquant la surface
internationale surtout en période du HIRAK que traverse l’Algérie en particulier face à la
pénurie de quelques produits alimentaires très nécessaires. A cet effet, le chroniqueur bourre
ses textes par les expressions figées et idiomatiques ainsi que les citations tirées des deux
langues, en l’occurrence l’arabe algérien et le français.

225
Grosso modo, cette chronique comme support textuel est doté bien souvent d’un fond
culturel assez rigide, soit sur un plan culturellement historique, soit sur celui du sens de
l’informativité et de culture de l’actualité. Cela fonctionne comme sorte de mise à jour
constante et permanente des mémoires sociales et individuelles des lecteurs fidèles de la
célèbre chronique « Pousse avec eux » de Hakim LAALAM. Cela est confirmée tout au long de
notre recherche par le lexique employé, souvent actuel et actualisé, du moment où celui-ci est
souvent tiré des réalités vécue par les Algériens, alors que les mots étrangers, non naturalisés
et sans lexicographie du dictionnaire de langue française sont souvent mis entre guillemet.
Quant aux mots inconnus, nous avons constaté qu’ils constituent un vrai obstacle
embarrassant la lisibilité du texte et qui fait fuir ses lecteurs, parce qu’on en réalité, si ces
derniers rencontrent un/des mot(s) inconnu(s), axiomatiquement, ils vont finir par rejeter le
texte dans sa globalité, et se disent au fond d’eux : Ah bon ! Ce texte n’est pas pour nous. Or
cette chronique est bourrée de jeux stylistiques dont son objectif escompté est de séduire,
voire divertir les lecteurs-publics par des emprunts aux dialectes locaux amalgamés au
français, dans un registre très souvent familier, même vulgaire des fois, mais avec humour et
dérision, en ridiculisant certains comportements du vécu des Algériens et des hauts
responsables de l’Etat surtout.

En résumé, la chronique de H. LAALAM constitue un vrai espace est une véritable


source de lecture, de culture, de liberté et d’évasion. A mon humble avis et qui n’engage que
ma personne, cette dernière mérite d’être apprivoisée et qualifiée de véritable amitié du
lectorat. En d’autres termes, elle constitue un vrai paysage linguistique et culturel par
excellence, dans lequel s’exerce le bon usage de la langue de Molière pour un bon
enseignement/apprentissage du FLE en Algérie. Bref, cette chronique peut être mieux investie
dans nos établissements scolaires et universitaires surtout pour une meilleure acquisition de
l’oral, de l’écrit et des techniques rédactionnelles.

Pour conclure, il est aujourd'hui plus que jamais important de faire des parallèles entre
la langue, entant que système de combinaisons qui appartiennent à l’espèce immense des
signes, ces réalités psychiques qui donnent aux humains accès au réel et à l’imaginaire, au
concret et à l’abstrait, à la matière et à l’Esprit, et le discours, entant que réalisation et
actualisation de cette langue par un acte individuel de parole, en l’occurrence le discours
médiatique en particulier et entre les formes discursives et les contenus discursifs. Cela
s’explique par la distinction de méthodes d’écriture, on n’écrit pas dans un journal comme on
écrit dans un livre. Or dans un journal l’essentiel doit être exposé au début, c'est-à-dire dans
ce qu’on appelle dans le monde de la presse ‘’l’accroche’’, développé dans ‘’ l’attaque’’ et
226
synthétisé en ‘’chute’’. Alors que dans un roman, c’est le nom de l’écrivain qui est mis en tête
puisqu’il porte son cachet personnel (la preuve, il est placé en haut de la jaquette), cependant,
dans le journal, il est surclassé ou postposé.

Enfin, par ce travail de recherche que nous voudrions utile, travail de fond réalisé
simultanément et de longue haleine dont le processus de subjectivité dans la chronique
« Pousse avec eux » de H. LAALAM du quotidien algérien d’expression française « Le Soir
d’Algérie » était notre cheval noir de bataille, nous pouvons juger nécessaire que ce genre
textuel mérite amplement des études ultérieures de fonds qui équivaut des recherches dans des
laboratoires de sciences du langage et nécessite son enseignement dans les écoles de
journalisme qui est un métier de médiation et de communication qui « consiste à recueillir et
traiter des informations à destination d’un public ». Ce métier comprend deux pôles insécables qui
sont :

- primo ; la réception et la recherche des informations d’une part ;


- secundo ; leur mise en forme sous forme de journaux écrits, parlés, télévisés236.

Cela implique un travail de grosse envergure d’interprétation et de « digestion » de la


matière informative, et une meilleure maîtrise de la langue (parlée ou orale, selon le média
concerné).Or si l’écrivain peut écrire pour lui seul éventuellement parlant, le journaliste quant
à lui, il travaille dans une institution et pour un public. Il aura donc un double malheur, celui
du cœur de satisfaire les attentes de ses lecteurs, et suivre à la lettre les recommandations de
son employeur et ne jamais dépasser les lignes rouges qui lui sont préalablement prescrites.
Pour ce faire, il doit d’abord collecter et sélectionner les informations qui peuvent intéresser le
public concerné par sa publication et faire preuve d’une réelle capacité de vulgarisation
médiatique.

En résumé, son rôle serait naturellement ; chercher l’information à l’affiche, la vérifier


auprès des autorités compétentes ou auprès de témoins de confiance, la trier, la sélectionner,
la mettre en situation et la rendre compréhensible. Cette fonction est aujourd’hui vitale dans
une société algérienne où les problèmes et les fléaux sociaux dévastateurs et qui sont d’une
large complexité là où la population se sent incapable de les analyser. Dès lors, le constat est
larmoyant et c’est là que le journaliste doit intervenir surtout en ce début du 21 esiècle et ne
doit guère être un « écrivaillon » qui cherche l’information la plus répondue ou celle des fait

236
Yves Agnès, Manuel de Journalisme ; écrire pour le journal, éd. La découverte, coll. Repères,
2008, p. 448
227
divers ou « les chiens écrasés ». Au contraire, il doit être un professionnel, conscient et
responsable de son rôle sociétal et de sa responsabilité sociale.

En effet, la crédibilité du journal est un élément sine qua non dans le monde
médiatique qui dépend en bonne partie de la fiabilité des sources auxquelles le journaliste doit
puiser ses informations à diffuser et à ne pas mettre sous le boisseau, car il s’agit d’un
paramètre très difficile à estimer. Traditionnellement, les agences de presse servent de source
première pour les médias et qui elles-mêmes font appel à diverses sources officielles,
officieuses ou privées. D’une façon plus générale, les sources à disposition de notre
chroniqueur semblent d’une extrême et extraordinaire richesse et fiabilité avec une analyse
critique où notre chroniqueur s’implante comme le vrai reflet de tout ou partie de la vie de ses
lecteurs francophones algériens. Mais, à notre humble avis, il doit également apporter des
éclairages critiques plus francs, car il n’est qu’approbations et écho de la « voix de son maître », à
savoir le journal en question entant qu’employeur et éviter les infox (fausses informations
pour tromper le public).

Par cette recherche analytique et pétulante dans le domaine médiatique, nous


voudrions faire œuvre utile et ajouter une pierre à cet édifice, en l’occurrence celui de la
presse et qui permettrait sans aucun doute à d’autres travaux qui viendraient s’y greffer et
l’enrichir, étant donné que le terrain est assez fécond et fertile. In fine et comme disait
Molière : « Tous les discours n’avancent point les choses. Il faut faire et non pas dire, et les
effets décident mieux que les paroles. »237

237
http://cultureco.com
228
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Sitographie
- Http: //209.85.135.104 / search ?q = cache : D040tmqhs cs :
www.uqar.uquebec.ca/chaires/historlit.eraire/document/cv-
http://wfms.ncl.ac.uk/engelust.htm
http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Le_Soir_d%27Algérie&oldid=97421026».

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- ww.microplume.ch/.../2011/.../cours_intro_journalisme...2011 — Jean-Blaise
Held. Introduction au journalisme.Tentative de définition.
- Copyright Luc Fayard 2005 - http://lucfayard.blogs.com, p. 01
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- http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Le_Soir_d%27Algérie&oldid=974210
26
- wikipedia sur « Le Soir d’Algérie ».
- Encyclopédie encarta Multimédia, 2005.
- Copyright Luc Fayard 2005 - [email protected] - http://lucfayard.blogs.com,
https://www.notrefamille.com/dictionnaire/definition/monosyllabe/
- https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/asynd%C3%A8te/6037
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- www.books.google.com/books

236
ANNEXE
Résumé
La chronique « Pousse avec eux » du quotidien algérien d’expression française « Le Soir
d’Algérie » est devenue à la fois l'une des formes privilégiées d'exposition langagière et l'un
des modes de lecture les plus courants. Ce travail voudrait dans une approche dite
pragmatique, à la fois examiner les spécificités de ce genre textuel particulier, analyser les
procédés de la subjectivité et comprendre comment le chroniqueur illustre une identité sociale
et linguistique algérienne. Ainsi, les structures ; syntaxique et lexico-sémantique de cette
chronique à la dernière page du journal sont variables, avec, cependant une constance autour
d'une structure énonciative complexe. C’est un lieu d'interactions langagières et sociales
particulières et le reflet des pratiques linguistiques de la société algérienne. On peut donc y
retrouver une hiérarchisation du français à laquelle s'identifient ces lecteurs avertis en se
retrouvant aussi dans les représentations socio-discursives reflétant les discours et les attitudes
dans la société algérienne moderne. En somme, cette chronique est devenue un espace de
rencontre pragmatico-politique.
Mots clés :pragmatique, discours, subjectivité, énonciation.
‫ملخص‬
Le Soir d'Algérie " Pousse aveceux

.‫ النطق‬، ‫ الذاتية‬، ‫ الخطاب‬، ‫ البراغماتية‬:‫الكلمات المفتاحية‬

Summary
The chronicle "Pousse avec eux!" of the French-language Algerian daily "Le Soird'Algérie"
has become both one of the preferred forms of languageexposure and one of the most
common modes of reading. This work would like in a so-called pragmatic approach, both to
examine the specificities of this particular textual genre, to analyze the processes of
subjectivity and to understand how the chronicler illustrates an Algerian social and linguistic
identity. Thus, the structures; syntactic and lexico-semantic from this chronicle to the last
page of the journal are variable, with, however, a constancy around a complex enunciative
structure. It is a place of specific linguistic and social interactions and reflects the linguistic
practices of Algerian society. We can therefore find there a hierarchy of French with which
these informed readers identify by also finding themselves in the socio-discursive
representations reflecting the discourses and attitudes in modern Algerian society. In short,
this chronicle has become a pragmatico-political meeting place.

Keywords: pragmatics, discourse, subjectivity, enunciation.

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