MINISTERE DES ENSEIGNEMENTS BURKINA FASO
SUPERIEURS, DE LA RECHERCHE ************
SCIENTIFIQUE ET DE L’INNOVATION Unité-Progrès-Justice
*****************
SECRETARIAT GENERAL
MEMOIRE DE FIN DE CYCLE POUR L’OBTENTION D’UNE
LICENCE EN DROIT PRIVÉ
THEME : LA PREUVE DANS LE PROCÈS
PÉNAL : B.F
Présenté et soutenu par : KABORE SANDRINE MARIE
Sous la Direction de : Président du jury :
MR ZONGO MARC ULRICH MR CONGO IBRAHIM
Année scolaire 2017-2018
La preuve dans le procès pénal
DEDICACE :
Je dédie ce travail à mes parents qui m’ont soutenu tout au long de mon cursus, et plus
précisément pour la rédaction de ce document.
i
La preuve dans le procès pénal
REMERCIEMENTS
Mes sincères remerciements à Monsieur MARC ULRICH ZONGO qui a eu la
générosité d’accepter ce sujet de mémoire.
Une reconnaissance particulière pour sa disponibilité, l’écoute et les conseils
prodigués dans le cadre de ce mémoire.
A toute ma famille, à mon père et ma mère, pour leur disponibilité et
engagement à mes côtés.
Aux responsables et personnels de IAM-OUAGA, à tout le corps professoral
pour les enseignements, conseils et accompagnements tout au long de ma
formation.
Aux lecteurs, avec l’idée que vous parcourez les lignes de ce travail avec le
même plaisir que j’ai eu en le menant.
ii
La preuve dans le procès pénal
ACRONYMES, ABREVIATIONS ET SIGLES
AL : alinéa
Art : Article
Cass : Cour de Cassation
CDHUE : Charte Des Droits de L’Homme et des Citoyens
CEDH : Convention Européenne des Droits de L’Homme
CP : Code Pénal
CPP : Code de Procédure Pénal
DUDH : Déclaration Universelle des Droits de L’Homme
Rev : Revue
Dr.Pén : Droit Pénal
Bull : Bulletin
Crim : Criminel
C.Proc.Pén : Code de Procédure Pénal
CC : Code Civil
N° : Numéro
P : Page
WWW : World Wide Web
éd : Edition
https : Hyper Text Transfert Protocol
OBS : Observation
PUF : Presse Universitaire de France
iii
La preuve dans le procès pénal
SOMMAIRE
DEDICACE ............................................................................................ i
REMERCIEMENTS ................................................................................ii
ACRONYMES, ABREVIATIONS ET SIGLES........................................... iii
SOMMAIRE ......................................................................................... iv
INTRODUCTION GENERALE ................................................................. 1
PREMIERE PARTIE : LE CADRE JURIDIQUE DE LA PREUVE EN
MATIÈRE PÉNALE ................................................................................ 4
CHAPITRE I : LE PRINCIPE DE LA LIBERTE DE LA PREUVE ................. 5
SECTION I : LA LIBERTE DANS LA PRODUCTION DE LA PREUVE .......... 5
SECTION II : LE PRINCIPE DE L’INTIME CONVICTION ............................. 7
CHAPITRE II :LES MODES ET CHARGE DE LA PREUVE ........................ 9
SECTION I : LES MODES DE PREUVE ..................................................... 9
SECTION II : LA CHARGE DE LA PREUVE ............................................. 11
DEUXIEME PARTIE : LA PORTÉE DE LA PREUVE ET LES
DIFFICULTÉES RENCONTRÉES .......................................................... 13
CHAPITRE I : LA PORTÉE DE LA PREUVE DANS LE PROCÈS PÉNAL ... 14
SECTION I : LA CULPABILITE ET L’IMPUTABILITE................................. 14
SECTION II : L’INNOCENCE ................................................................... 17
CHAPITRE II : LES TRANSFORMATIONS DE L’ADMINISTRATION DE LA
PREUVE PÉNALE ................................................................................ 26
SECTION I : LE CONSTAT D’UN SYSTEME PROBATOIRE LACUNAIRE ... 26
SECTION II : LA RECHERCHE D’UNE AMELIORATION DU SYSTEME
PROBATOIRE ......................................................................................... 30
CONCLUSION ..................................................................................... 33
BIBLIOGRAPHIE ................................................................................. 34
TABLE DES MATIÈRES ....................................................................... 36
iv
La preuve dans le procès pénal
INTRODUCTION GENERALE
La présomption d’innocence est un principe selon lequel en matière
pénale toute personne poursuivie est considérée comme innocente tant
qu’elle n’a pas été déclaré coupable1. C’est à ce niveau qu’apparait la
nécessité et l’importance de la preuve car elle est l’élément clé pour
incriminer ou innocenter une personne. Dans le processus de découverte
de la vérité, la preuve joue un rôle fondamental. De par son importance, elle
demeure une question très sensible. Le procès pénal doit offrir une
méthodologie rationnelle pour distinguer le coupable de l’innocent. En droit,
on doit toujours apporter la preuve de ce que l’on avance ou de ce qu’on dit.
L’importance de la preuve est visible au niveau du contentieux ou le procès
pénal est guidé par la recherche de la vérité en s’appuyant sur des preuves.
Une personne ne pourra se prévaloir d’un droit, d’un fait, d’une situation
juridique que si elle est capable d’en prouver l’existence. Obligation est faite
donc en ce moment au demandeur d’apporter la preuve de la culpabilité du
défendeur .Les preuves de la culpabilité doivent être claires que le jour à midi
selon un adage de l’ancien droit2. Ainsi, en cas d’absence de preuve, le
défendeur est présumé innocent. Selon voltaire Zadig ou la destinée, 1747, il
vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent.
En plus, selon un principe affirmé par la constitution .burkinabè3, tout être
humain poursuivi devant une juridiction pénale est présumé innocent jusqu’à
ce que la preuve de sa culpabilité ait été suffisamment établie par une
juridiction compétente. Dans la même logique, selon le code pénal, nul ne
peut être déclaré pénalement responsable et encourir de ce faite une sanction
s’il ne s’est pas rendu coupable d’une infraction. La preuve étant un élément
décisif dans le procès pénal, il serait judicieux de savoir à quoi la notion
de preuve renvoie. La preuve peut être définie comme un moyen de
confirmer la véracité de ce qu’on dit. La preuve d'un fait est tout ce qui tend
logiquement à conclure à son existence ou à sa véracité. La preuve est une
1
Art 4 de la constitution
2
Inspiré du code justinien
3
Constitution burkinabè du 11 juin 1991, art 4, al 2
1
La preuve dans le procès pénal
pièce maîtresse dans la procédure. Selon DOMAT, la preuve est ce qui
persuade l’esprit de vérité 4.Selon le lexique des termes juridiques, la preuve
peut être définie au sens large et au sens restreint.
Au sens large, la preuve est l’établissement de la réalité d’un fait
ou de l’existence d’un acte juridique.
Au sens restreint, c’est un procédé permettant d’aboutir à cette
fin.
La preuve trouvant son utilité dans le procès pénal, une tentative de
définition serait appropriée pour une meilleure compréhension.
Le procès pénal peut être défini comme une procédure dans laquelle le
juge intervient pour trancher par application de la loi, un litige opposant un
individu auteur d’une infraction a une ou plusieurs victimes.
Le choix de ce sujet s’avère d’un grand intérêt car la recherche
permanente de la preuve invite à réfléchir en vue d’envisager des moyens
plus efficaces pour trouver facilement les preuves. En ce sens que l’on
pourrait essayer d’autres techniques ou méthodes de recherche .Il s’avère
aussi urgent pour les familles endeuillées qui veulent faire la lumière sur la
mort de leurs parents et qui n’y parviennent pas par manque de preuve.
Sur le plan scientifique, cette étude permettra la prise en compte de
l’importance de la preuve et d’envisager des innovations.
La preuve étant l’élément centrale, fondamentale dans le procès pénal,
plusieurs questions doivent être élucidées. Ce sont :
Quels sont les règles qui sont admises ? Quels sont les conditions
d’admissibilité de la preuve en matière pénale ?qui en a la charge ? Quelles
sont les règles qui gravitent autour de la preuve ?
Dans la pratique, plusieurs dossiers sont clos à cause du manque de
preuve .Qu’est ce qui peut être à l’origine de cela ? Quelles sont les
difficultés rencontrées lors de la recherche des preuves ? Etant donné que
la preuve est capitale pour la suite de toute enquête, quels sont les moyens
efficaces qui sont conseillés ? Comment dépasser ce problème de preuve ?
Quelles innovations peut-on apporter ? Dans le cadre de ce travail, notre
objectif principal est de toucher la conscience des autorités Burkinabès sur
4
J.DOMAT, lois civiles, 1ère partie, livre III tome 6 édition Rémy, II, P.137.
2
La preuve dans le procès pénal
l’inefficacité de nos preuves face à certaines infractions, et la nécessité
d’apporter des innovations.
Notre préoccupation dans ce travail est de voir comment améliorer nos
moyens de preuves.
Pour mieux cerner l’importance de la preuve dans le procès pénal,
notre étude sera consacrée à donner les fondements juridiques de la preuve
avant de se pencher sur les difficultés rencontrées dans la recherche de la
preuve.
Ce qui nous amène à vous présenter un plan suivant : le cadre
juridique de la preuve dans le procès pénal (première partie) et la portée de
la preuve et les difficultés rencontrées (deuxième partie)
3
La preuve dans le procès pénal
PREMIERE PARTIE : LE CADRE JURIDIQUE DE LA
PREUVE EN MATIÈRE PÉNALE
Le cadre juridique de la preuve renvoie à l’ensemble des règles juridiques
consacrées par la loi, la jurisprudence et considérées comme règles en
vigueur. Concernant le cadre juridique de la preuve pénale, on a un certain
nombre de règles principales qui régissent la preuve pénale, un certain
nombre de modes de preuves consacrées par la loi. Les règles principales
sont généralement la liberté de preuve (chapitre I) les modes de preuve et la
charge de la preuve (chapitre II) qui sont des règles essentielles autour
desquelles tourne le procès pénal.
4
La preuve dans le procès pénal
CHAPITRE I : LE PRINCIPE DE LA LIBERTE DE LA PREUVE
La preuve est libre en matière pénale. Cette liberté a une double
signification. Il s’agit de la liberté dans la production de la preuve et la
liberté d’appréciation de la preuve.
SECTION I : LA LIBERTE DANS LA PRODUCTION DE LA PREUVE
I. LE PRINCIPE
Selon le principe, une infraction peut être prouvée par tout mode de
preuve. En effet, l’article 427 du code de procédure pénale dispose
que : « hors les cas où la loi en dispose autrement, les infractions peuvent être
établies par tout mode de preuve... » .Les preuves établies par le législateur
sont : l’aveu, le témoignage, le procès-verbal, les perquisitions et l’expertise.
Les parties peuvent apporter n’importe quel moyen de preuve sans qu’il y’ait
d’hiérarchie entre eux. Dans l’arrêt de la cour de cassation du 15 juin 1993
le juge s’est fondé sur l’article 427 du CPP pour rejeter la décision de la cour
d’appel qui avait déclaré irrecevable en preuve un document produit par la
partie civile poursuivante parce qu’elle n’avait pu l’obtenir que de façon
illicite.
II. LES EXCEPTIONS
Le principe de la liberté dans la production des preuves connait des
restrictions. En effet, la preuve doit avoir été obtenue légalement,
régulièrement etc...
La preuve doit avoir été obtenue légalement c’est-à-dire dans le
respect des règles qui gouvernent l’obtention de chacune d’elle. . Selon
la théorie des preuves légales, lorsque la preuve est régulièrement
apportée, elle s’impose au juge avec la force que lui donne la loi. Ainsi,
on doit tenir compte des règles propres à chaque mode de preuve5.
5
Voir par exemple pour la matière d’écoute téléphonique, cass, 26 juin1996, Rev. dr.pén. p.560 ; H.D.BOSLY,
et D.VANDERMEERSCH, << la loi belge du 30 juin 1994 relative à la protection de la vie privée contre les
écoutes, la prise de connaissance et l’enregistrement de communications et de télécommunications privées>>
5
La preuve dans le procès pénal
La preuve doit être obtenue régulièrement. En ce sens qu’elle ne
peut être recueillie au bénéfice de moyens illégaux ou déloyaux6. En
effet, la jurisprudence sanctionne en principe les procèdes déloyaux
auxquels auraient recours soit les policiers soit même les magistrats.
C’est ainsi en particulier que la cour de cassation française interdit
l’imitation de la voie d’un inculpé par le juge ou la transcription des
propos tenus par un tiers au téléphone sur des questions suggérées
par les policiers. Sont interdites la provocation policière, le recours à
la violence7 ou à la torture et la suppression du contrôle de soi- même.
Le principe de la légalité vient borner cette liberté en protégeant la
dignité de l’homme.
La recherche de la preuve doit respecter la dignité de la personne
poursuivie : sur le fondement des traitements inhumains et
dégradants de l’article 3 de la convention européenne , la cour
européenne des droits de l’homme a condamné l’Etat français le 27
août 1992 dans l’arrêt Tomasi. La cour rappelle que les nécessités de
l’enquête et les indéniables difficultés de la lutte contre la criminalité
ne pouvaient conduire à limiter la protection due à l’intégrité
physique. Selon l’article 3, aucune conséquence juridique ne peut être
tirée d’aveux obtenus à la suite de traitements inhumains et
dégradants. La preuve est libre mais ne peut être rapportée à
n’importe quel prix.
La recherche de la preuve connait des restrictions découlant d’un
droit au secret : le droit au respect de la vie privée est de nature à
restreindre les investigations qui ne peuvent s’exercer en dehors du
cadre légal. L’obligation de secret professionnel peut être comprise
comme générant un droit au secret au profit de la personne qui s’est
confiée. A ce titre, les professionnels tenus par le secret professionnel
ne sont pas tenus de contribuer à la manifestation de la vérité. Ils
6
1M.ROUSSEVELT<<LES RUSES ET ARTIFICES DANS L’INSTRUCTION CRIMINELLE>> rev.sc.crim1946 p50 ; P
BOUZAT<<LA LOYAUTE DANS LA RECHERCHE DES PREUVES>>, MELANGES HUGUENEY.P155
7
Art 3 de la convention en droit de l’homme. Une loi du 30decembre 1988 a autorisé la ratification d’une
convention européenne sur la prévention de la torture et de peines de traitements inhumains ou dégradants
(décret du 2 mars 1989)
6
La preuve dans le procès pénal
sont tenus de comparaitre mais ne peuvent être contraints de
déposer.8
SECTION II : LE PRINCIPE DE L’INTIME CONVICTION
I. LE PRINCIPE
Le principe de l’intime conviction né des pratiques des cours 18ème
siècle est adopté par le juge sous la révolution .Selon le professeur Legros,
le droit pénal est gouverné par le système de la preuve légale tout comme le
droit civil.9Il regrette qu’on ait introduit l’article 427 du CPP. Mais en
général, les auteurs ne partage pas son point de vue .Pour M PATRICK
HENRY10 notre droit de la preuve n’est pas légaliste. Le juge décide d’après
son intime conviction selon l’Art 427 du CPP. “ La loi ne demande pas
compte aux juges des moyens par lesquels ils se sont convaincus, elle ne
leur prescrit pas de règles desquelles ils doivent faire particulièrement
dépendre la plénitude et la suffisance d’une preuve ; elle leur prescrit de
s’interroger eux-mêmes dans le silence et le recueillement et de chercher,
dans la sincérité de leur conscience, quelles impressions ont faites, sur la
raison, les preuves rapportées contre l’accusé et les moyens de sa
défense…11 Le juge ne peut fonder sa décision que sur des preuves qui lui
sont apportées au cours des débats et contradictoirement discutées devant
lui. La règle impose ainsi le respect des droits des parties.12 Cette règle
démontre qu’en matière pénale, la subjectivité de la conviction personnelle
du juge guide sa décision. Le juge doit motiver sa décision mais il ne doit
pas rendre compte jusqu’au bout de ce qui a motivé son intime conviction.
II. LES EXCEPTIONS
Le législateur a écarté le pouvoir d’appréciation du juge en ce qui
concerne certains procès-verbaux et rapports, à propos d’infractions
8
Art 109 du CPP
9
R.LEGROS, LA PREUVE LEGALE EN DROIT PENAL, IN JOURNAL DES TRIBUNAUX, 1978, p.589 a 595
10
P.HENRY, DE L’INTIME CONVICTION, <<les droits de la défense en matière pénale, Actes du colloque des 30-
er
31 mai_ 1 juin 1985>>, barreau de liège, p.201 à. 236(p 223)
11
- art 353 du CPP
12
Sur le droit de la personne poursuivie d’être confrontée avec un témoin à charge, v. Supra n°18
7
La preuve dans le procès pénal
particulières, qui se déroulent le plus souvent clandestinement ou qui
risquent de laisser les témoins éventuels indifférents. On a d’abord les
procès-verbaux et rapports faisant foi jusqu’à preuve du contraire. Leur
contenu ne peut être infirmé que par écrit ou par témoins. On a les procès-
verbaux et rapport en matière de contravention. ENSUITE, quelques procès-
verbaux font foi jusqu’à preuve du contraire13 et d’autre jusqu’à inscription
de faux .leur contenu lie le juge même en présence d’une preuve contraire
dès lors qu’il n’est pas établi qu’il Ya eu falsification.14 (Exemple de l’aveu) Le
principe connait des limites car la preuve légale est requise. Par exception
au principe de la liberté d’appréciation de la preuve, le juge ne peut fonder
son jugement de manière déterminante sur un témoignage complètement
anonyme, une déclaration reçue par conférence téléphonique ou sur le
témoignage d’un témoin protégé. De même, en application de l’article 47 du
code d’instruction criminel, une condamnation ne peut être prononcée contre
un prévenu sur le seul fondement des déclarations qu’il a faites en tant que
suspect en violation de son droit à une concertation confidentielle avec un
avocat préalable à l’audition. En conséquence de cette liberté d’appréciation
des preuves, le magistrat est également juge de l’utilité que peuvent revêtir
les preuves proposées par les parties pour former son intime conviction ; il
peut ainsi rejeter la demande d’audition d’un témoin au motif qu’elle ne
serait pas utile pour forger sa conviction ou qu’elle n’apporterait rien de
nouveau. Ceci limite fortement la liberté de la contradiction.
13
Art.534, al 2 du CPP
14
Art .642 du CPP
8
La preuve dans le procès pénal
CHAPITRE II : LES MODES ET CHARGE DE LA PREUVE
SECTION I : LES MODES DE PREUVE
La manière de se procurer des preuves n’est pas entièrement libre.
Elles doivent être obtenues suivant une procédure que la loi règlemente.
Durant la phase policière, la recherche des preuves est secrète et non
contradictoire. Dans la phase de l’instruction préparatoire, la recherche est
toujours secrète et non contradictoire mais dans une mesure bien moindre
parce que le juge d’instruction dispose de prérogatives plus larges. Dans la
phase de jugement, la preuve est défendue et attaquée publiquement. D’une
manière générale, les divers modes de preuves sont : l’aveu, le témoignage,
les constatations matérielles, les présomptions ou indices, les écrits.
I-L’AVEU
L’aveu est l’acte par lequel un individu reconnait librement et
volontairement avoir posé un acte qualifié d’infraction par la loi, devant un
représentant de l’autorité policière ou judiciaire. Il revêtait une importance
extrême dans l’ancien droit. De nos jours, il n’est, en droit, qu’une preuve
comme les autres .Souvent considéré comme la reine des preuves,
l’expérience a prouvé que ce n’est pas une preuve infaillible. Il s’agit en effet
des aveux faites par des déséquilibrés et ceux obtenus par l’usage de la
torture. L’aveu peut avoir lieu en dehors de toute intervention de police et de
justice. Usuellement, il est provoqué par un interrogatoire. Le juge pénal
apprécie souverainement la portée et la valeur de l’aveu15
II-LE TEMOIGNAGE
Il s’agit des informations ou renseignements fournis aux autorités
judiciaires par une personne n’étant pas partie. Cette personne relate ce
qu’elle peut savoir des circonstances de l’infraction ou de l’identité de son
auteur. « Les témoins sont les yeux et les oreilles du juge » .Toute personne
peut être témoin en principe sauf disposition contraire de la loi .Le témoin
doit avoir plus de 15 ans, ne pas être interdit des droits civils et politiques,
ne pas être récusable (l’article 156 du code d’instruction criminel prévoit que
15
Cass. 2 mars 1976, I, 718, p.589 a 595(p.591).
9
La preuve dans le procès pénal
l’on ne peut recevoir le témoignage des ascendants, descendent ,frères et
sœurs, mari, femme sauf l’absence d’opposition de la part de toute les
parties).Le témoin a trois obligations :l’obligation de comparution, obligation
de déposer sauf les cas où le secret professionnel16 peut être invoqué,
l’obligation de sincérité .le juge apprécie souverainement la force probante
du témoignage.
III-CONTATATIONS MATERIELLES
Elles ont pour but de relever directement les divers circonstances
(traces, objets appelés pièces à conviction) qui éclairent sur la commission
de l’infraction ou sur l’identité de son auteur. Nous avons trois modes de
constatation matérielles :
la descente sur les lieux ;
les saisies et perquisitions ;
les expertises(ne lient pas le juge).
IV-LES PRESOMPTIONS OU INDICES
Ce sont des faits qui établissent plutôt une probabilité d’une preuve
véritable. Ce sont des preuves conjoncturelles. Lorsqu’un procès-verbal fait
foi jusqu’à preuve du contraire, il peut être combattu par des écrits ou
témoignages mais non par des indices. On a les présomptions légales
absolues et les présomptions légales simples.
V-LES ECRITS
Nous avons trois catégories d’écrits :
les écrits qui constituent le corps même du délit. Exemple des lettres
de menaces17.Dans ce cas, fait preuve en lui-même du délit, à
condition qu’elle émane de la personne poursuivie ;
les écrits qui prouvent le délit ;
les écrits qui constatent d’autres modes de preuve.
16
Cass., 26 juin 1973, pas. I, 515
17
Art 222-17 du code pénal
10
La preuve dans le procès pénal
SECTION II : LA CHARGE DE LA PREUVE
La charge de la preuve incombe au ministère public ou à la partie
poursuivante. L’Art 1315 al 1er du CC repris par l’adage « actori incumbit
probatio », selon lequel la charge de la preuve incombe au demandeur. Cette
règle est dictée par la présomption d’innocence qui protège non seulement la
personne non encore jugée définitivement contre les jugements de valeur sur
sa culpabilité , que ce soit les magistrats, les autorités politiques ou la
presse mais aussi indique sur qui va peser la charge de la preuve. Toutefois,
la personne poursuivie peut apporter de son coté des arguments en sens
inverse. Il arrive même que le juge mette une partie de la preuve à sa
charge. C’est le cas en matière de contravention au stationnement. En plus
des deux parties, le juge joue également un rôle dans la recherche de la
preuve.
La partie poursuivante doit rechercher et rapporter la preuve de
la culpabilité du présumé coupable. Il s’agit du ministère publique,
la partie civile qui en plus de la preuve du dommage qu’elle a subi,
doit prouver le rapport de cause à effet avec l’infraction commise. La
preuve doit porter sur tous les éléments de l’infraction. Il s’agit de
l’élément légal, l’élément moral et l’élément matériel.
D’abord, l’élément légal signifie que le fait reproché doit être prévu par
un texte.18Le prévenu ne pourra pas se justifier en disant qu’il ignorait
l’existence de ce texte parce que nul n’est censé ignorer la loi sauf dans le
cas prévu par l’article 122 al 3 du code pénal.
Ensuite, l’élément matériel renvoi au fait que la partie poursuivante
doit prouver d’une part que l’acte a été commis et d’autre part que cet acte
est imputable à la partie poursuivante. Elle doit également établir la preuve
de l’identité de l’auteur de l’infraction. Cependant, lorsqu’une contravention
est constatée par un procès-verbal, cette infraction est présumée. Art 537
du CP.
Enfin, la preuve de l’élément moral diffère selon le type d’infraction.
En effet, pour l’élément intentionnel on doit prouver l’intention délictuelle.
18
Nullum crimen nulla poena sine lege
11
La preuve dans le procès pénal
Pour un délit ou une contravention d’imprudence on doit prouver la faute
d’imprudence ou de négligence (art 222-19 du code pénal). Pour une
contravention qui n’est ni intentionnelle ni résultant d’une faute
d’imprudence, on doit prouver le fait matériel constitutif de l’infraction.
En cas de complicité, il y’a l’intention du complice et l’intention du principal
auteur. Exceptionnellement, il peut avoir renversement de la charge de la
preuve.
La partie poursuite a le droit de garder le silence tout au long de
la procédure et il a toujours le droit à la preuve contraire.
Cependant, il y’a des cas ou obligation lui est faite d’apporter la
preuve de son innocence ou de sa non culpabilité. C’est la
présomption de culpabilité qui est admise lorsqu’elle est
exceptionnelle, irréfragable, porte sur des enjeux suffisamment graves,
préserve les droits de la défense. C’est l’un des cas prévu par le code
de la route à son article 121-2.
Outre les deux parties, le juge peut également contribuer à la recherche de
la vérité.
Lorsque les preuves recueillies paraissent insuffisantes, le juge
peut prendre d’Office ou à la demande des parties, des mesures
nécessaires à la manifestation de la vérité en respectant le principe du
contradictoire.
12
La preuve dans le procès pénal
DEUXIEME PARTIE : LA PORTÉE DE LA PREUVE
ET LES DIFFICULTÉES RENCONTRÉES
Cette partie sera subdivisée en deux. On abordera la portée de la
preuve au chapitre I et les difficultés rencontrées au chapitre II.
13
La preuve dans le procès pénal
CHAPITRE I : LA PORTÉE DE LA PREUVE DANS LE PROCÈS
PÉNAL
Il est évident que la décision rendue par le juge aura un impact sur la
situation du présumé coupable. Il s’agit en effet de l’affirmation de la
culpabilité (section I) ou le constat de l’innocence (section II) du présumé
coupable.
SECTION I : LA CULPABILITE ET L’IMPUTABILITE
I. LA CULPABILITE
Elle est déclarée par un juge suite à un examen minutieux des
preuves apportées. Elle est prononcée lorsque le juge est convaincu que le
prévenu est l’auteur de l’infraction. Les catégories de personnes dont la
culpabilité peut être retenue sont : l’auteur et le complice
A. L’AUTEUR
Nous allons définir la notion d’auteur avant d’aborder la pluralité d’auteurs
(coauteurs).
L’auteur selon l’art 121-4 du CP, l’auteur est la personne qui commet
personnellement ou tente de commettre si la tentative est réprimée,
des agissements interdits par la loi pénale et pénalement sanctionnés.
On a l’auteur matériel et l’auteur intellectuel.
L’auteur matériel est celui qui consomme matériellement l’infraction.
Exemple du voleur poursuivi en tant que auteur matériel d’un vol.
L’auteur intellectuel : est dit intellectuel lorsqu’il donne à des tiers des
instructions ou des ordres sans participation matérielle à l’infraction. Il
s’agit en quelque sorte du cerveau de l’infraction.
Une distinction est également faite entre l’auteur direct et indirect.
L’auteur direct est celui qui crée lui-même le préjudice alors que l’auteur
indirect ne provoque pas directement le délit mais contribue à engendrer des
conditions en amont qui vont favoriser sa survenance.
14
La preuve dans le procès pénal
Il y a coaction lorsque des personnes commettent personnellement
tous les éléments constitutifs de l’infraction.
B. LE COMPLICE
Le complice facilite voire provoque la consommation de l’infraction.
Selon l’art 121-7 du CP, le complice est la personne qui sciemment, par aide
ou assistance, a facilité la préparation ou la consommation de l’infraction.
Est également complice la personne qui par don, promesse, menace, ordre,
abus d’autorité ou de pouvoir aura provoqué une infraction ou donné des
instructions pour la commettre.
Il y’a trois conditions de la complicité :
l’existence d’une infraction ou fait principal punissable ;
un élément matériel : pas de complicité par abstention ;
un élément moral.
Lorsqu’ il est établi par preuve que ces personnes sont coupables, le
juge va procéder à l’imputabilité du délinquant.
II. L’IMPUTABILITE DU DELINQUANT
Elle suppose que l’agent ait compris et voulu son acte. Elle suppose le
libre arbitre.
A. L’IMPUTABILITE DES PERSONNES PHYSIQUES
Chaque individu est doté d’une liberté morale qui lui permet de choisir
entre le bien et le mal selon notre droit pénal. Il ne s’agit que d’une
présomption simple qui peut être renverse par une preuve contraire. En effet
il est possible de démontrer que le délinquant n’était pas libre ou qu’il n’était
pas lucide.
La liberté du comportement pénal
Selon l’article 122-2 du code pénal : « n’est pas pénalement
responsable la personne qui a agi sous l’empire d’une force ou d’une
contrainte à laquelle elle n’a pas pu résister ».Lorsque la contrainte est
15
La preuve dans le procès pénal
externe, elle fait disparaitre la responsabilité civile mais la réponse doit être
nuancée lorsque la contrainte est interne.
La lucidité du comportement pénal
C’est l’absence de conscience .On a deux catégories de personnes : les
malades mentaux et les jeunes délinquants. Lorsque le trouble a privé
l’individu de toute sa lucidité, la responsabilité pénale disparait. Le mineur
capable de discernement est pénalement responsable.
B. L’IMPUTABILITE DES PERSONNES MORALES
Depuis l’entrée en vigueur du code pénal, les personnes morales sont
responsables pénalement. Le débat doctrinal qui a opposé la doctrine a donc
été tranché par le législateur qui a posé un principe quasiment général de
la responsabilité des personnes morales19. Toutes les personnes morales à
l’exclusion de l’Etat peuvent être poursuivies pour la plupart des infractions
contre les biens ou contre les personnes (à l’exclusion des atteintes
volontaires).Pour que l’infraction puisse être imputée à la personne morale,
il faut qu’elle soit commise par un organe ou un représentant de celle-ci,
agissant pour le compte de celle-ci. Il faut le prouver.
19
Crim., 24 oct.2000, DR. Pénal 2001, COMM.N°29, obs. M. Veron
16
La preuve dans le procès pénal
SECTION II : L’INNOCENCE
I. LE DROIT A LA PREUVE CONTRAIRE
Deux règles principales gouvernent ce principe : la liberté de la preuve
contraire et la légalité de la preuve contraire
A. LA LIBERTE DE LA PREUVE CONTRAIRE
Selon ce principe, l’accusé a la latitude de rapporter les éléments de
preuve contraires à l’accusation et favorables à la démonstration de son
innocence. Le principe de la présomption d’innocence permet à la fois à
l’accusé et au juge de recourir à la liberté de la preuve contraire. Ce principe
permet à l’accusé de ne pas attendre passivement que son sort soit scellé
mais de faire tout son possible pour rechercher et présenter les éléments de
preuves qui sont favorables à la démonstration de son innocence. Il a
l’opportunité de présenter directement ses moyens de preuves contraire
(droit de s’exprimer et la liberté de production des moyens de preuve
contraire).
La liberté de production des moyens de preuve
L’affirmation de l’existence d’un droit à la preuve contraire induit la
possibilité pour toute personne mise en cause de maitriser sa défense et de
pouvoir produire la preuve contraire. Il y a une consécration
jurisprudentielle de la liberté de la preuve appliquée à l’accusé. Aucune
disposition n’évoque réellement la possibilité pour les parties de rechercher
et recueillir des éléments de preuve .On a seulement l’article 86 al 3 du
code de procédure pénal qui donne la possibilité au juge d’instruction
d’office ou à la demande du procureur de la république « d’entendre la partie
civile et ,le cas échéant, d’inviter cette dernière à produire toute pièce utile à
l’appui de sa plainte » .La jurisprudence est intervenue sur deux aspects de
la liberté de la preuve contraire. Le premier est relatif à la reconnaissance
du principe de la liberté des moyens de défense et le second pousse le
principe de la liberté de la preuve apportée par le défenseur pénal jusqu’à
admettre la preuve déloyale ou illicite.
17
La preuve dans le procès pénal
Le principe général de la liberté de la preuve contraire en matière
pénale a été consacré par la cour de cassation française dans un arrêt du 12
octobre1981 dans lequel le juge suprême expose que « les disposition de
l’article 427 du code de procédure pénale […] concernant non seulement la
preuve des infractions mais aussi les moyens de défense, hors les cas où la
loi en dispose autrement »20. Cette solution consacre la faculté pour l’accusé
de faire valoir en justice tous les éléments utiles à la reconnaissance de son
innocence et a été complété par la reconnaissance de la possibilité de faire
valoir des éléments recueillis de manière déloyale ou illicite tels que
l’enregistrement par magnétophone ou procédé vidéo réalisé à l’insu de la
personne concernée. Tel était le cas de l’enregistrement par magnétophone
de propos tenus par une personne poursuivie pour tentative d’avortement21,
ou encore traditionnellement de l’enregistrement d’appels par la victime, de
persécutions téléphoniques22. La cour de cassation a admis la recevabilité
des preuves obtenues au moyen d’une infraction pénale. Dans cette logique,
une épouse s’est rendue coupable du délit d’atteinte à l’intimité de la vie
privée en enregistrant secrètement les conversations qu’elle avait eu avec
son époux et au cours duquel ce dernier reconnaissait être l’auteur du
meurtre de leur fils. La haute cour a validé le recours à ce moyen de preuve.
Le fait d’autoriser la partie poursuivie à rechercher et à produire ses propres
preuves conduit à se poser la question de la valeur accordée à ces éléments
de preuve.
La valeur des moyens de preuve contraire produits par l’accusé
Les moyens de preuves contraires à l’accusation sont versés au débat
et doivent être prise en compte par le juge afin se fonder son intime
conviction. Le droit français se base sur le principe général de la liberté de
preuve et l’appréciation en vertu de l’intime conviction du juge, conduit à ce
que tous les éléments présentés puissent avoir une incidence sur la
décision. Les éléments de preuve produits par le défenseur pénal, comme les
autres parties privées, ont la même valeur que les éléments produits par
20
Cass. Crim 2 octobre.1981; Bull .crim.n°256.
21
Cass.crim.16 mars1961; Bull.crim.n°172; JCP 1961, II, note J. Larguier.
22
Cass crim.13 mai 1992 ; Dr.pen.19993 chr.8, obs.A .Maron
18
La preuve dans le procès pénal
l’accusation et sont laissés à l’appréciation souveraine des juges de fond
sous réserve qu’ils aient été soumis à un débat contradictoire23.
B. LA LEGALITE DU DROIT A LA PREUVE CONTRAIRE
La légalité de la preuve permet de prendre en compte les
tempéraments apportés au libre exercice du droit à la preuve contraire.
Ceux-ci peuvent provenir de la volonté du législateur ou des faits eux-
mêmes qui font peser un sentiment tellement fort de culpabilité contre la
personne poursuivie qu’il apparaitra difficile de lutter contre ces intuitions
défavorables. Ainsi nous verrons la limitation des moyens de preuve
contraire
La limitation des moyens de preuve contraire
Les limitations peuvent provenir de la loi ou de la difficulté particulière
de lutter contre une preuve qualifiée de parfaite dont la force de conviction
est si importante qu’il peut paraitre impossible de la renverser.
La preuve contraire face aux présomptions de vérité et de
responsabilité
Dans le cadre de la présomption de vérité, la loi va considérer comme
avérées les constatations réalisées par certains agents assermentés. Pour ce
qui est de la présomption de culpabilité, la loi va déterminer l’objet de la
preuve contraire qui devra être rapportée par la personne mise en cause
pour renverser le mécanisme.
L’exercice du droit de la preuve contraire face aux présomptions de
vérité.
Les présomptions de vérité font référence aux procès-verbaux et
rapports dressés par des agents dûment habilités. Cette fonction officielle
confère aux écrits qu’ils dressent un crédit particulier dicté par l’objet même
de ces procès-verbaux qui est de constater une réalité afin de contribuer au
caractère écrit de la procédure et a son contrôle24.Les procès-verbaux ou les
23
Art 427 ET 426 du C. Proc. Pén.
24
M-C. Nagouas Guérin, le doute en matière pénale ; Thèse, Bordeaux IV, NOUVELLE bibliothèque de thèse,
Paris, Dalloz, 2002.n°354, p.250.
19
La preuve dans le procès pénal
rapports ne valent qu’à titre de renseignement25 selon le droit commun et
fait l’objet de plusieurs exceptions prévues par le texte lui-même26.En effet
cette règle connait quelques exceptions pour lesquelles certains procès-
verbaux vont se voir attacher une valeur probante renforcée qui contraindra
le juge a tenir pour avérés les éléments contenus dans ces documents
procéduraux. La force probante renforcée ne s’applique qu’aux éléments que
l’agent a vus, entendu ou constaté personnellement. Cette preuve contraire
doit être apportée par le prévenu.
L’exercice du droit de la preuve face aux présomptions de
responsabilité
La présomption de responsabilité a pour objet de mettre à la charge de
la personne poursuivie la preuve de son innocence. Après avoir étudié l’objet
de la preuve contraire dans le cadre de la présomption de responsabilité,
nous verrons les limitations du recours à ces présomptions.
L’objet de la preuve contraire face aux présomptions d’existence de
l’élément matériel des infractions.
Pour les infractions de fréquentation, il en ressort que ces
incriminations ne se fondent pas sur l’élément matériel constaté mais sur le
lien qui peut exister entre la personne mise en cause et l’auteur d’une autre
infraction qui est matériellement constatée. La preuve contraire à ces
infractions vise à renverser la présomption instituée par la loi qui s’opère de
deux manières.
La première tend naturellement à rapporter la preuve contraire exigée
par le mécanisme de présomption, démontrer l’inexactitude du fait présumé.
La seconde à contester l’un des éléments déclencheur de la présomption. En
matière de proxénétisme par exemple, il ne s’agira plus de prouver le
caractère licite de ses revenus mais de démontrer l’absence de relation
habituelle avec l’un des personnes visées par les textes ou encore le fait que
25
Art.430 C.proc. Pén ; La cour de cassation a plusieurs fois réaffirme qu’en matière de crimes et délits prévus
par le code pénal, les procès-verbaux de quelques agents qu’ils émanent, ne font pas foi par eux-mêmes et
n’ont que la valeur d’un simple renseignement : cass. crim.21juin1977 ; Bull. crim. n°271.
26
L’art.430 du C.proc. pén. Précise en effet <<sauf dans les cas où la loi en dispose autrement… »
20
La preuve dans le procès pénal
la personne avec laquelle le mis en cause entretient de telles relations ne se
livre pas à l’activité visée par la prévention27.
En matière douanière, le droit pénal douanier prévoit ainsi une
présomption d’existence de l’élément matériel de l’infraction s’agissant
principalement des faits de contrebande et d’importation sans déclaration28.
L’infraction de contrebande se caractérise par des importations ou
exportations en dehors des bureaux ainsi que toute violation des
dispositions légales ou règlementaires relatives à la détention et au
transport des marchandises à l’intérieur du territoire douanier29.
Le mécanisme de la présomption d’existence de l’élément matériel de
l’infraction dispense l’accusation d’établir la preuve de l’entré en fraude de la
marchandise. La simple détention ou circulation irrégulière fait présumer
l’élément matériel d’introduction en fraude30.
L’objet de la preuve contraire à une présomption d’existence de
l’élément moral de l’infraction.
La présomption d’existence de l’élément moral de l’infraction va
réputer établir l’élément intentionnel caractérisant l’infraction concernée31.
L’objet de cette présomption dispense donc l’accusation d’avoir à rapporter
la preuve de l’existence de l’élément intentionnel.
En ce qui concerne la preuve contraire aux présomptions légales
d’intention, la bonne foi doit être rapportée par la personne poursuivie et
relève de l’appréciation souveraine des juges du fond32
Au niveau de la preuve contraire aux présomptions quasi-légales
d’intention, la bonne foi doit être également rapportée mais les présomptions
quasi-légales ne viennent pas de la loi mais d’une construction
jurisprudentielle qui s’appuie sur la présomption de la mauvaise foi.
27
V.V.Hecquet, Thèse pré…n°76, P.78
28
V. sur le fonctionnement de ces mécanismes : V. Hecquet, Thèse préc. N°_80 s. P 81 s.
29
Art417 § C. douanes
21 V. pour une application jurisprudentielle .cass.crim.16 janv. 1963 ; Bull.crim.n°28 ; cass.crim.11mars 1964 ;
Bull.crim.n°85 :<<L’infraction douanière de détention d’une marchandise prohibée à l’entrée, dans la zone
terrestre des douanes, est caractérisé par la simple détention alors que le détenteur ne peut justifier du
paiement des droits d’introduction. >>
31
En vertu de l’art 121-3 C.pén. <<il n’Ya point de crime ou de délit sans intention de le commettre>>
32
Cass.crim.14 nov.1996; Bull.Crim.n°410.
21
La preuve dans le procès pénal
En matière contraventionnelle, la preuve contraire devra s’attacher à
prouver la survenance d’un cas de force majeur ou à contester la
constatation de l’élément matériel de l’infraction.
II. LA MISE EN CAUSE DU DROIT A LA PREUVE CONTRAIRE
Le droit à la preuve contraire peut être mis en échec par la loi ou par
la montée en puissance des modes alternatifs de règlement de conflits.
A. LE DROIT A LA PREUVE CONTRAIRE MIS EN ECHEC PAR LA LOI
Il y a des cas ou la loi ne permet pas à la personne poursuivie de se
défendre et d’apporter la preuve contraire pour s’exonérer .Mais cette
exception connait des tempéraments.
La preuve contraire impossible
La loi interdit expressément une impossibilité de rapporter la preuve
contraire à l’accusation lorsqu’il s’agit de délit de diffamation et d’autres
infractions en matière de presse. La matière peut être prouvée en principe
par l’exception de vérité ou la bonne foi de l’auteur des propos diffamatoires
et la loi sur la presse affirme que la vérité des faits diffamatoires peut
toujours être prouvée.
la loi prévoit trois exceptions à savoir : lorsque l’imputation concerne
la vie privée de la personne, lorsque l’imputation se réfère à des faits
qui remontent à plus de dix années, lorsque l’imputation se réfère à
un fait constituant une infraction amnistiée ou prescrite, ou qui a
donné lieu à une condamnation effacée par la réhabilitation ou la
révision33.
Cette interdiction prive la personne poursuivie d’un moyen essentiel de
prouver son innocence quand bien même la partie diffamée y
consentirait. A la lecture de l’article 35 on peut dire que l’exception vient
protéger le droit au respect de la vie privée et le droit à l’oubli34.
33
Art 35 L. du 29juil.1881sur la liberté de la presse issu d’une ordonnance du 6 mai1944
34
V.J. Pradel et M. Danti-Juan, Manuel de droit pénal spécial ; Paris, 4eme éd, 2007, p.384s. ; M. Veron,
Droit pénal special; Paris, Siry, 12eme éd.2008, n°242 s.
22
La preuve dans le procès pénal
S’agissant du droit au respect de la vie privée, il tend à protéger les
individus d’imputation concernant leur vie personnelle ou familiale, leur
moralité ou leur honnêteté. Cette exception à l’exception de vérité est fondée
sur l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme qui
dispose que toute personne a le droit au respect de sa vie privée.
S’agissant du droit à l’oubli, il tend à consacrer l’effet absolutoire du
temps sur certaines décisions judiciaires.
Selon la loi sur la presse, les faits remontants à plus de dix ans ne
peuvent plus être utilisés en l’encontre d’une personne et la vérité de ces
faits ne saurait justifier les propos tenus relativement à ces faits.
L’impossibilité de rapporter la preuve contraire à la diffamation par la
démonstration de la vérité des faits diffamatoires connait des exceptions.
Primo, la loi prévoit lui-même des exceptions à cette impossibilité.
L’exeptio véritatis est rétablie lorsqu’il s’agit d’une infraction de viol,
d’agression sexuelle 35,d’atteinte sexuelle sur mineur36 ainsi que d’autres
infractions relatives à la protection des mineurs37.Mais ,la cour de cassation
n’admet toujours pas la preuve de vérité dans ces domaines lorsque les faits
constitutifs des infractions remontent a plus de dix ans.
Secondo, l’impossibilité d’utiliser l’exeptio Veritatis en matière de
diffamations n’interdit pas d’utiliser d’autre moyens de preuve contraire
dont la bonne foi qui est acceptée.
B. LES MODES ALTERNATIFS DE REGLEMENT DES CONFLITS
L’incidence du recours à ces modes alternatifs sur le droit à la preuve
contraire est double.
Le premier est le renforcement de la place de l’aveu dans le cadre du
règlement des affaires pénales et le second tient à l’inutilité corrélative d’un
débat sur la preuve à la suite de cette reconnaissance de culpabilité et de la
mise en place de l’un des modes alternatifs de règlement des litiges pénaux.
La renonciation à la preuve contraire implique avant toute chose la
35
L’article 35 de la loi de 1881 vise les infractions prévues aux art.222-23 à 222-32 C.pén.
36
Art.227-25 à 227-27C.pén.
37
Art.227-22 à227-24C.pén.
23
La preuve dans le procès pénal
reconnaissance de sa culpabilité : l’« aveu ». Cette exigence est devenue le «
socle » des modes alternatifs de règlement des litiges en matière pénale.
Cette évolution témoigne d’une profonde remise en cause de l’objectif du
contentieux pénal qui réside dans l’établissement de la vérité matérielle. La
contractualisation sur la peine suite à une reconnaissance des faits se
rapproche au contraire de la solution apportée par le procès civil qui se
contente d’une vérité« judiciaire ». Dans ce cadre, la reconnaissance de
culpabilité fournit à l’accusation la preuve ultime qui permet de clore un
dossier. Or, la personne poursuivie n’apportera cette preuve que si elle y
trouve un intérêt. Ce dernier résidera dans la négociation sur la peine qui
sera prononcée à son encontre. L’aveu est expressément prévu pour la
comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité et pour la
procédure de composition pénale. Même s’il n’est pas prévu par les textes en
matière de médiation pénale, la reconnaissance des faits est exigée par la
pratique pour la mettre en œuvre. Cette reconnaissance de culpabilité va
permettre d’ouvrir une phase de « justice négociée » dans laquelle le
compromis prend une place supérieure à la recherche de la vérité. En effet,
le but recherché de ces modes alternatifs n’est pas de faire la lumière sur la
réalité objective d’une situation, mais de trouver un accord pour mettre fin
au contentieux naissant. Par ailleurs, l’objet de la preuve est d’emporter
l’intime conviction du juge. Or, le juge n’interviendra pas dans la phase de
négociation. Son rôle sera réduit à valider l’accord passé entre la personne
mise en cause et le ministère public pour lui donner force exécutoire. A
aucun moment de ces procédures, un débat sur la preuve de la culpabilité
ne sera organisé. La simple reconnaissance des faits clôturera le débat et
rendra inutile toute investigation. La force de l’aveu dans le cadre de ces
procédures est particulièrement importante et suppose par conséquent,
pour la personne mise en cause, la conscience que son consentement
entraîne son renoncement à exercer son droit à la preuve contraire. Il faut
tout de même nuancer ce point.
En effet, cette renonciation au droit à la preuve contraire ne
s’appliquera que pour la procédure alternative engagée, c'est-à-dire qu’elle
ne laisse la place qu’’à la négociation sur la peine avec le procureur de la
24
La preuve dans le procès pénal
République. Dans le cas d’un échec de cette phase et de renvoi de la
personne mise en cause dans une procédure de droit commun, il retrouve
l’exercice plein de son droit à la preuve contraire et ce dernier est même
accentué par l’impossibilité de faire référence à la reconnaissance de
culpabilité qui a eu lieu dans la phase initiale.
25
La preuve dans le procès pénal
CHAPITRE II : LES TRANSFORMATIONS DE
L’ADMINISTRATION DE LA PREUVE PÉNALE
Vouloir se soucier des transformations de l’administration de la
preuve pénale implique une double adaptation visible au niveau interne qu’à
l’échelle international. L’adaptation du système probatoire français aux
évolutions pratiques et théoriques est subordonnée à la démonstration de
ses carences. De ce faite une réflexion été menée sur les lacunes relatives
aux divers aspects de l’administration de la preuve pénale, tant technique et
scientifique, que pragmatique ou encore théorique en rapport avec les
grands principes de procédure (SECTION I) et sur la recherche d’une
nécessaire amélioration des règles guidant l’administration de la preuve
pénale aux évolutions de la société actuelle (SECTION II)
SECTION I : LE CONSTAT DE L’EXISTENCE DES FAIBLESSES DU
SYSTEME PROOBATOIRE
Le constat des lacunes du système probatoire actuel résulte d’une
part d’une adaptation insuffisante aux évolutions de la criminalité et aux
nouvelles techniques de preuves .Notre système est en raison de sa rigidité,
trop souvent inadapté, ce qui gêne considérablement la résolution de
certaines affaires criminelles.
Elle résulte d’autre part, de la conséquence de certaines carences du
système traditionnel de la preuve pénale, tenant pour l’essentiel au non-
respect des principes fondamentaux du droit pénal et de la procédure
pénale.
I. UNE MODIFICATION DE L’ECONOMIE DU SYSTEME
TRADITIONNEL D’ADMINISTRATION DE LA PREUVE
L’adaptation de L’administration de la preuve pénale est rendu
nécessaire en raison de l’apparition et du développement de nouvelles
formes de délinquance auxquelles s’associent inévitablement de nouveaux
modes de preuves (1). Au premier rang de ces procédés probatoires figure la
preuve scientifique dont le recours croissant soulève quelques difficultés.
26
La preuve dans le procès pénal
A. UNE INADEQUATION AUX NOUVELLES FORMES DE
DELINQUANCE
La seconde moitié du 20e siècle a vu se développer deux nouvelles
formes de délinquance face auxquelles les procédés probatoires classiques
sont inexistants ou obsolètes: la délinquance économique et financière et la
délinquance informatique. Par ailleurs, le constat d’une inadéquation du
système actuel d’administration de la preuve pénale est renforcé lorsque
cette délinquance aux moyens techniques accrus est conjuguée au
développement d’une délinquance transnationale. En témoigne la nature
hétérogène qui lui permet de recouvrer différentes formes, de pratiques
individuelles utilisant les nouvelles technologies de pointe : l’outil
informatique notamment, à de vastes opérations menées au plan
international par des groupes hyper structurés et parfois connectés au
crime organisé.
B. UNE INADAPTATION AU DEVELOPPEMENT DE NOUVELLES
TECHNIQUES DE RASSEMBLEMENT DE PREUVE
Le droit de la preuve a longtemps reposé sur l’aveu alors que de nos
jours, il s’appuie essentiellement sur un support scientifique et technique.
En effet, l’aveu d’aujourd’hui n’a plus la même consistance ni le même rôle
que celui d’hier et bien souvent ce sont des procédés scientifiques qui
viennent le corroborer. La preuve scientifique est la résultante d’une
démarche rationnelle fondée sur l’observation et l’expérience.
L’usage de la science pour élucider les affaires pénales est donc
devenu indispensable notamment pour lutter activement contre les
nouvelles formes de criminalité. A partir de ce constat se sont développées
au cours des dernières décennies, des nouvelles méthodes pour lesquelles il
a fallu s’interroger sur la fiabilité mais aussi sur leur conformité avec les
idéaux irrigants la procédure pénale. De là, se dégagent des méthodes à
proscrire, d’autres à développer et certaines à n’envisager qu’avec prudence
(le profilage).
27
La preuve dans le procès pénal
Aussi, un encadrement strict de la technique s’impose afin de ne pas
rompre avec les principes essentiels du droit notamment celui de
l’inviolabilité du corps humain.
II. LES FAIBLESSES DE L’ADMINISTRATION TRADITIONNELLE DE
LA PREUVE
A. LE NON RESPECT DU PRINCIPE DE LA LOYAUTE
L’article 427 du code pénal dispose que hors les cas où la loi en
dispose autrement, les infractions peuvent être établies par tout mode de
preuve. Mais, cela ne veut pas dire que toutes preuves sont admissibles et
que tout moyen pour les recueillir est acceptable. Il n’est désormais plus
souhaitable d’accepter l’illégalité manifeste. Il en va de la crédibilité et de la
légitimité de notre système pénal. Il apparait donc utile de renforcer le
caractère loyal de la preuve qui apparait comme un impératif procédural
dont les objectifs sont tangibles à l’examen de la jurisprudence et de la
législation européenne. A cet effet, on a le doyen Bouzat qui dit que la
loyauté est une manière d’être de la recherche des preuves, conformes au
respect des droits de l’individu et à la dignité de la justice. En encadrant
strictement certaines pratiques policières telles l’infiltration, le législateur a
enfin pris conscience de la nécessité de protéger le principe de la loyauté qui
constitue la règle fondamentale devant régir l’administration de la preuve et
doit s’appliquer sans aucune limite. Pourtant, des atteintes au principe de la
loyauté sont commises. Concrètement elles tiennent à l’utilisation de
certains procédés probatoires (il s’agit principalement des écoutes
téléphoniques ou autres enregistrements sonores ainsi que les provocations
policières même si ces dernières sont à l’heure actuelle prohibés lorsqu’elles
incitent à la commission d’infractions), tout autant qu’a un système de
protection de la loyauté encore imparfait. Ainsi, l’absence de disposition sur
le rôle des parties privées dans la recherche de la preuve a laissé une marge
de manœuvre aux juges qui dans un souci de répression croissante et
d’impunité zéro ont progressivement permis aux parties civiles de produire à
l’instance pénale des preuves déloyalement obtenues. Au prisme d’une
28
La preuve dans le procès pénal
volonté de privilégier la manifestation de la vérité, les juridictions internes
en arrivent à admettre des enregistrements d’images réalisés par une
caméra dans une officine de pharmacie se fondant pour se faire sur
l’absence de prévision légale concernant l’intervention des parties privées
dans la phase de recherche des preuves.
B. L’INADAPTATION DU PROCESSUS PÉNAL ACTUEL
Les modifications sus mentionnées ont entrainé une véritable
inadéquation tant des règles gouvernant le déroulement du procès pénal que
des acteurs de ce processus. Ainsi, l’insuffisance manifeste du principe du
contradictoire tant dans l’enquête de police qu’au cours de l’instruction
préparatoire ne permet pas d’avoir un droit à la preuve juste et équitable.
L’information en tant que composante du principe du contradictoire serait
dans la phase préparatoire du procès pénal très imparfaite.
Concernant l’enquête de police, cette considération renvoie au Rôle
joué par l’avocat lors de son intervention pendant la mesure de garde à vue.
Ce dernier disposant de 30 mn pour s’entretenir avec son client mais ne
recevant aucune information sur les éléments de fait déjà à la disposition
des services de police.
Relativement à l’instruction, l’équilibre des droits des parties n’a pas
encore été atteint malgré les réformes successives de la procédure pénale.
En effet, le parquet reste largement favorisé par rapport aux parties privées.
Si la preuve constitue l’un des objets premiers du processus pénal, il
n’en demeure pas moins que sa recherche ne doit pas s’effectuer au
détriment des garanties individuelles.
A l’identique, le bouleversement du système d’administration de la
preuve pénale doit s’accommoder nécessairement d’une redéfinition du rôle
des acteurs du procès pénal en général, et de la preuve pénale en
particulier.
29
La preuve dans le procès pénal
SECTION II : LA RECHERCHE D’UNE AMELIORATION DU SYSTEME
PROBATOIRE
En tant qu’élément substantiel, fondement de tout processus pénal,
l’amélioration du système de preuve pénale doit veiller à renforcer la
protection individuelle mais également l’efficacité de la protection.
I. UN RENFORCEMENT DE LA PROTECTION INDIVIDUELLE
Le développement du recours à la preuve scientifique impose un
renforcement des libertés individuelles par un encadrement strict de son
utilisation. L’intégration des percepts européens apparait comme une étape
fondamentale dans cette optique.
A. UN RECOURS A LA PREUVE SCIENTIFIQUE STRICTEMENT
DEFINIE
L’un des principaux vices de la preuve scientifique est qu’elle sous-
entend pour beaucoup la notion de certitude. Cependant, la preuve devient
elle fiable, voire infaillible, des lors qu’elle revêt le caractère scientifique ?
Certes la preuve technique permet d’accroitre sensiblement l’efficacité de la
répression, néanmoins, cet usage doit être combiné avec l’exploitation des
preuves plus classiques. La raison est simple : chaque preuve qu’elle soit
traditionnelle ou moderne, comporte des limites qui l’empêchent de servir
d’unique fondement à une condamnation. Dans une perspective de
protection des libertés individuelles, des propositions visant à encadrer le
recours à la preuve scientifique ont été formulées. A savoir :
renforcer la transparence en matière de récolement des empreintes
génétiques ;
encadrer strictement la possibilité de se soumettre à un prélèvement ;
renforcer la formation des enquêteurs afin d’éviter les erreurs de
manipulation pouvant engendrer une destruction des indices, voire un
risque d’erreur judiciaire ;
30
La preuve dans le procès pénal
limiter l’utilisation de la méthode aux crimes, afin de réduire les
couts, l’impact économique suscité par l’introduction de la génétique
dans les pratiques judiciaires n’étant pas à négliger.
B. UNE INTEGRATION DES PRECEPTES EUROPEENS EN DROIT
FRANCAIS
L’intégration des percepts européens en droit français au regard du
procès équitable doit imposer un renforcement des principes directeurs de
l’instance :
développer les droits de la défense dans l’enquête de police
Informer les personnes gardées à vue non seulement de la nature de
l’infraction mais également des raisons de fait et de droit qui ont motivé la
mesure ;
rétablir l’information sur le droit au silence du gardé à vue ;
assurer l’équilibre des droits des parties durant l’instruction en
exigeant que les juges d’instruction motivent en droit et en fait le rejet
des demandes d’actes formulées par les avocats des parties ;
poser le principe selon lequel a peine d’irrecevabilité du témoignage, la
défense doit être en mesure d’interroger ou de faire interroger tous
témoins à charge.
II. LE RENFORCEMENT DE L’EFFICACITE REPRESSIVE
A. L’HARMONISATION D’UN SYSTEME PROBATOIRE A L’ECHELON
EUROPEEN
Dans l’article intitule « pour un vrai procureur » il y était question
d’une proposition de la commission ,soutenue par le parlement européen ,
de création d’un procureur européen qui dans des matières spécifiques liées
à la protection des intérêts financiers communautaires disposerait de
pouvoirs forts d’investigation sur tout le territoire des états membres sans
avoir besoin de recourir à la procédure d’extradition .La France et d’autres
nations ont finalement perçu l’enjeu de ces évolutions procédurales pour la
construction européenne et pour la répression d’une criminalité
31
La preuve dans le procès pénal
transnationale. Les évènements terroristes du 11 septembre 2001 ont
accélérer la création du mandat d’arrêt européen.
B. L’APPROFONDISSEMENT DES PERSPECTIVES EUROPEENNES
D’HARMONISATION
Certaines propositions sus –évoquées s’intègrent plus facilement dans
le cadre d’une harmonisation européenne. Ainsi, on a les points -suivants :
accélérer la mise en œuvre du mandat d’arrêt européen en incitant les
Etats signataires à l’intégrer au plus vite dans leur législation ;
favoriser la coopération policière et l’entraide judiciaire en élargissant
le domaine d’application des droits d’observation et de poursuite
transfrontalière institués par les accords Schengen et en limitant
l’hypothèse dans lesquelles les Etats signataires peuvent refuser
l’exercice sur leur territoire du droit de poursuite ;
créer un procureur européen disposant des compétences suffisantes
pour poursuivre sur l’ensemble des pays de l’union européenne les
crimes et délits graves portant atteinte aux intérêts de l’union.
32
La preuve dans le procès pénal
CONCLUSION
En conclusion, l’importance de la preuve dans le procès pénal se
mesure au rôle qu’il joue dans le procès pénal. Cette importance se déduit
de la formule qui dit qu’il n’y a pas de condamnation sans preuve. Le
présumé coupable reste donc innocent lorsqu’il n’y a pas de preuve.
Cependant, la réglementation de la preuve est souvent inefficace face à
certaines infractions dues au développement de la technicité. Certains
délinquants arrivent à échapper aux mailles de la justice à cause du
système probatoire qui est lacunaire. En effet, il ressort de cette étude qu’il
y’a des difficultés liées à l’administration de la preuve pénale. Pour résoudre
cette situation, nous proposons de :
- accélérer la mise en œuvre du mandat d’arrêt européen en incitant les
Etats signataires à l’intégrer au plus vite dans leur législation ;
- favoriser la coopération policière et l’entraide judiciaire en élargissant
le domaine d’application des droits d’observation et de poursuite
transfrontalière institués par les accords Schengen et en limitant
l’hypothèse dans lesquelles les Etats signataires peuvent refuser
l’exercice sur leur territoire du droit de poursuite ;
- créer un procureur européen disposant des compétences suffisantes
pour poursuivre sur l’ensemble des pays de l’union européenne les
crimes et délits graves portant atteinte aux intérêts de l’union ;
- renforcer la transparence en matière de récolement des empreintes
génétique ;
- encadrer strictement la possibilité de se soumettre à un prélèvement ;
- renforcer la formation des enquêteurs afin d’éviter les erreurs de
manipulation pouvant engendrer une destruction des indices, voire un
risque d’erreur judiciaire.
33
La preuve dans le procès pénal
BIBLIOGRAPHIE
1. Les ouvrages généraux
*Olivier Michiels, Géraldine Falque, PROCEDURE PÉNALE, 2ème édition,
année académique 2013-2014
* Gaston Stefani, George Levasseur, Bernard Bouloc, PROCEDURE PÉNALE,
18ème édition, P98-118
*Théry Garé, Catherine Ginester, DROIT PÉNAL ET PROCEDURE PÉNAL,
7ème édition
* Martine Herzog-Evans, Gildas Roussel PROCEDURE PÉNALE, 5ème
edition, p 173-180
2. Les ouvrages spécialisés
* Raoul Declercque, avocat à la cour de cass, professeur extraordinaire
émérite à la faculté de droit de l’université catholique ( k.u.Leuven),LA
PREUVE EN MATIÈRE PÉNAL, édition juridique swinnen H 57,avenu carton
de wiart Bruxelles , à 11h
*D .Alix, LA PREUVE EN MATIÈRE PÉNALE A L’EPREUVE DU PROCÈS
EQUITABLE
*Henry Leclerc, L’INTIME CONVICTION DU JUGE, p 209-210
*Didier Thomas et al…, LES TRANSFORMATIONS DE L’ADMINISTRATION DE
LA PREUVE PÉNALE, archives de politique criminelle 2014/1(n°26), p.113-
124
3. Doctrine
*NULLITE DE LA PREUVE EN MATIÈRE PÉNALE : quoi de neuf ; Le pli
juridique-n°32-juin 2015-Anthémis
*PREUVE PENALES-annales-ENH-2016-version définitive-PDF
4. Mémoires et Thèses
*LE DROIT A LA PREUVE CONTRAIRE EN MATIÈRE PÉNALE, soutenu par
Pierre Bolze le 17 décembre 2010
* Elmine Compaoré, LA PRESOMPTION D’INNOCENCE, 2016 – 2017, IAM-
OUAGA
5. Textes nationaux
34
La preuve dans le procès pénal
* la constitution du 2 juin 1991
* le code civil de 1804
*Ordonnance 68-7 du 21 février 1968, portant institution d’un Code de
Procédure Pénal, complété et modifiée en ses arts 68-53 du 29 novembre
1968
*La loi 43-96 ADP du 13 novembre 1996 portant Code Pénal, modifié par la
loi 6-2004 AN du 6 avril 2004
6. Les textes internationaux
*Déclaration Universelle des Droits de L’Homme de 1789
7. sites internet
*www.legifrance.gouv.fr.2018(le code de la route 2018, le code pénal, édition
12/06/2018, le code de procédure pénal)
* www.legiburkina.bf.2018
* www.gautrais.com.2014
* https : criminocorpus.org
* https : //www.u-picardie.fr.Henri Leclerc
8-Jurisprudences
* Cass. Crim .15 juin 1993, n°92-82509 Cass.crim.14 nov.1996 ; Bull
.crim.n°41
*Cass.crim.14 nov.1996; Bull .crim. n°410
*Cass. 2 mars 1976, I, 718, p.589 a 595(p.591).
* Cass., 26 juin 1973, pas. I, 515
* Crim., 24 oct.2000, DR. Pénal 2001, COMM.N°29, obs. M. Veron
* Cass. Crim 2 octobre.1981; Bull .crim.n°256.
* Cass.crim.16 mars1961; Bull.crim.n°172; JCP 1961, II, note J. Larguier.
*Cass crim.13 mai 1992; Dr.pen.19993 chr.8, obs.A .Maron
* cass. crim.21juin1977; Bull. Crim. n°271
* Cass.crim.14 nov.1996; Bull.Crim.n°410
35
La preuve dans le procès pénal
TABLE DES MATIÈRES
DEDICACE ............................................................................................ i
REMERCIEMENTS ................................................................................ii
ACRONYMES, ABREVIATIONS ET SIGLES........................................... iii
SOMMAIRE ......................................................................................... iv
INTRODUCTION GENERALE ................................................................. 1
PREMIERE PARTIE : LE CADRE JURIDIQUE DE LA PREUVE EN
MATIÈRE PÉNALE ................................................................................ 4
CHAPITRE I : LE PRINCIPE DE LA LIBERTE DE LA PREUVE ................. 5
SECTION I : LA LIBERTE DANS LA PRODUCTION DE LA PREUVE .......... 5
I. LE PRINCIPE ................................................................................... 5
II. LES EXCEPTIONS ........................................................................... 5
SECTION II : LE PRINCIPE DE L’INTIME CONVICTION ............................. 7
I. LE PRINCIPE ................................................................................... 7
II. LES EXCEPTIONS ........................................................................... 7
CHAPITRE II :LES MODES ET CHARGE DE LA PREUVE ........................ 9
SECTION I : LES MODES DE PREUVE ..................................................... 9
SECTION II : LA CHARGE DE LA PREUVE ............................................. 11
DEUXIEME PARTIE : LA PORTÉE DE LA PREUVE ET LES
DIFFICULTÉES RENCONTRÉES .......................................................... 13
CHAPITRE I : LA PORTÉE DE LA PREUVE DANS LE PROCÈS PÉNAL ... 14
SECTION I : LA CULPABILITE ET L’IMPUTABILITE................................. 14
I. LA CULPABILITE ........................................................................... 14
A. L’AUTEUR .................................................................................. 14
B. LE COMPLICE ............................................................................ 15
II. L’IMPUTABILITE DU DELINQUANT................................................ 15
A. L’IMPUTABILITE DES PERSONNES PHYSIQUES ........................ 15
B. L’IMPUTABILITE DES PERSONNES MORALES ........................... 16
SECTION II : L’INNOCENCE ................................................................... 17
I. LE DROIT A LA PREUVE CONTRAIRE ........................................... 17
A. LA LIBERTE DE LA PREUVE CONTRAIRE .................................. 17
B. LA LEGALITE DU DROIT A LA PREUVE CONTRAIRE .................. 19
II. LA MISE EN CAUSE DU DROIT A LA PREUVE CONTRAIRE ........... 22
36
La preuve dans le procès pénal
A. LE DROIT A LA PREUVE CONTRAIRE MIS EN ECHEC PAR LA
LOI…………………………………………………………………………………..22
B. LES MODES ALTERNATIFS DE REGLEMENT DES CONFLITS .... 23
CHAPITRE II : LES TRANSFORMATIONS DE L’ADMINISTRATION DE LA
PREUVE PÉNALE ................................................................................ 26
SECTION I : LE CONSTAT D’UN SYSTEME PROBATOIRE LACUNAIRE ... 26
I. UNE MODIFICATION DE L’ECONOMIE DU SYSTEME
TRADITIONNEL D’ADMINISTRATION DE LA PREUVE.......................... 26
A. UNE INADEQUATION AUX NOUVELLES FORMES DE
DELINQUANCE ................................................................................ 27
B. UNE INADAPTATION AU DEVELOPPEMENT DE NOUVELLES
TECHNIQUES DE RASSEMBLEMENT DE PREUVE .......................... 27
II. LES CARENCES DE L’ADMINISTRATION TRADITIONNELLE DE LA
PREUVE .............................................................................................. 28
A. LE NON RESPECT DU PRINCIPE DE LA LOYAUTE ..................... 28
B. L’INADAPTATION DU PROCESSUS PÉNAL ACTUEL .................... 29
SECTION II : LA RECHERCHE D’UNE AMELIORATION DU SYSTEME
PROBATOIRE ......................................................................................... 30
I. UN RENFORCEMENT DE LA PROTECTION INDIVIDUELLE ........... 30
A. UN RECOURS A LA PREUVE SCIENTIFIQUE STRICTEMENT
DEFINIE ........................................................................................... 30
B. UNE INTEGRATION DES PRECEPTES EUROPEENS EN DROIT
FRANCAIS ........................................................................................ 31
II. LE RENFORCEMENT DE L’EFFICACITE REPRESSIVE .................. 31
A. L’HARMONISATION D’UN SYSTEME PROBATOIRE A L’ECHELON
EUROPEEN ...................................................................................... 31
B. L’APPROFONDISSEMENT DES PERSPECTIVES EUROPEENNES
D’HARMONISARION ......................................................................... 32
CONCLUSION ..................................................................................... 33
BIBLIOGRAPHIE ................................................................................. 34
TABLE DES MATIÈRES ....................................................................... 36
37