Thème 4, Axe 2 Julie Lecoq
« Urbanisation, développement économique et préservation du patrimoine »
"Les villes sont les livres que les hommes ont écrits". Cette citation de l'historien et
philosophe Ibn Khaldoun souligne l'importance des villes en tant que témoins de l'histoire et
de la culture humaine. Les villes sont des centres d'urbanisation et de développement
économique, mais elles abritent également un précieux patrimoine culturel et historique.
Cette dualité entre urbanisation et préservation du patrimoine est au cœur des défis
auxquels sont confrontées les sociétés contemporaines. En effet, la croissance urbaine
rapide peut souvent entraîner la destruction ou la dégradation de sites historiques et
culturels importants. Ainsi, trouver un équilibre entre le développement économique des
villes et la préservation, c'est-à- dire le maintien dans l'État, de leur patrimoine est essentiel
pour assurer la durabilité de notre héritage collectif. Nous verrons comment concilier
préservation du patrimoine, urbanisation et développement économique, aujourd’hui ?
D’abord il s’agira de comprendre que le patrimoine est un outil du développement urbain,
puisqu'il l’est aussi du développement économique, mais que l’urbanisation et le
développement économique limitent la préservation du patrimoine.
Le patrimoine est un outil du développement urbain. En effet, il est mis en valeur par
les Etats et les villes. Venise est une référence patrimoniale, les villes parcourues par les
canaux sont souvent surnommées “Petite Venise”, à l’instar de Bruges surnommé Petite
Venise du Nord. Cette renommée internationale permet d’attirer 30 millions de touristes par
an. Activité économique importante car les gains liés au tourisme sont estimés à 1,5
milliards d'euros de dépenses. Cette somme considérable d'argent est une source de
financement importante pour les restaurations et les aménagements de la ville. Ainsi au
début des années 2000 pour élargir les villes au-delà de la zone de Saint-Marc de nouveau
quartier ont été rénovés comme l'Arsenal ou la pointe de la Douane. Les villes ont alors tout
intérêt à jouer la carte du patrimoine. Paris aussi profite de son statut de ville de l’amour et
choisit d'augmenter le nombre de lieux de patrimoine. Entre 1982 et 1998 l'État décide de
financer les “Grandes opérations d'architecture et d'urbanisme” notamment au Louvre, au
musée d'Orsay, dans le quartier de La Villette, et à la Bibliothèque nationale de France. Par
ailleurs les aménagements d'espace public intègre une logique patrimoniale, celle de
l'organisation haussmannienne: hauteur maximale de 25 à 31 m pour les nouveaux
bâtiments, revalorisation des aménagements haussmanniens comme les grands
boulevards. Ce développement urbain lié au patrimoine est tellement important que l'État s’y
mêle à travers trois axes. D'abord il y a les subventions directes qui sont mises en place
par des fonds monétaires ciblant les opérations précises de restauration de monuments de
quartier. On peut penser à la restauration du site de Luang Prabang par l'État laotien et
l'UNESCO en 1995. Puis il y a les subventions indirectes par les incitations fiscales et la
labellisation. C'est la loi Marleau de 1963 en France. Et finalement, à travers des politiques
de régulation, c'est-à-dire en dressant une liste de bien protégés, par l'interdiction
d'exportation, par la mise en place de normes de conservation et par la lutte contre le trafic
illicite. On peut penser aux politiques égyptiennes d'interdiction de sortie de territoire de
toute artefact sous peine de répréhension légale.
Seulement, tout vient à un prix et ses activités ont un impact sur l’espace urbain.
Dans le but de valoriser le patrimoine d’une ville, certains aménagements provoquent un
processus de relégation vers la périphérie de quelques activités. C'est le cas à Paris avec
les abattoirs de la Villette qui sont relocalisés en banlieue à Rungis. La volonté de valoriser
et protéger le patrimoine donne lieu à un certain nombre de conflits. Le projet du nouvel
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urbanisme à Paris inclut par exemple l'objectif de densifier l’espace pour une meilleure
diversification sociale et économique, celle-ci s'organise en construisant des immeubles de
grande hauteur, comme le nouveau Palais de Justice dans le quartier des Batignolles au
160 mètres. Pour plusieurs associations de défense du patrimoine ce projet reste perçu
comme une atteinte au patrimoine architectural et urbanistique de Paris montrant qu'il est
parfois difficile de concilier développement urbain et protection du patrimoine. Les politiques
de valorisation du patrimoine ont aussi pour effet de gentrifier certains quartiers comme c'est
le cas dans le Marais à Paris où la hausse des loyers a pour conséquence de relocaliser
certains habitants vers la banlieue parisienne. Malgré les nombreuses difficultés se heurtent
aux politiques patrimoniales, elles ont une fonction importante pour le développement
économique des villes voir même des pays.
Le patrimoine est un outil de développement économique. Le patrimoine permet la
mise en tourisme. Alors pour favoriser l'attractivité le patrimoine peut faire objet de politique
de marketing avec notamment la mise en place de labellisation internationale comme le titre
de patrimoine mondial de l'UNESCO ou bien la labellisation locale avec par exemple les plus
beaux villages de France ou bien les plus beaux villages du Japon. Une autre stratégie est
la valorisation du patrimoine immatériel. Venise choisit de le faire en réintroduisant dans les
années 1980, le carnaval vénisien attesté dès le 9e siècle, qui attire 120 000 visiteurs par an
qui ont dépensé 63 millions d'euros en 2018. Le tourisme alimente donc la vie économique
de certaines régions, comme au Machu Picchu. Alors, le but de faciliter l'arrivée et
l'acclimatation des touristes, est de construire de nombreuses infrastructures, telles que des
hôtels et restaurants ou des axes de transport tels que les aéroports ou les gares. Tous ces
aménagements montrent que cette attractivité est vitale pour certaines villes. C’est le cas de
Rome qui, grâce à un riche patrimoine architectural, accueille près de 10 millions de
touristes par an ce qui en fait la première source de revenus de la ville.
Le patrimoine est une richesse économique car il est créateur d’emplois. D'abord
dans le secteur de l'hôtellerie et de la restauration. La région normande est attractive grâce
à son tourisme culturel lié au débarquement. On peut notamment parler des plages du
débarquement, des musées relatifs à la Seconde Guerre mondiale, ainsi que les cimetières
d'anciens combattants. Les bénéfices que ce secteur a engendrés sont non négligeables
puisqu'il contribue à 44 % du chiffre d'affaires de l'hôtellerie et à 6 % du PIB régional. De
plus, lorsque le patrimoine est malheureusement endommagé, cela permet de créer des
emplois liés à la conservation du patrimoine. Au Mali, lorsque la partie nord du pays est
occupée par les groupes djihadistes, Ansar Dine et Al-Qaïda, les deux groupes terroristes
s'attaquent au patrimoine. Les mausolées, auxquels ils se sont attaqués, sont liés à des
familles qui en prennent soin et font appel, en cas de besoin, à des maçons. Ces maçons
disposent d’un savoir-faire unique. Et même si ce sont eux qui entretiennent ces bâtiments,
la rénovation d'un mausolée est une tâche à laquelle toute la communauté se joint et
participe. Tout le monde aide les maçons. Au niveau des quartiers, du matériel est collecté
et des réunions sont organisées.C'est donc une façon de dynamiser la communauté. De
plus, après la Mission Multidimensionnelle des Nations Unis pour la stabilisation du Mali
(MINUSMA), 3000 agents sont envoyés pour aider à la réhabilitation des trois bibliothèques,
et des multiples mausolées détruites lors du conflit. Seulement tout ne paraît pas toujours
aussi évident urbanisation et développement économique se heurte parfois à la préservation
du patrimoine.
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L’urbanisation et le développement économique limitent la préservation du
patrimoine. L’urbanisation se présente parfois comme un obstacle à la préservation du
patrimoine. Un des principaux problèmes que la ville de Venise rencontre passe à son
inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1987 c'est la muséification de la ville, et
plus précisément de son cœur historique. Ce terme désigne l'empêchement de toute
évolution des paysages les activités pour correspondre à l'imaginaire touristique. C'est une
forme de disneylandisation, c'est-à-dire que les sociétés et des cultures des sociétés se
transforment pour répondre aux attentes des touristes. Seulement, cela entrave tout
développement urbain. De plus, le patrimoine est vulnérable en temps de crise. C'est le cas
de Venise dont les risques humains liés au tourisme augmentent. Par exemple en juin 2019
un paquebot de croisière à heurté un quai puis un bateau touristique blessant 4 personnes
au total. Le tourisme à aussi un impact sur l'environnement on peut parler notamment de
l'érosion des fonds marins par les paquebots de la pollution qu’il entraîne. Étant situé dans
un milieu fragile, Venise devient de plus en plus vulnérable aux intempéries climatique. la
ville qui prenait garde déjà au risque d'affaissement on subit aujourd'hui les conséquences.
Les aménagements de protection conjugués au changement climatique sont aujourd'hui
responsables de catastrophes naturelles, en l'occurrence celle de novembre 2019 ou la ville
a été inondée trois fois de suite en une semaine avec une marée à 1, 87 mètre de hauteur. Il
faudra alors troquer le masque vénitien pour des bottes lors des prochaines escapades dans
la ville.
Le développement économique et la préservation du patrimoine semble aussi parfois
antagoniste. Venise est la ville qui semble le mieux illustrer ce propos. Avec environ 30
millions de touristes par an, nombre multiplié par 4 en 25 ans suite à une forte augmentation
des croisiéristes, le tourisme à reléguer en dehors des îles toutes autres activités ainsi
qu'une partie de la population. Il y a 40 ans Venise comptait 55 000 habitants permanents,
nombre divisé en deux aujourd'hui. Cela est dû à une multiplication des locations
touristiques qui représente un quart des logements de la ville, de la saturation des espaces
publics qui donnent lieu à des nuisances sonores et à des rues bondées. Plusieurs villes
espagnoles se trouvent dans la même situation et entame des démarches virulentes contre
les touristes. Cette animosité donne lieu à des graffitis désobligeants où l'on demande de
façon brutale aux touristes de partir. Un autre problème en Espagne c'est celui du logement.
Les plateformes de location de logement touristique deviennent un réel problème puisque
certains locaux n'arrivent plus à trouver de logement. Ces appartements utilisés lors de la
haute saison chasse les locaux en dehors de leur propre ville ce qui n'est pas pour leur
plaire. Alors certains entraînent des démarches contre les applications telles que Airbnb
pour demander de restituer aux locaux ce qu'il aurait dû. Il devient alors essentiel de trouver
une solution pour concilier développement économique surtout celui lié au tourisme et la
préservation du patrimoine qui vit de façon immatérielle à travers les locaux et les traditions
qui font l'identité de leur pays.
En conclusion, bien que la conciliation entre préservation du patrimoine, urbanisation
et développement économique soit possible, elle n'est pas exempte de défis. Les tensions et
conflits d'usage liés au patrimoine soulignent les limites de cette conciliation. Pourtant, en
abordant de manière éthique le tourisme, nous pouvons trouver des solutions durables qui
préservent notre héritage tout en favorisant le développement économique. Il est impératif
d'adopter des politiques et des pratiques qui respectent à la fois le patrimoine culturel et les
besoins des communautés locales. En fin de compte, une approche équilibrée et
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respectueuse du patrimoine, de l'urbanisation et du développement économique est
essentielle c’est pour cela que de plus en plus les gens se tournent vers le tourisme éthique.