LE DRAME ROMANTIQUE.
A. LE DRAME ROMANTIQUE DANS L’HISTOIRE.
Une des manifestations du romantisme, mouvement littéraire, pictural et musical de la première moitié du
XIXème siècle. Ce courant, indissociable des bouleversements socio-politiques de l’époque, revalorise la
sensibilité par rapport à la raison et affirme la liberté créatrice contre l’imitation des modèles de l’Antiquité.
I. Une époque mouvementée.
Période qui sépare l’Empire napoléonien de la Seconde République => romantisme reflète les contradictions
politiques de l’époque ( retour au pouvoir des royalistes # aspiration populaire à davantage de libertés ).
Apprentissage douloureux de la démocratie: après la Révolution et l’Empire les régimes se succèdent ( Louis
XVIII, Charles X, Louis-Philippe ) => à chaque fois, période stable de 15 ou 20 ans puis crise profonde.
Un demi-siècle de romantisme: faible longévité du théâtre romantique ( la plupart des chefs-d’oeuvre sous les
règnes de Charles X et Louis-Philippe, de 1824 à 1848 ).
II. Une jeunesse abandonnée.
Génération des « enfants du siècle » (cf. Musset) qui se trouve privée d’avenir:
-plus de campagnes glorieuses
-retours d’hommes politiques de la génération précédente grâce à la Restauration.
Mythe romantique de Napoléon: jeunesse qui voit en l’empereur non pas le héros vaincu mais celui qui, malgré
ses origines modestes, s’est imposé à la société.
Le mal de vivre: littérature et journaux canalisent la nostalgie et la soif d’action qui naissent du sentiment d’être
dans une période de transition.
III. Les voies nouvelles de la littérature.
Le romantisme en Europe: Courant opposé à l’esthétique classique tournée vers l’Antiquité =>oeuvres inspirées
de la chevalerie et du christianisme médiéval. Naît en Angleterre et se répand en Allemagne sous le nom de
Sturm und Drang ( Tempête et Passion, d’après le titre d’un drame de Klinger, créé en 1777 ).
La résistance française: La France est encore marquée par le rationalisme du XVIIIème siècle et considère, à
juste titre, le romantisme comme une hostilité à l’égard de ses prétentions impériales => consécration du style
traditionnel et de la tragédie classique.
Le retard français: René de Chateaubriand (1802)=> roman qui marque le début du succès du courant
=>Mme de Staël avec De l’Allemagne (1810) ouvre le public français aux romantiques anglais et allemands
( Walter Scott, Keats, Byron, Goethe, Schiller...).
IV. Le romantisme: littérature et politique.
Un mouvement complexe: Paradoxalement, les milieux conservateurs (les ultras) sont les plus ouverts à une
rénovation littéraire # les libéraux voient dans le romantisme un mouvement d’inspiration réactionnaire.
Le rôle de la presse: Le Conservateur littéraire, La Muse française, Le Globe sont autant de tribunes du
romantisme.
La contestation du pouvoir des « clercs »: La génération romantique conteste les idées reçues et la trop grande
place des aînés sur la scène publique.
V. Cénacles et salons.
Les salons: Héritage du XVIIIème siècle, les salons vont jouer un grand rôle dans la diffusion des idées
romantiques. Les réunions d’un petit nombre d’écrivains, d’artistes s’appellent « cénacles » en référence à la
salle où le Christ se réunit avec ses disciples lors de la Cène. Dans les salons se nouent des amitiés mais aussi
des intrigues qui révèlent parfois des rivalités entre les artistes.
Le rôle du théâtre: Le romantisme a conquis son identité grâce à la poésie mais a également participé à la
rénovation du théâtre. Cette rénovation ne se fera d’ailleurs pas sans heurts: cf. la « bataille d’Hernani », à
propos de la création d’Hernani de Victor Hugo en 1830, qui opposa violemment les partisans du théâtre
classique et les romantiques avides de nouveauté.
VI. Le drame romantique: un genre éphémère.
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Trois phases successives de 1823 à 1843:
Les manifestes théoriques: Elaboration de préfaces et de textes théoriques par avant la période de création (cf.
Stendhal, Racine et Shakespeare,1823-1825; Hugo, Préface de Cromwell, 1827).
La période créatrice: Théâtre romantique s’affirme par opposition au théâtre classique puis évolue vers une
attitude plus positive ( Dumas, La Tour de Nesle, 1832; Hugo, Lucrèce Borgia, 1832; Ruy Blas, 1838; Vigny,
Chatterton, 1834; Musset, Lorenzaccio, 1834 ).
Le déclin: Forme théâtrale qui ne résiste pas à l’hostilité des pouvoirs, favorables à la dramaturgie classique, et à
la désaffection du public. 1843: échec des Burgraves de Victor Hugo => mort du drame romantique.
B. LA PLACE DU DRAME ROMANTIQUE DANS LE THEATRE FRANCAIS.
Place délicate du drame romantique:
*s’affirmer par rapport aux formes traditionnelles du théâtre classique du XVIIème siècle
*se démarquer d’un théâtre moderne, le drame bourgeois, et d’un théâtre populaire, le mélodrame.
I. L’opposition aux règles classiques.
Théâtre classique jugé par les romantiques comme un art de privilégiés ( règles contraignantes correspondant aux
goûts d’un public restreint ).
Plus de règle des trois unités: plus d’unité d’action, plus d’unité de lieu, plus d’unité de temps pour les
romantiques qui considèrent que le dramaturge doit suivre son génie et créer lui-même ses propres règles.
Plus de « beau intemporel » : l’histoire doit fournir ses sujets au théâtre, afin que celui-ci donne au public
français la mémoire de son passé et le sentiment de son identité nationale.
Plus de respect de la bienséance: tout ce qui fait partie de la vie réelle doit pouvoir être représenté sur scène, y
compris la mort et la violence, toutes deux bannies de la scène classique.
II. Dépasser le vérisme1 bourgeois.
Dès la seconde moitié du XVIIIème siècle, le drame bourgeois est une forme intermédiaire entre tragédie et
comédie (Beaumarchais, Diderot) => les romantiques reprennent cette idée de modernisation du théâtre mais
optent pour une esthétique différente.
Le mélange des genres: le drame bourgeois privilégie les situations quotidiennes en gardant toutefois le ton
sérieux de la tragédie. Le drame romantique refuse les personnages et les situations médiocres et préfère le
mélange des genres qui met en valeur des situations héroïques en renforçant les contrastes entre tragique et
comique, laid et beau.
Refus du vérisme naïf: goût des romantiques pour la reconstitution du réel mais refus de l’imitation parfaite, de
la confusion entre réel et art.
Refus du moralisme: la faiblesse du drame bourgeois tient au fait que les auteurs sont conduits à commettre des
invraisemblances pour faire triompher la vertu, dans le souci d’éveiller la conscience morale du public. C’est le
drame romantique qui donnera au genre « drame » ses premiers chefs-d’oeuvre.
III. L’ambition du drame romantique.
Concurrencer le mélodrame: Genre qui met en scène le triomphe de la vertu au moyen de situations et de
personnages conventionnels, de décors inquiétants. Le drame romantique ses mises en scènes pittoresques et ses
moments d’émotion intense.
L’admiration de Shakespeare (1564 - 1616): Auteur anglais de comédies et de tragédies qui apparaît
étonnamment moderne au XIXème siècle => admiré par les romantiques qui retiennent de son oeuvre l’ampleur
de la vision théâtrale (rien de ce qui est humain ne doit échapper au théâtre), l’extension du temps et de l’espace
(diversité des milieux et des groupes humains, allongement de la durée de l’action, mulltiplication des lieux).
Ambition déçue: échec du genre dû à plusieurs causes => à la recherche d’un public séduit par le mélodrame ou
fidèle à la tragédie ; réticence de la censure face aux idées nouvelles ; décors coûteux difficiles à changer au
cours d’une pièce.
C. AUTEURS ET OEUVRES MAJEURS:
I. Victor Hugo (1802 - 1885).
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Volonté littéraire de faire vrai.
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Cromwell (1827) ; Hernani (1830) ; Le roi s’amuse (1832) ; Lucrèce Borgia (1833) ; Ruy Blas (1838) ; Les
burgraves (1843).
II. Alfred de Vigny (1797 - 1863).
Chatterton (1835).
III. Alexandre Dumas père (1802 - 1870).
Henri III et sa cour (1829) ; Anthony (1831) ; Kean ou Désordre et génie (1836).
IV. Alfred de Musset (1810 - 1857).
Fantasio ; Les Caprices de Marianne ; On ne badine pas avec l’amour ; Lorenzaccio réunis en 1834 sous le
titre Un spectacle dans un fauteuil, prose.
D. LES CARACTERISTIQUES DU DRAME ROMANTIQUE:
Double projet du théâtre romantique : représenter le passé historique dans sa complexité pour permettre au
spectateur de comprendre le présent ; souligner le rôle de l’individu exceptionnel dans l’évolution d’une société.
I. Un théâtre historique.
Analyser la décadence politique: mise en scène des moments décisifs du passé => recul nécessaire pour
échapper à la censure en masquant les allusions au présent par le recours à l’histoire (ex: le déclin de la
monarchie en France suggéré par celui de la monarchie espagnole à la fin du XVIIème siècle dans Ruy Blas).
Soutenir l’opposition démocratique: le peuple apparaît sur la scène comme un acteur tout aussi décisif que le roi
ou ses ministres (ex: l’opposition des républicains de Venise contre le duc Alexandre occupe une place majeure
dans l’action de Lorenzaccio).
L’homme providentiel: l’histoire selon le drame romantique reste dominée par le mythe napoléonien de
l’homme providentiel, finalement vaincu (cf. Ruy Blas, Lorenzo).
II. L’individualisme.
Un héros autodidacte: le drame romantique réhabilite la notion de héros. Le héros romantique tire sa grandeur
non d’une origine noble mais de sa volonté et de sa conviction (cf. Napoléon) => # héros tragique.
Un héros exclu et révolté: par son origine, son métier, ses aspirations. Le drame valorise son combat (dont
l’issue est fatale) dans un société dominée par le mal.
Le jeu sur l’identité: dans son combat contre la société, le personnage romantique est souvent amené à prendre
un masque afin d’atteindre son but (ex: Lorenzo). Malheureusement pour lui, ce masque est la plupart du temps
un piège dont le héros ne sort pas vivant.
III. Le souci du réalisme.
Les progrès de la scénographie: décors architecturaux complexes, nombreuse didascalies qui jouent un rôle
dans la progression de l’intrigue.
Le rôle des objets: présence d’objets qui soulignent les caractères et les situations (épée, fiole de poison, etc.)
Les artifices: empruntés au mélodrame (cachettes, conversations surprises, etc.). Souvent usage voyant de
l’artifice par dérision.
Libération de la langue: drame commence souvent dans le vif du sujet (pas d’exposition systématique comme
dans la tragédie), le langage intègre des expressions familières, le vers est souvent disloqué (cf. Hugo)
permettant au dialogue de prendre le style de la conversation.
Mélange des genres: complexité des personnages et des situations => langage et style hétérogènes (Hugo
préconise le mélange du comique et du tragique, même si ses drames sont souvent sombres).