100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
5K vues5 pages

Analyse de l'Acte III, Scène 6 de Marivaux

Dans cette scène de la pièce Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, les valets Lisette et Arlequin se dévoilent mutuellement leur véritable identité après s'être fait passer pour leurs maîtres respectifs. Leur échange, qui commence par un quiproquo comique, se termine par l'aveu de leur condition de domestiques et illustre l'habileté verbale d'Arlequin pour retarder ce moment délicat.

Transféré par

Antonio
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
5K vues5 pages

Analyse de l'Acte III, Scène 6 de Marivaux

Dans cette scène de la pièce Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, les valets Lisette et Arlequin se dévoilent mutuellement leur véritable identité après s'être fait passer pour leurs maîtres respectifs. Leur échange, qui commence par un quiproquo comique, se termine par l'aveu de leur condition de domestiques et illustre l'habileté verbale d'Arlequin pour retarder ce moment délicat.

Transféré par

Antonio
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOCX, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Le jeu de l’amour et du hasard, Marivaux, acte III SCENE 6

INTRODUCTION
1- Amorce : Au XVIIIe siècle, le théâtre illustre les idées des philosophes des Lumières. Le
drame bourgeois et la comédie de mœurs permettent de porter un regard critique sur la société.
Marivaux, Diderot et Beaumarchais en sont les principaux dramaturges.
2-SITUATION DU TEXTE : Marivaux, dans cette pièce du Jeu de l’amour et du hasard écrite
en 1730, utilise la comédie sociale dans le but de divertir mais aussi de critiquer la société dans
laquelle les nobles jouissent de privilèges indéniables. Dans cette œuvre, se met en place le
double jeu : Lisette prend la place de sa maitresse Silivia, Arlequin celle de Dorante dans le but
de tester l’autre et voir si l’amour triomphera des conditions sociales. Dans l’acte III, scène 6, les
serviteurs se dénoncent l’un à l’autre dans un lexique plaisant et divertissant qui met l’accent sur
leur extraction populaire
3- PROBLEMATIQUE : Dans quelle mesure le jeu des masques dévoile-t-il une scène d’aveux à
caractère comique ?
4- Nous aborderons dans un premier temps la confession mutuelle de Lisette et Arlequin pour
ensuite tabler sur une scène comique où les valets ont le premier rôle
Développement
1ere axe : les aveux mutuels
Sous axe 1 : le quiproquo édifiant
Au début de la scène, le quiproquo règne en maître, et impose aux valets une courtoisie affectée.
Celle-ci est marquée en particulier par le vouvoiement (D’où me dites-vous cela ?l.1),. Le
dialogue s'oriente vers l'aveu en trois étapes. La première étape, ralentie par Arlequin, qui tourne
autour du pot, fait des pitreries pour le conduire finalement à révéler son identité à Lisette.(c’est
lui mon capitaine) . les réactions de Lisette nous sont livrées par la suite par un série
d’interrogatives car elle voudrait bien comprendre, s’ensuit la surprise comique d'Arlequin de
n'être pas chassé par sa "charitable dame". Tout s'explique dans la troisième étape lorsque Lisette
se démasque à son tour.(la coiffeuse de madame vaut bien le soldat d’antichambre de monsieur)
Marivaux dans ce double aveu utilise à la fois le contraste et la symétrie. Lisette se distingue
d'Arlequin par sa finesse. Après l'aveu du valet, elle prolonge son incognito pour se moquer un
peu de lui. La symétrie produit un effet comique, celui de la répétition.
En effet, Lisette reprend de manière parodique l'image du soldat et du capitaine employée par
Arlequin pour faire entendre qu'il n'est qu'un valet. (magot) Arlequin prend sa revanche comme
l'y invite Lisette en la traitant de margotte alors qu'elle l'a appelé magot après son aveu. Chacun
n'est-il pas le "singe" (au sens d'imitateur) de son maître ?
Sous axe 2
2. Un aveu difficile/éclatement de la vérité

Si Arlequin et Lisette font de manière burlesque assaut d'humilité c'est que l'aveu qu'ils sont
contraints de faire est coûteux pour leur amour-propre et particulièrement risqué. En quittant leur
masque du maître, ils renoncent à regret aux agréments du pouvoir, aux plaisirs qu'ils ont
furtivement goûtés. Le carnaval est terminé et Arlequin résume ce retournement de situation en
quelques formules cocasses. Il s'inquiète de l'amour de Lisette qu'il personnifie "un mauvais
gîte ...) Je vais le loger petitement ". Il remarque plaisamment dans un aparté qu'Arlequin rime
avec "coquin". Il adresse enfin au conditionnel une supplique à sa Dame : "Hélas, Madame, si
vous préfériez l'amour à la gloire, je vous ferais bien autant de profit qu'un Monsieur". Il
souligne ainsi la différence entre un valet et un "Monsieur" tout en essayant de la combler.
Sous axe 3
3. Triomphe de l’amour
Craignant de perdre l'être aimé, Lisette et Arlequin se livrent à des acrobaties verbales pour
retarder l'aveu de leur identité. La première partie de l'extrait est à cet égard particulièrement
comique. L'embarras d'Arlequin est mis en évidence par ses apartés et ses tentatives maladroites
pour "préparer le terrain". Le principal effet burlesque est obtenu par les réponses détournées et
alambiquées qu'il oppose aux questions de plus en plus insistantes de Lisette. Ces détours et ce
retard sont soulignés par la femme de chambre qui le somme de répondre "en un mot",
"d'achever" de révéler "enfin" qui il est. Arlequin de son côté multiplie les questions
apparemment sans rapport avec le sujet mais qui sont autant de clins d'œil au spectateur
puisqu'elles signalent son masque tout en lui permettant de le garder : "Savez-vous ce que c'est
qu'un louis d'or faux ? Eh bien je ressemble assez à cela.". Au gré de l'invention verbale
d'Arlequin, ce dialogue constitue une véritable fête du langage.
2eme axe : scène aux accents comiques /échange comique
Comique de mots : La virtuosité de certains jeux de mots Marivaudiens , est particulièrement
bien illustré ici, Arlequin S’ingénie à parodier la préciosité de ses maitres,-Arlequin et la
personnification de l'amour, Vient ensuite la comparaison de la fausse monnaie, Louis d’or,
fausse monnaie ,apostrophe précieuse :charitable Dame Arlequin utilise aussi une
personnification de l’amour suivie de métaphore. Le jeu des rimes est omniprésent. Arlequin
rime avec les adjectifs : (coquin, puis avec faquin que lui lance Lisette. Animal-magot)
Comique de situation :Mise en abyme : double stratagème
Comique de gestes Touche là Arlequin !
Comique de caractère : Arlequin de la commedia dell’arte, farceur et rusé.Le comique de
caractère est mis en avant par le caractère des personnages, leur gaieté et leur vivacité d'esprit.
Arlequin a recours à des métaphores. Il met en place un raisonnement pour tourner la situation à
son avantage à travers la question, haïssez-vous la qualité de soldats, cette phrase, souligne sa
bonne humeur, « la jolie culbute que voilà « Arlequin est tiré de la commedia dell’arte farceur et
joyeux. Lisette est identifiée par son statut social, modeste aussi caractérisé par son franc-parler
et accepte de bonne humeur le retournement de situation.
Comique de répétition : questions interrogatives
Conclusion
Somme toute, Seul, le lecteur ou le spectateur savoure l'équivoque de cet échange, grâce au
principe du double énonciation, car le spectateur assiste à une scène en connaissant tous les
tenants et les aboutissants du double stratagème à travers le jeu des masques dévoilés, ce qui
renforce l'efficacité de la tonalité comique. Il sait ce qui l’attend et savoure pleinement le
malaise, les malentendus et les jeux d'esprit des personnages. Ceux-ci balancent entre la gloire
et l’amour pour montrer que l’amour triomphera à la fin malgré toutes les embuches. Ceci ne va
point sans rappeler la double inconstance, ou les fausses confidences, où règne le marivaudage
mais qui se conclura par le triomphe du sentiment tendre, vainqueur de tout obstacle.
Magnard, livre du maitre
1. Le moteur dramatique de la scène est un quiproquo qui fait que chacun des valets croit avoir
affaire à une personne de condition supérieure. Lisette est la première à avoir des doutes, comme
l’indique l’aparté qui ouvre l’extrait : « Tant d’abaissement n’est pas naturel ! » (l. 1). Sa
curiosité est aiguisée (« Sachons de quoi il s’agit », l. 6) et elle presse Arlequin de questions pour
connaître son identité : « Est-ce que vous n’êtes pas ?... » (l. 4), « En un mot, qui êtes-vous ? »
(l. 10), « Quel est votre nom ? » (l. 13), « Ce n’est donc point Dorante à qui je parle enfin ? »
(l. 20-21). Il y a un contraste comique entre l’empressement de Lisette, manifeste dans l’emploi
d’impératifs (« Achevez donc », l. 13) et de la locution « En un mot » (l. 10), et la façon dont
Arlequin diffère le moment où il devra avouer. Il amorce une réponse puis s’interrompt (« Je
suis… », l. 11), et répond par une autre question qui a l’air hors sujet (« N’avez-vous jamais vu
de fausse monnaie ? » (l. 11). Ses répliques sont saturées de métaphores ou d’analogies qui
semblent être des énigmes que Lisette doit résoudre : « voilà où gît le lièvre » (l. 3), « vous
m’ôtez ma couverture » (l. 5), « savez-vous ce que c’est qu’un louis d’or faux ? Eh bien, je
ressemble assez à cela » (l. 12). Cet effet dilatoire a pour fonction de produire un effet comique
en augmentant la gêne et la crainte d’Arlequin, qui ne cesse de faire des allusions à son masque
tout en le gardant. Ce retardement s’explique par la peur d’Arlequin de décevoir Lisette et de
perdre son estime. Réciproquement, Lisette peut aussi craindre la même chose. Les images
choisies par Arlequin ont un rapport avec sa condition de valet : il personnifie l’amour tout en
ancrant la métaphore dans une réalité sociale peu reluisante : « votre amour est-il d’une
constitution bien robuste ? […] Je vais le loger petitement » (l. 7-9). On voit qu’Arlequin use de
précautions pour éviter un choc à Lisette, dans l’aparté « Préparons un peu cette affaire-là… »
(l. 7) et les interjections « Ah dame ! » (l. 17) et « Hélas ! » (l. 29). Par contraste, l’aveu de
Lisette est beaucoup plus facile : elle a juste à procéder par symétrie, en juxtaposant « la
coiffeuse de madame » (l. 40) au « soldat d’antichambre » (l. 19 et 39) qu’avait utilisé Arlequin.

2. Arlequin fait preuve d’une habileté verbale sans limites pour éviter une déconvenue. Le
comique de mots est donc fortement exploité par Marivaux dans cette scène. Arlequin refuse de
se nommer et utilise des images burlesques pour se définir avec autodérision : « un louis d’or
faux » (l. 12), « un soldat d’antichambre » (l. 19). La première métaphore est concrète et non
galante ; la deuxième parodie les périphrases précieuses qui consistent à désigner quelqu’un ou
quelque chose de manière détournée. L’association du mot « soldat », qui a une connotation
valeureuse, au complément du nom « d’antichambre », qui évoque la domesticité, est incongrue.
Arlequin se rapproche de plus en plus de la révélation de sa véritable identité : « Lui dirai-je que
je m’appelle Arlequin ? » (l. 14). La rime d’Arlequin avec « coquin » (l. 15) et « faquin » (l. 23)
renvoie à l’idée de malhonnêteté et souligne le mensonge d’Arlequin. On note aussi que les
apartés qui marquent les étapes de l’aveu soulignent la stratégie du valet mais occultent le
trouble amoureux que l’on rencontre dans les apartés des maîtres par ailleurs. La désillusion des
deux valets est rapidement dédramatisée. À partir du moment où Lisette est détrompée, elle
retrouve un langage familier très expressif pour exprimer une contrariété de façade (puisqu’elle
est elle-même une suivante) : « Faquin ! » (l. 23), « Mais voyez ce magot ; tenez ! » (l. 25).
Néanmoins, il n’y a pas de réelle tension, les personnages de commedia dell’arte reviennent au
tutoiement en même temps qu’à la réalité et conservent leur bonne humeur : « Ah ! ah ! ah ! je ne
saurais pourtant m’empêcher d’en rire, avec sa gloire ! » (l. 32-33), « Ah ! que mon amour vous
promet de reconnaissance ! » (l. 36-37). C’est donc sur l’invention langagière, la fantaisie
d’Arlequin et la générosité de Lisette que repose le comique de cette scène.
Analyse linéaire

Annonce des mouvements


Nous pouvons distinguer deux mouvements dans cet extrait du Jeu de l’amour et du
hasard acte III, scène 6:

 premier mouvement: le quiproquo (du début à la réplique de Lisette: » Un soldat


d’antichambre ! Ce n’est donc point Dorante à qui je parle enfin ? « )
 second mouvement: les aveux burlesques de deux serviteurs (« c’est lui qui est mon
capitaine »)

1er mouvement: le quiproquo


 D’abord, Arlequin, personnage emprunté à la comédie italienne, s’adresse aux spectateurs à
travers un aparté: « à part ». Ainsi, il annonce son projet malicieux qu’il désigne par
« affaire ».
 Ensuite, il parle d’amour à Lisette à travers une métaphore péjorative du logement : « gîte »
et »loger » en témoignent. En effet, il lui annonce déjà qu’il a de faibles moyens, il trahit ainsi
sa condition modeste.
 Toutefois, l’apostrophe « madame », montre qu’il est dans son rôle et s’efforce de respecter
son déguisement d’homme noble.
 Naît alors un quiproquo: Lisette s’interroge sur son identité comme le révèlent les deux
phrases interrogatives.
 Mais Arlequin qui s’apprêtait à dévoiler son identité se ravise: « je suis… » Les points de
suspension illustrent ce changement et créent un effet de retard, d’attente chez Lisette. Le
valet se livre alors à une métaphore de la fausse monnaie tout à fait péjorative et burlesque.
Dès lors, cette remarque prête à sourire.
 C’est pourquoi, une fois de plus, Lisette s’interroge sur celui qui lui fait face et le questionne
de nouveau sur son identité. Ce qui crée un comique de répétition.
 Or la réponse d’Arlequin est une fois encore décevante pour Lisette car il entretient le doute:
« mon nom! » s’écrie-t-il à travers une phrase nominale.
 Ensuite, dans un autre aparté, il fait une remarque comique sur l’idée de révéler son nom qui
trahit sa condition sociale comme le montre la rime « Arlequin »/ »coquin ».
 Arlequin, après avoir été sollicité une fois encore par Lisette, se lance dans une nouvelle
image, celle du soldat. C’est donc une nouvelle métaphore.
 Lisette est alors surprise et le questionne sur le sens de sa remarque.
 « Oui par exemple un soldat d’antichambre! » La métaphore révélée, Arlequin livre
également sa condition de valet.
 Dès lors, Lisette touche le sommet de l’incompréhension et interroge une fois encore
Arlequin sur son idée.

2ème mouvement: les aveux burlesques de deux


valets
 Ainsi, Arlequin est sommé de livrer son identité, de passer aux aveux: « c’est lui est mon
capitaine! » Par cette réponse comique, il file la métaphore du soldat, et révèle avec humour
qu’il n’est que le valet de Dorante.
 Or, la réponse de Lisette est comique car elle utilise une expression qui rime avec Arlequin,
« faquin! » mais qui n’est pas le mot « coquin » que redoutait le valet de Dorante. Toutefois,
les deux termes sont synonymes.
 Il le regrette d’ailleurs dans l’aparté suivant tout à fait comique.
 Lisette répond alors avec agacement « magot! » qui est un terme péjoratif. D’ailleurs, elle
reprend dans sa réplique suivante un terme négatif en le désignant par « cet animal-là ».
 Puis, Arlequin se livre avec franchise et oppose « la gloire » à « l’amour ». Il avoue ainsi son
intérêt pour elle malgré sa condition de domestique. (D’ailleurs, à ce stade, il croit encore
qu’elle est Silvia, une dame donc et non une domestique.)
 Lisette répond alors par le rire comme en témoignent les didascalies et les interjections
répétées.
 Arlequin s’efforce alors de répondre avec un discours adéquat pour une dame de condition.
Son apostrophe le montre: » Tout de bon, charitable Dame, ah, que mon amour vous promet
de reconnaissance ! »
 Dès lors, Lisette avoue à son tour sa véritable condition: » le soldat d’antichambre de
Monsieur vaut bien la coiffeuse de Madame. » Ainsi, les deux compléments du nom montrent
que le quiproquo reposait sur une même attitude et un même statut social.
 Alors, c’est au tour d’Arlequin de se montrer surpris de cet aveu: La coiffeuse de Madame ! »
Comme Lisette auparavant, sa réplique courte et nominale montre que les mots lui manquent!
 Lisette réagit en miroir et établit un parallèle, elle reprend la métaphore d’Arlequin: « C’est
mon capitaine ou l’équivalent. «
 « Masque! » Arlequin réagit donc en faisant référence à la comédie double qui est jouée ici:
une comédienne incarne Lisette laquelle incarne Silvia. C’est donc une référence à la double
énonciation théâtrale.
 Enfin, mécontent, Arlequin utilise un terme vulgaire « margote » pour désigner une femme
bavarde avec laquelle il perd son temps depuis tout à l’heure.

Conclusion
Dès lors cette scène montre bien le rôle comique des valets qui à travers le quiproquo
et les aveux amusent le spectateur. Cependant, la comédie reste l’occasion d’évoquer,
sur le ton léger de l’humour, la question de la hiérarchie sociale.

Vous aimerez peut-être aussi