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Structure monétaire en Afrique tropicale

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Document généré le 10 mars 2024 03:14

L'Actualité économique

Structure monétaire, commerciale et bancaire des pays


d’Afrique tropicale
Diallo Maka

Volume 44, numéro 4, janvier–mars 1969

URI : https://id.erudit.org/iderudit/1002894ar
DOI : https://doi.org/10.7202/1002894ar

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Éditeur(s)
HEC Montréal

ISSN
0001-771X (imprimé)
1710-3991 (numérique)

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Citer cet article


Maka, D. (1969). Structure monétaire, commerciale et bancaire des pays
d’Afrique tropicale. L'Actualité économique, 44(4), 711–727.
https://doi.org/10.7202/1002894ar

Tous droits réservés © HEC Montréal, 1969 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
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Structure monétaire,
commerciale et bancaire
des pays d'Afrique tropicale

A. SYSTEMES MONETAIRES EN AFRIQUE TROPICALE

1. Les Currency Boards **•


Avant que le régime monétaire actuel ne soit en vigueur, les
monnaiesmétropolitaines servaient d'intermédiaire dansleséchanges
en Afrique britannique, en concurrence avec une circulation de
monnaieslocaleset demonnaies étrangères. Historiquement, l'usage
des pièces anglaises, principalement des pièces d'argent au début de
ce siècle, s'est répandu de facto, en l'absence d'organismes d'émis-
sion et de définition de la monnaie légale dans les territoires d'ou-
tre-mer.

i. Les colonies britanniques de l'Afrique de l'Ouest (Nigeria, Gold Coast —


l'actuel Ghana — Sierra Leone et Gambie) furent dotées d'un organisme d'émission
distinct de la métropole, le West African Currency Board, créé en 1912. Le West
African Currency Board n'est pas une banque d'émission privée comme l'ancienne
Banque du Sénégal, créée en 1854, ou la Banque de l'Afrique occidentale (B.A.O.),
qui la remplace plus tard, mais un organisme public relevant du Colonial Office et
géré par les Crown Agents for the Colonies. Enfin et surtout, ce Currency Board
n'est pas une banque d'émission véritable. Ce n'est guère plus qu'un bureau de change.
En effet, s'il émet bien de la monnaie ouest-africaine distincte de la monnaie métro-
politaine, il n'en délivre qu'en échange de livres sterling virées à son compte à Lon-
dres. Inversement, il échange la monnaie africaine versée à ses agents en Afrique
contre des livres sterling. Ces opérations de change doivent se faire à taux fixe et la
libre convertibilité de la mnonaie locale en sterling doit toujours être assurée. A cet
effet, le Board doit maintenir en permanence un «fonds de réserve en sterling cou-
vrant intégralement, c'est-à-dire à 100 p.c. l'émission en monnaie locale. Ce faisant,
ne sacrifie-t-on pas le développement économique africain à la stabilité de la monnaie?
Cf. Michel Leduc, Les institutions monétaires africaines, Paris, A. Pedone, 1956,
pp. 17-18.

—711 —
L'ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE

C'est pour remédier aux inconvénients delà pluralité des signes


monétaires et du coût des importations de pièces métalliques que
la Grande-Bretagne a décidé la création d'organismes d'émission
propres aux colonies. Ces organismes ont été institués, en 1912,en
Afrique occidentale, en 1919, en Afrique orientale et, en 1938, en
Rhodésie. Toutes les colonies britanniques étaient soumises à un
régime monétaire unique, les différences qu'on remarque d'un terri-
toire à l'autre ne portant que sur des points de détail. En Afrique,
les territoires britanniques étaient groupés en trois zones, disposant
chacune d'une monnaie propre, distincte du sterling : l'Afrique
occidentale, groupant la Côte de l'Or ou l'actuel Ghana, le Nigeria,
la Sierra Leone et la Gambie ; l'Afrique orientale, groupant le
Kenya, l'Ouganda, le Tanganyika, la Somalie et Zanzibar ; l'Afri-
que centrale, groupant la Rhodésie du Nord ou l'actuelle Zambie,
laRhodésie du Sud et le Nyassaland ou l'actuel Malawi.
Les Currency Boards qui fonctionnent dans chaque groupe de
territoires ne sont pas des instituts d'émission au sens propre du
terme.Leur fonction consiste simplement à mettre en circulation de
la monnaielocalecontre desdépôt en sterling àLondres, moyennant
une légère commission de change. Inversement, ils mettent du ster-
ling à Londres à la disposition des résidents coloniaux qui déposent
des monnaies coloniales à leurs siègeslocaux. La conversion du ster-
ling en monnaies locales— et vice versa — est automatique : elle
s'opère sur simple demande. Les Currency Boards ne disposent
d'aucun pouvoir discrétionnaire qui leur permettrait d'agir sur le
volume des moyens de paiement dans les dépendances britanniques.
Le taux de change qu'ils imposent est déterminé par le secrétaire
d'État britannique aux colonies. On ne peut le considérer comme
un taux de conversion qui pourrait varier selon les forces en jeu
sur le marché des changes et les Currency Boards n'ont pas le droit
delemanipuler danslecadre d'une politique monétaire. Par ailleurs,
lesorganismes d'émission n'ont aucun droit de contrôle sur lesban-
ques privées. Le montant des crédits accordés par ces dernières est
laissé à leur entière discrétion et elles ne sont pas tenues de respec-
ter des coefficients bancaires : coefficients de trésorerie et de liqui-
dité.
En ce qui concerne les relations monétaires extérieures, oh sait
qu'il n'existe pas de contrôle des changes entre les colonies et la
—712 —
L'AFRIQUE TROPICALE

métropole. Le principe des relations monétaires entre la Grande-


Bretagne et ses territoires d'outre-mer a été établi en période de
gold standard et de convertibilité de la livre. Depuis lors, les cir-
constances ont changé en ce qui concerne les relations de la zone
sterling avec le reste du monde, mais les principes élaborés restent
en application au sein de la zone. Dans leurs relations avec les pays
étrangers,lespaysafricains delazonesterling ne peuvent selivrer à
des échanges de monnaie pour leur propre compte ; il leur faut
passer chaquefoispar letruchement du sterling.Une remarque ana-
logue peut être faite au sujet de la dépendance étroite des pays
africains C F A . vis-à-vis de la zone franc.

2. Le système du franc C.F.A. * * * ' , •


Les premières banques d'émission en Afrique française ont été
instituées au milieu du siècle dernier dans les territoires occupés à
cette époque,: en Algérie, au Sénégal et à la Réunion. Dans la
suite, furent créées la Banque de l'Afrique occidentale, substituée
en 1901 à l'ancienne Banque du Sénégal, la Banque d'État du
Maroc (1906) et la Banque de Madagascar(1925). Jusqu'à la
guerre, cesinstitutions étaient des organismesprivés,jouissant d'une
large autonomie.
Après la dernière guerre, des conceptions nouvelles ont modifié
le statut des instituts d'émission dans le sens d'une participation
croissante de la puissance pubhque. Certaines banques ont été na-
tionalisées, à l'instar de la Banque de France. D'autres ont dû
accepter une participation de l'État dans le capital et la gestion de
leurs affaires. Enfin, de nouveaux organismes d'émission ont été
constitués, de manière à réduire le champ d'action des banques que
l'on n'avait pasosénationaliser.
Jusqu'en 1936, les banques coloniales devaient couvrir leur cir-
culation, à concurrence du pourcentage prévu par les statuts, par
de l'or ou des devises convertibles. Depuis lors, la couverture n'est
plus assurée que par des francs métropolitains. À cet égard, le sys-

2. Franc C.F.A. :' jusqu'à l'indépendance des pays africains dépendants de la


France, cette expression, «franc C.F.A. >, signifiait - franc des Colonies françaises
d'Afrique ; après l'indépendance, les initiales ont été conservées- intactes, mais leur
signification littérale a «radicalement **> changé pour devenir franc de la Communauté
financière africaine !

— 713 —
L'ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE

tème monétaire des pays africains dépendants de la France ressem-


ble à ceux d'allégeance britannique.
3
Comme dans la zone sterling, les différentes monnaies de la
zone franc ne sont que des unités de compte de la monnaie métro-
pohtaine : elles ne sont pas des devises pour cette dernière. Aussi,
les transferts monétaires entre les territoires d'outre-mer et la mé-
tropole ne sont soumis à aucun contrôle, comme au sein de la zone
sterling. De même,les pays africains dépendants de la France n'ont
pas de relations monétaires directes avec les pays étrangers à la
Zone franc. Toutes les ressources en devises, quelle que soit leur
provenance ou leur destination, forment une masse commune, gérée
par le Fonds de stabilisation des changes qui est une émanation de
la Banque de France. Comme dans la zone sterling, les pays de la
Zone franc doivent se plier à la réglementation des changes de la
métropole et se conformer aux programmes imposés par le pouvoir
central de Paris dans le domaine du commerce extérieur.

B. INCIDENCE DE LA STRUCTURE MONETAIRE


SUR LA STRUCTURE COMMERCIALE

Dans une zone économique comprenant, d'une part, un pays


fortement industrialisé, et, d'autre part, plusieurs pays dont le sys-
tèmedeproduction,nedépasseguèrelestade desmatièrespremières,
il s'établit des courants spéciaux d'échange : les pays dépendants
fournissent des matières premières à la métropole et cette dernière
approvisionne ses dépendances en produits finis. S'il n'y avait pas
de contrôles qui rendaient les frontières de la zone infranchissables,
ceséchangesauraient pu s'opérer surla base de prix normaux. Mais
3. Avant la guerre, les différentes monnaies de l'Afrique française étaient au
pair de la monnaie métropolitaine. A la suite des disparités de prix survenues pen-
dant la seconde guerre mondiale entre la France et ses territoires d'outre-mer, cer-
taines monnaies coloniales ont été réévaluées par rapport au franc français. Aujour-
d'hui, la monnaie d'Afrique du Nord reste à la parité du franc français, mais le
franc C.F.A. qui circule dans toute l'Afrique noire ex-française, sauf en Guinée et au
Mali, vaut deux anciens francs français.
Le choix des coefficients de réévaluation n'a pas toujours été heureux : il s'est
inspiré, dans certains cas, de raisons politiques plus que de la situation économique
des territoires. En dehors d'Afrique, on connaît spécialement le scandale de la piastre
indo-chinoise, dont la parité était fixée à 17 francs français entre décembre 1945 et
mai 1953, mais qui n'a jamais été cotée plus de huit francs sur le marché libre. Le
même phénomène s'est produit, mais dans une beaucoup moindre mesure, pour le
franc C.F.A.
Même quand elles ont une valeur différente du franc français, les monnaies colo-
niales lui sont rattachées officiellement par une parité fixe.

— 714 —
L'AFRIQUE TROPICALE

4
la tentation est irrésistible pour le pays «dominant » de s'imposer
comme fournisseur à ses dépendances d'outre-mer et d'assurer, en
contrepartie, l'écoulement de leurs productions. Il peut facilement
procéder de la sorte lorsqu'il détient pour toute la zone le mono-
pole de l'acquisition et de la distribution des moyens de paiement
5
à l'étranger. Les relations d'échange deviennent ainsi obligatoires
et la zone économique forme un circuit fermé, du moins pour les
pays dépendants, ainsi qu'on peut le voir au tableau 1.
La structure géographique du commerce extérieur des pays afri-
cains dépendants de la France présente une application caractéristi-

Tableau 1
Commerce extérieur des pays africains dépendants de la
France, 1938-1954
(En p.c. de l'ensemble)

Pays 1938 1950 1951 1952 . 1953 1954

FRANCE

Importations
Zone franc 27 26 21 23 25 27
Étranger 73 74 79 77 75 73
Exportations
Zone franc 27 36 37 42 37 36
Étranger 73 64 63 58 63 64

PAYS AFRI-
CAINS

Importations
Zone franc 66 77 78 . 76 76 75
dont : France 59 70 71 70 69 68
Étranger 34 23 22 24 24 25
Exportations
Zone franc 74 69 69 69 70 71
dont : France 69 61 59 60 60 61
Étranger 26 31 . 31 . 31 30 29
SOURCE : Bulletin mensuel de statistiques d'outre-mer, Paris.
4. Selon le mot de François Perroux.
5.. Cf. aussi bul^ buying agreements ou contingentements imposés aux paya
africains par leurs métropoles ou ex-métropoles respectives.

—715—..
L'ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE

que d'une telle évolution. Au cours des années 1950 à 1954, ces
pays ont reçu de la métropole 68 à 71 p.c. deleurs importations et
75 à 78 p.c. de leurs achats ont été effectués dans la zone franc.
À l'exportation, ilsont expédié 60 p.c. de leurs produits en France
et 70 p.c. dans l'ensemble de la zone franc : un tel état de choses
résulte des pressions exercées par les contingentements et le con-
trôledeschanges e . Lamétropole tire incontestablement un avantage
de cette situation ; pendant la période envisagée, ses dépendances
outre-mer ont constitué un débouchéassurépour 36 à 42 p.c.deses
exportations. On remarquera en passant que ces divers pourcen-
tages sont nettement plus importants qu'avant la guerre (sauf en
ce qui concerne les exportations des dépendances d'outre-mer), ce
qui est la conséquence d'un renforcement du contrôle des changes
et du compartimentage du commerce international.
La métropole tire un autre avantage du monopole qu'elle dé-
tient de l'acquisition et de la distribution des devises dans la zone
économiquesoumiseàsoncontrôle.Sapolitiqueconsiste,d'une part,
à inciter ses dépendances d'outre-mer à effectuer leurs achats dans
la métropole, et, d'autre part, à encourager leurs exportations vers
les pays étrangers à devises fortes. Elle parvient ainsi à affermir sa
monnaie à l'égard des pays envers qui sa propre balance est défi-
citaire. C'est le mécanisme du commerce triangulaire. H explique
pourquoi la balance commerciale des pays africains dépendants de
la France est moins favorable qu'avant la guerre à l'égard de leur
métropole et plus favorable envers l'étranger. Mais c'est surtout
dans la zone sterling que cette politique est appliquée depuis la
seconde guerre : au cours des années 1948 à 1954, le déficit de la
balance des paiements de la Grande-Bretagne à l'égard de la zone
dollar, se chiffrant par 2,920 millions de dollars, a été en grande
partie compensé par le surplus de la balance des pays dépendants
de l'Angleterre, notamment les pays africains, s'établissant à 2,010
millions de dollars 7.
Dans les conditions que l'on vient d'examiner, les dépendances,
d'outre-mer retirent-elles un réel bénéfice de leur appartenance à la
zone économique dont elles font partie? Il leur est certainement

6. Cf. I.M.F. Staff-Papere, «The C J ' J L Franc System», novembre 1963. .


7. Le cas est général comme le montre l'exemple- du commerce triangulaire du
Portugal avec 6es colonies d'Afrique.

—716—
L'AFRIQUE TROPICALE

avantageux — lesdéfenseurs du régime ne seprivent pas de le faire


remarquer — d'être intégrées dans un vaste complexe au sein du-
quel les biens et les capitaux circulent sans entrave. Cela est parti-
culièrement vrai pour la zone sterling qui est plusétendue et mieux
équilibrée que la zone franc : son commerce représente le quart des
transactions mondialeset despaysdéveloppésplusnombreux et plus
puissants peuvent offrir aux pays sous-développés des possibilités
d'approvisionnement qu'on trouve moins dans la zone franc. Ces
avantages ont étéappréciables notamment dans lespremières années
d'après-guerre, quand le bilatéralisme des échanges avait réintroduit
dans le commerce international tous les inconvénients du troc.
Mais les désavantages du système sont considérables: Un de ces
inconvénients résultant pour les dépendances d'outre-mer du con-
trôledeschangesorganisé par lamétropole,consiste dans l'inadapta-
tion d'un certain nombre de leurs produits d'importation aux be-
soins qu'ils doivent satisfaire. En effet, les importateurs sont privés
autant du bénéfice de la discrimination des qualités que des avan-
tages de la discrimination des prix. Ainsi, le matériel automobile
importé au cours des années 1943-1953 par l'ensemble des pays
d'allégeance britannique provenait à raison de 80 p.c. de la métro-
pole 8 . Le pourcentage est du même ordre de grandeur dans les
paysdépendants de lazonefranc. Or, commelenoteFernand Bézy,
ilest bien connu que lesvéhicules lourds de fabrication européenne
conviennent beaucoup moins aux transports en Afrique que le
matériel de provenance américaine. On peut faire la même remar-
que à propos d'une grande partie du matériel d'équipement lourd,
dont l'inadaptation aux besoins des entreprises est. une-, nouvelle
cause d'aggravation des coûts. Lesentreprises coloniales en arrivent
parfois, presséespar lanécessité,à passer par desintermédiaires oné-
reux pour enfreindre lescontrôles : ainsi,Fernand Bézy cite l'exem-
ple des importateurs d'Afrique occidentale française qui ont acheté
en Belgique (à quel prix ?) du matériel automobile d'origine amé-
ricaine.
On comprendra maintenant qu'à moyenne échéance les entre-
prises d'outre-mer peuvent devenir marginales sur le plan mondial.
D'abord, leurs prix de revient sont trop élevés dans la mesure où
8. Digest of Colonial Statistics. Londres, No 14, mai-juin 1954, p. 63.

—717 —
L'ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE

ellesdépendent des achats de produits métropolitains. D'autre part,


étant donné que le marché métropolitain absorbe les produits non
vendables à l'étranger, les entreprises ne sont pas incitées à amé-
liorer la productivité deleursexploitations parce qu'elles ne sentent
pas l'aiguillon de la concurrence internationale. Dans l'immédiat,
sans doute, le débouché assuré que constitue la métropole pour les
produits d'outre-mer est un facteur de stabilité qui peut amortir les
soubresauts trop accusés de la conjoncture internationale dans le
domaine des matières premières. Mais il s'agit là d'une solution de.
facilité qui retarde, lorsqu'elle n'est pas occasionnelle, les adapta-
tions que doivent s'imposer les entreprises d'outre-mer aux tendan-
ces qui se développent sur les grands marchés.
Enfin, le monopole que s'octroie la métropole dans le commerce
d'importation de ses dépendances d'outre-mer retarde le développe-
ment de leur marché intérieur. La constitution d'entreprises ayant
pour but lasatisfaction desbesoinslocaux menace,en effet, d'amoin-
drir les débouchés de l'industrie métropohtaine dans la zone écono-
mique qu'elle contrôle. Le pacte colonial 0 constitue, en ce sens, un
obstacle majeur au développement économique des pays dépendants.

C ) STRUCTURE BANCAIRE EN AFRIQUE TROPICALE

Le banquier joue à l'égard de sa clientèle un double rôle : celui


de caissier et celui de prêteur: L'importance de l'activité bancaire
dans l'économie des pays d'Afrique tropicale dépend de la compa-
tibilité des fonctions du banquier avec les conditions locales déter-
minées par la structure économique des pays en cause. Un premier
élément significatif qui permet d'apprécier cette importance consiste
9. «Pacte colonial»: régime commercial imposé, par les-puissances coloniales
à leurs empires. . .
. «Deux régimes commerciaux ont été appliqués dans les Empires''coloniaux, ce
sont : . . . . - ... . • " • ' •
a— Le système de l'assujettissement douanier^ II'part de l'idée selon laquelle les
colonies seraient faites pour la métropole. Il s'exprime dans le pacte colo-
nial, régime général de l'époque mercantiliste : il réserve à la métropole
les produits coloniaux, interdit à la colonie la fabrication de produits •con-
currençant les produits, métropolitains, oblige au transport sur navire métro-
politain. On sait que c'est contre ce régime que s'insurgèrent les États-Unis
en 1776. '•*'..
b—Le système de l'assimilation douanière tient colonies et métropole comme
parties d'un seul pays, entourées d'une seule barrière 'douanière à l'égard
de l'extérieur ». Voir Maurice Byé, Relations économiques internationales,
Paris, Dalloz, 1959,-.p. 411. "

— 718 —
L'AFRIQUE TROPICALE

dans,leshabitudes depaiement en monnaiefiduciaireou en monnaie


bancaire, comme le montre le tableau 2.
:
Dans la plupart des pays africains dépendants de l'Angleterre
ou de la France, les moyens de paiement bancaires ont beaucoup
moins d'importance que dans les pays développés. Cette différence
s'explique par les caractéristiques de la structure économique des
pays en question. L'usage de la monnaie fiduciaire est réservé en
fait aux autochtones ; ces derniers ne se servent pratiquement pas
de monnaie scripturale parce que même pour ceux qui en compren-
nent l'usage, l'accès aux banques est malaiséen beaucoup d'endroits
à cause de la faible densité du réseau bancaire. Les Européens, au
contraire, effectuent une beaucoup plus grande partie de leurs paie-
ments en monnaie scripturale en Afrique que dans les métropoles.
Dans les pays africains où la plus grande part de l'activité écono-
mique est exercée par l'autochtone suivant les modes traditionnels*
et où, par conséquent, l'Européen n'intervient qu'aux stades ulti-

Tableau 2

Monnaiefiduciaireet dépôts bancaires privés dans lespays


..- d'Afrique tropicale,finde 1954

(Milliers de livres, millions de francs C.A.F.)

Dépôts bancaires
privés
_ Pays (a) (a) + (b)
Monnaie
(c) (c)
à vue à terme fiduciaire
(a) '(*>) (c)

A.O.F.—Togo 7,906 , 4,487. 37,650 . 021 0.33


A.E.F. ' '2,446 1,852 7,029 0.35 0.61
Cameroun . 3,275 1,430 6,684 0.49 0.70
Madagascar' 2,707 3,029 9,485 0.29 0.61
Ouganda 16,360 1,992 29,193 0.56 0.63
Tanzanie 21,633 3,688 15,617 1.38 1.62
Nigeria 32,870 7^34 56,647 0.58 0.72
Ghana* 15,437 '4,320 36,000 0.43 0.55
Zambie 16,936 9,348 4,565 3.71 5.76

SOURCE : Bulletins statistiques officiels des divers pays ou groupes de pays africains.

—719 —
L'ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE

mes de cette activité, la majeure partie de la circulation monétaire


est constituée par la monnaiefiduciaire.
La deuxième fonction du banquier consiste à accorder du crédit
à sa clientèle. Il s'agit traditionnellement de crédit à court terme,
destiné à étoffer le fonds de roulement pendant le temps que dure
leprocessus defabrication danslesentreprises industrielles, ou dans
l'intervalle desachats aux producteurs et desventes aux consomma-
teurs pour les entreprises commerciales. En Afrique, le banquier
orthodoxe rencontre beaucoup d'obstacles dans l'exercice de cette
fonction. Pour une grande partie des crédits sollicités, les risques
qu'il court sont considérés par lui comme trop grands pour qu'il
acceptedes'engager.Jusqu'àprésent,danslaplupartdespays d'Afri-
quetropicale,lesbanquesnesesontpasrisquéesàaccorder du crédit
aux économies africaines. Les autochtones ne jouissent pas de la
propriété foncière individuelle et leurs biens mobiliers ont très peu
de valeur. Ils ne sont, dès lors, pas à même d'offrir au banquier
orthodoxe des garanties réelles 10 qui seraient seules acceptables
pour lui dans les circonstances présentes : avant que la plupart des
Africains n'aient atteint un intérêt économique suffisant, les garan-
ties personnelles ne représentent pas assez de sécurité pour le ban-
quier orthodoxe. Signalons, cependant, qu'il existe en Nigeria des
banques africaines pour Africains. Ces banques ont commencé à se
constituer pendant la décennie qui a précédé la seconde guerre
mondiale. Bien qu'on ne puisse dénier toute chance de viabilité à
un tel système, les avatars des banques africaines en Nigeria " ne
sont certes pas encourageants.
La possibilité pour le banquier orthodoxe d'accorder du crédit
dépend donc essentiellement de l'importance de l'économie d'expor-
tation dans les divers pays africains comme le montre le tableau 3.
Le système bancaire des pays africains dépendants de l'Angle-
io. Les garanties traditionnellement exigées par les banques étrangères sont : des
bons du gouvernement, des actions et des obligations des compagnies solidement éta-
blies, des inventaires de marchandises sur le point d'être vendues, les polices d'assu-
rance-vie, des biens mobiliers (machines, meubles, équipements d'usines), des reçus de
placement ou de dépôts dans des institutions financières de crédits ou de magasins
de dépôts. Ce sont là, évidemment, autant de garanties que les Africains ne sont
pas en mesure de donner dans les circonstances économiques actuelles des pays afri-
cains.
n . W.T. Newlyn et D.C. Rowan, Money and Banking in British Colonial
Africa, Oxford, 1954, pp 97-11».

— 720 —
L'AFRIQUE TROPICALE

terre se caractérise par le pourcentage important des actifs main-


tenus sousforme deliquidités.
Cependant, ce pourcentage est le plus élevé dans les pays où
le système de production est entièrement aux mains des Africains :
Ouganda (coton), Nigeria (huile de palme) et Ghana (cacao).
Dans ces pays, le montant des crédits accordés parles banques pri-
vées étrangères est négligeable. Ce montant apparaît d'autant plus
faible queces pays sont précisément ceux où la monnaie scriptu-
rale, qui constitue la plus grosse part du passif des banques, repré-
sentele plus faible pourcentage du stock monétaire (cf. tableau 2).
Rappelons que dans les pays dépendants de l'Angleterre, la mon-
naie fiduciaire ne reçoit aucune contrepartie productive dans le
pays où elle est émise : les Currency Boards maintiennent en ster-
ling une réserve égale au montant des émissions locales 12.
Pour mettre en évidence le rôlejoué parle crédit bancaire dans
les divers pays, il faudrait en comparer le montant pour chacun

Tableau 3
Composition des actifs bancaires en Afrique, 1953-1954
(En p.c. de l'ensemble)

Pays Années Liquidités Crédit Autres postes

Kenya 1954 55.5 40.1 4.4


Ouganda 1954 60.9 30.1 9.0
Tanzanie 1954 64.4 33.4 2.2
Nigeria 1954 64.7 19.7 15.6
Ghana 1954 70.4 15.4 142
Zambie 1953 89.8 8.9 1.3
Rhodésie du Sud 1953 31.7 66.2 2.1
Banque de l'Algérie
et de la Tunisie 1954 7.6 76.7 15.7
Banque de Madagascar
et des Comores 1954 17.6 80.8 1.6
Banque de l'Afrique
occidentale française 1954 25.0 53.8 212

SOURCE : Bulletins statistiques officiels des pays africains dépendants de l'Angleterre ;


Bulletin mensuel de statistique d'outre-mer, Paris.

1». Cf. Thomas Balogh, « Influence des institutions monétaires et commerciales


sur la structure économique africaine », Revue Économique, No 2, mars 1963, pp.
•Tn r t
178-179.

—721 —
L'ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE

d'eux àcelui du revenu national (produit national net) ; De plus,on


a comparé dans le tableau 4 le montant du crédit à la valeur du
commerce extérieur. .•*•"• •
Cela sejustifie parce que ces pays étant des économies ouvertes
« d'exportation », leurs exportations sont une assez; bonne mesure
des productions commercialisées, tandis que leurs importations re-
présentent la plus grande part des approvisionnements du marché
intérieur.
En Zambie, bien que l'activité économique soit organisée à tous
les stades par des entrepreneurs étrangers travaillant pour le mar-
ché extérieur (en dehors bien entendu de l'économie d'autosubsis-
tance), les banques accordent très peu de crédit à l'économie. Ce
phénomèneestla conséquencedelaprodigieuse concentration indus-
trielle de cepays, dont toute l'activité est pratiquement centrée sur
l'exploitation minière, que se partagent sept grandes entreprises.
Celles-ci disposent d'importantes réserves de liquidités : ellesfinan-
cent donc elles-mêmes leurs opérations à court terme et se dispen-
sent derecourir au crédit bancaire.

Tableau 4
Pays africains dépendants de l'Angleterre :• crédit accordé par les
banques privées et valeur du commerce extérieur, 1954
[ (En milliers de livres);

Commerce extérieur- ' \


: Crédit
Pays ; i •ffli .100.
Exportations Importations Ensemble (b) (a)
(a)

Kenya 22,769 60,329 83,098 26,248 32


Ouganda 41,028 25,199 66,227 7,935 12
Tanzanie 37,774 31,962 69,736 9,490 14
Nigeria 149,219 li4,065 263,284 9,336 4
Ghana 113,232 71,160 -184,392 3,460 2
Zambie (1953) 94,835 51,833 146,668, 2,829 2 '•
Rhodésie du
Sud (1953) 65,439 77,675 143,114 . 32,642 23

SOURCE : Bulletins statistiques officiels des pays africains dépendants de l'Angleterre.

—722 —
L'AFRIQUE TROPICALE

Il en estde mêmeau Congo-Minshasa oùlesfirmesde très gran-


de dimension n'ont certainement pas recours au crédit bancaire :
on imagine mal l'Union minière du Haut-Katanga demander du
crédit aux banques, alors que son bilan au 31 décembre 1954 indi-
que que ses dépôts en banque et à l'Office des Chèques postaux
13
s'élevaient à plus de cinq milliards de francs . Mais lés petites et
moyennes entreprises ont recours dans une large mesuré au crédit
bancaire pour étoffer leur fonds de roulement.
Les banques financent également une grande partie des opéra-
tions à court terme del'économie au Kenya et en Rhodésie du Sud.
Ces pays possèdent la population européenne la plus dense de
l'Afrique tropicale, notamment la Rhodésie du Sud qui compte 74
Européens pour 1,000 autochtones 14. En général, l'activité écono-
mique, essentiellement agricole, n'y est pas organisée par de grandes
entreprises disposant de puissants moyens d'action, mais est épar-
pillée en une multitude d'exploitations de moyenne importance :
l'Européen s'est installé à demeure dans ces régions qui bénéficient
d'un climat privilégié à cause del'altitude. Ajoutons qu'en Rhodésie
du Sud l'ampleur du crédit s'explique également pairl'existence d'un
marché intérieur important, que justifie la densité d'une population
européenne décidée à s'implanter dans la région.
Comment lès banques des pays africains dépendants de l'Angle-
terre résolvent-elles les difficultés provenant de «l'impossibilité »
pour la plupart d'entre elles d'exercer les principales fonctions du
banquier orthodoxe dans les pays où elles sont établies? Pour bien
comprendre lesfaçons de procéder des banques coloniales anglaises,
il faut partir des prémisses suivantes. Dans le domaine monétaire,
il n'existe aucun contrôle des changes entre les divers pays de la
Sonesterling : lescapitaux peuvent donc circuler librement, moyen--
nant le paiement d'une légère commission de change pour la con-
version des monnaies coloniales en sterling et vice versa. En second
lieu, il faut savoir que le système bancaire est très concentré : dans
tous les pays africains dépendants de l'Angleterre, l'activité ban-
caire est assumée seulement par quatre grandes institutions finan-

13. Cf. Fernand Béay, Problèmes structurels de l'économie congolaise, Louvain,


1957. P- »39-
14. Cf. Fernand Bézy, op. cit., p. 239.
— 723 —
L'ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE

cières15. Ces banques ne limitent pas leur activité à un pays, ni


même à tous les pays d'Afrique : pour trois d'entre elles, le conti-
nent africain ne constitue même pasla plus grande part de leur
zone d'influence 16. Signalons, enfin, que lesbanquescoloniales sont
étroitement imbriquées dans le système bancaire métropolitain, dont
elles dépendentfinancièrement et dont elles appliquent scrupuleuse-
ment les règles de gestion traditionnelles.
Dans les conditions qu'on vient de décrire, le problème qui
consiste pour lesbanques coloniales à trouver une contrepartie pro-
ductive à leurs engagements est facilement résolu. Elles font droit
aux besoins en crédit des pays où elles exercent leur activité dans
la stricte mesure où les conditions de sécurité sont parfaitement
réunies. Et on incline à penser queles exigences de sécurité sont
interprétées de manière très restrictive, quand on considère la faible
importance du crédit accordé aux pays africains. Ence qui concerne
les pays africains dépendants de l'Angleterre, c'est à Londres, mar-
ché monétaire et financier des pays dela zone sterling, que lesban-
ques coloniales anglaises placent les liquidités quine trouvent pas
d'emploi dans les divers pays, comme on peut le voir au tableau 5.

Tableau 5
Liquidités des banques dans les pays africains -
de la zone sterling
• (Moyenne des données en fin de trimestre en 1954; les données sont
exprimées en p.c. du montant total des actifs)

Liquidités «Avoirs
Pays maintenues en banque* Ensemble
en Afrique à Londres»

Kenya 16.5 39.0 55.5


Ouganda 28.7 322 60.9
Tanzanie.- 45.5 18.9 64.4
Nigeria 202 44.5 64.7
Ghana 272 43.2 70.4
Zambie (1953) 32 86.6 89.8
Rhodésie du Sud (1953) 4.8 26.9 •. 31.7
N

SOURCE : Bulletins statistiques officiels des dépendances britanniques.

13. Cf. Fernand Bézy, op. cit., p. 240. Voir aussi un peu plus loin dans cet
article, le tableau 6.
16. Voir la colonne t î du tableau 6.

— 724 —
L'AFRIQUE TROPICALE

Le système bancaire supra'territorial de la zone sterling fonc-


tionne avec une grande souplesse. À cause des fortes variations sai-
sonnières qui affectent le crédit dans les pays de monoculture d'ex-
portation, les banques se voient obligées de garder en Afrique une
réserve de liquidités approximativement égale, en moyenne par
année, au montant du crédit accordé. Étant donné que l'immobili-
sation de ces disponibilités constitue pour les banques un manque à
gagner, ellesessaient d'en réduire lemontant au minimum indispen-
sable pour financer la commercialisation des récoltes de l'année. Et
lorsque lesbesoinseffectifs du crédit dépassent leursprévisions, elles
ont le temps de rapatrier les fonds qui leur manquent. Dans les
périodes creuses que constituent les intervalles entre les variations à
la hausse du crédit, une partie supplémentaire des disponibilités
est placée à Londres et rapatriée dans les mois qui précèdent immé-
diatement les récoltes. Dès que l'importance de ces dernières est
connue, les banques renvoient à Londres, avant même la fin de la
campagnedecommercialisation, lesfondsdontellesprévoient n'avoir
pas besoin en Afrique.
A considérer séparément la situation bancaire dans chaque pays
africain, on pourrait croire que le va-et-vient continuel des fonds
entre lesdépendances et la métropole soulève de difficiles problèmes
de gestion pour les banques, en ce qui concerne notamment le pla-'
cernent de leurs liquidités. En fait, étant donné qu'elles exercent
leurs activités dans de nombreux pays en Afrique et ailleurs, com-
me on peut le voir au tableau 6, les mouvements se compensent en
grande partie parce que les variations saisonnières du crédit ne se
produisent pas au même moment dans les divers pays.
Dans l'ensemble, le système bancaire supra'territorial des pays
africains de la zone sterling apparaît donc comme un organisme
merveilleusement bien réglé, fonctionnant avec le maximum d'effi-
cacité et avec le minimum de temps morts. Mais on peut alors se
demander dans quelle mesure l'intérêt des divers pays africains est
sauvegardé. À cause des facilités de transfert au sein de ce vaste
marché monétaire que constitue la zone sterling, les mouvements de
capitaux, qui échappent à tout contrôle, sont uniquement déter-
minés par la rentabilité et la sécurité des placements. Comme ces
conditions sont les moins bien remplies dans les pays sous-déve-
loppés, les paysafricains sont refoulés à la marge du marché et une
—725 —
L'ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE

force centripète puissante en écarte une partie des capitaux qui


pourraient s'y investir en l'absence de l'attraction exercée par.Lon-
dres. Signalons que les banques des pays africains de la zone ster-
ling, respectant les traditions du système bancaire de leurs pays
d'origine, n'accordent pas en principe de crédit à long terme. Cette
intransigeance a moins de raison d'être dans les pays africains qu'en
Angleterre où il existe, en dehors du système bancaire, un" marché
des capitaux organisé ; elle réduit fortement les possibilités de pla-
cement deshquidités bancaires dans les pays africains.
Dans le domaine du crédit comme dans le domaine commercial,
l'appartenance des pays africains à la zone sterling présente des
inconvénients majeurs. Contentons-nous, ici, de faire observer que
dans plusieurs de ces pays africains, une partie de l'opinion réclamé
avec insistance la création de banques centrales véritables (les C w
rency Boards ne sont, en fait, que des bureaux de change), dans

Tableau 6
Structure supra-territoriale des banques étrangères opérant en
Afrique : distribution des branches, 1954

Branches dans les huit pays africains.,


de la zone sterling Colon-

; en%
Banques . Total Rho- delà
des Gha- Ni- Tan- Ou- dé-
Ke- za- gan- Ma- colon-
sie Zam- la- To- ne (1)
bran- na ge-
ria nya nia da ,du bie wi tal
ches Sud

(2) (3) (4) (5) (« (7) (8) (9) (10) (H),


i' •
%
Bank of British
. West Africa . 41 14 18 32 78*
Barclays Bank 691 11 10 12 11 5 21 12 2 84 12
National Bank of i

India . 46 9 ,4 8 21: * 46
Standard Bank of
South Africa 540 10 10 5 26 12 6 69 13
TOTAL 1,318 25 28 31 25 18 47 24 8 206 16

I
SOURCE : Bankers Almanac et Tear Book. 954-

—726—
L'AFRIQUE TROPICALE

l'espoir que ces institutions pourront assurer le développement d'un


marchélocaldel'argent et descapitaux.
En ce qui concerne les pays africains de la zone franc, nous
avons donné au tableau 3la composition des actifs de trois grandes
banques des pays africains dépendants de la France : la Banque
d'Algérie et de Tunisie, la Banque de Madagascar et des Comores
et la Banque de l'Afrique occidentale. À la fin de 1954, ces ban-
ques jouissaient toutes du privilège d'émission dans un ou plusieurs
pays africains " .
Les conditions de l'activité bancaire dans les pays africains de
la zone franc 18 ressemblent, comme le note à juste titre Fernand
Bézy 19, à cellesdespaysafricains de lazone sterling 20
et des autres
zones monétaires que l'on trouve en Afrique (zone escudo, zone
peseta et zone dollar U.S.A.) 21. En effet, comme au sein de la
Zone sterling, les capitaux peuvent circuler librement entre les di-
vers pays de la zone franc. Or, on a vu, en examinant le système
bancaire des pays africains de la zone sterling, que l'existence d'un
marchémonétaire commun au sein d'une mêmezonemonétaire favo-
rise les mouvements centripètes en direction de la métropole, par
conséquent, au détriment des pays africains intégrés dans ces zones
monétaires. En somme, la structure bancaire des pays africains inté-
grés dans diverses zones monétaires étrangères à l'Afrique s'est
modelée sur sa structure économique. Ainsi, lesbanques opérant en
Afrique sont desfilialesde grandes banques européennes, elles ser-
vent dé simples courtiers au système bancaire européen : elles main-
tiennent la plusgrande partie de leurs dépôts en Europe, effectuant
leurs placements dans leurs pays d'origine et c'est également là
qu'elles déposent leursexcédents deliquidités.
DialloMAKA,
* professeur au Collège d'Enseignement
. général et professionnel de Rimous\i.
17.' Pour l'historique de ces institutions, voir Michel Leduc, «Histoire des insti-
tutions monétaires dans les Territoires Français d'Afrique Noire et à Madagascar jus-
qu'à l'Indépendance », dans Les institutions monétaires africaines, pays francophones,
Paris, 1965.
18. Voir Pierre Moussa, «Évolution de la «one franc», dans l'Algérie de, de-
main, François Perroux éditeur, Presses Universitaires de France, 196a.
19: Fernand Bézy, op. cit.. p. 143.
ao. 'Cf. Jean Delias, «La sone monétaire sterling», Revue Économique, 1953,-
pp. 839-883. :
11. Jean1 Weiller, «Le dollar », Revue Économique, no 1, 1954.

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