République Tunisienne
Ministère de l’Enseignement Université de Sfax
supérieurs et de la Recherche Faculté de Droit de Sfax
scientifique
DROIT DES FINANCES
ET DE COMPTABILITE PUBLIQUE
Professeur : Najla ABDELDAIEM
Première année Mastère de recherche en Droit Public
Année universitaire : 2019 – 2020
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
SOMMAIRE
INTRODUCTION
I. L’OBJET DES FINANCES PUBLIQUES
II. L’EVOLUTION DES FINANCES PUBLIQUES
1. L’approche classique des finances publiques
2. L’approche contemporaine des finances publiques
III. LA FORMATION DU DROIT DES FINANCES PUBLIQUES EN
TUNISIE
1. Les finances publiques avant le protectorat
2. Les finances publiques sous le protectorat
3. Les finances publiques de l’Etat indépendante
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
TITRE PREMIER : LES GRANDS PRINCIPES BUDGETAIRES
I. LES PRINCIPES BUDGETAIRES CLASSIQUES ET NOUVEAUX
ENJEUX DE LA GESTION
II. ENJEUX DES PRINCIPES BUDGETAIRES
1. La sécurité des deniers publics
A. La sécurité du contribuable
B. La sécurité de l’Etat
2. La bonne gestion des deniers publique
CHAPITRE PREMIER : L’IDENTIFICATION DES PRINCIPES
BUDGETAIRES CLASSIQUES
SECTION PREMIERE : LE PRINCIPE DE L’ANNUALITE
BUDGETAIRE
Sous-section 1 : Présentation l’annualité budgétaire
Sous-section 2 : Justification de l’annualité budgétaire
A. Les raisons politique
B. Les raisons technique
C. Les raisons économique
SECTION 2 : LE PRINCIPE DE L’UNITE BUDGETAIRE
Sous-section 1 : Présentation du principe de l’unité
budgétaire
A. La règle de totalité
B. La règle de document unique
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Sous-section 2 : Justification de l’unité budgétaire
SECTION 3 : LE PRINCIPE DE L’UNIVERSALITE BUDGETAIRE
Sous-section 1 : La règle du non compensation
Sous-section 2 : La règle de non affectation
SECTION 4 : LE PRINCIPE DE SPECIALITE BUDGETAIRE
Sous-section 1 : Le principe de spécialité sous l’empire de la
LOB de 1967
Sous-section 2 : Le principe de spécialité budgétaire
aménagé par la nouvelle LOB de 2019
SECTION 5 : LE PRINCIPE DE L’EQUILIBRE BUDGETAIRE
Sous-section 1 : Présentation du principe de l’équilibre
budgétaire
Sous-section 2: De l’équilibre au déséquilibre (le
dépassement de la notion d’équilibre)
A. La notion de déficit budgétaire
B. Notion de découvert budgétaire
CHAPITRE 2 : LES PRINCIPES BUDGETAIRES MODERNES
SECTION PREMIERE : LE PRINCIPE DE LA SINCERITE
BUDGETAIRE
SECTION 2 : LE PRINCIPE DE LA TRANSPARENCE BUDGETAIRE
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
TITRE 2 : L’ELABORATION DE LA LOI DE FINANCES
CHAPITRE PREMIER : LES ACTEURS DE L’ELABORATION DU
PROJET DE LA LOI DE FINANCE
CHAPITRE 2 : LA PREPARATION DU BUDGET
CHAPITRE 3 : L’ADOPTION DE LA LOI DE FINANCES
SECTION 1 : LES PROCEDURES DE L’ADOPTION DE LA LOI DE
FINANCES
Sous-section 1 : L’examen du projet de la loi de finances
Sous-section 2 : Le pouvoir d’amendement des projets de
loi de finances
Sous-section 3 : Le vote de la loi de finances
SECTION 2 : L’AUTORISATION DE PERCEVOIR LES RECETTES ET
DE REALISER LES DEPENSES
Sous-section 1 : L’autorisation de percevoir les recettes
Sous-section 2 : L’autorisation de réaliser les dépenses
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
TITRE 3 : L’EXECUTION DU BUDGET
CHAPITRE PREMIER : LES AUTORITES COMPETENTES
D’OPERATIONS D’EXECUTION
SECTION PREMIERE : LES ORDONNATEURS
SECTION 2 : LES COMPTABLES PUBLICS
SECTION 3: LE PRINCIPE DE SEPARATION DES
ORDONNATEURS ET LES COMPTABLES PUBLICS
Sous-section 1 : La formulation du principe de séparation
Sous-section 2 : La justification du principe
A. La sécurité de l’argent public
B. La spécialisation des fonctions
SECTION 4 : LE STATUT PARTICULIER DES ORDONNATEURS ET
DES COMPTABLES PUBLICS
Sous-section 1 : Le statut particulier des ordonnateurs
A. Les obligations des ordonnateurs
1. la responsabilité politique
2. la responsabilité civile
3. La responsabilité pénale
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Sous-section 2 : Le statut particulier des comptables publics
A. Les obligations spécifiques des comptables publics
B. Le régime de responsabilité des comptables publics
CHAPITRE 2 : LES OPERATIONS DE L’EXECUTION DU BUDGET
SECTION PREMIERE : LES PROCESSUS DE REALISATIONS DE
DEPENSE
Sous-section 1. Les phases relevant de l’ordonnateur
A. L’engagement
B. La liquidation
C. L’ordonnancement
Sous-section 2 : La phase comptable
SECTION 2 : LE PROCESSUS DE REALISATION DES RECETTES
CHAPITRE 3 : LE CONTROLE RELATIF A L’EXECUTION DU BUDGET
SECTION 1 : LE CONTROLE A PRIORI : LE CONTROLE
ADMINISTRATIF
Sous-section 1 : Le contrôle exercé sur les ordonnateurs
A. Le contrôle de l’engagement de la dépense
B. Le contrôle sur l’ordonnancement de la dépense
Sous-section 2 : Le contrôle sur le comptable public
Sous-section 3 : Les missions d’audite
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
SECTION 2 : LE CONTROLE A POSTERIORI
Sous-section 1 : Le contrôle juridictionnel de la Cour des
Comptes
A. Les missions traditionnelles de la Cour des Comptes
relatives au contrôle de la régularité
B. Les missions rénovées de la cour des comptes
Sous-section 2 : Le contrôle parlementaire ou politique
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
INTRODUCTION
Les finances publiques ont toujours une place importante dans la
société. Les finances publiques qui permettant d’étudier les
ressources et les charges et le compte des collectivités publique. Les
finances publiques sont au cœur de la vie politique et économiques
comme l’ont toujours était à travers l’histoire. En effet l’Etat n’a
cessé de rechercher les moyens de finance son action en levant
l’impôt et en prévoyant des dépenses. Grevé par le poids de la dette,
les finances publiques tunisienne sont en plein mutation on se dépit
de 20ème siècle.
Les finances publiques sont au cœur des débats et du
fonctionnement des sociétés démocratique. Elle se définit comme
étant « un ensemble complexe de règles, de procédures et des
moyens permettant aux pouvoirs publics de disposer des ressources
afin d’assurer le financement du fonctionnement des institutions
publiques et de leur garantir une capacité d’intervention dans les
domaines économique et sociaux ».
On peut dire que les finances publiques s’intéressent aux
finances des différentes entités publiques qui sont l’Etat, les
collectivités locales, les établissements publiques ou autres
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
organismes réalisant des activités relevant du service public ou de
l’intérêt général.
Il est clair que les transformations actuelles de l’Etat et de
l’action publique marqué par les réformes fiscales, le déficit, les
politique de rigueur et les questions de distribution.
Alors, quelles sont les stratégies politiques qui se cachent
derrière les enjeux de financement ? Quelles sont les stratégies
d’adaptation à la contrainte budgétaire ?
Les finances publique relève du droit public et il s’agit de règles
précises qui encadrent les actions financières et comptable des
acteurs publics.
Les finances publiques sont au cœur de décision politique, elle
constitue l’un des principaux leviers (instruments) de l’action
publique et elles expriment les choix de la société.
Les périmètres des finances publiques se sont acquis avec le
champ de l’intervention publique. À l’origine cette intervention se
limite aux fonctions régaliennes (défense, justice, police et
diplomatie), les finances publiques concernent aujourd’hui tous les
domaines de l’action publique.
Chaque année, le vote de budget par le parlement est un rendez-
vous politique majeur, parce que le vote de la loi de finances permet
aux députés d’exprimer leur consentement de l’impôt et d’effectuer
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
un contrôle des recettes et des dépenses.
La finalité des finances publique est la réalisation de l’intérêt
collectif et générale parce que les finances publiques cherchent à
financier des missions dont le but est la satisfaction des demandes
collectives qui émanent de l’ensemble de la nation.
Cette finalité particulière des finances publiques peut justifier
l’existence de deux caractères spécifiques qui ne sont pas applicable
aux finances privées :
1- Les prérogatives exorbitantes au droit commun ; ce sont les
moyens de contrainte dont ne disposent pas les personnes privés (le
pouvoir de lever les impôts).
2- Un régime beaucoup plus strict ; il s’agit des règles très
contraignante de la comptabilité publique (la soumission au contrôle
de plusieurs organes).
Ces caractéristiques expliquent, d’ailleurs, l’appartenance des
finances publique au Droit public.
I. L’OBJET DES FINANCES PUBLIQUES
Les finances publiques ont pour objet une catégorie spécifique
des finances qualifiées de ‘deniers publics’, c’est la raison pour
laquelle les finances publiques sont considérées comme étant ‘la
science des deniers publics’.
Par deniers publics, en entant ; les fonds et valeurs qui sont
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
destinés à l’exécution d’un service publique. Selon le Conseil d’Etat
français « les deniers publiques avaient le caractère de deniers
publique lorsqu’ils ont affectés à l’exécution d’un service publique ».
Ainsi, on remarque que c’est la notion du service publique qui se
trouve sollicité pour servir le critère à l’indentification des deniers
publics.
II. L’EVOLUTION DES FINANCES PUBLIQUES
1. L’approche classique des finances publiques
Elle correspond au triomphe des conceptions libérale qui étaient
dominantes au 19ième siècle, qui interdisaient l’Etat d’intervenir dans
le domaine économique et social, parce que cette intervention va
porter atteinte à la liberté individuelle.
Selon la conception classique des finances publiques, l’Etat
conserve la seule responsabilité des fonctions traditionnelles (l’Etat
gendarme) et à sa mission d’assurer l’ordre.
Ainsi, les trois caractéristiques des finances publiques classiques
sont :
La neutralité : qui signifie que les FP n’interviennent pas
dans le domaine économique et social, et par conséquent, elles ne
constituent pas un instrument d’action entre les mains des pouvoirs
publiques pour agir sur l’économie ou à la société.
La limitation des dépenses : l’Etat gendarme n’intervienne
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
pas à la vie social et économique. Elle se limite dans des activités
précises qui correspondent à sa mission d’assurer l’ordre, la justice et
la défense du territoire national. Il en découle logiquement que les
finances publiques sont, nécessairement, limitées et ne servent qu’à
financer le fonctionnement des services publique.
L’équilibre budgétaire : qui était une exigence de la pensé
libérale, et qui signifie que les recettes de l’Etat sont strictement
égales aux dépenses.
2. l’approche contemporaine des finances publiques
Au cours du 20ème siècle, les FP sont évolue parallèlement à
l’évolution du rôle de l’Etat. Ainsi, les circonstances économiques et
les nécessités politiques ont élaborée des mesures
interventionnistes. Également, l’évolution des idées socialistes ont
permis de souligner les injustices sociales du régime libéral.
De nos jours, l’Etat moderne ne se limite pas à assurer les
fonctions traditionnelles, mais elle intervienne dans les domaines les
plus divers.
La remise en cause des dogmes libéraux appliqué au domaine
des finances publiques a conduit de souligner le passage de l’Etat
gendarme à l’Etat interventionniste.
Après la 1ère guerre mondiale, l’Etat était obligé d’intervenir pour
corriger le déséquilibre social et économique causé par la guerre. Il
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
appartient à l’Etat d’intervenir et elle était considérée comme étant
le principale responsable de la croissance économique.
Les caractéristiques des finances publiques modernes : les
finances publiques sont devenues un moyen d’action économique et
sociale. Ainsi, elles ne doivent pas être limitées au seul service
administratif, parallèlement à l’intervention de l’Etat dans les
domaines économiques et sociaux. Les dépenses publiques ont
augmentés et par conséquent l’Etat doit renoncer à la règle de
l’équilibre budgétaire parce que dans certaines circonstances l’Etat
peut dépenser plus que ses recettes.
III. LA FORMATION DU DROIT DES FINANCES PUBLIQUES EN
TUNISIE
En Tunisie, la notion de finances publiques est apparue vers la fin
du 19ème siècle, à cet égard l’histoire de la Tunisie donne un exemple
clair de conséquence qui peut engendrer des mauvaises gestions de
dernier publique.
Pour saisir l’histoire des finances publiques tunisiennes on va
présenter les finances publiques avant et sous le protectorat.
1. Les finances publiques avant le protectorat
À l’époque de la régence de Tunis, les beys s’étaient engagés
dans une politique de modernisation très couteuse.
Cette situation s’était aggravée sous le régime d’Ahmed bey
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
(1837-1855), qui avait entrepris de grandes réalisations
essentiellement à caractère militaire. Mais aucun budget réalisé était
établi, d’où l’absence de politique budgétaire.
Souvent, les fonds provenant de la collecte de l’impôt était utilisé
pour répondre notamment aux besoins personnels des souverains et
non pas pour couvrir des charges d’intérêt général.
Toutefois, certaines tentatives de rationalisation des finances de
l’Etat ont été entreprises notamment par le ministre réformateur
‘Khair-Eddine’ en vue d’assainir et d’améliorer la situation des
finances mais sans grand succès.
Par ailleurs la constitution de 1861 avait prévu que les dépenses
et les recettes sont soumises à l’approbation du conseil suprême. Par
conséquent on peut dire qu’on a introduit pour la 1ère fois en Tunisie
le principe du consentement de l’impôt.
Cependant la courte vie de cette constitution n’avait pas permis
à ce principe de s’en raciner dans notre système juridique. En effet la
constitution de 1861 a été suspendue en 1864 suite à la révolte
fiscale de ‘Ali BEN GDHEHM’ à cause du dédoublement de LA MAJBA.
En outre, étant dans l’impossibilité de rembourser les créanciers
étrangers, le Bey de Tunis était obligé en 1870 d’accepter une mise
sous-tutelle internationale des finances publiques (par la France,
l’Angleterre, l’Italie…) qui a abouti par la suite à la mise en place du
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
protectorat.
Med Sadoc Bey avait institué la commission internationale des
finances. Cette dernière a été chargée d’assurer un contrôle sur les
finances tunisiennes en vue d’empêcher tout accroissement de la
dette de l’Etat tunisien.
2. Les finances publiques sous le protectorat
A partir de 1861 la Tunisie avait perdu son indépendance
financière et politique années plus tard, par l’établissement du
protectorat français (traité de Bardo 1881).
En accord avec le Bey, le gouvernement français s’été substitué à
la commission internationale des finances pour garantir les droits des
créanciers. Il s’était chargé de réorganiser et de diriger les finances
tunisiennes. C’est ainsi que la Tunisie était dotée à partir de 1883
d’un budget annuel préparé par le gouvernement tunisien et celui du
protectorat.
Dès les 1ières années du protectorat, les autorités françaises ont
progressivement introduit leurs règles et principes budgétaires par
les décrets beylicaux du 12 mars 1883 et du 19 décembre 1883. Ces
décrets ont organisé le régime d’établissement et de règlement du
budget.
La loi française du 22 avril 1905 avait décidé le rattachement des
comptes, des ressources de budget tunisien au contrôle de la Cour
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
des Comptes française à partir de l’exercice de 1905.
En vertu du décret beylical du 6 janvier 1906, les opérations de
recettes et de dépenses de budget tunisiennes qui étaient réunis
entre les mains du serveur général des finances tunisiennes qui
étaient nommées par les autorités françaises.
Le décret beylical du 12 mai 1906 portant règlement de la
comptabilité publique a procédé à une harmonisation de ces
dispositions avec celles de la loi française de 1905 qui a prévu la
soumission du budget tunisienne au contrôle de la cour des comptes
française.
Une fois établi, le budget devait être soumis à l’examen du
Parlement français pour être par la suite promulgué par le résident
général français en Tunisie. Le bey n’intervenait que pour opposer
son sceau. Mais, il faut remarquer que l’examen par le Parlement
français a été supprimé par la suite lorsqu’on a institué le Grand
Conseil en 1922 qui comprenait des membres tunisiens (section
tunisienne) et des membres français (section française). Le grand
conseil a été appelé à donner l’approbation du budget.
En 1954 le grand conseil a été remplacé par un conseil
représentatif qui avait pour attribution essentielle d’examiner, de
discuter le budget et d’émettre des avis sur toutes les dépenses,
recettes et emprunts de l’Etat. Or, ce Conseil était une simple
assemblée consultative qui ne disposait pas du droit de voter le
- 17 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
budget.
On peut affirmer que les principes fondamentaux de
l’organisation de l’adoption de finances pendant la période coloniale
étaient élaborés essentiellement pour satisfaire à un souci de
sécurité des deniers publics selon le modèle administratif français.
Dès la proclamation de l’autonomie interne de la Tunisie, cette
assemblée a été supprimée par le décret du 11 septembre 1955
portant organisation provisoire des pouvoirs publics et remplacée par
le conseil des ministres.
3. Les finances publiques de l’Etat indépendante
Jusqu’à la promulgation de la constitution tunisienne de 1959, le
budget était adopté par le conseil des ministres et soumis à
l’approbation du Chef du gouvernement.
La constitution de 1959 a instauré les mécanismes classiques du
droit budgétaire et elle a confié au parlement l’examen et
l’approbation des lois de finances et le contrôle de leur exécution.
Lorsque l’assemblée nationale a été mise en place en novembre
1959, les premiers textes législatifs qu’elle avait adoptés étaient la loi
organique du budget du 12 mars 1960 et le budget de l’exercice de
1960.
Le pays a été aussi doté d’une législation budgétaire et
comptable notamment comme le code de comptabilité publique du
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
1973 et la loi de 8 décembre 1967 relative à LOB, modifiée
notamment par les lois organiques de 25 novembre 1996 et celle du
13 mai 2004.
Faut-il souligner qu’en vertu de cette dernière loi, le législateur
tunisien a intégré dans la LOB les fondements de la gestion
budgétaire par objectif (DBO). L’article 12 de ce texte prévoit que la
loi de finances peut autoriser l’affectation des crédits selon des
programmes et des missions. Ainsi, dans l’esprit du législateur, les
programmes comportent les crédits affectés à une action ou un
ensemble d’actions mise à la charge de chaque chef d’administration
en vue d’atteindre des objectifs déterminés et des résultats pouvant
être évalués.
Quant à la mission, elle comprenne un ensemble de
programmes ; concourant à concrétiser une stratégie d’intérêt
national.
Cependant, la mise en œuvre effective de cette réforme a
beaucoup tardé. En effet, la mise en œuvre de la législation a
rencontré technocratique et le Parlement qui était essentiellement
une chambre d’enregistrement du pouvoir exécutif n’a pas éprouver
le besoin de se doter de moyen lui permettant d’adopter des choix
éclairés de politique budgétaire et de contrôle de l’action du
gouvernement et de l’administration. Par conséquent, ces dernières
étaient conscientes des défis soulevés par le passage à la GBO, ainsi
- 19 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
que les moyens considérables qu’elle implique.
Toutefois, avec la promulgation de la constitution de
27/01/2014, un régime politique parlementaire monocaméral a été
mise en place, elle a aussi introduit de nouvelles dispositions
budgétaires qui concernent essentiellement la procédure budgétaire
avant le Parlement.
Cinq ans plus tard, la LOB de 1967 a été abrogé et remplacée par
la L.O du 13 février 2019 portant la LOB.
Par cette nouvelle LOB, le droit budgétaire tunisien a était
profondément modifié. Cette L.O a fait l’objet dans long débat dans
un climat tendu en raison de la divergence des points vus des
députés sur certaine nombres d’article.
Constituant la constitution du budget de l’Etat, cette nouvelle loi
comporte 73 articles, regroupant plusieurs dispositions relatives à la
bonne gouvernance, la transparence, la recevabilité et le contrôle
pour une meilleure gestion des allocations du budget selon les
programmes et les objectifs de développement fixés par l’Etat.
On peut dire qu’à travers cette LOB, les pouvoirs tunisiens ont
affiché comme objectif ; l’instauration de bonne pratique de gestion
des finances publiques selon les objectifs moyennant une nouvelle
organisation qui permet le gestionnaire de maitriser les deniers
publique toute en étant redevable ou responsables de leurs gestions.
- 20 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Faut-il rappeler que le système de gestion par objectif est une
réforme de finances publiques et de responsabiliser les futures
responsables des programmes ?
On passe ainsi d’un budget de moyen présentant les crédits par
nature de dépenses à une logique d’objectifs et de résultats
mesurées grâce à des indicateurs de performances, cette LOB repose
sur une meilleure maitrise de l’équilibre budgétaire ; elle prévoit
aussi le renforcement des budgets des collectivités locales, de l’ARP,
du CSM, du TA, des instances constitutionnelles indépendantes.
Pour conclure, on peut dire que cette LOB vient de concrétiser la
constitution de 2014 dans sa dimension pour les finances publiques.
La mise en place d’un tel dispositif financière traduit en réalité une
volonté de mettre en œuvre des nouveaux principes à côté des
anciens principes qui ont été déjà régit la vie financière des
personnes publique, notamment l’Etat.
Définition du droit budgétaire : il est relatif à des opérations
financières et de déterminer la nature de ces opérations. En réalité la
particularité de ces opérations apparues avec l’adjectif publique. Cet
adjectif permet de souligner que les finances publiques sont les
finances des personnes morales du Droit public ; l’Etat, les CPL, les
établissements publics et autres organismes de droit pub. Le terme
finances publiques est large et permet de regrouper plusieurs
branches de droit, ainsi le Droit des FP comporte le Droit budgétaire,
- 21 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
fiscale, le droit de la comptabilité publique…
Le droit budgétaire est une branche de Droit public qui comporte
des dispositions constitutionnelles, législative et règlementaires
relatives aux conditions dans lesquelles les budgets de l’Etat était
adopté, exécuter et contrôler. Le droit budgétaire détermine
l’ensemble de processus budgétaire que l’on répartie en quatre
temps, c’est la règle de 4 temps budgétaire apparait au début de
19ème siècle.
Le droit fiscal est présenté comme étant la branche du Droit
public qui est constituer par l’ensemble les règles juridiques relatif à
l’impôt.
Le droit de la comptabilité publique, c’est un droit qui a pour
vocation a posé le cadre juridique de l’exécution du budget de l’Etat,
ce cadre est extrêmement strict et il est accès sur trois grands volets
à savoir les autorités compétentes, les procédures d’exécution et les
procédures de contrôle.
En définitive, on peut définir le droit des FP comme étant une
branche du DP qui a pour objectif l’étude des règles de droit relative
aux dépenses et ressources des personne morale de droit public et
qui ont pour mission la réalisation de l’intérêt général.
- 22 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
TITRE 1 : LES GRANDS PRINCIPES BUDGETAIRES
Les grands principes budgétaires renvoient aux règles
techniques traditionnelles considérés comme nécessaire à une
bonne gestion des deniers publics. Ils visent principalement à
faciliter le contrôle du Parlement sur les dépenses et recettes
publiques. Ces principes ont à la fois une signification technique et
politique.
Ces principes budgétaires font partie de la nature même des
finances publiques moderne. Ils sont les piliers de FP depuis leurs
apparitions concomitantes à la mise en place des démocraties
parlementaires moderne.
Les principes budgétaires se présentent aujourd’hui comme des
principes à caractère universelle bien que leur porté diffère selon les
systèmes juridiques en raison des considérations politique,
idéologiques et administratives.
Introduits en Tunisie pendant la période de protectorat comme
des nouvelles méthodes de gestion, ces principes ont subits une
importante évolution en raison de certaines contraintes, il s’agit de
principe de l’annualité, l’unité, l’universalité, la spécialité et de
l’équilibre budgétaire.
- 23 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Ces principes ont été conçus au début pour soutenir les FP de
l’Etat et ils ont utilisés par la suite pour les finances des C.L, ainsi que
celle des établissements publics.
Néanmoins, appliqués d’une manière stricte, ces principes
rendent l’action budgétaire plus rigide et peu adopté aux exigences
d’une gestion efficace des deniers publiques. Ils connaissent ainsi une
série de dérogations qui conduisent à les fragiliser mais qui
n’empêche pas ces principes de continuer à influencer la manière
dont fonctionne le budget de l’Etat.
La nouvelle LOB du 13/02/2019 est venu adapter les principes
budgétaires classiques face aux nouveaux enjeux de la gestion
publique. Mais cette réforme a également créé de nouveau principes
budgétaires pour faire valoir une meilleurs transparence et une
meilleure maitrise de la gestion publique.
I. LES PRINCIPES BUDGETAIRES CLASSIQUES ET
NOUVEAUX ENJEUX DE LA GESTION
Les principes budgétaires classiques sont-ils adaptés à la gestion
moderne des finances publiques ?
Le budget de l’Etat est régi depuis toujours par une série de
principes budgétaire qui malgré quelques aménagements non jamais
fait l’objet d’une réelle remise en cause depuis leurs adoptions.
Ces principes classiques ont été pensés à l’origine comme étant
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
des gardiens visant à garantir une certaine qualité et un respect de
l’autorisation budgétaire.
Ils ont été conçus dans le but de permettre au Parlement de
prendre connaissances régulièrement sur l’ensemble des recettes et
des dépenses de l’Etat.
Ils sont rapidement devenus les caractéristiques essentielles du
budget qui permettent l’acquisition d’un budget efficace et
transparent.
Ces principes déjà affirmé par l’ancien LOB de 1967 ont évolué
pour tenir compte de l’évolution de la gestion publique du
notamment à l’apparition de techniques et de concepts modernes
inspiré du secteur privé et cette nouvelle gestion suggère un
dépassement des principes classiques avec la mise en place des
principes plus modernes.
II. ENJEUX DES PRINCIPES BUDGETAIRES
Les principes budgétaires ont pour vocation d’ordonner la vie
financière des personnes publiques selon un système
rationnellement élaboré qui autorise le pouvoir législative de
contrôler l’action du gouvernement et de l’administration.
La sécurité des deniers publics constitue l’enjeu principal de la
consécration de l’ensemble de ces principes. Plus récemment les
arguments de la bonne gestion, au sens économique, des deniers
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
publics sont entrées en ligne de compte parmi les objectifs assignés
aux principes budgétaires.
1. La sécurité des deniers publics
La sécurité des deniers publics Justifie l’existence des principes
budgétaires. il s’agit en réalité d’une sécurité à double niveau :
A. La sécurité du contribuable
Les principes budgétaires ont pour objet de sécuriser le
contribuable. Le contrôle politique de l’usage de deniers publics
exercés par le Parlement constitue le volet principal de la sécurité du
contribuable en matière financière.
Le consentement libre et volontaire du contribuable a été
toujours associé aux initiatives ayant pour objet un contrôle et une
limitation du pouvoir des gouvernants.
L’ensemble de ces règles vise à faciliter le contrôle du pouvoir
législatif sur le pouvoir exécutif. Par conséquence, empêcher un
usage arbitraire des fonds publics ou encore un gaspillage des
ressources.
B. La sécurité de l’Etat
Les principes budgétaires ont encore pour objet de sécuriser
l’Etat tant en ce qui concerne la stabilité des ressources que pour ce
qui est de son autonomie interne et de son indépendance ainsi qu’au
niveau de l’équilibre des pouvoirs politiques dans l’Etat. En réalité la
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
souveraineté financière complète la souveraineté politique.
2. La bonne gestion des deniers publique
Actuellement, les principes budgétaires sont considérés comme
les fondements d’une bonne gestion des FP et comme des règles
techniques nécessaires à l’élaboration et à l’exécution de budget.
En tant que document politique essentiel, le budget ne peut pas
être établi à la légère et son élaboration au même titre que son
exécution est soumise à des règles strictes destinés à faciliter
notamment le contrôle par le parlement.
Autrement dit, ces principes sont la méthode d’une présentation
claire du budget en vue de permettre un contrôle efficace sur les
recettes et les dépenses publiques.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
CHAPITRE PREMIER : L’IDENTIFICATION DES PRINCIPES
BUDGETAIRES CLASSIQUES
Il existe cinq principes budgétaires qui commandent l’élaboration
du budget. Il s’agit du principe de l’annualité (Section 1), de l’unité
(Section 2), de l’universalité (Section 3), de la spécialité (Section 4) et
celui de l’équilibre budgétaire (Section 5).
SECTION PREMIERE : LE PRINCIPE DE L’ANNUALITE BUDGETAIRE
Le principe de l’annualité signifie que l’autorisation des
ressources et de réalisation des dépenses données par la loi de
finances n’est valable que pour une année. L’annualité est énoncée
aux articles 4 et 9 de LOB de 2019.
Sous-section 1 : Présentation l’annualité budgétaire
En droit tunisienne, la LOB de 2019 ainsi que l’ancienne de 1967
ont placée l’exécution du budget dans un cadre annuelle. L’art. 4 de
la LOB de 2019 prévoit que « La loi de finances prévoit pour chaque
année, l’ensemble des ressources et des charges de l’Etat ».
Également l’article 9 de la même LOB prévoit que « L’année
budgétaire commence le 1er janvier et se termine le 31 décembre de
la même année ».
L’annualité a pour finalité de permettre au parlement d’exercer
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
pleinement son pouvoir financier.
La périodicité annuelle de l’autorisation parlementaire s’étend à
toutes les opérations de dépenses et de recettes. D’ailleurs, pour
cette raison, le budget doit être adopté avant le début de chaque
exercice d’année budgétaire et doit être exécuté dans cette même
année conformément à la logique du principe de l’annualité.
Dans la plupart des Etats, l’exercice budgétaire coïncide avec
l’année civile ; le point de départ fixé au 1/01 et son échéance est le
31/12. Par conséquence, l’autorisation donnée par le parlement est
une autorisation temporelle qu’est valable que dès le 1er janvier au
31 décembre. Le 1er janvier, la loi de finances est automatiquement
remplacée par une nouvelle loi de finances.
D’une autre coté, l’annualité se traduit par l’exigence de
l’antériorité budgétaire qui signifie que le budget doit être adopté
avant le début de l’exercice. Cette règle est impérative et c’est la
raison pour laquelle la loi prévoit des sanctions afin de respecter
cette exigence.
Pour le budget Tunisien, les délais constitutionnels sont
sanctionnés par le décaissement du Parlement et l’entré en vigueur
de la loi de finances par voie de décret Présidentiel aux termes de
l’art. 66 de la constitution.
Ce caractère temporel est l’une des caractéristiques de la loi de
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
finances qui se distingue des autres lois qui n’ont pas en principe une
durée de vie déterminée à l’avance.
Sous-section 2 : Justification de l’annualité budgétaire
L’annualité a été choisie pour des motifs politiques, et elle a été
maintenu à la fois pour des raisons politique, technique et
économique.
A. Les raisons politique
L’annualité permet au pouvoir parlementaire d’exercer un
contrôle sur la gestion financière du gouvernement, ce contrôle ne
pourrait être efficace qu’a la condition qu’il est exercé sur une
période relativement coutre.
On estime que le cadre annuel est adopté à ce contrôle dans la
mesure où il est suffisamment court pour permettre un contrôle
précis et au même temps il est suffisamment long pour ne pas
entraver l’action gouvernementale.
Le principe de l’annualité entraine un renouvellement annuel des
recettes et des dépenses et surtout un renouvellement de
l’autorisation parlementaire. Cela signifie que chaque année que les
représentants du peuple vont contrôler les prévisions budgétaires en
matière des recettes et des dépenses.
Pour les recettes : elles n’obéissent pas à une périodicité
évidente. Certes pour la perception de l’IR et de l’IS, l’annualité
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
constitue un cadre idéal du moment où le revenu ou les bénéfices se
détermines annuellement. Mais pour d’autres recettes ce cadre n’a
pas de grande signification du moment où ces recettes sont perçus
selon une périodicité très variable (Exemple : les droits de douane,
les droits d’enregistrement, le TVA…)
Pour les dépenses : la situation est plus complexe puisque
celles-ci présentent des périodicités diverses allant d’un jour à
plusieurs années. Il était donc nécessaire de prévoir des dérogations
autorisant la souplesse nécessaire à l’accomplissement des
opérations budgétaires.
B. Les raisons technique
La règle de l’annualité s’est maintenue au fil du temps pour des
raisons de technique financières, car il n’est pas possible de faire des
prévisions exactes sur une période beaucoup plus longue à une
année. En effet, si le budget était établi pour une période supérieure
à une année cela va rendre les prévisions des recettes et des
dépenses plus vagues et moins précises.
L’année est une période permettant la prévision, la comparaison
et la rectification. Faut-il remarque que l’annualité est respectée dans
certains pays.
C. Les raisons économique
La période d’une année permet faire coïncide le cycle de budget
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
de l’Etat avec le circuit des activités économique. Pour ce qui est fait,
par exemple, de l’agriculture (une récolte par année) ou pour le
commerce (les entreprises établissent leurs bilans une fois par
année).
SECTION 2 : LE PRINCIPE DE L’UNITE BUDGETAIRE
Le principe de l’unité budgétaire constitue l’une des 5 règles
fondamentales du droit budgétaire. L’unité est prévue par l’article 4
de la LOB de 2019 qui prévoit que « la loi de finance prévoit pour
chaque année l’ensemble des ressources et les charges de l’État ».
L’unité a une double signification ; formelle et matérielle
- Sur le plan formel : selon l’auteur Hamed Soussi, « la règle de
l’unité désigne l’obligation pour que l’ensemble de recettes et de
dépenses de l’Etat soient figuré dans un document budgétaire
unique ».
Selon la présentation de l’ensemble des opérations effectuées en
recettes comme en dépenses dans un seul document introduit de
l’ordre et de la rationalité dans la perception que l’on peut avoir des
opérations financières publique. Toutes les données budgétaires sont
présentées avec clarté sans artifice et sans dissimilation dans leur
globalité.
- Sur plan matériel : la règle de l’unité implique que la loi de
finances ne contienne pas des dispositions autre que celles relatives
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
au flux financier de l’Etat, ce qui suppose l’absence de cavaliers
budgétaire. Un cavalier budgétaire est une disposition législative qui
n’a pas sa place dans le cadre de la loi de finances, ces cavaliers
budgétaires sont normalement aujourd’hui interdits par l’article 10
de LOB.
En réalité les deux significations se complète même si l’aspect
formel est plus simple à saisir.
Sous-section 1 : Présentation du principe de l’unité budgétaire
Le principe de l’unité comporte deux règles : la règle de totalité
et la règle de document unique.
A. La règle de totalité
En vertu de la règle de l’unité, toutes les prévisions des recettes
et des dépenses doivent être intégrer dans la loi de finances. Cela
veut dire que le gouvernement ne peut pas recouvrir ni une recette
ni engager une dépense si elle ne figure pas dans le document
budgétaire et cette règle de la totalité qui oblige le gouvernement à
faire apparaître dans le document budgétaire tous les recettes et
dépenses est une règle stricte car elle obéit à la logique de la sécurité
des deniers publics.
La loi de finances est un acte de prévisions et d’autorisation, il
est donc important que tous les ressources et toutes les dépenses
même les plus minimes n’échappent pas au contrôle politique du
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
parlement puisque ce contrôle exprime le consentement du peuple à
l’impôt.
B. La règle de document unique
Cette règle signifie que toutes les recettes et les dépenses de
l’Etat doivent figurés dans seul document. Cependant, de nos jours,
la multiplicité des missions publiques (ce qu’on appelle
l’interventionnisme) ainsi que la technicité des opérations financière
rendent difficile le regroupement de tous les comptes de l’Etat dans
un seul document. Par conséquent, l’exigence d’un document unique
n’a plus une signification absolue, elle signifie tout simplement que le
gouvernement a l'obligation de présenter un minimum de comptes
budgétaires de manière à faciliter le contrôle parlementaire.
Sous-section 2 : Justification de l’unité budgétaire
Pour que l’intervention de l’assemblé législative soit
véritablement trouvée son sens, encore faut-il que toutes les
opérations financières soient rassemblées dans un seul document.
L’unité permet de faciliter le contrôle parlementaire. Le parlement
aura accès à une présentation de la totalité des sources et des
charges dans un document synthétique, ce qui lui permet d’avoir une
vue d’ensemble sur la situation financière de l’Etat.
Il suffit en effet de comparer le total des ressources et le total
des dépenses inscrites dans un seul document pour vérifier si le
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
budget est en équilibre ou non.
L’unité permet de déterminer si le budget est équilibré, c’est-à -
dire mesurer l’ampleur exacte du déficit. Toutefois, en dépit de ces
avantages, la règle de l’unité n’est pas toujours respectée. Si
l’application du principe de l’unité est souvent simple dans les
périodes du calme et de prospérité, la situation est différente dans
les périodes de crises économiques ou de crise sociaux-politique.
En effet, pour faire face à ces difficultés, il est nécessaire
d’élaborer des budgets supplémentaires qui sont certainement
soumis au vote du Parlement, mais d’une manière fractionnée et non
pas dans un document unique ce qui porte atteinte à la règle de
l’unité.
SECTION 3 : LE PRINCIPE DE L’UNIVERSALITE BUDGETAIRE
Ce principe est énoncé à l’article 11 de la nouvelle LOB qui
prévoit que « Les ressources et les charges de l'Etat sont prises en
compte dans le budget pour leur montant intégral et brut sans
compensation entre elles. L’ensemble des ressources de l'Etat est
utilisé pour couvrir l’ensemble de ses charges ».
Selon le Conseil d’Etat français, ce principe « répond aux doubles
soucis d’assurer la clarté des comptes de l’Etat et de permettre par
la même un contrôle efficace du parlement, il a pour conséquence
que les recettes et les dépenses de l’Etat doivent figurée au budget
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
pour leurs montants brute sans être contractés et qu’est interdite
l’affectation d’une recette déterminée à la couverture d’une
dépense déterminé… ».
On remarque que l’universalité et l’unité constituent deux
principes indissociables, justifiés par des soucis démocratiques. Ces
deux principes ont néanmoins des dimensions différentes.
L’universalité suppose la non affectation et la non compensation
tandis que l’unité suppose le vote d’un document unique.
Le principe de l’universalité rassemble le principe de l’unité selon
lequel les recettes et les dépenses doivent figurés dans un seul
document budgétaire dont l’exigence de clarté dans la présentation
des comptes budgétaire de l’Etat est le meilleur contrôle
parlementaire possible ont été à l’origine du principe de
l’universalité.
Mais contrairement au principe de l’unité, l’universalité porte
sur le contenu de l’autorisation parlementaire qui oblige le
gouvernement non seulement de présenter la totalité des recettes et
des dépenses dans un document unique, mais aussi d’effectuer cette
présentation en respectant deux règles précises à savoir la règle de
la non compensation (ou la règle de produit brute) et la règle de la
non affectation des recettes aux dépenses.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Sous-section 1 : La règle du non compensation
L’exigence du non compensation signifie que toutes les dépenses
et toutes les recettes doivent être inscrites dans le budget pour leur
montant intégral, c’est-à-dire, le gouvernement doit faire apparaitre,
dans le budget qui serai voté par le parlement, l’ensemble des
recettes d’un côté et l’ensemble des dépenses d’autre côté sans
effectuer la compensation entre ces deux catégories.
Cette méthode de produit brute empêche le gouvernement de
soustraire certaines dépenses de certaines recettes pour ne
présenter que le solde des opérations ainsi compensés parce que la
compensation permettrait de dissimiler certaines charges aux
certaines recettes, ce qui porte atteinte à la lisibilité et à la
transparence du budget.
En effet la compensation empêche le parlement de connaitre
l’intégralité des crédits mis à la disposition d’un département
ministérielle.
Si cette règle de non compensation est maintenue c’est parce
qu’elle présente l’avantage de permettre un contrôle budgétaire
efficace par les représentants du peuple puisque aucune
dissimulation des recettes et des dépenses n’est possible.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Sous-section 2 : La règle de non affectation
Cette règle figure dans l’article 11, selon lequel l’ensemble des
ressources de l’Etat est utilisé pour couvrir l’ensemble de ces
charges. L’ancien article 16 de la LOB de 1967 avait prévu que
l’ensemble des recettes est utilisé pour faire face aux dépenses.
L’exigence du non affectation signifie qu’une recette ne peut pas
être affectée au financement d’une dépense particulière. Dans le
budget de l’Etat, les dépenses et les recettes doivent former une
masse autonome. Par conséquence toutes les recettes son
indistinctement destinée à la couverture de l’ensemble des
dépenses inscrite au budget.
Le gouvernement ne peut pas décider à l’avance de réserver
une recette particulière pour réaliser une dépense particulière
puisqu’au moment de la préparation du budget aucun service
administratif ne peut pas décider à l’avance qu’une recette
particulière sera affectée à la couverture d’une dépense précise.
Le fondement de cette règle en premier lieu est de permettre
une information correcte du parlement.
SECTION 4 : LE PRINCIPE DE SPECIALITE BUDGETAIRE
La spécialité budgétaire organise la présentation des recettes et
des dépenses de l’Etat de façon à ce que le parlement connaisse
l’origine de chaque recette et la destination de chaque dépense.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Ce principe vient donner un caractère contraignant à
l’autorisation donnée par le parlement en matière de dépenses. Dès
lors Le gouvernent doit respecter l’affectation qu’a été décidé par le
parlement qu’à côté de ses crédits.
Dans le cadre de la nouvelle LOB, le budget est présenté par
politique publique (sécurité, culture, santé, justice…) désormais
appelé mission. Celle-ci contient selon l’art. 1er de la LOB de 2019 un
ensemble de programmes qui concours à la réalisation des
politiques publiques déterminée.
Le parlement et le citoyen sont ainsi en mesure d’apprécier la
totalité des moyens utilisés pour mettre en œuvre les principales
missions du budget générale de l’Etat.
Sous-section 1 : Le principe de spécialité sous l’empire de la LOB
de 1967
L’ancien LOB de 1967 a combiné deux modes de gestion
budgétaire ; une gestion classique basée sur une nomenclature
organique et une gestion de nouvelle accès sur une classification
fonctionnelle. Ce LOB de 1967 a adopté une classification par titre
qui repose principalement sur la distinction entre deux catégories
qui forment le titre 1 et le titre 2 du budget. Le titre 1 regroupe les
recettes et les dépenses (ou le budget de gestion depuis la
modification de 1997) et le titre 2 qui retrace le budget de
développement ou d’investissement.
- 39 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
A l’intérieur de ces deux titres, et en matière de dépenses, la
classification reposée sur le chapitre budgétaire qui correspond à la
conception classique des finances publiques. En d’autres termes, les
crédits été spécialisé en chapitre budgétaire en fonction de la
nature économique de la dépense ; dépenses de fonctionnement,
des fonctionnaires et d’investissement.
Cette classification a subi une modification en 2004 dans un
souci de précision pour la destination des dépenses publique. Selon
le nouvel article 11 de la LOB de 1967, le chapitre budgétaire
correspond aux crédits mets à la disposition de chaque chef
d’administration.
Mais même si cette présentation permettait au parlement de
suivre la destination de chaque dépense, elle ne permettait pas par
contre d’évaluer le degré d’efficacité de la dépense publique.
Sous-section 2 : Le principe de spécialité budgétaire aménagé
par la nouvelle LOB de 2019
La classification des recettes et des dépenses est organisée
actuellement par les articles 14 et 15 de la LOB de 2019.
En matière de recettes, l’art. 14 précise que « Les recettes du
budget de l'Etat sont classées selon les parties suivantes :
- les recettes fiscales,
- les recettes non fiscales,
- 40 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
- les dons ».
On remarque que les parties permettent de classer les crédits
selon leurs natures économiques.
En matière de dépenses, la LOB de 2019 a changé les règles
régissant la présentation des dépenses et ce en optant pour une
présentation fonctionnelle.
Les chapitres ont été supprimée et on trouve durant avant 3
subdivisions ; des missions regroupant des programmes qui sont
classés en des parties.
La mission comprenne un ensemble de programme
concourant à une politique publique définie. Le découpage en
mission correspond à l’identification des politiques publiques fixée
par l’Etat. En outre, la mission constitue l’unité de vote de crédit par
le parlement.
En outre, la nouvelle LOB prévoit une catégorie de mission dite
missions spéciales qui comprennent selon l’art. 19 un ou plusieurs
programmes spécifiques. Mais on remarque que les objectives
stratégiques de l’Etat ne sont pas développé au niveau des missions
mais plutôt au niveau des programme.
Les programmes définissent le cadre de mise en œuvre
des politiques publique et ils constituent l’unité de base de la
spécialité de crédits. Selon l’art. 18 les programmes comprennent les
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
crédits contribuant directement à la réalisation des objectifs de la
politique publique. D’ailleurs selon un auteur, la notion de
programme exprime le passage d’une culture de moyen à une
culture de résultat.
Le programme est la clef de la réforme, dès lors que posant en
principe une budgétisation par objectifs, il conduit les décideurs
publics ou même les gestionnaires à cesser de raisonner strictement
en termes de moyens.
Selon l’art 15 de la LOB, les crédits sont spécialisés par les
missions et par programmes. « les dépenses de chaque programme
sont classées selon les parties suivantes :
- Les dépenses de rémunération,
- Les dépenses de gestion,
- Les dépenses d’intervention,
- Les dépenses d’investissement… »
On remarque ainsi que la présentation par nature n’a pas
totalement disparue. En effet cette dernière classification opère une
présentation des dépenses selon sa nature et sa fonction.
Par ailleurs, les différents Ministères vont définir la structure de
programme et devront veiller à ce que chaque programme
corresponde à un ensemble homogène d’activité et de finalité.
- 42 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Chaque programme a déjà son responsable. Ce dernier sera le
personnage clef qu’est chargé de piloter le programme. Il est
désigné responsable de programme par le chef de mission.
A cet égard, il faut observer que la mise en place de nouveau
responsable est la conséquence logique de l’introduction de la
budgétisation par programme.
La modernisation des modalités de gestion publique doit être
accompagnée à la fois d’une responsabilisation des responsables des
programme et d’une clarification de la responsabilité des
gestionnaires.
Également cette nouvelle démarche vise à améliorer la
compréhension par les citoyens et par l’ARP de tous les moyens mise
en œuvrent à chaque politique de l’Etat, et pour plus de clarté, le
budget de l’Etat apparait divisé en mission, programme et sous-
programme.
Pendant l’exécution du budget, le gouvernent doit respecter les
enveloppes de crédits. Mais, en principe, le gouvernent n’est pas
tenu de respecter la répartition de crédits entre les parties et cette
ventilation des crédits restera indicative puisqu’elle autorise les
mouvements des crédits entre les parties au sein d’un même
programme, ce qu’on appelle la fongibilité des crédits.
- 43 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
SECTION 5 : LE PRINCIPE DE L’EQUILIBRE BUDGETAIRE
L’équilibre est la situation dans laquelle les charges
correspondent aux ressources. Pendant la période classique, la règle
de l’équilibre semble relevée de l’évidence. En effet l’égalité
mathématique entre elles constitue la règle d’or d’une bonne
gestion budgétaire.
Avec ce principe d’équilibre, le droit budgétaire s’enrichie d’une
vision économique. Il s’agit de faire en sorte que le budget ne grève
pas la croissance économique. Toutefois le passage de la finance
classique à la finance moderne à entrainer l’élargissement de la
notion de l’équilibre puis le dépassement de celle-ci.
Sous-section 1 : Présentation du principe de l’équilibre
budgétaire
‘‘Maxime de sagesse’’, l’équilibre budgétaire commande tous les
politiques budgétaires de l’Etat, des CL et des EP.
Ce principe était conçu en terme purement comptable. Jusqu’au
début du 20ième siècle, la fonction de l’état était relativement limitée
et simple à définir et le principe de l’équilibre comme les autres
principes ne trouvait pas de difficultés à s’appliquer. Mais au fils du
temps, le déséquilibre budgétaire est apparu lorsque les dépenses se
sont multipliées et se sont diversifiée.
Par conséquent, il est devenu de plus en plus difficile de réaliser
- 44 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
un équilibre entre les charges et les ressources de l’Etat car avec la
diversification de ses fonctions et de son intervention, l’Etat réalise
des projets dans le financement dépasse souvent les recettes
ordinaires, ce qui nécessite le recours à l’emprunt d’où l’apparition
d’un déséquilibre entre des ressources limitée et des dépenses plus
importante.
Le principe de l’équilibre budgétaire renvoie à la nécessité
d’équilibré des comptes de manière à éviter la présence de déficit
dans le budget de l’Etat. Il a ainsi pour objectif d’assurer la maitrise
des risques financiers en évitant les décisions budgétaires
inconsidérées ou un excèdent budgétaire important qui signifie une
pression fiscal excessive sur le contribuable.
Tandis qu’un lourd déficit plomberai l’avenir compte tenu des
emprunts des crédits qu’il faudrait ensuite rembourser.
Or un préjugé défavorable s’attache à l’origine ou déséquilibre
budgétaire et à son financement éventuel par l’emprunt, car il s’agit
selon la doctrine classique d’une charge pour les futures générations.
En outre l’emprunt qui entraine l’endettement de l’Etat peut
être dangereux surtout que pour le passé il a pu conduire à la mise
sous tutelle des finances de l’Etat par des puissances étrangères, ce
qui est le cas de la Tunisie.
Cependant les deux guerres mondiales, ainsi que la crise
- 45 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
économique de 1929 ont obligé les Etats a reconsidéré leurs opinions
défavorables de l’emprunt.
En Tunisie, et depuis l’indépendance, le décollage de l’économie
el les dépenses de développement été tellement important qu’elles
ne pouvaient être financé uniquement par l’impôt d’où l’impossibilité
pour l’Etat de réaliser certaines actions à condition de combler l’écart
entre les ressources et les besoins par le recours à différents moyen
notamment à travers le recours à l’emprunt.
Sous-section 2 : De l’équilibre au déséquilibre (le dépassement
de la notion d’équilibre
Selon Jean Menard Kennes, le budget n’est qu’un instrument au
service de l’économie. Il faut donc utiliser le fait multiplicateur de la
dépense pour rétablir l’équilibre économique.
En d’autres termes, l’augmentation des dépenses publics (c’est
un déficit provoqué) va permettre de relancer l’économie et lorsque
l’équilibre économique sera établi, l’équilibre budgétaire suivra.
Dès lors, l’équilibre budgétaire n’est pas vraiment une règle
technique traditionnelle comme les autres principes, car il est très
rarement respecter comme le montre d’ailleurs la situation des
finances publiques actuelles et même celle depuis l’accès de la
Tunisie à l’indépendance.
Le budget de l’Etat devient un instrument de réalisation de
- 46 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
l’équilibre économique globale et peut donc supporter un
déséquilibre partiel. Mais un tel déséquilibre budgétaire constaté
sera contre balancer par la réalisation de la croissance économique
sur le plan global. C’est ainsi que le déséquilibre n’est plus perçu
comme un fait négatif mais il devient un instrument de
développement économique.
L’excédent des dépend sur les recettes va justifier la recherche
des sources de financement additionnels, nommant l’emprunt sur le
marché interne ou international, car si l’impôt constitue le procédé
normal à d’alimentation des caisses publics, ils se révèlent parfois
insuffisant, et l’Etat doit de ce cas emprunter pour ce procuré un
complément de ressource en vue de réaliser ses politique ou ses
stratégies.
D’ailleurs dans de nombreux discours encourus des années 1960
le Président BOURGHIBA avait présenté l’emprunt et surtout celui
d’emprunt étranger comme servant à équilibré notre budget et ce
justifie par la nécessité de faire décoller l’économie national.
Actuellement l’art 39 de la nouvelle LOB prévoit que « Les
prévisions des ressources et des charges de l’Etat se font sur la base
des équilibres généraux ».
La notion d’équilibres généraux employés par cette disposition
n’est pas précise, elle est susceptible d’interprétation différente.
Mais on peut considérer que cette notion revoie en principe à
- 47 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
l’équilibre financière et économique.
En effet la finalité première des lois de finances est de réaliser et
de définir un équilibre qui n’est pas seulement financier mais aussi
économique. D’ailleurs l’ancienne LOB de 1967 a reconnu le lien
entre le budget et l’économie. L’art 1 de cette loi a précisé que « la
loi de finances prévoit et autorise pour chaque année l’ensemble
des charges de l’Etat dans le cadre des objectifs des plans de
développement et compte tenu de l’équilibre économique et
financier défini par le budget de l’Etat ».
Ainsi le budget devient par conséquent, un instrument au service
de l’économie.
Par ailleurs, il est nécessaire de revenir à la notion de
déséquilibre qui peut être provoqué soit par un déficit soit pat un
découvert budgétaire.
A. La notion de déficit budgétaire
Le déficit budgétaire correspond à l'excédent des charges
définitives, (celles qui sont sans contrepartie) sur les ressources
ordinaires (celles issues de la fiscalité, et des revenus du domaine de
l'Etat).
Dans ce cas, le budget est considéré en déficit lorsque les
dépenses ordinaires ne peuvent pas être entièrement couvertes par
les ressources ordinaires.
- 48 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Généralement, on distingue entre deux sortes de déficits ;
prévisionnel ou d'exécution.
Le déficit prévisionnel est celui qui se dégage des
prévisions budgétaires lors de l'adoption de la Loi de finances, c’est-
à-dire qu’il peut être fixé au préalable au moment de
l'établissement du budget.
Le déficit d'exécution qui ne peut pas être fixé à l'avance,
car il se dégage suite aux dépenses réellement effectuées et aux
ressources réalisées à la clôture de l'exercice.
B. Notion de découvert budgétaire
Cette notion résulte d’une notion plus globale dans laquelle la
somme de toutes les charges de l’Etat (définitive ou temporelle) est
supérieure à l’ensemble des ressources de l’Etat (fiscale, non fiscales,
emprunt). Le découvert budgétaire ne peut s’apprécier qu’à la
clôture d’un exercice budgétaire
- 49 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
CHAPITRE 2 : LES PRINCIPES BUDGETAIRES MODERNES
A côté des principes budgétaires classiques, il existe d’autres
principes modernes. Il s’agit notamment du principe de la sincérité
budgétaire ainsi que le principe de la transparence.
Ces principes qui sont voisins ont toujours inspirés le droit
budgétaire mais si ces principes ont été renforcé à l’Etat
contemporaine dans les finance de l’Etat (avec la reconnaissance de
ces deux principes dans la nouvelle LOB de 2019), c’est parce qu’li y a
des raisons qui justifies leurs adoptions.
Il a été toujours admis que la comptabilité publique doit se
rapprocher de la comptabilité privé, laquelle est régit par le principe
prudentielle où la comptabilité doit fournir une information sincère
et fiable sur tous les éléments du patrimoine de l’entreprise.
Les dissimilations budgétaire exposent les personnes publiques à
des déficits non prévus et entrainent une mise en cause de la
confiance des citoyens dans l’Etat. La démocratie implique le droit de
s’avoir et une certaine transparence notamment dans les finances
publiques.
- 50 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
SECTION PREMIERE : LE PRINCIPE DE LA SINCERITE BUDGETAIRE
Le principe de sincérité est l’une de 5 règles technique
fondamentale régissant le fonctionnement de budget de l’Etat. Il se
définit comme étant le souci étique de garantir l’exactitude des
informations dans la loi de finance et la fiabilité de l’équilibre
budgétaire annoncé.
Un auteur le défini comme « l’application de bonne foi des
règles et des procédures en fonction de la connaissance que les
responsables doivent avoir de la réalité ».
Il implique aussi de donner des informations adéquate, loyale
claire, précisé et complètes.
Ainsi le principe de la sincérité budgétaire interdit de sous-
estimer (réduction fictive) les charge ou de surestimer (exagération
fictive de recette) les ressources présentées dans la loi de finances.
La sincérité implique que la loi de finances doit présenter de
manière claire et exhaustive l’ensemble des ressources et des
charges de l’État et que le solde budgétaire prévisionnel qui découle
des évaluations de la loi de finance ne soit pas un solde fictif.
Considéré comme le plus récent principe, ayant immergé comme
fondement des principes des finances publique et qui a fait l’objet
d’une consécration récente en droit budgétaire Tunisienne.
Le principe de la sincérité veut que les prévisions des ressources
- 51 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
et des charges soit conforme a la réalité économique et financière.
Selon article 8 de la LOB de 2019 « Les prévisions et les données
relatives à la loi de finances doivent respecter les principes de la
sincérité et de la transparence.
Le principe de la sincérité exige de ne pas sous-estimer ou
surestimer les prévisions des charges et des recettes prévues par la
loi des finances et de faire apparaître les éléments des actifs
financiers et du patrimoine de l’Etat ».
Par ailleurs, la sincérité s’apprécie compte tenu des informations
disponibles et des prévisions qui peuvent raisonnablement découler.
L’obligation de sincérité impose au gouvernement de
transmettre au parlement toutes les informations nouvelles
susceptible de mettre en cause les grands linges de l’équilibre
budgétaire et ce même en cours de l’examen de la loi de finances.
Néanmoins pour apprécie la qualité de la sincérité dans
l’évaluation des ressources et des charges, il faut tenir compte des
aléas ingérant aux incertitudes relative au contexte économique.
Dans ce sens, la CC Français teint souvent compte de ses aléas
relatives a l’évolution de l’économie pour apprécie la qualité de la
sincérité budgétaire même s’il souligne que le gouvernement a le
droit de soumettre au parlement un projet de loi finance rectificative,
s’il s’adapte les grandes lignes de l’équilibre de loi de finances
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
s’écartaient sensiblement des prévision au cours de l’exercice.
SECTION 5 : LE PRINCIPE DE LA TRANSPARENCE BUDGETAIRE
La transparence budgétaire est un élément primordial de bonne
gouvernance, car le budget est le document opérationnel le plus
important dont dispose les gouvernements.
La transparence peut être définit comme étant « le degré
d’observation dont les citoyens peuvent se prévaloir a l’égard des
stratégies et des décisions fiscales et budgétaires du gouvernement
et de leurs résultats. Par cela nous entendons l’accès facile et rapide
à des informations fiables et exhaustive dans les délais
compréhensible sur les attentions des politique budgétaires ».
En matière budgétaire, la transparence est le fait de faire
pleinement connaitre entant que parient et de façon systématique
l’ensemble des informations budgétaire.
Faut-il souligner que la nouvelle Constitution de 27 janvier 2014
offre de réelles opportunités de transparence consacré notamment
dans l’article 15 qui consacre les principes de la neutralité, de
l’égalité et de la continuité du service publique conformément aux
règle de transparence.
Aussi, l’article 32 qui prévoit le droit a l’information, l’article 117
qui prévoit le principe de bonne gestion de deniers publique
conformément au principe de l’égalité, de l’efficacité et de la
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
transparence.
Également, l’article 8 de la LOB de 2019 dispose que « Le
principe de la transparence exige de clarifier le rôle des différentes
structures de l’Etat, de fournir les informations sur le budget de
l’Etat suivant les méthodes et procédures utilisées ainsi que des
rapports sur l’exécution du budget de l’Etat et sur la performance et
de les publier dans les délais ».
Il ressort de cette définition prévu par cette dernière disposition
que la transparance des finances publiques est appréciée
principalement selon deux aspects fondamentaux :
D’une part, la qualité des informations disponible au regard de
la fiabilité, de l’accessibilité, de leur caractère compréhensible et
exhaustive et de respecter les délais.
D’autre part, la disponibilité des données budgétaires
concernant les politiques et les résultats budgétaires.
Selon l’article 117 alinéa 2 de la Constitution, « La Cour des
Comptes établit un rapport général annuelle qu’elle soumet au
Président de République, au Président de l’Assemble des
Représentants de Peuple, au Chef d Gouvernement et au Président
du Conseil supérieur de la Magistrature. Ce rapport est publié. La
Cour des Comptes établir, le cas échéant, des rapports spéciaux qui
pouvant être publiés ».
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
On remarque que la fonction de l’information qui incombe à la
Cour des Comptes est en plein évolution. La Cour assure, désormais,
un rôle important dans l’information financière publique et par
conséquent dans la transparence.
Également la Cour des Comptes par son rapport annuel
contribue à l’information des citoyens. C’est la raison pour laquelle
tous ces rapports doivent être mises a la disposition du publique et
doivent, notamment, être accessible gratuitement sur internet.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
TITRE 2 : L’ELABORATION DE LA LOI DE FINANCES
Avec la nouvelle LOB de 2019, le processus de la préparation de
la loi de finances a connu une innovation par rapport à la procédure
antérieure. En effet, la nouvelle logique des missions et des
programmes émergés de façon progressive comme le lieu de la
formulation d’une véritable politique financière.
On remarque également que la démarche suivie est évidement
essentiellement budgétaire. Mais certaine étapes relevant plus de la
performance que de la budgétisation au sens strict.
Cette instauration de performance dans l’action publique
implique de placer notamment l’élaboration de la loi de finances
dans une perspective pluri-annelle, de ce fait la LOB prévoit dans son
article 39 que « Les prévisions des ressources et des charges de
l’Etat se font sur la base des équilibres généraux et dans le cadre
des plans de développement, du budget économique et d’un cadre
budgétaire à moyen terme fixé pour trois ans et actualisé chaque
année»
Cette dernière disposition tend à introduire une certaine
discipline budgétaire globale à travers la conformité de budget avec
les possibilités financière de l’Etat et les contraintes de cadre macro-
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
économique. L’objective est de garantir la soutenabilité budgétaire
qui peut être définit comme étant « la continuité de la capacité de
l’Etat à honorer ses engagements et ses obligations et à préserver
les équilibres financières ».
CHAPITRE PREMIER : LES ACTEURS DE L’ELABORATION DU
PROJET DE LA LOI DE FINANCE (LES AUTORITES COMPETENTES)
La constitution 2014, dans son article 91 attribue au chef du
gouvernement le pouvoir de déterminer la politique générale de
l’Etat qui comporte logiquement la fixation de la politique
budgétaire annuelle.
Dans ce sens l’article 6 de la LOB prévoit que « Le Chef du
Gouvernement arrête les orientations générales du budget de l’Etat
dans le cadre la politique générale de l’Etat qu’il aura tracée dans le
cadre des plans de développement ».
Ainsi, la fixation des grands objectifs de l’économie est, en
Tunisie, une compétence exclusive du chef de gouvernement. Mais
la traduction de ces objectifs en articles et tableaux appartienne aux
différentes Ministères et au plus particulièrement au Ministère des
Finances et au chef du gouvernement.
Par conséquent, on remarque que la sphère financière
n’échappe pas à la règles en vigueur sous la constitution de 1959 en
matière de l’élaboration des textes législatifs qui veut que l’ordre
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
législatif soit important, même si la nouvelle LOB a tenté de
rehausser les prérogatives du parlement en matière budgétaire.
L’article 40 de la LOB prévoit que « Le Ministre chargé des
Finances prépare, sous l’autorité du Chef du Gouvernement, le
projet de loi de finances de l’année conformément à un calendrier
fixé par arrêté du ministre chargé des finances ».
À partir de cette disposition en souligne que le gouvernement a
la compétence exclusive pour la préparation du projet de la loi de
finance et du budget.
Cette exclusivité peut être justifiée par la technicité de la
matière. En effet, seul le gouvernement et ses services spécialisés
sont capables d’évaluer leurs besoins et les moyens dont ils peuvent
disposer. De plus, la loi de finances a une particularité, en ce sens
qu’elle ne peut être présentée que par l’organe exécutif
contrairement aux autres projets de lois qui émanent de l’organe
législatif.
Par ailleurs, la prédominance de l’exécutif peut s’observer tant
sur plan politique que sur le plan administratif :
Sur plan politique : Si la LOB prévoit que le projet de la loi
finances est préparé par le Ministre des Finances. En réalité, la nature
sensible des questions financières fait que les grandes orientations
budgétaires sont décidées par le chef de gouvernement.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
L’article 40 précise que la préparation du projet de la loi de
finances s’effectue sous l’autorité du chef du gouvernement et que
ce projet est soumis au conseil de ministres qui est présidé par le
chef du gouvernement.
Pourtant, le rôle de Ministère de Finances demeure essentiel. En
effet, c’est lui qui cordonne et centralise tous les demandes des
crédits, et surtout, c’est lui qui par les hautes compétences des
services de Ministère des Finances fournies au chef du gouvernement
les informations financières nécessaires à la prise des décisions.
D’une certaine façon, le Ministre des finances intervient dans les
choix politiques effectués par le chef du gouvernement en matière
financière dans la mesure où c’est lui qui, d’une part collecte les
données indispensables à ses choix et d’une part il assure leur
traduction en terme budgétaire. Egalement, il ne faut pas oublier le
rôle de Ministre des finances qui participe à l’élaboration du budget
en faisant les crédits budgétaires qu’il souhaite obtenir.
Sur plan administrative : Le Ministre des finances est
assisté par plusieurs services de son ministère ou l’action ou bien
l’intervention doit se faire en respectant l’équilibre global de budget
et en se plaçant dans une perspective triennale de maitrise de
finances publiques.
Ainsi, la loi de finances de l’année est élaborée par référence à
une programmation triennale actualisée chaque année en vue de
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
l’adapter à l’évolution de la conjoncture économique du pays.
En effet les données de la 1er année correspond en principe à
celle de projet de la loi finance de l’année (N) et les donnée relatives
aux deux années suivantes (N+1) et (N+2) sont indicatives, mais
doivent être réalistes.
Chaque année, cette programmation est révisé afin de tenir
compte de l’information financière existante et également de
changement de la conjoncture.
Par ailleurs, l’article 40 de la LOB prévoit que « le gouvernement
présente à l’Assemblé des Représentant de Peuple, avant la fin de
mois de juillet du chaque année, les hypothèses et la grandes
orientation du budget de l’Etat pour l’année suivante ».
CHAPITRE 2 : LA PREPARATION DU BUDGET
Une fois les orientations budgétaires sont fixées, elles sont
communiquées aux différents Ministères par le chef de
gouvernement.
L’entré en vigueur de la LOB de 2019 a modifié la procédure
budgétaire mise en œuvre à l’occasion de préparation du budget.
Cette procédure rénovée a intègre des nouvelles modalités et des
délais de préparation, d’examen et de vote du budget de l’Etat et ce
dans le respect des délais prévus par la LOB et inspiré de l’article 66
de la constitution.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
En vertu de l’article 40 de la LOB, le projet de la loi de finances
doit être préparé conformément à un calendrier fixé par arrêt de
Ministre des Finances.
Le ministère des finances a publié à cet égard un arrêt datant du
15 mars 2019 et cet arrêt a fixé les différentes phases de la
préparation du budget et de la loi de finances qui se résume comme
suite :
Avril-mai : communication des rapports annuels des
performances par les ministères dépensiers et soumission des
requêtes budgétaires.
Juin-juillet : les conférences budgétaires et la présentation
des principales hypothèses et orientations du budget de l’Etat pour le
prochain exercice à l’ARP.
Aout : dernière délai pour la préparation des annexes de
la loi de finance cité dans l’article 46 de LOB de 2019.
Octobre : dépôt du projet de la loi de finance a l’ARP.
CHAPITRE 3 : L’ADOPTION DE LA LOI DE FINANCES
A la différence de la préparation, l’adoption de la loi de finances
qui constitue la phase juridiquement décisif et largement
réglementée par la constitution et la LOB.
Ces dernières, s’applique aux lois de finances initiales (loi de
finances de l’année), les lois rectificatives et les lois de
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
règlementation du budget.
Les textes précités reflètent les spécificités des procédures
régissant la phase de l’adoption de la loi de finances.
Ainsi, le parlementa une compétence exclusive pour adopter les
projets de lois de finances mais ses pouvoirs sont limités. D’ailleurs,
l’intervention du parlement est strictement encadrée tant pour la
constitution que par la LOB.
SECTION 1 : LES PROCEDURES DE L’ADOPTION DE LA LOI DE
FINANCES
Une fois déposé au bureau de l’ARP, le projet de la loi de
finances fait l’objet d’un examen en commission puis en assemblé
plénière.
Sous-section 1 : L’examen du projet de la loi de finances
Le projet de la loi de finances est examiné par l’ARP selon une
procédure particulière. En effet, l’examen du projet est inséré dans
des délais strictement fixés par l’article 66 de la constitution et
l’article 47 de la LOB.
La constitution prévoit la possibilité pour le chef de l’Etat de
renvoyer le projet dans les 2 jours qui suivent son adoption à l’ARP
pour une deuxième lecture. Dans cette hypothèse, l’assemblée se
réuni pour un deuxième examen dans les 3 jours qui suivent
l’exercice du droit de renvoie.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Dans les 3 jours qui suivent l’adoption de la loi de finances par le
parlement en une deuxième lecture, le chef du gouvernement ou le
Président de la République ou 30 députés peuvent intenter un
recours en inconstitutionnalité contre les dispositions de la loi de
finances devant la Cour Constitutionnel statue dans un délai
n’excédant pas les 5 jours qui suivent le recours.
L’article 66 de la constitution dispose que « si la Cour
Constitutionnel déclare l’inconstitutionnalité, elle transmet sa
décision au Président de la République qui la transmet à son tour au
Président de l’ARP, le tout dans un délai ne dépassant pas 2 jours à
compter de la date de la décision de la Cour. Dans ce cas
l’assemblée adopte le projet dans les 3 jours à compter de réception
de la décision de la cour.
Si la constitutionnalité du projet est confirmée ou si le projet
est adopté en seconde lecture après renvoie ou si les délais de
renvoie et de recours pour inconstitutionnalité ont expiré sans qu’il
y ait exercice de l’un deux, le Président de la République promulgue
le projet de loi de finances dans un délai de 2 jours ».
Au niveau de la nouvelle LOB, on remarque le grand
changement opéré par cette loi réside dans l’adjonction à la loi de
finances de nombreux documents destinés à enrichir l’information du
parlement dans la liste figure à l’art 46 de la LOB. Selon cette article
« sont joint au projet de la loi de finances :
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
- Un rapport sur le budget de l’Etat dans le cadre des équilibres
globaux ;
- Un rapport sur la dette publique ;
- Un rapport comprenant un tableau des différents transferts de
l’Etat au profit des entreprises publiques et des établissements
publics à caractère non administratif ainsi que les garanties de
l’Etat accordées à ces structures ;
- Un rapport sur la répartition régionale de l’investissement ;
- Un rapport sur les dépenses fiscales et les avantages financiers
octroyés.
- Un rapport sur les projets d'investissements réalisés dans le
cadre de contrats de partenariat avec le privé ou dans le cadre de
concessions ou par le biais d’autres mécanismes de financement en
dehors du budget de l'Etat.
Le projet de loi de finances rectificative est accompagné d’un
rapport comprenant toutes les modifications qu’il est proposé
d’apporter à la loi de finances de l’année ».
En ce qui concerne les modalités de l’adoption de cette loi,
l’article 66 alinéa 2 de la constitution a précisé que « l’ARP adopte
les projets de loi de finances et de règlement du budget
conformément aux conditions prévues par la LOB ».
Le 7ième alinéa de l’article 66 qui concerne la soumission de loi de
finances au Président de la République pour la promulgation prévoit
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
que « Dans tous les cas, la promulgation intervient au plus tard le
31 décembre ».
L’article 66 in fine ajoute que « Si à la date du 31 décembre le
projet de loi de finances n’a pas été adopté, il peut être mis en
vigueur, en ce qui concerne les dépenses, par tranches trimestrielles
renouvelables, et ce, par décret présidentiel. Les recettes sont
perçues conformément aux lois en vigueur ».
Sous-section 2 : Le pouvoir d’amendement des projets de loi de
finances
L’art 49 de la LOB permet aux députées d’amender le projet de
loi de finances de l’année ou de la loi de finances rectificative, mais le
droit d’amendement des parlementaires est doublement limité.
D’une part l’interdiction des cavaliers budgétaire est
explicitement prévue par l’art 10 de la LOB. D’autre part les
amendements des parlementaires à incidence financière sont
strictement encadrés par l’art 49 de la LOB qui précise qu’elles sont
recevables si elles conduisaient à une diminution des dépenses ou à
une augmentation des recettes. Les parlementaires peuvent
également proposer des nouvelles dispositions sous réserve de
proposer des réserves additionnées.
Il faut noter que la nouvelle LOB permet aux députés de répartir
les crédits entre les programmes moyennant les modifications
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
correspondant au niveau des objectifs et des indicateurs des
programmes concernés par ces modifications.
Par ailleurs, si ces propositions ne respectent pas les conditions
posés par l’article 49 de la LOB, elles sont disjointes de plein droit,
c’est-à-dire qu’elles ne sont pas discutées et ont laissées à coté. Dans
tout cas quelque soit la proportion proposé elle doit respecter
l’équilibre budgétaire.
Sous-section 3 : Le vote de la loi de finances
L’article 48 de la LOB prévoit que : « la loi de finance est voté
dans les mêmes conditions que les lois ordinaires ».
Dans ce cas la LF fait l’objet d’un examen par les commissions
spécialisées qui préparent chacune un rapport qui servira de base aux
discussions dans l’assemblée plénière.
L’article 48 a ajouté aussi que « - Les prévisions des dépenses du
budget de l’Etat font l’objet d’un vote par mission et mission
spéciale,
- Les autorisations de recettes du budget de l’Etat font l’objet
d’un vote par partie ;
- Les recettes et des dépenses des comptes spéciaux du trésor
font l’objet d’un vote global par compte ;
- L’ensemble des recettes des comptes de concours font l’objet
d’un vote global ;
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
- L’effectif global du personnel autorisé des ministères, y
compris leurs services centraux et régionaux et des établissements
publics dont les budgets sont rattachés pour ordre au budget de
l’Etat fait l’objet d’un vote global ».
A la fin de la procédure, l’ensemble des dispositions de la loi de
finances font l’objet d’un vote global et final. Ce vote doit intervenir
au plus tard le 10 décembre conformément à la constitution.
Par ailleurs, le vote de la LF implique l’autorisation de percevoir
les recettes et de réaliser les dépenses.
SECTION 2 : L’AUTORISATION DE PERCEVOIR LES RECETTES ET
DE REALISER LES DEPENSES
Sous-section 1 : L’autorisation de percevoir les recettes
Trois remarques peuvent être avancées en ce qui concerne
l’autorisation de percevoir les recettes. Seuls les impôts autorisés
peuvent être perçus. Tous les impôts autorisés doivent être perçus,
l’autorisation n’est pas limitative.
+ Seuls les impôts autorisés peuvent être perçus
L’article 66 de la constitution prévoit que « la loi autorise les
recettes et les dépenses de l’Etat conformément aux conditions
prévues par la LOB ». De son côté, l’article 4 de la LOB prévoit que «
La loi de finances prévoit pour chaque année, l’ensemble des
ressources et des charges de l’Etat ».
- 67 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
A travers ces deux dispositions, on constate que la loi de
finances présente le double caractéristique d’être à la fois un acte
de prévision et d’autorisation.
L’autorisation annuelle de percevoir l’impôt constitue un moyen
de contrôle dans la mesure où il est formellement interdit à
l’administration de percevoir un impôt non autorisé (atteinte à la
légalité).
+ Tous les impôts autorisés doivent être perçue
La loi de finances n’est pas un simple acte d’autorisation, elle
constitue également la source d’une obligation de percevoir toutes
les recettes autorisés et l’administration n’a aucun pouvoir
d’appréciation en la matière.
En effet, dès lors qu’une recette est autorisée, elle doit être
perçue. D’ailleurs l’art 25 du CCP prévoit que « l’abondant de droits
et créances revenant à l’Etat, aux EPA et au CPL ne peuvent être
décidés que par une loi. Aucune exonération d’impôt du droit ou
taxe et aucune remise gracieuse de créances ne peuvent être
accordé en dehors des cas expressément prévus par la législation et
la réglementation en vigueur ».
+ Le caractère non limitatif de l’autorisation de percevoir les
recettes
En matière de recette, l’autorisation est générale, elle a pour
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
but de permettre au gouvernement de collecter les recettes prévues
par la loi de finances. Le montant indiqué par la loi de finances est,
toutefois, simplement évolutif dans la mesure où le gouvernement
n’est pas obligé de percevoir exactement la somme perçue par la LF.
Sous-section 2 : L’autorisation de réaliser les dépenses
En matière des dépenses, l’autorisation est plus stricte. En effet,
cette autorisation est accordée conformément au principe de la
spécialité, cela signifie que le gouvernement doit réaliser les
dépenses prévues par la loi de finance en respectant leur
destination et leur montant.
- 69 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
TITRE 3 : L’EXECUTION DU BUDGET
Après le vote de la loi de finances, le Gouvernement est autorisé
à exécuter le budget. L’exécution du budget c’est-à-dire, la
réalisation effective des opérations de recettes et de dépenses
obéirent à des règles strictes qui sont réglementé par le CCP du 1973.
Le CCP a défini d’une part les autorités compétentes en matière
d’exécution du budget (chapitre 1), et d’autre part les opérations
d’exécution des recettes et des dépenses (chapitre 2).
CHAPITRE PREMIER : LES AUTORITES COMPETENTES
D’OPERATIONS D’EXECUTION
Il existe deux grands catégories d’agents d’exécution du budget ;
les ordonnateurs et les comptables publiques. Les premiers décident
de l’opération de recettes ou de dépenses, les seconds procèdent au
recouvrement ou au paiement.
En vertus d’un principe ancien, ces deux fonctions doivent être
séparées et ne peuvent être exercé par les mêmes personnes.
Autrement dit, la réalisation d’une opération de recettes ou de
dépenses ainsi qu’à sa mise en ouvre doit être effectués par des
agents différentes. Ce principe se justifie par la préoccupation de la
régularité de la gestion financière et par celle d’éviter les
malversations.
- 70 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
SECTION PREMIERE : LES ORDONNATEURS
Selon l’article 6 du CCP « les ordonnateurs provoque les
opérations budgétaire ».
Ayant une marge de manœuvre assez importante, les
ordonnateurs décident les opérations de recettes et de dépenses.
Ainsi l’ordonnateur, est la personne qui de par sa fonction
administrative ou politique est appelé a exercer une fonction
financière (exemple ; les Ministres).
Dans le cadre de sa fonction, l’ordonnateur peut être obligé de
recruter des personnes ou tout simplement, il peut être animé a
assurer le fonctionnement de son service. Pour cette raison, il a
besoin de prendre des décisions financières.
Selon le CCP, la distinction essentielle oppose ordonnateurs
principaux, et les ordonnateurs secondaires.
+ Les ordonnateurs principaux : sont les autorités publics
auxquelles la loi de finances attribue de crédits et accorde les
autorisations de recettes. Ils bénéficient directement des crédits
budgétaires, c’est-à-dire, ils reçoivent directement les pouvoirs
d’autorisation (ex. : les Ministres, les directeurs des EP).
Toutefois, Les ordonnateurs principaux n’ont pas la possibilité
d’effectuer la totalité des opérations d’exécution des recettes et
dépenses. Ainsi, ils se trouvent déchargé de nombreuses décisions
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
au profit des ordonnateurs secondaires.
+ Les ordonnateurs secondaires bénéficient des crédits
budgétaires sur délégation des ordonnateurs principaux. Cette
délégation porte sur un crédit déterminé et doit être approuvé par le
Ministre des Finances.
SECTION 2 : LES COMPTABLES PUBLICS
Les comptables publics sont les seuls fonctionnaires habilités à
manier les fonds publics tant en terme de recettes que de dépenses.
Les comptables publics relèvent du Ministères des Finances. Ils
ont pour fonctionne d’exécuter les décisions prises par
l’ordonnateur en matière de recettes et de dépenses et de contrôler
la régularité de ces décisions, c’est-à-dire vérifier si les décisions ont
étaient accomplis en conformités avec les textes en vigueurs, et
refuser le cas échéant d’exécuter l’ordre de l’ordonnateur.
Ainsi, en matière de recette, le comptable public contrôle la
régularité de l’autorisation de percevoir la recette, ou encore la
régularité des réductions ou d’annulation.
En matière de dépenses, les comptable public doit s’assurer de
la qualité de l’ordonnateur, de la disponibilité des crédits, de la
validité de la dette, notamment au regard de la règle de service fait.
Donc, les comptables publics doivent exercer ce contrôle avant
l’encaissement ou le décaissement effectif. Par exemple, avant de
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
payer la dépense, le comptable public doit vérifier que les crédits
sont disponibles et ils ont été autorisés.
Toutefois, le CP doit se préoccuper de la régularité et non de
l’opportunité de la décision de l’ordonnateur.
Le CCP distingue dans son article 13 entre deux catégories de
comptables qui sont au sommet de la hiérarchie administratifs. A
coté des comptables publics principaux, il y a des comptables
publics secondaires qui exercent leurs fonctions sur délégation des
comptables publics principaux et sous leur responsabilité.
Par ailleurs, le régime d’exécution du budget repose sur un
principe fondamental et ancien, à savoir le principe de séparation
des ordonnateurs et des comptables
SECTION 3 : LE PRINCIPE DE SEPARATION DES ORDONNATEURS
ET LES COMPTABLES PUBLICS
Sous-section 1 : La formulation du principe de séparation
Le principe de séparation des ordonnateurs et des comptables
publics est régi par le droit de la CP. L’art. 5 du CCP prévoit que les
fonctionnes de l’ordonnateur et de comptable public sont
incompatible. Cela signifie qu’une même personne ne peut pas être à
la fois ordonnateur et comptable.
Concrètement, ce principe implique que les opérations
d’exécution du budget, c’est-à-dire la décision de l’opération et sa
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
mise en œuvre par le recouvrement des recettes ou le paiement des
dépenses doivent être séparés et confiées à deux agents distincts.
Par exemple, en matière de dépenses, les ordonnateurs décident
de dépenser, ainsi que des montants et des moments de la dépense,
et les comptables procèdent au paiement après avoir vérifier la
régularité de l’opération.
Ce principe a pour conséquence une indépendance mutuelle
entre les deux autorités. D’ailleurs l’ordonnateur n’a aucun pouvoir
hiérarchique sur le comptable qui n’a aucune obligation d’obéissance
vis-à-vis à l’ordonnateur.
Egalement, les conjointes des ordonnateurs ne peuvent être
comptable des organismes publiques auprès duquel les dits
ordonnateurs.
Par ailleurs, toute opération de recettes ou de dépenses va
intervenir obligatoirement les deux agents à savoir l’ordonnateur et
le comptable public. L’ordonnateur décide, le comptable exécute.
Ainsi, les deux autorités d’exécution sont séparés mais elles ont
besoins l’une de l’autre pour réaliser l’opération budgétaire.
Sous-section 2 : La justification du principe
L’intervention des deux catégories différentes d’agents publics
pour réaliser une opération budgétaire se justifie essentiellement :
- 74 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
A. La sécurité de l’argent public
Le principe de la séparation suppose qu’un seul agent ne peut
pas à la fois décider une dépense et la payée.
Ce principe permet d’assurer un contrôle mutuel de
l’ordonnateur sur le comptable et inversement, ce qui est de nature
d’éviter les risques de détournement, puisque aucun ces des deux
agents ne peut agir seul. Ainsi, les besoin de disposer d’un contrôle
réciproque apparaissent comme étant la principale justification de ce
principe.
En effet, avant d’exécuter les ordres d’encaissement des
recettes et encore plus lorsqu’il s’agit de dépenses, les comptables
doivent vérifier la régularité de l’acte de l’ordonnateur.
Ainsi, un ordre régulier ou émanant d’une autorité non habilité a
cet effet ne doit pas en principe donner lieu a encaissement ou
paiement, à défaut, le comptable engage sa propre responsabilité.
De son coté, l’ordonnateur ne peut pas procéder au maniement
des deniers publics qui relève de compétence exclusif des
comptables.
B. La spécialisation des fonctions
Ce principe permet une plus grande spéciation et d’avantages
une compétence professionnelles dans les fonctionnes de chacun de
ces deux catégories d’agent publics.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Les fonctionnes des gestionnaires ou celle des comptable
nécessitent de plus en plus des fonctionnes spécifiques.
Ainsi, pour être un directeur d’hôpital, ordonnateur du même
établissement, il est nécessaire de maitriser les techniques de la
gestion hospitalière. Pour les comptables, il est nécessaire de
métriser les aspects juridiques relatifs aux règles de la comptabilité
publique et les aspects techniques de la passation des écritures et de
la présentation de différents comptes. Désormais, la formation est
nécessaire dans la carrière de ces agents publics spécialisés.
SECTION 4 : LE STATUT PARTICULIER DES ORDONNATEURS ET
DES COMPTABLES PUBLICS
Sous-section 1 : Le statut particulier des ordonnateurs
L’objectif primordial de la comptabilité, est de garantir la sécurité
de la manipulation des deniers publics. A cette fin, les agents chargés
de l’ordonnancement des opérations financières publics sont
soumises à des obligations particulières et à un régime de
responsabilité spécifique.
A. Les obligations des ordonnateurs
Deux principales obligations pèsent sur les ordonnateurs :
+ Ils doivent tenir une comptabilité administrative et se faire à
accréditer auprès de comptable qui tient leurs gestion.
Ainsi, lors de la prise initiale de ces fonctions, l’ordonnateur est
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
tenu de se présenter au comptable auprès duquel il est accrédité et
c’en lui adressant une copie de son acte de nomination et un
exemplaire de sa signature.
+ Par la suite, les ordonnateurs ont l’obligation de tenir une
comptabilité administrative qui enregistre l’ensemble des
opérations qu’ils exécutent à savoir les engagements, la liquidation
et l’ordonnancement des dépenses et aussi la constatation, la
liquidation et la mise en recouvrement des recettes.
Cette comptabilité administrative, est une comptabilité simple
qui permet à l’ordonnateur de garder une trace des opérations qu’il
exécute. Cette comptabilité constitue un moyen d’information très
utile pour l’ordonnateur et lui permet de contrôler notamment les
engagements et les ordonnancements des dépenses afin d’éviter le
dépassement des crédits et assurer le suivi des opérations exécutés
par le comptable.
Cette obligation de la tenue d’une comptabilité administrative
s’applique tout au long de l’exercice de ces fonctions.
B. Le régime de responsabilité des ordonnateurs
Pour certain auteurs, la responsabilité des ordonnateurs, est
d’avantage théorique que pratique.
Cette responsabilité est difficile à mettre en jeu étant donné que
la plupart des ordonnateurs sont de haut fonctionnaire souvent des
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
ministres et que la méconnaissance des règles budgétaires
intervient pour des raisons qui ne sont pas normalement
répréhensible tel que la volonté d’assouplir le fonctionnement de
l’administration ou satisfaire certaine intérêts jugés supérieurs par
rapport au respect de la pure régularité comptable.
Cette situation est due principalement de la nature particulière
des fonctionnes de l’ordonnateur à la base de laquelle il y a
l’opportunité. Cette dernière est souvent difficile à soumettre à des
règles précises et donc, il est difficile de le contrôler.
Par ailleurs, et s’agissant de l’étude du régime de la
responsabilité des ordonnateurs, notamment ceux qui sont en même
temps des autorités politique, on peut dégager une triple
responsabilité ; politique, civile et pénale.
1. la responsabilité politique
Cette responsabilité s’applique théoriquement lorsqu’un
Ministre engage par exemple des dépenses au delà des crédits sans
autorisation budgétaire.
La mise en jeu de cette responsabilité peut se traduire par la
révocation du Ministre décidé par l’autorité politique de nomination
qui peut, s’elle constate des irrégularités budgétaire commises par le
Ministre, mettre fin à son carrière.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
2. la responsabilité civile
La mise en jeu de la responsabilité civile des Ministres aboutie en
principe au paiement sur les derniers personnels du Ministre de la
dépense irrégulièrement engagé.
Toutefois, cette responsabilité demeure souvent théorique
compte tenu de la disproportion entre la fortune personnelle des
Ministres et les montants qu’ils ont pu irrégulièrement engagé au
nom et pour le compte de l’Etat.
De plus cette responsabilité s’avère délicate à mettre en ouvre
dans le cas ou les irrégularités ont été commises dans l’intérêt du
service.
3. La responsabilité pénale
Les Ministres peuvent être traduits en justice pour
détournement des fonds ou de mauvaise gestion financière. En
Tunisie, La vie politique a enregistré des procès ou été impliqué des
ministres accusé d’irrégularités financière mais très souvent la
motivation politique été manifeste.
Sous section 2 : Le statut particulier des comptables publics
Le statut particulier des comptables publics tient aux
nombreuses obligations qui pèsent sur eux et dans le non respect
peut engager leurs responsabilité.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
A. Les obligations spécifiques des comptables publics
Les obligations spécifiques des comptables publics sont aussi
diverses que leurs fonctions, puisqu’elles sont liées aux opérations
d’encaissement et de décaissement des deniers publics.
Ces obligation spécifiques s’ajoute évidement aux obligations
ordinaires des comptables publics entant que fonctionnaire tel que
l’obligation d’assurer le service, l’obligation de discrétion
professionnel ou encore l’obligation d’obéissance hiérarchique
Parmi les obligations particulières des comptables publics, on
peut citer :
+ L’obligation de prêter serment : Cette obligation constitue une
garantie morale, par la quel les comptables publics s’engage à
accomplir leurs fonctions avec honnêteté crédibilité.
+ L’accréditation : elle consiste en la présentation par le
comptable de son acte de nomination et d’un exemplaire de sa
signature à l’ordonnateur, ainsi aux autres comptables publics avec
les quelles il est en relation.
+ L’obligation de résidence : tout comptable public est tenu de
résider dans la localité de son poste comptable pour pouvoir réaliser
ces fonctions avec toute la célérité (rapidité) requise par la
manipulation des deniers publics.
+ L’obligation de vigilance : en vue d’assurer la sécurité des
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
deniers publics et des valeurs dont les comptables ont la garde en
prenant tous les mesures nécessaire permettant de garantir la
sécurité matérielles des deniers et valeurs qui lui son confiés sous
peine de voir la responsabilité engagé en cas de négligence.
+ L’obligation d’avoir une caisse unique : cette obligation
constitue une application de la règle de l’unité de caisse et elle
s’applique à tous les comptables publics.
B. Le régime de responsabilité des comptables publics
La responsabilité spécifique des comptables publics tient de fait
qui manipule les dépenses publiques, se qui justifie une sévérité
particulière.
La responsabilité des comptables publics est en effet plus facile à
établi, car ils n’ont pas comme les ordonnateurs une liberté de choix
ou d’appréciation, et ils doivent se contenter d’appliquer strictement
la loi. Ainsi toute irrégularité commise par le comptable est
rapidement détectée et sanctionné.
Egalement, et outre la responsabilité particulier des comptables,
ces derniers sont soumis à la responsabilité de droit commun qui
pèse sur tout agent public en matière civile.
En matière de responsabilité des comptables, on trouve une
responsabilité personnelle et pécuniaire, c’est-à-dire que chaque
comptable est responsable sur sa fortune personnelle de
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
l’accomplissement exacte de ses opérations et des contrôles dont il a
la charge.
Ainsi, sa responsabilité personnelle se trouve engagé dès lors
qu’un préjudice financier est subi par l’organisme auprès duquel il
exerce ses fonctions. En effet le comptable est responsable de tout
déficit dans sa caisse c’est-à-dire de toutes différences entre la
situation qui présentent les écritures comptables et la situation réelle
de sa caisse. À ce titre l’écriture comptable figurant dans les registres
tenus par les comptables publics constitue les moyens de preuve de
la réalité des opérations comptable.
Egalement la responsabilité des comptables se rapporte aux
opérations de contrôle préalable au recouvrement ainsi qu’aux
opérations de recouvrement elle-même. Le contrôle préalable prévu
par l’article 10 du CCP selon lequel « Les comptables publics sont
chargés du recouvrement des recettes, du paiement des dépenses,
de la garde et de la conservation des fonds, valeurs, produits et
matières appartenant ou confiés à l'Etat, aux établissements publics
ainsi qu'aux collectivités locales.
Ils sont chargés également du contrôle de la régularité des
recettes et des dépenses desdits organismes ainsi que de la
régularité de la gestion de leur patrimoine », est un contrôle de
régularité portant essentiellement sur l’autorisation de percevoir les
recettes sur la mise en recouvrement et sur les décisions de
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
réduction ou d’annulation les recettes. Donc, il appartient aux
comptables publics de contrôler la validité des titres de mise en
recouvrement et des réductions ou annulations des ordres des
recettes.
Quant à la responsabilité des comptables à raisons de
recouvrement elle peut être engagé du faite du non recouvrement
des recettes.
CHAPITRE 2 : LES OPERATIONS DE L’EXECUTION DU BUDGET
SECTION 1 : LES PROCESSUS DE REALISATIONS DE DEPENSE
Quatre phases successives caractérisent le processus d’exécution
de la dépense publique. Trois étapes administratives qui relèvent de
l’ordonnateur et une étape comptable qui commence par le contrôle
de la régularité de l’ordre de la dépense et se termine par le
payement proprement dit.
Sous-section 1. Les phases relevant de l’ordonnateur
Il s’agit de l’engagement, la liquidation et l’ordonnancent.
A. L’engagement
L’ordonnateur doit d’abord procéder à l’engagement de la
dépense, c’est-à-dire créer ou constater une obligation pensant sur
l’Etat de laquelle découlera une charge.
L’engagement est le fait générateur de la dépense, c’est-à-dire
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
l’acte par lequel l’Etat prend la décision de procéder à une dépense.
Cette décision constitue pour l’Etat une sorte de reconnaissance
d’une dette qu’il s’engage à payer. C’est ainsi que l’art 22 de la LOB
prévoit que : « Les crédits d’engagement sont les crédits mis à la
disposition de l’ordonnateur pour engager les dépenses prévues par
la loi de finances ».
Ainsi dans le cadre de l’autorisation budgétaire, l’ordonnateur,
notamment, le Ministre pourra nommer des fonctionnaires, passer
des marchés, décider à l’emprunt… et tous ces actes rendent l’Etat
débiteur (le fonctionnaire devra être rémunéré, l’emprunt doit être
remboursé…).
Généralement, on distingue entre l’engagement juridique et
l’engagement comptable. l’engagement juridique résulte d’un acte
juridique tel qu’un contrat de marché public par lequel une obligation
est mise à la charge de l’Etat, par la suite, bien l’engament comptable
par lequel l’ordonnateur affecte des crédits budgétaires à la
réalisation d’une dépense particulière, ce qui suppose que celui-ci
s’assure des disponibilités budgétaires, et reste par conséquent dans
la limite des autorisations contenues dans la loi des finances.
L’originalité essentielle de la phase de l’engagement réside dans
le degré de liberté dont dispose l’ordonnateur lors de la prise de la
décision en ce qui concerne son opportunité, c’est-à-dire son
efficacité ou même sa rentabilité, même si cette liberté est relative
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
puisqu’elle est de plus en plus limitée ou rationnalisée par plusieurs
mécanismes tel que le concours, la concurrence. Ainsi le pouvoir de
l’ordonnateur est de plus en plus conditionné.
B. La liquidation
Son objet est de vérifier l’existence de la dette est déterminer
son montant. Ainsi, il faut vérifier que l’Etat s’est véritablement
engagé. Il s’agit donc de vérifier la réalité de la dette en contrôlant
que le service a bien été effectué en vertu de la règle de service fait.
Cette dernière règle répond au souci de protéger les deniers publics.
En effet une créance de l’Etat ne sera calculée et ultérieurement
payée que si le créancier a effectué la prestation justifiant sa
rémunération. Ainsi, le titulaire d’un marché de fourniture ou de
travaux publics n’aura droit à un paiement qu’après exécution
conforme de ce qui a été stipulé dans le marché.
La liquidation nécessite donc l’établissement d’un certains
nombres de preuve de la réalité de la dette sous forme de factures,
réception de matériels, l’arrêté de nomination. Ces différentes pièces
sont examinées lors de contrôle externe.
C. L’ordonnancement
C’est l’autorisation donnée par l’ordonnateur au comptable pour
payer la dépense. Il s’agit là de l’acte administratif donnant au
comptable l’ordre de payer la dette. On distingue ici les ordonnances
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
de paiement émises par les ordonnateurs principaux, et les mandats
de paiement émis par les ordonnateurs secondaires qui doivent
respecter la limite des crédits délégués par les premiers, et d’après
l’article 122 du CCP toute ordonnance doit comporter les pièces
nécessaires permettant au comptable de vérifier avant le payement
la régularité de la dépense.
Sous-section 2 : La phase comptable
C’est la dernière étape du processus de la réalisation de la
dépense. Il s’agit pour le comptable de payer la dépense après avoir
les vérifications nécessaires, il doit vérifier que la dépense qu’il doit
payer porte sur des crédits régulièrement ouvert et disponible. Il
vérifie aussi que les contrôles préalables ont était effectué. Il faut
préciser que le comptable n’est obligé de payer que si
l’ordonnancement est régulier, s’il constate une irrégularité, le
comptable doit refuser de payer et informer immédiatement
l’ordonnateur par une déclaration écrite et motivé, par conséquent
l’ordonnancement ne doit pas être interprétée comme un ordre de
payer puisque le comptable peut refuser le payement, en plus qu’il
n’est pas subordonné à l’ordonnateur, si toutes ces étapes ont été
franchis avec succès. Le payement proprement dit a eu lieu et l’Etat
se libère dans ce cas de sa dette.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
SECTION 2 : LE PROCESSUS DE REALISATION DES RECETTES
Alors qu’en matière de dépense l’ordonnateur bénéficie d’une
certaine marge de manœuvre, les administrations chargées
d’exécuter les opérations de recettes ne disposent d’aucune latitude
d’appréciation sur la nécessité de procéder ou non à ces opérations.
L’obligation d’exécution conduit à l’encaissent des recettes, mais
cela ne signifie pas l’obligation d’atteindre les prévisions budgétaires,
car ces dernières sont établies à partir des éléments sur lesquels
l’administration a peu de pouvoir tel que la hausse des prix, la
conjoncture économique.
L’exécution de la loi de finance en matière de recette fait
référence à des recettes fiscales.
L’exécution d’une recette fiscale est aussi décomposée de
plusieurs étapes : d’abord l’établissement et la fixation de l’assiette
de l’impôt. Ensuite, la liquidation de l’impôt. Enfin, le recouvrement
de l’impôt par le contribuable.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
CHAPITRE 3 : LE CONTROLE RELATIF A L’EXECUTION DU BUDGET
Le contrôle est l’outil qui permet de s’assure que l’activité
administrative fonctionne régulièrement, c’est-à-dire conformément
aux missions qui lui ont été assignées. Le contrôle répond aussi à la
nécessite de s’assurer de la conformité de l’exécution du budget avec
les autorisations au regard de la règle de comptable public.
Traditionnellement, le contrôle d’exécution budgétaire porte sur
la régularité des opérations des dépenses et des recettes, néanmoins
et de fait de l’exigence de la performance dans la nouvelle loi
organique du budget de nouveaux contrôles sont apparus. En effet
l’introduction d’une culture basée sur la gestion amène à vérifier
l’efficacité des opérations de l’exécution du budget.
Par ailleurs, les contrôles opérés sur l’exécution du budget
deviennent une source fondamentale d’information pour les
gestionnaires publics et pour l’assemblé législative et permette de
vérifier si les objectifs assignés ont été effectivement atteints, les
contrôles opérés sont donc indissociables d’une logique de
performance et de résultat. Les contrôles opérés sont donc
indissociables, séparables d’une logique de performance et de
résultat.
Trois types de contrôle peuvent être relevés, le control
administratif, juridictionnel, parlementaire ou politique.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Ces différences types de contrôle permettent de surveiller
l’exécution du budget au moment de sa réalisation et après sa
réalisation. Dès lors, on distingue d’une part, les contrôles préventifs
qui visent à empêcher les irrégularités (contrôle à priori) et le
contrôle à postériori qui vise à tirer des conclusions sur les erreurs
commises.
Ces différentes formes sont combinées entre elles pour aboutir à
la plus grande efficacité possible du contrôle dans la finalité et
évidement de veiller à la bonne marche des services publics et à la
sauvegarde des deniers de la collectivité.
SECTION 1: LE CONTROLE A PRIORI : LE CONTROLE
ADMINISTRATIF
Ce contrôle s’exerce au cours de l’exécution du budget et
concerne les dépenses avant son payement. Selon l’article 63 de LOB
« Le budget de l’Etat est soumis à un contrôle administratif
concomitant aux différentes étapes de son exécution. Les
procédures de contrôle sont fixées par les textes règlementaires
spécifiques à chaque instance de contrôle ».
Ce contrôle a pour but d’assure que les dépenses sont régulières,
c’est-à-dire conforme à l’autorisation budgétaire, il s’exerce sur les
ordonnateurs et les comptables publique.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Sous-section 1 : Le contrôle exercé sur les ordonnateurs
Ce contrôle est double, il intervient au moment de l’engagement
et au moment de l’ordonnancement de la dépense.
A. Le contrôle de l’engagement de la dépense
C’est un contrôle permanent qui s’exerce sur tous engagements
des dépenses effectués par les ordonnateurs. Il s’agit d’un contrôle
préalable dont l’utilité est de prévenir les irrégularités avant qu’elles
ne soient commises. Il donne lieu à un visa de régularité de la
dépense, qui est indispensable à son exécution par le comptable
public.
Selon l’article 88 du CCP « Aucune dépense ne peut être
engagée sans être revêtue au préalable du visa du service du
contrôle des dépenses publiques»
Selon l’article 2 du décret de 19 novembre 2012 relative au
contrôle des dépenses publiques : « sont soumises obligatoirement
au visa préalable de contrôle de dépenses publique, les dépenses
imputables au budget de l’Etat, au budget des établissements
publiques, aux fonds spéciaux de trésor et aux fonds concours ».
Il est évidant que ce type de contrôle s’il ne s’exerce pas avec la
célérité voulue, constitue une entrave au fonctionnent normale de
l’administration, c’est pour qu’il est exercé au niveau central par une
direction générale du la présidence du Gouvernement appelée
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
direction général de la dépenses publiques et au niveau régional par
les contrôleurs financiers.
Ce contrôle consiste à vérifier la régularité de l’engagement de
l’autorisation budgétaire, c’est-à-dire il s’agit de vérifier si la dépense
est prévue par le budget de l’Etat et si les crédits sont disponibles.
Par conséquent, le contrôleur financier est obligatoirement
informé des décisions de l’ordonnateur, et à ce titre il peut être
amené à lui donné son avis sur l’utilité de tel ou tel dépense, mais
dans tous les cas il ne peut pas refuser le visa si la proposition de
l’engagement est régulière même si son opportunité est discutable.
B. Le contrôle sur l’ordonnancement de la dépense
Ce contrôle intervient avant le payement de la dépense et il est
effectué par le comptable public. Ce dernier doit vérifier un certain
nombre des éléments avant de créer la dépense. Il vérifie d’abord la
qualité de l’ordonnateur, ensuit l’autorisation budgétaire et la
disponibilité des crédits et enfin il vérifie le visa du contrôleur
financier.
Sous-section 2 : Le contrôle sur le comptable public
Dans sa forme administrative, le contrôle des comptables publics
est exercé par le Ministre des Finances ou celui ayant reçu délégation
du Ministre des Finances. A cet effet, le Ministre des Finances exècre
le contrôle sur les comptables publics par l’intermédiaire des services
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
centraux de son département ministériel et de l’inspection générale
des finances.
Les inspecteurs de Ministère des finances procèdent à la
vérification de la bonne marche de service financier, en contrôlant les
comptes des comptables publics étant s’assurés de leur conformité
avec les pièces justificatives.
Sous-section 3 : Les missions d’audite
Aux termes de l’article 63 de la LOB « Toutes les administrations
publiques sont soumises à des missions d’audite et leurs rapports
annuels de performance sont examinés et évalués ».
L’audite fait partie du système permanent de contrôle et
d’évaluation au sein des grandes organisations. Longtemps, la
fonction d’auditeur intervient dans les secteurs des organismes
publics avec certaines adaptations aux spécificités de l’administration
publique. Il s’agit en effet d’une activité exercée de manière
indépendante et objective qui donne en principe à chaque chef
d’administration une certaine administration sur le degré de maitrise
de ses opérations et lui apporte des conseils pour l’amélioration. En
fait, les attentes de service public en termes de productivité, de
rentabilité impose à ceci une maitrise de leur fonctionnement
interne.
- 92 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
En réalité, la crédibilité et la légitimité de l’action administrative
sont intimement liées à sa performance. Dans ce nouveau contexte,
l’audite se voit attribuer de plus en plus une place de choix parmi les
techniques devant permettre une amélioration de la gestion de
l’administration publique.
SECTION 2 : LE CONTROLE A POSTERIORI
Sous-section 1 : Le contrôle juridictionnel de la Cour des
Comptes
Le contrôle administratif est un contrôle interne qui dépend
directement ou indirectement du Ministère des Finances. Ainsi, cette
forme de contrôle n’est pas suffisante, d’où la nécessité du contrôle
externe indépendant du gouvernement et de l’administration.
Il s’agit notamment du contrôle juridictionnel exercé par la Cour
des Comptes. La Cour des Comptes est un organisme du contrôle
externe et a postériori sur les finances publiques. Elle est créée par
l’article 55 de la constitution de 1959, devenu par la suite l’article 69.
Elle a fait l’objet de la loi n° 68 du 8 mars 1968 partant organisation
de la Cour des Comptes.
Actuellement, c’est l’article 117 de la constitution de 2014 relatif
à la justice financière qui régit et prévoit le contrôle exercé par la
cour des comptes. L’art 117 dispose que « La justice financière est
composée de la Cour des comptes et de ses différents organes. La
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Cour des comptes est compétente pour contrôler la bonne gestion
des deniers publics conformément aux principes de légalité,
d’efficacité et de transparence. Elle juge la comptabilité des
comptables publics. Elle évalue les modes de gestion et sanctionne
les fautes y afférentes. Elle assiste le pouvoir législatif et le pouvoir
exécutif dans le contrôle de l’exécution des lois de finances et de
règlement du budget. La Cour des comptes établit un rapport
général annuel qu’elle soumet au Président de la République, au
Président de l’Assemblée des représentants du peuple, au Chef du
Gouvernement et au président du Conseil supérieur de la
magistrature. Ce rapport est publié. La Cour des comptes établit, le
cas échéant, des rapports spéciaux pouvant être publiés. La loi
détermine l’organisation de la Cour des comptes, ses compétences,
les procédures suivies devant elle ainsi que le statut de ses
magistrats.»
Cette juridiction a fait l’objet récemment de la loi n° 41 du
30/04/2019 relatif à la cour des comptes. Cette juridiction contrôle
traditionnellement la légalité des opérations des recettes et des
dépenses et le respect des règles budgétaires et comptables. Elle
constitue en outre la juridiction chargé de statuer sur la gestion des
comptables publics.
Les missions confiées à la cour des comptes, ainsi que ses
modalités de contrôle ont considérablement évolués à partir de
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
l’adoption de la loi de 30 avril 2019. Cette loi s’inscrit en réalité dans
le cadre de système de gestion budgétaires par objectif, et ce afin de
répondre au principe de la transparence et la consolidation de
l’efficacité dans la gestion des deniers publics. Cette évolution s’est
traduite par l’octroi à la cour des comptes des compétences
nouvelles.
A. Les missions traditionnelles de la Cour des Comptes relatives
au contrôle de la régularité
La cour des comptes est investie de pouvoir de juger les comptes
des comptables publics. L’article 7 de la loi de 2019 relative à la Cour
des Comptes prévoit que ladite Cour juge en premier et dernier
ressort les comptes de comptables publics.
Cette juridiction exècre son contrôle sur les comptables
principaux ainsi que sur les comptables secondaires. La procédure de
contrôle, c’est-à-dire la vérification des comptes devant la Cour
s’ouvre par la présentation par les comptables publics de leurs
comptes de gestion. Juger les comptes des comptables publics
signifie que la cour exerce à l’égard des comptables un contrôle de
régularité. Ainsi, elle vérifie en procédant à la fixation de la ligne des
comptes. La ligne de comptes est la transcription chiffrée de la
situation de la comptabilité. Elle comporte toutes les opérations
effectuées par le comptable à partir desquelles la cour constate les
soldes à la clôture des comptes du dernier exercice.
- 95 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Dans un second temps, la cour procède à la vérification que les
opérations décrites dans les comptes appuie des pièces de
justification ont été correctement effectuées conformément aux
règles prescrites au droit budgétaire et du droit public, ainsi la Cour
des Comptes établit une déclaration générale de conformité entre les
comptes des comptables publics et le comptes général de
l’administration des finances, elle émet un avis sur les états financiers
annuels de l’Etat, dans les conditions fixées par la LOB.
B. Les missions rénovées de la cour des comptes
Selon la constitution de 2014, la Cour des Comptes contrôle la
bonne gestion des deniers publics, évalue les modes de gestion et
sanctionne les fautes y afférents, elle assiste le pouvoir législatif et le
pouvoir exécutif dans le contrôle de l’exécution de la loi des finances.
Le recours au critère de l’efficacité de la cour des comptes lors
des contrôles, doit normalement s’appuie sur les informations
recueillies par les gestionnaires eux même, et lorsque ces
informations font défaut.
Cette analyse peut être abordée de façon indirecte par
l’évaluation des conditions préalables requises pour atteindre
l’efficacité. Dans ce cas on peut dire que la Cour des Comptes ne va
se prononcer sur l’efficacité elle même, mais elle va examiner si
l’organisation des services de l’administration et les informations
ainsi que les outils disponibles sont susceptibles de produire des
- 96 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
résultats attendues, et dans cette approche, il ne s’agit pas de juger
l’efficacité mais plutôt de mettre l’accent sur les causes éventuels de
l’inefficacité, et cette démarche permet d’apporter objectivement
une information utile pour les gestionnaires, afin d’améliorer leurs
résultats. Le contrôle de la bonne gestion effectué par la cour
s’exerce toujours a postériori, et s’adresse à un assemblé
parlementaire soucieux d’évaluer si la politique qu’elle a confiée au
gouvernement ou pour laquelle elle lui a accordé sa confiance et
effectivement la mise en ouvre avec efficacité.
Cette action de contrôle de la bonne gestion se rattache au
contrôle parlementaire de l’action gouvernementale, également et
par application de la LOB, la Cour des Comptes émet ses observations
relatives au rapport annuel de performance par mission et par
programmes.
Ce nouveau rôle semble être en faite adapté à la nouvelle
approche adoptée par la LOB de 2019 qui a placé la performance au
cœur de la gestion publique.
Dans le même sens, l’article 144 de la loi relatif à la Cour des
Comptes prévoit que le rôle dévolu à la Cour des Comptes tend à
s’assurer de la conformité à la législation et à la réglementation en
vigueur et les actes de gestions pris par les organismes prévu à
l’article 7 de la présente loi. Il tend également à évaluer la gestion de
ses organismes pour s’assurer de la mesure dans laquelle elle répond
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
aux exigences de la bonne gouvernance notamment en ce qui a trait
au respect du principe déficience, d’efficacité et de transparence.
Par ailleurs, et selon la LOB de 2019, la Cour des Comptes exerce
pleinement la fonction d’assistance auprès de l’Assemblé législatif et
ce pour une meilleure gouvernance dans le secteur public.
Ainsi cette juridiction devient une institution auxiliaire de
l’assemblé parlementaire, selon l’article 64 de la LOB « La Cour des
Comptes assiste le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif dans le
contrôle de l’exécution des lois de finances et de règlement du
budget conformément à l’article 117 de la Constitution ».
En outre selon l’article 11 de la loi relative à la cour des comptes,
cette juridiction contribue à l’évaluation des politiques et
programmes publics. D’ailleurs, la même loi a confié à la cour du bon
emploi des deniers publics qui va permettre évidement l’évaluation
des politiques publiques et lorsque la cour des comptes assiste le
parlement et le gouvernement dans l’évaluation des politiques
publiques, elle cherche en réalité à vérifier si les résultats d’une
politique publique déterminée sont à la hauteur des objectifs fixés et
si les moyens budgétaires sont utilises de manière efficace. Par
conséquent, le rôle de la cour des comptes n’est pas de commenter
le choix décidé, mais d’évaluer les conséquences et de formuler les
recommandations pour attendre les objectifs fixés par le parlement.
- 98 - MEFTEH KRIKID
DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
Les pouvoirs publics peuvent dans ces cas fonder leurs décisions
sur des analyses objectives. Aussi avec la nouvelle organisation de la
cour des comptes qui a consacré l’intégration de la cour des
disciplines financières au sein de la Cour des Comptes. Cette
juridiction est compétente pour juger les irrégularités ou les fautes
de gestion commises par les ordonnateurs. Selon l’article 111 de la loi
relatif à la Cour des Comptes, sont justiciables de la cour des comptes
en matière des sanctions de la faute des gestions des ordonnateurs
de l’Etat, des établissements publics des collectivités locales.
Sous-section 2 : Le contrôle parlementaire ou politique
Dans les schémas de contrôle de l’exécution des finances, le
contrôle politique exercé par le parlement rêvé d’une importance
particulière. En effet il est naturel que le Parlement ayant accordé
son autorisation à un Gouvernement la loi de finance pour exécuter
et contrôler comment cette loi a été mis en ouvre.
Selon l’article 62 de la LOB, le Parlement assure le suivie et le
contrôle de la loi des finances et procède à l’évaluation des rapports
annuels des performances et de touts autres questions des finances
publiques.
L’article 62 ajoute que : « L’Assemblée des Représentants du
Peuple assure le suivi et le contrôle de l'exécution des lois de
finances et procède à l'évaluation des rapports annuels de
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
performances, et de toute autre question relative aux finances
publiques.
Toutes les informations et les documents d'ordre financier et
administratif, y compris les rapports établis par les structures de
contrôle doivent être fournis à l’Assemblée des Représentants du
Peuple qui respectera le caractère secret des questions relatives à la
défense nationale et à la sécurité intérieure et extérieure de l'Etat et
la confidentialité des enquêtes et du secret médical.
Le gouvernement présente à l'Assemblée des Représentants du
Peuple à la fin du premier semestre de chaque année budgétaire, un
rapport sur l'exécution du budget et sur l'application des
dispositions de la loi de finances ».
En réalité, le contrôle s’exerce à l’occasion du vote de la loi du
règlement de budget. Cette loi est normalement adoptée à la fin de
l’exercice, et ce contrôle a posteriori peut être conçu comme étant
un acte politique très important par lequel le parlement peut porter
un jugement sur la politique du Gouvernement et selon l’article 66 de
la loi LOB cette loi devient un instrument efficace de contrôle et ce à
partir de sa définition même son contenu et son objet. En effet,
l’objet de la loi de règlement est fondamental au regard des
prérogatives budgétaires du Parlement puisqu’elle permet
d’examiner chaque année les résultats effectives de l’exécution de la
loi des finances qu’il a initialement votée.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
D’une part, cette loi procède à la constatation de la différence
entre les résultats et les prévisions contenues dans la loi de fiance
initiale (loi de finances de l’année).
D’autre part, la loi de règlement procède à l’autorisation de
transférer les résultats d’année après déduction des sommes restées
disponibles sur les sources affectées.
En constatant les différences entre les prévisions initiales et le
résultat définitif, le parlement exerce son contrôle politique sur le
gouvernement mais se contrôle n’est efficace que dans la mesure où
il intervient peu de temps après la fin d’exercice concerné, ainsi la
discussion du budget de l’année N se fera en connaissant les résultats
de l’année N-2, d’ailleurs le législateur tunisien dans le cadre de
l’article 66 de la LOB prévoit que « Le Chef du Gouvernement
transmet à l’Assemblée des Représentants du Peuple, le projet de loi
de règlement du budget de l’année qui précède de deux années
l’année concernée par la loi de finances et ce, parallèlement avec la
présentation du projet de la loi de finances de l’année ».
Il appartient au Ministre des Finances d’élaborer le projet de la
loi de règlement du budget sur la base des comptes que les
ordonnateurs sont tenus de produire en ce qui concerne leurs
opérations des dépenses et les comptes de gestion des comptes
publics.
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DROIT DES FINANCES ET COMPTABILITE PUBLIQUE
D’autre part, le Parlement souvent appuie ressèment la mission
de l’évaluation des rapports annuels des performances, ces rapports
expriment notamment les performances réellement obtenues
comparées au objectives figurant dans les projets annuels de
performance. Ils permettent de vérifier précisément si les promesses
ont été tenues en mettant en évidence les écartes avec les prévisions
de la loi f de l’année ainsi qu’avec les réalisations constatées dans la
dernière loi de règlement. Dans ce cadre, on passe d’une analyse de
moyen à une analyse de performance obtenue.
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