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Les déchets solides a Dakar.

Environnement, sociétés et
gestion urbaine
Amadou Bélal Diawara

To cite this version:


Amadou Bélal Diawara. Les déchets solides a Dakar. Environnement, sociétés et gestion urbaine.
Géographie. Université Michel de Montaigne - Bordeaux III, 2009. Français. �NNT : �. �tel-00466516�

HAL Id: tel-00466516


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Submitted on 24 Mar 2010

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abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
UNIVERSITE BORDEAUX III MICHEL DE MONTAIGNE
UFR DE GEOGRAPHIE-AMENAGEMENT
Ecole Doctorale Montaigne-Humanités. ED 480.
Unité Mixte de Recherche (UMR 5185) : Aménagement-Développement-Environnement-Santé et
Société (ADES)/CNRS-TEMPOS

THESE
Pour obtenir le grade de
DOCTEUR DE L’UNIVERSITE DE BORDEAUX III
Discipline : Géographie

Amadou Bélal DIAWARA

LES DECHETS SOLIDES A DAKAR.


ENVIRONNEMENT, SOCIETES ET GESTION URBAINE.

Année Universitaire 2009-2010


Thèse dirigée par M. Serge MORIN
Professeur de Géographie, Université Michel de Montaigne-Bordeaux-III
Soutenue publiquement le 09/12/09

Jury : Serge MORIN. Professeur Emérite. Université de Bordeaux III.


Jean GOUHIER. Maître de Conférences. Université du Maine.
Jean-Claude BRUNEAU. Professeur Université de Montpellier 3.
Guy MAINET. Professeur Emérite. UBO-Brest.
Michel LESOURD. Professeur Université de Rouen.

1
REMERCIEMENTS

A ma défunte maman, Khadidiatou DIAWARA, née DIENG.


A mon défunt frère, Sydi Manoumbé DIAWARA.
Au Professeur Serge MORIN, Professeur Emérite Université de Bordeaux III, qui a dirigé
cette thèse. Sa logique scientifique et sa rigueur méthodologique, ainsi que sa disponibilité,
m’ont été indispensables dans l’accomplissement de ce travail.
A Mr Jean GOUHIER, Maître de Conférences. Université du Maine. Sommité du « déchet »,
concepteur de la « Rudologie », il a bien voulu accepter de m’éclairer dans cet univers à
part…, et n’a jamais cessé de m’encourager.
Au Professeur Guy MAINET, Professeur Emérite, Université de Bretagne Occidentale-Brest.
Au professeur Michel LESOURD, Professeur Université de Rouen.
Au professeur Jean-Claude BRUNEAU, Professeur Université de Montpellier 3.
A Mr Mamadou DIA, Hydrogéologue, Rudologue et Environnementaliste, pour ses conseils.
Au personnel encadrant de l’Université Bordeaux III, et particulièrement à Mme VEILLON
du REVALED pour sa compréhension.
A tout le personnel de l’Unité Mixte de Recherche (UMR 5185) : Aménagement-
Développement-Environnement-Santé et Société (ADES)/CNRS-TEMPOS, et de la « Maison
des Suds ».
A toute ma famille, mon papa Bassirou DIAWARA, mes frères et sœurs Pape, Norou, Ndèye
Maguette et Ndèye Fatou, ainsi qu’à leurs époux, épouses et familles.
A Khady Sy, Demba, à ma famille maternelle DIENG, et celle paternelle DIAWARA & DIOP.
A mon ami et frère Cheikh.T. FALL, pour son aide durant tous les travaux de terrain, et qui
doit probablement en avoir appris plus que moi.
A mon épouse FATIMA, pour sa patience et son soutien affectueux.
A notre petit Karim, qui, du fait de mes engagements, n’a pas beaucoup profité de son papa
depuis sa naissance…
A toute la famille ES-SAMTI pour son soutien, et particulièrement Abdsalam & Zulikha.
A toute la famille MOUSSAOUI de Gradignan.
A tonton Djiby, et tonton Maka, ainsi qu’à Abdoulaye et Bouba FOFANA de Bordeaux.
A Mbaye El Kébir NDIAYE, Mamadou SARR, Mohamed DEME, Cheikh SARR, Lamine
SARR, Chérif DIATTARA, Assane DIOUF, Ibrahima Syll, et leurs épouses.
A Abdoulaye GUEYE et Lamine DIEDHIOU, ainsi qu’à leurs épouses Pascale Maïmouna et
Fatou MBACKE.
A Adama SOW pour son aide dans le travail de cartographie.
A tous mes amis et collègues de Bordeaux, trop nombreux pour être cités nommément.
A toutes les nombreuses personnes, qui à divers titres, ont participé à la réalisation de ce
travail.
Que tous trouvent ici, l’expression de ma profonde et sincère gratitude.
2
GLOSSAIRE-LEXIQUE

Assani : Appellation en Afrique du Nord d’un linge en tissu d’environ 1m2 anciennement
utilisé par les populations pour « emballer » et transporter les provisions notamment de
céréales.

Badolos : Gens libres de la société hiérarchisée traditionnelle et précoloniale sénégalaise.

Baol-Baol : Généralement commerçant, originaire du Baol ancien royaume côtier du Sénégal


précolonial.

Baye-Diagal : Littéralement celui qui répare tout. Rafistoleur généralement d’origine rurale
sillonnant les quartiers populaires des villes sénégalaises pour proposer ses services.

Bol-doff : Littéralement gamelle du fou.

Borom khandi : Littéralement l’homme au fût (d’eau). Vendeur- livreur à domicile d’eau de
borne-fontaine dans les quartiers populaires des villes sénégalaises pour les ménages ne
disposant pas d’eau courante. Généralement ce sont des Maures-noirs qui occupaient ce
créneau qui a aujourd’hui presque totalement disparu du moins dans les grandes villes du
pays.

Borom-keurigne : Littéralement l’homme au sac (de charbon). Vendeur-livreur à domicile de


charbon de bois utilisé par les ménages pour la préparation des repas ou le chauffage
domestique. Ne pas confondre avec le Diallo-Keurigne, appellation donnée au vendeur-fixe
de charbon que l’on retrouve aussi dans tous les quartiers et disposant d’un enclos fixe du
reste sommaire (avec palissade circulaire en krintting et bâche pour protéger le produit en
hivernage). La généralisation du nom Diallo tient au fait que le secteur était largement détenu
par les Peul originaires de Guinée-Conakry, filière largement rejointe depuis par les
nationaux.

Buuju-man : Personne itinérante ou établie sur un site recevant des déchets (décharge, PAV),
et s’adonnant à la récupération d’au moins une partie des déchets dits ménagers.

Céanes : Puits traditionnels creusés dans les zones ou la nappe d’eau douce est affleurante.
LOMBARD parlera d’entonnoirs creusés dans le sol. (Voir bibliographie LOMBARD
1963,56)

Cars Rapides : Anciens fourgons de marque Renault-SAVIEM, importés par des opérateurs
du secteur privé du transport au Sénégal. Une fois l’habitacle transformé puis équipé de
sièges, ils deviennent des véhicules de transport en commun de biens et passagers qui
concurrencent ceux du secteur officiel.

Dakar Dem Dikk : Dakar « aller – retour » en wolof. Nom donné aux bus bleus de transport
en commun officiels de Dakar.

Damel : Titre du roi du Cayor

Dahira : Association à vocation confrérique implantée dans les villes.

Dibiterie : Tenancier d’échoppe proposant à toute heure de la journée et jusqu’à tard le soir de
la viande de bœuf ou mouton, grillée et prête à la consommation.

3
Djouti : Taxe locale au Sénégal.

Daccar : Ecriture parfois utilisée pour désigner la ville de Dakar avant son annexion officielle
par les Français en 1857.

Eumb : Linge en tissu d’environ 1m2 anciennement utilisé chez certains peuples d’Afrique au
sud du Sahara, pour « emballer » et transporter les provisions notamment de céréales. Ne pas
confondre avec l’autre signification possible voulant dire femme (femelle) enceinte.

Fajr : Aube en arabe

Gaanouwaye : Coin toilette sommaire ancêtre des W-C au Sénégal. Il est constitué d’un
réduit sableux clôturé avec deux moellons posés pour recevoir les pieds de la personne
accroupie, et parfois un drain sur la terre pour écouler les humeurs déchues vers l’arrière-
maison.

Gamou : Célébration de la naissance du Prophète Mahomet (PSL).

Gënt : Nom wolof désignant un village abandonné par ses occupants. Différent de l’autre
signification possible du mot voulant dire rêve.

Gnamou mbaam : Restes d’aliments destinés à la nourriture des porcs. Le terme mbaam est
aussi bien valable pour le porc, l’âne, que le sanglier (ou cochon sauvage). Pour marquer la
différence dans la sémiologie wolof, le nom porc est alors associé à l’adjectif « khooukh »
pour désigner celui avec le groin, l’âne à l’adjectif « sëff » désignant l’animal moyen de
transport et le sanglier « äl » (forêt) pour désigner le cochon sauvage.

Gongo : Variété d’encens de fabrication sénégalaise dont les vapeurs présenteraient en sus de
leurs fonctions traditionnelles (de parfum/répulsif pour moustiques), des vertus
aphrodisiaques.

Googoorlu : Se dit du sénégalais moyen, salarié, indépendant, ou sans emploi, adepte de la


débrouillardise pour subvenir à ses besoins et éventuellement à ceux de sa famille.

Guinaaw Keur : Littéralement « aller faire ses besoins » derrière la maison ou dans les bois à
proximité chez les populations sénégalaises.

Harratins : Maures noirs d’Afrique de l’Ouest.

Hassanate : Littéralement « bon points ». Peut être considéré en Islam comme une rétribution
divine thésaurisée pour ici-bas ou pour l’au-delà pour le compte du bénéficiaire. Il
récompense en général le croyant accomplissant de bonnes actions (prières et invocations
surérogatoires, générosité de cœur, solidarité et compassion envers son prochain)
indépendamment de ses obligations religio-spirituelles (prières, ramadan, aumône
annuelle…). En wolof, il porte la dénomination « Yiiw ».

Imraguens : Maures noirs d’Afrique de l’Ouest.

Laobés : Sous-caste de la classe des artisans. Anciennement spécialisés dans le travail du


bois, la tradition leur reconnaissait parallèlement quelques pouvoirs mystiques notamment
certains en rapport avec la sexualité (confection d’encens et autres bijoux érotico-sensuels
mais aussi d’amulettes anti-impuissance ou anti-adultère).

4
Magal : Célébration-pèlerinage, du départ en exil du guide fondateur de la confrérie soufie
Mouride Cheikh Ahmadou BAMBA en 1895 au Gabon.

Masla : Eloge d’une compromission, sorte d’arrangement en complaisance à soubassement


traditionnel, réputée prévenir et le cas échéant atténuer les éventuels conflits à caractère
social.

Mbalit : Appellation sénégalaise des déchets solides ménagers.

Mbalit toubab : « Déchets des blancs », en référence aux poubelles des quartiers européens
cible de choix pour les récupérateurs y compris ceux occasionnels dont les enfants en quête de
jouets..

Mbëd buur : Ruelle du domaine public, anciennement domaine du roi au Djolof.

Modou-Modou : Tenancier d’un petit commerce, terme aussi bien valable pour les nationaux
que pour les expatriés exerçant dans ce secteur.

Mouride : Adepte de la confrérie soufie Mouridya, plus communément appelée Mouridisme,


fondée par Cheikh Ahmadou Bamba (1853-1927) au début du XX siècle.

Ndiaga-Ndiaye : Anciens fourgons de marque Mercédès, importés par des opérateurs du


secteur privé du transport au Sénégal. Une fois l’habitacle transformé puis équipé de sièges,
ils deviennent des véhicules de transport en commun de biens et passagers qui concurrencent
le secteur officiel.

Paak ou Paack : Lieu informel de transaction (vente ou achat) de matériaux ou objets


déchets.

Pinthie ou Pëncc : Place centrale dans l’habitat traditionnel groupé lébou. Il comprend en
général l’arbre à palabres, la mosquée ou espace réservé aux prières et accessoirement une
aire de jeu pour les enfants.

Kawdir : Marmite traditionnelle sénégalaise servant généralement à la préparation du riz.

Korité : appellation sénégalaise de l’Aïd-El-Fitr fête sanctionnant la fin du Ramadan chez les
musulmans.

Lébous : Peuplement originel de la Presqu’île du Cap-Vert.

Lëk Khaliss : Littéralement manger de l’argent. S’enrichir de manière illicite avec l’argent
d’une structure qu’elle soit publique ou privée, professionnelle, associative...

Sérigne Ndakarou : Titre de Chef de la Communauté léboue de Dakar.

Set-Setal : Etre propre et rendre salubre. Slogan utilisé lors des initiatives populaires de
nettoiement et d’embellissement des quartiers à Dakar dans les années 80-90.

Sotio : Bâtonnet en bois coupé d’une branche ou d’une tige de plante. L’extrémité remâchée
sert de brosse à dents, parfois en appoint pour ceux utilisant aussi les brosses à dents
modernes.

Sourga : Littéralement employé. Toutefois dans le milieu agricole, ce terme désigne un


ouvrier agricole travaillant exclusivement pour un propriétaire et qui est rémunéré en nature
5
ou en espèces. Parfois il peut aussi en compensation de son travail, bénéficier d’un lopin que
lui cède son employeur et qu’il exploite pour son compte personnel et éventuellement du gîte.
Soutoura : Discrétion.

Tabaski : Appellation sénégalaise de l’Aïd-El-Kébir ou fête du mouton sanctionnant la


commémoration du sacrifice d’Abraham chez les musulmans.

Talibé : Dérivé du mot arabe talib désignant un élève ou étudiant suivant un enseignement
religieux musulman, bien que cet enseignement soit souvent (et malheureusement) limité à la
seule maîtrise des sourates du Saint Coran.
Tatas : habitations traditionnelles des populations du Golfe de Guinée.

Tampuure : Appellation en zone voltaïque de la fosse ou tas à fumier recevant les matières
organiques destinées à terme à fertiliser les champs de culture.

Tangana : Echoppe proposant en journée à toute heure, un menu petit-déjeuner relevé.

Téranga : Tradition populaire d’accueil et d’amabilité envers autrui et notamment


« l’étranger ».

Tiéddos : Sous-caste de soldats et courtisans du roi dans la société traditionnelle et


précoloniale sénégalaise.

Tidjane : Adepte de la confrérie Tidjania implantée au Sénégal par El Hadj Malick SY vers
1827.

Tilim-tilimeul : Salir délibérément (en opposition à Set-sétal).

Yakar : Espoir

6
SIGLES ET ACRONYMES

ADEME : Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie.


ACP : Afrique-Caraïbes-Pacifique.
ADM : Agence de Développement Municipal.
AFCO : Africaine de Commercialisation.
AFD : Agence Française de Développement.
AMI : Assistance Médicale Indigène.
APRODAK : Haute Autorité pour la Propreté de Dakar.
ASPROSEN : Association pour la Propreté du Sénégal.
AGETIP : Agence d’Exécution des Travaux d’Intérêt Public.
APIX : Agence de Promotion des Grands Travaux.
AEF : Afrique Equatoriale Française.
AOF : Afrique Occidentale Française.
ASC : Association Sportive et Culturelle.
BAD : Banque Africaine de Développement.
BAHSO : Bureau d’Assistance à l’Habitat Social.
BCEAO : Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest.
BCEOM : Bureau Central d’Etudes de l’Outre-mer.
BDS : Bloc Démocratique Sénégalais.
BIT : Bureau International du Travail.
BOM : Bennes à Ordures Ménagères.
BPS : Bloc Populaire Sénégalais.
CA : Commune d’Arrondissement.
CADAK : Communauté d’Arrondissements de Dakar.
CAFAL : Compagnie Africaine de Fabrication d’Allumettes.
CAM : Complexe Avicole de Mbao.
CAMCUD : Coordination des Associations de la Communauté Urbaine de Dakar.
CCCEF : Caisse Centrale de Coopération Economique et Financière de la France.
CCC : Compte de Crédit Communal.
CCIS : Comptoir pour le Commerce International du Sénégal.
CEDEAO : Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest.
CEDEPS : Centre Départemental de l’Education Populaire Sportive.
CESAG : Centre Africain d’Etudes Supérieures en Gestion.
CET : Centre d’Enfouissement Technique.
CETOM : Collecte-Enlèvement-Traitement des Ordures Ménagères.
CFA : Communauté France-Afrique.
CICES : Centre International pour le Commerce Extérieur du Sénégal.
CNTS : Confédération Nationale de Travailleurs du Sénégal.
CNUEH Centre des Nations Unies pour l’Etablissements Humains
CRD : Comité Régional de Développement.
CSC : Consortium Sénégalo- Canadien.
CSDD : Centre de Stockage des Déchets Dangereux.
CSE : Centre de Suivi Ecologique.
CSL : Compagnie Sénégalaise de Lubrifiants.
CSS : Caisse de Sécurité Sociale ± Compagnie Sucrière Sénégalaise.
CTDD : Centre de Traitement des Déchets Dangereux.
CUB : Communauté Urbaine de Bordeaux.
CUD : Communauté Urbaine de Dakar.
DASRI : Déchets d’Activités de Soins, à Risques Infectieux.
DDD : Dakar-Dem-Dikk.
DID : Déchets Industriels Dangereux.
DMB : Déchets Médicaux et Biomédicaux .
DMS : Déchets Ménagers Spéciaux.
7
DGTP : Direction Générale des Travaux Publics.
DPV : Direction de la Protection des Végétaux.
DPW Département des Travaux Publics (USA).
DSCOS Direction de la Surveillance et du Contrôle de l'Occupation du Sol.
DSU : Déchets Solides Urbains.
DUA : Direction de l’Urbanisme et de l’Aménagement.
ENDA : Environnement et Développement.
ENFOM : Ecole Nationale de la France d’Outre-Mer.
ENSOA : Entreprise de Savonnerie de l’Ouest-Africain.
ESAM : Enquêtes sur les Ménages.
FAHU : Fonds pour l’Amélioration de l’Habitat et d’Urbanisme.
FMI : Fonds Monétaire International.
FIDES : Fonds d’Investissement pour le Développement Economique et Social.
FOM : France d’Outre-mer.
FORRF : Fonds de Restructuration et la Régularisation Foncière.
FRHS : Fonds Roulant pour l’Habitat Social.
FUMOA : Fûts Métalliques de l’Ouest-Africain.
GGAOF : Gouvernement Général de l’Afrique Occidentale Française.
GIE : Groupement d’Intérêt Economique.
HAMO : Habitations Modernes.
HAPD : Haute Autorité pour le Propreté de Dakar.
HLM : Habitations à Loyers Modérés.
ICOTAF : Industrie de Confection Textile en Afrique.
ICS : Industries Chimiques du Sénégal.
ISE : Institut des Sciences de l’Environnement.
ISRA : Institut Sénégalais de Recherches Agricoles.
LONASE : Loterie Nationale Sénégalaise.
MEPN : Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature.
MD1 : Mini-dépôt.
MD2 : Moyen-dépôt.
MD3 : Maxi-dépôt.
MIN : Marché d’Intérêt National.
MKR : Menuiserie Khadim Rassoul.
MTOA : Manufacture de Tabacs de l’Ouest-Africaine.
MUAT : Ministère de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire.
NE : Nord-est.
NNW : Nord, nord-ouest.
NW : Nord-ouest.
NEPAD : New Partenariat of African Dévelopment.
NIMBY (Not In My Back Yard). Pas chez moi
NPI : Nouvelle Politique Industrielle.
NSN : Nouveau Système de Nettoiement.
OCB : Organisations Communautaires de Base.
OCDE : Organisation pour la Coopération et le Développement en Europe.
OHLM : Office National des Habitations à Loyers Modérés.
OIF : Organisation Internationale de la Francophonie.
OM : Ordures ménagères.
OMS : Organisation Mondiale de la Santé.
ONAS : Office National de l’Assainissement.
ONG : Organisation- Non- Gouvernementale.
ONU : Organisation des Nations Unies.
OUA : Organisation de l’Unité Africaine.
ORSTOM : Office de Recherche Scientifique des Territoires d’Outre-mer.
IAGU : Institut Africain de Gestion Urbaine.
8
PAD : Port Autonome de Dakar.
PADE : Programme d’Amélioration Durable de l’Environnement.
PADE : Projet d'Assainissement de Diokoul et Environnants.
PAS : Programme d’Ajustement Structurel.
PAC : Programme d’Appui aux Communes.
PADDEL : Programme d’Appui à la Décentralisation et au Développement Local.
PAM : Programme Alimentaire Mondial.
PANAL : Plan National d’Action pour l’Assainissement Liquide.
PAP : Porte-à-porte.
PAV : Point d’Apport Volontaire. Désigne les points de dépôt de déchets établis par
l’organisme de collecte officiel.
PELT : Projet Eau Long Terme.
PCI : Pouvoir Calorifique Inférieur.
PCS : Pouvoir Calorifique Supérieur.
PDU : Programme de Développement Urbain.
PIB : Produit Intérieur Brut.
PLASTIDUSTRIES : Plastiques Industriels.
PRA : Parti pour le Rassemblement Africain.
PRA : Point de Rejet Anarchique. Désigne les points de rejet de déchets établis par les
populations.
PRI : Point de Regroupement Initié, équivalent du Point d’Apport Volontaire.
PSE : Programme Sectoriel Eau.
PTB : Petit Train Bleu.
REFIOM : Résidus d’Epuration des Fumées d’Incinération des Ordures Ménagères.
RER : Rames Expressément Régionale.
RGPH : Recensement Général de la Population.
SAF : Savonnerie Africaine Fakhry.
SAGEF : Société Africaine de Gestion et d’Equipement Fonciers.
SAPEM : Société Africaine de Peintures Modernes.
SAR : Société Africaine de Raffinage.
SAUR : Société d’Aménagement Urbain et Rural.
SCAT-URBAM : Société Centrale d’Aménagement des terrains urbains.
SDF : Sans Domicile Fixe.
SDE : Sénégalaise Des Eaux.
SENTEL : Sénégalaise des Télécommunications.
SENAC : Société Africaine de Construction.
SENELEC : Société Nationale d’Electricité.
SERAS : Société d’Exploitation des Ressources Animales du Sénégal.
SEN : Sénégal.
SENCHIM : Sénégalaise de produits Chimiques.
SFIO : Section Française de l’Internationale Ouvrière.
SIAS : Société Industrielle d’Aménagement du Sénégal.
SICAP : Société Immobilière du Cap-Vert.
SIPLAST : Société Industrielle de Plastique.
SIPOA : Société Industrielle Pharmaceutique de l’Ouest Africain.
SITA : Société Industrielle de Transports et d’Aménagement.
SMICOTOM : Syndicat Mixte pour la collecte et le traitement des O.M.
SNCS : Société Nationale des Conserveries du Sénégal.
SNHLM : Société Nationale des Habitations à Loyers Modérés.
SO : Sud-ouest.
SOADIP : Société Africaine de Diffusion et de Promotion.
SOBOA : Société des Boissons de l’Ouest-Africain.
SOCOCIM : Société de Commercialisation de Ciment.
SODIDA : Société du Domaine Industriel de Dakar.
9
SOGAS : Société de Gestion des Abattoirs d Sénégal (ex SERAS).
SONACOS : Société Nationale de Commercialisation des Oléagineux du Sénégal.
SONATEL : Société Nationale des Télécommunications.
SONED : Société Nationale d’Etudes et de Développement.
SONEES : Société Nationale d’Exploitation des Eaux du Sénégal.
SOSENAP : Société Sénégalaise de Nattes en Plastique.
SOSEFIL : Société Sénégalaise de Filature.
SOTRAC : Société des Transports en Commun du Cap-Vert.
SRH : Société de Recyclage des Huiles.
SSPT : Société Sénégalaise des Phosphates de Taïba.
STAGD : Service Temporaire d’Aménagement du Grand Dakar.
STC : Services Techniques Communaux.
TEOM : taxe d’enlèvement des Ordures Ménagères.
TRANSTECH : Transformations Technologies.
UCAD Université Cheikh Anta DIOP.
UE : Union Européenne.
UNESCO : Organisation des Nations-Unies pour l’Education, la Science et la Culture.
UNICEF : Fonds des Nations Unies pour l’Enfance.
UNIPLAST : Union Nationale des Industries Plastiques.
UPS : Union Progressiste Sénégalaise.
VDN : Voie de Dégagement Nord.
VHU : Véhicules Hors d’Usage.
ZAC : Zone d’Aménagement Concertée.

10
LISTE DES PHOTOS

Première Partie.

Photo 1. Dakar vue d’ensemble : la corniche et l’anse de la ville. Source Atlas Jeune Afrique : Le Sénégal (46)
Photo 2 : Le Plateau vers la fin du XX siècle. Source Archives Nationales. (46)
Photo 3. Centre commercial « Les 3 C » sur le boulevard du Général de Gaulle. (49)
Photo 4. La « Porte du Troisième Millénaire » sur la corniche ouest de Dakar. (50)
Photo 5. Echangeur et rond-point à l’entrée du Plateau à hauteur de la caserne des Sapeurs Pompiers de
l’avenue « Malick Sy ». (55)
Photo 6. Le cœur du Plateau : l’avenue Ponty et ses permanents embouteillages en journée. (56)
Photos 7 & 8. A gauche Terminus des cars de transport en commun « Ndiaga-Ndiaye ». A droite, station de
Cars-Rapides. (57)
Photo 9. Garage « clandos » dans la banlieue de Dakar. (58)
Photo 10. Bus de transport en commun officiels de la société Dakar-Dem-Dikk (DDD). (59)
Photos 11 & 12. Entrées des hôpitaux « Principal » et « Le Dantec » au Plateau. (63)
Photo 13. Cuve-poubelle de capacité de 100 L utilisé pour contenir les déchets domestiques à Dakar. (75)
Photos 14 & 15. Cuve-conteneur à usage alimentaire destiné à stocker de l’eau ou des fluides et liquides.
alimentaires. Elle sert aussi parfois à contenir les déchets. (77)
Photos 16, 17, 18, 19. Quelques exemples de récipients utilisés pour le stockage des ordures ménagères à
Dakar. (81)
Photo 20. Le quartier résidentiel huppé des « Almadies » dans la proche banlieue Dakaroise. (83)
Photo 21. Poubelles en fer non réglementaires et bacs à ordures standard (1100 L) dans le centre-ville. (85)
Photo 22. DAKAR : le Plateau, ou l’ancienne ville européenne. (97)
Photos 23 & 24. Poubelles-corbeilles publiques pour « petits déchets » à Gorée. (101)
Photo 25. Nouvel immeuble administratif dans le quartier Les Ambassades à Fann. (104)
Photo 26. Poubelles de fortune dans Pikine irrégulier. (106)
Photo 27. Décharge villageoise sur une route départementale dans le secteur de Bayakh vers Kayar. (110)
Photo 28. « Saloum », village de récupérateurs sur le site de la décharge de Mbeubeuss. (122)
Photo 29. Objets artisanaux confectionnés avec des plaques d’aluminium provenant…de fabriques de la place.
(126)
Photo 30. Artisans, véritables récupérateurs, établis à Thiaroye-Gare dans la banlieue dakaroise. (126)
Photo 31. Entrée libre de la décharge de Mbeubeuss. (128)
Photo 32. Route de Malika relevée avec les ordures, lors de sa construction en 1967. (128)
Photo 33. Dépôt anarchique temporaire de taille moyenne (MD2) au Plateau. (136)
Photo 34. Dépôt anarchique utilitaire de taille moyenne (5 à 10 m2) à Grand-Dakar (Gueule-Tapée). (137)
Photo 35. Maxi dépôt d’ordures à Colobane. (139)
Photo 36. Enfants s’amusant et chiffonnant dans un maxi-dépôt anarchique (MD3) à Pikine. (144)
Photos 37 & 38. Plages de Dakar entre les années 1910 et 1950. (148)
Photo 39. Déchets domestiques rejetés dans le canal qui se déverse sur l’océan Atlantique. (149)
Photo 40. Déchets ménagers accumulés sur la baie de Hann à Dakar. (152)
Photos 41, 43, 43. Dépôts anarchiques littoraux de déchets dans les îles de Gorée et de Ngor. (154)
Photo 44. Incinération artisanale dans un dépôt anarchique permanent à Pikine. (157)
Photo 45. Incinération artisanale d’ordures à Mermoz. (158)
Photo 46. Enfouissement artisanal inachevé à Pikine. (160)
Photo 47. Montagnes « fumantes » de déchets à Mbeubeuss. (173)
Photo 48. Jeune femme se débarrassant d’eaux ménagères sur le rivage à Yoff. (179)
Photo 49. Rue principale (pénétrante) du quartier de Nietty Mbar (Pikine) régulièrement inondée (182).

11
Deuxième Partie.

Photo 50. Benne de collecte des ordures de type ROTOPAC, utilisée dans les années soixante à Dakar. (191)
Photo 51. Camion arroseur-balayeur, utilisé dans les années soixante à Dakar. (191)
Photo 52. Building administratif à Dakar. (207)
Photo 53. Dépôt anarchique contestataire en formation. (267)
Photo 54. Lotissement dans les Parcelles Assainies. (284)
Photo 55. Espace attenant à la concession « gagné » sur le domaine public. (288)
Photo 56. Gargotes de vendeuses de plats cuisinés, attenante à un cagibi de jeux et paris. (290)
Photo 57. Grilles avaloirs du réseau pluvial progressivement ensablées. (321)
Photo 58. Axes routiers et trottoirs non stabilisés dans la zone sablonneuse des Parcelles Assainies. (323)
Photo 59. Station de traitement des eaux usées de Cambérène, gérée par l’ONAS. (343)
Photo 60. Cabine d’aisance (ou W-C) publique mise en place par l’APRODAK en 2003. (348)
Photo 61. Intérieur des cabines avec des toilettes turques améliorées. (348)
Photo 62. Collecteur d’eaux pluviales de Grand-Yoff. (353)
Photo 63. Boues de curage d’égouts, abandonnées in situ vers Grand-Yoff. (354)
Photo 64. Grille avaloir destinée à l’évacuation des eaux pluviales, colmatée par les détritus ménagers. (355)
Photo 65. Eaux ménagères jetées à même la chaussée à la Médina. (356)
Photo 66. Ménagère jetant des eaux domestiques dans les regards de collecteur des eaux pluviales. (357)
Photo 67. Dalle cimentée mise en place par les populations pour lutter contre le vol des grilles avaloirs. (357)
Photo 68. Eaux usées industrielles se déversant dans la baie de Hann. (363)
Photo 69. Déchets domestiques et polluants industriels sur la plage de Hann. (364)
Photo 70. Eaux usées, détritus et déchets liquides industriels à Hann. (364)

Troisième Partie.

Photo 71. Bœufs porteurs utilisés pour le transport sur le continent des marchandises au début du siècle. (380)
Photo 72. Transport à dos de chameau au début du siècle. (380)
Photo 73. Le quartier de Guet-Ndar à Saint-Louis après un raz-de-marée vers la moitié du 20° siècle. (426)
Photo 74. Le quartier de Guet-Ndar à Saint-Louis, au début du siècle. (429)
Photo 75. Le littoral de Dakar au niveau de la Pointe Lazaret (Anse Bernard). (432)
Photos 76 & 77. Villages traditionnels dans la presqu’île de Dakar. (435)
Photo 78. Le centre-ville de Dakar au début du 20° siècle. (438)
Photo 79. Secco d’arachides à Rufisque. (449)
Photo 80. Rufisque au début du siècle. (452)
Photo 81. Une rue de Dakar vers 1910. (454)
Photo 82. Une rue dans le village de Hock (actuelle Fann) au début du siècle. (464)
Photo 83. Le Port de Dakar au début du siècle. (466)
Photo 84. Avenue Maginot à Dakar vers 1945. (483)
Photo 85. Le quartier de Fann vers 1945. (484)
Photo 86. Paysage bucolique et luxuriante végétation de marécages et marigots côtiers à Hann. (488)

12
Quatrième Partie.

Photo 87. Déchets de chantier et gravats déversés dans des dépôts anarchiques. (524)
Photo 88. Déchets d’ateliers de réparation abandonnés dans un dépôt anarchique moyen (MD2) au Plateau.
(525)
Photo 89. Déchets d’élagage d’arbres abandonnés dans un dépôt anarchique moyen (MD2) dans le
département de Dakar. (529)
Photo 90. Déchets d’élagage d’arbres stockés devant la maison d’origine. (529)
Photo 91 & 92. Ruelles à Gorée actuellement. (532)
Photo 93. Le centre ville de Dakar vers 1910. Certaines rues sont déjà stabilisées. (533)
Photo 94. Mare d’hydrocarbures industriels sur la plage de Hann à Dakar. (539)
Photo 95. Jour de paie pour le personnel de terrain de la société de nettoiement AMA-Sénégal. (590)
Photo 96. Point d’Apport Volontaire (PAV) pour déchets ménagers à Dakar. (614)
Photos 97 & 98. Bennes à ordures utilisée pour la collecte, le transport …et la mise en décharge
des déchets à Mbeubeuss. (621)
Photos 99 & 100. Charrettes de collecte d’ordures. (624)
Photo 101 & 102. Camions avec plateforme arrière peu volumique, utilisés pour le transport des
déchets à Mbeubeuss. (628)
Photos 103 & 104. Transport sur chariots puis stockage des sacs d'arachides à Rufisque dans les années
1930. (632)
Photo 105 & 106. Le port de Dakar au début du siècle et aujourd’hui. (639)
Photo 107. Le « Petit Train Bleu » à hauteur de Thiaroye. (641)
Photo 108. Image aérienne 1. Zone du lac en 1954. (650)
Photo 109. Paysage des Niayes aux environs de Dakar dans les années 1950. (651)
Photo 110. Image aérienne 2. Vue d’ensemble de la bande littoral nord de la zone du lac de Mbeubeuss en
1978. (652)
Photo 111. Image aérienne 3. La zone du lac en 1997. (654)
Photo 112. Image aérienne 4. La zone du lac de Mbeubeuss en 2007. (654)
Photos 113 & 114. Images aériennes 5 & 6. Entrée actuelle de la décharge à Mbeubeuss. (655)
Photos 115 & 116. Images aériennes 7 & 8. Feux spontanés de surface (moins d’un mètre) et feux de
profondeur (10 m). (656)
Photos 117 & 118. Images aériennes 9 & 10. Bifurcation à l’intérieur de la décharge. (657)
Photo 119. Image aérienne 11. Front de la décharge actuellement en remplissage. (658)
Photo 120. Image aérienne 12. Villages de récupérateurs installés sur le site de la décharge. (658)
Photo 121. Image aérienne 13. Camions traversant la barrière verte, rempart contre l’avancée de la mer et la
progression des dunes littorales. (659)
Photo. 122. Image aérienne 14. Camions traversant la décharge et la barrière des filaos pour
extraire du sable marin sur le littoral nord. (659)
Photo 123. Image aérienne 15. Arrivée à destination…la plage de Mbeubeuss. (660)
Photo 124. La décharge de Mbeubeuss à Dakar actuellement. (660)
Photo 125. « Montagnes fumantes » de déchets à Mbeubeuss. (661)
Photo 126. Image aérienne 16. Entrée du futur CET entre Ndiass et Sindia dans le département de Thiès sur la
Nationale Dakar-Kaolack. (665)
Photos 127 & 128. Images aériennes 17 & 18. Casiers en cours de réalisation, avec bassin de captage des
lixiviats. (666)
Photo 129 & 130. Panneaux interdisant le dépôt d’ordures sur des parkings routier de stationnement
provisoire en France. (684)
Photos 131 & 132. Rejets sauvages d’ordures en France. (684)

13
LISTE DES CARTES
Première Partie

Carte 1. Découpage administratif de la République du Sénégal. (43)


Carte 2. Sens des migrations pendulaires à Dakar. (61)
Carte 3. Division administrative de la région de Dakar. (69)
Carte 4. Espaces urbains et paysages ruraux de la région de Dakar. (70)
Carte 5. Répartition en % des récipients domestiques de collecte et de stockage des déchets solides dans les
quatre départements de la région de Dakar. (79)
Carte 6. Pratique du monostockage initial domiciliaire des déchets solides dans les quatre départements de
la région de Dakar. (83)
Carte 7. Découpage de la région de Dakar en fonction de la collecte. (95)
Carte 8. Rapport entre quantités de déchets produites et quantités réellement collectées dans les quatre
départements de l’agglomération dakaroise. (112)
Carte 9. Pratique du rejet des déchets ménagers et types de dépôts anarchiques pour les quatre
départements de la région dakaroise. (146)
Carte 10. Zones littorales touchées par les dépôts anarchiques de déchets ménagers dans les quatre
départements de la région dakaroise. (152)
Carte 11. Pratique de l’incinération artisanale des déchets ménagers dans les quatre départements de la région
dakaroise. (156)
Carte 12. Pratique de l’enfouissement artisanal des déchets ménagers dans les quatre départements de la
région dakaroise. (161)
Carte 13. Dispersion des odeurs de la décharge et vents dominants dans le secteur de Mbeubeuss. (177)

Deuxième Partie

Carte 14. Situation de la collecte des OM et du nettoiement de la ville de Dakar vers 1962. (190)
Carte 15. Situation de la collecte des O.M et du nettoiement de la ville de Dakar vers 1970. (198)
Carte 16. Situation de la collecte des OM et du nettoiement de la ville de Dakar en 1971. (204)
Carte 17. Situation de la collecte des O.M du nettoiement de Dakar à la fin des années 80. (221)
Carte 18. Situation de la collecte de O.M et du nettoiement à Dakar en 1998. (233)
Carte 19. Localisation des zones d’Habitat spontané à Dakar. (286)
Carte 20. Distribution des dépôts anarchiques continentaux de moins de 5 m2 dans la région de Dakar. (304)
Carte 21. Distribution des dépôts anarchiques continentaux de moins de taille 5-15m2 dans la région de
Dakar. (305)
Carte 22. Distribution des dépôts anarchiques de taille supérieure à 15m2 dans la région de Dakar. (306)
Carte 23. Réseau routier et voirie urbaine de la région dakaroise. (318)

Troisième Partie

Carte 24. Le Sénégal Précolonial. (403)


Carte 25. Localisation des principaux sites archéologiques au Sénégal. (409)
Carte 26. Situation de la collecte des O.M et du nettoiement dans la région de Dakar vers les années 1910,
1925 et 1945. (497)

Quatrième Partie

Carte 27. Zones de production des déchets solides urbains banals, dangereux et/ou spéciaux à Dakar. (543)
Carte 28. Géomorphologie de la Presqu’île de Dakar. (534)

14
LISTE DES FIGURES

Figure 1. Evolution de la population de l’agglomération dakaroise depuis 1932. (47)


Figure 2. Pourcentage moyen des différents modes d’élimination des déchets pour les quatre départements de
Dakar. (164)
Figure 3. Composition moyenne des déchets pour les treize zones de prélèvement pédologique. (170)
Figure 4. Répartition par département des principaux points de dépôts anarchiques recensés dans la région de
Dakar. (306)
Figure 5. Une vue du Djenné de l’époque (Mali). (389)
Figure 6. Maison à Gorée au milieu du 19° siècle. (423)
Figure 7. Modèle de tinette probablement utilisé dans les quartiers européens du Plateau au début du siècle.
(443)
Figure 8. Composition moyenne pondérée des déchets solides de l’agglomération dakaroise en 2004. (548)
Figure 9. Composition moyenne des déchets ménagers en 1980, d’après WANE O. (549)
Figure 10. Evolution de la production de déchets solides de la région de Dakar. (553)
Figure 11. Quantités de déchets produites et collectées selon les périodes. (553)
Figure 12. Evolution de la population de l’agglomération dakaroise et période d’intervention des structures
de collecte. (554)
Figure 13. Coût moyen de la collecte à Dakar, par habitant et selon les périodes. (569)
Figure 14. Durée moyenne d’intervention pour les différents organismes ayant eu en charge le nettoiement de
la capitale sénégalaise depuis 1935. (598)
Figure 15. Indice d’appréciation des répondants sur les différents organismes en charge du nettoiement à
Dakar depuis 1945. (604)
Figure 16. Optimisation du transport des déchets par utilisation des centres de transfert. (631)
Figure 17. Centre de transfert modélisé pour un quartier de Rufisque. (636)
Figure 18. Production de déchets dans les pays industrialisés. (687)

15
LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1. Répartition de la population de Dakar. (47)


Tableau 3. Production spécifique moyenne de déchets solides des ménages de l’agglomération dakaroise. (89)
Tableau 4. Flux moyen des matières annuellement récupérées. (124)
Tableau 5. Quantités de déchets déversées quotidiennement à Mbeubeuss. (129)
Tableau 6. Pourcentage des divers modes d’élimination des déchets ménagers pour le département de Dakar.
(162)
Tableau 7. Pourcentage des divers modes d’élimination des déchets ménagers pour le département de Pikine.
(162)
Tableau [Link] des divers modes d’élimination des déchets ménagers pour le département de
Guédiawaye. (163)
Tableau [Link] des divers modes d’élimination des déchets ménagers pour les départements de
Rufisque et Bargny. (163)
Tableau [Link] moyen des différents modes d’élimination des déchets ménagers pour les quatre
départements de la région de Dakar. (163)
Tableau 11. Principaux points de rejets dans l’océan Atlantique d’eaux usées domestiques de Dakar et leur
charge polluante. (178)
Tableau 12. Répartition des ménages dakarois selon le type de d’aisance. (340)
Tableau 13. Cabines WC publiques mises en place par l’APRODAK (349)
Tableau 14. Données concernant les DASRI des Instituts Médicaux de Recherche. (537)
Tableau 15. Données concernant les DASRI des hôpitaux. (538)
Tableau 16. Données concernant les DASRI des centres de santé et cliniques. (538)
Tableau 17. Composition des ordures ménagères de Dakar en 1980. (548)
Tableau 18. Coût moyen du nettoiement par habitant selon les périodes d’intervention des organismes de
collecte. (568)
Tableau 19. Production de déchets de l’agglomération dakaroise en 1994. (581)
Tableau 20. Unités territoriales et quantités de déchets extraites par Benrabia N. (582)
Tableau 21. Différence de chiffres entre deux principaux auteurs statistiques sur les déchets de Dakar. (582)
Tableau 22. Evolution des quantités de déchets produites et collectées. (586)
Tableau 23. Durée d’intervention moyenne pour les différents organismes ayant eu en charge le nettoiement
de la capitale sénégalaise depuis 1935. (598)
Tableau 24. Mémento période Municipalité. (599)
Tableau 25. Mémento période SOADIP. (600)
Tableau 26. Mémento période SIAS. (600)
Tableau 27. Mémento période NSN. (601)
Tableau 28. Mémento période AMA. (601)
Tableau 29. Indice de satisfaction des répondants sur les différents organismes de nettoiement à Dakar. (605)

16
PLAN

Remerciements…………………………………………………………………………….….2
Glossaire……………………………………………………………………………………….3
Sigles et acronymes…………………………………………………………………………...7
Liste des Photos……………………………………………………………………………...11
Liste des cartes………………………………………………………………………………14
Liste des figures…………………………………………………………………………..….15
Liste des tableaux……………………………………………………………………………16
Plan……………………………………………………………………………………..…….17
Avant –propos…………………………………………………………………………….…18
Introduction générale…………………………………………………………………….…21
Première Partie…………………………………………………………………………...…42
Deuxième Partie……………………………………………………………………………185
Troisième Partie……………………………………………………………………………367
Quatrième Partie…………………………………………………………………………...503
Conclusion générale………………………………………………………………………..711
Table des matières…………………………………………………………………………724
Bibliographie…………………………………………………………………………….....733
Méthodologie……………………………………………………………………………….751
Annexes……………………………………………………………………………………..770

17
Avant-propos

Elle est encore bien fraîche dans mon esprit, cette image de petits artisans d’art dakarois,
fabriquant des jouets avec des berlingots en aluminium. J’étais parti à leur rencontre, suite à
un court reportage que la télévision sénégalaise diffusa dans les années quatre-vingt. Dans ce
document, il était question de l’existence dans la capitale sénégalaise, d’un réseau d’artisans
fabriquant divers objets avec des cannettes de boisson en aluminium récupérées, avec des
sacs de jute laissés à l’abandon dans les poubelles et artères de la ville.
Ce n’était pas le fait qu’il s’agissait parfois d’enfants, encore en âge de gambader
insouciamment dans les recoins de Dakar et qui au lieu de cela étaient déjà insérés dans un
système de production, qui retint le plus mon attention au moment du premier contact. Je les
connaissais ces réalités, tout comme je n’ignorais pas l’existence de cette pléiade de métiers
artisanaux presque familiers à la cité. Si j’étais autant intrigué par leurs activités, c’est
surtout en raison de la nature de leur matière première de travail ; des « rebuts » rejetés par
la ville et qu’ils récupéraient pour d’autres usages ; une vraie révélation pour ainsi dire.
En réalité, si je focalisais autant sur ces matières qu’ils récupéraient, c’est aussi sans
doute parce que j’étais sous influence de certaines images « choc » que ce même tube
cathodique distillait depuis un moment ; en provenance de l’autre côté du globe, elles
m’interpellaient tout autant.
Quelques organisations écologistes par des actions d’éclat, y tiraient déjà la sonnette
d’alarme, dénonçant une mise en péril de la planète par homo sapiens. On les voyait en effet
s’insurger contre la surexploitation des ressources naturelles conduisant à leur raréfaction,
1
fustiger la pollution des écosystèmes avec en ligne de mire la destruction progressive de la
couche d’ozone. L’épisode du Rainbow Warrior illustrait aussi l’imbrication de cette nouvelle
donne écologique dans les arcanes de la géopolitique internationale. Un lien, même fin et
encore flou, semblait pour moi exister entre ces réalités pour le moins distantes…
géographiquement.
Loin de cette effervescence environnementale géostratégique dans les pays industrialisés,
il existerait dans les nations en développement, de talentueux « magiciens » capables de
réaliser à partir de « riens », divers objets, dont certains d’usage courant. Disciples
inconscients d’Anaxagore de Clazomènes car partageant son fameux principe « Rien ne se
perd, rien ne se crée, tout se transforme », ces artisans créatifs et astucieux procureraient au
« petit peuple » des produits d’utilité quotidienne à moindre prix, tout en recyclant des
matières usagées pour en faire leur matière première. Peu angoissés par l’Epée de Damoclès
2
que constituait ce contexte de raréfaction énergétique en occident , ils semblaient incarner
l’essence même de l’écologie, une écologie originelle et/ou avant-gardiste, car volontaire et
non dictée d’en haut.
Sans avoir eu besoin d’évoquer la théorie de l’« effet papillon », cette pratique vertueuse
me disais-je, pouvait permettre d’une part de procurer des ressources financières à des
populations démunies, par le biais d’une économie qu’alimenteraient les déchets. D’autre
part, elle contribuerait naturellement à résorber les quantités de déchets produites dans la
ville, et devant être collectées et éliminées…

1
Les naufrages des supertankers Amoco- Cadiz en 1978, puis de l’Exxon Valdez en 1989 suivis de marées noires catastrophiques, les
accidents chimiques industriels de Seveso en Italie (1976) puis de Bhopal en Inde en 1984 avec ses 22 000 victimes et celui nucléaire de
Tchernobyl (1986) avec son nuage radioactif défiant les frontières européennes, ou encore la déforestation en Amazonie constituaient alors
leur cheval de croisade.
2
Qui tel qu’on le verra dans la quatrième partie, est aussi impliquée dans la question des déchets à Dakar.

18
Quelques années plus tard, au sortir d’une petite incursion - immersion dans cet univers
des déchets solides urbains à Dakar pour les besoins d’une étude universitaire, mes
convictions et ma vision idyllique de départ furent sérieusement ébranlés et pour cause. En
réalité, une bonne partie de la guilde des artisans recycleurs de Dakar qui bénéficiait dans
l’imagerie populaire et même parfois dans le discours officiel, du label écologique
« recyclage », s’approvisionnait par divers canaux en matière première quasi-neuve,
pervertissant dés le départ le système que je me représentais si idéalement. Sur la centaine
d’artisans recensés toutes filières confondues (cent cinquante huit), seuls 10% utilisaient
réellement des objets ou matières laissés à l’abandon ou provenant des poubelles et destinées
à l’élimination, autrement dit, les véritables déchets..
Toutefois, j’étais loin de me douter que les questionnements que me suscitèrent de tels
constats-déceptions, allaient me persuader d’entamer une thèse de doctorat consacrée aux
déchets solides à Dakar. Car paradoxalement et malgré une profonde désillusion, c’est cette
« supercherie » sur le recyclage local de ces matières premières que je trouvais pour le moins
« atypiques », qui attisa une curiosité à aller en solitaire ou indépendant, scruter de plus près
cette « nébuleuse», même si j’avais sans doute déjà pris en sympathie et à mon insu ce
« milieu méprisé ». Tentant d’y voir plus clair, je regardais désormais différemment les
déchets, ces flots d’éléments marginaux charriés par la ville et ses occupants, jusqu’à en être
presque happé dans une sorte de spirale cognitive.

On se retrouve en effet très vite, spontanément et presque naturellement aux confins aussi
bien spatial, sociohistorique, technique que géopolitique du déchet, avec ses ramifications
parfois subtiles qui offrent à celui-ci une tribune médiatique internationale. On ne peut en
effet ignorer au 21° siècle, à l’heure de l’urgence écologique et d’une montée en verve du
concept de développement durable, que la question déchet est devenue une préoccupation
universelle. Difficile aussi de faire l’impasse sur ses terribles rejetons que sont les déchets
nucléaires radioactifs, ou encore ceux toxiques.

En réalité, en s’affranchissant de limites spatio-temporelles, on en arrive même à vouloir


analyser l’arbre déchet de ses racines les plus profondes et anciennes, à ses éléments
bourgeonnants les plus récents. Mais, tel un boomerang, les contraintes, ramènent vite à
restreindre la curiosité à des dimensions plus raisonnables. Dans mon cas, d’ordre
méthodologique, financière mais surtout de temps, ces contraintes m’ont imposé de limiter
l’étude en profondeur, au cas de la capitale sénégalaise.
Cette contention fut au départ source de regrets ; mais tout compte fait, le jeu en valait
largement la chandelle. A ma grande surprise, le déchet dakarois me révèlera en effet une
scène souterraine de faits anthropologiques et identitaires, de dynamiques territoriales, mais
aussi d’enjeux socio-économiques et politiques peu soupçonnés.

C’est qu’au-delà de ces paramètres, toute la complexité du cas dakarois apparaît au travers
de la véritable « boite de Pandore » qu’il constitue. Par séquences, il dévoile au fur et à
mesure une chaîne de disqualifications, d’incohérences et d’approximations persistantes qui
entretiennent un brouillard quasi permanent, autour du défi multidimensionnel des déchets
urbains. Multidimensionnel de par la traditionnelle implication sur cette question de
l’ensemble des faits politiques, démographiques, économiques etc., participant ou ayant
participé au fonctionnement et à l’évolution de la ville, mais aussi, de par l’adjonction
d’éléments socio anthropologiques parfois immatériels mais très révélateurs dans la
compréhension de cette question.

19
Fenêtre ouverte sur un aspect de la vie urbaine souvent perçu comme disgracieux, cette
étude se propose en quatre parties, d’accompagner dans la capitale sénégalaise, la
nécessaire mue ou transition vers la maturité de ce fils honteux, ce rejeton des cités qu’est le
problème déchet. Longtemps marginalisé, il aspire pourtant de plus en plus à la lumière, et
comme partout ailleurs à Dakar aussi, ne se satisfait plus pour sa gestion dans son évolution,
d’approches officielles légères qui contribuent à le reléguer au rang de paria, d’insuffisances
qui le maintiennent dans les bas-fonds, veines et « espaces déchus », où l’a jusqu’ici confiné
la ville qui l’a vu naître.

Puisse le lecteur trouver dans les opinions parfois subjectives exprimées dans cet ouvrage,
(et dont je reste comptable), ainsi que dans les analyses métriques et /ou quantitatives
1
réalisées pour Dakar , une modeste contribution à une meilleure connaissance de cette
question encore à la traîne dans nombre de pays en voie de développement.

1
Voir détails méthodologiques à la fin du document.

20
INTRODUCTION
Le rejet massif et non maîtrisé de matières résiduaires diverses non traitées, a des
conséquences néfastes sur l’environnement et les écosystèmes. Les pollutions causées
dépendront généralement de la diversité des sources de production, mais aussi des quantités
générées.
Comme partout, l’agriculture et l’industrie locales participent à Dakar à ce processus de
pollution des milieux ; toutefois, elles n’y endossent pas les plus gros problèmes déchets, du
fait principalement de leur productivité limitée. Un secteur agricole gros producteur des
déchets, découle généralement d’une agriculture intensive et par ailleurs grande utilisatrice de
procédés polluants, alors que celui dakarois reste encore largement traditionnel. Quant au
secteur industriel, sa charge polluante est limitée à Dakar par l’absence d’une industrie lourde.
En outre, son caractère peu dense, permet tant bien que mal une dispersion des matières.
Si l’on ajoute à cela l’absence de pollutions spécifiques au secteur des déchets comme les
dioxines ou les furanes cancérigènes émises par les usines d’incinération, ou encore l’absence
de ces « épouvantails » que sont les déchets nucléaires et radioactifs en quantité massive, la
question du rejet des matières résiduaires à Dakar pourrait donc globalement et à priori,
paraître largement gérable et presque anodine, d’autant que la taille de la population et de
l’agglomération restent assez modeste. Sauf qu’en s’intéressant à la question, on s’aperçoit de
l’existence d’un ensemble de tares qui entourent la prise en charge de cette production.
L’identification des éléments responsables des pollutions les plus visibles dans la ville de
Dakar, pointe donc la classe des matières résiduaires dites ménagères ; elle se retrouve
invariablement en pôle position au chapitre des nuisances hygiéniques et esthétiques. Pourtant,
bien que constituant près de 80 % de la production totale de déchets solides de l’ensemble de la
région (MEPN-CSE, 2000), la production de déchets ménagers est loin d’être colossale.
Malgré la densification spatiale et le volume des activités qui y sont présentes, la ville
d’environ 2,5 millions d’habitants, produit une quantité de « déchets domestiques et
1
assimilés », inférieure à 2000 tonnes par jour . On est bien loin des 6000 tonnes de déchets
assimilés domestiques que revendique quotidiennement la mégalopole de Lagos (3577 km2,
près de 12 millions d’habitants), ou encore des quantités générées par le Caire (près de 2800
2
km2 et entre 17 et 25 millions d’habitants) qui dépasse allégrement 10 000 tonnes d’ordures
par jour à gérer.
Depuis quelques décennies maintenant, les préoccupations sanitaires devant accompagner
une bonne politique de gestion des déchets solides (participant de l’hygiène et de la santé
publiques), ont bien opéré un retour en force, à la faveur de quelques épidémies aussi fugaces
que meurtrières qui frappent épisodiquement la ville. Elles impliquent aussi les lacunes dans la
prise en charge des déchets. Mais au-delà des traditionnelles approches hygiénique et
esthétique, cette démarche s’est même doublée d’une dimension environnementale
« officielle ». Cette dernière entend promouvoir un usage rationnel des ressources naturelles,
ainsi qu’une protection des écosystèmes à travers une limitation des pollutions liées aux
déchets. Pourtant, ces initiatives n’ont pas signé la fin du joyeux désordre rudologique : Dakar
ne parvient pas à se départir de cette impression d’une ville sous la menace permanente de ses
ordures, sous le coup d’une cacophonie hygiénique qui tranche avec la splendeur de son site.
La faiblesse et l’irrégularité de la collecte officielle, entraînent la prolifération de dépôts
anarchiques d’ordures ménagères qui sont sources d’odeurs d’infections et de nuisances
esthétiques.
1
On verra plus tard les raisons qui nous permettent d’avancer ce chiffre comme hypothèse haute.
2
BUCCIANTI Alexandre (1994). « L’excroissance de la capitale égyptienne ». Centre IRD d’Ile-de-France. In Le Monde septembre1994.
L’auteur est par ailleurs correspondant permanent de RFI-TV5 monde dans la capitale égyptienne.
21
La gestion désastreuse de l’unique décharge de la ville, et l’absence de stratégie pour les
autres catégories de déchets produites dans la ville, constituent aussi des éléments saillants des
problèmes de prise en charge des déchets à Dakar. Ces difficultés sont accentuées par une offre
d’assainissement liquide, largement carencée.
Au vu de ce constat peu reluisant, parler de gestion pourrait même sembler contradictoire.
Pourtant, on verra que paradoxalement, depuis sa naissance en 1857 jusqu’à maintenant, la
ville et ses habitants -du moins une partie-, n’ont dans leur itinérance rudologique
mouvementée, presque jamais été livrés à eux-mêmes en matière de prise en charge de leur
1
production de déchets solides. Hormis pour la période 1857-1900 durant laquelle, cette
question était encore du ressort des populations elles-mêmes, malgré la présence de l’autorité
française.
Mais aborder la gestion des déchets de l’agglomération dakaroise soulève aussi d’autres
interrogations cruciales, connexes à la question. Ce sont les rapports homme-milieu auxquels
dans leur dialectique avec la ville, administrateurs et résidents doivent continuellement
trouver des réponses ; ces rapports ont des incidences fortes avec ce secteur des déchets.

La capitale sénégalaise qui sur 550 km2 (0,3 % du territoire national) accueille près de 80
% de l’activité économique et industrielle en sus des 30 % de la population du pays, présente
en effet à l’image de nombre des cités des pays en voie de développement, un visage
contrasté. Sur la route du développement, elle parvient difficilement à joindre une ambition
métropolitaine héritée de la colonisation et calquée sur le modèle occidental, et une faiblesse
économique qui la maintient à distance des villes du Nord. Son évolution actuelle reste aussi
tiraillée entre contraintes globales découlant de phénomènes supra continentaux (aussi bien
politiques, économiques, culturels ou encore environnementaux), et « spécificités locales »
Ces facteurs contribuent à des degrés divers à maintenir la ville dans cette posture
intermédiaire souvent synonyme d’enlisement, entre réalité des faits, héritage urbain et
volonté des urbanistes et des politiques.
Il n’est pourtant pas besoin d’être plongé au cœur de la réflexion pour mesurer l’étendue et
l’acuité des défis auxquels Dakar est confrontée. Une simple excursion aux quatre coins de
l’agglomération permet de voir qu’ils résultent d’une absence de maîtrise de la croissance
urbaine (densification du tissu urbain), dont les corollaires pernicieux ont pour noms
surpeuplement, occupation anarchique et/ou illégale des espaces et dégradation des milieux.
Les effets pervers d’une urbanisation non maîtrisée sur l’environnement et la qualité de vie
sont généralement représentés par l’habitat spontané (qui représente près de 25 % de l’habitat
total) et les activités informelles ; elles s’inscrivent en effet dans une cohabitation spatiale
2
quasi périlleuse avec les îlots industriels, induisant des risques certains .
Cette situation qui a de fortes implications sur la qualité de l’offre en services de base,
révèle qu’à Dakar aussi, la prise en charge de ce secteur matières résiduaires est plus
complexe qu’elle n’y paraît. Longtemps confiné dans les marges comme partout ailleurs, le
déchet en se diversifiant, s’est en effet adapté à l’ensemble des activités et formes
d’occupation humaines présentes dans l’espace urbain. Sous la bannière de la grande famille
des « résidus urbains solides », il a souvent fait corps avec la ville, suivi son évolution spatiale
et démographique, sociale et parfois technologique, tout en réaffirmant sa mobilité et son
omniprésence.

1
La limite inférieure de cet intervalle correspond à la date où la République léboue fut annexé, alors que l’année 1900 marque
approximativement les débuts officiels du service de collecte des déchets dans la ville de Dakar.
2
En 1992, l’explosion d’une citerne d’ammoniac dans l’usine SONACOS implantée dans la zone industrielle de Dakar faisait plus d’une
centaine de morts, essentiellement des tenanciers d’échoppes et de commerces informels. L’année suivante, une fuite de gaz fut détectée dans
la populeuse zone de Hann, alors que l’usine pétrochimique de Shell connu en 1994 un violent incendie toujours dans le même secteur.
22
Depuis les débuts de la gestion urbaine, les déchets ont toujours constitué un fidèle
indicateur de l’hygiène et de l’attractivité esthétique des villes. Pourtant, ce n’est que
récemment, au forceps et en rangs serrés (par accumulation, diversification et augmentation)
que ce « paria » arrachera son « droit de cité ». Dans les pays développés, il imposera un
meilleur effort de connaissance et de traitement, et finira même par endroits en parfait citoyen
1
intégré à être intégré aux politiques ciblant le cadre de vie (villes vertes…). A contrario dans
la plupart des villes des pays en voie de développement, il continue encore sa longue
traversée du désert.
L’ambiguïté dans la conception des stratégies de prise en charge s’y mesure encore à
travers des schémas résolument antagonistes opposant centres et marges, nobles et marginaux
2
selon le même système d'axe de référence bien mis en évidence par BERTOLINI : le haut le
bas, le dessus le dessous, le devant le derrière, le dedans le dehors, le diurne et le nocturne, le
centre et la périphérie (marge géographique), le public et le privé. A Dakar, ce système
implique la matière à travers trois réalités : les perceptions du déchet (traditionnelles et
nouvelles), les outils inhérents à sa prise en charge (politiques et équipements divers), mais
aussi en amont à sa bonne connaissance (production documentaire et littéraire).

1. Acteurs, représentations et pratiques« déchets ».


Durant son évolution, l’homme fait face aux maladies, infections et agressions
microbiennes diverses pouvant porter atteinte à son intégrité physique, même si l’organisme
développe parfois naturellement des mécanismes de résistance et de protection. Parmi les
procédés le secondant dans cette lutte perpétuelle, la pratique de l’hygiène individuelle ou
collective, découlant aussi bien des méthodes empiriques acquises à travers les générations et
parfois améliorées, que des procédés novateurs élaborés par la recherche scientifique et/ou
médicale. En admettant le postulat d’une propension quasi-instinctive chez tous les peuples à
procéder dans l’acte de propreté individuel, à un éloignement des matières déchues, on peut
estimer que cette prise en charge des déchets dés le stade domestique, participe de ce
processus hygiénique. Cette dimension hygiéniste qui constitue le soubassement de leur prise
en charge, est continuellement améliorée par les techniques médicales et d’hygiène sociale.
C’est que hormis d’être devenus encombrants, certains des déchets produits par l’homme
peuvent se révéler nuisibles. En fonction des conditions, ils peuvent en effet contribuer au
développement d’organismes microbiens, ou favoriser la présence d’animaux porteurs de
germes (rats, rongeurs etc.).
Une perception socio-anthropologique quasi-innée fait donc des déchets, des matières
ciblées par le processus sanitaire individuel ou collectif. D’ailleurs en se développant, cette
dimension sanitaire qui a longtemps conféré à ces matières un caractère exclusivement
nuisible, allait progressivement s’étendre et concerner toutes les activités impliquant une
manipulation du déchet. Pour beaucoup, rimant avec saleté dont on doit s’éloigner, nuisance
dont il faut se séparer dans le processus hygiénique domestique, le déchet finira même durant
certaines époques, par se rapporter à marginalité. A Dakar, l’acte domestique de sortir les
ordures, encore prioritairement réservé à certaines catégories sociales, ou encore le choix
parfois négligé du contenant à ordures, constituent quelques illustrations de la persistance de
cette conception.

1
GOUHIER J, (2000). « Au delà du déchet, le territoire de qualité ». Manuel de rudologie. Presse Universitaire de Rouen et du Havre. 240
pages. P 26
2
BERTOLINI Gérard, (1990). Le marché des ordures : économie et gestion des déchets ménagers. Paris. Edition L’Harmattan. 1990. 205
pages

23
Cette marginalisation apparait de façon encore plus flagrante, s’agissant des déclinaisons
socioéconomiques ou professionnelles entourant le déchet. Les métiers officiels liés à se
secteur restent encore peu valorisés à Dakar, alors que l’activité de récupération artisanale des
matières contenues dans les détritus, même économiquement rentable, est encore considérée
comme affaire de pauvres et de misérables. Bien que s’étant affranchie du diktat
terminologique dévalorisant (« mbalitt » littéralement ordures), elle n’est pas épargnée par ce
caractère « honteux » qui entoure l’univers du déchet.

Pourtant, malgré ces prégnants facteurs socio anthropologiques présidant à cette posture,
d’autres perceptions sont appliquées aux déchets selon un phénomène de cycle, d’époque et
de niveau social. Hormis les unanimes préoccupations d’hygiène qui partout et de tout temps
ont participé de leur prise en charge privée et plus tard publique, l’ensemble des autres
perceptions et attitudes qui entourent le déchet sont fonction des postures et stratifications
sociales, mais aussi des temps économiques et politiques. On peut d’ailleurs, en gardant à
l’esprit certains épisodes socioéconomiques et politiques sombres (guerres, récessions,
famines), ou justes décisifs (sédentarisation, industrialisation…), ou encore en intégrant
certaines séquences climatiques (sécheresses, grandes calamités naturelles etc.) qui ont
jalonné l’évolution du monde, ébaucher une périodisation rudologique. Elle distinguerait :
- une période reculée où les foyers de population cohabitaient sans souci avec
des déchets d’origine principalement domestique. La production jugée comme
inoffensive car essentiellement organique, était dans un premier temps naturellement
diluée dans les espaces lâches. Plus tard, elle sera avec la sédentarisation, vouée à la
fumure sanctionnant une première utilité.
- Une période médiane d’essaimage et d’expansion démographique. En dépit de
la sédentarisation, les productions restées inoffensives ont permis le maintien d’une
approche traditionnelle dans certains continents Afrique, et probablement Asie,
Amérique latine. En Europe et en Amérique du Nord, la densification spatiale et
l’industrialisation firent des déchets, des ennemis déclarés de l’hygiène publique. Ces
mutations jetèrent les bases d’une prise en charge hygiéniste officielle mais
différentielle, car dépendant fortement du statut socioéconomique des populations.
Développement de la récupération artisanale puis industrielle d’une partie des déchets
(ferraille, textiles, gadoue...)
- Et enfin, une période contemporaine d’intégration technico-administrative,
mais aussi d’ultra-diversification du déchet. Ces facteurs maintiennent le déchet dans
sa posture paradoxale : il est apprécié entre dédain-crainte et espoir. Des problèmes
liés à la prise en charge hygiéniste du déchet restent en effet présents : incinérateurs
produisant des dioxines et déchets dangereux rebelles entretiennent les craintes qu’il
suscite toujours. A l’opposé, malgré la psychose déchet, des considérations
économiques et environnementales officielles signent depuis quelques décennies, le
retour en grâce du déchet banal, symbolisé par une rentabilisation de masse
économiquement et écologiquement validée.

Encore sous la coupe d’une approche hygiéniste, l’éloignement des déchets a donc toujours
et en fonction des matières, été relatif ; une forme d’optimisation primitive est en effet
observée depuis les époques les plus reculées de l’humanité, avec des résidus mis de côté pour
une éventuelle réutilisation. On l’a dit, à l’exemple du fumier organique voué à l’amendement
des champs et jardins, des restes alimentaires étaient destinés aux animaux d’élevage, alors
que divers objets déchus étaient gardés sous le coude pour d’autres éventuels usages.

24
Cette dimension utilitaire voire économique et lucrative qui depuis, s’est largement
étendue, concerne maintenant tout rebut ou matériau directement ou indirectement
commercialisable, y compris ceux qui pendant longtemps et sous certains angles, furent
considérés comme nuisibles ou inintéressants. Réintroduites dans les circuits de revente par
des corporations ou par les collectivités, les procédés de collecte et de préparation de ces
matières obéissent à des logiques de rentabilisation économique et parfois de préservation de
l’environnement.

Désormais, le rejet traditionnel du déchet au nom de l’hygiène, doit composer avec une
convoitise économique plus actuelle, mais aussi avec des exigences écologiques
contemporaines qui sont en train de considérablement modifier les règles. Pratiquées de
manière non institutionnelle à Dakar, ces activités de rentabilisation économiques, fruits
d’initiatives individuelles ou corporatistes, tiennent aussi de raisons exclusivement
économiques. Elles s’accompagnent d’un ensemble de contraintes dont il importe de mesurer
les impacts.
Hormis la survivance dans la gestion domestique de certains codes déchets traditionnels
marginalisants, on peut aussi s’arrêter sur les implications d’un certain nombre de
représentations et postures sociales qui complexifient la gestion publique des déchets de la
ville. Parmi elles, celle faisant de l’espace public dakarois, un territoire neutre. Parfois jalousé
et envié du fait de son statut de capitale nationale et de métropole régionale concentrant tout
au détriment des autres villes et régions, il est aussi un peu honni par certains, car ayant été
dans un passé encore récent le joyau de la nouvelle autorité coloniale française en Afrique de
l’Ouest. Désormais, après s’être invité discrètement depuis quelques décennies déjà dans le
domaine des rejets, ce rejet identitaire s'affiche aujourd'hui un peu plus, et au grand jour.
Toutefois, il semble essentiel avant toute conclusion hâtive, de s’assurer que de tels
comportements et postures ayant pour support l'espace public, suffisent dans le cas dakarois à
expliquer cet espace sali. Peut-on à l’image de ZOA pour Yaoundé, échafauder sur des
problèmes actuels de prise en charge publique des déchets, des constructions exclusivement
culturelles, pour expliquer la situation ? Doit-on se limiter à des seules déductions ethno-
anthropologiques, qui pointent croyances, représentations et pratiques sociales quotidiennes.
Quel sens donner à ce désarroi hygiénique énoncé par BROUSSE. J. lorsqu’il estime : « Le
déchet constitue le symbole de la consommation dans les pays développés, et les signes du
1
désespoir (dans la prise en charge) dans les pays en développement ».

En réalité, il semble contre productif de stigmatiser les seules solutions parallèles adoptées
par les populations pour se préserver des nuisances des déchets, en occultant qu’elles tentent
de pallier des insuffisances notoires en matière de prise en charge rudologique
institutionnelle, d’autant que leur implication dans lesdits processus, devait théoriquement se
limiter à leur sphère domestique. Rappelons par exemple que pour Dakar, la responsabilité
extérieure de la question a depuis près d’un siècle échu aux autorités publiques, depuis que la
nouvelle autorité coloniale en avait fait sienne. Il convient donc de poser la question de la
mise en œuvre des politiques officielles de prise en charge des déchets de la ville sur ledit
domaine public, ainsi que ses éventuels manquements. On tentera pour cela, sans
afrocentrisme, d’apporter quelques nécessaires recadrages spécifiques sur l’ensemble de la
chaîne de prise en charge à Dakar.

1
BROUSSE J (2005). In « Incinération des déchets ménagers : la grande peur ». Ed le Cherche Midi 2005 245 p.

25
L’axe de référence contradictoire évoqué plus haut se retrouve en effet dans les politiques
déchets officielles. Bien que soit établie pour les pouvoirs publics, la nécessité de parvenir à
une bonne prise en charge des déchets pour des raisons sanitaires, les déclarations sont peu
matérialisées, alors que les actions réellement entreprises, restent souvent empreintes d’une
légèreté parfois coupable.

On retrouve le même son de cloche dévalorisant, chez les spécialistes et/ou administrateurs
officiels aux conclusions péremptoires. Sombrant eux-aussi dans le piège d’un univers déchet
tout-rebutant, ils se contentent souvent d'associer ce désordre rudologique de l’espace public
à une réalité particulière à l’Afrique noire et à ses « villes désordonnées ». Stigmatisée comme
étant à l’origine des maux de la ville, une frange de la population néo-urbaine d’origine rurale
dite « envahissante », est même souvent décrite comme « inculte, et inconsciente de ses
agissements » en matière d’hygiène. On la dit négligente et salissante, voire carrément sale, et
par ricochet, presque responsable de cette situation de casse-tête liée aux déchets. Populations
et ordures ménagères passent alors pour responsables de la situation hygiénique préoccupante
de la ville.
Aux porte-voix de tels discours, il ne sera pas inutile de montrer en premier lieu que la
question de la prise en charge des matières résiduaires solides n’est pas qu’une simple affaire
de déchets ménagers domestiques. Les pollutions n’impliquant pas les seules productions
domestiques, quid alors des autres producteurs et de leurs productions.
S’agissant des déchets solides, il existe aussi à Dakar, hormis la production domestique,
une très grande diversité de déchets, du fait de la multiplicité des secteurs d’activité, (recensés
ou non) qui y est présente. La production de certains de ces secteurs nécessite d’ailleurs
parfois une prise en charge particulière compte tenu de la nature des déchets générés. Quant à
la fraction considérée comme assimilable aux déchets ménagers sa production n’est pas
l’apanage des seuls foyers domestiques, même, si on l’a souligné, les grands secteurs
déterminés ont une production de déchets qui leur est spécifique.

Pouvoirs publics, gestionnaires et analystes font donc souvent l'impasse sur la part de
rejets assimilables ménagers à mettre au chapitre des activités économiques diverses
présentes dans l'espace urbain. On retrouve de façon transversale ces déchets, dans le
fonctionnement du secteur agricole, du secteur industriel, des activités du tertiaire, y compris
dans le commerce de gros ou de détail, qu’il soit légal ou informel. L’absence d’identification
précise de cette production, permet d’ailleurs à ces secteurs de profiter des lacunes du système
de prise en charge des déchets, tout en contribuant à limiter son bon fonctionnement.
Si les ordures ménagères constituent à Dakar la plus grosse équation-déchet pour les
autorités et administrateurs de la ville, leur gestion semble pourtant devoir se contenter
d’approches au rabais. Principalement axée sur la seule phase collecte-évacuation, cette
gestion est même parfois affublée de procédés d’un autre temps comme le recours officiel aux
charrettes à traction animale, sanctionnant ainsi sa relégation tacite. C’est aussi parce qu’en
1
partie, s’agissant de « désapprovisionnement » des déchets, ces mêmes politiques et experts
« spécialisés » sur la question se justifient en décriant chez les pays africains une propension à
simplement transposer chez eux des solutions technologiques pas toujours appropriées. Avec
le comportement populaire évoqué plus haut, cette démarche a souvent été désignée comme
ayant été à la base de l’échec des politiques de gestion des matières résiduaires solides.

1
On a emprunté à MAYSTRE ce terme qui convient parfaitement à la prise en charge des matières déchues générées par les populations et
leurs divers systèmes de production. Il s’oppose à l’approvisionnement qui s’applique principalement aux matières dites « nobles ».

26
La mise en œuvre des processus intégrant l’ensemble de la chaîne (collecte, transport,
traitement, élimination) et de ses acteurs, de même que la question des infrastructures
matérielles nécessaires aux pratiques des populations et à leurs moyens financiers doivent être
analysés. Car s’il existe bel et bien des textes relatifs à la prise en charge des matières
résiduaires à Dakar, ni les autorités gouvernementales, encore moins les administrations
décentralisées n’ont dans leurs politiques de gestion urbaine matérialisé les indispensables
infrastructures devant compléter la collecte classique. Leur non intégration dans la gestion
territoriale à travers les politiques d’équipement urbain que ce soit par le biais de l’action
gouvernementale ou par l’entremise des compétences dévolues aux collectivités locales est
flagrante : la dotation de la ville en équipements de prise en charge est tout bonnement
occultée. Hormis la question de la logistique mobile de collecte, quelle importance a été
accordée dans la gestion de l’espace de la ville, aux équipements de stockage temporaire des
matières résiduaires solides, ainsi qu’aux sites dédiés à leur élimination. En d’autres termes,
où en est Dakar, à l’heure où l’urbanisme opérationnel intègre ces éléments (et en parallèle
aux infrastructures médicales), au titre de la structuration de l’hygiène et la santé urbaines.

Il est légitime de s’interroger sur les responsabilités dans cette situation des processus
officiels tronqués ; ils mêlent aménagement ou équipement approximatif, voir non-
aménagement et délitement structurel. L’approche, parfois dangereusement rétrograde s’est
aussi retrouvée confrontée à des sabotages, et intrigues, émanant parfois de la multiplicité
d’acteurs (Structures paraétatiques, ONG, et Associations diverses) revendiquant une
expertise déchets, mais jouant pourtant des partitions dissonantes.

Outre les collisions entre les différents intervenants de l’armature gouvernementale de


la prise en charge, signes d’une absence totale de visibilité, les médias font régulièrement
leurs « choux gras » sur les cafouillages des principales structures de collecte et d’évacuation
des déchets. Issues depuis quelques décennies du secteur privé, ces dernières interviennent
désormais exclusivement dans ce domaine, au nom d’un désengagement (qu’on verra
approximatif) des pouvoirs publics, d’un secteur peu rentable et souffrant encore d’une forte
marginalisation. En outre, leurs appréciations ne peuvent dissimuler les innombrables lacunes
des orientations officielles en la matière, qu’elles soient réglementaires, techniques ou même
administratives.

L’analyse qui s’intéresse à la perversion-dilution du bras exécutif de l’autorité publique et


à la légèreté des approches déchets, implique aussi de poser la question de la délégation, et du
financement du service public : gestion centrale ou supra communale, intervenue avec les
processus de décentralisation, recouvrement de la TEOM qui lui est dédiée, contribution des
communes, existence de niches rudologiques etc.

Il sera donc question, de la gestion officielle et institutionnelle du service public


« déchet ». Mais cette gestion sera aussi abordée sous l’angle de l’aménagement de l’espace :
offre de service dans les quartiers structurés ou non, réalisation des équipements généraux
comme les routes, ou spécifiques comme les points de captage des déchets, et leurs impacts
dans la prise en charge officielle. En somme, on appréciera la place du déchet, dans les
processus d’aménagement, et de gestion de l’espace urbain dakarois.

27
2. Des faits historiques déterminants.
Même en ayant intégré dés le départ le caractère multidimensionnel de la question déchets
à Dakar, il paraissait envisageable de limiter l’échelle temporelle de l’étude à une séquence
plus actuelle, tout en la focalisant sur seuls déchets solides ménagers. L’un des objets
premiers de cette étude résidait en effet en une analyse stricto-sensu de la situation des
déchets ménagers dans la ville de Dakar d’aujourd’hui. Toutefois, quelques réalités vite
apparues évidentes ont imposé certains réajustements :
- la très profonde implication dans cette question bien actuelle, de facteurs
historiques essentiels mais souvent ignorés,
- et l’impossibilité dans le cadre de cette thèse, de dissocier ou d’isoler l’élément
déchet ménager de l’ensemble déchets solides urbains.
C’est d’ailleurs cette même logique qui à son tour, a fait dilater l’analyse déchet, aux
fluides résiduaires urbains et à l’anneau plus élargi des pratiques sociales d’hygiène. Parce
qu’aussi certains auteurs ont imputé cette situation préoccupante des déchets dans les villes du
Sud aux habitudes hygiéniques de leurs populations, une telle réorientation s’imposait en vue
de rendre l’analyse plus complète et pertinente.
Comme on s’y attendait, l’analyse historique s’avéra complexe du fait de la rareté des
écrits spécifiques à la zone d’étude. L’« effort » méthodologique supplémentaire que requit la
double extension déchets ménagers → déchets urbains, et déchets urbains → pratiques
sociales d’hygiène, rendit aussi le travail plus fastidieux. Mais, ce travail se révélera par la
suite salutaire, notamment pour l’approche historique : la question des déchets, encore non
différenciée jusqu’au début du XIX° siècle ne pouvait en effet être abordée que sous les
angles généraux de l’hygiène et de la santé.
C’est donc en les mettant progressivement en évidence au fil des recherches, qu’on s’est
aperçu, qu’éléments et évènements passés et/ou enfouis, s’étaient parfois largement invités
dans cette question des postures sociales et autres disqualifications rudologiques. Bien
qu’étant longtemps restés discrets, ils étaient en effet largement impliqués dans cette
problématique, et ont même parfois été décisifs. En interrogeant son passé contemporain, on
sait que pour un pays comme le Sénégal, certains faits historiques majeurs, aujourd’hui sous
le coup de la prescription, ont induit des conséquences notables sur son devenir économique,
social, culturel, infrastructurel. Au chapitre de ces faits prégnants, la période de la
colonisation française aura constitué dans la question déchets, un tournant bien plus décisif
que ne le fut même l’esclavage dans son acception de traite : qu’elle fut arabo-musulmane ou
Atlantique, elle n’a que très peu désarçonné l’assise hygiénique (individuelle et collective) des
populations. A l’image d’une monoculture arachidière exclusive, imposée au monde rural
pour les besoins de l’exportation, la phase dite « première » de la colonisation française au
Sénégal s’est traduite jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, par une main basse inique
et quasi systématique sur les biens et mécanismes de production des populations. S’agissant
des infrastructures qui y furent réalisées, elles participaient d’une politique générale
d’équipement des territoires d’Afrique noire, devant directement servir les intérêts de la
métropole. Pouvait-on dès lors s’attendre à une exception sur le plan des équipements à haute
teneur sociale.
On verra plus clairement que pour l’époque, on se situait en matière d’assainissement et de
prise en charge des déchets en particulier, dans une dynamique ségrégationniste voire
oppressante de la puissance coloniale en la matière, menée à l’égard d’un segment de la
population résidente, sous le manteau de politiques hygiénistes. Et cela, qu’on ait analysé la
question sous un angle idéologique, doctrinal, politique, ou technico-administratif
(aménagement urbain, gestion de la santé publique).

28
Les mêmes instruments de coercition militaro-administratifs qui ont aidé à soumettre socio
économiquement le continent, serviront aussi à répercuter, puis asseoir une politique de
supériorité raciale, visant même les fondements du dispositif hygiénique traditionnel des
peuples dominés.

C’est dire qu’une bonne partie de l’histoire récente de la question des déchets solides à
Dakar se confond avec celle de l’occupation progressive de la ville par les officiers français
d’Afrique avec à leur tête le Commandant de la Marine PROTET. Très tôt mises en œuvre par
l’autorité coloniale, les initiatives déchets seront menées par le biais d’une approche
discriminatoire, qu’elle ait été médicale ou épidémiologique. Au moment de sa mise en place
officielle, ce service relevant principalement de l’hygiène, fut en effet instrumentalisé aux fins
d’une politique sanitaire « discriminante » à l’endroit d’une frange de la population dite
1
indigène , qui s’en est retrouvée de facto exclue. Une adaptation ultérieure des schémas
appliqués dans les plus anciennes villes coloniales comme Saint-Louis, Rufisque ou encore
Gorée l’insulaire.
Malgré les promesses d’amélioration de la santé des populations locales, prônées lors de la
seconde phase coloniale, ces méthodes de gestion discriminantes seront pourtant maintenues à
travers notamment des artifices spatiaux bien élaborés. Pour la dimension historique des
disqualifications, une extension s’impose donc désormais au domaine longtemps considéré
comme peu essentiel : celui de la gestion officielle des déchets pour l’hygiène publique. En
vérité, cette approche technico-spatiale appliquée aux territoires coloniaux en matière de prise
en charge des résidus, trahit aussi des processus de relégation du déchet plus généraux et
disons le, pendant longtemps ancrés dans les mentalités. Un rapide point sur la documentation
rudologique confirme ce constat.

3. Une présence thématique encore timide.


3.1 De la quarantaine …à un effort d’intégration.
Si le déchet a toujours accompagné la vie de l’homme, il n’a pas de tout temps, mérité son
attention encore moins celle des institutions et administrations, qu’elles soient anciennes ou
modernes. Tardivement approché, il sera intégré aux programmes ou réalisations technico-
administratives, pour des raisons principalement hygiénistes (épidémies, maladies…). C’est
l’entrée en scène des logiques économiques (limitation des coûts de prise en charge et
d’élimination, rentabilisation économique) qui lui vaudra ce regain d’intérêt. Dans les pays
industrialisés du Nord, la crise du secteur de l’énergie dans les années 1970, suscita aussi les
premières études sur le potentiel énergétique des déchets.
Depuis, ce secteur y a drainé vers lui, chercheurs et décideurs, qu’ils soient
gouvernementaux ou indépendants, mais aussi entreprises et industriels, pour une
problématique qui entretemps s’est nettement complexifiée, avec l’adjonction de pendants
nucléaire, toxique ou encore radioactif . Il est loin le temps ou déchet ne rimait qu’avec les
paires : ordures domestiques et marges, saleté et maladies, petites gens et misère…Ils en
seraient tout retournés, ces précurseurs des écrits littéraires sur les déchets.
Ces précurseurs ont pour nom PAULIAN L qui avec La hotte du chiffonnier s’intéressait
déjà et sans dédain en 1896, au mode des vie des populations s’adonnant à la récupération des
déchets. FONTAINE A en sortant en 1903 L’industrie du chiffon à Paris, relevait la nature
des préoccupations économiques que suscitaient déjà à cette époque les immondices.

1
Pour Delafosse, ce terme était réservé aux individus nés en Afrique et ne possédant ni le statut de citoyens de la nation souveraine ou
suzeraine ni le statut d’une autre nation constituée en Etat indépendant reconnu.

29
Sans être spécifiquement orienté sur la question déchets, MUMFORD L nous donnera plus
tard dans son indispensable ouvrage « La cité à travers l’histoire » (1964), quelques aperçus
sur la place et la perception des ordures dans la société urbaine occidentale antique, puis dans
celle contemporaine. En suivant la traînée des déchets dans l’évolution des villes, il donne de
fragmentaires mais essentielles informations en la matière. Même si l’on peut regretter que
l’auteur n’ait pas intégré dans son analyse les continents africain, asiatique ou encore l’espace
latino-américain, il fit néanmoins partie de ceux qui balisèrent la voie au monde de la
recherche qui quelques années plus tard, ouvrait enfin et timidement ses portes au déchet.

C’est durant la période de l’après Seconde Guerre mondiale et surtout à la fin des années
soixante (Trente Glorieuses), qu’un plus grand nombre d’études spécifiques consacrées aux
déchets verront le jour. La croissance des rejets coïncidait alors avec le fabuleux boom
technologique qui, faisant suite à celui démographique, posait en occident l’acte fondateur
d’une société à propension sur-consommatrice. La masse sans cesse croissante des déchets
appelant une meilleure prise en charge, les pouvoirs publics des pays développés d’Europe et
d’Amérique du Nord, se sont alors davantage impliqué dans cette question. Ils adjoindront au
volet économique de la gestion classique des déchets (coûts de traitement), une dimension
plus écologique ciblant, la préservation de l’environnement, et/ou l’amélioration de la qualité
de vie des populations.

Parmi les auteurs-références ayant participé à ce renouveau, on peut citer en France,


GOUHIER J qui, dans Eléments pour une géographie des déchets (1972), abordera en
premier ces éléments ignorés du paysage dans son terroir de la Sarthe, devenant par la même
un des pionniers de la recherche fondamentale sur les déchets dans l’hexagone. L’auteur
universitaire jetait ainsi les bases de la Rudologie en tant que discipline à part entière et
publiera en 2000 : « Au-delà du déchet, un territoire de qualité », manuel d’initiation tout
public. Il sera aussi à la base de la création du GEDEG (Groupe d’Etudes Déchets et Espaces
Géographiques), outil interdisciplinaire de recherche en la matière.

BERTOLINI G étoffa notablement les connaissances en sortant les classiques et


incontournables Rebuts ou ressources : la socio-économie du déchet (1978) ; Eau, déchet et
modèle culturel (1983) ; Homo plasticus, mes plastiques défi écologique (1991) ; Le marché
des ordures (1998) ou encore le désormais collector Déchets et design : les ambassadeurs du
futur dans lequel il offre une vision presque surréaliste de la mutation à venir de l’abject.
L’école helvétique aussi n’était pas en reste avec entre autres publications celles de l’EPFL
(Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne). DISERENS T présentait en 1985 Etude de la
composition des résidus urbains solides confirmant ainsi la caution ingénierie pour la
discipline. Plus tard en 1994, MAYSTRE L-Y (présent dans l’univers « déchet » depuis la fin
des années 70) lui emboîtera le pas et s’appesantira sur les aspects techniques dans Déchets
Urbains, Nature et caractérisations. Il établira aussi quelques définitions en distinguant
notamment la nature économique du déchet, de sa teneur juridique, qui à son tour se
démarque de sa réalité matérielle.
L’émergence du mouvement écologiste au lendemain des premières catastrophes de l’ère
moderne, ayant causé de sévères dommages sur l’environnement, contribua aussi à attirer
autour de l’immondice, quelques « indépendants » aux méthodes parfois… atypiques.
Greenpeace, organisation militante à la double casquette environnementale et pacifiste fondée
à Vancouver (Canada) en 1969, se fera ainsi remarquer par son implication dans des
problématiques diverses et variées allant de l’énergie au climat en passant par la pollution des
océans, la destruction des forêts (gaz à effet de serre, régression de la faune et de la flore…)

30
Des spectaculaires campagnes de protection d’espèces animales (baleines, phoques..) aux
fortes mobilisations contre les essais nucléaires ou encore l’immersion des déchets
(notamment radio- actifs), elle finit par devenir le porte-étendard de la mouvance écolo.
Actualisé avec des problématiques telles que les OGM, le positionnement de l’organisation
s’est aussi fait plus contigu aux réalités des rejets des populations.
Son rayon d’intervention et son champ d’investigation se sont en effet étendus au péril
« déchets » et par ricochet à la surconsommation qui en constitue une matrice essentielle. En
marge des actions d’éclat que mènent régulièrement ses écowarriors contre le nucléaire et ses
dérivés déchets, elle publie aussi quelques pamphlets contre les pollutions et affections liées
au fonctionnement des installations de traitement des déchets dits banals. Zéro déchet ou
encore Incinération et Santé constituent ainsi autant de plaidoyers en faveur d’une réduction à
la source des déchets, qu’ils militent contre les incinérateurs « cracheurs de dioxines » ou
fustigent les décharges brutes de déchets, véritables scandales écologiques à l’heure de la
protection de l’environnement. Toutefois, aux antipodes de cette excitation militante,
certaines analyses-pavés à l’image de celle d’un TIERNEY J pourfendeur du « tout-
1
recyclage », incitent à la prudence en la matière .
Sur le plan institutionnel, les pouvoirs publics occidentaux intègrent désormais la
problématique dans les politiques officielles et recherches dont ils assurent parfois le
financement. Le gouvernement français initiera ainsi nombres d’études par l’entremise de la
Direction de l’Aménagement du Territoire et de l’Action Régionale (DATAR créée en 1963)
puis avec le ministère de l’Environnement. Plus tard, c’est l’ANRED (Agence Nationale pour
la Récupération et l’Elimination des Déchets (1976) qui sera chargée de coordonner les
actions en la matière avant son remplacement en 1990 par l’ADEME (Établissement public à
caractère industriel et commercial, placé sous la tutelle des ministères de l'Aménagement du
Territoire et de l'Environnement, de l'Industrie et de la Recherche), avec un rayon d’action
plus élargi.
Sur le continent américain aussi, on vit la naissance du CRDI qui au Canada, s’intéresse à
ces questions alors qu’aux USA était mise sur pied l’Agence de Protection de
l’Environnement –EPA- créée en 1970 pour protéger la santé et la nature des américains) qui
en fait, prenait la relève du programme Solid Waste Disposal Act (1965). Elle expérimentera
entre autres la « méthode intégrée de gestion des déchets » (Integrated Waste Management)
dans certains Etats de l'Union.

3.2 Et Pour Dakar…


Si les conditions de nos premiers contacts avec l’univers du déchet dakarois furent on l’a
dit, assez fortuites, la curiosité qui en a découlé de mieux connaître son fonctionnement, a été
largement motivée par deux aspects principalement liés à la faiblesse pour Dakar, d’études et
analyses spécifiques à ce secteur.
Le premier assez actuel a trait à un large déficit en analyses critiques et études en
profondeur sur la situation présente, le long de la chaîne de prise en charge à Dakar, bien qu’il
s’agisse d’un service devant aussi bénéficier de telles attentions en vue d’une amélioration de
la qualité des prestations. Quant au second plus historique, il découlait aussi de la quasi
inexistence d’écrits s’intéressant à l’évolution de cette question dans l’entité dakaroise depuis
sa formation. Pourtant en la matière, le passé de la ville fournira on le verra, des informations
qui s’avèreront déterminantes dans la compréhension de certains faits actuels touchant la
question déchets.

1
TIERNEY J (1996). Le recyclage, une vaste imposture. In Courrier International n°510. 1996.

31
Pour le premier point, il apparait pourtant acquis qu’apporter des réponses suppose un
effort de connaissance des questions posées à défaut d’une bonne maîtrise. Cette connaissance
est même nécessaire à toute initiative de bonne gestion cohérente de tout secteur. En la
matière comme pour toute planification, les études préalables et la recherche-action occupent
une place primordiale, quel que soit le domaine en présence. On renverra à CHENEAU-
LOQUAY qui précisait : Au début du prochain millénaire, les sciences sociales vont se
trouver confrontées à un problème crucial pour l'analyse des pays en développement : le
1
problème de l'acquisition et de la disponibilité des données . Cette recherche -constitution de
2
base de données que MAYSTRE définit comme une exigence de comptabilité, se fait encore
3
davantage ressentir pour éviter de fâcheux errements. Le BOZEC aussi a insisté sur ce point :
« Afin d’inscrire la gestion des déchets dans un cadre élargi de développement durable, la
nécessité de bâtir un nouveau socle de connaissances et de méthodes se fait sentir » rappelait-
il, en parlant de la France.
Comme partout, la question à Dakar y recoupe de manière transversale une pléthore de
thématiques, qu’elle soit analysée sous un angle strictement sanitaire (hygiène publique), plus
économique (coûts de la collecte, de l’évacuation des déchets, activités diverses liées aux
déchets) ou encore écologique (gestion des pollutions et du cadre de vie). Déchets et santé
publique, déchet et environnement, déchet et économie (tourisme, commerce), ou encore
déchets et développement durable, les liens ainsi établis expliquent difficilement l’asthénie de
la documentation en la matière, notamment de la part des pouvoirs publics qui ne semblent
4
pas encore acquis à cette évidence . Il semble alors que l’on soit en face de ce que GOUHIER
nomme les résistances secrétées souvent insidieusement par des acteurs, responsables des
5
secteurs et des espaces d’analyse , phénomène toutefois pas propre au Sénégal s’agissant des
pays du sud. KOEHN, repris par ONIBOKUN estime : « La gestion des déchets ne représente
pas une priorité pour la plupart des administrations, elles se concentrent sur l’éducation, la
collecte des taxes et des impôts, les services agricoles, l’approvisionnement en eau et les
6
services de santé . L’auteur évoquait sans doute implicitement le cas des pays en voie de
développement.

1
CHENEAU-LOQUAY A (1997). « Une méthode d'analyse spatiale : l'association image modèle pour une approche de la "durabilité" du
développement », Cybergeo,Environnement, Nature, Paysage, article 36, mis en ligne le 07 novembre 1997, modifié le 03 mai 2007.
2
MAYSTRE. Lucien Yves et al. 1994 : « Déchets Urbains. Nature et Caractérisation ». PPUR Lausanne 219 p
3
Le BOZEC.A (2005). In « Incinération des Déchets ménagers : la grande peur ».Ed Le Cherche Midi. Paris 2005 245 pages
4
L’absence et / ou la faiblesse d’études ou de travaux concernant une thématique déterminée (hors cas confidentiels, inaccessibles au grand
public) peut s’expliquer par les réticences des décideurs publics ou privés à investir un champs désigné « peu noble » C’est ce qui explique
en partie le traitement différencié des problématiques, certaines s’attirant les faveurs au détriment d’autres. Les moins prisées feront alors
l’objet d’une marginalisation voire même une négation totale, bien que l’autorité publique on le sait reste pourtant garante de l’intégrité
territoriale et de celle des personnes qui y sont légalement présentes. Elle a aussi pour fonction de tout mettre en œuvre pour garantir leur
bien-être, leur épanouissement, tel principe étant valable pour tout Etat souverain. Aussi, cette notion de souveraineté nous paraît-elle des
plus importantes, car pouvant aussi jouer un rôle dans la mise en œuvre en amont (étude) et en aval (réalisation) des politiques.
5
GOUHIER Jean Op cité P 17.
6
ONIBOKUN A.G, (2001). La gestion des déchets urbains. Des solutions pour l’Afrique. Edition CRDI-Khartala 2001. 250 pages. P 76

32
Quant à la dimension historique de la question, c’est la même démarche intégrée qui a
conduit à l’aborder de manière aussi ample. Si au départ, il était juste question de voir
l’évolution récente du problème des déchets dans la ville de Dakar, il a par la suite été jugé
important, d’envisager un flash-back plus large et ce, pour trois raisons principales :
- Une carence en études spécifiques concernant les déchets de la ville depuis sa
création,
- Une remise en question qu’on a jugé nécessaire et sous l’angle déchets, d’une
forme de stigmatisation hygiénique persistante dont souffrent les peuples d’Afrique
(notamment ceux au sud du sahel).
- Et enfin, une intégration dans l’analyse globale, des impacts de politiques
coloniales dans le processus, impacts largement minorés.

S’agissant de la quasi-absence pour Dakar et plus généralement pour les territoires


1
africains, de travaux et études historiques spécifiques à la question déchets , cet aspect
relevant de l’évolution des sociétés africaines -y comprises celles précoloniales- reste encore
très méconnu. Il semble même être symbolisé par un vide, avant que ne soit intervenue une
colonisation qui s’est pendant longtemps positionnée comme créatrice ex-nihilo de « tout »,
2
sur ces territoires longtemps déhistoricisés . Poussé à son acmé, cet accaparement occultant
une production rudologique traditionnelle, ferait presque rimer déchets avec présence
coloniale. Il pourrait ainsi faire penser que toute la période précédente n’offre en Afrique
nulle trace de ces témoignages de vie, de ces indicateurs de l’organisation sociale que
constituent les productions rudologiques. Ailleurs et dans le même temps, nombre d’auteurs
nous renseignent à foison sur les pratiques en la matière. C’est le cas notamment pour
3
l’Europe préhistorique mais aussi surtout depuis l’Antiquité.
Si telle fouille semble pour l’Afrique, avoir été d’emblée jugée inutile, c’est sans doute
parce que pour beaucoup, déjà sans intérêt, elle risquait de ne révéler ou dévoiler qu’un passé
hygiénique ou sanitaire, sombre et peu glorieux pour un continent déjà bien mal en point de
par son image historique désastreuse (guerres, esclavage, famines…) et bien répétitive au vu
de la situation actuelle. Cela expliquerait peut-être en partie cette indifférence ou gêne latente
de la diaspora africaine à s’intéresser à cette inconnue historique. Toujours est-il que cette
absence d’écrits historiques pour le continent avant les dernières décennies, explique
d’ailleurs en partie que pour le cas de Dakar, l’on retrouve dans la littérature spécifique aux
déchets, certaines formules ou expressions à l’emporte-pièce, souvent erronées. On citera
celle pour le moins laconique mais très prisée, évacuant généralement une partie de l’aspect
historique de la question à Dakar par la phrase: « Avant 1971, les déchets étaient gérés par les
Services Techniques Communaux …». L’absence de détails et de précisions y trahit aussi
4
parfaitement ce blanc historique, que DESCHAMPS H nomme néant chronologique, et qui
touche même des périodes très récentes.

1
Précisons que la dimension historique de la question sera généralement abordée sous l’angle générique de l’hygiène et de la santé. La
gestion séparative des déchets liquides, des rejets solides et de la santé n’est en effet intervenue que très récemment, c'est-à-dire vers le 20°
siècle.
2
FREDENUCCI J-C. (2005). Aux origines des pratiques de mission de l’administration de l’urbanisme de la V république : l’Afrique
noire. Approche historique d’une expérience de formation d’ingénieurs des Ponts et Chaussées coloniaux et d’administrateurs de la France
d’Outre-mer. Université Paris XII Val de Marne. Institut d’Urbanisme de paris. 2005. 59 pages.
3
Il serait d’ailleurs intéressant que pour le continent asiatique (qui semble aussi dans le même cas de figure), une telle étude soit menée
afin de disposer de données et renseignements comparatifs entre espaces et sociétés.
4
DESCHAMPS Hubert (1970) « Histoire Générale de L’Afrique Noire de Madagascar et des Archipels ». Tome I. Des origines à 1800.
PUF 1970. 572 pages + annexes. P 7.

33
La seconde raison procédant de la première ou la renforçant, -en tous les cas lui étant
jointe-, s’emploie aussi, à discuter une image qui confère aux peuples négroïdes notamment
d’Afrique, ouvertement ou par insinuations, un caractère génétiquement sale. Selon divers
auteurs, certaines représentations qu’ont ces populations du déchet et de la propreté en
général, les prédisposeraient presque à des comportements désastreux en matière d’hygiène,
pratiques naturellement répercutées sur leur environnement immédiat : habitat, de lieux de vie
et d’activités. Rappelons que la responsabilité individuelle des populations dans la question de
la prise en charge de leurs déchets, même limitée à un niveau individuel et domestique relève
néanmoins aussi de leurs pratiques d’hygiène générales. Cette extrapolation invoquera même
parfois une tradition atavique de cohabitation intime et profonde avec l’élément déchet. Telle
était en tout cas l’opinion de ce narrateur du début du 20° siècle décrivant la ville de Dakar :
« Longtemps, les quartiers indigènes furent le pittoresque et un peu la lèpre aussi de la « ville
impériale » : baraques informes, tordues de chaleur, paillotes humides parmi les sables salis.
Là vivait et grouillait une population noire très mêlée (…) leur pouilleuse proximité s’étalait
1
au grand éclat du soleil qui heureusement purifie tout ou presque »...
De manière plus générale, ces propos ciblant les pays d'Afrique laisseraient penser qu'on
serait dans le diptyque hygiène et déchets, face à une persistance de pratiques socio-
culturelles désastreuses et tenaces, car de transmission inter- générationnelle, et bien
antérieures à l’acuité présente de la problématique. Et contrairement aux apparences, ce
discours souvent cautionné par quelque spécialiste en sciences sociales, est occasionnellement
remis au goût du jour et quasiment selon les mêmes modalités qu’avant. Exemple récent,
BERNASCONI soutenait pour le cas des villes d’Afrique : « L’espace privé est donc un
espace d’ordures, que dire alors de l’espace public ? Le problème est en partie culturel, de
toute évidence, le problème des ordures est une affaire d’hommes et de groupes sur lesquels
2
pèse le poids des modèles socioculturels » .

Il est tentant chez l’esprit partisan de délecter de telles affirmations, qui dans une sorte
3
d’exotisme romancé , imputent aujourd’hui encore une large part de l’insalubrité ambiante
des villes africaines, à un soubassement culturel transgénérationnel. Mais, pour l’africain
n’ayant jamais été confronté à ce type de situation décrite, il semblait tout à fait légitime après
lecture, de s’interroger sur les origines et la validité, des soubassements de telles appréciations
minutieusement entretenues au fil des siècles. D’ailleurs ces appréciations ne sont pas
circonscrites au seul cas dakarois ou sénégalais.

Quant à la troisième raison, largement liée aux précédentes, elle est d’occurrence plus
contemporaine : elle a trait aux impacts de quelques évènements phares ayant marqué le
continent, au chapitre desquels, l’intervention coloniale et les politiques initiées en matière de
salubrité, auront de notre avis été des plus décisives. On verra en effet que ces politiques n’ont
pas manqué de s’appuyer sur cette prétendue décadence hygiénique pour justifier d’une
intervention salvatrice, alors que dans le même temps et en la matière, aucune stratégie
bénéfique aux dites populations autochtones n’ait été réellement menées à leur endroit.

1
VANLANDE René. (1942). « Dakar ». Paris Edition J-Peyronnet & Cie 191 pages
2
BERNASCONI David (2000). Eléments de réflexion sur le problème des déchets dans les grands centres urbains d’Afrique de l’Ouest.
Mémoire de DEA. UFR de Géographie et d’Aménagement. Université Bordeaux 3. Septembre 2000. 86 pages. P45-46
3
DESCHAMPS Hubert (1970) « Histoire Générale de L’Afrique Noire de Madagascar et des Archipels ». Tome I. Des origines à 1800.
PUF 1970. 572 pages + annexes. P 126

34
D’ailleurs pour ce point et concernant Dakar, on a assez vite décelé le rôle joué par cette
posture coloniale, dans ce « rachitisme thématique » concernant les rejets, ce qui d’ailleurs est
somme toute logique. Pendant longtemps, seuls quelques secteurs à vocation et forte portée
économique (ou pouvant servir l’idéologie coloniale) ont en effet mérité un effort d’analyse et
de meilleure compréhension. Ce qui explique la pléthore de travaux consacrés à ces fameux
outils d’exploitation que furent les infrastructures du rail, du port ou encore toutes ces études
orientées sur la production de l’oléagineux. A l’inverse, la quasi-totalité des domaines à
caractère social, présentant peu d’intérêt pour l’administration, car ciblant l’amélioration des
conditions de vie des populations autochtones furent négligés. Parfois, les analyses les
concernant étaient tout bonnement perverties ou déformées pour les mêmes raisons politiques.
Pas étonnant alors que pour le territoire de Dakar (comme pour la quasi-totalité des
territoires colonisés d’ailleurs), les écrits et documents résultant d’études spécifiques menées
par des particuliers, tout comme les publications et notes officielles en matière de salubrité
impliquant les déchets, aient en général très fidèlement suivi la ligne politique de l’époque,
s’ils n’en constituaient pas tout simplement les pierres angulaires. Ainsi, le docteur
BERANGER- FERNAND dans « Etudes sur la Sénégambie » datant de 1873, énumérait
déjà les premières mesures d’assainissement à réaliser, consistant notamment à drainer les
marigots et procéder à des plantations, afin de préserver la colonie européenne présente dans
1
une ville comptant à cette époque quelque 1500 habitants .
2
Dans « La pathologie de la presqu’île du Cap-Vert » , l’Inspecteur PELLETIER
Directeur Général de la Santé Publique en AOF appuyait les recommandations du Médecin
Walter pour éradiquer l’endémique fièvre jaune, liée entre autres aux mauvaises conditions
d’hygiène sur l’Ile de Gorée et à Dakar, responsables là aussi d’une forte mortalité chez les
populations européennes.
Du côté des indépendants, P-A ANGRAND dans « Les lébous de la presqu’île du Cap-
Vert » ouvrage sorti en 1946 nous apprend qu’après l’épidémie de fièvre jaune de 1900 et en
application de la loi du 15 février 1902, une commission chargée de prescrire des mesures
sanitaires pour la presqu’île fut constituée. Elle était présidée par le médecin chef du Service
de santé et composée de plusieurs membres dont les fonctionnaires de l’administration de
l’intérieur, des TP, le maire de Dakar et son agent voyer (officier préposé à l’entretien et à la
réglementation des voies et chemins) et donnera naissance l’année suivante au Service
Médical d’Hygiène bras armé des autorités en la matière. Devenue entre temps capitale de
l’AOF en 1904, la circulaire du 12 avril 1921 du Gouverneur général Merlin et celle du 19
Mars 1924 du Gouverneur Général Carde édictaient déjà des mesures d’hygiène dites
générales mais ciblant singulièrement les « indigènes ». Aussi bien dans leur sphère
domestique que sur le domaine désormais « public », ces populations allaient dorénavant être
sévèrement contrôlées, s’agissant de l’évacuation des eaux usées mais aussi de l’élimination
individuelle de leurs ordures ménagères.
La création de la Circonscription de Dakar et ses Dépendances en 1924, suite à une
épidémie de peste dans la ville noire, marquait l’entrée en scène effective de l’administration
coloniale dans le secteur de la construction et des équipements. Toutefois, cette politique
n’intégrera pas pour autant des volets sociaux essentiels tels que l’assainissement et l’hygiène
pour tous. Le Gouvernement Général de l’AOF (GGAOF) estima vers 1933 le volume de la
production de déchets de la ville de Dakar à environ 51 m3 / jour, alors que le Bureau Central
d’Etudes de l’Outre-Mer (BCEOM) sortira deux ans plus tard les premiers chiffres officiels et
exploitables en matière de production de déchets solides de la capitale de l’AOF.

1
VANLANDE René. 1942 « Dakar » 1942. Ed. Peyronnet & Lu. 191p .ANS bi I8°1887.
2
In « La presqu’île du Cap-Vert » IFAN Dakar 1949. 316 p

35
Mais, il n’était guère question d’une bonne connaissance de la production et des
mécanismes de prise en charge afin de répercuter d’éventuelles améliorations à l’ensemble
des populations. La priorité était encore centrée sur les aspects sanitaires à résonnance plus
1
politique, en témoigne la création du Service d’Hygiène après l’épidémie du virus amaril à
Dakar en 1927. La structure qui perpétua cette politique officielle ambiguë mêlera
prophylaxie contre le paludisme, la fièvre jaune, la peste…, et répression envers des indigènes
délibérément privés de condition d’hygiène minimales. Elle sortait aussi régulièrement
quelques études en la matière, ciblant d’ailleurs ces populations à risque.
Jusqu’à l’indépendance en 1960, seuls quelques rapports et mesures périodiques sont venus
renforcer le peu d’études et de documents de travail en rapport avec la gestion des déchets,
produits par les différentes institutions en charge de ce secteur. Aucun indépendant ne
semblait alors s'intéresser réellement aux miasmes de la ville.
Ce n’est que près d’une décennie après l’accession du pays à la souveraineté, que le
2
Professeur A SECK abordera la question des déchets, à travers un rapide état des lieux du
service de collecte des ordures de la capitale sénégalaise. Dans Dakar : Métropole Ouest-
Africaine, publié en 1970, l’ancien ministre de Senghor analysa le rôle et le fonctionnement
de la capitale, en évoquant au besoin quelques évènements historiques. Tout en s’intéressant
aux services urbains tels que ceux de la voirie de la Commune de Dakar qui s’occupaient
aussi du nettoiement de la ville, l’auteur dressera aussi un rapide bilan sociopolitique de la
gestion municipale du service de collecte des O.M qui, depuis la fin de la seconde guerre
mondiale jusqu’à l’avènement de l’indépendance avait connu des fortunes diverses. La
nouveauté dans sa démarche consistait en une approche plus impartiale que des écrits
coloniaux souvent dédaigneux, jusque là de mise.
Quant à la patte gouvernementale, on peut souligner une Convention pour le Balayage des
Voies et la Collecte des ordures ménagères de Dakar datant du 27 juillet 1971 conclue entre le
Gouverneur de la région de Dakar et la SOADIP, et qui définissait les missions en la matière
et les objectifs à atteindre. A l’image des organismes précédents, la SOADIP produira aussi
quelques chiffres et données concernant les quantités produites et collectées, production
statistique interne dont la fiabilité s’estompera au lendemain de la dissolution en 1994 de la
SIAS qui lui succéda. Cette période marqua en effet le début de l’intervention dans les
missions de nettoiement d’organismes moins professionnels.
Entretemps, le milieu de la recherche nationale s’était ouvert au déchet dakarois, avec au
3
début des années 1980, la première véritable production en la matière, œuvre de O WANE .
Dans sa thèse de Doctorat « Contribution à l’Etude de l’Environnement au Sénégal :
matières résiduaires et disparités urbaines dans une grande ville africaine, Dakar »
soutenue à l’Université Paris Val de Marne, l’auteur réalisa une très intéressante analyse de la
pollution induite par les rejets liquides et solides de l’agglomération dakaroise, notamment
ceux domestiques. Comme tout travail d’«éclaireur», il permit de baliser le terrain en
dégageant différentes pistes de réflexion, ouvrant ainsi la voie aux futurs travaux, notamment
universitaires : le déchet dakarois semblait alors sortir de son « ghetto ».

1
D’ailleurs, la signature à Washington en 1945 des nouvelles conventions sanitaires internationales, accéléra plus tard sa réorganisation
(Pelletier 1945).
2
SECK A. (1970). Dakar, Métropole Ouest-Africaine. Mémoires de l’IFAN n° 45. 1970 516 pages + annexes.
3
WANE Omar 1981 : « Contribution à l’Etude de l’Environnement au Sénégal : matières résiduaires et disparités urbaines dans une
grande ville africaine Dakar ». Université Paris Val de Marne Créteil décembre 384p

36
Cette tendance se confirmera presque logiquement, quand l’année 1988 vit Ousseynou
1
DIOP réaliser l’une des études les plus étoffées sur les déchets solides à Dakar. Sa thèse de
doctorat « Contribution à l’étude de la gestion des déchets solides de Dakar : analyse
systémique et aide à la décision », principalement orientée sur une analyse des modalités de
prise en charge des déchets dits ménagers, proposait en effet un formidable outil d’aide à la
décision. Hormis des appréciations techniques (évaluation du système de collecte et de
transport), l’auteur y procède à l’analyse de la composition des déchets solides, de leurs
principaux paramètres physico-chimiques (teneur en eau, pouvoir calorifique…) avec une
projection des estimations de la production spécifique sur quinze ans. Même si l’on peut
regretter que l’ingénieur de formation n’ait pas élargi son champs d’étude à des aspects plus
géographiques qu’ils soient physiques (impacts sur le milieu), ou humains (socioculturels),
ses données constitueront près de vingt ans après leur publication, l’outil de travail le plus
élaboré en la matière, et dont se servent encore à ce jour les décideurs et les politiques
nationaux. L’auteur signera l’année suivante avec la sociologue Evelyne WAAS « Des
déchets et des hommes », sorte de recueil traitant de la question de l’économie informelle de
la récupération des déchets dans les pays du tiers-monde.
Peu de productions notables concernant Dakar virent le jour depuis, si ce n’est la thèse de
2
Michel SECK « Gestion des déchets à Dakar : perceptions et effets environnementaux »
soutenue en 1997 à l’Université de Dakar. L’étude se limita cependant à un bref survol de
quelques aspects liés à la constitution des dépôts anarchiques d’ordures, des points de rejets
industriels et agricoles dans la capitale sénégalaise. Notons aussi le récent ouvrage de Omar
3
CISSE qui, dans la lignée de la précédente étude du duo WAAS & DIOP cité plus haut, est
principalement dédié à l’économie informelle de la récupération à Dakar. Signalons aussi une
étude du BCEOM sur les déchets de Dakar, datant de 1986, mais qu’on a malheureusement
pu retrouver dans aucune bibliothèque ou Institut Universitaire, aussi bien en France qu’au
Sénégal.
Ce passage en revue de la bibliographie « déchet », destiné à montrer le caractère encore
assez marginal de la question, constitue aussi une opportunité pour déplorer quelques fâcheux
cas d’école en matière d’étude sur les déchets à Dakar. Révélateur est en effet l’exemple de
Nora BENRABIA qui, pour le compte de la très sérieuse Agence de la Maîtrise de l’Energie
et de l’Environnement (ADEME, organisme français), s’intéressa en 1998 aux aspects
institutionnels et financiers de la gestion des déchets à Dakar. Elle procéda à une évaluation
du Nouveau Système de Gestion des Déchets Ménagers (NSN) mis en place dans (et par) la
CUD. Bien que pertinente, l’étude présentait en effet quelques failles grossières, l’auteure
ayant sans doute rapidement et un peu trop superficiellement évacué certains points essentiels.
En évoquant la question de la logistique matérielle dont disposait la ville de Dakar pour la
collecte et l’évacuation des déchets durant la période de la gestion communale avant 1971,
elle parlera de moyens techniques mobiles qui se limiteraient à « des charrettes à traction
4
animale ». Pourtant, une simple investigation dans la documentation historique aurait permis
de dissiper toute ambigüité. Elle aurait permis de voir que les services de nettoiement des
municipalités de Dakar et Rufisque, créés à la fin du 19° siècle (entre 1890 et 1900),
bénéficièrent dès les années 1920 et comme en Occident, de véhicules motorisés pour la
collecte et l’évacuation des O.M., à la faveur de la mécanisation et de la motorisation des
moyens de transport intervenue dans les pays industrialisés.
1
DIOP O, (1988). Contribution à l’étude de la gestion des déchets solides de Dakar : analyse systémique et aide à la décision .Thèse
Doctorat EFPL-Lausanne. 292 p.
2
SECK Michel 1997 : « Gestion des déchets à Dakar : perceptions et effets environnementaux ». Thèse de Doctorat 3° cycle. UCAD-
Département de Géographie 310. p
3
CISSE Oumar (2007). L’argent des déchets. L’économie informelle à Dakar. Editions KHARTALA-CREPOS. 164 Pages.
4
BENRABIA Nora 1998. Le Nouveau Système de gestion des déchets ménagers dans la Communauté Urbaine de Dakar –Sénégal-.
Evaluation. ADEME 1998. 71 pages + annexes.
37
La France qui possédait la colonie de l’AOF, à laquelle appartenait l’aire géographique du
Sénégal y transposa un service quasi-identique, avec des prestations il est vrai, destinées aux
seules populations…européennes et ressortissants « assimilés », pour ainsi dire au strict noyau
occidental. Autre page, autre méprise, lorsque l’auteure évoque dans son document,
l’intervention dans la gestion des déchets ménagers de la ville de la Communauté Urbaine de
Dakar (CUD) depuis l’indépendance du pays en 1960, alors qu’en réalité l’organisme supra
communal dakarois n’a été crée qu’en …1983.
Dans d’autres circonstances, ces propos du reste très décalés d’avec la réalité, auraient pu
passer inaperçus, ou même prêter à sourire pour le commun des lecteurs. Seulement, pour peu
qu’on s’y intéresse, ces extraits d’un travail de recherche validé, confirment nombres
d’appréhensions sur la légèreté avec laquelle ces questions relevant de l’hygiène dans les pays
d’Afrique noire sont parfois traités. Témoignant de la méconnaissance de certains aspects
pourtant récents de la question, ces écrits signent aussi souvent une perpétuation (peut-être
inconsciente) de certains clichés qu’on a décrit précédemment, et qui accompagnent encore
des sociétés longtemps considérées comme rétrogrades. S’appuyant parfois sur les blancs
historiques évoqués plus tôt, ils induisent dans le meilleur des cas des erreurs d’appréciation,
s’ils ne donnent pas tout simplement libre courts à des déductions approximatives et biaisées.
Une interpellation de plus sur la nécessaire présence des pouvoirs publics dans un secteur où à
défaut de produire des données, il s’avère nécessaire de vérifier et exercer un regard sur les
conclusions d’études menées et/ ou publiées, question de crédibilité.

4. Structuration de la recherche et « restitution » rédactionnelle.


Sans verser dans quelque culte d’ icônes, on peut reconnaître que les publications des
auteurs O. DIOP et O. WANE représentent encore malgré leur âge, les références en matière
d’études et de contributions fiables sur les matières résiduaires solides dakaroises. D’ailleurs
bien que non préméditée, la démarche méthodologique et rédactionnelle hybride qui s’est de
facto imposée à nous pour le traitement de certains aspects de la question abordés dans cette
thèse, doit beaucoup à ces deux précurseurs du déchet sénégalais. On s’est en effet
naturellement orienté vers une synthèse de leurs deux angles d’analyse, avec une approche
oscillant entre les préoccupations du chercheur socio-anthropologue orienté sur les
perceptions et postures sociales des sociétés étudiées, et celle de l’ingénieur social plus porté
sur l’évaluation et/ou l’amélioration des techniques spécifiques au secteur.
Honneur donc à O WANE, au moment de l’élaboration, puis de la rédaction de la
Première partie de la thèse, qui dresse à travers un état des lieux, une présentation de la
situation des matières résiduaires domestiques et de leur dynamique dans une métropole
dakaroise en constante évolution sociodémographique et spatiale. Comme l’auteur près d’un
quart de siècle plus tôt, on s’est s’intéressé aux difficultés et inégalités dans leur prise en
charge officielle, et qui continuent de handicaper un secteur crucial de la gestion urbaine.
Toutefois, l’une des nouvelles pistes d’étude empruntées, a été d’analyser les impacts des
incohérences de la gestion sur le domaine public, parallèlement à la posture hygiénique
domestique des populations. Ces incohérences vont largement déterminer les réponses
parallèles, souvent jugées « non convenables » des populations, pour pallier les lacunes du
système officiel de prise en charge des rejets solides ; l’analyse en profondeur de ces réponses
alternatives révèlera d’ailleurs des subtilités inattendues (dépôts d’ordures contestataires ou
d’aménagement sub-local). Toujours est-il que cette situation on le verra, induit de nombreux
dommages sur l’environnement de la presqu’île, mais aussi sur le cadre de vie des résidents.
Mais, de manière plus élargie, cette partie met en évidence un faisceau d’interrelations
entre ce qu’on a précédemment nommé Acteurs, représentations et pratiques socio-spatiales
« déchets », triptyque présent le long de la chaîne et d’amont en aval.
38
Dés lors, si une bonne connaissance sociale de la question des facteurs socio-
anthropologiques (représentations, usages et pratiques) influant et même parfois s’articulant
sur la question des déchets s’impose, des paramètres plus techniques restent essentiels pour
une bonne prise en charge. En amont, et de façon plus spécifique, on a posé la question de
l’analyse des modalités de production et de conditionnement des matières, le suivi de
l’évolution des taux de collecte, de la production des déchets (quantités et composition).
Dans la Seconde partie de l’étude, on y aborde les causes récentes qui ont concouru à cette
situation, en exposant les antagonismes de la gestion officielle du secteur avec certains
aspects singuliers de la croissance urbaine, dont le boom démographique, le développement
de l’habitat (régulier et celui spontané), ainsi que celui des activités économiques diverses. On
y met aussi en lumière nombre de facteurs sociaux diffus qui interfèrent dans la prise en
charge actuelle de ces résidus.

Y est aussi analysée la question de la matérialisation spatiale des équipements de prise en


charge, sous l’angle plus global de l’aménagement de la ville depuis l’indépendance en 1960.
Ce survol incluant un passage en revue des différentes structures de gestion qui se sont
succédé, révèlera en dépit de quelques « éclairs de cohérence », des orientations pas toujours
pertinentes, et dont on verra les conséquences sur le fonctionnement puis le devenir sanitaire
et écologique de la ville.
On sait que l’occurrence actuelle de certains points noirs dans la question de la gestion des
matières résiduaires solides à Dakar, n’échappe pas au traitement de ladite question le long de
l’évolution historique de la ville. Engageant aussi les mutations qui ont transformé l’espace
géographique dakarois et lui ont attribué sa configuration présente, difficile d’occulter la
dimension historique de la gestion des déchets, abordée dans la Troisième partie. Celle-ci
tente, sinon d’établir le soubassement historique de la question, tout au moins d’identifier
quelques unes des décisions antérieures ayant conduit à la situation. Rappelons qu’en réalité,
notre démarche est partie d’une volonté de comprendre cette dichotomie actuelle entre la
propreté intérieure quasi-irréprochable que revendique et entretien la société sénégalaise, et ce
relâchement sur l’espace public.

Les impacts des choix coloniaux en la matière, essentiels dans la compréhension du


processus, poussent en effet à remonter le fil diachronique jusqu’à la période pré urbaine afin
de mieux cerner le rôle de cette colonisation. L’objectif on le voit, est double :
- voir quelle a été en la matière, la nature des processus officiels mis en œuvre depuis la
constitution de l’entité urbaine jusqu’au seuil de l’accession à l’indépendance,
- mais aussi s’interroger sur les éventuelles implications socioculturelles qui à travers
des comportements désastreux en la matière, et déjà implantés dans les mœurs des
populations (tel que l’ont insinué certains auteurs), auraient plus qu’ailleurs défavorablement
influé sur la question.
Cette partie se veut une contribution à une meilleure connaissance de la pratique de
l’hygiène et de la salubrité, dans les sociétés négro africaines parfois arbitrairement
stigmatisées en la matière. Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’essai qui va progressivement
« zoomer » sur les entités urbaines sénégalaises de l’époque (Gorée, Saint-Louis, Rufisque),
1
avant de conclure sur Daccar, se veut impartial . Au-delà d’inscrire quelques lignes sur la
page longtemps considérée comme vierge du passé rudologique du continent, l’approche
historique se veut de contribuer avec humilité, à comprendre les mécanismes authentiques
ayant présidé ou concouru à l’avènement de la situation actuelle.

1
D’ailleurs, tout apport ultérieur à cette première approche, qu’il intervienne à titre de rectification ou de confirmation sera considéré comme
une pierre de plus dans la mise en lumière de cet aspect historique.

39
Elle présente l’intérêt de décrypter cette vision bien ancrée dans l’imaginaire des étrangers
de villes en permanence sales. Mais elle interpelle aussi forcément sur les entités en question :
de quelle ville s’agissait-il exactement ? C’est tout le sens de l’évocation de la période repère
de l’émergence des villes précoloniales (ou entités qui en faisaient office), et toujours en
rapport avec la problématique posée, leur évolution, leurs contacts tourmentés avec le reste du
monde et particulièrement le contour méditerranéen, et plus tard avec l’Occident par ailleurs
futur artisan de leur sujétion ou mise en dépendance progressive par le fait colonial.
Indépendamment de la différenciation dans la pratique déchet intervenue à l’échelle mondiale
à l’aube de la période moderne, il faut dire que les postures en la matière des peuples
d’Afrique ont notablement varié selon qu’on se place sous le prisme des sociétés
précoloniales, des objectifs des administrations impérialistes durant la période coloniale ou
alors des politiques postindépendance des nations africaines une fois libres.
Sera alors passée en revue, la question des déchets dans des entités sénégalaises devenues
urbaines et ce, durant près d’un siècle de gestion, dont pour une bonne partie on le verra sera
menée sous le sceau de l’assainissement (dans son acception coloniale), de l’hygiène, et plus
singulièrement de la …ségrégation. Sans changer de perspective, une légère réorientation de
l’angle d’analyse, permettra d’aborder la question sous l’angle des politiques d’aménagement
de santé, la démarche géographique restant primordiale dans cette partie aussi. On évoque
ainsi, des politiques spatialisées, que ce soit à titre de la gestion urbaine, des politiques de
population, d’aménagement, de santé, d’hygiène, ou plus spécifiquement de prise en charge
des résidus déchets : mise en place du service déchet, évolution de la collecte et/ ou du
traitement, etc..
Au sortir de ce « tour d’horizon ciblé », on s’aperçoit amplement que ce secteur des
déchets solides urbains de la ville de Dakar, souffre d’une sorte de relégation tacite,
manifestation condescendante d’une marginalisation ancrée et aujourd’hui encore avalisée
depuis les hautes sphères décisionnelles. L’imbroglio qui caractérise son fonctionnement
actuel va alors motiver une Quatrième partie consacrée à l’évaluation des principaux
mécanismes réglementaires et institutionnels officiels qui régissent ce secteur. Le même
constat nous a aussi conduit à y intégrer une partie consacrée à l’élaboration de quelques
outils de gestion, mais aussi à l’élaboration d’une feuille de « lisibilité » concernant les
l’ensemble des déchets solides produits à Dakar. La série de recommandations endogènes
(techniques...) qui y est proposée inclue un essai de caractérisation pondérale et physique du
gisement des déchets ménagers de l’agglomération, en vue d’orienter d’éventuelles stratégies
de valorisation matière en amont (tri sélectif domestique) ou en aval (méthodes de traitement
avec récupération énergétique). Menée en 2004, elle constitue une sorte de clin d’œil à DIOP
O dont on a réactualisé une partie des travaux réalisés en 1988 (Voir Méthodologie-
Résultats). Cette partie s’orientera aussi sur une série de propositions relatives à la prise en
compte de quelques variables exogènes majeures, après avoir mis en exergue une nécessaire
connexion de la question déchets solides avec les politiques d’équipement urbain de la ville.
Les impacts du déficit infrastructurel sur la question peuvent être incarnés par les mécanismes
de gestion des matières résiduaires liquides encore très lacunaires.

Enfin le dernier point qu’aborde cette partie amarre le déchet dakarois à la scène
internationale ; ou comment le cas local de Dakar, est susceptible de s’articuler à certains
enjeux géopolitiques de dimension internationale. Enjeux écologiques et politique :
réglementations internationales en matière de déchets et leurs modalités d’application,
limitation des pollutions et prélèvements de ressources. Mais aussi, enjeux économiques,
autour d’un produit devenu intéressant pour le milieu des affaires, qui lui-même est largement
assujetti à l’évolution économique actuelle à travers la mondialisation.

40
Même en ne prenant pas en compte les intéressantes perspectives que présente ce secteur,
la nécessité de parvenir à une meilleure gestion des rejets en vue d’améliorer la qualité de vie
des populations et mieux protéger l’environnement, milite en faveur d’une véritable politique
déchet pour la capitale sénégalaise. C’est d’ailleurs ce constat d’un traitement parfois très
superficiel de la question, combiné à une quasi marginalisation technico-administrative,
notamment dans la dimension spatiale, qui a notablement influé sur le choix de ce thème
encore orphelin pour une ville comme Dakar. Situation plus que paradoxale pour la capitale
du Sénégal qui doit indiscutablement s’appuyer sur la qualité son cadre de vie pour espérer
atteindre ses ambitions de modernité et de rayonnement international, dans sa route vers le
développement.

41
PREMIERE PARTIE
SITUATION ENVIRONNEMENTALE DANS L’ESPACE DAKAROIS

Chapitre I Un tableau économique et environnemental préoccupant.


1. Politiques de développement : des choix pas toujours judicieux.

Lors de la définition des grandes orientations socio –économiques du Sénégal indépendant,


priorité a pendant longtemps été donnée à l’accroissement de la production dans les domaines
traditionnellement identifiés comme devant impulser ce développement économique évoqué
plus haut. Le secteur primaire, avec l’industrie mais surtout l’agriculture, étaient donc en ligne
de mire.

Pour un pays sahélien dont l’activité agricole occupe plus de 60 % de la population, il


s’agissait pour le pouvoir dirigeant, à travers une politique interventionniste appuyée, de
moderniser puis d’intensifier l’agriculture et l’élevage (7 % du PIB). En somme, parvenir à
1
des rendements supérieurs pour gagner terme la bataille de l’autosuffisance alimentaire .

La réforme agraire initiée au lendemain de l’indépendance devait permettre l’accès des


paysans à la terre, alors que la réalisation graduelle d’aménagements hydriques (puits,
forages, barrages..), de conduire à la maîtrise de l’eau (écoulements superficiels pérennes ou
temporaires et eaux captives), en vue de pallier un déficit pluviométrique caractéristique des
2
zones soudano-sahéliennes . Tel était l’objectif des projets de revitalisation des vallées
fossiles et des lacs artificiels, éclipsés par la suite par les bassins de rétention initiés plus tard
sous le président Wade.

Ce renouveau de l’agriculture, mené parallèlement avec des plans de développement des


villes régionales, visait à fixer les populations dans leurs terroirs en leur offrant d’avantage de
perspectives d’insertion professionnelle, initiatives devant globalement aider à endiguer la
saignée rurale vers la capitale.

1
L’importance des politiques agricoles se justifiait d’autant que le pays ne peut guère trop compter sur une bonne dotation de son sous-sol :
les rares ressources énergétiques et minières dont dispose le Sénégal sont en effet constituées pour l’essentiel des réserves de minerai de fer
de la Falémé (estimées à environ 300 millions de tonnes exploitables) et surtout des phosphates de Thiès, dont le Sénégal avec les ICS était le
9° producteur mondial (réserves estimées à 40 millions de tonnes). C’est alors la pêche, poumon de l’économie sénégalaise avec environ 200
milliards de FCFA de chiffre d’affaire en 1998 qui se positionne avec le tourisme (100 milliards de recettes en 1998) comme étant l’un des
plus gros pourvoyeurs de devises du pays.
2
Le Sénégal appartient à la zone soudano -sahélienne marquée par la variabilité annuelle des précipitations et une moyenne plutôt faible
allant de 1500 environ au sud à 200 environ au nord.

42
1
Carte 1. Découpage administratif de la République du Sénégal . Source CSE

Toutefois, ces objectifs allaient être contrariés par quelques tendances déjà amorcées et
constatées vers la fin des années 1960 au sortir des indépendances ; ces tendances
préfiguraient une dégradation de la situation environnementale et économique du pays.

Sous la pression anthropique et certaines modifications climatiques, les écosystèmes déjà


fragiles allaient être sérieusement être endommagés. Paul NDIAYE P et NDIAYE A notent :
« en raison de sa position géographique à la fois littorale et bordière du Sahara, le Sénégal
est doublement exposé aux changements globaux. Le relèvement du niveau marin et la
désertification, consécutifs au réchauffement global affectent directement ce pays en grande
2
partie sahélien ».
Les impacts négatifs des grands aménagements hydro –agricoles sur le cycle des cours
d’eau, sur la végétation et sur les écosystèmes (intrusions marines et salinisation des terres)
ont alimenté de vives inquiétudes. Ces phénomènes seront alors largement étudiés, de même
3
que la déforestation et l’érosion littorale, qui prenaient de l’ampleur.

1
Depuis 2008, les régions administratives sont au nombre de 14 avec l’adjonction de Matam (2001) puis Kaffrine, Kédougou et Sédhiou en
2008.
2
NDIAYE P & NDIAYE A, 2000. In Atlas de l’Afrique-Sénégal Ed J.A 84 p
3
Conséquence des prélèvements sur les formations végétales pour l’approvisionnement des ménages en combustibles ligneux, et des
défrichements pour la mise en culture.

43
A ces défis environnementaux, est venue se greffer une crise conjoncturelle qui a plongé
l’économie dans une situation de marasme. Les politiques agricoles n’ont en effet pas eu les
résultats escomptés, du fait de l’extraversion de la production agricole principalement destinée
à l’exportation. Cette situation n'était d’ailleurs pas nouvelle, ses prémisses remontent à
l'époque de la colonisation, avec l'orientation exclusive des productions agricoles et
industrielles, vers les besoins de la métropole.
L’oléagineux et le coton, longtemps privilégiés au détriment des cultures vivrières locales
verront tout de même leur prix sur le marché mondial largement dépréciés. Entretemps, ils
auront, en favorisant l’abandon des pratiques traditionnelles de jachère, fortement contribué à
l’appauvrissement des sols.
Cette tendance économique s'est confirmée plus tard, avec une plus grande marginalisation
du marché intérieur au profit des exportations, réorientation qui n'inclinera pas pour autant le
solde déficitaire de la balance commerciale. Et si le pays avait semblé renouer avec la
1
croissance notamment au sortir de la dévaluation, avec des taux avoisinant les 6 % en 1999 ,
depuis quelques années déjà, ce sont des piliers de l’économie sénégalaise qui sont en proie à
la crise.

Le secteur de la pêche, malgré sa productivité élevée (avec près de 450 000 tonnes de
produits halieutiques exploitées chaque année) connaît de profondes difficultés. La raréfaction
des ressources halieutiques conséquence de la sur-délivrance effrénée des licences et de
l’absence de repos biologique (essentiel à la régénération des espèces de la faune aquatique),
laisse sur « le carreau » les pêcheurs traditionnels et leurs familles les premières victimes de
cette situation.
Alors que les activités de l’économie formelle ne fournissent des emplois qu’à 10 % de la
2
population active , le tissu industriel avec à sa tête le fleuron que constituaient les ICS se
3
retrouve aussi dans l’œil du cyclone . Devant la crise de l’emploi et l’accroissement de la
pauvreté, la majorité de la population active (en âge de travailler) ne voit comme alternative
4
que l’immigration à tout prix vers l’eldorado que constituent l’Europe ou les USA .

1
Quotidien Le Soleil éd. 15 janvier 2000.
2
Cette société phare de l’industrie sénégalaise traverse une crise sans précédent du fait de l’arrêt des exportations vers l’Europe et d’une
mauvaise gestion dont les anciens et les actuels dirigeants se renvoient la responsabilité.
3
Selon Jacques Bugnicourt défunt secrétaire général de l’ONG ENDA Tiers-Monde, les salariés du public et du privé représentent juste
130 000 sur une population active de près de 3, 5 millions de personnes soit moins de 5 % alors que celle informelle emploie près de 60 %
des travailleurs dans les pays d’Afrique subsaharienne. In Sud Quotidien mercredi 19 avril 2000.
4
Durant l’année 2006, des vagues sans précédent d’immigrés clandestins partant des cotes ouest -africaines (principalement Sénégal et
Mauritanie) tentaient de rallier les côtes espagnoles à bord d’embarcations de fortune, des pirogues surnommées en Europe « Cayucos). Ce
sont principalement des pêcheurs « dépouillés » de leur gagne-pain et confrontés à la crise du secteur qui se seraient ainsi reconvertis en
passeurs ou même en clandestins risquant leur vie pour gagner l’Eldorado européen.

44
2. Dakar en panoramique ou le reflet du déséquilibre territorial.

Dakar siège du gouvernement et des administrations depuis 1956, n’a jamais arrêté de se
démarquer de l’armature urbaine, par son poids économique et démographique considérables.
Son développement quasi exclusif n’a laissé aucune possibilité d’émergence à d’autres
métropoles d’équilibre. La ville relègue loin derrière les centres urbains régionaux ; même si
la croissance démographique y est régulière, Touba (500 000) Thiès (231 000) et Kaolack
(200 000), connaissent des fortunes diverses dans leur développement.
Avec plus de 2,5 millions d’habitants, 55 % des citadins du pays, 55 % du PIB sénégalais,
2/3 des salariés du secteur moderne, 9 emploi commerciaux et industriels sur 10, Dakar
concentre tout. Et grâce à son dynamisme, la ville parvient à atténuer cette situation de crise
économique qui touche l’ensemble du pays.

Mais, la pression démographique qui en découle, principalement fruit de l’exode rural,


entretient une rapide extension spatiale ; cette dernière entraîne en domino un délitement de
l’offre de service, un boom de l’habitat précaire, un développement de l’insécurité…et plus
généralement une dégradation du cadre de vie. La présence sur ce site de 550 km2 (0,3% du
territoire national) de 80 % de l’activité économique et industrielle et de 30 % de la
population du pays, a beaucoup contribué à engendrer une hausse des pollutions dues
principalement aux rejets de matières résiduaires diverses sur les milieux.

45
Photo 1. Dakar vue d’ensemble : la corniche et l’anse de la ville. En arrière plan, le port de Dakar. Source
Atlas Jeune Afrique : Le Sénégal

Photo 2 : Le Plateau vers la fin du XX siècle. Source Archives Nationales.

46
Figure 1. Evolution de la population de l’agglomération dakaroise depuis 1932.

Répartition de la population de Dakar (2002)


Départements Population Pourcentage
Dakar 955 897 42,15
Pikine 768 826 33,90
Guédiawaye 258 370 11,39
Rufisque 284 263 12,53
Total 2 267 356 100

Tableau 1. Répartition de la population de l’agglomération de Dakar. Source : Recensement Général de la


Population et de l’Habitat. Résultats provisoires Décembre 2002.

2.1 La ville côté cour.

Pour le visiteur qui y débarque, Dakar offre sa « Téranga » (hospitalité) légendaire, et


expose ses atours présentés sur les cartes postales : le Palais Présidentiel, les marchés Kermel
et Sandaga d’architecture néo-classique, ou encore les édifices religieux comme la Cathédrale
et la Grande Mosquée, font partie des incontournables étapes proposées par les guides
touristiques et autres tour-operators. Mais, la ville arbore aussi régulièrement quelques
nouvelles réalisations, notamment dans le quartier du Plateau. De nouveaux immeubles
commerciaux et d’habitation, ainsi que des locaux modernes de ministères, viennent
architecturalement donner « un coup de vieux » à ces buildings mythiques que furent l’hôtel
Novotel, ou encore le siège de la BCEAO sur la frange Est du littoral.
47
En progressant vers le nord de la ville, on remarque sur le site de l’ancien Champs de
Courses sis au Boulevard Général De Gaulle, le complexe commercial « Les 4 C » (Centre
Commercial des Champs de Courses) ; récemment sorti de terre, il apporte une touche de
fraîcheur dans un quartier mi-habitat résidentiel, mi Pôle d’Affaires. Jusqu’en 1968 cette zone
était encore constituée de bidonvilles, avant de laisser place à des habitations HLM de moyen
standing. Aujourd’hui, dans cette zone pavillonnaire, se sont implantés à côté des villas de
Gibraltar et des Allées du Centenaire, les immeubles de diverses institutions financières :
banques de L’Habitat et de la BCEAO…, mais aussi des Instituts spécialisés dont le CESAG.
Toutefois, on y note aussi une forte progression des activités de commerce de gros et de détail
(vendeurs ambulants), à l’image de celles présentes à Sandaga et dans une bonne partie du
Plateau.

On retrouve la même configuration dans le secteur de Fann-Point E avec son Pôle


1
International de Recherche et de Formation ou encore son Quartier des Ambassades ; le
quartier malgré la progression du petit commerce, conserve encore son caractère résidentiel. La
zone abrite aussi une piscine olympique, ouverte au grand public et qui constitue un lieu de
détente et rafraichissement en période de chaleur. Plus au Nord, quelques complexes hôteliers
select à l’image de Ngor Diarama et Méridien Président (ayant littéralement les pieds dans
l’eau), de même que les divers lieux de loisirs et de divertissement (casinos, dancings) présents
dans la ville, rappellent la vocation touristique et festive de la capitale. La ville garde en effet
cette réputation de gaieté et de joie de vivre, procurant un sentiment de liberté psychologique.

Ce tableau est complété par d’autres coins de détente plus culturels comme le Théâtre
Daniel SORANO, ainsi que des sites et monuments culturels anciens (Palais Présidentiel,
Musée de l’IFAN), ou plus récents comme la Porte du Troisième Millénaire, monument ode à
l’Union Africaine.

1
SAKHO P, (2007). « Renouvellement Urbain à Dakar : vers l’émergence d’une nouvelle centralité dans un quartier d’habitat planifié le
Point E ». In La ville sénégalaise. Une invention aux frontières du monde. Paris Edition Khartala. 2007. 242 pages.

48
Photo 3. Centre commercial « Les 3 C » sur le boulevard du Général de Gaulle. (Cliché Diawara A-B 2008)

Comme dans toutes les grandes métropoles, ce renouveau s’accompagne souvent de la


résorption progressive d’anciens quartiers spontanés et taudis logés dans les quartiers centraux.
Il explique aussi d’ ailleurs, l’envolée des prix de l’immobilier qui progressivement, pousse la
population originelle vers les couronnes périphériques et la grande banlieue. Les transactions
foncières dans le centre de Dakar se négocient entre 80 000 et 150 000 Fcfa le m2 de terrain
dans le quartier du Plateau et jusqu’à 300 000 Fcfa m2 dans le noyau de la Place de
1
l’Indépendance .
Sans être spectaculaires, les transformations qu’induit ce renouveau, modifient le cœur de
certains quartiers tels que Niayes-Thioker, Rebeuss et la Médina. Une partie de ces ensembles
2
laisse ainsi progressivement place à des centres d’affaires , à de nouveaux immeubles
d’habitation. Bien que favorisant par endroits une amélioration esthétique des îlots, ces
réalisations provoquent néanmoins l’ire des natifs ; certains fustigent le « démantèlement »
3
déguisé de leurs quartiers .

1
Marchés Tropicaux 8 septembre 2000.
2
Ces quartiers qui constituaient le noyau ancien de la ville comportaient en leur sein de nombreux taudis.
3
Conflits relatifs à la délocalisation du stade Assane DIOUF dans le quartier de Reubeuss sur la Corniche. (Voir Soleil du 19 octobre 2004).

49
Photo 4. La « Porte du Troisième Millénaire » sur la corniche ouest de Dakar. Réalisée en 2001, elle se veut
le symbole d’une Afrique ouverte sur un monde, devenu désormais un grand village planétaire. (Cliché
Diawara A-B 2008)

S’agissant des projets urbains d’envergure, il est prévu l’édification d’un nouvel aéroport
international Blaise Diagne pour remplacer l’actuel Aéroport International Léopold Sédar
Senghor de Dakar – Yoff. Le futur aéroport de la capitale, dont l’implantation est prévue à
Ndiass, à 40 km de Dakar dans la région de Thiès, devra ainsi permettre de répondre aux
prévisions de trafics à moyen et long terme tout en garantissant ses possibilités d’extension.
Quant au site de l’actuel aéroport (800 ha), il devrait laisser place à un complexe immobilier, la
Cité des Affaires.
La construction d’une autoroute à péage entre Dakar et Thiès (60 km) desservant également
le nouvel aéroport devrait permettre une meilleure liaison de la ville avec les nouveaux pôles
urbains prévus ; elle va aussi favoriser la connexion de la capitale avec l’arrière-pays. La
redynamisation du secteur ferroviaire, dont la privatisation partielle n’a jusque là donné que
des résultats mitigés, s’appesanti sur la mise en place de nouvelles voies à « écartement
standard ». L’extension et modernisation des infrastructures du port de Dakar, notamment par
la construction d'un port minéralier, d'une jetée off shore de 4.400 m, vise autant à accroître les
capacités d’accueil du vital Port Autonome de Dakar (PAD), qu’à diversifier ses fonctions.
Pilier de l’économie, la plateforme portuaire de Dakar assure en effet le transite d’une bonne
partie des biens et marchandises qu’importe ou exporte le pays, que ce soit à l’échelle
régionale ou internationale.
Dans une conjoncture économique caractérisée par une baisse de la croissance dans la
plupart des pays industrialisés, le processus de délocalisation des entreprises vers les régions à
faible coût de main-d' œuvre et des outils de production, a constitué une aubaine pour
certaines villes des pays en voie de développement. Elles sont en effet devenues la nouvelle
destination pour les milieux d’affaires, ainsi que celle des activités de commerce et de
production. Cela dénote l’accroissement de la compétitivité, malgré une dépréciation continue
des termes de l’échange entre le Nord et le Sud.
50
A l’instar de Tunis, ou Port-Louis de l’Ile Maurice, Dakar aussi connu un temps un regain
de l’activité économique. La ville a capté beaucoup d’investissements étrangers à la faveur de
la globalisation des échanges. L’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des
Affaires (OHADA) assure le suivi et l’actualisation du Traité du même nom signé en 1993.
La création de cette structure avait déjà permis des avancées notables en matière
d’investissements ; elle a défini en la matière un cadre commun à l’échelle africaine. En
mettant en place le Guichet Unique, les autorités sénégalaises ont poursuivi dans cette même
lignée : permettre aux investisseurs désirant s’implanter au Sénégal, d’accomplir en un temps
record l’ensemble des formalités administratives qui leur sont imposées.

Si incontestablement sa position géographique a aussi largement contribué à cette


évolution avec notamment ses avantageuses potentialités liées aux débouchés maritimes, la
ville a su aussi tirer profit de la relative stabilité socio- politique du pays. Cette stabilité dans
le temps, confortée par une alternance démocratique calme qu’a connu le pays en 2000, lui a
1
en effet conféré un statut de zone d’investissement plutôt sûre pour les capitaux occidentaux
et les pays des Emirats du Golfe.

L’absence de troubles civils majeurs, généralement condition sine qua non à l’implantation
2
des milieux d’affaires dans les pays en voie de développement , a sans doute concouru à y
créer les conditions propices à un renouveau économique. Cette stabilité a contribué à la
floraison d’établissements commerciaux (assurances, banques, affaires immobilières…), ainsi
qu’à l’établissement de joint-ventures et d’unités de production de services. Une illustration
de ce renouveau est symbolisée par l’implantation depuis quelques années d’entreprises
délocalisées des pays d’Europe ; il s’agit notamment des Centres d’Appel et des Services
3
d’Assistance one line qui profitent de l’attractivité des coûts de production . Pour offrir un
niveau de service de standard international, certaines infrastructures ont été réalisées, comme
l’aménagement (ou la redynamisation) des zones franches, ainsi que des terminaux portuaires
et/ou aéroportuaires.

Par ailleurs, on note un « bond » dans le secteur vital des technologies de pointe
notamment des télécommunications : le pays est en effet relié à l’Europe et l’Amérique par un
réseau de câbles optiques sous-marins permettant un accès rapide aux nouvelles technologies
de l’information et de la communication en haut débit et à un réseau téléphonique performant
même si le parc d’abonnés particuliers au téléphone fixe reste encore faible.

1
A la différence de nombre d’autres pays du tiers-monde et d’Afrique en particulier, l’évolution politique du Sénégal colonial semble ne pas
avoir été marquée par des crises (politiques et/ou sociales) majeures à l’exception de quelques événements-incidents repères : bombardement
de la ville phare de Dakar encore pro-Vichy en 1944, répression en 1946 au Camp Faidherbe de Thiaroye des manifestations de « tirailleurs »
réclamant une amélioration de leurs conditions ou encore révolte des cheminots de 1947. Aussi dans sa marche vers l’indépendance, le pays
ne connut que quelques remous, malgré l’émergence dans une scène politique bouillonnante d’une élite locale dirigée alors à l’époque par
Blaise Diagne et Lamine Guèye, alors que plus tard Mamadou Dia et Senghor présideront aux destinées du premier gouvernement du
Sénégal indépendant.
2
Cette approche sécuritaire dans les investissements est devenue une des exigences de nombre de grands groupes et fait même l’objet
d’enseignements pointus dans les grandes écoles et instituts de management sous l’appellation « Gestion des Risques ». Mais aussi pertinents
qu’ils soient dans certains cas comme l’Irak, un des géants de « l’or noir », ces préalables, en l’occurrence les facteurs de risque qu’induisent
l’instabilité politique ne sont pas de nature à « décourager » les convictions capitalistes de certaines multinationales tant le « retour sur
investissement » est à tous égards prometteur.
3
Les call-centers ou centres d’appel délocalisés des pays d’Europe vers les villes de pays du tiers-monde, illustrent bien cette dynamique.
Ainsi, grâce à la technologie du câble sous-marin Atlantis 2 qui borde les côtes de l’Afrique de l’Ouest, Dakar a pu en accueillir tel le PCCI
installé à Dakar, mais prospectant le marché français pour le compte d’opérateurs de télécommunications implantés dans l’Hexagone.

51
1
Le service est principalement assuré par la Société Nationale de Télécommunication
(SONATEL) et sa filiale Sentoo qui détiennent le monopole de la téléphonie fixe, malgré la
présence dans le secteur du concurrent SENTEL. A eux deux ils permettent une couverture de
près de 85 % du territoire national.

Enfin pour pallier la faiblesse du tissu industriel, la ville a consenti à mettre en place
hormis une série de mesures destinées à attirer et accueillir capitaux étrangers et patrons
d’industrie, que ce soit par l’assouplissement des réglementations d’ordre fiscales et
administratives, ou la construction et /ou réadaptation des équipements devant faciliter
l’implantation de divers secteurs d’activité.
Globalement, les objectifs d’amélioration de la gestion gouvernementale (bonne
gouvernance) et de lutte contre la corruption, un temps exigé par les bailleurs de fonds
internationaux (dont le FMI et Banque Mondiale) dans la lignée des principes édictés
2
antérieurement notamment à la Baule en 1990 , sont encore loin d’avoir été atteints. De
même, le pays reste dépendant de l’aide extérieure. D’ailleurs si une partie de ces projets a
contribué au dynamisme économique de la ville, l’énumération de superlatifs flatteurs et
notamment de ses indicateurs économiques semble cependant constituer pour Dakar « l’arbre
qui cache la forêt ».

2.2 Et dans ses entrailles, côté face.

Derrière les décors attrayants et les ambitieux projets, la réalité se fait en effet moins
reluisante, à mesure que l’on s’imprègne de la ville hydre qui accueille plus de 25 % de la
population totale du pays. Déjà en proie à la saturation démographique, Dakar connaît
pourtant une augmentation moyenne de sa population d’environ 4 %, avec des pics de 8,5 %
3
pour Guédiawaye : les densités y frôlent à certains endroits les 200 habitants / ha.
Si son statut de pôle des communications, de l’administration et de 80 % des activités
économiques du pays, permet à la capitale de se retrouver de facto au dessus du lot, les revers
d’un tel privilège apparaissent très vite. La pression et la frénésie sont continues, dans les
processus d’occupation de l’espace, notamment pour les besoins de l’habitat dont la variante
irrégulière cible toute parcelle de terre « libre ». Si l’accroissement démographique bien
perceptible de la ville, semble préoccuper planificateurs et décideurs, il semble pas en être de
même pour la forte demande en service et en équipements urbains (collectifs ou individuels)
qui en découlent… naturellement. Sans doute les corollaires les plus saillants de l’explosion
urbaine notamment la demande en emplois, en logements etc., ont-ils pendant longtemps été
atténués par certains mécanismes culturels et traditionnels développés par les populations des
villes des pays en voie de développement. Ces phénomènes d’insertion des nouveaux
migrants à travers les chaînes de solidarité sociales ou parentales ont été largement étudiés
pour le cas de la capitale sénégalaise. Ayant pendant longtemps constitué une soupape sociale
(emploi, hébergement, et vie sociale)…, ses mécanismes semblent néanmoins avoir eu
comme revers, d’inhiber la vocation d’anticipation des administrateurs de la cité.

1
Le capital de la SONATEL est détenu pour 42 % par la société française de téléphonie ORANGE. Le reste se réparti entre l’Etat sénégalais
(28%), les salariés et anciens salariés (10%), les Institutions et le Grand public (20%). Source site web SONATEL-ORANGE.
2
Durant ce sommet France-Afrique, le dernier sous l’ère Mitterrand, il y était question de bonne gouvernance pour les pays d’Afrique
désirant continuer à bénéficier de la coopération bilatérale tout en conservant leurs relations privilégiées avec l’ancienne métropole par le
biais de la « prime à la démocratie ».
3
In Marchés Tropicaux. Ed septembre 2000.

52
1
Malgré la perpétuation de ces réseaux de solidarité qui dans le pays font encore office de
régulateurs sociaux, les conséquences de la crise de l’emploi salarié (qui ne compte que pour
35 % des revenus des ménages), se font de plus en plus visibles avec le développement de la
pauvreté. Son seuil fixé à environ 60000 CFA par mois, relègue ainsi près de 22,4 % des
dakarois dans ce lot (SOW 1999). L’analyse du budget des ménages, montre que le poste
alimentation occupe près de la moitié des revenus (42 %) ; elle laisse augurer d’une
proportion de pauvres plus élevée que les chiffres officiels, phénomène des travailleurs ou
salariés pauvres que l’on retrouve d’ailleurs dans certains pays développés.
Les taux de chômage qui sont de l’ordre de 25 % de la population active (en âge de
travailler), poussent les populations vers d’autres canevas de survie ; c’est le cas du secteur
2
informel ou économie populaire . Avec une croissance de 5% entre 1980 et 1991, ce secteur
se voit de plus en plus investi par les femmes, qui représentent à l’heure actuelle près de 20 %
chefs de ménages, témoignant de leur participation à l’activité de production.

Cette situation traduit d’importantes mutations socioculturelles, dans un environnement où


selon un ensemble de systèmes de valeurs religieuses et/ou morales, c’est à l’homme de
subvenir aux besoins de la famille. Elle met aussi en exergue les disparités dans l’accès au
revenu, qui détermine pour beaucoup la capacité ou non des populations à bénéficier de
services urbains tels que le logement, la santé, l’éducation, le transport…ou la prise en charge
des rejets domestiques.

L’autre visage de la précarité sociale est symbolisé par le développement de la mendicité.


La variante traditionnelle est habituellement le fait de mendiants (talibés et autres handicapés
physiques), parmi lesquels les pouvoirs publics et le BIT ont recensé quelques huit mille
3
enfants, certains provenant même de la sous région . Parfois aussi déguisée (chômeurs,
désœuvrés économiques ou quémandeurs d’un jour), elle a sous diverses formes, envahi les
artères de la ville dans une cohabitation presque banale avec les rejets de la société
marginalisante : malades mentaux errants (parfois agressifs et dangereux) font presque partie
du décor.

1
D’ailleurs de plus en plus en perte de vitesse avec l’adoption du mode de vie citadin.
2
Ces activités informelles qui échappent en grande partie à la fiscalité officielle ont pendant longtemps constitué une source de revenus
fiable au grand bonheur des gagne-petit. Toutefois, dans le contexte actuel de crise économique et d’inflation des produits de base, elles ne
suffisent plus à atténuer la fièvre de l’eldorado qui anime une bonne frange de la population pour laquelle le salut passe par l’immigration
vers l’Europe ou l’Amérique du Nord.
3
Le Soleil Ed.7 juin 2007.

53
2.2.1 Tous les chemins mènent vers Dakar :
[Link] Difficultés du transport : questions de mobilité urbaine.

Pour atténuer l’embolie du secteur du transport routier dakarois et les impasses devant
lesquelles l’exiguïté de la ville l’acculait, c’est par « petites touches » qu’intervenaient jusque
là, les techniciens du Ministère des Transports et des directions compétentes. Périodiquement,
quelques portions du réseau routier étrennaient leur revêtement bitumé, alors que d’autres
étaient remises en état. Parallèlement on assistait à de fréquentes réorganisations des sens de
circulation, notamment pour l’accès au centre névralgique du Plateau.
Entreprise depuis 2002, la nouvelle politique de rénovation de la voierie urbaine et de
réalisation d’infrastructures routières à Dakar, s’est inscrite dans un projet plus global et plus
ambitieux de redéfinition du système actuel de transport.

Le Programme d’Amélioration de la Mobilité Urbaine (PAMU) est piloté par l’Agence


Autonome des Travaux Routiers (AATR). Son volet infrastructures routières dont l’étendard
demeure sans doute le Tunnel de la Corniche Ouest, devait marquer l’engagement des
pouvoirs publics à parvenir à une fluidification durable de la mobilité urbaine.
L’élargissement et la modernisation de la VDN, la rénovation de l’autoroute Dakar-Pikine, la
construction d’une autoroute à péage Dakar-Diamnadio, ainsi que construction de nombreux
échangeurs figurent parmi les réalisations prévues. Elles doivent aussi bien permettre une
meilleure liaison de la capitale avec son aire d’influence et le reste du pays, que soulager la
ville de ses traditionnels et permanents embouteillages. Selon DIOP (2004, 185) des
estimations du Gouvernement sénégalais ont chiffré les pertes engendrées par les
dysfonctionnements dans la circulation à Dakar et les embouteillages, à environ 108 milliards
1
de FCFA en terme économique et sanitaire .

Cette impression de permanente congestion du Plateau s’explique aussi par l’ampleur et


l’intensité des migrations pendulaires vers la capitale, qui se mesure à l’aune des difficultés
que rencontrent dés le matin les citadins, pour rallier leur lieu de travail et notamment le
centre-ville. Les usagers ont en effet acquis l’habitude de progresser par pallier vers le secteur
du Plateau à l’image du système de correspondance en place dans les villes équipées de
2
réseaux de transport denses et complémentaires. Mais la comparaison s’arrête là .

1
DIOP A, (2004). « Villes et aménagement du territoire au Sénégal ». Thèse de doctorat d’Etat. UCAD-DAKAR 404 pages.
2
A pied, en taxi classique, taxi-clando ou en cars rapide, ils rallient les « garages » ou autres gros points de captage de voyageurs, où la place
dans une voiture se paie au prix fort…et parfois au prix de franches coudées.

54
Photo 5. Echangeur et rond-point à l’entrée du Plateau à hauteur de la caserne des Sapeurs Pompiers de
l’avenue « Malick Sy ». (Cliché Diawara A-B 2008)

L’intensité de la circulation automobile et la condensation des embouteillages, témoignent


d’une agglomération qui semble suffoquer sous le poids de sa macrocéphalie, et apparaît sous
1
dimensionnée . Cette situation est renforcée par la faiblesse ou l’absence de signalétique
urbaine : feux tricolores, marquages au sol, panneaux de signalisation ou d’indication sont
très peu présents ou fonctionnels etc. L’état général défectueux des ruelles même bitumées,
ainsi que les variables appréciations du règlement routier par les automobilistes dakarois
participent aussi à cette situation, qui engendre blocages et ralentissements dans les artères.

1
Le centre-ville, principal lieu de convergence semble étouffer sous le poids démographique alors que les activités en tout genre y
maintiennent une impression de rues et ruelles bondées en permanence et dédiées à l’informel.

55
Photo 6. Le cœur du Plateau : l’avenue Ponty et ses permanents embouteillages en journée.
(Cliché Diawara A-B 2007)

S’agissant du réseau routier, quelques grandes pénétrantes, en franchissant la rocade Fann-


Bel-Air, assurent l’accès au Plateau :

- l’Autoroute qui débouche sur l’Avenue Malick Sy puis Lamine Guèye. En amont, elle
1
amont capte à hauteur de la Patte- d’oie le flux provenant de la route de Pikine (via
cité « FAYCAL »), et récupère aussi le trafic en provenance des quartiers de la
banlieue Nord (Guédiawaye, Hamo,Parcelles Assainies…)
- la Route de Rufisque ou Boulevard du Centenaire de la Commune de Dakar
débouchant sur la zone portuaire,
- la Voie de Dégagement Nord (VDN) et la Route de Ouakam, se jetant sur Blaise
Diagne par l’Avenue Cheikh Anta DIOP ou bifurquant par la Corniche Ouest.
- La Route de la Corniche Ouest qui permet justement d’accéder au Plateau.
- Et enfin l’Avenue de la Liberté et la Rue 13, qui par le Boulevard Général De Gaulle
et l’Avenue Faidherbe, atteignent le Plateau via les allées Papa Guèye Fall.

Souvent saturés, ces cinq grands axes parviennent difficilement à absorber la quasi-totalité
des flots d’automobiles qui converge vers le centre-ville.

1
Une 2 x 2 voies par ailleurs et pour la circonstance, transformée tous les matins de 6h30 à 9h30 en voie à direction unique dans le sens
Pikine – Patte-d’Oie. Si cette réorganisation temporaire en fluidifiant le trafic sur cet axe névralgique, permet un meilleur accès au centre-
ville, elle ne manque pas de causer certains accidents dus notamment au non-respect des horaires d’application.

56
Toutefois, la crise du secteur des transports urbains dans un contexte d’étalement spatial de
la ville reste aussi accentuée par la vétusté du parc automobile, et notamment celle des
véhicules de transports en communs, facteur qui influe directement sur l’offre de service. Les
taxis urbains (de couleur jaune et noir), les Cars Rapides (Véhicules SAVIEM SG2) et
Ndiaga-Ndiaye (Mercedes 508), représentent le secteur privé des transports de transport en
commun. Assurant le gros des transports collectifs de voyageurs, ils déchargent aux terminus
de Pétersen et Lat-Dior avant d’emprunter le chemin inverse et refaire le même circuit.
Néanmoins ils subissent de plus en plus la concurrence de taxis clandestins collectifs de la
1
banlieue appelés clandos , bannis du centre ville et qui déversent leur clientèle dans les
faubourgs de la capitale.

Photos 7 & 8. A gauche Terminus des cars de transport en commun « Ndiaga-Ndiaye ». A droite, station de
Cars-Rapides. (Clichés Diawara A-B 2008)

Ces moyens de locomotion représentent environ 75 % des modes de déplacements pour le


secteur du transport routier de voyageurs de l’agglomération dakaroise. En 1995, les
transports collectifs assuraient 53 % des déplacements, alors que seuls 10 % des ménages
disposaient d’une voiture particulière.

C’est qu’en réalité, la faiblesse de l’offre officielle pour le transport en commun routier, ne
participe pas vraiment au désengorgement de la capitale. Cette offre officielle est assurée par
la société Dakar-Dem-Dikk (DDD) héritière de la défunte SOTRAC, dont les bus bleus sont
fabriqués au Sénégal sous licence de la marque indienne Tata. Si ses bus assurent 25 % des
transports en commun routier, ce chiffre masque difficilement la médiocrité du service qui
s’illustre par les difficultés dont sont coutumiers les usagers de DDD pour leurs
déplacements. Irrégularité, voire caractère aléatoire des horaires de passage, longs temps
d’attente, entassement dans les bus source de désagréments divers (vols, proximité masculine
volontaire dont se plaint souvent la gente féminine) sont généralement de mise.

1
Les clandos un peu plus discrets et moins « flagrants » de Liberté 6, Sacré-Cœur ou encore Mermoz seront tacitement autorisés à accéder au
Plateau, alors que ceux de Pikine et de la lointaine banlieue, plus vétustes sont tenus de ne pas « franchir » la périphérie du département de
Dakar en direction de l’ouest (Castors, Grand-Yoff, Hann…)

57
Photo 9. Garage « clandos » dans la banlieue de Dakar. Noter l’état de vétusté avancé des véhicules,
mais aussi l’absence de revêtement du parking, ainsi que…la profusion de petits déchets. Ces éléments
concernant l’équipement gare de transport seront plus amplement abordés dans l’étude.
(Cliché Diawara A-B 2008)

A ces contraintes dues à la déliquescence, la vétusté et l’insuffisance du parc roulant de


1
DDD , vient s’ajouter la pollution atmosphérique symptomatique des grandes métropoles des
pays en voie de développement, dont une part est imputable aux fumées d’échappement des
véhicules motorisés, observées plus densément aux heures de pointe. Ces polluants
atmosphériques dont les fumées noires, poussières, particules fines ou particules en
suspension proviennent essentiellement des transports routiers (et de l’industrie). D’après
SALOMON (2003,15) ils sont principalement constitués dioxyde d’azote (NO2) émis aux
deux tiers par la circulation routière, -transports urbains et les poids lourds-, l’ozone (O3), le
dioxyde de soufre (SO2), ainsi que le monoxyde de carbone (CO).

On est loin des niveaux du Caire ou de Mexico. Mais la pollution atmosphérique de la


capitale sénégalaise peut à l’image de la situation des villes des pays en voie de
développement, très vite s’apprécier à travers l’émanation « libre » des gaz et fumées
2
industrielles, et du rejet peu réglementé des fumées d’échappement d’automobiles .

1
Qui par ailleurs est régulièrement vandalisé par les manifestants lors des contestations qu’elles soient estudiantines ou autres. Ces
phénomènes déjà perceptibles à l’époque de la SOTRAC.
2
On est en effet très loin des normes en vigueur en Europe sur le rejet des moteurs notamment diesel (les plus polluants) : en sept ans 1993-
2000 les normes sont passés de 0,36g à 0,1 g/ kw pour les véhicules et ne cessent de se durcir avec des prévisions de passage aux normes 3,4,
et 5. Quant aux rejets industriels, des organismes comme la DRIRE veille au respect des normes même si une enquête a montré que 43 % des
sites contrôlés en 2005 respectaient l’ensemble de leurs valeurs limites de rejets. (Actualité News Environnement Juillet 2006).

58
Photo 10. Bus de transport en commun officiels de la société Dakar-Dem
Dikk (DDD) au terminus « LECLERC » sis au port. (Cliché Diawara A-B 2008)

Ces émanations reflètent l’état vieillissant d’un parc constitué principalement de voitures
d’occasion. Généralement dépourvues de pots catalytiques, ces véhicules importés d’Europe
roulent sans les garanties techniques que procure un contrôle officiel.
La pollution atmosphérique semble préoccuper les pouvoirs publics ; elle a présidé à la
création d’organismes de contrôle et de mesure de la qualité de l’air pour Dakar et l’ensemble
des régions du pays. Dépendant du Ministère de l’Environnement et du Service de la
Météorologie, ils produisent les bulletins liés à la climatologie et à ses évolutions locales, et
établissent ensemble des fiches de pollution. Toutefois cette production de données n’a jusque
là pas réellement contribué à remédier à ces phénomènes de pollution, qui impliquent le
fonctionnement socioéconomique même des villes du sud : niveaux d’exigence peu élevés en
gestion du cadre de vie, omniprésence des mécanismes informels, effacement institutionnel
etc.
Ce tableau des transports routiers, est complété à Dakar par l’omniprésence dans les
centres de véhicules motorisés à deux roues (mobylettes et scooters) foulant au pied tout
règlement sur les nuisances sonores : l’absence de pots réducteurs de bruits est quasi
systématique chez ces véhicules. Avec les charrettes à traction hippomobile (ralliant de petites
1
distances pour des tarifs allant de 25 à 50 Fcfa), ils disputent la chaussée aux automobiles , et
défient allègrement les codes de la conduite routière.

1
«C’est une voie publique, et puis ceux qui sont à l’intérieur des automobiles ne sont pas plus importants que nous… », s’écrient souvent les
conducteurs de cyclomoteurs mais surtout passagers des charrettes, exaspérés par les invectives des autres chauffeurs.

59
Le secteur régional de transport ferroviaire de voyageurs, est représenté par le Petit Train
Bleu (PTB) inauguré en 1987, et qui assure la mobilité d’environ 11 000 passagers par jour. Il
constitue l’équivalent du RER (en Europe), avec toutefois une ligne unique reliant Dakar à
Rufisque le long d’un axe Hann, Pikine, Thiaroye et Mbao-Rufisque. Si le transport inter
urbain par le rail semble donner des motifs de satisfaction, son développement devra
néanmoins passer par une modernisation des infrastructures, une multiplication des dessertes
mais aussi, par la mise en fonction de nouvelles locomotives et wagons.

Les 1500 habitants de Gorée profitent d’une liaison maritime reliant Dakar à l’île en une
vingtaine de minutes, grâce aux navettes de deux chaloupes : le Coumba Castel d’une
capacité d’environ 350 places, le Augustin E Ly comportant 150 places. Ces navires qui
effectuent près d’une douzaine de rotations par jour dans chaque sens et avec des tarifs
1
différenciés , devraient être renforcés par un troisième bateau disposant d’environ 350 places.
Quant aux dessertes des îles de Ngor et de Yoff vers le continent, elles restent plus
traditionnelles, avec essentiellement de petites embarcations (pirogues) transportant aussi bien
touristes que résidents des rochers au large de l’axe littoral Ngor-Yoff.

De manière générale, en dehors de la faiblesse de l’offre qu’il s’agisse des réseaux routiers,
ferroviaires, ou maritimes, on note une très faible connexion ou articulation entre les
différents modes de transport officiels interurbains à Dakar.

1
Le tarif s’établi comme suit : pour les nationaux (adulte 1500 FCFA, enfant 500FCFA), les résidents africains su Sénégal (adulte 2500
FCFA, enfant 1500 FCFA et les touristes (adulte 5000 FCFA, enfant 2500 FCFA). Les résidents de l’île profitant quant à eux de tarifs
modiques de 100 FCFA par adulte et de 50 FCFA par enfant.

60
Carte 2. Sens des migrations pendulaires à Dakar. Aux heures de pointe,
les flux sont à majorité unidirectionnels vers le Plateau le matin et à l’inverse, vers la banlieue le soir.

61
[Link] Concentration des services administratifs, éducatifs, sanitaires...

En ce qui concerne les activités, les trois principales fonctions des grandes villes, fonction
politique et administrative, fonction commerciale et fonction industrielle s’y trouvent
rassemblées. Il s’y ajoute d’autres fonctions qui renforcent son influence : fonction d’escale
1
et de transit par le port et l’aéroport, fonction universitaire, fonction de carrefour artistique .

Cette remarque émanant du Professeur Assane SECK en 1970, soulignait déjà la


particularité urbaine de la capitale. Depuis lors, cette tendance ne s’est quasiment pas
renversée, la pression s’étant même davantage accentuée sur le département de Dakar et
notamment sa frange littorale ouest. Banques et établissements financiers, assurances,
compagnies aériennes et commerces de gros du secteur tertiaire ont presque tous leurs locaux
ou bâtiments-sièges implantés dans le centre-ville. Toutefois, la pression immobilière au
Plateau, « poumon » de la capitale, pousse de plus en plus les investisseurs et les autres
branches des secteurs du commerce à s’implanter dans la proche banlieue qui présente encore
quelques disponibilités foncières. Si l’ancien quartier central dispose encore de quelques
zones d’habitation, le secteur est de plus en plus dédié aux activités commerciales qui en
dehors de celles réglementées sont concurrencées par la prolifération de sa matrice informelle
débordant sur la voirie urbaine. Echoppes et des cagibis en tous genre bien que d’implantation
souvent irrégulière parviennent néanmoins à se légaliser par paiement de taxes perçues par les
municipalités locales.

Malgré une volonté de déconcentration mise en œuvre par les pouvoirs publics, l’hyper-
centre du Plateau détient et polarise encore l’essentiel des services administratifs et
2
organismes publics , ainsi que les représentations diplomatiques et celles des Institutions
Internationales.

La région de Dakar concentre aussi la quasi-totalité des structures sanitaires du pays que ce
soient des établissements publics à l’image des hôpitaux Principal et Le Dantec ou privés ou
encore les Instituts de recherche médicale. A signaler aussi la présence du camp militaire Dial-
Diop siège du commandement de la région Ouest. La ville abrite la quasi-totalité des Instituts
et Ecoles d’Enseignement Supérieur et jusqu’à un passé récent la seule université du pays : ce
n’est qu’en 1992 que la ville de Saint-Louis a étrenné son université baptisée Gaston Berger.

Dakar concentre aussi la meilleure offre en établissements hôteliers, la capitale du pays


attirant l’essentiel des touristes d’affaire. Bien qu’en progression dans l’intérieur du pays le
tourisme de loisir, (Petite côte), cynégétique (région du fleuve), ou d’évasion (zone orientale),
ne parvient pas à atténuer les disparités en la matière.

1
SECK A. (1970). Dakar, Métropole Ouest-Africaine. Mémoires de l’IFAN n° 45. 1970 516 pages + annexes. P482
2
Services étatiques, paraétatiques ou à caractère social (SICAP, HLM, IPRES…).

62
Photos 11 & 12. Entrées des hôpitaux « Principal » et
« Le Dantec » au Plateau. (Cliché Diawara A-B 2008)

2.2.2 Une dégradation progressive du cadre de vie à l’échelle de la presqu’île. .

L’ensemble des zones de la ville jusque-là non-urbanisées sont soumises à une rapide
occupation humaine, qu’il s’agisse d’une l’extension de l’emprise foncière légale, (habitat
irrégulier, activités économiques) ou d’une occupation anarchique et/ ou illégale des espaces.
La périphérie qui jusque là bénéficiait d’un répit du fait de sa disponibilité foncière, est
progressivement gagnée par cette frénésie, à mesure que l’on suit un axe ouest nord-est et
ouest sud-est. L’implantation de l’habitat cible même parfois des secteurs non constructibles
aussi bien juridiquement que d’un point de vue technique.

63
Cette pression immobilière ainsi la spéculation foncière qui en découle et parfois
entretenue par des pratiques coutumières, traduisent les difficultés des pouvoirs publics à
exercer un contrôle en temps réel sur l’habitat spontané. Il est parvenue depuis bientôt un
siècle (avec parfois il est vrai quelque complicité au sein de l’administration officielle) à se
glisser dans les interstices spatiaux de la ville. En 2001 près de 900 000 habitants sur les
2 500 000 (36 %) que compte l’agglomération dakaroise, étaient concernés par l’habitat
informel incluant « habitat spontané » et « type villageois ». Souvent apanage de particuliers
cherchant à établir « un fait accompli », il n’est cependant pas rare que ce soient des
promoteurs qui investissent dans des zones même celle jusque-là non aéficandi. Certains
dignitaires profitant de complicités au sein de l’administration et même au sommet de l’Etat,
parviennent aussi à acquérir biens immobiliers et terrains dans des zones jusque là réservés
(CICES, Zone de l’Aéroport etc.).
Si l’accès à l’électricité domestique n’est plus signe de confort pour la majorité des
citadins, 37 % des foyers dakarois n’en bénéficient cependant pas, favorisant le
développement de pratiques à haut risque tels les raccordements clandestins sur le réseau
officiel de distribution d’électricité de la SENELEC. Même si dans une capitale confrontée à
de graves problèmes d’alimentation la quasi-totalité des quartiers sont régulièrement plongés
dans l’obscurité, certains de la banlieue font davantage les frais des délestages au profit des
1
zones stratégiques comme le Plateau .

2.2.3 L’érosion littorale.


L’une des menaces environnementales les plus prégnantes pour la ville, demeure liée à
l’érosion de son domaine littoral touché par le recul du rivage. Sur la Corniche Ouest, les
plages à hauteur du Cap Manuel, de l’Anse Bernard, de Pasteur, de Dantec, des Madeleines,
de Rebeuss ainsi que de Fann semblent être les portions du littoral rocheux les plus touchées.
D’après DIACK Alioune reprenant DIOP S, « la mer avance aux environs du cimetière des
abattoirs de la Médina de 2,70 m /an et dans la zone du Mémorial de Gorée-Almadies de 2,60
/an (…), alors que la Plage Bernard et la plage Pasteur avancent chacune vers l’autre et se
2
rapprochent à un rythme d’environ 4 m linéaires par an ».
L’avancée de la mer concerne aussi Rufisque, confrontée au sapement de la côte ainsi
3
qu'aux infiltrations d'eau saline. Selon LESAGE , le taux de recul moyen du littoral au niveau
de Rufisque est d’ 1,30 m par an sur une période allant de 1937 à 1980.

1
Parfois seules certaines voies comme l’axe Aéroport- Patte- d’Oie- Autoroute- Centre-ville (et les quartiers frayés) échappent au blackout et
restent éclairés alors que toute la ville est plongée dans le noir : ils bénéficient sans doute de leur localisation le long d’un itinéraire emprunté
par quelques voitures d’officiels ou de touristes débarquant dans la capitale.

2
Quotidien Le Matin. Edition du 29 mai 2000.

3
LESAGE D, (2000). Déchets et assainissement dans une ville sénégalaise. Diokoul et Keury-Souf, quartiers de Rufisque. TER Maîtrise de
Géographie. UFR de Géographie et d’Aménagement. Université Michel de Montaigne Bordeaux 3. 2000. 132 pages. P21

64
Les pouvoirs publics tentent régulièrement de reprendre le dessus dans ce combat contre
l’océan, notamment, par la construction d’infrastructures de stabilisation (murs de
1
soutènement). Mais les résultats sont souvent mitigés . A Rufisque, l’ONG ENDA Tiers-
monde réalisa en 1984 neuf digues en épi de 47m de long, sortes de brise lame qui réduisent
la force du courant marin avant son déferlement sur le rivage. L’usure rapide de ces ouvrages
dévoilant par ailleurs certaines imperfections lors de la conception-réalisation, poussèrent à
opter par la suite pour l’érection d’un mur de protection qui s’étend sur près de trois
kilomètres entre les quartiers Keury-Souf et Bata mais, dont l’efficacité reste là aussi discutée.

L’érosion du littoral de la Grande côte nord est quand à elle due aux prélèvements de sable
marin pour les besoins de la construction immobilière ; mais elle est aussi la conséquence de
la destruction de la ceinture verte de filaos qui jusque là permettait de stabiliser les dunes
littorales vives. Si les lois sur la protection du littoral semblent être des instruments adéquats
de prévention des dérives en la matière, leur application reste difficile. Elle se heurte en effet
notamment aux puissants enjeux fonciers expliquant les nombreuses entorses à ses
réglementations, et qui sont parfois le fait de dignitaires de la classe politique ou religieuse
ainsi que du milieu des affaires.

2.2.4 L’hygiène et la salubrité, ou la question des matières résiduaires sur le baromètre


des préoccupations environnementales.

Au-delà de ces menaces aux conséquences plus diffuses, la ville fait aussi face à une
pollution environnementale flagrante et tout aussi persistante, due aux rejets dans la nature et
sans traitement de matières résiduaires d’origines diverses. L’impression que les quartiers du
département Dakar semblent avantagés par rapport aux autres de la région, en équipements de
gestion des eaux résiduaires et pluviales, n’est pas fausse. Toutefois, d’énormes lacunes y
subsistent encore, y compris au Plateau, du fait de la combinaison d’un sous-
dimensionnement du réseau, et d’un défaut d’entretien des équipements. Ces points noirs de
l’assainissement liquide sont aussi favorisés, par le déversement quotidien des eaux
ménagères dans les rues ou dans les avaloirs du réseau pluvial.

Malgré une démocratisation officielle de l’accès au tout-à-l’égout, nombre d’habitations ne


sont toujours pas équipés de ces équipements d’assainissement domestique liquide. C’est
d’ailleurs la raison pour laquelle la si Divine saison des pluies constitue à Dakar une hantise
pour des populations souvent confrontées à des refoulements d’eaux usées à l’intérieur des
concessions connectées au tout-à-l’égout. Quant au domaine public, il est en proie à de
fréquentes inondations, dues à la faiblesse ou au sous-dimensionnement du réseau, à une
absence d’entretien, mais aussi aux pratiques évoquées précédemment. Bien que les quartiers
de la Commune de Dakar ne soient pas épargnés, ceux des banlieues non urbanisées Pikine,
Rufisque, Guédiawaye et Bargny subissent encore davantage les effets de cette situation.

Mais, l’une des variables les plus en vue de l’augmentation de la demande en salubrité et
de l’ampleur de la faiblesse de l’offre officielle, est symbolisée par les difficultés liées à la
collecte et l’évacuation des déchets solides dans l’ensemble de la capitale.

1
Toujours selon l’auteur, le mur de soutènement construit par les pouvoirs publics sur la Corniche Est au lieu de freiner l’érosion marine
l’aurait accéléré (DIACK Alioune reprenant DIOP Souleymane in Le Matin du 29 mai 2000).
65
Les productions résiduaires, qu’elles soient banales ou dangereuses, ne bénéficient dans
l’agglomération, d’aucun mécanisme de prise en charge convenable, dans un contexte où
gérer les déchets constitue un aspect de la maîtrise urbaine. Toutefois, c’est la prise en charge
des ordures ménagères qui étale le plus les difficultés dans sa prise en charge, même si toute
l’agglomération dakaroise sont n’est pas logée à la même enseigne : Dakar reste en effet
inégalement sale.

En amont de la chaîne de prise en charge, on note la prolifération de nombreux dépôts


anarchiques de déchets solides sur toute l’étendue de la ville, les pollutions et autres nuisances
diverses qu’entraîne cette situation étant accentuées par l’usage quasi généralisé d’autres
méthodes d’élimination non conventionnelles : brûlage artisanal, rejets en mer, dans les
canaux, enfouissements précaires. En aval, se pose la délicate question de l'élimination finale
des déchets avec la menace environnementale que représente l'unique décharge de Mbeubeuss
1
dans son fonctionnement actuel . Pratiques désastreuses pour l’environnement mais aussi
pour des populations établies dans une zone à forte concentration humaine et d’activités : la
manipulation et la manutention artisanale des ordures, une cohabitation parfois inévitable
avec les détritus, combinée à l’absence de systèmes viables pour l’assainissement liquide,
constituent de véritables facteurs de risque sanitaire. De nature à mettre en péril l’hygiène
publique, ils sont souvent à la base de la déclaration d’infections de masse.

On verra que par le passé et notamment durant la colonisation, ce sont les épidémies et
autres maladies consécutives à la dégradation de l’hygiène qui furent à l’origine de la mise en
place des premières mesures sanitaires dont bénéficieront indirectement les populations
indigènes. Aujourd’hui encore, ce sont ces mêmes manifestations et fléaux qui semblent
constituer aux yeux des pouvoirs publics « les seuils d’alerte critiques » appelant une mise en
branle de mécanismes d’urgence. C’est en effet une profonde dégradation de l’hygiène
probablement consécutive au péril déchets domestiques qui fut à l’origine de la dernière
épidémie de choléra qui a sévi à Dakar de novembre 2004 à avril 2005. Elle poussa l’autorité
publique, garante de la santé des populations à accentuer les campagnes de prévention et de
2
prophylaxie .

Ces événements interpellent sur la gestion des déchets solides à Dakar : ce service public
implique l’ensemble de la chaîne allant de la production à l’élimination en passant par le
traitement et la valorisation. Mais la question des déchets présente de fortes interactions avec
les processus socioéconomiques et environnementaux décrits précédemment. Pression
démographique et densification urbaine, développement non maîtrisé des activités et de
l’habitat, dégradation du cadre de vie et de la situation économique des couches défavorisées,
ces phénomènes ne sont pas étrangers à l’amplification des difficultés liées à la prise en charge
des déchets. S’avérant plus complexe qu’elle n’y paraît, ce service déchet constitue un des
défis majeurs à relever pour les administrateurs, populations et acteurs socioéconomiques,
résidant dans la cité.

1
Cette décharge éponyme non contrôlée est située à environ 25 kms du centre-ville, dans la localité du même nom, et reçoit l’ensemble des
déchets produits par l’agglomération dakaroise. Elle s’étend sur le site d’une Niaye et des anciens champs maraîchers et couvre une
superficie d’environ 57 ha actuellement (DJIBA 1997).
2
Le président de la République à la suite des interventions des officiels de la santé et de l’hygiène pris même les devants en incitant par voie
télévisée les populations à davantage d’hygiène dans leurs activités quotidiennes (se laver les mains…).

66
Chapitre II Urgence du défi « déchets » à Dakar.

La terminologie contemporaine associe invariablement le mot générique


« assainissement » à la gestion des seules eaux usées et boues résiduaires, pour ainsi dire à la
prise en charge des seuls rejets liquides ou fluides. Pourtant, une fois défini comme « une
action visant à améliorer l’ensemble des facteurs qui dans le milieu où vit l’homme sont
susceptibles d’influer défavorablement sur son développement physiologique, sa santé et ses
1
conditions de vie », l’assainissement dépasserait de facto de simples querelles de rejets
résiduaires. Il intégrerait même au-delà de ces aspects traditionnels, un certain nombre d’axes
2
tout bonnement liés à l’épanouissement des populations et/dans leur cadre de vie .

De même, en admettant qu’un dispositif (naturel ou artificiel) ait été non efficient pour
l’homme au point de nécessiter quelque assainissement, ce terme ne conviendrait plus à
système de gestion de rejets liquides, solides ou gazeux, devenu performant. Autrement dit, si
le terme peut convenir à une situation a de prise en charge non convenable (ou malsaine), son
usage ne se justifie plus dès lors que ladite situation aura évolué à un point b satisfaisant ou
sain. Une fois le processus arrivé à terme, il eu été plus judicieux que l’on parla par exemple
3
de Service de Gestion des Eaux Résisuaires .

Cette parenthèse nous renvoie à la vocation première de l’assainissement dont l’approche a


toujours été appliquée (de manière peut-être inconsciente) par les populations dans la gestion
de leur cadre de vie. Et cela, bien avant qu’une déclinaison technique soit énoncée plus tard
les urbanistes et autres hommes de l’aménagement, soucieux de gagner des espaces sur des
zones antérieurement considérées comme peu propice à l’établissement humain. Il semble
d’ailleurs que c’est dans cette même optique que le terme fut transposé par l’administration
française à ses territoires coloniaux à l’exemple de l’AOF. On verra en effet que parmi les
premières mesures des administrateurs après la prise de possession des territoires et leur
sécurisation militaire, figurait en bonne place l’assainissement ou le drainage des sites
4
insalubres avec notamment le comblement des marigots côtiers et autres ravins dits
insalubres, hostiles ou à risque.
L’étendue de la problématique de l’assainissement en général dépasse donc amplement le
cadre de cette étude qui à fortiori, se veut consacrée aux déchets solides de l’agglomération
dakaroise.

1
WANE A-O, (1981). « Contribution à l’étude de l’environnement au Sénégal. Matières résiduaires et disparités urbaines dans une ville
africaine. Dakar ». 321 Pages. P4. Décembre 1981. Créteil Université Val de Marne.
2
L’on notera alors que l’utilisation de ce terme a en effet depuis longtemps dépassé le cadre hygiénique que ce soit pour le système liquide
ou solide (qui généralement vont de pair) pour débarquer dans divers domaines. Ainsi, l’assainissement va tout aussi impliquer le
réaménagement d’espaces notamment urbain malpropres et marginalisés (taudis, bidonvilles…), alors que sur le plan social, financier,
moral…, le concept appellera la nécessité de débarrasser lesdits secteurs de facteurs pouvant nuire à leur bon fonctionnement.
3
On parlera alors du passage d’un état préoccupant, à un stade convenable à partir duquel, toute action ultérieure visera à défaut de
l’améliorer, d’y maintenir cet équilibre atteint. Cette observation est d’ailleurs parlante quant elle se rapporte à des secteurs comme les
finances publiques pour lequel on ne peut parler d’un perpétuel « assainissement ». Dans le cas présent des rejets dakarois, on rentre alors
dans un schéma de la gestion des équipements de prise en charge, en l’occurrence l’évacuation des fluides et autres boues corrompus.
4
La notion d’insalubrité a semblé selon les époques et les espaces concernés, épouser des réalités différentes et/ ou complémentaires. On
peut considérer qu’à ses débuts en Europe il s’appliquait majoritairement à la configuration morphologique d’un site généralement apprécié
en fonction des exigences de l’établissement humain (topographie, substrat). Ensuite, il a progressivement intégré la qualité même des
réalisations (matériaux) et l’incorporation ou non de commodités (surtout pour la gestion des eaux résiduaires) dans la construction des
habitats, d’où d’ailleurs son association fréquente avec assainissement. Ce n’est qu’après la période hygiéniste du début du 20° siècle qu’en
Europe le terme s’orientera davantage et exclusivement vers la gestion des rejets (principalement liquides et solides), avant d’être agrémenté
plus récemment de ramifications diverses y compris à caractère social ; il est aussi utilisé pour désigner des logements inappropriés à
l’habitation. Cela dit, l’amélioration des connaissances a permis de voir que des milieux jugés nuisibles dans le court terme pour l’homme se
sont révélés d’une importance capitale, une fois les phénomènes analysés sur une séquence temporelle plus élargie. C’est le cas notamment
des marécages participant de l’équilibre des écosystèmes et pendant longtemps désignés comme zones insalubres.

67
Pour le cas de Dakar, cette séparation sémantique et technique en vigueur entre
assainissement et gestion des déchets, avec des organismes différenciés gérant chacun leur
domaine de compétence, va justement constituer une contrainte supplémentaire ; elle y rend
plus complexe la prise en charge des rejets. Certains aspects liés à la gestion de ces résidus
liquides, présentent encore des imbrications profondes et directes avec la prise en charge des
rejets solides. Démultipliée dans le cas de Dakar, c’est cette communication entre les deux
secteurs, par des interactions quasi-fœtales, qui a présidé au choix d’intégrer dans les
analyses, la question des matières résiduaires dites fluides.

1. La question de la prise en charge des rejets : les difficultés de la prise en


charge des matières résiduaires solides à Dakar.
1.1 Les déchets solides urbains dans la ville d’aujourd’hui.
Le dictionnaire de l’Environnement défini un déchet solide comme un déchet qui n’est pas
à l’état liquide ; on parle d’état liquide lorsque le déchet présente la propriété de s’écouler
totalement à travers un orifice calibré jusqu’au niveau supérieur de l’orifice sous une charge
déterminée et pendant une période déterminée. De manière plus détaillée, MAYSTRE parle
des déchets comme étant une invention humaine : le passage de l’état de bien (de production
ou de consommation) à l’état de déchet n’est pas à sens unique : les antiquaires et
brocanteurs en savent quelque chose, les entreprises de récupération et de valorisation
aussi ». L’auteur distingue ainsi une définition économique qui fait du déchet « une matière
ou objet dont la valeur économique est nulle ou négative pour son détenteur à un moment et
dans un lieu donnés. Donc pour s’en débarrasser ajoute t-il « le détenteur devra payer
1
quelqu’un ou faire le travail lui-même ».
Pour Dakar, c’est en théorie le premier cas de figure qui est représenté. Par l’intermédiaire
de la Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères (TEOM) indexée sur la valeur locative des
propriétés bâties, assujetties à la contribution foncière (que celle-ci soit occupée en propre,
donnée en location ou prise en location) et égale à 6 % de celle-ci, les populations rémunèrent
indirectement la CUD qui leur assure ce service de collecte et d’élimination de leurs déchets
domestiques. Ainsi, pour toute la région, à l’exception de celles temporairement exemptées, ou
de celles implantées sur des zones non couvertes par le système de nettoiement, l’ensemble des
propriétés sont soumises à cette taxe, pour ainsi dire toute la région. En effet, même si elles ne
sont pas officiellement concernées par cette collecte car implantées dans les zones rurales de
l’agglomération, les villages traditionnels à l’est de l’agglomération (Yène, Sangalkam…) sont
aussi fréquentés par les véhicules de nettoiement. Mais en réalité, depuis la mise en place des
systèmes de nettoiement, seule une faible partie de cette taxe est recouverte (33 % en 1996). En
somme seule une frange des usagers – et notamment ceux situés dans le périmètre de desserte
du service d’enlèvement- s’acquitte de cette taxe pour l’ensemble de la région. D’où d’ailleurs
l’application déguisée dans la ville du principe de péréquation fiscale qui consiste à faire
2
coïncider la zone des payeurs avec celle des bénéficiaires .
A l’époque où les services étatiques –ou les Municipalités uniques- géraient ce secteur, le
manque à gagner était directement supporté par les finances publiques ; c’était aussi le cas
après la seconde privatisation du service intervenue en 1971.

1
MAYSTRE. Lucien Yves et al. 1994 : « Déchets Urbains. Nature et Caractérisation ». PPUR Lausanne 219 p.
2
LE BOZEC A. (1994). Le service d’élimination des ordures ménagères. Organisation- Coûts- Gestion. CEMAGREF. Edition Harmattan.
1994. 460 pages.
68
Depuis 1983, date à laquelle les communes se sont réunies au sein de la CUD pour mieux
gérer ce « fardeau », outre la TEOM et les cotisations proportionnelles de chaque commune,
les pouvoirs publics donnaient « un coup de pouce » à la CUD par l’intermédiaire d’une
subvention. Rappelons que la CUD regroupait les quatre départements que compte
actuellement la région : Dakar, Pikine, Rufisque, Guédiawaye, pour une population d’environ
2.500.000 habitants répartis sur environ 550 km2. A la faveur des dernières réformes
territoriales de 1996 (Loi sur la Décentralisation), les communes d’arrondissement sont passées
à 43.

1
Carte 3. Division administrative de la région de Dakar .

Cependant, cette division administrative ne reflète pas l’hétérogénéité spatiale qui se


traduit par la diversité et l’imbrication des paysages. L’ATLAS 2000 sur le Sénégal qui
reprend les termes du PDU de 1982 distingue au chapitre des espaces urbains :
- la ville, les espaces légaux urbanisés ou régularisés (habitat planifié)
- les espaces urbanisés illégaux non régularisés (zones d’habitat irrégulier)
- les villages traditionnels et les zones rurales
- et enfin les zones d'habitat faiblement urbanisées, les pôles de communication et zones
industrielles.

1
Précisons que le tracé des Communes d’Arrondissement (qui n’existent que depuis 1996) ainsi que celui de Guédiawaye (érigé en
département en 2002) a été laissé exprès pour l’ensemble des cartes d’évolution antérieures à cette date. L’objectif est en effet de permettre
au lecteur d’avoir une idée « spatiale » plus précise des zones qui furent concernées par les thématiques étudiées.

69
Carte 4. Espaces urbains et paysages ruraux de la région de Dakar (In Atlas de l’Afrique- Sénégal, 2000)

Mais à l’exception des zones rurales situées au Nord-est de la presqu’île et de plus en plus
phagocytées par l’urbanisation, on peut retrouver dans l’ensemble de l’agglomération et
notamment dans ses quatre départements, une juxtaposition de ces différents espaces urbains.

Cette situation revêt une importance capitale pour la gestion d’un secteur comme celui des
déchets, qui relève aujourd'hui des branches d'une économie marchande très structurée. A
Dakar où elle rentre aussi dans le cadre de l’accès aux services urbains, cette question y est
rendue plus complexe par le caractère hétéroclite de l’espace qui n’a cessé de s’accentuer.

Les modalités de l’occupation du sol à travers l’affectation fonctionnelle de l’espace aux


activités socio-économiques (agricoles et industrielles), à l’habitat ou aux équipements, ont
été profondément bousculées par une pression démographique constante, que n’a pu juguler
un simple étalement spatial de la ville sur les anciens paysages ruraux. Cette pression urbaine
est très pernicieuse : dans la course-poursuite entre installation anarchique de migrants (pour
les activités ou pour l’habitat), régularisation ou répression administrative, l’autorité publique
accuse souvent un retard avec la plupart de ces nouvelles implantations qui passent entre les
mailles du système fiscal. Mais ce gain financier a ses revers : ces populations sont souvent
ignorées par les différents organismes officiels chargés de mettre en place les réseaux viaires,
l’adduction d’eau, l’électrification, assainissement liquide, la gestion des déchets etc.

70
1.2 L’organisation des communes en la matière :
1
Depuis son érection en 1887 en commune indigène au même titre que Rufisque, Gorée et
Saint-Louis, jusqu’aux dernières réformes administratives de 1996, la région dakaroise a
connu de profondes transformations territoriales, liées à son évolution. Son ascension a connu
son apogée, quand elle supplanta en 1902 Saint-Louis pour devenir la capitale de l’AOF,
même si elle a du attendre 1958 pour être consacrée capitale du Sénégal.
A l’image de l’ancienne administration française, celle du Sénégal fut très centralisée.
Mais les réformes successives notamment celles communales de 1966, de 1972, et de 1983,
ont permis aux communes de disposer de plus d’autonomie ou encore de se regrouper pour
gérer certains services publics. Ayant chacune au départ compétence sur son territoire, les
différentes communes de la région dakaroise se sont réunies en commune d’agglomération
afin de mieux assurer la gestion et le fonctionnement de certains secteurs leur incombant dont
celui de la gestion des déchets ménagers. C’est ainsi que naissait en 1983, la Communauté
2
Urbaine de Dakar CUD qui englobait les 3 villes (communes) de la région de Dakar : Pikine,
Rufisque, Dakar, et plus tard (en 1990) Bargny et Guédiawaye. Elle avait parmi ses
attributions d’Intérêt Intercommunal, la gestion de certains services publics tels
l’approvisionnement en eau potable, la gestion de la voierie urbaine, les marchés et les
déchets ménagers de l’agglomération.
Le décret n° 83-1131 portant création de la CUD qui défini ses lignes de compétence
précise dans son article 4 : « la CUD est chargée (…), de la construction et de l’entretien de
la voierie, du nettoiement et du balayage des rues, de l’enlèvement et de la destruction des
O.M ». La structure fonctionnait avec un budget auquel chaque commune contribue selon ses
propres moyens (au prorata des ressources financières). Cette situation a prévalu jusqu’à la
promulgation du décret 96-745 du 30 Août 1996 portant création des communes
d’arrondissement dans les villes sus citées. Cette constitution des communes
d’arrondissement a pour d’aucuns, davantage relevé d’une stratégie politique de la part des
autorités socialistes de l’époque, que d’une réelle volonté de décentralisation des services et
d’une gestion de proximité. Les transferts de compétences qui ont accompagné cette
décentralisation, ont plongé ces structures communales dans un désarroi total. Le basculement
des secteurs des Domaines, de l’Environnement et la Gestion des Ressources naturelles, de la
Santé, de Population et Action Sociale, de la Jeunesse, des Sports et Loisirs, de la Culture, de
l’Education et de Planification n’a pas toujours été accompagnés d’un réel transfert de
fiscalité ou de dotation comme prévu par l’article 4 de la Loi 96/07 du 22 mars 1996 portant
code des collectivités locales.

L’organisation de la prise en charge des rejets solides constitue aussi un bon indicateur de
l’offre publique en services urbains. Si la rémunération du service représente plus de 5% des
dépenses de la Communauté Urbaine, les résultats ne sont pas à la hauteur des moyens
financiers déployés. Habitat irrégulier et activités informelles ne contribuent pas au service
déchet ; de même, la faible TEOM recouvrée ne permet pas d’améliorer les mécanismes de
prise en charge. En réalité, on verra plus tard que les niches rudologiques sont nombreuses à
Dakar : elles concernent les commerces et activités informelles, les zones d’habitat
irrégulières, et un certain nombre de mauvais payeurs.

1
Les habitants de ces quatre communes (françaises) obtiennent partiellement des droits de citoyens français.
2
Selon certains auteurs, la division de l’agglomération en cinq communes avait déjà un fondement politique en permettant au pouvoir central
de garder le contrôle municipal de la ville, tout en garantissant aux autochtones lébous un poids décisionnel dans la gestion de leur ville,
notamment à Dakar, Rufisque où ils sont encore majoritaire et contrairement aux villes nouvelles d’ « étrangers » (Piermay 2007) de Pikine
ou Guédiawaye.
71
La faiblesse des sources de financement, poussait les élus locaux à faire feu de tout bois en
ciblant les activités informelles qui prolifèrent à travers les C.A. Les marchés de quartiers, les
gares routières spontanées, les échoppes sommaires qui jusque là échappaient à la fiscalité
1
officielle étaient désormais soumises aux impôts locaux . Cette absence de ressources était
aussi à l’origine des conflits permanents entre Commune d’Arrondissements et Communes de
Villes notamment pour l’appropriation des vecteurs de recettes sûres : marchés, unités
industrielles et commerciales. Dans le même temps, les structures décentralisées se
renvoyaient la patate chaude pour les gouffres financiers ou dossiers brûlants tels que la
2
gestion des ordures ou la sécurité .

Cette situation a poussé certains bailleurs financiers à venir en aide à ces communes.
L’Agence de Développement Municipal (ADM), par le biais du Programme d’Appui aux
Communes (PAC), et du Programme d’Appui à la Décentralisation et au Développement
Local (PADDEL), a financé certaines réalisations : écoles, salles de classes, centre
socioéducatif, gares routières etc. Toutefois, peu d’actions ciblaient des services en gestion
continue comme l’assainissement liquide ou la prise en charge des déchets. Pour les
communes décentralisées, les initiatives financées par les bailleurs concernant le secteur des
déchets se limitaient à des subventions pour le balayage des rues, ou l’entretien des marchés
et places publiques. Certaines communes parviennent néanmoins par le biais de la
coopération et du jumelage avec des villes plus riches, à faire l’acquisition les bennes à
ordures pour renforcer leur prise en charge.
En réalité, l’organisation du service principal de prise en charge des déchets, à savoir la
collecte et la mise en décharge, n’a pas véritablement changé. Tout comme pour les
Communes précédemment, les Communes d’Arrondissement chargées d’assumer les charges
du nettoiement sur leur territoire, ont délégué par l’intermédiaire des Villes, le service à la
3
CADAK-CAR , moyennant une participation. On sait d’ailleurs que dans ce secteur, la
logique de prise en compte des économies d’échelle, ainsi que de la lourdeur des
4
investissements financiers et techniques, oblige à regroupements .
Bénéficiant de la TEOM, l’organe supra communal devait ainsi compléter la différence
pour assurer la rémunération des opérateurs. Mais, du fait de leurs faibles rentrées financières,
limitant les cotisations de Communes, et d’une TEOM à peine recouvrée pour 30 %, ce sont
les pouvoirs publics qui, à travers l’organe supra communal, ont toujours assumé les coûts du
nettoiement. Que ce soit sous l’ère de la CUD de l’époque socialiste, ou celle de l’actuelle
CADAK-CAR avec les libéraux aux manettes, le principal bailleur du service de prise en
charge des déchets reste l’Etat ; il assure la rémunération des opérateurs pour la collecte et la
mise en décharge des O.M..., ou plutôt des déchets solides.
Ces déchets dont il est question ici, font partie de ce qu’il est convenu d’appeler la
nomenclature des déchets dits municipaux ou urbains. Selon le classement de l’ADEME, ils
se composent des ordures ménagères, des déchets encombrants des ménages, des déchets
verts des espaces publics, des déchets du nettoiement, et des déchets de l’assainissement
collectif.

1
Les cantines ou souks s'acquittent d'une taxe municipale journalière de 150 francs CFA, alors que pour les tenanciers d'étals sur la voie
publique, elle sera de 75 francs CFA/ jour.
2
Les conflits entre la Commune de Rufisque et celle de Bargny concernant la localisation territoriale de la SOCOCIM (poule aux œufs d’or)
en sont la parfaite illustration.
3
Commnuauté des Agglomérations de Dakar-Communauté des Agglomérations de Rufisque.
4
Selon LE BOZEC, lorsque la quantité des facteurs de production croit, il existe des gains d’efficacité tels que la quantité (Q) de biens
produits croit proportionnellement plus vite que la quantité de produits.

72
Pour les pouvoirs publics sénégalais, sont compris sous la dénomination d’ordures
ménagères :

1- les détritus de toute nature comprenant notamment les déchets domestiques,


cendres, débris de verre ou de vaisselle, papiers, balayures et résidus de toute sorte
déposés dans des récipients individuels ou collectifs
2- les déchets provenant des établissements industriels et commerciaux, bureaux,
administrations, cours et jardins privés ou publics déposés dans des récipients
individuels ou collectifs,
3- les crottins, fumiers, feuilles mortes, boues et d’une façon générale tous les
produits provenant du nettoiement des voies et des places publiques, voies privées,
jardins publics, parcs, cimetières et leurs dépendances, rassemblées en vue de leur
évacuation,
4- les produits du nettoiement et détritus de halles, foires marchés, lieux de fêtes
publiques, lieux d’attache des bêtes de somme ou de trait, rassemblées en vue de leur
évacuation
5- les résidus en provenance des écoles, casernes hôpitaux, prisons ou tous
bâtiments publics groupés sur des emplacements déterminés, dans des récipients
réglementaires (à l’exclusion des produits souillés et issues d’abattoirs)
6- le cas échéant, tous les objets abandonnés sur la voie publique ainsi que les
cadavres des petits animaux.

Selon le même décret, ne sont pas compris dans la dénomination des ordures ménagères

- les déblais, gravats, décombres et débris provenant des travaux publics et particuliers
- les cendres et mâchefers d’usines, et en général tous les résidus provenant d’un
commerce ou d’une industrie quelconque ainsi que des cours et jardins privés, sauf
l’exception prévue au paragraphe deux ci-dessus, les déchets anatomiques ou
infectieux provenant des hôpitaux ou cliniques ainsi que les déchets issus d’abattoirs.
- les objets visés au paragraphe six ci-dessus qui par leur dimension, leur poids ou leur
1
nature ne peuvent être chargés dans les camions bennes à ordures .
L’unanimité semble donc faite sur de la définition juridique du déchet, il est désormais
admis qu’il recoupe « tout résidu d’un processus de production, de transformation ou
d’utilisation, toute substance, matériau ou produit, ou généralement tout bien meuble
2
abandonné ou que son détenteur destine à l’abandon » . Voyons alors ce qu’il en est à Dakar
du premier niveau de production desdits déchets, à savoir l’échelle domestique.

2. Le confinement, la collecte et l’évacuation des déchets domestiques solides.


2.1 « Dedans » : le stockage domiciliaire.
2.1.1 Poubelles et récipients divers.
Un récipient a pour fonction de contenir et/ou de déterminer des quantités de matières
(solides, liquides ou gazeuses). Cette fonction est aussi valable pour les récipients devant
recevoir les déchets solides, quoique ces matières soient souvent jugées moins nobles.

1
Source : décret n°74-338 du 10 avril 1974 réglementant l’évacuation et le dépôt des ordures ménagères. Article 2.
2
Loi fondatrice de 1975 relative à l’élimination des déchets et à la récupération des matériaux en France.

73
Un tel contenant peut aussi permettre de déterminer approximativement la quantité
homogène de déchets produite (kg/j) afin de normaliser les outils de prise en charge. C’est
d’ailleurs principalement pour ces raisons que dans les villes disposant en la matière de
systèmes bien rôdés, les collectivités ou entreprises assurant le service d'enlèvement des
ordures ménagères fournissent ou imposent aux usagers concernés et en fonction des zones,
des bacs ou bennes volumiques, des sacs ou récipients de stockage des déchets standardisés
facilitant la collecte des déchets qu’ils contiennent.

Dans les années quatre vingt dix, l’organisme intervenant pour la collecte (SIAS) et le
maître d’œuvre (la CUD) avaient dans leur cahier de prescriptions spéciales mentionné que
les ordures des ménages dakarois devaient être déposés dans des récipients individuels de
1
capacité maximale de 50 L , sans préciser qui des usagers ou des collectivités devaient assurer
financièrement l’acquisition de tels récipients. Toujours est-il que la disposition ne fut jamais
respectée, et l’on verra d’ailleurs plus loin pourquoi une telle mesure n’aurait de toutes façons
pas pu être appliquée. Actuellement, il n’existe donc pas de réceptacle-type standardisé pour
le stockage domestique ou pour la collecte en porte-à-porte. Ni l’autorité municipale, ni la
collectivité publique ou la société AMA assurant pour son compte la gestion du service de
collecte des déchets n’ayant assujetti les ménages dakarois ou convenu avec eux de
l’utilisation d’une poubelle réglementaire, c’est en mode récipient libre pas toujours étanches
et couverts que ces derniers présentent leurs ordures lors de la collecte domiciliaire ou dans
2
les PAV .
Cette diversité des contenants de stockage renseigne sur les modalités de production des
déchets ; elle constitue aussi un bon indicateur du niveau de vie et des conditions sociales des
populations concernées. Une cartographie de la ville en fonction de deux variables poubelles
réglementaires et poubelles de fortune montre assez nettement que ce sont en majorité les
habitants aisés des zones pavillonnaires résidentielles, zones de villas individuelles de haut
standing, qui présentent à la collecte des poubelles aux normes, avec parfois usage de sacs
perdus en plastique pour le pré-conditionnement. C’est le cas des ménages des quartiers des
Affaires et Administratif du Plateau, de Fann-Hock, Fann, très tôt concernés par la collecte
officielle. Sont aussi concernés certains habitants des SICAP et HLM, Mermoz, Hann
Mariste, Sacré-Cœur, Dieuppeul zones d’extension planifiée, ainsi que la poche des Almadies
dans le secteur Ngor-Yoff.

De manière générale, les résidents de ces zones d’habitat urbanisées, ou enclaves


occidentales privilégiées, présentant au niveau de vie allant de moyen à élevé, font partie des
18 % de foyers de la région dakaroise disposant de poubelles dites aux normes, bien que de
forme et de capacité de contenance très variables. Ces habitants disposent d’ailleurs de
plusieurs poubelles, dont une attribuée à la cuisine, une corbeille dans une pièce faisant office
de bureau ou coin informatique, une dans les pièces d’eau et enfin celle de plus grande
contenance environ 100 L stockée en dehors des pièces de vie (jardin, garage ou dépendance).
Cette dernière recueille l’ensemble des ordures ménagères de la maison pour les besoins de
l’élimination ; elle est selon les cas présentée à la collecte officielle, à la collecte informelle
parallèle (charrettes à traction animale ou pousse-pousse pour déchets tirés à bout de bras) ou
directement vidée dans les points de rejet anarchiques.

1
DIOP O, (1988). « Contribution à l’étude de la gestion des déchets solides de Dakar : analyse systémique et aide à la décision » Thèse
Doctorat EFPL-Lausanne. 292 p. P59
2
Le récipient métallique en métal galvanisé et à couvercle, inventé en 1883 par le préfet de la Seine (France) Eugène Poubelle pour contenir
les ordures ménagères des parisiens s’est depuis lors disséminé à travers le monde au gré des contacts divers entre peuples, sociétés cultures
et techniques. Toutefois, son degré d’utilisation reste lié à un ensemble de facteurs socio-économiques et culturelles spécifiques, variables
selon les régions, et qui peuvent en constituer un avantage ou au contraire se dresser comme une contrainte. En Europe, il s’est depuis
largement amélioré avec des modèles standards, dimensionnés pour les véhicules de collecte.

74
Bien que plusieurs modèles de poubelles soient donc utilisés pour le stockage, le
confinement et la présentation à la collecte des ordures ménagères - ou le rejet dans des
dépôts anarchiques-, c’est le prototype nommé « APROSEN », en caoutchouc d’une capacité
d’environ 100 L qui est le plus représenté.
La préférence pour les poubelles conçues avec ce matériau tient essentiellement à sa
moindre sensibilité aux attaques corrosives des jus alimentaires que contiennent souvent les
ordures déposées dans ces poubelles. Ces poubelles-cuves en caoutchouc qui rappelons-le
sont disposées dans les jardins ou cours intérieures, semblent aussi plus adaptées au climat
local ; elles évitent des phénomènes de rouille au contact de l’humidité ambiante, et des eaux
de pluie. Leur prix moyen tourne autour de 5000 FCFA (un peu moins de 8 euros).

L’appellation APROSEN est quant à elle très récente : c’est celle de l’ancienne structure
(APRODAK) que les autorités issues de l’alternance politique en 2000 ont chargé de la
gestion des questions relevant de la salubrité publique. Elle mène depuis quelques moins une
campagne de vulgarisation des dites poubelles en leur donnant son nom.

Photo 13. Cuve-poubelle de capacité de 100 L. Elle constitue le modèle le plus répandu, présenté lors de la
collecte par les populations dakaroises disposant d’un contenant à ordures aux normes. (Cliché Diawara A-B
2004)

75
Chez les populations résidant en habitat vertical, cette cuve-poubelle (de couleur variable)
avec couvercle amovible est aussi prisée, malgré le volume assez important qu’elle peut
occuper dans des appartements dépourvus d’espace aéré (terrasse ou véranda). En dehors de
la cuisine ou elle est généralement posée, elle peut aussi parfois stockée dans les remises, ou
sur les terrasses, qui quand elles existent, sont localisées au dernier niveau des étages.

Plébiscitée dans toutes les maisons ou villas localisées dans ces secteurs, elle est
généralement disposée dans le jardin ou dans une dépendance hors pièces de vie (garage,
arrière-cour…). Ce contenant recueille directement ou par le biais de poubelles intermédiaires
-en général il y’en a au moins une logée dans la cuisine- la totalité de la production
domestique. Cette poubelle en général présentée lors de la collecte peut faire l’objet de vol,
mais aussi de dégradations diverses (notamment lors de manifestations sociales sur le
domaine public), si elle séjourne dehors. Aussi, n’est-elle sortie qu’au moment précis du
passage de la benne à ordures, par les habitants des villas et concessions qui les utilisent.
Il n’est pas rare que certains utilisent à titre de poubelle à ordures, le modèle de cuve-
conteneur devant théoriquement servir à un usage alimentaire. Il existe en effet un prototype
de cuve quasi similaire aux poubelles noires, mais spécialement conçue pour le stockage de
liquides alimentaires notamment en grandes quantités. Généralement de couleur plus claire,
ces modèles sont utilisés dans les cantines, établissements hospitaliers…ou encore dans les
cérémonies familiales. Boissons et jus divers sont préparés dans de telles cuves avant d’être
dispatchés dans des bouteilles et récipients plus petits et plus pratiques.

Certaines populations confrontées aux fréquentes coupures d’eau du réseau, utilisent aussi
ce type de cuve-conteneur, en lieu et place des traditionnels seaux et bassines. Avec son
couvercle amovible, elle garantie une meilleure conservation de l’eau notamment celle
destinée à la boisson ou la préparation alimentaire.

76
Photos 14 & 15. Cuve-conteneur à usage alimentaire destiné à stocker de l’eau ou des fluides et liquides
alimentaires. Ce modèle qui a une contenance de 100 L, est aussi utilisé dans certains foyers pour le stockage
des ordures ménagères.

77
Quelques 82 % des dakarois utilisent une poubelle unique exposée à l’air libre, que ce soit
dans la cour de la concession ou sur le domaine public. Généralement de fortune, elle sert
pour le conditionnement de l’ensemble des déchets domestiques. Elle est présentée aux
éboueurs si la zone bénéficie d’un collecte domiciliaire ou, directement vidée dans les dépôts
anarchiques le cas échéant.

Une bonne fraction des ménages les possédant suit un gradient économique qui se calque
assez fidèlement sur la trame d’habitat. Des îlots traditionnels du centre comme Rebeuss aux
quartiers populaires de la Médina en banlieue, en passant Pikine régulier ou Thiaroye, ces
poubelles de fortune ne sont généralement pas disposées dans la surface habitable des
maisons. Dans certains ménages, on note l’utilisation de grands pots de peinture vides (10 à
25 L), situation que l’on retrouve aussi dans les zones d’habitat spontané irrégulier ainsi que
dans les villages traditionnels de Yoff, Cambérène…

Les populations avec un mode de consommation semi rural, disposent en général de


poubelles de fortune : vieux récipients, grands pots de peinture vides ou tonneaux ouverts,
stockés sur le domaine public, avec cependant une préférence pour les seaux et bassines en
plastique, usagés mais non corrosifs. Il n’est pas rare de voir des ménages aux revenus plus
modestes associer ces différents types de conditionnement en fonction de ce dont ils disposent
« sous le coude » bien qu’ils tiennent aussi compte de la saison. Le réceptacle à ordures,
hormis les récipients précités, peut alors être composé d’une caisse récupérée, de poches
plastiques occasionnelles. Toutefois les emballages en carton vide très usités en saison sèche
sont bannis durant la période de pluies car se décomposant au contact de l’eau.

En général, les foyers semblent soucieux de l’image véhiculée par la nature de leurs
courses et achats alimentaires. L’évolution du mode vie, mais aussi un complexe du faible
pouvoir d’achat a d’ailleurs conduit à l’abandon progressif du eumb, de la calebasse ou sac de
marché comme contenant des courses alimentaires quotidiennes : trop indiscrets, ils trahissent
aisément le positionnement sur l’échelle sociale. Les contenants-camouflant (comme la poche
plastique noire, plus discrète), sont désormais exigés lors de l’achat de denrées et vivres frais
tels que viandes, poissons et légumes, aliments de base pour les ménages : l’utilisation des
cabas et sacs de courses est en net recul à Dakar.

Ce souci de préserver sa dignité sociale ne semble pas prendre en considération le


contenant à ordures ; pour nombre de foyers, la question de l’indiscrétion des récipients à
déchets ne se pose pas encore. Peu semblent les considérer comme des éléments pouvant
trahir des aspects de leur mode de vie intérieur, selon l’adage montre moi ta poubelle et je te
dis comment tu vis. La poubelle constitue un très fiable indicateur des conditions de vie et des
habitudes domestiques : là plus de fausses apparences, aucun plâtrage possible, l'ordure ôte
1
sa chemise .

1
BERTOLINI G, (1990). Le marché des ordures : économie et gestion des déchets ménagers. Paris. Edition L’Harmattan. 1990. 205 pages
P9.

78
Carte 5. Répartition des récipients domestiques de collecte et de stockage des déchets solides dans
les quatre départements de la région de Dakar. Rapport entre quantité de poubelles réglementaires et
poubelles de fortune dans chaque département et selon population enquêtée.

79
Il n’est d’ailleurs pas rare de voir dans les quartiers populaires, des villas cossues
globalement bien entretenus et à hygiène intérieur assuré, présenter un récipient à ordures de
fortune ; cela témoigne du peu d’intérêt encore accordé aux détritus.

De même, nombre de nouveaux riches à souche rurale, vont dans l’affichage des
indicateurs de réussite sociale privilégier certains signes extérieurs évidents tels que la villa, la
voiture, les habits raffinés, les parures, pendant que la poubelle qui trône à l’entrée sera elle
constituée d’un récipient de fortune, souvent, une vieille bassine elle-même antérieurement
destinée à être jetée. Cela découle de la même approche qui conduit d’autres à opter pour le
paraître, sacrifiant bonne alimentation ou confort intérieur à ces indicateurs sociaux extérieurs
précédemment cités.

Il arrive que ce soit cette même méprise de la matière déchue, combinée à un poids encore
important des habitudes acquises, qui freine les initiatives en la matière. S’agissant des
poubelles de fortune peu pratiques, on sait que ce sont généralement aux femmes, enfants et
domestiques que reviennent les tâches déchets. Les responsables du foyer ne se chargeant pas
directement de l’évacuation des ordures ne mesurent pas les désagréments liés à leur
manutention, pas plus qu’ils n’éprouvent une gêne que l’exposition de leur contenu pourrait
occasionner. Nul doute que la situation aurait probablement été différente, s’ils avaient à
accomplir cette tâche personnellement.
Si un certain dédain explique donc parfois l’attribution de réceptacles de fortune aux
déchets ménagers, l’acquisition ou non d’une poubelle « réglementaire » obéit très souvent à
des paramètres d’ordre socioéconomiques.

On citera l’exemple de ce couple d’immigrés venu rendre visite à la famille de l’époux


résidant à Pikine (Tally Boubess), et à qui la belle-fille acheta une cuve-poubelle neuve,
voyant qu’elle ne disposait pas de récipient attitré pour le stockage des ordures. Quelle ne fut
la surprise de l’épouse s’apercevant le lendemain que la poubelle avait changé de fonction,
passant cuve de stockage d’eau potable (dans une zone aux coupures d’eau fréquentes), et la
famille de reprendre ses bonnes vieilles habitudes en la matière, avec une « caisse » en carton,
arguant en passant que les ordures ne méritent pas encore un tel honneur.

Compte tenu de la variabilité de la capacité de contenance des récipients de stockage


domiciliaire, les ménages dakarois ont tendance à sortir autant de fois que nécessaire les
poubelles avec souvent des volumes ou quantités là aussi plus ou moins réduites.
Généralement de faible capacité, ces contenants ne permettent pas d’optimiser le stockage.

Ce facteur aura son importance dans l’explication des dysfonctionnements qui apparaissent
à certains niveaux de la chaîne de prise en charge. Il permet ainsi de comprendre pourquoi en
dépit de la collecte domiciliaire quotidienne ou bihebdomadaire dont ils disposent, la quasi-
totalité des quartiers couverts par le système officiel renferment néanmoins une profusion de
dépôts anarchiques. Ces derniers sont en effet aussi bien alimentés par les déchets d’activité,
que par les productions de ménages recourant à des mécanismes alternatifs pour évacuer une
production, postérieure au passage des bennes.

80
Photos 16, 17, 18, 19. Quelques exemples de récipients utilisés pour le stockage des ordures ménagères à
Dakar.

2.1.2 Prédominance du Stockage Initial Banalisé.

S’il existe à Dakar des différences assez notables au stade du conditionnement


domiciliaire, la quasi-totalité de la population de l’agglomération pratique le stockage initial
1
banalisé, stade dés lequel tous les déchets sont mélangés ou « mis à cru » . Cette forme de
stockage s’oppose au monostockage initial que MAYSTRE défini comme le lieu
d’entreposage d’une seule catégorie de déchets, procédé qui n’est présent à Dakar que pour
quelques produits, et qui reste donc très isolément pratiqué.

Cette situation se justifie par l’inexistence pour la ville d’un système officiel de tri sélectif
en amont, permettant une homogénéisation fusse t-elle partielle des matières. Même les tas de
chutes que l’on retrouve dans certaines bennes de la ville et provenant en général des process
des unités de fabrication artisanale sont souvent contaminés, les récupérateurs procédant eux-
mêmes au triage des matières en « vrac ».

1
GOUHIER J, (2000). « Au delà du déchet, le territoire de qualité ». Manuel de rudologie. Presse Universitaire de Rouen et du Havre. 240
pages. P 65

81
On a vu plus haut que les immeubles d’habitation et les villas du Plateau, des zones
résidentielles ou planifiées de la périphérie (Almadies, Fann, SICAP…) présentent en général
un contenant réglementaire. C’est dans ces mêmes enclaves occidentales privilégiées qu’on
retrouve aussi une variante du monostockage initial même si c’est uniquement pour certains
types de déchets comme les journaux et revues, ou encore des bouteilles d’eau minérale et
autres boissons : vins, alcool ou jus divers. C’est en effet cette frange assez aisée de la
population avec une bonne proportion d’expatriés, peu adepte de l’eau potable du réseau de la
SDE pour sa boisson (comme la majorité des consommateurs européens), qui est aussi
généralement abonnée à divers magazines ou en achète régulièrement. Une fois vides, les
bouteilles-emballages seront revendues 15-25 voir 50 FCFA l’unité dans le commerce, pour
resservir au conditionnement de matières alimentaires (huile de palme) ou de détergents
(crésyl).

Les piles de journaux usagés seront aussi mis de côté à la demande des gardiens
d’immeubles, concierges, vigiles ou domestiques qui arrondissent ainsi leur paie en les
revendant à travers divers circuits. Au même titre que la quasi-totalité des éboueurs qui sont
devenus aussi récupérateurs, les agents de sécurité des hôtels, des administrations et services
du tertiaire (banques, assurances…) récupèrent aussi ces matières pour les écouler soit
directement auprès des gérants de Paaks. Ces paaks sont des lieux informels de transaction
(vente ou achat) de matériaux ou objets déchets ; ils diffèrent des points informels de
fourniture de matériaux de construction (sable marin, gravier, bois d’échafaudage etc.), qui
occupent en général illégalement le domaine public (accotements ou terrains vacants).

Ces matières sont aussi revendues auprès des récupérateurs collecteurs, en quête d’objets
pouvant avoir de la valeur. En dehors de ces principaux produits, les autres déchets sont
soumis au stockage initial banalisé.

On retrouve donc cette même situation de stockage initial banalisé dans les zones à
immeubles construits sur plusieurs niveaux et réalisés par de grosses entreprises privées ou
quelques particuliers fortunés (hommes d’affaires occidentaux, libano-syriens et quelques
nationaux). Ces immeubles comportent des logements de haut standing qui sont généralement
loués à des personnels diplomatiques, des fonctionnaires des organisations internationales ou
des cadres de sociétés florissantes. En général seules les réalisations et constructions
modernes de plus de 10 étages disposent d’équipements fixes à l’intérieur de l’habitat
notamment d’une colonne vide-ordures.

82
Carte 6. Pratique du monostockage initial domiciliaire des déchets solides dans les quatre départements de
la région de Dakar.

Photo 20. Le quartier résidentiel huppé des « Almadies » dans la proche banlieue Dakaroise.
(Crédit photo J-C Le Bacon).

83
Cet équipement né vers 1930 à Milan et qui assure un transfert direct des ordures de haut
en bas, constitue à Dakar l’unique dispositif adopté pour l’habitat dense vertical, même s’il
présente quelques inconvénients d’ordre hygiénique tels la persistance des exhalaisons ou
encore le mauvais entretien des points de chute. S’inscrivant en porte-à-faux avec les
incitations au tri sélectif instituées comme cause nationale, les fréquents colmatages
imputables aux encombrants qui y étaient jetés, de même que les bruits occasionnés dans les
parties communes ont fini de dissuader les opinions des pays développés quant à leur
maintien.

Mais, en marge de sa contradiction avec les objectifs de tri, l’équipement vide-ordures est
aussi de plus en plus décrié, car constituant une des premières causes de déclaration
d’incendie dans les logements collectifs. Il présente aussi de gros risques d’accident pour les
personnels lors du remplacement des containers.

Bien qu’une solution définitive n’ait toujours pas été trouvée pour certains cas
1
particuliers , le principe aura au moins eu le mérite d’avoir permis une déclinaison
intéressante adoptée notamment par le secteur de la construction et du bâtiment. On retrouve
en effet dans la quasi-totalité des chantiers d’immeubles, les désormais indispensables
conduits d’évacuation des gravats qui s’en sont inspiré.
Concernant la région dakaroise, en dehors des immeubles disposant de colonnes vide-
ordures, les déchets des habitants (avec ou sans pré conditionnement dans des poches)
atterrissent par colonne sèche dans des bacs disposés dans un local aménagé à cet effet et
régulièrement vidés. Pour nombre d’immeubles, ce local a été logé dans une partie discrète de
l’édifice. Pour le reste, les résidents en appartement, après conditionnement banalisé à
l’intérieur de leur foyer et dans des poubelles normées mais de contenance variable (30L en
général), effectuent un premier stockage intermédiaire en bas de l’immeuble ; ce sont en
général les domestiques qui se chargent de leur évacuation.

S’il s’agit d’immeubles sécurisés (avec barrière d’entrée, grillage ou mur de clôture), mais
ne disposant pas de vide-ordures, on aura un stockage intermédiaire sur la propriété privée :
une place étant aménagée sur le parking aérien ou dans les dépendances.

1
Dans quelques grandes agglomérations européennes, des difficultés majeures sont encore observées dans la collecte des déchets provenant
des immeubles d’habitation notamment ceux à caractère social. Dans les résidences HLM françaises, la plupart des habitants logeant dans
des bâtiments de moins de 5 étages dépourvus d’ascenseurs préfèreront stocker les poches poubelles devant leur porte d’entrée. Les
producteurs préfèrent attendre d’avoir une bonne opportunité de descendre pour jeter en même temps les ordures dans les bennes prévues à
cet effet. Bien que l’utilisation de poches limite dans ces cas la dispersion des odeurs, leur présence dans ces parties communes y favorise
néanmoins de fortes exhalaisons notamment l’été. En revanche, dans certains quartiers dits sensibles disposant de « tours » comportant
parfois 15 à 20 étages ou plus, des résidents n’hésitent pas à tout bonnement balancer depuis les niveaux supérieurs à travers les fenêtres
donnant sur les arrière-cour, des poches de détritus et autres déchets, y compris parfois des volumineux usagés (lave-linge, lave-vaisselle...)
donnant lieu parfois à des accidents. Pour certains, le mauvais entretien des parties communes avec des ascenseurs souvent en panne
explique ces méthodes singulières d’élimination des ordures, alors que pour d’autres, la paresse de descendre exprès les déchets combinée à
l’état de dégradation générale et à l’atmosphère délaissée du cadre de vie justifient en général ces pratiques. Cependant, il arrive aussi
parfois qu’il s’agisse de jeunes adolescents désœuvrés dont le fait de viser des passants avec des poches poubelles s’apparente à une simple
activité ludique.

84
Pour le cas des immeubles non sécurisés, le contenu des poubelles (qu’elles soient
réglementaires ou non) sera directement ou par l’intermédiaire de sacs-poubelles, vidé dans
des collecteurs de déchets (encore appelés bacs roulants) de capacité allant de 60 à 1100 L,
1
mais aussi parfois dans des fûts vides transformés . Mais, dans un cas comme dans l’autre, ce
sont en général les gardiens d’immeubles ou vigiles qui portent aussi la casquette de
concierge en sortant les poubelles de 1100 L un peu avant le passage des véhicules de collecte
et les « rentrent » une fois vidées. Ces immeubles sont en général localisés au Plateau et
correspondent parfois à des bâtiments alliant appartements et locaux commerciaux.

Photo 21. Poubelles en fer non réglementaires avec une capacité de contenance
d’environ 200 L, et bacs à ordures standard (1100 L) dans le centre-ville. (Cliché
DIAWARA A-B 2004).

Avec les bacs collectifs, des tonneaux ou fûts « ouverts » par le haut constituent parfois les
équipements fixes extérieurs devant permettre un stockage intermédiaire en mode banalisé au
bas de l’immeuble, dans un local commun de remisage généralement non couvert. C’est
notamment le cas dans la proche banlieue où l’on retrouve les immeubles locatifs des Allées
du Centenaire, des HLM et des SICAP, et plus récemment de Hann-Maristes.

Au bas des bâtiments, sont généralement disposés des bacs équipés de roulettes et dont la
manutention est effectuée grâce à des véhicules de collecte pourvus d’un équipement
mécanisé. Mais on l’a dit, il arrive fréquemment que les gérants proposent des fûts d’environ
200 L, de manutention plus délicate pour les éboueurs. Ces derniers se plaignent en effet très
souvent que leur structure en fer plein les rend une fois remplis, lourds à manutentionner et à
soulever jusqu’à hauteur du déversoir du camion benne.

1
Ces tonneaux en tôle d'acier sont d’ailleurs encore utilisés pour le stockage et le transport de fluides divers tels que l'huile, le pétrole ou
encore les déchets dangereux.

85
On retrouve en plus des deux types de stockage précités, un stockage temporaire sur le
domaine public. Sans doute l’équivalent du stockage dans les enclos à bennes, en bordure de
voie que l’on retrouve parfois dans les villes européennes. Ce stockage temporaire s’applique
aussi bien pour les maisons de plain-pied, notamment les concessions traditionnelles
majoritairement lébous implantées au centre-ville vers Niayes-Tiocker ou encore pour le cas
du damier de la Médina, ainsi que pour des immeubles locatifs. Pour ces derniers, c’est la
configuration et le style architectural (ancien) qui expliquent sans doute l’absence de local de
remisage, les bacs étant en emprise directe sur le trottoir, …et le tout en mode initial banalisé
(tous les déchets étant systématiquement mélangés). Dans le cas où ces immeubles disposent
de cours intérieures, ces dernières serviront aussi de lieu de stockage des bennes communes.

Ce constat reste principalement valable pour les immeubles mixtes du centre-ville. Peu
parmi les immeubles des quartiers populaires denses de Dakar, ou de la banlieue défavorisée
dont les bâtiments s’élèvent en général sur deux ou trois niveaux (voire plus du fait de
progression de l’habitat en hauteur), sont dotés de servitudes en la matière. Différents de ceux
réalisés par les sociétés immobilières, ou par quelques groupes privés, ces immeubles
appartiennent à des particuliers et sont principalement composés d’appartements allant de
deux à cinq pièces ou plus, qu’occupent des locataires de la classe moyenne à moins aisée.
Contrairement aux immeubles locatifs officiels, il n’existe pas dans ces réalisations de
système de stockage collectif à l’aide de bacs qu’ils soient au bas de l’édifice ou sur le
domaine public intermédiaire : les réponses sont systématiquement individuelles.

Aussi les déchets des ménages sont en général stockés dehors près de la porte d’entrée de
l’édifice donnant sur la rue, pour les locataires occupant le rez-de-chaussée, alors que les
occupants des niveaux supérieurs (et parfois exclusivement ceux du dernier étage) bénéficient
de la commodité ou dépendance « terrasse » pour aérer leurs ordures en attendant le passage
des camions de collecte. Les occupants des niveaux intermédiaires s’arrangeront pour stocker
leurs ordures dans l’une ou l’autre partie. Rappelons que la plupart de ces immeubles et
bâtiments même destinés exclusivement à la location d’habitat ne disposent pas de hall
d’entrée classique avec boîtes aux lettres comme dans les immeubles du centre réalisés selon
les normes de construction modernes. Dans beaucoup de cas à Dakar, il s’agit en fait de
répliques modernes d’anciens modèles de bâtiments comportant des appartements à usage
locatif pour l’habitat ou pouvant servir de bureaux comme on en trouve dans les centres
anciens des villes occidentales. C’est d’ailleurs dans ces zones que l’on retrouve d’ailleurs un
assortiment de ménages disposant de poubelles réglementaires et d’autres usant des poubelles
de fortune. Les premiers pratiqueront un stockage à l’intérieur de la concession ou foyer, dans
des coins discrets, à l’abri du regard du visiteur, même s’il arrive que pour les maisons
disposant d’un vestibule, la poubelle soit disposée juste à l’entrée à deux ou trois mètres à
gauche ou à droite de la porte principale.

Concernant ces poubelles, il est très rare que les récupérateurs ou Buuju-mens s’aventurent
à l’intérieur des concessions pour les fouiller, fussent-elles disposées à l’entrée. En revanche,
les poubelles de fortunes (bassines, récipients usagés…) stockées sans trop de risques sur le
domaine public seront dans leur quasi-totalité « visitées » par les récupérateurs avant leur
collecte même si ces derniers privilégient celles des quartiers aisés ou moyens. Pour les
bennes conventionnelles, les ordures seront brassées à l’intérieur à l’aide du crochet, alors que
pour les récipients divers, le contenu sera souvent directement versé par terre, la poubelle
parfois emportée et les ordures laissées in situ, compliquant un peu plus la tâche aux
éboueurs. C’est d’ailleurs cette gêne occasionnée pour le service notamment lors de la phase
collecte, qui fut en partie à l'origine de l'interdiction du chiffonnage en France même si
d'autres raisons liées à l'hygiène et parfois à la propriété juridique du gisement furent parfois
avancées.

86
Tous secteurs géographiques confondus, c’est ce mode de stockage à l’extérieur qui est le
plus fréquent à Dakar (58 %). Pour une bonne partie de la population, cette préférence tient à
l’appréhension d’être incommodé par les odeurs des poubelles contenant une bonne partie de
résidus de préparation de repas. Cette propension naturelle à ne pas vouloir conserver chez
eux ces matières ne date pas d’aujourd’hui et rappelle d’ailleurs sous d’autres cieux et en
d’autres époques l’agacement des populations parisiennes. « Empoisonnement pour
empoisonnement, il vaut mieux qu’il ait lieu sur la voie publique », disait un opposant à
l’arrêté du conseil municipal de Paris leur demandant de stocker leurs déchets « à
1
l’intérieur », ainsi que de les trier en séparant la fraction organique . Pareille réaction fut
d’ailleurs aussi celle des populations torontoises à la fin du XIX° siècle devant l’obligation
qui leur était faite par les services de scavenging de stocker séparément leurs ordures et les
2
cendres issues de leur système de chauffage .
De plus, pour le cas dakarois, la configuration des maisons ne disposant pas d’endroits où
ces déchets peuvent être stockés, oblige à les déposer dehors, problème qui d’ailleurs n’est
pas propre aux foyers des pays en voie de développement. En parlant de la France, l’auteur
BERTOLINI G considère en effet que c’est carrément l'espace domestique qui à restructurer :
bien des appartements sont trop petits pour le stockage provisoire rendu nécessaire par le tri,
alors que dans les immeubles, le local-poubelle situé dans les espaces les plus sombres et les
moins agréables de l'édifice n'incite pas à y passer du temps pour trier.

On s’aperçoit alors que tels phénomènes constituent de fidèles indicateurs globaux du


niveau, mode de vie, mais surtout des habitudes alimentaires des populations. En effet, et en
dépit de l’évolution socio-économique (généralisation du frigidaire-congélateur pour la
conservation des denrées périssables, espacement de la fréquence des courses, achat en
quantités plus conséquentes), nombre de sénégalais consomment encore généralement des
produits frais achetés au marché le jour même, sans que cela ne s’apparente pour autant à un
luxe comme cela pourrait être le cas dans certains pays développés.

2.1.3 Une idée des quantités domestiques générées.


Caractérisations chimique et physique des déchets, constituent les données de base servant
à la planification-gestion des déchets. L’estimation de la production spécifique, élément de la
caractérisation physique (avec l’étude de leur composition), peut être considérée comme la
détermination de la quantité de déchets produite par une zone déterminée. MAYSTRE parle
du rapport entre une production de déchets en général annuelle, et une donnée statistique
connue, correspondant à cette production : en kilos par an et par hectare ou en kilos par an et
par poste de travail kilos par an et par habitant. La donnée peut être soit la superficie de la
zone construite, soit le nombre d’emplois lorsqu’il s’agit d’une zone d’activités d’entreprises,
soit encore la population résidente. Pour le cas de Dakar, c’est cette dernière donnée qui est
traditionnellement retenue.

1
BARLES S, (2005). L’invention des déchets urbains France 1790-1970 2005 Ed. Champ Vallon.
2
LEVIER P, (1996). « De l’Hygiénisme à l’Ecologie urbaine. Environnement, santé publique et urbanisme à Toronto du XIX siècle à nos
jours ». Thèse de Doctorat d’Histoire Contemporaine. Université Bordeaux III. 1996 . 611 pages.

87
L’estimation de la production spécifique a pour but principal de permettre à différents
acteurs institutionnels de la filière, de disposer d’une donnée statistique de base. Pour les
pouvoirs publics, elle sert généralement à planifier les actions en la matière, notamment la
détermination de la logistique (mobile et/ou fixe) appropriée. On retrouve en effet dés
l’amont, les bacs de stockage et de collecte des déchets domestiques, les camions bennes de
collecte en PAP ainsi que les bennes de collecte en mode PAV), mais aussi le
dimensionnement des équipements de traitement (déchèteries, centres de tri, centres de
transfert, usines de compostage ou d’incinération, centres d’enfouissement techniques…).
Dans le cas où le service est concédé à des entreprises privées, cette donnée s’avère aussi
essentielle pour la détermination du coût du service, y compris lors de la négociation
présidant au choix des organismes de gestion en mode délégué.
Pour la région Dakaroise, les chiffres concernant la production, correspondent à la
quantité de déchets qui y est produite par annuellement par chaque habitant et qui peut être
ramenée en jour par habitant. Si l’on se fie aux chiffres officiels concernant la production
spécifique de la région dakaroise c'est-à-dire 1200 tonnes par jour, la moyenne tournerait
autour de 0,52 kg par jour et par personne. Toutefois, en tenant compte des dernières données
statistiques avérées (projections formulées par DIOP O dans son étude datant de 1988), la
production en 2001 s’élèverait à 599.140 tonnes. Ramenée aux 2 267 356 habitants, que
comptait la ville en 2002, on obtiendrait une moyenne d’environ 0,72 kg par jour et par
habitant, soit près de 263 kg par an et par habitant pour la production spécifique. Ce chiffre
n’incluait pas la production assimilable provenant des établissements commerciaux et
administratifs, qui était pourtant prise en charge par la société de collecte au même titre que
les déchets ménagers. Mais, il semble davantage se rapprocher de la réalité que les 1200
tonnes souvent avancés dans la littérature.
Du fait de soupçons de sous-estimation de la production, il a été décidé d’actualiser l’étude
sur la détermination de la production spécifique. Des campagnes de pesées menées
directement menées auprès de 360 ménages pendant 15 jours, nous ont permis de dégager une
estimation de la production domestique de près de 1726 tonnes/jour. Ramenée aux 2 267 356
habitants que compte la région de Dakar (RGPH décembre 2002), elle nous donne une
production spécifique domestique d’environ 0,76 kg par jour et par habitant (voir
méthodologie). En tenant compte de la production totale estimée de la ville en Om et
assimilés, on arrive à environ 2000 tonnes de déchets soit 0,88 kg par jour et par personne.
On est assez proche de la projection de 0,72 kg par jour et par personne avancée par DIOP O
en 1988.
Pour le cas de Dakar, une telle donnée, essentielle dans les politiques d’amélioration de la
qualité de service, peut aussi servir notamment dans le choix des contenants pour des
initiatives de standardisation. Si pour les zones résidentielles comme pour les quartiers
populaires de Dakar le stockage des déchets reste assez similaire en mode initial banalisé
(avec cependant variation des contenants), la production tout comme les moyens de
conditionnement diffèrent largement selon le niveau de vie social des populations. Ainsi
globalement, la production qui tourne autour de 0,90 kg de déchets par jour et par personne
pour le département de Dakar chute à moins de 0,76 avec une forte proportion de matières
fines dans les trois autres départements que sont Pikine, Guédiawaye ou encore Rufisque-
Bargny.
Cet écart qui peut s’expliquer par la juxtaposition dans le département de Dakar, de
ménages au niveau de vie allant de moyen à aisé, avec des habitudes de consommation quasi
occidentales, et de populations des quartiers pauvres interstitiels disposant en général de
faibles revenus. D’où les fortes variations constatées dans le même département avec une
forte opposition entre d’un côté :

88
- les zones résidentielles à production assez élevée atteignant 1,53 kg et à
conditionnement moderne à l’image des villes occidentales.

- et les quartiers de sa banlieue populaire et des zones périurbaines où la production


rudologique n’est plus identique. Elle baisse en effet à 0,45 kg c'est-à-dire moins que
la moyenne la plus faible, celle de Pikine avec 0,68 kg, même si le mode de stockage
reste assez similaire.
Ainsi, que ce soit à Gorée, dans îlots lébous ou dans l’habitat précaire résiduel du centre,
dans les quartiers populaires du Grand-Dakar, de Grand-Yoff, comme dans ceux des
départements de Pikine, Guédiawaye ou encore Rufisque-Bargny la production reste
quasiment analogue et dépasse rarement 0,75 kg, avec une forte proportion de matières
organiques et/ou de fines, signes d’un niveau social et de consommation déjà plus faible.

Enquêtes Environnement et Gestion des déchets solides à Dakar


Production domestique de déchets ménagers dans l’agglomération dakaroise
Unités territoriales Production spécifique Production spécifique
moyenne kg/j/hbt moyenne kg/an/hbt
Dakar 0,90 328
Pikine 0,68 248
Rufisque & Bargny 0,72 263
Guédiawaye 0,74 270
Moyenne 0,76 277

Tableau 3. Production spécifique moyenne de déchets solides des ménages de l’agglomération dakaroise.
En tenant compte de la seule production des ménages (hors marchés, administrations, industries etc.)

2.1.4 A propos de l’hygiène domestique.


Comme partout ailleurs, les populations dakaroises et sénégalaises, restent globalement
très soucieuses de leur hygiène domestique intérieure, malgré la variation des niveaux
sociaux. On retrouvera d’ailleurs tout au long des développements ultérieurs et parties à venir,
des illustrations de ce qu’on pourrait appeler une constante hygiénique intérieure. Elle relève
plus globalement des perceptions et pratiques déchet, des populations étudiées.
De manière générale les populations dakaroises ne développent aucun rapport sacré au
déchet, même si beaucoup lui reconnaissent un caractère souillant, dans une conception
mystique et/ ou religieuse largement présente. Durant nos enquêtes, seule une famille a
reconnu avoir eu recours à un mélange déchets ménagers-urine pour inhiber ou « casser » un
mauvais sort. Pour cette femme qui soupçonnait sa coépouse d’avoir « ligoté » leur mari en
répandant une solution remise par un marabout, l’opération- riposte consistait en l’absence de
l’époux, à asperger d’urine les pièces de la maison suspectée, puis d’y répandre des détritus
pendant quelques moments, avant de procéder au nettoyage. Pour beaucoup, ces impuretés en
présentant la particularité d’être incompatibles avec tout acte à tendance mystique, en
réduiraient ou neutraliseraient le principe actif. Toutefois, telle perception dont d’ailleurs peu
de gens exagèrent l’importance, reste très marginale. On est loin d’un discours décrivant
l’hygiène sordide à soubassement culturel des populations africaines et notamment celles
citadines :
89
« A l’intérieur de l’espace domestique, la famille semble vivre dans la saleté, on se
rendra compte que les citadins cohabitent avec les déchets humains sans que leur nuisance
soulève la moindre protestation des occupants ou des usagers (…). Ici, les W-C constituent
de véritables dépotoirs à domicile ; et à propos de la cuisine « elle nous permet de vérifier
l’hypothèse selon laquelle la cohabitation avec l’horrible, la pourriture, les odeurs fortes
et nauséabondes fait partie de la vie quotidienne de nombreux citadins ». Une incursion
dans les lieux de travail et de loisir permet d’effectuer le même constat amenant ainsi à la
conclusion qu’un grand nombre d’Africains manifestent une familiarité et une
accoutumance effectives avec les ordures. « Si les lieux de vie sont des projections de soi,
tout un mode de communication se déroule à travers l’état de la chambre à coucher, de la
cuisine, du salon, des alentours de la maison qui exprime la manière dont l’homme
1
africain cohabite avec l’horreur sans aucune indignation, ni scrupule ni scandale ».

On peut s’interroger sur les fondements réels d’un tel discours dénué d’objectivité, et qui
semble refléter une véritable méconnaissance des pratiques culturelles des sociétés étudiées.
A moins qu’il ne s’agisse tout bonnement de quelque forfaiture ou immoralité « scientifique »
de la part d’un auteur en quête d’originalité.

En admettant que les faits soient avérés, règles et méthodes scientifiques exigent en effet
de fournir éléments visuels sur les lieux, les groupes sociaux ciblés et ayant fait l’objet de
telles constatations. De même, quels que soient les domaines étudiés, l’extrapolation ne peut
intervenir que lorsque les observations se sont reproduites à une échelle suffisamment
représentative. Pourtant, l’auteure a eu recours de façon systématique à l’extrapolation, en
appliquant à l’ensemble des populations de Yaoundé, du Cameroun et même d’Afrique des
faits peut-être isolés, mais sûrement discutables.
Ces propos laissent sceptiques. Mais si leur teneur reste largement factuel, il n’en
constituent pas moins du petit lait pour les tenants d’une théorie anthropologique voire
génétique d’un prétendu manque d’hygiène des populations africaines.

Tout porte à croire que ZOA s’est laissée aller à une sorte de réadaptation de préjugés
stigmatisants, mais à des fins autres qu’une seule bonne connaissance des sociétés et leurs
pratiques. Pourtant, il est probable que le recueil dans lequel ils sont compilés, égarera plus
d’un lecteur, qu’il s’agisse de celui évoluant dans le milieu et qui s’intéresse à cette question
2
des déchets en Afrique , ou du grand public qui améliore ses connaissances anthropologiques
sur les peuples d’Afrique.

3
2.1.5 Passage de la sphère domestique à l'espace de collecte public .
Dans la culture sénégalaise, l’action de se débarrasser des ordures reste donc comme
ailleurs, une tâche essentielle dans le processus d’entretien de l’espace domestique et de
l’hygiène intérieure. En somme, elle le complète.

1
ZOA. A-S (1996). Les ordures à Yaoundé. Editions Harmattan 191 p. P 102-104.
2
BERNASCONI D, (2000). Eléments de réflexion sur le problème des déchets dans les grands centres urbains d’Afrique de l’Ouest.
Mémoire de DEA. UFR de Géographie et d’Aménagement. Université Michel de Montaigne Bordeaux 3. Septembre 2000. 86 pages
3
Précisons d’emblée qu’à Dakar, le système est loin d’être aussi cloisonné. Il y’a en effet une interpénétration entre méthodes et lieux de
stockage dits domiciliaires, et procédés relevant du passage officiel à l’espace de collecte public. Le domaine public fait aussi à l’occasion
office de lieu de stockage de la poubelle domiciliaire.

90
En revanche, celle de sortir les poubelles est depuis quelques générations, inversement
1
affublée d’une appréciation dévalorisante sur l’échelle des tâches à accomplir .
Ce constat est encore plus flagrant, lorsque la tâche ménagère de sortir les poubelles est
comparée à d’autres, jugées moins dévalorisantes : lessive, vaisselle, ou corvée d’eau potable
à la borne-fontaine pour les populations concernées.
Cette dénégation des rejets qu’on pourrait qualifier d’inconsciente, découle souvent d’une
sorte de complexe des matières sortantes ; elle est accentuée par l’indiscrétion des poubelles
de fortune qui « livrent tout ». Face à la gêne voire la honte d’effectuer cette corvée, la
délégation de cette tâche à la domestique permet de maintenir cette désolidarisation avec les
ordures, entamée dés leur mise au rebut. Pour le foyer n’étant pas en mesure de s’attacher les
services d’un domestique, ce sont généralement les enfants non scolarisés et prioritairement
les fillettes ou quelque jeune femme membre de la famille élargie (petite cousine, petite nièce
ou homonyme fille vivant sous le toit), qui s’acquittent de cette tâche. 70 % des familles
interrogées durant les enquêtes-ménage et bénéficiant d’une collecte en bout de rue, disent
confier cette tâche à une fillette, alors que ce chiffre chute à 54 % pour les ménages recourant
régulièrement aux dépôts anarchiques. Cette tendance à la baisse de la présence féminine pour
sortir les poubelles s’est confirmée, lors des observations menées en vue de relever la
fréquentation des dépôts anarchiques ; seuls 33 % des usagers des dépôts anarchiques étaient
des fillettes ou filles.

L’explication de cette baisse peut venir du fait que dans les familles, les garçons sont de
plus en plus sollicités pour cette tâche pour des raisons de sécurité. C’est notamment le cas
dans les ménages ne pouvant se payer les services d’une « domestique », et craignant
d’envoyer une fille de la maison, aller se débarrasser des ordures dans des points de rejet,
parfois mal fréquentés. Toutefois, dans nombre de cas, la présence plus remarquée de garçons
et jeunes adultes dans ces lieux, d’élimination est liée à l’affectation de cette tâche au petit
talibé urbain ou encore au Buuju-man attitré de la famille. Moyennant ce petit service, le
talibé reçoit alors son aumône en nature (nourriture, habits) ou en espèces, alors que du fait
d’un rapport de confiance qui s’installe, le Buuju-man va bénéficier du contenu de des
poubelles qu’il vide, mais aussi parfois de quelques menus objets ou aumône alimentaire. En
contrepartie, à leur charge de sortir et présenter la poubelle lors du passage des camions ou
alors, « éliminer » les déchets qu’elle contient dans quelque dépôt anarchique en cas de
défaillance du service. Cela rappelle étrangement la fonction de « placier » dans les villes
françaises du XIX° que décrit BARLES, personnage qui par le truchement de petits services
rendus, devenait presque pour les foyers citadins un « auxiliaire » dans l’élimination de leurs
déchets.

1
J’ai en souvenir un épisode de mon adolescence où mes frères et moi avons eu temporairement à faire l’expérience de cette connotation
dévalorisante qui, dans l’imaginaire populaire, entourait encore cette tâche de vider la (les) poubelle (s) à ordures. Habitant ma famille et moi
dans une zone couverte par la collecte domiciliaire (en réalité en bout de voie), c’est la « domestique » qui s’occupait de sortir la poubelle
lors du passage du véhicule de collecte (8h et 15h), durant les jours ouvrés c'est-à-dire du lundi au vendredi. Précisons que le modèle de
contenant que nous utilisions à cette époque dans notre foyer, celui dit réglementaire et qui portera plus tard le nom APROSEN, avait
précédemment été dérobé, une fois où on la présenta à la collecte sans surveillance. La « domestique » prenant son week-end le vendredi soir
jusqu’au lundi, on devait tout de même sortir la production rudologique du week-end. Pour nos parents, la solution consista à nous habituer à
l’accomplissement de cette tâche relevant de l’hygiène domestique. Ainsi le samedi et le dimanche jours durant lesquels le service de
ramassage des ordures ne fonctionnait pas, les aînés de notre fratrie (mes deux grands frères et moi), étions affectés à la tâche, d’aller vider le
contenu de notre poubelle principale dans une benne située à proximité du marché de quartier et distant d’environ 500 mètres, alors que nos
petites sœurs en étaient exemptées du fait de leur âge et pour des raisons évidentes de sécurité. Toujours est-il qu’en accomplissant cette
tâche, on subissait systématiquement railleries et moqueries de la part de nos camarades de jeu dont certains étaient déscolarisés. De même
que certaines femmes au foyer, ils n’arrivaient pas à comprendre que de jeunes collégiens instruits, aient à s’occuper de la tâche aussi ingrate
que dévalorisante d’aller vider les poubelles. Manifester cette proximité avec les matières déchues (mêmes celles qu’on a soi-même
produites), à travers cette manipulation sur le domaine extérieur, peut être source de dégradation. Sans doute, nos détracteurs omettaient dans
leurs appréciations, que leur configuration familiale (famille plus élargie, fratrie plus élevée), leurs conditions sociales (mère au foyer,
présence d’enfants ou de jeunes adultes déscolarisés), permettait une présence permanente dans la maison de cette catégorie de personnes
dont le profil leur semblait plus correspondre à la tâche. Toujours est-il que cette anecdote résume la complexité de la question, avec des
grilles d’appréciation sociale multiples, pouvant intervenir ou être impliquées dans une tâche qui à priori pourrait paraître banale et anodine.

91
« Les placiers ont en outre cet avantage, avec de la complaisance à l’égard des
concierges et des bonnes, ils arrivent à leur inspirer une certaine confiance. Cette
complaisance consiste en de petits détails, tels que le balayage des cours, quelques
petites commissions. Les concierges les dédommagent en leur faisant nettoyer les
appartements des locataires qui s’en vont. Quant aux bonnes, ils montent aux étages
chercher les boîtes (à ordures) dans les cuisines. En donnant toujours au même
chiffonnier la boîte à ordures, il rapporte les objets qui auraient pu y être mis par
mégarde, quand bien même ces objets auraient une certaine valeur. Le chiffonnier ne
s’approprie jamais rien sur place, ni dans les cités où il demeure, parce qu’il sait bien
que sa fidélité envers les locataires de la rue où il travaille lui rapportera plus que la
1
valeur des objets ».

La référence religieuse revient très souvent pour expliquer ce comportement à l’égard de


matières présentant un caractère souillant : on risque de perdre ses ablutions ou de souiller les
2
habits de prière, alors que pour les enfants ce n’est pas très grave , ils ne font pas encore très
sérieusement la prière. Quant aux domestiques, elles ne peuvent la faire que le soir…une fois
3
qu’elles auront pris leur douche et puis entre nous, très peu la font d’ailleurs . Bien que la
tentation soit grande, on n’ira cependant pas jusqu’à leur attribuer ce statut d’infra-social
qu’évoque BRUHL en parlant de la perception qu’ont certaines populations primitives
d’Afrique et d’Inde, du nouveau-né et de l’enfant en général. L’auteur insistera d’ailleurs sur
la phase cruciale que constituent certains rites initiatiques tels que la circoncision : l’initiation
est tellement indispensable qu’une personne qui ne l’a pas subie ne sera jamais regardée que
comme un enfant, si âgée puisse t- elle être. Elle sera l’objet du mépris universel et tournée
en ridicule aussi bien par les femmes que les hommes (…). L’incirconcis ou kahée au Kikuyu
n’est pas un homme, (ti mundu), c’est un être nul dont on aime les petits services mais dont on
ne parle pas, qu’on ne compte pour rien dans la société. (264-265). Pour l’auteur ce
comportement sera inversement différent de celui adopté vis-à-vis des vieillards, bénéficiant
de tous les égards et entourés d’une sorte d’auréole mystique.
Cette image est encore plus présente dans certains quartiers populaires où en dehors des
domestiques, c’est l’omniprésence d’enfants qui explique que ces derniers constituent les
personnages tout désignés et attitrés pour ces tâches. Leur affectation auxdites tâches
s’explique par leur disponibilité : il y’a toujours un môme qui traîne, alors il serait en effet
incongru de confier certaines tâches dévalorisantes à des adultes alors qu’il y’a les enfants
qui peuvent le faire. Toujours est-il que ce sont ces personnages qui semblent mieux assumer
l’action, en ignorent généralement tout bonnement les implications sociologiques évoquées.
Dans le cas dakarois aussi la cohabitation entre Buuju-men, et population est généralement
au beau fixe. Cela dit, il arrive que ménagères et autres riverains de points de collecte ou de
dépôt (en apport volontaire) se plaignent des agissements de certains de ces collaborateurs
qui perpétreraient des agressions sur les domestiques allant vider les poubelles dans des
dépôts isolés, ou commettraient de vols dans les quartiers qu’ils fréquentent. Mais si là aussi
des soupçons sont très souvent portés sur les récupérateurs, leur culpabilité n’est pas
forcément établie. S’agissant par exemple des vols commis dans les maisons, d’autres
opportunistes dont les petits talibés urbains sont en effet souvent impliqués.

1
BARLES Op citée p 63.
2
LEVY-BRUHL L. (1927). L’âme primitive. Paris PUF, nouvelle édition 1963. 451 pages. Mais si effectivement cette « étape » circoncision
autrefois décisive, l’est restée chez certaines ethnies (notamment pour les Diolas au sud du Sénégal ayant maintenu leur « Bois sacré »), le
fait qu’elle soit de nos jours quasi majoritairement pratiquée dans les structures sanitaires officiels rompt avec les connotations mystiques qui
l’entouraient.
3
L’emploi du temps de ces domestiques dans leur foyer de travail est souvent si chargé qu’il faut même aux pratiquantes les plus assidues
une bonne dose de conviction et de bonne volonté, pour accomplir normalement la pratique des prières obligatoires au nombre de cinq dans
la journée.
92
Plus audacieux car traditionnellement tolérés à s’introduire dans les demeures pour
récolter l’aumône en nature ou en espèces, ils n’hésitent pas à profiter de leur statut de
1
vecteurs de hassanat (dont ils ont d’ailleurs souvent conscience), pour s’approprier quelque
objet laissé sans surveillance. L’occasion faisant le larron, c’est notamment entre midi et 14h,
moments de sieste après le repas de calme plat dans nombre de quartiers, qu’ils accomplissent
leur forfaiture.
Comme les points de rejet anarchiques, les points de collecte d’ordures en mode apport
volontaire, constituent le lieu d’intervention de récupérateurs. Aussi il n’est pas à écarter que
la présence de buuju-mens qui squattent les endroits, alimente la crainte des ménagères de s’y
rendre après le crépuscule. Toutefois, les agressions physiques perpétrées aux alentours des
dépôts sur les usagers, sont davantage le fait de vagabonds et autres marginaux sociaux que
des buuju-mens, généralement conscients que leur réputation dans la zone est en jeu. Elles
peuvent donc être l’œuvre de délinquants et aliénés mentaux qui fréquentent aussi de tels
endroits.
Il n’existe pas de jour de sortie fixé pour les poubelles. Pour les ménages assurant eux-
mêmes l’élimination de leurs ordures par un rejet dans des PAV ou dans des dépôts
anarchiques, les poubelles seront sorties autant de fois que nécessaire, avec des horaires allant
du petit matin après la prière de Fajr jusqu’au soir avant l’heure de prière référence du
Maghreb. Chez les populations disposant de PAV ou de dépôts anarchiques à proximité la
moyenne tourne autour de deux sorties par jour : une le matin et une en début de soirée. Une
petite pause est constatée entre 12h et 16h, la première livraison du matin étant de loin la plus
2
essentielle . Ce constat s’applique aussi pour les ménages bénéficiant d’une prise en charge
officielle : en dehors des ménages des quartiers résidentiels et du centre-ville, même ceux
disposant d’une collecte domiciliaire auront aussi recours à une élimination complémentaire.
C’est le cas lorsque le service présence des défaillances, certains ménages associant même
parfois les deux possibilités en fonction de la situation. La pause observée à midi s’explique
généralement par une coutume considérant l’heure du soleil au zénith comme à risque. Ce
sont d’ailleurs les mêmes représentations socio- culturelles à connotation superstitieuse voire
3
religieuse ,qui déconseillent aussi de sortir les poubelles le soir après la prière du Maghreb.
Les mêmes interdits qui attribuent la nuit au monde des mauvais esprits et des morts qu’il faut
éviter de courroucer, sont démultipliés pour les endroits recevant ordures et autres éléments
répugnants ; ils sont réputés propices à loger des esprits malins. Une de nos interlocutrices a
même parlé d’un enfant qui s’est retrouvé possédé sur les lieux d’un dépôt anarchique, en
allant y jeter des ordures le soir. Néanmoins, certains bravent l’obscurité pour se débarrasser
de leurs ordures, notamment quand il s’agit de procéder à l’inauguration d’un dépôt
anarchique. On est devant une illustration singulière et locale de la poubelle miroir social
décrit par GOUHIER : selon l’auteur, le déchet n’est pas seulement un matériau, c’est un
signe, un indicateur d’attitudes générales et de comportements précis dont la révélation
4
enrichit la connaissance des groupes sociaux et des sociétés .

1
Le « hassanate » en Islam peut être considéré comme une rétribution divine (« bon point ») thésaurisée pour ici-bas ou pour l’au-delà, pour
le compte du bénéficiaire. Il récompense le croyant accomplissant de bonnes actions (prières et invocations surérogatoires, générosité de
cœur, solidarité et compassion envers son prochain) indépendamment de ses obligations religio-spirituelles (prières, ramadan, aumône
annuelle…). En wolof, il porte la dénomination « Yiiw ».
2
On remarquera que dans les villes européennes, les habitants sortent en général les poubelles le matin mais pas pour les mêmes raisons.
Naturellement les bénéficiaires de la collecte domiciliaire sortiront leurs ordures la veille (au soir) du jour de collecte ou le matin même de la
collecte, alors que les résidents en appartement qui ont la possibilité de les descendre à tout moment de la journée choisissent en général le
matin en allant au travail. Même préférence est notée chez les retraités ou personnes au foyer qui profitent aussi de cette sortie pour respirer
l’air frais du matin.
3
Certains estiment en effet que telles connotations sont d’essence religieuse notamment musulmane.
2
GOUHIER J, (2000). « Au delà du déchet, le territoire de qualité ». Manuel de rudologie. Presse Universitaire de Rouen et du Havre. 240
pages. P89

93
2.2. Dehors : la prise en charge officielle.
2.2.1 Organisation et matériel

Une fois sur le domaine public, la prise en charge des déchets des populations de
l’ensemble de la région dakaroise revient à AMA-Sénégal filiale de la maison- mère AMA-
Italie. C’est en effet à cette société que les autorités gouvernementales Sénégalaises au terme
d’un appel d’offres, ont confié officiellement la gestion en monopole du marché du balayage,
de la collecte et de l’évacuation vers la décharge de Mbeubeuss des…1200 tonnes officiels de
déchets solides spécifiés plus haut que produit la région de Dakar.

La société a découpé la région dakaroise en quatre départements Dakar 1 & 2,


Guédiawaye, Pikine, Rufisque – Bargny, départements qui à leur tour sont découpés en zone
et en secteurs, alors que Gorée ne fait pas partie des attributions de AMA, les déchets de l’île
étant directement gérés par la Municipalité.

Toutefois, tel qu’on le voit sur la carte AMA n’intervient directement que sur la frange la
plus à l’Ouest de la presqu’île, pour ainsi dire dans les zones les plus urbanisées de la capitale,
le reste de l’agglomération (hors zones rurales) est gérée en sous-traitance par une demi-
douzaine d’autres entreprises. On verra que cette externalisation d’une partie des activités de
la société n’est pas due au hasard…

Traditionnellement, les agents chargés de la collecte domiciliaire dans les villes ou les
campagnes trouvent déjà dehors sur le trottoir (ou sur les accotements de la chaussée) et aux
heures indiquées, les poubelles réglementaires des ménages à vider. Dans le cas d’un système
bien huilé respectant des horaires de passage définis, telle opération ne nécessitera pas la
présence physique de quelque personne habitant la maison ou la concession d’origine de la
poubelle. Le récipient pourra ainsi être rentré ultérieurement au moment opportun par les
occupants, à leur réveil, ou à leur retour.

Concernant Dakar, il y’a quelques années encore l’on pouvait assister à de telles opérations
au centre-ville et dans certains quartiers résidentiels de la capitale sénégalaise. Mais la
détérioration progressive du service a été telle qu’il ne vient plus à l’esprit de quelque résident
de la cité que d’espérer tout juste le passage des véhicules de collecte plutôt que de protester
contre le non respect des horaires de passages fixés. Quant au système de collecte domiciliaire
lui-même, il reste très manuel : du fait de l’absence de poubelles réglementaires ce sont les
éboueurs qui soulèvent les récipients divers à bout de bras et parfois s’y mettent à deux ou
trois pour les vider quant ils sont trop lourds.

L’absence d’un système de poubelles individuelles conçues pour être vidées


mécaniquement dans les bennes explique la faible présence sur le terrain de camions équipés
de ce dispositif de bras automatisé, permettant un vidage hydraulique ; seules les bennes de
1100 L présents au Plateau sont vidées par ce biais.

94
Carte 7. Découpage de la région de Dakar en fonction des opérateurs officiels intervenant dans la
collecte des déchets ménagers. (Source AMA 2004)

95
En dehors du centre-ville où la densité de circulation automobile réduit les « temps
morts », la collecte domiciliaire revêt partout le même aspect.

Dans les quartiers populaires où l’on rencontre de très fortes densités de populations, les
bennes sillonnent uniquement les grands axes de pénétration bitumés. Dans une sorte d'accord
tacite les camions à l’approche de la ruelle, avertissent de leur passage par des coups de
klaxon appuyés. De part et d’autre des voies perpendiculaires, sortent femmes, domestiques
et/ou enfants avec leurs poubelles ou récipients qui en font effet ; on présente tour à tour son
« offrande » aux éboueurs, qui les vident dans une ambiance souvent très animée. Quolibets et
railleries agrémentent souvent ces « tranches de vie » ; avec un « timing » peu contraignant,
les éboueurs parviennent même le temps de leur tournée à échanger quelques familiarités avec
des jeunes femmes, …et plus si affinités. Toutefois, quelque fâcheux accident comme le bris
de poubelles (seau ou bassine en plastique rigide) plombe parfois cette ambiance bon-enfant :
la méprise ou la négligence de l’éboueur occasionne souvent de violentes réactions de la part
des propriétaires. Certaines femmes n’hésitent pas dés lors, à les traiter de tous les noms
d’oiseaux, voire leur balancer quelques projectiles.

Cette « toile-fresque » qui pourrait sembler pittoresque, n’est en réalité que l’illustration de
réajustements locaux apportés à un système qui n’a pas toujours eu dans cet espace urbain
dakarois cet « aspect ». Jusqu’au début des années 1970, les poubelles mises au trottoir pour
la collecte domiciliaire, étaient vidées le soir ou tôt le matin, à des heures bien indiquées
(comme en Europe), …du moins pour ceux qui en bénéficiaient. Toujours est-il que c’est
cette adaptation actuelle qui explique en général la nécessaire présence des usagers disposant
de poubelles « correctes » lors de la collecte dite domiciliaire.

Aussi bien pour les tâches de balayage que la collecte proprement dite des déchets, les
responsables de la société de collecte déclarent avoir mis en place un système de collecte
diurne et nocturne pour les zones accessibles aux bennes. Ils déclarent aussi optimiser les
routages lors de la collecte et du transport des déchets en affectant aux différentes zones des
véhicules au tonnage adéquat. Des bennes-tasseuses de moindre capacité seraient ainsi
affectées aux zones à production limitée comme le Plateau, des remorques de 15 tonnes pour
les zones comme la Médina, alors que des conteneurs d’une capacité de 6 à 15 m3 sont
disposés en Points d’Apport Volontaire (PAV) dans les zones non accessibles aux camions.

AMA s’est également engagé à disposer ce type de conteneur au niveau de chacun des
grands marchés que compte la ville, bien que ceci ne soit pas compris dans les termes du
contrat ; les déchets des marchés ne sont en effet pas compris dans la catégorie des produits à
collecter par la société. Un technicien est aussi affecté à chacun de ces points de
regroupement dits sensibles (généralement implantés dans les marchés, gares routières et
lieux d’affluence et de grande production de déchets) qui se charge de leur bonne tenue. En
tout état de cause, une fois les déchets collectés, les camions bennes prennent la direction de
la décharge de Mbeubeuss à une quarantaine de kilomètres pour aller vider leur contenu et
revenir terminer leur tournée, système dont on analysera les limites dans la Quatrième Partie
de l’étude.

96
2.2.2 Appréciation spatiale de la collecte officielle : la ville dans tous ses états.
[Link] Zones d'habitats planifiés ou « régulières ».

Dans cette partie consacrée à la collecte des déchets solides, il ne sera question que de la
prise en charge officielle, du fait de l’assimilation de l’évacuation avec l’élimination des
déchets pour une bonne partie de la population ayant recours aux mécanismes palliatifs.
D’ailleurs à ce titre et pour d’autres cieux, BERTOLINI soulignait que jadis et en premier
lieu étymologiquement, éliminer c'était seulement faire franchir aux balayures et autres
détritus le seuil de la maison, soit donc un éloignement tout relatif et un passage en douceur
1
de l'espace privé à l'espace public . On abordera donc l’aspect traitement dans la partie
consacrée à l’élimination des résidus urbains afin d’éviter une répétition.

On ne reviendra pas non plus sur le caractère composite des villes africaines auquel Dakar
n’échappe pas. Le melting- pot s’y est en effet depuis longtemps étendu aux formes
d’occupation du sol avec une juxtaposition de diverses formes d’habitat mais aussi de
multiples activités. Néanmoins de grandes tendances se dégagent et dans le cas précis de notre
étude ont permis une différenciation des formes de prise en charge et des manifestations
spatiales.

Photo 22. DAKAR : le Plateau, ou l’ancienne ville européenne.

1
BERTOLINI. G op cité 1990, P29.

97
Pour la collecte, AMA a quasiment repris le découpage administratif de la région pour
mettre en place son système de collecte qu’il a dénommé Dakar 1 & 2. Pour ce territoire
qu’on appellera zone 1, et qui compte près de 955 897 habitants (soit 42 % de la population
de Dakar), la société déclare avoir mis en place un système de collecte diurne et nocturne, de
fréquence 6/7. C'est-à-dire une collecte qui couvre six jours dans la semaine à l’exception du
Dimanche ; toutefois, la société n’a pas fourni davantage de précisions sur les routages, les
circuits, le nombre de camions et d’agents mobilisés. Mais on a constaté que les tournées pour
le secteur du Plateau étaient assurées par 5 camions bennes qui desservent le quartier des
Affaires, de l’administration et la zone du Port.
Noyau de l’ancienne capitale de l’AOF le Plateau a très tôt bénéficié d’un aménagement
régulier en damier avec des rues bien agencées même si l’habitat spontané s’est vite incrusté
par la création des quartiers de Rebeuss, Niayes- Tioker. Cette zone vitrine de la capitale
abrite en effet le Palais Présidentiel, différents ministères, tout l’organe exécutif et législatif
du pays. Il comprend aussi l’essentiel des banques, assurances, sièges de sociétés et
multinationales, la quasi-totalité des représentations diplomatiques, et des institutions
gouvernementales.
Le centre constitue le lieu de résidence d’une bonne partie de la communauté d’expatriés
occidentaux présente dans le secteur des affaires ou de la coopération, alors que celle
libanaise, syrienne ou marocaine se distingue dans le commerce et le négoce. Toutefois, il
abrite aussi une classe aisée de résidents nationaux notamment des ministres et autres
personnalités du gouvernement ou de l’appareil étatique, même s’il n’est pas rare de retrouver
disséminés ca et là quelques concessions familiales lébous, vestiges de l’ancien village
phagocyté depuis par la ville moderne. Cette zone représentée se situe à l’intérieur d’une
ceinture allant du Boulevard de la Libération à la Corniche Est, le Cap Manuel, l’avenue
Roosvelt, l’avenue Jean Jaurès et l’avenue Faidherbe qui est desservie par une collecte
domiciliaire assez régulière.
Globalement ces populations au niveau de vie élevé, résidant dans les immeubles
d’habitation ou dans les villas de haut standing du noyau primitif, conditionnent leurs ordures
dans des sacs ou des poubelles en attendant le passage des camions bennes de ramassage (80
%), tâches qui sont en général confiées aux domestiques (90 %) ou aux vigiles chargés de la
surveillance des résidences et des villas. Ce sont ces derniers qui « sortent » les poubelles lors
du passage des camions bennes dans ces îlots huppés du Plateau, alors que les immeubles du
centre des affaires disposent de bacs collectifs qui ne sont généralement pas en proie au vol.
Par contre pour les couches moins aisées, le conditionnement sera très sommaire à l’image de
ce qui se fait à quelques encablures dans le secteur de Niayes-Tiocker : les poubelles sont
généralement de fortune et stockées parfois à l’intérieur des concessions ou alors dehors,
auquel cas elles sont agrémentées par les déchets des petits commerces attenants et exposées
aux animaux errants (chiens, chats, nuisibles). Les distances moyennes parcourues par les
populations pour présenter leurs poubelles sont généralement inférieures à 50 mètres, même
en période d’irrégularité de la collecte.
D’après notre informateur, le nombre d’agents en service dans la zone du Plateau est
d’environ 87 y compris les ripeurs et les conducteurs de bennes. Les balayeurs qui
fonctionnent en tandem disposent chacun d’un petit équipement et d’outils de balayage (soit 3
balais et une brouette, ou chariot pour 3 éboueurs). Si les agents de nettoiement d’AMA
opérant au Plateau peuvent justifier d’une tenue et de cache-nez, c’est en raison de la position
stratégique de ce secteur où la société semble y jouer son image de marque. Pour le reste des
agents intervenant en dehors du centre-ville, le port de l’uniforme « n’est pas obligatoire »,
formule permettant aux responsables de réaliser des économies mais qui témoigne aussi de
leurs précaires conditions de travail.

98
De même la société y a aussi en charge le balayage et l’enlèvement des déchets, mais aussi
1
des sables et poussières qui envahissent les routes notamment celles bitumées . En général, ce
mélange provient des dunes littorales, les particules ayant été transporté par les vents d’Est,
même si une partie est issue des résidus de construction immobilière ou des îlots non bitumés
ou ramené par les citadins lors des migrations pendulaires.

Mais, si cette tâche semble aisée car ne couvrant que les zones disposant de routes
bitumées (pour ainsi dire une minorité de quartiers), elle se révèle des plus complexes à
réaliser et à assurer du fait de son implication dans la chaîne de l’assainissement. En effet,
hormis de se retrouver dans les déchets solides balayés et collectés dans des proportions
diverses et selon les zones, une bonne fraction de ce sable est souvent à l’origine du
colmatage des grilles avaloirs pluviales. Dans les quartiers de la commune de Dakar et
notamment au Plateau concentrant la quasi-totalité des routes et trottoirs stabilisés de la
capitale, l’opération consiste alors en une soustraction du sable qui se trouve de part et d’autre
de la chaussée. Le sable sera ensuite « transféré » dans les quelques coins non bâtis ou
stabilisés que compte encore la zone ; parfois il est abandonné au pied des arbres ou jeté
depuis les hauteurs des falaises.

L’autre contrainte principale concernant le balayage des artères est liée à la poursuite des
activités de commerce de plein air jusque tard le soir : c’est le cas au Plateau où les ruelles
encore occupées par les tabliers et autres vendeurs à la sauvette, sont encore animées jusque
vers 21 heures (voir 23 heures-minuit les jours de fête). La totale inadéquation des horaires de
passage fixés des balayeurs d’avec ces activités apparaît nettement, lorsque les balayeurs entre
les pieds des passants et les tables des commerçants, tentent sans trop de conviction,
d’extirper quelques déchets anonymes, dans une totale indifférence des vendeurs et des
clients.
Jusqu’à un passé récent, la plupart des petites industries faisaient appel aux sociétés de
collecte pour disposer d’un service spécial pour leurs déchets dits banals, non issus des
process de production. Actuellement, dans le secteur du Plateau où l’on retrouve aussi
l’essentiel des activités de service, la quasi-totalité des entreprises du secteur tertiaire
éliminent ces déchets en même temps que les déchets ménagers : ce sont en général des
assimilés constitués des déchets de bureau et des restes alimentaires. Durant leur tournée, les
agents se chargent alors de leur évacuation tout en récupérant à l’occasion denrées diverses,
cartons et autres volumineux qui seront réutilisés.

Le long de la zone portuaire et de la zone industrielle, la production dite Industrielle


Banale des entreprises est aussi en théorie prise en charge par les producteurs. Les chantiers
navals du Port Autonome de Dakar (PAD) ou Dakarnave, les autres gros producteurs ainsi
que la quasi-totalité des industries de transformation implantées sur le littoral sud entre Bel-
Air et Rufisque disposaient de circuits de collecte de mise en décharge à Mbeubeuss de leurs
déchets de production solides. Aujourd’hui, comme pour l’Aéroport, le Port ainsi que la
quasi-totalité des grandes sociétés font appel à des prestataires extérieurs. C’est aussi le cas de
presque toutes les PME implantées dans la ville. Toutefois, du fait de la réutilisation de leurs
déchets par les filières de recyclage officielles ou artisanales, certaines d’entre elles
parviennent à faire gratuitement évacuer une partie de leur production. C’est par exemple le
cas des rebuts produits par le secteur de la pêche souvent très convoités par les industries de
fabrique d’engrais, d’aliments pour bétail de même que les agriculteurs des Niayes. De même,
certaines entreprises rejettent au titre de ces déchets des rebuts de production alimentaire qui
sont récupérés par des buuju mens, profitant de l’imbrication entre zones d’habitation, et
activités industrielles et/ou commerciales dans ces espaces. On reviendra plus amplement sur
ces Déchets Industriels Banals (DIB) dans la Quatrième Partie de l’étude.

99
Le cas de Gorée reste particulier. L’île étant totalement coupée du continent (pas de liaison
terrestre), les différentes administrations (dont les municipalités) qui s’y sont succédé, ont
depuis longtemps opté pour une élimination in situ des déchets provenant de la collecte et du
balayage des rues. Du fait de l’étroitesse des ruelles, mais aussi de l’interdiction de la
circulation d’engins motorisés afin d’éviter la pollution du site inscrit au patrimoine mondial
de l’UNESCO depuis 1978, ce sont des charrettes à traction animale plus adaptées au milieu
qui assurent la collecte quotidienne des quelques 300 kilogrammes qui y sont produits tous les
jours. Cette production englobe les déchets domestiques des 1500 habitants de l’île ainsi que
ceux du secteur des activités tournant autour du tourisme, principale source de devises pour
l’île. A noter qu’entre 2002 et 2005 un triporteur fut utilisé pour la collecte des déchets avant
qu’il ne tomba en panne et cette option définitivement abandonnée.

Si dans l’aspect général la situation y semble contrairement aux autres zones de la région
dakaroise assez satisfaisante, la taille assez mesurée de l’île, mais aussi et surtout le
comportement des populations y sont probablement pour beaucoup. Sa population résidente
composée à majorité de natifs, semble partager pour l’île des valeurs d’attachement
communes auxquelles elle s’identifie depuis des générations, repères culturels leur interdisant
d’abandonner les détritus n’importe où. Quant aux déchets des infrastructures hôtelières
assimilables aux déchets ménagers, ils sont collectés par les mêmes services municipaux.

Le boom lié à une fréquentation assez élevée de l’ordre de 500 000 visiteurs par an n’a
semble t-il pas orchestré une déferlante déchets sur l’espace restreint de l’île, scénario
longtemps craint par les populations. Malgré leur insuffisance, les poubelles et corbeilles que
la municipalité y a mise en place semblent remplir leur rôle de point de captage des déchets
sauvages d’emballage, d’autant que les visiteurs en transit semblent conférer aux lieux un
certain respect lui évitant ainsi le rejet anarchique de déchets dans les ruelles. Il est vrai que la
plupart d’entre eux ont déjà acquis l’habitude dans leurs pays d’origine de ne pas rejeter de
manière désordonnée les déchets personnels. Toutefois, la portion de plage correspondant à la
partie haute de Gorée juchée sur un socle basaltique, recueille parfois des déchets jetés depuis
les hauteurs du Castel.

100
Photos 23 & 24. Poubelles-corbeilles publiques pour « petits déchets » à Gorée.

On a expliqué plus haut comment la présence physique du producteur a été rendue


nécessaire au moment du passage des éboueurs, du fait notamment d’un système de collecte
porte à porte devenu aléatoire. Cette présence s’explique aussi par le souci chez ceux qui en
disposent, de ne pas laisser leur poubelle réglementaire à portée de vol. Pour nombre de
ménages situés dans les quartiers mélangés du centre ou centre-ville élargi en l’occurrence
Reubeuss, Niayes Tiocker, les éboueurs se chargent de vider les récipients ou poubelles
présentés par les ménagères et les enfants. Ils s’occupent aussi de ceux déposés à même le sol
1
au niveau des points de collecte, avant de balayer puis d’enlever les résidus jonchant le sol .

D’ailleurs, ce constat s’intensifie à mesure que l’on s’enfonce et traverse ce secteur pour
déboucher sur la Médina. Il confirme la modification des pratiques avec des populations qui
stockent leurs déchets dehors dans des poubelles de « fortune » non sujettes au vol. Elles
pourront ainsi attendre aussi longtemps que nécessaire « au grand air » le passage irrégulier
des bennes à ordures ou camions de collecte. En général ces points, lieux de convergence au
moment de la collecte domiciliaire sont souvent à l’intersection entre une ruelle secondaire et
la rue principale que traverse le camion. Ils se transforment ainsi progressivement en
emplacement-équipement de remisage des déchets, à cheval entre le point de regroupement
pour l'habitat épars et l’emplacement de récipients volumineux pour l'habitat collectif.

1
Pour lutter contre les actes d’incivisme (en l’absence des Services de l’Hygiène), les éboueurs ont reçu pour consigne de « confisquer » les
récipients servant de poubelles aux ménagères ou enfants pris en flagrant délit de rejet d’ordures sur la voie publique.

101
On retrouve d’ailleurs les mêmes phénomènes sur la jonction Médina-Fass. Mais,
parallèlement à la collecte motorisée, les habitants pour pallier les défaillances de la collecte
domiciliaire ont aussi recours aux bennes disposées dans des endroits stratégiques comme les
gares routières Lat- Dior ou encore Pétersen ou sur les sites des marchés que compte la ville :
1
Kermel mais surtout Sandaga qui présente cycliquement de récurrents tas d’immondices non
collectés. Ces bennes initialement prévues pour l’évacuation des déchets des marchés se
retrouvent régulièrement débordantes car devant à la fois contenir à la fois les résidus des
marchés et les apports de particuliers et de maisons alentours, mais aussi ceux des petits
2
commerces . Ces « tabliers », plutôt soucieux de la propreté de leur lieu de travail, éliminent
néanmoins leurs déchets dans les bennes des marchés ou les assemblent en petits tas sur le
3
rebord de la route, arguant que les éboueurs se chargeront de les enlever . Les tas ainsi
constitués se dispersent généralement assez rapidement à la faveur du vent et des activités. A
signaler que les boutiques et autres magasins ayant « pignon sur rue », et qui disposent de
poubelles pour leurs activités vident aussi dans les bacs environnants ainsi que dans les
bennes des marchés.

Dans l’ancienne Grande Médina, la juxtaposition de modes d’habitat opposés reflète aussi
les différences sociales. Le quartier crée en 1914, et qui a longtemps constitué la « lèpre de la
cité », allie aujourd’hui aussi bien un habitat traditionnel fait de vieilles concessions lébous
que de villas, d’appartements en immeuble, privés ou réalisés lors des opérations
immobilières (HLM, SICAP) et tenant de l'habitat de haut et moyen standing. C’est
notamment le cas dans le secteur du Boulevard Général De Gaulle, alors qu’à l’opposé, à la
Gueule-Tapée, à Fass ou Colobane, on note en dehors de quelques réalisations modernes une
4
très forte présence de logements précaires. Selon une étude de BULLE , les quartiers
spontanés représentent prés de 50 % du Grand-Dakar.

L’imbrication des quartiers permet cependant aux populations de jouer sur la proximité
pour profiter d’une meilleure offre de service. Les habitants de Gibraltar- Centenaire par
exemple se plaignent en effet souvent que leurs bennes soient trop rapidement remplies par
les riverains de la Rue 22 et de la zone Pëncc lébou ou encore de Colobane. On est en face
d’un phénomène que LE BOZEC qualifie « d’effets de débordement » ou quand le service
public local effectif dans une collectivité A profite aux habitants d’une collectivité B sans que
5
ces derniers contribuent à son financement. D’où d’ailleurs son expression « pique-assiette »
à laquelle BERTOLINI pour la même situation, préférera le terme de « maraudage».

En cas de grève des éboueurs ou de dysfonctionnement du service de collecte, les


populations de ces quartiers, normalement desservis, ont aussi recours de manière ponctuelle
et circonstancielle aux dépôts anarchiques mais aussi aux charrettes à traction hippomobile
pour l’évacuation de leurs ordures.

1
Le nom Sandaga viendrait de l’arbre «Sand» (Morus mesozigia) très répandu dans la presqu’île..
2
Hormis sa position administrative et économique, le centre-ville est en effet le domaine des activités commerciales établies mais aussi
informelles diverses : marchands de plats cuisinés ou vendeurs d’articles divers (habillement, bricolages, librairies « par terre »…)
légèrement installés avec généralement pour seul mobilier une table et un tabouret synonyme de grande mobilité, très pratique au demeurant,
notamment lors des vagues de déguerpissement.
3
En réalité, ils estiment faire d’une pierre deux coups : garder propre leur lieu de travail et faciliter la tâche aux agents de nettoiement
chargés de balayer les rues et trottoirs qu’ils occupent mais qui appartient au domaine public.
4
Sylvaine Bulle (1997). Légitimité et stratégie des acteurs du secteur de l’eau se réclamant d’une représentativité collective. Etude Sénégal-
Mali 1. Coopération Française, GRET.117P.
5
LE BOZEC A. (1994). Le service d’élimination des ordures ménagères. Organisation- Coûts- Gestion. CEMAGREF. Edition Harmattan.
1994. 460 pages.

102
Il s’agit ici de charrettes habituellement dédiées au transport de personnes et de
marchandises sur de courtes distances et qui diversifient leurs activités pour arrondir leurs
revenus en s’adonnant à la collecte des ordures. Quant aux habitants riverains de « points
noirs », tels que Tilène ou Grand-Dakar ils se voient parfois obligés de motiver les éboueurs
ou préposés au ramassage des ordures, notamment en leur laissant un pourboire pour le
« thé ». Il est vrai que les bennes à ordures de ces marchés, tout comme ceux de
Soumbédioune (marché aux poissons), de la Rue 10 et de la quasi-totalité des marchés de
Dakar sont fréquentées par les populations dés qu’il y’a irrégularité dans la collecte. Certaines
installées dans des pôles comme Syndicat ou Sandaga absorbant même en permanence une
part de la production des maisons alentours.

L’ancien Grand-Dakar (Fann, Mermoz, Point E et Zone B) va de la Rocade Fann Bel-Air


en longeant la Route de Ouakam jusqu’à Mermoz en remontant jusqu’à Derklé pour buter sur
la Route du Front de Terre et englobe à l’Est les réalisations immobilières de HLM. La
société AMA y a mis en place une collecte domiciliaire dans les quartiers de SICAP, Fann,
Mermoz plus huppés, de même qu’au Point E et à la Zone B qui représentent quand même
l’habitat aisé même si l’on y retrouve de nombreuses administrations (Université, Instituts,
lycées). Cette collecte est systématiquement complétée par une collecte groupée par des bacs
à ordures en PAV. Avec l’implantation de nombre de personnalités du milieu intellectuel
(professeurs) et artistique (chanteurs et autres peintres de renom), cette zone s’apparente au
« quartier latin » de Dakar. Ce statut est renforcé par la présence de nombre de
représentations diplomatiques et l’édification de nouvelles bâtisses comme les flambants
neufs locaux du ministère de la Santé et de l’Action Sociale.

Cet ensemble relativement bien quadrillé en routes et équipements structurants, permet la


couverture de l’ensemble des quartiers par la collecte, même si certains ménages isolés ne
sont pas en emprise directe avec des voies bitumées. Ici aussi comme dans le centre-ville, les
distances parcourues pour rejoindre le camion de collecte lors de son passage restent
néanmoins assez faibles et proches de la moyenne de 50m constatée au Plateau. En général ce
sont les concierges et les domestiques qui se chargent de « remettre » les poubelles lors du
passage des camions. Toutefois, dans ces quartiers naguère bien tenus car fleurons en matière
de réalisation immobilière officielle, on note çà et là l’implantation de quelques dépôts
anarchiques. C’est le notamment le cas en progressant vers le nord ouest en direction des
SICAP ou encore en longeant la Route de Ouakam. A noter que les taches de balayage sont
encore plus ou moins maintenues.

103
Photo 25. Nouvel immeuble administratif dans le quartier Les Ambassades à Fann.
(Cliché Diawara A-B 2004)

Cette route abouti à la banlieue Nord-Ouest regroupant les Almadies et les Mamelles
domaine des poches résidentielles dans le secteur très populaire de Ouakam-Yoff . Le décor
plante des rues bien quadrillées avec des arbres alignés tout le long et de villas cossues,
rivalisant de raffinement et d’originalité architecturale dans cette zone majoritairement
occupée par une classe aisée de fonctionnaires et hommes d’affaires nationaux, d’expatriés
européens et libano-syriens, un peu à l’image du Plateau (la nuit). L’environnement dégage
une impression de sécurité et de raffinement çà et là perturbée par quelques échoppes et
cabanes qui contrastent avec le décor. Du point de vue de la collecte, la zone aussi fait figure
de privilégiée dans les schémas de prise en charge des déchets solides avec des populations
bénéficiant du passage assez régulier des camions de propreté en PAP à moins de 50m des
villas. Toutefois, des « entorses » sont constatées notamment dans quelques ravines ou
caniveaux souvent colonisés par les déchets abandonnés nuitamment par les domestiques des
villas ou les occupants des habitations précaires. Leurs ordures atterrissant aussi parfois près
des chantiers de villas en construction ou s’amassent provisoirement des résidus de BTP.

Vers l’est, l’axe de la Voie de Dégagement Nord (VDN) parsemé de lotissements jusqu’à
hauteur du Centre International pour le Commerce Extérieur du Sénégal (CICES) comporte
sur le terre-plein central ouvert. Nombre d’activités informelles telles que les mouleurs de
briques, les charbonniers, ou encore des ateliers de mécanique y ont élu domicile, occupant
illégalement l’emprise publique. Dans ces endroits, le service de collecte dessert en général
les lotissements, alors que les préposés au balayage des voies publiques se contentent de
redéposer le sable en contrebas de la route ou de l’abandonner dans les caniveaux à ciel
ouvert.

104
On a vu qu’au fur de la progression vers l’Est et de la chute de la densité du réseau routier
urbain bitumé, les balayeurs se contentaient de rejeter le sable sur les accotements en
attendant la prochaine et imminente invasion ; c’était notamment dans les quartiers de Grand-
Dakar. Mais à l’approche de la grande banlieue dakaroise cette tâche n’est plus de mise.

Les activités de balayage qui baissent dés qu’on s’éloigne du Plateau ne sont quasiment
plus effectuées hors du département de Dakar, dont le secteur de Dalifort constitue d’ailleurs
la ligne de partage Est. C’est le cas dans la vaste cité dortoir de Pikine, ville qui à l’origine
était constituée d’un noyau régulier aménagé en damier autour des trois nervures que sont les
routes «Rue 10 », Tally Boumack, Tally Boubess, Tally ICOTAF, et la Route des Niayes. Les
constructions souvent en rez-de-chaussée sont faites en dur (ciment ou béton), avec parfois
l’usage de tôles ou de fibrociment pour les toitures, alors qu’en général les maisons ne
1
disposent pas de système d’assainissement collectif .

Dans le département de Pikine, ce relâchement dans l’offre de service de collecte des


déchets ménagers ne se limite pas uniquement à cette fraction sableuse à enlever : les taux de
collecte des ordures (toutes catégories confondues) baissent en effet sensiblement pour ne
tourner qu’autour de 38 %, soit dix points de moins que la moyenne régionale qui elle-même
atteint péniblement 48 %. Ici l’entreprise Keur Khadim qui assure en sous-traitance pour le
compte de AMA la collecte et l’évacuation des déchets, dessert les seuls grands axes de
pénétration avec un service de collecte domiciliaire très irrégulier même si la densité
d’occupation du sol augmente considérablement. Les populations occupant les maisons
situées le long de ces axes bénéficieront de la collecte domiciliaire qui en principe est de
fréquence 2/7. Mais en réalité, en guise de collecte en porte à porte, il s’agit plutôt d’un
ramassage en bout de ruelle qui n’est effectuée en moyenne qu’une fois par semaine, et quand
c’est le cas, les éboueurs passant en général vers 9 h le matin. Ici encore plus que dans le
département de Dakar, les agents chargés de la collecte domiciliaire doivent parfois justifier
d’une bonne condition physique pour parvenir à vider certains récipients remplis à ras
d’ordures. En effet dans certains quartiers, les populations, lasses de l’irrégularité de la
collecte préfèrent utiliser de plus grands contenants pour être « tranquilles » pendants
quelques jours.

A l’image de quelques quartiers du Plateau, il s’agit en général de grands fûts d’huile vides
et ouverts au sommet et qui constituent justement la hantise des éboueurs. Une fois remplis à
ras, ce sont en effet près d’une cinquantaine de kilogrammes à manutentionner manuellement
pour les agents chargés de les vider dans la benne. Gare tout de même aux absents ayant
préalablement laissé leur « petit récipient » dehors, les éboueurs ne s’embarrassent pas de
délicatesse et en arrivent souvent à les abîmer (bris de poubelles) en les jetant après les avoir
vidé, le tout dans un vacarme assourdissant mêlant effluves agressives, camion- broyeur en
marche et échange de quolibets entre ménagères et ripeurs.

1
C’est d’ailleurs le même type de construction que l’on retrouve de plus en plus dans les extensions irrégulières de la ville notamment dans
les secteurs de Thiaroye, Mbao, Yeumbeul, Malika, Keur Massar, en lieu et place des baraques originelles ayant parfois donné leur nom à
des quartiers tels Bène Baraque. En moyenne, les revenus y tournent autour de 50 000 FCfa par mois. Mais, ces maisons s’égrenant le long
des axes routiers sont de plus en plus concurrencées par des immeubles (R+4 ou 5) proposant à la fois des locaux à usage commercial et/ou
d’habitation. Ils répondent en effet à la pression démographique et spatiale que connaît la ville créée en 1952 pour recevoir les déguerpis du
Plateau et de la Médina et qui compte actuellement une population d’environ 850 000 habitants pour 95 km2 (soit 33,90 de la population
totale de l’agglomération).
105
Photo 26. Poubelles de fortune dans Pikine irrégulier. Une fois remplis d’ordures, ces
barils « ouverts » pèsent plus d’une cinquantaine de kilos. (Cliché DIAWARA A-B 2004).

On retrouve d’ailleurs ce type de collecte dans la quasi-totalité des zones bénéficiant d’une
collecte dite du porte-à-porte sauf dans le Plateau où une partie des populations n’assiste pas
au passage des bennes. Mais, devant le caractère aléatoire de cette collecte domiciliaire (on ne
sait jamais quand est ce que vont passer les camions disent les populations), les habitations
attenantes à la route et bénéficiant de ce service s’arrangeront à déposer en bordure de la route
ou en bout de ruelles leurs « poubelles » qui attendront dehors le passage des camions.
Depuis la Patte-d’Oie en passant par Grand-Médine, Cambérène, puis l’intersection avec la
Route de l’Aéroport, les Parcelles Assainies qui remontent de l’Unité 24 à l’Unité 1 jusqu’à la
jonction avec Guédiawaye connaissent une fréquentation par les camions des sociétés de
collecte. Cela dit, le passage des bennes le long de cet axe tout comme vers HAMO et Golf
n’empêche pas la création de dépôts notamment à Grand-Médine et à Guédiawaye au niveau
de la zone des filaos à proximité du littoral (voir rejets sur les plages). Le schéma est quasi
identique pour les habitants de Guédiawaye où c’est la société Keur Khadim qui assure la
collecte et l’évacuation des déchets ménagers. Comme à Pikine, le système combine la
collecte dite « domiciliaire » ou en bout-de-rue, et collecte en PAV avec les containers et les
camions de levage mis à la disposition par la CUD.

106
Mais, dans la ville qui compte plus de 500 000 habitants, les zones disposant de voies
primaires bitumées et qui bénéficient de la collecte au porte à porte ne sont desservies
qu’épisodiquement, même si la société y avance des fréquences de 2/7, notamment dans son
noyau central construit en damier régulier.
Sur l’axe Parcelles Assainies, HAMO, Golf et Cité Barry et Ly ainsi que sur les axes
perpendiculaires bitumés les camions de la société AMA et de Keur Khadim sillonnent les
rues notemment celles aux alentours du Centre de Santé Roi Baudoin cœur de la ville. Les CA
de Golf-Sud, Sam Notaire, et Ndiarème-Limamoulaye bénéficient des faveurs pour la collecte
alors que Wakhinane-Nimzatt et Médina-Gounass constitués en majorité de quartiers
spontanés ont plus de mal à régler leur problèmes d’évacuation des déchets solides. Avec sa
voisine Bargny, Rufisque dispose de 120 agents de nettoiement constitués en GIE et de 05
camions de l’entreprise sous traitante de AMA ERECO SA (et plus tard ERECO), mais la
faiblesse logistique des entreprises chargées de la collecte des Om dans la vieille ville,
explique qu’elles ne parcourent en réalité que les rues bitumées notamment la portion
rufisquoise de la route Dakar- Thiés, ses rues doublantes mais aussi les quartiers de l’Escale,
excluant de la collecte officielle une bonne partie des 284 263 habitants que compte
l’ensemble.
En général, pour l’ensemble de ces zones bénéficiant pourtant d’une collecte domiciliaire,
les populations devant l’irrégularité des bennes préféreront laisser dehors leurs poubelles de
fortune jusqu’au passage du camion. Chaque poubelle sera ainsi régulièrement alimentée par
la production quotidienne des ménages qui s’accumuleront d’autant plus que les éboueurs
tardent à passer. Ces points de « collecte domiciliaire consensuelle » finissent généralement
par se transformer en dépôts anarchiques qui attireront l’attention des responsables une fois
qu’ils ont fini d’occuper une partie de la chaussée qu’ils ont petit à petit envahis.

[Link] Zones d’habitat « irrégulières ».


Dans la région de Dakar, l’habitat spontané ou irrégulier se réparti surtout entre Pikine
1
(2/3) et Rufisque (1/3) ; d’après DIOP O , il couvrait environ 30 % de la superficie de la ville
en 1988. Cet habitat est aussi bien constitué de maisons à terrasse ou à étage des maisons avec
toit en tôle ou en fibrociment, que d’habitations sans murs "en dur" (ou en partie seulement),
toutes regroupées sous le même nom de "baraque". Certains de ces taudis sont présents au
sein des zones planifiées comme au centre ville avec le quartier Sandiniéry. On en retrouve
2
aussi des variantes dans les lotissements Sacré Cœur avec Baraque Montagne, Gareba…
ainsi que dans la quasi-totalité des quartiers de l’agglomération.
Mais, le « gros de la troupe » dans le département de Dakar se localise dans des localités
telles que Grand-Yoff, Ouakam, alors que Khar-Yalla, Patte –d’Oie et Grand-Médine, qui
présentent aussi une proportion non négligeable d’habitat spontané ou irrégulier. Pour ces
zones d’habitat irrégulier caractérisées par l’hétérogénéité de l’habitat, l’étroitesse des ruelles
et des rues, l’absence de voies bitumées (à l’exception du Plateau), les différentes sociétés
concessionnaires ont établi un système dit de PAV avec mise à disposition des populations de
bacs à ordures fournies par la CUD, mais cependant en quantité insuffisante et/ou sont
irrégulièrement vidés.

1
DIOP O, (1988). « Contribution à l’étude de la gestion des déchets solides de Dakar : analyse systémique et aide à la décision » Thèse
Doctorat EFPL-Lausanne. 292 p.
2
Ce bidonville sis au chic quartier de Sacré Cœur a reçu la « bénédiction » de ENDA Tiers-monde qui y a installé l’électricité, l’eau courante
(bornes-fontaines), une case de santé, une école primaire et même …l’accès à Internet. L’ONG entendait ainsi montrer aux pouvoirs publics
que même ceux qui vivent dans la misère, doivent avoir accès à la santé et à l’éducation.

107
La collecte officielle y atteint environ 45 % avec 15 % en porte-à-porte et 30 % en PAV.
Les populations localisées sur les principaux axes routiers bénéficient en général du double
système collecte domiciliaire renforcée par une collecte en PAV alors que le reste se rabattra
sur des containers disposés aux endroits isolés et devant permettre une collecte groupée.
Hors du département de Dakar, les populations dans la même situation se rabattront
exclusivement sur les PAV qui représentent 30 % de leur méthode d’élimination alors que la
collecte domiciliaire y tombe à 5 %, faiblesse qui s’explique par l’absence de routes
stabilisées. De même l’insuffisance des PAV oblige les populations à parcourir des distances
assez conséquentes pour l’élimination de leurs déchets : 38 % des populations utilisant ces
containers habitent en effet à plus d’un kilomètre. C’est peut-être à ce niveau que se trouve
l’explication de la présence dans des zones de collecte domiciliaire de bennes mobiles en
renfort.
Pour désenclaver ces quartiers, les pouvoirs publics ont entrepris depuis quelques années
de procéder au bitumage des artères secondaires en terre qui maillent la banlieue notamment
dans le Pikine régulier, alors que l’ONAS dans sa politique de promotion de l’assainissement
collectif débuta un temps des travaux d’installation d’un réseau de canalisations en vue de
proposer progressivement le branchement au réseau d’égouts.

Si le second point est loin d’avoir été réalisé, certains îlots ont étrenné leur voierie
secondaire bitumée. Des chefs de quartiers ou responsables locaux du parti politique au
pouvoir, arrivent donc à jouer de leur influence à travers leur base de militants, pour exiger le
passage dans leur quartier (et surtout devant leurs domiciles) des équipes de collecte en porte
1
à porte des déchets . En général c’est par l’entremise du maire que ces doléances sont
relayées auprès des autorités, qui se chargent d’en « informer » la direction de la société de
2 3
collecte. Tels phénomènes décrits par SALEM G ou encore MBOW L-S pour
l’approvisionnement en eau du réseau dans les quartiers irréguliers des banlieues péri-
urbaines, se retrouvent aussi dans la variante collecte des déchets ménagers.

A Guédiawaye, les populations disposent en général de quelques bacs à ordures destinés à


capter la production non collectée en porte à porte. C’est le cas à Wakhinane, Nidarème, Sam
Notaire, zones qui concentrent l’essentielle des zones d’habitat spontané et/ou irrégulier du
département. La collecte du sable sur les routes dans cette zone des dunes littorales du nord
n’est plus à l’ordre du jour. A Rufisque et Bargny les quartiers de Diokoul, Mérina,
Thiawlène…bien que d’implantation très ancienne ne bénéficient ni de voies stabilisées
préalable au passage de bennes de la société de nettoiement au même titre que les
implantations irrégulières plus récentes telles que Gouye Mouride ou Colobane, Halwar... En
dehors de l’intervention de la société de collecte officielle, quelques maires par le biais de la
coopération avec certaines villes du Nord parviendront se faire offrir des bennes de collecte
réformées, qui finiront leurs jours sur les quelques axes bitumés de leurs municipalités.
Généralement les habitants disposent ici aussi pour l’évacuation de leurs ordures de Point
d’apport volontaire même si seront aussi privilégiés les marchés, tel celui de Gouye Mouride,
les ruines des anciens établissements commerciaux et industriels.

1
S’ils sont les premiers à déplorer l’insuffisance du nombre de bacs mis à leur disposition, ces responsables sont en revanche peu enclins à
accueillir à proximité de chez eux un container ou bac à ordures du fait des nuisances que leur présence occasionnerait.
2
SALEM Gérard 1998. La santé dans la ville ». Géographie d’un petit espace dense de Pikine (Sénégal).Ed Khartala-Orstom. 360 p
3
MBOW Lat-Soukabé 1998. Projet de réalisation de puisards et de formation en animation sanitaire à Yeumbeul (Dakar). PNUD-LIFE
Sénégal. Septembre 1998. 22 pages.

108
[Link] Les villages traditionnels.
[Link].1 Lébous

On retrouve une situation identique de désarroi dans la collecte, pour les habitants des
villages traditionnels lébous. Le département de Dakar avec Hann, Yoff, Ngor, Cambérène en
concentre 23 %. Malgré leur implantation ancienne, ces villages ont été très vite rattrapés par
l’urbanisation sans que leurs noyaux initiaux aient bénéficié de politiques de restructuration
ou d’équipement urbain. Dans ces bastions traditionnels lébous où prévaut encore le droit
foncier coutumier, les ruelles sont étroites, sinueuses et par endroits crevassées. S’agissant de
l’habitat, les concessions regroupent plusieurs ménages appartenant en général à la même
famille élargie. Les PAV y assurent près de 80 % de la collecte officielle.

Sur l’île de Ngor, des GIE se chargent de collecter quotidiennement dans des sacs, les
ordures ménagères des populations. Les sacs sont ensuite ramenés par pirogue sur le
continent, et vidés dans les bacs ou bennes à ordures disposés à Ngor continent par la société
de collecte officielle.

Pikine qui regroupe 42 % des villages traditionnels avec (Yeumbeul, Malika, Mbao)
connaît ainsi un fort déficit en collecte officielle des déchets solides. A Yarakh, Hamdalaye,
les populations ont aussi recours aux charrettes à collecte hippomobile pour se débarrasser de
leurs ordures. Ici la présence et le travail des charretiers sont quasi permanents, du fait de
l’inexistence totale de système de collecte officiel. Ces derniers se chargent par la suite de
trouver un coin de transit où vider les ordures, généralement un dépôt moyen le plus proche
implantée dans des maisons ou zones inhabitées.

Dans le cas des services proposés pour la collecte alternative, il y’a peu de charretiers
spécialisés. On retrouve en effet dans ce même créneau des charretiers « extracteurs de
sable », qui en général approvisionnent les chantiers de construction (de particuliers), en
prélevant illégalement du sable fin sur les plages du littoral nord (3000 Fcfa / Charrette),
activités qu’ils mènent d’ailleurs avec leurs collègues camionneurs. Si leurs tarifs pour la
collecte des déchets varient entre 25 et 50 FCFA par récipient-poubelle vidé, la somme à
régler dans cette fourchette est laissée à l’appréciation des populations et est parfois fonction
de leur générosité. Avec le temps, s’instaure dans la prestation de service une relation de
1
confiance : les ménagères bénéficient de modes de règlement plus ou moins souples, avec
même un système de paiement différé des sommes dues, ou des avances sur « service ».
Certains charretiers affirment pratiquer ce métier depuis une vingtaine d’année.

1
C’est ce même type de rapport que l’on retrouve aussi fréquemment entre le petit « boutiquier » du coin et ses riverains, la relation étant là
aussi au beau fixe jusqu’à ce que l’accumulation des « impayés » fait du créditeur un mauvais payeur. Pour le cas des déchets cette nouvelle
situation se symbolise alors par la mise à l’écart par le charretier –collecteur lors de sa tournée , des concessions incriminées, ces dernières
n’ayant alors plus qu’à aller fréquenter les dépôts anarchiques en espérant que ce dernier change d’activité ou de secteur d’opération. Il faut
néanmoins dire qu’il est assez rare que de tels faits se produisent les charretiers attitrés gardant des fois leur secteur pendant des années la
complicité pouvant même déboucher sur des civilités comme la fait de procurer de l’eau fraîche ou des reliefs de repas au charretier lors de
sa tournée.
109
[Link].2 Néo urbains.
Les villages néo urbains de Rufisque (35 % de l’ensemble de la région), Yène, Siendou,
Sébikotane… ne sont pratiquement pas concernés par la collecte domiciliaire. Les camions
bennes qui arpentent les principales routes de Bargny, font bénéficier de la collecte
domiciliaire aux seules concessions qui leur sont attenantes ; celles non concernées se
rabattent sur les rares bennes disposées à des endroits déterminés. Ici aussi comme dans toutes
les zones disposant en théorie d’un système de collecte en PAV, ce sont les enfants et les
domestiques qui sont chargés de ces « tâches », même si la forte proportion de ménages aux
revenus inférieurs à 50 000 Fcfa mensuels et de femmes au foyer fait participer ces dernières
à cette activité ménagère. Le système de collecte hippomobile est aussi utilisé en appoint par
les populations disposant de plus de revenus que la moyenne.

Le paradoxe dans la prise en charge des déchets dans ces villages réside dans leur
intégration officielle aux schémas de collecte. Si des points d’apport volontaire leur sont
établis, faute de passage régulier des véhicules de collecte ou de vidage des bennes mises à
leur disposition, ces PAV se transforment vite en dépotoirs sauvages. C’est d’ailleurs ce qui
explique l’existence le long des routes nationales qui les traversent et à hauteur de chaque
village, d’une traînée de déchets ménagers empiétant sur la chaussée. Cette décharge officielle
bien visible est en général dédoublée d’une décharge communautaire typique de l'habitat
rural, disposée plus à l’intérieur des terres, à proximité de champs.

Photo 27. Décharge villageoise sur une route départementale dans le secteur de Bayakh vers Kayar.

110
[Link] Dans les zones d’activité commerciales et industrielles, d’habitat faiblement
urbanisé, et d’habitat « spécial ».
Jusqu’à récemment, les lieux d’habitation spéciaux à l’image des casernes de l’armée, de la
gendarmerie ou de la police, disposaient d’un service particulier de collecte et d’évacuation
des ordures, équipé et doté de bennes à ordures. On se souvient d’ailleurs que c’est grâce à
leurs flottes de BOM et de camions, que les services de nettoiement des armées, ont par le
passé souvent assuré l’intérim en cas de défaillance ou de liquidation des organismes de
collecte officiels. Ce fut le cas lors des épisodes de la SOADIP et de la SIAS, époque fin de
règne où, dans une situation moribonde, ces structures n’arrivaient plus à collecter les déchets
de la ville. Aussi bien durant leurs derniers mois d’intervention qu’après leur dissolution,
c’est le Service du Génie de l’Armée qui, avec sa logistique (camions, tractopelles etc.), qui
aidait à atténuer le calvaire des populations, dans une ville alors submergée par les ordures.
Aujourd’hui, cette autonomie a quasiment disparu ; l’ensemble de ces services sont
externalisés, hormis pour le camp militaire français utilisant encore ses propres véhicules de
collecte qui vident aussi à la décharge de Mbeubeuss. Pour les autres, des bacs à ordures sont
mis à la leur disposition par les sociétés de collecte privées, même schéma pour les maisons
d’arrêt (Reubeuss, Front de Terre), ou encore les casernes de sapeurs-pompiers (Malick Sy,
SICAP Liberté II ou encore Guédiawaye).
S’agissant des entreprises, c’est un fonctionnement au cas par cas dans l’agglomération.
Au même titre que les commerces et services, la plupart des petites entreprises, parviennent à
faire collecter leurs déchets de production ou d’activité par les sociétés de collecte officielles,
intervenant dans la zone ou elles sont implantées. Pour les entreprises devant recourir à une
collecte spéciale, aucun système coordonné n’est actuellement proposé par AMA et ses
partenaires. Que ce soit dans le centre ville siège des activités, dans les zones franches
industrielles, ou encore dans le secteur très touristique allant des Mamelles à la Pointe des
Almadies, chaque producteur voulant ou devant recourir à des prestations spéciales, se charge
de passer avec des prestataires de service, des contrats pour la collecte et l’évacuation de leurs
déchets. C’est le cas des hôtels, des entreprises, mais aussi des gros employeurs comme
l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar, le Port de Dakar. Si jusqu’à récemment, ils
comptaient parmi les rares pouvant se payer le luxe de disposer d’un système de collecte des
déchets en interne, là aussi, le service a depuis quelques années été externalisé. Hormis leurs
déchets de fonctionnement, ces grands pôles de communication et d’échanges qui s’étendent
sur des site immenses, présentent des volumes conséquents de déchets assimilés ménagers.
Pour le Port, hormis les déchets de fonctionnement (cantines, bureaux et entretien général),
les assimilés ménagers, proviennent de l’entretien hygiénique des bateaux et navires de
plaisance, dont les paquebots qui constituent les plus gros producteurs de déchets ménagers.
Ils proviennent aussi des navires commerciaux, disposant d’équipages assez conséquents et
des durées de mission parfois longues, ainsi que des bateaux de pêche, lorsqu’ils ne vident pas
leurs poubelles en mer. Même schéma pour l’aéroport LSS, ou des déchets ménagers en
grande quantité proviennent outre les cantines et bureaux, des cabines des avions des lignes
commerciales, alors que les cargos de transport de fret (marchandises), en produisent
beaucoup moins du fait du nombre réduit de personne y voyagent. Ces deux pôles produisent
aussi beaucoup de déchets liés à l’entretien mécanique des navires et appareils, mais aussi au
transbordement et à la manutention des containers (cartons, rebuts divers). Souvent
inoffensifs, ces déchets sont récupérés par les entreprises procédant à la collecte, ou par
certains parmi les centaines de manœuvres travaillant dans ces sites. Si ce fonctionnement
approximatif peut encore être toléré chez les producteurs de déchets banals en vertu de la non-
dangerosité des matières produites, la question prend une autre tournure, s’agissant de la
production dangereuse en provenance des industries (déchets toxiques ou spéciaux), des
structures sanitaires (déchets médicaux et biomédicaux), et même de ces sites commerciaux
évoqués plus haut, c'est-à-dire, le port et l’aéroport de Dakar (huiles, solvants, résidus
111
d’hydrocarbures, déchets et humeurs liquides etc.). On abordera plus amplement cet aspect
dans la Quatrième Partie de l’étude.
On note l’existence de fortes disparités dans les mécanismes de collecte officielle, mis en
place par les acteurs officiels. La carte des taux de la collecte selon les quatre départements de
1
la région de Dakar établie sur la base de nos enquêtes , illustre l’ampleur des inégalités en la
matière.

Carte 8. Rapport entre quantités de déchets produites et quantités réellement collectées dans les quatre
départements de l’agglomération dakaroise.

Si globalement on note un déficit dans la prise en charge des déchets domestiques avec un
taux de collecte de l’ordre de 61 %, le département de Dakar bien doté en voirie stabilisé reste
de loin privilégié par rapport aux autres. C’est d’ailleurs ce qui explique que la société
concessionnaire se soit adjugée le nettoiement et la collecte des ordures dans cette bordure
ouest. Ces quartiers comme le Plateau et les bordures aisés bénéficiant de ce traitement de
faveur, contribuent à doper les taux de collecte pour l’ensemble du département de Dakar,
alors qu’à l’opposé quartiers irréguliers et villages traditionnels (Yoff, Ouakam ou encore
Hann) bien en deçà de ces chiffres officiels tirent la moyenne vers des niveaux minimas.
Mais, on verra que ces taux de collecte reflètent aussi bien
- de profondes disparités urbaines, avec l’impact de paramètres comme l’accessibilité
- une grosse faiblesse logistique des sociétés de nettoiement
- et l’absence d’équipements complémentaires de prise en charge, équipements dont la
réalisation peut être aussi bien du ressort des pouvoirs publics que de celui des
organismes intervenants.
1
La moyenne obtenue lors des enquêtes est d’un point inférieure aux derniers chiffres produits par BENRABIA en 1998 avançant un taux
moyen de collecte de 48 % pour l’ensemble de la région.
112
2.2.3 Le renfort épisodique des pouvoirs publics, et des associations.
Parallèlement à la collecte officielle, les pouvoirs publics par le biais des certains
démembrements de l’appareil étatique, mènent ponctuellement des opérations de collecte des
déchets entassés dans des dépôts anarchiques, notamment ceux qui essaiment dans tous les
coins de la capitale notamment durant les périodes de crises. Ce sont les réponses officielles
au franchissement des fameux seuils d’insalubrité admis pour la capitale.
Ces opérations ne datent pas d’aujourd’hui : en 1928 déjà, dans le cadre des mesures
sanitaires, et alors qu’il existait déjà un service de collecte des déchets, le Service d’Hygiène
renforcé de trois cents militaires procéda au nettoyage de la ville de Dakar et de l’île de Gorée
afin d’éliminer les dépôts anarchiques de déchets qui favorisaient le développement des gîtes
1
à larves, responsables de la prolifération du paludisme . Après la seconde guerre mondiale des
opérations du même type dénommées AUGIAS étaient menées par le Gouverneur de la
région de Dakar, à l’époque où ce dernier bénéficiait de toutes les prérogatives pour pallier
aux manquements des services municipaux de la Commune de Dakar. Ce fut aussi le cas entre
1984 et 1985 ou suite à la cessation d’activités de la SOADIP, ce furent le Génie Militaire et
les services techniques communaux qui assurèrent l’enlèvement des ordures de la capitale.
Pendant les années d’intervention de la SIAS aussi, les Services techniques communaux se
sont vues impliqués ponctuellement pour dans la collecte des ordures de la ville, afin de
suppléer aux manquements ou aux dysfonctionnements de l’organisme qui avait en charge
cette question.
Durant toutes les périodes, les services de l’Etat (le Service d’Hygiène ou l’armée) ont été
sollicités (mobilisés) pour venir en aide, soit aux services municipaux, soit aux entreprises de
collecte privées devant leurs difficultés à assurer convenablement le service de la collecte. Les
mêmes procédés ont d’ailleurs été reconduits durant une période plus récente, que ce soit celle
du NSN mais aussi quelques semaines seulement après l’entrée en action de la société AMA
en 2001, sanctionnant ainsi ses limites dans son action. Pour éradiquer certains dépôts
sauvages trop visibles, ces interventions « villes propres » ciblent surtout les quartiers du
centre ville et des banlieues populaires notamment les axes de communication les plus
fréquentés.
Ces actions initiées par les autorités gouvernementales pour remédier de manière
ponctuelle à la prolifération des dépôts anarchiques, sont le plus souvent menées lors des pics
dans le développement des dépôts sauvages. Ces pics exposent la ville à des risques plus
accrus de déclaration d’épidémies liées à l’hygiène (choléra). Elles peuvent aussi viser
certains équipements sociaux tels que les gares routières, et se coupler à des opérations de
désengorgement ou de désencombrement de certaines artères du centre-ville avec le soutien
logistique des directions concernées. Mobilisées, ces directions essaieront alors de rivaliser
d’ardeur et de zèle, en impliquant par le lobbying des sociétés privées qui à leur tour et par ce
biais se positionneront pour l’attribution ultérieure de quelques faveurs notamment dans
l’attribution des marchés publics. C’est dans la même optique que s’inscrivent les opérations
de démolition d’installations illégales dans le centre ville ou dans certains quartiers comme
celle menée le 10 mars 2002 par les autorités préfectorales qui, avec les moyens logistiques
(bulldozers) des… Travaux Publics, et dans le cadre de la lutte contre l’encombrement de la
ville ont rasé un ensemble d’échoppes implantées sur les avenues Peytavin et Jean Jaurès non
loin du fameux marché Sandaga, afin de donner à la capitale un beau visage (…).

1
Gouvernement du Sénégal. Service Assistance Médicale Indigène en AOF. 1931, 20 pages

113
Pour ne pas être en reste, d’autres structures gouvernementales telles que l’APRODAK
organisent parfois de manière sporadique et en grande pompe, pareilles sorties.

En marge de ces motivations, sont aussi très souvent menés de grands toilettages en
prévision de manifestations nationales ou internationales d’envergure, auxquelles doivent
assister des personnalités étrangères (chefs d’Etats, ministres, ambassadeurs et autres
membres des corps diplomatiques). Mais si ces opérations qui se renouvellent souvent à
1
l’approche de grands évènements peuvent sembler sur le moment salutaires car permettant à
la capitale de respirer un peu mieux, les limites de ces « coup d’épée dans l’eau », sorte de
traitement placébo apparaissent aussi très rapidement. Les dépôts anarchiques renaissent en
effet très vite de leurs cendres, alors que tel un éternel recommencement de nouvelles
installations irrégulières refleurissent sur les ruines des anciennes.

Beaucoup d’associations s’investissent aussi dans ces questions, lorsque la salubrité dans
les quartiers ou équipements, commence à être entamée par des rejets divers. Aussi bien pour
2
des équipements sociaux (CEDEPS , écoles), lieux de transit de biens et personnes (gares
ferroviaire et routières), que pour pôles marchands comme les marchés urbains et
hebdomadaires, élèves, mouvements de jeunes, transporteurs et commerçants, regroupés ou
non en associations d’usagers, procèdent ponctuellement à l’enlèvement de dépôts de déchets
en formation ou en extension. Un quartier ou un axe routier fréquenté est alors investi durant
des journées dites « d’investissement humain », dédiées à apporter une contribution à la
résorption de la plaie des dépôts anarchiques d’ordures.
Ces actions de propreté menées par des usagers préoccupés par la dégradation des
conditions de salubrité, bénéficient là aussi souvent l’appui de sponsors. Démembrements
étatiques, personnalités politiques ou patrons d’entreprises, proposent ou financent la location
des moyens logistiques (bennes, camions, petit matériel) pour les opérations.

Si elles sont généralement de bonne foi, il arrive aussi pourtant que les véritables raisons
de cette gravitation du milieu associatif ainsi que de la sphère politique dans le milieu
« déchets solides », soient souvent inavoués. Certaines cherchent à travers de tels
investissements humains et / ou financiers à justifier leur existence, ou alors montrer leur
légitimité en se positionnant comme des acteurs non virtuels du secteur du nettoiement
(opérations du 09 avril et du 09 septembre 2001 sur la VDN).

Signalons aussi qu’à une échelle plus réduite, de telles opérations de nettoiement sont aussi
menées dans les établissements et lieux d’habitation spéciaux que sont les casernes et camps
militaires. Que ce soit de manière spontanée ou avec l’incitation de la hiérarchie militaire, les
associations de résidents mènent souvent des opérations de propreté dans l’enceinte des
casernes, afin d’enlever gravats, volumineux, et dépôts d’ordures en formation.

1
Elles ont souvent en ligne de mire certains évènements tels les conférences internationales qui se tiennent dans la capitale, les visites
présidentielles, la célébration de la fête de l’Indépendance… Les délégations sont alors accompagnées par la presse, dont les caméras
braquées sur la capitale ne manqueraient pas de dévoiler puis de révéler au monde tout dysfonctionnement , dont quelque aspect peu glorieux
de la gestion de l’assainissement solide.
2
Centre Départemental de l’Education Populaire Sportive.
114
2.2.4 Intervention de quelques ONG.
C’est principalement l’exclusion de certaines populations de la collecte officielle des
déchets ménagers, qui a poussé un temps certaines associations et ONG à s’impliquer dans
ces questions de salubrité publique. Ainsi, ENDA qui entendait réduire la prolifération de ces
points de rejet illégaux à Rufisque, y a mis en place dés 1991 un projet alternatif de collecte
des déchets (environ 35 tonnes/jour ) par le biais de charrettes de précollecte. Le système était
complété par l’établissement dans la zone d’une aire de compostage des déchets collectés,
compost visant principalement comme acheteurs potentiels les producteurs maraîchers de
Rufisque et Mbao.

L’ONG fournissait les charrettes et les animaux de traction (ânes ou chevaux) et les
charretiers étaient là aussi rémunérés 25 FCFA la poubelle, une partie des sommes récoltées
étant reversée au GIE. Mais si l’initiative avait au départ suscité l’engouement des
populations, l’absence de débouchés pour le compost produit, ainsi que le caractère incomplet
du système handicapèrent sa bonne marche. Les charretiers en déchargeant dans des dépôts
non autorisés ne participaient pas à l’éradication des points noirs, alors que les tarifs appliqués
pour le ramassage des ordures en passant de 25 à 35 FCFA en l’espace de quelques mois,
dissuadèrent très vite nombre d’habitants au revenu déjà assez modeste à pérenniser leur
abonnement. Malgré ses résultats décevants, cette expérience tentée à Rufisque de manière
formelle par l’ONG Enda-Tiers Monde, sera par la suite, repris par l’Etat sénégalais, qui à
travers le Ministère de l’Environnement avait à un moment encouragé l’utilisation des ces
charrettes à traction animale (voir quatrième Partie).

115
3. Récupération, recyclage et/ou valorisation des déchets solides.

D’après MAYSTRE (1994), la valorisation d’un déchet recoupe

- toute action qui permet d’en tirer de l’énergie


- toute action qui permet de trouver un nouvel usage à la matière qui le compose
- toute action qui permet de tirer une matière première secondaire utile à la fabrication
du même bien
- toute action qui permet de trouver un nouvel usage ou qui permet à un déchet de
redevenir utile pour d’autres.

Voyons quelle est en la matière, la situation à Dakar.

3.1 Officielle et/ou industrielle

Il n’existe à ce jour aucune structure ou entité officielle en charge de la récupération ou de


la valorisation des déchets solides produits par la ville de Dakar. Pourtant, le contrat liant le
gouvernement sénégalais à la Société AMA prévoyait le financement par cette dernière de
trois unités de triage-compostage (que la SOFRESID serait invitée à construire). De même,
plusieurs pistes avaient aussi été avancées telle l’implantation d’une unité de traitement global
avec possibilité de production d’électricité, de méthane ou de compost sans que celles-ci
n’aient été davantage approfondies. On reviendra dans les parties à venir sur l’expérience de
l’usine de compostage de Mbao construite en 1967 qui n’a duré qu’environ trois années :
d’une capacité de 140 tonnes / jour, elle n’a jamais pu fonctionner en continue du fait de la
faiblesse de la production organique de déchets. Son exploitation n’étant pas rentable, elle
arrêta de tourner des 1970.

Quant à la récupération privée industrielle, on verra son fonctionnement dans la quatrième


partie de l’étude.

1
PDM-PSE-ENDA 2001. Le secteur du recyclage au Sénégal pour les filières métal et plastique. Etat des lieux et perspectives au vu d’un
transfert de technologie de recyclage Vietnam / Sénégal. Rapport final. Octobre 2002 42 pages.

116
3.2 Informelle
Le Sénégal traverse depuis quelques années une situation économique morose. La petite
embellie constatée dans le secteur privé, cache mal la faiblesse des politiques publiques
sociales, dont certains indicateurs comme l’éducation, la santé, la nutrition et
l’approvisionnement en eau potable ont inversement connu un recul drastique. « Les dépenses
publiques allouées aux services sociaux de base tournent autour de 11 % du budget national
1
soit un gap de 9 point de pourcentage par rapport à l’objectif des 20 % » .
Dans un pays en proie à la crise économique, la récupération-valorisation s’impose donc de
plus en plus comme un secteur à part entière de « l’économie de la débrouille ». Cet artifice
socio- économique permet à des couches entières de la population de « maintenir la tête hors
2
de l’eau ». L’auteur KEN BUGUL a dans son roman, donné une bonne illustration de cette
percée de la récupération de déchets, dans une ville de Dakar fardée en « Yakar ». Devant leur
désillusion face à ce qui constituait naguère l’Eldorado dakarois, des ruraux sénégalais,
candidats migrants vers la capitale n’eurent d’autre alternative que de se rabattre sur l’or que
constituent les déchets : « C’est dans cet amas de pourriture, la « montagne sacrée », que les
plus démunis puisent leur nourriture et divers objets à revendre pour survivre ». La
ressemblance avec la réalité est pour le moins déconcertante.

3.2.1 Récupération de matières organiques et végétales.


[Link] Utilisation des déchets par l’agriculture urbaine.
L’utilisation par l’agriculture du compost issu des déchets domestiques est connue depuis
une époque reculée. La nouveauté réside dans le rapprochement de cette pratique, des zones
urbaines ou péri urbaines, pénétrant même parfois les interstices des villes dans les pays en
voie de développement. A Dakar, cette activité constatée dés les années 1920, a connu un
boom dans les années 1970 avec l’extension des jardins maraîchers dans la zone des sables
quaternaires, qui s’étend de Pikine à Kayar sur 316 km2.
« La modernisation et l’intensification des systèmes de production induisent une plus forte
utilisation d’intrants. Les producteurs essayent de répondre à cette demande par le recyclage de
différents types de déchets. En milieu périurbain, la plupart des petits maraîchers possèdent
également des animaux ; ils peuvent donc valoriser le fumier et les sous-produits de maraîchage.
Les activités de tri et de tamisage des déchets urbains emploient plusieurs personnes dans certains
quartiers de Dakar (Croisement Cambérène) et à la décharge publique. Le produit obtenu est
utilisé dans le maraîchage et la floriculture (…). En ville, l’élevage ovin valorise les rebuts
provenant de la vente de détail des légumes (notamment manioc et chou) dans les marchés de
quartier. Les ateliers de transformation artisanale du poisson rejettent des déchets (arêtes et
écailles) utilisés comme engrais organique. La litière de filao, source de matière organique, est un
3
atout pour l’agriculture ».

Une bonne partie ces producteurs de fruits et légumes ainsi que les horticulteurs, utilisent
des « chargements » de déchets ménagers pour fertiliser leurs champs ou vergers, soit
directement comme fumure après tri grossier, ou alors après transformation par le procédé du
compostage traditionnel. Parfois ces déchets organiques sont associés avec de la fumure
animale mais aussi avec utilisation d’eaux résiduaires domestiques.

1
Sud Quotidien. Ed Mardi 3 octobre 2000.
2
KEN BUGUL (2006) La Pièce d’or, Ubu Editions, La Madeleine-de-Nonancourt, 2006, 315 pages
3
M-B. (2004). L’alimentation des villes. Situation et contraintes des systèmes urbains et périurbains de production horticole et animale dans
la région de Dakar in Cahier d’études et de recherches Francophones / Agriculture. Volume 13 numéro 1, 39-49 Janvier février 2004

117
Sur l’axe Route des Niayes, Pikine-Cambérène et le long de la VDN, se sont établis des
maraîchers qui irriguent leurs parcelles avec l’eau du réseau, de même que l’eau des puits et
céanes qui captent la nappe affleurante. Certains utilisent aussi en appoint l’eau résiduaire en
provenance des foyers. Quelques maraîchers se contentent des eaux usées issues de la vidange
des fosses septiques, alors que d’autres n’hésitent pas à percer des dérivations sur les
canalisations d’évacuation du tout-à-l’égout disposant ainsi d’un filet d’arrosage de leurs
champs, filet dont ils gèrent le débit de leur en fonction des besoins.
S’agissant du compost, l’ancienne décharge de Hann en fournissait avant même sa
fermeture, à nombre de maraîchers des zones péri urbaines de la ville. Inoffensif et d’assez
bonne qualité, il était encore peu contaminé par les matières polluantes industrielles ou
domestiques. Le terreau servait alors aussi bien aux horticulteurs qu’aux maraîchers
produisant fruits et légumes.
Actuellement, le terreau produit par la décharge de Mbeubeuss est très convoité par les
horticulteurs implantés dans la zone, mais aussi par des organismes d’entretien d’espaces
verts et des particuliers ; il fait d’ailleurs l’objet d’une commercialisation par l’une des filières
de récupérateurs présente sur le site de la décharge, récupérateurs qui versent à leur tour des
droits d’exploitation à la Mairie de Malika (Commune d’implantation de la décharge).
Toutefois, à l’image des eaux résiduaires parfois utilisées par l’agriculture urbaine, le terreau
de Mbeubeuss ne fait pas l’unanimité chez les producteurs de fruits et légumes : il ne
présenterait pas de garanties sanitaires du fait d’une présence de métaux lourds (plomb,
mercure, zinc..) susceptibles de se retrouver sur la chaîne alimentaire.
On peut aussi noter l’utilisation des déchets des industries de transformation des produits
de la pêche : arêtes et écailles de poissons sont utilisées comme engrais, alors que la farine de
poisson sert à l’alimentation de la volaille notamment dans les périmètres avicoles le long de
la Route de Rufisque. En général, les secteurs de l’élevage utilisant des déchets assimilables
aux ordures ont recours à des déchets industriels de production avec matière non contaminée,
c’est d’ailleurs un peu selon le même principe que les populations récupèrent à l’échelle
domestique leurs déchets organiques de consommation pour nourrir le petit élevage urbain
domestique. Aux USA, ces résidus organiques sont appelés garbage.
Les seuls animaux s’approvisionnant directement (mais non exclusivement) avec des
déchets mélangés sont ceux laissés en divagation dans les rues et qui picorent quelques
matières dans la diversité de déchets présents dans les dépôts anarchiques qui prolifèrent dans
la ville. C’est d’ailleurs chez ces animaux laissés en divagation durant la journée et qui
visitent autant les poubelles déposées sur le domaine public que les dépôts anarchiques, que
l’on rencontre le plus fort taux d’ingestion de matières nocives : plastiques, tessons de
bouteilles et autres rebuts acérés (lames, débris de couteaux…)
Toutefois, on est loin d’atteindre les niveaux que relate BERTOLINI. Reprenant
MUMFORD L, il nous apprend que jusqu'au 19°siècle, c’est le porc qui débarrassait les
ruelles d’une bonne partie des ordures notamment de leur frange organique. Cet animal était
un auxiliaire précieux de la salubrité publique, même dans les villes qui se piquaient de
1
modernisme comme New-York et Manchester . Antérieurement, la tâche des éboueurs dans les
cités médiévales était accomplie par les chiens et les porcs ; dans certaines villes, ces animaux
continuèrent à s’acquitter de cette tâche, jusque vers les années 1850.

1
BERTOLINI G, (1990). Le marché des ordures : économie et gestion des déchets ménagers. Paris. Edition L’Harmattan. 1990. 205 pages.
P 19

118
[Link] Récupération de déchets, à des fins de consommation alimentaire.
Qu’il s’agisse des Buuju-men (indépendants, regroupés en affinité ou par famille) installés
sur le site de la décharge ou ceux intervenant plus en amont, tout au long du circuit des
déchets, des récupérateurs n’hésitent pas en général à se servir en produits alimentaires
périmés ou dans le « trop plein » jeté dans les poubelles.
Bien qu’appartenant au groupe des pays en voie de développement, Dakar à l’image de
beaucoup de villes modernes ne fait cependant pas exception au gaspillage alimentaire
notamment dans les zones aisées. On retrouve ainsi dans quelques poubelles des rebuts
parfois jugés comestibles, provenant en général des poubelles des hypermarchés, des ménages
du centre-ville ainsi que des quartiers huppés, déchets alimentaires qui font le bonheur des
ripeurs et autres récupérateurs, en premier lieu ceux itinérants. Aussi, il est fréquent que les
rebuts alimentaires des quartiers aisés soient réutilisés et consommés par les populations les
plus démunies. C’est le cas des récupérateurs arpentant les artères du Plateau et des zones
résidentielles, mais aussi de certains fouilleurs plus discrets qui à l’opposé des buuju-mens qui
opèrent en plein jour, préfèrent intervenir la nuit.
Cette pratique présente depuis des décennies au Sénégal, y est en forte progression, bien
que les risques sanitaires soient réels pour ses adeptes, à cause notamment de la faible
proportion des denrées emballées et surtout de la chaleur qui accélère la décomposition des
déchets alimentaires. Pourtant ce phénomène n’est plus l’apanage de marginaux des pays
pauvres. Face à l’accroissement de la précarité et devant la baisse de leur pouvoir d’achat, de
plus en plus de « nouveaux pauvres » dans les villes des pays développés, se rabattent sur les
poubelles des grandes surfaces contenants des déchets alimentaires et autres denrées, dont la
date de péremption arrive (ou est arrivée) à expiration, sur les déchets des quartiers aisés, et
sur les restes alimentaires des collectivités et services (cantines des écoles, aliments non
consommés de hôpitaux etc.) Parmi ces « glaneurs » qui récupèrent aussi les invendus quasi-
périmés mis au rebut à la fin des marchés urbains de plein air ou couverts, on rencontre pêle-
mêle des chômeurs, des RMIstes, des SDF. Quelques retraités ou encore des salariés précaires
cherchant à arrondir les fins de mois s’approvisionnent aussi plus discrètement le soir par ce
truchement. En marge de ces récupérateurs de nécessité, on retrouve dans le même créneau
les initiateurs d’une mode lancée dés la fin de l’année 2006 dans les pays industrialisés et
1
particulièrement aux Etats-Unis par les freegans militants écologistes. Ces derniers plus par
principe d’ailleurs et pour dénoncer le gaspillage, choisissent de consommer les aliments
contenus dans les poubelles, aliments que la surconsommation et la surproduction par
l’intermédiaire des grandes surfaces et des fast-foods, destinent à l’incinération ou à mise en
décharge. Etrange paradoxe au vu des motivations variables qui réunissent des individus que
pourtant tout un monde tout sépare, avec d’un côte des marginaux confrontés à l’instinct de
survie et de l’autre des militants de luxe dénonçant tout de même un gaspillage effréné des
ressources notamment celles alimentaires.
Les résidents de la décharge de Dakar, bénéficient en général de la fraction qui a pu
échapper aux crochets et/ ou mains des récupérateurs postés en amont. Ils se rattrapent aussi
avec les invendus et produits périmés en provenance des commerces, des marchés et dans une
moindre mesure des restaurateurs (universités, hôpitaux…) et hôtels de la place, qui en jettent
aussi et souvent dans des volumes plus importants. A la différence qu’ici, seuls les produits
alimentaires emballés ou conditionnés (conserves) sont consommés. Le reste des déchets
alimentaires récupérés sert exclusivement à l’alimentation des élevages de porcs qu’on
2
retrouve dans les environs et est connu sous le vocable de Gnamou mbaam .

1
Le terme freegan vient de la contraction des mots anglais free et vegan, respectivement gratuit et végétarien.
2
Littéralement « aliments pour porcs ».

119
Toutefois, il est arrivé que dans la ville, des individus indélicats se soient adonnés à la
récupération de fruits ou aliments avariés, en vue de les réintroduire illégalement dans le
commerce, faisant courir de graves risques aux populations. En général, il s’approvisionnent
sur des chargements avariés provenant des marchés sous régionaux parfois éloignés (zone
CEDEAO), et dont une partie a fait les frais d’un fret non optimisé ; longs trajets, mauvais
état des routes, lenteurs douanières, mode de conditionnement, chaleur sont des conditions
souvent peu propices à leur bon acheminement. On retrouve aussi parmi ces déchets
alimentaires, des boites de conserves non-conformes en provenance d’industries
1
agroalimentaires de la place, et préalablement destinés à la destruction . Quelques
2
kilogrammes de riz avarié provenant des fonds de cale de bateau ou de stocks avariés jetés à
la décharge ont aussi par le passé réintroduits frauduleusement dans le commerce. Ces
pratiques ont tendance à baisser fortement du fait du durcissement de la législation, suite à
quelques scandales liés à la remise sur le marché de produits avariés récupérés à Mbeubeuss
ou dans les poubelles des sociétés agro alimentaires. Leur responsabilité étant engagée, ces
dernières veillent de plus en plus au grain en s’assurant de leur destruction sommaire avant
transfert à la décharge.

3.2.2 Récupération et/ou recyclage de matières non organiques.

Les ménages sénégalais et dakarois produisent et jettent peu de déchets en dehors de


fractions organiques impropres à la consommation humaine, qui d’ailleurs étaient souvent
« réservées » aux animaux d’élevage. C’est ce qui explique l’extension à tous les animaux
d’élevage domestique de la terminologie Gnamou Mbaam à l’origine destiné aux porcs.

Jusqu’à une période récente, beaucoup pratiquaient en effet le recyclage en interne d’une
partie de leurs objets usagés en ayant recours au besoin à des réparateurs de fortune, ceci
n’étant d’ailleurs pas propre au contexte africain si l’on en croit PICHAT. « Lorsque j’étais
enfant pendant la seconde guerre mondiale à Lyon (…) on prenait soin des objets car il était
coûteux de les remplacer. On les entretenait, on les réparait ; ainsi on rétamait les casseroles
et les bassines…la plupart des vêtements avaient été portés par les plus grands, on les
3
rapiéçait les raccommodait ».

1
Indépendamment de la vente illégale et isolée de produits alimentaires de première nécessité périmés (lait en poudre) par certains
commerçants véreux, rappelons brièvement l’épisode plus étendu des « cuisses de dindes » qui défraya la chronique dans la seconde moitié
des années 1980 au Sénégal. A cette époque, les services de l’hygiène avaient saisi d’énormes quantités de ces viandes avariées qui étaient
écoulées dans les marchés de quartier, fréquentés par les couches populaires et les populations de la classe moyenne. Même certaines
boucheries modernes « avec pignon sur rue » proposaient cette volaille d’origine non certifiée, à des prix défiant toute concurrence.
2
Avant, la céréale principalement importée d’Asie (Inde et Indonésie) était transportée en vrac dans les soutes de cargos. Mais depuis, elle
arrive déjà conditionnée dans des sacs de 50 kg, le conditionnement dans les sacs de 100 kg étant abandonné depuis quelques années.
Toutefois, malgré le conditionnement, les sacs en fond de cale sont généralement irrécupérable à l’image des déchets de pétrole brut
d’ailleurs souvent éliminés par dégazage par certains pétroliers. Destinés à la destruction, les sacs périmés sont parfois récupérés in situ ou
une fois sur le site de la décharge. L’organe de presse sénégalais Le Quotidien dans sa livraison du Mercredi 9 Avril 2008, relatait un fait
similaire qui s’est déroulé dans la zone de Bel-Air où les services de la Douane sénégalaise avaient enterré quelques tonnes de riz périmé. Au
parfum de l’affaire, certains opportunistes ont choisi d’en déterrer une partie, qui après nettoyage (à l’eau bouillante) était soldée aux
populations en proie à la crise économique.
3
Phillipe PICHAT : La gestion des déchets. Ed Flammarion 1995. 124 p.

120
Si elles diffèrent selon les milieux et les contextes (temps socio-économiques), les
pratiques de récupération restent présentes sous tous les horizons, chez tous les peuples et
remontent parfois à des périodes reculées.

Au Sénégal, dans les royaumes en proie à la sécheresse et aux violences entre les VII et
XV siècle, des familles entières s’adonnaient à la récupération des restes principalement
alimentaires des concessions parvenant à satisfaire leurs besoins durant les années de soudure,
alors que tout objet pouvant servir était déjà systématiquement récupéré.

Durant la colonisation, les enfants des quartiers indigènes allaient parfois à la lisière des
beaux quartiers ou dans les zones européennes (Plateau, Hann…), récupérer boites de
1
conserves périmées, vieux ustensiles, jouets et vêtements usagers dans les Mbalit toubab .
Quant à la ferraille de récupération, aluminium, cuivre, zinc etc., commençaient à prendre de
2
la valeur du fait de la baisse des gisements en occident .

Ces pratiques se sont maintenues bien après l’indépendance avec le développement de la


société de consommation moderne qui vit d’un côté les couches sociales moyennes accéder
aux biens et équipements de luxe, et de l’autre, une frange paupérisée dans l’obligation de se
contenter du nécessaire et éventuellement des rejets des premiers.

Jusque là snobés par les récupérateurs qui privilégiaient les quartiers du centre-ville, les
ménages de la banlieue de Dakar se voyaient désormais démarchés par les Baye Diagal
(littéralement celui qui répare tout) récupérateurs occasionnels, proposant leurs services pour
remettre en état ustensiles de cuisine, petite cordonnerie… Parallèlement apparaissait une
corporation de récupérateurs qui sillonnaient les artères en quête de sacs de jute (utilisés pour
conditionner le riz denrée de base de l’alimentation sénégalaise) qu’ils récupéraient
gratuitement auprès des populations, avant de les revendre aux grossistes et commerçants.
Devant l’augmentation de la demande, le filon se monétarisa très vite même si les
récupérateurs parviennent encore à s’en procurer en les achetant à un prix modique. Ces
récupérateurs constituèrent les précurseurs, les aînés des Buuju -mens actuels, acteurs situés
aussi bien en amont qu’en aval de la chaîne de production et de prise en charge des déchets.

Cette activité bien que traditionnelle, absorbe en effet une bonne partie des déchets
produits et rejetés quotidiennement par les ménages dakarois, ainsi que celle des commerces,
des hôtels ou restaurants et des administrations. DIOP. O et WAAS. E dans une étude menée
conjointement avec l’ONG ENDA -Tiers monde parlent d’environ 8000 t de déchets
récupérés par an et réinjectés dans le circuit ; c’est à ce niveau que l’on retrouve l’essentiel de
l’économie de récupération des déchets solides à Dakar. Hormis les éboueurs et « ripeurs »
qui en amont procèdent à la collecte et se constituent un « petit trésor » de chaussures, et
autres articles qu’ils revendent par la suite à de petits commerces ou aux artisans de la
banlieue, on retrouve aussi dans ce créneau des récupérateurs directs leurs concurrents les
buuju-mens ou récupérateurs indépendants qui peuvent sillonner les rues de la capitale en
permanence, ainsi que les maisons pour acheter des articles proposés par les ménagères.

1
Littéralement « poubelles des blancs ».
2
DIOP C-A, (1969). « Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique Noire ». Ed. Présence Africaine 1960. 124 p.

121
Toujours est-il que pour le cas de Dakar, le nombre de récupérateurs travaillant sur le site
1
de la décharge oscillerait entre 300 et 500 selon DIOP & WAAS , répartis entre deux
« villages » :

- le premier « Gouye- Gui » (le baobab) implanté à environ 500 m à l’entrée de la


décharge à proximité de l’arbre du même nom comprend environ 150 personnes
logeant dans des baraques de fortune. Les récupérateurs de Gouye-Gui se sont
spécialisé dans la fouille des chargements provenant des usines et établissements
privés.
- et le second « Baol » du nom de la zone d’origine des principaux récupérateurs y
habitant. Baol comprend environ 200 récupérateurs, qui opèrent lors du déversement
des déchets domestiques, et de ceux en provenance des établissements publics.

Un troisième front encore plus récent a même vu le jour avec le village « Saloum ».

Photo 28. Matériaux récupérés et amassés par leur propriétaires. En arrière-plan, on aperçoit « Saloum », village de
récupérateurs sur le site de la décharge de Mbeubeuss. (Cliché DIAWARA A-B 2007)

1
Selon l’hebdomadaire Jeune Afrique, ils étaient en 2005 prés de 1000 personnes à y officier. (5 juin 2005 – AFP)
122
« A Gouye-Gui, les baraques sont accolées les unes aux autres et cachées par des clôtures de
fortune, bâties à partir de tôles, de fûts aplatis ou de cartons, comme les maisons elles-mêmes.
C’est dans l’espace autour de la baraque que la majorité des récupérateurs gardent leur
récolte : le portail de la clôture est fermé avec des cadenas pour marquer l’appartenance, la
propriété des objets récupérés. Les trouvailles les plus précieuses sont gardées à l’intérieur de la
case, qui sert non seulement de chambre mai aussi d’entrepôt (…). On trouve à Gouye-Gui
toutes les filières principales de Mbeubeuss, mais la ferraille et les métaux prédominent,
viennent ensuite les cartons, et papiers suivis des plastiques, verres et chiffons dans une moindre
mesure. Ce qui caractérise ce premier village c’est la récupération des déchets industriels ou
hôteliers. Les déchets organiques sont utilisés pour la nourriture des animaux ou comme
engrais. Considéré comme riche de par son accès aux déchets industriels, en général plus
intéressants que les ordures ménagères amenées par la SIAS, Gouye –Gui a connu quelques
difficultés depuis l’obligation faite aux entreprises de payer une taxe pour pouvoir décharger.
Les camions se font plus rares et certains récupérateurs se voient contraints d’arrondir les fins
de mois en fouillant au crochet. Néanmoins, la présence d’ateliers de transformation des déchets
est un indicateur de la richesse ou du privilège relatif de Gouye-Gui (…). Le deuxième village se
situe plusieurs centaines de mètres plus loin, il s’appelle Baol du nom d’une région de l’intérieur
du Sénégal dont proviennent nombre de récupérateurs. On le nomme aussi Montagne parce qu’il
est implanté prés d’une montagne d’ordures qui va en s’élevant avec les années et constitue le
terrain de récolte favori de ceux du Baol. Ce deuxième village est considéré comme celui des
paysans les plus pauvres (…). A Baol on trouve environ 125 baraques fabriquées comme à
Gouye-Gui à partir de matériaux récupérés, mais elles sont d’un aspect plus précaire. Baol
ressemble à un village où l’on habite : les cases ou flottent parfois un drapeau sénégalais ne
sont pas uniquement alignées le long de la route mais se regroupent comme des concessions »
(DIOP & WAAS, 1990).

La forte croissance de la fréquentation de la décharge y a entraîné outre l’implantation


d’autres villages (Cayor, Sine), ainsi que le développement d’une foule d’activités connexes à
l’établissement humain. On y retrouve ainsi des lieux de restauration (gargotes), et quelques
petits commerces (boutiques, coiffeurs). L’ONG Enda y a installé un poste de santé pour
soulager les récupérateurs en cas de blessures. Si coupures, brûlures par le feu ou par des
composés chimiques, sont généralement dues au maniement à mains nues des ordures, elles
sont aussi consécutives aux altercations et autres bagarres entre récupérateurs ; ces rixes
interviennent souvent au moment du déversement des bennes donnant le départ de la « ruée
vers l’or ». Toutefois, ces infections traditionnelles sont depuis quelques années éclipsées par
les affections plus graves, issues des procédés de récupération artisanale de certaines matières
contenues dans les D3E : laiton, plomb, cuivre, aluminium etc., présents dans les vieux
ordinateurs, téléviseurs etc. Beaucoup de récupérateurs souffrent ainsi d’affections
neurologiques, de troubles rénaux etc. On y reviendra dans la Quatrième et dernière partie de
l’étude.
Actuellement, les principales filières concernées par le marché de la récupération sont la
filière des métaux ferreux, celle des métaux non-ferreux, celle des bouteilles en verre, celle
des papiers, celle des plastiques, et enfin la filière des chiffons. Les différents matériaux
récupérés sont revendus, à des artisans utilisant ces matières dans leurs process de fabrication
(fondeurs d’aluminium, forgerons traditionnels), ou à des intermédiaires qui se constituent des
stocks dans des magasins de fortune ou packs. Ces intermédiaires approvisionnent aussi bien
certains industriels ou artisans locaux (filière des bouteilles en verre), que certains acheteurs
étrangers. Une partie est aussi directement écoulées auprès des commerçants : c’est la fraction
directement ré- injectée sur le marché après lavage sommaire (petits pots, bouteilles…).
Si les industriels parviennent à capter une partie de cette masse de matériaux récupérée,
l’autre grande partie finira en général sur les étals des petits commerces et fera l’objet d’un
réemploi. Toutefois, cette réutilisation diffère généralement de l’usage pour lequel ils ont été
fabriqués, tel que défini par les critères attribuant la fonction réutilisation.

123
En effet, selon le dictionnaire de l’Environnement elle consiste en toute opération par
laquelle un emballage qui a été conçu et crée pour pouvoir accomplir pendant son cycle un
nombre minimal de trajets ou de rotations est rempli à nouveau ou réutilisé pour un usage
identique à celui pour lequel il a été conçu, avec ou sans le recours à des produits auxiliaires
présents sur le marché qui permettent le re-remplissage de l’emballage même : un tel
emballage réutilisé devient un déchet d’emballage lorsqu’il ne sera plus utilisé. Cette
situation est loin d’être le cas de Dakar, où une bonne partie des emballages et matériaux de
conditionnement de produits d’origine diverse, est dirigée vers des secteurs sensibles
notamment l’alimentaire faisant courir de graves dangers aux populations (voir 5.2.2).
Les métiers de la récupération emploieraient environ 2500 personnes packs et Mbeubeuss
compris, avec des récupérateurs de base gagnant environ 25 à 50 000 (75 euros) Fcfa par mois
alors que pour les intermédiaires ou gérants de packs, montant pouvant être doublé voir triplé
en fonction de la filière embrassée. Le marché de la récupération a été estimé par DIOP &
WAAS. E dans une étude commandée par le BCEOM pour le compte du PNUD et de la
Banque Mondiale1.

Matière Lieux et quantités en tonnes


Packs Mbeubeuss
Métaux ferreux 3000 2000
Métaux non-ferreux 320 200
Verres 400 200
Papiers 1140 -
Chiffons - 700
Total 4860 3100

Tableau 4. Tonnage de matières annuellement récupérées en 1990 à Dakar. Source : « Economie Populaire du
recyclage des déchets à Dakar in Environnement Africain n°29-30 vol VIII, 1-2 Enda, Dakar 1990. 297 p P105-
128».

Pour la filière plastique issue des OM, ENDA estime les gisements à environ 9000 tonnes/
an alors que le cuivre, le laiton et le bronze apparaissent en quantités moins importantes avec
respectivement 240, 720 et 48 tonnes (ENDA op cité).. L’autre portion de déchets solides
pouvant constituer une matière première à transformer se retrouve en banlieue chez les
artisans récupérateurs travaillant avec des produits issus des poubelles. Il s’agit en général
des artisans fondeurs d’aluminium qui généralement sont dans l’obligation de se contenter
d’objets en aluminium déjà utilisés ou usagés cet perpétuent cette écologie de nécessité et non
de conviction. Ils produisent nombre d’ustensiles d’usage courant (marmites, casseroles…)
2
mais aussi plaques d’égouts regards et grilles pour le secteur de l’assainissement .
Les boîtes de conserve ainsi que la ferraille une fois aplaties seront revendues aux artisans
qui les « retravaillent » et fabriquent fourneaux et autres articles. Les chambres à air de pneus
usagés ne pouvant être réchappés sont transformés en récipient pour remonter l’eau du puits,
récipient qui sert aussi parfois de gamelle pour les chevaux de trait.

1
Les résultats ont été publiés dans « Economie Populaire du recyclage des déchets à Dakar in Environnement Africain n°29-30 vol VIII, 1-2
Enda, Dakar 1990. 297 p P105-128».
2
On verra d’ailleurs dans la seconde partie que ces artisans constituent les principaux…receleurs des voleurs de plaques et grilles du réseau
de collecte des eaux pluviales.

124
La filière des métaux ferreux et non ferreux, s’est aussi depuis quelques années, orientée
vers l’exportation de matières vers les pays industrialisés. La demande de ces pays en
matières recyclables a énormément vitalisé ce secteur ; quelques PME se sont même
spécialisées dans la constitution de stocks pour le marché international. Ces aspects seront
abordés plus amplement dans la Quatrième Partie.

On peut aussi souligner les initiatives de certains GIE qui s’impliquent dans le recyclage
des ordures à travers notamment la fabrication de quelques « objets d’art ». C’est le cas des
groupements qui recyclent le plastique usagé et jeté, en sacs, ballons, ceintures, poupées,
marionnettes etc. Ces associations participent souvent à des expositions vantant les mérites de
telles actions. Il en est de même de l’ONG ENDA, qui encadre dans ses locaux une équipe de
recycleurs travaillant officiellement avec du matériel de récupération.

OPTIMART, structure de commerce équitable basée à Bruxelles en Belgique, soutient ces


initiatives. Dans ses boutiques, elle propose des produits fabriqués par les artisans recycleurs
de pays du Sud et plus précisément d’Afrique noire. Y sont exposés du petit mobilier (lampes,
corbeilles et poubelles, miroirs), des objets utilitaires (mallettes, malles, caissons et étagères
de rangement) ou encore des objets décoratifs en miniature (vélos, voitures etc.), avec pour
certains articles, un simple habillage avec des plaques d’aluminium comportant déjà des
motifs.
Ces initiatives sont sensés participer à la récupération des matières et matériaux déchets.
Au-delà d’encourager les producteurs, la dimension artistique de l’initiative revendique une
portée pédagogique à travers une sensibilisation contre la surconsommation. Seulement
s’agissant du recyclage artisanal, un paradoxe demeure : seule une petite fraction de ces
1
artisans, (10 % de la population enquêtée), utilise du matériel issu effectivement des ordures .
Si la fabrication intègre l’utilisation de cannettes vides, de déchets de tôle, ou encore de pneus
usagés etc., la majorité de ces artisans s’approvisionnent directement auprès de fournisseurs
dont les matériaux ne proviennent pas des poubelles (industriels, commerces). Pour justifier
cette entorse, les tricheurs, évoquent l’irrégularité dans l’approvisionnement par les filières
informelles alors que leurs activités fonctionnent en flux tendu, avec peu de stocks en matière
constitués. Mais en réalité, en contournant le fastidieux circuit des poubelles, certains ont tout
simplement compris les nombreux avantages à s’approvisionner en matière quasi neuve, tout
en tirant parti du label « écologique » en vogue dans la ville. Cet artifice permet parfois de
bénéficier de quelques subventions octroyées par des organismes qui cherchent par ce biais à
amarrer les pays du tiers monde au train écologique mondial en marche.

Si la récupération concerne très souvent des déchets d’origine domestique, une partie des
déchets assimilés ménagers provient des secteurs primaire (agriculture, pêche élevage),
secondaire (industrie), mais aussi tertiaire (commerce et services). Difficile donc de distinguer
dans les matières traitées par les récupérateurs, la fraction provenant des ménages, et celle
issue des activités de production diverses. On tentera néanmoins de voir plus en détail dans la
quatrième partie de l’étude, l’origine, les modalités de récupération et de recyclage des
matières en jeu c'est-à-dire cette fraction assimilable aux déchets ménagers et provenant des
industries, PME et autres TPE, ainsi que l’élimination des fractions non recyclées.

1
DIAWARA. A-B, (1998). « Récupération- recyclage des déchets ménagers solides et Artisanat dans la zone urbaine de Dakar ». Mémoire
de Maîtrise. UCAD-Géographie. 92 p + annexes.
2
Selon notre interlocuteur (responsable du volet déchets à la mairie), la municipalité nourrit un projet d’achat d’un incinérateur avec l’aide
de la coopération allemande.

125
Photo 29. Objets artisanaux, confectionnés avec des plaques d’aluminium provenant…de
fabriques de la place. (Cliché Diawara A-B 1998)

Photo 30. Artisans établis à Thiaroye-Gare dans la banlieue dakaroise et travaillant avec du matériel de
récupération issu des déchets. Ici des chambres à air de pneus usagés sont transformées en récipients. Ils
constituent une petite minorité de véritables récupérateurs, parmi la foule d’artisans souvent estampillés
« écolos » à Dakar. (Cliché Diawara A-B 1999)

126
4. Elimination des déchets solides.
Du point de vue environnemental, les déchets proviennent de biens, eux même provenant
de matières premières ; ces déchets constituent des flux provenant de diverses sources et
aboutissant à diverses destinations finales que l’on appelle des puits. Traditionnellement, on
parle aussi d’élimination pour faire référence au traitement des déchets notamment concernant
les équipements tels que les usines d’incinération, et autres unités de compostage. Quoi qu’il
en soit, l’action d’éliminer les déchets recoupe deux principales réalités locales à Dakar : celle
officielle et par laquelle la société de collecte procède par mise en décharge à Mbeubeuss, et
une autre variante dite parallèle et qui est le fait de populations faisant les frais des
défaillances de ce service ou alors ne bénéficiant pas du service de collecte (domiciliaire ou
en PAV). Dans ce second cas, l’action d’évacuer les déchets hors de l’espace domestique
recoupe souvent l’idée de procéder à son élimination par le biais des dépôts anarchiques
continentaux, des rejets sur le littoral, de l’enfouissement ou de la pratique du brûlage
artisanal.

4.1 Officielle : la mise en décharge à Mbeubeuss


L’élimination officielle des déchets produits par l’agglomération dakaroise se fait
exclusivement par mise en décharge hormis pour le cas de l’île de Gorée. Sur toute la
superficie de l’île (environ 17 hectares 0,182 km²), les déchets collectés par charrettes
hippomobiles, étaient éliminés grâce à un incinérateur artisanal installé sur les hauteurs de
Castel, sur la partie opposée à la jetée à l’écart des habitations, et les refus de l’incinération
étaient dispersés dans l’océan. L’incinérateur étant à l’arrêt plus depuis 2002, les déchets sont
1
à nouveau directement rejetés à la mer , mais à l’opposé du débarcadère situé sur porte
d’entrée sur l’île, zone dont les populations tiennent à épargner la propreté, et ainsi préserver
l’image de leur île.

A l’exception donc de Gorée, où les déchets sont …jetés à la mer, la mise en décharge est
la seule forme d’élimination autorisée et pratiquée dans la ville. L’unique décharge dont
dispose l’agglomération Dakaroise est celle de Mbeubeuss, située à environ 30 km du centre-
ville et occupant une surface d’environ 60 ha sur lesquelles s’étendent les ordures
accumulées depuis des années. Cette décharge, actuellement gérée par la Commune de Dakar
et la société AMA en collaboration avec les services du Ministère de l’Environnement est
localisée dans la zone des Niayes sur la grande côte au nord de la route allant vers Keur
Massar. Elle couvre un territoire présentant à la fois des paysages naturels : dunes, végétation
naturelle, étendues d’eau et de paysages exploités : périmètres de reboisement, aires de culture
(maraîchage principalement) et pâturages, habitations, chemins, routes…

C’est avec la fermeture de la décharge de Hann en 1968, qu’avait été retenue l’option
d’ériger à Mbeubeuss une décharge publique ; elle ne devait à l’origine recevoir que des
déchets urbains banals, donc non-dangereux. A l’époque, il était question d’une décharge de
type « contrôlée » pour l’accès de laquelle la SOADIP réalisera trois ans plus tard 2,7 km de
chaussée stabilisée, tout en l’équipant de 4 bulldozers qui en tournant par rotation assuraient
le fonctionnement des fronts. L’utilisation des déchets devait en outre permettre la
surélévation de la topographie sur une portion de l’axe devant accueillir le tronçon de la route
Malika- Keur- Massar. Pour les travaux de remblaiement et de surélévation de cette cuvette,
les entreprises de Travaux Publics utilisaient les ordures en complément des gravats et autres
matériaux.

127
Photo 31. Entrée libre de la décharge de Mbeubeuss. On aperçoit à droite, le « poste de surveillance » devant
le ballet de camions-bennes de collecte domiciliaire vidant directement à la décharge.
(Cliché DIAWARA A-B 2007).

Photo 32. Route de Malika relevée avec les ordures lors de sa construction en 1967. En arrière plan on
aperçoit le paysage des Niayes ; l’entrée de la décharge se situe environ 1 km plus loin à gauche. (Cliché
DIAWARA A-B 2007).

128
Placée sous le contrôle des sociétés ou structures qui se sont succédé dans la gestion des
ordures à Dakar, la décharge n’a jamais fait l’objet d’une exploitation contrôlée ; les maigres
tentatives de réglementation n’ont jamais été suivies d’application.

Actuellement plus de 1200 tonnes d’ordures ménagères (sur environ 2000 produits par
1
jour ) y sont déposés chaque jour. Mais on y retrouve aussi des déchets municipaux solides,
des déchets industriels dont des produits chimiques, ainsi que des Déchets d’Activités de
Soins à Risques Infectieux (DASRI).

Les casiers évoqués par les officiels sont inexistants ; il s’agit en réalité de points de
déversement différenciés en fonction de la nature banale ou dangereuse des déchets
transportés. En tout état de cause, le confinement des déchets n’y est que partiel, et
2
Mbeubeuss apparait comme étant une décharge « bioactive » ; elle reçoit les déchets
putrescibles et ou chimiquement instables et qui libèrent des gaz et/ou lixiviats non seulement
durant le temps de son exploitation mais également pendant de nombreuses années après sa
3
fermeture . Les camions d’entreprises de vidange de fosses septiques continuent aussi à
déverser dans cet ancien lac asséché, leurs eaux et boues de vidange contaminées.

Désignation Tonnage
Ordures Ménagères 646, 6 tonnes
Déchets Industriels 42 tonnes
Déchets Hospitaliers 8, 4 tonnes
Total 700 tonnes

Tableau 5. Quantités de déchets déversées quotidiennement à Mbeubeuss. Source : Convention Cadre


des Nations Unies sur les changements climatiques MEPN, novembre 1997 in Annuaire sur
l’Environnement et les ressources naturelles du Sénégal. MEPN-CSE. Novembre 2000. 268p

Une partie du contrat liant l’Etat sénégalais à la société AMA -ALCYON prévoyait la
gestion par l’entreprise, de la décharge de Mbeubeuss. Des travaux devaient y être menés en
4
en attendant l’ouverture à une quarantaine de kilomètres de Dakar d’un CET . Le site
implanté dans la région de Thiès devait compléter la chaîne de prise en charge en recevant
les Déchets Ultimes issus des trois unités de triage- compostage envisagées. Mais en
attendant, et malgré cette gestion controversée et très désordonnée Mbeubeuss tourne encore
et fait le bonheur de quelques 1000 personnes généralement récupérateurs qui vivent et y
« travaillent ».

1
Voir méthodologie.
2
Elle s’oppose à la décharge de déchets « stabilisés » qui reçoit des matières ou des objets inertisés et qui peuvent bénéficier d’un
confinement absolu.
3
MAYSTRE L-Y Op cité 1994. P5
4
Les populations de Dougar à côté de Sébikotane, ont très vite manifesté leur indignation et leur opposition de voir leur localité devenir la
nouvelle décharge de la ville de Dakar. C’est assurément le syndrome NIMBY qui se manifeste aussi chez ces habitants.

129
4.2 Elimination parallèle (ou informelle) des déchets solides.

L’échec des entreprises intervenues dans le nettoiement à Dakar, s’est traduite par un
1
décalage permanent entre les quantités produites et celles réellement collectées ; la plupart de
2
ces entreprises n’ont pas été en mesure d’assumer ce monopole . Cette situation explique
aussi que dans les quartiers de l’agglomération, les mécanismes parallèles d’élimination des
déchets n’aient jamais tout à fait disparu.

A Dakar, pour le ménage en quête d’un mécanisme d’élimination parallèle, on note un


glissement et un rapprochement des fonctions évacuation et élimination qui participent de la
même action. Toutefois dans le cas sénégalais, cette notion d’élimination parallèle n’est
valable qu’en milieu urbain ; en zone rurale, les populations se chargent elles-mêmes de
l’élimination de leurs déchets.

Même si aucune zone n’est en théorie exclue de la collecte et de l’évacuation officielle des
déchets, certains quartiers ont pendant longtemps été plus « avantagés » que d’autres.
Aujourd’hui, l’élimination parallèle touche l’ensemble des quartiers de l’agglomération, avec
des pratiques alternatives qui se traduisent par :
3
- la constitution de dépôts anarchiques sur le continent (continentaux)
- la constitution de dépôts anarchiques littoraux,
- la pratique de l’incinération individuelle et sommaire,
- et enfin la pratique de l’enfouissement individuel et sommaire.

Ces procédés alternatifs ont cours dans la quasi-totalité des quartiers de l’agglomération,
bien que les modalités soient variables et que certaines pratiques soient plus prisées que
d’autres. Si les autres formes d’élimination des déchets évoquées sont aussi présentes dans
l’ensemble des quartiers de la ville, selon des proportions différentes, le mode dépôt
anarchique semble plus adopté.

Dans les quartiers réguliers bénéficiant d’une collecte et où la TEOM est perçue, on
retrouve ces pratiques sous forme d’un instinct de survie hygiénique ; elle oblige les
populations s’occuper elles-mêmes (provisoirement) de l’élimination des ordures ménagères
produites, en cas de défaillance du service. D’ailleurs, les populations ne se font plus guère
d’illusion sur ponctualité des camions de collecte : « ça fait longtemps qu’il n’est plus
question de passages à heures fixes » soutiennent en effet les habitants de la ville. « On en est
tout le temps à nous demander qu’en sera-t-il de demain car les poubelles on doit les vider au
moins tous les 2 jours. De toutes façons même s’ils ne passent pas (les camions), on sera
quand même obligés de nous débrouiller autrement… ».

1
Mais ce phénomène n’est pas nouveau : déjà en 1992, sur environ 1005 tonnes produites seuls 700 parvenaient à la décharge de
Mbeubeuss, du fait des manquements des structures de collecte.
2
En effet pour Dakar, il n’existe pas en amont du système une phase de pré-collecte des déchets qui s’assimilerait à une première collecte
une fois les déchets hors de l’espace domestique, cette dernière supposant qu’elle soit intégrée au processus officiel. En réalité les
charretiers qui semblent parfois jouer ce rôle de pré- collecteurs ne constituent pourtant pas un maillon de la chaîne car, ne travaillent pas
dans le même sens que le service officiel. Pour cela, il aurait fallu qu’ils collectent pour le compte de AMA, vident dans des installations
où endroits appropriés servant à la reprise, avant que des véhicules plus adaptés convoient les chargements à la décharge. Par ailleurs, on
peut signaler que les clauses du contrat sont restées confidentielles, aussi bien que le HAPD que la société de collecte ou le Ministère de
l’Environnement n’ont voulu donner accès aux clauses et modalités du contrat. MEPN-CSE Annuaire sur l’Environnement et les
ressources naturelles du Sénégal. Novembre 2000. 268p.
3
On parle aussi parfois dans la littérature de « décharge » ou de dépotoir anarchique.

130
Dans les quartiers populaires incrustés dans le Plateau ou dans la grande banlieue, en
passant par les zones résidentielles ou encore les zones commerciales, on note la formation de
dépôts anarchiques. Dans la grande banlieue, c’est souvent dans les quartiers irrégulièrement
et / ou nouvellement crées, ainsi que dans les quartiers spontanés que l’on retrouve le plus de
dépôts anarchiques. Ces derniers sont très peu pris en compte dans la répartition des circuits
de collecte et / ou la mise à disposition de containers de collecte mobiles. Comme dans les
zones d’implantation spontanée ou irrégulière, dans les villages traditionnels aussi, cet instinct
hygiénique, est doublé d’une sorte de volontarisme qui a depuis longtemps, évacué toute
angoisse dans la recherche des solutions alternatives. Les populations apparaissent en effet
moins désemparées car plus habituées à faire face à de telles situations de désœuvrement
hygiénique ; elles disposent encore de quelques espaces « vacants ».

La nature, la taille, la fréquentation et la permanence ou non de ces dépôts anarchiques,


ainsi que leur importance, varient en fonction de leur localisation dans la ville, au sein des
quartiers qui les abritent, mais aussi de la typologie même de ces quartiers. Qu’ils soient
continentaux ou littoraux, ces dépôts sont présents avec des fonctions, un mode
d’implantation et une polarisation différentes.

4.2.1 Les dépôts anarchiques continentaux.


Ils constituent pour les ménages dakarois la seconde plus importante méthode
d’élimination des matières résiduaires solides, après la collecte en porte à porte et avant celle
groupée. Cette forme d’élimination par dépôts anarchiques touche aussi bien des points
visibles que l’intérieur « des terres » à quelques mètres seulement des voies de
communication. C’est la faiblesse ou l’inexistence d’une collecte officielle qui pousse les
populations à se rabattre sur les points de rejets dits anarchiques. La tendance naturelle pousse
à cibler les cavités et dépressions ; dans les endroits où ils existent fossés, caniveaux, feront
l’objet de dépôts dits cavitaires, les grosses crevasses sur les voies secondaires sont même
parfois ciblées, indépendamment de l’utilisation des ordures comme matériau de remblai dans
les zones basses habitées. Dans les zones où de telles cavités sont moins présentes ou
inexistantes, les populations se contenteront de rejets monticulaires, formant des tas.
Sont généralement ciblées : les devantures des établissements scolaires notamment
primaires, les proximités des marchés locaux et édicules publics, les clôtures ou l’intérieur des
maisons non achevées, et dont la construction stagne, les terrains vagues ou vacants, les
espaces à l’abandon (vielles maisons désaffectées, coins peu fréquentés…), alors que
l’environnement des centres de santé est généralement épargné. On verra qu’ils sont en
général le fait aussi bien des populations des quartiers les plus démunis1 de la banlieue, qui se
trouvent aussi être les plus négligées dans la prise en charge de leur production de déchets,
que des habitants des zones couvertes par la collecte et même parfois des activités
professionnelles. Dans les parties urbanisées, ces décharges improvisées prennent en général
possession des devantures des immeubles en construction non surveillés, des contre bas
(extrémités de la chaussée) des ruelles et les maisons abandonnées ou en ruine. Elles serviront
alors d’exutoire au même titre que les murs extérieurs de certaines infrastructures publiques
(stades, écoles, gares, marchés et même parfois locaux abritant les mairies d’arrondissement).
Leur rapide éradication ou non est fonction de leur exposition ou non dans des artères
fréquentées. L’absence de forêts ou zones boisées pour dissimuler les déchets accentue leur
visibilité.

1
Quartier démuni ne signifie pas forcément population pauvre : on constate en effet un regain d’installation d’une classe moyenne dans ces
zones jusque là considérées comme péri urbaines et pauvres. Ces nouveaux venus, propriétaires ou locataires de logements d’un standing
élevé accueilleraient avec joie la desserte de leurs quartiers et seraient prêts à y mettre les moyens (80 % des personnes interrogées).

131
Même s’ils sont globalement de disposition quelconque, les dépôts anarchiques présentent
néanmoins quelques particularités physiques. Généralement d’allure ovoïdale, la forme creuse
de leur niveau central qui caractérise 70 % des dépôts utilitaires rencontrés, s’explique par la
pratique d’un abandon auréolaire qui fait suite aux premiers tas ou rejets inauguraux. Les
dépôts partent généralement des côtés intérieurs : trottoirs, accotements ; c’est lorsque
l’extension du dépôt est contrariée par quelques obstacle (bâtiments), que les marges seront
enjambées. L’intérieur rempli commence à gagner en volume et en hauteur. Toutefois,
certains n’hésitent pas à étendre la traînée, jusqu’à empiéter sur les voies de communication.

Les lieux de décharge n’étant pas considérés comme neutres, certaines précautions sont
prises au moment de se débarrasser de ses ordures de manière informelle : non corruption des
lieux de passage, des alentours de certains édifices sacrés comme les mosquées etc. La même
perception religieuse se retrouve aussi dans des endroits parfois inattendus. DIOP & WAAS
soulignent pour le village de récupérateurs Baol installé à l’intérieur de la décharge de
Mbeubeuss : « les chemins entre les palissades des concessions en cases, mènent soit à une
gargote, soit à un lieu de prière tourné vers l’orient, propre, balayé avec soin, délimité par
1
une ligne de bouteilles récupérées ». L’orientation révèle pour 90 %, des dépôts de direction
ouest, opposée au levant.

S’agissant de leur fréquentation, on avait précédemment souligné que ces lieux de dépôt de
déchets restent encore des endroits suspects notamment dés le coucher du soleil ; certaines
2
populations disent se prémunir de présences maléfiques en évitant de les fréquenter le soir .
Selon eux, ce sont d’ailleurs les mêmes raisons que déconseillent à ce moment de la journée
de ne plus balayer, que ce soit à l’intérieur, ou à l’extérieur de la concession ou maison. Ce
rapport entre saleté et dangerosité, rend suspects certains endroits dits sales, potentiels refuges
de Djinns. Cette perception alimente encore un faisceau d’interdits établissant parfois un lien
3
avec le monde des morts .

Rappelons toutefois que les risques liés à leur fréquentation tardive, restent ordinaires. Les
agressions subies le soir par les utilisateurs imprudents de ces points de rejet, sont le plus
souvent d’ordre physique…, et bien réels. Squattés en journée par des récupérateurs et
badauds louches, mais généralement inoffensifs, ils deviennent le soir deviennent des repères
de délinquants et de marginaux violents…, à moins que ce ne soient les mêmes qui à leur
manière, jouent un remake de Dr Jekyll & Mr Hyde.

1
DIOP & WAAS, (1990). « Economie Populaire du recyclage des déchets à Dakar ». In Environnement Africain n°29-30 vol VIII, 1-2
Enda, Dakar 1990. 297 p P105-128» p 117
2
Cela dit, il est rare que les PRA situés en ville en pleine civilisation soient désignés. En général, les PRA les plus craints sont ceux localisés
dans des endroits isolés ou en retrait, et se surcroit faiblement éclairés.
3
Parmi ces interdits il y’a celui de ne pas jeter de l’eau chaude dans les éviers, les canalisations et conduites, endroits sombres et cachés,
idéals pour les « mauvais esprits » de même que les points de rejet d’ordures la nuit qui parfois sont fréquentés même la nit par quelques
vagabonds ou rôdeurs. Par contre, faits sordides, il arrive souvent que ces PRA alimentent les rubriques des faits divers, notamment
lorsqu’on y retrouve des cadavres de nouveaux nés ou de personnes victimes de règlement de comptes…Durant nos enquêtes, nous avons
rencontré deux personnes qui nous ont dit avoir été témoin de la récupération par les sapeurs-pompiers de corps de nouveaux nés abandonnés
dans des endroits servant de dépôts anarchiques.

132
En remontant les traces historiques de ces points de rejets anarchiques (du moins dans
l’espace dakarois), on verra que leurs initiateurs furent en réalité…les européens installés dans
la ville dés la fin du 19° siècle, mais surtout après son occupation officielle par PROTET en
1
1857 . Quoiqu’il en soit, la distribution des dépôts à l’échelle zonale (de la CUD) est très
variable, même si l’on note une progression en nombre et en volume, s’effectuant selon un
axe Ouest nord-est à mesure que l’on s’approche de la décharge. On distingue en grosso
modo deux familles de dépôts :

- les dépôts anarchiques utilitaires représentant près de 95 % des dépôts rencontrés. Ils
sont constitués des dépôts temporaires et ceux dits « permanents». Les premiers sont
en général éradiqués moins d’un mois après leur constitution et comprennent nombre
de points de collecte groupée ou PAV, alors que les seconds peuvent rester « en
l’état » pendant plusieurs mois, voir plusieurs années.
- et les dépôts anarchiques protestataires ou contestataires représentant 5% des dépôts
recensés et principalement érigés pour « protester » contre l’autorité publique.

Quant ils apparaissent hors contexte de « crise » concernant la collecte, ils sont en effet mis
en œuvre pour des raisons « politiques » (tilim-tilimeul ou campagnes de sabotages),
constituant ainsi une manifestation de l’instrumentalisation politique des déchets. Par contre
durant les périodes de « crise », ils seront le signe de l’exaspération des populations face aux
défaillances du service de collecte. Quoiqu’il en soit, ces dépôts contestataires ont en général
cours dans le Département phare de Dakar notamment dans le centre décisionnel du Plateau
mais aussi dans certaines artères principales d’autres quartiers populaires. Implantés alors de
manière plus visible, en plein milieu des rues avec comme but de gêner la circulation et attirer
l’attention des automobilistes, ces barricades auront aussi pour objectif de causer un
électrochoc chez les autorités pour les faire réagir (voir indice de satisfaction).

Mais globalement au niveau de la taille des dépôts rencontrés dans la région de Dakar, on a
pu isoler :

- les minis dépôts de taille inférieure à 5 m2 dénommés (MD1)


- les dépôts de taille moyenne allant de 5 à 15 m2 ou (MD2)
- et enfin les maxi dépôts nommés (MD3), de taille supérieure à 15 m2. Certains d’entre eux
implantés sur des terrains vagues atteignent même plus de 50 m2, et polarisent parfois des
dizaines de quartiers. D’autres découlent aussi de faits d’aménagement sub-local ; c’est le cas
lorsque des populations tentent de combler avec les ordures, des zones ou terrains inondables,
occupés par des établissements humains.

L’érection de dépôts anarchiques utilitaires est donc observée dans l’ensemble des
quartiers de l’agglomération, même ceux des zones régulières, et des zones de haut ou de
moyen standing. En général les populations y ont recours pour pallier l’irrégularité des
systèmes de collecte officiels, les dépôts apparaissant le plus souvent quatre à cinq jours après
le début des défaillances (temporaire ou prolongée) du service. Ainsi, la quasi-totalité des
dépôts anarchiques temporaires (mini ou moyens de la famille utilitaire) que l’on retrouve
dans la ville de Dakar et qui concernent les zones d’habitat régulier sont le fait de populations
disposant en théorie d’un service de collecte. En général, ils sont constitués pour 30 % de
Points d’Apport Volontaire (PAV), mis en place par la société de collecte pour les quartiers
inaccessibles.

1
Voir partie III Genèse, enjeux et évolution de la question déchets à Dakar.
133
Ces PAV se retrouvent ainsi très vite débordants du fait de l’irrégularité de la collecte
domiciliaire et des apports de déchets issus de ces secteurs traditionnellement desservis. Ils se
transforment alors Points de Rejet Anarchique (PRA) en cas de défaillance du service ou lors
de manifestations telles que les grèves des éboueurs ou des sociétés de collecte, situation que
l’on retrouve qui est aussi le cas dans toutes les villes du monde.

Ces nouveaux points de rejets anarchiques vont avoir le même fonctionnement que les
points traditionnels de rejets, à l’écart des circuits de collecte établis par la société de
nettoiement.

Ces traditionnels points de rejets, plus pérennes se situent à l’intérieur des quartiers à
proximité des habitations. On en retrouve en contrebas des rues et ruelles, dans les fossés,
canaux et caniveaux, dans des maisons abandonnées et dans des recoins feutrés. Là aussi c’est
le premier tas qui en appelle d’autres, jusqu’à la constitution du dépôt. Quant aux dépôts
permanents, ils sont davantage présents dans les zones où la collecte est très faible (moins de
30 %) ou alors quasi absente, notamment dans les quartiers irréguliers de la banlieue
Pikinoise ou Rufisquoise, inaccessibles aux véhicules de collecte. Par question de commodité
on exclura des dépôts anarchiques, les points de rejets littoraux qui seront traités séparément.

Dakar : le Plateau et l’Ancienne Grande Médina.


Au Plateau, hormis le secteur du Palais Présidentiel et « dépendances » (Primature,
building…) qui en est totalement épargné, les dépôts suivent une implantation plutôt
« commerciale » et essaiment concomitamment aux points d’activités comme la zone du Port
Autonome de Dakar (PAD), la gare de voyageurs du chemin de fer qui constitue la
terminaison de l’Avenue de l’arsenal, ou encore le marché Sandaga. Leur dispersion forme
un arc de cercle allant de la Gare Ferroviaire dans le secteur du port, au Terminus Petersen en
passant par la Gare Routière de Pompiers, établissements généralement situés un peu à l’écart
des habitations. Ces points représentent généralement des endroits recevant beaucoup de
monde en journée ; le Plateau est le siège de la quasi-totalité des administrations et des
services de la ville.
Ces dépôts ont tendance à se reconstituer de manière rapide et récurrente. La plupart sont
le fait des migrants pendulaires, mais aussi des petites activités de commerce et de service du
tertiaire. Si quelques commis, gardiens y déversent parfois les déchets issus des
administrations et des secteurs de bureaux (notamment en cas d’irrégularité dans ces zones
qui on l’a dit sont couvertes par la collecte officielle), ce sont surtout les commerçants des
marchés, les tenanciers d’échoppes, salons, dibiteries, et autres petits commerces établis sur
les trottoirs et recoins du centre, qui endossent la plus grande part de ces rejets.
Les populations qui résident dans les environs participent aussi à la constitution de ces
dépôts ou à leur dilatation ; mais ces dépôts sont aussi parfois alimentés par les agents de
collecte et de nettoiement de la société AMA chargée du centre-ville. Une fois remplis des
déchets de balayage et de quelques petits encombrants, les brouettes et autres chariots des
agents, soulagent d’un côté les artères et coins les plus en vue (Roume ou Ponty) ou à fort
coefficient touristique (Kermel) au détriment des « marges » du Plateau où les ordures sont
vidées. Cet artifice est à mettre au chapitre des limites de l’organisation des interventions de
terrain.

134
Qu’il s’agisse de MD1 ou de MD2, les dépôts rencontrés ont une orientation quelconque et
sont généralement de forme ovoïdale. S’il n’a pas été possible de déterminer la composition
des ordures qui forment ces tas, la méthode du premier coup d’œil permet de voir que
globalement de ces dépôts sont assez fournis en matière aussi bien inorganiques, qu’en
éléments organiques. Pour les premiers, il s’agit souvent de petits encombrants cartons,
déchets d’activités de commerce et de conditionnement prisés par les récupérateurs, parfois de
gravats et déchets de construction alors que des déchets alimentaires proviennent aussi bien
issus des rejets des ménages environnants que des activités de restauration présentes dans la
zone.
Les déchets alimentaires qui intéressent aussi les récupérateurs que ce soit pour de la
consommation directe ou à titre de nourriture pour les animaux d’élevage, attirent aussi
rongeurs, et animaux errants (chiens, chats et rapaces), alors que la présence d’animaux
d’élevage domestique (moutons, chèvres…) est plus rare. Du fait de l’intensité de la
circulation automobile, mais aussi des risques de confiscation des animaux par la fourrière ou
le Service d’Hygiène, les quelques résidents du centre disposant de petit cheptel préfèrent ne
pas laisser les animaux divaguer dans ces zones et glaner quelque nourriture.

Indépendamment des bennes en apport volontaire des marchés qui se retrouvent


quotidiennement débordantes jusqu’à se transformer en Points de Rejet Anarchique (MD2), la
quasi-totalité des MD2 rencontrés dans cette zone sont des anciens PAV ou encore en activité,
ce qui explique leur rapide étalement. En à peine une journée, ils se transforment littéralement
en mini décharges nécessitant parfois plusieurs heures et deux à trois véhicules aux agents de
nettoiement dépêchés longtemps après sur les lieux pour les éliminer. C’est le cas de certains
points noirs quasi permanents à plusieurs endroits de la ville, comme le marché Sandaga sur
l’Avenue Lamine Guèye aux containers d’ordures constamment débordants et empiétant sur
la voie publique.

Le prolongement Est du marché aboutit sur Sandiniéry, « l’avenue des fruits » ; c’est le
domaine des commerces de primeurs, généralement détenus par une filière peule d’origine
guinéenne. Déjà encombrée de véhicules et camions de ravitaillement, l’avenue libère aussi
par endroits des effluves de matières alimentaires en pourrissement, dont certaines se
retrouvent sur la chaussée. Dial DIOP et Lat-DIOR, stations de « cars rapides » et « Ndiaga
Ndiaye » sont aussi touchés avec par endroits le déversement d’eaux ménagères qui se mêlent
aux tas d’immondices. Dans la zone du nouveau Palais de Justice sur la corniche ouest qui se
juxtapose avec le secteur de Niayes-Tiocker la physionomie des dépôts évolue déjà en
glissant vers des points alimentés aussi bien par le commerce, les services urbains de
proximité que les habitations environnantes. Ce secteur est en effet le lieu de prédilection de
divers garages de mécanique informels et sert également de station de lavage pour ces bus de
transport en commun mais aussi pour nombre de particulier désirant donner un coup de
« lustre » pour pas cher à leur véhicule.

En résumé on retrouve dans ces zones des dépôts de taille moyenne, en général d’ancien
PAV, principalement orientés vers les activités avec notamment les apports des commerces.
Un rapide coup d’œil sur la composition des résidus solides montre d’ailleurs une
prédominance hormis les déchets organiques qui sont aussi bien le fait des ménages que du
secteur de la restauration et des marchés, d’indicateurs commerciaux tels que les papiers et
cartons bien représentés.

1
Une niche d’environ 8m de côté 3 m de hauteur.

135
Photo 33. Dépôt anarchique temporaire de taille moyenne (MD2) au Plateau. Celui-ci est localisé
près d’un édifice en construction, le nouveau Palais de Justice sis à la corniche.
(Cliché DIAWARA A-B 2004).

On retrouve la même situation dans les quartiers de la Médina, Gueule Tapée, Ouagou
Niayes ou encore Niary-Tally. Ici les dépôts anarchiques, principalement constitués par les
rejets des populations résidentes, sont aussi une conséquence de l’irrégularité d’une collecte,
qui peut parfois accuser un « retard » d’une semaine. Les tas d’immondices sont d’abord
localisés dans des endroits « neutres », ou représentant généralement l’autorité publique :
espaces verts ou murs d’enceinte d’écoles, abords des canaux. Non ramassés, ils s’étaleront
progressivement pour parfois atteindre les voies de communication et même en obstruer une
partie.

L’aspect général de ces dépôts garde encore la même physionomie que ceux rencontrés au
centre, aussi bien concernant l’orientation que la composition apparente. Toutefois, on note
qu’il s’agit très souvent ici d’ordures ménagères. L’intervention tardive des agents pour
résorber ces dépôts se fera alors dans le plus grand mal ; pouvant durer plus d’une heure, elle
crée parfois un sur embouteillages durant des heures de grande fréquentation, provoquant l’ire
des automobilistes.

136
Photo 34. Dépôt anarchique utilitaire de taille moyenne (5 à 10 m2) à Grand-Dakar (Gueule-Tapée).
(Cliché DIAWARA A-B 2004).

Généralement, c’est durant les périodes de dysfonctionnement du service, que la


population a recours aux dépôts anarchiques ; elle se rabat aussi sur les bennes attribuées à
des bâtiments d’organismes publics ou privés, ainsi que sur celles de marchés à proximité, à
l’image de celui de la Gueule-Tapée. Dans cette zone, les dépôts ont tendance à se pérenniser,
et à gagner des endroits pas toujours soupçonnés. Ainsi l’hôpital FANN, mais surtout le
campus social de l’Université Cheikh Anta DIOP (UCAD) avec ses restaurants universitaires
et ses 25 000 pensionnaires, constituent une source de production non négligeable aussi bien
en matières organiques (déchets alimentaires provenant des restaurants) qu’en déchets non
organiques (liés à la gestion de l’infrastructure d’accueil).

Si le complexe universitaire bénéficie d’une collecte personnalisée, l’existence de nombre


de petits commerces et des étals implantés aux différents arrêts des lignes de transport ont
favorisé l’implantation de bennes en PAV. Leur gestion approximative et le vidage irrégulier
des bennes, entraîne la constitution de mini dépôts le long d’une ligne Fann- Ouakam, Ngor,
et dans les quartiers réticulaires.
S’agissant des autres établissements publics notamment administratifs et d’éducation
(écoles primaires, collèges et lycées), si les premiers présentent une production généralement
limitée à une fraction solide non organique (papiers), les seconds concentrent une bonne
fraction de déchets organiques généralement éliminés par PAV, hormis pour ceux installés
aux abords des voies bitumées. Le secteur de Fann partage une frontière virtuelle avec Fass
qui a emprunté son nom à Fès la ville marocaine . Avec ses bidonvilles « Guinaaw Lamb »
derrière les Arènes de Fass, et « Congo » elle est autant confrontée à la promiscuité, qu’à
l’occupation anarchique de l’espace.

137
Cette dernière se traduit par la profusion de services de proximité tels que les
blanchisseries, les télécentres, les ateliers de mécanique automobile, les menuiseries
métalliques et du bois et les boutiques diverses, alors qu’au niveau de l’habitat, on retrouve
nombre de maisons alternant constructions en dur et des baraques en tôles, bois, et masures :
on est en plein cœur des quartiers populaires de la ville. Du fait de l’irrégularité de la collecte,
la zone dispose d’une vingtaine de dépôts anarchiques qui s’étendent aussi à la Gueule-Tapée,
alors que Fann et Fann-Hock sont relativement épargnés.

La ceinture des HLM depuis Colobane avec son marché et ses « cantines » débordant
presque sur la route, consacre aussi la jonction avec la rocade Fann-Bel-Air. Avec Usine Bène
et Niary Tally ils comportent au-delà de leur habitat mixte, de véritables « ruches » où se
mêlent habitat dense avec des quartiers parfois d’accès difficile car tortueux et sablonneux et
foisonnement d’activités en tout genre. D’ailleurs, le volet « enlèvement du sable » n’est
quasiment plus respecté même sur les principaux axes routiers. Comme dans l’essentiel des
quartiers populaires, les activités sont en général liées aux services de proximité et au
commerce de détail.

La présence de ces activités de production artisanale et commerciales généralement non


comptabilisées dans les campagnes de quantification rudologique, contribue à augmenter à
l’échelle zonale la production de déchets. Il s’agit des activités de restauration (gargotes,
restaurants..) et des métiers de bouche (boucheries, épiceries, boutiques…). Le commerce de
détail et/ou de proximité y propose denrées de première nécessité (riz, huile…) dans des
quantités et proportions réduites : kiosques à pain, points de vente de lait caillé…qui occupent
aussi bien des boutiques en « dur » que des cagibis, alors que le micro commerce de proximité
avec des vendeurs de condiments, de denrées alimentaires « prêtes à consommer » s’installe
généralement sur des étals mobiles. Au chapitre des services, on note la présence de
nombreuses activités artisanales menuiseries, ateliers de mécanique diverse (automobile),
tôleries… et divers « packs » où l’on retrouve vendeurs de fourrage urbain, de charbon de
bois…, d’installation plus fixe que les précédentes. Si pour les premiers l’installation légère
ne nécessite pas de consolidation légale par le biais de mécanismes de légitimation, pour les
autres, l’occupation anarchique de l’espace passe par le biais d’autorisations, de légalité
douteuse, obtenues en infiltrant les porosités de l’administration ou des mairies
d’arrondissement.

Les déchets produits par ces activités de même que ceux des ménages alentours rejoignent
en général en mode PAV ceux des différents marchés présents dans chaque quartier qu’ils
soient de taille importante à l’image de Colobane, HLM, Usine Bène et Niary Tally) ou
interstitiels et plus réduits. Sont aussi ciblés les terrains vagues même si une partie de la
production fait l’objet de récupération-recyclage.

Du fait de la proximité d’une forte activité artisanale (réparation automobile, tôleries,) et


de la zone industrielle de sur l’axe Bel-Air→ Autoroute, Colobane est d’ailleurs devenu
depuis quelques années un haut lieu de la récupération de déchets, avec des déchets ferreux
convoités et usités par les ferrailleurs qui parfois les entassent dans quelques dépôts zonaux
encore appelés packs. Les fondeurs d’aluminium qui s’y sont installé aussi, travaillent à base
de matière récupérée, les déchets de bois servent de combustible, alors que les copeaux font
office d’activateur pour fourneaux traditionnels ou de litière dans les abris des animaux
d’élevage intramuros. Parmi les activités représentées, seules celles de service ne recourant
pas à la transformation -boutiques, quincailleries, télécentres…-, ne présentent pas de
production de déchets conséquente.

138
Photo 35. Maxi dépôt d’ordures à Colobane. Le site qui polarise les déchets du marché et de la gare routière du
même nom, ainsi que ceux provenant des maisons alentours (Colobane HLM Nimzzat, Bopp, Cité Port), accueille
aussi des professionnels travaillant dans les métiers de la récupération des déchets. On y retrouve aussi bien des
fournisseurs de matière première c'est-à-dire les récupérateurs, des collecteurs-revendeurs, que les petits
producteurs artisanaux à l’image des fondeurs d’aluminium fabricant divers objets dont des ustensiles de cuisine
pour les couches populaires (marmites, louches etc.). (Cliché DIAWARA A-B 2007)

C’est un peu le même cas de figure que l’on retrouve aux allées Sidaty Aïdara alors qu’une
fois la frontière Bourguiba enjambée, la situation s’améliore une peu du côté des SICAP. Si
pendant des années ces quartiers privilégiés bénéficiaient d’une bonne couverture en matière
de collecte, notamment durant la période où l’organisme disposait de sa propre logistique
réservée à ses réalisations, ils doivent depuis quelques décennies faire face à une dégradation
constante du service et dont les conséquences se reflètent sur la physionomie du cadre de vie.
Des mini -dépôts ou MD1 inaugurés par les populations pour se soulager en période
d’irrégularité de la collecte et généralement localisés sur les poches sableuses se transforment
en effet très vite en de véritables dépôts locaux, d’autant que nombre de charretiers qui
interviennent dans ces quartiers durant ces périodes de « flottement » n’hésitent pas à utiliser
ces coins de proximité pour vider leur chargement.

A ce propos, la métamorphose de Sacré-Cœur III est édifiante : la zone naguère


pavillonnaire, donne actuellement une image contrastée avec de luxueuses villas cohabitant
avec des packs sauvages, où des récupérateurs amoncellent leur « trésor » sur des monticules
de 15 m2 sur 2m de hauteur. Dans le secteur, Point E, Zone B, Point E, Cerf-Volant semblent
relativement épargnés, ne disposant pratiquement de la moindre parcelle de terre non occupée
pouvant accueillir les détritus. A Mermoz et vers les SICAP, les principaux points de chute
sont les abords de « La Case », alors que le long de la VDN essaiment de nombreux dépôts
anarchiques favorisés par l’implantation des nouveaux lotissements le long de la route.

139
Cette zone de Mermoz / Sacré-Cœur qui avec Hann/ Bel-Air recelait les dernières
disponibilités foncières de la ville. Elle a depuis été envahie par des constructions et
lotissements notamment ceux longeant la VDN, à destination d’une classe moyenne à aisée.
Toutefois, les habitants sont aussi soumis aux aléas des camions de collecte ; faute mieux,
certains néo résidents adoptent le terre- plein central pour l’élimination de leurs déchets, le
transformant ainsi progressivement en décharge d’appoint jusque vers le Centre International
pour le Commerce Extérieur du Sénégal (CICES) communément appelé Foire.

Présentant sur toute sa longueur des îlots de détritus, ce terre plein qui sépare la « 2 x 2
voies » de cette rocade, dépourvu de glissières de sécurité et occupé çà et là par quelques
cagibis ou activités (confection de briques, vente de foin et de fourrage urbain pour le
bétail…). Il reçoit aussi nombre de déchets en quantité industrielle, souvent le fait de quelques
entreprises peu scrupuleuses cherchant à réduire les frais de transport jusqu’à la décharge de
1
Mbeubeuss des résidus de leurs process de production .

Cette tendance se maintient sur la Route de l’Aéroport : cette voie qui constitue l’unique
axe menant à l’Aéroport International de Dakar-Yoff depuis l’autoroute est donc souvent
empruntée par les cortèges officiels. Mais elle n’en étale pas moins ses immondices et
annonce la couleur aux visiteurs débarquant dans la capitale, avec des pics qui seront atteints
à l’approche des villages traditionnels : Ouakam, Ngor ou encore Yoff.
Castors qui marque la limite Est de la ville de Dakar décline aussi ses points noirs. Dans la
zone du marché, les conteneurs à déchets, régulièrement saturés, laissent place à des dépôts
anarchiques quasi pérennes, alors que de nombreux petits points s’étalent sur la Route du
Front de Terre avec sa jonction avec le quartier de Derklé. La fatale combinaison avec les
difficultés de l’assainissement liquide s’opère alors durant l’hivernage, à hauteur de la station
de pompage où se forme un véritable lac putride. Ce lac oblige tous les ans et à la même
période, les automobilistes à serpenter dans les ruelles du marché pour accéder à la Route du
Front de Terre en direction de Grand-Yoff, ou vers la Route de Rufisque via Hann et le Parc
Zoologique pour les passagers en route vers Pikine ou Rufisque.

On retrouve aussi ce type de dépôts dans la banlieue Nord est de Dakar, notamment à la
Patte-d’oie, où le long de l’autoroute reste privilégié pour l’élimination des ordures. La zone
du stade municipal et du collecteur présentent les plus fortes proportions de dépôts, alors que
les garages de taxis clandos et « Cars Rapides » disposent chacun de leur petit dépôt.
Toutefois, les déchets sont présents partout avec des ordures légères notamment plastiques qui
semblent tapisser l’ensemble de la zone. A Cité des Impôts et Domaines, de même qu’à
SOPRIM, FADIA, HAMO…les versants des dunes qui bordent les Niayes sont colonisés par
les déchets ménagers rejetés par les populations.

1
Durant l’année 2000, des agents d’une société de commercialisation de pneus ont été surpris par le ministre de l’Environnement de l’époque
en train de déverser un chargement de pneus usagés sur la VDN. L’Etat porta plainte contre la société pour dégradation et pollution.

140
A Grand-Yoff, la présence du marché y favorise la même situation. Les containers destinés
à ses déchets commerciaux se retrouvent vite débordants, ce qui n’empêche cependant pas les
populations de continuer à vider le contenu de leurs poubelles sur leurs pourtours. A l’image
de Castors, cette zone vivait avant la mise en service de la station de pompage et de
relèvement des eaux pluviales un véritable calvaire en saison des pluies du fait notamment de
l’inondation sur prés de 100 m de la route menant au Front de Terre. Devenant impraticable,
l’isolement était alors total pour les quartiers allant du marché jusqu’à hauteur de la Caserne
de gendarmerie en passant par l’ancienne Fourrière Municipale, aujourd’hui transférée sur la
VDN.

Actuellement, la zone de l’échangeur routier, envahie par les activités diverses (gare de
stationnement automobile, garages automobiles etc.), est aussi touchée par la présence de
points de rejets de déchets non contrôlés. L’implantation sous l’ouvrage d’art d’un PAV
approximatif et peu entretenu (bennes inadaptées et irrégulièrement vidées), maintient cette
situation d’insalubrité permanente. Le bassin de collecte des eaux pluviales réalisé à
proximité reçoit aussi de manière quotidienne les déchets des populations et activités à
proximité.

Ces lisières du département de Dakar marquent aussi la proximité et la jonction avec la


banlieue : si jusque là on ne trouvait que des dépôts de petite taille ou mini dépôts (moins de
5m2), dans cette zone, ces dernières seront en concurrence avec des dépôts de taille moyenne
(5 à 10 m2), plus caractéristiques du secteur. Les parcelles Assainies en présentent leur lot
avec les désormais célèbres points noirs du croisement HLM Grand Médine, marché Dior, et
prés de « L’Eglise » où l’on retrouve parfois une association dépôts anarchiques-points de
rejets des eaux usées ménagères. Unité 14 présente cependant la plus grosse contrainte avec la
formation régulière et notamment lors de l’hivernage, d’un lac fétide à hauteur du marché et
constitué du rejet des égouts environnants, des eaux de ruissellement et des ordures
ménagères déposées par les populations complétés par les déchets en provenance du marché à
proximité.

La situation en matière de prise en charge des déchets dans la Commune de Dakar n’est
pas des plus reluisantes. Mais globalement, la quasi totalité des dépôts rencontrés (80 %) sont
temporaires et correspondent à des MD1 de taille inférieure à 5m2 (dont le tiers constitués de
PAV). Le nombre limité de dépôts permanents rencontrés dans la proche banlieue (Parcelles
Assainies) qui de surcroit sont constitués de MD2 n’excédant pas 15 m2, traduit malgré les
limites et les insuffisances du système, une relative bonne prise en charge des déchets dans le
Département de Dakar…en comparaison des autres.

A l’entrée du département de Pikine, dés la sortie de l’autoroute direction est, les nouveaux
lotissements et immeubles implantés sur les anciens jardins dunaires de Cambérène
notamment le quartier de Dalifort (restructuré par le GTZ) peuvent entretenir le doute. Même
si on est déjà dans le département de Pikine, ces quartiers bénéficient d’une collecte
domiciliaire. Mais assez irrégulière, elle contraint souvent les populations à se rabattre sur les
espaces naturels encore disponibles et qu’utilisent les habitations irrégulières qui jouxtent
l’ensemble. Ces dépôts pratiquement invisibles depuis la route de Cambérène se mêlent
souvent au paysage de verdure encore existant dans la zone, donnant cet aspect de quartiers
« ménagés » par l’insalubrité.

En revanche, le noyau régulier primitif abordé en direction de Thiaroye étale très vite ses
« laideurs », avec notamment dés la sortie de la Route de Cambérène, la Rue 10 présentant
une dizaine de dépôts anarchiques de taille moyenne.

141
Même schéma sur l’axe Tally Boumack où on constate un essaimage à hauteur du
dispensaire Dominique une bonne concentration à la station « cars rapides » à hauteur du
marché « Zinc », et vers le croisement avec la Route des Niayes. Les quartiers Cités
Pépinières, Zone artisanale, Champs de Courses, Touba Pépinières connaissent des dépôts
anarchiques quasi permanents de petite et moyenne taille. En général si une partie des
populations habitant le long de ces trois principaux axes bénéficient du service de collecte,
quelques endroits de PAV sont aussi utilisés en appoint. Mais en pénétrant sur quelques
centaines de mètres les îlots intérieurs, on retrouve très vite les premières traces de dépôts
anarchiques : ils sont généralement de taille moyenne MD2 (5 à 15 m2) et implantés à
proximité des édifices publics notamment établissements scolaires qui sont très prisés ou à
côté des édicules ou encore des nombreux minis marchés qui s’implantent au gré de la
demande et de l’érection de nouveaux quartiers.

Guinaaw Rail, Pikine Ouest et Est en sont une belle illustration même si les déchets
jonchent la voie ferrée jusqu’à Thiaroye où l’on retrouve les mêmes phénomènes, en plus
accentués. Cette tendance se maintient jusqu’à Diameguene, à hauteur de la forêt classée de
Mbao dont l’enceinte est régulièrement alimentée en dépôts anarchiques de taille moyenne ;
l’ensemble de ces dépôts constitue une réserve alimentaire pour les animaux en divagation.

Si en général dans la quasi-totalité des zones d’habitat de la région, les environs des
marchés semblent propices à l’implantation de dépôts anarchiques, la taille de certains d’entre
eux mais aussi leur localisation décuple aisément ce phénomène ; et en cela aussi Pikine
remporte la palme. Parmi les trois nervures bitumées qui desservent Pikine régulier c’est Tally
Icotaf qui présente la situation la plus préoccupante avec son fameux marché de fruits
« Syndicat ». En effet son point de groupage des ordures destiné aux déchets des activités
commerciales polarise néanmoins les déchets domestiques des maisons alentours sur près de 2
km2, alors que les charretiers qui sévissent dans la zone y déversent aussi à la fin de leur
tournée leurs chargements provenant de concessions implantés à plus de 5 kilomètres. Déjà
déficitaires en salubrité et en équipements de collecte (parfois un seul bac de 20 m3 pour
marché couvrant une superficie d’environ 500 m2), ce marché à l’image de ceux de la capitale
est devenu avec le temps le lieu de soulagement des populations alentours pour leurs
poubelles.

A quelques encablures se trouve l’autre marché éponyme d’envergure sous régionale


spécialisé dans les légumes. « Thiaroye » présente à quelques différences près les mêmes
caractéristiques que sa voisine de Pikine en terme de localisation et de prise en charge de la
production de déchets. Il faut dire que ces deux « géants » qui assurent à eux deux la quasi-
totalité de l’approvisionnement en fruits et légumes de l’ensemble des autres commerces
détaillants ou de demi-gros de l’agglomération dakaroise, mais aussi de certaines régions de
1
l’intérieur notamment pour les fruits et légumes . Mais malgré l’existence de ces marchés
dont les apports majorent la production organique globale, on est encore dans une
configuration assez proche de la production domestique reflétant on l’a dit, le niveau de vie
zonal. Une appréciation grossière des points de rejet anarchiques, laisse apparaître une
omniprésence de petits déchets et matières organiques qui probablement avec les fines
(notamment le sable), en constituent les composantes les plus notables.

Si l’on retrouve des dépôts permanents dans l’ensemble de la ville, c’est dans la banlieue
que l’on retrouve toute la palette et notamment sa frange irrégulière qui bat tous les records.

1
Le marché de Thiaroye est en effet réputé être est le plus grand marché de fruits et légumes la sous région, et qui draine le plus de d’origine
nationale ou même étrangère. Marché de ravitaillement, il propose aussi une vente au détail avec des prix parfois moitié moins chers que
dans le reste de la ville.

142
En dehors des mini et des moyens dépôts, c’est là qu’on retrouve aussi les maxi dépôts
quasi-permanents assez localisés et de taille avoisinant environ une trentaine de m2 pour la
moyenne. Mais ces dépôts peuvent atteindre environ 100 m2 pour les plus grands, dont la
création remonte parfois à plusieurs mois voir plus d’une année. C’est la zone de Pikine
irrégulier sud qui comprend Thiaroye qui abrite en effet la quasi-totalité des maxi
dépôts anarchiques de la ville : Nietty Mbar, Yeumbeul, Tivaouane-Diacksao, Médina
Gounass, Wakhinane Nimzatt. La particularité de ces maxi dépôts permanents comme ceux
1
rencontrés à Djida Thiaroye Kao, Yeumbeul –sud fréquentés depuis des années par une
centaine de concessions réside dans le fait qu’elles sont…souhaitées par les populations : elles
se servent en effet des ordures pour remblayer et surélever ces bas fonds hydromorphes où
2
elles ont implanté leurs habitats et qui sont vite réinvesties par les eaux en saison des pluies .

Il en est de même pour ces quartiers aux noms évocateurs : Bagdad, Nietty Mbar,
Wakhinane (littéralement « il suffit de creuser pour boire »), Arafat, Guinaaw Rail, Sam-Sam
(qui par dérision fait allusion à l’eau de Zam-Zam que les pèlerins ramènent de la Mecque),
Aïnoumady (Puits de la miséricorde), Hamdalaye (Louange à Allah), Nasrallah (Secours
d’Allah)…dans la zone sud de Pikine dite « Pikine Irrégulier sud ». Ces quartiers aux noms à
forte consonance religieuse comme pour conjurer le sort, occupent une superficie d’environ
700 ha et comptent environ 250 000 habitants. Ce secteur de Guédiawaye présente lui aussi
par endroits les mêmes caractéristiques.

Le tronçon de la Route entre PAI et Golf Sud est régulièrement parsemé de dépôts
anarchiques alors qu’au niveau de la station des eaux le déversement d’ordures est quasi
pérenne. Mais à Wakhinane Nimzatt et Médina Gounass sis à Guédiawaye, les populations
ont systématiquement recours aux ordures pour remblayer les dépressions, anciens marécages
et marais dans lesquelles elles ont érigé leurs habitations inondées en hivernage par les pluies
et les remontées d’eau.

Ainsi dans des concessions remplies d’eau saumâtre, les populations déversent leurs
« récoltes d’ordures » sur la devanture et à l’intérieur, tas que des femmes et des enfants se
chargent d’étaler et d’égaliser, alors que pour certaines concessions complètement envahies, il
est trop tard. Sur la parcelle devenue marécageuse, les hautes herbes et roseaux sont venus
s’installer sur le terrain et enrichies par les ordures finissent par le coloniser intégralement
signant un retour de la nature originelle. La fraîcheur des couches superficielles prouvera
alors que le point de rejet est toujours actif alors que s’y installent aussi des plantes dites
3
« rudérales » avec des espèces telles que le Prosopis.

Plus loin, sont constitués de véritables bassins de stockage et de remblai, polarisant près
d’une centaine de concessions voire des dizaines de quartiers. A Nietty Mbar, Diamegueune
ou encore Yeumbeul), ces vastes dépotoirs à ciel ouvert, sont même alimentés par les déchets
des habitants des différentes localités avoisinantes.

1
Pour certains de ces dépôts, l’implantation remonte à 1992…
2
Michel SECK signalait une variante de tels phénomènes dans les villages traditionnels de Yoff et Cambérène où les populations touchées
par l’érosion marine ont recours à l’accumulation de tonnes d’ordures ménagères sur les parties à risque. Mais il est peu probable que cette
pratique dérisoire de remblayage « littorale » soit véritablement aussi développée que le remblayage « continental », sans doute raison pour
laquelle l’on en a pas rencontré durant nos enquêtes de terrain.
3
Se dit des plantes qui poussent dans les décombres.

143
Certaines populations démunies n’étaient pas en mesure d’acheter des chargements de
sable ; elles recouraient à du gravats issu de chantiers de construction, pour remblayer leurs
maisons. Aujourd’hui face à la crise, nombre d’entre elles utilisent des chargements de
déchets pour effectuer des remblais dans les concessions ou des ruelles. Des charretiers qui se
livrent à la collecte puis au commerce des ordures dans les quartiers environnants viennent y
vider leur chargement à longueur de journée, avec en prime la satisfaction d’avoir « rendu
service » à des habitants désemparés. Certains affirment être mandatés par les propriétaires
des dits terrains ; apparemment le service satisfait toutes les parties en présence…
Ces zones où l’on retrouve la plus forte concentration de dépôts anarchiques, présentent
aussi souvent une forte proportion de femmes au foyers ; en dehors des enfants, ce sont ces
femmes qui chargent de l’évacuation des ordures. Dans ces zones pauvres, les faibles revenus
ne permettent pas à toutes les familles de payer les services de « domestiques » ; leur salaire
se négocie entre 10 000 et 30 000 Fcfa, alors que le revenu moyen n’y dépasse pas 50 000
Fcfa / mois.
En général la forte natalité dans ces quartiers pauvres permet à ces ménages de disposer
« sur le coude » d’enfants chargés de l’évacuation des déchets. Ils sont d’autant plus utiles,
que les points de dépôts distants en moyenne de 200 m des maisons, peuvent parfois atteindre
500 m. Contrainte supplémentaire pour les parents, ces conditions sont idéales pour des
enfants : la tâche sans délai de temps, « d’aller jeter les ordures » se transforme alors en une
activité ludique. Le trajet permet de s’amuser depuis les dédalles des ruelles, jusqu’au lieu de
dépôt des ordures, en même temps point de glanage de petites trouvailles. Pour les parents,
l’espace domestique libéré, même momentanément, respire un peu mieux.

Photo 36. Enfants s’amusant et chiffonnant dans un maxi-dépôt anarchique (MD3) à Pikine.
(Cliché DIAWARA A-B 2004).

On a vu plus haut que Rufisque qui bénéficie d’un service de collecte domiciliaire n’est en
réalité desservi que dans les quartiers de l’Escale, centre urbain néanmoins très souvent oublié
par les bennes, même cas de figure dans les cités SOCOCIM, BATA, RADIO, FILAO.
144
Ainsi, outre la collecte en porte à porte, ces quartiers s’appuient sur des conteneurs mobiles
pour absorber la production zonale, alors que pour les anciens quartiers lébou (Diokoul,
Mérina, Thiawlène, Santhiaba) et les quartiers spontanés (Champs de Courses, Colobane,
Gouye Mouride…) cet unique mode de collecte était proposé. Mais pour compte tenu de
l’irrégularité dans l’enlèvement des bacs à ordures, mais aussi du caractère aléatoire du
passage des camions bennes, les PAV se transforment vite en PRA. L’ensemble des
populations de ces quartiers a recours aux dépôts anarchiques en appoint ou en mode principal
pour l’élimination des ordures, dépôts utilitaires intra muros et de taille moyenne (moins de
10 m2) que l’on retrouve à Keury-Souf, Diokoul ou encore Diameuguene SICAP-Mbao…
Le canal de qui Mérina recueille une bonne quantité de déchets domestiques dont des
cadavres d’animaux de même que les rares poches de verdure qui subsistent encore dans la
ville. Par ailleurs dans le même schéma qu’à Pikine, on retrouve aussi des dépôts de plus
grande taille notamment près des plantations de la SOCOCIM et au Nord de la ville
s’étendant chacune sur près de 40 m2. Le marché Central en déficit d’équipement
d’assainissement est aussi sujet au rejet anarchique d’ordures notamment de la part des
populations. Si dans certains quartiers de Rufisque des ONG notamment ENDA ont tenté de
changer les comportements en mettant en place des programmes d’attribution de poubelles
réglementaires subventionnées, les résultats n’ont pas eu d’effet sur l’éradication des dépôts
anarchiques, même si selon LESAGE (2000) les populations ne jettent plus leurs ordures
dans la rue. Le caractère opportun de l’initiative, n’empêche cependant pas d’être sceptique
sur la corrélation faite par l’auteur de deux actions complémentaires, mais en aucune manière
subordonnées l’une à l’autre chez les populations concernées.
Dans les zones rurales de l’agglomération où le système de collecte est quasi inexistant, les
populations résidant dans les villages avec un habitat traditionnel tels que Sangalkam avec un
mode de consommation semi rural ne disposent pas d’une étape intermédiaire de la collecte
des déchets. Elles se contentent de les faire passer directement de la concession au lieu
d’élimination. Les ordures sont alors déversées dans des dépôts anarchiques essaimant le long
des grands axes de communication, en général les routes nationales qui les traversent,
contrairement à leurs homologues des villages ruraux qui ont conservé la pratique de la
décharge communautaire dans les mêmes modalités qu’il y’a quelques siècles. En effet dans
ces villages, les habitants arrêtent d’un commun accord l’implantation d’une décharge
communautaire à l’écart des habitations en évitant les chemins empruntés un coin à proximité
des villages, en dehors des voies de passages est retenu pour recevoir les déchets. Dans
certains cas, les ordures sont amassées dans les champs triés par le paysan puis incinérés afin
de servir de fumure pour les cultures, la fraction non organique se retrouve dans le dépôt
communautaire. L’association mise en décharge et incinération est souvent constatée dans ces
endroits.
Quant aux habitants des villages lébous de Thiaroye-sur-Mer, Mbao, Keur Massar,
Yeumbeul ou Malika, des camions bennes arpentent irrégulièrement les principales routes qui
desservent le secteur. Ils font bénéficier de la collecte domiciliaire les concessions attenantes
alors que celles localisées plus à l’intérieur se rabattent sur les rares bennes disposées à des
endroits déterminés ou dans des décharges sauvages qui essaiment même le long des
principaux axes. Le système de collecte hippomobile est aussi utilisé en appoint par les
populations disposant d’un peu plus de revenus que la moyenne. En dehors de leur utilisation
par les populations environnantes, certaines zones tels que la VDN étaient jusqu’à une période
récente, fréquentés par des industriels ou des transporteurs de déchets (gravats, déchets
d’élagage, produits alimentaires périmés) qui en y vidant illégalement leur chargement
parviennent ainsi à minimiser les coûts de transport qu’induisent l’évacuation des déchets
jusqu’à la décharge de Mbeubeuss. Ces pratiques touchent la plupart des sites abritant des
installations de grande envergure implantées dans des zones industrielles telles que la
SODIDA la Route des Hydrocarbures, la zone de l’Aéroport…
145
Signalons aussi les mini dépôts anarchiques que l’on retrouve dans les jardins et arrières
cours de nombreuses administrations et directions : terrains de la régie des chemins de fer,
Direction des Végétaux etc.. Souvent constitués au départ de déchets d’élagage d’arbres, les
matières remisées dans un coin du site, sont parfois agrémentées de déchets administratifs
(vieilles archives inutiles, et résidus divers), et subissent périodiquement une incinération
sommaire. S’agissant des déchets d’élagage, on retrouve quasiment la même situation à
l’intérieur des casernes, camps militaires et paramilitaires sénégalais, de même que dans les
grands pôles de d’échange et de communication établis dans de vastes domaine comme
l’aéroport LSS ou encore le Port de Dakar.

Mais ces sites et établissements n’en sont pas pour autant épargnés par les dépôts
anarchiques classiques avec forte proportion de déchets ménagers : on en retrouve
généralement dans leurs alentours, lorsque les établissements en question occupent des
superficie trop vastes, pour que les agents chargés de l’entretien, puissent en assurer la
salubrité en permanence. Mais c’est surtout la présence ou non à proximité des sites,
d’activités informelles diverses (commerces, services) ou d’habitations – donc productrices de
déchets-, qui va déterminer la constitution autour des murs de clôture, de points de rejets de
déchets, souvent diffus et étalés.

Carte 9. Pratique du rejet des déchets ménagers et types de dépôts anarchiques pour les quatre
départements de la région dakaroise. (selon population enquêtée).

146
4.2.2 Les dépôts anarchiques littoraux (sur les plages).
Ces dépôts anarchiques touchent une bonne partie des zones situées sur le littoral, le long
des côtes de la presqu’île. Les déversements varient en fonction de la trame urbaine, de
l’habitat, et de la couverture ou non de certaines zones par le système de ramassage des
ordures. Les rejets sont aussi fonction de la morphologie du littoral, question d’accessibilité,
sauf à Gorée où, c’est le mode d’élimination adopté officiellement depuis l’arrêt de
l’incinérateur en 2002.
Généralement alimentés par les ordures d’origine domestique, ces points de rejets qui
reçoivent aussi les déchets liquides, sont souvent le fait de populations habitant en emprise sur
la plage ; exception faite des zones de débarquement de produits halieutiques, où on note la
combinaison d’une production domestique et d’une production artisanale (pêche) de déchets
assimilés ménagers.

[Link] Littoral rocheux.


Globalement, le littoral rocheux de la presqu’île, le long de la ceinture allant de Pointe de
Bel-Air, de la promenade de la corniche est jusqu’à la Pointe de Fann, en passant par l’Anse
Bernard, le Cap Manuel, la plage Pasteur, appartient à une zone plutôt privilégiée par la
collecte domiciliaire. Les rejets sur les plages, généralement d’origine non domestique, s’y
bornent aux ordures abandonnées par les vacanciers ou touristes et quelques promeneurs peu
regardants.
On retrouvait aussi un temps des déchets hospitaliers, jetés sur les falaises du Cap Manuel
depuis les hauteurs des hôpitaux Principal et Le Dantec. Cette pratique de déversement des
1
déchets sur le talus de la falaise, qui avait cours dans le Daccar des années précoloniales , fut
reconduite par les européens après leur installation dans la presqu’île. Toutefois, au fil de
l’aménagement du centre par l’administration, on compta de moins en moins d’habitations
indigènes en prise directe avec le littoral. Cet espace désormais réservé aux bâtiments
administratifs, commerciaux et d’enseignement, mais aussi aux populations européennes,
permettait à ces derniers en vertu de l’organisation ségrégationniste urbaine d’avant 1945, de
profiter de manière exclusive des mécanismes d’accès aux méthodes officielles de salubrité et
d’assainissement, dont les premiers service de collecte des déchets. Ainsi, les populations
locales lébous ou indigènes récalcitrantes, ainsi que celles refoulées hors du centre
procédèrent pendant longtemps et en cachette, à des rejets de déchets sur la plage, car étant
volontairement oubliées dans la mise en œuvre des mesures sanitaires de collecte des déchets.
Même si elles se sont estompées avec le temps à la faveur de la démocratisation des politiques
d’assainissement au lendemain des indépendances, ces pratiques demeurent toujours présentes
sur certaines franges du littoral dakarois, et découlent principalement de la déliquescence du
système de prise en charge officiel.
Actuellement, ce secteur de l’Anse Bernard illustre le paradoxe des plages dakaroises. Bien
qu’escarpée dans sa majeure partie, cette plage très fréquentée, se retrouve colonisée par les
rejets des promeneurs, ainsi que par les déchets ménagers provenant des cabanons qui ont
investi la petite crique sablonneuse. Mais Anse Bernard est aussi de plus en plus touchée par
les rejets de déchets d’équipement (vieux ustensiles et petit électroménager), de déchets
végétaux, d’élagage d’arbres etc., à peine dissimulés par la maigre formation végétale
présente sur ses pentes. L’absence d’aménagement et d’entretien officiels de cette plage, a
sans doute largement favorisé la prolifération de ces rejets.

1
Précisons qu’il s’agissait principalement de déchets domestiques que l’on peut aujourd’hui qualifier de banals.

147
Photos 37 & 38. Plages de Dakar entre les années 1910 et 1950. On
distingue en haut l’Anse Bernard et en bas la corniche ouest au niveau de
Fann (Source Archives Nationales du Sénégal).

Hormis cette poche, la physionomie les plages épargnées par les rejets va quasiment du
Cap Manuel jusqu’à la Pointe de Yoff, en passant par Koussoum, même si l’on rentre en plein
cœur dans les quartiers populaires denses de la Médina et de Fass. On y sent déjà le
relâchement ambiant découlant des irrégularités dans la collecte officielle des déchets
ménagers. Les effets quasi-immédiats, sont visibles sur la plage : quelques déchets plastiques
et résidus de cuisine témoignent de la nature récente de cette « offrande ». Néanmoins, les
rejets restent assez limités notamment du fait de la contrainte topographique : la côte rocheuse
et par endroits surélevée dissuade un tant soit peu les populations à s’adonner à de telles
pratiques. Qui plus est dans certaines de ces zones, des comités de quartiers installés par les
riverains veillent à la surveillance de ces plages réduisant ainsi notablement leur
« fréquentation », même si quelques téméraires parviennent néanmoins à y déposer
nuitamment quelques poches de détritus. En général on y retrouve que des mini-dépôts de
taille inférieure largement inférieure à 5m2.

148
A cause des raisons évoquées plus tôt, les populations environnantes préfèrent par
commodité jeter leurs ordures dans les canaux à ciel ouvert servant à drainer les eaux
pluviales vers la mer, plutôt que dévaler la corniche pour les déverser directement sur la
plage.

La situation décrite plus haut caractérise toute la zone citée, mais n’intègre pas la portion
de plage qui accueille le Village artisanal de Soumbédioune. Crée en 1961, ce village
représenté sur les cartes postales ou les books des tour-operators, est un lieu de passage et
promenade incontournable pour nombre de touristes occidentaux séjournant dans la ville.

Par contre, la zone de débarquement de prises de pêche qui fait aussi office de marché aux
poissons, (donc lieu de transformation artisanale de produits halieutiques) devient de facto un
lieu d’élimination. Des résidus issus de la transformation des prises constituent parfois avec
les déchets déposés par quelques particuliers, la base des dépôts littoraux qui ont tendance à
« s’installer ».

Photo 39. Déchets domestiques rejetés dans le canal qui se déverse dans l’océan Atlantique. (Corniche
Ouest) à hauteur de Fann. (Cliché DIAWARA A-B 2004).

149
[Link]. Littoral sablonneux
La tendance est toute autre, dés que l’on aborde la frange sablonneuse de la côte, que ce
soit en partance de Yoff jusqu’à Kayar dans le sens ouest- nord ouest, ou dans le sens ouest
sud ouest, en allant de Hann en direction de l’axe Rufisque-Bargny. Dans ces zones
traditionnellement et historiquement foyers de sociétés de pécheurs, les habitations sont en
prise directe avec le littoral, certaines en étant distantes de seulement quelques mètres. Sans
grande contrainte topographique, ces zones présentent donc des conditions favorables à
l’élimination des déchets sur la plage, situation d’autant plus idéale que cette tâche est
généralement dévolue comme on l’a dit plus tôt aux enfants, domestiques et autres talibés.
Qui plus est dans ces villages traditionnels les habitations ne sont pas toujours dotés
d’équipements d’assainissement liquide viables. Ainsi certains riverains se soulagent parfois
1
sur le rivage , laissant çà et la des matières fécales qui si elles ne sont pas « déposées » trop en
recul finiront très vite par être dilués puis avalés par la mer dans ses mouvements répétés de
flux et de reflux.

Hann où se localise le village du même nom, présente une situation du reste assez
singulière dans le contexte rudologique dakarois. Dans cet ancien village de pêcheurs, les
populations rejettent systématiquement leurs déchets solides dans une baie qui recueille aussi
des détritus venant d’ailleurs et capturés dans le chenal qu’elle forme sur la plage. D’où le
spectacle d’impressionnantes quantités de détritus qui jonchent ainsi le rivage ou flottent à la
surface de l’eau. Globalement, ce secteur aussi est très peu pris en compte dans les schémas
de collecte des déchets solides hormis sur les hauteurs où l’on retrouve des villas d’expatriés
européens témoignant de l’époque où la baie était encore un port de plaisance. On y retrouve
des mini et moyens dépôts dont la durée d’existence varie en fonction des reflux de l’océan et
de son rythme de dispersion des immondices.
Mais la détresse de la zone populaire de Hann (notamment Hann-Pêcheurs), réside aussi
dans son statut de principal centre artisanal de débarquement, mais aussi de transformation
2
des produits de la pêche : les activités de fumage, de salage et de séchage du poisson
induisent un production de déchets assez conséquente, résidus qui se mêle aux détritus jetés
par les établissements humains adjacents (village). De même, la plupart de la zone étant
dépourvue de systèmes d’égouts, ces déchets se mélangent aussi aux eaux vannes
domestiques, aux rejets d’hydrocarbures, de résidus et d’eaux chaudes contenant des métaux
lourds que les unités industrielles par l’intermédiaire de canaux d’environ 1 m de diamètre y
déversent sans traitement préalable. Si les taux de pollution des eaux de la baie, ainsi que les
3
incidences de telles pratiques au niveau des captures de poissons ne font pas l’unanimité , les
impacts visibles sur le paysage et sur l’environnement de la zone, restent désastreux.

1
En général il s’agit d’enfants à qui les parents demandent d’aller faire leurs besoins sur le rivage plutôt que de mobiliser les WC
domestiques. Ces derniers jusqu’à l’âge de la raison (en général jusqu’à ce qu’ils soient scolarisés) ne sont nullement gênés d’aller faire leurs
besoins de jour comme de nuit. Par contre les adultes amenés à fréquenter le rivage s’abstiendront de le faire en journée, préférant profiter de
l’obscurité de la nuit.
2
Hann partage ce titre avec Kayar et Saint-Louis sur la côte Nord du pays.
3
Certains pêcheurs estiment en effet qu’au moment où certaines espèces ont déserté la zone trop polluée, d’autres par contre telles le Tilapia
qui ont pu très bien s’adapter permettent d’avoir de bonnes prises.
150
Le cas de Hann constitue une singularité dans la bordure littorale. On retrouve néanmoins
quelques adaptations de son « scénario » aussi bien sur l’axe Yoff- Cambérène – Kayar, que
celui allant de Hann à Rufisque- Bargny, en passant par Thiaroye-sur-Mer. Le long de cette
façade maritime, s’égrènent les villages lébous de Thiaroye-sur-Mer, Mbao, Keur Massar,
Yoff, Yeumbeul, Cambérène, Malika. Même si pour les populations de ces quartiers elle est
la moins prisée, l’alternative rejet sur les plages sera néanmoins adoptée en raison notamment
de l’absence de couverture de la zone par le service de collecte du fait parfois de leur
inaccessibilité. On retrouvera aussi à quelques différences près la même situation notamment
pour les déchets et humeurs liquides.

Si ces pratiques étaient traditionnellement l’apanage des populations lébous dont les
villages occupaient ces secteurs, la progression de l’habitat sur ces bordures littorales a
accentué ces pratiques même si la quasi-totalité des nouvelles implantations sont constituées
de maisons issues de programmes immobiliers officiels. Ainsi dans les départements de
Pikine et Guédiawaye pour les habitations installées sur la bordure allant de Yoff à Malika,
dans le secteur de la côte nord aussi bien à hauteur de HAMO que des cités Barry et Ly à la
lisière de Guédiawaye les populations pratiquent-elles le rejet sur les plages même si
l’absence d’activités économiques en emprise directe sur la plage telle que de débarquement
de poissons en réduit les volumes.

A Rufisque, ces rejets sur la plage touchent quasiment toute la zone notamment au niveau
du marché Central et du quai de pêche, ainsi qu’à Keury-Souf, Diokoul avec parallèlement
l’utilisation comme dans le Département de Dakar des canaux d’évacuation des eaux
pluviales à titre de dépotoirs. Avec le recul du littoral d’environ 1,80m /an (LESAGE 2000),
certaines populations ont aussi recours aux ordures pur sauver leurs concessions des eaux.
Mais la particularité de cette zone sablonneuse est que la majorité de la population (58 %)
élimine ses ordures à la mer : la quasi-totalité de ces villages « lébous » étant en effet située
sur le littoral avec un accès direct à l’océan. D’implantation assez ancienne ces villages sont
restés en général très traditionnels du moins dans leur noyau ancien. Malgré un rapport
symbolique à l’océan très fort, ces peuples de pêcheurs ont néanmoins conservé leurs vieilles
méthodes d’élimination des déchets, pratique assez ambiguë se positionnant à mi chemin
entre la volonté de diluer au large des détritus gênants et la pleine conscience du « retour »
inéluctable de ces déchets sur le rivage à la faveur du reflux. Dans l’ensemble, ce seront plus
des raisons de commodité qu’une symbolique liée à la déperdition du respect voué à l’océan
qui expliqueront la pratique du rejet en mer dans ceux de ces villages qui sont restés
traditionnels qui outre Hann, Soumbédioune et Yoff à Dakar sont majoritairement implantés
dans le département de Rufisque. Ainsi, les appréciations des méthodes d’élimination des
déchets par rejet sur le rivage restent partagées : si 60 % des personnes interrogées se disent
contraintes et forcées d’adopter de telles pratiques, mais auraient préféré en tant que peuples
de pêcheurs épargner ce calvaire à l’océan avec lequel ils ont conservé un rapport symbolique
à très fort, pour 30 % d’entre eux ils ont juste ont conservé leurs vieilles méthodes
d’élimination des déchets arguant que de toutes façons la mer purifie et avale tout.

151
Photo 40. Déchets ménagers accumulés en bordure de la baie de Hann à Dakar. Noter la prédominance
des matières plastiques (Crédit photo Non renseigné).

Carte 10. Zones littorales touchées par les dépôts anarchiques de déchets ménagers dans les quatre
départements de la région dakaroise. (D’après observations personnelles 2005)
152
Si Rufisque, Thiaroye, mais surtout Hann, semblent plus affectés par ces rejets à cause de
la forte présence dans ces zones, des activités liées à la pêche. Mais, cette situation tient aussi,
de l’absence dans ces secteurs de symboles locaux forts tels que les monuments religieux
dédiés à la confrérie Layène (Mosquée, mausolée et grotte) que l’on retrouve à Yoff,
Cambérène, ou Yeumbeul. Même si elles ne sont pas épargnés par les rejets, ces localités
semblent en effet un peu moins touchées : les portions de plage abritant des mosquées ou des
mausolées dédiés aux icônes lébous seront en effet quasi protégés de ces rejets, les
populations prenant même soin de bien les entretenir. Elles n’hésitent pas à pousser le
sentiment de respect jusqu’à mettre en place des groupes chargés de leur balayage. Plus
prosaïquement, elles exigent aussi parfois des passants vacanciers ou joggers qu’ils enlèvent
leurs chaussures à l’approche de ces « zones saintes ».

[Link] Les espaces insulaires habités : Gorée et Ngor-île.


Dans le contexte actuel de la prise en charge des déchets à Dakar, il était inévitable que
l’on retrouve des dépôts littoraux dans les deux îles habitées de Dakar : Gorée et Ngor. A
Gorée, ces dépôts sont localisés en contrebas des hauteurs de Castel, à l’opposé des zones
touristiques les plus fréquentées de l’île. Même schéma à Ngor, où les déchets sont rejetés sur
les parties opposées au poste embarcadère-débarcadère, aménagé sur la portion sablonneuse
de la plage.

Moins connue que l’île abritant la Maison des Esclaves, et inscrite au patrimoine mondial
de l’UNESCO depuis 1978, Ngor est toutefois devenue ces dernières décennies, un des hauts
lieux du tourisme balnéaire de la capitale. Comme à Gorée, les autochtones lébous qui
l’habitent en majorité, conservent pour leur île un attachement presque sentimental. Cette
identification à l’espace se traduit dans le comportement de salubrité public, par une règle
tacite interdisant le rejet anarchique de déchets. D’ailleurs dans les deux îles, des associations
de natifs ou de résidents, ont de concert avec les autorités locales (municipalité ou chefs
coutumiers), mis en place des systèmes de collecte des déchets des populations. Elles ont
aussi, réparti dans les dédalles des ruelles, des points de captage pour petits déchets
anonymes. Toutefois, les procédés restent lacunaires.

La méthode mise en œuvre à Gorée, non articulée à la prise en charge en vigueur sur le
continent, privilégiait une élimination in situ par incinération. Mais inadapté et sous
dimensionné, l’incinérateur installé sur les hauteurs de Castel, est vite tombé en panne.
D’ailleurs à l’époque de don fonctionnement, il n’arrivait à absorber qu’une petite partie des
ordures ménagères collectés par des charrettes à traction animale. Pourtant hormis les déchets
domestiques, l’île présente une production non négligeable de déchets en provenance des
activités touristiques (hôtels, restaurants).

Ngor-île, a opté pour un transfert sur le continent : les déchets des ménages sont collectés
et transposés dans des sacs, à leur tour transportés par pirogues jusqu’aux points de collecte
officiels situés sur la partie continentale de la localité. Mais là aussi, l’ensemble des ménages
ne sont pas couverts, et le passage unique tôt le matin, oblige les retardataires à fréquenter les
points de rejets anarchiques. De même l’activité touristique, en plein essor vient accentuer les
contraintes de prise en charge.

Avec la non prise en compte dans les stratégies de gestion, des déchets volumineux, des
gravats et déchets de chantier, ainsi que des déchets d’élagage, ces raisons expliquent
l’existence de points de rejets anarchiques dans les deux espaces insulaires. Généralement
mixtes, ces dépôts sont souvent établis dans les parties les moins visitées et/ou les moins
accessibles du littoral.

153
Photos 41, 43, 43. Dépôts anarchiques littoraux de déchets dans l’île de Gorée (en haut à gauche) et dans
l’île de Ngor. On remarquera la similarité des rejets dans ces deux zones insulaires. L’exigüité spatiale justifie la
formation systématique de ces dépôts mixtes, qui reçoivent aussi bien des ordures ménagères, que des déchets
d’élagage, ou des gravats. L’activité touristique explique la forte présence de déchets de restauration modernes à
Ngor (cannettes de boisson, gobelets et assiettes en plastique).

154
4.2.3 Incinération artisanale

Comme évoqué par HARPET, les vertus purificatrices du feu sont ici aussi reconduites
dans l’imaginaire des populations, d’autant que pour ces dernières il présente aussi l’avantage
de ne laisser aucune trace. L’incinération est en général observée dans les quartiers populaires
notamment de la banlieue de Pikine, où elle est généralement pratiquée en association ou en
1
alternance avec l’enfouissement et le rejet dans des dépôts anarchiques . C’est dire qu’en
général, dans tous les endroits où l’on est susceptible de rencontrer des dépôts anarchiques, la
pratique du brûlage artisanal aussi est présente.

La pratique de l’incinération artisanale entend résorber le volume des déchets. Mais en


réalité, elle est davantage destinée à prévenir les risques de présence des rongeurs et autres
animaux nuisibles dont les rats, attirés par les matières organiques, mais aussi à limiter les
nuisances olfactives induites par les déchets putrescibles.

Les populations incommodées par les odeurs découlant de la fermentation des ordures
(qu’elles y ont en partie déposé !), choisissent alors d’y remédier en procédant à leur brûlage.
On retrouvait d’ailleurs même phénomène en France où dans les décharges communales
2
d’avant 1975, le feu était régulièrement mis aux déchets pour réduire leur volume .

1
Bien que peu soupçonnées, on retrouve ces pratiques de brûlage artisanal de déchets dans certains foyers des pays développés, pratiques
généralement plus répandues dans les campagnes. Toutefois, il n’est pas rare qu’en milieu urbain aussi, les habitants en pavillon ou en
maison de plein pied notamment ceux disposant d’un jardin ou potager, procèdent à l’incinération d’une partie de leurs déchets ménagers
associés aux déchets verts (herbes sauvages, buissons…). Aussi, les résidus de l’incinération séparés des fractions non combustibles servent
parfois de fumure pour le jardin. Ce procédé présentant l’avantage de réduire le volume de déchets présenté à la collecte domiciliaire, fait
d’ailleurs de plus en plus d’adeptes, devant le développement programmé de la pesée embarquée, méthode de détermination de la TEOM se
basant sur le poids effectif des déchets présentés à la collecte. Mais l’autre crainte que suscite cette méthode de taxation raisonnée devant
inciter les consommateurs à produire moins de déchets, réside dans la prolifération des rejets anarchiques de déchets. Présents parfois de
manière sporadique sur les voies de communications ou dans les parcs et sous-bois des villes françaises, ces poches de poubelles remplis de
détritus, ainsi que certains petits encombrants, abandonnées de manière incivique dans la nature, risquent de se développer plus largement
mais cette fois-ci pour des raisons principalement économiques.
2
LE BOZEC A. (1994). Le service d’élimination des ordures ménagères. Organisation- Coûts- Gestion. CEMAGREF. Edition Harmattan.
1994. 460 pages. P 27

155
Carte 11. Pratique de l’incinération sommaire des déchets ménagers dans les quatre départements de la
région dakaroise. (Selon population enquêtée).

156
Photo 44. Incinération sommaire dans un dépôt anarchique permanent à Pikine.
(Cliché DIAWARA A-B 2004).

Mais, de telles pratiques n’ont pas uniquement cours, dans les quartiers de la banlieue de
Pikine ou Guédiawaye. Il n’est pas rare que dans les zones d’habitat de la classe moyenne,
gardiens ou commis aient recours à l’incinération artisanale pour se débarrasser de déchets
d’élagage.
Cette méthode est aussi utilisée par certains préposés à la propreté ou associations de
jeunes des quartiers dans le but d’avorter la naissance de nouveaux dépôts anarchiques en
éliminant systématiquement par brûlage les déchets déposés nuitamment par des populations
peu scrupuleuses. Si cette pratique permet de limiter la capacité de nuisance des ordures,
notamment dans les zones de maxi dépôts, elle ne présente que des effets très localisés car ne
touchant qu’une faible portion de déchets alors que parallèlement, la combustion n’est
presque jamais complète. Aussi, même en l’absence de réels risques d’incendie, c’est cette
combustion des PVC, caoutchouc et autres matières plastiques qui est susceptible de causer
d’énormes désagréments notamment chez les populations alentours du fait d’un dégagement
de gaz nocifs.

157
Photo 45. Incinération sommaire d’ordures pour éradiquer un dépôt en formation dans le quartier de
Fenêtre-Mermoz à Dakar. (Cliché DIAWARA A-B 2004).

Soulignons que la pratique de l’incinération des déchets « en vrac » dans l’agglomération


dakaroise est exclusivement à but hygiénique ; elle n’inclue généralement aucun volet
valorisation que ce soit pour le chauffage ou pour la cuisson alimentaire. Toutefois, on note
quelques cas de rentabilisation parallèle, avec le brûlis de déchets pratiqué par certains
agriculteurs pour fertiliser leurs champs.

4.2.4 L’enfouissement sommaire des déchets.

On retrouve principalement ce mode d’élimination dans les zones de la banlieue de


Rufisque, mais surtout Pikine, et Guédiawaye qui concentrent le plus grand nombre de
quartiers disposant d’axes routiers secondaires non revêtus (bitumés). Les rues principales
d’ailleurs peu nombreuses, y présentent une largeur d’environ 8 à 10 m, alors que les rues
secondaires plus fréquentes et généralement sablonneuses ont une largeur variant entre 3 et 5
m et débouchent parfois sur des impasses. On y retrouve aussi un habitat régulier dense qui
côtoie des zones spontanées irrégulières : si les habitations du premier lot sont généralement
construites en dur avec des cours intérieures cimentées, les secondes peuvent être de type
semi rural avec cour intérieure en terre.

Là aussi, c’est en l’absence de prise en charge officielle, et devant l’inexistence d’un dépôt
anarchique permanent dans les environs (absence ou éloignement des terrain vagues…), que
les habitants de ces quartiers péri urbains choisissent d’enfouir les ordures dans des trous
creusés au préalable et pour la circonstance. Généralement creusés à l’extérieur dans la ruelle,
on les retrouve parfois au sein même de la concession. Mais ce cas de figure est de plus en
plus rare.
158
L’utilisation de la cour de la concession à titre de point d’enfouissement est d’autant moins
pratiquée qu’elle reste un espace intrinsèque à la maison et par ailleurs lieu de vie.
Préparations alimentaires, séances de lavage du linge, de la vaisselle, repassage et activités
diverses y sont menées, de même qu’elle est privilégiée pour les moments de détente. SECK
Michel (1998) signalait même que ce sable de la cour remplaçait parfois le savon lorsque le
1
revenu familial était précaire , pratique qu’on pas rencontré au cours de nos enquêtes.

La pratique de l’enfouissement est d’autant plus accentuée dans ces quartiers qu’ils sont
établis sur des endroits sablonneux de surcroît localisés à distance des principales routes
bitumées présentes dans la zone. Les ruelles dépourvues de revêtement stable, les populations
n’ont aucun mal à creuser devant leur concession de petits trous (de diamètre n’excédent pas
généralement 30 ou 40 cm et 50 ou 70 cm de profondeur) pour y enfouir leurs ordures
(mélange de déchets, et résidus de cuisine) avec parfois des eaux de cuisine.

Cet enfouissement se fait au gré des besoins d’évacuation des déchets au sein des
concessions, et intervient à n’importe quelle heure de la journée, exceptée la nuit. Les femmes
ou les enfants munies d’une pelle auront en charge la gestion du trou qui sera rebouché une
fois rempli. Le cas échéant, le trou sera sommairement protégé pour resservir le lendemain.

Devant la multiplication de cette pratique, il n’est pas rare en s’engageant dans une ruelle
de constater une flopée de « terriers » correspondant aux trous des différentes concessions qui
y sont présentes. Quant ils sont creusés dans la ruelle, ces trous se situent sur la devanture de
la maison, à la base du mur servant de clôture. Conscientes des risques auxquels s’exposent
piétons, automobilistes, ou charrettes attelées qui les empruntent, les populations évitent
soigneusement de creuser des trous en plein milieu de la ruelle, même si on en trouve c’est le
cas dans quelques quartiers. En effet même rebouchés, ces trous cèdent facilement sous le
poids de tels véhicules et incrimineraient par la même occasion les occupants des maisons
juxtaposant (situées de par et d’autre de) ces « nids de poules ». Lors des enquêtes auprès des
ménages, environ 12 % des habitants interrogés ont affirmé avoir exclusivement recours à de
telles pratiques pour se débarrasser de leurs ordure, alors que 23 % l’utilisent parallèlement
avec d’autres méthodes d’élimination « non officielles ».

La majorité des personnes interrogées 90 % étant de confession musulmane (90 %), seules
30 % des familles déclarent préférer ce mode d’élimination notamment pour des raisons
religieuses « nous, on préfère enterrer les ordures, c’est plus respectueux car la religion nous
2
interdit de mettre des saletés, là où peuvent passer des frères en religion ».

On n’a rencontré aucune pratique d’enfouissement dans le département de Dakar lors de


nos enquêtes. Toutefois il est fort probable qu’elle soit présente de façon isolée dans certaines
zones comme Yoff, Grand-Yoff, ou encore dans quelques quartiers aux Parcelles Assainies.

1
On peut néanmoins préciser que si des populations ont pu se servir de sable (exclusivement ou en appoint) principalement pour laver la
vaisselle, la terre utilisée servait davantage comme produit récurant, notamment pour les ustensiles exposés à la chaleur et la crasse comme
les marmites ou « kawdiir » servant à la préparation des repas. D’ailleurs, le sable était généralement utilisé en association ou en alternance
avec la cendre de charbon, en fonction de l’ustensile à laver et de l’endroit à récurer. Par ailleurs, l’usage du sable pour ces besoins ne
découle pas forcément d’une précarité des revenus : il n’est pas rare en effet de rencontrer dans des familles moyennes de tels procédés alors
que la pratique reste aussi très courante pour le nettoyage des grandes marmites servant aux préparations lors des cérémonies familiales
privées drainant du monde (baptêmes, mariages, décès…)
2
Le Sénégal est un pays laïc constitué pour environ 90 % de musulmans, 7 % de chrétiens et 3 % d’animistes (surtout Sérères et Diolas plus
au Sud).
159
En période normale, de telles pratiques ne sont en général observées que dans les zones
irrégulières et non bitumées des quartiers de la banlieue, ainsi que dans les espaces urbanisés
illégaux. Mais, elles prennent davantage d’ampleur lors de la célébration de certains
événements notamment religieux tels que l’Aïd-El-Kébir (ou fête du mouton). Durant cette
fête (Tabaski), la production de déchets des ménages connaît un pic, du notamment aux
déchets organiques induits par le sacrifice du mouton, mais aussi au grand nettoyage
1
domestique auquel procèdent les familles pour la circonstance . Ainsi, tous les ménages ayant
accès à une portion d’espace en terre, « préparent leur trou » devant recevoir les déchets du
dépeçage de l’animal (en général mouton) égorgé pour le sacrifice rituel, ainsi que les ordures
annexes produites durant cette période. Les ruelles ainsi transformées en artères-gruyères,
obligeront les piétons à la plus grande vigilance pour ne pas se retrouver le pied piégé dans un
« collet fétide » (Voir partie II Chapitre III. 2).

Photo 46. Enfouissement sommaire inachevé à Pikine. Ici, les déchets ne sont pas entièrement enterrés.
(Cliché DIAWARA A-B 2004).

1
Comme pour l’ensemble des sénégalais, cette journée et celle du lendemain sont aussi chômées et payée pour les agents des services de
collecte. Si elle arrive à coïncider avec un vendredi ou un lundi, les populations peuvent alors rester prés de trois jours avec leurs déchets.
Pour parer à cette situation, dans la quasi-totalité des quartiers de l’agglomération disposant d’espaces non bitumés, elles préfèreront creuser
des « trous » pour la circonstance qui recueilleront alors l’ensemble des déchets et notamment organiques liés à la fête.

160
Carte 12. Pratique de l’enfouissement artisanal des déchets ménagers dans les quatre départements de la
région dakaroise. (Selon population enquêtée).

161
4.3 Bilan

L’ensemble de la région dakaroise est sujette aux pratiques alternatives d’élimination des
déchets, avec cependant de fortes variations selon les quartiers. Un recensement des
principaux points de dépôts de la ville a permis d’en répertorier environ 425 sur toute
l’agglomération, avec une typologie variant en fonction des quartiers et de leur ancienneté.
Quant aux pratiques d’enfouissement et d’incinération sommaire des déchets, elles sont moins
fréquentes, mais davantage concentrées spatialement, avec quelques zones phares où elles
sont plus présentes. Ces tableaux montrent les divers modes d’élimination des déchets
pratiqués dans l’agglomération dakaroise, en fonction des quatre départements.

Enquêtes Environnement et Gestion des déchets solides à Dakar


Mode l’élimination Pourcentage %
Collecte puis mise en décharge officielle 61
Dépôts anarchiques 16
Rejets en mer 21
Incinération artisanale 2
Enfouissement artisanal 0
Total 100

Tableau 6. Pourcentage des divers modes d’élimination des déchets ménagers pour le département de Dakar.
(Enquêtes auprès des populations DIAWARA 2004).

Enquêtes Environnement et Gestion des déchets solides à Dakar


Mode l’élimination Pourcentage %
Collecte puis mise en décharge officielle 39
Dépôts anarchiques 41
Rejets en mer 11
Incinération artisanale 3
Enfouissement artisanal 6
Total 100

Tableau 7. Pourcentage des divers modes d’élimination des déchets ménagers pour le département de Pikine.
(Enquêtes auprès des populations DIAWARA 2004).

162
Enquêtes Environnement et Gestion des déchets solides à Dakar
Mode l’élimination Pourcentage %
Collecte puis mise en décharge officielle 43
Dépôts anarchiques 31
Rejets en mer 7
Incinération artisanale 6
Enfouissement artisanal 13
Total 100

Tableau 8. Pourcentage des divers modes d’élimination des déchets ménagers pour le département de
Guédiawaye. (Enquêtes auprès des populations DIAWARA 2004).

Enquêtes Environnement et Gestion des déchets solides à Dakar


Mode l’élimination Pourcentage %
Collecte puis mise en décharge officielle 45
Dépôts anarchiques 28
Rejets en mer 17
Incinération artisanale 8
Enfouissement artisanal 2
Total 100

Tableau 9. Pourcentage des divers modes d’élimination des déchets ménagers pour les départements de
Rufisque et Bargny. (Enquêtes auprès des populations DIAWARA 2004).

Enquêtes Environnement et Gestion des déchets solides à Dakar


Mode l’élimination Pourcentage %
Collecte puis mise en décharge officielle 47
Dépôts anarchiques 29
Rejets en mer 14
Incinération artisanale 4,75
Enfouissement artisanal 5,25
Total 100

Tableau 10. Pourcentage moyen des différents modes d’élimination des déchets ménagers pour les quatre
départements de la région de Dakar (Enquêtes auprès des populations DIAWARA 2004).

163
Pourcentage moyen des différents modes
d'élimination pourles quatre départements de la
région de Dakar.

50
Taux en %
40
30
20 Pourcentage
10
0

officielle

anarchiques

Rejet en mer

Enfouisseme

artisanal
Collecte

Brûlage
nt artisanal
Dépôts
Différents modes d'élimination

Figure 2. Pourcentage moyen des différents modes d’élimination des déchets pour les
quatre départements de Dakar. (Enquêtes auprès des populations DIAWARA 2004).

Dans l’agglomération dakaroise, près de 34 % des ménages interrogés déclarent recourir à une
évacuation parallèle de leurs déchets avec une préférence pour l’abandon dans des dépôts
anarchiques. La cartographie des différents type de dépôts d’ordures qui a révélé de profondes
nuances, a permis d’énoncer pour le cas dakarois une théorie de progression auréolaire ou
concentrique de la taille des dépôts anarchiques continentaux. Ils gagnent en volume au fur et
à mesure que l’on s’éloigne des zones centrales, alors qu’inversement on retrouve davantage
de petits dépôts anarchiques dans les zones centrales.

Toutefois, l’ensemble des dépôts anarchiques de déchets dits banals et assimilés ne


contiennent pas uniquement des matières d’origine domestique : les apports sont mélangés.
Pour la totalité de l’agglomération dakaroise, les déchets d’origine domestique représentent
environ 83% des matières présentes dans ces dépôts, contre 17% issus des petites activités de
1
production, de commerce et de services y compris artisanaux . On a même vu que dans le cas
de certaines zones comme le Plateau, cette moyenne grimpe en faveur de la part attribuable
aux commerces, aux services et aux activités de construction produisant des gravats ; elle y
atteint en effet prés de 40 %. Pour les activités tertiaires cette fréquentation des dépôts
anarchiques traduit une absence de lisibilité quant à la prise en charge de leur production : peu
d’entre ces commerces s’acquittent d’une taxe déchet, malgré l’existence de taxes au titre
d’une collecte spéciale.

1
Ces activités artisanales vont de la construction et du bâtiment aux productions de la menuiserie, des métiers de l’habillement, de la
cordonnerie…On estime d’ailleurs que ce sont les même proportions que l’on retrouve généralement dans les bennes à ordures disposées
dans les PAV.

164
Pour une bonne partie des ménages tenants de cette pratique, ce choix résulte
principalement d’une absence de prise en charge efficiente de leur production rudologique par
les sociétés de collecte. Qu’il s’agisse des ménages des quartiers réguliers qui s’acquittent de
la TEOM ou des foyers de la banlieue irrégulière peu concernés par la taxe foncière, donc la
TEOM.

Ce constat de la prolifération des dépôts anarchiques rend très illusoire les initiatives
d’éradication des dépôts anarchiques qui se limitent à de simples actions ponctuelles
2
d’enlèvement des déchets, et/ou de tentatives de répression des contrevenants au Code de
l’Hygiène et de l’assainissement. Ces actions ne tiennent en effet pas compte des besoins réels
des usagers en la matière (la demande), que ce soient les populations avec leur production
domestique, mais aussi les différents acteurs économiques, participant aussi de cette
production.
Tout comme le fonctionnement actuel du système officiel déchet à Dakar, la perpétuation
des pratiques alternatives d’assainissement solide, a des conséquences environnementales
désastreuses. Outre les lacunaires systèmes de prise en charge officiels, elle est facilitée par la
configuration des espaces (quartiers irréguliers), l’existence et la prédominance dans certaines
zones de la capitale du substrat sableux non couvert, des ruelles généralement non bitumées et
la proximité d’un océan « qui avale tout ». Les effets pervers de ces pratiques déchets
rejaillissent à travers des pollutions diverses qui affectent l’environnement mais aussi les
populations ; elles subissent par un effet boomerang, les conséquences de la pollution et la
dégradation de leur cadre et qualité de vie.

1
Le Service d’Hygiène tente en effet de manière épisodique et désespérée de mener quelques enquêtes pour retrouver les auteurs de la
constitution de certains dépôts anarchiques. Mais le système palliatif refleurira autant de fois que les populations ne disposent d’une
alternative viable appelant ainsi la nécessité d’inscrire la question des dépôts anarchiques comme celle des pratiques parallèles d’élimination
une optique de gestion globale.

165
Chapitre III Des dommages majeurs pour la nature et les hommes.

Les sources de pollution sont nombreuses et variées, lorsqu’on définie la pollution comme
étant l’introduction directe ou indirecte par l’homme dans les milieux terrestres, marins ou
aériens de substances ou d’énergies pouvant avoir des effets nuisibles tels que des dommages
sur les ressources naturelles, biologiques, faunistiques et floristiques de ces zones, et
présentant aussi des risques pour la santé de l’homme. L’appréciation est identique chez
SALOMON pour qui polluer, c’est rendre malsain ou dangereux un milieu en répandant des
1
matières toxiques .
Fumées et gaz atmosphériques d’origine industrielle ou provenant des transports,
développement de l’usage des pesticides agricoles, rejets liquides et solides domestiques ou
des activités de production, sur densification spatiale et encombrements divers, Dakar
n’échappe pas au stress environnemental qui caractérise les villes des pays en voie de
développement. Mais les carences des mécanismes officiels de prise en charge des matières
résiduaires depuis la collecte jusqu’à l’élimination, endossent aussi une part dans cette vaste
pollution urbaine.

La pollution due aux déchets résulte généralement d’une prise en charge officielle
défaillante. A Dakar, elle découle aussi de mécanismes alternatifs et populaires adoptés
depuis des décennies, pour pallier ces carences du service officiel. Dans l’agglomération, les
dégradations causées sur les écosystèmes par ces matières résiduaires rejetées, sont
accentuées par la constitution de certains éléments physiques (climat, sols, géologie…) du
milieu naturel de la presqu’île. Leur fragilité aggrave les désastres causés par, les procédés de
prise en charge, et l’homme après en avoir été à l’origine, fini généralement par en être aussi
la victime…

1. Qualité de l’air : régime des vents et dispersions d’odeurs liées aux déchets.
Le microclimat sous influence océanique qui balaie la façade littorale sénégalaise, procure
à Dakar une amplitude thermique faible, beaucoup d’humidité et des températures
globalement douces. Ces températures varient de 16 à 30° sur la Grande - Côte allant de
Dakar à Saint-Louis, alors que la moyenne journalière à Dakar est de 24, 2°C. Température,
humidité, évaporation ou précipitations, ces paramètres ont des impacts sur la prise en charge
des matières résiduaires solides produites dans la ville, et notamment sur la phase élimination.
Pour les déchets, des températures chaudes, un régime des vents particulier, ou encore le fort
taux d’humidité, peuvent constituer des facteurs aggravants lorsqu’il y’ a des carences dans
les mécanismes de prise en charge.

Les ordures ménagères qui comportent beaucoup d’éléments organiques, présentent la


particularité de dégager des odeurs assez fortes à l’air libre ; elles subissent en permanence
une fermentation dite aérobie. Ces déchets font l’objet d’une transformation de certaines de
2
leurs substances organiques , sous l’action d’enzymes secrétées par les micro-organismes.
Les odeurs sont dues à la décomposition et la putréfaction des matières organiques qui
libèrent du gaz méthane, même principe qui caractérise les gaz des matières fécales.

1
SALOMON J-N (2003). Danger Pollutions ! Presses Universitaires de Bordeaux Pessac. 169 Pages. P 11
2
Ils englobent aussi bien des produits simples et facilement fermentescibles tels que les sucres, les amidons, les graisses, les protéines…et
d’autres dont la décomposition biologique est beaucoup plus lentes (cellulose, lignite…) d’origine animale ou végétale
166
Si le phénomène est perceptible sous toutes les latitudes, la chaleur et l’humidité dans les
tropiques, contribuent fortement à accentuer le processus de décomposition bactérienne des
déchets putrescibles. En l’absence d’une gestion correcte, la décomposition des déchets
entraîne des nuisances diverses pour les populations et les milieux.

La prolifération des dépôts anarchiques en tant que méthode alternative d’élimination des
déchets, constitue un indicateur des problèmes de prise en charge. Elle présente aussi d’autres
1
facteurs incommodants : la propreté c’est aussi la qualité olfactive .

Ces nuisances olfactives concernent toutes les zones où l’on retrouve des dépôts
anarchiques ou coins sales. A Dakar où on note la présente d’innombrables dépôts
anarchiques, la chaleur et humidité accélèrent le processus de fermentation des déchets :
l’action combinée et prolongée du soleil et de l’humidité contribue à la formation de bactéries
odorantes. On verra que la question de la dispersion des odeurs par les vents touche aussi la
décharge de Mbeubeuss dans son fonctionnement actuel.

La persistance de ces nuisances est fonction de l’évolution et du traitement de la question.


Dans les centres les populations connaissent quelques répits, avec l’enlèvement des dépôts
anarchiques, alors que dans les marges, ces dépôts qui s’agrandissent et/ ou s’éternisent, sont
parfois présentes à l’année. Leurs effets sont plus prégnants durant la période allant de Juillet
à Octobre période la plus chaude de l’année avec des températures avoisinant les 30° et
favorisant une rapide décomposition des ordures, et qui coïncide aussi avec la saison des
pluies. Les points alternatifs de rejet de déchets, sont alors généralement remplis d’eau, du fait
de l’absence de réseaux d’évacuation des eaux pluviales ou du dysfonctionnement de celui
existant.

Notons par ailleurs les effets de la pratique du l’incinération artisanale d’ordures, qui
contiennent souvent des matières plastiques. Cette incinération sommaire provoque
l’ingestion de fumées et de substances nocives par les populations résidant aux alentours.

1
GOUHIER J, op cité 2000, P 24.
167
2. Impacts des pratiques officielles et informelles sur le paysage urbain.

2.1 Nuisances visuelles.

Les nuisances induites par la mauvaise prise en charge des déchets sont aussi visuelles.
L’environnement urbain dakarois qui présente une profusion de dépôts anarchiques, choque
l’œil du citadin, des administrateurs, mais aussi des visiteurs.

2.1.1 Dispersion des matières solides légères.

On retrouve cette dispersion dés le stade du rejet isolé par les usagers, de déchets solides
légers anonymes. Il s’agit généralement de bouts de papier, sachets, gobelets et autres déchets
sauvages d’emballage négligemment abandonnés « par terre » après utilisation. Ces déchets
alimentent aussi les points de rejets anarchiques où ils se retrouvent en composite avec les
autres catégories de déchets. Ces matières légères s’éparpillent au gré du vent et se retrouvent
dans les interstices de la ville, avec une plus forte concentration dans les endroits à grande
fréquentation (marchés, gares et terminus routiers ou ferroviaires…).
Les failles et limites du processus de prise en charge officiel des déchets collectés
participent aussi très souvent de cet éparpillement de petits déchets. Hormis la faiblesse du
balayage des rues, l’absence de corbeilles et petits équipements de captage, on peut noter
l’utilisation pour la collecte et le transport jusqu’à la décharge de Mbeubeuss de camions
ouverts, avec plateforme arrière peu surélevée et non pourvue de filet ou bâche de rétention
des ordures. Le long du trajet menant à la décharge, ces véhicules sèment sachets, papiers et
matières légères. Parfois ce sont de gros débris (branchages) qui tombent des camions à la
faveur des secousses liées à l’état des routes. Bien que les distances parcourues soient plus
courtes, on retrouve les mêmes phénomènes lors du transport de déchets par les charretiers, ou
pousse-pousse déchets, qui opèrent dans les quartiers de la ville, pour aller vider dans les
dépôts anarchiques du coin.

Les effets des carences du stade élimination de la prise en charge officielle, sont aussi
perceptibles à Mbeubeuss et dans ses abords. L’absence de clôture grillagée favorise l’envol
des matières légères en direction notamment des zones habitées ; ces déchets atteignent même
les localités plus éloignées comme Niakoul Rab, souffrant déjà de la présence de points de
rejets anarchiques villageois. Cette situation est accentuée par le déversement fréquent de
chargements de déchets quelques centaines de mètres seulement après l’entrée de la décharge.

2.1.2 Les dépôts anarchiques dans la ville.


L’omniprésence de dépôts anarchiques dans la quasi-totalité des quartiers de la région,
témoigne de l’ampleur des lacunes dans la prise en charge des déchets solides dans
l’agglomération. Près de 425 dépôts anarchiques ont été répertoriés durant nos campagnes de
recensement de 2004-2005, avec des incidences aussi bien sur la santé des populations que
sur leur cadre de vie.

Les décideurs et politiques semblent préoccupés par cette situation ; ces dépôts anarchiques
bien visibles, ont pour cadre le domaine public. Mais beaucoup d’administrateurs ne
consultent réellement le baromètre déchets qu’à l’aune des effets négatifs éventuels sur leur
vivier électoral : polluants et facteurs de contagion, les dépôts de déchets sont parfois source
de mécontentement des administrés.

168
Quant au préjudice esthétique, il est souvent activé par les retours de visiteurs
désappointés. De nombreux touristes et visiteurs étrangers sont séduits par les monuments
historiques et sites naturels de Dakar : Gorée, l’île de la Madeleine, la Gare, les marchés
Kermel ou Sandaga etc, rencontrent un vif succès. Si d’autres trouvent à la ville des
arguments plus subtiles comme son melting-pot, la sociabilité de ses habitants, l’animation
des quartiers, ou encore la fameuse « Téranga » sénégalaise, tous regrettent l’insalubrité de la
capitale sénégalais et de ses artères.

En réalité, elle est de plus en plus nombreuse, cette opinion publique qui s’étonne qu’une
gestion pérenne des déchets n’ait toujours pas pu être mise en place, pour une ville qui en
2007 fêtait ses 150 ans d’existence ; l’image de marque de la métropole prend un sérieux
revers à travers ses déchets. Les dépôts anarchiques trahissent les problèmes de prise en
charge à Dakar ; en les considérant sous l’angle des méthodes alternatives d’élimination, ils
deviennent une illustration miniature d’une méthode officielle de traitement tout aussi
approximative.

2.2 Pollution de l’horizon superficiel du sol.


A l’image de la frange atlantique du Sénégal, la quasi-totalité du littoral est de la presqu’île
1
du Cap-Vert est basse et composée de sable avec des sols présentant une perméabilité élevée .
La majeure partie de la presqu’île est ainsi occupée par des dunes continentales fixées
(Ogolien), anciens cordons dunaires orientés NE-SO portant des sols ferrugineux non
lessivés. Qu’elles soient vives ou semi-fixées, ces dunes littorales récentes et à sols minéraux
bruts s’étendent le long de la côte Nord.

Ces facteurs géomorphologiques interviennent sur la pollution des sols à travers les
mécanismes officiels actuels de traitement par la mise en décharge à Mbeubeuss. Mais, ils
intéressent aussi les procédés de dilution alternatif des rejets mis en place par les populations,
notamment dans cette banlieue Nord.
La pratique de l’enfouissement artisanal des déchets à Dakar, est plus développée dans les
quartiers de la grande banlieue Nord Pikine-Guédiawaye. Pour mesurer l’ampleur des
pollutions massiques visuelles impliquant le phénomène d’enfouissement sommaire des
ordures, on a eu recours à un procédé dit de « surfaces de contact ».

Il consistait à délimiter une surface d’un m2 dans des ruelles tirées au hasard, d’y creuser
sur une profondeur minimale de 50 cm (trou d’un volume d’environ 250 m3) afin de recueillir
1
la quasi-totalité des « déchets » répertoriés . La terre recueillie était ainsi triée et passée au
tamis de diamètre inférieur à 2,5 mm comme pour le tri des ordures ménagères. Les résultats
sur une treizaine de « surfaces de contact » ont montré un taux de saturation en déchets
d’environ 24 g par m2, notamment en matériaux peu ou pas dégradables (caoutchouc et
plastiques).

1
Un peu à la manière des carrés de fouilles archéologiques, mais en plus grossier.

169
Composition moyenne des déchets pour l'ensemble
des treize zones de prélèvement pédologique
Poids en grammes des

7
déchets par m2

6
5
4
3 quantités moy
2
1
0
er

R
c

s
ue

is
ou

ue

ile

C
Bo
pi

tiq

C
xt
iq
ch
Pa

as

Te
an
ut

Pl

rg
ao

O
C

Catégories de déchets

Figure 3. Composition moyenne des déchets pour les treize zones de


prélèvement pédologique. (Mesures DIAWARA 2004).

L’enfouissement même artisanal à titre de méthode d’élimination des matières résiduaires


ne constitue un danger qu’en fonction de la nature des matières en présence et de la
constitution du milieu récepteur. En général pour ce procédé, les déchets organiques naturels
sont réputés inoffensifs : soumis à l’enfouissement et quel que soit le lieu (excepté les zones
sensibles), ils parviennent à se dégrader au bout de quelques semaines du fait de leur
réutilisation par les organismes vivants présents dans le sol.

A l’opposé, certaines matières comme le plastique mettront plusieurs décennies pour


1
accomplir ce processus. Selon DIAGNE. A , le plastique serait incompatible avec le sol pour
plusieurs raisons :

- il est étanche, imperméable et sans capacité de rétention d’eau, alors que le sol est un
milieu poreux, perméable et avec une certaine capacité d’absorption et de stockage de
l’eau,
- il est de composition holorganique (polymères constitués essentiellement de carbone
et d’hydrogène), et renforcé par l’absence d’azote qui lui confère sa non
biodégradabilité, alors que le sol lui est essentiellement minéral sauf dans sa partie
superficielle qui peut être organominérale (en cas de forte teneur en carbone).

1
DIAGNE A, COULIBALY Z, & DIENG A, (2000). Le Péril Plastique. In Bulletin de la Propriété Intellectuelle. N° 17 Avril 2000. 14
pages.
Par sa légèreté le plastique est susceptible de rester en surface. Les modalités de sa
présence dans les couches superficielles (surfaces d’adhérence) du sol se font par l’entremise
de pratiques telles que l’utilisation directe d’ordures ménagères à titre de compost (ordures
contenant une bonne fraction d’impuretés notamment de matières plastiques). Elle s’explique
aussi par l’enfouissement artisanal pratiqué comme méthode d’élimination des déchets par
certaines populations. Le sol fini ainsi par être asphyxié avec des conséquences aussi
désastreuses dans l’un que l’autre cas : en effet dans le premier, les sachets contenus dans ce
compost bloquent l’activité racinaire des végétaux en quête d’eau, alors que dans le second
cas du fait de leur rôle d’écran par rapport à l’infiltration de l’eau, ces matières peuvent
provoquer l’imperméabilisation du sol superficiel et même son glissement.

Dans de nombreux quartiers spontanés de la grande banlieue, ce sont des phénomènes de


colmatage du sol, combinés à la saturation de la nappe qui sont à l’origine de l’inondation de
secteurs entiers durant la saison des pluies. Les autres dommages causés par les matières
plastiques libres étant leur ingestion par les animaux domestiques urbains. On abordera cet
aspect dans la seconde partie.

3. Mbeubeuss, ou les effets d’une pollution combinée.

3.1 Modifications topographiques et impacts sur le paysage..

L’utilisation de déchets non dangereux pour niveler des surfaces n’est pas en soi une
pratique néfaste ; elle peut même aider, grâce à un aménagement maîtrisé, à rendre plus
harmonieux des paysages dégradés par l’homme. C’est d’ailleurs l’un des buts premiers des
CET, parallèlement à leur fonction d’absorption des masses d’ordures : Les sites des
décharges correspondent aux dépressions naturelles ou héritées de l’activité économique :
1
carrières, friches industrielles, voies ferrées désaffectées, chemins ruraux abandonnés .

On peut penser que ce principe avait été appliqué au départ, pour le cas de l’agglomération
dakaroise. Si l’on se fonde sur la littérature officielle, le choix au départ du site de Malika
répondait à un impératif topographique pour les entreprises chargées en 1968 de la
construction du tronçon Malika- Keur Massar de la route nationale 17. Ces dernières devaient
utiliser les ordures en complément des gravats et autres matériaux traditionnellement utilisés
dans le T.P afin de surélever cette cuvette.

Des déchets banals ont été utilisés dans l’aménagement routier de l’axe Malika-Keur
Massar. Mais il en est suivi le maintien de sa partie ouest comme zone de décharge. En
réalité, l’aménagement routier n’a été qu’une couverture : l’antériorité de l’idée d’une
décharge a même pu justifier la construction de cette route, avec la probabilité que les
pouvoirs publics aient à l’époque, voulu faire d’une pierre deux coups.

1
GOUHIER J (2000), op cité P 18.

171
Tout porte à croire en effet que le Plan Ecochard de 1967, avait déjà identifié la zone du
lac comme devant recevoir les déchets de l’agglomération. Ce choix peut être imputable à
deux principaux facteurs relevant pour beaucoup du contexte de l’époque :

- l’urgence dans les années soixante, à trouver un substitut à la décharge de Hann,


saturée car trop petite, mais surtout à vol d’oiseau du centre-ville, vitrine du pays,
- la faiblesse des contraintes environnementales de l’époque qui ont permis aux
décideurs de « passer sous silence » certaines exigences écologiques.

Ces facteurs ont probablement permis de s’affranchir des sérieuses et nécessaires études
préalables avant mise en place d’une telle installation, légèreté qui plus tard, va quasiment et
dans la même veine, cautionner l’absence des aménagements inhérents au fonctionnement
d’un CET.

Le caractère peu pertinent du choix d’implanter une décharge d’ordures dans une zone
abritant des nappes d’eau douce était manifeste. Toutefois, l’absence de planification
responsable et de maîtrise des procédés d’aménagement, va y conduire à des dérives aux
conséquences désastreuses sur l’écosystème local.

Bien que leur application ne soit pas acquise dans les pays en voie de développement, des
règles très strictes en matière de limitation des nuisances sont édictées et imposées aux
installations de traitement et d’élimination des déchets. Pour les CET, il s’agit notamment de
l’intégration à l’installation, de réseaux de drainage et de bassins de stockage et d’épuration
des eaux avant leur rejet dans la nature. De même, un dispositif de captage des gaz avec
drainage des gaz de putréfaction vers des puits de captage, ainsi que l’utilisation de géo
membranes, pour l’imperméabilisation des alvéoles est imposé. Sauf qu’on verra, qu’à
Mbeubeuss, il n’a jamais été question d’alvéoles à imperméabiliser : la progression devait se
faire sur le lac, comme c’est d’ailleurs le cas depuis des décennies.
Au-delà de ces oublis, l’autre préjudice subi par Mbeubeuss est d’avoir très tôt été la
destination de l’ensemble des déchets de l’agglomération, alors qu’elle ne devait recevoir que
les déchets municipaux, dits banals. La décharge fut en effet le lieu d’acheminement officiel
des déchets dangereux, d’origine industrielle des déchets médicaux et biomédicaux, et
même…des déchets liquides (eaux vannes et déchets liquides industriels) que venaient
déverser des camions de vidange.
Outre l’étalement spatial de la décharge qui est passée de 5 hectares environ à son
2
inauguration, à près de 50 hectares aujourd’hui, les déversements d’ordures ont été très peu
tassés. L’absence d’égalisation et la poursuite des déversements sauvages, sur les anciens
fronts, ont entraîné un surélèvement artificiel de la topographie atteignant par endroits une
dizaine de mètres. Ces modifications ont eu pour effet de un bouleverser les régimes et des
modalités d’écoulement des eaux pluviales, avec parfois des répercussions sur plusieurs
kilomètres (écoulement gravitaire des eaux de ruissellement vers les zones d’habitat).

1 2
Un hectare équivalant à 100m2, Mbeubeuss s’étale sur environ 6 km

172
Photo 47. Montagnes « fumantes » de déchets à Mbeubeuss. On remarque au sommet d’un talus de près de 6
mètres de hauteur, un récupérateur en plein travail. (Cliché DIAWARA A-B 2007).

3.2 Les effets de la décharge sur les nappes.

Même si elle n’est traversée par aucun cours d’eau, la région de Dakar disposait jusqu’au
début des années 1970 d’un écoulement superficiel endoréique, principalement localisé entre
les anciens cordons dunaires et l’océan Atlantique. Etalés entre Yeumbeul et Sangalkam, les
anciens lacs Warouwaye et Youi ont aujourd’hui disparus à la suite de sécheresses
successives, alors que celui de Mbeubeuss se réduit à une portion congrue seulement visible
lors d’épisodes pluvieuses conséquentes.

Les réserves en eau douce de la région sont donc constituées de seuls gisements
souterrains. L’étude du substrat de la région de Dakar fait apparaître en remontant vers le
Nord, des modelés dunaires, ainsi que des dépressions humides, cernées de palmiers et
souvent inondées en hivernage. En dessous de ces terres, se trouve le plus gros gisement
d’« or blanc » de l’agglomération dakaroise : la nappe de Thiaroye- Yeumbeul. Située dans
cette zone des « Niayes », cette nappe offre une capacité d’exploitation d’environ 13 000 m3.
1
Ce domaine des nappes phréatiques affleurantes a d’ailleurs constitué une aubaine pour les
néo migrants venant des zones rurales ou des citadins pauvres refoulés des zones rénovées et
qui s’installent dans les faubourgs de la capitale.

1
FALL. C. 1991. « Pollution azotée de la nappe phréatique de Thiaroye. Causes et propositions de solution » UCAD. DEA. ISE Dakar.
1991. 78 P.

173
Les populations ainsi que les maraîchers qui jusque là s’approvisionnaient à partir des
céanes traditionnelles se tournent de plus en plus vers l’eau du réseau. Toutefois, puits
traditionnels et forages (environ 500), foisonnent encore dans la zone, et permettent la mise en
valeur agricole des dépressions humides à travers le maraîchage (irrigation des vergers et des
plans de légumes). Ces puits participent aussi à l’approvisionnement domestique en eau de
certains quartiers non couverts par le réseau d’adduction d’eau potable. On retrouve aussi
dans cette zone, les installations de la société chargée de l’exploitation des eaux en milieu
urbain la Sénégalaise Des Eaux (Filiale de la Lyonnaise des Eaux).

L’ouverture sur l’atmosphère constitue pour le système des nappes des sables quaternaires
le premier facteur de vulnérabilité du fait de la pollution chimique engendrée par les embruns
marins et les nitrates. Toutefois, la forte minéralisation de ces eaux fait soupçonner une
pénétration par percolation de la matière organique, notamment lors de l’alimentation et la
recharge des nappes par voie pluviale. La décharge ne serait pas complètement étrangère à
cette situation.
Les conditions de l’ouverture et de la mise en exploitation de la décharge de Mbeubeuss
évoquées précédemment, sont pour beaucoup dans l’avènement de la pollution
hydrogéologique actuelle des eaux des nappes phréatiques présentes dans la zone. Dans le
cadre de l’implantation d’un CET le choix d’un site doit en effet se porter sur une zone
présentant une géologie le plus imperméable possible doublé d’une protection du sol pour
prévenir les éventuelles infiltrations (lixiviats et jus de décharge). C’est d’ailleurs l’une des
raisons pour lesquelles est exigée la constitution d’un périmètre de protection sur les terrains
situés au voisinage des points de captage d’eau destinés à la consommation humaine.

Menacée dés la mise en service de la décharge, le calvaire de la localité de Mbeubeuss sera


aggravé par la gestion et son fonctionnement de l’installation durant toutes ces années. A
Mbeubeuss, comme dans les zones aux substrats fragiles l’accumulation sans traitement des
déchets conduit à la pollution des gisements d’eau douce souterrains. C’est notamment le cas
de la percolation des jus de décharge fortement chargés en matières polluantes.

Ce mode de fonctionnement a entraîné des conséquences désastreuses sur le plan


hydrogéologique : « l’eau de la nappe aquifère coule sous la décharge avec une vitesse
d’écoulement ralentie en direction du lac de Mbeubeuss. L’infiltration des eaux de pluie
1
provoque un lavage des substances toxiques qui sont ensuite transportées dans le sous-sol » .
Y sont en effet constatés des phénomènes de lixiviation, par entraînement dans le sol
d’éléments solubles par l’eau qui percole, mécanisme concernant particulièrement l’azote, un
2
peu le potassium et très peu le phosphore qui sont déplorés.

Avec l’émergence de la conscience écologique du début des années 80, l’Etat sénégalais
envisagea à plusieurs reprises de concert avec les sociétés en charge de sa gestion de procéder
à sa réhabilitation dont la faisabilité est établie, études à l’appui. Mais après moult épisodes et
rebondissements polémiques sur la contamination de la nappe par les eaux de lixiviats, aucune
action ne fut jusque là entreprise. Dernièrement, la société de nettoiement et de collecte des
déchets AMA, s’engageait à construire des unités de tri-compostage en vue du traitement des
déchets.

1
Le Soleil livraison du 27 octobre 2000 p 10.
2
Anonyme (2001). Dictionnaire de l’Environnement. 3° Edition. AFNOR 2001. 262 pages

174
De son côté, l’Etat sénégalais prévoyait de mettre à disposition de la structure un site plus
viable pour accueillir une décharge contrôlée et compléter la chaîne de prise en charge. Le site
des carrières abandonnées de la SOCOCIM entre Bargny et Rufisque, puis celui de Dougar
furent un moment pressentis pour se substituer à Mbeubeuss. Les habitants de la localité
située à environ 40 kilomètres de Dakar ruant dans les brancards, refusèrent catégoriquement
1
de devenir la poubelle de la capitale . C’est toute la symbolique du syndrome NIMBY (Not
In My Back Yard) qui s’illustre à travers cette mobilisation des habitants de la région de Thiès
peu enclins à supporter les excès écologiques d’une capitale qui, une fois n’est pas coutume
consentait à décentraliser et partager…ses ordures.

3.3 Les établissements humains environnants : des victimes du


fonctionnement de la décharge.

L’afflux massif de nouveaux immigrants a conduit au développement de l’urbanisation


spontanée à Dakar : « Les néo-citadins pauvres s’installent au hasard des terrains vagues
2
rencontrés, sur des sites inconstructibles, où ils s’entassent dans des bidonvilles ».
Porte d’entrée de Dakar, disposant de paysages ruraux encore peu convoités, cette zone
nord des sables quaternaires constituait une aubaine pour les néo migrants qui ralliaient Dakar
en quête de meilleures conditions de vie. On y retrouvait aussi certains déguerpis des quartiers
centraux ou des marges urbaines restructurées. L’accès à la propriété se négociait directement
auprès des dignitaires lébous, et l’installation quasi immédiate prenait la forme d’un « pied à
terre » : concessions, baraques loués ou maisons de type rural faites en tôles ont longtemps
caractérisé l’habitat des migrants dans cette zone.
Indépendamment de cette « facilité », la zone disposait surtout d’un atout de poids, un gros
potentiel en eau potable et d’accès aisé : la nappe libre de Thiaroye –Yeumbeul. Cet aquifère
est exclusivement constitué de dépôts de sables quaternaires et d’une nappe phréatique de très
faible profondeur. HERBRAD résumait bien ses caractéristiques : « n’importe où que l’on
fasse un puits dans ce bassin de Thiaroye, on est assuré de trouver la nappe d’eau à moins de
3
10 m de profondeur environ ». Pour les populations les plus démunies, ces puits traditionnels
ont constitué une aubaine pour satisfaire leurs besoins quotidiens en eau potable, alors que les
maraîchers lébous autochtones rejoints par des nouveaux colons ruraux perpétuaient l’usage
des céanes pour l’arrosage de leurs champs.
La réglementation sur les décharges publiques d’ordures, interdit toute construction
publique ou privée à moins de quatre cent mètres du site. Mais, bien que stipulée par le code
de l’Assainissement, cette mesure n’a pas fait long feu à Dakar. Installée au départ sur une
marge urbaine peu attrayante (bas-fonds) et éloignée des centres, Mbeubeuss a été rattrapé par
les établissements humains. La planification n’avait pas envisagé que la pression urbaine, et
l’étalement spatial de la banlieue opéreraient une jonction avec le site de la décharge.

Les contraintes induites par son fonctionnement touchent aussi bien les populations
d’agriculteurs qui se sont implanté dans cette zone depuis des décennies, que ces derniers
arrivants du front de peuplement de la banlieue. L’eau de la nappe, suspectée d’être polluée,
notamment par les jus de la décharge, est pourtant encore largement consommée.

1
Les habitants de Dougar ont en effet vigoureusement protesté devant le projet d’ouvrir un autre « front » sur leurs terres, entraînant le gel
par les autorités du projet.
2
MBOW L-S, (1998). « Projet de réalisation de puisards et de formation en animation sanitaire à Yeumbeul (Dakar) ». PNUD-LIFE
Sénégal. Septembre 1998. 22 pages.
3
HEBRARD C, (1966). « Les formations Tertiaires et Quaternaires de l’Isthme de la Presqu’île du Cap-Vert ; feuille de Thiaroye-
Sénégal ». Laboratoire de Géologie BRGM. Dakar 68 p.

175
Les résidents les moins démunis disposant d’un robinet individuel, ou pouvant en acheter
quotidiennement aux bornes-fontaines procèdent à un usage différencié de l’eau : le liquide
directement puisé sur la nappe, sert en appoint pour les usages secondaires (non nobles). Pour
les plus pauvres, l’unique alternative est de rester fidèles aux puits pour satisfaire leurs
besoins en liquide précieux. Ces populations sont les plus touchées par les pathologies
(parasitoses, dysenteries, dermatoses, diarrhées etc.), liées à la consommation directe de l’eau
de puits pollués par le cycle de contamination évoqué plus haut, et impliquant le
fonctionnement de la décharge.
Arrivants principalement de l’ouest, les véhicules de transport des déchets venant vider
leurs chargements, empruntent l’axe densément peuplé de Pikine-Thiaroye-Malika. Les
incessants passages des véhicules lourds causent de nombreux accidents et sont aussi source
de désagréments pour les populations qui supportent jusqu’à des heures tardives les bruits dus
aux rotations de véhicules.

Aux alentours de la décharge l’apport hydrique supplémentaire dans les zones


dépressionnaires, pousse des populations à recourir aux ordures en volumes conséquents, afin
de combler leurs cuvettes de vie. Des aménagements qui constituent l’illustration d’un cycle
déchet vicieux pour des populations, dont le volontarisme pour pallier la défaillance publique
prend parfois une tournure dramatique.

Au-delà de ces nuisances, les désagréments olfactifs, liés au fonctionnement actuel de la


décharge sont aussi préoccupants : elle a été implantée dans une zone où la trajectoire des
vents dominants ramène les odeurs vers les établissements humains. L’analyse de la
circulation atmosphérique générale, et du régime des vents dans la zone, permet d’en voir les
effets sur le quotidien des populations riveraines de la décharge. Ces effets touchent aussi des
quartiers parfois éloignés de plusieurs kilomètres.

Ces vents qui soufflent dans ce secteur dépendent de l’Anticyclone des Acores centré sur
l’Océan Atlantique. Selon LEROUX (1970), ils sont de secteur Nord, variant NNW ou NW
selon la position de l’Anticyclone, et balayant la côte en oblique. La direction Ouest domine
la circulation durant la période allant de juillet à septembre (saison des pluies). La valeur
maximale instantanée relevée à Dakar en septembre 1991 est de 32m/s avec des moyennes
mensuelles varient entre 5,5m en avril et 3,26m en septembre.
L’Alizé maritime issu de l’Anticyclone des Açores, dans une sorte de conjonction de flux
avec l’Alizé continental saharien ou harmattan, renvoie même vers l’agglomération Pikinoise
à partir de Malika, des vents chargés en odeurs composés volatiles, en provenance de la
décharge. Les quartiers de Yeumbeul Nord et Sud, Thiaroye Gare, Malika, Keur Massar
subissent de plein fouet cette dispersion d’odeurs. Toutefois, les populations des localités
situées à l’est d’un axe Keur Massar, Niakoul Rap, Tivaouane Peul, sont aussi touchées par
les vents fétides transportant du biogaz et des composés volatiles.
Les riverains de la décharge qui subissent les désagréments liés à son fonctionnement
semblent avec le temps, s’être résignés ; avec fatalisme, ils s’accommodent des odeurs fétides
que dégagent ces accumulations d’immondices. Les habitants des quartiers comme Nimzat
qui se sont littéralement posé sur la décharge, subissent l’air vicié en provenance des
montagnes d’ordures, accumulées sans traitement. Leur sort est pourtant un peu moins
inquiétant que celui des récupérateurs travaillant sur le site même de la décharge, loin de
mesurer les conséquences sur leur santé de ce contact permanent avec ces vecteurs de
maladies notamment pulmonaires, dermatologiques et neurologiques. On l’a vu, l’inhalation
des gaz issus de la fermentation aérobie des déchets et des poussières de déchets constitue un
facteur de risque ; c’est le cas pour les populations qui vivent à proximité des maxi dépôts
mais surtout celles « habitant » sur le site de la décharge.

176
Carte 13. Dispersion des odeurs de la décharge et vents dominants dans le secteur de Mbeubeuss.
177
4. La pollution littorale due aux déchets.

Dakar est établie sur une presqu’île, entourée sur ses flancs Nord, Est et Sud par l’Océan
Atlantique. Aussi, pendant longtemps, cette mer qui tour à tour fit le peuple pêcheur lébou,
participa à l’ouverture de leur territoire au reste du monde (parfois de manière tourmentée
d’ailleurs) et permis le rayonnement de la future métropole portuaire qu’est devenue Dakar,
fut associée à la pratique hygiénique et rudologique des populations.

Assimilée à une immensité aux vertus purificatrices, pouvant absorber et assimiler tout ce
qu’elle reçoit, elle se prêta très tôt à la pratique du rejet sur les plages notamment de la part
des populations installées en bordure de mer. Mais, la faiblesse démographique, les modes
traditionnels de production ainsi que la nature des déchets produits (principalement
organiques et bio dégradables) permettaient une dilution plus ou moins rapide de ces matières.

La forte densification urbaine observée depuis presque un demi siècle sur cet espace
littoral exigu a favorisé la multiplication et la diversification de ces matières. Jusque là
exutoire naturel, l’océan n’arrive plus à diluer les fortes quantités de rejets industriels ou
domestiques, aussi bien solides que liquides. Les rejets non domestiques seront abordés dans
la quatrième partie de l’étude.

4.1 Matières résiduaires domestiques issues de l’élimination officielle.

Seuls des déchets liquides sont rejetés à la mer par des organismes officiels de traitement.
Ces matières proviennent principalement des réseaux officiels de collecte des eaux vannes et
ménagères, qui sont gérés par l’Office National de l’Assainissement (ONAS).

Volume (106 m3 /an DBO (t/an) DCO (t/an) MES (t/an)


Point de rejet
Siphon Pointe Fann 6 4 125 9 354 6 204
Camp Lat-Dior 10,9 7 560 12 750 6 363
Départ Gorée 5,9 2 507 3 280 2 023
Cambérène (eau traitée) 1,3 13 52 39
Cambérène (eau brute) 0,04 28 36 26
Total 24,1 14 233 25 472 14 655

Tableau 11. Principaux points de rejets dans l’océan Atlantique d’eaux usées domestiques de Dakar et leur
charge polluante. Source MEPN-CSE Annuaire sur l’Environnement et les ressources naturelles du Sénégal.
Novembre 2000. 268p.

178
4.2 Matières résiduaires domestiques issues de l’élimination parallèle.

La prolifération de dépôts littoraux de déchets domestiques a été largement abordée. Ces


dépôts souvent localisés sur la partie sablonneuse du littoral, sont généralement le fait de
populations et habitations en prise directe sur l’océan. Bien qu’atténués et dilués par les
mouvements marins, certains points noirs liés aux rejets de déchets solides persistent et sont
quasi permanents ; c’est le cas des dépôts observés dans des zones comme Hann, Rufisque ou
Thiaroye. En général, ces pratiques de rejet littoral de déchets solides, s’accompagnent d’un
rejet de matières résiduaires de l’assainissement liquide domestique. L’espace littoral habité,
subi ainsi le déversement de déchets solides, mais aussi d’eaux usées domestiques, de
matières fécales etc., issues de pratiques d’assainissement liquide non officielles.

Photo 48. Jeune femme se débarrassant d’eaux ménagères sur le rivage à Yoff. La profusion de déchets
solides témoigne de l’utilisation de la plage comme exutoire de diverses matières résiduaires domestiques.
(Cliché DIAWARA A-B 2004)

Cette situation est aggravée par une quasi absence de nettoiement de ces plages
sablonneuses, dont l’entretien ne fait pas partie des attributions de la société de collecte.
Quant aux Services Municipaux en charge de leur propreté, ils n’interviennent
qu’épisodiquement notamment lors des opérations de nettoiement ponctuels et de grande
envergure, avec là aussi un ramassage manuel très sommaire et superficiel. Ni les STC, ni
aucune des structures de la place, intervenant sur le littoral pour des missions de propreté, ne
dispose de cribleuse pour ratisser les plages sablonneuses, encore moins de bateaux pélicans
pour le nettoyage du littoral.
Outre la pollution des écosystèmes, les divers rejets sur le littoral ont des répercussions
négatives sur l’image esthétique de ces zones, et limitent la fréquentation des plages au titre
des loisirs. Aussi bien les touristes de passage, que les amoureux de ballades sur la plage ne
peuvent profiter de baignades ou de promenades sur ces portions de plages. Seuls quelques
habitants des environs, téméraires et qui semblent s’être depuis longtemps résigné, continuent
à fréquenter des plages, souvent jonchées de détritus et pas uniquement à marée basse.
179
5. Risques sanitaires, liés au système lacunaire de prise en charge des déchets :

La relative bonne dotation des différentes villes de l’agglomération, en infrastructures


sanitaires, avec sept (7) hôpitaux, et environ une quarantaine de Centres de Santé, permet à la
population un accès convenable à ce service. Et cela, même si les coûts de prise en charge, de
plus en plus élevés pour les malades, poussent les couches populaires, à se rabattre sur la
médecine alternative ou traditionnelle. Une bonne partie de la population a aussi recours à
l’automédication, avec souvent l’achat de médicaments à risques vendus « sous le
1
manteau » , et dans les circuits pharmaceutiques parallèles.
La satisfaisante couverture de la ville en infrastructure de santé est ébranlée par la
déclaration régulière et cyclique de certaines épidémies. Elles rappellent l’importance dans le
cadre des politiques de santé publique, de la mise en œuvre de schémas d’hygiène globale,
accordant leur place aux méthodes d’assainissement et de gestion des rejets dont ceux solides.

5.1 Dépôts anarchiques et contamination.


La prolifération de points de rejets anarchiques constitue une menace omniprésente pour la
santé des populations. Au delà de la dispersion des déchets légers (papiers et poches
plastiques qui enlaidissent le paysage), c’est la prolifération des mouches et des rats dans ces
points de rejets anarchiques qui constitue l’autre gros facteur de risques pour les populations.
Ces animaux et insectes présentent un pouvoir élevé de propagation et de dispersion des
facteurs de contamination.
Attirés par les restes de déchets alimentaires, rongeurs et autres nuisibles s’introduisent
dans les habitations, bâtiments ou locaux commerciaux, notamment ceux implantés à
proximité des dépôts anarchiques. Durant nos campagnes d’identification des points de rejets
anarchiques, on a comptabilisé (visuellement) près de 112 rats vivants, sur l’ensemble des
sites, dont 23 sur des dépôts anarchiques localisés à moins de 10 mètres des premières
habitations. Ces rongeurs restent les principaux vecteurs de maladies comme la peste ; les
craintes pour la santé des riverains sont pour le moins fondées.
La fréquence de la prévalence de certaines épidémies et leur rapide propagation auprès des
couches populaires tient en partie à des défauts d’hygiène. Mais, elle découle aussi d’une
cohabitation forcée avec les ordures et leurs facteurs de nuisance, cohabitation qui elle-même,
résulte souvent d’une mauvaise prise en charge desdits déchets sur l’espace public.
Au-delà des actions curatives, les autorités sanitaires sénégalaises, s’investissent dans des
actions de prévention. Elles vulgarisent des pratiques d’hygiène de base telles que le lavage
des mains à l’eau savonneuse avant et après les repas, ainsi qu’au sortir des toilettes. Elles
déconseillent aussi la consommation d’aliments et de repas à même les artères, notamment
celles susceptibles de constituer une source de pollution : rues non revêtues ou à grande
fréquentation automobile ou piétonnière (gaz d’échappements, poussières diverses), endroits
insalubre ou présentant des immondices. Ces recommandations rappellent que les progrès de
la santé sont plus à mettre sur le compte de l’amélioration de l’hygiène publique que de la
médecine elle-même.

1
Dans la quasi-totalité des villes de la capitale s’est développée un système d’approvisionnement et de vente parallèle de produits médicaux
et pharmaceutiques non contrôlé officiellement et suscitant beaucoup de controverses. Si d’un côté certains estiment qu’avec les génériques
qu’il proposent, elles permettent aux plus pauvres d’accéder aux soins de santé, les risques sont régulièrement dénoncés à travers notamment
la vente de placebo et ou de médicaments périmés présentant d’énormes dangers pour leurs consommateurs sans oublier les question de
posologie, d’hygiène dans leur manipulation…L’absence d’un système de prise en charge automatique par le biais de la sécurité sociale
rappelle en effet que l’accès aux soins reste assez libéral et très inégalitaire ce qui fait dire aux populations qu’au Sénégal l’on ne peut se
soigner que si on en a les moyens. Pas étonnant alors qu’une bonne partie de la population ait recours à la médecine traditionnelle qui
présente l’avantage de proposer pour certaines pathologies des remèdes certifiés « efficaces » et au rapport qualité- prix très abordable, même
si des dérives sont souvent constatées. En général les populations démunies passent d’abord systématiquement par la case « médecine
traditionnelle » (ou wolof comme elles disent), avant de se tourner vers celle moderne en cas d’absence de résultats probants et parfois
malheureusement de manière tardive vers la médecine moderne.
180
La question de la gestion des matières résiduaires doit occuper une place prépondérante
dans les politiques d’hygiène de masse. Une bonne gestion des sources de contamination
notamment par la prise en charge plus « complète » des résidus urbains complète en amont les
dispositifs sanitaires et contribue à faire baisser les taux d’infection liés à des pratiques peu
recommandables en matière d’hygiène.

5.2 Pratiques de remblaiement avec le matériau « déchets » : prolifération


bactérienne.

Les populations du Sahel accueillent souvent avec joie l’arrivée de la saison des pluies,
signe de vie et de fertilité. Pourtant, l’hivernage reste une période d’anxiété pour les résidents
de la plupart des quartiers de l’agglomération dakaroise.

En l’absence d’un réseau de collecte des eaux pluviales satisfaisant, une bonne partie des
quartiers se retrouve sous les eaux durant la période des pluies ; même le Plateau, centre des
affaires et doté d’un réseau de collecte des eaux pluviales n’est pas épargné.

Pourtant, la période des pluies est assez courte à Dakar. Les quantités d’eau enregistrées
2
dans la ville sont assez faibles ; elles sont de l’ordre de 500 mm/ an , bien en deçà des 1250
mm / an, relevés en moyenne à Ziguinchor au Sud.
Dans les zones équipées d’égouts, cette situation résulte de la faiblesse du réseau ; son
rythme d’extension peine à suivre la cadence de l’étalement et de la densification spatiale de
la ville. Mais, on note aussi de nombreuses lacunes dans leur entretien ; les services en charge
de ce secteur qui semblent peu privilégier l’anticipation, se contentent dans le meilleur des cas
d’intervenir une fois la situation au rouge. Les actions épisodiques et peu coordonnées sont
parfois menées de manière très sommaire.

Dans les banlieues, les anciens lits de ruisseaux, marigots et de lacs asséchés, ont été
colonisés par l’habitat spontané. Ces endroits sont de manière cyclique et en fonction de
l’intensité des pluies, réinvestis par l’eau durant les périodes de pluies. Dans les ruelles, les
eaux stagnantes prennent avec le temps une coloration saumâtre, après avoir parfois repris
possession des concessions, et obligé les habitants à l’exode. Outre les désagréments
provoqués chez les populations, cette stagnation des eaux entretient par le biais des gites
larvaires ainsi formés, une menace épidémiologique préoccupante, favorisant notamment la
propagation du paludisme.

Les autorités de la protection civile, aidées de quelques associations ou ONG tentent de


leur venir en aide, en proposant des hébergements temporaires dans les écoles et les centres de
santé, des soins, de la nourriture et quelques vêtements.

1
A l’exception bien entendu des pluies de « heug » de la saison sèche qui peuvent occasionnellement atteindre des valeurs record : 17 mm le
1er décembre 1978 (SAGNA 2000).

181
Photo 49. Rue principale (pénétrante) du quartier de Nietty Mbar (Pikine) régulièrement inondée et tapissée
d’ordures en période de pluie. La nécessité d’une jonction entre assainissement liquide et gestion des déchets
solides prend ici tout son sens. (Cliché DIAWARA A-B 2004)

Toutefois, certaines populations refusent d’abandonner leurs demeures, piégées dans les
bas fonds ou anciens marécages. Il est alors fréquent que ce désir de rester dignement chez
soi, mais aussi parfois l’absence d’une bonne prise en charge, dans les points d’accueil,
obligent certains à recourir à des pratiques de désespoir telles que l’utilisation des déchets
pour remblayer l’intérieur de leurs concessions : les déchets font alors office de gravats, dans
la tentative désespérée de lutter contre la montée des eaux.
C’est régulièrement le cas de quartiers de Pikine tels que Wakhinane-Nimzatt, Bagdad,
Nietty Mbar, Médina Gounass ou encore Djida-Thiaroye Kao. Cette situation expose les
populations aux conditions de vie déjà précaires à une cohabitation avec des lacs
nauséabonds, sortes de cuvettes recueillant et les ordures et les eaux de ruissellement.

5.3 Commerce des déchets et contamination.


L’activité reste à haut risque aussi bien pour les récupérateurs que pour les revendeurs.
Nombre de récupérateurs présents sur le site de la décharge ou sillonnant les artères de la
capitale, présentent en effet des infections liées au maniement sans protection préalable des
ordures. Ils contractent en général la lèpre, la gale, le choléra mais aussi le tétanos consécutif
à l’infection des blessures ouvertes, causées par un contact avec des objets tranchants souvent
souillés. Sur le site de la décharge, les récupérateurs de métaux sont victimes de cancers et
maladies respiratoires diverses, liées aux méthodes parfois dangereuses, utilisées pour
l’extraction des matières (métaux non ferreux) contenues dans les déchets électriques et
électroniques (D3E).

182
S’il est difficile à cause de la conjoncture économique d’arriver à légiférer puis faire
respecter quelques règles de base concernant le secteur de la récupération et la consommation
1
de déchets y compris alimentaires , une meilleure réglementation-contrôle tombe sous le coup
d’un impératif de santé publique, lorsque des aliments périmés ou avariés sont
frauduleusement remis sur le marché. Ces pratiques font courir de graves risques à la santé
des populations avec des phénomènes de contamination de masse.
L’utilisation de produits issus de la récupération des déchets, est aussi à « surveiller de plus
près » : c’est notamment le cas des conditions de la réintroduction des emballages et autres
bouteilles récupérées dans le commerce. Certaines ayant servi précédemment à conditionner
des produits chimiques ou toxiques sont directement remis dans le commerce après un simple
« lavage », faisant courir des risques certains pour les consommateurs notamment de boissons
et autres produits alimentaires conditionnés dans ces contenants. Les dangers liés au
commerce informel des récipients et autres bouteilles sont réels avec notamment des risques
d’empoisonnement par contact de produits alimentaires avec des récipients ayant servi
antérieurement de contenants pour des produits chimiques et/ ou toxiques (pesticides).

Ce sont des bouteilles ayant contenu de l’eau de javel, des bidons ou fûts de pesticides et
des bidons d’huile pour moteur réutilisés qui sont en effet parfois réutilisées pour
conditionner des boissons et liquides alimentaires divers (huile de palme ou d’arachide,
2
lait…). Le papier récupéré est aussi très souvent réutilisé pour l’emballage de légumes, fruits
ou friandises malgré les risques que présente cette pratique. Les invendus de presse ou vieux
journaux qu’ils soient issus du monostockage initial domestique ou achetés chez les
imprimeurs renferment en effet souvent des substances toxiques utilisées lors des process de
fabrication ou d’impression des revues. L’utilisation du papier imprimé pour le
conditionnement et le transport des aliments ne devrait être tolérée que pour les denrée devant
faire l’objet d’une préparation avant consommation (fruits et légumes devant être épluchés
etc.)

1
Notamment par les buuju-mens ou autres nécessiteux.
2
Il est rare que les utilisateurs de papier ayant déjà servi, s’approvisionnent dans les poubelles en papier pour conditionner les aliments. Le
papier au contact des autres déchets se froisse et se salit très rapidement, salissure très visible et rebutant pour le conditionnement
alimentaire. D’autre part les quantités récupérées restent assez éparses. Par contre en récupérant le papier issu du monostockage initial que
ce soit par le biais des populations aisées pratiquant ce type de stockage (Voir Chapitre Premier), ou par l’intermédiaire des filières
d’invendus, elles ont la conviction que le papier non pollué reste propre à la consommation. Pourtant le code de l’hygiène le danger dans
l’utilisation de ce papier imprimé ayant déjà servi réside.

183
Conclusion : espace discrédité, espace malmené : un milieu fragile mais très éprouvé.
1
L’agglomération dakaroise avec 2.267.356 d’habitants étouffe, dans ses 550 km2, et tend
de plus en plus vers une conurbation avec sa dauphine Thiés. Sa morphologie et son statut de
capitale, expliquent en partie les contraintes auxquelles cet espace fluet – 0,28 % de la
superficie du pays - doit faire face. Combinée à des choix de gestion urbaine pas toujours
pertinents, la forte pression démographique que subit la presqu’île, a fini par y entraîner une
situation écologique préoccupante, illustrée par une forte pollution de l’environnement.
Le déficit en équipements collectif mais aussi domestique d’hygiène, illustre la faillite des
politiques de salubrité publique et d’assainissement liquide. Dans la ville, ce déficit est
amplifié par les lacunes d’un secteur de la gestion des matières résiduaires solides déjà
inefficient.
2
Si tant est qu’on puisse parler de bataille que livrent l’environnement et les organismes de
salubrité contre les diverses sources de contamination, les pollutions dues aux « Déchets
Solides » apparaissent des plus alarmants, car ayant une bonne longueur d’avance. Du point
de vue spatial, on note en effet une fulgurante progression de ces indicateurs instantanés de
l’inefficacité de la prise en charge officielle que constituent les mécanismes palliatifs
d’élimination notamment les « dépôts anarchiques ». Durant notre période d’enquête, un bilan
des « forces en présence » donnait un avantage à la création sur la résorption : pour chaque
dépôt anarchique résorbé il s’en créait en deux nouveaux.
En constante augmentation notamment sur un « transect » Sud-ouest Nord-Est, elle est
principalement révélatrice mais aussi la conséquence de l’échec des stratégies officielles de
prise en charge. Tous les jours, c’est au moins 4 ménages sur 100 qui recourent aux dépôts
anarchiques pour de se débarrasser de leurs ordures à Dakar, alors que mis bout à bout les
quatre cent vingt cinq dépôts anarchiques recensés à un moment t de notre phase de
recensement, représenteraient une superficie d’environ 4161m2 (soit l’équivalent d’un grand
terrain de football couvert d’ordures sur près d’un mètre de hauteur). Avec la décharge de
Mbeubeuss qui s’étend sur environ 0,6 km2 (60 hectares) ce sont alors près de 0,10 % de la
région qui seraient occupées par des ordures, dans des conditions on l’a vu, pas toujours
convenables.
C’est au vu de ce tableau peu glorieux mais réel de la gestion calamiteuse des matières
résiduaires à Dakar, que beaucoup dans une sorte d’appréciation « à chaud » et spontanée
pointent souvent les populations, ainsi que les sociétés de nettoiement, jugées comme
responsables de ce hécatombe hygiénique. Toutefois, on verra que si l’insuffisance de la
collecte officielle, ultime aveu d’impuissance des sociétés de nettoiement est à l’origine du
développement de telles pratiques alternatives, ces dernières sont aussi à mettre en rapport
avec des phénomènes sociaux moins flagrants, ainsi qu’à des choix d’aménagement urbain
peu pertinents. Au-delà des lacunes techniques évoquées, les difficultés dans prise en charge
officielle des matières résiduaires sont en effet la conséquence de méthodes de gestion urbaine
très peu cohérentes bien que l’implication de certains facteurs socio-humains et historiques
présentant parfois un caractère plus diffus ait aussi largement contribué à asseoir cette
situation.

1
Des villes comme le Caire, Lagos ont chacune une population dépassant 15 millions d’habitants soit plus que la population totale du
Sénégal.
2
MUMFORD précisait : pour que l’on assiste à de véritables affrontements, la disproportion des forces ne doit pas être trop grande.
MUMFORD Lewis (1964). La cité à travers l’histoire. Editions du Seuil 776 pages. P56

184
DEUXIEME PARTIE : LES CAUSES RECENTES DE CETTE
SITUATION.

Chapitre I. Déchets et trajectoire urbaine postindépendance à Dakar.


Chronique d’un échec annoncé.
Au sortir des indépendances, les pays africains connaissaient des fortunes diverses en
matière d’équipements et d’infrastructures. Cette situation était principalement due à leur
place et rôle, durant la période de la colonisation européenne. D’ailleurs à ce propos, et pour
le cas du Sénégal, Samir AMINE souligne : « l’avance dont le Sénégal a bénéficié, qui tient à
l’ancienneté de sa mise en valeur, lui a permis de préparer au cours de la décennie 1958-
1968 les conditions d’une formation technique et scientifique d’un niveau supérieur à celui de
1
la plupart des Etats francophones d’Afrique ».

Mais, s’il est traditionnellement admis que les politiques infrastructurelles d’envergure,
doivent prendre en compte les besoins réels des populations, telle conception n’a pas été
appliquée durant la période de sujétion coloniale.

Pas besoin d’aller jusqu’à un inventaire, pour admettre qu’équipements et aménagements


dans les colonies n’ont en leur temps été ni conçus, ni réalisés à destination de la majorité des
populations autochtones. Ils participaient des stratégies d’exploitation économique des
territoires et populations, et devaient accessoirement améliorer le confort des européens.

Ce choix colonial a dés le départ, écarté toute de mise en valeur cohérente des espaces. Il
n’y était guère question de planification rigoureuse, digne d’un aménagement spatial dans une
optique durable, encore moins d’une politique recherchant la meilleure répartition
géographique des activités économiques, en fonction des ressources naturelles et humaines.
La stratégie coloniale d’exploitation des espaces était basée sur une avancée par palier :
établissement dans une zone déterminée, sécurisation par l’édification de garnisons (devenues
par la suite, centres de décision), implantation ou renforcement de l’activité économique
commerciale. Concomitamment, se développaient divers services : banques (souvent filiales
de maison -mères hexagonales), agences régionales des sociétés d'import-export, et premiers
établissements industriels, qui avec le télégraphe constituaient les instruments de la modernité
coloniale. La construction de routes et plus tard du chemin de fer permettaient de consolider
et d’élargir l’espace colonial à travers le maillage des territoires.

Cette extraversion de l’appareil socio-économique, s’est donc accompagnée de processus


de transformation des espaces. Dans certaines zones urbaines, cette approche a crée ou
favorisé l’amorce d’une macrocéphalie, avec de larges déficits dans les secteurs sociaux de
l’habitat, de la santé, de l’éducation etc.

Ces politiques biaisées devaient être au centre des préoccupations des pouvoirs
indépendants : un (ré) aménagement territorial s’avérait incontournable.

1
AMINE Samir, (1971). « L’Afrique de l’Ouest bloquée : l’économie politique de la colonisation ». Ed de Minuit 1971 322 p.

185
1. Tentatives d’aménagement et de planification.
Les défis qui attendaient les nouvelles autorités sénégalaises étaient donc nombreux.
Toutefois, l’urgence consista pour le pouvoir indépendant à définir, puis mettre en œuvre
selon une programmation précise, des actions rapides de rectification des « erreurs » induites
par l’action coloniale. Il s’agissait aussi d’accélérer la cadence dans l’application des
politiques de développement et de rattrapage économique, tout en gardant en ligne de mire
l’évolution des pays du Nord. Pari des plus ambitieux, d’autant que la planification ne devait
pas tomber dans les mêmes travers coloniaux, dont une constante aura été une politique de
ségrégation, de paupérisation des masses populaires, notamment durant la période dite
première phase coloniale.

Touchant les secteurs de la santé, de l’hygiène, cette approche coloniale appliquée aussi
dans les politiques de logement et d’habitat, avait présidé à l’éloignement et au confinement
de populations autochtones, avec parfois des prétextes sanitaires. A Dakar, cette orientation
qui avait connu son apogée avec de la création de la Médina en 1914, fut même tardivement
reconduite, notamment lors de l’édification de la ville-dortoir de Pikine en 1952.

1.1 Les déchets dans les politiques de santé et d’hygiène publiques.

Dès 1961 soit un an après l’indépendance, le gouvernement s’attaqua aux grands chantiers
de la capitale en procédant à une première réforme municipale. Cette dernière consacra le
rattachement de l’île de Gorée -jusque là autonome-, à la commune de Dakar qui comptait
environ 370 000 habitants. Cette année marqua aussi la création de six arrondissements :
Dakar-ville, Médina, Yoff, Dagoudane-Pikine (1960 ; 30 000 habitants) et Gorée qui
constituaient autant de municipalités réunies dans le conseil municipal de Dakar.

Cette période d’état des lieux pour la nouvelle administration, correspondait aussi à la
« feuillaison » des lacunes structurelles induites par un aménagement biaisé. Un document de
la Direction de l’urbanisme datant de 1962, soit deux ans après la proclamation de
l’Indépendance, précisait : « alors que se mettaient en place des structures de l’appareil
d’Etat et que démarraient les politiques nationales, les problèmes de la ville sénégalaise
étaient présentés comme des « tares » qui faisaient partie du legs colonial et qu’il s’agissait
1
de traiter ».

Les secteurs ciblés par ces réajustements étaient l’aménagement du cadre de vie, la
réalisation des équipements collectifs, la protection des milieux naturels et des paysages, la
sauvegarde ou la mise en valeur du patrimoine bâti ou non bâti. En somme, on y retrouvait
une bonne partie des missions assignées aux pouvoirs publics dans le cadre du droit de
2
l’urbanisme et de l’aménagement du territoire .

Pour les autorités centrales, la mise en œuvre des politiques volontaristes s’appuyait sur le
Plan Directeur d’Urbanisme du Cap Vert de 1961, le premier après l’indépendance. Bien que
panoptique et touchant presque tous les domaines, ce plan avait cependant pour priorité de
rectifier les inégalités dans l’accès à l’habitat. Cette situation on l’a dit, était le fruit d’une
doctrine coloniale ségrégationniste, même si les autorités coloniales de l’époque s’en
défendaient en évoquant notamment l’ordonnance n°59 025 du 18 mars 1959 créant le
Commissariat à l’Urbanisme et à l’Habitat qui devait justement réaliser le PDU de 1961.
1
PIERMAY J-L & SARR C. (2007). La ville sénégalaise. Une invention aux frontières du monde. Paris Edition Khartala. 2007. 242 pages
p32.

2
BETI-ETOA op cité 219.

186
Cette approche du pouvoir indépendant, épousait aussi les nouvelles théories urbanistiques
alors en vogue. Elles estimaient que le « logement », qui jusque là servait seulement à abriter
l’individu et sa famille, devait désormais laisser place au concept d’« habitat » où l’individu
se loge, mais aussi vit pleinement grâce aux structures collectives ou publiques dont il a
besoin. L’organisation doit satisfaire aussi bien le besoin d’intimité, que celui des relations
1
avec la collectivité . La forte pression démographique à laquelle était confrontée la ville, était
déjà à l’origine de la mise en œuvre de certaines politiques d’habitat. Elle expliquait sans
doute la création d’organismes publics de promotion immobilière tel l’Office des Habitations
à Loyers Modérés (OHLM) crée en 1959 et qui deviendra la Société nationale des Habitations
à Loyers Modéré -SNHLM- en 1960. Devant renforcer celle existante (SICAP) pour la
construction de logements pour les salariés à revenus moyens, la société d’économie mixte fut
chargée de la réalisation des programmes officiels d’habitat. L’objectif à Dakar était de
réorganiser l’expansion de la ville par la création de zones loties différenciées, mais avec un
degré d’équipement « correct ». Les ensembles à mettre au compte de la SICAP portaient les
noms Sérigne Cheikh, Fann Hock, Karak, Baobabs, Liberté I, II, III, Dieuppeul, Amitié,
précédés du sigle SICAP. L’ensemble de ces réalisations sociales disposaient de rues
bitumées et des commodités telles que des boutiques et centres commerciaux, des jardins
publics et des aires de loisirs.

Ces habitations étaient destinées prioritairement aux citadins démunis…, du moins en


théorie. Car dans la réalité, si la SICAP aura entre 1952 et 1967 construit près de 10 000
logements modernes et équipés, dans des ensembles disposant d’installations d’édilité (rues
goudronnées, égouts, adduction d’eau…), ces logements étaient principalement attribués à des
privilégiés : coopérants occidentaux et cadres nationaux. Ces derniers pouvaient aussi
bénéficier de logements mis à leur disposition par les organismes qui les employaient, qu’il
s’agisse de l’ASECNA, du BRGM…pour les français, ou de la Poste (logements à la
Médina), des Chemins de Fer (près de la gare), des Douanes (Bopp) et du Port pour les
sénégalais.

L’Office des Habitations à Loyers Modérés (OHLM) qui se voulait un doublon plus social
de la SICAP en matière de construction de logements, réalisa aussi les OHLM I, II III situés
le long de la rue 13, ainsi que les pavillons mitoyens sur les Allées du Centenaire.. Son budget
alimenté par un prélèvement de 2 % sur les salaires publics ou privés (cotisation patronale),
cet organisme non plus ne pris quasiment pas en compte les travailleurs non officiels, dans
l’accès aux 1346 logements qu’elle a réalisé en 1966. En définitive, aussi bien la SICAP que
l’OHLM (dont les objectifs premiers visaient pourtant un meilleur habitat pour l’ensemble de
la population), n’ont œuvré que pour les classes moyennes, laissant « sur le carreau » la
majorité de la population.

En dehors de ces objectifs phares (agriculture, habitat), l’autre axe concerné par
l’intervention des pouvoirs publics dans les politiques urbaines avait trait, à la réparation des
2
espaces urbains dégradés, situation due au laisser-aller urbain de ces dernières décennies . Il
ciblait le déguerpissement des activités traditionnelles hors des lieux centraux, pour ainsi dire
3
le Plateau, particulièrement visé .

1
SANKALE. M, THOMAS L.V, FOUGEYROLLAS. P (1968). « Dakar en devenir ». Editions Présence Africaine 1968. 517 pages. P
513
2
SARR Op cité . 2006 p 34.
3
On sait que Dakar doit sa dotation à la place qu’elle occupait dans le maillage territorial du Sénégal colonial et de la fédération, position qui
lui fit profiter plus que partout ailleurs d’une attention particulière de la part de la métropole : concentration des grands services
administratifs et mise en place d’infrastructures à la solde de l’économie coloniale. Siège du pouvoir d'Etat, la ville regroupe tous les
organismes législatifs et exécutifs, les sièges des offices et des grands établissements publics de production et de service. Dans le centre de
l’ancienne ville coloniale qui abrite la quasi-totalité des fonctions de direction du pays, l'essentiel des infrastructures culturelles, touristiques
et industrielles, les fonctions tertiaires ont été démultipliées.

187
La ville était à l'indépendance la plus industrialisée d'Afrique noire. Son centre qui abritait
les sièges des sociétés étrangères, les banques, les grands hôtels etc., était aussi gagné par le
boom des activités informelles, bien caractéristiques des villes des pays en voie de
développement.
Vaste secteur d’activités modestes, parcellisées et à la limite de l’auto-emploi, cette
économie urbaine parallèle apparaissait comme une réponse au besoin d’emploi et d’échanges
avec le milieu rural, d’une population urbaine croissante. Tout en esquivant la réglementation
officielle du travail, le secteur informel fournissait des revenus à des actifs, que le secteur
moderne n’avait pas été assez dynamique pour intégrer.
Conjointement à l’accès à un habitat décent pour les couches populaires, l’autre objectif
officiel primordial, revenait à la promotion de l’hygiène, à travers une démocratisation des
soins de santé, et une meilleure prise en charge de la salubrité publique. Outre la construction
d’infrastructures hospitalières (en plus des centres et cases de santé), et le renforcement de la
prévention, la politique de santé devait aussi passer par l’accès de tous à l’eau potable, en
vertu de la complémentarité entre santé et alimentation en eau potable. En cela, il s’agissait de
relever la dotation en eau potable par jour et par personne à des niveaux proches des normes
de l’OMS. Mais, on verra que si les différents Plans Sectoriels Eau ont permis de se
rapprocher de cet objectif, avec notamment la mise en place de points d’accès gratuits, la
marginalisation de son pendant « assainissement », combinée à des schémas d’aménagement
hasardeux n’ont fait que différer les lendemains hygiéniques désastreux pour les populations,
pour un secteur pourtant géré par un même organisme le ministère de l’Hydraulique qui alliait
ainsi le meilleure au pire.
Quant à la gestion du volet déchets solides de cette politique d’hygiène et de salubrité
publiques, elle incombait principalement à la Municipalité, de concert avec le Service
1
d’Hygiène qui gérait aussi les Affaires Sanitaires. Ce service a d’ailleurs toujours
accompagné les structures municipales chargées de la question du nettoiement avec
notamment des activités de prévention médicale et de police d’hygiène. Avec à sa tête cinq
médecins, il disposait pour ses missions d’un parc auto de 25 véhicules, d’un important
appareillage de pulvérisation d’insecticides, et pouvait même faire appel à l’aviation pour des
campagnes de pulvérisation aérienne.
Parallèlement au fonctionnement du Service du Nettoiement, le Service d’Hygiène
anciennement responsable de ces questions de salubrité, avait même vu ses missions
2
renforcées dans le cadre de la vaste croisade de l'hygiène sociale . Cette dernière sorte
d’alliance-osmose entre salubrité urbaine et morale, condamnait tout aussi bien la
prolifération des miasmes que la dépravation morale, le désordre, la délinquance juvénile et le
crime. Voleurs, criminels, prostituées, aliénés étaient ainsi traqués, alors que quelques actions
ciblées, visaient le milieu de la nuit et du divertissement : bars, dancings et casinos, hauts
lieux du jeu et de la débauche. Mais très vite la dimension politicienne de la question du
nettoiement de la ville allait refaire surface.

1
(voir annexes 6).

2
Concept global qu’affectionnait particulièrement Mamadou Dia mais qu’il n’aura pas le temps de mettre en œuvre. En effet devenu
président du Conseil à l’indépendance, Mamadou Dia fut arrêté en 1962 et emprisonné pour avoir tenté de faire voter une motion de censure
contre le gouvernement de Senghor. Il ne sera libéré qu’en 1974 à la faveur d’une grâce présidentielle marquant le début de
l’assouplissement de la scène politique sénégalaise.

188
Les pouvoirs publics se dotèrent d’un montage leur permettant de réduire les compétences
de la Municipalité et d’intervenir directement dans les affaires communales. Dans le contexte
post indépendance de l’avènement des nouvelles autorités indépendantes, le retour dans la
gestion des déchets devait marquer la reprise en main par l’autorité publique, d’une institution
gérant une question qui touchait au plus haut point le prestige de la nation.
L’Etat décida donc de dessaisir la Municipalité du sensible dossier du nettoiement de la
ville, malgré les protestations dirigées alors par le maire de la ville Lamine GUEYE. Sans
doute le président Senghor et surtout son bras droit du Conseil Mamadou Dia, d’obédience
socialiste, voyaient-ils en cet opposant politique un contre pouvoir trop gênant.
L’administration considérait que le service était trop politisé et n’accomplissait pas
correctement son travail, ce qui pouvait nuire à l’image des nouvelles autorités.
Même s’il est fort probable que ce ne soient pas uniquement des considérations techniques
et un souci de meilleure efficacité qui en furent à l’origine, le premier gouvernement
indépendant choisit de confier le service du nettoiement au Gouverneur de la région,
provoquant l’ire des responsables communaux. A son tour, le gouverneur délégua le service à
un dénommé Bernier, ingénieur des Travaux de Paris, qui occupera le poste de Directeur
technique du nettoiement de la voierie de Dakar. Outre l’enlèvement des ordures ménagères,
1
la nouvelle équipe devait aussi se charger du balayage des rues , y compris dans les zones non
commerciales et non urbanisées, tâche jusque là laissée au bons sens des populations qui
d’ailleurs s’acquittaient fort convenablement du balayage des devantures de leurs
concessions.

Le service qui comptait environ 1000 agents, disposait également d’équipes d’intervention
pour la collecte des déchets spéciaux (branchages et volumineux), et mettait à la disposition
des marchés, des containers pour la collecte de leurs déchets (Nguélaw, Kermel, Médina…).
Pour marquer la rupture, le gouverneur apportait aussi son assistance par des opérations
« Augias » déjà expérimentées à l’époque de la Loi-cadre et qui se déroulaient en parallèle à
2
l’action du Service de Nettoiement . Ces opérations avaient d’ailleurs cours durant la
première phase coloniale au titre de mesures sanitaires préventives contre les foyers
d’épidémie larvaire (gîtes à moustiques…).

L’équipe du Gouverneur procéda à l’extension de la collecte à l’ensemble de la ville. Dans


les quartiers de la banlieue comme Pikine, les points de collecte traditionnels furent complétés
par la réalisation de boxes à ordures (cimentés). Sortes de points de regroupement de déchets
où les populations pouvaient venir déposer leurs ordures, ces boxes encore appelés Points
d’Apport Volontaire (PAV) devaient permettre de collecter les O.M des quartiers populaires
non couverts par la collecte en porte à porte. Le dispositif sera complété par l’essaimage de
quelques 700 poubelles métallisées d’une capacité de 200 L par unité pour le captage des
petits déchets. De même, la logistique mobile de utilisée pour la collecte des déchets sera
renforcée de moyens conséquents avec l'achat de matériels neufs qui viendront s’ajouter aux
32 véhicules hérités de l’équipe municipale anciennement chargée du nettoiement. Outre les
petits véhicules de liaison, les nouvelles acquisitions comprenaient 10 bennes à volets d’une
capacité de 10 m3 (Marell), de 4 bennes tasseuses de 14m3 (Rotopac), véhicules motorisés
haut de gamme dont étaient équipées les grandes villes et capitales occidentales comme Paris,
New-York etc.

1
Le Moniteur Africain (1963) « Problèmes de technique sanitaire : nettoiement, assainissement et hygiène. Aperçus généraux et
réalisations effectuées dans l’agglomération dakaroise ». N° 90 22 juin 1963 12 pages. P9

189
Carte 14. Situation de la collecte des OM et du nettoiement de la ville de Dakar vers 1962. Zones
1
couvertes et site d’élimination .

1
Rappelons que le tracé des Communes d’Arrondissement (qui n’existent que depuis 1996) a été laissé exprès pour l’ensemble des cartes
d’évolution antérieures à cette date. Guédiawaye en tant que entité n’existait pas non plus ; la ville ne fut créée qu’en 1990. L’objectif est en
réalité de permettre au lecteur d’avoir une idée « spatiale » plus précise et actuelle des zones de l’ancienne commune de Dakar qui furent
concernées par les thématiques étudiées. Le biais est moindre d’autant qu’en superficie, les territoires considérés sont restés quasi-identiques
(en excluant les franges grignotées par l’érosion littorale).

190
Photo 50. Benne de collecte des ordures de type ROTOPAC utilisée dans les années 1960
pour la collecte des déchets dits ménagers et « assimilés » de la ville de Dakar (Crédit Photo. Le
Moniteur Africain).

Photo 51. Camion arroseur-balayeur équipé d’un dispositif mécanique de balayage et

de nettoyage à l’eau de la voierie. Ce modèle était celui utilisé dans les

années 1960 par les Services Techniques de la Commune de Dakar.

(Crédit Photo. Le Moniteur Africain).

191
Toutefois, ces véhicules modernes n’étaient pas utilisés dans toute l’agglomération ; leur
rayon d’action se limitait au 1/3 de la ville, correspondant aux endroits bitumés, dont le
secteur du Plateau. Du fait des activités économiques qu’il abritait, le Plateau bénéficiait
d’ailleurs d’une collecte nocturne en vue de ne pas gêner ou perturber le fonctionnement des
affaires en journée.

Mais, l’extension de la collecte à la quasi-totalité de la tête de la presqu’île, tel qu’on le


voit sur la carte, était aussi spécieuse. Seuls les quartiers des arrondissements de Dakar-ville,
Médina, Grand-Dakar, ainsi que les réalisations des structures étatiques disposant de trames
bitumées, bénéficiaient d’une collecte plutôt régulière.

Parallèlement, la prise en charge qui intégrait déjà les habitations situées sur grands axes
routiers à Yoff, devait aussi opérer une petite progression vers l’îlot urbanisé de Dagoudane-
Pikine. Cette banlieue constituait déjà un véritable casse-tête pour les services du nettoiement
avec le développement des zones d’habitat dont celui spontané notamment dans la zone nord-
ouest. Malgré un service assez irrégulier, les quartiers de Pikine ancien sans être prioritaires,
bénéficiaient tout de même de la collecte domiciliaire pour les habitations bordant les grands
axes, mais aussi des boxes maçonnés d’environ 2 à 4 m3 qu’elles pouvaient partager avec les
habitants des îlots sablonneux venant y déposer les ordures. Mais ces installations,
généralement disposées à proximité des établissements publics écoles, marchés, gares (et
parfois centres de santé) n’étaient pas quotidiennement vidés par les camions du service de
collecte, tel que prévu.

De même, en vertu d’une interpénétration entre les secteurs de l’assainissement liquide et


solide, cette faiblesse de la couverture zonale, combinée à l’absence de systèmes de collecte
des eaux résiduaires et pluviales, maintenaient la persistance de problèmes d’hygiène.

On sait en effet que dans beaucoup de quartiers non raccordés au tout à l’égout, les
populations avaient recours au système des fosses d’aisance pour l’évacuation des eaux
vannes, alors que les eaux résiduaires ménagères (lessive, vaisselle, entretien domestique),
étaient généralement éliminées dans la rue. Dans l’espace domestique, les habitants qui en
avaient les moyens pouvaient se faire installer des fosses étanches (et officiellement
autorisées par les services de l’hygiène), fosses qui une fois remplies étaient vidées par la
Société Nationale d’Exploitation des Eaux au Sénégal (SONES) ou des entreprises de
vidange. Toutefois, les familles les moins aisées avaient recours aux « baye pelle » vidangeurs
artisanaux ; d’ailleurs pour éviter que les fosses ne se remplissent trop rapidement, les
occupants choisissaient d’y connecter prioritairement les WC, servant aux besoins naturels.

La présence publique en matière d’assainissement dans ces zones dépourvues de réseaux


viaires mais aussi d’installations de collecte des eaux usées, se résumera à quelques édicules,
douches et toilettes publiques à destination des populations résidentes.

Dans les communes disposant d’axes secondaires bitumés, les édiles mettront en place des
vidoirs d’eaux ménagères, afin de réduire l’usage de la voie publique comme exutoire des
matières liquides ménagères. Mais ces dernières, en nombre peu suffisant et souvent mal
entretenus ne permettaient pas de solutionner la question des rejets des eaux ménagères. Les
services de la Commune reconnaitront d’ailleurs que ces vidoirs notamment ceux implantés le
long du Canal de la Gueule-Tapée et de la Médina étaient mal conçus et mal réalisés. On
retrouvait quasiment pareilles difficultés dans les nouveaux espaces urbanisés légaux couvrant
à Dakar la zone de Grand Yoff, Yoff, ainsi que dans des villages traditionnels tels que
Cambérène.

192
Les nouvelles extensions irrégulières de Yeumbeul, Nietty Mbar, Bène Baraque, Médina
Gounass ou Malika, constituaient des endroits dont on connaissait seulement l’existence par
des cartes géographiques où ils sont colorés en rouge ; ce qui signifie que ce sont des zones
1
libres pouvant accueillir une bonne partie de la population . Leurs infortunés résidents
étaient dés le départ, condamnées à une quasi exclusion en matière d’hygiène. Comme dans
Pikine régulier d’ailleurs, ces populations ne bénéficiaient pas de vidoirs pour les eaux
ménagères, méthode proposée à certains habitants de la Médina. Pour la gestion des matières
résiduaires liquides domestiques, la méthode combinée Gaanouwaaye-Guinaaw Keur était de
rigueur pour les eaux vannes. Quant aux eaux usées ménagères, elles étaient éliminées dans la
rue et parfois enfouies si elles comportaient des déchets solides tels que les viscères de
poissons…Quelques habitations disposaient de fosses non étanches baignant directement dans
la nappe des sables Quaternaires ; ce procédé ne cessera d’ailleurs de se développer jusqu’à
s’étendre à toute la zone. Dans l’axe Thiaroye-Pikine Yeumbeul, 51 % des concessions
présentaient dans les années 80, des méthodes d’élimination des eaux vannes qui étaient de
nature à polluer les eaux de la nappe. Pollution bactériologique, mais aussi parasitologique
avec des eaux souterraines présentant des concentrations élevées en coliformes fécaux.
2
Ces quartiers irréguliers qui se sont greffé au noyau initial , étaient totalement ignorés dans
les stratégies des Services Techniques Communaux. Isolés et implantés dans des zones
sablonneuses et sans voierie urbaine stabilisée, leurs habitants devaient trouver des réponses
individuelles pour leur assainissement et la prise en charge de leurs déchets. Nombre d’entre
ces néo-citadins devant rallier les rares bacs maçonnés parfois distants de plusieurs
kilomètres de leurs habitations, préfèreront appliquer à l’espace urbain leurs pratiques rurales
d’hygiène mais aussi d’élimination de leurs résidus et solides. La disponibilité en espaces non
bâtis permettait à ces populations d’éliminer les déchets solides par le système des décharges
spontanées, entraînant logiquement une multiplication des points de dépôts anarchiques.

L’existence de telles pratiques n’était pas ignorée des pouvoirs publics qui fermaient les
yeux devant des comportements que nombre d’auteurs qualifièrent de villageoise. Ces
derniers estimaient en effet, qu’ils étaient entre eux…, rappelant étrangement l’appréciation
portée par les autorités coloniales aux indigènes, au moment de leur recasement à la Médina.

Les services en charge du nettoiement, évoquaient pour leur part, la difficulté pour leurs
véhicules de pénétrer ces quartiers ; ils renvoyaient la responsabilité, à une occupation illégale
d’espaces non lotis. Toujours est-il que devant l’absence de réponses officielles, le créneau de
la collecte des déchets solides ménagers sera très vite investi par des particuliers et acteurs
économiques du secteur informel. Apparaissait ainsi le service de charretier-éboueur, menant
en parallèle des activités de transport de personnes ou de marchandises à celles de collecte de
déchets pour les couches défavorisées. Cette nouvelle offre de service s’inscrivait d’ailleurs
dans la lignée des nouveaux petits métiers urbains ciblant principalement les couches
populaires dépourvues ; dans ce cas il s’agissait d’une offre palliative à l’absence d’un service
urbain de base. On avait déjà les Borom-khandis (vendeurs d’eau) qui circulaient dans les
quartiers et proposaient une livraison à domicile du liquide précieux (dans des fûts de peinture
recyclés), des Baye Diagal,ou encore les réparateurs ambulants qui se proposaient de
rafistoler ou réparer les ustensiles usagers ou défectueux (calebasses, assiettes, marmites…).

1
FALL A-S, (1979). « La grève des Battus ». NEA. 1979. 167 pages. P 138.
2
Si la zone de Pikine souffrait dés sa conception de tares congénitales, ce faubourg de la capitale n’en demeurait pas moins pour les ruraux
« le panneau » marquant l’entrée dans l’eldorado dakarois. Malgré les tentatives des pouvoirs publics, cet appel d’air accentuera le
développement hétérogène de l’espace et qui se traduit par la juxtaposition brutale de modes d’organisation de l’espace très différents aussi
bien pour les activités que pour le cadre bâti notamment à fonction d’habitat.

193
Dès lors, s’installait dans la ville une fracture rudologique découlant des méthodes
officielles de gestion des déchets, avec une discrimination socio- spatiale justifiée par la
1
croissance démographique et l’extension de l’habitat spontané .
Cette situation d’occupation de l’espace par l’habitat spontané était largement favorisée par
les ventes massives de terre opérées par les lébous détenteurs traditionnels du sol de la
presqu’île du Cap-Vert, et dont les pratiques foncières coutumières étaient jusque là tolérées
par le pouvoir colonial. Il est vrai que cette implantation incontrôlée de populations en quête
de terrains abordables pour construire s’est principalement opérée au-delà de la « chasse
gardée » des autorités, c'est-à-dire de la limite Est de la zone Thiaroye- Yeumbeul- Malika et
avec parfois leur complicité dans le contournement des lois. Hormis son centre régulier,
Pikine qui s’était considérablement développé, atteignant 50 000 habitants en 1961 en
l’espace de 10 ans ne cessait de s’étendre avec notamment ses extensions régulières
(Guédiawaye), marquant alors le boom de l’expansion suburbaine non contenue.

Si la réforme municipale du 19 janvier 1964 qui vit le rattachement de la Commune de


Rufisque à Dakar, devait officiellement permettre d’uniformiser la gestion administrative de
la région, l’artifice réglementaire auquel elle participait sera dévoilé par la création
d’arrondissements à la place des anciennes communes et qui contribuait à davantage limiter le
rôle des maires. En effet, les 9 arrondissements : Dakar-Plateau, Médina, Yoff, Dagoudane,
Pikine, Rufisque- ville, Bargny et Sébikotane issus du nouveau découpage, constituaient
désormais des circonscriptions territoriales dirigées par des délégués du Gouverneur de la
région du Cap-Vert désormais seul chargé de l’administration de la Commune. Cette réforme
permis d’ailleurs de confier à nouveau, sans crainte le service du nettoiement à une
Municipalité « dépouillée » de sa toute puissance d’avant. En effet comme le signale SECK A
: ce n’est concession de pure forme puisse que ce n’est plus le maire, mais un agent de l’Etat
2
(le Gouverneur) qui est le chef de l’administration municipale .

Cette période qui a suivi l’indépendance marqua aussi la séparation du nettoiement de la


question sanitaire globale ; sans doute l’une des raisons pour lesquelles, certaines initiatives
spécifiques vont être prises par les pouvoirs publics. En effet, outre la contrainte d’une
collecte séparée payante pour les déchets volumineux, les autorités imposèrent un stockage
domiciliaire sélectif, à travers l’article 4 qui définissait de manière sommaire les déchets à
collecter : « les poubelles sont strictement destinées aux déchets fermentescibles et aux petits
déchets. Les personnes ayant de la verrerie, ferraille ou autres déchets non fermentescibles à
remettre à la collecte devront obligatoirement les déposer dans un autre récipient placé à
côté du premier ». Injonction était faite aux populations de respecter cette pratique sélective
(jusqu’ici inconnue), et d’accepter le principe de la redevance pour les déchets volumineux.
Naturellement, l’application de la mesure ne rencontra de succès qu’au Plateau et dans les
quartiers résidentiels de la ville où l’on rencontrait principalement des fonctionnaires de
l’administration, des coopérants occidentaux (devant accompagner la nouvelle république
dans sa transition), le milieu d’affaires bourgeois des commerçants libano-syriens et la
nouvelle élite de la classe dirigeante politique et administrative du gouvernement.

1
Ce terme englobe tous les logements qui n’ont pas été construits par l’Etat ou par les sociétés immobilières privées, et qui n’ont pas pris en
compte la situation juridique des terrains sur lesquels ils ont été édifiés (Sidibé 1990, cité par Precht).

2
SECK A op cité p. 34

194
Certes en la matière, la capitale était digne de mesures ambitieuses, surtout qu’entre temps,
la production de déchets de l’agglomération avait quasiment quadruplé, passant de 70 tonnes
vers 1945, à environ 270 en 1968. Cette progression était d’ailleurs principalement due à
l’évolution démographique avec une population qui de 17 000 habitants en 1910, monta à
36 000 en 1926 pour atteindre en 1968 près de 500 000 habitants. Mais, tout laisse à croire
que les autorités avaient mis « la charrue avant les bœufs ».

Elles imposaient à l’ensemble de la population, des conditions drastiques pour la prise en


charge de leurs productions résiduaires solides, alors qu’on notait parallèlement un statu quo
sur le plan de la dotation de certains quartiers de l’agglomération en équipements urbains
généraux devant faciliter la prise en charge, à l’exemple des routes bitumées. Devant la
poussée urbaine, les services chargés du nettoiement mettront en place dans les quartiers
inaccessibles des bacs maçonnés de 5m3 où les populations peuvent venir déposer leurs
ordures, alors que les nouveaux fronts irréguliers resteront eux totalement en marge des
stratégies même lacunaires. Mais des inégalités étaient même perceptibles dans le groupe des
privilégiés. S’agissant des circuits de collecte, les quartiers urbanisés notamment du centre-
ville et des zones résidentielles disposaient d’un service de collecte domiciliaire assuré par les
Services Techniques Communaux. Leurs artères faisaient aussi l’objet d’une attention
particulière de la part des autorités sans doute du fait de la forte présence européenne dans les
quartiers du Plateau, du Point E et de Fann. A l’opposé, les nouveaux lotissements même
structurés, devaient principalement compter sur des points de regroupements établis sur les
principaux axes ; c’était aussi bien le cas dans la Médina, à Grand-Dakar ou dans Pikine
régulier.

1.2 Le PDU « Ecochard » de 1967 : l’aménagement urbain au chevet du déchet ?

Avec la promulgation le 25 novembre 1964 par le gouverneur (Amadou Clédor Sall ) d’un
arrêté municipal (n° 1037 / SG) réglementant la collecte et le nettoiement des Secteurs
1
Urbains de la Commune du Grand Dakar , la question des déchets semblait prendre un
tournant crucial. Une nouvelle réglementation fixait en effet aux populations des conditions
plus strictes pour pouvoir bénéficier du service de collecte, avec l’article 5 de l’arrêté qui
précisait :

« L’enlèvement des branchages, gravats et autres déchets volumineux sera effectué les
vendredis et samedis. Leur dépôt sur les trottoirs en dehors de ces deux journées est strictement
interdit. Plus loin, l’article 6 complétait « les enlèvements objets de l’Article n°5 sont
demandés à la Délégation d’Arrondissement 48 heures au moins avant le jour prévu et font l’objet
du versement préalable d’une redevance fixée par délibération du Conseil Municipal. En cas de
carence, la Commune procédera à l’enlèvement au frais du responsable compte non tenu d’une
surtaxe égale à 20 % du tarif prévu ».

Fallait-il y voir une nouvelle volonté des pouvoirs publics de s’attaquer en profondeur aux
racines du mal à Dakar tout en réduisant en la matière leur retard sur les pays développés ;
quelques éléments peuvent le laisser penser.

Dans une optique de rentabilisation d’une partie des 270 tonnes de déchets produites par
la ville, les autorités mirent en place durant l’année 1967 à Mbao, une unité de compostage
de la partie biodégradable des déchets de la ville. Le compost produit devait être
commercialisé auprès des agriculteurs installés dans la zone des Niayes.
1
La dénomination urbain permettant de comprendre l’existence de zones non urbaines dans lesquelles il y’a lieu d’inclure les zones
d’implantation spontanée.

195
Cette usine avec une capacité de traitement d’environ 150-170 tonnes par jour, devait
permettre de valoriser industriellement la fraction organique des déchets, jusque là
artisanalement exploitée, notamment par les maraîchers de la ceinture périurbaine. Hormis
cette fraction organique, une partie des déchets solides faisait en amont l’objet d’une
récupération par les ripeurs, déchets qui étaient aussi convoités par les récupérateurs sur le site
de la décharge de Hann. Sa proximité avec la zone chic de La Marina permettait à ces derniers
de visiter concomitamment à la décharge, les mbalitt toubab (littéralement poubelles des
européens) très prisées du fait de l’abondance d’objets en tout genre (vêtements, jouets,
ustensiles…), souvent très peu usagés. Mais, le maintient à proximité du centre des affaires
d’une décharge devenait impossible : trop de nuisances olfactives et esthétiques, mais surtout,
une superficie conséquente, bradée dans une ville en pleine croissance et qui avait un besoin
accru en espace.

Ce sont d’ailleurs principalement ce besoin d’espace et ces raisons esthétiques qui ont
milité en faveur de la fermeture de Hann en 1968 et de l’ouverture d’une seconde décharge
dite de Classe I hors de la ville. Précisons que le comblement des marigots de la zone, objectif
visé en premier, était aussi achevé.

Probablement en anticipation de la progression urbaine, mais aussi en vertu d’un réflexe


1
consistant à destiner matériaux abandonnés et objets rebutés aux marges urbaines , le choix
s’était porté sur Mbeubeuss situé à une trentaine de kilomètres de Dakar. La localité porte le
nom du lac avoisinant, et dont le niveau d’eau connaissait une baisse constante depuis
quelques années. Une partie du versant ouest du lac où s’étaient établis quelques agriculteurs
pratiquant des activités de maraîchage et profitant de la proximité des nappes phréatiques des
sables quaternaires, allait désormais recevoir les déchets de la ville et leurs prospecteurs.
Mais pour ne pas éveiller les soupçons, les déchets furent d’abord utilisés pour surélever la
route en construction, qui devait relier la banlieue de Pikine-Thiaroye à la zone de Malika-
Sangalkam.

A travers le recadrage de la réglementation concernant les déchets à collecter, l’installation


d’une usine de compostage à Mbao en 1967, l’ouverture d’une nouvelle décharge quasiment
sur le même axe nord à Mbeubeuss l’année suivante, le déchet paraissait surveillé, voire
quadrillé à travers ces initiatives quasi-synchronisées. Il semblait alors bénéficier d’une
approche d’harmonisation spatiale, et intégré aux trois besoins vitaux que les théoriciens de
l’aménagement ont depuis longtemps identifié : faire face à une demande croissante en
emplois, en logements, le tout lié à une amélioration des conditions sociales : transport,
électricité mais aussi et surtout, santé et hygiène. Le rapprochement des lieux de valorisation
et d’élimination finale pouvait en effet constituer les prémisses d’une réelle politique Déchets
du moins dans son axe spatial, même si le contexte peu favorable marqué par climat social
tendu (grèves des étudiants et des travailleurs, proclamation de l’état d’urgence), ne faisait pas
de ces questions « déchets » une véritable priorité.

Ces initiatives rejoignaient peut-être de manière plus général l’esprit du Plan Directeur
2
d’Urbanisme adopté en 1967. Dénommé « Ecochard », ce plan qui englobait la quasi-totalité
de la Presqu’île du Cap Vert, intégrant même les lisières de la région de Thiès ainsi que l’île
de Gorée, portait le nom de l’urbaniste qui avait aussi été l’artisan de la rénovation de
3
Casablanca et Damas .

1
Marges qui selon GOUHIER J, fixent aussi les individus et les groupes exclus par l’échec ou rejetés par l’espace d’accueil. GOUHIER.
J op cité. P 30.
2
Depuis son annexion en 1857, Dakar avait connu quelques schémas d’aménagement globaux dont le Plan Directeur de 1946.
3
SANKALE M, THOMAS L.V, FOUGEYROLLAS P (1968). Dakar en devenir. Editions Présence Africaine 1968. 517 pages. P 513

196
Ce plan devait marquer pour Dakar le point de départ d’un aménagement se voulant
désormais homogène et autocentré. Désormais, l’objectif était de prendre en compte et à la
fois, les aspirations de rayonnement international de la métropole, et les attentes des
populations.

Consacrant l’expansion spatiale de la commune de Dakar ainsi que la rénovation des


quartiers anciens de Médina, Reubeuss et Grand Dakar, le PDU ambitionnait aussi de stopper
volontairement l’urbanisation à l’Est de Pikine, et de barrer la route à l’habitat spontané.
L’organisation de l’extension de l’agglomération devait simultanément partir des deux pôles
que sont Dakar-ville et de la zone Est de Pikine. La construction de l’autoroute permettait de
desservir toutes les zones d’extension nouvelle comme la Patte d’Oie. Sur le plan des déchets,
elle aidait aussi à réduire les temps de transport des déchets vers les secteurs de traitement et
d’élimination (Mbao puis Mbeubeuss à Malika). Toutefois, dans cet ensemble de mesures qui
devaient directement ou indirectement contribuer à une meilleure gestion des matières
résiduaires solides, quelques éléments apparaissaient dés le départ, très peu pertinents, et
teintés d’évidentes voire coupables approximations.
A commencer par le choix du site de Mbeubeuss pour accueillir la décharge d’ordures.
Installée dans la sensible et fragile zone des sables quaternaires (aux nappes d’eau
affleurantes), la décharge rendait inéluctable la pollution de l’écosystème local. De plus,
l’ancien lac allait aussi recevoir, les déchets industriels y compris ceux dangereux, les déchets
médicaux, les déchets d’assainissement ainsi que les boues de vidange produits par la ville.
Hormis le rapide évolution du CET vers une décharge brute, c’est l’absence d’installations
spécifiques pour le confinement des déchets dangereux ou spéciaux, (déchets industriels
dangereux et déchets d’activité de soins), qui a constitué l’une des grosses failles de
l’initiative de reprise en main, entamée en 1968. Ses effets seront ressentis longtemps après,
avec près d’un demi-siècle plus tard une ville toujours dépourvue de dispositifs adéquats pour
le confinement de sa production de déchets dangereux.
La nouvelle politique d’habitat, a sans doute donné un coup de pouce aux sociétés de
nettoiement grâce à l’incorporation aux réalisations, de réseaux viaires bitumés devant
faciliter une meilleure desserte des quartiers par les bennes à ordures. Mais, cette amélioration
a en réalité, été un cadeau empoisonné pour les STC chargés de la collecte. La réorganisation
et la réadaptation logistique devant suivre, n’ayant pas été mises en œuvre (raisons
budgétaires ou politiques), ce qui devait constituer une bouffée d’oxygène pour le
fonctionnement de ce service, allait au contraire constituer une contrainte supplémentaire pour
l’organisme de nettoiement. En cause, l’extension spatiale des zones habitées à couvrir en
parallèle avec l’augmentation du volume de déchets à collecter.

La comparaison des cartes de 1950 et de 1970 montre en effet un quasi doublement de la


superficie à couvrir par la société de collecte, alors que la production était aussi multipliée par
deux en moins de vingt ans, passant de moins de 250 tonnes vers 1945 à environ 500 en 1971.
Pis encore, malgré les bonnes dispositions des autorités compétentes, on notait quand même
l’augmentation dans ce lot, de la surface non structurée et non pourvue de routes bitumées. Ni
les contraintes liées à l’approvisionnement en eau potable, ni les difficultés d’accès à
l’électricité, encore moins les questions d’assainissement, ne semblaient dissuader les
populations d’immigrants en quête de lendemains meilleurs, de s’installer dans les faubourgs
de la capitale.

197
Cette colonisation des terres qui se poursuivait à un rythme effréné malgré l’intervention
de la Loi sur le Domaine National, était dopée par une spéculation foncière sans précédent.
Les ventes « rubis sur ongle » et les cessions de terre, furent une occasion en or pour les
nouveaux immigrants de passer propriétaires. Pour les spéculateurs fonciers, généralement
dignitaires lébous cette opportunité était presque inespérée tant elle permettait de monnayer
toute parcelles vacante, avec dans le lot, certaines jugées peu dignes d’intérêt ou d’autres
litigeuses. Entre 1965 et 1972 la population des quartiers informels de Dakar a augmenté de
1
45 % .

Carte 15. Situation de la collecte des O.M et du nettoiement de la ville de Dakar vers 1970. Les
prestations étaient assurées par les Service Techniques Communaux (STC). Zones couvertes par la collecte
officielle, usine de tri-compostage des déchets organiques à Mbao et nouvelle décharge à Mbeubeuss. Début
du quadrillage rudologique, coïncidant avec l’intervention de charretiers pour la collecte alternative dans la
banlieue Nord.

1
PRECHT R, (2003). La nouvelle coutume urbaine : évolution comparée des filières coutumières de la gestion foncière urbaine dans les
pays d’Afrique Sub-saharienne. Le cas de Dakar, Sénégal. 2003. 58 pages

198
Pour la Municipalité en charge du nettoiement, l’acquisition régulière de matériel adapté et
perfectionné, compensait déjà difficilement l’extension des quartiers urbanisés à desservir.
Fruits de la croissance urbaine naturelle de la ville, ces quartiers connaissaient une forte
progression, avec logiquement une demande légitime en services de propreté publics.
L’autre contrainte pour les STC dans l’accomplissement de leur mission, était liée à la
forte présence de sable dans les déchets. Il s’agissait des sables intrusifs que l’organisme
devait collecter sur la voie publique (routes et trottoirs stabilisés), de la fraction qui se
retrouvait dans les poubelles des ménages, ainsi que ce celle issue de l’entretien des lieux
d’activités publics ou privés, clos et aérés.
Dans les quartiers urbanisés, la présence dans les artères de ce sable, qui devait être balayé
et enlevé par les agents du nettoiement, était peut-être du à des phénomènes climatiques
généraux. En se basant sur la circulation atmosphérique générale, ainsi que sur la
géomorphologie zonale de la presqu’île, on voit que les alizés -dont l’harmattan en saison
sèche-, remanient en permanence le matériel dunaire du littoral nord, vers les secteurs situés
plus à l’ouest. Et cela, bien que la barrière verte naturelle des Niayes ait eu un rôle
prépondérant dans la limitation de ces transferts, en stabilisant les sables naturels (dunes
littorales vives et dunes ogoliennes), et en jouant un rôle d’écran. Sans doute, la création de
Pikine dans cette zone des sables quaternaires, de même que les prélèvements de sable sur le
littoral marin, en modifiant le fonctionnement de l’écosystème local, ont-ils d’ailleurs
contribué à accélérer le remaniement du matériel sableux.

Toutefois, ces phénomènes n’expliquaient pas à eux seuls, l’invasion régulière des artères
de la capitale par le sable. Le rôle des migrations pendulaires de populations, la présence
d’îlots non construits et non stabilisés, le déroulement d’activités de construction
immobilières, mais surtout la non stabilisation des trottoirs, accotements et places publiques,
n’y étaient pas à étrangers.

Jusque là cette question des sables dans les ordures ne s’était pas trop faite ressentir pour
les pouvoirs publics coloniaux dans la gestion du nettoiement de la ville : les secteurs
concernés par ladite collecte étaient quasiment restreints au noyau initial. Mais, l’affaire de
sables intrusifs reviendra très souvent au chapitre des difficultés des missions de nettoiement.
De même, si la quasi-totalité des quartiers de la ville n’était pas concernée, les préposés au
balayage -et conformément aux dispositions de la loi- qui devaient s’acquitter de ces tâches
1
dans les artères goudronnées de la capitale, passaient davantage de temps à enlever du sable
que des détritus. On verra que des initiatives de stabilisations des trottoirs et places publiques
seront par la suite prises, afin de remédier partiellement à ce problème.

S’agissant des sables ou/ou fines, contenus dans les déchets des ménages, aussi bien les
foyers des quartiers résidentiels ou urbanisés, que ceux des banlieues en produisaient.
Poussières, aspérités et sables intrusifs, pénètrent aussi dans les demeures localisées dans les
zones urbanisées, et sont éliminés durant les processus d’hygiène intérieure (balayage). Mais,
si à cause des phénomènes décrits plus haut, ces sables intrusifs se retrouvaient dans
l’ensemble des maisons, c’est dans les poubelles des foyers de la banlieue, dans cette zone
nord, qu’elles se présentaient en plus fortes proportions.
Implantés dans une zone très sablonneuse, la quasi-totalité des quartiers ne disposaient pas
de revêtements stabilisés, que ce soit pour les espaces publics, ou pour les voies de
communication, parmi lesquelles seuls quelques grands axes de pénétration étaient bitumés.
Si du fait des mêmes pratiques d’hygiène de balayage intérieur, des fractions de fines se
retrouvaient logiquement dans les poubelles, dans ces quartiers, le mode d’habitat, la
constitution du milieu et l’absence des commodités de base évoquées plus haut (routes,
assainissement liquide) ont favorisé une plus forte présence de ces sables dans les poubelles.

199
Dans cette zone, la quasi-totalité des maisons en rez-de-chaussée, aussi bien dans les
quartiers réguliers que ceux irréguliers, disposaient d’une cour intérieure en terre. Cette cour
est balayée au moins une fois par jour, au même titre que l’espace extérieur attenant, qui,
intégré à la maison reçoit en général les eaux résiduaires du système d’assainissement liquide
palliatif. Environnement, habitat et pratiques d’hygiène expliquent ainsi, la forte proportion de
sable dans les déchets des ménages de la banlieue. La donne était d’ailleurs aussi valable pour
l’ensemble des lieux d’activités clos ou aérés disposant de cours non stabilisées, ou implantés
dans des quartiers sablonneux. Leurs déchets comportaient aussi une forte teneur en sables
intrusifs.

Dans le cas dakarois, ces éléments reflètent aussi parfois le niveau social des producteurs.
Car, ce sont sans doute ces ménages, ainsi que les lieux d’activités diverses, localisés dans la
banlieue, qui ont le plus contribué à l’augmentation des fractions fines, dans les déchets de
l’agglomération, phénomène qui à son tour, va jouer un rôle, dans l’échec de l’initiative de
production industrielle de compost, tentée par les services de la mairie en 1968. Réalisée sans
études préalables et sans une bonne connaissance du gisement, cette initiative ne tint pas
compte de la composition des déchets à traiter. Le trop-plein de sable (mais aussi de tessons
de verre) dans les ordures a détérioré les machines, et empêché la production d’un compost de
qualité. Le produit sera d’ailleurs boudé par les maraîchers.

Cette question des sables reviendra d’ailleurs de façon récurrente au chapitre des différents
couacs et insuffisances entravant le bon fonctionnement du service de nettoiement. Elle
révélera régulièrement, l’absence de coordination entre les différents organes exécutifs
impliqués dans cette question, et mettra aussi parfois à nu leurs rivalités…

Mais la plus grosse difficulté dans ses missions résidait dans la mise en œuvre du service
dans les nouveaux quartiers irréguliers : une partie du service, assuré par le biais de PAV et de
containers mobiles, devenait de plus en plus bancal et lacunaire. Plus que la méthode, c’était
principalement le relâchement dans la collecte en PAP, le non ajustement du nombre de
containers, aux foyers producteurs présents dans ces quartiers, qui en étaient la cause. A ce
déficit en équipements de collecte dans des quartiers qui de surcroit connaissaient une rapide
extension spatiale, s’ajoutait un mauvais entretien (vidage régulier et nettoyage) des bennes
mobiles.

Plus généralement, si l’une des erreurs des services techniques aura été d’avoir
prématurément mis en place une réglementation avec des contraintes quasi similaires voire
même supplantant celles en vigueur dans nombre de pays d’Europe, c’est assurément la
démographie galopante et la multiplication des activités dans la ville qui avec l’absence d’une
vision d’aménagement sabordèrent les « efforts » des services de nettoiement ayant de plus en
plus de mal à suivre le rythme. Qui plus est sur les trois axes en rapport avec la question de la
prise en charge de l’assainissement et de la gestion des déchets, aucun ne fut en effet résolu
ou mené à terme, alors que la croissance économique allait donner le coup de grâce aux
initiatives mises en place.

En matière de salubrité, cette éclosion de petites activités commerçantes et/ou de service,


mais aussi le croît démographique avec la croissance des quartiers spontanés non pris en
compte dans la planification, eurent pour conséquence de booster la production rudologique
sans que les responsables du secteur n’en prennent la mesure en les intégrant dans leurs
prévisions.

200
2. Seconde privatisation du service en 1971. Reconduction de la « politique de
l’autruche » en matière de déchet.

Malgré ses lacunes, il y’avait donc un sursaut technico-administratif dans les stratégies
officielles de prise en charge des matières résiduaires urbaines. Mais ce volontarisme sera
freiné au début des années soixante-dix par le contexte économique mondial comminatoire.
Ce contexte qui annonçait le choc pétrolier de 1973 préfigurait en effet une crise sévère pour
bon nombre de pays d’Afrique de l’Ouest. Crise énergétique pour des nations fortement
dépendantes de l’importation pour leur consommation intérieure, mais aussi et plus
globalement, crise financière du fait de la récession de l’économie mondiale.

La baisse des ressources financières qui en a découlé, va alors pour beaucoup, justifier le
choix des pouvoirs publics d’expérimenter la gestion privatisée de certains services ; l’objectif
1
était de réajuster et d’optimiser les dépenses, en procédant à des réductions budgétaires . Les
premiers secteurs touchés étant généralement les services à caractère social, la gestion de
l’eau et des déchets, souvent non rentables financièrement, se retrouvèrent sur la sellette, et
2
sous le coup de la NPA…Nouvelle Politique d’Austérité publique.

Mais pour les services officiels en charge de la question des déchets à Dakar, ce contexte
économique difficile constituait sans doute une opportunité, devant l’augmentation croissante
de la quantité de déchets à collecter, en lien direct avec l’étalement spatial et la croissance
démographique. Pour des pouvoirs publics essoufflés par la question, mais tenus par leurs
responsabilités, le prétexte était tout trouvé pour expérimenter un coup-double.

Pour ne plus se voir accusés de mettre en œuvre en matière de nettoiement des pratiques à
double vitesse, l’Etat sénégalais estima plus judicieux et stratégique de procéder à la
privatisation de l’encombrant, coûteux et peu gratifiant service de gestion des déchets à
Dakar. L’initiative coïncidant avec la période de mise en œuvre au Sénégal des premières
politiques environnementales, cette cession permettait aux pouvoirs publics de se concentrer
sur les axes plus nobles, tels la gestion des aires protégées, l’érosion et l’appauvrissement des
sols, la gestion des ressources en eau etc.

Mais au-delà de ces aspects, cette solution présentait pour l’autorité publique le double
avantage, de mettre les « inciviques » usagers dakarois devant leurs responsabilités- donc à la
merci des organismes privés- tout en « refourguant » à une simple société de nettoiement, une
question délicate et embarrassante qu’elle n’a jusque là jamais su résoudre. Certains points de
la question relevaient directement de l’aménagement du territoire, à travers notamment la
politique de dotation des villes en équipements urbains de base et d’autres plus spécifiques de
prise en charge des déchets.

1
En réalité ces mesures ne constituaient que la partie immergée de l’iceberg ; au fond, ces réorientations posaient la question de la marge de
manœuvre des nouveaux Etats indépendants devant l’interventionnisme des bailleurs de fonds dans la mise en œuvre de leurs politiques. Les
organismes publics étaient en effet contraints par les institutions financières internationales réclamant la privatisation de nombre de secteurs
sociaux : FMI et la Banque Mondiale imposent aux pouvoirs publics de déléguer la gestion de l’assainissement, de la voierie pour en
améliorer le fonctionnement à travers l’intervention des sociétés privées, en principe mieux outillées. Plus « libres », elles sont sensées
dispenser aux différents pouvoirs publics la charge d’assumer l’imposition de mesures souvent impopulaires et synonyme de confrontation
avec les populations. Cette donne qui sanctionne l’irruption dans les affaires intérieures des lobbies économiques internationaux signe
l’entrée en scène du néo colonialisme qui pour reprendre Nkrumah s’illustre « quand un Etat est indépendant en théorie, mais que sa
politique est dirigée de l’extérieur ». A l’époque on retrouve cette « approche » dans la quasi-totalité des pays africains de la Côte-d’Ivoire à
la Tanzanie en passant par le Cameroun, le Nigéria…
2
L’acronyme fait un clin d’œil à la désormais célèbre Nouvelle Politique Agricole (NPA) initiée aussi pratiquement à la même période.

201
2.1 La SOADIP sur le terrain du nettoiement à Dakar.

Par l’intermédiaire du Ministère des Travaux Publics de l’Urbanisme et des Transports, le


gouvernement passa un appel d’offre pour la gestion privée du nettoiement de la ville. Après
1
étude puis dépouillement entre quatre concurrents, il confia le service à la SOADIP (Société
Africaine de Diffusion et de Promotion), selon un contrat de prestation de service rémunéré
par les communes, et plus tard (1984), par la Communauté urbaine de Dakar (CUD). La
convention signée le 27 juillet 1971 entre le Gouverneur de la région du Cap-Vert (Lamine
Lô), administrateur de la commune de Dakar, et le Président du Conseil d’Administration de
2
la SOADIP Abdoulaye FOFANA portait sur le balayage, le nettoiement des voies et
l’évacuation des ordures ménagères à l’usine de Mbao (pour le compostage) et/ ou à la
décharge publique de Mbeubeuss. Il incluait aussi un ensemble de clauses relatives à
l’entretien des bouches d’édicules publiques.

La société qui devait ainsi desservir l’ensemble de la région la divisa en 31 secteurs et 50


sous-secteurs. La collecte était assurée en deux postes : celle de jour allant de 8h à 13h, et qui
concerne 20 secteurs, et la collecte de nuit allant de 21h à 00h-30 avec 17 secteurs. Sept de
ces secteurs étaient en réalité des circuits de multi-bennes dont le temps de travail est fonction
du nombre de rotations nécessaire et varié entre 5 et 7 h.
Du point de vue de l’organisation, les secteurs du balayage et de la collecte se
superposaient, chacun étant pourvu d’une équipe dont l’importance variait avec les difficultés
rencontrées. Chaque équipe était elle-même placée sous le contrôle d’un chef et l’ensemble
des chefs sous les ordres d’un surveillant général, puis d’un chef de zone, le tout
« chapeauté » par un corps d’inspecteurs qui sillonnait la ville et faisait ses rapports à la
direction générale.
De même, la société avait reconduit le service spécial qui assurait quotidiennement le
ramassage des déchets de balayage déposés dans des poubelles et dans des fûts spéciaux.
L’entreprise qui avait aussi en charge la desserte des marchés pouvait bénéficier d’extras en
offrant des prestations aux entreprises privées devant gérer elles-mêmes leurs déchets de
production. Une action complémentaire était aussi menée avec l’aide d’équipes mobiles dites
« d’intervention » pour la collecte des gravats, cartonnages, branchages, déchets
volumineux…, alors que la société assurait aussi la propreté de l’aéroport et de plusieurs
établissements privés.

1
La SOADIP était une Société Anonyme au capital de 59.000.000 de Fcfa (environ 1.180.000 FF à l’époque ou 180.000 euros) qui
travaillait en régie avec les Services Techniques Communaux et le Génie Militaire. Son siège social était installé à Dakar rocade Fann - Bel-
Air, sur la Route de Rufisque à deux pas du port de Commerce dans un immeuble qui lui appartenait et où s’étaient installés ses 22 bureaux
qui abritent la direction générale et ses divers départements. Elle a ainsi été chargée du nettoiement de la Commune du Cap-Vert, à
l’exception des zones d’habitat HLM et SICAP (qui avaient leur propre service de collecte) et son action s’étendait sur 32 km d’Est en Ouest,
ce qui représentait journellement 270 km de voies bitumées à balayer, près du triple à nettoyer et 350 tonnes / j d’ordures ménagères à
collecter et à transporter sur une distance moyenne de 36 km. Héritant le 1er octobre 1971 de onze (11) véhicules en état de marche et dix
(10) pouvant être réparés, elle atteint son rythme de croisière et au plus fort de ses activités, la société comptait un parc de matériel
conséquent (voir annexes 2). La société possédait également une installation commerciale Rue Robert Brun et un ensemble technique de 5
hectares ou sont regroupés les garages, ateliers, magasins, bureaux techniques et installations sociales. Elle disposait également d’un
département Commercial et un autre Industriel qui réalise notamment le petit matériel de voirie que le Bureau d’études de la Société a crée
pour améliorer le nettoiement. Par ailleurs, un projet de campagne destiné à la sensibilisation du public fut étudié par les soins de la société
et remis aux administrations concernées. Une étude générale pour le nettoiement des grandes villes du Sénégal devant permettre
d’approfondir l’analyse était aussi en cours, le dossier d’approche ayant été déposé et les études sectorielles entamées, alors qu’au niveau
interne une coopérative d’alimentation et de construction d’habitat devaient améliorer le volet social chez les travailleurs. Ce dernier point
illustre aussi la frénésie dans l’acquisition de logement qui animait les résidents de la ville, c’était le moment ou jamais de disposer d’un toit
et dans la pure tradition sénégalaise d’une maison de plein pied.
2
Ancien ministre de l’intérieur de 1962 à 1965, il passera de mars 1965 à mars 1968 Ministre délégué auprès du Président de la République,
chargé de l’Information et du Tourisme.

202
La SOADIP qui inaugurait l’ère de la seconde phase de privatisation profita naturellement
des acquis en équipements légués par les STC, au chapitre desquels l’usine de compostage de
Mbao et les différents PAV. Toutefois, elle apporta sa pierre à l’édifice de la « pratique
spatiale déchets » en mettant en place des centres de transfert, indispensables outils de
conditionnement des déchets avant leur transport vers les lieux d’élimination en l’occurrence
la nouvelle décharge de Mbeubeuss. Rappelons que la décharge de Hann était fermée depuis
1968.

Ces stations de reprise installées à Bel-air (Môle 8) et à Pikine (ICOTAF) assuraient alors
respectivement le transit des ordures ménagères de Dakar-Ville (jour et nuit) et de tout le
Nord de la presqu’île. Elles recevaient aussi les ordures des zones HLM et SICAP, bien que
ces organismes collectaient les déchets de ces quartiers avec leur propre logistique. Les
déchets issus de la zone douanière du Port Autonome de Dakar -qui disposait d’une dizaine de
bennes-, étaient aussi dirigés vers les centres de transfert du môle 8 en vertu d’une clause liant
la SOADIP à l’organisme étatique. Seuls les O.M provenant des camps militaires étaient donc
directement vidées à la décharge, par les bennes à ordures dont disposait l’armée et la
gendarmerie.

Le système mis en place consistait à charger sur de gros porteurs, les O.M apportés par
environ cinq (5) véhicules de collecte, soit en les compactant dans des containers à
compaction de 15 tonnes de charge utile (Bel-Air), soit en les vidant dans des caissons ouverts
(Pikine) de même capacité. Ces gros porteurs assuraient alors le transport jusqu’à la décharge
du lac de Mbeubeuss, permettant ainsi des rotations plus rapides de la collecte.

Démarrant avec des moyens limités, la société fit très vite l’acquisition d’un équipement
haut de gamme notamment de bennes tasseuses, camions équipés d'un système de
compression, ainsi que de petites camionnettes, de tracteurs agricoles et remorques pour les
quartiers difficile d’accès. Avec cette logistique et ces installations, le quadrillage rudologique
de la région dakaroise entamée trois ans plus tôt semblait se confirmer. Mais en réalité
l’utilisation de cet équipement était là aussi ciblée.

Héritant d’un patchwork spatial à desservir, la société n’aura d’autre alternative que de
poursuivre cette approche différenciée initiée par le passé et qui sera une constante dans la
mise en œuvre des politiques de gestion des déchets solides. Les BOM servaient
principalement pour la collecte des déchets dans les zones de la frange ouest totalement
équipées en routes bitumées telles que le Plateau en mode collecte domiciliaire ou porte à
porte. Les zones dépourvues de routes bitumées ou carrossables, non (ou peu) couvertes par la
1
collecte domiciliaire , bénéficiaient généralement de la collecte groupée. Ces installations
n’étaient pas en soi inappropriés et pouvaient même revêtir un caractère plutôt avant-gardiste
pour cette époque ; déjà en vigueur en Europe elles permettaient aux populations de venir y
déposer leurs déchets encombrants et divers non acceptés lors de la collecte domiciliaire.
Adaptées au cas dakarois, elles desservaient les populations des quartiers péri- urbains non
couverts par la collecte domiciliaire qui disposaient ainsi de mécanismes d’élimination
convenables : les déchets collectés étant stockés à la station de transfert de Pikine pour être
ensuite déposés à la décharge de Mbeubeuss.

1
Tous ces éléments seront développés dans la quatrième partie à venir.

203
Carte 16. Situation de la collecte des OM et du nettoiement de la ville de Dakar en 1971. Si la SOADIP
constituait l’organisme officiel, dans certaines zones urbanisées de la capitale (SICAP et HLM), les bailleurs
sociaux avaient mis en place une logistique propre de collecte des déchets pour leurs réalisations.
Néanmoins, le système restait articulé à la prise en charge mise en place par la SOADIP, les camions de
collecte des SICAP et des HLM vidant leur chargement à la station de reprise de Bel-Air, d’où les gros-
porteurs de la SOADIP prenaient le relais. Parmi les autres équipements spécifiques, on notait outre les deux
stations de reprises (celle de Bel-Air et celle de Pikine) des PAV pour les quartiers enclavés. Le traitement
et l’élimination des déchets étaient assurés par la station de compostage de Mbao et la décharge de
Mbeubeuss. En dépit de l’inexistence de mécanismes de traitement appropriés notamment avec une
décharge ne fonctionnant pas réellement comme un véritable CET, le quadrillage rudologique de la ville
semblait réalisé.

Parallèlement à l’option bacs maçonnés, la société expérimentera en renfort, un système de


bennes détachables, comme celles qui desservaient les marchés. Globalement, la SOADIP
donnait d’ailleurs l’impression de maîtriser la situation. Elle assurait le service de collecte des
déchets de la ville, et capitalisait de l’expérience, même si la question de la gestion de la
décharge se posait déjà. Mbeubeuss accueillait en effet déjà l’ensemble des déchets de la ville
y compris ceux industriels ; la décharge voyait même ses premiers villages de récupérateurs
se constituer au nord-ouest du front de progression.

204
Si cette période du quadrillage rudologique de la ville, augurait d’un bon fonctionnement
du secteur à Dakar, le vent allait très vite tourner. L’usine de compostage de Mbao arrêta de
fonctionner dés 1971 pour des raisons techniques liées à une usure rapide des pièces des
chaînes de triage des déchets. La non rentabilité du compost produit était aussi en cause :
saturé en sable, il ne rencontra pas l’adhésion des maraîchers pour qui il était destiné.

Sur le front de l’habitat, la réforme territoriale de 1972 précisait bien l’existence de la


partie rurale de la Commune de Dakar, dont l’administration restait toujours confiée au
gouverneur de la région assurant simultanément des fonctions administratives et municipales.
Ce dernier en rapport avec les autorités chargées de gérer les modalités d’une rapide extension
spatiale de la ville ne purent que constater l’extension désordonnée de la ville avec une
pullulation de l’habitat spontané, l’une des conséquences les plus prégnantes du fort
accroissement démographique que connaissait la ville. Pourtant, cette question de l’habitat
comme en 1960, était restée au cœur des préoccupations gouvernementales. Ainsi en 1973,
malgré les effets désastreux sur le budget national du choc pétrolier et ses conséquences sur
une machine économique fortement tributaire de l’extérieur en énergie, le Ministère des
Travaux publics, de l’Habitat, de l’Urbanisme et des Transports lançait avec l’aide financière
de la Banque Mondiale, le programme « Parcelles Assainies » de Dakar (qui s’étendra par la
suite sur l’ensemble du pays).

Ce programme d’habitat devait satisfaire la forte demande et résorber l’habitat spontané


qui accompagne en parallèle le développement fulgurant de la grande banlieue de part et
d’autre du noyau de Pikine. La SNHLM parvint alors à réaliser une série de lotissements
d’environ 13 305 parcelles nues dans la zone lébou située entre Yoff et Cambérène déjà
gagnée par l’implantation spontanée. Toutefois, comme dans nombre de projets immobiliers
d’habitation à destination des particuliers, on y notait une quasi absence d’aménagements
verticaux et collectifs moins exigeants en espace. La préférence pour ces terrains nus tenait au
fait qu’au Sénégal et jusqu’à un passé récent, l’habitat collectif dans des immeubles n’était
pas culturellement admis, chacun tenant à disposer de sa maison individuelle unifamiliale de
plein pied. Avec l’inexistence de réseaux d’assainissement liquide et des voies stabilisées
dans ces réalisations, l’autre revers de ce programme appuyé par la Banque Mondiale sera la
récupération de la quasi-totalité des réalisations. Comme par le passé, destinées au départ aux
populations de faibles revenus, elles ont fini entre les mains de promoteurs immobiliers et
d’une bonne partie de la classe moyenne.

Cette période qui marquait le boom de l’habitat à Dakar avait aussi consacré la création de
nombre de sociétés immobilières privées. La SCAT Urbam (Société Centrale
d’Aménagement de Terrains Urbains), la SAGEF ou la société HAMO faisaient ainsi leur
entrée dans le secteur de la réalisation de programmes de logement et/ou de lotissement,
parallèlement au développement de l’auto construction. On ne le savait peut-être pas encore
assez, mais cette extension de la ville régulière allait avoir d’énormes conséquences sur le
devenir de la question des déchets dans l’agglomération. En effet, si pour quelques
propriétaires ces réalisations officielles ont constitué un petit soulagement, pour les
organismes en charge de la fourniture des services comme ceux de l’assainissement (liquide
et solide), elles constituaient un deuxième front d’habitat régulier incomplet (car non bitumé)
à desservir après Pikine régulier, sans compter les villages traditionnels et les zones
d’extension irrégulières.

Qui plus est la population de la région et de la ville ne cessait de croître : de moins de 100
000 habitants en 1932, la population de la région du Cap-Vert se chiffrait à près de 600 000
habitants en 1974.

205
1
A elle seule, la commune de Dakar , comptait déjà près de 350 000 habitants, avec une
urbanisation rapide s’accompagnant d’une augmentation naturelle de la production de
déchets.
Devant cette situation, l’une des réponses de l’Etat Sénégalais sera d’affiner la
réglementation sur la gestion des déchets et notamment ceux ménagers. L’Assemblée
Nationale adopta durant l’année 1974 le décret n° 74-338 du 10 avril 1974 réglementant
l’évacuation et le dépôt des ordures ménagères (voir annexes), alors que l’année suivante
(1975) était ratifiée en international la convention sur les déchets dangereux. Si ces initiatives
devaient démontrer la volonté des pouvoirs publics de mieux gérer la question des déchets, il
2
semble toutefois plus probable que les technocrates du « Building Administratif » aient
davantage voulu mettre au diapason la législation local, en l’amarrant à l’évolution mondiale,
question de prestige. Cette tendance se confirmera d’ailleurs par la suite avec la création en
1978, d’un tout nouveau ministère de…l’Environnement, à l’image de l’organisation
3
institutionnelle en la matière dans les pays industrialisés d’Europe et d’Amérique du Nord .
En réalité, les profondes incohérences qui subsistaient dans la prise en charge des matières
résiduaires, montrent qu’il n’y avait pas véritablement de politique déchet officielle et
globale.

A la gestion désastreuse de l’unique décharge de la ville, s’ajoutait l’absence


d’identification des apports dans la collecte traditionnelle, des niches rudologiques du secteur
tertiaire (commerces et services) et même d’une partie du secteur industriel. Quant à la
question du devenir des rejets industriels dangereux, elle était encore totalement ignorée. Les
efforts étaient centrés sur la prise en charge des seuls déchets ménagers et assimilés, alors
qu’on savait pourtant que le secteur industriel, était gros producteur de déchets. Ces
industriels étaient représentés par les entreprises présentes dans la Zone Franche Industrielle
de Dakar, et bénéficiant d’exonérations et avantages fiscales diverses (franchise douanière,
libre transfert des capitaux…). L’ensemble de leurs déchets, dont une bonne part de matières
dangereuses (déchets toxiques) était acheminé à la décharge de Mbeubeuss. La ville paiera
encore des décennies plus tard, les conséquences d’une telle omission avec des contraintes
démultipliées par l’augmentation du nombre d’entreprises, productrices desdits déchets
spéciaux.
Au milieu des années soixante dix, la CCCEF se retira des programmes de financement de
l’habitat au Sénégal, « obligeant » ainsi l’état sénégalais à mettre sur pied divers mécanismes
« propres » de financement de l’habitat. Les pouvoirs publics vont ainsi élaborer d’autres
4
outils techniques afin de traduire concrètement leur nouvelle politique du logement . C’est le
sens du vote en 1976 de la loi sur l’expropriation pour cause d’utilité publique, sur
proposition de Mamadou DIOP, Ministre des Travaux publics, de l’Urbanisme et des
Transports et qui semblait alors préparer la ville à un vaste déblaiement en vue de ses futurs
projets urbains. Cette loi devait en effet faciliter le nettoiement officiel et légal des zones
d’habitat insalubres et toute l’occupation anarchique de l’espace, illustrations disgracieuses de
l’explosion de l’habitat irrégulier et du boom des activités informelles ayant « pignon-sur-
rue ».

1
EYQUEM C (1974). « Dakar entre tradition et modernisme ». In L’Afrique littéraire et artistique n°32 p 58-7. 1974. 93 p.
2
Immeuble-monument, ancien siège du Gouvernement de l’AOF qui est resté siège des différents gouvernements qui se sont succédé depuis
l’indépendance.
3
En France le premier ministère de l’Environnement avait vu le jour quelques années plus tôt en 1971.
4
C’est ainsi que l’Etat a décide de créer : le Fonds pour l’Amélioration de l’Habitat et d’Urbanisme (FAHU), la Banque de l’Habitat du
Sénégal (BHS), le Compte de Crédit Communal (CCC), le Fonds de Restructuration et la Régularisation Foncière (FORRF), le Fonds
Roulant pour l’Habitat Social, de dégager des Ressources Financières des Collectivités Locales tout en maintenant es Sources de
Financement Extérieures.

206
Photo 52. Building administratif à Dakar. Ancien siège du gouvernement de l’AOF, il abrite depuis
l’indépendance la quasi- totalité de l’appareil exécutif du pays. (Crédit Photo ANS).

Dans la grande banlieue nord, des quartiers comme Pikine Dagoudane dépourvus de
réseaux structurants et d’assainissement liquide, ne cesseront pourtant de grossir et
d’accueillir de nouvelles implantations. Edicules, vidoirs, W-C publics construits par les
autorités, mais aussi fosses d’aisance (non étanches) élaborées par les populations
constitueront le système de suppléance dans ces secteurs. Si 75 % des parcelles de Pikine sont
équipées de W-C, 16 % seulement des propriétaires déclaraient avoir déjà fait appel à un
camion pour vider leurs fosses. Toutefois pour les quartiers exclus comme Wakhinane,
Yeumbeul, ou encore Médina Gounass, c’est un assainissement de type rural qui sera
appliqué dans le cadre urbain avec des Ganouwaaye et rejets d’eaux résiduaires dans la rue.
WANE parlera « d’Assainissement rural tronqué ou bâtard ». Selon l’auteur « 1/6 des
matières fécales produites chaque jour et évalué à 60 tonnes étaient encore dispersés sur les
1
terrains vagues et sur la voie publique entraînant ainsi le développement du péril fécal » . De
son côté, SALEM.G notait pour les eaux résiduaires : « l’usage le plus fréquent est de laisser
s’infiltrer l’eau et les excrétas ou de transvaser le contenu d’une fosse débordante dans un
trou creusé à côté pour l’occasion ».
Pour la collecte domiciliaire, à l’image des quartiers populaires ou des villages lébous, les
populations se contenteront des PAV, dont les pouvoirs publics ont présidé à la mise en place.
Toutefois à l’intérieur de ces quartiers, l’émergence des GIE et des Associations d’origine
villageoises marquait aussi l’entrée en scène des structures communautaires dans la gestion de
certains aspects d’accès aux services urbains. Ces organisations semi-structurées s’investiront
en effet dans le secteur de l’assainissement et de la gestion des ordures ménagères, rejoignant
le service déjà existant d’enlèvement à domicile des déchets, qui proposait une évacuation par
charrettes vers des… dépôts anarchiques environnants. En général ces charretiers assuraient
antérieurement le transport de voyageurs ou de marchandises sur de courtes distances.

1
WANE O-A, (1981) « Contribution à l’étude de l’environnement au Sénégal. Matières résiduaires et disparités urbaines dans une ville
africaine : Dakar ». Créteil. Décembre 1981. Université Val de Marne. Institut d’urbanisme de Paris 384p. Thèse Doctorat 3° cycle spécialité
Urbanisme & Aménagement. Mention Aménagement & Environnement.

207
Si le boom de l’habitat irrégulier réduisait notablement la marge de manœuvre de la société
de nettoiement, la frange occidentale de la presqu’île même gagnée par le développement de
l’habitat spontané interstitiel et de l’auto-construction, conservait encore les faveurs de la
société de collecte. La SOADIP s’efforça de maintenir dans ces bastions de la propreté une
situation satisfaisante en procédant à des tournées de collecte régulières. Conformément aux
clauses du contrat de nettoiement, elle assurait aussi le balayage des rues bitumées envahies
par le sable et livrées aux salissures des piétons, vendeurs, calèches et autres animaux en
divagation.

Mais à l’opposé, la situation devenait de plus en plus préoccupante pour les quartiers
spontanés des villes de la banlieue de Pikine. Pour Rufisque, DUBRESSON signalait déjà en
1979 :

« Les déséquilibres relatifs à l’équipement des demeures sont accentués par ceux de
l’environnement immédiat. Aux voieries anarchiques s’opposent les voieries
géométriques, mais parmi ces dernières seules l’Escale est totalement bitumée. En
dehors de certaines ruelles quelque fois bien entretenues (dans les franges spontanées
surtout), il est en général malaisé de circuler dans Rufisque hors de l’Escale à cause de
l’étroitesse des voies et du mauvais état des principales pénétrantes surtout en hivernage.
C’est pourquoi le ramassage des ordures constitue un élément supplémentaire
d’inégalité entre les quartiers. Alors que les camions de la SOADIP circulent sans
problème dans l’Escale, ils peuvent rarement pénétrer ailleurs, et les canaux, le bord de
la mer et les marigots servent de dépôts locaux qui sont nettoyés par les services
1
municipaux quand la situation dépasse les limites du supportable .»

Cette déperdition qualitative suivait presque fidèlement la trame de l’habitat. Si dans les
départements de Dakar, Pikine et Rufisque, d’énormes dysfonctionnements persistaient dans
la prise en charge des questions d’assainissement même au sein des zones d’habitat régulier
ou planifié, le calvaire était encore plus persistant dans certains quartiers populaires d’habitat
spontané ou de type rural- urbain. A l’image de Grand- Yoff, Dalifort, ou encore des
extensions illégales de Pikine, l’absence de prise en charge induisait une quasi généralisation
de pratiques d’assainissement alternatives, mais souvent peu commodes. L’équilibre
hygiénique de la ville bien que non rompu restait tout de même précaire, alors que quelques
éléments nouveaux allaient venir se greffer sur la question de la prise en charge des matières
résiduaires solides que connaissait déjà la ville.

L’évolution de l’économie mondiale induisait en effet l’apparition de nouveaux modes de


consommation relayés dans les villes sénégalaises. Elle avait généré certains artifices de
survie alimentaire tels que l’importation massive de viandes de volailles conditionnées,
2
vendues dans le pays à un prix très concurrentiel . Mais, le changement qui allait avoir les
incidences les plus négatives sur la question des déchets solides de la ville, en fut l’irruption
du plastique.

1
DUBRESSON Alain (1979). L’espace Dakar-Rufisque en devenir : de l’héritage urbain à la croissance industrielle ORSTOM Paris 1979.
371 p. p82-83.
2
Viandes dont le succès était tel qu’il mit à mal et même un temps failli torpiller le marché intérieur de production de volaille. Intox ou
informations fondées, toujours est-il que d’aucuns soupçonnèrent même une origine douteuse de cette manne en évoquant Tchernobyl et les
effets vicieux et toxiques en terme d’irradiations sur les productions animales de son nuage radioactif. Il est vrai qu’à l’époque toute la vérité
ne fut pas divulguée au grand public ; cela expliquerait alors la réticence du secteur de la distribution agro alimentaire des pays d’Europe à
commercialiser ces produits « touchés », et qui finiront tout de même sur les étals des marchés des pays du tiers-monde par le biais de filières
bien organisées et avec la complicité des puissances économiques occidentales.
208
Si la tendance était d’ailleurs perceptible dans les pays industrialisés dans le domaine de
l’équipement ménager (mobilier, ustensiles..), dans les pays d’Afrique, elle se traduisait aussi
dans le secteur de l’emballage alimentaire. Si jusque là le film plastique était bien connu du
milieu industriel, il faisait son entrée dans le secteur du commerce de détail et par ricochet
dans la sphère domestique par le biais de poches plastiques en provenance des pays asiatiques
(Thaïlande, Chine…) en pleine croissance économique. Ces sachets plastiques détrônaient en
effet les calebasses et autres sacs de marché et s’imposaient progressivement dans le
commerce ; tout le monde exigeant sa poche gratuite même pour de menus achats. Pour les
classes sociales les moins aisées en plus d’être pratiques, elles présentaient aussi l’avantage
d’être plus discrètes, permettant à la ménagère de dissimuler ses maigres achats lors de la
séance quotidienne des courses au marché.

En petites poches noires, le plastique remplaçait le sac de marché, mais en micro-sachets


transparents, il se substituait aussi au papier pour le conditionnement informel de produits
alimentaires tels que les condiments et autres fruits. Son utilisation se fera aussi beaucoup
remarquer par le biais de la vente au détail de boissons diverses destinées à la restauration
rapide (eau fraîche et jus à base de produits locaux bissap, gigembre…). Ce commerce de
détail, celui des portions fragmentées allait ainsi connaître sa révolution car pour nombre de
populations « le sachet » constituait un signe de modernité et d’hygiène : il est généralement
remis neuf alors que les supports ou contenants jusque là utilisés par le secteur informel du
fast-food provenaient de la récupération. Bien que les effets nocifs de la matière plastique sur
l’environnement étaient déjà identifiés sous d’autres cieux, ce nouveau venu dans le mode de
consommation des sénégalais n’en sera pour autant pas inquiété. Le filon sera d’ailleurs
exploité plus tard par quelques entreprises de la place qui se sont spécialisé entre autres dans
la production de poches plastiques (SIPLAST), alors que le recyclage en interne ou par apport
des récupérateurs n’était pas encore à l’ordre du jour. Enlaidissant progressivement le
paysage, les plastiques dont la portion représentait près de 4,5 % des déchets dakarois selon
WANE (1981) finissaient par attirer l’attention. Mais, ce sont surtout leurs conséquences sur
le cheptel des zones urbaines et péri urbaines, qui vont finir par faire prendre conscience aux
pouvoirs publics du péril qu’ils constituent. L’ingestion de ces matières plastiques notamment
par les animaux divagants (notamment dans les dépôts anarchiques) a en effet entraîné un
1
regain de mortalité mais surtout une hausse de la morbidité chez ces animaux . L’invasion du
plastique à Dakar illustrait l’implication dans le secteur de ses déchets de phénomènes
géographiquement éloignés, c’était la mondialisation avant l’heure des questions écologiques.
L’autre exemple a été donné par la dégradation économique que connaissait le pays, et qui
découlait d’un contexte mondial peu favorable.
Après sa démission surprise en 1980 (fait inédit en Afrique), le président sénégalais
SENGHOR avait légué à son premier ministre Abdou Diouf, la tête du pays, de sa formation
politique (le Parti Socialiste), mais aussi une situation socio-économique plus délicate que par
le passé. Cette « succession » coïncidait avec les premiers plans d’austérité économique que
connu le pays, même si à cette époque les populations n’en pressentaient pas encore ni
l’ampleur ni les effets à terme. La quasi-totalité des secteurs d’activité du pays traversaient
durant cette période une phase de profonde morosité ; leurs effets rejailliront sur la question
déchet.

1
C’est sans doute ce qui a poussé des chercheurs de l’Ecole Inter Etats des Sciences et Médecine Vétérinaires de Dakar (EISMV) à réaliser
une étude qui a montré que « sur un ensemble de 31 échantillons de corps étrangers retrouvés dans l’estomac de différentes espèces abattues
(bovins, ovins, caprins), 90 % contenaient des matières plastiques (28/31), et seulement 3 échantillon ne présentaient pas de matières
plastiques. Ces études corroboraient ainsi les mises en garde des écologistes qui réclamaient pour Dakar la mise en œuvre en la matière de
stratégies moins dommageables pour l’environnement et les animaux. DIENG Abdoulaye : « Sachets plastiques : menaces sur le bétail» in
La Propriété Intellectuelle n °17 Avril 2000 p 12. 15 p

209
Déjà préoccupante « sur le terrain », on notait une amplification de la désorganisation
institutionnelle concernant le nettoiement de la ville. Jusque là dans l’incapacité d’assurer la
coordination des actions gouvernementales en la matière, le Ministère de l’Environnement,
n’avait quasiment plus son mot à dire. Malgré les attributions permettant à sa Direction de
l’Environnement de jouer un rôle de conseil, cette dernière n’a jamais pu intervenir sur le
fonctionnement des questions liées à la salubrité de la ville. Pire, elle se faisait souvent
« rappeler à l’ordre » ou même parfois concurrencer sur son propre terrain.

Cette communication présentée en 1980 lors d’un Conseil Interministériel sur la propreté
de Dakar par le Ministre de l’Equipement ministre d’Etat (Adrien Senghor) sur un domaine
relevant de la compétence de son collègue de l'Urbanisme, de l'Habitat et de l'Environnement
Oumar Bâ, témoigne parfaitement du fonctionnement en doublon dans l’attelage
gouvernemental :

« Hormis les quartiers du Plateau, Fann- Résidence et Point-E, ceux de la


plupart de Dakar abritent des dépôts sauvages Cette situation est aggravée dans
les bas quartiers par les eaux grasses ménagères déversées par les ménagères ou
favorisées par l’utilisation de bornes-fontaines (…). En outre, ces eaux grasses
sont les facteurs de développement d’odeurs incommodantes et de dégradation de
la chaussée. A certains endroits de la ville l’on constate également des tas de
gravats et de branchages qui ne sont du ressort d’aucun organisme de ramassage.
Déjà en zone urbanisée, l’amoncellement de sables et détritus divers a tendance à
se généraliser. Il va s’en dire qu’en zones insuffisamment urbanisées, la situation
est pire. Les conteneurs mis en place favorisent les débordements du fait de leur
insuffisante capacité, mais également du fait de leur nombre limité. Les marchés,
les jardins et les plages sont également touchés par la faiblesse des interventions.
Si les marchés bénéficient d’un entretien sommaire par la Municipalité, les plages
quant à elles restent sous entretenues. Le seul crible qui a été acheté par la
Commune est actuellement inemployé parce que inadapté aux conditions locales
(P6). Aujourd’hui, Dakar et le Cap-Vert sont le lieu d’intervention d’une multitude
d’organismes évoluant en l’absence de toute coordination et de surcroît au moyen
de matériels de collecte variés. Parallèlement à l’action de la SOADIP
interviennent pour leur compte ou pour le compte de sociétés de la place la
SICAP, l’OHLM et une mosaïque d’entreprises de nettoiement. A Dakar, la
collecte, l’évacuation et l’élimination des ordures a été confiée à la SOADIP qui a
signé une convention avec la Commune. Elle exerce ses activités sur la totalité de
la presqu’île du Cap-Vert à l’Ouest d’une ligne allant de Mbeubeuss au nord au
marigot de Bargny au Sud. Force est de constater aujourd’hui que l’intervention
de la SOADIP par l’intermédiaire de moyens logistiques obsolètes pour la plus
grande partie, malgré un effort récent de modernisation accuse d’une baisse de
rendement sensible eu égard à l’accroissement de la charge de travail. Nous
connaissons à présent une situation anarchique pire qu’à l’époque où la
Municipalité avait la charge du nettoiement. Il y’a sans doute un relâchement
dans le suivi des interventions alors que l’efficacité devrait être recherchée et
maintenue en considération de l’urbanisation (galopante) ». (Conseil
Interministériel sur la propreté de Dakar 1980. Communication de
Monsieur Adrien Senghor ministre d’Etat chargé de l’Equipement de
1978 à 1981)

Ce fut aussi le cas lorsque le Ministère de l’Equipement prit les devants en sortant en 1982
un rapport sur l’Hygiène et l’insalubrité des plages de Koussoum, Hann, Bel-Air, Yoff,
rapport préconisant aussi la construction d’édicules publics.

210
Les modalités de la création de l’administration de l’environnement ont d’abord été
marquées par une inflation institutionnelle, un éparpillement d’institutions. Le ministère
devant prendre en charge cette question en fédérant autour de lui les différents acteurs
(Service d’Hygiène, intervenants dans la collecte des déchets –SOADIP, SICAP, HLM-,
Services de l’Assainissement…), fut littéralement torpillé dés le départ.

Parallèlement à ces couacs institutionnels, l’intervention de la SOADIP commençait à


montrer ses limites : l’extension considérable des espaces à couvrir et le développement de
l’habitat spontané dans les banlieues, plongèrent littéralement dans l’œil du cyclone une
société de collecte devant assurer la propreté d’espaces dépourvus des essentielles voiries
bitumées structurantes. Officiellement combattu, l’habitat spontané, était pourtant toléré par
les pouvoirs publics et un parti au pouvoir cherchant s’attirer les faveurs d’un électorat
potentiel dans la perspective des élections présidentielles de 1983. Entre 1976 et 1988,
l’habitat planifié produit par les promoteurs publics et privés n’a pu couvrir que 7 % des
besoins globaux issus de la croissance démographique (PRECHT 2001, Op cité).

La SOADIP parvenait difficilement à assumer en aval les tares provenant de plusieurs


secteurs . Outre le fait de ne pas s’acquitter de taxes déchets, l’implantation informelle, que ce
soit pour les besoins de l’habitat ou des activités de production, favorisait la multiplication
des points d’insalubrité. Aux difficultés à lutter contre l’ensablement des voies de circulation
bitumées, on notait une gestion catastrophique de l’assainissement liquide (eaux usées
ménagères et des eaux pluviales) par la SONES et le ministère de l’Hydraulique, avec en
prime une multiplication des tranchées anarchiques effectuées notamment par la SENELEC,
1
l’OPT…sur le réseau routier, tranchées d’ailleurs souvent mal refermées . En somme, la
société recueillait quasi-exclusivement en aval, les effets induits par ce « tir groupé » ; elle
avait de plus en plus de mal à y faire face sans que les pouvoirs publics ne prennent des
mesures pour y remédier.

Les secteurs de l’assainissement liquide et solide ont toujours fonctionné en parallèle. Mais
à l’avantage de la SONES, les méthodes parallèles d’assainissement liquide dans les quartiers
défavorisés ont été pendant longtemps masquées par la relative rapidité de dilution dans la
nature (sol, mer…) des matières concernées (eau usées, eaux vannes...). Cette dernière
longtemps chargée des questions d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement
domestique (eaux vannes et eaux ménagères) n’aura presque jamais été inquiétée sur
l’ensemble des problèmes situés dans son rayon d’action, et qui se posèrent dans
l’agglomération dakaroise.

En revanche, pour les structures chargées de leur gestion, les déchets solides, de plus en
plus diversifiés, se retrouvaient systématiquement en bout de chaîne des processus finis (rejets
industriels, d’activités résidus accompagnant les eaux ménagères, résidus de curage des
caniveaux…) ; ils laisseront aucune marge d’erreur aux différentes sociétés ou organismes de
collecte qui vont se charger de leur collecte.

1
Toutefois un flou demeurait, concernant la prise en charge de certains aspects des déchets liquides et solides : pour les déchets liquides, la
SONEES, la Direction de l’Assainissement et le Ministère de l’Hydraulique et de l’Equipement et la Commune intervenaient dans la gestion
des égouts et autres caniveaux, alors que pour les déchets solides la SOADIP avait comme on l’a vu, avait la responsabilité du balayage des
artères de la capitale et de la collecte des déchets dans toute la ville hormis dans les zones OHLM, SICAP, les places publiques, gares,
marchés…gérés par la commune. Mais visiblement et sans surprise, la société avait toutes les peines du monde à accomplir ces missions
aussi bien pour la collecte des déchets que l’enlèvement du sable : de fréquentes opérations étaient en effet organisées pour désensabler les
rues en parallèle à la stabilisation des accotements de la voierie. Voir la lettre du chef du Service Régional des T.P signalant la nécessité de
leur bonne refermeture pour l’image esthétique. Lettres N° 247 du 27 mars 1980 et 237 du 25 mars 1980 portant l’objet : réfection des
traversées des chaussées.

211
Aux difficultés techniques internes (organisationnelles et financières), externes
(dynamique spatiale et contraintes urbaines) qui la tenaillaient, se greffaient des contraintes
d’ordre plus…politiques, qui à l’occasion remontaient en surface. Ses agents incorporés, ses
dirigeants (anciens dignitaires socialistes) sous la botte du puissant Ministère de l’Intérieur, la
SOADIP devait à l’instar des autres corporations se mettre totalement à la disposition du parti
au pouvoir. Mobilisables à souhait, les agents de la société ainsi qu’une bonne partie de la
logistique étaient « réquisitionnés » lors des grands messes du parti (congrès, meetings…),
des sorties officielles du secrétaire général –et non moins président de la république-
(meetings, visites à des responsables de coordination…), ou à l’occasion de la réception de
délégations officielles étrangères (visites officielles de Chefs d’Etats, conférences ou sommets
internationaux…). Durant ces évènements, la société se contentait alors de juste assurer un
1
service minimum .

C’est dans ce contexte qu’intervint la réforme territoriale de février 1983 qui créait au sein
du contour de la presqu’île du Cap-Vert deux communautés rurales Sangalkam et Sébikotane,
mais aussi six communes : Dakar, Gorée, Pikine, Guédiawaye, Rufisque et Bargny qui
s’uniront la même année pour créer la Communauté Urbaine de Dakar, alors que le décret du
19 octobre 1983 portera la création des trois départements Dakar, Pikine, Rufisque. Quelles
2
que furent les raisons ayant conduit à ce nouveau redécoupage , la nouvelle entité permit à la
ville de disposer d’un cadre juridique lui permettant de mieux s’organiser et de mieux assurer
et réaliser des projets d’intérêt commun et la gestion de certains services communautaires à
l’échelle de la région. En ligne de mire celui du nettoiement et de la gestion des déchets qui se
posait toujours avec autant d’acuité et dont désormais la CUD avait la charge d’assurer (en
régie ou par délégation) pour l’ensemble des communes, le bon fonctionnement sur la totalité
de la zone urbaine. Désormais, elle allait directement traiter avec les sociétés de collecte. Mais
on verra qu’en réalité les pouvoirs publics n’ont jamais cessé de faire le chèque aux sociétés
de nettoiement : en cause, le faible recouvrement des taxes et notamment de la TEOM, impôt
qui devait permettre la rémunération du service et la mise en œuvre des actions déchets dans
la ville.

La petite embellie sur le tableau des déchets sera à mettre sur le compte des Services du
Ministère de l’Equipement ; ils entreprirent en vertu de certaines de leurs prérogatives, la
construction de trottoirs et de plantation d’arbres en vue de stabiliser les accotements des
routes bitumées. Ces réalisations entrant en jeu dans la question de la prise en charge des
matières résiduaires de la ville, devait constituer une solution au problème de l’ensablement
des rues, et favoriser en même temps une meilleure évacuation des eaux de ruissellement.
Rappelons que les deux points (assainissement liquide et solide) étaient intimement liés. C’est
notamment le cas de la question du colmatage du réseau de collecte des eaux pluviales par les
ordures, et celle des sables évoquée plus tôt (participant d’ailleurs à ce colmatage) et qui
reviendra régulièrement sur les devants de la scène durant l’année 1983.

1
A l’époque il n’était pas rare de voir des camions de la SIAS remplis de militants, de sympathisants du Parti, ou d’agents de la SOADIP,
rallier les meetings, les points de visite des officiels du Ps ou encore les itinéraires des cortèges officiels de délégations étrangères. Il en était
de même de leurs collègues de la société de transport publique de l’époque la SOTRAC qui lors de tels « événements » étaient tout autant
mobilisés. Ces réquisitions créaient un tel déficit dans la desserte des quartiers et dans le service aux usagers que la population se tenait
informée des meeting du Parti au pouvoir pour prévoir ses déplacements. J’ai ainsi souvenir qu’avec mes frères il nous arrivait parfois de
prétexter un « meeting » du PS -source de pénurie de bus- pour expliquer notre retard à la maison alors que nous avions passé une ou deux
heures après la fin des cours à jouer au foot dans l’enceinte de notre établissement scolaire, le complexe Lycée-collège Lamine Guèye du
Plateau qui à l’époque s’appelait encore Van Vollenhoven.

2
Selon certains auteurs, la communauté lébou inquiète de se voir envahie sur ses terres par l’afflux de ruraux n’entendait point se laisser
mettre en minorité.

212
Quelques réunions spéciales et séances de travail entre différentes directions eurent en effet
lieu cette année ; elles étaient consacrées au problème du désensablement des artères de la
ville de Dakar. Cette note de la direction de l’Equipement justifie : « l’aménagement du
milieu urbain et périurbain dakarois concerne de multiples intervenants qui ont des objectifs
1
et des points de vue souvent différents ». Sans doute une manière de refuser d’endosser toute
la responsabilité des problèmes d’assainissement visibles que connaissait la ville et qui
appelaient hormis l’Equipement, l’intervention concomitante des services Communaux, de la
SONES, des services de l’Hydraulique et naturellement la SOADIP.

Toutefois, ces initiatives ne freineront pas la constitution de dépôts anarchiques de déchets


dans l’ensemble de la ville, prolifération due aux difficultés de la SOADIP. Parallèlement, la
pollution industrielle jusque là diffuse et très peu prise en compte dans la capitale s’affichait
désormais au grand jour, au détour de quelques points noirs. Hann voyait sa baie souillée par
les rejets d’industriels notamment d’hydrocarbures, alors que Mbeubeuss ainsi que les points
de rejet d’ordures ménagères étaient aussi touchés par le déversement de substances toxiques
ou dangereuses.

Les difficultés de la SOADIP étaient accentuées par une forte contestation sociale de ses
agents. Ses dirigeants devaient faire face à une grève des personnels de terrain, réclamant de
meilleures conditions de travail, ainsi qu’une reprise en main par l’autorité publique de la
2
situation de la collecte, dans une ville menacée par les ordures. MIGNON dans sa
contribution à la revue Tiers-Monde soulignait :

Les dakarois au cours de l’année 1984, sont préoccupés par l’accumulation


d’immondices dans les rues de leur ville. La SOADIP (Société Africaine de Diffusion
et de Promotion), entreprise à qui la Municipalité a confié l’évacuation des ordures,
est en déconfiture. Les grèves s’y sont succédé et le préfet a demandé aux chefs de
quartiers de créer des comités d’assainissement pour y pallier. Le quotidien national
officieux Le Soleil, répercute les mots d’ordre des opérations « coup de poing »,
Augias, qui se succèdent, avec des succès autant divers que brefs. Le Soleil reproduit
le propos d’un des grévistes de la SOADIP, demandant que l’on ne confonde pas les
caisses du Diaraf avec celle de la SOADIP. Le PDG de la SOADIP, ancien ministre
et personnalité influente, est le président de la puissante Fédération Sénégalaise de
Football, et d’un club de football dakarois, le Diaraf. Sans doute le gréviste fait-il
allusion à une tenue des comptes peu claire –surtout quand on sait que les services
de nettoiement étaient avant l’indépendance, un paravent pour financer des agents
électoraux (…).

Pour atténuer la situation catastrophique de la gestion globale des matières résiduaires


solides dans la ville, les pouvoirs publics organiseront des « interventions choc » pour
débarrasser Dakar et sa banlieue des ordures ménagères. Etaient aussi ciblés les disgracieux
encombrants tels que les carcasses de voitures, gravats et branchages. Comme par le passé,
chaque fois que la situation devenait critique pour l’image de la ville et présentait aussi des
risques sanitaires pour les populations, le Gouverneur de la région intervenait en urgence pour
« éteindre le feu » à grand renfort d’opérations AUGIAS comme celle qui a eu lieu du 26
juillet au 16 août 1983 ayant mobilisé une logistique considérable avec plus d’une quinzaine
de gros véhicules et plus de 300 personnes dont des détenus et des militaires.

1
Notes techniques sur les opérations en cours au SRTP du Cap-Vert 1983 13 p.
2
MIGNON J-M (1986), « Contrôle social et gestion urbaine à Dakar » In Revue Tiers-Monde, année 1986 vol 27 n° 105.. P 151-161.
213
Ces urgences-interventions, mobilisant des moyens logistiques considérables, et dont les
frais pouvaient monter à plus de 50 millions de FCFA de l’époque étaient symptomatiques de
la dégradation de la situation. Elles ont en effet toujours constitué les signes avant coureurs de
crises déchets : en même temps qu’elles soulageaient les populations et les artères, elles
trahissaient un effondrement quasi imminent de la structure en charge de la collecte des
déchets. Toutefois, ce type d’opération se renouvellera régulièrement notamment en 1985
sous l’appellation d’opération « Propreté de Dakar ».

Hormis leurs effets limités sur la question de la salubrité de la ville, elles entretenaient un
paradoxe aigu : tout en dénonçant l’existence d’une multitude d’acteurs dans la collecte et
l’évacuation des déchets, les pouvoirs publics recouraient à ces derniers (SOADIP, HLM,
SICAP, Armée, Commune…) durant ces opérations de grande envergure. La logique de
l’autorité publique face à la double contrainte d’un service défaillant, sera d’encourager la
mise en place dans les quartiers de comités d’assainissement regroupant les chefs de quartier,
les responsables politiques et certaines personnalités locales influentes. Ces choix se
poursuivront avec la sollicitation de l’investissement humain en matière de salubrité,
requérant l’implication matérielle des populations, initiative à laquelle ces derniers
n’adhéreront que timidement. Le principe reviendra quelques années plus tard sur les devants
de la scène rudologique par l’entremise du « set-sétal » dont on vu plus haut les motivations et
les manifestations.

Mais au vu de leur nature, la quasi-totalité des mesures prises restaient assez vagues et
superficielles, telle la quatorze qui stipulait : « la Commune de Dakar mettra en place une
réglementation appropriée et une police sanitaire pouvant servir immédiatement pour
appuyer l’action du service d’Hygiène. A ce propos, la gendarmerie et la police urbaine
1
apporteront leur concours ».

Le gouvernement se dirigeait lentement mais sûrement vers la liquidation de la SOADIP. Il


semble même que l’exécutif avait déjà dessiné l’ossature de la future société semi publique
devant remplacer la SOADIP : l’Etat et l’instance communale y détiendraient la majorité des
parts, le reste étant partagé entre les différents investisseurs. Cette hypothèse sera presque
confirmée, lorsque les pouvoirs publics notamment la CUD, ne s’acquittèrent plus
régulièrement durant l’année 1984, de la rémunération des prestations de la société ; elles
étaient de l’ordre de 900 000 000 millions de francs CFA par an. Ce blocage engendrera des
difficultés de trésorerie pour la SOADIP, empêchant aussi de renouvellement de son matériel.

La combinaison de l’ensemble de ces facteurs allait confirmer et accélérer la dégradation


irréversible du service de la société. Terrassée par une rapide et fulgurante croissance urbaine,
avec sa variante spontanée, intervenant dans un contexte de prolifération de niches
rudologiques alors que sa rémunération restait fixe, et enfin ruinée par un Etat mauvais
payeur, c’est dans une situation moribonde que la SOADIP fera les frais d’une lame de fond
politique.

1
Notes techniques sur les opérations en cours au SRTP du Cap-Vert 1983 13 p.
2
Il faut en effet reconnaître que d’un point de vue purement technique, son action a été tout de même ponctuée de résultats probants. WANE
O P47 nous apprend que de 1933 à 1957, les déchets collecté n’avaient progressé que de 126 tonnes en 24 ans soit en t et en % 5,25 an et 4
%, alors que de 1971 à 1977, il a été collecté 155 tonnes en plus (25,8t et 8 % an) en 6 ans soit autant qu’en 14 ans de 1957 à 1971 (soit
152t). De même, selon l’auteur, pendant la période 1980-1985 la quantité de déchets collectée s’est accrue de 46 tonnes par an, selon les
estimations du BCEOM (1978). Ce décollage du tonnage d’ordures ménagères collecté à partir de 1971 traduit moins un très fort
accroissement de la quantité des déchets produite qu’une amélioration de la collecte (avec les nouveaux moyens matériels et humains de la
SOADIP depuis 1971).

214
Après avoir démarré en trombe et assuré une collecte satisfaisante, la SOADIP n’a su
relever le défi déchets, cristallisant sur elle de multiples manquements. Assujettie aux
contraintes politiques, elle finira par être lâchée, sans avoir pu pérenniser l’expérience acquise
au bout de treize années d’une présence plutôt satisfaisante. On ne le savait peut-être pas
encore, mais la seconde période d’intervention d’opérateurs privés dans le secteur du
nettoiement, n’allait pas survivre à la liquidation de la SOADIP.

Comme s’y attendaient l’ensemble des acteurs de la filière, la société cessa ses activités en
1984. Sa liquidation plongera la ville dans une situation hygiénique préoccupante avec des
dépôts anarchiques d’ordures qui envahirent très rapidement ses artères, et des bennes
remplies d’ordures « en souffrance », dans la quasi-totalité des quartiers disposant de PAV.
Même la zone ouest, jusque là privilégiée dans la collecte, ainsi les territoires couverts par la
logistique de nettoiement de la SICAP et des HLM ne furent épargnés. Ils subissaient des
effets de « pique-assiette » lorsque les habitants des quartiers marginalisés allaient « profiter »
du service encore présent dans ces zones privilégiées.

Il faudra alors une intervention conjuguée, des départements Génie Civil et Transport de
l’armée sénégalaise, et des Services Techniques de la CUD pour que la ville ne sombra sous
les déchets. Malgré leur parachutage express, ils parviendront en effet, à limiter les dégâts et
éviter un désastre sanitaire.

L’habileté des pouvoirs publics aura été ici d’avoir anticipé l’inévitable dégradation du
service en cédant la gestion des déchets à une société qui s’est retrouvée avec un fardeau
dépassant largement ses capacités d’organisme de collecte et d’évacuation des déchets. Mais,
si le virage marqué par la seconde phase de privatisation du service de nettoiement et sa
concession à la SOADIP marqua une étape décisive, la liquidation de cette dernière devait
2
aussi signer la fin de la période d’« accumulation d’expertise » dans le secteur des déchets
solides, au moment où sa jumelle de l’assainissement liquide (avec la SONES), évoluait
sereinement sous la coupole protectrice de l’Etat.

Dans l’arène du nettoiement et de la propreté, rejaillissaient pêle-mêle :

- les limites conceptuelles des stratégies de gestion (réglementation floue du déchet,


cas problématique des zones non bitumées, question non clarifiée des résidus
sableux…)
- la forte distorsion entre l’accroissement urbain et les moyens consacrés au à la
prise en charge des rejets,
- les antagonismes partisans : guéguerre entre responsables de coordination par
ministères ou directions interposées (voir partie à suivre)

215
2.2 Exit la SOADIP…et entrée en scène de la SIAS.

Au sortir des élections présidentielles agitées de 1983 qui virent Abdou DIOUF reconduit,
le pays attendait beaucoup des promesses du président élu pour son vrai premier mandat. Pour
marquer le coup et avec le concours de l’aide française, les pouvoirs publics s’orientèrent vers
la redynamisation des secteurs de la réparation navale, de la production d’énergie électrique,
du transport ferroviaire et urbain à Dakar, mais aussi et surtout des hydrocarbures et de la
chimie ainsi que du tourisme. L’axe Mbao-Taïba étrenna ainsi son complexe des Industries
Chimiques du Sénégal (ICS) inauguré en 1984 et spécialisé dans l’exploitation des
phosphates, alors que le tourisme voyait ses activités dopées par la réalisation
d’infrastructures hôtelières sur la façade maritime, notamment sur la côte sud.

Mais, en dépit d’un contexte favorable qui voyait le pays se repositionner à l’international
avec la nomination du président Abdou DIOUF au poste de président de l’OUA en 1985,
Dakar miroir du pays parvenait difficilement à cacher les crises qui secouaient la
préoccupante et persistante question de l’insalubrité.

Malgré des résultats satisfaisants, les services techniques municipaux et l’armée, véritables
pompiers appelés en urgence pour éteindre le feu durant la transition, n’arrivaient pas à
rétablir l’équilibre hygiénique de la ville. Les pouvoirs publics se devaient de trouver une
solution durable…mais rapidement.

Sous cette pression, ou par absence de réelle volonté de « prendre le taureau par les
cornes », la SOADIP « enterrée », les autorités mettront très vite en orbite une nouvelle
société quasiment sur les mêmes bases que les précédentes, sans avoir au préalable cherché à
régler de manière claire et définitive quelques questions cruciales en prise avec celle des
déchets. C’était le cas de l’envahissement des chaussées par le sable, des niches rudologiques,
de l’extension des quartiers spontanés inaccessibles aux engins de collecte en mode
domiciliaire, du recouvrement déficitaire des taxes déchet, ou encore du « gros nœud » que
constituait l’exploitation non contrôlée de la décharge de Mbeubeuss. En y ajoutant le flou
persistant s’agissant de l’élimination des déchets dangereux de la ville, il n’y avait en
définitive, pas d’avancée majeure en matière de politique déchet, malgré l’adoption d’un
Code de l’Environnement intégrant aussi la question des matières résiduaires.
Dès 1985 et suite aux recommandations d’un groupe inter- ministériel, fut créée en express
une société d’économie mixte la : Société Industrielle d’Aménagement du Sénégal SIAS –
tout un programme-. La nouvelle structure se voyait ainsi presto illico chargée de gérer de
manière générique les mêmes services de balayage, de collecte et de mise en décharge des
déchets de l’agglomération sans que l’Etat ait redéfini comme on l’a dit un cadre plus
« rationnel » pour l’intervention de la structure privée.
Financièrement, la société semblait solide : ses capitaux d’un montant de 1,5 milliard de
FCFA, comprenaient une part prépondérante de l’Etat ou de certaines de ses structures : CUD,
HLM, SICAP, LONASE, Caisse de Sécurité Sociale (CSS). Les autres actionnaires étant des
1
sociétés parapubliques sénégalaises, des privés nationaux et la société française SITA auprès
de laquelle la SIAS avait passé une commande d’un montant de 2 milliards de FCFA.

1
La Société Industrielle de Transport Automobile (SITA) est une compagnie française spécialisée dans la fabrication de matériel et
d’’équipements pour la collecte, le transport et le traitement des ordures ménagères. Elle fourni aussi des prestations de service aux
collectivités mais aussi aux entreprises pour la prise en charge sur l’ensemble de la chaîne des matières résiduaires diverses. Cette société
semblait durant cette période présente dans nombre de pays d’Afrique de l’Ouest : pour le cas de Dakar elle travaillait en collaboration avec
la SIAS, alors qu’en Côte-d’Ivoire elle intervenait directement sous le nom de sa filiale SITAF de 1953 à 1990.

216
Une convention d’exploitation de service public fut passée entre la SIAS et la CUD pour
une durée de 5 ans renouvelable et une rémunération de 2,4 milliards de FCFA par an avec
pour missions : la collecte, l’évacuation et la destruction des OM, le balayage et le
désensablement de la voierie, l’entretien des vidoirs à eaux grasses et des deux stations de
transfert ainsi que l’exploitation de la décharge de Mbeubeuss. La collecte quotidienne des
OM en porte-à-porte était réalisée par benne tasseuse ou par camion entrepreneur concernant
les quartiers urbanisés de la CUD. Quant aux zones non-planifiées et difficiles d’accès, de
même que les marchés et autres places publiques, elles bénéficiaient de la collecte par
l’intermédiaire de conteneurs de 6m3, sanctionnant la reconduction de l’approche
différenciée. Par ailleurs, la SIAS était autorisée à proposer hors contrat CUD, des prestations
d’enlèvement de déchets aux gros producteurs de déchets (sociétés privées telles que les
hôtels et les industries, et institutions publiques telles que les hôpitaux et les stades), comme
le faisait auparavant la SOADIP.
Ayant le feu vert quant à sa politique de gestion des déchets, disposant d’une importante
flotte et d’équipements neufs d’un coût de 4,5 milliards de FCFA (provenant partiellement de
dons japonais et saoudiens d’un montant de 2,3 milliards), et libre de tout contrôle par les
services de la CUD, la SIAS avec une santé financière presque arrogante faisait office en
1
1987 de ces « entreprises-chouchous » de l’Etat. Pourtant, sur le terrain, la société de
nettoiement restait confrontée aux mêmes contraintes que ses prédécesseurs ; elle devait aussi
faire face à la question de la gestion de l’ensemble des contraintes structurelles influant
négativement sur l’exécution de ses missions de collecte et d’évacuation des déchets.

A l’instar de la mission qui fut confiée aux précédentes structures (Municipalité et


SOADIP qui finirent d’ailleurs par jeter l’éponge), l’ampleur de la tâche qui incombait à la
SIAS était énorme même si elle semblait présenter des compétences et être dans les
dispositions matérielles pour l’assumer (voir annexes 3). Ces dernières étaient directement
liées à la démographie galopante, mais surtout aux implantations irrégulières notamment dans
les zones insalubres, que les pouvoirs publics ont tenté comme par le passé de juguler le
déficit en logements en créant notamment en 1987 le Bureau d’Assistance à l’Habitat Social
2
(BAHSO) .
Cette structure fonctionnait d'une part sur des fonds alloués par le Fonds pour
l’Amélioration de l’Habitat et d’Urbanisme et d'autre part avec le Centre des Nations Unies
pour l’Etablissements humains (CNUEH) et la coopération technique allemande qui permettra
d’ailleurs de mettre en place le Programme de Restructuration et de Régularisation Foncière,
dont les premières interventions concerneront une partie de Dalifort, Wakhinane, Sam Sam 1
et 2, Médina, Fass Mbao. Cela dit cette approche développée partiellement, n’entravera en
rien la prolifération et le développement des quartiers d’habitat spontané ; d’ailleurs le secteur
de Dalifort-Foirail qui viendra s’y greffer reste lui en proie à ce développement irrégulier avec
entre autres conséquences une inondation régulière durant la saison des pluies.

1
A cette époque, le gouvernement menant une politique d’austérité économique n’hésita pas à s’affranchir des compromissions sociales
découlant du fameux « masla » sénégalais (arrangement en complaisance) et faisait voter une loi de privatisation (en juillet 1987) cédant
nombre d’entreprises au secteur privé. En vertu de cette loi, parmi les cent cinquante (150) entreprises publiques et parapubliques, seules
devaient rester sous contrôle de l'État les entreprises des secteurs stratégiques (eau, énergie, mines), de la communication
(télécommunications et radiodiffusion) et de la culture. Le secteur industriel privé frappé de plein fouet par le déclin, les villes secondaires
comme Rufisque redevenue Commune avec sa voisine Bargny à la faveur de la réforme administrative de 1983 perdait une partie de ses
joyaux : Bata et Valdafrique ferment alors que la SOCOCIM et ICOTAF parviennent difficilement à juguler la crise. Cette période coïncida
avec l’une des crises sociales les plus sérieuses que connurent le pays avec la radiation du corps de 6265 agents des forces de police qui
osèrent se mettre en grève pour soutenir deux de leurs collègues sanctionnés pour faute grave.
2
Cet organisme avait pour mission d’assister les collectivités (coopératives, associations) dans l’exécution de leur projets, de contribuer à
l’augmentation de la production de logements économiques pour faire face à une demande sans cesse croissante, de renforcer l’amélioration
de l’habitat et la réalisation d’infrastructures socio- communautaires dans les zones rurales et de faciliter l’accès aux crédits bancaires aux
populations les plus démunies par l’intervention d’un fonds roulant…
217
Hormis la question des zones d’habitat spontané, l’une des premières réalités auxquelles
devra se confronter la nouvelle société sera celle de la prise en charge du sable-ordure. La
question de la présence des sables dans les principales artères de la ville et les modalités de
leur enlèvement était en effet très vite revenue sur les devants de la scène, se posant avec
acuité dés 1986, et la société de se retrouver dépassée par son ampleur et sa complexité. Si
cette situation a pourtant toujours été abordée par différents démembrements de
l’administration, elles ont chacune à défaut d’un consensus dans les actions, agir de manière
sectorielle ou se contenter de se rejeter la responsabilité de la situation. Quelques
correspondances entre services et directions étatiques permettent de mesurer durant cette
période les dissonances en la matière. Ainsi, en date du 18 avril 1986, le Chef de Service
Régional des Travaux Publics de Dakar Mr Aliou NIANG envoya un courrier à Mr le
Gouverneur de la région de Dakar avec pour objet le Balayage des rues et l’assainissement du
réseau routier :

Le ministre de l’équipement a entamé depuis quelques années un programme de


construction de trottoirs sur le réseau classé afin d’essayer d’endiguer le phénomène
d’ensablement des rues. J’ai eu à signaler dans de précédentes lettres qu’une fois les
trottoirs stabilisés, il revient aux services communaux chargés du balayage des rues
de continuer l’opération de lutte contre l’ensablement en faisant balayer de façon
systématique et quotidiennement le fil d’eau et les trottoirs afin d’éviter une
accumulation progressive du sable. Ceci se fait en partie sur l’Avenue Bourguiba
mais ce n’est pas le cas sur la rue 13 des HLM, la rocade Fann-Bel Air, sur le
tronçon de Bourguiba allant de la rue 13 au carrefour du Front de Terre, sur la
corniche Est. Vous voudrez bien inviter la SIAS à remédier à une telle situation en se
1
conformant aux prescriptions spéciales pour le nettoiement de la CUD .

Quant aux services techniques de la ville, pour ne pas se voir accusés d’inertie dans leur
rôle dans la lutte contre l’insalubrité, ils procédaient au décolmatage des grilles avaloirs à titre
de participation dans la lutte contre les sables de la discorde. Sur un plan plus général ils
participaient aussi au déguerpissement des cantines et autres baraquements irréguliers, alors
que la SONES assurait de son côté le curage des réseaux d’égouts et d’évacuation des eaux
pluviales enterrés.

Les élections de février 1988 intervenaient au moment où le Programme d’Ajustement à


Moyen et Long Terme (PELT) couvrant la décennie 1982-1992, était entré dans sa troisième
année d’exécution après les programmes de stabilisation de 1979 et le programme de
redressement financier 1980-1984. Ces joutes présidentielles verront à nouveau la victoire du
leader socialiste Abdou DIOUF, victoire d’ailleurs violement contestée par une opposition
dirigée par Wade.

Le plus ancien adversaire au régime socialiste, était cette fois-ci largement soutenu par les
classes moyennes mais aussi fait nouveau, quasiment adulé par une bonne partie de la
jeunesse des banlieues, remontée contre le pouvoir en place. L’atmosphère insurrectionnelle
qui résultera de cette contestation, sera aggravée par des émeutes puis une paralysie du
système scolaire et universitaire du fait d’une longue grève qui se ponctua par une « année
blanche ». Comme c’est souvent le cas lors de contestations populaires, poubelles et ordures
furent incendiées sur le domaine public pour ériger des barricades, alors qu’aux « bruits de
bottes », succéda l’Etat d’Urgence, qui fini par être décrété à Dakar.

1
Lettre n°134/ ME/DGTP/SRTPD du 18-04-1986 du Chef du SRTPD Monsieur Aliou NIANG au Gouverneur de la Région de Dakar.
Objet : Balayage des rues et assainissement du réseau routier.

218
Cette situation de tension et de pression sécuritaire obligea les jeunes frondeurs à battre en
retraite ; on retrouvait parmi eux, ces groupes qui au plus fort de la crise furent qualifiés de
« jeunesse malsaine ». La ville sous le contrôle, ces jeunes s’orientèrent vers les mouvements
1
associatifs (ASC), qui après le désormais classique phénomène « Navétanes »,
réinvestissaient la rue de manière plus stratégique ; désormais ils s’impliquaient dans la
propreté de leurs quartiers à travers le « set-sétal ». Mais la manœuvre n’était pas anodine : la
méthode, plus politiquement correcte de dénoncer la prolifération des ordures dans la ville,
signait aussi les débuts d’un processus d’arraisonnement spatial du domaine public. Si la
scène rudologique semblait alors connaître élan « populaire » avec l’implication des jeunes,
ces derniers qui n’avaient pas encore dit leur dernier mot dans le face à face précédent avec le
pouvoir contesté, entendaient bien profiter de cette opportunité pour réitérer leurs griefs à
l’autorité publique. Une bonne partie du dessein des acteurs du set-sétal était en réalité de
marquer leur territoire en s’attaquant à quelques symboles du pouvoir. Ces faits seront
confirmés plus tard par l’instauration de l’ordre moral dans les quartiers (débits de boissons et
bars saccagés dans tous les coins de l’agglomération, chasse aux prostituées…), puis avec le
très déroutant Tilim-Tilimeul.

Si la tension était palpable partout, ce sont néanmoins les quartiers populaires de la grande
banlieue nord qui semblaient le plus souffrir de ce climat social délétère, qui aggravait les
préoccupations sociales quotidiennes des populations. L’onde de choc de la crise politique, se
ressentait sur le fonctionnement de certains services publics de proximité. Représentant
l’autorité républicaine, les équipements et les services tels que les transports en communs
officiels (SOTRAC) étaient saccagés. Fréquemment vandalisées, les bennes de collecte de la
SIAS, étaient consignées dans les dépôts de Pikine et Bel-Air ; un service minimum de
collecte des déchets était assuré pour le Plateau et les quartiers résidentiels de la ville,
quadrillés par les forces de l’ordre.

Les habitants-contestataires des quartiers pauvres exaspérés par la négligence ciblée dont
ils estimaient faire l’objet de la part des pouvoirs publics, mettaient alors en place des
mécanismes alternatifs pour la collecte, l’élimination des déchets ménagers. Les réponses
palliatives concernaient déjà l’évacuation des eaux vannes ou ménagères (moins exigeants en
technologie dans l’approche locale), même si les procédés n’étaient pas toujours convenables.
Rappelons d’ailleurs que dans ces quartiers traditionnellement laissés pour compte, les
populations avaient depuis longtemps recours à des stratégies d’autogestion. Et dans les cas
où ce volontarisme se trouvait freiné car se heurtant à des questions relevant de réalisations
urbaines de grande ampleur (assainissement collectif) nécessitant obligatoirement
l’intervention technique des pouvoirs publics, les populations n’hésitaient pas à mettre en
2
branle l’épouvantail électoral pour arriver à leurs fins . Par l’entregent des lobbies politiques
locaux ainsi « sensibilisés », ces derniers activaient à leur tour leurs réseaux pour faire
bénéficier à leurs bases quelques raccourcis pour la construction d’infrastructures.

1
Il s’agit de joutes sportives réunissant durant les vacances scolaires les équipes de football issues de chaque quartier de la ville. Ces
championnats populaires suscitent un tel engouement qu’ils volaient la vedette au championnat de football officiel en terme de fréquentation
des stades et d’implication des populations des quartiers.

2
Pendant longtemps pour les milieux populaires et associatifs l’implication notamment financière pour la réalisation d’infrastructures
sociales communautaires ciblait davantage des réalisations à haute portée symbolique (centres de santé, écoles, salles de classes) c’est
notamment le cas dans les campagnes où par exemple l’option de mobiliser des fonds privés pour la construction d’un centre de santé sera
naturellement moins exigeante que celle de construire « une route de désenclavement » qui même si elle peut avoir davantage de portée reste
tout de même hors de portée. Pour le cas des banlieues de l’agglomération dakaroise, dans leur recours au système d’assainissement
alternatif les populations suivront un parcours individualisé tant que la question peut être traitée comme telle, d’où l’existence de méthodes
multiples dans la pratique.

219
Pour les populations, la grande nouveauté en matière d’hygiène, découlait d’une attitude
punitive des pouvoirs publics : elle les obligeait dans la mise en œuvre des pratiques
alternatives d’assainissement et de gestion des matières résiduaires solides, à progressivement
passer à monter un cran au dessus.

De préoccupations de salubrité de base ciblant la collecte et l’élimination des ordures


(rejets, enfouissement et incinération isolés), les habitants de certains quartiers spontanés de
Pikine, passeront à la vitesse supérieure. Lasses d’attendre une hypothétique réponse d’en
haut, les occupants des marécages de Pikine-Yeumbeul, pratiqueront l’urbanisme
opérationnel de survie. Redéfinition et remodelage des espaces, actions jusque là réservées
aux compétents techniciens de l’administration, furent alors à l’ordre du jour : on sauve des
maisons de l’eau, on trace des sentiers de gravats en longeant les murs dans les ruelles
inondées, on procède à un remblaiement en masse des « cuvettes de vie ». Nietty Mbar verra
quelques unes de ses zones dépressionnaires bénéficier d’un comblement informel à base
d’ordures ; l’objectif est de limiter les effets des inondations auxquelles la zone est sujette,
mais aussi de permettre à de nouveaux migrants de s’installer sur ces badlands foncières de la
1
région .

D’autres contraintes étaient aussi régulièrement soulignées par certains démembrements de


l’Etat. Quelques téméraires du service de l’Equipement se signaleront même en insistant sur
les limites du réseau d’assainissement pluvial entraînant régulièrement l’inondation en
période de pluies des secteurs de Pikine, de la rocade reliant Fann à Bel-Air mais aussi de la
Route de Grand-Yoff. Ils déploraient aussi l’ensablement et les dégradations de la chaussée
qui finissent par boucher les grilles avaloirs, ensablement du à l’environnement sablonneux
des routes et du terrain naturel.

Si ses prérogatives autorisaient en principe ce ministère à des actions d’assainissement,


c’est en connaissance de cause, que certains techniciens préconisaient outre la multiplication
des branchements à l’égout et l’entretien régulier du réseau par la SONES, des actions ou
réalisations impliquant les déchets solides. Certains responsables avaient déjà compris la
nécessité d’une gestion complémentaire entre les secteurs de l’assainissement liquide et
solide. Forts de cela, ils tenteront timidement de fédérer les compétences entre les diverses
structures intervenants (TP, CUD, SONES, SIAS) notamment sur la stagnation des eaux
pluviales et des eaux ménagères, l’ensablement des routes, l’ouverture de tranchées pour la
pose et la dépose de conduites diverses, l’occupation abusive et irrégulière des trottoirs et
accotements.

Parfois complémentarité semblait aussi rimer avec excès de zèle. Les recommandations
pour la mise en place en quantité suffisante de containers destinés à recevoir les OM et la
mise en œuvre d’une opération « poubelle individuelle » témoignaient de la volonté de
responsables de l’Equipement, de marcher sur les plates-bandes de leurs collègues de
l’Environnement. A moins qu’ils n’aient eu en ligne de mire, la juteuse et très politisée
direction de la SIAS.

1
Ces quartiers de néo-citadins n’auront d’ailleurs de cesse de dénoncer leur abandon par les pouvoirs publics qui sentaient tout de même le
mécontentement monter dans cette banlieue forte de près d’un million d’âmes dont un tiers d’électeurs potentiels pour les joutes municipales
de 1996. D’ailleurs, l’Etat semblait soucieux de leurs préoccupations en mettant notamment en circulation le Petit Train Bleu pour soulager
la banlieue de ses tracas en matière de transport, même si la réalisation relevait officiellement des politiques de planification de la mobilité
urbaine.

220
Carte 17. Situation de la collecte des O.M du nettoiement de Dakar à la fin des années 80. L’Organisme
Intervenant SIAS. Zones couvertes, taux de collecte, équipements spécifiques : stations de reprises, et
décharge Mbeubeuss. Développement de la collecte hippomobile dans les banlieues. Zones concernées par
le remblaiement avec les ordures.

Chargée aussi durant cette période et selon les termes du contrat, du balayage et du
désensablement de la voierie, la direction de la SIAS avait donné pour consigne à ses agents,
de tant bien que mal de s’acquitter de cette mission sur les grands axes de la ville. Hormis le
noyau initial (Place de l’Indépendance, Sarraut..) pour le Plateau, Gorée qui bénéficiait d’un
service de balayage des rues et de collecte des ordures, assuré par 7 employés de la SIAS et 3
agents municipaux (qui jetaient directement les ordures à la mer), les grandes artères de
Bourguiba, de Fann etc. bénéficiaient de cette collecte. A l’extérieur du département de
Dakar, seules les trois nervures de Pikine régulier, la Route des Niayes pour Guédiawaye et
Route Nationale pour Rufisque étaient concernés, et pour cause…

221
Après seulement quatre années d’existence, la SIAS présentait des signes d’essoufflement.
La société de nettoiement avait des difficultés techniques à atteindre le premier et plus
important objectif fixé dans le cadre du contrat de prestation de service : la collecte des
ordures. N’ayant pas pu étendre la collecte à l’ensemble de l’agglomération, elle n’arrivait pas
non plus à assurer la prérogative balayage et le désensablement des rues. Hormis la question
des niches, elle devait aussi s’impliquer dans d’autres problématiques connexes : la délicate
question multi sectorielle de l’envahissement des artères des routes bitumées, celle de la
desserte des quartiers irrégulier, question relevant d’une politique d’aménagement global,
celle de l’élimination des eaux usées des populations à travers l’entretien des vidoirs.

Dans un courrier datant du 07 novembre 1988, et adressé au Président Du Conseil


d’Administration de la SIAS (n° 03744 du 07 novembre 1988) le ministre de l’Equipement
interpellait les responsables de la société sur l’utilisation de deux camions balayeurs-suceurs
empruntés au Ministère de l’équipement depuis prés d’un an. Cette dernière tardant à le
rendre, le ministre de proposer :

« Ce matériel destiné au désensablement des rues est bien adapté aux activités
de votre société. Cependant ces camions faisant partie du patrimoine de la DGTP,
il conviendrait de régulariser leur situation. A cet effet, compte tenu du fait que
leur utilité par mes services est limitée, je vous propose l’échange de ce matériel
contre les camions bennes dont le besoin est plus important pour nous en raison
de nos contraintes pour cette catégorie de matériel rendu plus que nécessaire à
l’entretien de notre patrimoine routier très dégradé du fait des fortes pluies de
cette année. Le coût d’achat des camions balayeurs suceurs, année 1986 se
montait à 33 358 000 FCFA hors douanes, hors taxes par camion, soit pour les
deux 66 716 000 FCFA hors douanes. Le coût d’acquisition pour la même période
d’un camion benne type GRL 190 s’élevait à 15 554 000 FCFA hors douanes, hors
taxes. Ainsi, compte tenu de ces coûts pour les deux camions balayeurs suceurs, il
faudrait remettre à mes services 4 camions bennes type GRL 190. Je vous prie de
bien vouloir examiner ces propositions avec intérêt et faire connaître votre avis
1
dans les meilleurs délais possibles » .

Cet épisode illustre la double strangulation à laquelle était soumise la SIAS à l’image de sa
précédente la SOADIP.

La société n’avait pas encore fait ses preuves et démontré ses capacités à assurer gageure-
mission de collecte et d’évacuation des déchets ménagers solides. Malgré la logistique
déployée, elle devait elle aussi faire face elle aussi à une recrudescence de l’habitat spontané
avec une généralisation dans la banlieue des méthodes alternatives d’élimination des déchets,
dont la variante dépôts anarchiques était la plus répandue.

1
Mais la SIAS traînant les pieds, le 24 juin 1989 dans la lettre n° 02029, le même ministre enverra une correspondance au Ministre d’Etat
secrétaire général de la présidence de la République avec pour objet « Utilisation par la SIAS de deux camions balayeurs suceurs appartenant
au Ministère de l’Equipement », lui demandant d’intervenir pour trouver une solution à cette affaire. Finalement, le 07 août 1989, le PCA de
la SIAS accédait enfin à la requête du Ministre de l’Equipement, en procédant à la substitution du matériel selon les termes évoqués plus
haut. On voit donc que ce sont les services de la présidence qui ont débloqué la situation, poussant le PCA de la SIAS Babacar Néné Mbaye
à finalement vaincre ses réticences. Il faut dire qu’entretemps, son ministre de tutelle et non moins protecteur André Sonko (Intérieur) s’était
vu sévèrement remontré par le tout puissant secrétaire général de la présidence Jean Collin.

222
Mais, la dimension politique de la question au sein même de la société, suggérait de
maintenir à tout prix une situation satisfaisante dans les quartiers déjà privilégiés, vitrines
esthétiques de la ville. En parallèle, la détérioration de la situation dans les zones
marginalisées frôlait au mieux l’indifférence ; d’aucuns ont même évoqué une vendetta
politique.

La production de déchets tournant entre 373.800 et 413800 tonnes de résidus par an, seuls
quelques quartiers de la capitale bénéficiaient encore de ce privilège d’une collecte officielle :
il s’agissait en général des axes les plus fréquentés et les plus exposés médiatiquement dans le
Plateau. Pour réduire le coût du service, la société jugea préférable de s’affranchir des stations
de transfert et de faire vider directement ses BOM à la décharge de Mbeubeuss.

L’intervention des charrettes à traction animale dans la totalité des quartiers de la capitale,
était révélatrice de la dégradation générale de la situation. Au départ localisés dans la grande
banlieue Nord, ces services parallèles déchets intervenaient dans les quartiers populaires de la
proche banlieue Médina, Rebeuss, Colobane, Gueule-Tapée qui disposaient pourtant d’une
voierie bitumée. Même le Plateau, Fann-mermoz ou encore Liberté ou Dieuppeul zones de la
capitale, accessibles aux véhicules de collecte et traditionnellement favorisées par la SIAS
n’étaient plus couvertes par les tournées domiciliaires, entraînant l’essaimage de poubelles le
long des routes et des trottoirs attendant désespérément d’être vidées.

On retrouvait même situation dans la banlieue : à Pikine, la collecte domiciliaire devant


couvrir traditionnellement les grandes artères Tally ICOTAF, Tally Boubess, Tally Boumack,
Rue 10 et Route des Niayes était devenue aléatoire. A Guédiawaye (qui rappelons le était
encore rattaché à Pikine), seule la Route des Niayes et la Corniche desservant Golf, HAMO
étaient empruntés par les véhicules de la SIAS.

Les timides réponses expérimentées pour les zones défavorisées, se limitaient à des
tentatives de « désenclavement rudologique ». Il y’avait notamment la mise en place de
systèmes de pré collecte des déchets par l’intermédiaire de charrettes à traction animale, qui
récupéraient les déchets des zones inaccessibles, avant de les transborder dans les conteneurs
mis en place par la SIAS pour la collecte groupée. Ces expériences de pré-collecte seront
même par la suite, sublimées comme étant le chaînon qui manquait dans la politique de la
société de collecte pour les quartiers non bitumés. Quelle que soit leur « choix » (dépôt direct
dans les PAV ou par l’intermédiaire des charretiers), populations et structure de collecte
devaient en effet trouver leur compte dans cette approche qui devait aussi aider à mettre un
terme à la prolifération des dépôts anarchiques.

La démarche sera alors soutenue et encouragée par quelques organisations non


gouvernementales ; ENDA initia des stratégies de collecte alternative des déchets dans les
zones non accessibles aux camions de collecte, notamment dans les quartiers irréguliers de
Rufisque. L’ONG pris même le parti d’aller plus loin en s’intéressant aux étapes valorisation
(avant élimination) en mettant en place des stations artisanales de compostage des déchets,
mais dont la commercialisation fut un échec.

Les réalisations immobilières comme la ZAC de Mbao et les nouveaux lotissements


implantés dans la banlieue Nord et nord-est de l’agglomération disposaient de systèmes de
branchement au tout à l’égout et de quelques équipements collectifs. Mais elles seront
néanmoins exclues de la collecte officielle des déchets du fait de l’extension linéaire de la
ville très peu prise en compte dans la planification des sociétés de collecte. Situées en bout de
chaîne dans le réseau de prise en charge, elles ne pouvaient dés lors bénéficier, que des
stratégies différenciées.

223
Introduites dans nombre de quartiers de populaires de Dakar, Pikine, Rufisque,
Guédiawaye et Bargny, cette prise en charge différenciée présentait nombre de limites dont la
principale était l’irrégularité de l’enlèvement des conteneurs une fois remplis ; ces retards
transformaient ces points de convergence en dépôts anarchiques, qui venaient s’ajouter à ceux
qui essaimaient dans la ville. Les expériences ont partout tourné court du fait de conteneurs de
la SIAS qui soit n’étaient pas vidés ou remplacés, soit étaient définitivement enlevés. Les
charretiers opérant désormais pour leur propre compte et multipliaient les dépôts anarchiques.

L’existence de pratiques officielles d’assainissement à deux vitesses et reposant sur des


inégalités, était connue. Certains officiels tiraient même parfois la sonnette d’alarme, comme
le Ministère du Plan et de la Coopération qui signalait déjà en 1989 dans un rapport :

« Les tendances observées sur les plans économique, démographique et social


indiquent les risques de voir se réaliser une coupure dans la société sénégalaise entre
une fraction aisée installée dans les zones d’habitat planifié et exigeante du point de
vue des conditions de salubrité, et une fraction établie dans les zones d’habitat
spontané peu équipées pour assurer le maintient des conditions d’hygiène minimales.
Cette perspective résultant de la continuation des tendances actuelles est inquiétante
car elle renforcerait la spatialisation des problèmes de pollution urbaine au moment
où l’urbanisation profiterait d’abord du point de vue des effectifs à l’habitat
spontané ». Plus loin, le rapport poursuivait : « les solutions actuellement
utilisées (décharges non contrôlées pour les ordures, évacuation en mer ou dans les
dépressions péri –urbaines pour les eaux) seront difficilement compatibles avec
l’augmentation considérable des déchets, au moins un doublement des volumes est
prévu pour la fin du siècle, consécutive à l’urbanisation et à la conservation des
1
conditions minimales d’hygiène ».

2
L’année 1990 marquait le retour « d’exil politique » d’Abdoulaye WADE . Elle verra aussi
une étape de plus dans le processus de remodelage de la région de Dakar, qui passait de trois
3
communes (Dakar, Rufisque et Pikine), à cinq entités . Ce redécoupage territorial coïncidait
avec la détérioration de la situation du nettoiement à Dakar en pleine période de tourmente de
la SIAS. En plus du discrédit qu’elle suscitait chez les populations du fait des
dysfonctionnements dans ses prestations, la SIAS commençait à être sérieusement dépassée
par la situation même au sein des zones traditionnellement privilégiées. Dakar croulait en
effet sous la saleté alors que la CUD était impuissante à faire respecter à la société
concessionnaire les termes du contrat portant sur la collecte, l’évacuation, l’élimination des
OM, le balayage et le désensablement de la voierie, l’entretien des vidoirs à eaux grasses
ainsi que l’exploitation de la décharge de Mbeubeuss. Mais, ni l’équipe du cabinet de Wade,
ni les services du Ministère de l’Environnement ne seront alors impliqués dans la résolution
de la crise entre la SIAS et les services de la CUD. De plus, malgré ses résultats désastreux, la
société continuait à percevoir sa rémunération de 2,4 milliards par an, représentant 40 % du
budget de la CUD, alors que cette dernière ne rentrait que le quart de cette somme à titre de
taxe pour l’enlèvement des ordures ménagères.

1
Ministère du Plan et de la Coopération. Etude prospective Sénégal 2015 juillet 1989. 150 p+ annexes P72.
2
Jusque là farouche opposant au régime socialiste, il consentira par « concession » à faire son entrée au Gouvernement socialiste d’Abdou
Diouf. Il occupera le poste de Vice-Premier Ministre sans toutefois avoir de portefeuille et les mains libres pour mener quelque politique
gouvernementale.
3
Mais cette transformation serait principalement la fait de la pression exercée par les autochtones lébous « craignant d’être supplantés
politiquement sur la presqu’île du Cap-Vert du fait de l’hypertrophie de Pikine qui s’était essentiellement peuplée d’allogènes. Ainsi, trois
communes sont désormais gérées par les autochtones en position majoritaire (Dakar, Rufisque et Bargny, et deux le sont par des
allogènes ». MAINET. Guy (1997), Création et volonté urbaines à la base : le cas du Sénégal. In Petites et Moyennes Villes d’Afrique
Noire. p115-123. 323 p 1997).

224
Malgré tous ces manquements, une nouvelle convention sera signée le 05 septembre 1991
entre la CUD et la SIAS. Elle stipulait la mise en place de réunions hebdomadaires entre les
techniciens de la SIAS, des communes et de la CUD, réunions devant permettre de davantage
de contrôler des prestations de la société par les services de la CUD. La SIAS sembla un
moment « jouer franc jeu », en mettant à disposition de la CUD des documents sur les circuits
de collecte, les routages…, mais six mois à peine après la validation de la nouvelle
convention, les difficultés reprirent de plus belle.

Les ordures débordant partout, le mécontentement des populations allait crescendo. Dans
les quartiers de la frange occidentale, peu habituée à un tel désœuvrement hygiénique, cette
situation poussait des habitants excédés, à entraver la circulation sur les principaux axes
routiers bitumés avec des dépôts d’ordures. Leurs actions appelées à l’époque tilim-tilimeul
donneront plus tard naissance aux rejets dénommés contestataires. Cherchant à attirer
l’attention des pouvoirs publics sur leur sort, ces mécontents du service public de nettoiement
seront très vite rejoints par quelques groupes (opposants, rivaux politiques…) cherchant à
instrumentaliser la crise des déchets. Fait inédit, dans les marchés et souks, les commerçants
exaspérés par l’indifférence des autorités devant tant de containers d’ordures non vidés,
refuseront en représailles de s’acquitter de leurs taxes.
Les insuffisances constatées dans l’exécution du contrat entraînèrent des pénalités estimées
en 1992 à plus d’un milliard de FCFA, sans que paradoxalement, le Ministère de tutelle, celui
de l’Environnement n’ait eu « son mot à dire ». Inquiet des conséquences d’une telle situation
qui semblait perdurer, le Maire de la ville de Dakar -et président de la CUD- Mamadou Diop,
suggéra l’utilisation des pénalités dues par la SIAS pour faire collecter et évacuer les déchets
par des privés. Il précisait : afin d’éviter des soulèvements populaires il est indispensable à
1
court terme de restructurer cette société et de l’équiper en conséquence . Mais bénéficiant
d’une puissante couverture dans les plus hautes sphères de l’Etat moyennant quelques
« largesses » qu’elle fournissait, la SIAS semblait au dessus de toute sanction. Il est fort
probable que les fonds de la société aient servis à financer les lobbies politiques, ainsi que le
Parti au pouvoir.

La société était en effet placée sous l’aile protectrice du stratégique et tout-puissant


Secrétaire Général de la Présidence Jean Collin, par ailleurs dignitaire et responsable politique
dans le parti au pouvoir. Plus tard, elle sera sous tutelle du Ministère de l’Intérieur, avec à
l’époque à sa tête Madieng Kheury Dieng, et plus tard Djibo Kâ (entre 1993 et 1995).
Responsables au sein du PS, ils étaient alors en compétition avec Mamadou DIOP, alors
Maire de la Commune de Dakar, influent responsable dans le même parti, et surtout gérant la
grosse machine administrative et financière que constituait la CUD. La société était belle et
bien sous la coupe du Parti-Etat. Toutefois, deux postulants à des responsabilités au sein du
PS, se livraient aussi par appareil interposé une guerre farouche qui descendait alors sur le
stratégique terrain de la propreté. Sans doute les partisans du ministre de l’intérieur n’étaient
pas bien mécontents de voir « DIOP le Maire » en mauvaise posture, discrédité et sanctionné
pour sa gestion calamiteuse des déchets dans la vitrine qu’est Dakar.

Un effort particulier sera consenti par les autorités gouvernementales et les services de la
SIAS, afin de rendre la capitale sénégalaise présentable. La ville connu un répit durant la
tenue du 28° sommet de l’OUA en 1992, et celle de l’Organisation de la Conférence
Islamique (OCI) en 1993. Mais l’accalmie sera de courte durée, et Dakar de devoir à nouveau
affronter ses vieux démons déchets.

1
Lettre n° 00-002 du 18 juin 1992 du Président de la Communauté Urbaine de Dakar Monsieur Mamadou DIOP adressée au Ministre de
l’Intérieur Monsieur Madieng Khary DIENG. Objet : Situation de la collecte des ordures ménagères à Dakar.

225
Devant l’aggravation de la situation, la réponse de la CUD face aux manquements de la
SIAS arrivera alors sous forme d’une autre… concession-reculade. Elle décidera en effet
d’allouer à la société de collecte dés le début de ses difficultés en 1991, une « cagnotte »
1
supplémentaire de 30 millions de francs mensuels , tout en assurant ses arrières.
Parallèlement à cette rallonge financière, elle confiait en effet pour 100 millions de FCFA à
une autre entreprise privée, la Société Sénégalaise d’Environnement (SSE), la mission
d’éradication des différents dépôts anarchiques qui commençaient à champignonner dans la
ville. Cette prolifération portait davantage préjudice à l’image de l’autorité municipale, qui se
voyait accusée d’être incapable d’assurer la propreté de la capitale. Dés lors, ce
fonctionnement en doublon ne cessera de se développer les années suivantes avec
l’intervention dés mars 1993 du Regroupement des Transporteurs de Bennes du Sénégal
(RTBS) qui investit opportunément cet alléchant secteur des déchets.
Entretemps, les associations de jeunes, par le biais de la légitimité acquise à l’aube de la
mouvance Set-setal des années 1989-1990, gagnaient aussi des galons dans le milieu. Elles
faisaient leur entrée officielle dans ce créneau déchets, en fournissant à travers la
Coordination des Associations et Mouvements de la CUD (CAMCUD), une main d’œuvre
bon marché pour la collecte des déchets.

Alors que la SIAS ne tournait presque plus, les pouvoirs publics virent « d’un bon œil »
l’implication des populations dans la résorption des dépôts anarchiques alors que par cet
artifice des "set-sétaliens" visaient d’autres objectifs. Définissant des limites spatiales avec
des pneus enterrés et de la peinture, imposant des itinéraires aux bus et aux automobiles, ils
dédièrent unilatéralement certains espaces des quartiers aux sports aux loisirs, et parvinrent
même à travers les déchets à opérer un véritable tour de force en accaparant la rue. Il n’était
pas rare que ces jeunes fassent la police avec parfois quelques débordements tels le
déguerpissement d’indésirables, le rançonnement d’automobilistes, passants ou commerçants
ou la fermeture d’endroits jugés moralement dépravants tels les bars et les « maisons de
passe » clandestines.

Cet arraisonnement spatial s’emparera même de la toponymie officielle par la modification


unilatérale des noms de quelques rues et ruelles portant désormais les noms d’illustres figures
du quartier ou de la communauté. Signe de la crise de la collecte, la constitution de dépôts
anarchiques frappait l’ensemble des quartiers de la ville. Les véhicules en panne ne
desservaient plus les zones concernées par la collecte collective, alors que dans les quartiers
bénéficiant d’une collecte groupée, les conteneurs de 1100 ou 6000 L dans un état de vétusté
total, étaient laissés à l’abandon. Certains de ces containers en fer étaient en effet dans un état
de totale déliquescence : peu ou pas entretenus, rongés par la rouille et les jus d’ordures, leur
état ne permettait plus une collecte et un vidage convenables des ordures, d’autant que la
SIAS ne procédait plus à leur remplacement. Un grand nombre de dépôts anarchiques
(généralement des MD2) virent le jour à Ouakam, aux Parcelles Assainies à Guédiawaye, à
Pikine, Rufisque ou Bargny notamment dans les quartiers les plus en retrait des principales
voies de communication, alors que les conteneurs installés dans les marchés (HLM, Grand-
Yoff, Grand-Dakar, Syndicat, Thiaroye…) n’étaient vidés qu’épisodiquement.

Devant cette situation catastrophique et pour parer au plus pressé, la CUD mit en place sa
propre « brigade d’intervention » constituée de …deux pelles mécaniques et de quatre
camions bennes pour soulager les populations par l’enlèvement et l’évacuation des ordures.

1
DOUCOURE D, 1996. Le Système Privatisé de Gestion des Déchets. 1996. ..P. P4.

226
On estima à l’époque que la grande réussite de la CAMCUD fut la signature d’un
protocole d’accord avec la SIAS. Cette dernière commandait à la CAMCUD contre une
rémunération mensuelle redistribuée ensuite entre les GIE de la CAMCUD, de confier aux
GIE des prestations diverses. Il s’agissait selon un zonage précis, de collecter les ordures et de
les déposer dans des conteneurs désignés par la SIAS, de surveiller les dépôts sauvages, de
sensibiliser les populations à ne plus abandonner leurs déchets de manière anarchique. Mais
cette situation était en réalité l’arbre qui cachait la forêt de la cacophonie en matière de prise
en charge des déchets.

En effet quelques mois plus tard (1993), suite aux défaillances répétées de la SIAS et
devant l’impuissance presque prévisible des GIE face à l’ampleur de la tâche, la CUD mettra
encore sur pied un programme d’urgence, provisoire. Ce programme consistera en la location
de bennes ordinaires auprès du RTBS (Regroupement des Transporteurs de Bennes du
Sénégal), puis dés fin 1994 de bennes tasseuses et de polybennes auprès d’une nouvelle
société privée : la SVD (Sahélienne de valorisation des Déchets). De même, elle établit en
1
partenariat avec l’Agence d’Exécution des Travaux d’Intérêt Public (AGETIP) un montage
devant permettre à cette dernière de rémunérer des GIE pour la pré collecte des ordures
notamment dans certains quartiers de l’agglomération dakaroise, la main-d’œuvre fournie par
la CAMCUD étant rémunérée à la journée, à hauteur de 30 000 Fcfa par mois.

Ces opérations se déroulaient en même temps que les initiatives de « Set-sétal »


parallèlement mises en œuvre par les populations et appuyées par les services de la CUD.
L’ONG Enda Tiers-Monde tel qu’on l’a vu précédemment avait de son côté initié un système
de pré collecte des déchets par l’intermédiaire des charrettes à traction animale. Les
charretiers, directement rémunérés par les populations intervenaient notamment dans les
villages traditionnels et dans certains quartiers des Parcelles Assainies, de Pikine, ou de
Guédiawaye peu accessibles aux véhicules de collecte. Mais malgré ces diverses
interventions, les taux de collecte atteignaient tout juste 50 % de la production.

Pendant que la CUD dépensait en contrats de location près d’un milliard de FCFA rien que
pour l’année 1994, la SIAS s’enfonçait dans les turbulences avec notamment une série de
grèves du personnel (en février et en août). Une partie des agents réclamait entre autre le
2
paiement d’arriérés de salaire et l’amélioration des conditions de travail, alors qu’une autre
frange, consciente de la gravité de la situation sollicitait l’intervention des pouvoirs publics
afin de tirer la société de son agonie. Mais un coup de grâce allait précipiter la « descente aux
enfers » de la SIAS : la dévaluation en 1994 de la monnaie de la zone CFA, imposée par les
institutions financières internationales (le FMI et la Banque Mondiale).

Les efforts d’austérité dans les politiques et dépenses publiques, n’avaient pas suffit à
endiguer l’endettement public. De société fleuron, la SIAS luttait désormais pour sa survie.
Elle devait faire face comme la SOADIP précédemment, aux mêmes contraintes, avec en
prime des difficultés de maintenance, pour un parc de BOM composé de camions d’origine
nippone.

1
L’AGETIP est une agence mise en place par le gouvernement sénégalais pour exécuter des projets d’infrastructures et de services au profit
de l’Etat sénégalais et des collectivités locales. Ces projets sont exécutés généralement sur financement extérieur accordé à l’Etat et suivant
un haut coefficient de main d’œuvre et l’agence participe au choix des entreprises privées consécutif à l’appel d’offres, à celui des maîtres
d’œuvre et à la rémunération de tous les intervenants. Elle devait rémunérer directement les sociétés concessionnaires et ainsi garantir la
transparence des rémunérations, tout en favorisant l’emploi des jeunes à travers les contrats avec les GIE.

2
Ce n’est que prés de quinze ans plus tard (2007) que la situation de ces agents sera régularisée avec le paiement de leurs arriérés de salaire
et autres indemnités de licenciement au terme d’un procès qui les opposa à l’Etat sénégalais. Ce dernier déclara par ailleurs n’avoir cédé et
consenti à débourser l’argent que pour apaiser les tensions « masla », son représentant arguant qu’il aurait gagné le procès qui l’oppose à ces
ex- travailleurs de la SIAS.

227
La quasi-totalité des quartiers de la banlieue se retrouva submergée par les ordures non
collectées. L’effort public en matière de salubrité était maintenant limité aux seuls points
névralgiques de la ville : le quartier des Affaires du Plateau et quelques zones huppées dont le
quartier des Ambassades à Fann-Point E et la poche des Almadies dans le secteur de Yoff.
Les classes moyennes touchées de plein fouet par la baisse du pouvoir d’achat, avec une
inflation de l’ordre de 32 % vécurent comme une injustice supplémentaire de devoir faire les
frais de cette absence de prise en charge. Pour le reste des citadins les plus pauvres, les
questions environnementales même préoccupantes, étaient loin de constituer une priorité :
« on ne peut penser à l’environnement quand on a le ventre vide » disait-on régulièrement
dans les banlieues.

Dans un désemparement total, la CUD étudia et mis en 1995 une nouvelle stratégie pour la
gestion privatisée des déchets ; elle lança aussitôt un appel d’offres pour la mise sur pied d’un
nouveau système d’enlèvement des ordures et dénonça dans la foulée la convention qu’elle
avait signée avec la SIAS. Puis, pour diminuer les coûts de la collecte, elle décida avec
l’assistance financière de la coopération canadienne la CUD de signer une convention avec le
Consortium Sénégalo- Canadien. Rappelons que des contrats de prestation de service ont
commencé à être signés directement entre des GIE et la CUD à partir de 1992. Ces contrats
concernaient généralement la gestion de l’espace public : surveillance générale de l’espace
public (contrôle et gardiennage), entretien des lieux et des aménagements (nettoiement
quotidien, collecte et évacuation des déchets), gestion des parkings ( location, maintenance,
surveillance des voitures, recouvrement des créances), prise en compte de l’éclairage public
(surveillance du fonctionnement), respect des réglementations (dans les domaines de
l’hygiène, de la sécurité publique, de la sécurité routière…). Ce CSC était ainsi chargé de
réaliser les études d’optimisation du système de collecte, de fournir le matériel de collecte,
d’assurer la supervision des opérations de nettoiement et de collecte, d’aménager et de gérer
le garage central et la grande décharge de Mbeubeuss.

Divisé en 9 zones (voir annexes 7), le nettoiement du territoire de Dakar était attribué sur
appel d'offres, passé le 23 janvier 1995 par le consortium. Sept entreprises se partageaient
ainsi ces zones (avec un maximum de trois zones pour chaque société adjudicataire) et
collectaient environ 1000 tonnes d'ordures par jour, alors que leur rémunération était effectuée
sur la base du tonnage déversé à la décharge, après passage sur un pont -bascule installé pour
la circonstance. Mais, le prix à la tonne négocié avec la société adjudicataire était variable
selon la société : il tenait compte des caractéristiques de la zone concernée, de l’ensemble des
dépenses à la charge de la société et des résultats de la mise en concurrence. En outre, le
consortium imposait aux concessionnaires l'emploi de matériel mécanisé d’origine canadienne
(bennes, camions front loaders...), loué aux sociétés adjudicataires et entretenu au garage
central à hauteur de l’entrée de Pikine, et aux frais desdites sociétés. Déjà en nombre
insuffisant, ces engins notamment les fronts loaders s’avéreront inadaptés au contexte de la
ville : la grosse emprise des véhicules ainsi que le système de vidage à l’avant nécessitaient
davantage d’espace durant l’opération de collecte des bennes, alors que justement certaines de
ces bennes étaient localisées dans des zones encombrées. Qui plus est, cette location était
payée au prix fort car établie sous forme de leasing, pour un matériel dont l’entretien revenait
cher du fait de la cherté des pièces de rechange.

Les zones redivisées en secteurs d’intervention étaient confiées à des GIE locaux de jeunes
sans emploi qui étaient rémunérés 30 000 Fcfa par mois, les sociétés étant tenues de sous-
traiter avec des GIE locaux pour l’information et la sensibilisation des populations, le
nettoiement des voies publiques, la surveillance des conteneurs et l’entretien de leurs
alentours. Elles devaient aussi doter les GIE en petit matériel et en équipement de sécurité…
Ce schéma prévoyait l’intervention d’environ 150 GIE d’au moins 40 membres, chacun
répartis sur tout le territoire de la CUD, sur la base des productions d’ordures, de l’importance
de la voirie revêtue locale, du nombre de marchés et de grandes artères existants dans la zone.
228
Ainsi, de 1991 jusqu’à la dissolution de la SIAS en 1995, l’agglomération dakaroise était le
théâtre d’intervention d’une multitude d’acteurs dans le secteur du nettoiement sans que la
situation ne s’améliore véritablement. On notait en effet la présence au niveau du balayage-
collecte des déchets, des services de la CUD, des GIE rémunérés par l’AGETIP, des
charretiers indépendants ou encadrés par ENDA et qui étaient directement rétribués par les
populations (à raison de 25 FCFA en moyenne par poubelle collectée), des Associations de
Jeunes intervenant pour le compte du « Set-Sétal », et enfin de quelques agents de la SIAS
parmi le lot des non-grévistes. Pour l’évacuation des déchets collectés vers la décharge, outre
les STC qui intervenaient avec leurs moyens propres (pelles mécaniques et camions bennes),
on notait la logistique déployée pour le compte de la CUD par le Regroupement des
Transporteurs de Bennes du Sénégal (RTBS) et la Sahélienne de Valorisation des Déchets
(SDV), ainsi que quelques camions d’entreprises indépendantes rémunérées par le CSC.

Quelques véhicules encore fonctionnels de la SIAS (moins d’une dizaine) sillonnaient


aussi les artères de la ville, alors que la société s’acheminait tout droit vers la liquidation.
Décriée par les populations, la quasi-totalité de ses organes paralysée, lâchée par ses
« protecteurs », tout le monde attendait l’ultime sentence qui intervint la même année.

Dans la lignée de ses prédécesseurs, la SIAS n’a pas fait long feu dans sa gestion des
déchets à Dakar. Les principales causes de son inefficacité ont été analysées comme ayant
relevé :
- de son personnel pléthorique : le niveau de personnel recommandé lors de la
création de la SIAS (800 agents) n’a jamais été respecté. Il a varié entre 1216 et 1450,
ce qui a induit des charges qui atteignaient 75 % des ressources de la SIAS en 1992
(au lieu des 40 % recommandés), situation pour beaucoup due à cette tutelle
administrative,
- d’une absence de politique de maintenance et de renouvellement du matériel :
la SIAS disposait de 67 bennes tasseuses en 1988 (alors que 20 à 22 suffisaient à
l’époque) pour ne compter plus que 4 en état de marche en 1993. De même, si son un
parc d’équipements comportait un matériel pléthorique et sophistiqué, matériel amorti
financièrement dés 1990 n’a jamais pu être renouvelé.
- de carences institutionnelles : la SIAS tout comme la CUD est sous la tutelle du
Ministère de l’Intérieur et ceci gênait considérablement l’application saine de la
convention qui les lie. A titre d’exemple, les pénalités atteignaient fin 1993, 2
milliards de FCFA sans pouvoir réellement être appliquées.

De même, la SIAS n’a jamais communiqué à la CUD les documents nécessaires à


l’exercice du contrôle de la prestation (liste du matériel et du personnel, horaires, fréquences,
itinéraires, nombre et lieux d’implantation des containers…) comme le stipulait la convention.
Mais, sur les véritables raisons des blocages du système mis en place par la CUD, on retrouve
en premier lieu l’incapacité de la CUD à rentrer dans ses fonds (TEOM ou cotisations des
communes) pour les dépenses consenties au titre du service de nettoiement privé. L’Etat
sénégalais venant à la rescousse de la CUD, payait directement la SIAS et devenait par la
même le principal donneur d’ordre.
On savait que la SIAS présentait dés le départ quelques lacunes structurelles ; elle n’était
pas dans de bonnes dispositions pour accomplir la mission de nettoiement de la ville. Quant
aux pouvoirs publics, ils étaient aussi conscients de l’impossibilité pour cet organisme
d’atteindre les objectifs, au vue des obligations dépassant largement ses compétences.

229
Quoi qu’il en soit, cette situation allait très vite mettre en exergue les limites d’une
entreprise déjà contrainte par :
- la dynamique spatiale légale (extension naturelle de la ville) parfois empreinte
d’une carence en équipements : développement des zones non bitumées, l’absence de
revêtement bitumé ou de stabilisation des voies structurantes dans les nouveaux
quartiers, empêchant la fréquentation par le service de collecte
- l’augmentation des niches rudologiques (commerces et services divers),
- le développement des zones spontanées exclues des systèmes officiels
- l’augmentation des pratiques d’hygiène et d’assainissement désastreuses, mais
pourtant tolérées : méthodes palliatives peu convenables.

Minée dés le départ par un cahier de charges et un montage juridico financier irrationnels,
sommée de s’époumoner derrière le galop débridé de l’urbanisation (avec notamment
l’extension spatiale de la ville et le développement de l’habitat irrégulier), la société était aussi
instrumentalisée par les lobbies politiques. Elle n’a jamais pu se démarquer des immiscions de
la sphère politique dont la néfaste intervention tout comme durant les périodes précédentes a
considérablement freiné son déploiement. En réduisant la transparence dans la gestion, ces
groupes de pression induisaient aussi nombre de blocages, orientant parfois le délaissement de
certaines zones considérées comme contestataires et frondeuses. Difficile de faire abstraction
de la part de responsabilité de cette sphère politique dans cette hécatombe hygiénique que
connaissait la ville.

2.3 L’échec de la SIAS : la « descente aux enfers ».

2.3.1 Le NSN ou l’enlisement du nettoiement public à Dakar.


Au sortir des épisodes de gestion en régie municipale, en monopole privé (SOADIP) et en
monopole public (SIAS), un Nouveau Système de gestion des Déchets Ménagers (ou
Nouveau Système de Nettoiement) pour la Communauté Urbaine de Dakar était mis en place
en octobre 1995. Il marquait, l’intervention officielle et exclusive d’entreprises locales pour le
service de la collecte, du transport et du traitement des déchets ménagers de l’agglomération
dakaroise. Il s’agissait d’une part pour les initiateurs et les pouvoirs publics, d’impliquer
davantage les populations des quartiers à la salubrité de leur environnement par l’entremise
des GIE locaux, et d’autre part d’édifier une expertise du secteur privé national dans le
domaine des déchets, à travers une mise en concurrence qui pouvait en même temps permettre
la réduction des coûts du nettoiement.

La mission était confiée à six entreprises privées de transport, et cent onze Groupements
d’Intérêt Economique (GIE) avec toujours l’AGETIP comme maître d’ouvrage et une
entreprise, le Consortium Sénégalo-Canadien comme maître d’œuvre délégué. L’AGETIP
pilotait l’exécution des activités grâce à la convention de maîtrise d’ouvrage qui la liait à la
CUD et qui devait aider à mettre en place le projet Emploi-Jeunes, d’une durée d’un an
renouvelable. Le financement était au départ, et pour une période d’accompagnement, assuré
à 50 % (à hauteur d’un milliard) par la Banque Mondiale, alors que l’autre moitié revenait à la
CUD. Dés janvier 1997, l’organe supra communal devait prendre en charge l’intégralité du
financement (BENRABIA 1998).

Mais en réalité, c’est avec le NSN que Dakar allait connaître ses plus sombres heures en
matière de prise en charge du service du nettoiement des déchets. Ces « innovations » pour le
moins hasardeuses, étaient symptomatiques de la légèreté dans la gestion de ce secteur, et au
lendemain de la longue période d’agonie de la SIAS, les premiers revers du nouveau ne
tarderont pas en effet à émerger.

230
Même si le personnel pris en charge par le projet s’élevait à 1473 agents, les taux de
collecte par rapport à la quantité totale de déchets produite dans l’agglomération dakaroise ne
dépassaient guère les 60 % (BENRABIA 1997).

L’euphorie qui a présidé à la mise en place du NSN a en effet laissé place à une situation
désastreuse doublée d’une plus grande difficulté à identifier les responsables. La multi-
contractualisation avait invité dans le secteur une pléiade d’entreprises généralement non
spécialisées et disposant d’une faible logistique pour prétendre accomplir ces missions. Pour
remédier à cette situation, la CUD fera l’acquisition de matériel de collecte qu’elle mettra à
disposition des sociétés concessionnaires avec obligation pour ces dernières d’en assurer
l’entretien contre déduction sur rémunération ; mais les choses n’allaient pourtant pas
s’arranger.
C’est en effet dans ce contexte qu’intervenait l’acte trois de la décentralisation en 1996
avec à la clé un nouveau découpage territorial qui scindait la région de Dakar en 46
Communes d’Arrondissement réparties entre les cinq villes de Dakar, Pikine, Rufisque,
Guédiawaye et Bargny. La strangulation en matière de déchet sera alors double pour les
Communes d’Arrondissement ainsi créées : elles héritaient d’un certain nombre de
compétences qui leur étaient transférées dont celle de la gestion des déchets. La dégradation
de la situation dans le secteur des déchets s’étendait avec l’intervention d’une multitude
d’intervenants qui se renvoyaient la responsabilité de ce désordre. Dans un climat propice à
leur développement et profitant de ce désordre, les activités informelles accentuaient leur
déversement sur la voie publique dans toute la région dakaroise, situation encore plus
perceptible au Plateau lieu de convergence qui concentre l’essentiel des activités socio-
économiques et commerciales de la ville. Le centre faisait alors face à la prolifération des
« souks » échoppes flottantes qui acquéraient une légitimité à travers le paiement de taxes à la
trésorerie municipale, situation qui entretenait le paradoxe de pouvoirs publics désireux de
« nettoyer » les artères de la capitale, sans consentir à se priver d’une source de rentrées de
fonds. La scène du nettoiement officiel avait atteint un point de turgescence irréversible et
s’acheminait droit vers une implosion du fait de la cassure de la quadrature : l’embolie était
totale.
Quelques ONG tentaient dans cette cacophonie généralisée, d’attirer l’attention des
pouvoirs publics sur les conséquences environnementales de questions précises comme celle
des déchets plastiques. Si la question des déchets plastiques a été identifiée depuis déjà
quelques décennies, son omniprésence dans le quotidien des ménages dakarois lui confère un
caractère quasi indispensable. Fournis gracieusement lors des achats de consommation, les
poches plastique se retrouvaient aussi partout dans la nature, une fois devenues déchets. Du
fait de leur prolifération dans les dépôts anarchiques dakarois, devenus de véritables garde-
manger pour les animaux errants, ils causaient aussi d’énormes dégâts sur le cheptel urbain :
une étude de l’ONG italienne LVIA montrait que 25 % des bovins, 15 % des ovins et 5 % des
caprins abattus recelaient du plastique parmi les corps étrangers ingérés.
Cette crise hygiénique n’épargnait aucune des vieilles villes sénégalaises. Saint-Louis
bénéficiait depuis quelques années déjà d’un regain d’intérêt touristique, favorisé par le
classement de la ville au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les retombées financières
induites par cette promotion permettaient à la capitale du Nord de maintenir la tête hors de
l’eau, dans la gestion des affaires municipales courantes. Mais, les difficultés en matière
d’assainissement et de gestion des déchets s’étaient aggravé avec la désorganisation totale du
système entraînant là aussi la prolifération des dépôts anarchiques et des rejets de détritus sur
les berges du fleuve pour les quartiers populaires de Guet-Ndar, Goxxumacc. Quant aux
prestigieux quartiers Sud et Nord de l’ancienne escale, ils se voyaient proposés par les
pouvoirs publics (ministère de l’Environnement), la mise en place d’un système de collecte
des déchets par des…charrettes à traction animale, provoquant l’ire d’autorités municipales,
nostalgiques de la grandeur de l’ancienne capitale coloniale.
231
Dans la ville de Rufisque frappée de plein fouet par la désertion industrielle qui a
profondément miné son potentiel économique, la décrépitude due notamment à la baisse des
activités, avait une incidence immédiate sur l’organisation et le fonctionnement des structures
municipales. L’administration locale peinait ainsi à assumer l’énorme charge du service de
propreté malgré l’intervention de ONG comme ENDA, qui expérimentait depuis quelques
années des projets d’assainissement et de gestion des déchets.
Pour ce dernier volet, l’ONG avait, en lien avec la municipalité et la Communauté Urbaine
de Dakar (CUD) et ses services techniques, mis en place un système de pré collecte
1
communautaire des ordures dans neuf quartiers situés autour de Diokoul : le Projet
d'Assainissement de Diokoul et Environnants (PADE). Quant aux eaux usées et leur
traitement, des systèmes classiques avaient été aménagés dans les concessions : des raccords
effectués entre des habitations et deux stations de traitement des eaux permettaient
l’évacuation des eaux usées par drainage par canaux vers une station de retraitement par
lagunage à macrophytes, l'eau épurée et le compost issus du traitement étant destinés à
l'agriculture.

Mais hormis la faiblesse et la micro localisation de ces actions aux résultats mitigés, c’est
le caractère lacunaire du système qui a sanctionné son échec. S’agissant des déchets solides,
les charretiers se contentaient juste de transférer les ordures collectés dans des points de rejets
anarchiques, ne faisant que déplacer le problème, alors que parallèlement, le compost local
produit par les populations, peinait à trouver preneur. Les quelques maigres consolations en
matière de prise en charge, étaient le fruit de la coopération internationale qui, par
l’intermédiaire du jumelage avec des villes étrangères permettait, à Rufisque d’acquérir çà et
là quelques bennes à ordures ménagères pour la collecte de ses déchets. Ces bennes, après leur
retraite des villes européennes, et une fois réformées finissaient leurs vieux jours en arpentant
les quartiers de l’Escale ou de Pikine Boubess, seules pourvus de rues bitumées mais dont
l’usure sera fatale aux camions. Difficile de croire que la ville fut aussi aux avant-garde en
matière de prise en charge des déchets au Sénégal, elle qui étrenna sa première BOM vers
1925.

Le développement dans les banlieues péri urbaines de quartiers irréguliers a rendu plus
complexe dans la ville la prise en charge des déchets de l’assainissement solide, mais aussi
liquide. La prolifération de l’habitat spontané qui a conduit à l’utilisation quasi généralisé des
latrines non étanches a en effet beaucoup contribué à la pollution des nappes phréatiques qui
tapissent la zone, alors que les retours dus à l'insalubrité de ces quartiers se déclinaient
souvent par une morbidité très élevée, surtout chez les plus jeunes (dysenteries, diarrhées,
dermatoses…).

C’est cette situation qui a conduit les pouvoirs publics à mettre en place avec l’aide d’ONG
tels ENDA et la Banque Mondiale un vaste programme de branchements sociaux d’accès à
l’eau potable, mais aussi au réseau d’égouts. Ces « efforts » circonscrits ne permettront
naturellement pas à la ville de retrouver réellement gagner en salubrité. L’émergence de
nouvelles cités et de lotissements à Dakar sur la VDN et la ZAC de Mbao dans la banlieue,
contribua à accroître de manière considérable le volume d’ordures à collecter et à mettre en
décharge à Mbeubeuss. Alors que quelques épidémies notamment de choléra se signalent de
temps à autre faisant ca et là quelques dizaines de victimes, les différents organismes en
charge de la question de la propreté dans la ville par presse interposée se renvoient la
responsabilité de la situation.

1
Dans ces neuf quartiers vivent environ 52 000 habitants. A défaut d'une voirie bien organisée, les déchets ménagers produits par la
population - environ 35 tonnes par jour - s'entassaient dans des dépôts sauvages.

232
La situation n’était guère plus reluisante dans les îles habitées de la péninsule dakaroise
que ce soit à Gorée ou à Ngor. Avec un handicap du à leur insularité, ces îles guère mieux
loties en matière de salubrité s’employaient tant bien que mal à trouver en interne des
solutions à l’épineuse question de l’assainissement et de la gestion de leurs déchets. La mise
en fonction d’un incinérateur artisanal avait un temps favorisé l’autonomie de Gorée en la
matière vis-à-vis du continent. Tombée en panne, la situation obligea les services de la
municipalité à revenir à des méthodes officielles moins convenables : les ordures collectées
par les soins de la Municipalité avec des charrettes à traction animale étaient à nouveau jetées
à la mer, même procédé que l’on retrouvait dans l’île de Ngor. Toutefois, Gorée du fait de son
statu de site historique semble plus attirer l’attention des donateurs. La ville ne désespère
d’ailleurs pas par le filon de la coopération internationale, de parvenir à bénéficier d’un
incinérateur moderne, par le biais des partenaires européens préoccupés par le devenir de ce
patrimoine culturel de l’UNESCO.

Carte 18. Situation de la collecte de O.M et du nettoiement à Dakar en 1998. (Organismes Intervenants).

233
Précédée par une période de transition d’une année, la mise en place du NSN devait
sanctionner l’intervention du milieu privé dans le secteur des déchets au Sénégal. Elle devait
aussi permettre d’associer les mouvements de jeunesse et les associations locales dans le
processus, avec en filigrane une meilleure implication des populations dans la gestion de leur
environnement. Mais, l’absence de lisibilité et la précipitation qui ont sans doute présidé à la
validation d’un NSN qui dès le départ présentait des incohérences flagrantes, témoignent d’un
de la gestion légère d’un secteur qui était alors en totale décrépitude. En réalité l’initiative a
plus profité à des milieux d’affaires ayant très rapidement flairé le filon, qu’elle n’a permis le
développement réel d’une expertise locale.
Au sortir de cette parenthèse peu concluante dédiée aux « compétences nationales », la
ville connaissait une crise aigue pour le secteur du nettoiement, crise caractérisée par une
totale désorganisation. La situation n’allait pas s’arranger avec le climat politique ambiant,
d’autant qu’élus, responsables et administrateurs étaient focalisés sur les élections
présidentielles de 2000.

2.3.2 L’alternance politique et ses « promesses » rudologiques.


Les péripéties des élections présidentielles qui ont un temps constitué une source
d’inquiétude pour les populations sénégalaises, laissèrent place au lendemain de la victoire de
l’opposition, à une euphorie générale. Mais, l’excitation allait très vite retomber au bout de
quelques mois. En cause, les problèmes quotidiens dont une variante particulièrement
agressive et incommodante en cette saison des pluies, était constituée par la prolifération des
dépôts anarchiques de déchets et les désagréments liés à leur non collecte.
Pour les populations dakaroises l’entrée dans le 21° siècle n’allait pas changer leur
quotidien sanitaire. Pourtant, l’accession au pouvoir du Président Wade en 2000 semblait
apporter un éclairci symbolisé par l’une des promesses-objectif du nouveau président Wade
lors de son premier discours officiel : « rendre Dakar propre à l’image de Hararé ou
1
Genève ». Mais envisageait-on seulement une planification déchet cohérente et au bénéfice
des populations ?
Les nouvelles autorités avaient certainement besoin d’un délai critique, afin de s’imprégner
du dossier déchet : l’heure n’était pas encore à des propositions concrètes. Toutefois, on
pouvait déceler dans le discours, l’absence d’une véritable stratégie durable pour ce secteur.
Les engagements dévoilaient une vision égotiste, ponctuelle, et surtout extravertie, lorsque
plus loin son bras droit Idrissa SECK réaffirmait sa volonté d’avoir une ville propre «…pour
2
l’accueil des invités devant assister à l’investiture Président WADE ».
Une vaste opération AUGIAS impliquant tous les services de l’Etat concernés (Ministère
de l’Intérieur, Mairies, AGETIP) fut néanmoins mise en œuvre. Dans la foulée, la nouvelle
équipe présidentielle mis sur pied en juin 2000 la Haute Autorité pour la Propreté de Dakar
(HAPD) organe chargé sous la tutelle du Ministère de l’Environnement de définir des actions
en la matière et d’en assurer le suivi et le contrôle. La structure dépendait directement de la
Primature, bien que travaillant en collaboration avec le Ministère de l’Environnement et le
Service d’Hygiène, afin d’élaborer de meilleures stratégies de gestion des déchets de la ville
de Dakar. Cette nouvelle organisation permit momentanément une meilleure lisibilité, avec
notamment la réduction des acteurs intervenants ; en opposition à l’époque inextricable de la
CAMCUD où l’AGETIP, les Associations, les ONG, l’Etat et les Municipalités intervenaient
en même temps. Mais, elle ne réglait cependant pas la question de l’intervention actuelle de
certaines ONG et structures indépendantes dans la filière.

1
Quotidien Le Soleil. Edition du Mercredi 29 mars 2000.
2
Ibid.

234
Ayant entamé ses actions, la toute nouvelle HAPD n’eut d’ailleurs aucun mal à « motiver »
les structures qui jusque là avaient en charge la question du nettoiement de la ville de Dakar.
1
Ainsi les Services Techniques de la CUD (STC), l’Agence Gouvernementale d’Exécution
des Travaux d’Intérêt Public (AGETIP) et les différentes sociétés qui intervenaient dans le
cadre du Nouveau Système de Nettoiement (en place depuis 1997), se montrèrent pleines de
bonnes dispositions pour aider la nouvelle équipe à toiletter la ville. Nombre d’opérateurs
privés proposaient aussi leurs services ; ils prêtaient des camions, ou finançaient leur location,
pour l’élimination des dépôts anarchiques que n’arrivaient pas à éradiquer la CUD et ses
partenaires avec leurs seuls moyens logistiques. Les Communes d’Arrondissement du
Plateau, de Ouagou Niayes…seront ainsi visitées par les STC, alors que dans le même temps
certains ministres se « positionnaient » dans ce créneau porteur, à travers des opérations
« coup de balai », tel celui organisé à la gare routière « Pompiers » par le ministère de
l’Equipement et des Transports. Il était de bon ton de marquer son intérêt pour ces questions.

Les mouvements de jeunes encore présents quelques semaines auparavant dans le


dispositif officiel de collecte des déchets, seront aussi rejoints par diverses associations de
quartiers, s’impliquant dans l’éradication des points de rejets anarchiques. Ils étaient alors
soutenus par la CUD qui fournissait le matériel lourd (pelles mécaniques…) alors que
l’AGETIP mettait à leur disposition le petit matériel (pelles, brouettes…). Des associations
jusque la dans un anonymat total « surgissaient » de terre et investissaient le créneau ; elles se
lanceront dans l’organisation d’opérations chocs telles les journées « Nettoiement des villes du
Sénégal », qui s’apparentaient en réalité plus à des initiatives de positionnement politique.
C’est le cas de cette association de femmes dont la présidente déclarait : « Mes activités sont
apolitiques et en ma qualité de citoyenne, je veux participer à la construction du pays …».
Cet engouement populaire présentait des enjeux multiples ; les déchets engendraient diverses
tentatives de positionnement auprès de la nouvelle équipe dirigeante.

En dépit de leurs efforts pour assurer la collecte avec « les moyens du bord » et du même
coup de « sauver leur peau », le tandem CUD- opérateurs privés, ne tarda pas à montrer et
voir ses limites ; la ville donnait l’impression d’être livrée aux ordures. Première à en faire les
frais, la CUD qui sera dissoute ; selon les nouvelles autorités, elle était en cessation de
2
paiement . Mais, l’acte politique devait aussi sanctionner la rupture d’avec la gestion
socialiste de la ville d’avant, bien que le nouveau pouvoir en place se défendait
catégoriquement de mener une purge institutionnelle.

Sur le front des déchets, chaque commune gérait sa « production » avec des fortunes
diverses et selon sa surface financière durant cette période de transition. Avec la création de
l’Entente Intercommunautaire CADAK (regroupant les communes d’arrondissement et
mairies de villes), fut remis en selle le système de gestion intercommunale. Dans des entités
décentralisées, ce mode d’organisation s’avérait incontournable pour offrir un service de
3
collecte et d’élimination des OM convenable. En réalité et comme avant, ce ne sont ni les
communes à travers leur cotisation, ni l’impôt TEOM qui vont permettre à la nouvelle
structure supra communale de se distinguer de la précédente : l’Etat continuait à débourser,
pour le paiement du service déchet.

1
Même si cette dernière était encore dirigée par Mamadou DIOP, alors un des barons du clan socialiste perdant.
2
Elles estimaient que les communes qui la composaient ne s'acquittaient plus correctement de leurs contributions. En revanche, la taxe sur
l'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) n'était que faiblement recouvrée.
3
LE BOZEC A. (1994). Le service d’élimination des ordures ménagères. Organisation- Coûts- Gestion. CEMAGREF. Edition Harmattan.
1994. 460 pages.

235
Toutefois, l’appel d'offres pour une solution de concession globale (matériel de collecte,
moyens de transport et unité de traitement des déchets adaptée au marché local), lancé en
1999, sera alors repris par le gouvernement de l'alternance, avec une différence de taille : la
CUD qui devait signer la concession, venait d'être dissoute par le Président de la République,
et remplacée par la Haute Autorité pour la Propreté de Dakar (APRODAK).
Les soubresauts de la question des déchets connurent un nouveau rebondissement en août
2000, après que les pouvoirs publics, dans la lignée de la dissolution de la CUD, décidèrent de
confier la gestion des déchets de l’agglomération à la ville de Rufisque, dont le maire n’était
autre qu’un ancien apparatchik transfuge de du camp socialiste durant l’entre deux- tours des
élections présidentielles. Acte politique qui s’inscrit dans la logique de démembrement des
anciens bastions administratifs du Parti Socialiste, règlement de compte, ou volonté de
récompenser les « soutiens » politiques même tardifs, toujours est-il que cette initiative
annoncée en grande pompe ne fit pas long feu malgré l’aval financier de l’AGETIP et la
bénédiction technique de l’APRODAK.
Ce n’est qu’après cet ultime épisode de tâtonnements, que les autorités consentirent à
revenir à l’option groupes étrangers pour la gestion du secteur du nettoiement à Dakar. Au
bout d’un an « d’observation », elles n’avaient d’autre alternative devant la détérioration de la
situation, que de repartir sur de nouvelles bases, en confiant la gestion du service à AMA qui
désormais allait avoir en main la salubrité de la ville.

2.3.3 Deux ans plus tard, une nouvelle organisation.


En réalité, le processus ayant conduit à la signature du contrat entre l’Etat sénégalais et la
société ALCYON date de 1999 ; on était encore alors sous l’ère du président socialiste Abdou
DIOUF. La décrépitude dans laquelle se trouvait le secteur de la collecte et de l’élimination
des déchets, avait en effet déjà poussé l’équipe du premier ministre Mamadou Lamine LOUM
à lancer un appel d’offres international pour le choix d’une nouvelle société privée prenant en
charge le nettoiement de la ville. Parmi les sociétés ayant souscrit à cet appel d’offre, la
société suisse ALCYON. La survenue de l’alternance politique mettra en veille le processus
qui, comme pour bon nombre de dossiers, souffrira de la léthargie administrative découlant de
la transition. A la faveur de la normalisation politique progressive, mais aussi en dépit des
réserves exprimées par le premier ministre de l’époque Moustapha NIASS sur les
exonérations et la durée du contrat, le dossier fut remis sur la table. ALCYON fut retenue
devant ses concurrents (CGEA pour la France et DESSAU pour le Canada), car ayant
demandé la contrepartie la moins élevée pour une même quantité de déchets traités. Le groupe
proposait en effet la condition la moins contraignante pour le maître – d’ouvrage, ici en
l’occurrence l’Etat sénégalais.
Le contrat qui devait lier l’Etat du Sénégal au groupe ALCYON, portait sur le nettoiement
des rues et des places publiques, la collecte et le transport, le traitement et l’élimination des
Déchets Solides Urbains, la Gestion des décharges, la construction et l’exploitation des
installations, puis leur transfert à l’Etat sénégalais à la fin du contrat selon la formule BOT.
En réalité sous l’acronyme DSU, on retrouvait aussi bien les déchets ménagers, encombrants,
industriels banals, déchets des espaces verts et même les déchets hospitaliers.

Suite au réajustement des exonérations sur l’équipement de traitement et l’exploitation, le


contrat a été ramené à 10 ans, alors que la partie BOT (Build, Operate and Transfert) courait
sur 25 ans. Par le biais d’une sous-traitance, ALCYON devait travailler sur trois niveaux.
L’organisation, le contrôle et la logistique des tâches de nettoiement étaient confiés à
l’Agence Municipale pour l’Environnement (AMA)- Sénégal, alors que ERECO- SA, déjà
adjudicataire à l’époque du NSN de la gestion de la décharge de Mbeubeuss, fut reconduite
pour cette mission.

236
Toutefois la décharge ne devait dorénavant recevoir, que des déchets solides banals, en
attendant l’ouverture d’une autre décharge à une quarantaine de kilomètres de Dakar. Le
groupe international français BOUYGUES fut aussi impliqué, par l’intermédiaire de sa filiale
SOFRESID SA chargée de la construction des équipements de traitement. De même, la
société soumise à un engagement de résultats et non plus seulement de moyens, avait gagné le
marché en raison de sa proposition de traitement différencié en lieu et place des techniques
moins propres écologiquement comme l’incinération ou l’enfouissement. Selon leur procédé,
la fraction organique putrescible, devait être traitée en méthanisation et la fraction
combustible en gazéification, ce qui devait aboutir à la production d’eau potable, d’énergie
électrique et d’humus. C’est d’ailleurs cette solution de "valorisation des déchets", qui lui a
permis dans le cadre de l'appel d'offres pour Dakar, de s’imposer là où ses concurrents
proposaient des solutions traditionnelles (décharge ou incinération). Le traitement devait
permettre à la société de réaliser une plus-value en commercialisant les sous-produits de la
transformation des déchets, indépendamment de sa rémunération à la tonne de déchets
collectée.

Bien que ces dispositions restaient très théoriques, c’est en fanfare que l'Etat sénégalais,
par le biais de l’APRODAK signera avec la société attributaire ALCYON à la fin de l’année
2001, le contrat définitif avec accord portait sur une rémunération globale de 5 milliards de
FCFA par an pendant 25 ans. La société suisse devait être payée à la tonne pour ce qui
concerne le traitement, en vendant les sous-produits de la transformation des déchets. Cet
accord allait sceller et perpétuer la marche désastreuse du secteur des déchets solides de la
capitale sénégalaise. L’Etat se retrouvera à décaisser annuellement la bagatelle de 2,5
milliards de FCFA par an pour rémunérer la société, sans que celle-ci ne tienne le moindre de
ses engagements : amélioration logistique (moyens mobiles de collecte), et réalisation des
équipements fixes de prise en charge (traitement).

Les premières difficultés surgirent dés l’entrée en scène de ALCYON et dans les trois axes
de sa mission. On notait déjà un énorme retard dans la mise en œuvre des actions de ERECO
et SOFRESID SA, pour la construction des installations de traitement et la gestion de la
décharge, alors que AMA-International, chargée de la collecte et de l’évacuation des déchets,
avait à son tour opté à son tour pour une sous-traitance (ou contractualisation) avec des
sociétés de la place. Se réservant les vitrines que sont le Plateau et la Médina, la société sans
doute insuffisamment dotée en moyens logistiques pour s’acquitter de ses missions confiera
une bonne partie de la région aux sociétés sous-traitantes. Disposant d’un parc vétuste
essentiellement constitué de BOM d’occasion importées, elle se reposait aussi largement sur
les camions tout aussi peu adaptées des concessionnaires, qui de leur côté ne tarderont pas à
manifester leur colère face aux retards de paiement en refusant de procéder aux tournées de
collecte. La non intégration dans le dispositif technique de AMA des essentiels centres de
transfert, pour l’optimisation du transport n’arrangeait pas la situation : les camions de
collecte étaient soumis à une usure accélérée du fait des longs trajets pour aller vider à la
décharge. On le verra dans la Quatrième Partie, que soit pour les moyens logistiques o pour la
gestion des ressources humaines, l’amateurisme était flagrant.

Cette situation n’empêcha pas l’Etat sénégalais par le biais du Ministère de


l’Environnement et de la nouvelle entité supra-communale l’Entente CADAK/CAR, de
reconfier en 2003 l’ensemble des missions anciennement dévolues à Alcyon à la seule
structure AMA International, bien qu’elle n’arrivait déjà pas à faire ses preuves pour la
collecte. Tout porterait donc à croire qu’il y’a eu de part et d’autre, des intéressements peu
orthodoxes dans ce processus. Moins de deux ans plus tard en 2005, l’Etat sénégalais menaça
de rompre le contrat qui le liait à AMA International pour manquement de la société à ses
engagements. S’il est vrai que le fonctionnement d’AMA International laissait à désirer, le
vide qu’allait créer cette situation poussa les pouvoirs publics à une posture conciliante.

237
L’autorité publique à reviendra sur sa décision, et accorda un sursis à la société de collecte.
Sommée de s’équiper en logistique de collecte (bennes tasseuses) et de conditionnement
(conteneurs), AMA fut néanmoins allégée des tâches de nettoiement des rues et des places
publique, de même que celle de la collecte des déchets hospitaliers et des gravats, qui du
reste, n’était jamais assurée. Au chapitre des modifications financières, la redevance pour la
collecte fut revalorisée à 5500 F CFA la tonne (contre (4700 FCFA), celle du transfert à 3500
1
FCFA, alors que la mise en décharge revenait à 5500 FCFA contre 2200 auparavant , pour la
même quantité. S’agissant de l’élimination des déchets, le site de Sindia remplaçait celui de
Dougar pour l’établissement d’un CET.

Dans le jeu de dupes, AMA entendait regagner la confiance de son maître d’œuvre, alors
que pour les autorités cet artifice laissait le temps de trouver une solution. De toutes façons, la
société n’était jamais parvenue à les collecter même durant la période où elle intervenait pour
le compte de la multinationale suisse Alcyon.

Mais devant la persistance des défauts de collecte, une rupture définitive de contrat allait
intervenir en juillet 2006 après une série de mise en demeure à l’encontre de la société de
nettoiement. La survenue d’une épidémie de le choléra mais aussi la perspective des élections
présidentielles de 2007 expliqueront pour beaucoup la volonté des autorités à parer au plus
pressé, y compris en sanctionnant les coupables.

AMA éjectée, l’APRODAK devenue entretemps APROSEN, choisira de concert avec


l’Entente CADAK/CAR (ex CUD), de faire appel à VEOLIA pour la collecte et l’évacuation
des déchets du Plateau et de la Médina. La multinationale sera tout de même invitée à
embaucher une partie du personnel de la défunte AMA. La structure supra communale
maintiendra l’intervention des autres sociétés concessionnaires dans le reste de la ville - selon
l’organisation antérieurement mise en place par AMA-. Les autres collectivités sont prises en
charge par des concessionnaires privés que sont Delta Environnement, Intra-Com, UDE etc.

Il semble y avoir un léger mieux dans la prise en charge actuelle des O.M de la capitale,
bien que les questions cruciales et latentes n’aient pas encore été abordées en profondeur :
niches rudologiques, zones irrégulières, prise en charge des déchets dangereux, cas des
installations de traitement etc. Si la multinationale VEOLIA a des compétences avérées en
matière de prestations services déchets, tout comme d’ailleurs, l’avait SITA, parrain de l’ex-
SIAS, la pilule de l’affectation du groupe français aux espaces les mieux urbanisés de la
capitale, n’a toujours pas été avalée par les professionnels locaux. En tout état de cause, la
dualité actuelle dans le fonctionnement du service de propreté public à Dakar, rappelle un
mode de fonctionnement qui a longtemps été appliqué dans la ville et qui a montré ses limites
: la prise en charge différentielle des OM, ou collecte à la carte.

1
CISSE O, (2007). « L’argent des déchets. L’économie informelle à Dakar ». Editions KHARTALA-CREPOS. 164 Pages.

238
Chapitre II. Eléments d’anthropologie rudologique. Sociétés,
représentations et pratiques « déchets » dans l’espace dakarois.

Cette rétrospective de l’histoire récente de la gestion des déchets à Dakar a mis en exergue
l’implication de points cruciaux dans la situation actuelle du service à Dakar : croissance et
densification urbaine, développement de l’habitat et des activités, augmentation des niches
urbaines, ou encore inadéquation entre l’ampleur des missions déchets et les moyens
consacrés à ce secteur, qu’il s’agisse des sociétés de nettoiement ou des pouvoirs publics en
régie directe. Elle a permis d’apprécier la nature et la pertinence des politiques déchets mises
en place, de mesurer les manquements technico-administratifs, ainsi que certaines
implications politiciennes négatives. Souvent minorés, ces facteurs ont aussi été décisifs dans
l’explication des causes des dysfonctionnements du service de la salubrité de la ville.

Pourtant, chez certains auteurs, ce sont principalement les comportements


anthropologiques dits populaires, de groupes sociaux parfois différenciés, qui sont mis en
avant pour expliquer l’état hygiénique préoccupant voire désastreux des villes africaines, du
moins en ce qui concerne la prise en charge des déchets solides qui y sont produits. On
renverra à ZOA A-S qui échafaude même une théorie, presque exclusivement ethnologique à
cette problématique à Yaoundé, à travers un rôle et un comportement antinomiques des
citadins. L’auteur semble en effet avoir délibérément occulté la responsabilité et le rôle des
acteurs institutionnels de la gestion urbaine du service déchets qu’elle soit historique ou
actuelle : mise en place discriminatoire du service dés l’époque coloniale, évolution et
intervention de l’actuelle société de gestion (en l’occurrence ici HYSACAM).

Il apparait important d’analyser les implications sociologiques sur la question à Dakar, en


vue de vérifier l’existence éventuelle d’un rapport particulier des populations à l’ordure, qu’il
soit ou non lié à une culture rurale des néo citadins comme semblent le stipuler certains
auteurs. En d’autres termes, voir quelles sont les réelles implications des approches
socioculturelles dans la situation des déchets à Dakar, et quelle part elles en assument.

L’objectif est donc d’éclairer sur les persistantes amalgames associant chez les
populations, perception négative et dévalorisante des déchets, notamment ménagers et
absence ou défaut d’hygiène qui en découlerait, que ce soit en privé ou dans le domaine
public. Naturellement, en intégrant les différences d’échelles dans cette question de la prise en
charge de ces matières, on distinguera aussi deux niveaux :
- un niveau privé ou domestique qui est du ressort exclusif et individuel des
populations. Il s’agit généralement des procédés d’hygiène et de salubrité privés en
rapport avec la production et la prise en charge de déchets exclusivement ménagers.
- et un niveau public, généralement apanage des pouvoirs publics. Ils gèrent en
régie directe ou en mode externalisé (sous-traitance), la collecte, l’évacuation et
l’élimination des déchets urbains en général.
On évitera par ailleurs, d’imputer aux seuls foyers producteurs de déchets domestiques, des
phénomènes impliquant un ensemble d’autres producteurs présents dans la ville, d’extrapoler
des faits circonscrits à quelques groupes sociaux à l’ensemble de la population, ou de constats
valables pour les ordures ménagères, à l’ensemble de la production rudologique des espaces
étudiés. Quels que soient les domaines étudiés, l’extrapolation ne peut intervenir que lorsque
les observations se sont reproduites à une échelle suffisamment représentative sur des
éléments homogènes.

239
1. Déchets produits dans l’espace domestique et ou privé : une prise en charge
intérieure « convenable », du Plateau à Pikine.
Si en évoquant péjorativement le cas de Yaoundé, ZOA (1996, 80) estimait que les lieux de
vie s’y confondaient avec les lieux d’ordures, le seul point réellement incontestable dans son
affirmation réside dans le fait que tout lieu de vie pour l’homme, constitue de facto un lieu de
production d’ordures. D’ailleurs en considérant plus largement les déchets ou encore
l’ensemble des rejets solides, la remarque sera aussi valable pour les lieux d’activité socio
professionnelles, sans forcément revêtir une quelconque connotation négative.
En réalité, les productions n’ont jamais en elles-mêmes constitué une particularité, qu’elles
n’ont révélé de cas inédit scandaleux ; c’est plutôt autour des modalités de leur prise en
charge que peuvent graviter certaines interrogations, voire inquiétudes. En filigrane, la
question de l’hygiène et de l’élimination qui l’accompagnent, même si l’on peut aussi
s’intéresser aux effets de l’optimisation des rebuts. Cet aspect hygiène est en effet présent
dans les deux principales dimensions (de salubrité et…économique), inhérentes aux actions
déchet, et dont on retrouve au moins une dans l’espace domestique.
Nous n’aborderons toutefois pas de façon exhaustive l’ensemble des aspects traitant de
l’hygiène domestique et des pratiques économiques déchets chez les résidents de la ville, que
ce soit dans les foyers ou dans les lieux d’activités socioprofessionnelles. Seules seront
ciblées les principales perceptions sociologiques, ainsi que les pratiques saillantes en rapport
direct avec la prise en charge de la production rudologique. C’est le cas des facteurs qui
influent directement sur le volume ainsi que la composition des principaux de déchets que
l’on retrouve dans les poubelles. Sont aussi concernés, l’entretien du domicile et la tenue des
intérieurs, les habitudes de consommation alimentaires (de fréquence quotidienne), ou encore
celles moins quotidiennes telles que l’équipement du foyer et de ses occupants en biens divers
(habillement, ustensiles divers…).
On reviendra aussi sur la question des récipients à ordures, les modalités de
conditionnement et d’évacuation des déchets, sur la réutilisation, la différenciation, la
récupération et/ ou le recyclage en interne de certains matériaux désuets, ayant pour cadre le
domicile ; ces déchets pouvant aussi bien provenir de l’espace domestique, que de l’extérieur.
Enfin il sera question de l’élimination parallèle à domicile des déchets, pratique ayant parfois
pour cadre l’enceinte intérieure ou l’espace extérieur attenant à la concession qui lui est
rattaché. En somme :
- l’Hygiène, entretien et déchets produits.
- Les Activités de différenciation et/ou récupération des déchets.
- Et enfin les Pratiques d’élimination des déchets à domicile

1.1 Habitations
On a vu précédemment que seuls 18% des populations dakaroises disposaient d’une
poubelle réglementaire (généralement de type APROSEN) pour le conditionnement des
déchets domestiques solides. Dans les quartiers huppés des zones résidentielles ainsi que dans
des villas cossues logées dans les banlieues populaires, elles sont même parfois utilisées avec
des poches poubelles. Le reste de la population utilise des récipients divers, avec des
contenants de fortune variant en fonction de l’indice économique des ménages, mais aussi de
leur appréciation des matières résiduaires. Mais malgré la diversité du mode de
conditionnement avec l’existence de plusieurs types de poubelles selon les familles sociales,
les dakarois pratiquent en général le mono-stockage initial des déchets, avec des déchets non
différenciés. Les dissimilitudes constatées dans le conditionnement des déchets de l’espace
privatif, sont en effet très peu déterminants dans les modalités de mise en œuvre de l’hygiène
domestique.
240
Bien que d’origine rural, le peuplement de la ville qu’il soit originel ou ultérieur, est resté
très sensible aux questions de salubrité et d’hygiène individuelles. Et pour ce point, il se
dégage que quel que soit le secteur géographique concerné, les populations dakaroises (et
sénégalaises) restent très soucieuses de leur propreté domestique.
Rappelons en effet que la perception de l’hygiène domestique chez les populations
sénégalaises n’a pas connu de variations majeures à travers les générations, avec une
perpétuation des réflexes de propreté intérieure. Cette donne n’est tributaire d’aucune posture
1
sociale ; nonobstant la variation des niveaux socioéconomiques , sa mise en œuvre demeure
presque un principe de vie.
L’absence ou le défaut d’hygiène et de salubrité intérieure reste synonyme d'avilissement,
même si certains aspects du processus restent encore tabous. L’hygiène corporelle, tout
comme la satisfaction besoins naturels sont encore entourés d’une certaine pudeur : ce n’est
pas par hasard que les malinkés avaient donné à leurs W-C le nom de « soutoura » signifiant
discrétion.
Concernant les déchets issus de l’hygiène corporelle extérieure, cheveux, ongles, sont
généralement éliminés dans les toilettes ou pièces qui en font office. Le même traitement est
appliqué aux déchets sensibles tels que serviettes, cotons et tampons hygiéniques souillés
ainsi qu’aux préservatifs qui, dans la plupart des cas sont éliminés aux W-C. A noter que
l’utilisation de papier-toilette reste limitée aux foyers très aisés, et généralement en
association avec l’usage d’eau pour la toilette intime. Toutefois, beaucoup de familles
préfèrent encore incinérer les déchets biologiques issus de l’hygiène corporelle extérieure ;
certains de par leurs croyances estiment en effet que ces éléments ne doivent être mis à la
disposition des esprits malsains qui peuplent cavités et conduits d’évacuation des eaux vannes
et humeurs. A l’opposé des lames de rasoir, cotons-tiges, mailles, écorces ou gants de toilette
admissibles à la poubelle une fois utilisés ou usés, les déchets corporels ne doivent non plus
se retrouver dans les poubelles et par ricochet dans les lieux d’élimination des ordures. Là
aussi, la crainte est de voir quelque personne mal intentionnée les récupérer pour
d’éventuelles usages maléfiques.
Les rejets de déchets à même le sol, sont rares dans les maisons. Les matières sont
généralement déposées dans les récipients divers qui font office de poubelles.
Devenu quasi-rituel, l’entretien domestique n’obéi plus à une logique de rétablissement
d’un état de propreté entamé. Le ménage par exemple, est rentré au chapitre des pratiques
quotidiennes : effectué systématiquement tous les matins, il n’est quasiment plus tributaire du
degré de salissure de la maison. Aussi bien dans les appartements et maisons des classes
moyennes à aisées avec nombre réduit d’occupants, que dans les foyers populaires parfois
densément occupés (famille nombreuse ou élargie), la norme se situe autour d’une séance de
ménage tous les jours, effectuée par des domestiques ou par les femmes et filles au foyer.
Grosso modo, les pièces de vie de fréquentation libre sont balayées et nettoyées au moins
deux fois dans la journée, le matin et le soir, bien que certaines populations évitent encore
pour des raisons mystiques, de balayer et/ou faire le ménage, au même titre d’ailleurs que de
sortir les ordures le soir venu. Les lieux de repas et de réception, la cuisine ou pièce de
préparation alimentaire, ainsi que les pièces d’eau et toilettes, peuvent même être lavées
jusqu’à trois fois dans la même journée. Les chambres, plus intimes, moins fréquentées et
principalement accessibles au cercle familial réduit, se contenteront d’un passage le matin.

1
Il m’est arrivé durant la campagne de caractérisation de « tomber » sur des familles si démunies qu’elles ne présentaient pratiquement pas
de production de déchet conséquente à l’échelle de la semaine. Toutefois, cette misère économique n’entravait en rien la bonne tenue des
lieux. Dans l’une d’elle, la concession clôturée par une palissade se constituait d’une chambre principale quasiment vide de tout équipement,
à l’exception d’un lit, de deux nattes, de deux bancs et de quelques bols et bassines. L’autre pièce était constituée par le gaanouwaaye ou
coin toilette. Néanmoins, cette vacuité des lieux faisait davantage ressortir sa propreté : en effet l’ensemble était bien entretenu, la cour
balayée trois fois dans la journée et le ménage fait tous les matins.

241
Les toiles d’araignées aussi sont traquées : au-delà de constituer des indices révélateurs
gênants d’une demeure négligée, elles représentent pour certains sénégalais un signe porte
malchance, notamment financier.
Bien qu’éprouvants pour l’organisme en cas d’utilisation prolongée (du fait de la position
courbée qu’ils requièrent), les balais à nervures de palme restent les plus utilisés dans les
maisons, pour le balayage des pièces intérieures. Toutefois, les modèles à manche avec brosse
en fibres de coco connaissent une progression notamment dans les foyers aisés : évitant
l’adoption de cette position courbée le long de la séance de balayage, ils semblent surtout plus
adaptés pour les surfaces lisses (carrelage) ou parquet.
Absent de la quasi-totalité des foyers, l’utilisation d’un aspirateur dans l’entretien
domestique, reste rare même chez les couches aisées. Sans doute parce que chez les
particuliers, s’agissant du revêtement du sol, la préférence est donnée au carrelage et au lino
en lieu et place des parquets mais surtout des moquettes, d’entretien plus difficile et
nécessitant l’usage d’un aspirateur.
L’emploi de détergent (javel, crésyl ou mélange savon granulés-javel) dans l’entretien des
cuisines douches et toilettes, concerne aussi les sols carrelés ou cimentés, lors du lavage à
l’eau ; il révèle et intègre un souci de lutter contre la présence bactériale, avec en prime un
supplément olfactif. Cette dimension olfactive sera étendue à la fréquente consumation après
ménage et dans les pièces habitables, d’encens ; l’émanation de leurs vapeurs avec différentes
senteurs complète le processus de propreté et d’entretien physique des lieux. Bien que plus
inattendue, cette traque de la saleté implique aussi parfois le matériel de ménage qui souvent,
est différencié en fonction des endroits visités. On retrouve en effet généralement un kit balai-
serpillère (et parfois pelle) pour les pièces intérieures (chambres, salon…), et un autre pour
l’extérieur (cours en ciment ou celles non revêtue).

Pour le nettoyage du sol, certains disposent d’une serpillère pour les seules toilettes et
pièces d’eau, alors que dans le cas où le même ensemble serpillère, seau, eau doive servir
pour toute la maison, la progression se fait des pièces les plus considérées et les moins salies
(qu’elles soient plus fréquentées ou pas) : séjour ou chambres à coucher vers les endroits
supposés les plus souillés (toilettes). Une fois utilisée pour laver douches et W-C, l’eau y fini
généralement son itinéraire, au cas où il n’existe pas de parc à bestiaux à laver. Certains
préfèrent néanmoins se débarrasser de l’eau souillée en la jetant dans la ruelle ; c’est le cas
des populations ne disposant pas de systèmes d’assainissement liquide convenable, ou celles
voulant éviter de remplir trop légèrement leurs fosses septiques.
Peu de foyers procèdent au nettoyage du matériel d’entretien domestique lavable (seaux de
lavage et poubelles à ordures), même chez les familles ayant les pratiques les plus
méticuleuses. A noter d’ailleurs la progression dans les foyers aisés de l’usage du combiné
seau et serpillère à frange (ou balai espagnol) pour le nettoyage du sol.
Dans les concessions avec cour intérieure en terre (de moins en moins fréquentes), le sable
s’il est fin et sec sera tamisé de manière assez régulière (au moins deux fois dans la semaine)
afin d’en extraire les impuretés et les saletés. Même si le phénomène tend à s’estomper, chez
les populations habitant les zones peu urbanisées, une telle opération s’étend encore à l’espace
contigu aux concessions. Selon une représentation socio-spatiale encore bien ancrée, cet
espace attenant aux maisons est en effet considéré comme intégré à la maison donc, sous la
responsabilité des deux vis-à-vis, au nom de « l’effort rural de propreté » que l’on opposera à
1
une prétendue malpropreté paysanne .

1
ZOA. A-S, (1996). « Les ordures à Yaoundé. » Editions Harmattan 191 p

242
Avec l’urbanisation, la pratique en perte de vitesse a d’ailleurs quasiment disparu
notamment dans certains quartiers notamment au Plateau, d’autant que la plupart des artères
sont devenues neutres et/ou occupées par les activités. Pour certaines des populations l’ayant
maintenu, cet effort a été restreint au trottoir attenant, la donne ne changeant pas pour les
habitants des maisons de plein pied, alors que pour les immeubles d’habitation, ce sont aux
occupants du rez-de-chaussée que revient cette charge.

Du fait de ces balayages, les populations vont avoir tendance à sortir la poubelle autant de
fois que nécessaire de la concession, sauf dans le cas des quartiers couverts par une collecte
domiciliaire régulière. On a d’ailleurs pu voir durant les campagnes de pesée et
d’identification que près de 33,5 % des déchets domestiques à l’échelle de l’agglomération,
étaient constituées de fines provenant essentiellement de l’entretien du domicile par balayage
et/ou « ratissage » des endroits sableux (Voir Quatrième Partie).
Les déchets provenant de l’usure des biens divers (habits, chaussures, petits ustensiles
ménagers), sont plus rares, à cause naturellement de la fréquence plus élargie de leur
renouvellement. Néanmoins, on retrouve parmi les autres catégories de déchets solides
présentes dans les poubelles des ménages, les matières en cuir non extraites par les ripeurs et
récupérateurs.

Généralement, ce sont eux qui en effet captent puis remettent sur le circuit d’occasion
(Marchés de Colobane, Tilène…) l’essentiel des chaussures et sacs en bon état, trouvés dans
les poubelles des quartiers huppés, même si cette filière d’occasion absorbe aussi des produits
issus de vols (à domicile ou sur personne). Mais, si les récupérateurs déclarent trouver de
moins en moins de chaussures dans les poubelles c’est sans doute une conséquence de la
conjoncture économique. Mais, cette situation découle aussi du fait que pour les catégories de
chaussures les plus concernées (chaussures de sport), nombre de jeunes approvisionnent le
marché en troquant eux-mêmes leurs chaussures au bout de quelques mois d’utilisation, afin
d’en acquérir d’autres plus récentes. Dans les poubelles des quartiers populaires, où
chaussures et sacs en cuir légèrement abîmés, étaient déjà réparés chez les cordonniers
traditionnels, le phénomène s’est maintenu : on ne retrouve donc guère plus que des petits
objets en cuir (portefeuille ou porte-monnaie), très usés.
Les déchets textiles sont quant à eux constitués de fragments d’habits, de vieux vêtements,
linge de corps et draps. Généralement transformés en chiffons, ils auront déjà servi à divers
usages en rapport avec l’entretien domestique (entretien du mobilier, lavage du sol, repassage)
avant de se retrouver dans les poubelles. On notera d’ailleurs que les rares fois où l’on
retrouve ce type de déchets dans les poubelles correspondent aux périodes festives, veilles de
grandes fêtes religieuses de l’Aïd-El-Kébir encore appelée Tabaski ou fête du mouton, ainsi
que de l’Aïd-El-Fitr (Fête de fin du Ramadan ou Korité).

Cette remarque particulièrement valable pour les déchets textiles, s’explique du fait de
l’acquisition dans la quasi-totalité des ménages, d’habits neufs pour la circonstance, souvent
prétexte à une sorte d’inspection de la garde robe de la famille. Toujours est-il que c’est
durant ces périodes que l’on retrouve une plus grande proportion de rejets d’habits usés, ou
presque « entiers ».
Ce sont donc les déchets alimentaires ou de cuisine, qui constituent la plus forte proportion
de matières déchets ménagers produits dans les foyers à Dakar, avec une moyenne de 34, 55
%. Au chapitre de ces déchets, ceux provenant de la consommation de denrées comme le riz,
les légumes, les viandes diverses, mais surtout le poisson.

243
S’agissant des viandes de bovins, d’ovins et de caprins, celles plus fréquemment
consommées, les populations se fournissent généralement auprès des boucheries modernes ou
traditionnelles, qui elles-mêmes s’approvisionnent en carcasses déjà préparées auprès de la
société d’abattage officielle (SOGES). Peu de déchets provenant de ces denrées sont ainsi
produits par les foyers, hormis durant les périodes spéciales de fêtes, notamment celles
religieuses précédemment citées, et durant lesquelles les familles procèdent à des abattages à
domicile. Tripes et boyaux entrant dans la préparation de certains plats étant aussi déjà
préparés en amont par les professionnels, les consommateurs produisent peu de déchets de
viscères provenant de ces vivres frais, à l’exception des os résiduels.
C’est aussi le cas des viscères de volaille que l’on retrouve de moins en moins dans les
poubelles domestiques. Bien que certains préfèrent encore acheter leur pièce de volaille
(généralement poulet) et la préparer, la tendance est à l’achat de produits PAC à préparation
plus simple. C’est ce qui explique qu’en définitive seule de la peau et des os de volaille se
retrouvent dans les poubelles des ménages, exceptés dans ceux des foyers où la peau de
volaille est appréciée. Toutefois on note une consommation moins régulière dans les foyers
populaires de viandes et volailles ; sans doute du fait de la flambée des prix de ces denrées.
Cet espacement peut aussi expliquer la raréfaction de telles matières dans les poubelles des
foyers.
La situation est différente pour le poisson encore largement acheté entier par les ménages.
Leur préparation induit une production non négligeable de déchets, dont les fameuses viscères
appelés « Tiakhone », matières à putréfaction rapide. Malgré l’augmentation constante de son
prix due à la pression sur la ressource (combinaison de facteurs climatiques globaux
défavorables et d’une surexploitation massive opérée par les flottes étrangères à la faveur
d’accords de pêche), le poisson reste au niveau national la première source de protéines pour
les populations. Le marché occidental absorbe la plus grosse partie des captures de poissons
nobles ; les populations se rabattent donc sur les espèces moins prisées pour la variante
produit frais (yabooye) ou sur les déclinaisons plus abordables telles que le poisson salé-
séché, salé-fermenté ou salé-fumé (braisé). Viscères et arêtes figurent parmi les déchets de
poisson que l’on retrouve donc régulièrement dans les poubelles des ménages.
Globalement, c’est en raison des déchets putrescibles, mais aussi de la chaleur qui accélère
leur décomposition, que beaucoup se refusent à confiner à l’intérieur des pièces, des poubelles
renfermant des matières organiques ; leur présence rendrait l’air d’autant plus irrespirable que
le passage des véhicules de collecte s’avérera irrégulier. C’est d’ailleurs à cause d’elles que
certains acteurs officiels comme l’APRODAK ont un temps lancé des campagnes pour le
moins surprenantes.

La structure suggéra par exemple aux populations, de mélanger les déchets de poissons à
de la cendre, avant de les mettre dans des sachets plastiques. L’ensemble devait être congelé
dans les frigos pour ne pas empester la maison, si les véhicules de ramassage des ordures
1
tardaient à passer . Mais l’initiative très improbable avait peu de chances de recueillir des
échos favorables auprès des populations ; aussi bien celles disposant d’un réfrigérateur que
celles qui n’en sont pas équipées préfèrent fort logiquement d’ailleurs déposer leurs déchets
dans les lieux d’élimination anarchique, plutôt que des les conserver à domicile, de surcroît
dans leur réfrigérateur.

1
Quotidien l’Info. 7 novembre 2000.

244
On retrouve globalement la même situation dans les lieux d’habitation spéciaux que sont
les casernes ou camps militaires et paramilitaires. Ces sites ont généralement un
fonctionnement hybride, abritant à la fois des locaux professionnels en rapport avec le métier
des armes (bureaux, garages, salles de sport, réfectoire, salles de tir etc.), mais aussi parfois
des immeubles et maisons de plain-pied, où sont logés policiers, militaires, ou gendarmes.

Que ce soit dans les casernes et camps sénégalais ou dans ceux étrangers (base aéronavale
française), les fonctionnaires et leurs familles produisent principalement dans les maisons, des
déchets dits ménagers, confinés selon les mêmes modalités qu’à l’extérieur. Pour ces aspects,
la vie en caserne même en autonomie (la base française dispose même d’un centre
commercial), n’est qu’une reproduction en miniature des modes de prise en charge que l’on
retrouve dehors.

Dans les casernes nationales, les bâtiments d’habitation ne sont pas toujours de
construction récente. A l’image de certains édifices publics comme les hôpitaux, les écoles,
ou les administrations, ils présentent parfois des problèmes d’entretien administratif : façades
vieillissantes, murs intérieurs lézardés, fuites d’eau, peinture défraîchie etc. Toutefois pour ce
qui relève de l’entretien au quotidien par les occupants, on retrouve les mêmes principes
hygiéniques que ceux qui sont appliqués dehors.
Les modalités de conditionnement domestique des déchets y varient donc aussi en fonction
de l’indice économique des ménages, des modes de consommation et de la perception des
matières déchues. Elle explique aussi l’existence du même schéma de confinement avec
l’opposition poubelles de fortune/poubelles aux normes, ainsi que les mêmes réalités de
stockage, selon que l’habitat soit vertical ou horizontal, et le taux d’occupation de l’espace
intérieur, dense ou plus lâche. A ce niveau, seuls les ménages vivant des les casernements
français présentent une certaine homogénéité, dans les modalités de production et de
confinement des matières résiduaires, un peu à l’image de la situation constatée à l’extérieur,
dans les enclaves ouest de la ville, précédemment décrites comme privilégiées. Et comme à
l’extérieur, ce sont les parties communes qui se retrouvent moins bien entretenues.

S’agissant des activités de différenciation et/ou récupération des déchets, on peut déjà
signaler que très peu de dakarois jettent des déchets encore récupérables ou réutilisables ; la
vieille et traditionnelle pratique de l’auto récupération domestique des matières déchues ou
usagées a été de tout temps adoptée par les populations. Cette pratique qui concerne aussi bien
la fraction organique que celle non organique des déchets solides, s’explique principalement
par des motivations économiques, bien que quelques référents religieux soient parfois
avancés.
On avait souligné dans la première partie que l’essentiel des ménages rejetant des déchets
encore recyclables, sont localisés dans les zones huppées de la capitale : ce sont les résidents
de ces zones d’habitat urbanisées (ou enclaves occidentales privilégiées, présentant au niveau
de vie allant de moyen à élevé), et faisant partie des 18 % de foyers de la région dakaroise
disposant de poubelles dites aux normes. Ces ménages habitent le quartiers des Affaires et
Administratif du Plateau, Fann-Hock, Fann, très tôt concernés par la collecte officielle. Sont
aussi concernés certains habitants des SICAP et HLM, Mermoz, Hann Mariste, Sacré-Cœur,
Dieuppeul zones d’extension planifiée, ainsi que la poche des Almadies dans le secteur Ngor-
Yoff. On peut aussi y ajouter les casernes françaises du Plateau et de Ouakam.

245
Pour la fraction non organique, les chaussures et sacs, les ustensiles de cuisine (pots,
récipients, calebasses, marmites) etc., progressivement usés par l’utilisation quotidienne dans
les ménages, étaient très souvent rafistolés et retrouvaient une seconde vie ; on a d’ailleurs
évoqué le rôle joué dans ce processus par les cordonniers, les Baye Diagal et les forgerons
chez les couches populaires. Toutefois, jusqu’à un passé récent, ustensiles ferreux
traditionnels (fourneaux, grilles..), non ferreux (bols, pots et marmites en aluminium) ne
pouvant être réparés, étaient définitivement voués à la poubelle.
C’est sous l’effet combiné de la hausse des prix de l’aluminium et du fer, mais aussi du fait
de l’invasion de certains ustensiles à base de plastique, que ces matières (déchets ferreux et
non ferreux) antérieurement négligées ont commencé à progressivement prendre de la valeur.
Récupérés par des filières bien organisées, ces déchets sont désormais troqués auprès
d’acheteurs ambulants indépendants ou associés qui approvisionnent l’artisanat local, ou des
grossistes constituant des stocks rachetés par des opérateurs ciblant le marché de
l’exportation.
Si à Dakar, la fraction organique contenue dans les poubelles occupe encore une proportion
assez importante avec 34, 55 % des déchets, ce chiffre est trompeur car comportant quelques
nuances : il n’inclue quasiment plus de déchets et restes de repas.

Il faut dire que traditionnellement, les résidus alimentaires n’étaient déjà considérés
comme déchets que lorsqu’aucun usage à titre de nourriture ne pouvait en être fait pour les
hommes ou …les animaux domestiques. Cette pratique tient d’une approche socioreligieuse
notamment musulmane qui interdit le rejet d’aliments ou nourritures encore comestibles, par
respect à l’égard des vivants dans l’impossibilité de satisfaire ce besoin vital. Dans certains
quartiers, des gamelles remplies de nourriture ou de reste de repas étaient même placées
devant les portes des maisons, afin que des nécessiteux (mendiants, déficients mentaux errants
et même pour certains, les esprits et « djinns »), puissent se servir de manière discrète et
anonyme aux heures chaudes (entre midi et 14 heures), moments durant lesquelles les ruelles
étaient désertes.
Depuis, une motivation économique est venue s’ajouter, voire parfois se substituer à ce
respect quasi religieux des aliments et nourritures corporelles. La période d’abondance ayant
fait place à une crise économique persistante qui a renforcé la lutte contre le gaspillage, la
pratique de la gamelle providentielle, a ainsi quasiment disparu.

Pour les repas, les familles préfèrent garnir raisonnablement le plat du jour, et
éventuellement procéder à un second service en cas de besoin, plutôt que de remplir
copieusement et sans compter les bols et assiettes d’entrée. Dans les rares cas où il y’en a, les
reliefs de repas désormais récupérés, sont maintenant réservés comme goûter pour enfants,
dans les familles populaires ou destinés aux mendiants chez les couches moyennes. La
démocratisation du réfrigérateur joue aussi probablement en faveur de cette tendance. En
fonction du niveau social des ménages, ces restes constitueront aussi parfois une aubaine pour
certains adolescents ou jeunes adultes ; bandes de copains, chômeurs ou désœuvrés sociaux
qui veillent tard le soir en buvant le thé, cassent régulièrement la croûte avec, et lui ont même
donné le nom de bol-doff (ou gamelle du fou).

En fonction des saisons, les autres déchets alimentaires produits par le foyer tels que les
résidus de cuisine (épluchures de fruits et légumes, aliments souillés…), ainsi que le reste des
détritus solides organiques (feuilles et écorces, thés et infusions, coques, peaux etc.), sont
partiellement collectés pour nourrir le petit élevage domestique personnel ou celui du voisin,
notamment dans les quartiers populaires. La pratique était d’ailleurs présente chez toutes les
sociétés humaines ayant adopté l’élevage (sédentaire ou itinérant), avant que le
développement des entités urbaines et leur mode de fonctionnement ne l’aient restreinte
globalement aux seules marges rurales.
246
Toutefois, quelques citadins perpétuent encore cette tradition du petit élevage ; selon
1
DIAO M.B , l’élevage de mouton à Dakar concerne près d’une maison sur deux, avec 47 %
des populations en possédant pour des raisons culturelles ou religieuses. Si
l’autoconsommation lors des fêtes religieuses (63,1 %) et notamment la Tabaski constituent
les moments privilégiés de déstockage avec 42 % des abattages, on peut aussi signaler qu’une
coutume en baisse mais encore présente, veut que les familles disposent dans le foyer d’un
petit ruminant domestique, en général, un mouton (blanc de préférence). Jouant le rôle de
« paratonnerre », cet animal recueillerait d’éventuels catastrophes (décès, accidents) dont
pourraient être victimes des membres de la famille. Presque considéré comme un animal de
compagnie, ce mouton n’était en général pas sacrifié lors des cérémonies religieuses (fêtes
musulmanes…) accompagnait la vie de la famille jusqu’à sa mort (de vieillesse, maladie ou
accidentelle).
S’agissant des ménages disposant d’un élevage domestique (généralement ovins et
volaille), le parc à bestiaux et/ ou le poulailler, est aussi quotidiennement balayé, et nettoyé en
moyenne une fois par semaine. Toutefois, chez ceux devant laisser les animaux dehors en
journée, un petit enclos est aménagé à côté du mur de la concession, ce qui permet aux plus
prévenants de ces éleveurs domestiques ou à ceux habitant des zones assez urbanisées (avec
risques d’accidents), de limiter les pertes. Pour les autres, les animaux laissés en divagation,
partent récolter leur nourriture notamment sur les PAV et dans les dépôts anarchiques, mais
reviennent généralement d’eux-mêmes le soir pour rentrer à l’établi, sauf cas d’accident ou de
vol. L’étable en question à l’intérieur de la concession peut aller d’un véritable enclos bien
aménagé, à un simple réduit, en passant par un coin de la cour intérieure que les animaux
devront libérer dés le lever du jour. Les déjections animales qui en sont extraites sont souvent
mélangées à de la terre : chez beaucoup d’éleveurs domestiques, le sable propre fait office de
litière pour animaux. Ce mélange terre-déjections presque fumier, sera éliminé en même
temps que les OM durant la collecte en PAP, (ou en bout de rue) ou dans des dépôts
anarchiques. D’ailleurs nombre d’éboueurs en remarquant une trop grande présence desdites
matières refusent de vider les poubelles qui les contiennent. Mais, ces rappels à l’ordre
destinés à leurs propriétaires se soldent souvent par l’abandon pur et simple du récipient et de
son contenant ; non évacué par les éboueurs ces récipients maintiennent dans les PAV une
impression d’insalubrité permanente.

Toujours est-il que l’ensemble de ces activités a un soubassement principalement


économique, même si certains auteurs ont voulu y voir des phénomènes socio
anthropologiques ancrés. On a en effet vu ZOA stigmatiser des pratiques populaires
domestiques en évoquant une proximité quasi gratuite avec la matière selon des référents
psychosociologiques émotions, passé, vécu etc. L’auteure a même, évoqué des populations
réfractaires à la propreté et à l’hygiène. Bien qu’ayant abordé la récupération artisanale de
déchets pratiquée à l’échelle domestique, elle ne semble pas avoir intègre la dimension
économique de l’activité (production à usage personnel ou commercial), replacée dans un
contexte de précarité sociale. Il semble en effet que l’auteure soit tombée dans cette approche
manichéenne qu’elle dénonce, lorsqu’elle évoque la non prise en compte de certains
paramètres anthropologiques lors de l’élaboration des politiques déchets pour les villes
africaines, pour des activités relevant bien comme ailleurs de motivations économiques.
Pour ZOA qui stigmatise toute pratique classique de récupération domestique des déchets,
devraient être concernés aussi bien l’utilisation de déchets organiques et alimentaires comme
apport de nourriture pour le bétail, que le stockage pour revente de matériaux ferreux ou non
ferreux par les ménages africains.

1
DIAO M-B, (2004). « Situation et contraintes des systèmes urbains et périurbains de production horticole et animale dans la région de
Dakar ». Cahier d’études et de recherches francophones / Agricultures. Vol 13 n° 1. Janvier-Février 2004. L’alimentation des villes. Etude
originale. Laboratoire national de l’élevage et de recherches vétérinaires, Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA), BP 3120, Dakar.

247
L’auteure devrait donc aussi dénoncer l’utilisation du composteur individuel, par les
populations habitant les quartiers pavillonnaires huppés et disposant d’un petit jardin ou
potager ; la finalité économique reste somme toute identique, que ce soit par revente du
compost (parfois aux collectivités), ou par son utilisation directe pour l’amendement du
potager. Bien que se matérialisant sous forme de contrainte, on retrouve aussi cet objectif
économique dans l’effort de réduction du volume de déchets présenté à la collecte, effort
institué dans certaines villes développées. Les consommateurs sont en effet appelés à payer en
fonction de la quantité de déchets qu’ils présenteront à la collecte. Ils s’exposent à des
sanctions, en cas de non respect du tri à domicile institué en cause nationale dans les pays
développés. Dans le cas où l’auteure met en cause les populations des villes du sud et des
petits producteurs domestiques travaillant à titre semi professionnel avec la matière déchet, le
constat qui se dégage montre qu’ils le font aussi pour des raisons exclusivement économiques.

Hormis l’usage direct de déchets comme matière première ou intrant, la particularité du cas
africain réside dans l’utilisation du lieu de résidence, comme lieu de différenciation ou de
production de matière (organique ou non organique). En cela, la pratique dans l’espace
d’habitat d’une activité à vocation économique n’est pas récente ; on renverra à la création des
premières unités de production artisanales qui eurent pour cadre le foyer domestique.

Du fait de l’évolution des procédés et techniques, ce mode de production s’est effacé à la


faveur de l’industrialisation et de la transition vers des unités plus grandes. Toutefois,
l’utilisation du domicile comme lieu de travail s’est maintenue pour certains secteurs
d’activité tels que le micro-commerce, les services à la personne (restauration de rue,
lavandières-repasseuses, confection et habillement). Ces services à la personne rejoignent en
général un aspect de l’économie informelle qui constitue d’ailleurs une perfusion pour
l’économie des pays en développement tant par son potentiel économique que par son rôle
social.

En Afrique, toute activité de différenciation, de récupération et de rentabilisation à


domicile des déchets à titre personnel, semi professionnel ou professionnel, participe aussi de
cette dynamique ou processus économique à gain directe et/ou immédiat. La contrainte
institutionnelle ou technique imposant la pratique du tri à domicile étant en effet
inexistante.S’agissant des déchets organiques, leur récupération domestique à titre de
fertilisant pour les champs (jardinage-agriculture ou commercialisation des produits), excluait
les excréments humains et ne concernait généralement que les matières inoffensives : déchets
alimentaires, végétaux etc. Mais cette activité ne se maintient guère plus que dans les zones
rurales de l’agglomération où l’association d’excréments et d’humeurs liquides est parfois
pratiquée, les agriculteurs stockant la matière directement dans les champs ou sur les espaces
agraires à exploiter. Pour les déchets non organiques, c’est aussi le facteur économique qui
oblige certains à faire le choix de l’adaptation du lieu de résidence en espace de travail, en
fonction des potentialités qu’offre son emplacement (proximité des lieux d’écoulement, ou
des sites de gisement), là où d’autres qui en ont la possibilité financière et après avoir pris en
compte les coûts de fonctionnement (location, taxes..), préfèreront acquérir un paak ou
emplacement professionnel de stockage de matériau déchet.

La critique de cette proximité avec les déchets, devrait aussi être plus acerbe concernant le
cas des populations ayant choisi de s’installer sur les décharges. Pourtant on sait que ce choix
de s’implanter sur les lieux de concentration de la matière première, résulte d’un processus
d’optimisation des conditions des gains, facteur qui va par ricochet influer sur les conditions
sociales (amélioration du niveau et de la qualité de vie). On a en effet vu les récupérateurs
avoir des revenus mensuels plus importants que ceux de populations avec un travail plus
noble et plus gratifiant (fonctionnaires, agents de production…).

248
Globalement, la principale difficulté pour les acteurs de cette filière ayant adopté cette
forme de production, est de parvenir à concilier dans l’espace d’habitat, une activité de
production à vocation économique menée avec une matière première particulière car
présentant des nuisances olfactives, sanitaires etc. En comparaison, bien que présentant des
limites (non paiement de redevances…), ce secteur informel n’apparait cependant pas comme
nuisibles. De même, les tares et limites des procédés de récupération des déchets (défaut
d’hygiène…) ne doivent pas faire de l’ensemble des activités économiques tournant autour
des déchets, des pratiques à condamner.

Pour ce qui est de l’élimination des déchets, on ne peut pas réellement parler, de
l’existence d’une pratique d’élimination in situ. La quasi-totalité des ménages procède
généralement à l’élimination des déchets en dehors des habitations, et plus précisément sur le
domaine public : par la collecte officielle ou par les mécanismes parallèles. Ces mécanismes
parallèles ont trait aux rejets dans des dépôts anarchiques, à l’enfouissement ainsi que le
brûlage artisanaux, pratiques qui ont généralement cours à l’extérieur des habitations.

Toutefois, une faible proportion de ménage localisés dans les zones rurales, pratique
épisodiquement l’incinération ou l’enfouissement de résidus ménagers dans un coin de la cour
de la concession. Ce procédé qui permet de fertiliser le petit jardin intramuros est quasi
inexistant dans les zones urbanisées et même si le lien n’est pas forcément établi, on peut
penser que le fait d’être puni par le code de l’hygiène y est pour quelque chose. Signalons en
effet que jusqu’à un passé récent, l’administration sanitaire par le biais du Département de
l’Hygiène, avait un droit de regard sur les questions d’hygiène et de propreté domestiques.
Elle effectuait ainsi des contrôles inopinés, les ménages contrevenant au code de l’hygiène
domestique étaient verbalisés et sanctionnés, dénotant l’implication de l’autorité publique
même pour le volet privé de l’hygiène des populations.

Quant à l’utilisation directe des ordures à titre de matériau de remblai, elle a aussi un
soubassement essentiellement économique. On reviendra sur le cas particulier de certaines
populations des zones inondables de la banlieue de Pikine qui en la pratiquant tentent de
maintenir leur concessions « hors de l’eau ». Démunies au point de ne pouvoir acheter des
charrettes de sable ou de gravats, elles se voient contraintes et forcées d’adopter une attitude
autre que celle traditionnellement observée vis-à-vis des déchets, en utilisant à contrecœur les
ordures pour remblayer les cours de leurs concessions ou les artères de leur quartiers. On
retrouve cette pratique dans la plupart des banlieues pauvres et non structurées des villes de
pays en développement (Manille, Port-au-Prince, Le Caire etc.). L’initiative tributaire à Dakar
aussi, de l’extrême précarité des conditions sociales desdites populations, reste très localisée
et ne peut être sujette à extrapolation.
En résumé, on peut noter qu’aucun rapport intime, sacré ou de proximité au déchet n’est à
signaler dans le cas dakarois, mais uniquement des pratiques utilitaires déjà citées, de
récupération à vocation économique ou matérielle des matières. En dehors des populations
pratiquant le remblai avec les ordures, peu de procédés d’élimination en interne des déchets
ont été rencontrés. Par contre, cette perception péjorative qui accompagne le déchet dés le
stade de production domestique est encore bien présente, en vertu de la représentation de
nuisance salissante qu’en ont les populations. Elle explique d’ailleurs que pour le passage à
l’espace de collecte ou d’élimination, les domestiques soient généralement désignées pour
cette tâche. La perpétuation de cette forme de salariat maintient d’ailleurs cette habitude qui à
Dakar évite ce nécessaire contact entre le(s) producteur(s) et ces matières lors de
l’éloignement ou de la présentation à la collecte.

249
1.2 Lieux « clos » d’activités.
Comme dans la partie précédente traitant des lieux d’habitation, il sera question ici aussi de
l’hygiène, de l’entretien, ainsi que des modalités de production et d’élimination des déchets.
Pour les endroits et secteurs concernés, on abordera aussi les aspects différenciation et
récupération de certaines matières déchets.

1.2.1 Activités professionnelles : unités de production, espaces


d’enseignement, établissements de santé etc.
Si les implantations diverses à caractère commercial ou de production (commerces, Très
Petites Entreprises) que l’on retrouve dans la ville ne bénéficient pas du même
traitement hygiénique que celui dont bénéficient les lieux d’habitation, des minimas de
salubrité leur sont toutefois appliqués. Généralement, c’est le statut officiel ou informel des
lieux, le caractère clos ou ouvert de l’espace de travail, ses dimensions et la nature des
activités qui y sont menées, qui détermineront certains aspects de cet entretien. C’est le cas
pour le balayage (et le choix du moment du balayage), de même que pour le conditionnement
systématique ou non des matières résiduaires qui y sont produites.
Globalement pour l’ensemble des activités commerciales traditionnelles, le balayage de
l’espace de travail (ou du lieu d’activité marchande ou professionnelle) demeure justement le
premier acte du matin, balayage étendu aux parties communes attenantes. Bien que l’entretien
des parties communes des marchés et des trottoirs, doive en principe revenir aux services
municipaux, communaux ou à l’organisme officiellement chargé du nettoyage, ce sont
généralement les occupants des boutiques, ceux des souks qui les bordent, ainsi que les
tabliers installés en pleine rue, qui s’en chargent. Comme dans les zones d’habitation,
l’espace séparant les deux vis-à-vis est virtuellement partagé en deux, chacun se chargeant de
l’entretien de sa partie. S’agissant toujours du balayage, certains s’arrangent pour l’effectuer
par rotation, alors que d’autres s’acquittent de cette tâche en guise de compensation à l’égard
des magasins et boutiques dont ils occupent les devantures. C’est notamment le cas pour les
vendeurs disposant une petite table sur les trottoirs (vendeurs de nourriture ou de babioles),
ainsi que ceux dénommés « vendeurs par terre » sont quasi obligés d’effectuer le balayage de
leur espace de travail le matin même. Les endroits non clos qu’ils s’approprient en journée,
retombent en effet dans la neutralité publique le soir venu et s’exposent à des salissures
diverses dues à leur fréquentation par les piétons qui y abandonnent de petits déchets.
Dans les commerces ou petits ateliers de production ayant pignon-sur-rue et présentant une
production de déchets professionnelle, un entretien est effectué le soir avant la fermeture, que
ce soit dans le magasin du libanais spécialisé dans la vente de textiles, dans « l’atelier » du
cordonnier ou dans les drogueries, appelées ici quincailleries. C’est aussi le cas chez les
commerçants disposant de « cantines » et écoulant des produits, peu vecteurs de déchets
(vendeur de montres, ou d’articles divers). Effectué par le (s) actifs (s), leurs apprentis, ou
même parfois des commis qui généralement font aussi office de vigiles, ce balayage
s’accompagne d’ailleurs généralement d’une petite séance d’aspersion d’eau qui, tout en
jouant le rôle fixateur des poussières, obéit à une libation purificatrice que ce soit dans le
prestigieux Sandaga ou dans les dédalles de la fourmilière « Ndiaréem » à Guédiawaye. En
fonction des quantités concernées, ces actifs se chargent aussi généralement de disposer les
résidus de balayage sur les accotements de la chaussée, ou d’aller les éliminer avec le reste
des ordures dans les bennes à ordures ou dépôts de déchets avoisinants. C’est le cas dans les
secteurs qui ne sont pas couverts par la collecte en PAP ou qui souffrent d’une irrégularité
dans le passage des camions-bennes. La pratique permet à la quasi-totalité des marchés de la
ville, de ne pas voir leurs dédales se retrouver noyées sous les immondices, d’autant que les
agents municipaux chargés de leur entretien sont souvent débordés, du fait de leur nombre
réduit pour les tâches à accomplir. On y reviendra dans la partie consacrée aux commerces.

250
(3.3.2 Lieux d’activités commerciales).
L’entretien au quotidien des bureaux et bâtiments administratifs, des locaux des entreprises
du tertiaire ainsi que des bureaux logés dans les sites de production ou d’activité (grandes
unités industrielles, grands pôles de communication et d’échange comme le Port ou
l’Aéroport de Dakar ou PME), est en général assuré par des entreprises de nettoyage ou un
petit personnel d’entretien. Dehors, la cours d’accueil fait l’objet d’un balayage et d’un
entretien régulier, notamment lorsqu’il existe des surfaces fleuries. A l’intérieur, l’effort se
concentre sur les bureaux, toilettes, pièces fréquentées et parties communes, alors que réduits,
salles d’archivage et autres dépendances…sont plus rarement visitées. Dans les usines et
locaux de production, des équipes de nettoyage industriel interviennent pour la maintenance
mécanique des machines et chaînes de production. Comme ailleurs, les ateliers et postes à
production régulière de déchets, que ce soit dans les usines ou les garages et fabriques
diverses, sont nettoyés par les ouvriers à la débauche, y compris dans le cas des sites
fonctionnant par rotation d’équipes. Très peu de PME disposent d’équipes de nettoyage
spécialisées pour les sites de production comme c’est le cas des grands groupes industriels
(ICS, SENELEC…). Les établissements hôteliers disposent en général de personnel
d’entretien pour certaines tâches (nettoyage des chambres et suites), entretien des espaces
verts et maintenance diverse. Là aussi, en dépit des normes propres à ce secteur, les niveaux
de prestation d’hygiène sont pour beaucoup déterminés par le standing de l’établissement
(nombre d’étoiles, réputation etc.). Dans les restaurants haut de gamme comme dans les
enseignes de restauration rapide (fast-food), c’est le personnel de cuisine ou les agents de
service polyvalents qui assurent l’entretien des lieux. Généralement, les normes d’hygiène
sont respectées avec des poubelles réglementaires, la présence d’une chaîne du froid, et des
équipements personnels pour le service alimentaire : gants alimentaire, tabliers, coiffe etc.
Dans le secteur de la grande distribution, les établissements en fonction de leur taille et de
leur prestige se contentent de la polyvalence de leurs employés et personnels subalternes, ou
ont recours à des entreprises d’entretien spécialisées. Ainsi, les grandes enseignes
commerciales comme CASINO paient les services d’entreprises de nettoyage, alors que
d’autres plus réduits optent pour un entretien assuré par un personnel interne. Ces aspects
seront précisés plus loin en abordant la question dans les lieux d’activités commerciales
([Link]).

C’est d’ailleurs le même schéma que l’on retrouve dans les établissements de santé. Les
grands centres hospitaliers comme PRINCIPAL ou Le DANTEC, ont recours à des
entreprises de nettoyage, ou à des sociétés d’entretien extérieures. En revanche, pour les
dispensaires et centres de santé de taille plus réduite, gardiens, commis ou hommes à tout
faire font souvent office d’agent de nettoyage. L’entretien de l’intérieur des établissements de
santé est globalement satisfaisant, les modalités de prise en charge des déchets médicaux
restent peu convenables. On y reviendra plus amplement dans la quatrième partie en traitant
des déchets médicaux et biomédicaux (DMB) ou DASRI. Signalons aussi que les centres de
santé et autres dispensaires de banlieue voient souvent leurs murs d’enceinte pollués à
l’extérieur et du côté le moins fréquenté, par quelques rejets d’ordures, découlant
principalement de leur transformation en PAV.
Les bâtiments et locaux militaires et paramilitaires n’échappent pas à un entretien
méthodique : hormis sa dimension hygiénique, la propreté y est aussi considérée comme
relevant de la rigueur et de l’ordre que doivent véhiculer ces corporations ou corps de métiers,
au nom de la triade sécurité-beauté-propreté. Les tâches d’entretien sont généralement
effectuées par un personnel militaire ; des soldats de première classe sont affectés à l’entretien
des bâtiments, dortoirs et parties communes. Si cet entretien est quasiment sacralisé, certaines
variations sont constatées pour les bâtiments et ensembles administratifs ainsi que les
casernements, selon leur prestige, leur localisation dans la ville et leur place dans la
hiérarchisation du commandement.
251
Ainsi, les centres de commandement que sont Dial DIOP ou le Service de l’Intendance des
Armées ou encore les casernes Samba Diéry DIALLO et la LGI de Mbao, ont une tenue
impeccable, alors que le reste (Ouakam, Thiaroye etc.) présentent un aspect mitigé. Ce constat
est renforcé par la forte présence de surfaces sablonneuses non construite, bitumées ou
stabilisées.

Certaines casernes abritant en même temps des locaux et bureaux à usage professionnel,
présentent aussi une production que l’on peut qualifier de professionnelle, avec des déchets
d’administration, mais aussi des résidus alimentaires. C’est le cas des casernes disposant d’un
réfectoire ou d’une cantine de restauration où les déchets sont stockés dans des bacs à ordures
de l’organisme de collecte ou dans des fûts ouverts. Hormis d’être en quantités plus
importantes, ces déchets présentent des caractéristiques similaires à celles des déchets
alimentaires et d’emballage des ménages extérieurs. En fonction des casernements on
retrouve aussi des déchets non assimilables aux ordures ménagères, et qui sont d’ailleurs de
production moins régulière. La plupart de ces déchets sont liés aux activités d’entretien du
matériel et de la logistique qu’utilisent ces professions militaires et paramilitaires (garages
mécaniques). C’est notamment le cas des véhicules professionnels hors d’usage ou désuets :
bien que généralement revendus à des filières de récupération extérieures, certaines carcasses
de ces véhicules peuvent demeurer à l’intérieur de ces casernes pendant des années. Quant
aux autres déchets non ménagers, ils proviennent aussi bien de la construction ou de la
réfection de locaux (gravats), de l’entretien des bâtiments et espaces verts (tonte de pelouse,
élagage d’arbres), que du fonctionnement de certaines infrastructures annexes (salles de sport,
infirmeries et locaux de soin).

Dans une moindre mesure, commissariats et postes de police aussi sont dans le même cas
de figure : on y retrouve aussi bien des déchets assimilés ménagers (papiers, cartons, restes
ménagers etc.), stockés dans des bennes de l’organisme de collecte, que des déchets verts ou
résultant d’élagage, souvent incinérés dans les arrière cours. Quelques grandes entreprises
(aéroport, port) qui disposaient aussi de bennes à ordures leur permettant ainsi d’avoir une
certaine autonomie en la matière, ont choisi depuis quelques années d’externaliser ce service,
afin notamment d’en réduire les coûts. Si les prestations qui leur sont proposées par les
sociétés de collecte sont assez satisfaisantes avec des passages réguliers, les méthodes
d’élimination restent pour là aussi plutôt sommaires, avec une simple mise en décharge
directe à Mbeubeuss de déchets aussi bien assimilés ménagers que des DIB (cartons, bois,
emballages etc.).
Si pour les administrations une surveillance et des contrôles à vocation sanitaire sont quasi-
inexistants, dans les établissements scolaires publics en revanche, et surtout dans ceux du
primaire, le personnel enseignant et encadrant (instituteurs et administratifs) était quasiment
assermenté, pour appliquer avec les moyens du bord une police d’hygiène et de salubrité.
Raison pour laquelle les élèves des écoles publics du primaire se sont vite retrouvés très
impliqués dans la gestion hygiénique de leur environnement scolaire. Dans la plupart des
établissements primaires d’enseignement public, ce sont en effet les élèves qui, organisés en
groupe de nettoyage, étaient chargés de l’entretien quotidien des salles de classe et bureaux de
1
l’administration. Ils assuraient à la fin des cours le balayage des salles de classes , le
nettoyage du tableau, le vidage des corbeilles à déchets, du seau à éponge etc. Cette
implication découlait d’une démarche plus étendue, de familiarisation des élèves à l’hygiène
et la santé corporelle, mais aussi à la propreté du cadre d’évolution, habitude qu’ils devaient
d’ailleurs reproduire en milieu domestique.

1
Les instituteurs encore appelés « maîtres d’école », insistaient d’ailleurs particulièrement sur l’aspersion d’eau avant le balayage, afin de
réduire chez les élèves l’inhalation de poussière. On avait signalé la pratique chez les petits commerces mais aussi au niveau domestique.

252
En revanche, l’entretien des sanitaires ne faisait pas partie de leurs prérogatives, du fait
probablement d’un fort risque de contamination microbienne, auquel pouvaient se retrouver
exposés les élèves. Cette tâche était donc assurée par un personnel subalterne, généralement le
gardien-commis logé par l’administration au sein l’établissement.

Le volet entretien confié aux élèves, englobait aussi le ratissage hebdomadaire des cours
généralement sablonneuses des écoles. Même si les consignes interdisent le rejet par les
élèves de petits déchets à même le sol, emballages de friandises et déchets de fruits (coques
d’arachides, épluchures et noyaux de fruits charnus ou secs), sachets alimentaires et autres
papiers d’emballage de sandwichs, sont généralement et négligemment abandonnés par les
potaches dans les cours de récréation. Ces rejets interviennent généralement lors des
récréations, ou au moment du goûter, lorsque les élèves consomment les aliments qu’ils ont
ramené avec eux, ou qu’ils achètent aux vendeurs itinérants de nourriture
habituellement postés aux portails des établissements. Signalons que le mode de restauration
par cantine scolaire ou réfectoire est inexistant dans le système éducatif public sénégalais.
L’arrosage des arbres et plantes d’ornementation, ainsi que l’entretien du potager scolaire
quand il existait, étaient aussi assurés part les élèves ; les différentes classes constituées en
groupes, intervenaient par rotation. Dans certains établissements, cet effort d’entretien de
l’environnement, s’étendait même à l’espace contigu à l’école, un peu dans la lignée de
l’effort rural de propreté mentionné dans l’entretien domestique. Mais généralement, la
proximité de marchés de quartier, ainsi que le statut d’édifices publics anodins qu’ont ces
établissements (à la différence d’autres édifices administratifs plus solennels tels que les
commissariats de police ou les centres d’impôts), font souvent de leurs murs d’enceinte et
principalement du côté le moins fréquenté, des endroits privilégiés pour des rejets
anarchiques. Ces rejets sont le fait des populations et activités alentours, ne bénéficiant pas
d’une collecte régulière. Bien que plus rare, ce phénomène touche aussi parfois quelques
postes de santé.
Certains directeurs d’établissements avaient d’ailleurs, en vue de remédier à cette situation,
reçu l’aval de leur hiérarchie (Inspections d’Enseignement ou Directions de l’Education
Nationale), à l’initiative de ceinturer la clôture extérieure de leur école de cantines, afin de
rompre cette neutralité publique dont ils sont affublés. Entretenus par leurs occupants, les
cantines et leurs alentours, faisaient ainsi office de zone tampon entre l’établissement public et
les éventuels tentatives de rejets d’ordures. Cela dit, ces efforts d’entretien des établissements
étaient aussi souvent compromis par des intrusions diverses qui apportaient leur lots de
salissures. Certains établissements présentant une partie de leur clôture abîmée ou un portail
d’entrée dégradé, les animaux en divagation (moutons, chiens…) y pénétraient et y laissaient
des déjections. De même, des riverains venant utiliser certaines commodités de
l’établissement : cours ou aires ouvertes d’activités sportives (transformées en terrains de
foot), W-C, etc., y rejetaient nombre de petits déchets et même parfois, dégradaient les
équipements.
Lycées, collèges et établissements du supérieur publics connaissent quasiment les mêmes
contraintes en matière de déchets, et subissent d’ailleurs les mêmes intrusions salissantes. Si
en général ces institutions, à la différence des établissements du primaire disposent d’un
personnel d’entretien qui s’occupe aussi du nettoiement, leur nombre insuffisant, oblige là
aussi ces derniers, à se concentrer sur bureaux des administratifs, et sur quelques parties
communes. Elèves, collégiens et lycéens, ont d’ailleurs pris l’habitude de bien dépoussiérer
avec des mouchoirs, bancs et tables des salles de classes présentant souvent une pellicule de
poussière. C’est systématiquement le cas lors des retours de vacances scolaires, de week-end,
ou même lors des changements de salles de cours, pour les salles ouvertes au vent et à la
poussière (vitre cassées ou portes défectueuses).

253
Pour le stockage de petits déchets, quelques salles de classes disposent de corbeilles.
Toutefois, ces récipients sont plus présents dans les bureaux administratifs, dans les sanitaires,
ou dans les parties communes (couloirs, cours etc.). La même remarque peut s’appliquer pour
les établissements d’enseignement supérieur, même si les salles, amphithéâtres de l’UCAD et
dépendances, semblent plus surveillés et mieux tenus. Mais en général, ce sont les bureaux
des personnels encadrant et administratifs, les laboratoires équipés ainsi que les bibliothèques,
qui bénéficient d’un entretien plus régulier (balayage, corbeilles à déchets etc.). Signalons que
ces établissements éducatifs disposent parfois d’infirmeries ou d’une petite annexe médicale
qui prodiguent des petits soins et/ou quelques interventions médicales (traitement de blessures
légères, soins bucco-dentaires, ophtalmologiques etc.). Les déchets médicaux se limitent
généralement à des pansements et emballages médicaux même si l’on y retrouve parfois des
DASRI (seringues, aiguilles, et consommables souillés).
S’agissant de la récupération matière, les activités de production industrielle, celles du
tertiaire ainsi que certaines artisanales sont les plus grandes pourvoyeuses respectivement de
chutes de production, et de déchets administratifs. Ces matériaux sont prisés par le secteur de
la récupération, qu’ils soient déjà différenciés lorsqu’ils proviennent d’unités industrielles, ou
en vrac s’agissant de ceux en provenance des entreprises artisanales ou du tertiaire. A Dakar,
le secteur du tertiaire (banques, assurances, administrations), et des services (commerces de
gros, boutiques multimédias, imprimeries, agences et distributeurs de presse) produit cartons
et papiers, matières récupérées et revendues aux gargotiers, boutiquiers et détaillants divers.
Ces derniers s’approvisionnent aussi auprès des divers établissements scolaires et
d’enseignement.
L’industrie fourni une grande partie des matériaux de récupération circulant à Dakar. Si en
fonction des filières certaines entreprises procèdent à un recyclage en interne de leurs chutes
de production, une partie fini néanmoins dans les poubelles à titre de rebut. Quelques
personnels travaillant au sein de ces unités, procèderont alors eux-mêmes à une première
récupération des chutes de matières produites, en vue d’une revente auprès des circuits de
récupération. Ces poubelles feront cependant, l’objet d’une fouille minutieuse par les buuju-
mens, ces derniers procédant à un ultime ratissage avant le passage des bennes de collecte ou
avant élimination dans des dépôts anarchiques.
A l’image des unités industrielles, le secteur artisanal aussi, propose à la récupération les
chutes de matière en fonction de l’activité de production : textile, papier etc. Les déchets des
unités artisanales sont souvent constitués de déchets de production en rapport avec l’activité
principale, mais aussi des déchets de consommation assimilés ménagers issus de la
restauration des occupants. On y retrouve aussi des déchets abandonnés par des personnes
temporairement présentes sur les lieux (clients, vendeurs de produits alimentaires, visiteurs
etc.). Les ateliers de couture et de confection produisent des chutes de textiles qui servent de
matériau de rembourrage aux matelassiers traditionnels, alors que les déchets de cuir des
cordonneries et des tanneries sont recherchés par les vendeurs d’amulettes. Dans les garages
mécaniques informels, priorité est donnée aux déchets de repas et alimentaires et aux matières
putrescibles lors de la présentation de la poubelle à la collecte dans les zones couvertes, ou
théoriquement concernées. En prenant l’exemple des ateliers de mécanique à ciel ouvert
installés de façon précaire, on retrouve généralement sur ces sites divers emballages de pièces
détachées ou de rechange pour automobiles, des bidons d’huile de moteur vides, des déchets
de tôle servant à la soudure, des pierres pour caler les véhicules lors de leur réparation, des
moteurs extraits et désossés, des carcasses de véhicules dont l’habitacle préservé sert de local
de remisage. Des vieux frigos sont même récupérés, en rapport avec l’activité principale : une
fois couchés sur le dos, ils font office de grande malle à outils, fermées le soir à l’aide de
chaînes et cadenas. En résumé, l’ensemble des déchets non putrescibles pouvant
éventuellement resservir est généralement gardé sous le coude. Les matières putrescibles, sont
présentées à la collecte, alors que chiffons usagés ayant déjà servis, papiers et emballages
divers moins agressifs du point de vue olfactif, (notamment des sachets ayant contenu de
254
l’eau de boisson et conditionnés de façon artisanale ou industrielle), sont abandonnés sur
place.
L’alimentation et la restauration rapide, de même que les commerces de denrées,
fournissent aussi des déchets alimentaires aux récupérateurs. Badauds, mendiants et aliénés
mentaux en liberté, sont habitués des restes de repas laissés par les clients, mais aussi des
fruits et légumes abîmés ou partiellement avariés, mais encore consommables. Ces produits
sont généralement jetés par les vendeurs de primeurs de Sandiniéry, de Sandaga au Plateau,
ou de Syndicat et Thiaroye dans la banlieue. Sont toutefois concernés par cette récupération,
les produits jetés par les marchands installés dans les marchés d’approvisionnement : pour les
buuju-mens, tout est bon à prendre.
Hôpitaux et grands établissements disposant d’un service de restauration, d’un réfectoire
ou d’une cantine interne, sont aussi sollicités par ces récupérateurs ambulants : c’est le cas des
hôpitaux Principal, le Dantec, mais aussi du Centre des Œuvres Universitaires de Dakar, qui
gère la restauration de la quasi-totalité des étudiants et personnels du campus de Fann
(différentes facultés, Instituts de Recherche, écoles de formation…). C’est aussi le cas des
déchets alimentaires provenant des réfectoires de certaines casernes militaires et
paramilitaires. Les déchets non comestibles (avariés), provenant de ces activités sont aussi
récupérés et destinés aux animaux d’élevage. D’ailleurs des animaux domestiques divaguant
en journée, fréquentent régulièrement les poubelles et dépôts anarchiques à proximité des
lieux de restauration et des marchés, riches en déchets alimentaires.
S’agissant des modalités de leur élimination, les déchets tout venant des administrations
ainsi que ceux des établissements scolaires ou d’enseignement socioprofessionnels suivent
l’itinéraire des déchets assimilés ménagers, conformément d’ailleurs à la législation qui
stipule leur prise en charge par l’organisme de collecte officiel. Après avoir fait l’objet en
amont tel qu’on l’a vu, d’une différenciation ou d’une fouille de récupération matière de la
part des ripeurs et des buuju-mens, ils sont collectés par les circuits officiels de la société de
nettoiement ou finissent dans les points de rejets anarchiques situés à l’extérieur. C’est
d’ailleurs le cas de la production de déchets issue des maisons des gardiens ou de certains
administratifs. Les responsables d’établissements d’enseignement (Directeurs, proviseurs ou
principaux), bénéficient parfois d’un logement administratif localisé au sein de
l’établissement. Tout comme pour les gardiens logeant dans certains établissements
industriels ou commerciaux, leurs déchets sont généralement éliminés lors de la collecte
officielle qui leur est destinée, ou par des mécanismes informels. Les petits déchets médicaux
évoqués précédemment et qui sont produits dans certains établissements éducatifs disposant
d’un local médical, sont généralement éliminés selon les mêmes circuits que les déchets
banals.
L’incinération des déchets est aussi pratiquée dans l’enceinte de certains établissements
d’enseignement (écoles, collèges, lycées et universités), ainsi que dans les locaux des
organismes et directions étatiques disposant de cours ou d’espace ouverts. C’est notamment le
cas pour les déchets verts volumineux issus de l’élagage des arbres et de la tonte des pelouses.
La pratique permet aussi d’éliminer quelques déchets tout venant, en cas de défaillance de la
collecte officielle. Cette méthode ne constitue toutefois pas une solution convenable. La
combustion des déchets n’est que partielle compte tenu du caractère sommaire des procédés et
certains débris s’envolent au vent, alors que les fumées générées occasionnent nombre de
nuisances pour les occupants des lieux ou les visiteurs.
On retrouve les mêmes procédés pour le cas de la production rudologique dite dissimulée
des activités commerciales et du tertiaire. Une partie de cette production qui rappelons le,
biaise considérablement les données officielles, est en général prise en charge gratuitement
par l’organisme de collecte, alors qu’une autre finit dans les dépôts anarchiques. Précisons
qu’ici, hormis l’abandon dans les dépôts anarchiques, les producteurs ne procèdent à titre
d’élimination alternative ni à l’incinération des matières, ni à leur enfouissement. Cela étant
255
du à la configuration de leurs emplacements de commerce, avec notamment l’absence d’un
espace ouvert privé en terre.
Si les structures sanitaires ont une production rudologique assimilable aux déchets
ménagers (déchets administratifs, alimentaires et d’entretien), elles présentent aussi des
déchets issus des activités de soin. En réalité ce sont ces matières infectieuses issues des
activités de soins qui posent le plus de problème dans la prise en charge. Globalement
l’hygiène dans les structures hospitalières étant convenable, on verra que ce sont ces déchets
qui parfois mélangés aux déchets d’entretien courant assimilés banals notamment les déchets
d’administration, de restauration etc., qui y sont produits qui font prendre des risques
considérables aux organismes de collecte non spécialisés. Seules les plus grandes parmi ces
structures hospitalières, bénéficient de mécanismes d’élimination en interne de cette fraction
faisant partie des déchets dits médicaux. Les hôpitaux Le Dantec, Principal ou encore
l’Hôpital de Grand-Yoff (ex CTO) disposent d’incinérateurs, qui d’ailleurs sont fréquemment
inopérants (pannes, désuétude etc.). Certaines des petites structures sanitaires qui n’effectuent
pas d’opérations médicales lourdes, éliminent leurs déchets des activités de soins légères
(pansements, seringues…) par les circuits de collecte officielle. Ces structures hospitalières ne
sont pas les seules à pratiquer l’élimination in situ de déchets spécifiques et ou banals. En
considérant le confinement et le stockage maîtrisé de déchets spéciaux comme une méthode
ou techniquement reconnue d’élimination, cette solution est pratiquée par nombre d’unités de
production industrielle. D’autres industriels déclarent faire appel à des entreprises dites
spécialisées, pour la prise en charge de la fraction non récupérable et spéciale de leurs des
déchets. Mais en réalité cet artifice leur permet de s’en débarrasser de façon non convenable
et parfois illégale comme d’ailleurs le font certaines des entreprises se déclarant spécialisées
pour la gestion ce type de matières. On y reviendra plus en détail dans la quatrième partie de
l’étude.
Signalons pour terminer, que certaines activités professionnelles ont pour cadre les foyers
domestiques. C’est le cas d’activités éducatives comme les écoles coraniques traditionnelles,
celles productives de confection (habillement, bijouterie, œuvres d’art), d’alimentation
(préparation de nourriture, de friandises, de boissons…), dont les produits sont par la suite
écoulés sur place (vente à domicile), sur le domaine public (sur la devanture de la maison ou
plus loin), ou dans les lieux marchands identifiés (marchés, écoles, rues commerçantes etc.).
La production de déchets qui varie en fonction des activités, reste généralement assimilée
ménagère. Elle est éliminée selon les mêmes procédés, et avec les mêmes pratiques de
récupération et de réutilisation matière, selon les activités en présence.

1.2.2 Activités sociales « indoor »: lieux de culte, de loisir, et


de divertissement ou de récréation.
A Dakar, les lieux de culte clos sont essentiellement constitués de mosquées : prés de 94 %
de la population sénégalaise est de confession musulmane. On retrouve cependant quelques
cathédrales et églises (dont certains comportent aussi un établissement scolaire), fréquentées
par la minorité chrétienne qui représente environ 5% de la population. Quant aux pratiques
relevant de l’animisme, du paganisme (fétichisme lébou, sérère, ou diola), ainsi que des loges
maçonniques, -très marginales au demeurant-, elles ont généralement cours dans des pièces
d’office ou de cérémonie aménagées en privé chez des particuliers.
Du fait de leur caractère sacré, les lieux de culte sont bien entretenus, mais aussi, très peu
salis par les fidèles ; sans doute parce qu’ils ne sont fréquentés que le temps des offices. Mais,
cette situation tient aussi de raisons mystiques : aussi bien pour les mosquées que pour les
églises (recevant du monde), un rejet délibéré de déchets, y compris les petits et anonymes
mouchoirs jetables usagés, bouts de papier etc., exposerait le responsable aux remontrances
de ses coreligionnaires mais aussi et surtout à un courroux divin certain. Encore plus que pour
son propre domicile, un respect ultime est à vouer à ces Maisons de Dieu, même si peu
256
d’entre elles disposent de corbeilles à papier ou petits déchets.
Pas de service de nettoiement externe pour les mosquées. Ce sont des membres des
associations religieuses assurant leur gestion, les responsables chargés de leur bon
fonctionnement (muezzin ou assistant de l’imam), ou de simples fidèles, bénévoles dévoués
(et habitant souvent à proximité), qui se chargent de l’entretien des lieux, en se relayant au
besoin. Quant au nettoyage, il s’agit généralement d’enlever puis de secouer et battre dehors,
tapis et nattes de prière, de balayer ou ratisser le sol, selon qu’on soit dans une mosquée
achevée disposant d’un revêtement en ciment ou en carrelage, ou dans une en devenir avec sol
encore en sable mais, néanmoins, ouverte au public. Le ratissage peut s’étendre au pourtour
de la mosquée notamment les jours de grande affluence (prière du vendredi, prières de fêtes
religieuses).
Cet entretien concerne aussi les W-C et pièces d’eau pour les mosquées qui en disposent :
même si ces équipements sont indispensables pour les fidèles désirant se purifier et faire leurs
ablutions avant la prière, toutes n’en sont pas équipées. Seules les mosquées d’envergure
susceptibles de polariser et d’accueillir les fidèles pour la prière du vendredi et les prières de
jour de fête, en sont généralement dotées. Dans nombre de mosquées de quartiers,
représentées par une salle de prière unique, seules des bouilloires remplies d’eau sont
disponibles pour les ablutions, même si généralement, les fidèles habitant à proximité
prennent leurs dispositions avant de s’y rendre.

Ces petites mosquées de quartier, ont connu une floraison spectaculaire. Leur édification
obéi souvent à des raisons religieuses ; les habitants de chaque quartier veulent en effet
disposer de leur propre mosquée. Mais on retrouve aussi parfois comme motif inavoué une
stratégie de légitimation spatiale : en édifiant sa mosquée, même de fortune, le nouveau
quartier assoie sa légitimité. Bien que plus rares, des dissensions intra confessionnelles
(divergences d’orientation en rapport avec les Ecoles de pensée islamique, querelles d’égo
entre Imams et responsables etc.), peuvent aussi être à la base de l’édification de mosquées
dissidentes.
Pour les mosquées les mieux équipées, avec salle(s) de prière tapissée(s) d’une moquette
intégrale, l’ensemble des matériels nécessaires à l’entretien est disponible, y compris des
aspirateurs. C’est le cas de la Grande Mosquée de Dakar, plus grande et plus fonctionnelle
mosquée de la capitale qui d’ailleurs accueille lors des prières de fête (Tabaski ou Korité)
autorités de la république, autorités coutumières et religieuses, personnalités politiques etc.
L’ancien président Abdou DIOUF y assistait même à la prière du vendredi, alors que son
prédécesseur Senghor, y fut victime d’une tentative d’assassinat en 1969. Propriété de l’Etat
disposant de grandes salles de prière, de bureaux (elle abrite aussi les locaux de l’Institut
Islamique), d’un grand parking bitumé, et même de jardins. Elle est aussi l’une des seules à
disposer d’un personnel d’entretien.
Rappelons que le port des chaussures dans la salle de prière est strictement interdit aux
fidèles, afin de ne pas y introduire les impuretés qui pourraient coller aux semelles, précaution
d’ailleurs très souvent élargie et respectée dés le franchissement de l’enceinte des mosquées
ou lieux de prière qui en font office. Même si chaussures et sandales sont laissées dehors ou
rangées sur des étagères ou dans des niches conçues pour, les déchets les plus souvent balayés
sont toutefois constitués de sable intrusifs, phénomène encore plus perceptible dans les
mosquées localisées dans des îlots non bitumés. Quelques déchets alimentaires sont aussi
produits de manière épisodique dans les mosquées ; ils sont consécutifs à la dégustation de
repas chauds donnés en offrande par des particuliers. Les petits emballages individuels de
bonbon (et particulièrement ceux à la menthe parfois distribués dans les mosquées car réputés
donner une bonne haleine), comptent parmi les autres petits déchets qu’on retrouve le plus
souvent dans les mosquées. On note aussi la présence de petits bouts de papier, formats
miniature des horaires de prière évolutifs distribués dans certaines mosquées, alors que les
257
mégots de cigarettes ou les chewing-gum, très fréquents ailleurs n’apparaissent nulle part
dans ces lieux. Ces petits déchets de même que les sables intrusifs, sont aussi présents dans
les églises classiques, dans celles associées à des institutions d’enseignement, dans les
cathédrales, d’autant que l’interdiction du port de chaussures n’y est pas valable.
Globalement l’entretien des lieux de culte à Dakar est irréprochable, quel que soit leur
taille, leur localisation et leur prestige. S’agissant de leur stockage, le peu de déchets produit
est déposé dans les poubelles des habitations alentours, à l’exception des grands édifices tels
que la Grande Mosquée, la cathédrale Notre Dame, l’église des Martyrs de l’Ouganda etc.,
bref des lieux de culte implantés dans les quartiers urbanisés. Ils disposent tous de bacs à
ordures modernes ou de confection artisanale.
Que ce soit dans les quartiers urbanisés aisés ou en banlieue défavorisée, bitumées ou à
trame non revêtue, les alentours des lieux de culte sont presque tous épargnés par les rejets
d’ordures, même si en fonction du lieu d’implantation des édifices, un balayage est effectué
ou non. Naturellement les alentours des mosquées implantées dans les quartiers les mieux
urbanisés bénéficient d’un balayage effectué par les agents du service de nettoiement. Plus
discrets, les lieux de fétichismes et de pratiques maçonniques, généralement logés dans des
maisons, sont entretenus selon les mêmes modalités de l’hygiène domestique privée.
Salles de spectacles, parc d’activités récréatives, piscines, stades, ou encore terrains de
sports, font partie des lieux de loisir et de divertissement clos. Si la quasi-totalité de ces
installations est publique, centres aérés, parcs d’attraction, dancings, discothèques et clubs
appartiennent en général à des privés.
L’entretien des stades, et complexes sportifs, effectué en interne par des agents préposés à
ce service, se limite à l’espace à l’intérieur de l’enceinte. Il est assuré par des agents
rémunérés par l’Etat ou par les collectivités locales, pour les établissements publics. C’est le
cas des différents stades que compte la ville, du complexe de natation du Point E etc. Cet
entretien est effectué par un personnel payé par les gérants, pour les établissements
privés ouverts au public : Centre Aéré de la BCEAO dans la résidence du même nom, ou
encore, ou dans l’unique parc d’attraction que compte la ville MAGICLAND situé sur la
corniche ouest vers le marché de Soumbédioune. Hormis les déchets de fonctionnement
(administratifs, alimentaire et d’entretien), la production provient généralement de leur
fréquentation par le public : papiers, mouchoirs, chewing-gum, mégots de cigarettes et autres
emballages de confiseries. Ces déchets, stockés dans des bennes ou containers artisanaux -
tonneaux ou fûts ouverts-, attendent le passage des camions de collecte de l’organisme
officiel. En revanche, les pourtours desdits équipements et infrastructures restent souvent
sujets à une forte présence de déchets éparpillés, pouvant même favoriser la constitution de
dépôts anarchiques. Toutefois, un ratissage est souvent effectué par les préposés à l’entretien
notamment pour les sauf pour les équipements implantés en zone peu urbanisée.

S’agissant des lieux de rencontres professionnelles qui abritent aussi des spectacles
culturels ou des réunions politiques, la tenue et l’entretien des locaux est convenable. Les
salles de conférences et/ou de congrès, logées dans les grands ensembles hôteliers (Méridien-
Président, Sofitel-Téranga, Indépendance etc.), sont quasiment aseptisés : il faut dire que les
tarifs de location de telles salles sont quasiment exorbitants. Les déchets issus de l’entretien
des lieux sont collectés par les services de nettoiement officiels que ce soit AMA dans le
Plateau ou dans les zones qu’elle couvre, ou l’une des nombreuses sociétés concessionnaires
dans les quartiers de la banlieue dakaroise. C’est aussi le cas dans le prestigieux Institut
Franco-sénégalais (ex Centre Culturel Français), disposant de salles et aires de spectacle.
Toutefois pour les établissements publics ou financièrement plus accessibles, cet entretien
varie en fonction de la solennité de l’endroit, mais aussi et surtout de sa localisation
géographique. Ainsi le Théâtre National Daniel SORANO (TNDS), vitrine culturelle
inaugurée en 1965, accueillant conférences, rencontres etc., et attirant le gotha et l’élite
258
culturelle est particulièrement bien entretenu. Manifestement il n’est pas traité sur le même
pied d’égalité que le Centre Culturel Blaise Senghor, ou encore la Maison de la Culture Douta
SECK, un peu moins sélects et plus éloignés du Plateau. Si les alentours du TNDS, de
l’Institut Franco-sénégalais, du Musée de l’IFAN, ou encore de la Grande mosquée de Dakar
etc., profitent de l’effet du cadre pour bénéficier d’un entretien de leur pourtours (balayage),
ce bonus s’effrite à mesure que l’éloignement géographique s’affirme. Les CEDEPS de
Guédiawaye, Pikine ou Rufisque qui peinent déjà à bénéficier d’un entretien régulier,
retrouvent ainsi leurs enceintes extérieures fréquemment polluées par des rejets d’ordures de
provenance diverses.

Les stades d’envergure nationale et internationale connaissent un entretien régulier à


l’opposé de la plupart des stades municipaux, qui sans être forcément délabrés, sont moins
entretenus. Le stade LSS, principalement dédié aux évènements sportifs de niveau national ou
international (rencontres de foot, compétitions d’athlétisme), produit des déchets de tonte de
la pelouse qui, comme les déchets découlant de l’accueil du public, sont pris en charge par la
société de collecte officielle. L’infrastructure dispose même de bacs à ordures prévus à cet
effet.

Bien qu’ayant une capacité plus réduite, Demba DIOP et Iba Mar DIOP sont beaucoup
plus souvent sollicités ; ils accueillent plus de compétitions nationales (championnats
nationaux de foots, de rugby, championnat populaire communément appelés « navétanes »
ainsi que des combats de lutte dominicaux). L’entretien y est aussi assuré par un personnel
spécialisé, et comme à LSS, les déchets produits (tonte et entretien de la pelouse, petits
déchets abandonnés par les supporters et spectateurs), sont pris en charge gérés par la société
de collecte officielle. Toutefois, les pourtours de l’enceinte de ces stades ne bénéficient que
d’un entretien sommaire : aussi bien LSS, que IMD subissent des accumulations de déchets.
Le même constat est valable pour la Piscine Olympique du Point E.

Pour remédier à ce phénomène, les gérants de DD ont adopté la solution qui avait été
initiée par certains directeurs d’établissements scolaires du primaire en collaboration avec les
services municipaux. Ils ont adossé à l’enceinte extérieure du stade des cantines
commerciales, dont l’occupation, outre le fait de procurer des rentrées d’argent à la structure
de gestion, atténue la salissure des environs, de par l’entretien effectué par les commerçants.

L’exemple qui a fait tâche d’huile pour d’autres stades (Ngor, Guédiawaye, Pikine),
semble même avoir séduit certains gestionnaires d’édifices religieux. La Mosquée du Point E
par exemple, a adopté le même procédé, la structure recevant sans doute une partie des
recettes générées par les loyers collectés auprès des commerçants. Toujours est-il que ce
procédé va probablement s’étendre à d’autres équipements publics sociaux, du fait de la
combinaison de ces deux facteurs : entretien des alentours et rentrée d’argent. Entre aussi en
compte dans le processus la forte tendance à Dakar, à une optimisation commerciale
systématique de tout emplacement susceptible d’accueillir une construction potentiellement
source de rentrée de loyers.
Bibliothèques, salles de lectures, et petites structures éducatives à entretien facile,
produisent peu de déchets ; ces derniers sont généralement éliminés lors de la collecte
officielle. Les lieux de loisirs et de divertissements privés obéissent aussi à la même logique :
dancings, discothèques et clubs privés sont pareillement entretenus par un personnel rémunéré
par les gérants. Les déchets générés par leurs activités sont éliminés selon les mêmes
principes que les déchets ménagers : collecte domiciliaire dans les zones couvertes et
élimination dans les PAV et dépôts sauvages dans les quartiers non couverts ou
irrégulièrement visités. A noter l’absence de salles de cinéma dans la ville ; Le Paris, dernière
salle encore en fonctionnement, a fermé ses portes en 2007 pour rénovation.

259
2. Perception au « dehors ». Existe-t-il une pratique populaire déchet de
« défoulement » sur l’espace public.

Véritables lieux de melting-pot, les centres urbains constituent aussi à travers leurs
fonctions, un terrain de prédilection aux expressions les plus diverses, qu’elles soient
économiques, politiques, sociales, professionnelles, ou encore culturelles. Ces manifestations
liées aux exigences sociales, aux migrations et à la multiplication des contacts et influences,
reflètent des intérêts partagés ou personnels, qui incitent à la prise d’initiative voire à la
mobilisation. Menées individuellement ou au sein de groupes, ces interventions font parfois
appel à des représentations matérielles ayant pour support le domaine public, dont
l’inviolabilité est garantie par des pouvoirs publics. Ils disposent pour cette mission de
mécanismes d’anticipation et de réaction. Les outils gradués peuvent en aval de la borne
réglementaire, s’appuyer sur les consensuelles étapes de la négociation/ dialogue, avant toute
sanction.

Dans ses rapports avec l’autorité publique et ses règlements, les administrés développent
parfois des stratégies de contournement des obligations légales. Dans les villes des pays en
voie de développement, le mode d’appropriation spatial développé par l’habitat spontané et
les activités de production informelles en constitue un exemple révélateur et récurent. Mais,
ses approches flagrantes et parfois spectaculaires, peuvent être complétées par d’autres plus
diffuses, plus subtiles et plus atypiques.

2.1 Déchets et « chocs des cultures ». Une punition rudologique d’origine


rurale pour Dakar « l’arrogante » ?

Les pratiques déchets ayant pour cadre les lieux domestiques, les espaces clos d’activités
sociales ou professionnelles, sont globalement très similaires à Dakar . De même, peu d’entre
elles présentent un mode de fonctionnement bien préoccupant. En revanche, l’image d’une
« ville sale en permanence » que dégage l’agglomération, cache au-delà des difficultés de la
prise en charge institutionnelle, des phénomènes plus complexes. Pour les acteurs de base à
savoir les producteurs, les logiques déchets ne sont plus tout à fait les mêmes sur domaine
public ouvert.
L’état de la situation des déchets sur le domaine public interpelle les administrateurs
gestionnaires : des bennes à ordures débordants ou la prolifération de points de rejets
anarchiques constituent des éléments révélateurs d’un malaise déchet. D’ailleurs ce malaise
n’est pas uniquement perçu par les officiels : les populations bénéficiaires d’un service qui
présente des défaillances, sont aussi les premiers à en subir les conséquences.

Mais, il est d’autres manifestations de ce malaise que l’on ne décrypte pas de prime abord :
il y’a un débat sociologique populaire qu’alimente depuis quelques décennies déjà cette
situation d’insalubrité publique. Dérivant parfois en controverse socio-territoriale, ce débat
tente même de situer des responsabilités en la matière.
L’opinion publique dakaroise a identifié à travers l’évolution urbaine actuelle, un facteur
d’augmentation des dommages collatéraux à l’environnement et au cadre de vie ; elle établi
les incidences négatives de certains phénomènes sur la salubrité publique. Cette déduction
semble logique, du fait des rapports avérés de cause à effet, entre croît démographique,
étalement spatial, densification urbaine, développement des activités etc., et augmentation des
productions résiduaires à prendre en charge. Toutefois, parmi le chapelet de facteurs pouvant
être identifiés comme participant à cette pression des déchets sur le cadre de vie, c’est l’afflux
migratoire d’origine rural qui semble particulièrement ciblé.

260
Si pour certains de ses résidents, les difficultés de prise en charge des déchets dans la ville,
découlent de processus complexes et généraux, une bonne frange semble avoir de manière
plus simple, réglé la question par affectation identitaire. Dans le box des coupables désignés :
l’« allochtone» venant d’ailleurs. En se précisant, l’appréciation qui traduit un sentiment de
rejet des responsabilités collectives, individuelles mais aussi officielles sur des bouc-
émissaires, vise le migrant d’origine rural : Ils se sont installés ici avec leurs sales habitudes
ces inciviques campagnards ; ils n’ont aucun savoir-vivre ni hygiène et qui jette son sachet
d’eau vide, son épluchure de banane ou son déchet de mangue directement dans la rue ».
soutient un instituteur à la retraite, rencontré à Sandaga. Même sentence chez un riverain
fulminant ne pas comprendre qu’on puisse côtoyer gaiement les tas d’immondices en se
délectant d’une assiette de riz. Péremptoire, il fini par lâcher « sans doute des gens venant des
1
campagnes ».

Cette posture est celle de la plupart des résidents attitrés de la ville : 63 % de ces résidents
interrogés, parmi ceux habitant depuis au moins deux générations, tout en se sentant
dépossédés de leur ville, attribuent les problèmes de salubrité publique à ces étrangers.

Dans le cas de Dakar, les sentences proférés envers ces ruraux sont souvent dissimulés à
travers le canevas du cousin en plaisanterie, subtil artifice de modulation de certains griefs de
nature socio-ethnique. Mais une fois décryptés, certains propos laconiques deviennent
révélateurs ; même si elles ne sont pas toutes rationnelles, les logiques socio-territoriales
entrant ici en jeu sont néanmoins révélatrices de la variabilité des interprétations socio
culturelles pouvant accompagner ou expliquer des défaillances dans la prise en charge. Reste
à savoir si ce discours aussi violent que subjectif est dénué de tout fondement …logique.
La faculté de l’étranger à cristalliser sur lui les dysfonctionnements sociétales n’est ni
nouvelle, ni circonscrite. Si le moule ou modèle peut varier en fonction des circonstances, il
constitue en général le premier élément ciblé par les mécanismes populaires de défense, de
repli socio-identitaire. En le passant au crible, le tamis permet de piéger dans le terreau
étranger, la matière rural ou campagnard traditionnellement accusé de manquer d’hygiène,
et/ou d’être un vecteur d’insalubrité. Mais dans le cas de Dakar, il y’a dans cette accusation, la
conjonction de plusieurs éléments.
S’agissant du campagnard en question, on sait que dans sa dialectique actuelle avec les
espaces ruraux, le fonctionnement socio-économique de l’espace dakarois, a depuis quelques
décennies plus misé sur des bras valides d’un paysannat, main-d’œuvre bon marché pour
l’emploi, que sur la fonction nourricière de l’arrière-pays. Si les territoires sont proches, il
optera même pour une mise à disposition foncière des espaces ruraux (Malika, Sangalkam,
Sébikotane), en lieu et place d’une activité agricole de complément (maraîchage). Quant aux
stratégies d’insertion des nouveaux migrants, elles s’appuient aussi bien sur les offres du
secteur formel que sur les mécanismes informels d’accès au revenu ; généralement, ces
activités touchent le secteur commercial et de services à la personne.
Et c’est justement l’ensemble des processus impliquant la question déchets, dans les
modalités de production de ces services, qui sont visés par ces récriminations évoqués plus
haut. Les logiques de stigmatisation jusque là campées dans les secteurs de l’emploi
(compétition), du logement (pression sur l’offre et développement anarchique de l’habitat),
sont désormais appliquées dans l’espace public déchet.

1
A.N , interview du 17-05-04.
261
Ces appréciations déchets, s’appuient fortement sur des logiques territoriales, qui même
localisées, impliquent l’identité, le rapport au sol, mais aussi les modes de vie ou d’évolution.
L’appartenance à un espace, doublée d’une revendication de cette appartenance, est souvent
évoquée et opposée à une non-appartenance, souvent assimilée à un rejet de l’espace
concerné.
Dans le cas dakarois, l’un des camps protagonistes est constitué de ces résidents dits
attitrés de la ville, descendants d’autochtones lébous, anciens daccarois, très vite devenus
citadins dakarois. Ce sont aussi les fils et petits-fils des premières générations de migrants,
s’étant depuis longtemps enraciné dans la ville. Dans le secteur de l’emploi, on retrouve cette
classe dans les catégories socioprofessionnelles les plus prisées : fonction publique, milieu
des affaires, et notamment vieilles familles commerçantes libano-syriennes etc. Habitant les
quartiers structurés de la ville, ils incarnaient jusque là cette élite moyenne qui sans forcément
être acquise à l’ensemble des valeurs dites occidentales, en avait vite adopté quelques
éléments. Bien que parfois altérés, certains éléments de base tels que l’appartenance religieuse
étaient moins concernés, que les modes de consommation (habillement, alimentation, loisirs
etc.).
Dans l’autre camp des personnes ou groupes non institutionnels qui se voient imputés la
saleté de la ville, on retrouve un ensemble de responsables contenus dans une fenêtre assez
large. Généralement, l’intervalle va de l’étranger, au groupe social mouride, en passant par les
ruraux et les baol-baol ou modou-modou ; baol-baol et/ou modou-modou faisant ici référence
non à l’origine géographique, mais à un corpus socio-identitaire tel que acteur informel,
ancien paysan, individu peu taillé pour la vie citadine etc.
L’impact du facteur colonisation (gestion spatiale et influence culturelle), n’est donc pas à
écarter dans ce processus, tout comme d’ailleurs, celui de l’évolution sociale ou sociétale tout
court : la modernité est perceptible de tous et peut profiter à tous. Toutefois, ce groupe semble
s’identifier comme celui des témoins de la mutation en cours dans la ville depuis quelques
années, y compris sur le plan de l’ordre et de la propreté urbaine. L’évocation de la situation
d’avant est révélatrice d’une sorte de nostalgie d’une ville ouverte, aérée, ordonnée, et
largement plus propre que maintenant. On verra d’ailleurs que le propos est partagé par les
personnes âgées de plus de 65 ans et ayant répondu au module 27 du questionnaire ménage
Quelle est selon vous la période durant laquelle il y'a eu une gestion satisfaisante des OM à
Dakar. Il s’agit de la génération qui avait au moins une vingtaine d’année en 1960 et ayant
vécu le fonctionnement des différentes structures de nettoiement depuis au moins 1950.
Toutefois, même chez la génération la plus récente dans ce groupe (moins de 30 ans), le
discours reste le même ; sans doute l’effet combiné d’une transmission linéaire d’informations
historiques d’emblée jugées authentiques, et de profondes modifications en cours dans
l’espace ou territoire d’évolution.

Les appréciations sont parfois poussées à leur extrême ; cette surenchère entend accabler
les groupes, ou modes de fonctionnement incriminés. Dans la ligne de mire, les néo dakarois,
venant des villes régionales, mais surtout ceux originaire d’une profonde campagne pour le
coup uniformisée. On retrouve d’ailleurs dans ces appréciations les relents d’amalgames qui
par le passé, ont contribué à stigmatiser hygiéniquement et souvent à tort, des populations sur
la base de seuls critères matériels. Rusticité ou caractère archaïque de leurs modes de vie, ont
beaucoup suggéré à MAGE ou GALLIENI des sous-entendus de manque d’hygiène chez les
populations noires (voir troisième partie). Peu fondée, on verra que cette accusation est même
parfois erronée ; elle stigmatise des populations rurales qui développent un rapport au déchet
parfois moins agressif et ingrat que celui du citadin-consommateur. N’est ce pas de
l’approche de la propreté dans les campagnes qu’est née l’idée même du dépotoir commun,
prémisse à une prise en charge collective, que le mode de vie urbain a fini par adopter. On ne
parle pas encore ici de la dimension de rentabilisation des déchets.

262
Imprécision, maladresses ou souci contracter la liste pour faciliter l’identification du
délinquant hygiénique, les griefs visent on l’a dit les acteurs du secteur informel, souvent
englobés dans l’appellation baol-baol. L’appellation ne revêt plus un sens géographique ;
d’ailleurs, y figurent aussi bien des populations non originaires de ce terroir, que des
nationalités autres que celle sénégalaise.

Naturellement les groupes sociaux stigmatisés réfutent les accusations et nient en bloc ;
pour certains, il ne s’agit que d’une survivance de cette condescendance qui a toujours voulu
que le citadin se sente plus valorisé que le campagnard, même lorsque ce dernier lui assure sa
subsistance. Sans doute une pique adressée à l’histoire de l’évolution des sociétés et en
particulier des villes ; de leur mode de fonctionnement parfois tyrannique et souvent source
d’injustices flagrantes, y compris sous d’autres cieux. « Dans la société médiévale occidentale
: en Italie, l’accession au statut de citoyen libre était interdit aux paysans et qu’en Allemagne,
un règlement leur faisait une obligation de fournir en denrées consommables les habitants de
1
la ville la plus voisine ».
Mais la riposte la plus répandue fait glisser l’enjeu, du terrain des comportements en
rapport avec l’hygiène et la salubrité, vers celui plus ouvert de la compétition sociale, qui plus
est sur un espace…ouvert ; l’ensemble les actions et postures décriées, participent de cette
logique d’égocentrisme économique, en vigueur partout, entend t-on alors rétorquer. Et à ce
jeu de la compétition « égonomique », les dakarois ont trouvé plus forts qu’eux : ils sont
2
mauvais perdants. Ce sont nos gars qui assurent sa vie à la ville actuellement .
L’arraisonnement de l’espace public par les activités dites informelles n’est pas en lui-
même un fait isolé ; dans le cas sénégalais aussi, il découle d’un ensemble de processus
d’accès (alternatif) au revenu, dans un contexte de crise économique touchant durement les
couches sociales les plus fragiles. Quant à son déploiement de plus en plus prononcé sur le
domaine public, y compris en défiant parfois les règles officielles, il participe d’un souci de
compresser au maximum les coûts et contraintes de fonctionnement imposées par la
réglementation officielle. La marginalisation de l’espace public peut donc découler de
procédés individuels ou collectifs de rentabilisation de cet espace, sans être assujetti à des
contraintes. Dans leur mode de fonctionnement, ces activités outre leur dimension productive
en déchets, accentuent l’impression d’encombrement du domaine public, jusqu’à même
endosser des problèmes de prise en charge ; la posture prend de l’ampleur lorsque l’autorité
publique, garante de cet espace n’est pas réactive. Comportements à risques, défauts de prise
en charge et laxisme ambiant font alors leur jonction dans l’imaginaire des populations ;
l’absence d’interlocuteur suggère alors de cibler les producteurs les plus visibles.
On peut donc évoquer y compris dans le cas de l’espace dakarois l’existence d’un égoïsme
socio-économique ; on profite de ce qu’il offre, sans avoir à donner en retour. J’en ai rien à
fou… de cette ville moi, ce qui m’intéresse c’est gagner des sous que ce soit ici ou en Europe
d’ailleurs, et puis aller bâtir une belle maison chez moi dans le ….. , un peu pour mes parents
aussi . S’ils veulent que leur ville soit propre ils ont qu’à faire le nécessaire, moi qu’on ne
3
compte pas sur moi (…). La rue est à l’Etat, donc à personne ». L’autorité publique, mise
devant ses responsabilités par les uns, accusée de passivité par les autres, est aussi sévèrement
tancée pour des faits publics jugés tout aussi délictuels : non respect de son propre domaine
public (des lois sur la construction littorale), existence de réseaux opaques de prélèvement de
taxes sur des activités officiellement combattues (taxes d’ailleurs souvent non reversées au
trésor public etc.), figurent parmi les griefs les plus récurrents.

1
MUMFORD L, (1964). « La cité à travers l’histoire ». Editions du Seuil 776 pages. P 430.
2
I.K. Interview du 26-07-04
3
D.S, A.W et L.B, interviews du 26-07-04.

263
Naturellement l’axe institutionnel réfute cette salve d’accusations ; mais, il est irréfutable
qu’il y’a en jeu, de puissants intérêts socio financiers, et/ou une volonté de ne pas s’aliéner
des lobbies et un électorat potentiel.
Si l’ensemble des acteurs en présence, qu’ils soient institutionnels ou populaires, se
défendent des diatribes portées à leur encontre, certains des coupables désignés assument
presque l’accusation de conspiration contre la propreté, selon des représentations bien
précises et sur fond de rejet territorial. La crainte de s’aliéner et de se compromettre, ainsi que
la nécessité de rester fort dans l’hostilité face à une ville longtemps facteur d’exclusion pour
ses pairs, reste pour certains migrants d’origine rurale installés à Dakar, une fierté presque
sacerdoce. Ce constat apparait d’ailleurs clairement lorsqu’un groupe soutient : «Quand nos
parents sont venus ici, ils se sont fait traiter de campagnards pas civilisés, personne ne les
1
respectait. De plus y’en avait que pour Dakar… .
Cette lecture semble remettre en selle des frustrations subies par le passé, et parfois
accumulée avec le temps, mais pas complètement digérées. La réticence voir refus de troquer
son identité se traduisait généralement par une réduction au strict nécessaire des concessions
faites à cet espace. Comme sève nourricière, cette posture investit dans le maintient de solides
liens avec le terroir, synonyme d’ancrage culturel ; même le soutient financier consenti pour
ceux restés au village, participe de ce processus bien que l’implication ne soit pas uniquement
monétaire. Idem de la mise sur pied en ville d’organisations de ressortissants villageoise,
permettant la conservation de certaines valeurs- repères en milieu dit « hostile » : perpétuation
de la langue, de certaines traditions afin de ne pas sombrer dans l’assimilation. Dahiras ou
autres associations à vocation confrérique constituent d’ailleurs une variante religio- spirituel
de cet attachement à un ensemble de repères considérés comme fondamentaux. Et à y voir de
plus près, ces considérations d’ordre spirituelles n’ont d’ailleurs jamais été très loin ; ce sont
elles qui nourrissent les positions les plus réactionnaires.

D’ailleurs, au sein du groupe stigmatisé, certains révoltés de la suprématie et de


l’arrogance dakaroise, avancent à visage découvert. Au-delà des réflexes socioculturels et
émotionnels traditionnels, ils évoquent avoir intégré dans leur ressenti envers la ville, certains
faits historico-religieux de premier ordre, pour arriver à la conclusion tranchée : de toutes
façons, Dakar est un endroit maudit, souillé. Plus que chez le baol-baol ou encore du modou-
modou, cet espace déjà allogène et anti-rural, apparaît plus disqualifié et discrédité chez
certains disciples mourides. Selon leur analyse-déduction, il a été stigmatisé par le Cheikh
Ahmadou BAMBA, fondateur de la confrérie mouride, lors de son séjour forcé dans la
capitale Sénégalaise. Bien que plus rare, il y’a même parfois, télescopage avec des adeptes de
confrérie des layènes, comptant dans leur cercle une forte communauté de lébous autochtones.
Descendants des fondateurs de cet Etat dans la presqu’île, ils ont naturellement développé un
2
attachement particulier à leur territoire .
Il semble néanmoins que cette appréciation-jugement portée à l’endroit de la ville
notamment par certains adeptes mourides, ait davantage découlé de déductions subjectives,
voire émotionnelles de certains talibés, que d’évènements historiques réellement avérés. Le
guide mouride n’aurait à aucun moment « maudit » la terre de Dakar, conformément à un
principe selon lequel : « toute terre appartient au Seigneur, et aucun sol ne peut être tenu
3
pour comptable des méfaits qu’y commettent tout ou une partie de ses occupants .

1
D.S & M.N interviews du 11-04-04.
2
Cependant, cette « rivalité » confrérique est jusque là restée pacifique. Les rares débordements constatés parfois étant en effet davantage
l’œuvre d’adeptes zélés et éléments incontrôlés, qu’ils ne découlent de quelque instruction hiérarchique.
3
Comme argument supplémentaire, mon interlocuteur estime « si Dakar représentait ce territoire maudit, le premier successeur du khalife à
la tête de la confrérie, son fils aîné Serigne Moustapha Mbacké n’aurait pas été le premier à enfreindre cette condamnation en y faisant
l’acquisition d’une résidence dans les années 1930, l’actuel Keur Ségn Bi sis à la rue Blaise Diagne ».

264
En tout état de cause, les implications de cette mesure répressive dans la perception
ultérieurement développée par certains talibés à l’égard de la ville coloniale, sont sans
équivoque ; coupable d’un crime de lèse majesté, Dakar ne recueille par ces formes variées,
que le châtiment mérité. Ni l’appartenance ouvertement déclarée de l’actuel président Wade à
ladite confrérie, encore moins ses projets pour Dakar, ne semblent pas inverser l’approche
territoriale de ces résidents atypiques.

Dans ces logiques déchets, on est probablement en face d’un rejet croisé, mêlant refus-
revendication identitaire et égoïsme économique, mais aussi devant de possibles dérives
sociologiques, de problèmes purement techniques liés à la prise en charge officielle de ces
matières. Rappelons en effet que la persistance de l’affectation identitaire déchet, découle
pour beaucoup de l’exaspération de citadins démunis face aux effets des systèmes de prise en
charge lacunaires. On verra qu’au-delà du ressentiment identitaire, l’absence de
fonctionnalités n’est pas sans conséquence dans cette situation ; certains paramètres
endogènes à la question tels que l’augmentation de la production, et de la demande en
salubrité, ou encore les défaillances des structures de nettoiement, sont un peu vite balayées
par ces perceptions subjectives.

S’agissant du groupe controversé, l’argument de déni territorial évoqué par 42 % des


mourides interrogés (de la tranche d’âge de 60 ans et plus), est en général moins partagé par
ceux appartenant aux dernières générations de migrants. En effet seuls 12 % parmi les jeunes
de moins de 30 ans (représentant plus de la moitié des 58 % restant) assument volontiers cette
posture. Les appréciations ont tendance à s’estomper à la faveur du renouvellement
générationnel, les plus jeunes étant davantage préoccupés par des aspirations de confort et de
meilleur cadre de vie, dans une ville d’ailleurs devenue nourricière ; elle accueille loge, fourni
des revenus et insère dans la modernité. L’attachement de nombre de migrants et néo-citadins
à leur terroir d’origine reste encore fort et conséquent. Mais, ce qui jusqu’à présent était un
devoir de non compromis vis-à-vis de ce nouvel environnement dakarois est actuellement
nuancé par l’intention de s’installer durablement dans un espace ouvert et convoité de tous.
L’accession à la propriété et/ou le changement de statut matrimonial l’accès à un emploi,
l’acquisition de divers biens valorisants (voiture, commerce) constituent autant de facteurs qui
participent à leur épanouissement social, et contribuent à relativiser cette approche négativiste
de l’espace, même si elle reste pour certains honteuse.

Centre décisionnel exclusif, point de concentration de la quasi-totalité des services et


activités de production et administrations, le territoire de la Commune de Dakar, subit encore
de manière décuplée les logiques socio territoriales déchets, évoquées et constatées à l’échelle
de la région administrative. Dans le tourbillon des confrontations socio identitaires impliquant
les déchets l’épicentre de ce phénomène est assurément situé au Plateau, cœur de la ville :
« T’inquiètes pas, ici ils vont finir par balayer et nettoyer…et les éboueurs vont tout enlever.
On le sait parce que c’est la ville, ils ne tolèreront jamais qu’elle soit sale comme dans la
banlieue (…) de toutes façons ceux qui y habitant sont ceux qui dirigent le pays, ceux qui
1
décident. Ils n’accepteront jamais de vivre dans la saleté », soutiennent nos deux
interlocuteurs qui estiment ne devoir faire le moindre effort, pour en limiter la dégradation.

On sait que le statut du Plateau lui procure aussi généralement la faveur des autorités et
sociétés chargées de cette mission. Cette orientation qui été celle de l’ensemble des structures
ayant précédemment assuré ce service dans l’agglomération, s’est maintenue avec
l’intervention actuelle et ciblée de VEOLIA. Ce statut lui vaut aussi des contraintes
particulières en matière de salubrité.

1
Interviews du 12-06-04 auprès des sieurs D.A, A.S, et M.F rencontrés au Plateau.

265
2.2 Une défiance urbaine « ouverte » de l’autorité publique sous le prisme déchets.

2.2.1 Dépôts anarchiques contestataires : les déchets


indicateurs d’insatisfactions diverses..

A travers les mécanismes alternatifs d’élimination des déchets, une frange de la population
est désignée, comme favorisant l’extension de la pollution à l’ensemble des milieux naturels
de la ville. Pourtant ces populations ont le sentiment de n’être que des victimes d’une
situation qui souvent les dépasse et les pousse à une telle posture : elles ressentent d’ailleurs la
dégradation des milieux comme une fatalité. Mais, lorsqu’ elle est orchestrée par des acteurs
officiels, cette dégradation est à la base de quelques « coups de colère » de la part de
populations mécontentes. Récemment les habitants de Hann ont protesté contre les rejets de
l’organisme public d’assainissement liquide (ONAS) sur leur littoral ; ils étaient renforcés
dans leurs ras-le-bol par l’impression frustrante d’être ignorés par les pouvoirs publics.
L’objectif clairement affiché était de faire comprendre aux autorités que l’absence de
méthodes officielles de prise en charge de leurs déchets domestiques qui justifie la pratique du
rejet sur la plage ne doit pas être prétexte à un oubli définitif ainsi qu’à une légitimation des
rejets industriels éminemment plus dangereux. Les mêmes réactions ont été observées chez
les habitants de Cambérène ; après des décennies de silence ils exprimaient violemment leur
ras le bol devant la pollution de « leur plage » par des effluents non traités de l’ONAS qui
gère l’assainissement liquide de la ville.

Ces colères populaires manifestées contre la gestion désastreuse des fluides résiduaires, par
l’opérateur public ou privé, viennent s’ajouter aux exaspérations jusque là exprimées par le
canevas ordures, sur les défaillances des mécanismes officiels de prise en charge.

On sait d’ailleurs que traditionnellement, les poubelles stockées sur le domaine public
(vides ou remplies), sont sujettes à des vols et à des dégradations diverses (bris parfois
gratuit). Mais, ces poubelles sont aussi souvent associées aux contestations et manifestations
ayant pour cadre le domaine public : marches, sit-in, défilés ou blocages divers. En cas de
débordement, renversées et même parfois incendiées, les poubelles seront parmi les objets,
éléments ou équipements présents sur le domaine public, les premiers à faire les frais des
expressions sociales qu’elles soient de masse ou individuelle (cas des poubelles incendiées au
bas des immeubles). Sans doute, la représentation populaire qui confère à ces matières une
valeur faible voir nulle, fait encore du couple contenant-contenu, une cible de choix, dont la
dégradation reste impunie et sans conséquence.

1
Comprenant différentes formes d’art dont ceux populaires et non -officiels comme les « arts de la rue ».

266
Photo 53. Dépôt anarchique contestataire en formation. Il constitue une forme d’expression populaire du
mécontentement des usagers à travers le tilim-tilimeul. Les ordures sont abandonnées en plein milieu de la
route, à la face des autorités et des élus locaux. (Cliché DIAWARA A-B 2004)

Dans le cas dakarois aussi, le déchet une fois instrumentalisé, transmets par le biais des
artères de la ville, malaise et mal –être de la cité et de ses résidents. Il traduit aussi un
sentiment de rupture à l’encontre des pouvoirs publics ou des administrateurs des
collectivités.

L’encombrement ponctuel du domaine public par des dépôts de survie, laisse place à la
création de dépôts dits anarchiques contestataires ; ils constituaient près de 5 % des dépôts
(21 sur 425) recensés dans la capitale sénégalaise lors de nos enquêtes. Dans cette
communication spatiale peu ordinaire, partie immergée d’un rapport de force souterrain, la
1
réaction plus ou moins rapide des autorités montre un parfait décryptage de ces signaux
pouvant faire ressurgir des attentes sociales plus profondes. Souvent l’œuvre de populations
excédées, ces dépôts contestataires peuvent aussi être le fait de quelques responsables véreux
d’ACS locales désirant bénéficier de largesses des élus par le biais du chantage « au déchet ».
Mais ils ne constituent pas à Dakar les seuls groupes instrumentalisant le déchet.

1
Durant nos enquêtes, on s’est aperçu qu’en général, la durée de vie de ces dépôts contestataires n’excédait pas deux semaines.

267
2.2.2 La spirale du « set-sétal ». La prise en charge populaire des
déchets instrumentalisée à travers l’hygiène publique et le
« street-art ».

L'intrusion du populaire dans les initiatives officielles de propreté n'est pas récente.
LEVIER souligne qu’aux USA et dés 1895, un colonel en charge des questions de
nettoiement mis en place une organisation et une discipline quasi-militaires et invita la
collectivité à davantage de responsabilité et d’implication : la propreté c’est l'affaire de tous.
Dans le cas dakarois, la jonction intervenue entre hygiène, implication populaire et
expressions culturelles, reste un exemple intéressant. Elles s’est opérée par l’entrée en scène
1
des arts de la rue au moment de la mise en œuvre des campagnes « set-sétal » (« être propre
et rendre propre »).
L’initiative populaire née à Dakar vers la fin des années quatre vingt (1989), serait partie
de la mobilisation des habitants et plus particulièrement des jeunes de certains quartiers de la
2
Médina, désireux de rendre propre leur espace de vie . Cette intervention dans le secteur des
3
déchets solides et notamment dans le processus de prise en charge et de nettoiement publics
avait principalement eu pour cadre le domaine public, celui privé on l’a dit restant du ressort
individuel. Menée à la fois par des groupes structurés et des individualités isolées, elle
incluait aussi bien l’assainissement physique (propreté et hygiène) que moral, à savoir lutter
contre la prostitution et la délinquance. Une autre variante consistait aussi en
l’embellissement extérieur des quartiers.
Les populations ne voyant aucun inconvénient à ce que « les rues moches » soient
embellies, jeunes et associations de quartiers prirent l’initiative unilatérale d’orner les murs
des maisons et échoppes, les enceintes des édifices publics etc. Poteaux et troncs d’arbres
aussi décorés, la capitale se drapait de multiples couleurs, alors que la rue accessible à tous et
faisant naître des vocations, devenait un espace pour les expressions les plus diverses, au
4
chapitre desquelles les graffitis qui retrouvaient une seconde jeunesse . Nombre d’analyses
louaient alors ces initiatives comme étant le reflet d’un regain d’intérêt des populations pour
la participation communautaire, mécanisme qui préserverait de l’adage « tout ce que vous
faites sans moi vous le faites contre moi ». Elles constituaient selon eux l’adaptation
contemporaine de l’esprit communautaire qui s’était effrité au fil des générations et qui
incitait au respect de l’espace commun.

1
Traditionnellement, l’aménagement du domaine privé hormis les aspects interpellant le législateur (contraintes urbanistiques) est laissé à
l’appréciation du détenteur du dit domaine, alors que la gestion du domaine public ressort exclusivement de l’autorité publique.
2
Ces arts de la rue ne sont pas à proprement parler des phénomènes locaux, MONOD soulignant : dans tous les pays du monde, et de tout
temps, les gamins, les désœuvrés, les amoureux et les artistes ont tenu à décorer les murailles naturelles, les troncs d’arbre, les bancs (…) de
toutes les surfaces disponibles (MONOD 1937, 125). On peut toutefois signaler que malgré leur potentiel artistique, la plupart des villes
Européennes disposent de brigades anti-tag chargées d’enlever les expressions de l’« art de la rue ». Ces œuvres sont ainsi systématiquement
effacées et leurs auteurs pouvant même être passibles d’une condamnation à des peines de prison ferme et / ou d’amendes. Selon les
autorités, au même titre que les graffitis et les affichages sauvages ils créent une impression de salissure et de désordre qui n’incite pas au
respect des lieux.
3
Ces initiatives magnifiées ont même suscité l’engagement de certains artistes. C’était notamment le cas du chanteur Youssou Ndour,
originaire dudit quartier et auteur d’un album éponyme « SET » rendant hommage à cette mobilisation.
4
Les murs de la capitale et de nombre de villes sont le théâtre d’expressions artistiques diverses. A Dakar, hormis les graffitis, les
décorations murales sont aussi adoptées par les tenanciers d’échoppes alimentaires qui en guise de panneau de pub ou d’enseigne lumineuse
ont recours à quelques dessins. Eclairés le soir seront par la lumière d’une ampoule, ils feront alors office d’enseigne lumineuse. On a ainsi le
distributeur de petit-déjeuner « Tangana » qui s’illustre avec des images de baguette de pain et de verre de café, des personnages hauts en
couleur et tout parés de boubous pour le tailleur, le pittoresque du vendeur de lait caillé avec son village reconstitué sur la façade de son
cagibis, les ateliers de mécanique avec le fameux « Bibendum » de Michelin parfois bien torturé. Ces commerces ont bien compris la portée
de l’image, très parlante pour attirer la clientèle.

268
De telles actions à grande échelle et ayant pour cadre des entités aussi importantes et
stratégiques que les villes, sont apparues presque légitimes à tous au nom de la nouvelle
participation populaire à la gestion du cadre de vie. Mais, provenant de l’autorité publique, la
1
même appréciation l’a aussi conduit à des erreurs fatidiques .

En réalité, pour le cas du « Set-Setal », l’intervention populaire n’était pas complètement


spontanée et bon enfant : découlant d’un malaise urbain, ses objectifs étaient plus précis et
très ciblés. Les actions étaient dans un premier temps orientées vers le balayage des rues,
l’enlèvement du sable, la collecte des objets encombrants et leur évacuation, le drainage ou
l’assèchement des eaux pluviales stagnantes. Cette étape de la stratégie constituait la phase
première de l’approche, qui sous les relents d’une participation populaire à l’effort de propreté
communautaire, consistait en un jeu de dupes avec l’autorité publique.

Souvent passive devant les déploiements informels, l’autorité publique était aussi très
intéressée ; la perspective d’être épaulée bénévolement dans la gestion d’un service public peu
noble justifiait l’aval institutionnel. Indépendamment des délégations et autres privatisations
de services en vue d’être mieux gérés, l’émergence du mouvement communautaire et
associatif (ASC, OCB…) et des Organisations Non Gouvernementales a en effet semblé aux
yeux des pouvoirs publics, l’une des meilleures réponses pour juguler ses limites
organisationnelles, techniques, financières et ses difficultés à franchir la barrière socio
culturelle tenace dans ses politiques de développement. L’Etat ne devait plus être l’unique
acteur de promotion du développement social.
Le mérite des OCB est largement vanté dans les zones rurales ; elles participent à
l’amélioration des conditions de vie des populations, avec notamment des investissements
financiers dans l’édification d’infrastructures dans les terroirs d’origine (écoles, centres de
santé..). En zone urbaine aussi, les associations interviennent bien pour des thématiques
nobles, comme l’approvisionnement en eau, l’éducation, la santé, que celles dites marginales.
La défection du service public étatique et l’incapacité de l’autorité municipale à trouver des
solutions face à la dégradation du service de collecte des ordures ménagères, illumineront des
groupes désireux de s’approprier des prérogatives sur un espace, jusque là exclusivement
contrôlé par les réseaux officiels.
Les satisfécits qui seront décernés au Set-Setal pour avoir momentanément supplée des
manquements officiels en matière de politique de propreté, permettront alors au mouvement
d’afficher au grand jour une mainmise presque avalisée sur des fragments de l’espace urbain.
2
Pourtant, les dérives parfois flagrantes qui accompagnaient ce nouvel ordre populaire ,
constituaient des signes avant-coureurs ; manifestement, l’autorité publique avait mis en veille
son appareil de décryptage des nouvelles logiques sociales. Le mouvement franchira ainsi, en
toute légitimité un pallier supplémentaire lors de sa seconde phase de déploiement.

1
Si dans l’univers du vivant en général, aucun mode d’organisation ne peut se targuer d’être à l’abri de tentatives d’appropriation (pour ne
pas dire de prédation) par autrui de l’espace et/ou du territoire, qu’elles soient bien identifiées ou pas, ce combat demeurant continu chez
nombre d’espèces tenus d’être tout le temps sur leur garde. Chez l’homme, que ces convoitises se manifestent par des velléités
expansionnistes ou irrédentistes bien identifiées ou alors par des mécanismes plus subtils et diffus par l’entremise de tentatives
d’intimidation, elles ont toujours rythmé avec plus ou moins de réussite la vie des sociétés. Une appréciation erronée des forces et des
intentions des acteurs en face (ou en puissance) peut conduire à des erreurs dont les conséquences insoupçonnées peuvent s’avérer fâcheuses
pour l’autorité légitime et légale.
2
Rançonnement des automobilistes, blocage de certains axes très fréquentés et même rues rebaptisées, le tout dans une atmosphère vécue
comme conviviale pour les résidents mais frôlant « le non droit » pour les personnes en transit.
269
L’objectif d’assainir sera en effet adjoint de celui d’embellir et nommer certains sites, de
les marquer par des stèles et des monuments qui font la part belle aux moments et aux figures
de l’histoire locale en sollicitant la mémoire privée des familles ou des associations de
1
jeunes», souligne DIOUF M dans « Le Sénégal contemporain ».

D’instrument de réappropriation territoriale, le « set-sétal », après avoir apprivoisé


l’autorité publique et ses lois, glissera enfin vers une variante contestataire, attendant le
moment opportun pour porter l’estocade. Ceux qui prônaient les vertus d’un corps sain dans
un environnement sain opéreront alors une volte-face déroutante en crachant à la face de
l’autorité publique un cinglant et désopilant « Tilim-Tilimeul » (littéralement « salir
délibérément »). Cette apologie du sallissage de masse, de tout espace relevant de l’autorité
2
publique, venait en représailles à des revendications non satisfaites, et ponctuait ainsi l’acte 3
du mouvement. Il s’inscrivait désormais en total déphasage avec les représentants d’une
autorité publique qui, minée par des luttes de positionnement et des règlements de compte
politiques, s’invectivait pour situer les responsabilités, dans cette entourloupe populaire.
Une variante de ces pratiques reste aujourd’hui le fait de maires ou responsables politiques
de quartiers ; certains n’hésitent pas à demander à leurs militants et hommes de main, de
maintenir l’insalubrité dans certains endroits, voire de la faire proliférer, afin de jeter le
discrédit sur l’adversaire ou concurrent politique. D’où des situations incongrues de
responsables d’ASC s’investissant en journée dans des actions de propreté, et qui la nuit
tombée, viennent répandre les détritus, tirant ainsi un profit financier de cette guéguerre
locale. Lors d’un entretien avec un responsable d’ASC ce dernier nous avouait :

Interview :
I.T « Je reconnais qu’à travers les dépôts anarchiques nous disposons d’un instrument de
pression sur ce fo… opportuniste de maire. C’est vrai que ça peut nuire au quartier…
S.S « Mais …pas trop non plus, il faut pas exagérer, quand il y’en a trop, on va le voir il
nous finance pour qu’on les enlève…il y’a parfois des rats, mais ça…les gamins s’en
occupent (rires)... »
I.T « De toutes façons y’a un moment il avait mis des vigiles pour surveiller qu’on mette
pas des ordures, mais le quartier c’est le nôtre, on le connaît comme notre poche, on y fait ce
qu’on veut, on l’a fait discrètement en journée. Et puis s’il fait le c.., on dira à la radio dans
une émission, on dira partout à tout le monde qu’à l’époque, quand il voulait la place de M.S,
A.K nous donnait de l’argent et nous demandait de salir, de jeter tout plein de mer…, pour
montrer à tout le quartier que M.S était un bon à rien ».
SS « Mais de toutes façons lui aussi (A.K) ne s’occupe que de ses femmes et ses maisons et
qu’il n’est même pas foutu de rendre son quartier propre comme c’est la cas de la Mairie
d’Arrondissement d’à côté. Même pour l’ASC, il ne donne rien, pour les navétanes pareil, par
3
contre pour les bals des filles… ça oui ».

1
DIOUF. M (2002). In Le Sénégal contemporain, Khartala, 2002, 655 p.
2
Elles n’hésiteront pas en effet à littéralement déverser des montagnes d’immondices dans les rues les artères de la ville (qu’elles s’étaient
donné autant de mal à nettoyer) pour ternir son image.
3
I.T et S.S responsables de l’ASC B…..J…. Entretien du 23-12-05.

270
Le prétexte de l’implication populaire pour l’amélioration du cadre de vie par des actions
1
de salubrité, a donc par le passé servi de test pour mesurer la réactivité des administrateurs .
Prise au piège de l’instrumentalisation populaire des déchets, l’autorité publique venait de
faire les frais d’une habile manœuvre de la rue. Par cette « ruse rudologique », quelques
groupes étaient parvenus à pacifiquement remettre en cause une parcelle de son autorité sur le
2
domaine public , la délestant au passage d’une partie de sa tutelle spatiale. Ce coup de maître
qui a beaucoup contribué à renforcer l’image d’une machine étatique faillible, a été en réalité
une illustration de la complexité des implications sociologiques, dans la question de la gestion
des matières résiduaires.

Cela dit cette intervention n’est pas simplement l’apanage des couches populaires et au
sein de l’unité territoriale la plus réduite à savoir le quartier. A l’image de la hiérarchisation et
de la stratification administrative elle suit le gradient, communes, villes, région et pays, les
créneaux de pression s’invitant même dans les hautes sphères de la république ou au sein des
instances de décision.

3. Des implications parfois « politiciennes » dans cette insalubrité ambiante.

L’immixtion de lobbies ou groupes de pression dans la conduite des affaires (publiques ou


privées) des Etats, à travers les réseaux qu’ils mettent en place, a toujours accompagné le
fonctionnement des institutions sociopolitiques. Elle a longtemps constitué un troisième
pouvoir tapis dans l’ombre et avançant ses pions au gré de ses objectifs. Indépendamment des
cas relevant du secret d’Etat, l’instrumentalisation de l’appareil étatique (ou de certains de ses
constituants) peut intervenir de manière salutaire afin de protéger les intérêts supérieurs de la
nation, ou à une échelle plus individuelle celle du contribuable. Mais dans une optique moins
noble, elle peut aussi s’employer à sauvegarder les privilèges d’élites ou de favoriser de
groupes désireux de le devenir.

Dans ce domaine spécifique de la gestion des déchets à Dakar, on retrouvera souvent un


pouvoir dont on peut apprécier le fonctionnement selon un axe officiel, qui s’emploie à mettre
en œuvre des stratégies gouvernementales idoines, tout en s’attelant à contenir les assauts
orchestrés par des forces dissimulées prêtes à saboter ses réalisations. C’est ce qui explique
que parallèlement à son action, l’administration doive faire face à diverses tentatives de
récupération et d’instrumentalisation des politiques d’hygiène, d’assainissement ou des
mécanismes de gestion des déchets utilisés comme arme de pression.

Mais concernant ces questions de salubrité, il s’avère que le pouvoir peut lui-même être à
la base de cette « instrumentalisation », en fonction des objectifs du moment : l’hygiène et la
salubrité peuvent alors être ajustées et énoncées selon les attentes officielles ou dissimulées
des gouvernants.

1
En effet si l’initiative à priori populaire et spontanée faisait suite à un ras-le-bol des populations de quartiers laissés pour compte dans la
mise en œuvre des politiques d’assainissement, la « contamination » de la quasi-totalité des quartiers du pays se fera elle naturellement
devant la passivité (et même parfois la bénédiction) d’autorités, davantage soucieuses de procéder de manière souterraine à la récupération de
cet élan populaire. Elles ne se doutaient pas une seconde que telle stratégie s’apparenterait à celle d’un couteau à double tranchant fatal aux
pouvoirs publics qui auront vite fait de concéder une part de leur autorité à des groupes dont ils ne maîtrisent pas réellement les intentions.
2
Ceci n’était pas fondamentalement une nouveauté en soi, car comme on l’a précédemment souligné le pouvoir confrérique au Sénégal était
jusque là l’un des rares groupes de pression qui parvenait à faire « lâcher du lest » à la machine étatique.

271
En remontant l’histoire du Sénégal colonial on s’apercevra que cette instrumentalisation a
coïncidé avec la présence de l’administration française, même si son action politique a
souvent été sous-tendue par une pression de groupes sociaux aisés, jaloux de leurs privilèges.
Faidherbe pour des rasions stratégiques pratiqua déjà ce type d’intervention dans la vieille
1
ville de Saint-Louis : en effet sous le thème de la classe insalubre il légitima les premières
opérations d’urbanisme à Saint-Louis destinées en réalité à refouler en quasi impunité les
indigènes hors de la ville européenne.

Dans le cas de Dakar, pareilles considérations sanitaires ont également servi la propagande
et constitué un outil privilégié d’isolement et de discrimination des populations indigènes.
C’est l’argument sanitaire et hygiénique (épidémies diverses liées à l’insalubrité des
populations) qui fut en effet évoqué en 1902 puis en 1914 lors du refoulement des populations
2
lébous du Plateau . L’administration était préparée à de telles missions ; aussi bien le Service
d’Hygiène mis sur pied en 1903, que les différentes municipalités contrôlées par les colons,
groupes de pression et minorités aisées, participèrent de cette approche qui se poursuivit
jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale. De la relégation raciale ouverte des
débuts, au motif que l’indigène ne peut se situer au même niveau que l’européen, les
populations devinrent par l’entremise des instruments assainissement, hygiène ou déchet,
otages de quelque groupes sociaux. Il y’avait encore la forte présence de l’idée
d’incompatibilité proximale entre européens et indigènes.

Si avec l’évolution politique des territoires concernés, les modalités d’une telle
discrimination ont changé, cette logique de groupes sociaux usant de l’hygiène pour défendre
leurs intérêts ne s’est pas estompée. La motivation demeure toujours le contrôle de quelque
instance politique (parti), entité administrative (Ministère ou direction..) ou territoriale
(mairies, villes…). La gestion de la quasi-totalité des secteurs d’activité revenant aux
gouvernements indépendants au moment de la décolonisation, l’implication de la sphère
politique dans la mise en œuvre ou non des actions de salubrité et l’instrumentalisation de ce
secteur ne connurent pas de répit, bien que tout le long de la transition des entités coloniales
en pays indépendants (évolution accompagnée par l’instauration d’un «Etat de droit »), il ne
sera naturellement plus question d’une discrimination d’ordre sociopolitique. Toutefois on l’a
dit, il est nécessaire de distinguer

- l’action du bras exécutif d’un Etat (à priori impartial et équitable) que constitue
l’administration. Elle est chargée à travers concernés ses démembrements de mettre en
œuvre les politiques officielles en la matière, (ici en l’occurrence la bonne mise en
œuvre et à destination de tous de politiques de gestion des déchets efficientes)
- et l’action découlant d’une infiltration de ses démembrements spécifiques par
la sphère politique.

On a vu que pour le Dakar de l’époque de la Loi-Cadre, le très socialiste Mamadou DIA


alors président du Conseil reprochait déjà de manière à peine voilée aux Services Municipaux
chargés du nettoiement de la ville, d’y entretenir l’insalubrité de manière délibérée et à des
fins stratégiques. Ce fut d’ailleurs l’une raison pour lesquelles à la faveur des redécoupages
territoriaux, cette mission sera très vite confiée en 1961 au Gouverneur de la Région de
Dakar.

1
SINOU A op cité P28.
2
Même si ce motif fut battu en brèche par un Blaise Diagne alors représentant des « indigènes » à l’assemblée territoriale. Le député
sénégalais était en outre indigné par l’incohérence d’une telle mesure eu égard aux conditions dans lesquelles ces populations furent
relogées.
272
Toutefois, il semble qu’il fut question à travers cette réaffectation du service, d’un
« règlement de comptes » visant le groupe politique de Lamine Guèye alors maire de la ville
et à la tête des services de la Municipalité. On peut le déceler dans l’analyse de SECK A
concernant le fonctionnement entre 1945 et 1961 de cette branche des Services Techniques
Municipaux :

Ces services de la voirie urbaine avaient leurs locaux (magasins, garages, bureaux…)
avenue Gambetta et employaient plus de mille trois cents (1300) personnes, comprenant
quelques ouvriers (et il s’agit d’ailleurs surtout de conducteurs de véhicules) et beaucoup
de manœuvres. C’est le service qui s’occupe normalement de la réfection des rues,
trottoirs, places…et surtout du nettoiement. Avant l’indépendance, il était le plus critiqué
des services municipaux : en effet en dehors des quartiers du Plateau, tant bien que mal
fréquentés par les camions de nettoiement, Dakar apparaissait comme une ville sale,
particulièrement dans les quartiers de la Médina. Tandis que la rumeur publique
expliquait facilement cette carence en accusant les responsables municipaux de faire du
service de nettoiement un simple paravent permettant de rémunérer sous le manteau leurs
agents électoraux (dont beaucoup disait-on ignoraient jusqu’à l’existence même de ce
service). L’administration municipale évoquait non moins facilement le caractère très
étendu de la ville qui avant 1945 ne comptait pour une population de 100.000 habitants
qu’un seul immeuble de plus de deux (2) étages, et aussi la faiblesse des ressources que la
1
Municipalité tirait des quartiers périphériques .

Le professeur SECK A détaillait déjà à l’époque le rôle et l’implication de la


« corporation » à travers les ramifications de la machine politique jusque au sein de ce
2
service .

Si cette tendance se poursuivit les années suivantes, la grande nouveauté intervenue


l’année 1971 avec la privatisation du service fut sa mise sous tutelle du ministère de
l’Equipement. Ayant directement négocié le contrat de cession du service à la SOADIP, cette
cohérence gouvernementale semblait préfigurer une meilleure lisibilité. Ainsi, jusqu’à la
dissolution de la SOADIP en 1984, le dit ministère fut chargé de veiller au respect des clauses
du contrat et au bon fonctionnement de la société. Il intervint d’ailleurs à plusieurs reprises
lors des cas de litige et eu dans le cadre légitime de l’action gouvernementale à mettre en
œuvre un certain nombre d’initiatives en la matière. Toutefois, cette privatisation du service
au début des années soixante-dix ne coupa court aux intrigues autour de la question, climat de
suspicion rudologique qu’alimentait une guerre larvée sur fond de positionnement au sein des
instances du Parti-Etat.

Du fait des répercussions sur l’image de la ville qu’induirait un blocage dans le


fonctionnement de ce service (et qui ferait l’affaire de quelque adversaire politique), la
méfiance de part et d’autre était totale.

1
SECK A. (1970). Dakar, Métropole Ouest-Africaine. Mémoires de l’IFAN n° 45. 1970 516 pages + annexes. P33-34
2
Ceci n’était d’ailleurs guère nouveau dans la mesure où le politique qui a de tout temps cherché à instrumentaliser l’individu en tant que
caution numérique de ses actions, de ses faits et gestes, (que ce soit sous la contrainte ou le consentement), a vite fait de pénétrer l’ensemble
des sphères de la société. Dans cette optique il apparait alors plus rentable de cibler un groupe d’individus ou une corporation afin de toucher
un public le plus large en jouant sur les effets d’échelle dans une sorte de système de relais pyramidal. C’est ce qui explique que
généralement, associations ou regroupements à vocation culturelle (ASC ou GIE), économico-professionnel (GIE, Syndicats), idéologiques
(Partis) ou autres, se voient en permanence courtisés par les politiques.

273
La SOADIP fut très vite dans le collimateur du tout puissant ministre de l’intérieur Jean
1
Collin chargé à l’époque et durant tout son parcours (aussi bien dans ce ministère-clé que
plus tard à la Présidence), de baliser le chemin de son « protégé » et futur président Abou
DIOUF ; il les connaissait les intrigues et embûches dans les hautes sphères de la politique-
administration, que seuls les initiés ont la faculté de décrypter à temps.

Tel qu’on la vu, on notait déjà aussi une foison de donneurs d’ordre (multiples) et une
absence de cohésion ou de coordination (éclatement des compétences entre différents
démembrements). Sans doute pour les stratèges et conseillers politiques, l’intégralité d’une
question aussi sensible que celle du nettoiement ne pouvait être confiée à un seul ministère
compte tenu des risques de « sabotage » induits par les rivalités politiques qui investissent le
champ d’action et le terrain gouvernemental. C’est alors en toute logique que les nombreuses
réunions interministérielles telle le conseil Interministériel du 22 novembre 1976 a porté sur
l’assainissement et la propreté de Dakar de même que le Conseil National de l’Urbanisme du
22 juin 1979 et celui du 22 novembre 1979 sur l’assainissement, qu’on tenu différents
démembrements gouvernementaux concernés n’ont jamais accouché de mesures concrètes.

L’autre volet de cette mainmise politique aura trait à la corporation des agents du
nettoiement très courtisée, car constituant un vivier électoral non négligeable. Ainsi même au
début des années 1980, période durant laquelle la SOADIP connaissait ses pires difficultés, la
pression politique ne se relâcha pas pour autant, surtout que se profilaient déjà à l’horizon les
élections présidentielles de 1983 avec les incontournables stratégies de mobilisation des
niches de voix.

Embrigadée par les responsables politiques du pouvoir en place (le PS du président Abdou
Diouf), le personnel de la SOADIP (environ 1300 agents), cadres comme agents se retrouva
presque totalement affilié au principal syndicat CNTS et pour ainsi dire à la solde du régime.
2
La « Centrale » était en effet aux mains de Madia DIOP , vétéran de la lutte syndicale au
Sénégal (actif depuis 1968), mais qui rallia très vite la cause du pouvoir socialiste dans la
perspective des élections de février 1983.

La combinaison de l’ensemble de ces contraintes a beaucoup contribué à accélérer l’échec


3
de ces structures, tel que l’a souligné SOW P-S : « En dehors des problèmes structurels, il va
s’en dire que pour certaines, même si elles ont été condamnées à mort pour fautes graves de
gestion, la politique a non seulement beaucoup influé sur les chefs d’accusation ayant conduit
à la condamnation, mais aussi elle a servi de bourreau lors de leur mise à mort. Par exemple,
la liquidation de la SOADIP qui relevait en grande partie d’une confrontation politique entre
barons d’un même régime ».
Mais, c’est assurément lors de l’intervention de la SIAS, sur la période allant de 1984 à
1995 que les dérives de l’implication des politiques dans le fonctionnement de ce service
public, sont le plus apparues. En effet, si durant la période précédente les « blocages »
politiques étaient très perceptibles, ils n’avaient cependant pas encore atteint des niveaux de
« sabotage », qui allaient faire monter d’un cran l’instrumentalisation.

1
Il fut ministre de l’Intérieur dans les différents gouvernements dirigés par Abdou Diouf de 1971 à 1981 (c'est-à-dire un an après que ce
dernier occupa son premier poste de chef de gouvernement, jusqu’à son accession à la magistrature suprême). Puis Abdou Diouf devenu
président de la république, il devint le secrétaire général de la présidence de 1987 à 1990).
2
Il lui fut notamment reproché d’être passé sous le régime socialiste, adepte d’un syndicalisme de salon.
3
Interview de Pape Soulèye SOW, ancien conseiller technique auprès du DG de la SIAS. In Sud Quotidien Mercredi 10 janvier 2007. A
signaler d’ailleurs que le Président de la SOADIP n’était autre que l’ancien ministre de la communication de Senghor, tombé en disgrâce à la
faveur des luttes de positionnement au sein du Parti-Etat de l’époque (Parti Socialiste).

274
La première ambiguïté manifeste résidait dans le fait que le Ministère de l’Environnement
qui devait en principe être ministère de tutelle de la SIAS et de facto se situer aux avant poste,
n’eut pratiquement jamais « son mot à dire » durant toute la période de fonctionnement (et de
dysfonctionnement) de ladite société. C’est en effet le Ministère de l’Intérieur qui tira en
permanence « les ficelles » à sa guise induisant délibérément nombre de blocages que connut
le secteur du nettoiement durant cette période, mainmise qui ne manquera pas de créer
nombre de couacs dans son fonctionnement. Un épisode particulièrement révélateur s’est joué
lorsque les services de la CUD tentaient d’interpeller l’autorité aux commandes face à
l’impunité dont bénéficiait la SIAS. Au plus fort de la crise des déchets en 1992, le maire de
la Commune de Dakar et par ailleurs Président de la CUD adressait une lettre datée du 18 juin
1992 au ministre de l’Intérieur de l’époque Monsieur Madieng Khary DIENG l’interpellant
sur les manquements de la société de collecte :
« …Pour pallier à ces manquements, la CUD a redoublé d’efforts dans l’organisation des
journées de propreté avec les mouvements de jeunes, voire de toutes les populations des cités
dans les différentes communes associées dans le cadre de la Communauté Urbaine. Par
ailleurs, j’ai remis ou différé l’application des pénalités sanctionnant les défauts d’exécution
de ce service. En plus, les Services techniques de la CUD interviennent tous les jours pour
appuyer la SIAS et j’ai toujours manifesté ma disponibilité pour aider cette société à
s’équiper et à reprendre son fonctionnement normal. Cependant, tous ces efforts n’ont pas
contribué à l’amélioration du service et la collaboration de la dite société fait défaut. En effet,
elle a refusé de recevoir l’expert envoyé par la CUD pour faire le diagnostic de la situation
et proposer des solutions, et les responsables ne participent plus aux réunions de chantier
hebdomadaires qui permettaient de résoudre les différents problèmes qui se posaient. Enfin,
la situation qui prévaut actuellement ne peut plus continuer, les tas d’ordures pullulent à
travers les communes et une solution urgente doit être prise. Dans cette perspective, il est
indispensable d’autoriser l’utilisation des sociétés privées pour la collecte des ordures et
prévoir la restructuration de cette société et de l’équiper en conséquence. Il faut entre autres
noter que ces défauts de prestation sont une source importante de mécontentement des
populations… »

En dépit de cette supplique en règle du Président de la CUD, le ministre d’Etat ne bougea


le « petit doigt ». Les querelles de tendance étaient tels, qu’à défaut de ne pouvoir torpiller
l’action de l’adversaire politique, il était hors de question de le tirer d’affaire. Pour le
président de la CUD Mamadou DIOP, l’ultime recours sera de demander l’aide de son
camarade de poids au PS et vieil ami Robert Sagna alors Ministre de l’Equipement de
l’époque. Les termes étaient fort concis :

« La SIAS n’exécute plus le service concédé comme il se doit. Des mesures urgentes sont à
prendre par les autorités du gouvernement de la République. Il s’agit d’une part d’autoriser
l’utilisation des pénalités dues à des défauts d’exécution par l’emploi d’entreprises privées pour le
nettoiement des zones non desservies et d’autre part de structurer et d’équiper cette société à court
terme. L’insalubrité qui s’installe dans les communes menace la santé publique, ternis l’image de
1
marque de notre capitale et constitue une source de soulèvement populaire »

1
Lettre n° 00-686 du 6 juillet 1992 du Président de la Communauté Urbaine de Dakar Monsieur Mamadou DIOP adressée au Ministre de
l’Equipement Monsieur Robert SAGNA. Objet : situation de la collecte des ordures ménagères à Dakar.

275
Paradoxalement, avec une situation des plus inquiétantes, la société continua à remplir
jusqu’à son « dernier souffle » son pacte avec le milieu politique : mobilisation de ses agents
et de sa logistique pour le compte du parti. Pourtant, le flamboyant parc automobile de la
société se réduisait comme « peau de chagrin », alors que les agents subissaient déjà des
retards, dans le paiement de leurs salaires. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles
même en se trouvant dans un état moribond du à une totale déliquescence, la SIAS a toujours
été récompensée pour sa « loyauté », avec des donneurs d’ordre lui accordant un sursis
financier. Cette manne, combinaison de pénalités non déduites sur les sommes versées au titre
de la rémunération et de sommes directement injectées, fit d’ailleurs grimper en flèche
l’endettement de la SIAS qui en 1993 s’élevait à plus de 2 milliards de FCFA, alors que les
1
querelles politiques externes continuaient de miner ses instances internes .

Après l’épisode de la SIAS, durant lequel la gestion du service s’était quasiment sous le
contrôle du Ministère de l’Intérieur et de la Primature, la question des déchets a semblé
revenir dans le giron des « techniciens » du Ministère de l’Environnement, puis des Services
Techniques de la CUD. Mais, à aucun moment ces structures n’ont bénéficié d’une autonomie
dans la mise en œuvre des politiques.

L’avènement de l’alternance en 2000 marqua à nouveau le retour en force du politique aux


commandes de la « salubrité », avec la mainmise de la Primature, y compris dans l’attribution
du marché du nettoiement de la ville à la société AMA. C’est elle qui a négocié les contrats de
cession du service de nettoiement, avec là aussi des clauses et des termes inaccessibles au
grand public. Cette tendance se confirma avec la création de l’APRODAK organe qui
officiellement travaille en collaboration avec le Ministère de l’Environnement, mais qui en
réalité dépend directement de la Primature. Cette réorganisation confirme le caractère quasi
stratégique de cette question, trop sensible pour être laissée aux seules mains de
« techniciens ».

L’une des dernières manifestations de cette interférence politique a été la dissolution au


lendemain de l’alternance de la CUD, qui gérait depuis 1983 le service. La gestion du
nettoiement, était à nouveau confiée à la Primature, alors dirigée par Moustapha NIASSE.
Décision partisane et politicienne déclarerait alors l’ancien Président de la CUD Mamadou
DIOP qui confiera plus tard : « mon différend avec Moustapha Niasse date depuis 1972
lorsque le Président Senghor m’avait appelé au poste de secrétaire général de la présidence
de la République, alors que j’étais avocat à la Cour Suprême. Depuis, Niasse a tenu à me
2
combattre au sein du Parti et dans l’Etat ». L’avenir sembla lui donner raison lorsque plus
tard la CADAK-CAR de l’équipe au pouvoir, née sur les cendres de la CUD, se vit quasiment
confier les mêmes missions pour le nettoiement de l’agglomération, et selon les mêmes
modalités.

En tout état de cause, ces confrontations politiciennes constituent une illustration des
nombreuses dérives dans les plus hautes sphères de l’administration portant préjudice à la
question de la gestion des matières résiduaires de la ville.

1
On peut à ce titre s’interroger sur la position de l’un des actionnaires principaux de la SIAS durant cette période, à savoir SITA. En effet si
les autres sociétés nationales actionnaires (CUD, HLM, SICAP, LONASE, Caisse de Sécurité Sociale, CSS), ont semblé évoluer sous la
coupe réglée du pouvoir politique de l’époque, l’actionnaire français n’était probablement pas soumis aux mêmes contingences. Reste à
savoir si en se retirant par la suite, la société avait gracieusement cédé ses parts à l’Etat sénégalais ou si leur équivalent financier fut
basculées au titre de la dette publique contractée par le biais de la coopération bilatérale.
2
Le Soleil. N°9049 livraison du Samedi 29 juillet 2000.
276
CHAPITRE III. Limites des politiques urbaines « déchets » à Dakar.
Dans le cas de Dakar, des implications sociologiques sont bien présentes dans la question
« déchets ». Dés le stade de production domestique, les modalités de production, la
composition des ordures, leur conditionnement, varient comme partout ailleurs en fonction
des niveaux sociaux et des zones d’habitation. De même, à cause d’une perception
dévalorisante globale qui l’entoure, la tâche d’évacuation des déchets sur le domaine public
est généralement confiée aux infra sociaux que l’on a mentionné.

Mais malgré ces facteurs, la gestion des déchets domestiques à l’intérieur des foyers, ne
pose globalement pas de difficultés sanitaires majeures en dépit des fortes disparités
économiques qui se reflètent d’ailleurs sur la nature des contenants de stockage. Cette bonne
tenue générale qui caractérise les habitations, s’applique aussi aux lieux « clos », d’activités
professionnelles : unités de production, espaces d’enseignement, établissements de santé etc.,
ainsi qu’aux lieux de pratique d’activités socioculturelles « indoor »: lieux de culte, de loisir,
de divertissement ou de récréation etc.

Certains facteurs socio anthropologiques impliquant des logiques déchet sur la scène
socio-territoriale, ont aussi été évoqués ; c’est le cas des dérives rudologiques à soubassement
parfois spirituel, parfois égonomique, qui rejaillissent dans la ville. C’est aussi le cas du tilim-
tilimeul, face cachée et peu honorable du très stratégique Set-Setal, ou encore de la formation
de dépôts contestataires, autre facette de l’instrumentalisation du déchet à Dakar.

Ces postures ont des incidences négatives avérées sur l’hygiène publique. Pourtant, elles
n’endossent pas l’entière responsabilité de l’état d’hygiène préoccupant qui afflige le domaine
public. Peut-on attribuer l’intégralité des problèmes de prise en charge des déchets, ayant pour
conséquence la prolifération des rejets anarchiques (dépôts utilitaires, abandons divers), à une
culture du « jeter par terre ». Doit-on tout assimiler à des croyances, des représentations et
pratiques sociales quotidiennes dites malpropres, échafaudées selon une seule lecture
ethnologique des rapports entre déchets, cultures et sociétés. Ce seul système de
représentation populaire peut-il de manière générale, expliquer l’état d’insalubrité de la cité..

Il est en effet légitime de se demander si pour le cas de l’agglomération dakaroise, les


manquements techniques inhérents aux stratégies officielles de prise en charge ne sont pas un
peu trop occultés par ces facteurs sociologiques précités. Ces manquements ont trait aux
équipements collectifs de prise en charge des déchets sur le domaine public et aux modes de
gestion en vigueur. Rappelons d’ailleurs que la quasi-totalité des dépôts anarchiques de
déchets rencontrés dans la ville, sont de nature utilitaire. S’agissant des équipements, la
question est de voir s’il n’y a pas un déficit en la matière, que ce soit pour
- ceux dits mobiles (logistique de collecte généralement considérée comme
inadaptée),
- ou ceux dits fixes (PAV, centres de transfert…), généralement oubliés, ou
effacés du paysage urbain.
Outre leur présence, quelques facteurs d’ailleurs intimement liés ont aussi amplement
influé sur les performances de ou non ces équipements. C’est le cas des modes de gestion peu
pertinents qui ont parfois exclu du plus grand nombre ce service de collecte officielle des O.M
(que ce soit en mode domiciliaire ou PAP ou en mode Apport Volontaire). L’interpellation
concerne la gestion de type différenciée, aussi bien celle mise en place durant une bonne
partie de la période coloniale pour des raisons ségrégationnistes, que celle réadaptée par les
autorités indépendantes.

277
Quant aux variables exogènes majeures très peu prises en compte, elles sont généralement
en rapport avec la croissance urbaine de la ville.

La première est spatiale, avec une typologie variable d’espaces à couvrir (quartiers aux
voies sablonneuses, non bitumés, taudis, trames irrégulières difficiles d’accès aux véhicules
de collecte mécaniques), mais aussi de développement et de densification des activités de la
ville.

La seconde a trait au déficit en équipements structurants de base ou à la gestion de ceux


existants. Il s’agit des voiries (et trottoirs) stabilisés, déterminants dans l’offre de service
déchets, mais aussi à des équipements divers tels que les aires de débarquement de biens de
consommation mais aussi les marchés urbains gros producteurs de déchets assimilés
ménagers, mais qui sont en général très légèrement pris en compte dans les schémas de
gestion.

Enfin la troisième englobe certains secteurs qui exercent une emprise directe négative sur
la prise en charge des déchets solides de la ville, à l’image de celui de la gestion des fluides
résiduaires.

278
1. Croissance de la ville et déchets : les contraintes de la densification, de l’extension
spatiale et du développement des activités.

1.1 Migrations et démographie, dans un espace toujours plus convoité.

Dans les pays d’Afrique subsaharienne à économie majoritairement basée sur l’agriculture,
la crise dans les campagnes a eu pour conséquence de freiner les initiatives de développement
socio-économique. Le déclin des zones rurales résultant principalement de la péjoration
climatique aux à différents épisodes de sécheresse, a été accentué par la détérioration à
l’échelle internationale, des termes de l’échange. Ces phénomènes ont eu de profondes
répercussions négatives au niveau local, touchant particulièrement le secteur agricole ; ils ont
contraint la paysannerie pour pallier la baisse des revenus, à recourir à l’exode vers les centres
urbains, accentuant la pression anthropique dans ces espaces.
1
Le boom démographique qui en a résulté, a profondément tronqué les processus
d’urbanisation dans des villes déjà déficitaires en équipements de base. Pour celles qui ont
connu un essor durant la colonisation, les réalisations sociales (logement, santé, services de
confort, propreté, assainissement liquide), ont été très peu prises en compte dans l’œuvre de
d’exploitation économique mise en place par les métropoles occidentales.

Pour le cas du Sénégal, c’est la capitale du pays qui illustre le plus ce schéma. Dakar
concentre l’essentiel des fonctions économiques, administratives, et politiques du pays du
pays, héritage d’une orientation coloniale qui la prédestinait capitale et pôle principal de la
colonie ouest-africaine. Ce processus qui a débuté depuis que l’ancien village lébou est passé
ville coloniale en 1857, s’est depuis largement accentué. Il se traduit aujourd’hui par un
déséquilibre économique et démographique sans cesse croissant entre Dakar et le reste des
villes régionales.

Pourtant, réduire la macrocéphalie de Dakar a toujours été un des objectifs dits prioritaires
des pouvoirs indépendants, notamment en procédant à un rééquilibrage territorial ; mais la
déconcentration de la presqu’île et du Centre-ville est resté l’éternel vœu pieux de
l’aménagement territorial national.

L’entreprise n’ayant jamais véritablement été entamée, et les timides initiatives s’étant
toutes soldées par un échec, la ville continue d’accueillir un espace réduit, une bonne partie de
la population du pays ainsi que la quasi-totalité de l’activité économique nationale. Dakar
reste en effet la destination prisée des migrants, bien que le processus d’immigration vers la
capitale passe souvent par l’étape villes régionales. Sur 10 migrants de l’agglomération
dakaroise, six viennent d’une ville de l’intérieur et un de l’étranger et principalement pour des
raisons économiques. La délicate organisation spatiale qu’exige une telle situation a été
rendue difficile dans la ville par l’adjonction de contraintes supplémentaires liées à
l’extension du site, au développement des activités mais aussi et surtout des implantations
irrégulières diverses.

1
Ces espaces ont été sujets à une pression démographique et spatiale fulgurantes. Les taux d’urbanisation y sont en effet passés de moins de
30 % dans les années 1960 à plus de 50 % à la fin du 20° siècle.

279
Les migrations économiques vers Dakar ont doublé en quelques années, même si la
capitale constitue parfois un simple tremplin sur la route vers l’étranger. C’est le cas pour 30
% des personnes interrogées, alors que 15 % d’entre elles s’y établissent de façon quasi
définitive. Selon l’ESAM II plus de la moitié des citadins (54,0 %) vivent dans
l’agglomération urbaine dakaroise : sur les 2 333 420 habitants de la capitale, 877 330 soit 37,
6 % se sont installés à Dakar depuis au moins un an. Rapporté à l’ensemble du pays, c’est un
1
migrant sur trois qui vit à Dakar .

Quelles que soient les motivations des migrants, c’est devant cet afflux massif des
populations du à l’exode rural que c’est opéré l’étalement spatial de la capitale avec une
conquête progressive de la presqu’île et de ses espaces ruraux. Pour PELISSIER. P, « si les
ruraux sont allés en rangs serrés vers la ville, la ville s’est elle-même disséminée dans la
2
campagne » . La croissance démographique et extension spatiale ne se sont pas accompagné
d’une adaptation des équipements et services de base. Dans une agglomération aux ratios
minimaux rompus, la majorité des nouveaux se verra exclue de l’accès à ces équipements et
services de base, dont celui de la prise en charge des matières résiduaires domestiques.

Cette situation qui va à son tour contribuer à rompre les équilibres dans l’accès des citadins
à certains services urbains de base, a notablement accentué les contraintes dans la question de
la prise en charge des matières résiduaires. Avec la croissance urbaine et le développement
des diverses formes d’implantations spontanées (habitat et activités), cette macrocéphalie
explique aussi qu’en matière de déchets, la ville détienne à elle seule près de la moitié de la
production nationale. Ce pic de production a souvent rendu obsolètes les dispositifs de prise
en charge largement sous-dimensionnés jusqu’ici mises en place par les structures de
nettoiement. Ce rush vers la capitale s’accompagnant d’un transfert d’activités et de services
en tous genre dont l’explosion et les modalités d’implantation et de fonctionnement vont
beaucoup affecter la production rudologique de la ville.

L’absence de mécanismes de prise en charge, calibrés aux exigences de cet espace


restreint, a pour conséquence cette dégradation du cadre de vie et une forte pollution de
l’environnement par différents acteurs (populations, producteurs industriels, artisanaux, ou
encore agricoles). Pourtant, malgré le caractère préoccupant de la situation, il est à craindre
que les modalités de l’accroissement démographique et des activités, ainsi que les conditions
de l’étalement spatial actuel de la ville ne concourent pas à renverser la tendance, de
dégradation du service de prise en charge des matières résiduaires solides dans la ville. Ces
aspects seront abordés plus amplement dans les chapitres à venir.

1
MEF. Direction de la Statistique, (2002). ESAM II. Enquête auprès des ménages 2002.
2
PELISSIER P (2000). «Les interactions rurales - urbaines en Afrique de l'Ouest et Centrale», Le bulletin de l'APAD, n° 19. Les
interactions rural-urbain : circulation et mobilisation des ressources ».
280
1.2 Habitat, activités et prise en charge des matières résiduaires solides.

Outre ses traditionnelles fonctions économiques liées à son expansion, Dakar a depuis son
érection en ville, du faire face à une forte pression foncière du fait de sa croissance. Encore
présents, les paysages ruraux progressivement urbanisés, laissent place à l’espace bâti pour
l’habitat et pour les activités économiques diverses.

La production et le fonctionnement économiques des villes sont assurés par l’activité


industrielle et des services. Mais, dans leurs modalités d’implantation spatiale, ces secteurs
traditionnels sont fortement concurrencés et parfois entravés dans les pays en voie de
développement par la fulgurante expansion de l’économie dite « informelle » mais aussi de
l’habitat spontané. La diversité de ces formes d’occupation spatiale ajoutent à la complexité
de la question de la prise en charge de la production des résidus produits dans ces espaces. Si
pour certains auteurs le territoire, de par les activités économiques qu’il sous-tend, détermine
1
la quantité, la nature et la composition des déchets , la contribution des activités non
économiques n’y est cependant pas négligeable.
La croissance naturelle des agglomérations détermine le dimensionnement en continu des
mécanismes de production des services de base, qui englobent généralement le logement, la
santé et l’éducation, l’approvisionnement en eau potable, en électricité etc. Mais ces services
concernent aussi la prise en charge des matières résiduaires produites dans la ville.

Tant pour les fluides de l’assainissement liquide, que pour les déchets solides, se pose donc
la question du dimensionnement des équipements de collecte, de transport, évacuation, mais
aussi d’élimination.
S’agissant des déchets solides, on sait que les quartiers urbanisés de l’agglomération
dakaroise, sont moins touchés par les difficultés de prise en charge. Si on exclu la période de
présence coloniale où les dispositifs de prise en charge, ouvertement discriminés n’étaient pas
accessibles aux populations indigènes, les quartiers dotés de routes stabilisées n’ont jamais
connu à proprement parler de problèmes de collecte. Il en est de même des anciens taudis
logés dans le centra ancien, rasés et progressivement intégrés à la trame régulière ; disposant
de routes bitumés, ces zones sont parvenues jusque là, à bénéficier des privilèges des sociétés
d’une collecte généralement effectuée en PAP.
La question était toute autre pour les quartiers périphériques illégaux ou spontanés,
implantés dans les faubourgs de la ville, ainsi que pour les différents types de villages
traditionnels présents dans l’agglomération. Qu’il s’agisse de Yoff, Yeumbeul, Ngor, Hann ou
encore, Bargny, Mbao, ces villages présents à Dakar avant l’implantation coloniale ont
généralement survécu, même si quelques uns à l’image des îlots constituant l’actuel Plateau
ont très tôt fait les frais des politiques de déguerpissement et de structuration urbaine
entreprises dés l’annexion de la presqu’île par les autorités françaises en 1857.
L’administration coloniale longtemps non comptable de l’accès des populations autochtones
mais aussi néo-urbaines au logement et aux commodités urbaines nouvelles, se rendra aussi
parfois largement complice de telles pratiques à travers un certain nombre de concessions.
Pour les populations lébou, une autorisation tacite à perpétuer les procédés coutumiers de
gestion foncière jusque là en vigueur, compensera la non implication officielle dans
l’aménagement de ces espaces, alors que l’habitat illégal précaire, tant qu’il ne contrariait pas
les objectifs urbains, était toléré et admis en vertu de la proximité de la main-d’œuvre qu’elle
procurait à une ville en pleine expansion.

1
In PELISSARD et al. (2005) « Incinération des Déchets ménagers : la grande peur ».Ed Le Cherche Midi. Paris 2005 245 pages.

281
Ces villages traditionnels seront plus tard rejoints par les néo-villages urbains, localisés sur
les terres vierges de l’est et fondés par les populations issues de l’intérieur du pays.
Globalement, ce sont les villages localisés dans un triangle Malika, Deni Biram Ndao-
Sébikotane, dont les habitants ont rallié la capitale à la faveur du boom de l’exode rural des
années 70.
Dés l’indépendance, les pouvoirs publics n’ont jamais caché leur désarroi et leurs
difficultés, à assurer le service dans des villages au tracé sinueux, dans des quartiers illégaux
sans trame urbaine, sans routes stabilisées, et donc présentant une très faible possibilité
d’accès pour les véhicules de collecte officiels. Faute d’accessibilité, les solutions en matière
de prise en charge des déchets dans ces zones, quand elles existaient, s’étaient vite orientées
vers des véhicules triporteurs généralement utilisés dans les zones urbaines exigües (marchés
aux dédalles sinueuses et tortueuses). Mais, les techniciens des structures compétentes
(urbanisme, organisme de nettoiement) avaient aussi préconisé la reconduction de la méthode
des points d’apport volontaires ou PAV.
Les PAV ont été introduits à Dakar par l’autorité coloniale pour atténuer les risques de
prolifération des dépôts anarchiques de populations indigènes. Exclues de la collecte officielle
et interdites de décharge communautaire, formule qu’elles avaient jusque là adopté, les
anciens ruraux lébous, passés citadins, n’avaient d’autres solutions que d’abandonner leurs
déchets la nuit ou en cachette constituant dans la ville l’éclosion de poches d’insalubrité.
Cette pratique constituait la hantise de l’autorité sanitaire de l’époque, du fait des conditions
favorables que cela constituait pour la prolifération de la malaria et de la fièvre jaune.
stegomyia et anophèles, responsables de la fièvre jaune et du paludisme, ne se contentaient
pas de faire des ravages dans les cases et baraques des seuls lébous. Proliférant dans les points
d’eaux stagnantes et dans les endroits de rejets anarchiques d’ordures, ils causaient aussi la
mort de beaucoup d’européens, malgré les consignes de précaution appliquées (moustiquaire,
séparation d’avec les populations noires etc.). Pour assurer un équilibre hygiénique
convenable, cette concession d’une collecte minimale pour les populations locales était
nécessaire. Cette orientation a d’ailleurs été maintenue jusqu’au crépuscule de la colonisation.

Lorsque les pouvoirs publics indépendants prirent le relais, l’approche déchet qu’ils ont
développée, loin d’être globale, n’était pas non plus très visionnaire : seuls les déchets
assimilés ménagers, en enlaidissant les artères, retenaient l’attention et faisaient l’objet de
mesures volontaristes. Ni la question des déchets industriels, dans une ville en passe de
centraliser la quasi-totalité de l’outil de production, ni celle d’une élimination viable dans un
site restreint et présentant à plusieurs endroits un sous-sol fragile, n’avaient été sérieusement
abordées. Pour ce dernier point, on verra d’ailleurs plus amplement le effets désastreux sur les
écosystèmes de l’ouverture de la décharge de Mbeubeuss à Malika en 1968. Toutefois, l’on ne
peut affirmer avec certitude qu’en matière de déchets, les pouvoirs publics indépendants aient
voulu ou se soient contenté de reconduire les mêmes mécanismes adoptés par leurs
prédécesseurs, du moins pour la collecte à destination des populations. D’ailleurs à leur
décharge, ils avaient adopté une logique qui semble même plutôt légitime.

Pour les nouvelles autorités qui devaient assurer aux résidents de la ville l’accès aux
services urbains que sont l’emploi, le transport, la santé, les loisirs.., il semblait plus judicieux
d’attaquer les chantiers, par la résolution de la sensible question de l’habitat. Elle était d’une
importance d’autant plus capitale, qu’elle cristallisait autour d’elle une bonne partie des autres
volets du programme. C’est en effet autour du noyau central qu’est la maison moderne, que
tout devait se jouer : dotés d’un assainissement liquide moderne pour les eaux vannes et
pluviales, les maisons devaient donner sur des quartiers normés, bénéficiant de commodités
diverses et surtout de routes bitumés.

282
Il ne resterait plus au service de collecte qu’à venir apposer ses schémas ou procédés de
collecte : si les routes bitumées devaient faciliter la desserte urbaine et l’accès aux transports
en commun, ces équipements permettaient aussi un accès aisé aux véhicules de collecte de
déchets, pour une collecte en PAP.

Bien qu’il s’agisse en réalité très souvent d’une collecte en bout de chaîne, la démarche
n’en constituait pas constituait une nouveauté. Rappelons que le service était en effet jusque
là réservé aux quartiers Européens et/ou aisés de la ville (Plateau, Fann, Mermoz), que
WANE désignait comme « les privilégiés de l’assainissement ». La résolution de la question
de l’habitat, solutionnait aussi la question de la prise en charge des matières résiduaires.

Forts de cette logique, les différents gouvernements qui se vont se succédé depuis les
indépendances entreprendront des programmes d’habitat destinés à résorber le déficit en
logements, tout en anticipant l’accroissement démographique de la ville. C’est l’axe officiel
des logements sociaux « clés en main », obéissant « aux normes » urbanistiques modernes,
combiné à de vastes programmes de viabilisation de terrains pour des particuliers désirant
accéder à la propriété. Ils piloteront les programmes de construction de la SICAP : Amitié,
Sacré-Cœur, Mermoz, Dieuppeul, Fann et Point E, Bopp Baobab, logements de standing
moyen à élevé qui s’ajouteront aux quartiers huppés du Plateau, résidentiels de Fann et du
Point E. Parallèlement, la société HLM poursuivit la réalisation des programmes éponyme en
réalisant les tronçons III à VI selon un respect des normes actuelles. D’un style architectural
variable ils disposaient des commodités de confort connexes au logement : eau courante,
raccordement systématique à l’égout qui réglait le problème de l’assainissement liquide
domestique, électricité. A l’extérieur, on retrouvait de commerces, services, espaces de loisir.
S’agissant de la prise en charge des déchets solides, ces quartiers des HLM et SICAP
disposaient d’un système de collecte des déchets « personnalisé » réservé à leurs seuls
lotissements et mis en place par lesdites sociétés immobilières. La Municipalité de Dakar leur
versait alors à titre de compensation, une ristourne sur la taxe d’enlèvement des ordures
ménagères. Quelques gros producteurs comme les forces armées françaises et sénégalaises,
ainsi que le Port Autonome de Dakar ou l’aéroport, disposaient aussi d’un système de collecte
en interne de leur production de déchets.

Les actions officielles en matière d’habitat ont sans doute été bénéfiques à la ville ;
toutefois, les territoires à couvrir augmentaient pour le service de collecte. De même, la
faiblesse des réalisations tranchait avec l’ampleur du retard à résorber. Avec leur caractère
élitiste qui a quasiment exclu les couches populaires ciblées, ces lacunes ne coupèrent pas
court au développement fulgurant de l’axe antagonique à la politique de logement officielle,
celui de l’habitat irrégulier et spontané. En réalité, Dakar par sa croissance démographique et
de celles des activités économiques, se démarquait déjà des villes de l’intérieur. Parallèle à
son développement « légitime », l’afflux démographique du à l’exode rural y bouleversait
complètement les modalités de son extension. La Nouvelle Politique Agricole sensée
redynamiser le secteur et fixer les populations rurales dans leurs terroirs n’ayant pas jugulé la
crise dans les campagnes, la seule alternative pour les paysans fut en effet de rallier les centres
urbains et principalement Dakar ville « aimant ». La course-poursuite habitat illégal-
restructuration officielle, continuait de plus belle, avec d’un côté un flux de plus en plus
croissant de migrants s’installant dans la grande banlieue nord et de l’autre, des pouvoirs
publics dépassés par le flot incessant et la rapidité d’installation et de légitimation des
quartiers (mosquée, adduction d’eau, électrification etc.). Déjà perceptible dans les années
1960, le décalage entre l’extension spatiale rapide notamment dans la banlieue est de la
presqu’île, et déploiement des services et équipements urbains se fait encore plus flagrante.

283
En réaction de la forte poussée démographique, la capitale du pays, (tout comme les autres
villes régionales d’ailleurs) sera dotée en 1970 d’une Division Régionale de l’Urbanisme, qui
1
se substituait au Service Régional de l’Urbanisme, jugé peu performant . Ces directions mises
en place sous le gouvernement du premier ministre Abdou Diouf pour rectifier les lacunes des
programmes d’habitat antérieurs, avaient en charge des aspects relatifs aussi bien à
2
l’urbanisme, l’habitat, les espaces verts, que la construction immobilière de base .

Mais pour ces structures, il n’était pas encore question d’une viabilisation des secteurs très
denses déjà occupés, condition préalable à toute desserte par les services de collecte des
ordures. Villages et quartiers enclavés de Guédiawaye et Pikine, se contenteront des
mécanismes jusque là en vigueur, notamment les PAV, les populations non accessibles
recourant aux procédés alternatifs populaires (collecte hippomobile, rejet dans des dépôts
anarchiques). La priorité était donnée à l’anticipation de la progression du front de l’habitat.
La réponse des Parcelles Assainies, programme de construction de logements à caractère
social initiée dés le milieu des années 70 devait ainsi contribuer à satisfaire la forte demande
populaire en logements et couper court aux implantations illégales ciblant les anciennes terres
agricoles au nord est de la presqu’île. Mais là aussi, de profondes lacunes et contradictions
sanctionnèrent leur réalisation. La récupération du programme par les promoteurs immobiliers
et par les classes sociales moyennes à aisées, maintint un statu quo dans l’accès au logement
des couches les plus défavorisées. L’absence de commodités, dont les indispensables
systèmes d’assainissement liquide collectif et des réseaux routier denses et bitumés, allaient
en effet hypothéquer les perspectives de salubrité dans ces nouveaux quartiers.

Photo 54. Lotissement dans les Parcelles Assainies. Photo J.P. Le Bacon

1
Crées en 1968 ils étaient encore rattachés aux services régionaux des Travaux publics, expliquant peut-être leurs limites.

2
Ces structures déconcentrées bénéficiaient du financement de la Caisse Centrale de Coopération Economique et Financière de la France
(CCCEF).

284
Il ressort de cette situation est qu’une production officielle de logement ne signifie pas
forcément, une intégration des équipements structurants de base, dont les essentiels réseaux
de captage des eaux résiduaires et pluviales. Mais au chapitre des lacunes pour les futurs
habitants, figure aussi l’absence d’un réseau viaire bitumé conséquent qui va limiter les
possibilités de pénétration dans les quartiers, pour une prise en charge des déchets qui y sont
produits.

Ce constat était déjà valable avec la création pourtant officielle de Pikine. On peut
toutefois arguer à la décharge des pouvoirs publics nationaux que dans l’antichambre de
l’indépendance, l’édification de Pikine en 1952 marquait les derniers soubresauts d’une
autorité coloniale peut soucieuse du devenir social des futurs citadins dakarois. L’opération
n’a été que la dernière d’une série de recasements sommaires mis en œuvre par l’autorité
coloniale durant toute la durée de sa présence dans la ville, et dont l’épisode de la Médina fut
l’un des temps forts. Mais à croire que l’histoire bégaie, une telle pratique se vérifiera par la
suite avec les productions des sociétés immobilières, non astreintes aux mêmes exigences que
les organismes étatiques, dont les réalisations, quoique détournées par les classes aisées
étaient plus complètes. C’est le cas de programmes Parcelles Assainies de la banlieue Nord
ouest où les terrains dits viabilisés, étaient en réalité, simplement nivelés et découpés en
parcelles ; à charge pour les acquéreurs de faire le nécessaire notamment pour les
équipements d’assainissement liquide (fosses septiques etc.). Laxisme de la part d’autorités
qui dépassées par la question du logement, avalisent des réalisations low cost (avant l’heure),
ou mauvaise foi de promoteurs qui après s’être engagés, limitent les investissements, toujours
est-il que les standards appliqués par les organismes étatiques comme la SICAP, et les HLM,
pour leurs réalisations, n’ont pas été forcément ceux adoptés par les sociétés immobilières
privées. Les mêmes schémas seront reconduits pour la plupart des réalisations qui suivront,
avec les mêmes conséquences sur la qualité des prestations de service déchets.

Des premiers refoulements des populations autochtones lébous du centre au début du


siècle, aux récentes démolitions au bulldozer en passant par les déguerpissements lors de la
construction de quelques ensembles sociaux officiels, les récurrentes tentatives de résorption
menées par les pouvoirs publics n’ont jamais pu juguler de manière efficace la croissance de
l’habitat spontané et ses ramifications. En 2001, près de 900 000 habitants sur environ
2 500 000 (36%) de l’agglomération dakaroise sont concernés par l’habitat informel, ce qui
incluse « habitat spontané et « type villageois » (MUAT-DUA 2001, 70). PRECHT abonde
aussi dans le même sens signalant qu’en 2001, l’habitat spontané a représenté 22 % de
l’agglomération dakaroise occupée par l’habitat, le type villageois environ 16 % donnant un
total de 38 % d’informel. Actuellement dans la banlieue périurbaine distante d’environ 30 km,
l’axe Pikine-Guédiawaye avec des densités atteignant parfois près de 50.000 hbts /km2
présente une croissance démographique des plus spectaculaires reléguant les quartiers
populeux de la Médina ou du Grand-Dakar au second plan. Si l’habitat en baraques, cases,
maisons en tôle ou en bois est en voie disparition, les constructions de fortune en dur sans eau
potable, ni sanitaire sont encore présentes ; elles obligent leurs occupants à la corvée d’eau
aux bornes fontaines publiques et à des pratiques à risque en matière d’élimination des rejets.
Les établissements humains implantés dans ces zones restent aujourd’hui encore les plus
défavorisées dans la prise en charge de leur production de déchets car étant largement exclues
de la collecte domiciliaire. L’absence de voies structurantes stabilisées (pouvant provoquer
l’enlisement des véhicules de collecte), de même que leur étroitesse constituent les principales
entraves pour les sociétés de nettoiement. De concert avec les pouvoirs publics, elles mettront
alors plus tard des stratégies pour le moins improbables et chimériques : c’était notamment le
cas dans les quartiers populaires où il y était en effet question de charrettes venant en appui à
l’organisme officiel pour la collecte des déchets ménagers.

285
Le maintient des pratiques hygiéniques domestiques précédemment évoquées, rejailli
parfois positivement sur une partie de ces zones, à travers cette appropriation spatiale. En
effet dans la représentation populaire traditionnelle de la propreté chez les sénégalais (et
notamment chez les femmes plus impliquées dans ces questions), l’espace domestique à
maintenir propre ne se limite pas aux strictes contours légaux de la maison ou de la
concession. Celui qui lui est contigu étant systématiquement considéré de manière tacite
comme rattaché à la maison, son entretien et sa propreté sont de facto dévolus à la famille
occupant la concession jusqu’à hauteur de la moitié de la rue (ou ruelle). Ainsi dans les
quartiers populaires et surtout celles des zones spontanées, cette occupation-annexion de cet
espace impliquera dans la pratique hygiénique la prise en charge permanente de sa salubrité.
Cet « effort rural » de propreté à l’intérieur de la maison et sur l’espace considéré comme
1
privé sera selon NDIAYE P maintenu en milieu urbain . Cela dit, les revers d’une telle
« concession », outre une remise en cause de la réglementation établie par l’autorité publique,
se situent dans le développement d’une série d’entorses au code de l’urbanisme qui aura des
incidences sur la mobilité des biens et des personnes et même parfois …des mécanismes de
prise en charge des matières résiduaires solides.

Carte 19. Localisation des zones d’Habitat spontané à Dakar. D’après SECK (1998).

286
1.3 Espace public, espace de vie.
La densification spatiale à Dakar résulte de la poussée du logement, et du développement
des activités, dont celles industrielles et celles dites informelles. Cette densification spatiale
influe profondément sur les conditions de prise en charge des matières résiduaires ; on a vu
l’implication de la trame urbaine dans la fréquentation des quartiers par les véhicules de
collecte. Les contraintes déchets induites par ce faible taux d’équipement des établissements
humains, est renforcé par une forte activité sociale ayant pris ses quartiers sur le domaine
public.

1.3.1 Activités sociales

La tradition sociale « d’ouverture » sur le milieu extérieur et sur le voisinage qui


caractérise le mode de vie africain n’est pas une invention ; on lui prête une origine rurale qui
fait de l’espace du dehors un espace communautaire, lieu de rencontre, d’échanges, de
conciliation et même de palabre. Ce rapport à l’espace extérieur n’a jamais été contrarié par
l’administration, permettant la perpétuation de ces procédés de socialisation chers aux
populations africaines. Transposé dans les villes, l’occupation temporaire par les résidents de
1
l’espace public attenant à leurs habitations sera aussi permise. Dans nombre de quartiers
populaires de la ville notamment ceux avec une souche rurale, les populations ont conservé
cette tradition de bon voisinage et d’interrelations. Elles ont adapté en milieu urbain le
fameux « arbre à palabre » endroit de réunion, de conversation de règlement des litiges mais
aussi parois d’oisiveté. C’est d’ailleurs en évoquant ces lieux de sociabilité et de récréation
que DE MAXIMY parlera pour Kinshasa d’un espace semi public extérieur où de la parcelle
à la rue il n’y a pas de coupure, le voisinage déborde aux maisons proches, aux ateliers, aux
boutiques, aux bars peu distants2. Au départ très localisé, le phénomène s’est étendu et quasi
généralisé notamment dans les banlieues populaires. En réalité, il y est souvent renforcé par la
configuration exiguë des habitations et les fortes densités intra-muros, qui poussent
littéralement et par moments le « trop-plein » humain dehors. Aussi pour les populations
dakaroises, indépendamment de ses fonctions primaires, cette rue notamment la limite du
trottoir attenant à la concession ou maison, apparaît comme le prolongement naturel du trop
menu espace privé. Virtuellement séparée sur toute sa longueur par une ligne imaginaire
délimitant de part et d’autre la prolongation extérieure de la concession, elle constitue un
espace privé de « déversement » ; parfois espace d’élimination des eaux ménagères
résiduaires, il bénéficie aussi d’un entretien quotidien. Ce espace permet de profiter, surtout
en début de soirée et la nuit, des scènes et spectacles de la « vie du dehors » ; sans doute
l’équivalent urbain du très villageois arbre à palabres ou alors l’adaptation locale de la
pratique des jardins publics ou des terrasses de café, qui ailleurs constituent des espaces de
socialisation et de détente.

Ces aménagements subiront progressivement une forme de consolidation. De temporaire et


légère (bancs et chaises mobiles), cette installation a progressivement glissé vers le durable
par adjonction d’éléments supplémentaire puis, en l’absence de « réaction officielle »,
construction devant la concession de petits équipements ou mobiliers désormais intégrés à
l’espace domestique. Ainsi au rez-de-chaussée, bancs ou banquettes en matériaux durs et
parfois en forme de canapés fixés au sol (juste sous les fenêtres ou contre le mur de clôture),
remplacent le « tronc d’arbre » ou les quelques briques qui antérieurement posées à même le
sol et symbolisaient la « terrasse ».

1
On admet généralement que ce concept a fait irruption sur le continent, au lendemain de la colonisation européenne.
2
DE MAXIMY, R (1988). « Processus d’Urbanisation en Afrique » Tome I page 34. 1988 135 p.

287
Photo 55. Espace attenant à la concession « gagné » sur le domaine public. Le trottoir
« stabilisé » tout le long du mur extérieur de la concession fait office de terrasse alors qu’en
arrière plan une clôture y est même érigée. Faisant désormais partie intégrante de la maison cet
espace entretenu sera balayé tous les jours. Cette terrasse en phase de dégradation sera sans doute
remise en état sous peu par les propriétaires. (Cliché DIAWARA A-B 2007).

L’enclos pour aérer les animaux d’élevage domestique durant la journée, sera greffé au
trottoir attenant à la concession, phénomène plus perceptible dans les quartiers aux voies
1
structurantes non stabilisées .
Les autres formes d’occupation populaire du domaine public sont plus temporaires, et
découlent généralement d’un déficit en équipements sociaux collectifs. L’image d’enfants ou
d’adolescents pratiquant le foot de rue comme à Rio, en accaparant la voirie urbaine est
fréquente à Dakar. Faute d’infrastructures suffisantes, même le fameux championnat populaire
inter-quartiers « Navétanes » aussi, investi les terrains vagues et dégagés de la capitale ; c’est
notamment le cas des quartiers ne disposant pas d’infrastructures sportives publiques, ou qui en
sont trop éloignés. Au même titre que les tentes dressées au détour des ruelles pour les besoins
de cérémonies socioreligieuses, ces phénomènes trahissent à la Médina, Fass, ou dans les
quartiers de la banlieue populaire de Pikine, l’ancrage de pratiques anarchisantes favorisées
par l’absence d’équipements ou d’infrastructures socio éducatives diverses (gymnases, salles
de fêtes ou de concerts…).
Les désagréments induits par une telle occupation du domaine public sont nombreux :
l’encombrement gêne considérablement la circulation des biens et des personnes. Même le
travail du service de nettoiement officiel subi cette entrave dans certains quartiers urbanisés de
la ville : impossibilité d’assurer le balayage des accotements et parfois de sillonner les rues,
réduction de l’emprise des ruelles rendant délicat le passage des BOM etc. Mais on verra aussi
que cette présence sur le domaine public, est aussi source de production d’ordures, souvent non
assumées. (Voir partie 3.21.1 Le plein air ; un palliatif à l’absence de salles polyvalentes
publiques P .334)
1
Les propriétaires ou locataires choisissent en effet selon leurs moyens et la typologie des voies structurantes de procéder à la stabilisation de
leur portion de trottoir par dallage sur une largeur d’environ 1m à 1,50m. Dans les quartiers à substrat sablonneux, ce procédé de
personnalisation théoriquement illégal car constituant un empiètement durable sur la voie publique, permet néanmoins de limiter l’invasion
de la maison par les sables tout en garantissant une meilleure salubrité en période de pluies. Cette pratique est actuellement davantage visible
dans les quartiers populaires de la grande banlieue, les trottoirs de la commune de Dakar faisant depuis quelques années déjà l’objet d’un
dallage officiel.

288
1.3.2 Activités de production informelles.

Hormis le rapide déploiement de l’habitat, l’un des facteurs accentuant les difficultés de
prise en charge des déchets est constituée par le développement des activités informelles dans
la ville. Ces activités qui apparaissent comme une « bouée de sauvetage » pour nombre de
ménages face à la crise, se sont développées de manière exponentielle par substitution aux
traditionnels secteurs agricoles mais aussi industriels et tertiaires, bastions traditionnels du
salariat urbain.

Les mêmes logiques qui ont autorisé l’implantation spontanée, le déversement domestique
dehors dans les quartiers, ont aussi présidé à la tolérance des activités informelles sur le
domaine public, en vertu cette fois de leur rôle de perfuseur social dans un contexte
économique morose.

Présentes depuis plus d’un demi siècle dans la ville, ces activités se sont adaptés à son
évolution et pris de l’ampleur à la faveur de la crise économique ; elles participent à maintenir
les équilibres sociaux du fait de leur grande capacité à absorber une partie de la population
active et en âge de travailler. Petits métiers à fonctionnement fixe, semi itinérants ou
nomadiques, ils ont progressivement bousculé l’évolution mitigée des activités tertiaires
formelles, présentes au cœur de la ville, ainsi que celles industrielles implantées sur le littoral
sud.
1
Qu’il soit banabana vendeur à la sauvette , ou tablier, le détenteur d’un petit commerce
procède généralement de la même méthode pour passer du statut d’ambulant à celui d’établi ;
il amarre sa cantine dans une rue(lle) passante ou à côté d’édifices à vocation commerciale, et
procéde à l’occasion à son amélioration – agrandissement, en l’absence de réaction des
administrations compétentes. Que ce soit dans le Plateau centre des affaires ou dans les
différents quartiers de l’agglomération, ces implantations ne disposent pas d’autorisation
officielle. Toutefois, l’administration délivre aussi parfois des autorisations temporaires
dûment signées : permis de stationnement permission de voirie, seront ainsi renouvelés avec
quelque complicité administrative. En général, la consolidation intervient par le biais de taxes
ou redevances versées à l’autorité municipale.

1
Au même titre que la flopée de marchands à la criée et d’artisans spécialisés « petits services » proposant quelque savoir-faire aux ménages
des banlieues, ces vendeurs d’objets d’art guettant le touriste, ces détaillants de produits multicolores en tout genre, qui dans leur bazars
sommaires fait d’amas de bric et de brocs, sur une simple table ou à même le sol.

289
Photo 56. Gargotes de vendeuses de plats cuisinés,
attenante à un cagibi de jeux et paris. Ces commerces
occupent en toute quiétude et durablement le
trottoir…destiné aux piétons. Hormis l’encombrement du
domaine public, ils font partie des niches rudologiques, qui
profitent à l’œil de la collecte officielle. (Cliché A-B
DIAWARA 2006)

Ces activités ont pendant longtemps échappé aux recensements fiscaux des services
étatiques. La réorganisation de la collecte de l’impôt, mais aussi l’intervention des communes
décentralisées ont pu permettre de capter une part du potentiel financier de ces activités.

Les modalités d’implantation du secteur artisanal traditionnel et surtout néo informel,


induisent une série de contraintes, du fait de l’encombrement de l’emprise urbaine, des voies
attenantes, ou des espaces non attribués. Mais, leur essor spectaculaire a aussi largement
contribué à la complexifié de la gestion des rejets dans la ville. Les petites activités de
transformation ou de production qui ont fait la réputation de ce secteur sont en effet
génératrices de déchets assimilés ménagers. Généralement, en fonction de leur implantation
dans l’agglomération et dans les quartiers, elles profitent gratuitement des mécanismes de
prise en charge officiels mis à disposition des ménages (bennes publiques, collecte en PAP),
ou des professionnels (bennes installées dans les équipements marchands). Certains petits
déchets assimilés ménagers proviennent aussi des prestations de service mettant en rapport
vendeurs et clients.

290
Parmi les activités de service présentes dans la ville, c’est le secteur du commerce
1
ambulant de produits alimentaires notamment ceux qui proposent friandises, nourriture prête
à consommer, eau et de rafraîchissement qui s’illustre le plus dans cette production
« informelle » de déchets. Leur présence devenue presque indispensable, s’explique par la
nécessité de pourvoir à la restauration de l’important flot humain qui investit le centre pour
les besoins divers. Dans ses prestations de service avec le client-consommateur, le vendeur
participe de l’essaimage massif des déchets sauvages d’emballage, même si à leur décharge, il
y’a souvent la quasi absence y compris dans le très névralgique Plateau, de points de collecte
de « proximité », et du petit mobilier urbain pour déchets (corbeilles, paniers...). Cette
situation favorise l’omniprésence de ce type de déchet anonyme sur l’ensemble des artères des
quartiers.
Ces petites activités ont des impacts négatifs sur les procédés de prise en charge. Mais
globalement, c’est toute l’économie informelle (commerce, services divers) qui par son
implantation et son fonctionnement, est à la base d’une production de déchets assez
conséquente et généralement non comptabilisée.

A l’image des villes des pays en voie de développement, la part de la production de


déchets de ces activités dans la désorganisation des services de collecte est réelle. A Lagos, la
vente ambulante et les marchés illégaux représenteraient près de 70 % des déchets générés
dans cet Etat du Nigéria. Dans le cas de Dakar, la société de collecte estime en effet à environ
15 % la quantité de déchets contenus dans les containers des marchés et les poubelles de
collecte domiciliaire groupées (bennes au bas des immeubles) provenant des activités du
secteur informel.
Aucune étude n’a permis d’étayer ce chiffre. Toutefois, certains évènements tels que les
fêtes religieuses musulmanes (Aïd-El-Kébir et Aïd-El-Fitr) ou encore les célébrations
confrériques (Magal, Gamou) permettent de constater que les apports de ce secteur sont loin
d’être négligeables. En prenant le cas du Plateau pendant ces périodes de recul de l’affluence
humaine habituelle, on a en effet pu observer que la production de déchets ménagers
connaissait une baisse d’environ 30 %, baisse presque entièrement imputable au break
observé par le secteur informel. L’autre partie étant supportée par des secteurs formels
classiques qui observent aussi une pause durant tels évènements. Toutefois, des analyses plus
fines pourraient d’ailleurs permettre d’évaluer la variation de la production rudologique du
centre-ville lors de ces évènements religieux et culturels durant lesquels le Plateau se vide des
ses activités et occupants de la journée, dans un flux vers la banlieue puis vers l’intérieur du
pays (partir fêter…) que certains auteurs ont nommé « exode urbain ».

Les impacts de cet oubli se ressentent aussi bien sur les biais induits auprès de l’organisme
de collecte officiel, qu’en terme perte fiscale pour des producteurs de déchet, devant participer
au financement du service. En réalité, ce qui est valable pour le recouvrement de la TEOM,
s’applique aussi pour ces activités informelles. Hormis le fait de constituer des niches
rudologiques ne participant pas au financement du service de nettoiement ; en échappant à la
fiscalité officielle, elles s’exonèrent aussi de leur contribution dans le fonctionnement du
service.

1
Leur. NIANE D-T fait remarquer à ce propos que ces services proposés dans les villes africaines ne datent pas d’aujourd’hui. Dans les
villes soudaniennes du moyen-âge telles que Tombouctou ou Djenné faisait qu’il y avait profusion de nourriture sur les marchés. Il n’y pas
de restaurant à proprement parler, mais au coin de la rue, on grille de la viande ou du poisson et le passant moyennant quelques cauris
(monnaie de l’époque) peu prendre un repas. Au marché à côté des bouchers, on trouve des fourneaux sur lesquels le client pouvait lui-même
rôtir ou faire cuire sa viande. Tout au long du jour, des fillettes circulent dans les rues proposant des beignets, des gâteaux ou des fruits.
NIANE Djibril Tamsir, 1975. Le Soudan Occidental au temps des grands empires (XI-XVIe siècle), Présence Africaine, Paris, 271p.

291
On peut globalement retenir que l’habitat a été un facteur largement handicapant, dans la
couverture des quartiers et établissements humains en service déchets. Son développement
fulgurant, combinaison de celui régulier et du spontané, a rendu bancals les efforts de prise en
charge. Les moyens de collecte fixes et mobiles n’ont jamais été calibrés à la demande, tant
durant l’intervention des STC qu’ après la seconde privatisation du service intervenue en
1971 avec l’arrivée de la SOADIP.

L’occupation anarchique du domaine public, aussi bien par l’habitat irrégulier, que par les
activités informelles ou sociales, participe d’une production de déchets non assumée. Cette
occupation anarchique du domaine public s’explique tant par les modalités peu maîtrisées de
la croissance urbaine, que par un laxisme des autorités publiques, coupables d’abandonner le
domaine public, et qui est même parfois coupable des mêmes infractions.
Mais si dans leurs efforts sur le plan des déchets, les autorités se ont heurté à l’écueil de
taille, qu’a constitué la pression urbaine de plus en plus forte sur la presqu’île, les niveaux de
prise en charge auraient tout de même baissé, et la situation, de se détériorer du fait
principalement d’une absence d’anticipation et de planification des interventions des sociétés
de collecte.
Cette absence d’anticipation dans les stratégies de gestion des déchets mises sur pied par
les structures de collecte, s’est symbolisée par la non prise en compte de l’augmentation de la
demande légitime en services des foyers, mais aussi des activités de production. Amateurisme
ou manque de moyens, ces dernières n’ont jamais su mettre en place des stratégies de
planification intégrant une évolution croissante des quantités à collecter et à traiter.
Il y’a tout lieu de penser que même sans les contraintes introduites par l’occupation
anarchique et gratuite du domaine public, ces sociétés auraient fait les frais du développement
légitime de l’agglomération : croissance démographique, et développement des activités,
inhérents à son évolution. L’étalement spatial d’une banlieue régulière, aurait probablement
autant essoufflé les sociétés de collecte dans le mode de fonctionnement qu’elles avaient
adopté. Le processus est accentué dans la ville par une tradition d’habitat extensif qui jusqu’à
récemment n’accordait encore que peu de considération et de crédibilité aux réalisations
verticales (immeubles…) pourtant moins exigeantes en espace.

2. Diagnostic des mécanismes officiels de prise en charge des O.M est assimilés.

2.1 Equipements collectifs de prise en charge des OM : une politique publique


« d’aménagements spécifiques » tuée dans l’œuf.

1
LAVAUD qui reprend Samuelson, défini un bien collectif comme un bien dont la
consommation est collective. Il est accessible à tous et sa consommation par un individu
n'entraine pas une moindre disponibilité pour les autres. Parmi ces biens que l’on retrouve
dans les villes, il y’a les équipements d’infrastructure :
- de viabilité primaire : voirie et réseaux divers : eau potable, assainissement,
électricité…
- de viabilité secondaire : voies de desserte, aires de stationnement…
- et ceux de viabilité tertiaire : pistes cyclables, chemins piétonniers, espaces
verts, aires de jeu…

1
LAVAUD S, (1998). Le service d’enlèvement des ordures ménagères. Une analyse de la demande. Mémoire DEA « Economie publique et
Environnement ». Université MONTESQUIEU Bordeaux IV. 1998. 51 pages.

292
Qu’ils soient au titre des équipements publics de consommation collective ou à titre de
bien en commun, rues, avenues, boulevards, promenades, jardins, parcs, participent aussi de
la structuration urbaine. Ils exigent aussi un entretien et un renouvellement continu de la part
des pouvoirs publics, prise en charge qui s’étend aussi aux réseaux d’adduction d’eau, de
fourniture d’électricité, gaz et chauffage – pour les pays sous climat tempéré à froid-, mais
aussi d’assainissement (équipements continus). Quant aux équipements de superstructure, ils
sont composés de bâtiments ou équipements publics : scolaires, administratifs, socioculturels,
sportifs…qui s’apparentent à des biens en commun pouvant être consommé par l'ensemble
1
d'une population préalablement définie . Ces bâtiments, obéissant aux normes et techniques
de construction en génie civil ont depuis longtemps intégré un ensemble de servitudes
hygiéniques essentielles. On y retrouve entre autres celles ayant trait, au stockage au
confinement et à l’évacuation des matières résiduaires produites par les occupants qu’ils
soient résidents temporaires ou permanents.

Les mêmes procédés de salubrité individuelle et domestique, reconduits et continuellement


améliorés par les spécialistes de l’aménagement, de l’urbanisme mais aussi de l’hygiène, ont
été appliqués au domaine public au nom
2
- de l’organisation des activités et de l’ordonnancement de l’urbanisation
-
mais aussi du fait d’impératifs de santé publique, à travers la maîtrise des
sources de nuisances.

Si ces mécanismes sont valables pour l’ensemble des établissements humains, ils
s’appliquent encore plus aux grands centres urbains présentant une population conséquente et
recevant un flux élevé de personnes : les agglomérations urbaines.

Dans les villes, le service de prise en charge des déchets solides urbains, relève on l’a dit
de la gestion urbaine. Si le volet domestique reste comme partout ailleurs à la charge des
populations, la question sur le domaine public échoit à l’autorité administrative, que ce soit en
régie directe, ou par une gestion déléguée. Quel que soit le mode de gestion, la question
déchets sur le domaine public implique

- des aspects réglementaires mis en place par le législateur à destination des


populations et des équipements présents dans l’espace urbain
- des aspects techniques devant permettre une bonne application de ces mesures
sur le domaine public.
Le premier point englobe l’ensemble des règles et obligations d’hygiène et de salubrité
auxquelles sont astreintes populations dans leur sphère domestique et dans le domaine public.
Si les modalités d’équipement des sphères privées domestiques en matériel de salubrité sont
du ressort des occupants, l’autorité publique, a vocation à exercer des contrôles pour veiller à
la salubrité des espaces privés, tâche qui était d’ailleurs dévolue aux Services de l’Hygiène.

1
Cependant la consommation d'une unité du bien par un individu limite les possibilités de consommation des autres individus.
2
BETI ETOA C (2007). Droit de l’urbanisme et domaine public. Rencontre de deux ensembles normatifs distincts. Thèse de Doctorat en
Droit Université MONTESQUIEU Bordeaux IV. 2007. 428 pages. P 92

293
En revanche, la prise en charge des résidus produits tombe sous la responsabilité exclusive
des pouvoirs publics, une fois qu’ils échouent sur le domaine public. Et pour ce point, la
logistique doit être mise en place par les autorités en gestion directe ou par les sociétés
prestataires. Cette logistique comprend le matériel pour la collecte autrement dit le matériel
roulant, mais aussi les équipements fixes dits spécifiques de gestion qui comprennent les
PAV, les centres de transfert, les usines et installations de valorisation et de traitement des
déchets. Donc généralement, on y inclue l’ensemble des moyens graduellement mis en œuvre
(selon les échelles concernées) pour le maillage de la ville en instruments de captage des
productions domestiques ou privées (points de collecte et de regroupement, collecte
domiciliaire). La prise en charge englobe aussi les mécanismes de transport et de traitement
des matières, intégrant une limitation maximale des risques de pollution.

Certaines productions anonymes telles que les petits déchets liés à la fréquentation
passagère du domaine public sont aussi prises en charge par la collectivité. D’ailleurs au
1
chapitre du mobilier urbain découlant de l’urbanisme opérationnel (énoncé par le Code de
l’Urbanisme) et proposé pour le captage desdites matières résiduaires solides, on retrouve en
effet les poubelles, corbeilles et collecteurs de petits déchets, qu’ils soient à pied ou fixés sur
les poteaux électriques ou les candélabres. Ils contribuent tous à leur niveau à la propreté de la
ville.

2.1.1 Faiblesse ou inexistence d’équipements fixes de prise en charge.

La croissance urbaine crée la demande et conditionne généralement une adaptation et un


dimensionnement en continue des mécanismes d’approvisionnement en services vitaux de
base. A titre de comparaison, l’augmentation de la demande en eau potable pour la
consommation domestique, justifie la mise à niveau régulière des équipements et procédés de
production et de distribution : prospection de nouveaux gisements locaux, construction de
canaux d’adduction, extension des réseaux linéaires etc. Le même constat est valable pour la
distribution électrique ; c’est la croissance de la demande qui nécessite la construction de
nouvelles centrales de « fabrication » et d’approvisionnement, avec l’ensemble des
équipements connexes : postes de transformation, points-relais et autres stations de
dispatching avec là aussi une tendance à l’extension linéaire du service. Planification et
aménagement sont sollicités pour ces secteurs, quid pour la prise en charge des déchets de la
ville.

S’agissant des équipements spécifiques à la prise en charge des OM, on notera que Dakar
ne bénéficie actuellement d’aucune installation fixe de collecte en amont : Points d’Apport
Volontaire ou Déchetteries, Centres de Tri etc. Même les stations de reprise ou de transit, dont
les sociétés de collecte des ordures, ont depuis longtemps mesuré l’importance dans le
dispositif, sont absents dans la ville. L’unique équipement fixe entrant dans le cadre du
système de prise en charge des déchets solides de la ville concerne le stade traitement-
élimination : il s’agit de la décharge de Mbeubeuss dont on verra d’ailleurs plus amplement le
fonctionnement désastreux. Pourtant, on a vu qu’il n’en a pas toujours été ainsi.

1
Selon BETI ETOA op cité, le mobilier urbain est un terme contemporain qui englobe tous les objets installés dans l’espace public pour
répondre aux besoins des usagers. Pour l’auteur, hormis les équipements de propreté sus mentionnés, il peut aussi s’agir de mobiliers de
repos (bancs, banquettes, sièges, tables), d’équipements d’éclairage public (réverbères, candélabres..), d’équipements d’information et de
communication (plaques de rue, affichage d’information municipales ou culturelles, tables (…) équipements d’orientation (panneaux), de
jeux pour enfants, d’objets utiles à la circulation de véhicules ou à la limitation de celle-ci (potelets, barrières, bornes, horodateurs, range-
vélos, feux tricolores), de grilles, tuteurs et corsets d’arbres d’abris destinés aux usagers des transports en commun. BETI ETOA C (2007).
Droit de l’ et domaine public. Rencontre de deux ensembles normatifs distincts. Thèse de Doctorat en Droit Université MONTESQUIEU
Bordeaux IV. 2007. 428 pages.

294
En retraçant l’histoire récente des déchets à Dakar, on a vu que la décennie 60-70,
constituait presque « L’âge d’or » de la prise en charge des déchets de la ville. La capitale du
pays n’avait jamais été aussi proche d’une gestion convenable de cette question, tant dans son
approche, le secteur des déchets a semblé avoir été pris en compte dans les schémas
d’aménagement urbain. Bien que comportant nombre de lacunes (rien n’était prévu pour les
déchets industriels, l’initiative s’appuyait sur un cadre juridique précis. Les textes précisaient
les contours juridiques de la collecte officielle des ordures ménagères, et fait jusque là
inconnu, la nature des déchets à présenter à la collecte.
1
Rien ne permet d’exclure un mimétisme d’un phénomène qui devenant global intégrait la
gestion des O.M dans les politiques officielles d’aménagement des villes occidentales. Mais,
on peut penser que l’ensemble de ces initiatives constituaient le signe d’une réelle volonté
politique. Sur de le plan logistique mobile, on a vu que les services municipaux avaient fait
l’acquisition d’un parc et de matériels de collecte performants, n’ayant rien à envier aux
armadas des capitales occidentales. S’agissant des équipements fixes, toute une série
d’installations fixes de prise en charge a été mise en œuvre. La ville disposait pour le niveau
collecte et évacuation des ordures, de PAV implantés majoritairement dans les quartiers
populaires, et des deux stations de transit mises en place dans la chaîne de prise en charge, par
la SOADIP (à Mbao et à Bel-Air). La phase traitement et/élimination était représentée par une
usine de compostage inaugurée à Mbao en 1967 ainsi que par une décharge ouverte à
Mbeubeuss ouverte en 1968 devant recevoir les déchets ultimes non dangereux. Ces
équipements spécifiques de prise en charge et notamment le tandem unité de compostage-
nouvelle décharge semblaient matérialiser le « quadrillage rudologique » de la région, évoqué
plus haut.

On sait s’agissant de la décharge, qu’elle n’avait pas été implantée sur un site adapté : la
zone de la nappe des sables quaternaires de Thiaroye ne convenait pas pour l’enfouissement
de déchets banals, encore moins de déchets dangereux, comme ce fut finalement le cas. Une
rectification était encore possible. De même, l’idée des PAV n’était pas mauvaise, dans
l’optique d’une gestion globale des déchets à long terme. Mais ces points déchets ne
pouvaient assurer seuls le captage de l’ensemble de la production des quartiers populaires : il
y’avait nécessité de les combiner avec une collecte en PAP régulière, impliquant la réalisation
de routes et la structuration des quartiers. Toutefois, en lieu et place d’une amélioration de
l’existant, le processus de gestion globale des déchets connaîtra un coup d’arrêt du fait de
décisions n’ayant pas été menées à terme comme l’exige la règle d’or de l’aménagement du
2
territoire : la persévérance .

En réalité, tout semble s’être joué lors de la seconde privatisation intervenue en 1971 avec
la SOADIP. L’Etat maître-d’œuvre, sortant d’un récent échec de gestion globale, jugea plus
simple de s’auto-délester de toute compétence en matière de réalisation matérielle ou
équipement déchets, alors que persistait encore la question de la non dotation des quartiers
populaires en voiries bitumés pour leur désenclavement rudologique. Les sociétés de collecte
qui avaient alors carte blanche pour assurer la prise en charge des déchets en mode CETOM,
se focaliseront sur la collecte et notamment sur les équipements mobiles, appliquant une
gestion peu rigoureuse aux sites d’élimination.

1
On sait que durant cette même période, l’urbanisme en Europe intégrait plus amplement la question de la gestion des rejets dans ses
préoccupations.

2
MONOD & CASTELBAJAC, op cités P 48.

295
Bien que pertinents, les centres de transfert implantés par la SOADIP et repris plus tard par
la SIAS, ne doivent aussi être considérés comme des équipements déchets de proximité à
destination des populations : l’optimisation du transport par transbordement des chargements
de BOM, dans des gros-porteurs, constitue une opération purement technique à l’avantage de
l’opérateur.

Ainsi pour la politique d’équipements spécifiques, on notera que pour le traitement des
déchets, aucune autre initiative viable ne suivra celle ratée de l’usine de compostage de
1
Mbao , initiée en 1967. On sait pourtant que c’est la légèreté de l’étude de faisabilité et de
rentabilité, qui pour cette installation de traitement a conduit à son arrêt trois ans plus tard.
Toutefois, les pouvoirs publics comme refroidis par l’échec de ce premier essai ont en effet
semblé définitivement enterrer toute approche de gestion viable des mécanismes
d’élimination finale. D’ailleurs les mêmes mécanismes qui ont prévalu à la construction
précipitée de l’usine de Mbao, vont aussi présider à l’ouverture de la décharge brute de
Mbeubeuss, solution du moindre frais mais qui s’avèrera écologiquement coûteuse (voir
Chapitre III). Ouverte l’année suivante et devant accueillir les seuls DSU banals de la ville (en
complément de l’usine de compostage), elle drainera en effet à partir de cette période
l’ensemble des matières résiduaires (déchets domestiques, industriels, médicaux …, et même
les résidus de l’assainissement liquide) produites par la ville.

L’amorce du maillage territorial « déchets » par la réalisation d’équipements fixes, sera


stoppé par l’échec de Mbao ; pour les stades traitement et élimination, il signera la fin de
l’essai de rentabilisation et la poursuite de la mise en décharge sauvage.

L’échec de Mbao entraînera aussi dans son sillage l’abandon de certaines initiatives
intéressantes au niveau « collecte » de la chaîne de prise en charge. Les PAV fixes, jugés par
les pouvoirs publics inopportuns et d’un point de vue principalement esthétique, seront
définitivement enterrés dés les années 1980. Ils ont fait les frais de ces conclusions négatives
sur les rapports populations-déchets dans les pays en voie de développement, devant une part
considérable au facteur visuel dans les logiques de construction mentale. Les débordements
d’ordures constatées aux alentours des PAV, découlaient principalement de lacunes
inhérentes au fonctionnement de la société de nettoiement. Généralement, dans les endroits
bénéficiant d’une collecte en PAP, ces PAV n’étaient pas régulièrement vidés et entretenus.
Cette situation était encore plus flagrante dans certains quartiers populaires des banlieues qui
disposaient de ce unique mode de prise en charge ; avec un sous-dimensionnement manifeste,
le fonctionnement peu calibré à la production de ces quartiers, ces PAV fixes finissaient par
se transformer en véritables menaces sanitaire. Toutefois, le fait de les avoir enlevé du
paysage ne régla pas pour autant la question : les bennes mobiles qui les remplacèrent
connurent aussi les mêmes fonctionnements.

1
Les pièces et mécanismes de l’usine furent en effet très vite usées du fait d’une trop forte présence de sable dans les ordures à traiter. Qui
plus est, le compost produit fut de piètre qualité et boudé par les maraîchers à qui il était destiné. Cette expérience révéla une absence d’étude
de marché avant la mise en œuvre du projet. L’usine sera finalement démontée puis revendue en pièces détachées en 1970 soit trois ans
seulement après sa mise en fonctionnement.
296
2.1.2 Insuffisance ou inadaptation des équipements de collecte mobile de O.M.

Globalement, les questions impliquant la logistique mobile affectée la collecte des déchets
ont toujours ciblé principalement les ordures ménagères. A Dakar, elles ont été en rapport
avec l’adaptation ou non de la technologie utilisée au contexte spatial hétérogène (zones
bitumées et quartiers non bitumés), et son dimensionnement ou non pour les espaces à
couvrir. Concernant la technologie mobile mise en place pour la collecte des O.M à Dakar et
dans les pays en voie de développement, il a souvent été avancé qu’importée des pays
occidentaux, aux trames urbaines bien structurées et bitumées, elle serait inadaptée au
contexte spatial des villes des pays du sud. Il est indiscutable que les routes dégradées, les
faibles taux de bitumage des voies routières des quartiers réguliers, ainsi que les artères
sinueuses et sablonneuses des quartiers périphériques d’extension, sont souvent responsables
de la détérioration rapide des camions et autres véhicules de collecte. Ces phénomènes sont
encore observés aujourd’hui dans l’agglomération dakaroise. Toutefois, l’argument d’une
technologie inadaptée ne se vérifie que sur des séquences précises et pour des faits déchets
déterminés.

S’agissant des séquences, on peut citer l’épisode des BOM offertes à l’époque à la SIAS
par le Japon, et dont le coût d’acquisition des pièces de maintenance s’avérait trop onéreux :
cette situation conduisit à l’immobilisation de la quasi-totalité dudit matériel pour panne, et
ce, en un temps record. On peut aussi mentionner la période du NSN, avec à l’époque
l’intervention dans la ville des camions CHAGNON à levage des bennes par l’avant. L’espace
vital qui était nécessaire aux camions pour le déploiement de leur bras articulés lors des
interventions, dans des artères souvent exigües ou encombrées, semble aussi avoir constitué
un exemple d’utilisation d’une mécanique inadaptée. En dehors de ces épisodes, le parc
roulant de véhicules et équipements de collecte sillonnant la ville de Dakar a toujours reflété
le niveau technologique de l’époque concernée, sans présenter à proprement parler, un
caractère inapproprié. On verra ainsi que dés la mise en place du service au début du 20°
siècle, les Municipalités de Dakar et Rufisque bénéficièrent de véhicules mécaniques affectés
à la collecte des O.M, à l’instar de ce que l’on retrouvait en occident. En partant du constat
que c’est durant cette fourchette historique qu’ont été atteints les plus hauts niveau de prise en
charge des déchets solides de la ville, on peut objecter que les problèmes de collecte observés
à cette époque résultaient plus des politiques discriminatoires qui excluaient des quartiers
entiers de la collecte officielle, que de véritables problèmes d’adaptation du matériel. Ce
constat reste globalement valable même pour les périodes les plus récentes, aussi bien avec
l’intervention de la SOADIP que celle de la SIAS. Quant aux faits déchets évoqués plus haut
et qui sont de nature plus spatiaux, ils impliquent l’existence dans l’agglomération, de zones
irrégulières, peu pourvues d’équipements structurants à l’image des routes stabilisées.
L’absence de ce type d’équipement influe négativement sur l’offre de service pour certains
secteurs. Dans le cas du service de collecte des déchets, elle limite les conditions de prise en
charge officielle, poussant les populations de ces quartiers souvent isolés, à adopter des
mécanismes de survie hygiénique : collecte alternative, rejets anarchiques, enfouissement et
incinération sommaire de déchets.

Ces mécanismes de survie hygiénique, ne doivent cependant pas être généralisés puis
entérinés par les tenants d’approches à hauteur d’homme, lorsqu’ils estiment que de toutes
façons, l’heure n’est pas encore pour les villes hétérogènes des pays en voie de
développement, à des schémas de prise en charge modernes. En considérant le stade collecte
et évacuation par exemple, la préférence théorique est en effet très souvent donnée à des
méthodes de prise en charge jugés plus réalistes, comme la collecte par traction animale. Mais
on verra que si ce mode de prise en charge peut convenir à des espaces réduits de densité
démographique raisonnable, il ne peut en aucun cas convenir des villes de taille conséquente,
encore moins à des agglomérations en constante extension. Qui plus est, la prise en charge ne
se limite pas au seul stade collecte, et ne concerna pas non plus les seules ordures ménagères.
297
En réalité, derrière l’argumentation technique peut convaincante, certains experts semblent
encore comparer les quartiers des villes du sud, à d’immenses villages ou bourgs sans
infrastructures ou aménagements, comme ceux qui équipent les cités d’aujourd’hui.

Tares urbanistiques et sous-dimensionnement des équipements de collecte mobiles et fixes,


contribuent à coup sûr, à la dégradation du service. L’absence d’anticipation de l’extension
urbaine légitime de la ville est aussi révélatrice d’une progression irrémédiable de la
dégradation de la qualité de service même pour les zones d’extension urbaine régulières. Mais
un nivellement par le haut, que ce soit par restructuration des quartiers et/ou augmentation de
la dotation en dessertes bitumées, combinée à l’installation de PAV de troisième génération,
semblent plus crédibles qu’un recours à des pratiques d’un autre âge.

Moins que le type de matériel, pour lequel les sociétés opèrent généralement des choix
judicieux, c’est donc le sous-dimensionnement quantitatif de la logistique et un mode
d’utilisation parfois inapproprié, qui ont souvent déterminé les dysfonctionnements. En
revanche, il peut y avoir combinaison d’un matériel roulant non adapté (camions ouverts et
sans filets de rétention) pour la collecte des déchets, et dégradation de matériels adaptés à la
collecte en PAP et utilisés à d’autres fins. C’est notamment le cas lorsque les sociétés ayant
ignoré les mécanismes d’optimisation du transport avec notamment le passage par des centres
de transfert, ont utilisé des véhicules de collecte non conçus pour un transport sur de longues
distances, accélérant du coup leur usure. C’est actuellement le cas avec AMA dont la
logistique mobile n’est soumise à aucun calibrage ou dimensionnement en fonction des
quantités produites à collecter et à traiter, rendant même la collecte approximative.

C’est le même cas de figure que l’on retrouve pour les bennes mobiles posées dans les
quartiers, pour capter les déchets ménagers en apport volontaire. Plus que l’idée, ce sont les
dysfonctionnements découlant d’une mauvaise gestion et d’un sous-dimensionnement qui ont
biaisé les appréciations de beaucoup d’auteurs ou d’analystes. Ils se sont souvent contenté,
devant le spectacle d’enfants ou de ménagères jetant des ordures aux abords des bennes en
mode PAV, d’attribuer ce comportement à des habitudes d’insalubrité ou d’incivisme. Si de
tels raisons ne sont pas inexistantes, dans la plupart des cas, ces attitudes découlent en réalité
de simples considérations techniques :

- soit la benne est remplie à ras et est non vidée. Continuant à recevoir les
déchets, elle devient très vite débordante,
- soit la benne est enlevée pour vidage et n’est pas immédiatement remplacée.
Un point de collecte en apport volontaire fonctionne en boucle, nécessitant une
rotation permanente,
- soit l’ensemble ou plusieurs côtés de la benne présentent une hauteur trop
élevée. Pour des enfants très souvent sollicités pour ces tâches d’élimination des
ordures, une benne avec des parois trop hautes les oblige à déverser le contenu de
leurs poubelles aux alentours.

Les déversements hors dépôts anarchiques interviennent aussi souvent aux endroits de
ralliement pour la collecte dite en PAP, mais qui en réalité s’effectue en bout de rue. On avait
vu précédemment que les populations habitant à proximité des lieux de passage des camions-
bennes, et présentant à la collecte des poubelles de fortune (ne craignant ni d’être dérobées, ni
d’être malmenées), préféreront très souvent stocker leurs récipients à ordures aux endroits de
passage des bennes. Lorsque la collecte est régulière c'est-à-dire en fréquence 2, les récipients
personnels seront récupérés par leurs propriétaires après leur vidage, alors qu’en cas
d’irrégularité, les récipients seront agrémentés aussi bien par les déchets de leurs propriétaires
que par ceux d’opportunistes. Ces pratiques contribuent ainsi à transformer progressivement
un PAV habituellement desservi par la collecte officielle en dépôt anarchique.

298
2.2 Dégradation de la collecte et effets d’un service « à la carte »

Hormis la question de l’élimination finale avec la désastreuse gestion de l’unique décharge


de la ville, la plus grosse équation dans le système de prise en charge des déchets solides
ménagers dans l’agglomération dakaroise, réside on l’a vu dans les modalités de la collecte et
de l’évacuation des résidus une fois sur le domaine public. Bien que cette étape concentre la
quasi-totalité des moyens d’intervention des structures de nettoiement, elle constitue encore
leur talon d’Achille. En attendant de voir plus amplement dans la Quatrième Partie les
conséquences du caractère lacunaire de la prise en charge officielle, intéressons nous à
l’indicateur taux de collecte.

La fonte généralisée des prestations officielles s’est illustrée par la baisse continue des taux
de collecte. Les conséquences ont progressivement touché l’ensemble des secteurs de
l’agglomération, même si marges et centres ne sont toujours pas soumis aux mêmes réalités.
Mais cette baisse va aussi mettre en évidence les méfaits d’une méthode de discrimination
spatiale jusque là appliquée dans la prise en charge des déchets de la ville : la collecte à la
carte, relique des politiques coloniales en matière de prise en charge des déchets de la cité.

1.2.1 Zones privilégiées.

Souvent peu fiables dans les pays en voie de développement, les chiffres de collecte
officiels y constituent néanmoins un baromètre de la situation en matière de propreté
publique, selon les espaces ciblés (quartiers, villes, pays etc.). En la matière, les tendances
observées pour l’agglomération dakaroise ont montré une baisse continue : entre 1964 et
2004, cet indicateur a révélé une chute de 72 à environ 47 % de la quantité de matières
résiduaires produite dans la ville. Hormis l’épisode NSN, l’année 2004 correspondant à
l’intervention de AMA, a d’ailleurs été considérée, comme l’une des années noires depuis la
mise en œuvre pour la ville, des politiques de nettoiement publiques non discriminatoires.

Mais on l’a dit, c’est cette baisse de ces taux de collecte officiels qui a permis de mettre
sous les feux de la rampe l’application au quotidien en matière de prise en charge des déchets
d’une méthode pour le moins discriminatoire : la formule de gestion à la carte.

Généralement initiée durant la période d’occupation coloniale, cette option découlait d’une
politique d’exclusion des autochtones à l’accès à la salubrité. Elle sera reprise par les
gouvernements indépendants, en connivence avec les organismes de collecte, et décrétée
comme schéma officiel de gestion. Appliquée de manière plus ou moins tacite, elle convenait
aussi bien aux administrateurs des villes qu’aux responsables des sociétés de nettoiement.
Pour les pouvoirs publics qui l’ont validé cette approche permettait de maintenir des niveaux
d’hygiène satisfaisants dans les quartiers centraux, vitrines des villes-capitales, alors que les
banlieues populaires, logées dans des marges urbaines reléguées et en proie à des tares
urbanistiques profondes, devaient se contenter d’une situation sanitaire au rabais et précaire.
Quant aux organismes de nettoiement, cet artifice d’une intervention ciblée tout en autorisant
à concentrer leurs moyens sur les zones privilégiées disposant de voies structurantes bitumées
leur permettait aussi de dissimuler des lacunes liées à leurs faibles performance et à une
absence d’anticipation.

Si la prise en charge à la carte et en fonction des disparités urbaines, est restée typique des
villes des pays en voie de développement, ses schémas de mise en œuvre seront
continuellement érodés, et bouleversés par les permanents remodelages intra-urbains touchant
ces espaces. Zones centrales et enclaves longtemps privilégiées de la salubrité car bénéficiant
d’une offre de service plus élevée, subiront en effet un nivellement hygiénique par le bas, et
leurs populations d’adopter les mêmes stratégies hygiéniques parallèles, longtemps observées
ailleurs et parfois stigmatisées.
299
A Dakar comme dans la plupart des villes des pays en voie de développement, cette
évolution découle de la combinaison simultanée de deux principaux facteurs :

- la rapide croissance urbaine avec ses corollaires densification spatiale


(activités, habitat), dont la conséquence sur la question des déchets est la
multiplication des sources et l’augmentation des productions.
- Et le faible calibrage des équipements de prise en charge des rejets générés.
Dans les zones urbaines soumises à une urbanisation non maîtrisée, la fourniture du
service déchet n’a pas suivi l’explosion de la demande. L’extension des faibles
moyens antérieurement consacrés à des zones réduites, a consacré la dilution de
l’offre.

En tant qu’indicateurs de ratio (production spécifique production annuelle etc.), les chiffres
officiels de collecte constituent pour les planificateurs et les professionnels les éléments de
base d’appréciation de la situation en matière de prise en charge dans un espace donné. Mais
pour les populations, la variation et l’évolution de l’offre se traduit, par le recours à des
pratiques alternatives de prise en charge (charrettes à traction animale ou humaine), et
d’élimination alternative, mais surtout à la fréquence d’utilisation desdits mécanismes.

L’incinération et l’enfouissement artisanaux de déchets, mais aussi la pratique du rejet


dans des dépôts anarchiques, figurent parmi ces méthodes palliatives. Mais l’analyse des
différents modes d’élimination parallèle des ordures domestiques, a montré que
l’enfouissement et l’incinération artisanales des déchets, ne sont pratiqués que dans certains
secteurs de l’agglomération. Etant la seule la pratique constatée dans l’ensemble des
départements de la région, le rejet dans des dépôts anarchiques a servi d’élément
d’appréciation de la dégradation de la collecte officielle. Ainsi pour le département de Dakar,
présentant des taux record de collecte de l’ordre de 61%, grâce notamment à sa frange ouest
bien dotée en infrastructures de voirie, mais aussi privilégiée par les différentes sociétés de
nettoiement qui se sont succédé, l’évolution est radicale.
L’enfouissement et l’incinération artisanaux de déchets sont quasi-inexistants dans le
Département de Dakar. Mais, il présentait lors des campagnes d’identification des points de
rejets anarchiques de déchets quasiment autant de dépôts que le département de Pikine : 140
dépôts étaient recensés à Dakar contre 141 pour Pikine. Avec une population d’environ 955
897 on compte pour Dakar environ un dépôt anarchique pour 7000 habitants ou 900 ménages.
Cependant, la différence tient dans le type de dépôts. 81 % des dépôts recensés dans le
département de Dakar lors de nos enquêtes étaient constitués de mini-dépôts qu’ils soient
continentaux ou littoraux, contre seulement une dizaine de dépôts contestataires, alors que les
maxi-dépôts étaient inexistants.

Tel qu’on a pu le voir dans la première partie de l’étude, ces MD1 sont généralement
d’origine domestique. Ils proviennent le plus souvent des quartiers populaires logés dans les
zones urbanisées, que ce soit au Plateau, à la Médina ou vers Fann, Ouakam, SICAP etc., et
voient le jour en cas d’irrégularité de la collecte. Les déchets qu’ils contiennent sont
essentiellement d’origine ménagères. Toutefois en fonction des quartiers, on note une
transition en dépôts mixtes avec des apports commerciaux non négligeables. C’est le cas dans
les zones à forte présence d’activités du tertiaire (commerce, services…), comme le Plateau,
Fann avec sa zone universitaire. Ces mini-dépôts présentent la particularité d’être plus
facilement résorbables. Ils sont le symbole d’un département qui bien que subissant une forte
baisse de la qualité de l’offre en service de salubrité, reste encore privilégié. Le département
de Dakar accueille les vitrines que sont le Plateau et les zones résidentielles garde encore la
faveur des sociétés de nettoiement.

300
2.2.2 Banlieues populaires, villages et espaces insulaires…

Il ne s’agit pas ici des banlieues populaires logées dans les quartiers urbanisés de
l’agglomération dakaroise. Même si elles connaissent traditionnellement des difficultés de
prise en charge des déchets, leur situation est sans commune mesure avec le calvaire des
grandes banlieues, généralement cités dortoirs. Bastions de néo migrants et de populations
déguerpies des quartiers centraux, ces zones ont pendant longtemps été dépourvues des
essentiels équipements et services urbains. L’eau courante et l’électricité par exemple ont mis
du temps avant de s’y démocratiser. Mais si aujourd’hui bornes fontaines publiques et puits
captant la nappe ainsi que des branchements sauvages clandestins chez le voisin unique
abonné du patté de maison ont quasiment disparu, l’accession à la propriété non plus ne rime
pas encore avec accession à la propreté.
Très tôt délaissées dans les stratégies de prise en charge des déchets, la plupart des
quartiers des villes de Pikine, Guédiawaye, et notamment leurs zones d’extension spontanés
ont fait les frais de leur trame irrégulière. C’est d’ailleurs à l’attention de ces quartiers que
furent reconduits les procédés la gestion différenciée des déchets en fonction de la trame
urbaine, appliquée à Dakar dès les premières heures la colonisation. Reprise aux
indépendance et dépoussiéré, le système de prise en charge différentiel, sera réadapté aux
quartiers populaires avec la bénédiction de pouvoirs publics, qui pourtant, prônaient
officiellement un service démocratique. Les sociétés de collecte eurent pour mission de doter
les quartiers pauvres et sous équipés, en méthodes alternatives, en l’occurrence des points de
collecte groupée (d’ailleurs souvent mal entretenus) en vue de pallier la faiblesse de la
collecte domiciliaire
Il serait pourtant erroné de penser que les populations démunies des banlieues se sont
accommodés de cette prise en charge au rabais. La perspective d’une amélioration des
mécanismes de planification urbaine entretenait l’espoir d’un rattrapage et d’un nivellement
social par le haut. L’application des politiques urbaines officielles aurait forcément des
répercussions sur la dotation en équipements et en services, y compris déchet. D’ailleurs sur
ce point précis de l’élimination des déchets domestiques produits, la disponibilité en espaces
permettait bien de compléter la faible offre de service que constituaient les points d’Apport
volontaire, d’ailleurs très souvent débordants : conteneurs insuffisants et irrégulièrement non
vidés.

En définitive, si la question de la couverture complète et convenable des zones régulières


s’est toujours posée, c’est celle de la desserte des zones irrégulières qui a constitué la véritable
équation pour les sociétés de nettoiement.

Toujours est-il qu’en matière de prise en charge des rejets solides domestiques, les
pouvoirs publics de concert avec les sociétés de collecte tenteront alors de contourner ces
contraintes en limitant leurs initiatives à une série d’aménagements sommaires (box
maçonnés) pour les quartiers défavorisés. La situation de ces banlieues tranchait alors
nettement avec celle des privilégiés décrits plus tôt, tel que le soulignait d’ailleurs WANE :
« d’une manière générale l’évacuation des eaux usées, ordures ménagères, matières fécale et
matières résiduaires n’est assuré correctement que dans le ¼ des maisons, celle qui
possèdent soit fosses septiques soit branchement à l’égout et qui sont situées dans les
1
quartiers urbanisés ». L’une des réponses de cette frange de la population citadine (aux
origines rurales encore fraîches), a été en effet d’appliquer des mécanismes traditionnels de
prise en charge des déchets domestiques.

1
WANE O. op cité P 4.

301
La reproduction en milieu urbain des dépôts anarchiques utilitaires, sur le même modèle
que ceux pratiqués campagnes peut d’ailleurs avec le recul être considéré comme un moindre
mal, compte tenu des mécanismes et représentations mentales accompagnant alors son
érection. Ruelles, routes, et voies de passage (des véhicules mais surtout des personnes)
étaient en effet relativement épargnées, obligation est faite à la personne qui vide sa poubelle
d’éviter les itinéraires empruntés par les frères en religion tout comme il lui est interdit à
l’heure de la grande prière du vendredi de verser ses eaux ménagères dans la ruelle (y compris
dans son « carré ») de peur de s’attirer indirectement le « courroux » de Al Muntaqimu.

On note une pleine conscience de la capacité de nuisance de ces détritus pouvant souiller
ou salir des fidèles en route pour la mosquée. Mon interlocuteur de me préciser : « çà n’est
pas par hasard que j’utilise ce nom, cet attribut de Dieu signifiant Celui qui Venge, si je fais
du mal à autrui sans conséquence directe, un jour ou l’autre j’aurai quand même à le payer,
Lui le vengera ». En réalité, beaucoup semblent au fait de ce « Hadith » rapporté par l’exégète
Muslim et selon lequel Abu Horaya contemporain du Prophète Mohamed (PSL) vit le
Messager de Dieu avertissant les musulmans contre de deux sources de malédiction « faire
ses besoins dans la voie publique ou dans l’ombre où s’assoient les gens et dans leurs source
d’eau ». KIRONDE1 citant le cas de Dar-Es-Salam (Tanzanie) abonde d’ailleurs dans le
même sens : les gens ne jettent pas leurs déchets solides n’importe où sur les terrains (…), ils
les enfouissent dans une fosse spéciale ou les déposent quelque part à l’extérieur de leur
propriété.

L’urbanisation sauvage, la précarité sociale en milieu urbain due à la crise économique,


mais aussi la déliquescence des structures de collecte, qui marqueront l’évolution de la ville
africaine durant la seconde moitié du 20° siècle, viendront ruiner les maigres espoirs de ces
néo-citadins, de bénéficier de meilleure couverture de l’offre de service déchets. Création, et
presque surenchère dans l’édification de quartiers spontanés sans routes ni dessertes viaires
viables, chômage et précarité sociale dans des zones de facto inéligibles à la TEOM, toutes
les conditions étaient réunies pour que les organismes de collecte englués dans des luttes
politico financières, et ayant un cahier de charges colossal, finissent par décréter ces zones
« interdites ».
On sait par exemple que l’axe Pikine-Gédiawaye présente la particularité de détenir les
plus fortes concentrations de population, intra muros, ces dernières atteignant parfois les 9000
habitants au km2 avec près de 800 000 habitants pour 95 km2. Alors que les conditions
économiques restent précaires avec des revenus globalement inférieurs à 50 000 Fcfa par
1
mois , au niveau des équipements la ville reste largement sous équipée avec 85, 7 % des
foyers sans eau courante et presque 70 % sans électricité en 1986 selon SALEM. G. La
situation est quasi similaire pour Guédiawaye et Rufisque.
Des filières alternatives ont cherché à sortir ces quartiers de l’isolement rudologique ; elles
ont même pu un temps, soulager les populations. Le développement d’une approche
d’autogestion de leur quartier en devenir, expliquait en effet la mise en place en amont, de
filières alternatives de collecte par des charrettes à traction animale, charretiers d’ailleurs
généralement sollicitées par les ménages les moins pauvres. Ces initiatives suscitèrent le
soutient de quelques organismes ; elles apportaient leur concours en finançant des GIE pour la
collecte des ordures des populations.

302
1
KIRONDE J.M.L in La gestion des déchets urbains. Des solutions pour l’Afrique. Edition CRDI-Khartala 2001. 250 pages P 101-169.
Pourtant, l’approche n’avait de chance de donner des résultats probants que lorsque la
correspondance graduée outils de collecte/espaces à desservir, était adaptée à des zones de
faible production de déchets à l’image des espaces ruraux. Ca n’a jamais été le cas de Pikine
et Guédiawaye, énormes banlieues comme on en rencontre dans les grandes villes des pays en
voie de développement, avec une forte proportion de zones irrégulières.
L’expérience d’Enda Ecopop dans les quartiers de Rufisque montra par la suite que les
quantités captées par le système alternatif représentaient en général moins de 5 % des
quantités non collectées par les réseaux officiels. Des expériences menées par des ONG au
Mali ont aussi prouvé l’impossibilité à travers cette stratégie de parvenir à des résultats
probants : au-delà de la difficulté matérielle de parvenir avec des charrettes à traction animale
à capter contre rémunération la production de déchets dans les quartiers, les systèmes n’ont
jamais été conçus pour s’articuler par procédé pyramidal aux mécanismes officiels. Pire
encore, la perpétuation d’une gestion informelle a opéré une incidence négative dans la
perception psychologique des populations. Ces dernières semblent accorder davantage de
crédibilité à des structures professionnelles bien identifiées qu’à des GIE qu’elles côtoient et
dont elles connaissent l’amateurisme et l’intéressement parfois juste pécuniaire. Il faut dire
que très souvent, les déchets collectés par les charretiers étaient juste transférés dans des
dépôts alentours.

Si dans leur croisade contre les déchets, la balance n’a jamais penché en faveur des
populations, l’issue actuelle semble même leur être encore plus défavorable. Du fait de la
dégradation continue des conditions de prise en charge, la pratique du rejet des déchets dans
les dépôts anarchiques s’est accentué, avec une variante particulièrement révélatrice du
malaise déchet : l’utilisation des ordures comme matériau de remblai dans les zones
dépressionnaires habitées.

On constate une progression volumique et quantitative de ces dépôts qui s’opère selon un
axe Ouest, Nord-est avec une montée en puissance des MD2 et surtout MD3. La carte de la
localisation des dépôts anarchiques de déchets fait apparaître de plus fortes concentrations
dans la banlieue, avec 67 % de l’ensemble des dépôts anarchiques et la totalité des maxi
dépôts. Cette carte se calque aussi et accompagne autant l’indice socio-économique que les
modalités d’implantation de l’habitat. En effet, la corrélation de la variable dépôts
anarchiques (notamment ceux permanents) avec certains paramètres économiques tels que le
revenu par habitant et la densité de la population puis leur combinaison avec des facteurs
spatiaux peut aussi permettre d’explique certains niveaux de pollution. Pour la zone de Pikine
on note une moyenne raisonnable d’un dépôt pour 5000 habitants ou 700 ménages, cette zone
présente en revanche le plus fort pourcentage de dépôts anarchiques permanents et de taille
maximale très difficiles à éradiquer. L’âge de certains dépôts qui constitue un excellent
indicateur de la présence et de l’ancrage de telles méthodes d’élimination des déchets, indique
que cette zone abrite les décharges les plus durables mais aussi les plus anciennes, avec
parfois une existence supérieure à 15 ans. Mais, si l’ancienne ville-dortoir présente quasiment
les mêmes particularités humaines que Rufisque, ou Guédiawaye notamment en terme de
production par habitant n’excédant pas 0,79 kg/ jour, et étant à prés de 38 % constituée de
matières fines, sa situation est davantage aggravée par quelques contraintes physiques. Du fait
de sa constitution topographique, l’une des plus basses de la région, cette zone qui recoupe
une bande dépressionnaire avec par endroits des niveaux inférieurs à celui de la mer est
traditionnellement le lieu de prédilection des inondations (voir assainissement liquide)
notamment durant la saison des pluies. Cette situation est favorisée par la texture sablonneuse
du sol, l’absence de nivellement mais aussi et surtout d’équipements de drainage. Le triangle
Pikine-Guédiawaye- Rufisque présente ainsi des points bas constituant des exutoires naturels
pour le déversement des déchets solides.

303
1
Selon la formule de MBOW L-S, Pikine irrégulier est une ville de gagne-petit. MBOW L-S. 1998, 5
Cette carte fait largement apparaître une forte concentration géographique dans la zone de
Pikine où l’on retrouve près de 60 % (59,37 %) des maxi-dépôts dits « permanents ». Sur
près de cent quarante et un (141) dépôts recensés, trente-huit étaient des maxi dépôts
permanents : des spécimens allant de quelques m2 à de véritables îlots parfois de la taille d’un
terrain de foot. Entre l’élimination par rejet dans les dépôts anarchiques, la pratique de
l’enfouissement et du brûlage artisanaux, 41% de la population, a recours à des méthodes
d’élimination non conventionnelles. Cet axe apparaitra ainsi comme le « bassin rudologique »
de la région dakaroise avec les plus faibles taux de couverture pour la collecte avec 43 % juste
devant Rufisque, mais aussi avec la plus forte proportion de populations pratiquant
l’élimination parallèle non officielle.

Carte 20. Distribution des dépôts anarchiques continentaux de moins de 5 m2 dans la région de Dakar.

304
Carte 21. Distribution des dépôts anarchiques continentaux de moins de taille 5-15m2 dans la région de Dakar.

305
Carte 22. Distribution des dépôts anarchiques de taille supérieure à 15m2 dans la région de Dakar.

Figure 4. Répartition par département des principaux points de dépôts


anarchiques recensés dans la région de Dakar. (Enquêtes DIAWARA 2004).

Tel qu’on l’a vu dans la première partie, les deux îles habités de la région dakaroise ne
306
Tel qu’on l’a vu dans la première partie, les deux îles habités de la région dakaroise ne
sont guère mieux lotis en matière de prise en charge de leurs déchets. Généralement oubliées
dans les stratégies officielles, elles ne doivent leur salut qu’à une implication citoyenne de
leurs habitants de souche et de cœur, qui s’emploient à préserver leur île de ces nuisances.
Toutefois, la difficulté technique est bien présente, d’où l’incapacité d’assurer d’amont en
aval les procédés de prise en charge. Pour des espaces insulaires de plus en plus gagnés par le
tourisme et ses visiteurs, ces carences expliquent la persistance, des méthodes alternatives
d’élimination observées sur le continent. En tête et en toute logique, le rejet sur le littoral y
constitue la pratique la plus plébiscitée.

2.2.3 La spécificité du « Plateau ».

Le « Plateau » constitue un microcosme dans l’espace dakarois ; il reflète aussi toute la


complexité à mettre en œuvre une gestion cohérente des déchets dans la ville.

Centre de la capitale et point de départ du développement de la ville, il a longtemps


concentré toutes les attentions des autorités y compris sur le plan de la salubrité publique.
Toutefois, l’ensemble des réalisations et mesures dont il a pu bénéficier en matière de prise en
charge des déchets, n’ont ciblé dans un premier temps qu’une partie de la population : la
frange européenne et assimilée. Bâtiments administratifs, habitations, et commerces ont ainsi
bénéficié du premier service de collecte, mis en place dès les années 1910.

Pour ce secteur anciennement vitrine coloniale, le maintient d’une telle approche passerait
par un total cloisonnement ou isolement des quartiers excluant toute imbrication entre
l’habitat régulier (qu’il soit vertical ou horizontal) avec des implantations spontanées tel
qu’on le voit actuellement. C’est la méthode que tentèrent d’appliquer sans grand succès les
services municipaux de la ville, au moment de la mise en œuvre du premier service de
collecte des déchets dans la ville au début du 20° siècle. On a même vu l’administration
coloniale s’arc-bouter et refuser que les îlots indigènes logés dans les quartiers européens
bénéficient d’un tel service, jusqu’à ce que la prolifération des rejets anarchiques infléchisse
leur approche officielle.

Dans un schéma d’augmentation continue de la production, les actions de prise en charge


des déchets, cibleraient un calibrage des moyens d’intervention des structures de collecte,
ainsi que la réalisation d’un ensemble d’équipements participant à leur captage. C’est le
dimensionnement, ou l’adéquation des moyens à la production réelle. Hormis une flotte de
véhicules divers pour assurer cette phase de la prise en charge de la production domestique,
ces équipements mobiles déployés par l’organisme de collecte auraient trait à des équipes
suffisamment dotées en matériel. L’installation de déchèteries compléterait les dispositifs de
collecte en PAP complétées par un service de ramassage spécial pour la collecte des déchets
ménagers volumineux. mise en place pour la production d’OM et assimilés non domestique.

La forte présence des activités commerciales aussi, fait de ce centre le lieu privilégié des
activités commerciales. En s’attaquant à l’identification des « niches » de production de
déchets, la réglementation permettrait une collecte spéciale pour les secteurs secondaires et
tertiaires gros producteurs de déchets assimilés ménagers. On a vu dans la première partie que
les apports de ces domaines en déchets banals sont non négligeables. On a vu comment les
activités du secteur informel occupent de manière anarchique la voirie publique, et sont aussi
responsables dans leur dialectique vendeur-acquéreur, d’une production conséquente de
déchets commerciaux, qui a jusque là échappé à toute quantification. Présentes dans quasi-
totalité des zones de l’agglomération, elles ont pour point névralgique le centre-ville.

307
En restant sur le cas du Plateau à Dakar, on peut rapidement mesurer quelques unes des
conséquences les plus visibles de cette absence de conditions préalables. La forte imbrication
dans le centre entre habitat moderne (vertical et horizontal) et îlots irréguliers, entre activités
tertiaires structurées et celles informelles, rend quasi impossible une harmonisation des
modalités de prise en charge, du fait exigences spécifiques de chacune. Au plan des
équipements mobiles, les moyens de collecte limités de l’actuelle société de nettoiement,
n’auraient de toutes façons pas permis une prise en charge efficiente pour l’habitat régulier et
l’ensemble des activités formelles de production et de service. On a vu précédemment les
complications techniques qu’induisent la collecte ne serait-ce pour les îlots mixtes du centre
aux moyens de conditionnement très sommaires. Etendue aux activités, ces limites viennent
s’ajouter à la double contrainte

- de la prolifération des niches rudologiques non prises en compte dans


l’identification des producteurs. Ce facteur rappelons-le contribuant à biaiser les
statistiques notamment projectives en la matière.
- et de la forte contiguïté entre activités informelles omniprésentes (notamment
des secteurs à forte exigence d’hygiène tels que la restauration informelle rapide), et
certains vecteurs de contamination tels que les points de rejet d’ordures ou d’eaux
résiduaires.

Quant au mobilier urbain pour petits déchets anonymes, la quasi absence de poubelles et
corbeilles excuserait presque les propos de ces vendeurs ambulants évoluant sur l’Avenue
Lamine Guèye au Plateau : « Et puis on nous demande toujours de ne pas jeter par terre les
petits déchets, mais dans ce cas, où sont les corbeilles ; tu crois que ça m’intéresse de faire un
500 m pour trouver une poubelle, c’est la croix et la bannière pour en trouver. Ils ont qu’à en
1
mettre partout et puis les gens les utiliseront ».

Enfin, sur le plan préventif, apparait la nécessité d’une plus grande présence dissuasive de
l’autorité publique (Service d’Hygiène ou agents municipaux) pour lutter contre les auteurs
d’infractions en matière de rejet anarchique de déchets.

Rappelons enfin qu’au-delà d’un ressentiment de la part de certains groupes, cette


impression qu’on va en ville « dans un endroit qu’on habite pas pour un besoin précis »,
accroit la distanciation avec le lieu de résidence, qui même moins harmonieux, est plus
épargné par les rejets. On avait évoqué la surproduction rudologique d’un secteur comme le
Plateau confronté à une fréquentation élevée, due aux activités diverses qu’elle concentre et
qui sont à la fois source de son dynamisme mais aussi de ses pics de production de déchets.
L’inadéquation entre les moyens dédiés à la prise en charge des déchets du centre-ville et les
quantités produites est là aussi perceptible. Hormis la production des ménages, on a une forte
production issue des activités et de la présence humaine en journée. Cet aspect est d’ailleurs
totalement occulté par les tenants d’une théorie de l’allochtone fautif, lorsqu’ils évoquent la
propreté de la ville durant les jours de calme.

1
Interviews du 12-06-04 auprès de A.D & M.B. exerçant une activité commerçante au Plateau.

308
2.3 Des mécanismes de « survie hygiénique ».

2.3.1 Elimination parallèle des déchets assimilés ménagers.

Jusque là ressenties dans les seuls quartiers populaires négligés, les conséquences des
faibles taux de collecte enregistrés dans l’agglomération dakaroise, ont progressivement
gagné les zones résidentielles et les centres. Naguère considérées comme des bastions en
matière de salubrité publique, ces zones urbanisés anciennement privilégiées subissent
aujourd’hui cette déperdition qualitative dans la prise en charge.

Ces faibles taux de collecte officiels favorisent le développement des méthodes alternatives
d’élimination des déchets. L’analyse des différents modes d’élimination pratiqués dans
l’agglomération dakaroise montre que près de 53 % de la population, a recours à des
méthodes alternatives non officielles pour éliminer ses déchets alors que seuls 47 %
bénéficient d’une collecte officielle. Ces dernières, outre la dégradation des écosystèmes et la
pollution des milieux, causent des dommages majeurs sur la santé des couches populaires les
plus fragiles.
Mais en matière de pollutions liées aux rejets domestiques l’ensemble des populations et
des espaces de l’agglomération ne sont pas logés à la même enseigne. Les quartiers centraux
sièges des administrations et des milieux d’affaires, connaissent toujours moins de difficultés
liées nuisances des points de rejets anarchiques. Les dépôts sauvages moins étendus et moins
agressifs sont plus rapidement pris en charge par les organismes de collecte, les pouvoirs
publics ou les collectivités disposant encore d’unité techniques opérationnelles.

La situation est plus délicate dans les banlieues populaires démunies. La trame urbaine
irrégulière, et les carences diverses en équipements sociaux (écoles, marchés, lieux de loisirs
et de divertissement) mais aussi en infrastructures comme les voiries structurantes stabilisées,
contribuent à y aggraver les problèmes de prise en charge des matières résiduaires. Elles y
font des mécanismes d’élimination alternatifs des déchets, des pratiques constantes, et même
parfois de survie hygiénique, comme dans le cas des populations de Yeumbeul, recourant à
des chargements de déchets pour remblayer leurs maisons situées en zone inondable.

C’est dire que si les pratiques déchets alternatives mises en place par les populations et
ayant pour cadre le domaine public présentent souvent des risques certains, notamment sur le
plan sanitaires, elles ne sont jamais « gratuites ». Hormis les rares cas de rejets contestataires
ou instrumentalisés, les mécanismes parallèles d’élimination des ordures (rejets continentaux
ou littoraux, enfouissement sommaire, ou encore incinération) découlent davantage d’une
absence d’alternative que d’une réelle volonté de « punir » l’espace public. Loin de refléter un
acte de défiance vis-à-vis de l’autorité publique, ou de dévoiler quelque habitude insalubre,
ces dépôts, manifestations spatiales des lacunes officielles dans la prise en charge, constituent
une illustration des stratégies mise en œuvre par les populations pour pallier la faiblesse de
l’offre publique pour ce service urbain.
On retrouve d’ailleurs ces phénomènes déchets en progression dans la plupart des villes
débridées des pays en voie de développement ; en Afrique, ils ont accompagné l’urbanisation
galopante et viciée que connait le continent depuis la seconde moitié du 21° siècle.
1
FRANQUEVILLE en faisait état lorsqu’il écrivait dans son ouvrage consacré à Yaoundé :

1
FRANQUEVILLE A, (1984). Yaoundé. Construire une capitale. Ed ORSTOM 192 Pages. P 145

309
Le ramassage des ordures ménagères, est en principe assuré par la société
HYSACAM qui place en ville des bacs, généralement de 3m3, et en exécute la
vidange sur un terrain vague au nord de la ville. Même s’ils ne reçoivent que moins
de la moitié de la production d’ordures urbaines (49 % selon le PDU), ces bacs ne
sont pas enlevés à une cadence assez rapide et les immondices qu’ils devraient
contenir débordent largement aux alentours. Leur nombre, notamment dans les
quartiers populaires devrait être multiplié, si l’on veut qu’ils ne soient pas distants
de 135 m l’un de l’autre, selon les normes indiquées par les urbanistes.

Cette insuffisance explique que, pour le cinquième des habitations, les ordures
soient simplement déposées dans le ravin le plus proche et aboutissent tôt ou tard,
au gré des pluies, dans le lit du Mfoundi. Une telle situation prévaut non seulement
dans les quartiers denses anciens, mais aussi dans les nouveaux lotissements (36 %
des habitations) : Essos, Nkondongo…, au point d’interdire parfois le passage dans
certaines ruelles. Les fosses à ordures n’existent de façon (146) fréquente que dans
les zones semi-rurales, qui ont gardé là une pratique villageoise, tandis que dans les
quartiers chics, les poubelles placées près des portails sont vidées chaque jour. La
part importante prise par les végétaux dans les ordures que rejettent la ville, donne à
penser qu’il devrait être possible et relativement simple d’en transformer une partie
en compost utilisable par l’agriculture intra-urbaine ou même rurale

Bien qu’ayant développé une approche très caricaturale dans son étude de la situation à
pour la même ville, ZOA finira par admettre que les méthodes de rejets des ordures
ménagères des citadins pauvres participent du système de débrouille accompagnant
l’ensemble de leurs activités quotidiennes. Elle rejoint à demi-mots l’analyse plus neutre de
FRANQUVILLE.

En réalité, on retrouve dans les écrits de ZOA les traces de discours cherchant à attribuer
une origine anthropologique et culturelle, à la prolifération des rejets anarchiques de déchets
dans les villes africaines. On verra d’ailleurs dans la troisième partie de l’étude que les
initiateurs de cette tendance, partisans d’une approche de stratification raciale, ont très tôt
instrumentalisé l’hygiène et les déchets pour justifier de l’infériorité des populations
d’Afrique noire. Certaines de leurs théories serviront à justifier une mission coloniale, œuvre
civilisatrice et porteuse d’hygiène et de propreté, qui accouchera finalement d’une
discrimination hygiénique à finalité régressive pour les populations noires.

Souvent orientées vers le sensationnel, des faits déchets impliquant des politiques urbaines
et notamment l’aménagement et la gestion de l’espace public font même parfois l’objet
d’approches « mythologiques ». C’est le cas des tampuures en pays Mossi (actuel Burkina
1
Faso), tas d’ordures qui constitueraient selon BERNASCONI une marque de fertilité et de
pouvoir pour les chefs traditionnels milieu rural... Selon l’auteur, ces tampuures se sont
reproduit un peu partout dans la ville de Ouagadougou sans que les habitants n’en soient
gênés. Il ajoute « le tampuure urbain reste fréquenté par les génies et donc marqué par le
respect et la crainte, régit par un ensemble de précautions et d’interdits. Il ne faut donc pas
voir seulement le tampuure comme un tas d’ordures mais comme un lieu public (sic..) donc
intrinsèquement dangereux. Tout lieu public est le point de rencontre d’inconnus donc
potentiellement de sorciers qui se nourrissent de l’âme des promeneurs. Il n’est donc guère
étonnant de continuer de trouver des tas d’ordures un peu partout dans la ville de
Ouagadougou». Pourtant plus loin, l’auteur DEVERIN-KOUANDA que cite BERNASCONI
balayera sa propre construction d’une phrase laconique mais qui en dit long : ces populations
constituent les oubliées de la collecte officielle...

1
BERNASCONI Op cité P. 44

310
Bien qu’il ne l’ait pas évoqué, une adaptation urbaine des pratiques de constitution de
coins fumure, semble plus crédible que l’hypothèse sous jacente de sociétés vénérant le
déchet tampuure. Cette théorie n’aurait de toutes façons pu être validée, dans un contexte où
le système de référence de collecte et d’évacuation des déchets est carencé. Il est en effet peu
probable qu’au pays des hommes intègres, autorités et populations partagent un telle
« perception culturelle » aux antipodes de la relative bonne tenue de la capitale et ses
environs. Dans le cas de Ouagadougou comme ailleurs, l’existence ou la persistance de
dépôts anarchiques de déchets sur le domaine public, (qu’ils se nomment tampuure ou
Mbalit), reste hors cas d’actes d’incivismes, liée à une prise en charge officielle lacunaire.

En tout état de cause certains auteurs s’insurgent contre de telles dérives


ethnosociologiques, notamment DESCHAMPS qui dans les années soixante-dix dénonçait
1
déjà cet Exotisme romancé . Même tonalité chez NIANE DT, qui fustige cette littérature
essentiellement destinée au public mondain qui sacrifie beaucoup à l’exotisme quand
2
l’ignorance de l’auteur ne se masque pas derrière des contes fabuleux . Plus récemment et de
3
manière plus spécifique aux questions déchets, KIRONDE précise : les observateurs du
développement urbain dans les villes d’Afrique soutiennent que beaucoup d’africains qui
migrent dans les villes apportent avec eux leurs habitudes rurales. Ainsi certaines personnes
ne seraient peut-être pas conscientes de la nécessité de garder leur environnement propre. Ce
point de vue est douteux. Presque tous les répondants disent que les déchets constituent une
nuisance importante, l’enquête n’a donc pas révélé l’existence d’une « culture des déchets »..

Dans le cas dakarois aussi, l’omniprésence des Points de Rejets Anarchiques de déchets,
loin d’y constituer une perpétuation de pratiques sordides, reflète les défaillances du système
de collecte officiel en place dans l’agglomération. Sans aller jusqu’à parler d’approches
officielles discriminantes de la part des pouvoirs publics indépendants, une hypothèse valable
reste une hiérarchisation socioéconomique de l’offre en fonction des ressources financières, et
une tentative de maintient à tout prix des privilèges pour une frange occidentalisée habituée à
ses privilèges y compris en matière de salubrité.

La constitution de ces dépôts anarchiques apparaît ainsi comme la réponse des populations
devant l’absence de prise en charge officielle ; hormis quelques cas, la quasi-totalité des
dépôts rencontrés sont de la famille des utilitaires. WONE le soulignait déjà en 1980 :
« l’espace déchet serait ainsi moins le fait de comportements traditionnels que le reflet des
disparités dans les pratiques d’assainissement découlant de ségrégation dans l’usage et
l’appropriation des moyens de consommation socialisés que st les équipements collectifs
4
(stockages) et des services publics (collecte et élimination) ».

Il apparait donc irréfutable que toute forme de « cohabitation indécente » des


populations avec les ordures ne se retrouve que dans des cas bien précis et toujours en rapport
avec des phénomènes de survie hygiénique ou socioéconomique.

1
DESCHAMPS Hubert (1970) « Histoire Générale de L’Afrique Noire de Madagascar et des Archipels ». Tome I. Des origines à 1800.
PUF 1970. 572 pages + annexes. P126
2
L’auteur tenait ces propos à l’endroit d’explorateurs européens et de voyageurs arabes découvrant le Soudan occidental à l’aube du moyen-
âge. NIANE Djibril Tamsir, 1975. Le Soudan Occidental au temps des grands empires (XI-XVIe siècle), Présence Africaine, Paris, 271p.
P13
3
KIRONDE op cité, P139
4
WANE. O op cité (1980, 8)

311
Comme on l’a souligné plus haut, le dépôt d’ordures dans des endroits déterminés comme
les concessions ou les ruelles dans certains quartiers pauvres de la banlieue permet aux
populations de « faire d’une pierre deux coups ». L’accumulation ciblée des ordures dans la
rue en saison des pluies, participe à faciliter la mobilité dans l’îlot, pour les quartiers
irréguliers situés dans des zones inondable. Elle soulage aussi certains producteurs contraint
de se débarrasser de leurs déchets devant l’absence de collecte officielle. L’autre exemple de
populations ayant fait le « choix » de cohabiter avec les ordures est illustré par les « damnés »
de Mbeubeuss ; économiquement démunis, ils sont dépendants des miasmes de la ville.

Globalement, les postures rudologiques des populations de la ville, mettent plus à jour des
effets pervers d’une urbanisation incontrôlée, et de manquements structurels, qu’elles ne
trahissent des attitudes populaires aux antipodes de l’hygiène. Représentations collectives et
choc des cultures ont en effet des incidences marginales dans la persistance des questions de
salubrité dans l’espace dakarois. Selon nos enquêtes, ce relâchement des populations sur le
domaine public tient pour 62 % à l’absence de prise en charge officielle des déchets assimilés
ménagers du fait d’un déficit d’équipements de prise en charge fixes ou mobiles et pour
seulement 15 % à des contestations et actes d’incivismes divers.

S’il existe une hypothèse qui entrevoit une perception néo urbaine du déchet de surcroit
d’origine rurale, et qui se positionnerait en contradiction avec le mode de vie citadin, il reste
indéniable que le niveau domestique n’a à aucun moment souffert de quelque manque de
considération. De même, on verra amplement dans la troisième partie qu’après un absurde
entêtement à ne faire bénéficier aux indigènes d’aucune menue mesure d’hygiène publique,
l’autorité coloniale du néanmoins se résoudre pour ne pas être débordée, de décliner une
version urbaine du point de rejet villageois. C’est à se demander alors qui de la ville ou de la
1
campagne s’adapta alors à l’autre , les populations ne faisant que reproduire des mécanismes
hérités et dont l’administration leur avait permit une survivance à travers ces PAV dont le
fonctionnement se détériora progressivement. En d’autres termes, c’est moins l’idée en elle-
même qui est condamnable que la mise en pratique, tel que l’ont souligné certains auteurs qui
estiment que « dans tous les pays du monde, à l’inverse du paysan qui est habitué à compter
2
surtout sur lui-même, le citadin acquiert rapidement une « mentalité d’assisté ».

Les populations d’origine néo-rurale ne sont donc pas forcément les moins impliquées dans
la question hygiène notamment sur le domaine publique : elles ont encore ce réflexe villageois
d’auto-prise en charge de leurs rejets, alors que nombre de citadins vont se déresponsabiliser
en la matière. Comme le soulignait FRANQUEVILLE :

« Monde rural et monde urbain ne sont pas opposés, « tradition » et « modernisme »,


ne sont pas deux pôles antagoniques entre lesquels l’individu est seulement tiraillé, mais
plutôt deux références dans lesquelles, il puise en réponse aux besoins du moment, et à
partir desquels il tente d’élaborer un comportement cohérent, en les adaptant et en leur
3
donnant un nouveau visage original ».

1
Pourtant, cette approche rurale de l’élimination parallèle des déchets en M.U présente des connotations nobles bien insoupçonnées, faites de
volontarisme mais aussi selon le respect de certaines règles tacites telles la non nuisance au prochain, indépendamment de nature originelle
de la méthode.
2
SANKALE M, THOMAS L.V, FOUGEYROLLAS P (1968). Dakar en devenir. Editions Présence Africaine 1968. 517 pages. P 512
3
FRANQUEVILLE A (1984). Yaoundé. Construire une capitale. Ed ORSTOM 192 Pages. P 162

312
Que ce soit sous la période coloniale, ayant décliné une politique de salubrité
discriminatoire à l’égard des populations noires, ou par le biais des mécanismes de prestation
de service déchet socio différenciés mis en place depuis l’indépendance, les pratiques de rejet
de déchets sur le domaine public, ont généralement toujours été motivées par des instincts de
survie hygiéniques.

2.3.2 Autres pratiques à risque sur le domaine public : facteurs


additionnels dans la dégradation de l’hygiène.
[Link] Commerce et consommation alimentaire de rue.

Hormis la prolifération de points de rejets anarchiques mettant en cause la gestion des


déchets solides, la situation sanitaire préoccupante de l’agglomération de Dakar, soulève des
questions plus globales. Ces questions impliquent des comportements à risque en matière
d’hygiène, et qui ont principalement pour cadre le domaine public. La plus flagrante concerne
les commerces à vocation alimentaire et plus précisément la restauration rapide informelle.

La vente alimentaire à même les artères urbaines, peut constituer un réel danger pour la
santé publique, notamment lorsqu’elle ne respecte pas une certaine distance avec les sources
de pollution. On sait qu’à Dakar, ce commerce s’effectue souvent dans un environnement en
proie à une pollution intense : fumées, gaz et poussières atmosphériques diverses provenant
des activités industrielles, et du secteur du transport. Avec les menaces bactériennes
constituées par la proximité des dépôts d’ordures ou celles des flaques d’eau résiduaires,
toutes les conditions sont réunies pour favoriser la montée en puissance des périls sanitaires.

Ce qui fait encore défaut pour nombre de ces commerces alimentaires « sensibles », c’est
l’utilisation de matériels d’hygiène modernes normés (poubelles au normes, utilisation de
gants fins pour la manipulation des vivres frais et denrées nues. C’est le cas notamment pour
les restaurants traditionnels (gargotes, dibiteries etc.), même si la remarque est aussi valable
pour les boucheries et les poissonniers, qui d’ailleurs disposent pas systématiquement
d’équipements de réfrigération communément désignés sous le terme de froid alimentaire
(chambres froides, ou glacières dimensionnées et même en amont, véhicules de transport
isothermes, étals de marché réfrigérés compte tenu de la chaleur ). Pour limiter la vitesse de
putréfaction de leurs produits, les poissonniers se contentent souvent de caissons en polyester
alimentaire, en recouvrant les produits de glace industrielle concassée. Quels que soient les
secteurs alimentaires, seules les unités modernes ainsi que la grande restauration disposent de
ces équipements notamment, des étals réfrigérés pour la pâtisserie. Toutefois, l’amalgame
encore largement présente entre pratiques d’hygiène au quotidien et la faible vulgarisation des
outils et équipements modernes d’hygiène, est encore plus ressentie dans ce secteur du
commerce.

Ce différentiel d’équipement peut être à la base d’intoxications alimentaires diverses ; des


procédés ou conditions douteux lors de la préparation d’aliments à consommation directe,
peuvent causer des intoxications alimentaires. Mais la vente de tels produits -même élaborés
selon une hygiène convenable-, à proximité de point de rejets anarchiques ou de conteneurs à
ordures débordants et attirant des vecteurs de transmission à l’exemple des mouches,
constitue aussi un risque sanitaire avéré.
En complément de bonnes conditions de préparation des nourritures, quelques mesures de
base doivent donc être appliquées. L’utilisation de gants alimentaires lors des transactions de
consommations directes (sandwichs, friandises etc.) devrait même être systématique et soumis
à un contrôle strict des autorités sanitaires.

313
De même, la préférence devrait être donnée aux friandises et sandwichs enveloppés. Pour
les vendeurs, il y va de la sécurité sanitaire de leurs clients, déjà économiquement éprouvés :
qu’on se le dise, ce sont généralement les couches populaires ou « Googoorlu », qui font
prospérer ces commerces.
Mais quelque soit l’environnement considéré, (public, privé), les effets induits par la
rusticité des méthodes ou mécanismes de gestion de l’hygiène, est largement atténuée dés lors
que les modalités de la prise en charge des matières résiduaires (liquides et solides) restent
convenables (pas trop de dépôts anarchiques, ou de fluides déchus stagnants). En revanche, la
combinaison d’une hygiène rustique et d’une gestion défaillante des résidus, conduit
fatalement dans la sphère privée et domestique comme sur le domaine public, à des
conséquences catastrophiques. Les épidémies de choléra qui touchent cycliquement la ville en
sont l’illustration : elles partent généralement de zones largement touchées par les défaillances
de mécanismes de gestion des matières résiduaires liquides et solides sur le domaine public.
Toutefois, le péril fécal et la consommation d’eau parasitée, contribuent encore pour
beaucoup à la déclaration des ces maladies hygiéniques dans la ville, de même d’ailleurs que
certaines périodes d’orgie en matière de production de déchets domestiques « sensibles ».

[Link] Apports saisonniers : le cas particulier de l’Aïd-El KEBIR.


Ce n’est pas tout à fait par hasard que cette fête religieuse, qui compte parmi la dizaine de
fêtes musulmanes célébrées officiellement tous les ans au Sénégal, fait l’objet de ce passage.
Communément appelée « fête du mouton », sa célébration illustre la nécessité d’intégrer dans
le système de collecte des déchets ménagers de chaque pays, certains événements saisonniers
ou ponctuels impliquant en un temps t une forte population. Ici en l’occurrence, il s’agit d’un
évènement religieux durant lequel, les musulmans procèdent à un sacrifice rituel, par abattage
en masse y compris à domicile, d’animaux élevés dans cette optique.
Les sénégalais, ainsi que ceux qui ont eu l’opportunité de partager avec eux cette fête au
pays s’en sont aperçus : la dévotion, la gaieté, la joie et les réjouissances de la Tabaski,
laissent vite place les lendemains de célébration, à une autre préoccupation qui éclipse
presque la mine attristée de la fin des festivités : l’état d’insalubrité des rues et ruelles, coins
et recoins de l’agglomération, envahis par des déchets très spéciaux. Avec la chaleur, et du
fait d’une absence de prise en charge pour cause d’éboueurs en congés, la ville se retrouve
dans un état d’insalubrité et de pestilence préoccupante, situation qui va durer le temps des
célébrations pouvant parfois s’étaler sur plusieurs jours, du fait de divergences confrériques
sur sa date exacte. La quasi-totalité des ménages de l’agglomération dakaroise (près de
305 000) « sacrifiant » son mouton à domicile, une hypothèse basse considérant seulement
50% de foyers concernés, entraînerait une production d’au moins 1500 tonnes
supplémentaires de déchets d’animaux à prendre en charge, à raison d’environ 10 kg de
déchets produits, pour chaque carcasse prête-à-consommer. L’absence d’une organisation
spéciale, et tout simplement de collecte officielle durant ces jours particuliers, oblige les
populations à se débrouiller par elles-mêmes pour en assurer l’élimination. Pourtant il s’agit là
de détritus saisonniers (abats et viscères d’animaux), devant bénéficier d’une prise en charge
plus systématique du fait d’une forte teneur en éléments à putréfaction rapide source
potentielle de développement microbienne et parasitaire.
En général, dans les foyers des classes moyennes à aisées, l’opération d’abattage et de
préparation du mouton est effectuée dans la cour intérieure, ou sur les fameuses terrasses des
maisons, qui rappelons le, constituent en même temps lieux de stockage des poubelles. Mais,
étant très putrescibles, les déchets de préparation des animaux sont généralement évacués le
jour même, notamment dans des dépôts anarchiques, y compris pour ces résidents modèles
qui généralement parvenaient à garder leurs ordures jusqu’au passage des véhicules de
collecte.

314
Pour les ménages habitant des quartiers à trame urbaine irrégulière, à ruelle sablonneuse,
ou disposant de terrains vagues (pouvant aussi habituellement être utilisés comme aire de jeu),
les déchets et autres résidus de dépeçage des carcasses sont enterrés dans des trous
préalablement creusés parfois devant chaque concession. Ces trous seront rebouchés une fois
remplis des déchets divers issus de cette période de festivité. Dans les zones ne disposant que
de peu d’accès au substrat sablonneux, les résidus sont abandonnés dans divers endroits
(dépôts anarchiques littoraux ou continentaux) ou jetés dans les rares containers de collecte
publique. Dans tous les cas, ces matières attient plus que d’habitude, rapaces, animaux errants
et nuisibles.
La période de festivité étant « fériée, chômée et payée », aucun service ne fonctionne
durant ces jours « off », y compris celui de prise en charge des déchets. Et si la situation
revient progressivement à la normale avec les « retour de vacances » des agents de collecte, le
service, mais aussi dame nature, mettront encore plusieurs jours à absorber cette avalanche de
rejets avec des risques sanitaires démultipliés.

Même si les matières concernées sont loin d’être aussi sensibles, c’est cette nécessité de
prendre en considération certaines productions saisonnières supplémentaires qui explique par
exemple que pour le cas précis des sapins de Noel, les municipalités de beaucoup de villes
européennes aient mis en place des points de collecte spécifiques qui leur sont destinés.
L’objectif de départ qui est d’éviter que ces sapins au sortir des fêtes ne finissent dans les
bennes à ordures ou abandonnés dans la nature ou à divers endroits de la ville, permet aussi de
faciliter le recyclage de ces conifères par les filières de compostage intéressées par la matière.

Pour Dakar et parallèlement à une collecte spéciale massive, l’acceptation de ces déchets
dans les PAV dont on préconise l’implantation (voir Partie IV), pourrait constituer une
alternative, à ces pratiques d’élimination alternatives qui affligent le domaine public et
constituent des facteurs de risque pour les populations.

[Link] Espace public, espace de soulagement.


Hormis les rejets anarchiques de déchets, et les points évoqués plus haut, d’autres pratiques
contribuent à accentuer l’image sanitaire préoccupante que dégage la ville. C’est le cas de
l’utilisation du domaine public comme lieu de soulagement, pour les piétons, passants, et
actifs informels évoluant dehors : c’est une des conséquences de la faiblesse et/ou l’absence
d’équipements publics d’hygiène individuels tels que les W-C publics.

Ces pratiques observées dans l’ensemble de l’agglomération, sont encore plus accentuées
dans les quartiers populaires. Dans les maisons non raccordées au tout-à-l’égout, ainsi que
dans celles disposant de fosses septiques, certaines populations ont recours aux équipements
publics, alors que d’autres sollicitent le domaine public : coins de rues, poteaux et arbres,
murs de clôture des édifices publics, terrains vagues etc., servent de points de soulagement.

Dans ces zones la pratique du vidage du contenu des fosses septiques domestique sur des
terrains vagues du domaine public, est aussi fréquente On abordera en détail ces aspects dans
la partie quatre à venir intitulée Effets sur la question déchets, d’un assainissement liquide
lacunaire. (P 349)

315
Au-delà de l’encombrement matériel, le déversement populaire sur la voie publique accroit
ce tableau d’un environnement chargé, et étouffant. Cet encombrement des artères de la ville
en journée, aussi bien perceptible dans les quartiers économiques comme le Plateau que dans
les ruches populaires comme la Médina ou Pikine, est généralement le fait d’honnêtes gens,
travailleurs ou passants, qui vaquent à leurs occupations. Mais à la fois terrasse et aire de jeu ,
jardin privé et public, la rue fixe aussi promeneurs et gamins désœuvrés, badauds et
pickpockets flâneurs devant l’éternel, tapis dans l’ombre en quête de la bonne opportunité.

L’omniprésence des mendiants et talibés (valides ou invalides), handicapés physiques ou


déficients mentaux, ces groupes humains « déchus », ne passe pas inaperçue. Du fait d’un
contexte socio- religieux incitant à une compassion envers les nécessiteux, ce groupe ne cesse
de progresser et de verser à cette représentation hygiénique négative des villes d’Afrique de
l’ouest. Ces ombres d’hommes dont quelques péripéties sont relatées par SOW-FALL dans
1
son roman La Grève des Battù 1979 rallient le centre avant même son réveil, alors que
d’autres ont élu domicile dans ses artères. Périodiquement ciblés car nuisant au prestige de la
capitale, ces SDF version villes du sud, font pourtant désormais partie de l’organisme urbain
2
par le biais d’un ensemble de mécanismes socio-économiques bien huilés . Ils confèrent au
vaste contenu anthropologique des déchets de l’agglomération dakaroise, une dimension
humaine parfois dramatique.

1
FALL A-S,(1979). La grève des battus. NEA. 1979. 167 pages
2
Cette frange fait presque partie intégrante du paysage urbain et s’appuie parfois sur des rouages bien affinés pour y survivre A l’image des
réseaux de mendicité en Europe aux mains de quelques mafieux locaux ou en provenance des anciens pays de l’Est, les « quémandeurs » de
la capitale, pour la plupart jeunes « talibés » sont contrôlés par de prétendus maîtres d’enseignement coranique perpétuant cette pratique au
nom de l’aguerrissement spirituel de leurs petits protégés. En réalité, nombre d’entre eux, par le biais des produits que récoltent leurs élèves
(argent, sucre, riz, mil, bougies, biscuits poulets…étant les plus fréquemment donnés) se livrent tout bonnement à l’exploitation de mineurs à
travers la mendicité, exigeant parfois de ces derniers un chiffre d’affaire quotidien minimal sous peine de brimades et répressions. L’argent
de l’aumône recueilli, les maîtres font procéder au tri des offrandes, ce qui leur permet de revendre certains produits parfois à moitié prix
auprès d’acheteurs spécialisés (en général tenanciers de petites échoppes en banlieue), ou de familles démunies.

316
3. Les équipements sociaux dans les questions déchets.

En dehors d’une origine domestique, industrielle, ou professionnelle, les déchets solides


proviennent aussi des équipements publics dits sociaux, qu’ils soient « marchands » ou non.
Certains de ces équipements déjà présents dans la ville, appellent une amélioration des
mécanismes de prise en charge des matières résiduaires qui y sont produites ou qu’ils
recueillent, alors que d’autres encore inexistants s’avèrent nécessaires dans l’optique d’une
meilleure gestion de ce secteur des rejets. Là aussi, ce sont essentiellement les usagers
(professionnels ou clients), qui font les frais des griefs alimentés par les lacunes des stratégies
officielles de prise en charge.

3.1 Voirie et trottoirs : implications dans la question déchets.


3.1.1 Dotation des quartiers et stabilisation des artères
pour une meilleure collecte des déchets.

Le réseau routier bitumé de la région de Dakar atteint 291 km sur un total de 305 répartis
entre les deux routes nationales : la RN1 qui va en direction du Nord et Nord-est via Bargny-
Sébikotane-Thiès, et la RN 2 qui à l’embranchement de Bargny va vers le sud et le sud-est.
Ce réseau intègre aussi les routes régionales et départementales, et les voiries urbaines. Quant
au parc automobile dakarois, il atteint 161 600 unités sur les 218 404 véhicules immatriculés
1
en janvier 2004 au Sénégal soit près de 74 % des véhicules du pays .

Pour le transport urbain, l’augmentation constante de ce parc automobile, malgré un prix


2
des carburants toujours en hausse , est à la base de nombreuses difficultés liées à la fluidité
notamment durant les heures de pointes, avec des flux essentiellement unidirectionnels, tel
qu’on l’a vu dans la première partie. C’est d’ailleurs dans ce sens que le Programme
d’Amélioration de la Mobilité Urbaine (PAMU) lancé en 2000 pour l’agglomération
dakaroise, s’est orienté vers l’aménagement de carrefours et de mini-tunnels routiers pour la
fluidité du trafic et l’élimination des points noirs de la circulation urbaine.

Cet aspect entre en compte dans la réduction des dommages écologiques que subi la région
à travers les effets liés à la pollution automobile avec les gaz d’échappement. Ces gaz
représentent 32 % des gaz nocifs émis dans la capitale. Mais dans les objectifs du PAMU, le
point qui va le plus intéresser la question de la prise en charge des déchets sera certainement
la stabilisation de la quasi-totalité des voies de circulation et des accotements.

L’absence d’un réseau routier bitumé et des voies praticables constitue une bonne part des
externalités négatives pour ce secteur. C’est un critère qui handicape les sociétés de collecte
autant qu’elle met à mal leurs dispositifs. Elle influe notablement sur la fréquentation par les
véhicules de collecte officiels des quartiers desservis, car limitant en effet la capacité de
pénétration de leurs engins de collecte motorisés dans nombre de quartiers de l’agglomération
qui se transforment ainsi en îlots claustrés. On est ainsi en face à des phénomènes
d’inaccessibilité desdits quartiers. DIOP O (1987, 54) définissait l’accessibilité comme étant
le rapport entre le nombre d’habitations atteignables à pied depuis un véhicule de collecte à
100 m au plus et le nombre total d’habitations dans une unité territoriale.

1
Situation économique et sociale du Sénégal Ed 2004 Ministère de l’Economie et des Finances. DPS 194 p.

2
Cette hausse contraint certains propriétaires à n’utiliser leur véhicule qu’en fin de mois. C’est en effet à la période de la paie qu’ils
disposent de plus de ressources financières pour l’achat de carburant.
317
Carte 23. Réseau routier et voirie urbaine de la région dakaroise.

La construction de routes et d’accotements stabilisés influe donc automatiquement sur les


modalités de prise en charge des rejets notamment domestiques, jusqu’ici globalement
indexées sur le niveau social des populations. Elle permet une meilleure couverture des
quartiers en collecte domiciliaire, et règle la question de la prise en charge des sables intrusifs,
dont les sociétés de nettoiement ont aussi la charge.

En la matière et pour la capitale sénégalaise, c’est Dakar qui était le mieux servi en tant
que département le plus urbanisé et le mieux doté en équipements routiers bitumés y compris
pour les dessertes locales, suivie de Rufisque, alors que Guédiawaye et Pikine arrivent en
queue de peloton. Privilégié dans les schémas de collecte, et directement gérée par la structure
1
officielle de nettoiement AMA , c’est alors en toute logique que l’analyse des taux de
2
collecte voit Dakar se démarquer des quatre autres départements de l’agglomération.

1
Qui rappelons-le a confié en sous-traitance la quasi-totalité du service dans les autres départements, à des entreprises nationales.
2
Nombre d’auteurs ont insisté sur les conséquences sur la santé des populations et sur l'économie urbaine de faibles taux de collecte faible
inférieurs à 75% de la production rudologique. Actuellement, ce chiffre reste un mirage dans les villes africaines même pour les « îlots »
privilégiés de l’assainissement.
318
On peut donc à leur décharge reconnaître que l’opérateur actuel, tout comme ses
prédécesseurs et ses successeurs, ne peuvent assumer les charges inhérentes à une bonne prise
en charge de la production de l’ensemble de la population notamment celle pauvre des
banlieues qui pourrait être un peu plus chère à desservir. Ce risque commercial inhérent à une
facturation dépassant les revenus des ménages est accentué par la localisation d’une bonne
partie de cette population cible, dans des zones à topographie ou à morphologie ingrate ou
défavorable. Lorsqu’un chef d’entreprise doit choisir la localisation d’une nouvelle unité de
production, il ne tient compte que de ses propres charges d’investissement, sans se soucier
des équipements collectifs qu’exigera son implantation : voirie, adduction d’eau,
assainissement, hôpitaux, écoles…puisse que leur montant sera réparti entre l’ensemble des
1
contribuables .

Si dans certains cas cet écrémage discriminant de la clientèle à desservir est compensé par
les pouvoirs publics par l’entremise de subventions accordées aux opérateurs privés, dans le
cas du service de nettoiement comme à l’image de quelque industriel désireux de s’implanter
dans une zone « dépourvue » et devant supporter ces charges exogènes, ce coup de pouce ne
peut revêtir que la forme d’un déploiement des réseaux ou équipements structurants
(adduction d’eau, construction de routes…), voire d’une régularisation spatiale. En admettant
que le déchet soit une pollution dont le traitement est lui-même facteur d’externalités, les
sociétés n’ont trouvé
- ni cet indispensable préalable qu’est l’équipement en infrastructures exogènes
(routes bitumées, points de captage)
- ni un cadre législatif pertinent ayant bien résolu le casse-tête des sables,
- ni des mécanismes tels l’identification effective des différentes sources de
production, ainsi que la quantification régulière de cette dernière variable.

3.1.2 Prise en charge des sables « intrusifs ».

Le « balayage des rues et le désensablement des chaussées » à laquelle sont astreintes les
sociétés de nettoiement, constituent à Dakar une contrainte de taille dans la question des
déchets solides ; leur complexité a d’ailleurs été identifiée depuis longtemps.

Dés les années 1860 et jusque vers 1910-1920, des arrosages fréquents à l’eau de mer
permettaient aux autorités de la ville chargées de cette question de stabiliser les rues
sablonneuses et latéritiques. L’opération permettait ainsi de réduire (tout au moins
provisoirement) les nuisances liées à la formation de poussières consécutive à la fréquentation
des voies non stabilisées par les chevaux, calèches et véhicules hippomobiles. Toutefois dés
1906, un rapport du Gouvernement général de l’AOF au chapitre Matériel de l’Assistance
Publique et du Service Sanitaire mentionnait déjà la nécessité d’achever les travaux entrepris,
de construire des trottoirs et des caniveaux, de refaire des rues cylindrées ou macadamisées
2
pour supprimer la poussière tout en réduisant la nécessité des arrosages .

1
MONOD & CASTELBAJAC Op cités, 1980.
2
Gouvernement Général de l’AOF. Colonie du Sénégal. Rapport d’ensemble de la situation politique, administrative financière et
économique et sur le fonctionnement des divers services pendant l’année 1905. Saint-Louis, imprimerie du Gouvernement 1906.

319
Au moment de la mise en œuvre officielle du service, la question de la collecte des ordures
1
ménagères a toujours été associée au balayage des artères selon les modalités du contrat
(notamment dans le département de Dakar). Toutefois, la prise en charge de ces sables, a
constitué un casse-tête qui a toujours dépassé les compétences des sociétés de collecte
intervenues durant la période post indépendance. Elle posa aussi de sérieuses difficultés aux
Services de la Municipalité à l’époque où cette dernière avait en charge la question de la
propreté de la ville.

En réalité, ce problème des sables intrusifs implique deux faits :

- la collecte des sables dans les zones fortement urbanisées, à trame bitumée
(Plateau, Médina etc.)
- et le désensablement des voies principales bitumées dans les zones faiblement
urbanisées.

La collecte des sables intrusifs dans les zones bitumées obéissait à un souci de bonne
gestion de l’infrastructure routière urbaine. Elle était antérieurement menée par les services de
la municipalité de Dakar suite aux premières campagnes de stabilisation des voies entamées
dès les années 1915. Cette charge ne fut basculée aux sociétés de collecte que lors de la
seconde privatisation du service intervenue en 1971 et qui vit l’intervention de la SOADIP.
L’Etat, puis les municipalités qui devaient s’occuper de ce service léguèrent le fardeau à une
simple société de gestion. Pire encore, elle se vit confiée la gestion de cette question dans les
nouveaux quartiers à forte prédominance de voies sablonneuses, mission qu’elle ne pu jamais
assurer. Si depuis lors il a été noté de grandes améliorations, beaucoup reste à faire en matière
de stabilisation des voies structurantes.

Ce handicap n’a pas empêché les pouvoirs publics (dans ce jeu de dupes) de reconduire les
contrats de nettoiement avec inclusion systématique de clauses stipulant le désensablement
des artères pour l’ensemble de l’agglomération. Il est vrai que de leur côté, les sociétés
adjudicataires aussi ont toujours « accepté » ces conditions, tout en étant conscientes de leur
2 3
incapacité à honorer ladite tâche . Dans les artères du Plateau et des quartiers urbanisés par
exemple, l’opération parvient à être partiellement réalisée au pris de d’énormes efforts de la
part des balayeurs. Ces derniers sont en effet très souvent gênés par la circulation automobile
et piétonnière, mais aussi par le déversement des activités sur l’espace public. Par contre dans
les quartiers péri- urbains, la mission s’avère quasi-impossible. Elle est techniquement
irréalisable sur de telles artères sablonneuses ou latéritiques, notamment sur des routes tracées
sur une zone sableuse dégagée et sans accotements stabilisés, ce qui est le cas dans la quasi-
totalité des communes, exceptée celle de Dakar.

1
En définissant les services à assumer, la Convention pour le Balayage des Voies, et de la collecte des ordures ménagères de Dakar de juin
1967 dans son article 1er stipulait : l’entreprise régie par le présent Cahier de Charges a pour objet : le balayage et le nettoiement des rues,
places emplacements de foires, lieux de fêtes, extérieurs des marchés et autres lieux publics découverts (…). Toutefois, il ne précisait pas si
le sable qui envahi la chaussée devait être considéré au chapitre des ordures à balayer, et si tel était le cas il appartenait à l’entreprise de
nettoiement d’en assurer la collecte et l’évacuation. Il en est de même du décret n° 74-338 du 10 avril 1974 réglementant l’évacuation et le
dépôt des ordures ménagères, sans là aussi évoquer le devenir des sables.
2
Prouvant d’ailleurs tel qu’on l’a souligné précédemment, la nécessité de revoir les termes des contrats de délégation du service. On voit en
effet que pour ce point précis, sa mise en œuvre sur toute l’étendue de l’agglomération relève presque de l’aberration.
3
Le Département de Dakar le mieux doté en voirie revêtue totalise une moyenne de 0,56ml / habitant, avec un dotation jugée correcte pour
les seuls communes d’arrondissement du Plateau (1,34ml/ hab), Fann, Point E-Sicap (2,26 ml/hab) et Mermoz, Sacré-Cœur (1,61 ml/ Hab).
Source Marché Tropicaux : Spécial Dakar. Une métropole en croissance rapide Numéro du 8 septembre 2000. P1725-1759. 34 p.

320
Pour les sociétés de nettoiement, chargées de ces questions, deux solutions-hypothèses se
présentent pour remédier à ce problème, solutions qui d’ailleurs paradoxalement sont quasi-
exclusivement du ressort des pouvoirs publics :
- Extraire la prérogative balayage et désensablement des chaussées dans les
missions de collecte de d’évacuation des ordures confiées aux sociétés de collecte,
-
ou à défaut, parvenir à des taux de bitumage plus élevés concernant les voiries
primaires mais surtout celles secondaires, tout en procédant à la fixation de leurs
accotements afin de réduire les volumes d’ensablement.

Dans l’état actuel, le premier point semble de loin le plus plausible et rapidement
réalisable. En effet concernant les voies structurantes, si une partie de la Voierie Urbaine
(VU), notamment le réseau classé gérée par le ministère de l’Equipement bénéficie de
programmes de stabilisation, le réseau non classé à la charge structures décentralisées est très
peu touché par de telles réalisations. L’ampleur de ces missions-réalisations dépassait en effet
largement les moyens des communes qui parvenaient déjà difficilement à entretenir leur
patrimoine routier bitumé, encore moins à l’agrandir. Passées Communes d’Arrondissement
avec la décentralisation de 1996, les mairies autonomes se sont retrouvées dans l’incapacité
totale faute de moyens financiers d’assumer ces missions. C’est d’ailleurs l’une des raisons
pour lesquelles l’un des axes du PAMU est orienté vers la construction de voierie pour le
désenclavement de certains quartiers. Le bitumage des voiries primaires et secondaires, ainsi
que la réalisation d’infrastructures routières apparaissent donc comme les réponses les plus
recommandables. En plus de permettre une meilleure structuration urbaine, elles participent
de façon plus durable à l’amélioration des conditions d’accès au service de prise en charge des
déchets pour les populations.

Photo 57. Grilles avaloirs du réseau pluvial progressivement ensablées sur la VDN à hauteur de Mermoz.
(Cliché DIAWARA A-B 2007)

321
Toutefois, la réalisation de ces équipements qui devra être effectuée dans un meilleur
respect des normes et exigences de qualité, devra aussi s’accompagner d’une préservation de
l’existant, tel qu’on l’a souligné plus haut. Indépendamment d’une construction parfois au
1
rabais , ces infrastructures routières subissent en effet toute une série d’agressions impliquant
directement quelque stade de la chaîne de prise en charge des matières résiduaires
domestiques, qu’elles soient liquides ou solides.

L’une des agressions les plus fréquentes est liée à l’utilisation par les populations, du
réseau d’évacuation des eaux pluviales (collecteurs d’eaux pluviales et grilles avaloirs) ainsi
que des bouches d’égouts, comme exutoire pour les eaux vannes et autres matières résiduaires
domestiques liquides ou mélangées. Au chapitre des conséquences les plus néfastes qu’induit
l’obstruction de ces éléments incorporés à l’infrastructure, on retrouve la stagnation de l’eau
sur la chaussée et ses dépendances (infiltrations latérales). Mise à part l’usure naturelle du
revêtement du fait du trafic (notamment des poids lourds), elle constitue en effet le plus gros
2
facteur de dégradation , que ce soit dans les zones bénéficiant de routes primaires et
secondaires stabilisées, ou dans les quartiers populaires aux seuls axes primaires revêtus.
Dans le cas des quartiers aux réseaux routiers secondaires bitumés, à l’image de la Médina,
cette stagnation de l’eau sur la chaussée provoquant par la suite son décapement, peut par
endroits s’expliquer aussi par les mêmes phénomènes de colmatage des grilles avaloirs et des
bouches d’égout, décrits plus haut. Ces agissements sont souvent le fait de populations ne
disposant pas d’un raccordement au réseau d’évacuation des matières résiduaires
domestiques. Par contre dans les zones aux axes routiers secondaires non bitumés (Parcelles-
Assainies, Pikine, Guédiawaye…), ce colmatage est souvent imputable au sable intrusif
omniprésent. En général, les principaux axes bitumés ne disposant pas de trottoirs stabilisés
subissent un envahissement quasi automatique par le matériel sableux, ce dernier y étant
déposé par le vent ainsi que la circulation des piétons et des automobiles. Bien que quelques
riverains des principales routes bitumées déversent aussi leurs eaux vannes sur la chaussée,
cette action favorisant à la longue la constitution de crevasses n’est toutefois pas la plus
décisive dans le processus de dégradation de la route. Ici ce sont la topographie du site, la
morphologie des sols et l’absence de stabilisation artificielle qui sont les facteurs les plus à
incriminer. On voit d’ailleurs dans la carte géologique de la presqu’île du Cap-Vert, la
faiblesse des reliefs dans cette zone basse où sont nichées la plupart des quartiers de
l’agglomération de Pikine (jusqu’à Sangalkam).

On l’a dit, ces situations peuvent aussi parfois se combiner à la qualité médiocre de la
réalisation des ouvrages d’art et aménagements (pas assez surélevés et/ou parfois réalisés avec
des matériaux au rabais). Dans une zone où la nappe est quasi affleurante, les routes même
celles qui ne sont que très légèrement en contrebas, recueillent parfois par capillarité, les eaux
qui remontent à la surface lors des périodes de pluie, ainsi que celles provenant de part et
d’autre des talus environnants. Ces eaux y stagneront ainsi durant quasiment toute la saison
provoquant d’énormes dégâts sur l’infrastructure.

1
Parfois, des nids de poule qui apparaissent en effet quelques semaines seulement après la mise en service de la route, témoignant ainsi
d’une réalisation pour le moins approximative.
2
Les principaux facteurs qui influent sur le comportement des routes étant le dimensionnement du corps de la chaussée et la qualité des
matériaux lors de leur mise en œuvre.

322
Il faut en effet rappeler sur le plan de la topographie, que la région de Dakar est peu
élevée : seul le Sud-Est présente une élévation conséquente avec le massif de Ndiass qui
correspond au horst de grés Maestrichiens. Il s’agit d’un relief de collines et de plateaux
souvent cuirassés, couvert de sols caillouteux et de sols ferrugineux qui embrassent une partie
de la zone de Rufisque, permettant un écoulement gravitaire vers l’océan. Dans la région de
Rufisque - Bargny s’étendent des bas - plateaux dont la surface recoupe les calcaires et les
marnes éocènes. Sur ces terrains, des sols calcaires bruns alternent avec des vertisols gris-
noir. Cette zone partage cet « avantage » avec la pointe du Cap Manuel et l’ensemble
volcanique Mamelles-Ngor domaine des vertisols : ce sont des zones qui avec quelques
aménagements peuvent voir la question de l’évacuation des eaux pluviales durablement
résolue.

D’autres interventions approximatives (et parfois spontanées) sur l’ouvrage routier sont
aussi à déplorer. C’est le cas de la construction de dos d’ânes et autres ralentisseurs parfois
1
mal conçus car souvent érigés (dressés) par les populations elles mêmes , sans respect des
normes techniques requises.

Photo 58. Axes routiers et trottoirs non stabilisés dans la zone sablonneuse des Parcelles Assainies.
L’infrastructure ainsi que les ouvrages de drainage des eaux pluviales sont en permanence envahies par le
sable. (Cliché DIAWARA A-B 2006)

1
Certaines populations en bordure des grands axes, exaspérées par les accidents spectaculaires et meurtriers causés par certains
véhicules, notamment les « cercueils roulants » que constituent les cars rapides, décident inopinément de limiter leur vitesse en érigeant des
ralentisseurs qui s’apparentent plus à des « casse-amortisseurs » ou « casse-reins ». Quelques passagers de ces cars rapides choisissent à
l’approche de ces barrières de se mettre debout le temps du « franchissement », afin d’éviter un supplément de courbatures, ayant déjà
voyagé dans un pour le moins confort spartiate.

323
Toutefois, le comportement et de l’action des populations, la qualité médiocre de
l’ouvrage, de même que la morphologie du sol, n’expliquent pas toujours la dégradation des
ouvrages routiers que ce soit dans les zones bitumées ou dans les zones sablonneuses. En
effet, la question du rebouchage des trous, tranchées et traversées exécutées sur le réseau
routier par certains intervenants officiels, s’invite aussi dans cette problématique de la
préservation de l’équipement routier, indispensable à une bonne offre de service de collecte
des déchets.

Parmi les officiels intervenant périodiquement sur les ouvrages routiers, on retrouve les
agents du Ministère de l’Equipement (Les Travaux Publics) pour l’entretien du réseau routier
classé, ainsi que leurs collègues des services techniques de la CUD impliqués dans la gestion
de la voierie communautaire. Mais, ces derniers procèdent généralement à des simples actions
désensablement des routes et à l’entretien du réseau d’assainissement à ciel ouvert. Ce sont
donc davantage les services de la SDE, de la SONEES et/ou l’ONAS qui en réalisant des
interventions sur les réseaux d’adduction d’eau et /ou d’assainissement, ont recours à des
traversées de chaussée. Ces tranchées souvent refermées à la hâte et de manière très
sommaire, modifient le plan horizontal de la chaussée, en y constituant des crevasses qui
seront agrandies et approfondies par le passage de véhicules ou par les eaux de ruissellement
durant la saison des pluies, ou en y formant de petits monticules de terre. Dans les deux cas,
ces dégradations participent de l’aliénation de l’infrastructure qui peut aussi se traduire par un
rejet d’ordures en ses parties dégradées.

3.1.3 Entretien et préservation des ouvrages : la prise en charge des ordures


anonymes.

Pour finir sur ce chapitre, signalons que la prise en charge de certaines catégories de
déchets présentes sur la voirie, semble aussi assez peu préoccuper les organismes en charge
du nettoiement de la ville et leurs agents affectés au balayage des artères. Durant nos
enquêtes, on a en effet recensé près d’une centaine de cadavres d’animaux gisant sur la voirie
urbaine. Il s’agit en général de carcasses d’animaux errants écrasés par des véhicules ou morts
naturellement et qui parfois restent en l’état pendant plusieurs jours sur la chaussée. Pourtant,
la législation sénégalaise définissant des ordures ménagères précise à leur sujet (..) tous les
objets abandonnés sur la voie publique ainsi que les cadavres des petits animaux doivent être
1
ramassés et collectés par l’organisme en charge de la propreté de la ville . Parmi ces
animaux, on retrouve des chats (53 %), chiens (8 %), moutons, chèvres et bœufs (2 %), et le
reste (37 %) étant représentés par d’autres petits animaux tels que oiseaux, (généralement
pigeons et colibri), rats...

Si les cadavres des petits animaux de même que crottins et déjections d’animaux divers
restent peu prépondérants, c’est qu’au fil du temps et avec leur piétinement par les véhicules
ils parviennent à se décomposer assez rapidement, s’assécher puis se disperser au gré du vent.
Par contre, les carcasses des moutons, chiens et chats non enlevées par les agents du service
de nettoiement ou par les populations riveraines incommodées par les odeurs, mettront plus de
temps à disparaître, attirant plus longtemps rongeurs et rapaces (vautours). C’était notamment
le cas de deux cadavres de vaches comptabilisés durant les enquêtes, et qui se trouvaient à
Sébikotane et Sangalkam, sur le bas côté de la route. Cette situation résulte aussi bien de
l’absence dans la ville d’entreprises d’équarrissage, que du refus catégorique des organismes
en charge du nettoiement, d’assurer le ramassage de tels déchets gisant sur la voie publique.

1
Voir annexes III.
324
Signalons aussi au chapitre des déjections, celle des oiseaux que l’on retrouve dans certains
quartiers comme au Plateau. Elles s’ajoutent à celles des animaux domestiques errants
(moutons, bœufs et chèvres…) et à celles des calèches à traction animale. Même si elles ne
sont pas quantifiées, ces déjections posent tout de même quelques désagréments tels que les
salissures sur les façades des bâtiments et sur les véhicules en stationnement.
1
Quoiqu’il en soit, ces dégradations combinées à d’autres plus subtiles participent de la
détérioration de la chaussée et semblent constituer un feu vert pour les populations promptes à
se servir d’une portion de la chaussée comme exutoire pour les déchets liquides et solides. Le
jeu de « l’appel de la saleté » favorise en effet une sorte d’effet de contagion qui transforme
des lieux souillés et dégradés, en exutoires d’appoint pour les rejets domestiques.

3.2 Gestion « déchets » des équipements socioéducatifs divers.


3.2.1 Equipements sociaux ouverts ou aérés et lieux publics de loisir, de
divertissement, de récréation et de culte :

Il s’agit généralement des parcs, promenades et jardins publics, mais aussi des plages
ouvertes au public.
[Link] Le plein-air : un palliatif à l’absence de salles polyvalentes
publiques.
On a vu précédemment les implications des activités commerciales, ayant pour cadre le
domaine public, sur la prolifération de certains déchets anonymes, avec notamment celles
alimentaires sensibles, qui entretiennent, et parfois à tort, de profonds préjugés de
malpropreté. Mais ces activités ne sont pas les seules à rejaillir sur la question de la propreté
des endroits publics.

A Dakar, le déficit criard en salles polyvalentes publiques, ouvertes aux particuliers et


associations (socioculturelles, sportives etc.), explique aussi cette confiscation de l’espace
public par les populations, occupation a des conséquences sur la salubrité des endroits
concernés.

Manifestations religieuses (commémorations) mariages, baptêmes, et autres cérémonies de


deuil prennent pour cadre le domaine public, avec généralement des ruelles occupées et
encombrées, gênant parfois considérablement la circulation automobile, piétonnière et celle
des biens. Lors de tels rassemblements en plein air, comme pour les manifestations culturelles
(concerts, matchs de foot), la collecte des déchets divers (déchets d’emballage, papiers reste
alimentaires etc.) n’est effectuée que lorsque l’on connait pour les endroits choisis un
propriétaire identifié. Quand tentes et podiums sont installés sur des terrains publics neutres,
aucune collecte des petits déchets n’est prévue et réalisée après déroulement des activités. Ces
espaces peuvent néanmoins être ciblés lors de journées d’investissement humain, où les
populations sont conviées à nettoyer les artères ainsi que les places publiques de leurs
quartiers.

1
Si les animaux en divagations ne contribuent pas de manière directe au processus de dégradation de la chaussée, ils y participent néanmoins
à titre esthétique de par les déjections qu’elles y laissent en permanence, accentuant ainsi la méprise dont elles font l’objet. Le constat est le
même pour les chevaux de calèches qui arpentent les artères de la ville mais dont les déjections outre un volume plus important, ont une
dimension olfactive plus incommodante, malgré l’indifférence totale du cocher.

325
Mais en général, ce n’est que lors de rassemblements religieux collectifs et d’envergure,
tels que les prières de l’Aïd, se déroulant au même moment partout, qu’un effort de nettoyage
est effectué pour les lieux publics neutres, notamment ceux dégagés, devant accueillir les
fidèles. A l’exception de la Grande Mosquée de Dakar, l’ensemble des autres mosquées ne
disposent pas d’une capacité conséquente pour accueillir un grand nombre de fidèles : une
fois réquisitionnés, les espaces publics ciblés sont alors et nettoyés pour servir de lieu de
prière ponctuel, ce qui n’empêche pas toutefois pas les fidèles de venir le jour j avec leurs
tapis de prière. Ce nettoyage, effectué pour la circonstance, a généralement lieu la veille,
toujours en rapport avec cette dimension sacrée des endroits de dévotion, le lieu retrouvant sa
banalité habituelle, dés la fin desdites cérémonies.

[Link] Les parcs, promenades et jardins publics.


Les parcs, promenades et jardins ouverts au public, doivent aussi bénéficier d’une prise en
charge des déchets verts, ainsi que de ceux qui y sont produits par les visiteurs. A Dakar, on
note la présence de deux parcs : celui des îles de la Madeleine, réserve naturelle, peu
fréquenté car aussi moins accessible, et celui de Hann qui ne désempli presque jamais
notamment durant l’été. Hann a un statut particulier, logé en plein cœur de la ville, il constitue
un havre de verdure géré par les Services des Eaux et Forêts. Disposant d’un zoo animalier, il
produit donc hormis les déchets verts (élagage des arbres et entretien des espaces), des
matières organiques (entretien des cages et habitats animaliers). L’ensemble de ces déchets est
généralement confiné dans un coin du parc, et fait l’objet d’une incinération qu’on a vu
artisanale.
En guise de promenade Dakar ne propose que la corniche ouest dernièrement réaménagée.
Les jardins publics, introduits durant colonisation (Jardin de Verdure Protêt), étaient plus ou
moins bien tenus jusqu’à récemment. De telles aménagement étaient même intégrés dans les
programmes d’habitat officiels (SICAP, HAMO, Parcelles etc.), avant que la frénésie
immobilière de ces dernière années les omette des fronts de peuplement et procède à leur
démantèlement dans les quartiers où ils figuraient. Toujours est-il que la charge de l’entretien
des jardins publics et promenades revient aux collectivités qui peuvent aussi la déléguer à des
organismes privés. Mais l’absence d’équipements de collecte des petits déchets, ainsi que
l’inexistence de bacs à ordures traduit le peu d’intérêt accordé à la salubrité de ces espaces,
généralement peu aménagés. Quasiment laissés à l’abandon, certains jardins publics
deviennent même des lieux privilégiés de rejet de déchets ménagers et de gravats, notamment
dans les quartiers faiblement urbanisés de la ville.

[Link] Les plages.


Elles constituent les lieux de divertissement publics les plus fréquentés par la jeunesse
dakaroise, notamment durant les vacances scolaires (juillet-octobre). En dehors de la
baignade, les plages sablonneuses dakaroises sont souvent lieux d’activités sportives :
jogging, training, musculation, Beach-foot etc.
Une bonne partie du littoral reste ouverte au public, que ce soit la portion sablonneuse de la
crique de l’Anse Bernard, l’axe Soumbédioune→Pointe des Almadies avec Fann et les
Mamelles, le littoral nord allant de Yoff à Malika avec Diamalaye, Cambérène ou encore les
plages de la zone sud allant de la Pointe de Bel-Air à Bargny en passant par Hann. De même,
on a les plages à majorité rocheuses de Ngor continent, Ngor-île ou encore celles de Gorée qui
disposent d’une petite ouverture sablonneuse. Même si l’on assiste de plus en plus à une
privatisation déguisée de certaines portions, les franges arraisonnées par les hôtels, clubs et
autres restaurants privés sont généralement implantés sur la côte rocheuse, moins concernées
par la baignade de masse.

326
D’ailleurs, hormis l'aménagement de dépendances d’hôtels (restaurants « les pieds dans
l’eau ») justifiant leur entretien, c’est en raison de ces facteurs physiques que les plages
rocheuses sont moins touchées par les rejets de déchets d’origine diverse. Toutefois, certains
hôtels n’ont pas hésité à aménager leur portion rocheuse, les transformant à grands renforts de
tonnes de sable fin en plage sablonneuse.
Les zones accessibles au grand public sont très souvent touchées par de multiples rejets,
avec notamment des plages de débarquement de poisson, traditionnellement souillées par les
déchets liées aux activités de pêche et ou de transformation de produits halieutiques qui y sont
menées. Ces plages sont aussi salies par les rejets d’autres usagers, dont les baigneurs et
promeneurs qui les fréquentent.
Une partie des plages de Yoff, Soumbédioune, sont dans ce cas de figure, de même que
Hann et Yarakh qui présentent la particularité supplémentaire d’être touchées par les rejets
industriels, et domestiques avec aussi bien des matières liquides que solides. Là aussi, hormis
les journées d’investissement populaire, ces plages ne sont généralement nettoyées, que lors
de circonstances particulières telles que les régates, les compétitions de natation (traversée
Dakar-Ile de Gorée, Ngor-Ile de Ngor etc.). Un ratissage sommaire est aussi effectué en
prévision de l’ouverture médiatisée de la saison, pour certaines activités sportives ayant pour
cadre la plage. Rappelons que le dernier organisme de nettoiement à avoir fait usage d’une
cribleuse pour l’entretien des plages sablonneuses fut la Municipalité de la ville en… 1971 ;
c’est à cette date que la cribleuse en service, tomba en panne et ne fut jamais remplacée.

[Link] Les cimetières


Théoriquement, l’entretien de ces espaces est assuré par les services des municipalités où
sont ils sont implantés, les édiles pouvant les faire gérer directement par les services
communaux ou confier la mission à une société délégataire. A leur charge aussi, la collecte, le
transport et l’élimination des déchets produits dans ces endroits vers les lieux de traitement et
ou d’élimination. Mais, les cimetières aussi font aussi les frais de cette négligence hygiénique
qui touche l’ensemble de la ville, y compris pour les plus grands et les plus connus. A l’image
de Yoff, Soumbédioune, Bel-Air ou encore du cimetière de Saint-Lazare sur la VDN,
inauguré en dernier, l’illustration en est l’inexistence de bacs à ordures dans ces lieux.
Du fait de l’absence de corbeilles de captage, divers petits déchets sont abandonnés à
même le sol par les visiteurs, alors qu’on retrouve aussi dans les parties encore non occupées
quelques tas de gravats provenant de l’aménagement des caveaux et tombes. Ils sont
généralement le fait de maçons et carreleurs indépendants ayant embrassé cette filière, et qui
proposent leurs service dans les cimetières. Les déchets verts provenant des arbres n’y sont
généralement pas collecté ; de temps à autre, les vigiles et autres prestataires de services
funéraires ou funèbres établis sur site (maçons, carreleurs, creuseurs de tombes et fossoyeurs),
procèdent à leur incinération artisanale avec quelques déchets banals ramassés çà et là.
L’impression d’une absence d’entretien des cimetières, trahit en réalité et de manière plus
globale une gestion désordonnée et peu rigoureuse des lieux. Si au départ la trame
d’occupation du sol s’est voulue régulière, du fait d’une mauvaise gestion, les carrés
surchargés se sont vite retrouvés débordants sur les voies de passage. L’absence de
nivellement du terrain, la non stabilisation des voies de passage, ainsi que l’inexistence de
réseaux de captage des eaux de pluie, rendent difficile l’entretien des lieux.

327
3.2.2 Lieux d’activités commerciales.
Cette rubrique comprend les marchés traditionnels (urbains et hebdomadaires), les centres
commerciaux « modernes », les rues et avenues commerçantes, les commerces de proximité,
et les stations de vente de carburant automobile, disposant de boutiques intégrées. On peut
aussi y inclure les foirails, et enfin de façon plus prosaïque, les Paaks, lieux de transaction
achat, stockage et revente de matériaux déchets.

[Link] Le cas des marchés traditionnels urbains de Dakar.


Dans le cas de la ville de Dakar, on a recensé pas moins de 150 marchés dont seulement
une dizaine de taille sensiblement importante (Tilène, Ngélaw I, Sandaga, Thiaroye). La
centaine d’autres est constituée de Marchés moyens à l’exemple de Fass, Kermel-Pikine, et de
1
petits marchés de quartier, comme ceux de Rebeuss, de Grand-Médine etc . Les marchés de
grande envergure sont constitués des Marchés Centraux à vocation nationale mais aussi sous
régionale, et dont les échanges impliquent le Mali, la Mauritanie, les Guinées Conakry et
Bissau, le Bénin, le Togo, la Côte-d’Ivoire etc. On retrouve parmi ces plateformes
d’approvisionnement et de redistribution les marchés Centraux de Syndicat et Thiaroye pour
les fruits et légumes, le marché Central au poisson de Yaraakh (situé au km 9,5 Route de
Rufisque), et celui de Soumbédioune pour le poisson. Avec la SERAS et les abattoirs pour la
2
viande, ils constituent le ventre de la ville pour reprendre l’expression de BARLES. Ce sont
en effet ces trois principaux pôles qui assurent à la capitale son alimentation vivres frais. Ils
sont complétés par Sandaga et le marché HLM.

Au chapitre des marché régionaux, on a la SERAS, MCP, Colobane. Kermel Tilène, le


marché de la Gare (dit marché Lamine DIACK qui donné l’autorisation de s’y installer), et
Castors pour Dakar, Zinc, Yaraakh pour Pikine, « Central » pour Rufisque.

Bien que figurant parmi les équipements commerciaux publics les plus pris en compte dans
les stratégies de collecte des déchets, ces marchés connaissent pourtant et de manière quasi
continue, de gros problème d’insalubrité. Les différentes structures de gestion se sont toujours
heurté à la délicate question de la prise en charge des déchets produits dans ces pôles
commerciaux de la ville. Souvent présentés comme vecteurs de « points noirs » c'est-à-dire
d’endroits en permanence insalubres, ils ont fini par constituer la hantise des acteurs du
nettoiement. Mais cette situation n’est pas réellement surprenante. En cause :
- l’explosion du nombre des populaires marchés urbains et hebdomadaires dans
la région de Dakar, souvent accompagnée d’un développement concomitant d’avenues
et rues commerçantes. Cette principale conséquence de l’excroissance des marchés se
traduit par le débordement des cantines et le déversement des activités sur la voie
publique.
- l'absence dans la plupart des marchés traditionnels d’équipements connexes :
sanitaires (édicules, points d’eau, réseaux d’égouts) ou autres (toits couvrants, dédales
stabilisées).
- la ségrégation dans la dotation des marchés en services et
équipements de prise en charge des déchets solides,
- et enfin, le sous dimensionnement des équipements de collecte pour les
marchés, pour ceux équipés, aggravé par la fréquentation des équipements par les
populations riveraines.

1
La liste n’est pas exhaustive, on a aussi les marchés de Bargny, Sicap-Mbao, Boubess, Sahm et Ndiarème pour Guédiawaye Tilène, Zinc.
Grand-Yoff, Diamalaye, Castors, Gueule-Tapée, Grand-Dakar, Unité 14, Rebeuss, Unité 11 pour Dakar, ou encore les marchés de villages
comme ceux de Ngor, Keur-Massar etc
2
BARLES. S, (2005). « L’invention des déchets urbains France 1790-1970 ». 2005 Editions. Champ Vallon 2005. 425 pages.
328
1
NDIAYE dans son étude sur les marchés de la ville soulignait que Dakar donnait
l’impression d’un immense marché où chacun était libre de s’installer selon sa volonté,
pourvu qu’il ait quelque chose à vendre. C’est dire la forte implantation dans la ville de ces
espaces géographiques, comportant des installations de vente, animés par des commerçants
et fréquentés par une clientèle d’origine variable tel que l’auteur les définie. Naturellement,
l’augmentation de leur nombre entraîne de facto une augmentation de la demande de prise en
charge des matières résiduaires qui y sont produites, tâche que les communes ont le plus
grand mal à assumer. Les maigres moyens affectés à ces missions se retrouvent partagés entre
une multitude d’établissements, dont le système de recouvrement des taxes reste très aléatoire.
Il serait pourtant erroné de se fier à l’aspect parfois sommaire et bancal de leurs tables et
étalages, pour soupçonner certains commerçants exerçant dans les marchés sans cantines ou
magasins, de négligence hygiénique. En réalité et quel que soit le statut du vendeur en
présence, la pratique de l’hygiène reste quasiment identique aussi bien pour les occupants de
cantines et magasins que ceux ne disposant que d’un emplacement individuel.
On avait signalé les processus mis en œuvre par les occupants pour s’assurer dés
l’ouverture le matin, ou à la fin de la journée, de la salubrité de leur espace de travail,
notamment à travers le balayage et/ou nettoyage à l’eau du sol cimenté. Ce balayage concerne
aussi les emplacements mobiles et ceux non bâtis. La démarche de salubrité qui caractérise
l’intérieur des cantines ou l’espace de vente, se poursuit aussi sur les parties communes. Outre
l’entretien de l’espace attenant, on note dans certains marchés un processus de stabilisation
des dédalles. Contrairement à un environnement sablonneux propice aux sables intrusifs, ce
procédé permet d’amoindrir les contraintes liées au maintient de l’hygiène, mais aussi de
favoriser un accueil plus agréable de la clientèle.
L’importance de cette stabilisation des dédalles et artères pousse même les commerçants
dans beaucoup de marchés, à financer eux-mêmes l’opération pour la devanture de leur
cantine. En revanche seuls les commerçants occupant un emplacement fixe et matérialisé
(cantine ou magasin), disposent généralement d’un récipient de collecte et de stockage de
leurs productions, en fonction de leurs activités. C’est dire qu’une bonne part des déchets
jonchant le sol est attribuable aux petits vendeurs, bien que les usagers et clients fréquentant
ces espaces soient aussi impliqués.
Généralement, c’est la gestion des parties communes des marchés, ainsi que la prise en
charge des déchets rassemblés aux lieux de collecte collectifs qui constitue le nœud de
l’insalubrité des marchés urbains de la ville. Il est vrai qu’à ce niveau aussi, ils ne sont pas
logés à la même enseigne : le prestige, la localisation, ainsi que le potentiel financier induit
par les recettes qu’ils peuvent générer, constituent des facteurs déterminants dans la dotation
ou non des marchés en équipes de balayage et en équipements de collecte. Comme pour les
ménages, les marchés localisés dans les quartiers urbanisés, bénéficient de quelques
avantages qui influeront dans les modalités de gestion de la salubrité.

Pour la Ville de Dakar, c’est à la Division des Halls et Marchés que revient l’entretien de
l’hygiène et la salubrité de ces espaces, gros producteurs de déchets assimilés ménagers. Cet
entretien comprend le balayage des parties communes et le transfert des déchets vers le point
de collecte, l’évacuation des détritus rassemblés au dit point de collecte et son entretien
(balayage, nettoyage etc.).

1
NDIAYE M, (1997). « Le marché et son espace dans l’agglomération dakaroise ». Thèse de doctorat de troisième cycle de géographie.
UCAD-Dakar 1997. 209 Pages.

329
Irrégulier dans les grands marchés, le balayage est totalement inexistant dans le marchés de
banlieue, sauf dans le cas où les commerçants paient les services de balayeurs indépendants.
Cette démarche on le verra, ne constitue pas l’unique illustration d’une sorte de volontarisme
des professionnels.

Seuls les marchés plus significatifs bénéficient aussi d’un service de collecte des déchets.
On l’a vu pour le cas des mythiques marchés Sandaga, Kermel la centenaire Kermel, plus
ancien marché de Dakar, partiellement ravagé par un incendie en 1994, et qui a depuis été
reconstruit selon le style architectural d’origine. La Municipalité déclare avoir augmenté les
moyens logistiques et le personnel affectés à cette mission, dans les marchés disposant d’un
service de collecte et d’évacuation. Mais les bacs ou bennes à ordures, largement insuffisants
pour contenir la production quotidienne, sont de surcroit irrégulièrement vidés. Même pour
ces marchés localisés au cœur du centre des affaires, le service est aussi très souvent déficient
ou irrégulier, du fait d’un sous-dimensionnement des équipements NDIAYE (1997, 87),
reprenant Dollfus O, citait « Tout équipement et tout service ne peuvent fonctionner qu’entre
deux limites : une limite inférieure au-delà de laquelle le service n’est plus rentable ; une
limite supérieure au-delà de laquelle, la congestion paralyse le trafic ». Même pour les
marchés les plus prestigieux et les mieux équipés de la ville, le sous dimensionnement
manifeste des bacs ou bennes amovibles de collecte, maintient une impression d’insalubrité
permanente dans les points de remisage. Toutefois, ces centres ne peuvent trop longtemps,
offrir le spectacle de bennes débordants d’ordures, glissant vers la constitution de dépôts
anarchiques sur les rues commerçantes adjacentes. Il y va de la crédibilité des élus mis à mal
par cette image d’insalubrité exposée aux touristes et visiteurs de ces monuments inscrits au
patrimoine culturel de la ville.

Souvent impliquée dans les griefs formulées contre le service de nettoiement, les
responsables de AMA dégagent toute responsabilité dans cette situation en réaffirmant qu’il
appartient aux maires des communes d’arrondissement dans lesquelles sont implantés les
marchés, en vertu de la décentralisation, de s’occuper de la collecte des ordures d’origine
1
commerciale . Cet aspect qui n’est qu’une illustration l’absence de clarté dans l’élaboration
du cahier de charge concernant les matières résiduaires à collecter, révèle aussi de la pomme
de discorde que constituent actuellement la gestion des marchés de la ville qu’ils soient
réguliers ou flottants. Nombre de maires se sont en effet empressé de les incorporer à leur
domaine fiscal au moment de la réforme administrative de 1996 portant création des C.A, tout
en se renvoyant la « patate chaude » de leur sécurité et de leur entretien. L’autorité supra
communale (CUD et plus tard CADAK) souvent accusée de laxisme estime quant à elle : qui
en contrôle les ressources financières doit aussi en assurer la salubrité.

Les responsables de la société de collecte déclarent néanmoins, qu’AMA s’est engagée à


disposer des conteneurs au niveau de chacun des grands marchés que compte la ville, à
hauteur de ses moyens.

1
Les responsables de la société AMA estiment en effet que les syndicats (ou alors les communes) chargés de la gestion de ces marchés
peuvent s’attacher leurs services contre rémunération spéciale. Ces propos seront en nette contradiction avec la législation si l’on s’en tient à
la définition des ordures ménagères selon la législation sénégalaise (voir annexes III).

330
D’où l’explication de la présence de conteneurs dans les seuls marchés stratégiques, avec :
- 1 au marché Kermel,
- 1 à l’Embarcadère de Dakar,
- 1 au Camp Lat-Dior
- 1 au marché de Gueule-Tapée
- 2 à Colobane
- 1 à Ngor
- 1 à Yoff
- 1 à Castors
- 1 sur la Route du Front de Terre
- 1 à Hann
- 1 à Thiaroye
- 1 à Rufisque
Préoccupante pour l’ensemble des lieux commerciaux de la ville, la situation en matière de
salubrité est encore plus délicate pour les marchés à vocation alimentaire : c’est le cas de
Syndicat pour les fruits, de Thiaroye Gare pour les légumes. Présentant une très forte
production de déchets putrescibles, ces marchés centraux sont aussi généralement moins dotés
en bennes à ordures que les centres commerciaux verticaux, dont la production de déchets est
pourtant moins agressive. Outre le non dégagement des voies de pénétration, et la non
stabilisation des dédalles, les équipements connexes qui font le plus défaut aux marchés, sont
les édicules et points d’arrivée d’eau, connectés à un réseau d’assainissement. On peut aussi y
adjoindre l’absence d’un réseau de captage des eaux pluviales, et surtout celle d’un toit
couvrant.
Un dôme couvrant sert à protéger les vendeurs et clients, mais aussi les marchandises
contre le vent, la pluie et le soleil. Les denrées alimentaires et vivres frais sont
particulièrement sensibles à une dégradation par exposition prolongée au soleil ou par contact
avec l’eau. En dehors des impacts sur la gestion de l’hygiène, l’inexistence d’un tel
équipement cause d’énormes pertes aux commerçants dakarois, qui tentent d’y remédier en
déployant et en fixant sur leur emplacement de vente, des parasols (ou parapluies) mobiles.
Si généralement les petits tabliers rencontrés dans les marchés urbains parviennent à se
protéger, avec leur marchandise sous un parasol, la tâche est plus délicate pour les semi-
grossistes exposant à l’air libre et disposant de manière quasi sommaire fruits et légumes sur
de grandes bâches à même le sol. Malgré un rapide déploiement sur l’ensemble, d’une autre
bâche d’envergure sensiblement égale à leur emplacement, ils connaissent des taux de
pourrissement élevés dus à l’eau, en saison des pluies. Les matières pourries qu’ils rejettent
expliquent cette air particulièrement corrompu qu’on respire à Thiaroye ou Syndicat en
période de pluies. L’absence d’un toit ou dôme couvrant, n’est pas le seul facteur de
désagréments pour les vendeurs de la plupart des marchés dakarois ; elle est souvent
combinée à non stabilisation des emplacements, voies et dédalles. D’ailleurs, certaines
dédalles creusées par le passage des personnes, et transformées en pataugeoires durant la
saison des pluies, sont nivelées à l’aide de déchets de fruits et légumes. En fonction des
saisons, certains matériaux seront plus présents que d’autres, à l’image des enveloppes des
épis de maïs, ou spathes, particulièrement prisées pour cette utilisation.
L’air est tout autant vicié dans les points occupés par les vendeurs de gallinacés : fientes
animales et copeaux litière en décomposition dans les dans certaines cages, prouvent les
difficultés à approvisionner convenablement les marchés en animaux sur pattes. De même, le
sous dimensionnement des installations de captage des déchets (avec seulement l’équivalent
de 4 bennes de 1100 L), explique l’omniprésence des déchets à tous les endroits du marché,
attirant outre les mouches et moustiques, des rats et des rongeurs.

331
La plupart des marchés de la ville ne disposent ni de sanitaires viables, ni d’installation de
captage des eaux pluviales. S’agissant des édicules et points d’arrivée d’eau dans les marchés
fixes de la ville, généralement ceux matériellement délimités et équipés, disposent de
sanitaires connectés à un réseau d’assainissement. Toutefois, l’entretien de ces sanitaires est si
désastreux, que seuls quelques téméraires habitués des lieux comme les commerçants ainsi
que les porteurs et les négociants divers, daignent les utiliser. Il faut dire que dans certains
quartiers populaires (Pikine, Guédiawaye), les populations alentours partagent ces toilettes
avec les usagers attitrés, augmentant ainsi les problèmes d’hygiène. Dans les zones huppées,
usagers et clients s’abstiennent de les fréquenter les toilettes de Sandaga ou de Tilène, quand
ils y font leurs achats.
Le lavage à l’eau du sol, qui n’est effectué qu’épisodiquement dans les édifices comme
Kermel ou Sandaga, est quasi inexistant dans la plupart des autres marchés. La faute à la non
stabilisation des parties communes et à l’absence de puissantes arrivées d’eau pour certains
d’entre eux, alors que pour d’autres, s’y ajoute un problème d’exigüité et de tortuosité des
allées. Signalons aussi dans la majorité des cas, l’inexistence de bouches d’incendies,
indispensables aux services de secours. Ces manquements ont été à Dakar, à la base de
destructions avancées et de dommages matériels considérables dans les marchés, lors de
déclenchement de sinistres comme les incendies.
En dehors de cette faiblesse, on sait qu’en général ces bennes destinées pour la collecte des
ordures produites dans les marchés, sont agrémentées de déchets de diverses provenances,
« contribution » modifiant sensiblement les quantités, aussi bien à Dakar que dans la banlieue.
Cette tendance est encore plus accentuée dans le cas des marchés Thiaroye ou Syndicat à
Pikine ou Ndiarem à Guédiawaye, bien moins prestigieux que les très patrimoniaux et
culturels Sandaga ou Kermel localisés dans le centre historique de la ville. En effet, la quasi-
totalité des bennes à ordures disposées au niveau des marchés pour en recueillir la production
rudologique polarisent une zone d’au moins un km2, les poubelles des ménages et même
parfois les déchets collectés par agents chargés du balayage et du nettoiement des artères. Si
elles sont localisées dans des quartiers populaires les populations se serviront de leurs
équipements que ce soit des PAV ou des containers pour se débarrasser de leurs ordures. On
l’a vu pour le cas des marchés de Pikine notamment Syndicat ou Thiaroye. En outre,
l’impression de pagaille et l’insalubrité permanente qui caractérise les marchés de
l’agglomération accroît la sensation d’insécurité notamment dans ceux implantés dans les
quartiers populaires de l’agglomération comme Thiaroye, Nietty Mbar ou encore Syndicat, du
reste très fréquentés par les délinquants.
Comme le défini le décret n°74-338 du 10 avril 1974 réglementant l’évacuation et le dépôt
des ordures ménagères, dans son article 2, la gestion des déchets produits dans les foirails,
lieux d’attache des bêtes de somme ou de trait, rassemblées en vue de leur évacuation, est
aussi du ressort des services communaux. Mais si la collecte des déchets qui y sont produits
est du ressort de l’organisme de collecte officiel, aussi bien ceux liés à l’activité (déjections
animales) que ceux découlant des activités connexes (restauration des usagers, entretien des
animaux) ne sont pris en charge que de façon épisodique par l’organisme officiel. On verra
dans la quatrième partie, que ces parcs à bestiaux ne bénéficient d’aucune prise en charge
continue des déchets qui y sont produits, expliquant la prolifération de points de rejets
anarchiques de déchets dans ces endroits aussi.
Les Paaks sont des lieux de collecte, de stockage et de revente de matériaux déchets ; ils
ont vu le jour dans les années 70 avant de se développer à la faveur de la crise économique.
Orientée au départ vers la récupération et la revente d’objets de consommation désuets ou
d’occasion, la filière a vu se greffer sur son tronc les activités de récupération et de recyclage
des matières déchets, antérieurement négligées : métaux ferreux et non ferreux, plastique,
verre etc. Aujourd’hui les Paaks désignent aussi bien les lieux de revente de matériels
d’occasion, ceux recevant des déchets propres (chutes de matière ou déchets d’emballage
332
provenant des usines ou des commerces), que les endroits de stockage des déchets, glanés
dans les poubelles, les dépôts anarchiques ou à la décharge de Mbeubeuss.

Ces lieux de valorisation des déchets produisent aussi des déchets de fonctionnement
généralement rejetés dans les bacs et bennes des commerces, ou dans les dépôts anarchiques.
Parfois, les Paaks sont tout simplement établis dans des endroits de rejet d’ordures (PAV).
Pour les premiers, et l’intérêt qu’a suscité ce secteur chez les couches défavorisées. hormis les
inquiétudes d’ordre sanitaire, c’est surtout le caractère très informel et même parfois presque
anarchique de leur implantation et de leur fonctionnement, qui constitue en réalité l’unique
dérive impliquant la récupération. Là encore, cette implantation anarchique sur un domaine
public « abandonné », incombe pour beaucoup aux pouvoirs publics.
Il convient par ailleurs de noter que quasi-totalité des marchés de l’agglomération
dakaroise notamment Sandaga, Grand-Yoff, HLM IV, Colobane, Yarakh ou Ngor nécessitent
en la matière une profonde réorganisation des systèmes de prise en charge de leur production
rudologique. Des Marchés d’Intérêt National (MIN) comme Syndicat ou Thiaroye appelés à
jouer un rôle plus élargi auront quant à eux besoin d’une totale restructuration pour pouvoir
continuer à jouer leur rôle de plateforme de « dispatching » pour des denrées alimentaires de
premier ordre. Signalons aussi que depuis quelques années maintenant, certains promoteurs
proposent aux maires des communes d’arrondissement de mettre à disposition des
commerçants des marchés hebdomadaires ou « loumas », des tentes mobiles le temps du
marché, afin d’éviter les débordements sur la voie publique et les devantures des maisons
riveraines. Si ces initiatives peuvent être louables, elles ne règlent cependant pas la question
de l’intégration de leurs flux monétaires dans la chaîne fiscale. C’est le préalable pour que ces
activités commerciales puissent amarrer leur production rudologique au circuit officiel de
prise en charge, et ainsi permettre une meilleure prise en charge des déchets qui y sont
produits.

[Link] Les centres commerciaux « modernes ».


Même si elles ont au passage, changé de nom et/ou de propriétaire, les grandes surfaces
présentes à Dakar sont quasiment les mêmes que l’on retrouvait dans la ville jusque à la fin
des années quatre-vingt dix. Actuellement, ces grandes enseignes principalement implantées
dans la commune de Dakar, sont représentées par les ex Galeries SAHM (SCORE), devenues
magasins CASINO Supermarché. On en retrouve sur l’Avenue Albert SARRAUT au Plateau,
à la Médina (Gueule-Tapée), aux Almadies, à la SICAP-Liberté II et sur la Route de
OUAKAM. A ces grandes surfaces, viennent s’ajouter des centres commerciaux à
emplacements fragmentés, plus orientés vers des boutiques individuelles : c’est l’adaptation
récente et plus moderne des cantines et tables traditionnelles proposant des biens de
consommation divers, alimentaires et non alimentaires.
A l’image du Complexe Commercial Touba Sandaga (CCTS), du Centre Commercial
Malick Sy (CCMS), du Centre Commercial des Champs de Courses « 4 C », du Centre
commercial PETERSEN, de SICAP-Plateau et Touba-Khelcom à Colobane, on assiste à un
développement de nouveaux centres commerciaux verticaux, spécialisés dans la fourniture de
biens et équipements au grand public. Leur gestion a été confiée à la Société de Gestion des
Complexes Commerciaux de Dakar (SOGEDAK).
On avait précédemment signalé que l’entretien de ces lieux de commerce était assuré par
un personnel spécialisé. Les déchets assimilés ménagers que produisent ces magasins et
centres commerciaux sont pris en charge par des organismes de collecte avec lesquels les
gérants passent directement des contrats de gestion. Dans la plupart des cas, des bennes sont
mises à leur disposition par l’organisme de collecte, bennes dont le prix de la location est
intégré aux prestations. Toutefois, on retrouve dans certains centres commerciaux les fameux
fûts ouverts.
333
Tout nouvel équipement marchand de la gamme des infrastructures commerciales qui voit
le jour, constitue une avancée dans le processus d’inscription rationnelle des activités de
services dans l’espace urbain. D’ailleurs l’émergence des nouveaux centres commerciaux
verticaux peut constituer un avantage certain dans le processus de traçabilisation de la
production du tertiaire, et donc, de réduction des niches rudologiques. Toutefois, il constitue
aussi et de facto une source supplémentaire de production de matières résiduaires à prendre en
considération de manière concrète dans l’offre de service officielle.
L’avantage de cette fixation spatiale, est qu’elle contraint quasiment bénéficiaires et
utilisateurs de tels équipements à une plus grande implication dans la mise en œuvre des
mécanismes de gestion, y compris sur le plan de la salubrité et de l’hygiène des parties
communes. Si tel qu’on l’a précédemment souligné, l’entretien des emplacements
commerciaux tels que les cantines, boutiques et magasins, qui revient à l’occupant des lieux,
est souvent bien effectué, il n’en est pas forcément de même pour les parties communes et
installations connexes s’il en existe (sanitaires, dépendances etc.). Pourtant, cela ne signifie
pas qu’il y’a absence totale d’implication des commerçants, dans la question de l’entretien et
de la salubrité. Ces derniers, selon la nature de l’établissement (Centres commerciaux,
marchés urbains, ou marchés hebdomadaires) versent en général une cotisation ou taxe
- soit à l’association des commerçants de la zone, qui ainsi mandatée, passe à
son tour un contrat avec une structure de nettoiement,
- soit à la structure communale (Mairie de Ville ou d’Arrondissement), chargée
d’assurer l’entretien et la salubrité des parties communes.
Dans le premier cas, une meilleure institutionnalisation de l’approche est à préconiser avec
des procédures moins informelles. Dans le cas où l’instance communale constitue le
prestataire de service, un bon dimensionnement des équipements de collecte (bennes et bacs à
ordures), ainsi qu’un suivi convenable des rotations de vidage, s’avèrent nécessaires,
indépendamment de la réalisation d’équipements connexes (sanitaires et égouts, stabilisation
des voies et passages, réalisation de réseaux de captage des eaux de pluie).

[Link] Rues commerçantes et commerces de proximité.


Les rues commerçantes ont généralement été une des conséquences de l’implantation des
marchés, qu’ils soient urbains ou hebdomadaires, fixes ou itinérants. Dans des pôles
commerciaux traditionnels de la ville comme le secteur de Sandaga, du marché HLM V,
nombre de rez-de-chaussée de bâtiments et devantures de maisons, ont été transformés en
boutiques et magasins, bien que le processus d’étalement spatial des marchés se symbolise
aussi par des excroissances encore plus sommaires : cantines, échoppes, tabliers vendeurs
« par terre » sont partout omniprésents. De Colobane, à Marché Thiaroye, en passant par
Pikine ou Guédiawaye, ces rues commerçantes sont aussi le domaine de prédilection des
vendeurs ambulants, plus connus ailleurs sous l’appellation de « vendeurs à la sauvette ».
Aussi à sa prise de fonction, le nouveau maire de la ville de Dakar issu de l’alternance, fixa
1
entre autres objectifs prioritaires de mettre fin à la « cantinisation » de la capitale, suggérant
notamment le transfert du marché de Sandaga nœud du problème dans l’occupation
anarchique de la voirie au Plateau. S’il est vrai que ce monument architectural constitue l’un
des emblèmes de la ville avec la gare routière, le Palais Présidentiel…le développement en
champignon des activités commerciales tout au tour du site l’a rendu très peu fonctionnel pour
2
ne pas dire obsolète .
1
Formule désignant la prolifération anarchique des échoppes dans la ville. On remarquera que cette décision emboitait la promesse du
nouveau Président de « débarrasser Dakar de ses ordures ».
2
En effet le marché qui s’est littéralement déversé sur les rues alentours a complètement débordé son site initial et donne l’impression d’une
« ruche grouillante et débordantes d’abeilles travailleuses ». Et là c’est le cas de le dire, Sandaga n’est pas en effet un marché spécialisé
comme peut l’être Kermel ou le marché de la Gare Ferroviaire, on y retrouve toute la palette de commerçants ordinaire du vendeur de
légume à celui de poissons, en passant par le couturier, le bijoutier, le vendeur de textiles, les activités en appelant d’autres.
334
Si c’est en partie à cause du développement de Sandaga et Kermel que la quasi-totalité des
artères du Plateau sont devenues commerçantes, beaucoup d’avenues et de rues des différents
quartiers de la ville, ont été gagnées par les activités marchandes et commerciales, sans que
l’existence d’un foyer commercial antérieur, c'est-à-dire l’implantation d’un équipement de
type marché, n’y ait contribué.
Traversant l’ancien quartier résidentiel de Gibraltar-Centenaire, le boulevard du Général
De Gaulle, sans avoir à l’origine été destiné à ce type d’activité, est aujourd’hui envahi par
des magasins, boutiques, cantines et échoppes en tous genres tenus par la Chinese connection
au grand dam des nostalgiques de l’époque prestigieuse de ce quartier naguère bourgeois.
Bien que ne disposant pas d’équipements spécifiques et dimensionnés (bennes ou bacs
amovibles à déchets), les rues et avenues commerçantes sans souche marchande, bénéficient
néanmoins d’un service minimum, compte tenu des désagréments qu’une non collecte des
déchets occasionnerait pour les maisons et villas attenantes. Quelquefois, les déchets sont
embarqués par les camions de sociétés de collecte au même moment où les agents de collecte
effectuent leur tournée en PAP ou collecte en bout de rue.
Dans l’autre cas plus répandu, où ces rues commerçantes se sont adossées ou greffées à un
marché préexistant, la production rudologique individuelle des commerces fixes et vendeurs
itinérants, et même parfois celle des habitations alentours, est généralement versée à celle
dudit marché ou tout au moins dans les points de rejet situés dans son noyau initial. C’est en
effet ce noyau qui concentre le plus souvent les installations de captage de déchets, les plus
significatifs : bennes amovibles, bacs à ordures etc., même si cela ne signifie pas que le
vidage des ordures et l’entretien des équipements devant y être associés, sont effectivement
effectués par les services ou structures en charge. Cela n’empêche en tout cas pas ces points
de collecte de continuer à polariser les déchets des commerces initiaux et ceux des vendeurs
périphériques ainsi que ceux du voisinage.
On avait d’ailleurs signalé précédemment la pratique du rejet vers ce point central. Le
même phénomène est constaté chez les commerces de proximité. Boutiques, tabliers
boulangeries, superettes et mini-magasins alimentaires localisés à proximité des marchés,
profitent gratuitement des équipements déchets, qui s’ils existent, sont implantés dans le lieu
central d’activité marchande. Leurs poubelles de fortune, stockées sur le domaine public,
peuvent aussi bénéficier gratuitement du passage des bennes de collecte, alors que le cas
échéant, un point de rejet anarchique principal est généralement arrêté. A noter que quelques
produits alimentaires en provenance de ces commerces peuvent se retrouver à titre de déchets
dans ces poubelles. C’est le cas des invendus de pain (trop secs et rassis) des boulangeries,
récupérés par les éleveurs urbains et des denrées avariées rejetées par les boutiques, échoppes
et tabliers de quartier (fruits et légumes).
Si ces commerçants fréquentent aussi occasionnellement les multiples petits MD1 qui
essaiment à proximité des marchés, telle pratique est plus remarquée chez leurs collègues
tenant les mêmes commerces de proximité, mais éparpillés dans les quartiers et îlots
d’habitation. Seuls les commerces modernes (magasins et boutiques de prêt-à-porter,
boulangeries et pâtisseries, librairies, papeteries et points presse), rémunèrent aux sociétés de
collecte, l’enlèvement de leurs ordures. Lorsqu’ils ne peuvent (ou ne désirent) payer pour ce
service, et/ou qu’il leur est impossible de bénéficier gratuitement du ramassage effectué par
les BOM, ces commerces éliminent directement leurs rebuts dans les points de rejet
anarchiques les plus proches. C’est aussi le cas lorsqu’ils sont tenus de différencier leur
production de celle de la maison ou de l’immeuble hôte. Mais en fonction du niveau social du
quartier, d’autres sacrifieront à la rémunération des camions, des charretiers collecteurs ou des
pousse-pousse déchets, qui desservent les zones d’habitat et d’activité. Dans un cas comme
dans l’autre, les quantités produites restent assez limitées et dépassent rarement la dizaine de
kg par jour pour les commerces les plus significatifs, avec d’ailleurs une prédominance de
déchets d’emballage assimilés ménagers.
335
[Link] Les stations de vente de carburant.
Depuis quelques années, les stations-service dakaroises proposent outre le carburant et des
services annexes à l’automobile et à son entretien, un accès à des boutiques intégrées. Ces
petites superettes permettent aux clients et usagers de se procurer sur leur route et en
s’approvisionnant en carburant, quelques uns des produits alimentaires et articles de base
proposés dans les marchés et les grandes surfaces. Toutefois, les stations implantées dans les
zones d’habitations sont aussi de plus en plus fréquentées par le grand public, à titre de
commerce de proximité. Ces stations services produisent aussi bien des déchets banals
assimilés ménagers, que des déchets liés aux activités de mécanique et d’entretien automobile
en général. On avait par exemple signalé que les huiles de vidange étaient en théorie
collectées et prises en charge par SRH, ou par un service relevant des maisons-mères (Shell,
Total, ELF…). A l’image des nouveaux centres commerciaux, la production de déchets
solides pour les boutiques des stations service (Select pour Shell, Eden’s pour Elton, et
« Kheweul » pour Touba Oil, etc.), est assimilée ménagère. Généralement composée
d’emballages de produits alimentaires et de restes de repas, elle comprend aussi des
emballages découlant de l’activité principale ou en rapport avec l’entretien automobile :
bidons d’huile, emballages de pièces. Une autre partie provient du balayage de la plateforme
avec quelques emballages plastiques ayant contenu de l’eau, des paquets de cigarette vides,
des mégots, des déchets de chewing-gum, mais aussi une forte prédominance de résidus
sableux. Naturellement, les quantités sont nettement moins importantes que dans les marchés
urbains ou centres commerciaux, malgré les apports de particuliers : la production de chaque
station dépasse rarement la contenance d’une benne à déchets de 1100 L environ, vidée lors
de la tournée des équipes de collecte domiciliaire et commerciale.
Globalement, on peut retenir qu’une meilleure prise en charge des déchets des
marchés, nécessite une généralisation de la dotation en bennes, une augmentation de leur
nombre, ou un vidage plus régulier de celles déjà présentes. Toutefois, l’hygiène générale
commande une structuration des marchés les plus significatifs par la construction d’édicules,
mais aussi à l’intégration d’un réseau d’assainissement pour l’évacuation des eaux usées et
pluviales. L’effort de prise en charge des matières commerciales, doit être concomitamment
mené avec une amélioration du service proposé aux foyers, afin d’éviter les comportements
de pique-assiette. On a en effet remarqué que les bennes de la plupart des lieux de vente
commerciaux, déjà insuffisantes pour le captage de leurs productions propres, sont aussi
squattées par les populations résidant aux alentours. Pour l’ensemble des marchés et
équipements commerciaux de la ville disposant de bacs ou bennes de collecte, ces récipients
de captage, sont autant utilisés par les commerçants et usagers des marchés, que par les
riverains, résidant dans les quartiers qui les abritent. Certains marchands ont par endroits tenté
de remédier à cette situation en affectant au point de collecte un vigile, chargé de trier les
utilisateurs potentiels en fonction de leur appartenance ou non au marché, initiative vite
abandonnée car souvent source de conflits avec les riverains.
La couverture en équipement de captage, faible à l’échelle de l’ensemble des marchés de la
ville, est largement déficitaire pour les plus privilégiés, c'est-à-dire ceux équipés. Les
enquêtes menées auprès de sites « témoins », montrent que seuls 60 % de l’ensemble des
marchés et lieux commerciaux de l’agglomération, disposent d’un service de captage et
d’évacuation des déchets commerciaux qui y sont produits. Et dans ce lot, le déficit en benne
de collecte ou en équivalent nombre de vidage par jour est de l’ordre de 30 %. C'est-à-dire
que près de 30 % de la production quotidienne des marchés de la ville (estimée hypothèse
basse à environ 200 tonnes/ jour), n’est pas convenablement prise en charge (Voir annexes).
Et cela, du fait de l’insuffisance du nombre de conteneurs ou du non vidage de ceux déjà
remplis. Toutefois, 40 % des marchés de la ville ne disposent pas de service de collecte et de
captage des déchets. La situation des marchés en matière de prise en charge des déchets, et
notamment les taux de collecte qui y sont enregistrés, reflète assez fidèlement celle constatée
pour la collecte des ordures ménagères de l’ensemble de l’agglomération.
336
3.2.3 Lieux de transit de biens et personnes.
[Link] Les gares routières, ferroviaires et les terminus de
véhicules de transport en commun.
L’entretien général de ces endroits stratégiques recevant du monde est quasi inexistant,
malgré la forte fréquentation des lieux. Dans les garages officiels au bitume souvent très
dégradé lorsqu’il existe, tout comme dans ceux informels établis sur des sites sableux, aucun
balayage régulier des parkings et aires de stationnement n’est effectué. Les équipements de
collecte des ordures et déchets publics (bennes ou corbeilles) se signalent par leur absence.
Les seuls efforts de nettoiement dont bénéficient ces sites, interviennent de façon épisodique
lors des opérations « coup de poing », qui visent à atténuer l’invasion et l’extension
inquiétante de dépôts anarchiques d’ordures.
Comme dans les marchés, l’absence ou la faiblesse des dispositifs de nettoiement et de
collecte des ordures, est rendue plus flagrante par les lacunes dans la gestion des eaux
pluviales et vannes. Si les gares routières officielles à l’image de POMPIERS, jouxtant la
caserne des Sapeurs Pompiers de Malick Sy ou encore Colobane, disposent de sanitaires ou
d’édicules, peu entretenues, elles se retrouvent très vite transformées en poches d’insalubrité.
Là aussi, cette situation découle d’un sous dimensionnement manifeste, combiné à de
flagrants défauts d’entretien : les équipements sociaux sont surchargés, vétustes et non
entretenus. Généralement, plus que les usagers en transit (encore moins les femmes), ce sont
les habitués des lieux chauffeurs, apprentis, et autres professions présentes sur le site, qui
daignent fréquenter ces toilettes d’où se dégage souvent une forte odeur d’urines. Ailleurs,
des coins de soulagement sauvages, sont établis de manière tacite par les parrains des lieux :
responsables de groupements de chauffeurs, chauffeurs, apprentis ou rabatteurs. Parfaite
illustration des pratiques décrites précédemment et qui accablent l’image hygiénique de la
ville, cette situation révèle aussi une demande non pourvue. L’édification de sanitaires par la
commune d’accueil ou par les associations d’usagers, n’interviendra généralement que
lorsque l’endroit et l’activité auront atteint une taille et un seuils critiques.

Les activités annexes présentes dans les gares routières et terminus, constituent d’ailleurs
l’autre talon d’Achille de la gestion de la salubrité dans ces endroits. Comme partout ailleurs,
le secteur de la restauration, nécessairement présent dans tous les endroits publics recevant du
monde en transit et en flux continu, est aussi représenté dans les gares routières dakaroises. La
gamme va, des restaurants informels établis, aux vendeurs itinérants de rafraîchissement en
passant par les snacks et autres échoppes de restauration rapide.

Les modalités d’implantation sont souvent anarchiques. Sans doute la faute à un


aménagement des lieux n’ayant pas accordé dés le départ leur place à ces activités de
restauration (peu ou pas d’emplacements d’origine). Mais, cette implantation anarchique est
aussi due à un rapide développement ayant conduit à une saturation du site : plus de
fréquentation avec plus de clientèle, induit une naturelle adaptation de l’offre, y compris par
voie informelle. Ces activités de restauration sont depuis quelques années complétées par une
profusion de boutiques, et échoppes donnant aux lieux, l’air de petits marchés. A leur tour, ils
accentuent la densification spatiale et l’occupation désordonnée, avec même parfois une
occupation des voies de passage automobiles, gênant davantage le déplacement des voitures.
L’hygiène dans ces cagibis, boutiques et restaurants de fortune n’est pas catastrophique,
bien que des entorses soient souvent constatées (non utilisation de gants, de toges etc.). Mais
globalement, ces professionnels notamment ceux servant des repas chauds s’appliquent
quelques règles d’hygiène de base avec un balayage régulier de la pièce de restauration. Ils
disposent aussi à l’entrée des lieux un contenant à ordures mis à l’écart, et qui assure le
captage les déchets qui y sont produits.

337
La poussière et les émanations de fumées, y constituent les premiers facteurs de risque.
Mais à l’image de la situation dans les foyers, c’est l’inexistence à l’extérieur d’équipements
de captage des petits déchets (sachets et boissons et rafraîchissement, épluchures de fruits,
sachets de friandises) qui en matière d’hygiène, pose des problèmes majeurs. L’insuffisance
des bennes à ordures, mais aussi le laxisme et le fatalisme des services municipaux à assurer
de manière constante le balayage et l’entretien des lieux, sont notables. On comprend alors
pourquoi bouts de papiers, sachets et poches en plastique, pelures de fruits et autres restes
alimentaires, jonchent progressivement les dédales et finissent par faire partie du décor.
A ces activités de restauration, il convient d’ajouter celles liées à l’entretien et la réparation
automobiles qui généralement collent ces lieux pourvoyeurs de travail, que sont les gares
routières. Peut-être aurait-il fallu au départ prendre en considération la fréquente proximité
entre les deux activités : dés qu’elle en a la latitude, l’activité de réparation mécanique, suit à
en effet et la trace les bassins de production de service automobiles. Comme dans les garages
de réparation mécanique implantés ailleurs, on retrouve donc dans certains coins des gares
routières qu’occupent les mécaniciens, des déchets liés à l’activité mécanique. Aussi bien
dans les gares routières officielles où les parkings de stationnement sont généralement
bitumés que dans les garages clandos plus informels, on retrouve des déchets mêlés aux
tâches d’huile de vidange, alors que le foisonnement d’épaves sera témoin de l’enracinement
ou non de l’activité, mais aussi de l’intervention ou non des pouvoirs publics dans les lieux..

S’agissant des gares ferroviaires destinées aux trains de voyageurs, seule celle sise au Port
est actuellement en fonctionnement à Dakar. Le hall d’enregistrement et d’embarquement
n’étant pas en cause, le problème majeur est là aussi lié à l’absence d’équipements de collecte
des déchets, problème accentué par la présence du marché Lamine DIACK proposant des
produits textiles, cosmétiques et alimentaires en provenance du Mali. Toutefois, le vaste
domaine qui sert à la fois de site de triage, mais aussi de dépôt pour les locomotives et
wagons, est très souvent soumis à une insalubrité notoire, avec des déchets issus aussi bien
des activités de fret du rail, que des marchés et habitations alentours. Hormis les déchets
anonymes qui jonchent le sol, la plupart de ces sites dédiés au transport des biens et
marchandises, présentent des points de rejets anarchiques de déchets.

[Link] Nécessité de mettre en place des aires de


stationnement et de débarquement fonctionnels

La récente politique d’équipement et d’aménagement urbain initiées par les pouvoirs


publics ambitionne de préparer la ville aux mutations à venir. Toutefois, elle semble avoir très
peu pris en compte lors de la définition des priorités, certains éléments essentiels à une bonne
structuration paysage urbain. Ainsi, dans la lignée des contraintes qu’induisent les activités
présentes et celles à venir dans leurs modalités d’occupation de l’espace dakarois, il apparaît
urgent et nécessaire pour la ville de Dakar de disposer d’aires de stationnement pour les
véhicules automobiles.

On pourrait suggérer le développement des parkings automobiles en périphérie de la ville,


dans une optique de décongestion du centre. Mais, la faiblesse de l’offre pour les transports en
commun, milite en faveur d’une limitation dans le court terme, de cette initiative aux seuls
camions et autres gros porteurs chargés de l’approvisionnement de l’agglomération dakaroise
en denrées et produits divers. Ces derniers en accédant et en stationnant au centre ville, et
parfois dans des ruelles à emprise réduite obstruent considérablement la circulation
automobile et piétonnière, tout en gênant l’intervention des agents chargés du nettoiement et
du balayage. Avec la réalisation de truck-centers, un accès « limité » des poids lourds au
centre ville, permettrait d’arriver à davantage de fluidité, approche qui devra être renforcée
par la création d’aires de débarquement fonctionnelles.
338
Tel projet avait d’ailleurs été prévu dés 1989 par la Commune de Dakar avec la création
d’une gare de gros porteurs à Bel-Air et qui devait être dotée d’un parking d’attente d’environ
10 hectares et d’une capacité de 150 camions de 20 tonnes et comportant tous les équipements
afférents (entrepôts, annexes, bureaux…). Le maire de la ville qui est aussi à la tête de la
Communauté des Communes d’Arrondissement de Dakar (CADAK) avait aussi prévu pour
Dakar la construction d’un parking souterrain pouvant accueillir quelques 1500 véhicules sur
trois niveaux, la rénovation de quartiers tels que Ouagou Niayes, Cité Port, Castors…

Il ressort de ce passage en revue du fonctionnement du service public déchet, qu’il présente


de profondes défaillances. Malgré les réponses alternatives qu’elles tentent d’y appliquer, les
populations, ne parviennent pas à reproduire sur le domaine public, les mécanismes de
salubrité mises en place en milieu privé fermé : ce qui est valable pour les espaces clos, ne
l’est pas pour un milieu ouvert, et pour une question déchets, exigeante d’organisation et de
moyens logistiques. Souvent dépassées, elles abdiquent, et avec fatalisme acceptent ou vivent
la cohabitation.

Les nuisances induites par la proximité avec les dépôts anarchiques sur le domaine public,
sont accentuées par la présence d’activités à forte exigence sanitaire (restauration rapide etc.).
Elles sont aussi aggravées par le fonctionnement très carencé du secteur de l’assainissement
liquide officiel.

339
4. Effets sur la question « déchets », d’un assainissement liquide lacunaire.

L’un des facteurs qui participe du fragile équilibre sanitaire sur lequel semble reposer
depuis des années déjà l’espace dakarois, est sans conteste lié à l’adjonction à la délicate
problématique de la gestion des matières résiduaires solides, d’un dispositif d’assainissement
liquide tout aussi lacunaire. On sait d’ailleurs que les deux systèmes restent mutuellement
complémentaires pour ne pas dire dépendants et nécessitent chacun autant d’attention. Aussi,
pour cet aspect de la prise en charge des matières résiduaires liquides, les causes, les
symptômes et les effets, restent quasiment identiques que pour les rejets solides. L’approche
spatiale légère et parfois discriminatoire largement reste de mise.

4.1 La question des boues et des déchets liquides ménagers.


Sous l’égide du Conseil Supérieur de l’Eau crée en 1998, des résultats satisfaisants ont été
obtenus s’agissant de l’approvisionnement en eau potable des populations. Ces actions ont été
menées par le biais du Projet Sectoriel Eau (PSE) confié à la Société Nationale des Eaux du
Sénégal pour le volet rural, et à la Sénégalaise des Eaux (SDE) filiale de la SAUR pour le
volet urbain. La dotation effective moyenne en eau potable est en effet passée de 20 à 30 L
par jour et par personne malgré un déficit d’environ 100 000 m3 / jour pour la ville de Dakar.

Ainsi, bien qu’une personne sur 100 environ éprouve des difficultés à trouver de l’eau à
moins de 30 minutes de chez elle, près de 90 % des ménages de la ville ont néanmoins accès à
l’eau potable du robinet en 2001 selon le même rapport. On notait près de 60 000 abonnés en
2000 et quelques 350 bornes fontaines fonctionnelles, même si du fait d’un déficit, nombre de
1
quartiers des banlieues font encore les frais des délestages menés par l’opérateur pour
2
dispatcher le liquide précieux. Par contre, et à l’instar de nombre de villes du tiers-monde , la
capitale du pays n’a su anticiper le pendant naturel de l’approvisionnement en eau à savoir, à
savoir la gestion et l’évacuation des eaux résiduaires : son réseau d’assainissement liquide ne
couvre environ que 24, 5 % de la population. Selon l’ESAM II, la répartition des ménages
selon le type de toilettes laisse apparaitre que 79, 7 % disposent d’une chasse d’eau, 11,3 %
de latrines, 6,2 % disposent d’autres moyens (édicules publiques), alors que 2,8 % ne
disposent d’aucun moyen et éliminent probablement leurs fèces dans la nature.

W-C Fosse Fosse Edicule Dans la Autres Sans


raccordé septique perdue publique nature réponse
Région de Dakar
Dakar 47,2 32,1 5 6,8 3 1,9 4
Pikine 4,5 72,2 10 2,6 4 3,9 4
Rufisque 4 45,5 9 7,7 25 5,4 3
Guédiawaye - - - - - - -
Ensemble 24,7 50,3 7 5,1 6 3,1 4
Tableau 12. Répartition des ménages dakarois selon le type de d’aisance. Source : MEPN, novembre 1997
in Annuaire sur l’Environnement et les ressources naturelles du Sénégal. MEPN-CSE. Novembre 2000. 268p

1
Si la banlieue en bout de chaîne subit ces désagréments, ce sont souvent les maisons à étages des banlieues qui sont les plus lésées par cette
situation du fait d’un manque de pression pour faire accéder l’eau aux niveaux supérieurs.
2
Selon un rapport de l’OMS, 40 % de la population mondiale n’a pas accès à des sanitaires décents soir environ 2 milliards d’individus.

340
C’est pourtant à un organisme public l’ONAS (Office National de l’Assainissement) avec
environ 120 personnes pour un budget annuel d’environ 1 milliard de FCFA, que l’Etat
sénégalais a confié pour la ville, la charge des travaux d’assainissement liquide (eaux usées
domestiques, industrielles et pluviales) ainsi que l’assainissement gazeux (fumées d’usines).
Pour l’ensemble de la région dakaroise, l’établissement public à caractère commercial (créée
par la Loi N° 9602 du 22/02/1996 et par Décret N° 96 662 07/08/1996) est chargé outre la
planification,

- la conception et le contrôle des études et des travaux des infrastructures d’eaux


usées et d’eaux pluviales
- l’exploitation et la maintenance des installations d’assainissement d’eaux usées
et d’eaux pluviales
- d’assurer aussi le développement de l’assainissement autonome, et la
valorisation des sous-produits des stations d’épuration.
1
Toutefois, malgré les 657 kms de collecteurs d’eaux usées (450 selon NDIAYE ) en partie
hérités de la colonisation, près de 75,5 % de la population ne dispose pas d’un raccordement
au tout à l’égout, et dans ce lot seuls 15 % disposent de fosses septiques étanches.

Selon DIAO M-B, Dakar rejetterait à la mer 66 000 m3 d’eaux usées collectées par jour,
alors que la ville présenterait un déficit de 8000 à 10 000 m3 d’eau non traités qui sont
2
déversés dans la nature . NIANG. S (1995), note que plus de 50 % des populations déversent
leurs eaux usées hors du réseau d’égout, soit dans la rue ou alors dans le réseau d’évacuation
d’eaux pluviales hors de la maison. Mais là aussi, les disparités zonales en la matière reflètent
assez fidèlement la typologie des quartiers et le niveau de vie. Ainsi

- Guédiawaye présente 90 % de sa population ne disposant pas d’égouts,


- Pikine où 95 % de la population rejette les eaux résiduaires dans la rue,
- Point E, Fann et Dieuppeul quartiers résidentiels où 100 % va dans le réseau
d’égouts
- Médina où 13 % dans la rue, 55 % dans les collecteurs d’eau pluviale,
- Grand- Dakar 6 % dans la rue, 91 % collecteurs d’eaux pluviales.

Les moyens collectifs officiels d’évacuation des eaux usées sont constitués par un système
séparatif. Ainsi on a

- Le réseau du Plateau ou Système Centre ville, construit de 1900 à 1930 selon le


mode hiérarchisé bénéficie d’un drainage gravitaire avec une forte pente.
- Le système Médina Gueule Tapée, bien qu’ancien car construit entre 1954 et
1959 reste néanmoins assez fiable ; il dispose par ailleurs d’une station de relèvement
du fait de la localisation dans une cuvette qui le prive de pente.
- Et le système Hann-Fann constitue l’artère principale du système d’évacuation
des eaux de Dakar, alors que le collecteur SICAP, Hann qui longe la Route de
Ouakam jusqu’à Mermoz bénéficie aussi de stations de relèvement. Mais, ce système
SICAP avec l’extension des habitations sur la VDN n’est plus très fonctionnel alors
que Ngor et l’île de Gorée rejettent les eaux usées directement à la mer.

1
NDIAYE P, (1992). In « Sénégal : trajectoires d’un Etat ». Dakar 1992. p 137-176. p154
2
Selon Mondon, repris par Wane (1981, P44), un individu produit environ 85g de produits solides et 900 grammes d’urines par jour.

341
Dans la proche banlieue, la station d’épuration de Patte-d’Oie Builders réalisée dans les
années 60 par une ONG américaine (pour cette zone à l’époque faiblement habitée), ainsi que
celle de la cité SHS destinée à la zone des Parcelles Assainies sont très rapidement tombées
en panne. Quant à la station d’épuration de Cambérène actuellement sous-dimensionnée elle
présente de multiples dysfonctionnements.

Actuellement, sur le plan de l’assainissement liquide, les quartiers périphériques, même


densément peuplés ne bénéficient que d’une faible dotation en infrastructures notamment
d’assainissement. Pourtant, les populations sont généralement disposées à payer le service, et
que le rapport entre la longueur des réseaux à mettre en place et le nombre de bénéficiaires
soit assez faible, d’où un coût par habitant somme toute raisonnable.

Si globalement pour les populations des quartiers réguliers de la Commune de Dakar, les
1
eaux vannes (sanitaires : selles, urines et douches) de même que les eaux ménagères sont
évacuées par le système d’égouts, dans la quasi-totalité des autres communes de la capitale et
notamment dans les banlieues, les concessions non raccordées disposent à l’intérieur d’une
fosse (pas toujours étanche) qui recueille les eaux vannes des WC (souvent constituées de
latrines) qu’il est en effet difficile de manutentionner vers l’extérieur, et de plus en plus les
eaux de toilette. En effet jusqu’à une période récente, dans nombre de concessions disposant
d’une cour intérieure en terre, seules les fèces et urines étaient destinés à la fosse, alors que
par un système d’écoulement gravitaire, l’eau de la douche s’épandait sur les alentours du
« coin douche » et était au fur et à mesure résorbée par le sable. Ici comme pour 57 % des
populations non raccordées au réseau, l’assainissement autonome est constitué de toilettes
avec des fosses qui, quand elles sont étanches es ne sont généralement pas ventilées. Une fois
remplies (en général 1 à 2 fois l’année), elles sont vidées par les agents de l’ONAS (Office
National de l’Assainissement) ou par des sociétés agréées. Les prestations sont généralement
rémunérées 10 000 FCFA en fonction de la localisation géographique du demandeur et de
l’accessibilité ou non de son habitation. En général ces populations (30 % des populations
enquêtées), un peu plus aisées que la moyenne générale, habitent dans des zones plutôt
urbanisées, en habitat vertical ou individuel sans proximité immédiate avec des terrains
sableux vagues.

Les produits collectés sont en théorie acheminés à l’unique centre de recyclage des eaux
usées dont dispose la ville. Sise à Cambérène et gérée par l’ONAS, cette station d’épuration
par boues activées présente une capacité de traitement de 10 000 m3 par jour et un débit
moyen journalier de 9600 m3. Les boues d’épuration, matières solides issues du traitement
des eaux une fois stabilisées, seraient selon les responsables de la société épandues sur des
terrains situés dans l’enceinte de la station. Toutefois, pour éviter d’avoir à payer une taxe de
retraitement de 5000 FCFA, ou encore en vue de réduire les coûts de transport, des camions
videurs de certaines entreprises (30 %) n’hésitent pas à déverser leur contenu en toute
impunité mais à l’abri des regards dans des endroits isolés (Nord Foire ou Malika…).

1
Les eaux de cuisine des ménages sénégalais sont très grasses du fait de la forte consommation en huile dans la préparation des plats
nationaux notamment ceux à base de riz (au poisson ou à la viande).

342
Photo 59. Station de traitement des eaux usées de Cambérène, gérée par l’ONAS.
On aperçoit au fond à gauche les cuves d’épuration. (Cliché DIAWARA A-B 2007)

Plus surprenant encore ces derniers courtisés par certains maraîchers de la presqu’île
passent avec eux des accords pour la fourniture de « chargements » à un tarif avoisinant 25
FCA le m3. Il est d’ailleurs fort probable que certains maraîchers de la zone s’approvisionnent
aussi en boues directement à la à la station de traitement des eaux de l’ONAS, toujours en vue
de fertiliser leurs périmètres.
Une fois la gadoue convoitée, récupérée et stockée dans des mini bassins aménagés par
leur soins, ces maraîchers disposeront alors d’un mélange « fertile », en réalité très enrichi en
agents pathogènes, qui viendra en complément à l’eau des puits ou des céanes qui par
moments se fait rare (baisse du niveau des nappes).

Ces pratiques qui furent longtemps en vigueur dans les pays d’Europe et notamment dans
la France du moyen âge, ont été bien relatées par BARLES Sabines ou encore LEVIER Pierre
pour le cas des villes nord-américaines. Définitivement abandonnées, elles ont encore cours
dans les pays en voie de développement malgré les risques bien identifiés. Quelques études
ont bien montré les dangers, notamment liés à la consommation des fruits et légumes issus de
cette agriculture qui heureusement, n’est pas le fait de l’ensemble des producteurs de la
presqu’île. Cela dit les tentations sont grandes pour ces derniers de vouloir contourner les
frais occasionnés par une l’adduction d’eau par le réseau officiel pour les besoins d’arrosage
ou encore l’adjonction d’engrais et de fertilisants dont les prix ne cessent d’augmenter.

Pour la région dakaroise, le cas de Rufisque est particulièrement préoccupant. Si la vieille


ville a participé malgré elle (notamment sur le plan financier) au développement de la capitale
du pays, l’ancien port arachidier n’a cependant bénéficié d’aucun aménagement lié à son
équipement en réseaux d’égouts, même dans son centre historique. L’assèchement des
marigots et l’adduction d’eau potable ont certes très tôt constitué une priorité pour l’autorité
coloniale. Toutefois, les populations ont pendant longtemps du se contenter de fosses
septiques alors autorisées par l’administration de l’hygiène pour l’évacuation des eaux
vannes, fosses qui par la suite se sont démocratisées et étendues à la quasi-totalité des zones
où résidaient les indigènes.
343
Des ONG comme Enda interviennent dans quelques quartiers défavorisés pour aider ces
populations à financer des projets d’assainissement individuels : la construction de puisards
1
et de vidoirs d’eaux ménagères de 1982 à 1986 a amélioré les conditions sanitaires de base
avec une participation financière des familles concernées à concurrence du tiers des frais
2
occasionnés . Dans le cadre du Programme d’Amélioration Durable de l’Environnement
(PADE) elle y a financé en 1991 dans certains ,quartiers un projet d’assainissement liquide
avec une cinquantaine de maisons branchées à un réseau de collecte drainant les effluents vers
une station de recyclage (lagunage à macrophytes). Mais hormis la faible proportion de foyers
concernés, le rapide développement des quartiers irréguliers et la constitution de la ville dans
une demi-cuvette ont rendu difficile la résolution de ces questions d’assainissement liquide.

D’ailleurs dans ces quartiers péri urbains comme dans ceux de Pikine ou Guédiawaye, où
généralement en dehors des axes principaux, les ruelles ne sont pas goudronnées, les familles
préfèrent faire appel à des vidangeurs artisanaux « baye-pelle » qui, pour moitié (2500-5000
FCFA par fosse vidée) leur remettent les niveaux des fosses à zéro…pour quelques mois.
Toutefois, les méthodes sont peu recommandables. En effet, ces derniers creusent un grand
trou à d’environ 1,5 m de diamètre à côté de la concession (s’il n’existe pas à proximité moins
de 100 m un terrain vague) et se contentent de transborder le contenu liquide dans un premier
temps puis solide des fosses avec des seaux d’environ 5 L. Une fois l’opération terminée la
dalle qui recouvre la fosse est remise en place et les contours cimentés. Quant au puits de
gadoue dont l’odeur fétide embaume ruelle et maisons attenantes, il ne sera rebouché que
quelques heures plus tard une fois que les effets de la percolation gravitaire auront permis
3
d’absorber le tiers voire la moitié du volume initial .

Selon les résultats de l’enquête ESAM II, l’accès à des toilettes décentes, important facteur
des conditions d’hygiène familiale est encore un problème pour de nombreux ménages, bien
que l’ONAS prévoyait dés l’année 2000, la mise en place de 10 000 branchements sociaux
subventionnés au profit des populations notamment les plus démunies. Mais les limites de la
société apparaissent clairement notamment au travers des conflits qu’engendre le
fonctionnement de certains de ses installations dont certaines saturées car non dimensionnées
4
pour desservir autant de secteur se révèlent aujourd’hui désuets et techniquement non fiables .

1
Ces vidoirs publics initiés à l’époque par la Commune sont des constructions maçonnés haut de 1,20 m et large de 1m et branchés un égout.
Appelés aussi puisards, ils sont munis d’une tôle perforée pour retenir les déchets et résidus solides.
2
Ndiaye Paul. Op cité p 158.
3
Si l’on en croit NIANE D-T reprenant MONTEIL Charles, on connaissait déjà ces pratiques dans le Djenné du moyen-âge : « quand il y’a
lieu, les maçons ou bari pratiquent dans la rue à l’endroit convenable proche de l’immeuble un trou profond, y déversent les vidanges qu’ils
recouvrent d’une quantités suffisante de terre et les cabinets se retrouvent appropriés pour longtemps ». On retrouve de telles pratiques dans
nombre de pays d’Afrique, comme en Tanzanie ou les « baye-pelle » se nomment « chura » et le procédé « kutapisha » (Kironde 2001). Au
Canada, notamment à Toronto jusqu’au début du 20° siècle des fosses d’aisance étaient creusées dans les arrière-cours et dans les sous-sol
des maisons, fosses qui une fois remplies étaient comblées artisanalement ou vidées manuellement par des entrepreneurs agrémentés : les
night-soil collectors qui en faisaient cadeau aux maraîchers, les abandonnaient illégalement dans des décharges non autorisées à Toronto ou
même dans des lacs environnants.
4
Les populations de Cambérène se sont en effet révolté contre le déversement sur la plage d’eaux usées non traitées par un émissaire qui
recueille les eaux vannes des canalisations environnantes. La station de Cambérène gérée par l’ONAS et qui jusque là traitait les eaux avant
de les envoyer à la mer faisait face à une panne de générateur consécutive aux délestages qu’opérait durant cette période la Société de
fourniture d’électricité (SENELEC) ce qui l’obligeait à rejeter directement les eaux non traitées. Excédées par ces rejets putrides, les
populations du village de Cambérène (un des plus importants sites de la confrérie des Layènnes) décidèrent d’obturer cet émissaire qui pollue
leur « lieu saint », entraînant du coup le refoulement sur les bouches d’égouts d’énormes volumes d’eaux usées aux alentours : Maristes,
Patte-d’Oie, Parcelles Assainies. Des affrontements opposèrent les habitants du village aux forces de l’ordre dépêchées sur place donnant
l’impression d’une zone de combats (voiture calcinées, barrages…), les Cambérènois ayant organisé la résistance avec leurs parents des
autres villages Lébou de Yoff, Yeumbeul, Thiaroye…Des négociations avec le Ministère de l’Hydraulique dont dépend l’ONAS se
soldèrent par un compromis : les populations proposèrent que l’émissaire soit prolongé d’au moins 300 m à l’intérieur de la mer pour éviter
de polluer la plage. A signaler que la station était en 200 dans un état de délabrement avancé avec l’inondation par les eaux usées d’une
bonne partie du site, de même que la route la desservant

344
Sur le plan des déchets liquides, les vidoirs installés par la Municipalité entre les années
1970-1980 constituaient l’unique procédé proposé aux populations des quartiers populaires.
Mais outre leur insuffisance, se posait la question de leur entretien : les résidus enlevés sont
généralement entassés autour des vidoirs, spectacle désolant qui favorise le développement
d’odeurs incommodantes.

Cependant, les zones péri urbaines n’ont pas l’apanage de pratiques d’assainissement
liquide désastreuses, cette pratique est aussi très présente dans la banlieue, notamment dans
les zones sablonneuses aux voies structurantes non stabilisées (bitumées). Dans certains
quartiers populaires, dans la Médina, les eaux usées provenant des autres activités
domestiques : eaux de cuisine, de vaisselle …, seront en général versées à même la ruelle par
les ménagères ou enfants, autant de fois que nécessaire en fonction des activités domestiques
1
et malgré les risques de verbalisation . Chaque concession disposant selon des règles tacites,
mais bien établies et naturellement perpétuées, de la portion d’espace attenante au mur
extérieur de la concession pour y verser ses eaux résiduaires, de même qu’elle y fixe son petit
élevage domestique ou y dépose ses ordures en attendant le passage des camions dans les
zones bénéficiant d’un système de collecte motorisé, hippomobile…Si l’implantation des
populations dans les zones sablonneuses a rendu difficile l’accessibilité des quartiers aux
services de collecte officiels, ce substrat permet à certaines populations et par endroits une
meilleure dilution des eaux vannes, voire parfois des déchets solides. Ainsi, l’élimination des
eaux vannes se réparti entre :
- la ruelle qui reçoit les eaux ménagères (l’eau de linge est généralement
réutilisée pour la lessive et sera une fois non- réutilisable, tamisée pour filtrer les
déchets alimentaires). Le sable s’il n’est pas saturé se chargera de l’absorber une fois
que le soleil en aura fait évaporer une portion. Une fois le soir venu les ménagères
balayent cet espace pour en enlever les derniers résidus jusqu’au lendemain.
- la plage pour les populations habitant la façade littorale (en général les villages
lébous)
- et les trous qui recueillent tout ou une partie de ces déchets solides pour le
reste.

La pratique reste donc aussi bien présente ans les quartiers populaires aux ruelles non
revêtues que dans les zones au réseau routier stabilisé. C’est l’accès ou non à l’assainissement
individuel par raccordement au tout-à-l’égout qui déterminera alors l’utilisation de la ruelle à
titre d’exutoire. En général dans les zones anciennement sablonneuses, une fois stabilisé le
trottoir sera alors épargné, la ruelle prenant alors le relais et dans une moindre mesure le bas
côté de la route comportant parfois la grille avaloir d’eau pluviale « salutaire » (voir eaux
pluviales). Si globalement les lacunes en matière d’assainissement liquide domestique sont
nombreuses, les pouvoirs publics semblent néanmoins décidés à atteindre un certain nombre
d’objectifs notamment par le biais du Projet Eau Long Terme (PELT). D’un montant de 173
milliards de FCFA, il devra permettre

- la satisfaction en eau des besoins de Dakar jusqu’à l’horizon 2029


- l’amélioration des conditions sanitaires des populations urbaines surtout au
niveau des zones non assainies.
1
Compte tenu de l’interdiction formelle de procéder à de telles pratiques, les Services de l’Hygiène interviennent lors de flagrants délits pour
verbaliser les contrevenants, ainsi pour l’année 1999 ont-ils dressé : 675 contreventions pour des jets d’eaux usées, 604 contreventions pour
un système d’évacuation d’eaux usées non conforme. Mais si ces initiatives peuvent sur le coup freiner les pulsions des ménagères, elles ne
contribueront cependant pas à éradiquer l’adoption par ces populations de méthodes d’élimination peu recommandables.

345
Il s’agit là, de la rénovation du réseau d'égouts de Dakar couvrira 270 km avec une
première tranche de 27 km financée par l'AFD, la BAD et l'IDA et d’une extension de la
station de Cambérène (urgente, financée par l'IDA pour 3,9 millions $) devant permettre
d'améliorer la qualité des rejets. De même, L'AFD a financé l’étude de faisabilité d'un
programme de rénovation du réseau d'eaux usées de Dakar avec pour objectif de l’élargie à
toutes les zones d’établissement humain. Ainsi durant le second semestre de l’année 2000,
l’ONAS, lançait un appel d’offres pour la fourniture et la pose de canalisations
d’assainissement et la construction de « regards de visite » dans le cadre de son volet
1
assainissement du Programme Sectoriel Eau (PSE). Toutefois, les impacts de telles initiatives
restent limitées par la faiblesse des revenus financiers des populations qui ne peuvent
accorder une part substantielle à leur assainissement même par le biais des branchements
sociaux au tout-à-l’égout qui restent pour nombre d’entre elles au dessus de leurs moyens.

4.2 Commodités et servitudes urbaines d’hygiène publique.

Les servitudes hygiéniques évoquées plus tôt pour la prise en charge des matières
résiduaires solides en milieu urbain s’appliquent aussi pour les déchets et matières liquides
2
résiduaires domestiques. Dans les maisons, immeubles , équipements publics très fréquentés,
ces matières liquides sont soumises à une captation systématique depuis les pièces d’aisance
par le biais de systèmes ou réalisations désormais imposées. Elles permettent leur
confinement et leur évacuation convenables que ce soit par le tout-à-l’égout ou par
l’intermédiaire de fosses étanches à vidanger. A Dakar, c’est le Code de l’Urbanisme qui dans
son article 72, fixe qui les règles et servitudes visant la sécurité, la santé, l’hygiène et
l’environnement. Au niveau public, ces dispositions législatives et réglementaires
interviennent à deux échelles :

- doter les établissements recevant du public (gares, écoles, administrations,


équipements socio-culturels…), de pièces d’aisance sanitaires W-C,
- et implanter dans la ville pareils points d’aisance, le but est de permettre aux
populations en mouvement (activités diverses) de disposer sur l’espace public,
d’endroits où se soulager pour ne pas avoir à solliciter des particuliers ou le faire dans
3
la nature .

Les pouvoirs publics de la ville, notamment la Municipalité avaient en outre mis en place
4
avant durant la colonisation des édicules , toilettes et douches publiques généralement
implantées près des marchés (10 %), écoles (28 %), mosquées (15 %), structures sanitaires
(2 %), et autres lieux de grande fréquentation pour 45 %. Leur implantation se poursuivit
après l’indépendance ; SECK A précise en effet qu’il en existait une centaine en 1966, alors
que WANE avance le chiffre de 267 dans les années 1980.

1
Le Projet Sectoriel Eau (PSE) 1995-2000 qui a représenté un investissement de 240 millions de $ , financé par des bailleurs de fonds tels
que l’IDA, l’AFD…
2
Qu’il s’agisse d’immeubles d’habitation, administratifs ou à vocation commerciale.
3
Ceci découle de la survivance de cette hospitalité que relatait déjà Mollien dans son récit de voyage en Afrique Occidentale en 1818.
Jusqu’à un passé récent, les populations ne refusaient jamais de laisser des personnes étrangères à la famille accéder à leurs lieux d’aisance
personnels, en cas de besoin naturel urgent lors de leurs migrations pendulaires, de même qu’elles donnaient gratuitement de l’eau au
voyageur assoiffé qui en faisait la demande. Des comportements dictées par les règles de bienséance, et confortées par les religions dont
celle musulmane la plus pratiquée au Sénégal. Longtemps perpétuées par les populations, surtout celles de la banlieue mais originaire des
zones rurales, ces pratiques tendent de plus en plus à disparaissent du fait principalement de l’insécurité ambiante dans les villes y comprises
celles des pays du tiers-monde.
4
L’édicule est une construction édifiée sur une voie ou une place publique contenant deux à 20 box de W-C ou douches publiques peu avec
deux sections une pour les dames et une pour les hommes disposant d’eau courante. Dans la région de Dakar on retrouvait plus fréquemment
des édicules de 10 box de 1,50 x 0,80 x2,40 m chacun.

346
Ce service public à caractère social fonctionnait un peu dans la même optique que les
borne- fontaines et permettait ainsi aux populations momentanément hors de chez elles ou ne
disposant pas de W-C conformes de se soulager gratuitement. Un gardien était préposé à leur
surveillance avec des horaires de fonctionnement allant de 6 h à 20h. Au départ, c’est aussi
bien l’exclusion de certaines populations des schémas d’assainissement liquide domestique
que le développement des activités économiques et la forte présence humaine, qui ont présidé
à la construction de ces points d’aisance dans la capitale. Elles obéissaient à des
considérations évidentes d’hygiène et de salubrité publiques. Toutefois, les modalités de leur
implantation ont en revanche principalement tenu compte de l’importance économique ou
non des quartiers. Dans les années 80, près de 2/3 des édicules étaient en effet situés dans la
première circonscription de Dakar-Ville contre 1/3 dans les circonscriptions qui ne disposant
d’aucun système d’égout, en l’occurrence la seconde Dagoudane-Pikine et la troisième
Rufisque-Bargny.

Dans le Plateau au centre ville, leur présence tenait principalement à l’importance de


l’afflux humain enregistré du fait notamment de la concentration des activités socio-
économiques s’étalant généralement en journée de 5 h à 21 h, excepté le dimanche où c’est à
l’inverse le calme plat. En revanche dans les quartiers populaires et notamment les banlieues
peu couvertes par le réseau d’égouts, au-delà de leur fonction de lieux d’aisance pour les
populations en transit, les édicules implantés généralement près des marchés et dans les
établissements scolaires étaient aussi régulièrement fréquentés par les populations en semaine
que le week-end. Ils constituent pour 5,1 % des populations ne disposant pas d’une connexion
au réseau d’assainissement liquide, le moyen utilisé.

Indépendamment du fait que les activités économiques dans la banlieue ne connaissaient


pas de répit en week-end, nombre de ménages environnants ne disposant pas de sanitaires
convenables à domicile utilisaient ces W-C publics. En outre, dans certaines concessions les
parents préfèreraient que les enfants aillent aux toilettes publiques quand il y’en a à
1
proximité, évitant le plus possible de remplir leurs fosses . Cette situation entraîna très vite
une rapide dégradation de ces installations avec des chasse d’eau non fonctionnelle, absence
de portes et d’éclairage, alors que les fosses en principe vidangées une fois par semaine, se
retrouvaient très souvent saturées et débordantes.

C’est sans doute cette mauvaise gestion donnant une impression de gaspillage qui a
conduit les autorités sous la pression des bailleurs de fonds à privatiser ce service de
proximité au même titre que celui des bornes –fontaines et des édicules publics. Sous la
pression des bailleurs de fonds et des institutions financières internationales, ce service fera
lui aussi fait les frais de la vague de privatisation du début des années quatre vingt dix au
même titre que la gratuité de l’eau des bornes fontaines publiques. Les populations se sont
alors retrouvées dans l’obligation nouvelle et psychologiquement choquante de payer pour
uriner à raison de 25 Fcfa par passage. La mesure sera reconduite successivement par les
différents gouvernements socialistes qui se sont succédé, mais aussi par les services de
l’APRODAK, organe chargé de la propreté de la ville et issu de l’alternance politique de
l’année 2000 qui porta le parti de l’opposition au pouvoir. Peu de ces anciens édicules sont
encore en fonctionnement ; à peine une dizaine pour l’ensemble de l’agglomération, toujours
gérés par les communes. Ils ont en effet été remplacés par les nouvelles cabines-toilettes
mises en service par l’APRODAK.
1
Dans certains quartiers, les maisons ou édifices en construction, ceux abandonnés ou en ruine serviront aussi parfois de lieu de défécation
occasionnel. Dans les zones proches du littoral, ou dans certains îlots de verdure (villages traditionnels vers Malika, Sangalkam) ces enfants
seront, pour les mêmes raisons d’autant plus « orientés » vers la plage ou vers les coins inhabités, qu’ils sont susceptibles (compte tenu de
leur âge notamment) de laisser nombre de « traces » après leur passage dans les W-C de la maison. Signalons enfin que la fermeture de s
édicules publiques privant certaines populations de W-C le soir, il n’était pas rare que l’extérieur de l’édifice fasse office de palliatif. Ce
comportement illustre parfois aussi bien le désarroi de certains utilisateurs, que la colère d’exclus de l’assainissement liquide qui par ce biais
protestent contre l’autorité publique à l’image des dépôts contestataires pour les rejets domestiques solides.

347
Photo 60. Cabine d’aisance (ou W-C) publique mise en place par l’APRODAK en 2003.
(Cliché DIAWARA A-B 2007)

Photo 61. Intérieur des cabines avec des toilettes turques améliorées. Une arrivée d’eau avec pommeau
au bout permet aux usagers de se laver les mains après utilisation. (Cliché DIAWARA A-B 2007)

348
Le choix de l’installation intérieur des cabines W-C n’est pas anodin. Pour les concepteurs
1
de l’équipement , et contrairement à la chaise anglaise, les toilettes turques semblent plus
adaptées au contexte socioculturel et religieux. Du côté des populations aussi, elles sont
plébiscitées comme étant plus hygiéniques car permettant aux usagers d’éviter un contact
corporel direct avec l’équipement lors de leur passage. Au-delà du fait qu’ils permettent de
limiter les éventuelles contaminations dues au défaut d’entretien pouvant transmettre par
contact quelques infections, leur coût nettement plus abordable et leur facilité d’entretien
semblent être les raisons déterminantes quant à leur usage quasi général même dans les
2
foyers, surtout ceux des banlieues populaires . Dans les campagnes aussi, on retrouve ce type
de toilettes dans leur version simplifiée ou « bas de gamme », les populations les utilisant
pour leurs latrines domestiques.

Département Nombre Localisation cabines


cabine réalisées
Dakar 1 UCAD
Dakar 1 Hôpital Abass NDAO
Dakar 1 Canal Gueule-Tapée
Dakar 1 Polyclinique Médina
Dakar 1 Petersen I
Dakar 1 Petersen II
Dakar 1 Petersen III
Dakar 1 Lat-Dior
Dakar 1 Hôpital Principal
Dakar 1 Place de l’Indépendance
Dakar 1 Marché Alizé
Dakar 1 Marché du Port
Dakar 1 Grands Moulins
Dakar 1 SCOA
Dakar 1 Avenue Malick SY
Dakar 1 Station Elton Colobane
Dakar 1 HLM V
Dakar 1 HLM V
Dakar 1 HLM V
Dakar 1 HLM V
Dakar 1 Garage « Coopé »
Dakar 1 Garage « Guédiawaye »
Dakar 1 Castors
Dakar 1 Castors
Dakar 1 Castors
Dakar 1 Marché Grand-Yoff
Dakar 1 Echangeur Patte d’Oie
Dakar 1 Parcelle Assainies
Dakar 1 Station Total Dior
Dakar 1 Croisement Cambérène
Dakar 30
Tableau 13. Cabines WC publiques mises en place par l’APRODAK
1
Comme pour les anciens édicules de la période Municipalité qui en étaient aussi équipés.
2
Avec des concentrations de 20 à 25 personnes dans les concessions, la fréquence des passages est en effet assez élevée.

349
Carte 29. Implantation des cabines d’aisance mises en place par l’APRODAK.

350
On remarquera que depuis les années 1980, où la circonscription de Dakar-Ville
concentrait 2/3 des édicules, la réalisation des édicules ne s’est pas accompagnée d’un effort
d’extension de la couverture spatiale : actuellement, tous les édicules sont localisés dans le
département de Dakar. Cette implantation dans le département de Dakar et plus précisément
dans le secteur du Plateau, s’explique en partie par le volume des activités et services ; elle
peut donc sembler logique. Toutefois, l’exclusion des autres départements dans cette politique
1
d’équipement d’hygiène, n’est pas de nature à contribuer à la réussite d’une telle initiative .

S’agissant de leur fonctionnement, une bonne partie de ces cabines est gérée par des jeunes
femmes d’un âge moyen de 28 ans, avec des horaires d’ouverture allant de 7 h à 18 h. Le
gérant est par ailleurs tenu d’assure la vidange de sa cabine (avec une fréquence d’environ 3 à
6 fois par mois selon la fréquentation) au cas où cette dernière n’est pas connectée au réseau
d’égouts. Le gérant verse aussi un forfait de 10 000 Fcfa mensuels à la structure de gestion
(APRODAK), alors qu’en général recettes tournent entre 2000 et 4000 Fcfa par jour, selon la
localisation des cabines. Celles situées en plein cœur du Plateau plus fréquentées font les
meilleures recettes du fait de l’environnement propre et bien entretenu de cette partie de la
ville et de l’absence de « coins » qui « oblige » les gens à y avoir recours, d’autant que le
regard de l’autre peut s’avérer gênant. Par contre les cabines situées dans la périphérie sont
moins fréquentées, les gens préférant encore se soulager dans la nature. Mais si elles ne
constituent que 30 % des clients, la quasi- totalité des femmes rencontrées disent fréquenter
les cabines pour tout besoin naturel, alors que les hommes n’y vont en général que pour la
2
grosse commission , si l’on en croit 70% d’entre eux interrogés.

Mais, si l’irruption de ces cabines dans le paysage hygiénique urbain a été globalement
salué, le blocage psychologique chez les populations combiné une insuffisante et mauvaise
distribution, ne permettait qu’un mince espoir de voir ces équipements juguler la prolifération
3
de coins d’aisance sauvages .

1
Le département de Pikine semble ciblé avec une en face de la Mairie de la ville de Pikine deux à l’entrée Pikine (Garage clandos) et en face
Eglise, une à « Khour naar », une en face des locaux de la C.A Pikine Nord Pikine et une à Tally Boumack au niveau de la Station Shell.
2
Qui selon eux peut mériter les 50 Fcfa et rarement pour la « petite » qui à 25 Fcfa reste chère payée.
3
A la différence des dépôts anarchiques de déchets solides, on retrouve quasiment à chaque coin de rue dans les quartiers de la ville, des
coins d’aisance sauvage servant généralement d’urinoirs. En effet ici pas de matière à manutentionner et à transporter, n’importe quel endroit
présentant un minimum de discrétion fait l’affaire. S’ils peuvent rester assez discret de par leur constitution, il suffit par contre de passer à
côté d’un de ces urinoirs sauvages pour être happé par l’odeur qui s’en dégage, d’autant que dans certains cas, ils constituent aussi des foyers
favorisant la constitution de dépôts anarchiques opérant ainsi la jonction liquide- solide du cycle de la matière déchue, et favorisant la
diffusion de celles-ci.

351
4.3 Les eaux pluviales.

A la suite de la privatisation de la SONEES intervenue en 1998, c’est à l’ONAS qu’est


revenue la charge de gérer les 150 kilomètres d’égouts pluviaux et canaux qui drainent la ville
1
et dont une partie est héritée de la colonisation . Ce réseau de collecteurs d’eau pluvial est
principalement concentré dans les quartiers du Plateau et dans les zones résidentielles de la
proche banlieue, la quasi totalité du reste de l’agglomération en étant dépourvue.

On distingue les égouts et canaux couverts de Malick Sy, et le système de SICAP-Derklé


qui recueillent les eaux de Dieuppeul, Derlké et une partie de la route du front de terre, eaux
qui aboutissent dans la zone de captage du Point B pour la réalimentation des nappes. Dans
certaines zones comme la Médina Gueule-Tapée et Fass, des canaux à ciel ouvert de plus
grande dimension ont été construits pour « renforcer » le dispositif enterré de collecte et
d’évacuation des eaux pluviales vers la mer. Il s’agit

- du Canal 4bis qui rejoint le Canal 4 Grand-Dakar Bène-Tally et qui fini à


Soumbédioune,
- du Canal de la Gueule-Tapée qui dessert aussi Fass et une partie de la Médina,
- du Canal de L’Aéroport à Ngor,
- du canal 6 Rte de Rufisque qui suit la zone industrielle,
- du Canal à l’Avenue Malick Sy et du système SICAP-Derklé.

Ces installations devaient permettre au départ d’évacuer les eaux de ruissellement et de


faire face aux risques d’inondation. Mais malgré la surveillance 24h/24h des 38 points
d’inondation dans la ville de Dakar (selon l’office), la capitale y compris le centre ville du
2
Plateau présentant pourtant l’aspect général d’un plan incliné du sud au nord offrant une
pente moyenne de 2 mm /m, est cycliquement en proie à des inondations. Ces intempéries
causent souvent des dégâts considérables dans certains secteurs d’habitat et ralentissent
3
pendant de nombreuses heures la vie économique du poumon du pays . Ce fut le cas pendant
la saison des pluies 2005 où la ville se retrouva « sous l’eau » pendant quelques semaines. De
fortes averses remplirent en un temps record certains points bas névralgiques tels que le
secteur de la Médina, la Rue 10 de Pikine et la corniche des HLM…, du fait d’une obstruction
des collecteurs d’eaux pluviales. La société de collecte des déchets AMA et l’ONAS chargé
4
de leur entretien s’étaient alors méthodiquement renvoyé la responsabilité de cette situation .
S’agissant des zones équipées, cette situation découle de la combinaison de trois principaux
facteurs :
-
un sous-dimensionnement du réseau devant l’extension et la densification spatiale.
L’urbanisation effrénée avec le bétonnement urbain a fini d’imperméabiliser le sol qui
ne parvient plus à absorber les eaux de ruissellement qui drainent ainsi vers le réseau
de collecte d’eau pluviale tous les détritus rencontrés.

1
Dakar en comptait déjà 30 kilomètres en 1930.
2
La Circonscription de Dakar et dépendances. Editions Géographiques, maritimes et coloniales 1931. 171 p+ annexes
3
En Aout 2004 le début de l’hivernage a occasionné une inondation d’une bonne partie du Plateau, ayant causé la mort d’un enfant par
noyade dans un canal et de deux autres personnes dans un accident consécutif aux flots d’eau. Une rue de la Médina s’est aussi affaissée sous
la rapidité et le volume des torrents d’eau.
4
Ces querelles sont révélatrices de l’absence de coordination et parfois des luttes et guéguerres souterraines auxquelles se livrent les
structures en charge de l’assainissement liquide et solide à Dakar et qui même parfois opposent ministères et directions. Des agents de
l’ONAS chargés de l’entretien du réseau reconnaissent se contenter de déboucher les canaux et de laisser à côté de la grille les matières
retirées, arguant que ces déchets étaient à collecter par l’organisme de collecte solides et qu’eux n’avaient pas à faire les frais de
l’indiscipline des populations. Cette guéguerre atteint parfois son paroxysme avec des intervenants se mettant des bâtons dans les roues.
Lors de la période de la mise en œuvre du NSN et durant l’intervention des privés nationaux, certains acteurs et GIE n’hésitaient pas à
perpétrer des délits en crevant les pneus des camions de concurrents pour les immobiliser et les empêcher d’effectuer leur tournée.

352
- un déversement par les populations d’eaux usées ménagères dans les grilles
avaloires et canaux du réseau pluvial. Ces eaux contiennent généralement des matières
solides qui contribuent à les colmater et finissent par les dégrader.
- Et enfin une absence d’anticipation des structures en charge de ce secteur dans
l’entretien de ces équipements, rendant inopérante une bonne partie du réseau en
1
période de forte sollicitation comme c’est le cas en saison des pluies .

Fréquemment colonisés par les détritus et les déchets liquides qu’y rejettent les populations
environnantes, certains canaux de drainage des eaux pluviales ont été partiellement
« couverts » par les autorités, tel celui du Boulevard de la Gueule Tapée entre Colobane et
Fass. Le canal de la rocade Fann Bel-Air resté totalement ouvert subit nombre d’effractions
au Code de l’Hygiène même si son fonctionnement reste globalement efficace. Toutefois,
concernant les ouvrages de drainage, l’ancien Grand Dakar n’a pas l’apanage des canaux.
Pour Rufisque la « coloniale », l’assainissement collectif des eaux pluviales se résume aussi
exclusivement en deux canaux qui en l’absence d’équipements souterrains « assurent »
péniblement l’évacuation des eaux de ruissellement. Avec leur faible niveau d’exutoire, ils
sont font l’objet de rejet de déchets et d’ensablement notamment en saison sèche limitant leur
efficacité déjà bien faible.

Photo 62. Collecteur d’eaux pluviales de Grand-Yoff. Réalisé récemment, l’ouvrage est régulièrement
colmaté par une végétation « colonisante », des eaux usées domestiques et des déchets solides qui y sont
déversés illégalement. (Cliché DIAWARA A-B 2007)

1
L’ONAS affirme pourtant procéder chaque année lors de ses campagnes pré-hivernales et hivernales, au curage de 265 kilomètres de
collecteur d’eaux usées, de 30 kilomètres de collecteurs d’eaux pluviales, ainsi qu’au nettoyage de 1500 grilles avaloirs et des stations de
pompage.

353
Quant aux grilles avaloirs du réseau pluvial, ils se retrouvent aussi très vite gavés de
déchets de toute sorte rendant son colmatage inévitable. En effet, en plus des matières solides
issues des eaux vannes domestiques fraîchement jetés, elles sont aussi envahies par les boues
1
de curage des égouts . Ces boues pâteuses au départ, s’assècheront sur place pour ensuite se
disperser au gré du vent et des piétinements des piétons ou finissent par y retourner dans les
égouts, l’ensemble provoquant souvent le colmatage des bouches qui finissent par refouler un
ensemble constitué de déchets mêlés aux eaux résiduaires. Parfois, ils favorisent même la
transformation de ces derniers en points de rejet pour eaux usées ménagères et déchets
solides.

Photo 63. Boues de curage d’égouts, abandonnées in situ vers Grand-Yoff. Même si des agents de l’office
National de l’Assainissement sont parfois impliqués, cette pratique est généralement l’œuvre des entreprises, à
qui l’organisme officiel, sous-traite le service d’entretien des équipements dans certains quartiers. (Cliché
DIAWARA A-B 2007)

1
Pour les responsables de société de nettoiement AMA, c’est à l’ONAS que revient la charge de s’occuper de l’élimination des déchets issus
du curage des collecteurs, alors que cette dernière estime au vu du type de déchets qu’elle en retire (plus d’ordures ménagères ou assimilés et
que de boues issues de l’assainissement liquide) que c’est aux agents de AMA de les collecter lors de leurs tournées.

354
Photo 64. Grille avaloir destinée à l’évacuation des eaux pluviales à la Médina et colmatée par les détritus
et les fluides résiduaires d’origine ménagère. On remarque un début de dégradation de la chaussée sur le
pourtour de la grille. (Cliché DIAWARA A-B 2007)

C’est surtout dans les zones couvertes par un réseau routier secondaire bitumé (donc
disposant aussi de réseaux de collecte des eaux de pluies) que la persistance de telles
pratiques cause le plus de dommages à l’équipement routier. En effet, le revêtement des voies
carrossables ne suffit pas toujours à libérer certains quartiers des contraintes d’une absence de
prise en charge officielle. Les pratiques alternatives vont ainsi accélérer le processus de
dégradation de l’ouvrage :

- par colmatage par les résidus puis érosion progressive par l’eau du pourtour des
grilles avaloirs,
- ou par déversement des eaux usées au milieu de la chaussée et dont la
stagnation prolongée provoque sa destruction progressive par attaque des matériaux.

Les agents de l’ONAS rencontrés en action (et qui nous prenaient pour des contrôleurs
mandatés par le pouvoir) déplorent le comportement des populations qui selon eux, sont en
majorité responsables des 4000 interventions pour débouchage dont 55 % sont consécutifs à
la mauvaise utilisation des ouvrages et installations sanitaires, désapprouvant le déversement
des matières solides dans les égouts.

355
Photo 65. Eaux ménagères jetées à même la chaussée à la Médina. Le contact prolongé de l’eau
avec l’infrastructure, entraîne sa dégradation progressive. (Cliché DIAWARA A-B 2007)

Les responsables de la structure chargée de l’assainissement liquide fulminent aussi contre


la multiplication des branchements clandestins de certaines populations de conduites d’eaux
usées sur le réseau pluvial.

L’autre principal grief a trait au vol des plaques en fonte et grilles avaloirs du réseau
d’évacuation des eaux pluviales. Une fois dérobées, ces protections sont généralement
revendues aux artisans forgerons de la Médina, de Pikine ou Thiaroye qui les refondent pour
s’en servir comme matière première. Les rebords de certaines chaussées deviennent parsemés
1
de multiples trous , représentant une source de danger permanente pour les usagers de la voie
publique.

Pour lutter contre de tels agissements et empêcher que les détritus pénètrent dans les égouts
et les colmatent, certains responsables de l’ONAS ont ainsi suggéré de reprendre tout en
l’améliorant, une idée développée dans certains quartiers. En effet, des habitants conscients
que ces pratiques ne disparaîtront pas de sitôt, tentent par endroits de pallier elles mêmes à ces
2
situations en plaçant à la place de la grille en fonte ou en aluminium (objet des convoitises)
une simple trappe en ciment pourvue d’un petit interstice qui laisse l’eau s’écouler tout en
retenant les ordures. L’autre objectif de ce type de réalisation étant de dissuader les « voleurs
de fonte » qui sévissent dans la ville, et qui arrachent les plaques ou les grilles du réseau,
matériaux qui on l’a dit, finiront comme matière première pour certains artisans, ou iront
rejoindre les stocks des vendeurs de ferraille.

1
Parfois fatals à la jambe du piéton distrait ou à la roue de l’automobiliste qui s’en approchent de trop près.
2
Ce pragmatisme met en exergue toute l’ambiguïté comportementale des populations. Ne se souciant que légèrement de la pérennité des
équipements publics, c’est leur détérioration dont ils ressentiront en retour les effets qui les conduira à adopter des stratégies de protection de
l’outil communautaire.

356
Photo 66. Ménagère jetant des eaux domestiques dans les regards de collecte des eaux pluviales sur une
route de Grand-Yoff…récemment réfectionnée. Dans certains quartiers, les populations utilisent le réseau
d’évacuation des eaux pluviales pour l’élimination « sauvage » des eaux résiduaires ménagères. Souvent la
fraction grasse accompagnée de détritus organiques provoque le colmatage des grilles avaloirs, situation qui
nécessitera alors l’intervention du service des eaux. (Cliché DIAWARA A-B 2007)

Photo 67. Trappe cimentée mise en place par les populations pour pallier le vol des grilles avaloirs. De
petits interstices sur les côtés permettent de laisser passer les eaux de ruissellement tout en retenant les
détritus solides contenus dans les fluides résiduaires rejetés par les populations.
(Cliché DIAWARA A-B 2007).
357
Cette question de l’utilisation du réseau d’évacuation des eaux pluviales à titre d’exutoire
par les populations des quartiers populaires du département de Dakar n’est toutefois pas
nouvelle. En se greffant sur la question de la collecte des matières résiduaires domestiques,
elle a toujours contribué avec celle des artères non stabilisées, à envenimer les rapports déjà
tendus entre les différents démembrements impliqués, les rendant même parfois conflictuels.
Ce courrier n° 01442 datant de juin 1983 dans lequel ministre de l’Hydraulique (ministère de
tutelle de la Direction de l’Assainissement) de l’époque Samba Yéla DIOP adressait à son
collègue de l’équipement Robert SAGNA est évocateur :

Monsieur le Ministre,

Comme vous le savez, la constitution pendant l’hivernage de flaques d’eau


dans la ville de Dakar n’est pas le fait du mauvais fonctionnement du réseau
d’assainissement mis en place. Cette situation désagréable pour tous et nuisible à
la santé de la population résulte en grande partie du bouchage des grilles et des
canaux à ciel ouvert par l’ensablement (obstacle à l’écoulement normal des eaux
de ruissellement), et le dépôt d’ordures de toutes sortes (ustensiles usées, débris
de pneus). Aussi vous saurai–je gré compte tenu de l’importance que le chef de
l’Etat accorde à l’assainissement de notre capitale, des mesures à faire prendre
par vos services compétents pour dans les meilleurs délais procéder au
désensablement des artères et au nettoiement relevant de leur compétence (Samba
Yéla DIOP Ministre de l’Hydraulique à son collègue de l’Equipement Robert
SAGNA).

Le mois suivant, le 07 juillet, lors d’une rencontre réunissant le Directeur général des
Travaux Publics Moussa Tambédou, les T.P du Cap-Vert Yaya Diatta, et la DGTP (Direction
Générale des Travaux Publics) Cultrera, tous appartenant au Ministère de l’Equipement, Mr
Fall de la Direction de l’Assainissement et Mr Ndiaye l’agent voyer de la Commune de
Dakar, ce dernier s’est vu « remonter les bretelles » du fait des actions non réalisées par les
STC et qui seraient pourtant de son ressort (stabilisation des trottoirs et accotements,
détermination des points noirs en matière de collecte des déchets, et curage de la partie à ciel
ouvert des ouvrages d’évacuation des eaux). En l’absence de réaction, le DGTP du Ministère
de l’Equipement (Tambédou) adressera une autre lettre datant du 1er août 1983 au DG des
STC :

« Lors de la réunion du 7 juillet 1983, tenue sur le problème du désensablement


et du nettoiement des rues de Dakar, différentes actions avaient été arrêtées et il
avait été convenu de se réunir de nouveau le 25 juillet 1983 pour faire le point de
leur exécution. Les S.T.C. ne s’étant pas présentés à cette réunion dont la date a été
cependant confirmée par lettre numéro 1292/DGTP du 22 juillet 1983, je vous
demande de bien vouloir me faire connaître dans les plus brefs délais, l’état de
l’avancement des tâches qui avaient été confiées à vos services : curage des
ouvrages d’évacuation (sections ouvertes) des points névralgiques avenues Blaise
Diagne, Malick Sy, Général de Gaulle, Building Communal et la mise en place d’une
brigade d’intervention rapide ». (Lettre de Mr Moussa TAMBEDOU Directeur
Général des Travaux Publics Lettre n° 01355 du 1er août 1983 Objet :
Désensablement et nettoiement des rues de Dakar).

358
Manifestement le D-G des STC n’appréciant que très peu de telles remontrances répliqua
le 05 août en ces termes :

« Par lettre visée en référence, vous demandez à la DGSTC de vous faire


connaître dans les plus brefs délais l’état d’avancement des tâches qui avaient été
confiées à ses services. En réponse, permettez-moi de vous faire connaître qu’il y a
des organismes de coordination qui existent depuis longtemps pour assurer la
coordination des problèmes d’assainissement, de désensablement et de nettoiement
de la ville de Dakar. Il s’agit d’abord au niveau de la Direction de l’Assainissement
du ministère de l’hydraulique, du comité de suivi des problèmes d’assainissement de
la ville de Dakar pendant l’hivernage. A cet organisme, la Direction Générale des
Travaux Publics est représentée par Mr Malick Diaw, Directeur de l’entretien
routier et M Fall chef du S.R.T .P. du Cap Vert. La D.G.S.T.C y est représentée par
moi-même. En demandant à vos collaborateurs et en examinant les procès verbaux
de réunion, vous pourrez y trouver les renseignements que vous demandez
concernant les problèmes de désensablement et de nettoiement de la capitale. Il y a
la structure du CRD au niveau du Gouverneur qui coordonne toutes les activités
relatives à ce secteur. Votre Chef de Service Régional des Travaux Publics qui en est
membre fournit la liste des différents travaux qui ont été réalisés par votre Direction
Générale dans la région du Cap-Vert. En vous adressant à lui, vous pouvez obtenir
tous les renseignements que vous désirez sur les activités des S.T.C. En plus, le
Gouverneur de la Région du Cap-Vert dirige depuis bientôt un mois une grande
opération AUGIAS qui comprend aussi bien le désensablement que le nettoiement
avec la participation de tous les gérants du réseau en votre Direction Générale et de
tous les services concernés : SONEES, Armée Nationale, Sapeurs Pompiers, OHLM,
la SOADIP et toutes les sociétés concessionnaires. En outre, je dois porter à votre
connaissance qu’en matière d’assainissement des eaux pluviales, c’est la SONEES
qui assure le curage des canaux couverts des ponts névralgiques dont vous parlez :
Blaise Diagne, Malick Sy, boulevard Général de Gaulle, Building Communal et que
la commune s’occupe par l’intermédiaire d’une société concessionnaire du curage
des canaux à ciel ouvert comme le canal de la Gueule Tapée. Une bonne
coordination au niveau de la Direction Générale des Travaux Publics devrait vous
permettre par vos représentants de connaître les activités des autres services et faire
entériner toutes les actions que vous menez dans votre réseau par les autorités
supérieures. Je dois remarquer que lors votre réunion, votre Direction Générale a
été représentée par Mr CULTRERA et Yaya Diatta qui sont nullement au courant des
opérations d’assainissement, et AUGIAS menées dans la région du Cap-Vert. A des
fins utiles, je vous communique que le programme de l’opération Augias IV qui
répond à vos questions. En conclusion, je crains que vos réunions ne fassent durable
emploi avec celles tenues au niveau des deux structures de coordination précitées.
(Lettre de Mr l’Ingénieur des Ponts et Chaussées Directeur Général des Services
Techniques Communaux à Mr le Directeur Général des Travaux Publics. Lettre n°
874/SGC/STC du 5 août 1983. Objet : Désensablement et nettoiement des rues de
Dakar. Amadou Lamine BA).

Ces échanges de courrier témoignent d’une atmosphère houleuse entre les différentes
structures et découlant en réalité des luttes de positionnement politiques, qui instrumentalisent
l’appareil étatique. Ils dénotent aussi la complexité d’une question touchant plusieurs
secteurs, notamment le désensablement des artères de la capitale.

359
Par lettre n° 02278 du 09 juillet 1983 Mr Robert Sagna Ministre de l’Equipement
répondait au courrier de son collègue de l’Hydraulique…
La lecture de votre lettre citée en référence a particulièrement attiré mon
attention d’une part sur le problème préoccupant de la constitution des flaques
d’eau pendant l’hivernage et d’autre part sur l’explication assez sommaire du reste
que vos services compétents, notamment la Direction de l’Assainissement ont
fournie …Les eaux pluviales qui s’écoulent à travers des canalisations charrient
inévitablement compte tenu de la situation de salubrité de leur origine, des objets
solides et des matières de toute sorte. Il est donc normal que ces eaux chargées
éprouvent des difficultés d’écoulement à travers le réseau d’assainissement. A cela,
s’ajoute la réduction des secteurs des conduites dues aux colmatages successifs sur
les parois. Le désensablement des artères de la capitale est une opération
relativement faible par rapport de fond que constitue une étude de vérification des
capacités de drainage des rivages qui ne semblent plus répondre aux nombreuses
sollicitations. En effet, après les précipitations, on constate la stagnation ou des
écoulements trop lents sur des endroits n’ayant aucun problème de désensablement.
Mes services compétents, en ce qui les concerne dans le cadre de l’assainissement
de la capitale et pour exaucer les vœux du Chef de l’Etat, ont entrepris des travaux
de stabilisation des trottoirs permettant de résoudre à terme une partie de vos
problèmes. Ces travaux qui s’intègrent dans l’exécution des directives du plan de
circulation du Cap-Vert, ont pour but d’une part de permettre aux piétons
d’emprunter les trottoirs et par conséquent libérer la chaussée pour lui restaurer sa
pleine capacité et d’autre part d’éviter l’envahissement de la chaussée par le sable
comme vous le demandez par coïncidence. Vous aurez remarqué que l’exécution de
ce projet a démarré depuis 1980 et elle se poursuit présentement. C’est dire
combien mes services compétents sont préoccupés par le bien-être de la population
et du bon entretien du domaine public routier. La Direction Générale des Travaux
Publics a toujours eu à porter assistance à des services extérieurs à mon
département ; c’est les cas de l’aide apportée aux communes pour l’entretien de la
petite voirie et l’assistance à la Direction de l’Assainissement pour le curage des
canalisations à son réseau d’assainissement. Pour terminer, nous pensons que dans
le cadre de l’exécution des instructions du Comité d’Assainissement de la ville de
Dakar, la Direction de l’Assainissement ne doit pas se contenter du rôle de la
coordination des actions des services techniques des autres ministères. Elle doit
s’adjuger une tâche bien définie afin que les responsabilités soient bien dégagées et
qu’un bilan périodique et régulier des activités du Comité mette en évidence les
causes et effets chaque fois qu’un problème ponctuel se pose. Robert SAGNA
Lettre n° 02278 du 9 juillet 1983 Objet : désensablement des artères de Dakar.

Ces pratiques d’utilisation du réseau d’évacuation des eaux pluviales comme exutoire des
matières résiduaires domestiques liquides sont moins fréquentes dans les zones dépourvues de
réseaux routiers secondaires bitumés. Mais ces zones sont aussi en général les plus
« topographiquement handicapées » pour leur assainissement liquide. Ainsi dans certains
quartiers localisés dans les zones sablonneuses, les rues et les habitations sont très souvent
submergées par l’eau qui par gravitation se retrouve dans les bas fonds. Comme solution, les
populations mettent en place durant la saison des pluies des mécanismes de survie pour
protéger leur habitat.

L’utilisation des ordures à titre de matériau de remblai chez une partie de cette population
a été évoquée. De même, il n’est pas rare d’y voir de petites murettes de 20 à 50 cm érigées
sur le bas des portes d’entrées des maisons afin d’empêcher l’eau stagnante de pénétrer à
l’intérieur des concessions. Une fois la période cruciale dépassée, la murette sera pour certains
démolie alors que d’autres excédés par les faits cycliques préfèreront la conserver en l’état en
prévision de la saison prochaine. C’est aussi durant cette période des pluies, et en attendant
l’amélioration de la situation, que sont disposées le long des murs de clôture des briques en
ciment ou des pierres distante d’un pas, sortes de passerelles qui permettent aux populations
de bénéficier de rompre l’isolement. Elles constituent alors l’unique moyen pour se déplacer
et vaquer à leurs occupations. L’exercice est parfois périlleux car il s’agit de traverser en
360
gardant l’équilibre des lacs fétides où se mélangent eaux résiduaires et eaux usées et eaux
stagnantes de coloration grise tournant au vert saumon du fait de la prolifération des
moisissures. A la fin de la période des pluies, la ruelle est couverte d’une croûte, mélange
d’argile et de boue qui sèche sous l’action du soleil ; avec le vent et la fréquentation à
nouveau possible des piétons, cette couche fini par se disperser et laisser à la ruelle son aspect
d’avant jusqu’à la prochaine saison.

Dans certains cas, l’intervention des élus locaux appartenant au parti au pouvoir a pu être
décisive dans l’attribution d’un équipement d’assainissement collectif les quartiers suburbains
lésés en installations de prise en charge. C’est le cas des populations de la « cuvette » de
Grand-Yoff ayant pendant de nombreuses années vécu le calvaire des inondations à répétition
dues notamment à un mauvais drainage de la zone. A travers un collectif de « travailleurs et
habitants de Grand-Yoff », ils mandatèrent leur élu qui fort de sa base politique envoya une
correspondance au ministre de l’Equipement de l’époque Alassane Dialy Ndiaye. Dans une
lettre datée du 06 juillet 1989, ce collectif attirait l’attention du ministre sur la difficile
situation que vivent les populations de Grand-Yoff du fait de la détérioration de leurs routes
suite aux pluies, en des termes suivants :

« Nous ne sommes plus desservis par la SOTRAC et même les cars rapides ont des
problèmes pour accéder à notre zone où pourtant se trouvent d’importantes
infrastructures sanitaires et économiques. Nous espérons obtenir un engagement effectif
pour une solution rapide et appropriée ».

La sensibilité de la question de la frustration des populations des banlieues populaires était


telle qu’avant même que le courrier n’arrive officiellement le 26 juillet au dit ministre, les
services de la présidence de la république dirigés alors par un certain Jean Collin leur avaient
déjà adressé une correspondance (n° 1283. PR / SG / BAO) datée du 07 juillet 1989 dans
lequel il était mentionné comme objet : les problèmes de transport et d’Assainissement au
quartier de Grand-Yoff :

« La suspension cette année encore de la desserte de Grand- Yoff par la SOTRAC


en raison de l’état défectueux de la chaussée suscite une vive indignation dans ce
quartier où les partis d’opposition déjà bien implantés tentent de mettre à profit cette
situation en mettant l’accent sur les difficultés de transport et les problèmes
d’assainissement que les habitants vont rencontrer durant toute la période
d’hivernage. Le président de la République vous demande de prendre en liaison avec le
ministre de l’Hydraulique les mesures nécessaires pour apporter une solution à ce
problème ».

En réponse, le 21 juillet 1989, dans la lettre n°89-376, Mr Souty Touré, représentant par
délégation le ministre de l’Equipement Alassane Dialy Ndiaye envoie un courrier au
Directeur Général des T.P afin « de demander au chef du service régional des T.P, avec la
Commune les dispositions nécessaires pour réparer la route d’accès dans ce quartier et par
ailleurs de saisir la Direction de l’Assainissement ou la SONES en vue d’obtenir l’appui et les
mesures nécessaires à leur niveau pour trouver une solution diligente aux problèmes
précités » (avec en pièce jointe une copie de la lettre n° 1283 / PR/ SG/ BAO du 01/07/89
émanent de la présidence de Jean Collin. Par répercussion, le Directeur Général des Travaux
Publics de l’époque (Pape Souleymane Mangane) enverra une lettre (n° 106) le 07 août 1989
au chef du service régional des T.P en lui enjoignant « de prendre immédiatement en relation
avec la CUD les dispositions nécessaires en vue de procéder à la réparation de la route
d’accès à ce quartier », avec là aussi en pièce jointe le même courrier en provenance de la
présidence, une copie de la lettre n° 1283 / PR/ SG/ BAO du 01/07/89 émanent de la
présidence de Jean Collin. Le 23 août 1989 par correspondance n° 0003 /ME/ DGTP/SRTPD,
le chef du service régional des T.P (Doudou Thiam) rendait compte au DG des TP des
dispositions prises avec objet : Problèmes de transport et d’assainissement du quartier de
Grand- Yoff.
361
« Ces dispositions, il faut le souligner sont issues de la visite du site que nous avons
effectuée le lundi 31 juillet 1989 à 15 heures en compagnie du Directeur des STC (la
voirie concernée relavant de son réseau de compétence) et du responsable politique de
Grand-Yoff était relativement encaissée et le réseau d’assainissement inexistant, nous
avons aussi convenu de relever le niveau de la route pour la mettre hors d’eau en cas de
fortes pluies (remblais en sable de dune et couche de base en latérite), de drainer les eaux
de ruissellement vers les rues sablonneuses transversales et le jardin considérés comme
exutoire naturel.

Concernant l’exécution des travaux, la CUD a engagé un transporteur pour le


transport à pied d’œuvre de matériaux (sable et latérite). La mise en œuvre devant se
faire en régie (TP-CUD), notre assistance consiste à mettre en place une pelle
mécanique, une niveleuse, et un rouleau à pneu tracté, la CUD prend en charge le
fonctionnement du matériel (gasoil, lubrifiants et heures supplémentaires du personnel).
L’état d’exécution des travaux est estimé à 30 %. Toutefois, dans la perspective d’une
solution durable et compte tenu de l’importance en termes structurels des problèmes de
l’assainissement du quartier de Grand-Yoff, il convient de convoquer une réunion à
laquelle participeront le Directeur de l’Hydraulique urbaine et de l’Assainissement, le
Directeur des Services Techniques Communautaires et le chef du Service Régional des
T.P de Dakar ».

Avec en référence la fameuse lettre de Jean Collin, le dossier suivi son cours, l’étude fut
confiée à la SONED-Afrique.

Bien que l’ouvrage ne fut réalisé que quelques années plus tard, cette intervention a sans
doute beaucoup pesé dans la dotation de cette zone carrefour (Grand-Médine, Liberté 6,
Castors, Patte-d’Oie) d’un collecteur d’eaux pluviales dimensionné et combiné à une sorte de
route-radier qui surplombe l’installation. Elle montre l’omniprésence des variables politiques
dans la mise en œuvre rapide ou non de réponses touchant à l’assainissement liquide et solide
dans la ville.

Cela dit, si dans le cadre du Programme Sectoriel Eau (PSE), des zones comme
Guédiawaye ont bénéficié d'un programme de drainage avec la station de relèvement des eaux
sis à HLM-Guédiawaye et qui permet de capter puis « relever » les eaux de pluie en
provenance des égouts pour faciliter leur évacuation vers la mer, la mise en place de réseau de
collecteurs pour les eaux usées permettrait une complémentarité, afin d’éviter les
« branchements clandestins » sur le réseau d’eaux pluviales. Tout comme de manière générale
des réalisations d’ensemble combinant évacuation des eaux pluviales, des eaux usées
domestiques permettraient d’éviter le déversement illégal d’eaux grasses ménagères dans ces
installations, entraînant progressivement leur colmatage et leur détérioration.

4.4 Boues et rejets industriels liquides


La ville concentrant la quasi-totalité des activités industrielles du pays, doit supporter en
amont l’accroissement des volumes d’eau consommés pour les besoins de la production. Mais
se pose aussi en aval la question des volumes rejetés au terme des process de fabrication.

Cette situation explique d’ailleurs l’implantation quasi systématique de ces unités de


production sur la façade littorale ; dans la région dakaroise, le plus gros du tissu industriel suit
un axe allant de Bel-Air à Mbao. Dans ces points du littoral comme à Hann, les émissaires des
grosses entreprises de Chimie ou d’agro-alimentaire, déversent sur la plage des eaux usées
parfois chaudes en provenance de leurs usines. Ces eaux fortement chargées causent
d’énormes dommages sur les écosystèmes marins, avec des effluents qui comportent souvent
des produits toxiques tels les métaux lourds (plomb, mercure…).

362
Pour les activités tertiaires utilisant des produits dangereux en quantités limitées
(laboratoires photos, pressing etc.), les eaux chargées sont éliminées par les conduits
d’évacuation des eaux usées. Pour les industriels en produisant des quantités moyennes, les
déchets « spéciaux » sont font l’objet d’un stockage banalisé dans des fûts ; toutefois, aucune
traçabilité n’étant établie les fûts arrivent généralement à la décharge de Mbeubeuss, se
perdent dans des dépôts anarchiques ou sont vidés sur les plages, par les producteurs ou des
particuliers rémunérés pour ces pratiques. Certains de ces aspects seront abordés dans la
Quatrième Partie.

Photo 68. Eaux usées industrielles (chimie et pétrochimie) se déversant dans la baie de Hann.
Cliché DIAWARA A-B 2007)

363
Photo 69. Déchets domestiques et polluants industriels sur la plage de Hann.
(Cliché DIAWARA A-B 2007).

Photo 70. Eaux usées, détritus et déchets liquides industriels. Ce canal d’évacuation des eaux de pluie se
déverse dans la baie de Hann. (Cliché DIAWARA A-B 2007).

364
Conclusion Partielle. Une gestion légère des matières résiduaires.

Si la responsabilité de l’autorité coloniale dans la situation actuel de l’espace dakarois est


indéniable, l’avènement de l’indépendance constituait sans nul doute l’opportunité pour les
nouvelles autorités de procéder à une réorientation des politiques d’aménagement territoriale
plus autocentrées. Et dans le cas des villes, le legs colonial ambigu n’exonère pas les
gouvernements indépendants d’une réorientation des politiques que ce soit dans les domaines
de la santé, des infrastructures urbaines de base, de l’éducation, de l’emploi et du logement.
Dans leur volet urbain, ces nouvelles mesures mises en œuvre par des administrateurs
nationaux désormais indépendants et dont les objectifs ne sont plus définis depuis la
Métropole, devaient marquer la césure d’avec celles élitistes appliquées durant toute la
colonisation
On ne peut dans le cas dakarois et sénégalais en général parler d’une discrimination dans la
mise en œuvre des politiques sociales. Mais sur le plan de l’hygiène et de la salubrité
publiques, la situation n’a pas favorablement évolué malgré les prises de position affichées
par les nouveaux pouvoirs publics de réduire au mieux les disparités en la matière. Il est vrai
que la poussée démographique combinée à l’extension spatiale de la ville ont beaucoup
complexifié la question de la prise en charge des déchets à Dakar.

Mais pour la ville, hormis ces aspects, l’efficacité d’une question comme celle du
nettoiement et de la gestion des matières résiduaires solides, s’est souvent heurtée à des choix
pas toujours pertinents, selon une politique du « moindre frais » adoptée dans l’organisation
et la prestation de service. Elle s’est traduite par l’absence d’une volonté de structuration de la
filière déchets solides avec notamment l’inexistence d’équipements de prise en charge
spécifiques au secteur. Certaines actions spécifiques ont aussi été antagonistes à sa bonne
réussite :

- une gestion « dans l’urgence » qui a consisté à privilégier en aval une option de
collecte différenciée, et qui a maintenu de profondes discriminations dans l’accès à ce
service.
- la délégation aux organismes en charge de la collecte et du nettoiement au titre
de la gestion des déchets, de questions dépassant largement leurs compétences car
découlant souvent de l’aménagement du territoire. On l’a vu avec les délicates
questions connexes des sables intrusifs ou des effets de l’assainissement liquide,
- l’omniprésence pas toujours pragmatique du politique dans la conduite de
questions nécessitant une expertise prouvée. Elle a même parfois conduit à une
instrumentalisation de l’outil de gestion.

La gestion légère et socio-différenciée de ce service public à caractère social et sanitaire, a


1
eu des retombées sanitaires désastreuses chez une bonne frange de la population . De même
ses préjudices sur le cadre de vie sont colossaux avec notamment une progression de la
dégradation des écosystèmes urbains déjà bien fragiles.

1
Qui par son statut de contribuable en supporte aussi les pesanteurs financières.

365
Les responsabilités dans ce tableau sont donc partagées. Aussi, au-delà des considérations
socio- économiques qui poussent les populations à adopter des pratiques d’élimination peu
recommandables, il apparait difficile de faire abstraction des coupables approximations des
décideurs en la matière. On a pu voir que globalement, les difficultés actuelles dans la prise en
charge des matières résiduaires solides de la ville sont pour une large part imputables au sous-
dimensionnement des outils de prise en charge sur le domaine public, en rapport avec le
surpeuplement démographique de la capitale et les insuffisances urbanistiques de la ville.

Mais, le véritable problème d’aménagement urbain que pose cette question comporte aussi
une dimension historique plus profonde. Ses origines remontent à presque un siècle en arrière,
lorsque le territoire de Daccar après moult péripéties et instabilités politico sociales, passa de
village « Lébou » émancipé du Cayor, à ville phare de la colonisation française. Les
politiques de salubrité aussi déficientes que différentielles alors initiées par les autorités
coloniales, vont pour une large part introduire ces profondes inégalités et dégradations que
connait aujourd’hui la ville en matière d’hygiène.

366
TROISIEME PARTIE CAUSES HISTORIQUES ANCIENNES :
GENESE, ENJEUX, ET EVOLUTION DE LA QUESTION « DECHETS » A
DAKAR
Peu importe les périodes, les villes du monde quelles que soient leurs localisation et taille,
leurs morphologie et physionomie, ont pour dénominateur commun d’être des « creusets de
civilisations ». Mais, hormis ces caractéristiques communes qu’on peut qualifier
d’universelles, celles d’Afrique Noire semblent avoir du mal à se défaire d’une identité qui
leur serait propre, et qui à travers une image stéréotypée, en fait des entités grouillantes et
désordonnées, suantes et sales en permanence. Tels sont en effet les attributs complémentaires
qui leur sont associées. A populations sales, espaces salis, soutiennent lesdites logiques, pour
une malpropreté, individuelle au niveau domestique et collective sur le domaine public.
Les fondements historiques de cette vision qui s’applique en général au cadre subsaharien,
1
doivent pour beaucoup aux récits des colons, explorateurs ou missionnaires occidentaux qui
pour des raisons diverses, séjournèrent dans le continent durant l’ère moderne. Dans nombre
de cas, leurs dires semblaient, traduire chez certains d’entre eux un syndrome de déni
psychologique de leurs limites biologiques dans le nouveau contexte africain.
On peut en effet supposer que le moral sapé par les conditions d’un contact souvent
difficile avec le continent, leur objectivité aliénée, certains explorateurs-colons dans leur
caractérisation des éléments naturels (physique, climatique…) du milieu, en sont presque
arrivés à reprocher au continent son appartenance aux tropiques. Cette appréciation est une
manifestation de la réaction récurrente l’homme-acteur qui, face à des situations devant
lesquelles il éprouve des difficultés à asseoir sa maîtrise, son contrôle, procède parfois à un
transfert négatif sur l’espace matériel (hommes, environnement) et immatériel (esprits).
Toutefois, une possible origine idéologique n’est pas à écarter, pour expliquer cette posture,
qui a poussé l’explorateur-aventurier, le colon, ou encore plus tard l’administrateur européen,
à décréter le continent africain comme hostile et attardé à tous points de vue. On sait en effet
que la mission colonisatrice avait besoin d’une caution morale civilisatrice, théorisée par ses
plus brillantes élites intellectuelles et militaires.
Que ce soit en réaction d’un milieu jugé hostile, ou par stratégie idéologique, l’hygiène des
populations africaines a aussi très tôt été instrumentalisée par l’administration française.
Certains de ses officiers présents en Afrique de l’Ouest dès le XVIII° siècle, ont très vite
alimenté cette chronique qui assimilait peuple négroïde du continent Africain à « saleté et
puanteur », d’ailleurs souvent en opposition au blanc, signe d’immaculé et de propreté.
Ces propos dérivaient d’ailleurs d’une caractérisation générale du noir, évoquant une
paresse et une insouciance séculaires, et qui lui seraient congénitales. C’est presque en ces
1
termes que GALLIENI , dans ses récits de missions pour le compte du Gouvernement
Français, dépeignit les populations noires, dénonçant par ailleurs « leur préférence pour une
2
agriculture de subsistance, consécration de cette paresse » .

1
Pourtant l’un des fervents partisans d’une pénétration pacifique en Afrique, contrairement à une « aile dure » symbolisée par Archinard.
GALLIENI s’était notamment illustré en entamant des négociations avec le résistant Ahmadou lors de la campagne du Niger vers 1880.
2
KANE.M.M « Le discours des officiers soudanais sur les peuples du Soudan occidental de 1850 aux années 1900 :l’africanisme français à
l’époque de l’expansion militaire in Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines n°23. 1993 p 53-78. KANE cite Edmond Ferry
qui parlant des noirs, estimait « ils usent sans retenue de ce que leur donne le sol, mais ne pensent pas à conserver la moindre réserve pour
les mauvaises années » ou encore, « qu’ils aiment quand leurs préoccupations ne les appellent pas au dehors, s’accroupir sur le pas des
portes à fumer ou à se polir les dents avec un morceau de bois tendre ou encore à palabrer : le repos est selon l’auteur « leur bonheur
suprême et ils en usent en bons philosophes ». Il reprend aussi Péroz Etienne qui explique le phénomène par le manque d’ambition
caractéristique du Noir « qui n’a plus rien à désirer s’il possède une case, une ou deux femmes, un fusil, quelques captifs, une vache, de rares
moutons et assez de mil dans les greniers pour préparer le couscous quotidien… ».

367
1
MAGE parlera de leur goût immodéré pour le désordre ; l’officier français décrira aussi
leurs habitations comme « misérables », leurs ustensiles comme « grossiers » et leurs arts les
plus avancés –la métallurgie et le tissage-, comme étant encore dans l’enfance. Près d’un
siècle plus tard, l’actualisation de cette image se fait par le biais de descriptions sordides qui
aujourd’hui touchent peu les espaces ruraux, mais accablent les villes d’Afrique.
En matière d’hygiène, ces « clichés » évoquant des populations, adeptes d’une approche à
la fois « sommaire » et désastreuse dans la gestion de leur environnement et de leurs rejets,
sont encore de légion. Au-delà de l’espace extérieur, même le cercle intime intérieur serait
2
totalement contaminé . Ces stigmatisations et accusations de malpropreté dont est souvent
sujette une frange des résidents de la ville africaine, largement décortiquées dans les
premières et secondes parties de cette étude, ont révélé pour Dakar quelques nuances. Souvent
et abusivement pointées du doigt, populations et espaces, marginalisés et dégradés sont
pourtant plus victimes que coupables.
Mais que l’on soit clair, ont souvent été exclues de cette caractérisation - malgré la
géographie -, les contrées, cités et peuples du Maghreb. Progressivement dépouillée de son
« africanité », l’Afrique du Nord a en effet très vite figuré parmi les joyaux d’un orient
3
magnifié. GOUREVITCH de rappeler dans son ouvrage « La France en Afrique », que
l’évolution du terme « africain » désigne aujourd’hui la population subsaharienne par rapport
à celle maghrébine.
Pourtant, si leur histoire est loin d’être commune, les points de convergence étaient
nombreux. NIANE D.T précise : les villes du Soudan comme leurs homologues du Maghreb
(…) avaient toutes un air de famille. Pour l’auteur, rarement les rues se coupaient à angle
droit, elles serpentaient au milieu des constructions pour aboutir soit au marché, soit à la
mosquée les deux grandes places essentielles de la vie citadine.
Partageant aussi naguère un même passé hygiénique, ces villes vont dans leur évolution
contemporaine, être confrontées à des questions de gestion urbaine, problèmes pour lesquels
les réponses des administrateurs s’avéreront peu satisfaisantes notamment pour les
populations démunies. En matière de gestion des déchets, les réalités actuelles, des
4
« zabbalines » au Caire, aux « Buuju mens » de Mbeubeuss, à Dakar en passant par les
récupérateurs de déchets de Casablanca, ne sont pas fondamentalement distantes, même si les
villes ont toutes eu une trajectoire singulière.

1
MAGE E-A "Relation d'un voyage d'exploration au Soudan (1863-1866)" . In Revue Maritime et Coloniale, 1867, XX (mai), p. 26-88. A
propos de ce voyage, Assane SECK –Op cité p 300- nous apprendra que c’était en vue de l’établissement d’une liaison ferroviaire entre
Saint-Louis et les pays du Moyen-Niger (notamment pour les besoins de la pacification militaire puis de l’exploitation économique de la
zone), que MAGE fut envoyé en mission en 1864 reconnaître ces territoires.
2
Voir BERNASCONI D, (2000). Eléments de réflexion sur le problème des déchets dans les grands centres urbains d’Afrique de l’Ouest.
Mémoire de DEA. UFR de Géographie et d’Aménagement. Université Michel de Montaigne Bordeaux 3. Septembre 2000. 86 pages
3
GOUREVITCH J-P, (2006). « La France en Afrique : cinq siècles de présence : vérités et mensonges ». 2006 Ed Acropole 451 p.
4
Communauté ethnique de chrétiens coptes qui s'adonnent au ramassage et au triage des déchets au Caire. La fraction organique récupérée
est principalement destinée aux élevages de porcs.

368
« Discuter » cette image qui attribue une connotation culturelle aux difficultés actuelles de
la gestion de la salubrité, nécessite donc inévitablement un retour dans le temps, tout au moins
jusqu’à la période « tampon » de la colonisation du continent ; elle a justifié l’analyse de la
question déchet à Dakar, sous le prisme colonial. Mais, l’étude des origines historiques de
l’immondice, autrement dit sa « naissance » dans cet espace, suggère de remonter plus loin, et
de revisiter les épisodes de la création des villes africaines, pour lesquelles le débat reste
d’ailleurs toujours d’actualité.
C’est dire qu’aborder la question historique des déchets dans une entité aujourd’hui
urbaine comme Dakar, appelle forcément en vue d’une meilleure compréhension de la
situation actuelle, une étude de la situation, avant l’avènement des mutations politiques et
spatiales décisives. Ici en l’occurrence, celles ayant conduit à son érection « officielle » en
ville sous domination française au 19° siècle.
L’analyse déchet dans le Dakar contemporain, a par souci de clarté et de cohérence
méthodologique, ratissé large et élargi la question de manière plus globale aux pratiques
d’hygiène. Pour cette partie historique, cette extension s’imposait d’elle-même : concernant la
plus reculée des périodes embrassées, la question déchet pas encore différenciée, ne pouvait
en effet être dissociée de l’hygiène.
Ce survol historique met en scène deux principaux faits. Un premier qui a trait à la
persistance de préjugés et théories de malpropreté évoqués plus tôt, et qui accompagnent
généralement les peuples d’Afrique au Sud du Sahara. Ces théories ont été développées par
les tenants d’un fondement socio-anthropologique de ce prétendu défaut d’hygiène des
populations, notamment sur le domaine public, défaut d’hygiène qui aurait conduit à la
détérioration des conditions de salubrité des populations. Alimentés par des notes d’auteurs
qui nous ont semblé partiaux, ces positions ont pu traverser les âges du fait de la faiblesse des
écrits scientifiques concernant les modalités de prise en charge des déchets dans cet espace et
durant les périodes reculées. Il s’agira alors, tout en étudiant de manière transversale la
question déchets solides dans ces territoires, d’y vérifier la pertinence de cette étiquette de
peuple « sales » dont sont affublés les autochtones occupant cet espace sus mentionné,
victimes on l’a dit d’une caractérisation historique aux fondements bien discutables.
Le second fait a trait au rôle de l’aménagement territorial, dans les politiques de santé et
d’hygiène coloniales. On y analysera pour cette période, les impacts d’un ensemble de
manquements et carences techniques et administratifs, qui ont pu être décisifs dans la
dégradation des conditions d’hygiène des populations autochtones, y compris sur le plan des
déchets. Ces manquements découlaient d’ailleurs eux-mêmes très souvent, de mesures
politiques officielles.
Sans aller jusqu’à énoncer une théorie sur la pratique hygiénique traditionnelle de ces
populations noires, l’un de nos buts sera alors d’apporter un éclairage nouveau sur un aspect
particulier de l’hygiène : celui de la prise en charge traditionnelle de ces résidus dans les
entités africaines d’alors. Car, qu’elles aient été considérées comme villages, localités proto
1
ou semi-urbaines ou encore villes, les préjugés caractérisant ces espaces de vie et leurs
occupants sont restés tenaces.

1
ONIBOKUN A.G & KUMUYI A.J. In « La gestion des déchets urbains. Des solutions pour l’Afrique ». Edition CRDI-Khartala 2001.
250 pages.

369
CHAPITRE I D’un « socle » commun, à des mutations décisives :
1. Faits sociaux majeurs et évolution de la pratique rudologique en Afrique.
Inutile néanmoins en y abordant cette rétrospective historique des déchets, de revenir en
détails sur les modalités du peuplement du continent africain ; le sujet on l’aura compris, a
déjà fait l’objet d’une pléthore d’études, qui d’ailleurs suscitent toujours autant de
controverse. On se limitera à rappeler le consensus scientifique qui s’est finalement dégagé,
celui qui admet globalement que le processus d’occupation spatiale qui aboutit à la naissance
des principales sociétés et civilisations, s’est mit en marche par le biais d’un peuplement
Australopithèque et Homo habilis d’Oldoway.

Ce peuplement serait parti de la région des Grands Lacs ou de la pointe Sud du continent,
dés la fin des dernières glaciations marquant le début du Paléolithique Inférieur vers 5
millions d’années avant Jésus-Christ. Il suivra le cours du Nil et de ses vallées fertiles jusqu’à
son embouchure. Puis, il se serait ultérieurement (c’est-à-dire vers 2 millions d’années avant
J-C, et sans doute simultanément) diffusé en Asie via l’actuel Moyen-Orient, mais aussi en
Europe.

L’étude du mode de vie de ces populations apparues dès l’époque paléolithique a établi au
chapitre des activités quotidiennes des pratiques connues de cueillette, de chasse (petit gibier),
1
de pêche ou encore de végéculture pour l’alimentation. On a même relevé l’usage au besoin,
de galets aménagés puis de bifaces (outils en pierre taillée) dès 300 000 avant J-C.

Cette période des grandes migrations humaines n’excluait pas une production de rejets, le
déchet ayant de tout temps accompagné la vie de l’homme, le suivant comme l’ombre de sa
2
présence . Toutefois, la mobilité des populations ainsi que les faibles capacités de stockage et
d’accumulation -vie au jour le jour-, expliquent sans doute que ces rejets, principalement
alimentaires (carcasses et déchets de consommation du gibier dont les ossements et les
peaux), de même que les résidus des procédés de production, aient pu sans grand mal se
diluer dans l’environnement. A ce titre, GOUHIER souligne : ces résidus sont accumulés
localement, mais en fait répartis de façon très dispersée dans un espace occupé de façon
3
lâche et relativement mobile .

1
Selon DESCHAMPS (1970, 126), cette pratique se situerait à cheval entre la cueillette et l’agriculture.
2
GOUHIER J, (2000). « Au delà du déchet, le territoire de qualité ». Manuel de rudologie. Presse Universitaire de Rouen et du Havre. 240
pages. P 102.
3
GOUHIER J. Op cité p 103.

370
L’amélioration et le perfectionnement des techniques de chasse et de pêche, par
transformation des ossements d’animaux en outils divers (poinçons, haches, hachereaux…),
introduiront dés la fin du paléolithique, une diversification de la production de déchets. La
pratique d’activités non primaires (non liées à l’alimentation), laissera aussi quelques sites de
transformation, notamment de blocs de pierres, en outils rudimentaires.
Déjà outillé, disposant du langage et maîtrisant le feu, l’ancêtre de l’homme actuel illustrait
son quotidien avec des gravures et peintures rupestres dans les habitats (grottes). Il pratiquait
aussi la pensée magico-religieuse, ainsi que quelques rites tels que l’enterrement des morts, et
se berçait même par la musique.
Parures, sculptures et ornements à base d’ossements, constitueront aussi une des premières
manifestations de l’avènement de cette facette culturelle (culture associée) d’homo sapiens-
sapiens, qui marquait l’évolution d’hominidé. Leur dégradation naturelle de même que celle
des peaux de bête à usage d’habits, va étoffer la production rudologique et laisser en la
matière des témoignages essentiels. Nombre de ces déchets vont en effet livrer quelques
secrets et fournir des indications clés à l’archéologie préhistorique ; on reviendra d’ailleurs
plus en détail sur les apports de cette discipline pour le cas de Dakar.
Sur le continent et dans la plaine soudano sahélienne, la poursuite des migrations internes
de survie, combinée aux mutations spatiales et aux invasions, a abouti au déclin de certains
pôles de civilisation. Elle a aussi permis un essaimage humain sur la partie occidentale jusque
là quasi inhabitée, même si cette progression vers le sud-ouest s’explique aussi par les
changements climatiques régionaux majeurs, notamment l’assèchement du Sahara intervenu
vers 4000 ans avant notre ère. Sur ces vastes territoires nouvellement occupés et qui
accueillaient peuples opprimés, défaits ou chassés (dans tous les cas contraints à l’exode),
vont très vite se développer des réseaux d’échange et ce brassage culturel amorcés dés le
1
néolithique c'est-à-dire vers –7000 ans avant J-C, et à l’Age du fer.
La fixation des populations intervenue en même que la sédentarité et la domestication des
espèces animales et végétales, contribua à la formation de cités étroitement liées aux
campagnes, qui d’ailleurs les approvisionnaient largement en productions agricoles. La vie
socio-économique de l’Afrique subsaharienne qui reposait depuis l’époque de la pierre sur la
chasse et la cueillette s’orientait ainsi progressivement vers l’agriculture et l’élevage, même si
la production précoloniale est longtemps restée fondée sur la culture du sol à la houe (la daba)
après un défrichage par brûlis. Pas d’araire ni d’énergie animale exploitant la roue, seule
comptait la force humaine, alors que sur le plan des industries, les forgerons travaillaient déjà
dés le néolithique le fer, le bronze, le cuivre (qui détrônent le silex) mais aussi l’or. Selon
2
GOUREVITCH , le fonctionnement de cette société était aussi caractérisé par l’absence de
propriété foncière, l’importance du nomadisme, la faiblesse de la productivité, la
thésaurisation par l’objet (bijoux, or), le nombre de têtes de bétail et la possession d’esclaves.
Cette effervescente période du néolithique marquait donc la naissance d’un mode de vie
nouveau basé, outre l’amélioration des organisations socio- politiques et militaires, sur le
développement de techniques accroissant la production-consommation mais aussi le
commerce.

1
C’est cette période qui nous servira d’ailleurs de limite inférieure car correspondant réellement aux débuts véritables de la production
rudologique pour différents groupes dans des espaces déterminés.
2
Op cité p 42.

371
Si la sédentarisation a quasi-automatiquement conduit à la mise en place des premiers
procédés de gestion des matières résiduaires, la pré-densification des établissements humains,
ainsi que le développement des activités de production et de la consommation qui vont en
découler, accentueront cette tendance et influeront directement sur l’évolution physique et
quantitative des productions rudologiques. Les quantités vont augmenter, et les sources de
production, se diversifier.
Sur ce plan, bien qu’il exista quelques particularités liées aux conditions climatiques et
géographiques générales de l’époque, ainsi qu’aux densités de populations (variables selon les
continents), le survol préhistorique de la production de déchets solides ne révèle guère de
grandes variations au niveau domestique, y compris pour l’élimination extérieure des résidus,
pratiquée pour des raison essentiellement hygiénique. Selon GOUHIER, la décharge
collective serait le premier mode d’élimination des déchets, qui par ailleurs, étaient à majorité
1
alimentaire. Beaucoup plus collectives, plus durables, probablement moins expressives , ces
décharges collectives présenteraient d’après son analyse, les mêmes modalités sur tous les
continents. Notons toutefois que la partie organique des déchets, était déjà destinée aux
animaux domestiqués (chiens, moutons, chèvres etc.), reflétant une dimension quasi innée des
procédés de valorisation.
Comme partout ailleurs, l’habitat africain lieu principal de production des déchets, se
singularisait et s’affirmait ; en plus des décorations rupestres, la sphère domestique s’était
entre temps notablement sophistiquée, avec l’apparition d’ornements et de meubles et outils
d’usage quotidien. Parmi les ustensiles on retrouvait des haches, pilons, meules, mais aussi de
la poterie en argile avec des récipients à eau ou à grains, des écuelles etc. Leur usure formera
avec les restes alimentaires, les déchets de production (éclats divers), et les résidus de
quelques objets culturels (parures…) devenus désuets, la base de la production rudologique en
évolution. L’introduction de l’hygiène primaire au niveau domestique dés les premières
périodes de notre ère, produira quant à elle les eaux sales qui formeront les premiers rejets
liquides à gérer dans ces cités.
Toutefois, il est avéré que ces entités naissantes constituèrent le siège d’intenses activités
économiques et culturelles, et d’où partira un rayonnement qui donnera plus tard naissance
aux civilisations négro-africaines. Sur le continent, parmi la multitude d’établissements
humains en place à la fin de la préhistoire, quelques grands foyers de peuplement
bourgeonneront à la faveur des mutations sociopolitiques et des recompositions diverses.
Dans l’ouest, ils accoucheront des empires néo soudanais, dont le plus prestigieux fut sans
doute celui du Gana qui dès l’an 300 de notre ère, constituait un point de rencontre des
caravanes commerciales venues de méditerranée par le biais du commerce caravanier
2
transsaharien . Il laissera place au Mali et plus tard à l’empire Songhay, alors que plus au
centre, s’étaient déjà établis les royaumes Yorouba d’Ifé et du Bénin du Golfe de Guinée, les
dynasties du Kongo. Le Zimbabwe et le Zambèze (Monomotapa) à l’Est verront le jour entre
les 14° et le 17° siècle, coïncidant avec l’abordage des terres africaines par voie atlantique par
les Portugais en 1445 dès la seconde moitié du 15° siècle. Plus tard émergeront les royaumes
Haoussa et une Ethiopie qui reviendra sur le devant de la scène au 19° siècle avec la création
de Addis-Abeba future capitale de l’Afrique indépendante. La population s’accru notablement
et atteignait environ 10 millions d’habitants vers l’an 1000. L’extension des cités puis leur
ouverture au reste du monde dés l’ère moderne, ont constitué les conditions favorables à un
accroissement démographique.

1
GOUHIER J. op cité p 103
2
Cependant selon COQUERY-VIDROVITCH, la découverte de l’Afrique de l’ouest par les Arabes est plus tardive. Selon l’auteure, elle
démarre véritablement, au milieu du VIIIe siècle, avec la fondation au Maghreb de Sijilmassa, étape caravanière importante qui ouvrait la
route du Soudan et de son or.

372
Qui dit concentrations humaines, dit augmentation des productions résiduaires. Jusque là
d’origine domestique, elles proviennent aussi désormais du développement de l’artisanat et de
la proto-industrie, qui contribueront à étoffer la palette de déchets de production (cuir, fer,
bois d’œuvre…). Ces déchets viendront s’ajouter aux résidus organiques issus de la
production agricole et de la consommation alimentaire, sans toutefois constituer une
contrainte majeure dans leur gestion selon le processus d’hygiène individuelle et collective.
Peu nombreux et encore largement inoffensifs, ces déchets bénéficiaient généralement d’une
gestion communautaire partagée.
Cette précision nous semble essentielle. Car si le fil conducteur a probablement du être le
même en matière de production et d’élimination des déchets ménagers, (tout au moins
jusqu’au Néolithique), dès les premiers siècles de l’ère moderne, se profilaient en Europe des
changements qui on le verra, ne cesseront dès lors de s’accentuer et finir par établir des
particularités en la matière. Avec la densification de l’espace urbain en occident, certaines
mutations comme l’avènement de la production industrielle, feront plus tard des déchets, des
matières suspectées de porter atteinte à la santé des populations. La théorie des hygiénistes
désignera les miasmes, comme étant les principaux facteurs de déclaration et de propagation
des maladies et épidémies.
En Afrique, l’instabilité et le morcellement politiques avaient pris de l’ampleur avec les
guerres et conflits locaux. Ce climat de belligérances intestines (pillages et razzias), en
favorisant la mise en dépendance de l’espace soudanien, avait aussi fortement dégradé les
conditions de vie des populations notamment les plus faibles. Il a largement facilité la
perpétuation des exactions et favorisera aussi la mise en œuvre massive de la traite négrière à
travers le commerce transatlantique.

Il est donc probable que le maintien des habitudes hygiéniques quotidiennes, ne devait
dans durant ces périodes troubles, constituer une priorité chez les populations civiles
opprimées. Pourtant, ces conditions très particulières n’ont pas semblé avoir modifié la
pratique rudologique des résidents, qu’ils aient été en mouvement (exode), en captivité, ou
subissant in situ la loi de tyrans.. Tout laisse penser que les ravages de l’esclavage féodal, de
celui dit arabo-musulman, ou même les méfaits de la traite atlantique n’ont pas notablement
affecté l’hygiène et les dispositifs de prise en charge des déchets chez les populations (du
moins dans leur aspect individuel et domestique). Ils n’ont que peu déteint sur l’approche
déchet des populations, ainsi que sur les mécanismes traditionnels de prise en charge, y
compris ceux développés dans les entités urbaines.

373
2. Approche traditionnelle de la salubrité. Prise en charge dans des entités déjà
urbaines.

Il ne s’agit pas ici de rediscuter la question du positionnement des sociétés négro africaines
précoloniales sur le baromètre civilisationnel, encore moins de faire un procès (de plus) de la
présence coloniale européenne en Afrique. Notre objectif est plutôt de tenter d’isoler du
processus général qui conduisit à la déstabilisation des entités socio- économiques et
politiques du continent, le rôle de la colonisation dans la désorganisation de l’approche
traditionnelle et locale de la salubrité dans l’espace ouest-africain, au moment où la
1
différenciation des pratiques rudologiques intervenait à l’échelle mondiale . Quelle pouvait
être en matière d’hygiène, la situation dans les espaces ruraux, les villes précoloniales ou
2
centres désormais urbains , durant cette période tampon de transition des entités
indépendantes d’Afrique vers des propriétés coloniales.

En employant le terme ville pour désigner de ces entités, il a semblé tout aussi essentiel de
s’arrêter sur son concept même, ou sur la base de quels critères un espace peut être dénommé
comme tel, et quid de la « rétro-validité » ou pas de cette notion ?

Pour les tenants d’une approche démographique, la question reste encore en suspens y
3
compris au Sénégal. Selon DIOP , la Direction de la Prévision et de la Statistique reconnait
comme ville, tout centre de plus de 10 000 habitants, alors que service de l’urbanisme fixe à
5000 habitants au moins, la population des localités où est exigé un permis de construire, et
qu’enfin, le seuil choisi par la Direction de l’Aménagement du Territoire est de 2500
habitants.
4
Dans « Afrique contemporaine », COQUERY –VIDROVITCH défini quatre principales
phases dans la périodisation urbaine du continent noir :

 Les villes anciennes dont l'émergence selon les lieux correspond à


l'expansion de l'agriculture qui a permis l'approvisionnement de groupes
dirigeants non-productifs,
 Les villes nées des contacts avec l'islam et le monde arabe, dont la
fonction de relais culturel et marchand devint évidente,
 Puis ce seront les forts côtiers Portugais introduits dés la seconde moitié
du XV siècle,
 Enfin la phase coloniale qui imposera une rupture, utilisant ou
concurrençant les réseaux antérieurs.

1
Le cadre géographique campé précédemment et la fourchette historique partant de la naissance des grandes entités socio politiques de
l’ouest africain (vers 300 après J-C) ont permis d’intégrer cette période charnière dans la problématique.
2
Et découlant de l’installation européenne issue de la politique coloniale officielle visant l’annexion du continent.
3
DIOP A (2004). Villes et aménagement du territoire au Sénégal. Thèse de doctorat d’Etat. UCAD-DAKAR. 404 pages. P 157
4
COQUERY –VIDROVITCH C. op cité

374
Cette approche qui rejoint l’analyse de l’évolution des peuples d’Afrique telle qu’énoncée
1
par le Professeur Cheikh Anta DIOP , introduit donc la notion d’urbanité, faisant référence à
la ville. Cette notion ne peut selon l’auteur, être validée qu’après l’association d’au moins
trois critères:
- la possibilité d’un surplus agricole susceptible de nourrir les non-producteurs
- la présence d’activités commerciales : présence d’une classe de marchands
spécialisés dans la collecte et la redistribution des vivres.
- la présence d’un pouvoir politique : classe de dirigeants capables d’organiser
l’utilisation du surplus par les non-productifs. Il ne saurait donc être question de taille
; il peut y avoir des villes de 2000 habitants et des villages de 50.000 selon l’auteur.
L’organisation sociale et territoriale élaborée, témoigne du dynamisme de ces entités
africaines en question, dont certaines outre leur fonction de capitale et siège central du
pouvoir politique, constituaient en leur temps un point de convergence des activités
économiques.
Capitales, mais non moins villes selon le Professeur KAKE I-B dans le préambule de son
ouvrage « Les villes historiques ». L’auteur reprenait aussi le géographe Richard Mollard pour
qui la ville n’est pas une simple agglomération de matériel humain : « cent mille paysans
rassemblés dans la puszta hongroise sur une butte qui échappe à l’inondation restent des
paysans, et leur regroupement un village. La ville est un organisme cohérent et vit des
2
échanges, de la politique, de la pensée » . C’est d’ailleurs l’avis de MUMFORD pour qui « le
village avec ses rites et ses objectifs limités, n’aurait pu se transformer en cité, du seul fait de
3
l’accroissement de sa population ».

On renverra aussi à l’excellente définition d’Abdoulaye BATHILY qui insiste sur


l’impossibilité d’une définition de la ville qui soit opératoire pour toutes les sciences sociales
pour tous les pays et à toutes les époques. Il donne le nom de « ville » à toute agglomération
présentant des activités professionnelles suffisamment diversifiées incorporant l’ensemble de
la communauté dans un réseau d’échanges avec d’autres communautés. Selon lui, «
L’apparition de la ville serait le signe qu’une agglomération donnée a développé ses forces
productives matérielles et/ou spirituelles à un niveau qui l’incite à dépasser le cadre de l’auto
subsistance pour entrer en rapports d’échanges avec d’autres communautés plus ou moins
éloignées (le voisinage rural immédiat ayant ou d’autres communautés ayant des productions
complémentaires). En plus de ces critères socio-économiques, la ville que les Soninke
désignent par le mot composé debi xoore (« grande agglomération »), peut être repérée à
partir d’un critère culturel. C’est le lieu où l’individu peut vivre inconnu d’une partie de la
4
population ».

1
DIOP C-A, (1954). « L’Afrique Noire Précoloniale ». Editions Présence Africaine. Edition Revue 1987. 278 pages
2
KAKE BABA I, (1976). « Les villes historiques ». Collection Mémoire de l’Afrique. Edition NEA. 1976. 30 pages. Rien ne dit par contre
qu’un village ne puisse être lui aussi un organisme cohérent et vit des échanges, de la politique, de la pensée.
3
MUMFORD L (1964). « La cité à travers l’histoire ». Editions du Seuil 776 pages. P 41
4
BATHILY A (1989). « Les Portes de l’or ». Le Royaume de Ngalam (Sénégal) de l’ère musulmane au temps des négriers (VIII°-XVIII°
siècle). Editions L’Harmattan. 379 pages. P 56-57

375
Nombre d’auteurs partagent donc les thèses du Professeur KAKE qui en retraçant l’histoire
du passé africain, réfute l’assertion selon laquelle la ville serait une création de la
colonisation, même si nombre d’entre elles furent le fruit de l’implantation des colons
européens sur le littoral. Ainsi, en dehors du foyer soudanais, les cités intérieures de Bénin-
City, Ibadan, , Zimbabwé (14-15° siècles), Kano, Mbanza-Kongo, Kong, Timbo, Sokoto ou
Addis-Abéba constitueraient donc autant de villes historiques qu’elles ont partagé la
particularité d’avoir constitué des creusets d’activités économiques, d’échanges commerciaux,
de rencontres et brassages socioculturels divers.

Cet espace soudanais et plus tard sénégambien englobant le territoire de l’actuel Sénégal,
est occupé par les peuples noirs d’Afrique de l’Ouest (sémites). Ce territoire fut on l’a dit sous
contrôle de l’Empire du Gana, dont la ville la plus connue reste Koumbi-Saleh capitale de
l’empire (8-11° siècles). A son déclin, l’empire du Mali prendra le relais avec Djénné dite la
« Venise africaine » au 11° siècle (qui avait à l’époque sa population dépassant 20 000
habitants), Tombouctou « perle du Soudan » au 12° siècle, avant l’émergence des royaumes
du Tékrour ou d’Aoudaghost, après la dislocation des grands empires. D’une urbanité
remarquable, elles furent pendant longtemps des destinations prisées par les milieux
commerciaux et intellectuels du monde entier, tout comme elles suscitaient nombre de
convoitises. Cette lecture tend à démontrer que la ville ne serait donc pas une invention de la
colonisation, même si le contenu et les représentations ont pu différer en fonction des cultures
et des sociétés, de l’évolution historique, mais aussi et surtout des orientations stratégiques
induites par ceux ayant rédigé cette histoire.
Evoquer la question des déchets dans quelque entité d’Afrique de la fin du moyen âge,
revient aussi nécessairement à s’orienter vers une appréciation des modalités de production de
ce qu’il est convenu de nommer comme tel, de même que leur prise en charge individuelle
et/ou collective. Mais, on savait déjà que peu d’informations renseignaient sur le passé du
soudan occidental entre la fin de la préhistoire et les IX° et X° siècles. Si comme l’a rappelé
1
DESCHAMPS. H : « Nous ne savons pratiquement rien de ce que fut le passé du soudan
occidental entre la fin de la préhistoire et les IX° X° siècles, ce constat est encore plus
accentué pour ce point relatif à la salubrité de ces espaces, tant sont furtives et
microscopiques ses apparitions dans les textes et récits.
Les rares informations en la matière ont été celles isolées parmi les indications d’ordre
général, contenues dans les textes anciens décrivant les scènes quotidiennes de la vie social,
professionnelle, de relation, mais aussi dans les témoignages écrits ou oraux divers. Adjointes
aux renseignements fournies par les sources archéologiques, ces indications ont ensuite fait
l’objet de recoupements avec d’éventuels paramètres sanitaires ou épidémiologiques de
l’époque en vue d’une meilleure fiabilité. Un petit rappel du fonctionnement économique et
de l’organisation politico-sociale dans ces entités permettra de situer le contexte.

1
DESCHAMPS H, (1970). « Histoire Générale de L’Afrique Noire de Madagascar et des Archipels ». Tome I. Des origines à 1800. PUF
1970. 572 pages + annexes. P 185 .

376
2.1 Organisation politique, militaire et sociale :

Il est probable que dès les premières périodes de notre ère, une bonne partie du continent
africain dont notamment l’ouest, fut organisée en une multitude d’Etats indépendants ou
vassaux, mais d’envergure variable. La stratification des sociétés en castes, qui découlait de la
division du travail, l’entretenait aussi et perpétuait l’hérédité des charges et des fonctions.
Encore largement présente jusqu’au début du 20° siècle, cette société clanique et tribale
1
dont parlait NIANE , comportait une aristocratie (hautes classes), longtemps dominée par les
chefs de grandes familles guerrières, les fonctionnaires civils : ministres, gouverneurs, juges,
notaires, secrétaires…, et les classes de l’armée. On distinguait ainsi d’un côté les hommes
libres (qui selon PARK étaient nommés slatés en Afrique de l’Ouest) et de l’autre les
esclaves, qui tout en constituant le dernier niveau de la hiérarchie, occupaient aussi des
fonctions stratégiques comme celles militaires. Ces derniers constituaient le gros des armées,
et parfois même une élite guerrière très respectée avec l’exemple des guerriers Tiéddos au
Sénégal, autant bon combattants que pilleurs-nés, et éternels adeptes de beuverie.
Parmi la classe des hommes libres, les paysans et les artisans avaient une fonction de
production essentielle à la vie économique de ces entités. Les premiers assuraient une partie
du ravitaillement des villes alors que les seconds, forgerons, bâtisseurs, couturiers, tisserands,
teinturiers, cordonniers, armuriers, potiers (présents depuis la civilisation Nok), vanniers…,
proposaient toute une gamme de services, et à travers l’artisanat, multitude d’objets d’usage
courant. Les cordonniers fabriquaient selles de chevaux, sandales, gaines de couteaux,
fourreaux d’épées, poches…, les tisserands, des pagnes et étoffes, les boisseliers et bûcherons
(appelés Laobés au Sénégal) des mortiers, pilons, récipients etc. Formant des castes méprisées
2
mais souvent redoutées pour leurs « pouvoirs magiques » , les tegg par exemple descendants
des producteurs de la métallurgie du fer, étaient souvent considérés comme les maîtres des
éléments essentiels à la vie que sont l’air, l’eau, la terre et le feu. Les forgerons fabriquaient
les instruments aratoires, ainsi que les ustensiles de cuisine, alors que les bijoutiers se
spécialisaient dans la fabrication de bijoux et autres objets d’art.
Une partie de la production de ces artisans avait une vocation artistique et culturelle, avec
des réalisations souvent d’origine rituelle (masques ou réalisations en rapport avec les
croyances traditionnelles et le monde surnaturel), ou profane ; sculptures et décorations. Leurs
créations seront très vite rejointes par les apports d’autres spécialités telles que les tapisseries,
les maroquineries… fruits des contacts avec l’Afrique du Nord et l’orient. Dédiées d’abord
aux rois et à l’élite politique, les productions artistiques vont plus tard se démocratiser et
connaître un grand essor, avant subir quelques contingences religieuses à la faveur notamment
de l’islamisation des souverains. Cela dit, les lois et règlements restaient généralement très
souples à l’égard des autres pratiques religieuses, et la nouvelle culture négro musulmane de
parvenir à garder quelques reliques de ces arts païens par l’intermédiaire de la caste des griots,
et des groupes ethniques attachés aux valeurs et représentations profanes encore présents en
Afrique. Sur le plan intellectuel, ces villes de l’ouest africain ont vu se constituer dès le 7°
siècle nombre d’écoles ou d’Instituts d’enseignement et de mosquées-universités notamment
islamiques avec les commentateurs, imams lecteurs et prédicateurs d’origine arabe,
démontrant l’étendue du brassage culturel.

1
NIANE D-T, (1975). « Le Soudan Occidental au temps des grands empires (XI-XVIe siècle) ». Présence Africaine, Paris, 271 pages. P 100.
2
SAINT-MARTIN Y-J, (1989). « Le Sénégal sous le second empire 1850-1871 ». Edition Khartala 1989. 671 pages. P 33. L’auteur reprend
Pélissier.

377
L’activité dominante dans ces villes était le commerce. Le réseau transsaharien par un
trafic caravanier, permettait l’exportation vers les régions occidentales mais aussi au Sahara
de produits tels que les tissus, le fer et l’or, et dans l’autre sens, y arrivaient des céréales, du
poisson, du sel… Sel, fer, tissus prenaient aussi la destination des pays de Rivières du Sud
avec comme principaux détenteurs de cette filière d’échange sud, les commerçants dyula qui
ramenaient esclaves, kola, karité... BERTAUX a même évoqué l’existence à cette époque et
1
pour cette zone, d’un troc muet .
Les commerçants arabes venaient échanger épices, tapisseries et soierie d’orient, chevaux,
contre de l’or et du cuivre, du sel provenant des mines de la région, de la gomme, de l’ivoire,
de la cola, des tissus (colorés à l’indigo ou tissés) ainsi que des esclaves. Plus tard avec le
commerce transatlantique, d’autres « marchandises fines » : argent monnayé et ouvragé,
armes à feu, cornalines, ambre, cristaux fins, cuivre, poudre…, et de « marchandises basses »
(fer ouvragé, tissus, quincaillerie, alcools…), étaient échangées contre les esclaves
(BATHILY 1989, 273).
Mais on y retrouvait aussi dans les marchés de taille variable, qu’ils soient fixes ou
itinérants, avec des produits provenant des campagnes environnantes. L’agriculture
périurbaine approvisionnait l’économie marchande des villes.
Le réseau intérieur proposait alors essentiellement des produits d’exploitation familiale
notamment lors des grandes récoltes (coton, légumes et fruits dont les oignons, le melon, les
dattes…).

2.2 Activités économiques :

Ces relations commerciales florissantes et très développées avec les pays de la bordure sud
de la méditerranée (Maghreb, Egypte, Tripoli…), ainsi que leur statut de zone tampon avec
les pays forestiers du sud, permettaient aux entités soudaniennes de jouer un rôle de villes
2
intermédiaires. BERTAUX rapporte que les itinéraires les plus fréquentés aux siècles
précédent l’ère chrétienne étaient la route allant de Tripoli à Gao sur le Niger, et celle ralliant
le sud marocain à la zone sahélienne qui s’étendait de Tegdaoust à Tombouctou.
Cette position géographique se reflétait même sur la typologie des métiers avec une
floraison de professions connexes au commerce. En dehors des métiers traditionnels précités,
on retrouvait des courtiers, des porteurs, des personnels subalternes, mais aussi scribes,
interprètes et traducteurs. Ces deniers permettaient la communication commerciale entre les
commerçants ou négociants d’origine arabe et les populations africaines parlant certaines des
nombreuses langues régionales telles que le bantou, le songhaï ou encore d’autres plus locales
telles que le manding.

1
Selon l’auteur, les marchands plaçaient en un endroit donné des barres de sel puis se retiraient. En leur absence, les producteurs d’or
déposaient à côté du sel la quantité d’or qu’ils offraient en contrepartie et se retiraient à leur tour. Le marchand revenu, s’il acceptait le troc,
prenait l’or et s’en allait. Sinon, il se retirait à nouveau, dans l’attente que le vendeur d’or augmente son offre. BERTAUX P. Op cité 1966,
48.
2
BERTAUX P (1966). « L’Afrique de la préhistoire à l’époque contemporaine ». Edition Bordas Collection Histoire Universelle. 1966. 349
pages. P 11

378
Ce dynamisme commercial profitait amplement aux monarques ou potentats locaux, qui
1
prélevaient à titre de redevance une part de la production agricole et artisanale . Quoiqu’il
n’existait pas de monnaie étalon fixe, ce qui explique que selon les régions on pouvait
retrouver des cauris (petites coquilles), des barres de fer, des barres de sel etc., l’impôt était
levé sur les marchandises locales ou en transit.

Selon Djibril Tamsir NIANE, le roi avait un droit exclusif sur les pépites d’or et imposait
2
une taxe aux différents négociants. Aussi bien à l’époque de Gana « pays de l’or » avec ses
prestigieuses villes que furent Aoudaghost et Kumbi Saleh, que durant la période de
rayonnement du Mali avec Tombouctou et Djenné, le berceau de l’or en Afrique occidentale
3 4
restait cette zone aurifère du Bouré, Bambouk, Ngalam qui si l’on en croit DESCHAMPS ,
s’étale sur un socle birrimien favorable.

Une bonne partie des échanges et du transport des marchandises se faisait à dos de bête de
somme. Dromadaires, mais surtout ânes et bœufs porteurs constituaient les animaux plus
fréquemment utilisés y compris pour le grand commerce transsaharien. La navigation fluviale
était pratiquée sur le Niger, le Sénégal, et la Gambie, alors que le cabotage était pratiqué sur la
côte par les peuples installées sur le littoral atlantique. Des canots permettaient aussi de
circuler dans les ruisseaux et marais, notamment en saison des pluies. L’ensemble de ces
moyens de transport servaient aussi au commerce intérieur.

Quant aux chevaux, en dehors de leur utilisation dans les cavaleries des armées et par
quelques autres brigands razzieurs, ils étaient réservés aux élites sociales, dont les chefs et
personnages importants. On les retrouvait aussi des montures de race dans les cours royales
où les chevaux servaient à l’apparat et aux courses sportives.

1
Selon NIANE D-T, l’impôt des hommes libres était au soudan occidental, fixé au dixième de la récolte.
2
Nous avons opté pour l’orthographe retenu par BERTAUX pour faire la différenciation entre le Gana Antique et le Ghana moderne
antérieurement appelé Gold Coast. BERTAUX op cité P 48.
3
DESCHAMPS Hubert (1970) « Histoire Générale de L’Afrique Noire de Madagascar et des Archipels ». Tome I. Des origines à 1800.
PUF 1970. 572 pages + annexes. P186.
4
Pour cette zone du Ngalam, consulter l’excellent ouvrage de BATHILY Abdoulaye (1989). Les Portes de l’or. Le Royaume de Ngalam
(Sénégal) de l’ère musulman au temps des négriers (VIII°-XVIII° siècle). Editions L’Harmattan. 379 pages.

379
Photo 71. Bœufs porteurs utilisés pour le transport des marchandises au
début du XX° siècle. Source Archives Nationales.

Photo 72. Transport à dos de chameau au


début du XX° siècle. Source Archives nationales.

Globalement, les situations sociopolitiques à trajectoire variable dans ces espaces,


n’enfreignirent pas la tenue des activités commerciales ; les populations demeuraient à
quelques exceptions près assez tolérantes, voir accueillantes. D’ailleurs en les relatant,
Théodore MONOD semble peu convaincu par les propos de Ibn BATTOUTA regrettant

380
d’être venu au pays des noirs, à cause de leur manque d’éducation et du peu d’égards qu’ils
1
ont pour les hommes blancs .
En réalité, hormis l’épisode de l’assassinat de l’explorateur de la Compagnie du Sénégal
PELAYS dans les gisements aurifères du Galam en 1732, fait rapporté par BATHILY (1989,
337), peu parmi les premiers colons et explorateurs occidentaux eurent en effet à faire face à
une méfiance ou une menace-hostilité de la part des populations autochtones. Dans l’espace
soudanais et plus tard sénégambien, la plupart des explorateurs furent bien reçus ; les élites
locales accueillaient en effet volontiers les premiers voyageurs, dont elles attendaient un
renouveau prometteur et parfois aussi une aide militaire et technique. SAINT-MARTIN nous
rapportera même qu’au 19° siècle, l’explorateur DURANTON épousa une nommée Awa
2
Sambala qui n’était autre que la fille du roi du Khasso , royaume de peuls et de malinkés sur
le haut-Sénégal, et plus tard intégré au Soudan français.
Il semble donc que l’instabilité politique ne gommait pas certains référents sociaux tels que
3
l’hospitalité. Mungo PARK dans les récits de son Voyage dans l’intérieur de l’Afrique, qu’il
effectua dans l’ouest du continent entre 1795 et 1797, souligna à plusieurs reprises ce constat.
Il évoqua notamment les bentangs, ces places publiques qui, en l’absence d’auberges
payantes, servaient aussi de point de chute et d’accueil à l’étranger de passage, le temps que
quelque habitant lui propose le gîte et le couvert gratuits. L’auteur insistera aussi dans de
nombreux passages de son récit, sur une particulière gentillesse qu’il remarqua chez les
4
femmes nègres (P 264). Quelques années plus tard, MOLLIEN -un des survivants du radeau
de la Méduse-, parlant du Sénégal qu’il avait traversé, écrira à ce sujet :
« Quel pays civilisé (occidental) offrirait un tel exemple d’hospitalité. Sans argent,
sans ordre du souverain, sans recommandation on est toujours sûr en Afrique de
trouver une hôtellerie. D’ailleurs, ce n’est pas un gîte qu’on accorde par commisération
au voyageur inconnu et pauvre, comme il arrive très souvent en Europe ; ce n’est pas
une botte de paille dont une avare pitié le gratifie ; si on lui donne à manger, on ne lui
présente pas avec une dédaigneuse liberté les restes de la table où l’on est assis ; au
contraire on le traite comme un ami ; pendant une demi-heure au moins on s’informe,
avec une attention particulière de l’état de sa santé ; on le place à côté de soi ; on
s’excuse de la médiocrité du repas qu’on lui offre ; on lui prodigue enfin toutes les
marques de cette urbanité qui semble appartenir à une civilisation déjà bien avancée ».

S’il existait des foyers d’instabilité dus aux permanents conflits entre royaumes, ces
belligérances ne constituaient nullement la préoccupation des traitants européens
généralement installés sur la côte atlantique et plutôt bien accueillis. De plus, marins
négociants et autres commerçants se contentaient de mener à bien leurs transactions
commerciales durant la saison avant de « lever le camp ».

1
MONOD T, (1937). Méharées, explorations au vrai Sahara. Réédition Editions Actes Sud. 1989 331 pages. P 225
2
SAINT-MARTIN Y-J. (1989). Le Sénégal sous les second empire 1850-1871. Edition Khartala 1989. 671 pages. Abdoulaye BATHILY a
dans sou ouvrage consacré au Galam, cité aussi Duranton qui faisait état d’expéditions menées à l’encontre de certaines populations du Haut-
Galam par un certain Awa Demba du Xasso (1989, 55). Compte tenu du caractère peu vraisemblable qu’il s’agisse de Awa Sambala en
question, nous pensons que ces faits devaient être l’œuvre du père ou d’un proche parent de ladite fille.
3
PARK M. (1799). Voyage dans l’intérieur de l’Afrique. Réédition Editions La Découverte Paris 1996. 354 pages. P 77
4
In DESCHAMPS H, (1967). « L’Afrique Occidentale en 1818 vue par un explorateur français GASPARD THEODORE MOLLIEN ».
Editions Calmann-Lévy. Paris 1967. 296 pages. Op cité P136.

381
2.3 Etat sanitaire et hygiène générale :

Rappelons que pour le cas des entités d’Afrique à la veille de la colonisation, comme pour
1
l’ensemble des régions du monde d’ailleurs, l’analyse « déchet » n’a pu se faire que sous un
angle sanitaire et / ou hygiénique, la question n’étant pas encore à cette époque différenciée.
Il s’agissait alors pour cette étude, de mesurer l’état sanitaire global, y compris à travers un
facteur humain qui comporte certains indicateurs de santé individuelle et collective.
Indépendamment des indicateurs d’éventuelles menaces d’ordre hygiénique ou sanitaires, on a
tenté de comprendre les manifestations de la question relative aux matières résiduaires dans
ces villes, à travers la production domestique, y compris artisanale.
On a toutefois distingué deux niveaux. Un premier participant de l’action individuelle des
populations en la matière, dans le sillage de leur hygiène dite personnelle et / ou
« intérieure », et un second relevant de l’entité politique ou étatique dans la gestion des
résidus dans l’espace public en tant que question commune à la cité.
Mais s’il est assez aisé de recueillir des informations sur l’organisation politique, militaire
dans ces entités, comme l’a bien souligné BATHILY, les sources sont beaucoup moins
2
explicites sur les faits économiques et sociaux . Il est en effet laborieux d’arriver à apprécier
certains aspects moins prestigieux et moins intéressants de la vie quotidienne tels que la
propreté ou l’hygiène dans ces cités ou entités ouest africaines du début de notre ère. Sans être
prolifiques, certains auteurs ont pu donner des indications essentielles : il s’agit
d’appréciations visuelles fournies par les voyageurs, les explorateurs, les colons-
commerçants, les missionnaires, ou encore officiers, lors de leur caractérisation des milieux
(ici l’espace urbain).
Des analyses croisées avec confrontation des données éparses, des notes sur la descriptions
de l’état général des villes, de leurs artères, des coins et dédales, des habitations et lieux de
rencontre commerciaux (marchés) ou sociaux (places publiques, lieux de culte…), ont permis
d’avoir une idée générale sur ces aspects sanitaires. Pour la prise en charge domestique des
rejets, de précieux témoignages généraux ont permis d’isoler quelques remarques (souvent
implicites) en la matière. Ces contemporains de ces différentes époques ont pour nom
BATOUTA, KALDUN pour la période pré moyen âge, celle médiévale KATI, SA’ADI avec
leurs fameux récits, ou encore les missionnaires et explorateurs occidentaux tels que
DAPPER, ou encore René CAILLE.

1
Concernant la « séparation », MUMFORD (1964, 371) note que dés 1496, Alberti établissait déjà dans son étude sur « Les égouts et les
conduits d’assainissement », une distinction entre les « conduits qui entrainent les déchets dans une rivière, un lac ou dans la mer », et ceux
qui les « amènent à une fosse creusée profondément dans le sol ». Mais il semble qu’il ne s’agisse là que des résidus que l’on considère
aujourd’hui comme affiliés aux eaux et boues usées liquides ou fluides. Même en considérant qu’on assistait là à un début de séparation entre
gestion des eaux usées et gestion des déchets solides, MUMFORD dans ses excellentes analyses démontre clairement la régression dans la
prise en charge. Ayant connu une amélioration du début de l’ère moderne, jusqu’à la fin du moyen-âge, la question de la prise en charge
avait selon lui, subi une profonde détérioration à l’époque industrielle, rendant presque caducs les progrès jusqu’alors engrangés en matière
d’hygiène. Cette détérioration était pour beaucoup due à l’accumulation de populations dans des espaces réduits, et à la multiplication des
foyers de pollution… C’est en partie de qui explique que la rupture effective n’interviendra que vers le 20° siècle et sera marquée par la
naissance de l’assainissement consacrant la gestion des eaux et boues résiduaires. La séparation donna naissance aux méthodes et techniques
de gestion des déchets solides, permettant plus tard des analyses et des procédés de gestion plus spécifiques.
2
BATHILY A, (1989). « Les Portes de l’or. Le Royaume de Ngalam (Sénégal) de l’ère musulman au temps des négriers (VIII°-XVIII°
siècle). » Editions L’Harmattan. 379 pages. P 167.

382
Enfin pour la période post révolution industrielle en Europe on s’appuiera sur les notes de
la seconde vague d’explorateurs indépendants tels PARK ou MOLLIEN, aux épopées bien
nourries, ainsi que sur les écrits de ceux mandatés par les gouvernements impérialistes, à
l’image des missions militaires de GALLIENI, MAGE ou KOEBB, qui investirent le
continent africain pour des raisons plus stratégiques.

2.3.1 L’hygiène individuelle et domestique.


Le soudanais attachait beaucoup d’importance à son hygiène corporelle relate NIANE D-T,
nous renseignant sur les habitudes et pratiques de ces populations au moyen-âge. Ce
comportement dit-il, était davantage renforcé par l’influence de la nouvelle religion
musulmane. Tel que le décrit l’auteur, les habitants de villes soudaniennes sont propres,
l’islam a mis à la mode les beaux boubous blancs immaculés (…). Sur l’Atlantique, Ouolofs,
Sérères et Balantes aimaient beaucoup les bains à en croire les navigateurs portugais (…).
Eté comme hiver, le soudanais prend son bain de préférence à l’eau chaude, et dans le sahel
où manque l’eau, les berbères (touaregs ?) en guise de bain se frottaient avec du sable pour
1
enlever la crasse .
Nous trouvons aussi chez NIANE, à côté de descriptions sociologiques générales,
l’évocation de l’utilisation quasi généralisée de petits morceaux de branche ou autres plantes à
fibres souples et à la sève dissolvante qui faisaient office de brosse à dents. Il s’agit du Sotio,
sorte de bâtonnet en bois coupé d’une branche ou d’une tige de plante, et dont l’extrémité
remâchée sert de brosse à dents. L’auteur ajoutait : chez les Mandingues et les Ouolofs, la
propreté de la bouche demeure essentielle ; le matin on ne doit en principe dire bonjour à qui
que ce soit qu’après les soins de la bouche. Aujourd’hui encore le nettoyage buccal du matin,
effectué à l’aide d’une brosse à dents et de dentifrice moderne, s’associe à une toilette
corporelle. Souvent complète, cette toilette peut aussi être partielle et se limiter à un lavage du
visage, ou à une séance de purification par ablutions, chez les populations musulmanes.
S’agissant des habitations, leurs modalités d’hygiène et d’entretien variaient peu, que l’on
se trouva dans une modeste demeure, case-habitation à toit de chaume de plein pied et
spartiate, caractéristique de la bordure atlantique, ou dans une des maisons en banco et toit en
à étage ou terrasse, nettement plus élaborée des villes soudaniennes de l’époque telles Djenné
ou Tombouctou, alors capitales commerciales du Sahel. Différents auteurs dans la description
du mobilier dans les cases des noirs modestes ont avancé qu’il consistait en quelques nattes,
des peaux de bœufs ou de petits ruminants (chèvres, moutons), des tabourets, ainsi que des lits
forts sommaires. Quant aux ustensiles de cuisine, ils étaient composés d’une chaudière en fer
2
ou en terre cuite, d’un mortier en bois pour piler le mil, de plusieurs calebasses , ou encore
de gamelles et de vases en argile pour la cuisson des aliments. Pourtant, cette austérité des
lieux n’était guère prétexte à un quelconque laisser-aller hygiénique. Ces cases, généralement
en banco avec toit en paille et sol en terre mêlée à du sable, étaient au demeurant bien
entretenues : ...les femmes (…) ont soin de tenir la case propre et d’aller puiser de l’eau
précise Mollien. L’auteur poursuit : « chaque jour on lave la case, on la balaie, et pour y
maintenir la propreté, il est défendu d’y cracher. Avant d’y entrer on ôte ses sandales, qu’on
3
laisse à a porte (…), la propreté règne à l’intérieur ». Dans la gestion de l’espace
domestique, séparation était faite entre les pièces d’habitation, et le grenier ou l’étable dans
lequel étaient parqués les animaux le soir. Cela limitait la prolifération de maladies et leur
transmission homme à animaux ou vice-versa.
1
NIANE Op cité 1975, 146.
2
DESCHAMPS H. (1967). L’Afrique Occidentale en 1818 vue par un explorateur français GASPARD THEODORE MOLLIEN. Editions
Calmann-Lévy. Paris 1967. 296 pages. P80.
3
DESCHAMPS H. ( op cité, 1967, 274).

383
[Link] Déchets solides : production et essai de typologie.
Le principal facteur de production de déchets était lié à l’alimentation humaine,
principalement (et en fonction des régions) à base de farine (de blé ou de tubercules broyées),
de riz, maïs, fonio, mil ou autres céréales, cultivés localement et proposés dans les marchés.
Le régime alimentaire au Sahel déclinait couscous, riz, galettes et bouillies diverses, boulettes
et pâtes, plats de sauce, alors qu’œufs, beignets ou encore maïs, arachides et tubercules grillés
ou bouillies à l’eau, constituaient quelques entremets. Les dattes et le miel, faisaient aussi
office de friandise, alors que l’arachide broyé et le beurre de karité, donnaient huiles et
1
extraits qui servaient à la cuisine, à l’éclairage, à la toilette, et à badigeonner les maisons .
Le lait caillé des troupeaux, ainsi que le lait des cocotiers, le jus des palmiers, et les infusions
2
diverses notamment de Kinkélibah et de tamarin (dont le jus est réputé soulager des fièvres),
constituaient avec les bières de maïs, de riz, et le vin de palme, les boissons courantes. Les
viandes nobles fraîches, étaient servies lors des grandes occasions, mais aussi en grillades et
de brochettes dans les marchés. Selon les régions variaient la disponibilité en viande de
gibier qu’il soit petit : lièvre, perdrix, pintade, écureuil, taupe, ou plus gros : antilope, gazelle,
phacochère. L’éléphant était chassé pour sa viande, de même que l’autruche parfois
domestiquée pour ses œufs et sa chair. Le petit jardin potager qui fournissait condiments,
oignons, patates, ignames, citrouilles, pastèques…, abritait aussi une basse cour, petit élevage
permettant de disposer en réserve de viande sur patte notamment pour les imprévus et les
réceptions d’hôtes. Colonisant quelques oasis sur la bordure saharienne les vergers
produisaient blé, dattes et fruits divers.
Le poisson frais, séché ou fumé, était très présent dans les marchés, grâce à la pêche
fluviale (au filet, à la nasse ou au hameçon), sur le Sénégal, le Niger. L’activité était aussi
menée dans les différents lacs de l’ouest (Tchad, Débo etc.), ainsi que dans la multitude
d’autres cours et retenues naturelles d’eau (rivières, ruisseaux, marigots ou étangs etc.),
généralement bien alimentés en saison pluvieuse. Les populations installées sur le littoral de
l’Atlantique et dans les zones à mangrove, profitaient en plus du poisson, des coquillages,
huitres, crevettes, mollusques et crustacés dont une partie était consommée fraîche et l’autre
séchée. Au Sénégal, des Communautés rurales comme Palmarin ou les îles (Niodior,
Dionewar) dans la région de Fatick ou Joal et Fadiouth dans la région de Thiès, présentent
même des artères revêtues de fins fragments de coquillages qui proviendraient de monticules
où étaient entassés les déchets de la consommation des huîtres. La technique ancestrale du
salage-séchage (avec parfois badigeonnage de beurre de karité), permettait une plus longue
conservation de denrées comme la viande et le poisson. Mais généralement, les vivres frais
étaient consommés le jour même, bien que dans certaines régions des puits pouvaient servir
de garde-fraîcheur. Il arriva en effet que les aliments périssables, fussent disposés dans un
seau ou récipient, à son tour accroché par l’intermédiaire de la potence à l’intérieur de
quelque puits encore fonctionnel. Ainsi suspendus, les aliments pouvaient garder leur
fraîcheur pendant quelques jours, même procédé qui permettait ailleurs aux populations de
disposer d’une eau de boisson fraîche. La quasi-totalité des produits alimentaires consommés,
qu’ils soient transformés ou non ne bénéficiait pas d’équivalent-emballages. Pour
l’approvisionnement et les échanges en denrées alimentaires de base, les populations
3
utilisaient souvent un morceau de linge (eumb) ou une calebasse pour transporter leurs
achats.
1
BERTAUX P (1966). L’Afrique de la préhistoire à l’époque contemporaine. Edition Bordas Collection Histoire Universelle. 1966. 349
pages. P 60
2
MOLLIEN raconte un épisode de son voyage où pris de ces violentes fièvres du Sénégal que décrira plus tard Galliéni, il recouvra la santé
grâce au tamarin qu’il buvait en grande quantité. « La nature bienfaisante a eu soin de multiplier à l’infini cet arbre dans les régions chaudes
de l’Afrique ; c’est la panacée du nègre, c’était aussi la mienne ; par l’effet de ce remède simple et agréable, je me vis délivré d’une fièvre
qui semblait d’abord devoir abréger la durée de mon voyage. Me sentant rétabli comme par enchantement (…) » P147, ou encore « (…) J’eu
recours au remède dont j’avais éprouvé les effets salutaires ; je pris une forte dose d’infusion de tamarin… ». Page 259
3
Fruit provenant du calebassier et qui une fois vidé et séché servait de récipient. Aujourd’hui, on en retrouve guère plus dans les campagnes.

384
Plus au nord aussi, dans les bordures sahariennes, on retrouvait une variante de ces
pratiques avec le morceau de linge appelé ici assani, alors que les paniers en osier (kufa) et les
sacoches tressées (shwari) y remplaçaient la calebasse. Plus tard, ce sont des sacs tressés
contenant antérieurement du sucre en poudre qui une fois découpés et réassemblés serviront à
transporter les aliments notamment à dos de bête.
Les déchets solides domestiques étaient pour leur majorité, issus de la consommation
alimentaire, même si on retrouvait déjà à cette époque des déchets d’activités extra-agricoles.
Parmi les déchets non comestibles y compris pour les animaux, les cendres, résidus de
tannerie et ossements animaux qui d’ailleurs étaient parfois réutilisés et transformés en
parures. Quant à la cendre, mélangée à de la terre, elle servait autant à récurer les ustensiles en
aluminium, fonte ou fer, qu’à combler les encensoirs. La fonction de nivellement et de
ralentisseur de combustion qu’a la cendre pour les encensoirs, demeure d’ailleurs encore
largement présente dans la société sénégalaise. De même, si l’usage de la cendre à titre de
poudre de récurage des ustensiles est devenu moins fréquent, la pratique reste encore présente
dans certains quartiers populaires africains. L’équivalent de déchets de consommation était
constitué d’ustensiles ou outils de l’industrie du fer, ayant servis au quotidien et devenus
usagés. Telle production de déchets non alimentaires était d’ailleurs constatée depuis l’âge de
la pierre taillée avec des hachereaux, de la pierre polie avec des pilons, meules, outils en os…
On note aussi quelques déchets de textiles provenant principalement de l’habillement :
caleçons qui descendent jusqu’à mi-jambe et tunique flottante pour les hommes, et deux
1
pièces pagne-tunique pour les femmes, d’après PARK . BATHILY (1989, 214) rapporte des
témoignages d’auteurs ayant séjourné dans le Haut-Sénégal siècles, et faisant état dès les 12°
et 13° siècles, de gens aisés s’habillant avec des vêtements en coton alors que certains se
contentaient d’habits en laine grossier et que d’autres allaient nus ».
Ce sont donc des déchets végétaux feuilles, coques, herbes, infusions, tisanes de même que
les résidus de battage des épi de grains (mil, maïs, riz, blé), que l’on retrouvait en plus
grande quantité dans les rejets solides. Et cela, bien que dans certaines zones rurales, légumes,
tubercules ou fruits (carottes, pommes de terre, navets, tomates, patate douce...) n’étaient pas
2
épluchés lors de la cuisson, pour en optimiser la consommation. Ces résidus de cuisine et
restes alimentaires fermentescibles pouvaient être destinés aux esclaves pour les familles
moyennes en disposant, ou aux animaux de case (basse cour). Le petit élevage domestique
était en effet très présent dans l’environnement des populations, même celles citadines. Le cas
échéant, avec les résidus de balayage des concessions comportant aussi des feuilles et
branchettes d’arbres, ils alimentaient la fosse ou tas à fumier destiné à fertiliser les champs de
culture notamment dans les campagnes. On a d’ailleurs vu précédemment que les populations
de l’ancienne Haute-Volta connaissaient cette pratique sous le nom de tampuure. Les déchets
de la production végétale agricole (feuilles d’arbres et de plants, écorces…) de même que
certaines plantes pouvaient aussi affectés au bétail. Si durant les périodes de famine ou de
disette, les populations ne dédaignaient point les rats, les serpents ou encore les insectes
comme les sauterelles, elles s’accommodaient aussi de feuilles, fleurs ou anthères,
transformées en poudre par séchage et broyage, puis servies en bouillie. Selon NIANE (1975,
168), les touaregs du sud du Sahara recueillaient les grains de cram-cram pour se nourrir
quand sévissait la disette, et mangeaient aussi d’autres plantes : fruits de jujubier, gousses
d’acacia et graines de coloquinte. En fonction des régions variait la disponibilité en fruits :
amers et/ou sauvages dans le sahel avec des jujubes, kapoks ou encore ces baies jaunes et
douceâtres qu’on mange sur les pistes (MONOD 1937,93), ils étaient plus doux vers le sud
avec oranges, papayes, bananes, dont les épluchures y enrichissent la production de déchets.
1
PARK M. (1799). Voyage dans l’intérieur de l’Afrique. Réédition Editions La Découverte Paris 1996. 354 pages.
2
En général, la préparation se déroulait en plein air même si dans des villes soudaniennes le vestibule ou bolon servait aussi de pièce de
cuisine.

385
Les déjections animales, y compris celles provenant des stations ou gares caravanières et
des emplacements de vente de bétail, servaient avec le bois sec et la paille de mil, de
combustible pour la cuisson alimentaire, ou pour le chauffage. Parlant d’une communauté
Wolof (les Laaubés), MOLLIEN affirmait à ce sujet : c’est avec le fumier des troupeaux
1
qu’ils préfèrent se chauffer . Le fumier servait aussi souvent, de fertilisant pour les champs :
la pratique déjà connue dans l’Egypte antique s’était exportée lors des migrations post-
néolithique.
Il n’était pas rare que les concessions abritassent une ligne de tissage, des ateliers de forge
ou quelque autre activité proto industrielle ; BATHILY évoquera l’existence d’une industrie
2
domestique . Le fer, le cuivre et la fonte, extraits des mines du Haut Sénégal par des guildes
spécialisées dans cette filière, étaient transformés dans des fourneaux traditionnels en argile,
en divers ustensiles, outils agricoles, armes de guerre. Ces matériaux étaient aussi débités en
anneaux ou en barres destinés au commerce et à l’exportation. Les artisans travaillant à
domicile (la forge ou l’atelier n’était qu’à quelques encablures de la maison) n’avaient
pratiquement pas une production conséquente de déchets liés à leurs activités. Les pièces,
cours intérieures ou devantures d’habitations qui servaient aussi de lieu de travail, de point de
commerce ou encore de magasin, produisaient alors outre des déchets ménagers, une petite
fraction de résidus de production éliminée selon les mêmes modalités. Quant à l’orpaillage
alluvionnaire et minier (dans les puits) qui a fait la réputation de cette zone du Bambouk, il
serait apparu depuis la haute antiquité. Tout en révélant au prix de sacrés efforts pépites,
3
paillettes et poudre d’or selon des rituels bien codifiés , les placers et mines exploités par des
corporations familiales ou commerciales, ne produisaient que des terrils à titre de déchets.
Une partie de l’or extrait était transformé en bijoux, mais aussi en lingots pour les échanges
extérieurs, alors que poudre, grains et petites pépites pouvaient servir de monnaie pour le troc
et les échanges commerciaux.

[Link] Déchets liquides


S’agissant des eaux corrompues et/ ou résiduaires, leur itinéraire obéissait au mode
d’implantation et d’habitat concernés. Les populations logeant dans des cases en zones
rurales, aménageaient à l’écart un coin entouré servant de lieu d’urinoir à côté d’une pièce
d’eau composée de quelques moellons ou pierres disposés sur le sol, afin de ne pas être en
contact avec la terre (sable). Les besoins naturels se faisaient dans la nature (« Guinaaw
Keur » au Sénégal), les populations prenant tout de même le soin d’éviter de souiller les
endroits fréquentés et les lieux de passage. WANE note que dans certains villages Sérers du
Sénégal, existaient des lieux publics d’aisance cernés d’épineux et non cultivés pour lesquels
les populations employaient des expressions comme « Aller en brousse », « Faire le tour de
la concession » signifiant en gros « Aller à la selle ». Cependant et en tenant compte des
incertitudes historiques en la matière, on peut avancer que l’utilisation du « Ganouwaaye »
(ancêtre des lieux d’aisance domestiques) est apparue assez tôt. Au Sénégal dés la fin du 17°
siècle, les populations rentrèrent progressivement les WC dans la concession avec
l’utilisation de vieux puits asséchés sommairement recouverts avec des branchages et de la
paille (puis dallés par la suite). Dans les grands centres ou les villes, des pièces d’eau avec sol
étanche et incliné pour l’écoulement de l’eau étaient aménagées, et des latrines voyaient déjà
le jour dans des villes comme Djenné ou Tombouctou. Dans des petits cabinets appelés
« soutoura » en malinké, et qui formaient une saillie sur le mur extérieur, des vases en terre
contenant de l’eau étaient à disposition de l’usager pour sa toilette intime après chaque
passage.
1
MOLLIEN op cité in DESCHAMPS H. p 106.
2
BATHILY A (1989). Les Portes de l’or. Le Royaume de Galam (Sénégal) de l’ère musulman au temps des négriers (VIII°-XVIII° siècle).
Editions L’Harmattan. 379 pages. P 170.

386
3
Pour ce sujet, voir BATHILY ibid.
Pour les maisons à étage, des gargouilles mises bout à bout constituaient le tuyau de
descente de ces latrines, dont la fosse était un simple trou dans la terre, selon NIANE (1975,
132).
Ces installations domestiques semblent avoir été connues chez beaucoup d’autres peuples
de l’ouest-africain. MONOD (1937, 95), faisant remarquer que chaque peuple de l’ouest
africain possédait son modèle particulier de case, semblait fasciné par celle des Kotokos (…),
avec commodités au premier. NIANE nota aussi qu’à l’usage des enfants et des domestiques,
on aménageait une salle d’eau et des cabinets au rez-de-chaussée. Un système de percolation
dans le sol ou d’épandage-diffusion progressive, devait probablement compléter le dispositif
si l’on en croit l’auteur qui précise : ceux qui laissaient couler des eaux sales dans les rues
étaient frappés d’amende par l’assara-moudio ou commissaire de la ville, car chacun étant
tenu responsable de la propreté de la portion de rue qui passait devant sa maison.
L’eau issue de la préparation alimentaire était destinée au petit élevage notamment pour
l’abreuvoir des ruminants ou à la volaille quand elle était encore utilisable, ou jetée dans un
coin de la concession le cas échéant. Cette pratique était d’autant plus présente en zone rurale,
qu’en campagne les villageois assumaient eux-mêmes, l’élimination de leurs rejets. On
retrouvait les mêmes pratiques dans la limite septentrionale du sahel en remontant vers le
nord.

2.3.2 Les déchets dans l’espace communautaire : l’état de propreté de la cité.


[Link] Villes d’Afrique occidentale…
Dans l’espace soudanais, le terme « déchet » lui-même sous des appellations variables y
serait probablement utilisé dès le 10° siècle. Selon, NIANE D-T (1975, 163) la femme qui
perdait ses enfants en bas âge cherchait à conjurer le sort en leur donnant le nom Nymakoron
signifiant « ordure-saleté », ou alors Sounoukoun (lieu où l’on jette les ordures). L’auteur
nous apprendra que Tombouctou durant son apogée pendant le moyen-âge africain (11- 16°
siècles) se débarrassait de ses déchets à la périphérie de la ville où les détritus formaient de
1
véritables monticules. La décharge collective y sera encore en vigueur jusqu’au 16° siècle.
Ces mêmes procédés antérieurement en vigueur à Kumbi Saleh capitale de l’empire du Gana,
seront aussi repris plus tard à Gao, centre politique et économique de l’empire Songhay qui
succédera au Mali.
On peut néanmoins distinguer quelques variantes locales pour ce type de procédé, avec
dans certains villages, des points de rejet individuels à proximité des habitations ou dans
l’arrière-cour. Ces trous entourés de palissades, qui constituaient des points de compostage, ne
recevaient que les déchets organiques. Le fumier naturel ainsi produit au bout de quelques
mois était récupéré et servait à la fertilisation des champs, l’opération permettant aussi de le
vider de manière cyclique.
Les déchets non-organiques étaient déposés dans une autre décharge de tout-venant
ouverte à tous. A Djenné, les ordures étaient jetées dans de grands trous creusés au milieu des
places de la ville, et quand le tas devenait important, le service public ou les esclaves du roi
1
ou du gouverneur se chargeaient de les nettoyer .
L’autre élément essentiel ayant impacté sur le traitement de ces matières était lié à la
notion « d’espace public », apparue tardivement dans l’univers africain, et vraisemblablement
avec la colonisation occidentale du 19° siècle.
1
NIANE D.T reprenant le Tarikh es Soudan de Abderrahman SA’ADI nous apprend en effet que Askia Ishaq 1er lors d’un voyage à Djenné
remarqua le tas d’immondices qui s’élevait non loin de la grande mosquée ; aussi