0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
65 vues12 pages

Gestion des Pêches Continentales

Ce document décrit l'évolution des idées sur l'aménagement des pêches continentales. Il explique comment les premières approches se concentraient sur des restrictions de pêche sans preuve, mais que les perspectives ont depuis changé pour adopter une approche plus scientifique basée sur la compréhension des écosystèmes.

Transféré par

erraioui
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
65 vues12 pages

Gestion des Pêches Continentales

Ce document décrit l'évolution des idées sur l'aménagement des pêches continentales. Il explique comment les premières approches se concentraient sur des restrictions de pêche sans preuve, mais que les perspectives ont depuis changé pour adopter une approche plus scientifique basée sur la compréhension des écosystèmes.

Transféré par

erraioui
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

3

a Extrait du Bulletin Technique d’Information m , no 228, mars-avril 1968.

Aménagement des pêches kontinentales


lacs et rivières 9 (

par J. DAGET, Mus6um d’Histoire Naturelle’


J. LEMASSON. Centre Technique Forestier Tropical,
R. VIBERT, Station d’Hydrobiologie

1. GENERALITES

Par aménagement, il faut entendre ici l’ensemble


des interventions à effectuer sur les différents fac-
teurs qui règlent le niveau de production des pêche-
ries pour que celles-ci fournissent à l’homme, de
façon soutenue, des captures correspondant, en
poids et en qualité, au maximum de rapport possible.
Dans I’écosystème que constitue une pêcherie, les
captures, à condition que leur volume ne soit pas
exagéré, se trouvent rapidement compensées. Les
poissons ou les autres organismes aquatiques dis-
posent en effet d’une potentialité de reproduction
suffisante pour remplacer les individus disparus par
mort‘ naturelle ou par accidents, pourvu que ces per-
tes ne dépassent pas certaines limites. Mais si la
mortalité accidentelle, notamment du fait de la pêche,
dépbsse la capacité de régénération, appelée rési-
lience, la production diminue et une intervention peut
s’avérer nécessaire.
Fig. 1. - Schémagement
des participations et responsabilité dans
des pêches continentales.
I’aména-
Le problème se complique du fait que les pê-
cheurs font des prélèvements sélectifs, de telle ou
que sur les aspects psychologiques propres à cha-
telle espèce et de telle ou telle taille, et non des que question.
prélèvements représentatifs de l’ensemble des or-
ganismes vivant dans la pêcherie. Ils risquent ainsi L’administration responsable donne ensuite les di-
de modifier I’équilibre biologique préexistant, favo- rectives relatïves à l’exécution de cette politique au
risant certaines espèces indésirables au détriment service de l’aménagement des pêches et au service
de celles qui sont recherchées et influençant la dy- des relations publiques. Le service de l’aménagement
namique des populations exploitées en agissant no- des pêches agit, si possible, directement sur les
tamment sur leur taux de croissance. pêcheries suivant les techniques mises au point par
la recherche : lutte contre I’érosion et les pollutions,
II en résulte que l’aménagement des pêches conti- aménagement des barrages et des conditions de
nentales est une opération complexe et délicate, fraye, fertilisation des eaux, multiplication des abris
schématisée par la figure 1. L’administration respon- ou, au contraire, lutte contre la végétation envahis-
sable détermine sa politique d’intervention d’après sante, contrôle des prédateurs ou des maladies, re-
les éléments ,que lui fournissent d’une part les ser- peuplements, etc. Le service des relations publiques
vices de recherche scientifique sur la situation bio-
(*) C?mmunication présentee I Reading (G.-B.) en septembre 1966
logique des pêcheries et les moyens susceptibles à la reunion technique du Programme Biologique International sur
d’améliorer, le cas échéant, leur situation, d’autre = The Biological Basis of Freshwater Fish Production *.
Compte rendu publié par Blackwell Scientific Publications, Londres,
part son service des relations publiques sur les 1967, sous la direction de S. GERKING -Reproduction faite avec
l’autorisation de Blackwell Scientific Publications et de S. GER-
possibilités de réglementation et d’information, ainsi KING.

O. R. %. T. Q. M.
Y

-2-

agit sur les pêcheurs et les non pêcheurs de deux busée : (( quelques mesures réglementaires ont été
façons : heureuses, mais la majorité a vraisemblablement eu
un effet inverse de celui recherché >>.
- d'une façon positive en améliorant leur informa-
tion, en leur précisant ce qu'il est bon de faire
et ce qu'il est préférable d'éviter, et en prévoyant, 2.2. Repeuplements empiriques
le cas échéant, des modalités d'aide financière ; Toujours avec le souci de pallier les dangers de
- d'une façon négative en instituant des réglemen- la surexploitation des eaux continentales, il fut éga-
tations et en les faisant respecter, c'est-à-dire r
lement admis à priori que toutes les mesures ten-
en verbalisant les contrevenants. dant à favoriser la fraye des poissons, à protéger
les géniteurs ou à augmenter le nombre des alevins,
Par conséquent, au point de vue financier, pour . ne pouvaient être que bénéfiques. Ces vues sont
apprécier la rentabilité des interventions, on devra sans doute justifiées lorsqu'il s'agit d'espèces à fai-
tenir compte des frais de recherches, d'administra- ble résilience comme les saumons, ou donlt les géni-
tion, d'information, de suweillancé des pêcheries, teurs sont particulièrement vulnérables sur les frayè-
en plus des frais d'aménagement proprement dits, res. Mais il existe par contre des espèc'es à forte
et comparer l'ensemble au profit que représente capacité de reproduction chez lesquelles les effec-
l'augmentation de. production obtenue ou escomptée. tifs des classes d'âge exploitées dépendent essen-
tiellement des conditions ambiantes durant la vie
embryonnaire et larvaire, et non du nombre des
2. EVOLUTION DES IDEES géniteurs, largement suffisant sauf cas accidentels.
SUR L'AMENAGEMENT Une mesure comme la fermeture de la pêche en
DES PECHES CONTINENTALES période de fraye n'a que la valeur d'une simple in-
terdiction. Prendre una Femelle sur la frayère n'est
2.1. Restrictions de pêche à priori pas plus dommageable que de la prendre six mois
auparavant. C'est capturer trois, six ou dix femelles
Jusqu'à une époque récente, on admettait à priori sur les frayères qui, pour les espèces surexploitées,
qu'en matière d'aménagement des pêches continen- est plus dommageable que d'en prendre une seule
tales, la syrexploitation était le seul danger à éviter six mois avant dans des conditions plus difficiles.
et que toutes les mesures conservatrices tendant à Une autre erreur largement répacdue fut de croire
limiter les captures ne pouvaient être que benéfiques. que des déversements d'alevins augmentaient à coup
En application de ces principes, les réglementa- sûr l'effectif des poissons exploitables. II est certain
tions en vigueur dans les pays développés com- que des succès spectaculaires ont été obtenus dans
prennent en général l'interdiction des pêches de des- le peuplement d'eaux vierges et que des résultats
truction, des périodes de fermeture, des réserves, extrêmement intéressants ont été signalés à la suite
une taille minimale autorisée pour les poissons cap- d'introduction d'espèces nouvelles, judicieusement
turés et les mailles des engins, la limitation,du nom- choisies, dans des eaux déjà peuplées. Mais les
bre et des dimensions des engins de pêche, des tentatives de repeuplement en espèces Préexistantes
interdictions de vente, etc. Dans les pays sous-déve- se sont souvent soldées par des échecs; ceci était
loppés, comme en Afrique tropicale, les réglementa- d'ailleurs prévisible puisque, sauf en cas de surex-
tions coutumières, sous leur aspect compliqué et ploitation dûment établie, le niveau de la production
désuet, sont souvent inspirées des mêmes idées. dans un milieu donné est déterminé par I'environne-
Or, s'il est vrai que dans certaines contrées la surex- ment et non par le nombre des alevins, en général
ploitation des populations à faible résilience est u 6 excédentaire par rapport au nombre des individus
danger réel, la sous-exploitation est également très qui atteignent la taille de recrutement.
répandue sur les espèces à forte résilience qui pré-
dominent dans les eaux chaudes ou tempérées. 2.3. Aménagement à base scientifique
Cette -sous-exploitation correspond à une perte II faut arriver presque au milieu du XXe siècle pour
de revenu et non à une mise en réserve de ce der- que l'on finisse par reconnaître l'insuffisance des
nier. L'exploitant d'une pêcherie ne peut pas plus mesures empiriques ou prises à priori, et la nécessi-
cumuler ses revenus que l'exploitant d'une terre ne té de recherches scientifiques en l'absence desquel-
peut cumuler ses récoltes de céréales en ne mois- les aucun aménagement rationnel des pêches conti-
sonnant qu'une partie de ses champs ou en les mois- nentales ne saurait être envisagé avec 'des chances
sonnant seulement un an sur deux ou trois. raisonnables de succès.
C'est en visant l'ensemble des mesures consewa- La nature et l'importance des interventions sou-
trices prises empiriquement que ROUNSEFELL et EVE- haitables dépend en effet de I'établissement préala-
RHART (1953) ont pu écrire de façon assez désa- ble d'un diagnostic aussi précis que possible sur
Q

4 -3-

I’état de sous-exploitation ou de surexploitation des


pêcheries en cause. Pour cela, trois sources de SUREXPLOITATION
renseignements peuvent être utilisées : \
- les courbes relatives au rendement pondéral par
\
recrue. Ces données ne peuvent être obtenues
que dans les pêcheries dont l’importance a jus-
tifié une étude mathématique approfondie. C’est
en effet la dynamique des populations qui permet
de préciser l’intensité de l’effort de pêche à four- Destructions A
nir pour obtenir de façon soutenue le maximum Valeur sportive ou dì-
de revenu d’un stock d’une espèce donnée;
-mentaire
- la diagnose écologique chaque fois que celle-ci Intensité de la pêche
aura été menée à bien. Compte tenu des rensei-
gnements fournis par des diagnoses exécutées
sur d’autres pêcheries, ce type d’enquête permet
tive, et en particulier à partir des âges et des
taux de croissance, I’état de surexploitation OU
de sous-exploitation des espèces d’une pêcherie ;
-à défaut des données ci-dessus, une apprécia-
tion à priori basée sur les caractéristiques d’une
série de facteurs en corrélation directe ou inverse
avec le taux d’exploitation. Ces corrélations sont
représentées schématiquement sur la figure 2.
Le diagnostic ayant été ainsi établi, les interven-
tions pourront porter sur l’environnement, sur les
populations de poissons à favoriser, sur I’exploita-
tion et enfin sur l’information.

3. PRINCIPES D’AMENAGEMENT
DE L’ENVIRONNEMENT

Fig. 2. -
-
SOUS f XPLOITATION e/
Apréciation a priori d e la tendance d’une espèce à la
L’étude de l’environnement permet de déterminer sous-exploitation ou a la surexploitation, en se .basant sur la prédo-
l’incidence des facteurs externes sur la production minance d e s facteurs en corrélation directe ou inverse avec le taux
d’exploitation. (Avec la permission de VIBERT et LAGLET. (I Pêches
des espèces d’intérêt économique et les possibilités, Continentales, 1961, Dunod).
en agissant sur certains de ces facteurs, d’accroître
la dite production. Par environnement, il ne faut pas
Provenant d’une érosion foncière accélérée, ces
comprendre seulement le milieu physico-chimique,
produits de déchets provoquent une pollution méca-
mais aussi le milieu biologique, c’est-à-dire I’ensem-
nique des rivières et des lacs par ensablement et
ble du peuplement et notamment les parasites, les
envasement. Provenant de ce que nous pourrons
prédateurs, les compétiteurs pour la recherche de considérer comme une érosion urbaine et industriel-
la nourriture, etc.
le accélérée, ces produits de, déchets provoquent
des pollutions aux formes les plus variées.
3.1. Salubrité des bassins versants
et contrôle des pollutions Sur le plan technique, la lutte contre les pollutions
chimiques comprend le plus souvent deux stades :
Nous rappellerons d’abord que dans un écosystè- un premier de filtrage et de décantation des matières
me équilibré, toutes les substances provenant de en suspension, un second de neutralisation chimique
l’environnement et entraînées par les eaux rentrent des substances toxiques dissoutes. Dans le cas de
dans le cycle biologique et doivent être transformées pollutions organiques, en particulier pour les égoûts
ou absorbées. Cependant, à la suite de cataclysmes urbains, ces deux stades d’épuration physique et
ou, de plus en plus fréquemment, à la suite d’inter- chimique peuvent être remplacés par une épuration
ventions intempestives de l’homme, on observe des biologique, par lits bactériens et boues activées par
anomalies dans le cycle biologique qui se traduisent exem p Ie.
par une accumulation de produits de déchets suscep-
tibles de rendre le milieu impropre à l’existence de Quant à la lutte contre les pollutions mécaniques
certaines espèces de valeur. naturelles, son grand principe directeur est de main-
I

-4-
-
tenir le sol en place : elle vise à éviter I'érosion qui justifie les mises au point de grilles à 'nettoyage
des rives et à restaurer les bassins versants par des automatique et de guides physiologiques : écrans
méthodes qui sortent nettement du cadre de la bio- électriques, sonores, lumineux, etc.
logie.
Le franchissement des obstacles vers l'amont est
rendu possible par de nombreux types de passes
3.2. Température et oxygène dissous pour les poissons bons nageurs, par des écluses OU
des ascenseurs pour les autres. Dans les deux cas,
La température et le taux d'oxygène dissous doi-
c'est le débit d'eau utilisé par ces dispositifs qui, a
vent être maintenus dans des limites compatibles
l'aval, attire le poisson vers leur orifice.
avec les besoins des espèces à favoriser. Par suite
d'un brassage insuffisant, il peut se former une cou- Le franchissement des obstacles vers l'aval peut
che profonde plus ou moins complètement dépour- &tre rendu sans danger par des couloirs de descente
vue d'oxygène et par conséquent impropre à la vie dont le débit de fonctionnement ne constitue mal-
des organismes aquatiques. L'avenir nous réserve heureusement pas un appel pour le poisson à
peut-être de voir les couches profondes lacustres l'amont. C'est encore aux guides physiologiques que
aérées artificiellement à l'aide de compresseurs. l'on a recours pour tenter de remplacer cet appel.
Pour les cours d'eau de faible importance, une
1 augmentation du taux d'oxygène dissous peut être 3.4. Abris
obtenue par I'érection de petits barrages accroissant
le brassage de l'eau. Pour tous les organismes aquatiques, autres que
les pélagiques, la survie ou la mort peut dépendre
Pour des cours d'eau plus importants, on peut
de la présence ou de l'absence d'abris à un stade ou
retarder leur réchauffement et augmenter par cela
à un autre de leur cycle vital. Ces abris sont consti-
même leur teneur en oxygène dissous : en favori-
tués par des pierres, des anfractuosités des rives et
sant l'infiltration dans le bassin versant de façon à
par la végétation aquatique qui sert en outre de sup-
accroître le débit des sources, en améliorant locale-
port aux petits organismes, périphyton et invertébrés,
ment les résurgences, en réduisant la largeur du lit
recherchés comme nourriture par les poissons. Dans
de façon à augmenter la vitesse du courant, en mul-
les régions tropicales, on admet généralement que
tipliant les couverts flottants ou fixes.
la production est en grande partie fonction de la
Dans les lacs de barrage utilisés ¡industriellement, superficie des zones de végétation qui sont inondées
I'évacuation des eaux de fond, plus froides, étend durant la période de cirue et dans laquelle les ale-
théoriquement l'habitat des espèces d'eau chaude vins se réfugient.
dans la retenue et celui des e s p h e s d'eau froide
II y aura donc intérêt à favoriser le développement
vers l'aval. L'évacuation des eaux de surface conduit
de la végétation aquatique si les voraces sont en
théoriquement au résultat inverse. Signalons enfin
surnombre ou si l'on veut augmenter la production
que les centrales atomiques rejettent de grands vo-
des espèces herbivores ou omnivores. Le plus sou-
lumes d'eau portés à température assez élevée et
vent, on se contente de recourir à des fagots ou des
dont le refroidissement complet est parfois impossi-
fascines flottant en surface ou immergés et ancrés.
ble. La solution doit alors être recherchée dans I'ac-
Au Dahomey, les amas de branchages immergés,
climatation d'une faune spécialement adaptée aux
appelés acadjas, contribuent à maintenir les très
températures obtenues.
hauts niveaux de production que l'on a observés
notamment dans les lagunes.
3.3. Circulation
Au contraire, on cherchera à limiter la végétation
L'abondance d'une espèce dans un écosystème aquatique lorsque celle-ci devient envahissante, ou
est, entre autres choses, fonction de la coexistence s'il y a surpeuplement en espèces proies qui béné-
de zones favorables à la reproduction, de zones fa- ficient alors d'un taux de survie exagéré, susceptible
vorables à l'alimentation et à la croissance, enfin de de provoquer le nanisme, et ceci au détriment d'espè-
zones d'abris. Suivant les caractéristiques des mi- ces plus appréciées. Pour se débarrasser des végé-
lieux et des espèces, ces diverses zones peuvent taux immergés, on a recours à des herbicides chimi-
se trouver réunies (cas des espsèces sédentaires) ques, à des poissons tels que Puntius javanicus,
ou éloignées les unes des autres par de grandes dis- Tilapia melanopleura ou Ctenopharyngodon idel-
tances (cas des espèces migratrices). Une espèce /a, voire à des mammifères comme Nutria. Con-
se développera d'autant mieux qu'elle pourra circu- tre les végétaux flottants ou émergés, outre les
ler plus librement entre ses différentmeszones de re- moyens précités, on pceut encore utiliser le faucar-
production, d'alimentation, d'abris, et qu'elle ne ris- dage avec élimination mécanique par halage sur la
quera pas de s'engager dans des impasses telles rive ou entraînement par le courant après découpage
que canaux d'amenée aux usines ou d'irrigation, ce des végétaux en parcelles facilement transportables.
5-

3.5. Conditions de reproduction bre (limitation de la compétition intraspécifique), .


soit des prédateurs ou des compétiteurs de l’es-
Les conditions de fraye des poissons sont très pèce que l’on désire favoriser (limitation de la
variables. Certaines espèces pondent en pleine eau compétition interspécifique). Pour la pratique de
des œufs dits pélagiques, d’autres les déposent sur ces éclaircies, on utilise des méthodes sélectives
des végétaux aquatiques, sur le fond, d’autres les de pêche ou d’empoisonnement ou encore d’élec-
enterrent dans du gravier, d’autres enfin construi- trocution.
sent de véritables nids. En modifiant le substrat, on
peut donc favoriser ou contrecarrer la fraye de telles 3.8. Maladies
ou telles espèces, permettre la survie des œufs et
des alevins pour les espèces de choix dont I’abon- Le rôle des maladies comme facteur de régulation
dance est insuffisante, ou au contraire la limiter pour des peuplements n’a encore été que peu étudié dans
les espèces surabondantes ou indésirables. les eaux naturelles. II est certain que des épidémies
Dans les rivieres, en débarrassant localement les d’origine infectieuse ou parasitaire sont susceptibles
gravières de leur vase et de leur sable par des tra- de limiter ou peut-être même d’éliminer certaines
vaux appropriés, on favorisera la fraye des truites espèces. On connaît notamment les effets désas-
et des saumons. Dans d’autres cas, on incite cer- treux de la peste sur les populations d’écrevisses
))

tains poissons à frayer par la pose de caisses rem- (Ast.acus) en Europe. Mais actuellement, nos connais-
plies de matériaux ad hoc, de tuiles, de briques, de sances dans ce domaine des maladies sont encore
branchages, etc. Enfin dans les lacs de retenue, le insuffisantes pour que l’on puisse songer à les utili-
réglage du niveau de l’eau permet d’agir de façon ser dans l’aménagement des pêches continentales.
tres efficace sur les œufs et les alevins des espèces Si la lutte biologique est parfois une méthode effica-
qui se reproduisent près des rives, en eau peu pro- ce et élégante pour s’opposer à l’envahissement
fonde. d’espèces indésirables, il ne faut pas oublier que
ses effets sont parfois différents de ceux que l’on
escomptait et qu’elle ne doit être manipulée qu’avec
3.6. Nourriture une extrême prudence.
Si la production des eaux continentales dépend
en premier lieu de la reproduction, de la croissance 4. PRINCIPES D’AMENAGEMENT
et de la survie des espèces recherchées, toutes trois DES ESPECES A FAVORISER
dépendent à leur tour de l’un des facteurs essentiels
de l’environnement : ses ressources en nourriture.
L’aménagement des populations à favoriser com-
Sur ce Doint. les Dossibilités d’intervention relèvent
porte trois possibilités d’intervention directe :
de cinq ‘types differents :
- augmentation de la fertilité des eaux et de la les destructions partielles destinées ä lutter con-
production primaire par apport d’engrais ; tre une pullulation des espèces de choix entraî-
nant un faible taux de croissance ;
remise en circulation des déments nutritifs qui
se trouvent bloqués dans la végétation non brou- le sauvetage des individus menacés de périr
tée ou non assimilée par les herbivores et dans lorsqu’ils sont coupés de leur habitat, par une
la vase du fond; baisse des eaux par exemple‘;
amélioration des conditions de vie de certains
le peuplement ou le repeuplement en sujets
invertébrés consommés par les poissons ;
d‘âges divers, opération destinée soit à introduire
modification de la chaîne alimentaire ; des poissons dans des eaux qui n’en possèdent
distribution de nourriture d’appoint. pas, soit à introduire des espèces capables d’uti-
liser des ressources alimentaires inemployées,
soit à réduire les conséquences d’une surexploi-
3.7. Contrôle des espèces surabondantesi. Compé- tation sans avoir recours à des mesures de ré-
titeurs et prédateurs
glementation conservatrices trop sévères.
I
La surabondance d’une espèce ou de plusieurs
Destructions partielles et sauvetages rentrent dans
espèces peut constituer une adversité de I’environ-
le cadre de l’aménagement de l’environnement, traité
nement et justifier une limitation. Les interventions
précédemment, et ne sont mentionnés ici que pour
pourront comporter :
mémoire, le présent paragraphe étant consacré à
- une destruction totale de la .faune des poissons, I’étude des peuplements et repeuplements. II a déjà
par empoisonnement à la roténone, ce qui néces- été signalé plus haut que les résultats de déverse-
site un réempoissonnement ultérieur ; ments d’alevins dans les eaux naturelles avaient été
- une destruction partielle, soit des individus d’une extrêmement variables et souvent très inférieurs aux
espèce de choix que l’on estime être en surnom- espérances et aux illusions que l’on entretenait au
- 6 -

début du siècle. En effet les taux de survie annuelle tains conviennent parfaitement aux salmonidés d'eau
des' individus sauvages sont déjà très faibles. Les froide alors que d'autres, en raison de leur haute
taux de survie des individus préalablement élevés altitude, se trouvent dans des conditions climatiques
de façon intensive dans des établissements de pis- incompatibles avec la vie de tout poisson. II est en
ciculture sont en général plus faibles encore une outre certain qu'une seule espèce ne peut utiliser
fois que ces sujets domestiques sont déversés en toutes les ressources alimentaires d'un milieu aqua-
eaux sauvages. Si celles-ci sont bien courantes, les tique. II y a donc intérêt à peupler ce dernier avec
survivants ne doivent leur salut qu'à la possession une association d'espèces dont les besoins alimen-
d'un abri qu'il leur'faut conquérir et défendre contre taires sont complémentaires.
les autres poissons.

4.1. Peuplement d e s eaux vierges 4.2. Introduction d'espèces nouvelles


dans d e s eaux déjà peuplées
Les eaux vierges de tout peuplement en poissons
sont de deux sortes : On admet en général que, dans un écosystème
donné, il ne peut exister qu'une seule espèce par
- les plans d'eau artificiellement débarrassés de niche écologique. Par conséquent, si une espèce in-
leurs populations de poissons à la suite d'un empoi- troduite A correspond à une niche déjà occupée par
sonnement total, par exemple à la roténone ; une espèce B, deux éventualités sont possibles : OU
bien A est mieux adaptée que B à l'environnement
- les véritables eaux vierges, séparées des eaux
et éliminera B, ou bien A est moins bien adaptée et
habitées par les poissons par une barrière infran-
ne pourra pas s'implanter. Si par contre A est intro-
chissable pour ces derniers, que l'homme n'a pas
duite dans une communauté oÙ la niche qui lui cor-
encore eu l'occasion de peupler artificiellement. C'est
respond est libre, elle a toutes chances de prospérer
à cette catégorie qu'appartiennent nombre de lacs
rapidement à moins que les conditions physico-chi-
de montagne, les cours supérieurs de ruisseaux ou
miques de l'environnement ne lui soient défavora-
de rivières coupés de l'aval par des chutes infran-
bles. En principe, il n'y a donc pas de demi-succès
chissables, l'ensemble des eaux intérieures de cer-
en matière d'acclimatation. Ou l'espèce introduite ne
taines îles, tel l'archipel des Kerguelen dans I'Antarc-
réussit pas à s'adapter et disparaît, ou bien elle de-
tique, ou enfin certains réservoirs créés pour d'au-
vient abondante.
tres buts que la pisciculture.
Les poissons introduits dans une eau vierge ne L'abondance de l'espèce introduite peut rester
trouvent devant eux aucune espèce piscicole préda- dans des limites compatibles avec une bonne crois-
trice ni aucune espèce piscicole compétitrice au sance, tant pour elle-même que pour les autres es-
point de vúe alimentaire. Les risques de maladies pèces appréciées. L'intervention est alors un succès,
infectieuses ou parasitaires y sont réduits au mini- surtout si elle correspond au peuplement d'une niche
choses égales par ailleurs, sont susceptibles de pro- vide antérieurement. Citons l'introduction des Tila-
curer d'excellentes conditions de survie aux sujets pia dans les lacs et rivières des plateaux de Mada-
mum et par conséquent les eaux vierges, toutes gascar où n'existait aucun poisson microphage, celle
de repeuplement. Les interventions tentées en ce de Tilapia nilotica et Heterotis miloticus dans
sens ont donc toutes chances d'être couronnées de la retenue d'eau du barrage de la Bia en Côte d'lvoi-
succès à condition de s'adresser à des espèces bien re, ou encore cell,e de Lates niloticus dans le lac
adaptées au milieu à peupler. Victoria qui a permis de valoriser le peuplement
d'Haplochromis.
Dans le cas d'un plan d'eau artificiellement débar-
rassé de sa population de poissons, on peut rempla- L'acclimatation peut au contraire aboutir à une
cer une combinaison d'espèces qui ne donnait pas pullulation génératrice de nanisme, entrainer l'élimi-
satisfaction par un peuplement jugé plus intéressant. nation d'une espèce plus appréciée ou conduire, par
Dans certains lacs, on a pu procéder ainsi à une compétition interspécifique ou prédation et sans com-
restauration des espèces pionnières recherchées et pensation avantageuse, à la raréfaction d'espèces
qui avaient cédé le pas devant des espèces envahis- de choix occupant des niches différentes. L'inter-
santes. vention est alors catastrophique. Citons I'introduc-
tion en Europe de Lepomis gibbosus et Ictalu-
Dans le cas d'eaux naturellement vierges, avant rus nebulosus, celle de Cyprinus Carpio en Amé-
de choisir une espèce à introduire, il convient de
rique du Nord, etc.
bien connaître les divers facteurs de l'environnement
afin d'être sûr que la dite espèce trouvera des condi- Une fois reconnue l'opportunité d'introduire une
tions climatiques favorables, des possibilités de re- espèce nouvelle dans des eaux déjà peuplées, mais
production, des ressources en nourriture suffisantes, dont une niche peut ne pas être utilisée, il y aura
etc. Parmi les lacs de montagne par exemple, cer- donc lieu :
- 7 -

- de trouver l’espèce ou les espèces dont la biolo- Dans le cas des repeuplements d’entretien, il s’agit
gie s’accorde avec les caractéristiques de la ni- de combler un déficit en géniteurs sauvages dans
che à laquelle on les destine ; , une population qui a été trop éclaircie par la pêche.
Les sujets déversés devront donc s’incorporer au
de vérifier, lorsqu’il y a déjà eu des tentatives
peuplement autochtone et, comme ce dernier, se
d’acclimatation, que les caractéristiques biologi-
nourrir et se développer aux dépens de la nourriture
ques des espèces choisies sont stables ;
existante.
de s’assurer que ces espèces trouveront dans
Les résultats d’un repeuplement d’entretien ne se-
leur nouvel habitat des adversités de milieu, orga-
ront bénéfiques que si la rusticité des sujets intro-
niques ou inorganiques, de même importance que duits est suffisante pour surmonter les adversités
celles auxquelles elles avaient à faire face dans
du milieu. Or cette rusticité est susceptible de varier
leur milieu d’origine, faute de quoi une pullula-
dans de fortes proportions suivant l’origine des SU-
tion serait à craindre ; .
jets et les traitements qu’ils ont subis, suivant qu’il
de s’assurer que ces espèces ne sont pas norma- s’agit d’alevins sauvages capturés en eau libre, d’ale-
lement porteuses de parasites ou de germes de vins produits en étangs, de résidus de pêches
maladies encore inexistantes dans le milieu où d’étangs, d’alevins provenant d’incubation artificielle et
l’on envisage de les introduire ; de nourrissage en pisciculture, suivant la diversité des
modes de transport, d’immersion, etc. Alors qu’une
de s’assurer, si elles doivent être introduites rusticité médiocre des sujets introduits peut être suf-
dans des eaux libres profondes et de grande fisante pour assurer le succès d’un peuplement
étendue, qu’elles ne sont pas à priori suscepti- d’eaux vierges et une rusticité moyenne pour assurer
bles d’échapper totalement aux pêcheurs ; leur acclimatation dans des eaux déjà peuplées, une
de s’assurer que ces espèces seront suscepti- rusticité aussi forte que possible constitue le meil-
bles d’être appréciées, soit au point de vue ali- leur gage de succès des repeuplements proprement
mentaire, soit au point de vue sport. dits. Toutes les précautions devront en outre être
prises pour réduire au minimum l’importance des
mortalités différées dues à une fatigue importante,
elle-même consécutive à des conditions défavora-
I
4.3. Repeuplement en espèces préexistantes bles de transport ou d’immersion.

5. PRINCIPES D’AMENAGEMENT
Contrairement aux idées qui prévalurent pendant
~
longtemps, il est devenu aujourd’hui évident que le DE L‘EXPLOITATION
, nombre de poissons exploitables dans un lac òu une
I rivière n’est pas d’autant plus grand qu’on y a déver- La théorie mathématique des pêches a montré que,
sé davantage d’alevins. Pour les espèces à forte ré- pour chaque espèce, I’évolution du poids total d’une
I silience, les repeuplements ne servent en général à classe d’âge est représentée par une courbe en clo-
rien, tout au moins dans un plan d’eau de quelque che dont le sommet correspond à I’âge ou à la taille
importance, sinon à aggraver les effets de la surpo- critique. C’est à ce stade que la classe d’âge devrait
pulation qui caractérise souvent ces milieux. Pour être capturée. pour fournir le rendement pondéral
les autres espèces, les repeuplements ne sont en maximal. II faudrait pour cela que l’efficacité des
général indiqués que dans les plans d’eau pêchés engins de pêche permette une exploitation totale, de
avec intensité et dans lesquels la densité de peuple- façon instantanée, de la classe d’âge en cause, ré-
ment est tombée au-dessous de la normale. Selon serve faite des géniteurs à laisser pour la reproduc-
les buts que l’on se propose, les repeuplements en tion. II est évident qu’aucune méthode de pêche dans
espèces préexistantes se ramènent à deux types. les eaux naturelles ne peut conduire à un tel résultat.
L’aménagement de l’exploitation tente de s’en rap-
Dans le cas des repeuplements surdensitaires, on procher le plus possible, d’une part en recherchant
cherche non seulement à ramener à son niveau nor- à améliorer l’efficacité et la rentabilité des méthodes
mal une population de poissons qui a été décimée et engins de pêche, d’autre part en imposant des
par les pêcheurs, mais surtout à permettre aux dits mesures réglementaires destinées à empêcher autant
pêcheurs de capturer durant leurs loisirs plus de que possible toute surexploitation importante.
poissons que les ressources alimentaires du milieu
ne peuvent en produire. Ces repeuplements sont 5.1. Amélioration des méthodes ,

donc exécutés avec des poissons de taille réglemen- et des engins de pêche
taire qui n’ont pas ou n’ont que très peu à s’alimen-
ter avant d’être pêchés. Ceux qui ne sont pas cap- Pour un engin donné, le rendement à l’unité d’ef-
turés dans les semaines ou au maximum durant l’été. fort diminue lorsque l’intensité de la pêche augmente.
II arrive un moment où le pêcheur estime que le ren- tions. Ils permettent aux pêcheurs l'accès et la mise
dement est insuffisant pour le payer de la peine qu'il en exploitation des grands plans d'eau qui, autrement
se donne et qu'il vaut mieux pour lui changer d'acti- seraient restés insuffisamment pêchés.
vité : il y a surexploitation économique. Pour les
espèces de choix, les pêcheurs cherchent naturelle-
5.2. Vulgarisation des techniques nouvelles
ment à utiliser des engins et des méthodes de plus
ou améliorées
en plus efficaces, et il arrive que la surexploitation
biologique, qui se traduit par une diminution durable Des interventions sont nécessaires pour vulgariser
du stock exploitable, soit atteinte avant la surexploi- des techniques nouvelles ou améliorées lorsque les
tation économique. Des mesures de limitation et de pêcheurs auxquels elles sont destinées en contes-
conservation s'imposent alors. Dans tous les autres tent l'efficacité ou la rentabilité. Car en définitive, la
cas, pour mettre fin à la sous-exploitation, il convient seule raison valable qui puisse inciter un pêcheur à
de mettre à la disposition des pêcheurs des métho- abandonner une méthode de pêche à laquelle il est
des et des engins améliorés qui leur permettent de habitué pour une autre qu'il ne connaît pas, c'est la
capturer avec un effort moindre une quantité plus certitude qu'à travail égal son gain augmentera. II
grande de poissons. A ce point de vue, les intewen- ne suffit pas que I'efficaciité d'une méthode ait été
tions peuvent porter sur les méthodes et les engins établie par les sewices de recherches, il faut de
utilisés, sur les matériaux servant à leur fabrication, plus qu'elle ait été contrôlée durant un laps de temps
sur les embarcations et enfin sur les moyens de pro- suffisamment long et dans les conditions exactes oÙ
pulser celles-ci. les futurs utilisateurs auront à l'employer. Quant à la
rentabilité, son calcul doit faire intervenir non seule-
Parmi les engins à préconiser pour l'aménagement
ment le rendement, mais aussi le prix d'achat, les
des pêches continentales, on doit citer en premier
frais d'entretien et d'utilisation, la durée d'utilisation,
lieu les filets maillants, fixes ou dérivants, qui ont
etc. Toutes ces données varient avec les conditions
l'avantage d'être très sélectifs et de ne capturer,
d'emploi, les poissons capturés, les facteurs écono-
pour une grandeur de maille donnée, que des pois-
miques locaux, et nécessitent souvent l'adoption de
sons compris entre des limites de taille bien définies.
solutions de compromis.
Les lignes à hameçons multiples, plusieurs centaines
à plusieurs milliers, très rapprochés et non appâtés, En outre, on ne doit pas perdre de vue qu'augmen-
sont des engins peu coûteux et à fort rendement ter rapidement et considérablement le rendement des
dans les eaux très poissonneuses : elles connaissent techniques de pêche aboutit le plus souvent à favo-
une grande faveur en Afrique. D'un emploi plus limité riser un petit nombre de pêcheurs au détriment des
sont les chaluts et les sennes tournantes : les pre- autres qui sont contraints d'abandonner leur métier
miers conviennent pour la capture des poissons de et de se reconvertir à une activité différente. Bien
fond, les secondes pour les espèces pélagiques. qu'une telle éventualité soit normale et que le résul-
tat soit économiquement sain, elle pose, sur le plan
L'amélioration de la qualité des matériaux utilisés
social, des problèmes pratiques dont la gravité ne
pour la fabrication des engins de pêche est très im-
doit pas être sous-estimée. Enfin, avant de préconi-
portante. Depuis quelques années, l'emploi généra-
ser l'emploi d'engins ou de méthodes à haut rende-
lisé des fibres synthétiques et des nappes de filets
ment, on devra s'assurer que les pêcheurs n'en fe-
préfabriqués, avec ou sans nœuds, a révolutionné
ront pas un emploi abusif qui risquerait de dépasser
la pêche aux filets, surtout aux filets maillants. Les
le but visé et de provoquer à brève échéance une
grillages métalliques remplacent avantageusement,
surexploitation catastrophique. C'est ainsi que les
pour la fabrication des nasses, les matières végé-
méthodes non sélectives et très destructrices (pêche
tales que les pêcheurs avaient parfois bien du mal
à I'électricité, aux explosifs, aux poisons, etc.) sont
à trouver.
généralement prohibées ou réservées aux interven-
Un effort spécial doit être accordé à la mise au tions de contrôle des espèces surabondantes.
point des embarcations de pêche qui doivent être
légères, maniables, sûres et économiques. Dans cer- 5.3. Aide aux pêcheurs dans les pays
taines régions du globe, le problème n'a pas encore sous-développés
été entièrement résolu. Sur le lac Tchad, des pê-
cheurs en sont encore réduits à se servir de radeaux II arrive souvent que la vulgarisation des techni-
de papyrus. ques nouvelles ou améliorées se heurte au manque
d'argent des pêcheurs. Dans les pays développés,
Quant à la propulsion des embarcations, elle sem- l'infrastructure financière permet, au moins en prin-
ble avoir reçu maintenant une solution satisfaisante cipe, de résoudre le problème. Dans les pays sous-
avec les moteurs hors-bord qui connaissent dans le développés, les prêts à envisager sont de deux sor-
monde entier une faveur justifiée. Légers, robustes, tes : prêts individuels à court terme et prêts collec-
mobiles, ils s'adaptent sur tous les types d'embarca- tifs.
,1
-9-

Les prêts individuels à court terme ne doivent pas - règlements destinés à prohiber l’emploi de mé-
être consentis en argent, mais sous forme d’engins thodes ou d’engins dangereux pour la sauvegarde
de pêche ou de matériaux pour les fabriquer. Le des stocks ; exemple : interdiction de pêcher aux
remboursement se fait grâce à la vente du poisson explosifs ou de pêcher certaines espèces vulné-
capturé. Ce système apparemment simple présente rables sur les frayères en période de reproduc-
de graves inconvénients. Les pêcheurs ont tendance tion ;
à s’adresser aux commerçants qui s’assurent ainsi
l’achat du poisson à un prix qu’ils fixent eux-mêmes - règlements destinés à rendre les méthodes de
le plus bas possible, et les pêcheurs finissent par pêche plus rationnelles ; exemple : fixation d’une
ne plus pouvoir se libérer de leurs dettes. Si, pour taille minimale pour certaines espèces, ce qui
éviter cette forme d’usure, le service des pêches oblige les pêcheurs à abandonner l’emploi de
local devient organisme de prêt, il prend en charge techniques capturant des tailles inférieures au
une comptabilité très lourde et n’a guère de recours minimum autorisé ;
contre les mauvais payeurs. - règlements destinés à sauvegarder les intérêts
légitimes des pêcheurs ; exemple : obligation pour
Les prêts collectifs sont préférables, les groupe-
ments de pêcheurs bénéficiaires étant alors solidai- les industriels de ne rejeter que des eaux non
rement responsables. La forme la plus élaborée de susceptibles de provoquer des pollutions dange-
groupement est la coopérative de production gérée reuses pour les pêcheries.
par les pêcheurs eux-mêmes et sous leur propre res- I I est clair, d’après ce qui a été dit plus haut, que
ponsabilité. Malheureusement cette solution est ra- les mesures réglementaires, étant motivées par I’état
rement possible dans les pays sous-développés en critique d’une pêcherie, doivent être conçues de fa-
raison du manque d’instruction des pêcheurs et de çon à pouvoir être facilement et rapidement modi-
leur manque d’esprit coopératif. II faut donc avoir fiées lorsque cet état s’améliore ou s’aggrave.
recours à des semi-coopératives qui sont dirigées et
gérées par un fonctionnaire de I’Etat. Suivant les cas
et les régimes politiques, on peut arriver à un vérita- 6. PRINCIPES D’A’MENAGEMENT
ble encadrement des pêcheurs ; ceci présente l’in- DE L’INFORMATION
convénient de restreindre leur liberté individuelle
mais présente l’avantage de pouvoir les cons6;ller
et les guider plus efficacement dans l’utilisation des Le rôle de l’information dans l’aménagement des
techniques rationnelles de pêche afin d’obtenir un pêches continentales .a déjà été évoqué à plusieurs
meilleur rendement. reprises dans les paragraphes précédents. Ce rôle
est capital et l’on peut dire que les interventions
dans le domaine de l’information devraient toujours
5.4. Réglementation
accompagner, sinon précéder, celles qui sont ten-
tées sur les plans technique ou biologique.
Nous avons vu qu’en matière d’aménagement des
populations de poissons à favoriser, les interven-
tions n’étaient opportunes qu’à la condition d’être 6.1. Information du public
choisies en fonction du degré de sous-exploitation
ou de surexploitation de ces populations (2.3.). II en La plus grande partie des eaux naturelles relève
est exactement de même des interventions consti- du domaine public et l’ensemble de la population en
tuées par les mesures de réglementation de la pêche. est utilisatrice, qu’il s’agisse de loisirs, de besoins
domestiques, agricoles, industriels, etc. Or, peut-être
En outre, bien que fondée sur des bases biologi- parce que les poissons qui se trouvent dans l’eau
quement saines et d’efficacité assurée, une mesure ,ne se voient pas, l’opinion est en général très mal
réglementaire n’a de chances d’être durablement informée, voire totalement ignorante des problèmes
admise que si le Pouvoir et l’Opinion en ont au préa- concernant les pêches continentales.
lable compris la nécessité. Ceci suppose que les
problèmes de l’information, qui seront traités au pa- Les interventions en vue d’éduquer et d’informer
ragraphe suivant, ont été judicieusement résolus. De le public feront appel aux méthodes modernes habi-
plus, une mesure réglementaire ne sera en définitive tuelles : conférences, causeries à la radio, démons-
réellement appliquée q ù à la condition d’être suffi- trations télévisées, affiches, articles dans la presse
samment simple pour que les pêcheurs soient capa- écrite, distribution de tracts, etc. Elles viseront les
bles de s’y reconnaître parmi les interdictions et buts suivants :
capables aussi d’en saisir l’intérêt.
- faire connaître les particularités de la vie dans
Les interventions sous forme de mesures régle- les eaux continentales, les espèces de poissons
mentaires se classent en trois catégories selon le qui les habitent, leurs mœurs, leurs besoins, leur
but visé et les moyens de l’atteindre : utilité ;
10 -

faire connaître l'importance économique des pê- - tenir les pêcheurs au courant des cours des prin-
ches continentales. Certaines évaluations récen- cipales catégories de poissons frais ou conservés
tes fixent leur production à environ 5 millions de sur les différents marchés où ils peuvent être
tonnes, 30 à 40 yo de la consommation humaine écoulés. Les intéressés pourront comparer ainsi
en poisson provenant des eaux continentales. La leurs prix de revient aux prix de vente qui leur
pêche professionnelle fait vivre directement ou sont offerts, chercher à obtenir un bénéfice rému-
indirectement un grand nombre de familles dans nérateur et s'abstenir le cas échéant de travailler
le monde. Et même dans les pays où la pêche à perte;
dans les eaux naturelles ne constitue qu'un sport
ou qh'une façon d'occuper les loisirs, son impor- - tenir les pêcheurs informés de la réglementation
tance ne doit pas être considérée comme secon-
$,
qu'ils sont tenus de re pecter et de tout change-

I
daire. En raison de I'élévation constante du ni- ment intervenant dans ette réglementation. Une
veau de vie, de la diminution non moins constante simple diffusion des t xtes réglementaires trop
des heures de travail et de l'augmentation de la souvent difficiles à comprendre ne saurait suffire.
durée moyenne de la vie, I'organlisation des loi- II faut expliquer ces text s, les justifier, en montrer
sirs est appelée à devenir un problème de plus les avantages ;
en plus important pour la société. - tenir les pêcheurs informés de leurs droits
- faire connaître les responsabilités de chacun vis- sociaux et professionnels afin qu'ils puissent
à-vis de la protection de la nature en général, éventuellement bénéficier des avantages du grou-
et de la vie des organismes aquatiques en parti- pement en coopératives, en syndicats ou en so-
culier. La sauvegarde des poissons dans les eaux ciétés. Cette information est d'autant plus néces-
naturelles est aussi importante que celle des ar- saire que les pêcheurs et leurs familles mènent
bres dans les forêts ; souvent une vie un peu à I'écart du reste de la
population, constituant encore dans certains pays
- faire connaître et apprécier le poisson d'eau dou- des groupes ethniques ou des castes endogami-
ce comme aliment dans les pays où sa consom- ques. 63%
mation est insuffisante par rapport aux ressour-
ces locales.
6.3. Formation d e biologistes
6.2. Information d e s pêcheurs
C'est à l'heure actuelle un fait que dans de nom-
e t d e techniciens d e s pêc es

a
*II est évident que I'amén gement des pêches conti-

i
nentales nécessite de soli 1 es connaissances scienti-
breux pays sous-développé,s les pêcheurs consti- fiques et techniques. C Iles-ci ne peuvent être
tuent un des éléments les plus dynamiques de la acquises et utilisées que p r un personnel spécialisé.
population. Ces pêcheurs sont en général très ou-
verts aux nouveautés et capables d'élever rapide- A I'échelon le plus élevé, les biologistes des pê-
ment leur niveau de vie. Encore faut-il qu'ils soient ches seront recrutés dans les universités ou dans .
informés des possibilités d'améliorer le rendement de des organismes similaires. Outre une solide culture
leur travai I. générale, ils devront acquérir des connaissances ap-
profondies dans les domaines suivants :
Les moyens d'information susceptibles de toucher
les pêcheurs sont les mêmes que ceux indiqués pré-
- écologie, biologie des pêches, dynamique des po-
pulations, principes d'aménagement des pêches
cédemment pour le public. II convient cependant d'y
ajouter les revues hebdomadaires ou mensuelles continentales ;
spécialement consacrées aux pêches cbntinentales - techniques diverses utilisées en biologie des pê-
lorsqu'il en existe, et dans certains pays l'exemple ches : analyse statistique, marquage, étude de
et la parole du personnel chargé de l'encadrement I'âge et de la croissance ainsi que des régimes
ou de la formation des pêcheurs. Les interventions et habitudes alimentaires des poissons, inventaire
porteront sur les points suivants : de populations, diagnose écologique ou démo-
graphique des pêches
- tenir les pêcheurs au courant de toutes les mé-
thodes et techniques nouvelles ou améliorées
susceptibles de les intéresser tant pour la cap-
ture du poisson que pour sa commercialisation.
Les informations devront être d'ordre essentielle-
ment pratique ; elles préciseront par exemple aux
utilisateurs éventuels la façon de se procurer des
- débouchés actuels des produits de la pêche, dé.
bouchés nouveaux à créer.
engins de pêche, de les fabriquer, de les entrete-
nir QU encore leurs conditions d'utilisation, leurs Aux échelons moyens, les techniciens des pêches
prix de revient, etc. ; assistent les biologistes dans leurs travaux, contri-
<

2
- il -
buent à la mise au point d’engins expérimentaux, aux Sur le plan de I’équipement économique du terri-
essais de traitement du poisson en vue d’en assurer toire, lés projets soumis au gouvernement devront
une meilleure conservation, etc. II y aura souvent faire ressortir les besoins des pêcheurs sur les
intérêt, spécialement dans les pays sous-développés, points suivants :
à recruter une partie de ces cadres moyens dans le
milieu pêcheurs et à les former sur place. On sera - installations portuaires et aménagement de la na-
ainsi mieux assuré de leur aptitude à résoudre les vigation pour faciliter l’accès aux zones de pêche
problèmes locaux en tenant compte des conditions les plus productives et aux points de débarque-
particulières à chaque pays. ment les plus rentables ;

Enfin, à I’échelon vulgarisation, il sera parfois né- - constructions de routes, de voies ferrées, ou
cessaire de former des moniteurs pour encadrer les d’aérodromes pour I’évacuation rapide des pro-
pêcheurs, leur apprendre le maniement d’engins ou duits de la pêche depuis les lieux de capture ou
la pratique de techniques nouvelles. Pour être capa- de débarquement jusqu’aux lieux de consomma-
bles d’agir avec le maximum de compréhension et tion ou de commercialisation. Dans les pays sous-
d’efficacité, ces cadres subalternes devront être obli- développés, on a constaté à maintes reprises
gatoirement recrutés parmi les pêcheurs que l’on une augmentation brusque de la production de
cherche à éduquer, et dont ils connaîtront par consé- certaines pêcheries dès qu’une route a permis
quent la mentalité et les habitudes. Mais leur forma- de transporter rapidement le poisson capturé vers
tion n’aura pas besoin d’être poussée, car leur rôle des centres urbains où il trouve preneur à des
se bornera à initier progressivement les exploitants prix rémunérateurs ;
aux pratiques rationnelles préconisées et mises au - installations- de moyens de stockage, entrepôts
point par les Services scientifiques et techniques. frigorifiques, fabriques de glace, usines de con-
servation, sécheries, fours à fumage, etc.
6.4. Information du gouvernemenr

Malgré la comp6tence des Services scientifiques 7. CONCLUSION


et techniques, le devouement des cadres et la volon-
té des pêcheurs d’accroître leur production, on cons-
tate parfois que les possibilités réelles de dévelop- Dans ce rapide exposé, qui est loin d’avoir épuisé
pement des pêches continentales ne sont pas tous les aspects de l’aménagement des pêches con-
exploitables du .fait d’une méconnaissance de leur tinentales dans les lacs et les rivières, on a surtout
cherché à montrer la diversité et la complexité des
importance par certains gouvernements. Dans cha-
problèmes à résoudre. On a également fait ressortir
que pays, c’est en effet le gouvernement qui adopte
l’insuffisance des solutions biologiques ou techni-
les plans régionaux de mise en valeur et. d’exploita-

tion des ressources naturelles, qui octroie les bud- ques lorsque celles-ci ne sont pas intégrées dans
une action d’ensemble visant l’information à la fois ï
gets et édicte la législation des pêches. Son inter-
vention peut donc être c5zisive dans l’aménagement du public, des exploitants et des autorités gouverne-
des pêches continentales et pour prendre en ce mentales. L’aménagement des pêches continentales
domaine les décisions qui s’imposent, il doit être n’est donc pas une question relevant seulement de
la compétence des biologistes et des techniciens
tenu informé des problèmes,à résoudre et des inté-
rêts en jeu. des pêches : elle concerne aussi les sociologues et
les économistes et doit être prise en considération
Ce sont les administrateurs des Services des Pê- dans tout plan de mise en valeur des ressources
ches, et éventuellement les représentants élus ou naturelles aux échelons nationaux ou régionaux.
désignés des pêcheurs. auxquels revient la respon-
sabilité d’informer leur gouvernement, par le canal C’est devenu un lieu commun de rappeler le
des bureaux ministériels compétents, des commis- rythme inquiétant de l’augmentation actuelle de la
sions parlementaires ou de tuut autre organisme pré- population mondiale en regard de celui des ressour-
vu dans la structure politique du pays. ces alimentaires. Le poisson d’eau douce peut et
doit contribuer à combler le déficit en protéines ani-
Sur le plan financier, les projets budgétaires sou- males, mal chronique de certaines régions. Dans les
mis au gouvernement devront prévoir des crédits pays sous-développés, l’aménagement des pêches
suffisants pour le bon fonctionnement et l’extension continentales n’a d’autre but qu’accroître au maxi-
des Services scientifiques et techniques des pêches, mum le reve.nu fourni par les stocks de poissons en
avec leurs laboratoires, leurs ce.ntres de recherches rationalisant leur exploitation. Comme la réalisation
et leur personnel spécialisé. En outre, ils devront de cet objectif nécessite des recherches que les dits
éventuellement prévoir des aides financières aux pê- pays ne peuvent mener à bien par leurs propres
cheurs en subventionnant les. organismes de prêts moyens, ce sont les nations plus développées qui
à I’équipement ou de contrôle des prix. doivent leur venir en aide, les faisant bénéficier de

b- \
I
i

- 12 -
A

leurs connaissances et de leur expérience. En ce que tant d'efforts et d'argent sont encore dépensés
domaine, comme dans bien d'autres, une large chaque jour pour préparer la guerre, il est réconfor-
entr'aide internationale est devenue obligatoire. tant de constater que des hommes de bohne volont6
et de toutes nationalités mettent en commun les res-
A ce point de vue, on boulignera pour terminer sources de leur intelligence pour accroître la pro-
combien les perspectives actuelles semblent encou-
duction des denrées alimentaires indispensables &
rageantes. Le succès des campagnes entreprises
la vie, à la santé et au bien-être des populations,
pour I'éradication de la faim dans le monde, et l'in-
térêt avec lequel le Programme Biologique Interna- et ceci dans tous les domaines, celui des pêches
tional est accueilli dans les milieux scientifiques té- continentales dans les lacs e t rivières n'en étant .
moignent d'une prise de conscience des problèmes qu'un particulier, le seul que notre compétence nous
réellement vitaux pour l'humanité de demain. Alors ait autorisé à traiter.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

LAGLER K.F., 1952. -Freshwater Fishery Biology. (Dubuque, Iowa, BEVERTON R.J.H. et HOLT S.J., 1957. - On the dynamics of ex.
Wm. C. Brown Company, lrc édition, 360 p.). ploited fish populations. (Fishety Invest., Lond., Ser. 2, XIX. 533 p.).
ROUNSEFELL G.A. et EVERHART W.H., 1953. - Fishery Science
its methods and application. (New York, John Wiley & Sons Inc.,
- VIBERT R. et LAGLER 1K.F.. 1961. -
Pêches continentales
gie et Aménagement. (Paris, Dunod éditeurs, 720 p.).
- Biolo-

444 P.).

Imro-Lniné ~ Rouen

Vous aimerez peut-être aussi