Étude des Formes d'Humus et Classification
Étude des Formes d'Humus et Classification
net/publication/283570453
CITATIONS READS
0 5,571
1 author:
Vincent Poirier
Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
21 PUBLICATIONS 239 CITATIONS
SEE PROFILE
Some of the authors of this publication are also working on these related projects:
All content following this page was uploaded by Vincent Poirier on 09 November 2015.
ET DE LEUR CLASSIFICATION
RÉALISÉ PAR
VINCENT POIRIER
29 AVRIL 05
TABLE DES MATIÈRES
Introduction .............................................................................................................................................. 1
Conclusion................................................................................................................................................ 31
Bibliographie ............................................................................................................................................ 32
i
LISTE DES FIGURES
Figure 1 : Profil typique d’un sol supportant un humus de type mull. Les lettres
correspondant aux horizons présentés sont définies au sens de la
classification canadienne (tiré de Sims et Baldwin, 1996) .......................... 4
Figure 2 : Peuplement de trembles et d’épinettes supportant un humus de type
mull (tiré de Sims et Baldwin, 1996)........................................................... 6
Figure 3 : Profil typique d’un sol supportant un humus de type moder. Les lettres
correspondant aux horizons présentés sont définies au sens de la
classification canadienne (adapté de Duchaufour, 1995) ............................ 7
Figure 4 : Peuplement de frênes noirs supportant un humus de type moder (tiré de
Sims et Baldwin, 1996) ............................................................................... 8
Figure 5 : Profil typique d’un sol supportant un humus de type mor. Les lettres
correspondant aux horizons présentés sont définies au sens de la
classification canadienne (adapté de Duchaufour, 1995) ............................ 9
Figure 6 : Peuplement de pins gris et d’épinettes noires supportant un humus de
type mor (tiré de Sims et Baldwin, 1996).................................................... 10
Figure 7 : Spectres d’analyse de la technique FITR-ATR pour les substances
humiques extraites des fractions argileuses (« clay ») et limoneuses
(« silt ») des sols de type Paleudalfs plinthaquiques (a) et Palehumults
typiques (b) (3374 cm-1 = C d’origine OH phénolique; 2922 et
2851 cm-1 = C d’origine aliphatique asymétrique et symétrique;
1626 cm-1 = C d’origine aromatique et carbonyle; 1413 cm-1 = C
d’origine aliphatique déformée; 1252 cm-1 = C d’origine carboxylique;
1046 cm-1 = C d’origine polysaccharidique) .............................................. 30
ii
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1 : Caractéristiques descriptives utilisées pour différencier les formes
terrestres et semi-terrestres d’humus (adapté de Sims et Baldwin, 1996;
Klinka et coll, 1981) ......................................................................................... 2
Tableau 2 : Comparaison des principales caractéristiques écologiques des trois
grandes familles d’humus (adapté de Ponge, 2003) ................................... 3
Tableau 3 : Caractéristiques des quatre types de mulls définies par Duchaufour
(1996) ......................................................................................................... 4
Tableau 4 : Comparaison des horizons diagnostiques utilisés pour distinguer les
formes d’humus rencontrés en milieu généralement non saturé (adapté
de GTCC, 2002) ............................................................................................... 11
Tableau 5 : Description des horizons susceptibles d’être retrouvés chez les trois
grands groupes d’humus terrestres au sens de la classification
canadienne (adapté de GTCC, 2002) ............................................................... 12
Tableau 6 : Rapprochements entre les différents types d’humus et certains types de
sol au sens de la classification canadienne des sols (GTCC, 2002) ........... 13
Tableau 7 : Définitions des horizons spécifiques employés par Klinka et coll.
(1981) ...............................................................................................................
16
Tableau 8 : Système de classification des formes d’humus des écosystèmes
terrestres proposé par Klinka et coll. (1981) pour la Colombie-
Britannique .......................................................................................................
17
Tableau 9 : Ordres et groupes d’humus retrouvés dans les écosystèmes terrestres
selon la classification de Sims et Baldwin (1996)............................................ 18
Tableau 10 : Description des horizons susceptibles d’être retrouvés chez les trois
grands groupes d’humus terrestres au sens de la classification
américaine (adapté de SSS, 1999, 2003) .................................................... 19
Tableau 11 : Corrélations entre certains sols américains et canadiens et formes
d’humus possiblement associées aux sols américains (SSS, 1999, 2003;
GTCC, 2002; Buol et coll., 1989) .................................................................... 20
Tableau 12 : Corrélations entre certains sols WRB et canadiens et formes d’humus
possiblement associées aux sols WRB (WRB, 1998; GTCC, 2002) ......... 24
Tableau 13 : Présentation des sites expérimentaux et des modes de gestion de l’étude
de Seeber et Seeber (2005) ............................................................................... 28
iii
INTRODUCTION
La matière organique d’un sol en représente la phase vivante et on lui associe souvent la portion
biologiquement active. La vie du sol et la fertilité qui en découle dépendent de la quantité et de la
nature de la matière organique apportée au sol. Compte tenu de la diversité des espèces végétales
et animales qui se développent sur et dans un sol, il est plus approprié de parler des matières
organiques plutôt que de la matière organique. Les constituants végétaux et animaux de toutes
sortes serviront de matières premières à la formation de systèmes complexes de matières
organiques plus ou moins altérées et décomposées. Les matières organiques fraîches constituent
donc les éléments clés et constituent la fondation des systèmes humiques des sols. L’humus d’un
sol est définit, au sens large du terme, comme étant l’ensemble des produits organiques
complexes d’altération, en voie d’altération ou de transformation de la ou des matières
organiques du sol (Lozet et Mathieu, 2002; Kumada, 1987; Klinka et coll., 1981; Wilde, 1946).
Selon Duchaufour (1995), au sens strict, l’humus représente un ensemble de molécules
complexes, de nature colloïdale et de couleur foncée, nouvellement formées à partir de composés
organiques ayant échappés à une première étape de minéralisation. Au sens plus large, le terme
humus représente aussi l’ensemble des horizons humifères conditionnés par les facteurs
écologiques locaux. En conditions naturelles, l’humus du sol se forme et évolue en fonction des
facteurs climatiques, édaphiques et biotiques. Ainsi, il existe plusieurs types d’humus. Au sens de
Prévost (1970), l’origine, la nature, la complexité et la structure des humus sont extrêmement
diverses, de sorte que les humus sont innombrables. L’auteur résume l’état d’évolution de
l’humus de la façon suivante :
1
1. DESCRIPTION ET CARACTÉRISATION DES GRANDS GROUPES D’HUMUS
Selon Ponge (2003), les formes d’humus peuvent être définies comme différents patrons
morphologiques observés dans les associations entre les matières organiques et minérales à la
surface des profils de sol. Les types d’humus peuvent être classés selon leurs caractères
morphologiques, lesquels sont intimement liés à l’activité biologique et aux liaisons organo-
minérales à l’origine d’une structure caractéristique de l’horizon mixte A (Duchaufour, 1995).
Les humus des sols sont habituellement divisés en deux grandes classes, soit les humus
submergés ou de formation anaérobie et les humus émergés ou de formation aérobie (Delecour,
1980, cité par Lozet et Mathieu, 2002; Duchaufour, 1995; Prévost, 1970). Parmi les humus
émergés, nous pouvons distinguer les humus de types semi-terrestres et terrestres (Sims et
Baldwin, 1996; Klinka et coll., 1981). Le tableau 1 présente certaines caractéristiques
descriptives des humus de type terrestres et semi-terrestres.
Tableau 1 : Caractéristiques descriptives utilisées pour différencier les formes terrestres et semi-terrestres
d’humus (adapté de Sims et Baldwin, 1996; Klinka et coll, 1981)
Caractéristiques Humus terrestres Humus semi-terrestre
Principaux horizons
L, F et H ; Hi Of, Om et Oh
(selon la classification canadienne)
Physiographie Généralement en pente ou au niveau Généralement dépressionnaire
Notre attention sera principalement portée sur les humus terrestres de type mull, moder et mor,
évoluant en milieu aérobie dans des conditions d’humidité pouvant aller de très sèches à
humides. Les conditions de drainage des milieux dans lesquels évoluent ces types d’humus
peuvent varier. Les sols peuvent être très rapidement à imparfaitement drainés, mais la nappe
phréatique est généralement absente des horizons organiques. La végétation se développant à la
surface du sol et constituant les matières premières de l’humus est de type non hydrophile. La
présence d’oxygène dans l’environnement du sol favorise le développement d’une communauté
biotopique aérobique principalement constituée de mycéliums fongiques, d’actinomycètes, de
mites et de collemboles. Le tableau 2 présente certaines caractéristiques des humus de types mull,
moder et mor à l’échelle de l’écosystème.
2
Tableau 2 : Comparaison des principales caractéristiques écologiques des trois grandes familles d’humus
(adapté de Ponge, 2003)
Mull Moder Mor
Prairie, forêt de feuillus
Forêt de feuillus et de Forêt de résineux, landes
avec une riche végétation
Écosystèmes résineux avec une pauvre tourbière de sphaigne, pré
herbacée, zone arbustive
végétation herbacée alpin
méditerranéenne
Biodiversité Élevée Moyenne Faible
3
1.1 Mull
Les humus de type mull sont des humus dits actifs (Duchaufour, 1995) et sont caractérisés par
une décomposition rapide des matières organiques de la litière (Duchaufour, 1995; Ponge, 2003;
Sims et Baldwin, 1996). Les matières organiques sont rapidement incorporées dans les couches
minérales de surface et sont intimement liées aux particules de sol. Le mélange des matières
organiques décomposées et du sol minéral est homogène (GTCC, 2002; Ponge, 2003). Les liens
organo-minéraux sont stables et engendrent une structure aérée composée d’agrégats de
différentes dimensions (Duchaufour, 1995). Le premier horizon minéral est biomacrostructuré
(Baize, 2004) et composé entre autres de macroagrégats et de complexes organo-minéraux
(Ponge, 2003), ce qui lui confère typiquement une structure grumeleuse ou granulaire (GTCC,
2002; Klinka et coll., 1982; Sims et Baldwin, 1996, Caillier, 1999). La complexation des matières
organiques colloïdales et de particules argileuses entraîne la formation de complexes argilo-
humiques (Lozet et Mathieu, 2002; Baize, 2004; Sims et Baldwin). La figure 1 présente un
exemple de profil de sol sur lequel s’est développé un humus de type mull.
Figure 1 : Profil typique d’un sol supportant un humus de type mull. Les lettres correspondant aux horizons
présentés sont définies au sens de la classification canadienne (tiré de Sims et Baldwin, 1996)
Tableau 3 : Caractéristiques des quatre types de mulls définies par Duchaufour (1996)
Mulls
Acide Eutrophe (calcique) Carbonaté (calcaire) Andique
Caract.
Sol brunifié acide, forêt Cendres volcaniques
Milieu (mull à comlexe saturé) Calcaire (rendzine)
feuillue (andosols)
Min. de l’N 3 à 4 % par an ~ 2 à 3 % par an < 2 % par an ~ 0,4% par an
Structure Grumeaux moyens Bonne et stable Gros grumeaux stables Agrégats fins
4
En fonction des conditions physico-chimiques et biologiques du milieu, l’évolution des matières
organiques et de surcroît la composition biochimique des humus de type mull sera différente.
Dans un mull acide possédant environ 5% de matière organique, les formes jeunes des substances
humiques dominent et sont principalement composées d’humine d’insolubilisation et
microbienne et d’acides humiques et fulviques (Caillier, 1999). Dans un humus de type mull
calcaire possédant environ 12 % de matière organique, les substances humiques jeunes dominent
toujours, mais principalement sous la forme d’humine héritée (Caillier, 1999). Dans les deux cas,
les formes stables sont présentes en moins grande quantité. Dans le cas de l’humus d’un sol de
type Chernozem (mull calcique) avec environ 8 % de matière organique, ce sont plutôt des
substances humique stables qui dominent sous des formes polycondensées d’acides humiques
gris et d’humines aromatique, aliphatique et d’insolubilisation (Caillier, 1999). Les carbonates de
calcium présents dans le sol enrobent les substances humiques et en cause la floculation, ce qui
les préserve de la décomposition rapide (Caillier, 1999).
L’activité biologique des humus de type mull est intense et diversifiée. La présence de bactéries
en abondance, de champignons saprophytes et mycorhiziens (basidyomycètes, zygomycètes) et
d’une vaste faune (méga-, macro-, méso- et microfaune) est reconnue (Ponge, 2003). Les
organismes transformateurs influencent le développement des humus par leurs modes d’action.
Dans un mull ou l’action des vers de terre est intense, la vitesse de disparition du matériel végétal
initial est très rapide. Le broyage des feuilles et leur mise en contact avec l’argile entraîne la
formation du complexe argilo-humique et un humus de type mull de vers de terre est formé
(Caillier, 1999). Les mulls bien aérés peuvent être, selon Klinka et coll. (1981), sous divisés en
deux catégories, soit les vermimulls et les rhizomulls. Les permiers sont reconnus par un horizon
Ah zoogénique développé à la suite de l’action primaire des vers de terre. Ces humus
présenteraient une structure granulaire. Quant aux rhizomulls, ils se développeraient à partir de la
décomposition d’un dense réseau de fines racines formant un horizon Ah rhizogénique (Klinka et
coll., 1981). Lorsque se sont les pourritures blanches qui sont plus actives, la vitesse de
disparition de la matière organique est plus lente que sous l’action des vers de terre, mais tout de
même assez rapide. La solubilisation de la feuille, puis l’insolubilisation par la suite des
composés organiques, entraînent le développement de complexes organo-minéraux et un humus
de type mull de pourriture blanche est formé (Caillier, 1999).
Les mulls sont associés aux sols les plus fertiles, là où la disponibilité des éléments nutritifs est la
plus élevée (Ponge, 2003; Sims et Baldwin, 1996; Klinka et coll. 1981). Ces écosystèmes
démontrent, sous une vaste gamme de climats (tempéré, semi-aride, mésothermique, sub-tropical
et tropical), une fertilité et une productivité supérieures malgré les diverses conditions d’acidité
du sol (Ponge, 2003; Klinka et coll., 1981). Un pH supérieur à 7 et un ratio C/N d’environ 10
sont habituellement caractéristiques d’un mull calcique, alors le pH se situe plutôt autour 5,5 et le
ratio C/N entre 10 et 20 dans le cas d’un mull forestier acide (Prévost, 1970).De manière
générale, les propriétés chimiques des humus de type mull indiquent des valeurs de pH
significativement supérieures, des taux de saturation en bases plus élevés et des ratios C/N plus
faibles que les humus de type moder et mor (Sims et Bladwin, 1996; Klinka et coll., 1981).
La figure 2 présente des images d’un milieu naturel favorisant le développement d’un mull, avec
une coupe du profil de sol et une vue rapprochée d’un échantillon de surface.
5
a) milieu naturel;
b) profil de sol;
c) échantillon extrait à la surface du sol
Figure 2 : Peuplement de trembles et d’épinettes supportant un humus de type mull (tiré de Sims et Baldwin,
1996)
1.2 Moder
L’humus de type moder est souvent défini comme un intermédiaire entre le mull et le mor (Sims
et Baldwin, 1996; Klinka et coll. 1981; Prévost, 1970). Cet humus forestier aéré est caractérisé
par la juxtaposition des fractions organiques et minérales et l’incorporation incomplète des
matières organiques peu transformées au sol minéral (Baize, 2004; Lozet et Mathieu, 2002;
Caillier, 1999). Les moders ressemblent aux mors au sens où ils sont constitués d’une
accumulation de matière organique partiellement décomposée, mais ressemblent aux mulls
puisqu’ils présentent une certaine activité faunique responsable de la fragmentation et de
l’incorporation de la matière organique (Sims et Baldwin, 1996; Klinka et coll. 1981). La
structure caractéristique de ce type d’humus est non grumeleuse et les complexes argilo-
humiques sont absents (Caillier, 1999). La figure 3 présente un exemple de profil de sol sur
lequel s’est développé un humus de type moder.
Tel que l’illustre la figure 3, le profil type du moder implique la présence des horizons L, F et Ah.
Généralement, un horizon F bien développé et modérément épais est présent (Sims et Baldwin,
1996) et la transition entre la matière organique et l’horizon minéral est graduelle (Ponge, 2003).
Les associations entre les composés organiques et le fer et l’aluminium entraîne la formation de
6
complexes organo-métalliques présents au niveau de l’horizon organo-minéral Ah (Caillier,
1999), mais le niveau de cimentation de la matière organique par les particules minérales est
plutôt faible (Ponge, 2003).
L
F
Ah
Figure 3 : Profil typique d’un sol supportant un humus de type moder. Les lettres correspondant aux horizons
présentés sont définies au sens de la classification canadienne (adapté de Duchaufour, 1995)
La composition biochimique d’un moder d’environ 3 % de matière organique est caractérisée par
une teneur élevé en humine héritée, la présence d’acides humiques bruns peu évolués (Prévost,
1970) et une très faible présence, voir une absence de substances humiques stables comme les
acides humiques gris (Caillier, 1999). Les moders sont caractérisés par une matière organique
riche en débris peu évolués. La vitesse de disparition du matériel végétal initial est plutôt faible;
ce dernier est fragmenté, ne subit pas d’insolubilisation et il y a engorgement de surface (Baize,
2004; Caillier, 1999). Le degré d’humification y est généralement faible (Duchaufour, 1996).
Dans l’ensemble, ces conditions favorisent le déclenchement des processus de podzolisation
(Baize, 2004).
Diverse formes d’humus de type moder sont recensées dans la littérature. Klinka et coll. (1981)
sous divisent les moders bien aérés en cinq catégories : les velomoders, associés aux premiers
stades de développement de ce type d’humus; les xeromoders, influencés par des déficiences
hydriques durant la saison de croissance; les mormoders, des humus en voie de transition vers le
type mor; les leptomoders, associés à des populations actives d’arthropodes et d’autres
organismes fauniques; les mullmoders, des humus en voie de transition vers le type mull. Pour
Prévost (1970), les sous-types de moders aérés sont : le moder forestier, peu acide et possédant
un ratio C/N d’environ 20; le moder alpin ou subalpin, qui est moins épais, très noir et dont le
ratio C/N est d’environ 15; le moder calcique, un humus grossier de 1 à 2 cm d’épaisseur
développé sur une roche-mère calcaire. Mentionnons aussi le dysmoder, défini par Duchaufour
(1995) comme un humus de transition entre le moder et le mor.
De façon générale, nous pouvons dire que les moders sont observés là où les conditions sont
défavorables à l’activité des vers de terre anéciques, c’est-à-dire un pH inférieur à 5, des textures
défavorables (sableuses), des débris végétaux plus difficilement décomposables (C/N élevé), des
températures plus froides (climat de montagne, boréal) (Baize, 2004). L’attaque des matières
organiques fraîches de la litière est réalisée par la macrofaune de surface (isopodes, diplopodes,
lombrics épigés, mollusques) et la mésofaune du sol (larves de diptères, vers enchytraéides,
7
arthropodes) (Baize, 2004; Caillier, 1999). La présence de boulettes fécales produites par la faune
en place entraîne la formation d’un horizon A coprogène caractéristique des humus de type
moder (Klinka et coll., 1981; Baize, 2004). La biomasse microbienne est principalement de
nature fongique compte tenu des conditions acides du milieu (Ponge, 2003). De plus, les
champignons produisent des antibiotiques qui sont néfastes pour les populations bactériennes et
des acides organiques qui acidifient le sol (Ponge, 2003).
Dans les humus de type moder, les éléments nutritifs sont séquestrés dans la biomasse végétale,
animale et fongique en voie de décomposition (Ponge, 2003). Les éléments nutritifs sont
disponibles là où ils ont été relâchés par les débris animaux et fongiques, l’azote est abondant
mais présent majoritairement sous des formes protéiques récalcitrantes (protéines provenant de
parois de cellules fongiques mortes et de cuticules animales, complexes protéines-tannins)
(Ponge, 2003). Un pH acide et la présence de métaux caractérisent l’environnement d’un humus
de type moder (Ponge, 2003). Caillier (1999) estime que le rapport C/N moyen des moders se
situe entre 20 et 25.
La figure 4 présente des images d’un milieu naturel favorisant le développement d’un moder,
avec une coupe du profil de sol et une vue rapprochée d’un échantillon de surface.
a) milieu naturel;
b) profil de sol;
c) échantillon extrait à la surface du sol
Figure 4 : Peuplement de frênes noirs supportant un humus de type moder (tiré de Sims et Baldwin, 1996)
8
1.3 Mor
Les humus de type mor sont dits peu actifs et peu évolués (Baize, 2004; Ponge, 2003; Lozet et
Mathieu, 2002; Duchaufour, 1995). La transformation des matières organiques est très faible et
très lente (Baize, 2004; Lozet et Mathieu, 2002), si bien qu’elles s’accumulent en des couches
distinctes superposées au sol minéral (Caillier, 1999). Le passage est brutal entre les horizons
organiques et minéraux (Ponge, 2003; Caillier, 1999) contrairement au moder où la transition est
plutôt modérée (Ponge, 2003). Les échanges entre horizons holorganiques et organo-minéraux
sont quasiment nuls (Baize, 2004). L’horizon minéral sous-jacent est appauvri en microagrégats
(Ponge, 2003). La figure 5 présente un exemple d’un profil de sol supportant un humus de type
mor.
F
H
Ah
Figure 5: Profil typique d’un sol supportant un humus de type mor. Les lettres correspondant aux horizons
présentés sont définies au sens de la classification canadienne (adapté de Duchaufour, 1995)
Le taux d’humification des mors est très faible et il ne s’y forme pas d’agrégats argilo-humiques
(Duchaufour, 1995). L’incorporation des matières organiques au sol minéral ne peut se faire que
par la diffusion des composés organique solubles (Baize, 2004). La composition biochimique de
ce type d’humus témoigne d’une forte teneur en humine héritée et en composés organiques
solubles non insolubilisés (Baize, 2003; Caillier, 1999). Cette insolubilisation retardée entraîne la
précipitation des complexes fulviques (Caillier, 1999). Les acides fulviques, chargés
négativement, migreront dans le profil et lorsque associés au fer et à l’aluminium, formeront des
complexes organo-métalliques (humine d’insolubilisation) (Caillier, 1999). C’est la voie de la
podzolisation : les composés organiques solubles fixent les éléments libérés suite à l’altération
des minéraux (hydrolyse, acidocomplexolyse, dégradation des argiles) et migrent en profondeur
au fil des saisons, ce qui tend à appauvrir l’horizon A et à laisser en place un horizon grisâtre
éluvié (Ae).
Parmi les divers types de mors reconnus par Klinka et coll. (1981), cinq sont formés en
conditions bien aérées. Ces humus sont : le velomor, qui consiste essentiellement en
l’accumulation d’une litière principalement résineuse et non décomposée; le xeromor, se
développant sous des conditions prolongées de déficience hydrique durant la saison de
croissance; l’hemimor, associé à la conservation des nutriments au niveau de l’horizon F;
l’humimor, avec un horizon H bien développé et un taux de synthèse et d’accumulation de
matériel humique assez rapide; l’hemihumimor, qui se situe entre les deux types de mors
précédents.
9
Les propriétés chimiques des mors indiquent que le pH de ce type de matériel humique est acide
à très acide, que le ratio C/N est élevé (entre 25 et 40) et que la capacité d’échange cationique
(méthode à l’acétate d’ammonium) est élevée (Caillier, 1999; Sims et Baldwin, 1996; Klinka et
coll., 1981). Ceci témoigne d’un stockage d’éléments nutritifs qui sont ensuite lentement relâchés
et rendus disponibles aux végétaux (Sims et Baldwin, 1996; Klinka et coll., 1981).Les humus de
type mor évoluent dans des environnements causant une accumulation maximale de matière
organique et un relâchement minimal des éléments nutritifs (Ponge, 2003).
L’activité biologique de ces humus est très faible (Ponge, 2003) et la décomposition de la matière
organique est assurée principalement par l’attaque des champignons cellulosiques (Sims et
Baldwin, 1996). L’action de la faune ou des basidiomycètes de type pourritures blanches est rare,
c’est plutôt l’activité des actinomycètes qui domine avec des associations endomycorhiziennes.
La figure 6 présente des images d’un milieu naturel favorisant le développement d’un mor, avec
une coupe du profil de sol et une vue rapprochée d’un échantillon de surface.
a) milieu naturel;
b) profil de sol;
c) échantillon extrait à la surface du sol
Figure 6 : Peuplement de pins gris et d’épinettes noires supportant un humus de type mor (tiré de Sims et
Baldwin, 1996)
10
2. LA CLASSIFICATION DES HUMUS
Il n’existe pas de classification propre des diverses formes d’humus au sein des trois systèmes de
classification qui retiennent notre attention (Canadiens, USDA, WRB). Par contre, les éléments et
les horizons diagnostiques à partir desquels les formes d’humus sont distinguées se retrouvent à
l’intérieur de ces ensembles taxonomiques. Or, la nomenclature et les critères diagnostiques
associés aux horizons retrouvés chez les trois grands groupes d’humus aérés diffèrent selon le
système de classification. Le tableau 4 illustre la correspondance entre les horizons diagnostiques
des humus de type mull, moder et mor rencontrés en milieu terrestre.
Tableau 4 : Comparaison des horizons diagnostiques utilisés pour distinguer les formes d’humus rencontrés
en milieu généralement non saturé (adapté de GTCC, 2002)
H Oa O
A, Épipédon
Ah Ah, A umbrique
umbrique
A chernozémique Épipédon mollique A mollique
Selon la classification canadienne, les horizons organiques peuvent se rencontrer dans les sols
organiques et ordinairement à la surface des sols minéraux, bien qu’ils puissent être rencontrés à
n’importe quelle profondeur sous la surface, dans les sols enterrés ou enfouis sous des dépôts
géologiques. Les horizons organiques contiennent plus de 17 % de C organique ou plus de 30 %
de matière organique et sont divisés en deux groupes : les horizons O, constitués d’un matériau
tourbeux, et les horizons L, F et H, constitués d’un matériau folique (matériau organique des
hautes terres). Les horizons L, F et H sont développés principalement à partir de l’accumulation
de feuilles, de brindilles et de matériaux ligneux, avec ou sans mousse. Ces horizons sont
associés aux sols des hautes terres forestières ayant un drainage imparfait ou plus sec. Pour ce qui
est de l’horizon Ah, il s’agit d’un horizon minéral et contient donc moins de 17 % de C organique
sur une base de poids. Il est formé à la surface du sol et est enrichi de matière organique.
L’horizon A chernozémique est un horizon Ah particulier dans lequel la matière organique s’est
11
accumulée. La description plus détaillée des caractéristiques des horizons L, F, H, Ah et A
chernozémique est présentée au tableau 5.
Tableau 5 : Description des horizons susceptibles d’être retrouvés chez les trois grands groupes d’humus
terrestres au sens de la classification canadienne (adapté de GTCC, 2002)
Horizons Caractéristiques descriptives
12
recensée dans la classification canadienne, certaines grandes tendances peuvent être dégagées et
des rapprochements peuvent être faits entre les types d’humus et les types de sol. Cette
information est rassemblée dans le tableau 6.
Tableau 6 : Rapprochements entre les différents types d’humus et certains types de sol au sens de la
classification canadienne des sols (GTCC, 2002)
Humus
Grand
Ordre Commentaires possiblement
groupe
associés
- A chernozémique
Brun, - Associés à une végétation naturelle de graminées et
Chernozémique Mull
Brun foncé d’herbacées mésophile
- Pédoclimat typiquement froid et semi-aride
- A chernozémique
- Associés à une végétation naturelle de graminées et
Mull, Mull en
Noir, d’herbacées mésophiles, à un couvert mélangé
transition vers
d’arbres, d’herbacées et de graminées ou parfois à
le Moder
une végétation alpine d’herbages et d’arbustes
- Pédoclimat typiquement froid et sub-humide
13
Tableau 6 : (suite)
14
Tableau 6 : (suite)
2.1.1 En Colombie-Britannique
Une classification hiérarchique des diverses formes d’humus a été proposée par Klinka et coll
(1981). Compte tenu de l’importante relation existant entre les propriétés des humus et la
productivité des écosystèmes forestiers, ces auteurs ont établi une classification des humus dans
le but d’optimiser la gestion des écosystèmes forestiers. La classification proposée par Klinka et
coll. (1981) repose sur des critères morphologiques tels que l’épaisseur et la couleur des horizons,
la présence de matériaux conformes et non conformes et les caractéristiques biologiques. Notre
intérêt sera porté sur la classification des humus des écosystèmes terrestres que font Klinka et
coll. (1981). Ces auteurs utilisent des suffixes pour définir les horizons principaux (L, F et H) qui
15
ne sont pas précisés dans la classification canadienne. Ces définitions spécifiques sont présentées
au tableau 7, alors que les aspects de la classification de Klinka et coll. (1981) se rapportant aux
formes d’humus des écosystèmes terrestres sont résumés au tableau 8.
Tableau 7 : Définitions des horizons spécifiques employés par Klinka et coll. (1981)
Horizons Définitions
Horizon L composé de matériel organique moins récent que Lo, présentant des changements
Lv
structuraux d’origine non biologique et une forte décoloration.
Horizon F composé principalement de résidus végétaux ayant été partiellement fragmentés par
Fa la faune du sol, contenant une faible quantité d’hyphes fongiques et une grande quantité de
boulettes fécales.
Horizon H dans lequel des résidus de racines, de bois et d’écorces sont identifiables du point
Hr de vue macroscopique, mais ne prédominant pas sur la quantité de substances organiques fines,
et dont la couleur varie entre les teintes de jaune, de brun et de rouge.
Horizon H dans lequel les substances organiques fines prédominent avec très peu de résidus
Hd
végétaux, dont la couleur est habituellement brun gris foncé ou noir.
Horizon H dans lequel les substances organiques fines prédominent et dont le matériel est
Hda
presque entièrement constitué de boulettes fécales provenant de la faune active du sol.
16
Tableau 8 : Système de classification des formes d’humus des écosystèmes terrestres proposé par Klinka
et coll. (1981) pour la Colombie-Britannique
17
2.1.2 En Ontario
Les travaux de Sims et Baldwin (1996), inspirés des efforts de classification faits par Klinka et
coll. (1981), ont conduit à la réalisation d’une classification des formes d’humus pour le nord-
ouest de l’Ontario. Tout comme Klinka et coll. (1981), c’est dans une optique de planification et
de prise de décision concernant la gestion des écosystèmes forestiers que Sims et Baldwin (1996)
ont conçu leur système de classification. Ce système fournit donc une information essentielle à la
compréhension des phénomènes régissant le développement des forêts et des sols qui les
supportent.
La classification proposée par Sims et Baldwin (1981) retient, comme horizons descriptifs pour
les formes d’humus terrestres, les horizons organiques L, F et H définis au sens de la
classification canadienne. Le suffixe i est cependant ajouté à la lettre H pour définir un horizon
(Hi) humique incorporé caractérisé par la présence d’une accumulation de boulettes fécales
d’origine animale. Dans cet horizon, les matières organiques ont été substantiellement
transformées par une faune active, entraînant le développement d’une structure grossière et
granuleuse. Le mélange avec les particules minérales est commun et la limite avec l’horizon
minéral sous-jacent n’est pas bien définie. L’horizon Hi est en quelque sorte un intermédiaire
entre le H et la Ah (Sims et Baldwin, 1996). Le tableau 9 présente la classification, relativement
simple, des formes d’humus retrouvés en conditions non saturées établie par Sims et Baldwin
(1996).
Tableau 9 : Ordres et groupes d’humus retrouvés dans les écosystèmes terrestres selon la classification de
Sims et Baldwin (1996)
Groupe
Ordre Caractéristiques Descriptives
(séquence d’horizons)
Le matériel organique est intimement incorporé au sol minéral
Mull par l’action des invertébrés, principalement les vers de terre.
Mull
(L, Ah) Les horizons F et H sont absents et le Ah est épais (16 à 40
cm).
Caractéristiques physiques, chimiques et biologiques
Moder intermédiaires entre le mull et le mor. Degré d’incorporation
Moder
(L, F, Hi, M2) de la m. o. au sol minéral faible. Un Hi et un F moyennement
épais sont présents.
L’horizon H, s’il est présent, représente moins de 10 % du
Fibrimor
Mor profil organique. Le degré d’humification est minimal,
(L, F, FH, M)
L’horizon F est dominant.
18
2.2 Aux États-Unis (SSS, 1999, 2003)
La classification américaine reconnaît les horizons ou les couches organiques (O) comme
dominés par des matériaux d’origine organique. Ils peuvent évoluer en conditions saturées pour
une longue période, l’avoir été avant un drainage artificiel ou n’avoir jamais été saturé d’eau.
Les horizons O peuvent se retrouver à la surface des sols organiques ou minéraux ou enfouis sous
la surface. Toutefois, la classification américaine spécifie qu’un horizon formé par l’éluviation de
la matière organique dans un horizon minéral sous-jacent n’est pas un horizon O, bien qu’un tel
horizon puisse contenir des quantités appréciables de C organique.
La classification américaine propose aussi une unité diagnostique basée sur les horizons de
surface, l’épipédon. Ce terme est utilisé pour définir un horizon formé à la surface ou près de la
surface du sol dans lequel la majorité de la structure rocheuse a été détruite. L’épipédon est
enrichi en matière organique et présente une coloration foncée. Un sol ne possède pas d’épipédon
s’il présent un horizon Ap de moins de 25 cm d’épais. Les caractéristiques descriptives des
épipédons sont complexes et nous n’en reteindrons que les grandes lignes.
Le tableau 10 présente de façon plus détaillée les caractéristiques des horizons susceptibles d’être
retrouvés chez les trois grands groupes d’humus terrestres.
Tableau 10 : Description des horizons susceptibles d’être retrouvés chez les trois grands groupes d’humus
terrestres au sens de la classification américaine (adapté de SSS, 1999, 2003)
19
Tableau 10 : (suite)
Tout comme dans le cas de la classification canadienne, la classification américaine présente peu
d’information permettant de lier les types de sols et les types d’humus. Les conditions
pédoclimatiques variables sous lesquelles les types d’humus et les types de sols se développent
font en sorte qu’il est difficile d’identifier les formes d’humus à partir des types de sol. Nous
tenterons de faire des associations entre les trois grands types d’humus de certains sols
américains. Pour y arriver, nous utiliserons les corrélations entre les sols canadiens et américains
(GTCC, 2002) et les renseignements rassemblés au tableau 6. L’ensemble de ces informations est
rassemblé dans le tableau 11.
Tableau 11 : Corrélations entre certains sols américains et canadiens et formes d’humus possiblement
associées aux sols américains (SSS, 1999, 2003; GTCC, 2002; Buol et coll., 1989)
Sols américains
Sols Humus
Ordre canadiens Commentaires sur la classification américaine possiblement
Sous-ordre associés associés
Grand gr.
Sols présents sous une vaste gamme de climats, complexes, n’ayant pas de critères
Inceptisols
diagnostiques pour les autres ordres, s’apparentent aux Brunisols.
20
Brunisols Présence de carbonates et d’un horizon cambique,
Cryepts Moder
Mélaniques saturation en base supérieure à 60%, végétation mixte,
Eutrocrepts Mor
et Eutriques sols de régions froides, faible potentiel agricole.
Sols très foncés, riches, communément présents sous végétation de steppes et de prairies,
Mollisols
souvent cultivés, présentent un horizon mollique, s’apparentent aux chernozems.
Sols présentant une accumulation d’argiles au niveau de l’horizon B, une teneur relativement
Alfisols haute en cations basiques et une saturation en base > 35 % et des conditions hydriques
favorables, s’apparentent aux luvisols.
21
Tableau 11 : (suite)
Sols de climat frais et froids, de régime humide, présents
Luvisols
Cryalfs sous végétation naturelle de conifères, peuvent avoir un Moder, Mor
Gris
horizon O.
Sols présentant un horizon spodique, dans lequel des formes amorphes mélangées de
Spodosols
matières organiques et d’aluminium avec ou sans fer, s’apparentent aux podzols.
22
2.3 À l’échelle mondiale (FAO, 1999)
C’est dans le but de faciliter la communication des sciences du sol entre les scientifiques du
monde entier et d’établir des bases communes quant à la description des grands groupes de sol à
l’échelle de la planète qu’un système de classification international a été construit. Aujourd’hui,
le World Reference Base for Soil Resources (WRB) se veut un outil de travail visant à fournir un
bagage scientifique approfondi à la classification précédemment établie par la FAO.
Bien que ce système englobe la majorité des types de sols retrouvés sur le globe, il ne permet pas
d’identifier les formes d’humus proprement dites. De plus, peu de renseignements sont fournis
dans la classification WRB permettant de relier les types de sols et les types d’humus.
Néanmoins, certains éléments alimentent cette réflexion et nous permettent tout de même de
proposer quelques associations.
Le système WRB propose la lettre majuscule O pour définir les couches ou les horizons dominés
par du matériel organique. Ces horizons consistent en de la litière décomposée ou partiellement
décomposée constituée de feuilles, d’aiguilles, de mousses, de lichens qui s’accumulent à la
surface d’un sol organique ou minéral. Les horizons O ne sont pas saturés d’eau pour de longues
périodes. La fraction minérale de ces horizons ne représente qu’un faible pourcentage du volume
et généralement moins que la moitié de la masse. Les horizons O peuvent être retrouvés à la
surface ou enfouis et les horizons formés par l’éluviation de la matière organique ne sont pas
considérés comme organiques.
Afin d’être considéré comme organique au sens de la classification WRB, un matériel doit être
composé de débris organiques accumulés à la surface en condition humides ou sèches et la
composante minéral qu’il contient ne doit pas influencer les propriétés du sol. Un matériel
organique qui n’est pas saturé d’eau pour plus que quelques jours doit contenir plus de 20 % de C
organique.
Des horizons et des propriétés diagnostiques définis par le système WRB peuvent nous aider à
établir des liens entre les sols et les formes d’humus. Entre autres, les sols possédant des
propriétés fortement humiques contiennent de fortes quantités de carbone organique dans le
premier mètre du sol. Afin d’être classé comme ayant des propriétés fortement humiques, un
matériel de sol doit contenir plus de 1,4 % de C organique et doit avoir au moins 50 cm de
profondeur.
Les horizons cherniques, un type spécial d’horizons molliques, sont des horizons de surface
épais, bien structurés, noirâtres, dont la saturation en bases, la teneur en matière organique et
l’activité biologique sont élevées. Ils s’apparentent aux horizons chernozémiques de la
classification canadienne.
L’horizon mélanique est un horizon épais, noir situé en surface ou proche de celle-ci, de faible
densité apparente et contenant une grande quantité de matière organique dont le type semble
résulter des nombreux résidus de racines engendrés par une végétation de graminées sous prairie.
L’horizon mollique est un horizon de surface bien structuré ayant une couleur foncée et dont le
taux de saturation en bases est élevé et la teneur en matière organique modérée à élevée.
23
L’horizon umbrique est un horizon de surface épais, ayant une couleur foncée, une faible
saturation en bases et riche en matière organique. Ces horizons tendent à avoir un grade moins
élevé de structure que les horizons molliques, un pH acide (environ 5,5) et un type
d’enracinement dans lequel la plupart des racines tendent à l’horizontal.
À partir des renseignements recueillis concernant les horizons, les propriétés et les matériaux
diagnostiques, de la classification WRB et de la classification canadienne, nous serons en mesure
d’établir des liens entre les types de sols WRB et les trois grands types d’humus des écosystèmes
terrestres. Nous utiliserons les corrélations entre les sols WRB et canadiens (GTCC, 2002) et les
renseignements rassemblés au tableau 6. L’ensemble de ces rapprochements est présenté
tableau 12.
Tableau 12 : Corrélations entre certains sols WRB et canadiens et formes d’humus possiblement associées aux
sols WRB (WRB, 1998; GTCC, 2002)
Sols WRB Humus
Sols canadiens Commentaires sur la classification
Ordre possiblement
associés WRB
Sous-ordre associés
Cambisols Umbriques Brunisols Sombriques Cambisols ayant un horizon umbrique. Mull acide
Sols ayant un horizon mollique et dont le chroma humide est supérieur à 2 jusqu’à
Kastanozems au moins 20 cm de profondeur et ayant des concentrations de calcaires
pulvérulents tendres dans les 100 premiers cm, s’apparentent aux chernozems.
Conditions arides, soumis aux dépôts
de l’érosion éolienne, teneur en Corg
Kastanozems Aridiques Chernozems Bruns Mull
< à 0,6 %, saturation en bases
supérieure à 75 %.
Chernozems Bruns
Kastanozems Hapliques Kastanozems typiques Mull
foncés
24
Tableau 12 : (suite)
Sols ayant un horizon mollique et dont le chroma humide est ≤ à 2 (texture < loam
Chernozems sableux) ou < à 3.5 (texture ≥ loam sableux) jusqu’à au moins 20 cm de
profondeur ou sous la couche de labour, carbonates présents
Sols évoluant en conditions saturés par la nappe phréatique pendant une période
Gleysols qui permet à des conditions réductrices de régner, présence de phénomènes
d’oxydo-réduction.
Mull acide,
Gleysols Umbriques Gleysols Humiques Gleysols ayant un horizon umbrique
moder
Sols ayant un horizon enrichi en argiles éluviés provenant d’un horizon superficiel
Luvisols dont la capacité d’échange cationique est égale ou supérieure à 24 cmolc kg-1
d’argile sur toute son épaisseur.
Sols présentant des horizons organiques soumis à des conditions d’aération allant
Histosols
de bonnes à médiocres, s’apparentent aux sols organiques.
25
Tableau 12 : (suite)
Sols possédant un horizon subsuperficiel de couleur foncée, contenant des
Podzols substances amorphes illuviées composées de matière organique et d’aluminium,
avec ou sans fer.
Podzols Ferro-
Moder en
humiques Podzol présentant les caractéristiques
Podzols Orthiques transition vers
Podzols Humo- typiques de l’ordre podzolique.
le Mor, Mor
ferriques
Régosols Sols ne répondant à aucun des critères de classification des autres ordres.
Les activités de l’homme influencent les écosystèmes, si bien que l’être humain façonne le
paysage en fonction de ses besoins. Les changements d’utilisation des terres engendrés par
l’accroissement des besoins d’une population grandissante ont des impacts sur le développement
de la matière organique du sol. La modification des écosystèmes perturbe les équilibres
pédobiologiques et par le fait même la dynamique des systèmes humiques. Par conséquent, il
devient essentiel, à l’heure des changements climatiques, d’être en mesure de comprendre les
rouages des processus d’humification.
26
3. EFFETS DU CHANGEMENT D’UTILISATION DES TERRES SUR LES FORMES
D’HUMUS ET LA MATIÈRE ORGANIQUE DES SOLS
Dans le cadre de cette étude, Cassagne et coll. (2004) ont évalué les effets du reboisement d’une
ancienne forêt de hêtres (Fagus sylvatica L.) avec de l’épinette (Picea abies (L.) Karst.)
réalisé 30 ans auparavant sur les propriétés des humus et les populations de collemboles du sol.
Des différences ont été notées entre les populations de collemboles au sein de l’horizon
organo-minéral A et ont été mis en relation avec les changements physico-chimiques observés sur
les humus des neuf sites d’études constitués de Cambisols et de Luvisols.
Les résultats obtenus par Cassagne et coll. (2004) démontrent une tendance des humus retrouvés
sous végétation de hêtres à évoluer vers le mull, alors que la tendance étant plutôt à une évolution
vers le moder pour les humus des sols sous végétation d’épinettes. La porosité de la litière sous
hêtres était significativement plus élevée que celle sous épinettes (p<0,05), tout comme le degré
d’humidité (p<0,001).
Des changements physico-chimiques ont été enregistrés au niveau de l’horizon A, reflétant une
diminution significative du pH et de la teneur en cations échangeables (K+, Ca2+, Mg+) suite au
remplacement de la végétation naturelle par des plantations d’épinettes. La teneur en Ca2+ a chuté
de façon marquée, passant de 4,43 (forêt de hêtres) à 1,86 (forêt d’épinettes) méq./100 g. Le pH a
diminué, passant de 4,35 à 4,21.
L’analyse des caractéristiques des populations de collemboles démontre que le nombre total
d’individus présents dans l’horizon A était près de deux fois moindre dans les plantations
d’épinettes que sous couvert de hêtres. Le nombre total d’espèces de collemboles était aussi
inférieur et les espèces endémiques semblaient particulièrement affectées.
Les auteurs concluent, à la lumière des résultats obtenus, que la substitution d’une forêt de
feuillus par une plantation de conifères a clairement favorisé le développement d’un humus de
type moder et en conséquence considérablement diminué la qualité de la litière. Ils considèrent
27
que les collemboles sont très sensibles aux types de plantations et qu’ils peuvent être considérés
comme des indicateurs à long terme de ce type de perturbation compte tenu de leur faible pouvoir
de dispersion.
Ces auteurs se sont intéressés aux effets des changements d’utilisation des terres sur les formes
d’humus de pâturages alpins dans la région de Tyrol, Alpes Centrales. Il semble que l’abandon
des prés et des pâturages alpins perturbe les équilibres écologiques développés depuis des siècles
entre la production primaire d’une part et les récoltes du matériel végétal des cultures d’autre
part. L’étude a été conduite sur 10 sites soumis à des régimes de gestion différents pour lesquels
sept points d’échantillonnage ont été sélectionnés le long d’un transect.
Tableau 13 : Présentation des sites expérimentaux et des modes de gestion de l’étude de Seeber et Seeber
(2005)
Les résultats de cette étude ont démontré que sur les sites mM et mP, la forme d’humus
dominante était le vermimull. C’est aussi le cas sur les sites lM et lP, mais les vermimuls de ces
sites présentaient des horizons L plus épais. Les sites sP ont démontré des humus de type
vermimul et mullmoder. Les prés abondonnés (aM) ont démontré des humus de types rhizomull,
alors que les pâturages abandonnés ont montré des formes d’humus plus variables (vermimull,
mullmoder et leptomoder). Enfin, les formes d’humus sous couverts forestiers (sites ST et SF)
ont été variables (mormoder et hemimor pour SF et vermimull et leptomoder pour TF).
Selon les auteurs, l’abandon des pratiques d’entretient et de gestion des prés et des pâturages
alpins entraîne une accumulation de litière à la surface du sol, une augmentation de la bio et de la
nécromasse végétale sous la surface du sol, un accroissement de la production de CO2 via la
respiration et une augmentation de la teneur en acides organiques. Ces phénomènes causent une
baisse du pH, ce qui favorise le développement des champignons au détriment des bactéries et de
la faune et entraîne une diminution de la minéralisation de la matière organique et de la
28
disponibilité des éléments nutritifs. En effet, l’acidification limite l’activité de la faune et ralentit
le taux de décomposition.
Les auteurs concluent que les changements d’utilisation des terres ont clairement affecté les
formes d’humus. La réduction ou l’abandon des pratiques de gestion des prés et des pâturages et
l’accumulation de litière qui en découle entraînent le développement de formes d’humus plus
différenciées et irrégulières. En conséquence, le pH du sol diminue, alors que le ratio C/N et la
teneur en matière organique augmentent.
Solomon et coll. (2005) ont utilisé les techniques de C(1s) « near-edge x-ray absorption fine
structure » (NEXAfS) et de « synchrotron-based Fourier transform - attenuated total reflectance »
(FITR-ATR) pour étudier les effets du type d’utilisation des terres sur la spéciation du carbone et
la composition de la matière organique et des substances humiques extraites de fractions
argileuses et limoneuses. Les sites d’étude étaient classés, au sens de la classification américaine,
comme étant des sols de types Paleudalfs plinthaquiques et Palehumults typiques. Les terres
étaient occupées par la forêt naturelle, des plantations de thé et des cultures de maïs
(principalement) sans retour de résidus.
Une forte diminution de la teneur en matière organique des fractions argileuses (pertes de 22
à 44 %) et limoneuses (pertes de 41 à 78 %) a été constatée à la suite du changement d’utilisation
des terres. Par contre, les spectres d’analyse obtenus par la technique d’analyse NEXAFS n’ont
pas démontré de différences significatives en ce qui concerne l’abondance des divers
groupements fonctionnels entre les fractions argileuses et limoneuses et les utilisations du sol.
Les résultats obtenus par Solomon et coll. (2005) avec la technique FITR-ATR sont beaucoup
plus concluants. Les spectres d’analyse ont démontré des différences significatives dans la
répartition des groupements fonctionnels du C organique entre les modes d’utilisation des sols.
La figure 7 présente ces résultats.
Selon les auteurs, l’analyse des spectres présentés à la figure 7 démontre clairement les impacts à
long terme des utilisations des sols sur les formes du carbone. Notamment, l’abondance de C
sous forme de polysaccharides est moindre dans les systèmes cultivés et sous plantation que dans
les systèmes forestiers naturels, tel que le démontrent les variations du pic de longueur
d’ondes 1041 cm-1. La teneur plus faible en hydrates de carbone dans les sols cultivés peut être
expliquée par le faible retour de résidus et une minéralisation accrue de la matière organique.
Solomon et coll. (2005) soulignent que la quantité de C sous forme aromatique tend à être
supérieure dans les systèmes cultivés. Selon eux, cela indiquerait que les formes aromatiques
récalcitrantes deviennent les espèces dominantes au sein des groupements fonctionnels de C
organique présents dans les substances humiques extraites des sols sous culture et sous
plantation.
À la lumière des résultats obtenus, Solomon et coll. (2005) concluent entre autres que la
technique FITR peut être avantageusement utilisée pour étudier les impacts à long terme de la
gestion anthropogénique et de l’utilisation des terres sur la composition et le cycle
biogéochimique du C organique dans les écosystèmes terrestres.
29
a)
b)
Figure 7 : Spectres d’analyse de la technique FITR-ATR pour les substances humiques extraites des fractions
argileuses (« clay ») et limoneuses (« silt ») des sols de type Paleudalfs plinthaquiques (a) et Palehumults
typiques (b) (3374 cm-1 = C d’origine OH phénolique; 2922 et 2851 cm-1 = C d’origine aliphatique asymétrique
et symétrique; 1626 cm-1 = C d’origine aromatique et carbonyle; 1413 cm-1 = C d’origine aliphatique
déformée; 1252 cm-1 = C d’origine carboxylique; 1046 cm-1 = C d’origine polysaccharidique)
30
CONCLUSION
Les humus de type mull, mor et moder semblent être les trois grandes formes d’humus reconnues
par la communauté internationale. Les mulls sont des humus dans lesquels l’incorporation de la
matière organique au sol minéral se fait de façon rapide et intense sous l’action de la faune du sol.
Les mors sont des humus où la matière organique déposée tend à s’accumuler en couches
différentiables et présentent des taux de décomposition et d’humification des résidus organiques
très lent. Les moders, quant à eux, sont des humus dont le stade de développement est
intermédiaire entre celui du mull et du mor.
Il ne semble pas exister de classification internationale proprement dite des diverses formes
d’humus, bien que certains consensus soient établis et reconnus quant aux termes et critères
employés pour définir les systèmes humiques. Le Canada aurait avantage à se doter d’une
classification officielle des formes d’humus afin d’évaluer l’état des écosystèmes naturels et
modifiés par les usages anthropiques. Les changements d’utilisation des terres perturbent les
équilibres pédobiologiques établis depuis des millénaires au sein des écosystèmes naturels. La
compréhension de ces phénomènes doit être approfondie. Des besoins en recherche se font sentir
à ce niveau, entre autres en ce qui concerne la spéciation du carbone organique. Des études
approfondies pourraient être menées dans le but de caractériser la distribution des
macromolécules carbonées dans les sols et les humus.
Une compréhension accrue du cycle du carbone dans le sol est aujourd’hui un enjeu majeur. Le
carbone des sols agricoles et forestiers peut être comptabilisé au terme des engagements du
protocole de Kyoto. Une gestion optimale des ressources en sols repose en partie sur une
compréhension globale des voies de décomposition et d’humification de la matière organique. La
productivité optimale à long terme des écosystèmes est essentielle pour assurer les besoins des
générations futures. L’étude de l’évolution des systèmes humiques en conditions naturelles et
anthropiques s’avère tout indiquée d’une part pour comprendre les effets des changements
d’utilisation des terres sur les sols et d’autre part pour permettre une gestion adéquate des
écosystèmes, et ce dans une optique de développement durable.
31
BIBLIOGRAPHIE
Baize, D. (2004). Petit lexique de pédologie. INRA éditions. 271 p.
Buol, S. W., F. D. Hole et R. J. McCracken (1989). Soil genesis and classification. Iowa State
University Press. 446 p.
Caillier, M. (1999). SLS-12416 Genèse et classification des sols. Département des sols et de
génie agroalimentaire, Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, Université
Laval. Non paginé.
Cassagne, N., M.-C. Bal-Serin, C. Gers et T. Gauquelin (2004). Changes in humus properties and
colembollan communities following the replanting of beech forests with spruce.
Pedobiologica 48 : 267 – 276.
Groupe de travail sur la classification des sols (GTCC) (2002). Le système canadien de
classification des sols. Troisième édition. Direction générale de la recherche. Ministère de
l’Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada. Publication 1646. 196 p.
Kononova, M. M. (1961). Soil organic matter. It’s nature, it’s role in soil formation and in soil
fertility. Pergamon Press. 450 p.
Kumada, K. (1987). Chemistry of soil organic matter. Japan Scientific Society Press. 241 p.
Lozet, J. et C. Mathieu (2002). Dictionnaire de sciences du sol. Éditions TEC & DOC. 575 p.
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) (1999). Base de
référence mondiale pour les ressources en sols du monde. Rapport sur les ressources en sol du
Monde no. 84. FAO, ISRIC et AISS. 101 p. [en ligne]
ftp://ftp.fao.org/agl/agll/docs/wsrr84f.pdf
Prévost, A.-R. (1970). Humus. Biogenèse, biochimie, biologie. Éditions de la Tourelle. 342 p.
Schnitzer, M. et S. U. Khan (1978). Soil organic matter. Elsevier Scientific Publishing. 319 p.
32
Sims, R. A. et K. A. Baldwin (1996). Forest humus forms in Northwest Ontario. National
Resources Canada. Canadian Forest Service, Great Lakes Forestry Center, Sault-Ste-Marie,
ON. NODA/NFP Technical report TR-28. NWST Technical report TR-100. 51 p.
Soil Survey Staff (SSS) (1999). Soil taxonomy, a basic system of soil classification for making
and interpreting soil surveys. 2e edition. Agricultural handbook number 436. United States
Departement of Agriculture (USDA). National resources conservation service (NRCS).
Government of the United States. 871 p. [en ligne]
ftp://ftp-fc.sc.egov.usda.gov/NSSC/Soil_Taxonomy/tax.pdf
Soil Survey Staff (SSS) (2003). Keys to soil taxonomy. 9e edition. United States Departement of
Agriculture (USDA). National resources conservation service (NRCS). Government of the
United States. 332 p. [en ligne]
http://soils.usda.gov/technical/classification/tax_keys/keysweb.pdf
Solomon, D., J. Lehmann, J. Kinyangi, B. Liang et T. Shäfer (2005). Carbon K-Edge NEXAFS
and FITR-ATR spectroscopic investigation of organic carbon speciation in soils. Soil Sci.
Soc. Am J 69 : 107 – 119.
Wilde, S. A. (1946). Forest soils and forest growth. Chronica Botanica Company. 241 p.
33