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THÈSE
par
Yoan DI MAIO
Mots clés :
Lasers delivering ultrashort pulses are innovative and very attractive tools for cutting
piezoelectric PZT ceramics. Thanks to an efficient spatiotemporal confinement of the
energy during the interaction, these systems reduce collateral damage and preserve the
physical integrity of the material on a micrometric scale.
Nevertheless, uncontrolled beam propagation associated with complex interaction me-
chanisms depending on the irradiated target can involve large disparities on machining
quality. In the context of an industrial application, this study describes the main steps of
optimization of such a process according to criteria of reproducibility, quality and speed.
To this purpose, we first pointed out the influence of Gaussian beam properties and
their disturbance to define the energy distribution at focal planes. Thus, the quantifi-
cation of the interaction with the ablation threshold, the ablation rate, incubation and
saturation helped to understand the reaction of the material macroscopically. Methodolo-
gical issues coming from their calculations have been highlighted while machining shapes
and processing times were anticipated.
Secondly, the optimization of laser parameters was based on both qualitative and
quantitative characterizations. Electronic microscopy was rather used for visual appre-
ciations whereas stoichiometry and residual stress estimations were employed to quantify
the quality of side walls. We also took benefit from piezoelectricity to develop an in situ
observation method which succeeded in detecting the electrical response to the laser shock
wave and mainly contributed to the understanding of visible cracks. We finally propose
an optimum set of parameters for cutting PZT ensuring good repeatability of the process
while minimizing machining defects such as cracking, surface recast and jagged sides.
Tests with spatiotemporal beam shaping were finally presented primarily as perspec-
tives of processing time decrease so as to promote its use for future industrialization.
Key words :
ii
Le doute est le commencement de la sagesse.
Aristote
(384 - 322 av. J.C.)
Aristote
(384 - 322 av. J.C.)
William Cowper
(1731 - 1800)
Remerciements
Ces travaux de doctorat ont été réalisé conjointement entre le laboratoire Hubert
Curien de Saint-Étienne et l’entreprise Sagem Défense et Sécurité dont la composante
R&D est majoritairement basée sur Paris. A ce titre, de nouvelles interactions ont pu
être initiée, permettant dès lors aux compétences scientifiques stéphanoises de rayonner
dans un milieu industriel de pointe.
Je suis fier d’avoir pu participer à un tel transfert technologique, transfert qui n’aurait
pu aboutir sans les multiples échanges entre les différents acteurs du projet.
La majorité de mon emploi du temps s’étant déroulé au sein du laboratoire, j’ai ainsi
pu y développer de multiples relations, certaines d’autant plus amicales que profession-
nelles.
Malgré un départ remarqué sur la fin de mes travaux, je souhaite en premier lieu
remercier mon directeur de thèse, Mr Eric Audouard qui m’a épaulé personnellement et
orienté professionnellement depuis mon stage de fin d’étude. J’ai de ce fait fortement
apprécié sa façon de m’encadrer, alliant écoute et soutien dans les moments de doute,
exigence et rigueur dans les périodes de résultats.
Je souhaite aussi remercier chaleureusement mon co-directeur, Jean Philippe Colom-
bier, une des rares personnes à m’avoir suivi de bout en bout et qui a poursuivi dans la
continuité la responsabilité de mes travaux après l’absence de mon directeur. Il a éga-
lement su être un support scientifique de confiance, une oreille des plus attentive ainsi
qu’un estimable conseiller d’orientation !
Je souhaite aussi remercier vivement Cyril Mauclair qui, à la force des choses, a
dû fortement s’impliquer, de la rédaction de mon manuscrit et la finalisation de ma
soutenance.
Bien évidemment, je remercie toute l’équipe de la plateforme femtoseconde (scienti-
fiques et industriels avec la société Impulsion) pour la bonne humeur et la complicité qui
découlèrent de nos échanges : Nicolas Faure, David Pietroy, Benjamin Dusser, Sébastien
Landon, David Bruneel, Aurélien Bernard, Julien Granier, Gregory Egaud, Hervé Soder,
Romain Jouglet, Anthony Da Silva...
Un grand merci également aux membres du laboratoire avec qui il m’a été donné de
travailler et/ou d’interagir : Sabine Palle et l’équipe confocale, Aziz Boukenter, Youcef
Ouerdane, Razvan Stoian, Frederic Celle, Claude Pedri, Gerard Bernaud... ainsi que toute
l’équipe administrative et informatique.
Un merci particulier à l’ensemble des membres du jury pour avoir pris le temps de
corriger mon mémoire et leur participation à ma soutenance, ainsi qu’au directeur du
laboratoire, Mr Florent Pigeon, pour avoir pris l’initiative d’encadrer mon doctorat à
défaut de présence de Mr Audouard.
Enfin, un merci sincère à ma famille, ma compagne et mes amis pour leur présence
et leur soutien. Ils ont su m’accompagner, que ce soit jour après jour ou ponctuelle-
ment,entre les joies, les colères, les doutes et les motivations qui ont jalonné cette période
très formatrice de ma vie.
vi
Communications
Publications scientifiques
1. Di Maio, Y. Colombier, J.P. Cazottes, P. Audouard, E., "Ultrafast laser ablation
characteristics of PZT ceramic : Analysis methods and comparison with metals.",
Optics and Lasers in Engineering, 50(11) : 1582-1591, Novembre 2012.
Conférences / Séminaires
1. Oral + Poster : "Étude de l’interaction laser-PZT en régime d’impulsions ultra-
courtes.", Séminaire interne SAGEM SAFRAN, Argenteuil, 7-8 Décembre 2010.
vii
Table des matières
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
ix
TABLE DES MATIÈRES
x
TABLE DES MATIÈRES
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 160
xi
Introduction
D’un point de vue physique, c’est Léon Foucault en 1851 qui démontra pour la pre-
mière fois que le plan d’oscillation de son célèbre pendule restait fixe dans un référentiel
galiléen par rapport au référentiel terrestre. En 1852, il inventa le gyroscope à toupie dont
l’axe de rotation est également fixe dans l’espace. Encore de nos jours, cette découverte
est à la base de nombreuses technologies inertielles visant à mesurer l’écart angulaire
entre un référentiel mobile et l’axe de rotation d’une telle toupie. Les précisions peuvent
atteindre 10−2 à 10−4 °/h tandis que leur fabrication et leur maintenance restent com-
plexes et coûteuses. L’effet Sagnac découvert en 1913 est quant à lui exploité dans les
gyrolasers et les gyromètres à fibre [2]. Le principe réside dans la différence de marche
générée par un système de deux faisceaux parcourant en sens inverse un circuit fermé.
Bien que sa mise en œuvre reste relativement simple, les phénomènes optiques permettent
d’atteindre des précisions de l’ordre de 10-3 °/h.
Néanmoins, les besoins d’intégration, de réduction des coûts et d’accroissement des
performances ont conduit à la définition de nouvelles technologies toujours plus efficaces.
1
Introduction
C’est ainsi que s’est développée dans les années 1950 une nouvelle famille de gyroscopes
mécaniques, les gyroscopes vibrants, basés sur les principes de Coriolis [1]. Alors qu’un
corps est maintenu dans un état de résonance initiale selon un mode donné, son entraî-
nement par rotation engendre un transfert d’énergie vers un nouveau mode de vibration,
détectable par la simple mesure des écarts relatifs. La force de ces nouvelles technologies
réside dans la multitude de designs envisageables, offrant une plus grande flexibilité d’in-
tégration et un accroissement des performances.
Parmi elles, les premières PZT furent synthétisées dès 1954 avec pour objectifs l’amé-
lioration des propriétés capacitives et piézoélectriques comparativement aux matériaux
déjà existants [8]. De nos jours, elles sont massivement présentes dans de nombreux do-
maines tels que l’électronique avec notamment les analyseurs de bruit, les filtres "SAW",
les mémoires, les dalles tactiles ou les hauts parleurs. Elles sont exploitées pour la géné-
ration de micro-déplacements en mécanique ou de vibrations à hautes fréquences pour les
échographies et "Ablatherm" en médecine. Nous citerons également leur utilisation dans
le nettoyage ultrasonique, les alarmes, les capteurs de gaz et de pression... La défense
et l’aérospatial restent enfin des milieux fortement demandeurs pour les accéléromètres,
les gyroscopes, les sonars ou l’imagerie, bien que de nouveaux matériaux toujours plus
2
Introduction
En particulier dans notre application pour les senseurs inertiels, la qualité des signaux
émis et réceptionnés est fortement liée à la qualité de ces lames piézoélectriques en PZT.
Les lasers se basent sur l’amplification de la lumière par émission stimulée dans des
milieux à gain qui peuvent être aussi bien solides (Nd :YAG à 1064 nm, Ytterbium :YAG
à 1030 nm, Ti :Saphir à 780 nm, fibre dopée Erbium à 1540 nm... ), liquides (lasers à
colorant accordables) ou gazeux (Hélium-Néon à 632.8 nm ; Argon à 364, 488, 514 nm ;
CO2 à 10.6 µm, lasers à excimères ArF à 193 nm ou XeCl à 308 nm...). Les plages de
longueur d’onde d’émission, les dimensions des systèmes ainsi que les puissances crêtes
accessibles définissent leurs utilisations [10]. Par exemple, les lasers à semi-conducteur
associent forte intégration et faibles énergies pour ainsi être exploités dans le transport de
l’information (télécommunications, spectroscopie, multimédia CD/DVD/BD...) ou pour
le pompage des lasers solides. On distingue également les applications à basse énergie,
purement artistiques ou de pointage, tandis que les lasers de hautes intensités s’imposent
3
Introduction
Dans la deuxième partie, nous introduisons les objectifs propres à l’étude de la découpe
de PZT par lasers à impulsions ultra-courtes ainsi que les principaux moyens mis à dis-
position pour son optimisation. En particulier, nous détaillons les méthodes de contrôle,
qu’elles précèdent l’usinage comme l’analyse spatio-temporelle du faisceau, ou qu’elles lui
succèdent. Parmi ces dernières, nous distinguons les caractérisations qualitatives telles
que les observations microscopiques, des caractérisations quantitatives comme l’estima-
tion des contraintes résiduelles, de la cristallinité ou de la composition chimique des flancs
d’usinage. Un protocole de détection des ondes de pression se propageant après irradia-
tion est également proposé comme procédé original rendant compte de l’effet de certains
4
Introduction
La dernière partie traite de l’optimisation de l’usinage en soi étayée par les résultats
des méthodes de caractérisation décrites dans le chapitre précédent. Les paramètres ac-
cessibles y sont testés tels que la puissance, le plan d’usinage, la polarisation, la focale ou
la vitesse d’usinage et des plages optimisées de découpe sont proposées. Des perspectives
de mise en forme de faisceau permettent enfin d’évoquer les possibilités d’accélération
du procédé. Le parallel-processing, obtenu par modulation de phase ou par sélection de
polarisation, démultiplie spatialement le faisceau afin de tirer profit d’une plus grande
partie des capacités de puissance du laser. Dans le domaine temporel, le dédoublement
de l’impulsion est également analysé dans cette optique mais aussi du fait de la possible
amélioration de la vitesse d’usinage et de sa qualité en jouant sur les propriétés de l’in-
teraction.
Nous concluons enfin sur les réussites et défauts liés à ces travaux puis recensons les
perspectives entrevues, qu’elles soient d’ordre scientifique pour la recherche, ou technolo-
gique pour l’industriel.
5
CHAPITRE 1
Cette évolution ne serait envisageable sans l’avancée parallèle des méthodes de fabri-
cation et de caractérisation toujours plus résolues spatialement. En outre, deux procédés
de fabrication se complètent : l’assemblage de pièces minimalistes et l’usinage de maté-
riaux massifs dans lequel l’émergence d’une multitude de technologies a pu être constatée.
Parmi elles, la famille des lasers et en particulier les systèmes picosecondes et femtose-
condes ont été reconnus pour leur précision d’usinage et leur polyvalence. Nous verrons
dans la suite de ce chapitre que la nature particulière de l’interaction laser matière dans
ce dernier régime autorise l’usinage de tout type de matériau en limitant grandement les
effets thermiques notoires. Certes les échelles microniques atteintes restent plus limitées
qu’avec d’autres méthodes mais la flexibilité des paramètres en fait un procédé néanmoins
compétitif sur certaines applications, ce pourquoi des versions industrielles matures sont
désormais proposées. La découpe de céramiques piézoélectriques PZT destinées aux sen-
seurs inertiels en constitue un exemple.
7
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
Figure 1.1 – Récapitulatif non exhaustif des principales techniques de découpe recensées dans
la littérature. Classement selon la nature de leur interaction. Inspiré de [17].
en fonction du besoin. Dans cette partie, nous ferons un bref état de l’art des techniques
avec une attention particulière pour le domaine des céramiques tout en nous efforçant
d’identifier les forces et faiblesses de chacune. La démarche entreprise pour la comparai-
son distingue la nature des interactions entre l’outil et le matériau : mécanique (abrasive),
chimique, électrique ou radiative avec enfin un bref aparté sur les technologies hybrides
qui tentent de tirer profit de plusieurs techniques conventionnelles simultanément (Fig.
1.1). Leur évolution avec les années est au cœur du progrès technologique et croît aussi
rapidement que les produits se perfectionnent. Aussi est-il nécessaire de garder à l’esprit
que ce comparatif n’est en rien exhaustif mais se base sur une littérature existante et
sujette à de constantes améliorations.
8
1.1 Le milieu concurrentiel de la découpe
Figure 1.2 – Principe d’usinage par scie mécanique (SD). (a) Vue d’ensemble ; (b) Zoom sur
la zone d’interaction entre l’abrasif et le matériau à usiner avec apparition de micro-défauts en
régime non ductile. Inspiré de [20].
projetées par différents moyens comme les ultrasons, l’eau ou encore l’air comprimé.
Scies et fraises. La première famille présente l’intérêt principal de réaliser des motifs
en lien direct avec la forme de l’outil (Fig. 1.2). Les scies les plus fines peuvent actuelle-
ment atteindre la dizaine de microns de largeur et permettent d’usiner dans une direction
des rainures inférieures à la cinquantaine de µm avec une excellente précision [21,22]. Les
micro-fraises ont un diamètre plus large, autour de 100 µm au minimum mais peuvent
épouser des trajectoires plus complexes [23].
Les inconvénients sont néanmoins nombreux : ce sont des technologies coûteuses du
fait de l’usure de l’outil dont la taille et la précision joueront nécessairement sur le prix
d’achat. De par leur principe, elles induisent des fissurations dans la profondeur du maté-
riau, des déformations plastiques et d’importantes contraintes résiduelles [24,25]. La plus
grande quantité de ces micro fractures inter et/ou trans-granulaires à l’extrême surface
de la région d’usinage est appelée pulvérisation et résulte de contraintes de compression
et de cisaillement élevées. B. Zhang et al. soulignent qu’à ces micro fissures s’ajoutent
des micro cavités qui peuvent apparaître jusqu’à 30 µm sous la zone usinée sur des cé-
ramiques polycristallines [26]. La friabilité du matériau et la taille des grains de l’abrasif
sont mis en avant, sachant qu’un matériau sera d’autant moins endommagé que l’abrasif
sera fin et la vitesse de rotation rapide [27]. Des simulations s’appuyant sur des mesures
électriques de matériaux actifs estiment entre autre qu’une zone affectée thermiquement
adjacente de 10 µm subsiste tandis que les propriétés piézoélectriques sont grandement
affectée sur 5 µm.
Le concept d’abrasion en régime ductile, pour palier à ces endommagements, a dès
lors suscité de nombreux efforts [26, 28]. Il suppose qu’une déformation plastique existe
localement pour de faibles volumes ablatés en maintenant des conditions optimales et une
densité stable de particules abrasives. La technologie actuellement la plus aboutie est la
technologie ELID ("Electrolytic In Process Dressing") qui permet d’atteindre des rugosi-
tés de surface proches miroir par fraisage sur des matériaux même sensibles et friables
comme le PZT [20].
9
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
Figure 1.3 – Principe d’usinage par ultrason (USM). L’abrasif est propulsé sans contact sur
le matériau par l’ultrason généré par l’outil sonotrode (ici de forme arbitraire). Inspiré de [29]
et [30].
Ultrasons. Bien que basée sur la même méthode d’abrasion, la technologie ultraso-
nique est particulièrement bien adaptée pour les matériaux friables, durs et non conduc-
teurs tels que les céramiques mais aussi les métaux [29]. Une énergie électrique à haute
fréquence est convertie en vibrations mécaniques par transduction et focalisée par un
outil appelé sonotrode (Fig. 1.3). Une onde longitudinale d’environ 20 kHz transmet son
énergie à une matière abrasive en suspension dans un mélange d’eau ou d’huile qui est
dès lors accélérée en direction de la cible [30]. Bien que l’ablation se produise par micro-
écaillage (matériau dur, [31]) ou déformation plastique (matériau ductile), un minimum
d’endommagement thermique et de contraintes semble en résulter. La chimie du maté-
riau et les propriétés physiques n’en sont également que peu affectées. La forme d’usinage
dépend directement de la forme de la sonotrode constituée de matériaux de haute dureté
comme le carbure de tungstène.
L’inconvénient principal réside donc dans cet outil propre au besoin et nécessitant une
maintenance importante du fait d’une usure rapide au contact de l’abrasif. Ce procédé
est relativement long avec une vitesse d’ablation moyenne d’environ 50 mm3/min [30].
La finition de la surface dépend principalement de la taille de l’abrasif et du matériau
usiné. La largeur minimale moyenne d’un motif est d’environ 100 µm et sa profondeur
peut excéder le mm bien que l’état de l’art évoque la possibilité d’usiner des trous de
5 µm de diamètre [32]. Boy et al. présentent des structures cylindriques dans le PZT de
280 µm de large sur 6 mm de long avec une conicité réduite grâce au contrôle de l’usure
de la sonotrode [33]. Cette technologie offre d’intéressantes perspectives pour l’usinage
de matériaux céramiques type PZT mais nécessite tout de même d’approfondir l’impact
du procédé sur les propriétés physiques en bord de coupe.
Jet d’eau. Le jet d’eau exploite le principe d’érosion en projetant à haute vitesse sur la
cible de la matière abrasive contenue dans un filet d’eau. Cette technique est équivalente
à l’ultrason en matière de procédé d’ablation bien que moins précise et plus violente. Les
derniers progrès permettent cependant d’atteindre théoriquement des largeurs de coupe
concurrentielles d’environ 100 µm avec une précision de 10 µm. Tout comme l’ultrason,
l’embouchure de l’outil est sujette à usure du fait de son contact avec les particules abra-
10
1.1 Le milieu concurrentiel de la découpe
sives baignant dans l’eau sous pression. C’est une technologie moins coûteuse et rapide
qui engendre tout de même des défauts typiques de l’abrasion comme la fracturation. A
cela s’ajoute la saturation en profondeur pour de petits motifs, probablement due aux
interactions entre la matière sortante et la matière entrante. La forme de l’usinage, la
conicité, la rugosité peuvent être améliorées en fonction de la pression de l’eau, la vi-
tesse de déplacement, la distance à l’échantillon, l’abrasif et les dimensions du jet [34,35].
Une étude comparative entre jet d’eau et scie mécanique montre que bien que le taux
d’ablation fusse 20 fois plus important que celui de la scie, la finition y est d’un ordre
de grandeur supérieure (3 µm par jet d’eau vs 0.3 µm par scie) [36]. Comparé au laser
CO2 , le jet d’eau est également plus coûteux et plus grossier (200 µm de diamètre au
laser contre 600 µm au jet d’eau) bien que les effets thermiques soient moindres et les
profondeurs usinées plus importantes [37]. Une autre étude donne un point de vue dif-
férent sur des matériaux composites trop endommagés par laser [38]. Finalement, le jet
d’eau abrasif a longtemps été exploité pour des usinages davantage macroscopiques que
microscopiques. La qualité y reste grossière à ces échelles bien que d’importants progrès
en termes dimensionnels soient à constater.
Micro-sablage. La technologie par micro-sablage est une technologie récente qui pré-
sente de bonnes perspectives dans le domaine de la micro-découpe et de la micro-texturation.
Le principe tient dans la projection de particules de céramiques neutres à 200 m/s à par-
tir d’un stylet. Ces particules se heurtent à un masque adapté au besoin et permettant
d’usiner sélectivement les zones d’intérêt selon des trajectoires plus ou moins complexes.
La taille minimale des usinages rivalisent avec l’ultrason avec 100 µm de largeur et une
précision de 10 µm tandis que l’angularité des flancs ne peut être inférieure à 15°. Le pro-
cédé peut être parallélisé, ce qui induit une réduction importante des coûts de fabrication
et est adaptable à de nombreux matériaux comme le verre, le silicium, la céramique, le
métal, les plastiques durs et les matières composites.
1.1.2 L’électro-érosion
L’électro-erosion ("electro discharge machining") est une technique bien établie dans
l’industrie depuis 1943 et permet d’usiner sans contact des matériaux très durs sous di-
verses formes [19,39]. Son inconvénient majeur réside dans l’usinage de matériaux conduc-
teurs ayant des résistances maximales de l’ordre de 100 Ω.cm. Elle est donc peu recom-
mandée pour le micro-usinage de céramiques diélectriques, bien que certaines études aient
été menées dans ce sens [40, 41].
Son principe se base sur celui de la foudre : le matériau chargé est baigné dans un
fluide diélectrique auquel on approche une électrode en opposition de charges à une dizaine
de µm. La différence de potentiel associée à des intensités élevées (dizaines d’ampères)
engendre la formation d’une multitudes d’étincelles des suites du claquage du fluide di-
11
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
Figure 1.4 – Principe d’usinage par Electro-érosion à fil (WEDM). (a) Vue d’ensemble ; (b)
Zoom sur la zone d’interaction avec ablation par décharges électriques.
électrique. Les particules libres, ions et électrons, sont alors accélérées à de très hautes
vitesses et forment un chemin conducteur d’électricité entre les deux électrodes dont une
est le matériau à usiner. Parmi les théories existantes, la multitude de collisions fait
alors monter la température autour des 10000 °C fondant la matière environnante tan-
dis qu’un plasma se forme ainsi que des bulles de vapeur (Fig. 1.4(b)). Dès lors que le
courant pulsé sur la dizaine de kHz est coupé, la température et la pression chutent, le
plasma s’effondre et les bulles de gaz implosent de sorte qu’une partie de la matière fon-
due soit éjectée dans le diélectrique. Selon certaines études, 60 % de la matière modifiée
serait néanmoins resolidifiée dans la zone d’ablation. Le fluide est constamment renouvelé
afin d’éliminer les résidus mais également afin de conserver les propriétés diélectriques
stabilisant la précision d’usinage.
Cette technologie présente certes du potentiel pour les matériaux conducteurs mais
reste inexploitable pour les isolants. De plus, la zone affectée thermiquement au passage
de l’électrode modifie clairement la structure du matériau qui devient amorphe. Des
défauts d’usinage comme des cratères ou des fissurations induites par les étincelles peuvent
modifier la rugosité de surface et la finition sur des échelles micrométriques [44]. Enfin,
l’usure de l’outil est à prendre en considération et pose la question du coût à long terme.
12
1.1 Le milieu concurrentiel de la découpe
D’autres technologies plus récentes mais coûteuses et peu développées exploitent des
particules différentes des photons et se centrent davantage sur l’échelle nano que micro. Il
13
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
s’agit des électrons que l’on retrouve dans les canons à électrons des microscopes électro-
niques et les ions utilisés dans les FIB ("Focused Ion Beam", faisceau d’ions focalisé) [18].
La lithographie par faisceau d’électrons repousse les limites de la diffraction de la lumière
atteinte par photolithographie dans le domaine des semiconducteurs. Elle est générale-
ment associée au procédé de microfabrication LIGA [48] utilisant initialement des rayons
X synchrotron comme méthode d’irradiation lithographique et permettant d’atteindre
des ratios d’aspect de 100, des angles très abrupts et une rugosité de surface de l’ordre
de 10 nm pour des dimensions de dizaines de nanomètres. Les faisceaux d’ions sont uti-
lisés principalement dans la préparation d’échantillon pour la microscopie. Il est tout de
même nécessaire de les citer puisque cette méthode est destructive (due à l’implantation
ionique agissant schématiquement comme un abrasif infinitésimal et de très haute énergie)
et permet d’atteindre des dimensions extrêmement petites de l’ordre du nanomètre [18].
Radiation laser
La majorité des lasers commerciaux comme le laser ruby, l’hélium-néon, le CO2 , le
Nd :Yag, l’ion-argon ou les excimers, sont apparus entre les années 1960 et 1980 et se sont
vus attribués un panel d’applications extrêmement varié [49,50]. Deux grandes catégories
d’utilisation se distinguent néanmoins : les applications nécessitant de hautes énergies
visant à interagir avec un matériau et les applications basses énergies où la lumière émise
est exploitée comme un moyen d’éclairement, de mesure ou de transport/lecture d’infor-
mations.
Longueur d’onde. Parmi les technologies à hautes énergies se trouve la catégorie des
usinages où les lasers sont très compétitifs et polyvalents. Les possibilités d’usinage des
matériaux ne reposent non plus sur leurs propriétés mécaniques mais sur leurs propriétés
optiques et/ou thermiques. Dès lors, les céramiques, même isolantes et de hautes duretés
peuvent être irradiées par des lasers adaptés [17]. En particulier, sur des échelles où la
densité d’énergie ne permet pas la génération d’effets non linéaires (nous verrons plus
tard que ce n’est pas le cas des lasers ultra-brefs), la longueur d’onde d’émission λ du
laser doit pouvoir coïncider avec l’énergie nécessaire pour dépasser la bande interdite du
matériau notée Egap :
hc
Elaser = hν = ≥ Egap , (1.1)
λ
avec ν la fréquence de l’onde lumineuse (Hz), c la célérité de la lumière (≈ 3 × 108 m/s)
et h la constante de Planck (6.63×10−34 J.s). Un matériau semiconducteur comme le
silicium de bande interdite 1.12 eV requiert une radiation de longueur d’onde maximale
de 1100 nm pour que celle-ci soit absorbée. Le diamant, isolant de bande interdite 5.5 eV,
n’est absorbant qu’à l’UV, en dessous de 226 nm, ce qui explique en partie sa transparence
dans le domaine du visible (400-800 nm). Bien que particulièrement vrai pour les diélec-
triques et les semiconducteurs, les métaux eux ne souffrent pas de cette propriété sachant
que cette bande interdite leur est par définition inexistante. Les photons sont absorbés
par les électrons libres qui à leur tour transmettent leur énergie au réseau. L’énergie lumi-
neuse est finalement transformée en agitation thermique qui conduira à l’ablation. Leur
découpe peut donc être réalisée avec des lasers de faible énergie photonique comme les
lasers à CO2 très exploités dans le milieu industriel. Ils émettent sur 2 plages de longueurs
d’onde : 9.4 µm et 10.6 µm, ce qui équivaut à 0.13 eV et 0.11 eV. Ce sont les lasers les
plus puissants du marché pouvant atteindre une puissance moyenne d’une centaine de
14
1.1 Le milieu concurrentiel de la découpe
Alors que nous venons d’entrevoir les effets principaux de la longueur d’onde, de la
durée d’impulsion et de la cadence qui restent des paramètres intrinsèques au cristal
laser et à la technologie employée, d’autres critères peuvent affecter la qualité et la pré-
cision d’usinage. La polarisation, la focalisation, la puissance, la vitesse de translation
15
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
Dans le domaine laser, la vitesse d’usinage, le ratio d’aspect et la qualité peuvent être
très variables en fonction de tous ces paramètres et il est difficile de tirer des tendances
16
1.1 Le milieu concurrentiel de la découpe
17
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
Figure 1.5 – Comparatif des techniques principales d’après les critères de coûts d’achat et
d’entretien, d’usure de l’outil, de qualité des réalisations, d’adaptabilité en matière de matériaux
et de formes d’usinage, de vitesse, de précision et d’endommagements à l’échelle microscopique.
Le laser femtoseconde et l’ultrason se distinguent en particulier pour l’usinage de matériaux
durs et fragiles comme les céramiques.
En conclusion de cette revue, la Fig. 1.5 offre une vue qualitative des avantages et
inconvénients des techniques conventionnelles vis à vis du micro-usinage de matériaux
diélectriques. Alors que les lasers femtosecondes et l’ultrason ressortent positivement,
l’électro-érosion et la scie mécanique cumulent les inconvénients.
18
1.2 Physique des lasers ultra-brefs et interaction avec la matière
A l’allumage d’un laser, le pompage par une source externe initie l’excitation d’un
milieu amplificateur à l’origine de l’effet d’émission stimulée. Associée à une inversion de
population et à une cavité résonante, la radiation laser se stabilise en un état d’équilibre
dépendant des propriétés du système (flux d’excitation, vitesse de décroissance du niveau
excité, dimensions de la cavité). Dans la plupart des lasers solides cependant, l’intensité
de saturation ne coïncide pas avec la densité maximale de population du niveau excité
Nu accessible. En d’autres termes, le milieu amplificateur pourrait émettre un faisceau
encore plus intense. La densité de photons peut donc être théoriquement améliorée en
entretenant l’amplification avec minimisation des pertes puis en expulsant cette forte
densité sous forme d’impulsion très énergétique.
Mode-locking. Pour atteindre des durée d’impulsions encore plus faibles, le "Mode-
locking" exploite la mise en phase des modes longitudinaux de la cavité laser. En effet, ses
dimensions n’autorisent l’entretien que de certaines longueurs d’onde vérifiant la relation
(A.18) donnée en annexe. De plus, un laser n’est jamais purement monochromatique
mais émet sur une plage de longueur d’onde ∆λ dépendante des propriétés du cristal
amplificateur. Nous supposons donc qu’il existe N modes de fréquence νn qui oscillent
librement dans la cavité, ce nombre étant limité par la largeur spectrale ∆λ. Chaque mode
peut être représenté par un champ électrique sinusoïdal E(t) de fréquence variable :
N −1
E(t) = E0 ei(2πνn t + φn ) , (1.2)
X
n=0
avec φn déphasage de l’onde n, νn+1 −νn = c/2nd d’après l’éq. (A.18) et φn+1 −φn aléatoire.
19
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
2 sin (N ∆ωt/2)
2
I(t) = E0 , (1.3)
sin (∆ωt/2)
2
Figure 1.6 – Principe du Mode Locking. De haut en bas : 3 modes longitudinaux de pulsation
ω à 3ω, les trois modes regroupés et intensité totale I(t) = |E(t)|2 . Les modes sont en phase à
chaque marque d’abscisse, l’intensité y est maximale en ces points.
20
1.2 Physique des lasers ultra-brefs et interaction avec la matière
grâce à une paire de réseaux arrangée de sorte à ce que les basses fréquences soient en
avance devant les hautes fréquences. L’allongement résultant est estimée entre 103 et 105
par rapport à l’impulsion originale. L’énergie étant conservée, la puissance crête devient
largement réduite afin d’éviter les problèmes d’endommagement. Une amplification sup-
plémentaire d’un facteur 106 ou plus à la traversée de milieux actifs complémentaires peut
désormais être réalisée suivie enfin d’une recombinaison des fréquences par un système
de réseaux semblable à l’étirement.
t2
−4ln(2) 2
P (t) = Pmax e τF W HM , (1.4)
t2 t2
Z T ′ /2 −4ln(2) 2 Z ∞ −4ln(2) 2
Pmax e τF W HM dt ≈ Pmax e τF W HM dt (1.5)
−T ′ /2 −∞
s
τF W HM π
= Pmax (1.6)
2 ln(2)
= Pmoy T ′ . (1.7)
21
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
~ θ, z, t)
∂ 2 E(r,
~ E(x,
∆ ~ y, z, t) − µ0 ǫ0 = ~0 , (1.9)
∂2t
1 ~ désigne un Laplacien vectoriel.
où µ0 ǫ0 = et ∆
c2
L’équation de Helmholtz admet en outre pour solution l’onde sphérique divergente de
la forme :
E0 −ikr iωt
E(x, y, z, t) = e e , (1.10)
r
q 2πc 2π ω
avec r = x2 + y 2 + z 2 ; ω = 2πν = et k = = . (1.11)
λ λ c
r symbolise la distance au point d’observation et ω la pulsation de l’onde lumineuse,
reliée à sa fréquence ν. k est appelé vecteur d’onde et est inversement proportionnel à la
longueur d’onde à 2π près.
Nous nous plaçons dans le cas où la propagation s’effectue sur une direction z, x et y
décrivant le plan transverse à cette direction. Dans le cadre de l’approximation paraxiale,
l’observation s’effectue à proximité de l’axe optique, ce qui implique que les coordonnées
x et y restent très petites devant z. Un développement limité au voisinage de zéro nous
permet finalement de réécrire r par :
s
x2 + y 2 x2 + y 2
r =z 1+ ≈0 z + . (1.12)
z2 2z
x2 + y 2
E0 −ikz −ik
Eparaxial (x, y, z, t) = e e 2z eiωt . (1.13)
z
Les faisceaux lasers peuvent généralement être modélisés par des faisceaux gaussiens,
solutions approchées de l’équation de Helmholtz dans le cadre de l’approximation pa-
raxiale [92]. Ils ont pour origine l’utilisation des cavités résonantes utilisées pour l’am-
plification et n’autorisant que certains modes de propagations. En outre, nous avons vu
précédemment qu’il existait des modes longitudinaux dans une telle cavité. La réalité est
légèrement plus complexe puisqu’un autre type de mode existe, dit transverse et noté
T EMij . Pour i = j = 0, la répartition d’éclairement est une gaussienne de révolution,
mode naturel le plus commun aux émissions lasers. Le champ électrique du T EM00 suit
alors la solution (1.13) avec en coordonnées cylindriques (r, θ, z) où r vaut désormais
22
1.2 Physique des lasers ultra-brefs et interaction avec la matière
q
x2 + y 2 ) une partie spatiale égale à :
q(z) donné à l’éq. (1.17) est appelé rayon de courbure complexe. En z = 0, le rayon
transverse ω0 de la gaussienne est minimal, on parle alors de waist, et le rayon de courbure
de la phase spatiale vaut R0 = ∞. Nous en déduisons la valeur de q(0) puis en associant
les parties réelles et imaginaires de cette même équation, l’évolution de ω(z) et R(z) :
s
z2
ω(z) = ω0 1 + , (1.18)
zR2
zR2
R(z) = z + . (1.19)
z
nπω02 √
zR = est la distance de Rayleigh pour laquelle ω(zR ) = 2ω0 . La surface du
λ
faisceau est alors doublée par rapport à sa valeur en z = 0. L’indice de réfraction n est
fixé à 1 pour simplifier l’étude. Nous remarquons que pour z ≪ zR , le rayon de courbure
tend vers l’infini et s’approche d’une onde plane progressive. A l’opposé, lorsque z ≫ zR ,
ω(z) croît, le rayon de courbure tend vers z et la phase s’assimile à celle d’une onde
sphérique.
La divergence θ loin du waist ω0 définit l’ouverture angulaire du faisceau :
2ω(z) 2λ
θ = lim = . (1.20)
z→+∞ z πω0
23
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
Figure 1.7 – A droite : évolution du rayon d’un faisceau gaussien ω(z) avec la distance z. A
gauche : variations de la distribution gaussienne en intensité en z = 0 et z arbitraire.
L’intensité (W/cm2 ) d’une telle onde est enfin reliée au carré du module du champ
électrique, d’où :
r2
ω0
!2
−2
e ω (z) .
2
I(r, z) = I0 (1.21)
ω(z)
Les caractéristiques de propagation d’un faisceau gaussien parfait sont résumées Fig.
1.7.
Nous définissons la fluence F comme la densité d’énergie par unité de surface, exprimée
en J/cm2 :
r2
−2 2
F (r, z) = F (z)e ω (z) .
crête (1.22)
La fluence moyenne Fmoy en un plan transverse à z fixé est calculée à partir de la puissance
moyenne Pmoy , la cadence laser ∆ν, et la taille du faisceau ω(z) de sorte que :
Ep Pmoy
Fmoy (z) = = . (1.23)
∆νπω (z)
2 ∆νπω 2 (z)
Nous obtenons finalement la relation liant la fluence moyenne Fmoy à la fluence crête
Fcrête :
2Ep
Fcrête (z) = = 2Fmoy (z) . (1.25)
πω 2 (z)
La propagation des faisceaux gaussiens T EM00 selon les équations vues ci-dessus
constitue le cas idéal en limite de diffraction. La grande majorité des lasers présentent ce-
pendant d’autres modes d’ordre supérieur qui ne se propagent pas de manière gaussienne.
Un paramètre, noté M 2 , rend néanmoins compte de l’écart entre un faisceau théorique
24
1.2 Physique des lasers ultra-brefs et interaction avec la matière
parfaitement gaussien et un faisceau laser réel. On utilise pour cela le produit ouverture
angulaire × waist :
2λ
θréel ωréel = M 2 θth ωth = M 2
, (1.26)
π
πω02
Egalement, zR = 2 . (1.27)
M λ
Le M 2 d’un faisceau gaussien est généralement compris entre 1 et 2, 1 étant le cas par-
fait. Un faisceau laser de M 2 supérieur à 1 aura un waist ω0 plus grand, une distance de
Rayleigh zR plus courte et une divergence θ plus importante qu’un faisceau idéal.
Enfin, il arrive que les faisceaux en sortie des lasers soient entachés de défauts dus par
exemple à de la diffraction sur les bords suite à des problèmes d’alignement interne. On
utilise dès lors des diaphragmes afin de filtrer la partie centrale. Dans l’hypothèse d’un
faisceau parfaitement collimaté, sa taille est alors clairement définie par le diamètre de
ce diaphragme. Belland et al. démontrèrent qu’un diaphragme peut grandement modifier
les propriétés de propagation d’un faisceau gaussien en fonction du rapport a/ωa où a est
le rayon de l’ouverture et ωa celui du faisceau dans le même plan [93]. Il conclut que pour
un ratio a/ωa > 3, les effets de diffraction sont négligeables et les propriétés du faisceau
gaussien sont inchangées. Si 1.6 < a/ωa < 3, le faisceau présente des caractéristiques
légèrement différentes alors qu’un rapport inférieur à 1.6 implique que le profil ne soit
plus gaussien mais présente des effets de diffraction importants.
Les matrices ABCD sont un moyen simple et pratique de traduire l’évolution des
propriétés des rayons lumineux lors de leur propagation et de leur interaction avec divers
éléments optiques. Elles se caractérisent par :
r
2 =
A B r1
, (1.28)
θ2 C D θ1
25
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
Figure 1.8 – Principe de focalisation d’un faisceau gaussien par une lentille mince convergente.
Aq1 (z) + B
q2 (z) = . (1.29)
Cq1 (z) + D
D’après (1.17), q1 (z) et q2 (z) peuvent avoir des rayons de courbures R1 (z) et R2 (z)
ainsi que des rayons transverses ω1 (z) et ω2 (z) différents. A l’image de la Fig. 1.8, la fo-
calisation par une lentille convergente de focale f est précédée et suivie de propagations
dans l’air. Notons que l’étude est simplifiée à une lentille mince plutôt qu’à un doublet
achromatique. Connaissant les propriétés du faisceau dans le plan du waist ω01 , les nou-
velles propriétés en ω02 peuvent être déterminées en multipliant entre elles les matrices
des différents systèmes rencontrés :
d2 d1 d2
1 − d1 + d2 −
1 0 1 d
A B 1 d2 1 f f
= 1 = . (1.30)
1 d1
0 1 − 1 0 1
C D
− 1 −
T OT ALE f f f
26
1.2 Physique des lasers ultra-brefs et interaction avec la matière
Figure 1.9 – Graphiques des caractéristiques de propagation d’un faisceau gaussien focalisé
d’après les éq. (1.31) et (1.32). Évolution de la position du plan focal d2 à gauche et de la taille
du waist image ω02 à droite en fonction de la position du waist objet d1 pour différentes valeurs
du paramètre zR1 /f .
La Fig. 1.9 représente ces relations sous forme de famille de courbes paramétrées par
le facteur zR1 /f . Le plan dans lequel le faisceau est le plus étroit et où la fluence est la plus
importante est le plan focal image. Il est à noter que dans la majorité des cas, zR1 ≫ f .
Au vue de la Fig. 1.9, les fluctuations de d2 et ω02 sont beaucoup moins marquées et nous
pouvons en déduire une estimation du waist image en simplifiant le dénominateur de l’éq.
(1.32) :
λf λ
ω02 ≈ ≈ , (1.33)
πω01 π(N A)
où N A est l’ouverture numérique de la lentille, équivalente à d/2f avec d estimable à 2ω01
dans le cas d’un faisceau ayant une très faible divergence. Cette relation est très employée
car elle permet d’estimer la taille de la tache focale avec une bonne approximation.
Néanmoins, une mesure expérimentale est toujours préconisée lorsque les variations de
fluence sont critiques pour l’application visée.
Les simulations de la Fig. 1.10 décrivent l’évolution de la distribution de fluence au-
tour du plan focal en fonction de la présence ou non d’un diaphragme en amont. Les
données principales ont été obtenues grâce au logiciel de tracés optiques Zemax et mises
en forme avec le logiciel de traitements numériques Matlab. Les paramètres considérés
sont les suivants : λ = 780 nm, ω01 = 2.2 mm, M 2 = 1.46, f = 50.8 mm, Pmoy = 1 W,
a = 2.7 mm. Ils font suite aux diverses analyses expérimentales et ont été identifiés comme
correspondant aux paramètres du faisceau au moment de l’étude. Remarquons que les
simulations présentées ne prennent pas en compte le M 2 de 1.46, exploitable sous Zemax
27
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
préférentiellement sous format numérique que graphique. ω(z) avec le M2 est néanmoins
tracé en bleu pour comparaison. Du fait de l’élargissement du faisceau avec ce facteur, les
amplitudes sont sensiblement différentes de la simulation théorique tandis que les formes
transverses de faisceau ne sont pas affectées.
Comme souligné plus haut par les travaux de Belland et al. [93], un diaphragme
peut grandement modifier les propriétés de propagation d’un faisceau gaussien. Nous
montrons ici ces variations autour du point de focalisation. ωa au niveau du diaphragme
a été mesuré expérimentalement à 3.7 mm, ce qui implique que le ratio a/ωa ≈ 0.7, et
donc que les effets diffractifs ne sont plus négligeables. La Fig. 1.10(c) indique clairement
que la distribution de la fluence en plusieurs plans n’est plus du tout gaussienne lors
de la présence de ce diaphragme alors qu’elle reste fidèle à la théorie en son absence.
Un comparatif succinct des Fig. 1.10(a) et (b) indiquent aussi une forte dispersion de
l’énergie, un élargissement et un éloignement de la tache focale ainsi qu’une baisse de
sa fluence crête. Cet élargissement peut théoriquement s’expliquer par la relation (1.33)
puisque la dimension du faisceau en entrée de la lentille est réduite par le diaphragme.
28
1.2 Physique des lasers ultra-brefs et interaction avec la matière
L’énergie totale étant constante en chaque plan, la fluence crête diminue donc à me-
sure que le faisceau s’élargit. La distribution d’énergie au plan focal où la fluence crête
y est maximale n’est plus tout à fait gaussienne comme le montre la Fig. 1.10(c) et des
29
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
"pieds" parasites apparaissent suite aux phénomènes de diffraction. Aussi, même si le fais-
ceau est gaussien, nous pouvons approximer l’existence d’un plan image du diaphragme
après la lentille de focalisation par conjugaison selon les lois de Newton-Descartes appli-
cables en optique géométrique. Si le diaphragme est suffisamment petit, nous considérons
souvent que la distribution d’énergie en ce plan est non plus gaussienne mais tophat, c’est
à dire que cette distribution est constante sur un diamètre défini par la taille de l’objet.
Cette propriété est exploitée en particulier en marquage laser dans le but d’uniformiser
un usinage, mais reste peu employée en découpe. En effet, le plan image est unique et ne
se vérifie pas dans la profondeur, il est de forme approximative et fortement dépendant
de la diffraction. Sa fluence crête est aussi rapidement limitée sachant que le diamètre du
faisceau y est bien plus large qu’au plan focal. Le plan image estimé par les lois de l’op-
tique géométrique est donné sur la Fig. 1.10(c) pour le plan 2. Effectivement, le faisceau
n’est plus gaussien mais s’uniformise au niveau de la fluence maximale avec des flancs
plus abrupts.
Les matériaux inorganiques sont organisés selon 3 classes principales : les métaux,
les semi-conducteurs et les diélectriques. Ils se distinguent par des structures en bandes
d’énergie relativement différentes, comme il l’a été entrevu dans la première partie.
30
1.2 Physique des lasers ultra-brefs et interaction avec la matière
qui conduira enfin à l’éjection de matière à supposer que la température atteigne le seuil
de vaporisation du matériau. Nous considérons pour ces deux types de matériaux que
l’absorption radiative y est linéaire.
Figure 1.11 – Principaux mécanismes de génération d’électrons libres dans les matériaux
diélectriques : (a) Absorption multiphotonique. (b) Ionisation par avalanche.
31
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
interdite pour le transfert dans la bande de conduction. Il est donc possible d’usiner
n’importe quel matériau, qu’il soit transparent ou non à la longueur d’onde de travail.
L’ensemble des électrons libres générés peuvent également contribuer à l’accroissement
de leur population via l’ionisation par avalanche (Fig. 1.11(b)). Les électrons libres ayant
une énergie cinétique supérieure à l’énergie nécessaire pour l’ionisation peuvent en effet
en transmettre une partie à un électron lié avec lequel ils entrent en collision. Bien que
chaque électron se retrouve avec une énergie cinétique relativement faible, ce mécanisme
contribue à augmenter le nuage électronique libre dans le matériau. D’après Stuart et al.,
l’ionisation multiphotonique reste prépondérante face aux autres mécanismes lors d’un
usinage avec un laser à impulsions ultra-brèves [94] alors que le mécanisme majoritaire
sera l’ionisation par avalanche avec des impulsions longues. Enfin, un plasma se forme,
pouvant dépasser la densité critique d’électrons (ηc = 1.7 × 1021 e− /cm3 à 800 nm), le
matériau devient fortement absorbant et l’ablation s’opère. On considère souvent qu’à ce
stade, le matériau diélectrique est proche d’un métal en matière de mécanisme d’ablation.
32
1.2 Physique des lasers ultra-brefs et interaction avec la matière
Également, l’inertie du système cristallin implique que le chauffage se limite tout d’abord
aux électrons. C’est seulement à partir de leur relaxation après environ 1 ps que l’énergie
est transférée à la matrice via une efficacité de couplage définie par γ et qui vient aug-
menter sa température sur une dizaine de picosecondes. L’échauffement n’est ici non plus
entretenu par la durée de l’impulsion mais par les processus de transfert. Les pertes par
diffusion sont notamment fortement réduites. La matière récupère localement l’énergie
des électrons ayant accumulé une énergie suffisante pour permettre sa vaporisation sans
que le régime de fusion ne soit prépondérant. Il est souvent considéré que ces durées d’im-
pulsions offrent dès lors un usinage presque athermique du fait du processus d’ablation
quasi direct de solide à vapeur [97].
Il faut souligner enfin que l’impulsion femtoseconde est terminée pendant cette relaxa-
tion de l’énergie contrairement au régime nanoseconde et donc que l’expansion du plasma
résultant de l’ablation n’est pas gênée. Réciproquement, l’impulsion laser n’est pas per-
turbée par le plasma pouvant devenir absorbant et constituer une source supplémentaire
de perte d’énergie et donc d’efficacité d’usinage.
33
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
du réseau qui en sont responsables dans les diélectriques, celui-ci ayant une inertie bien
plus importante.
La zone affectée thermiquement (ZAT ou HAZ en Anglais pour "Heat Affected Zone")
constitue la région périphérique transverse à l’usinage. Dans le cas d’une découpe, elle est
d’autant plus critique qu’elle traduira des défauts de bords plus ou moins importants. Ce-
pendant dans la gamme d’impulsions ultra-courtes, cette diffusion reste très négligeable
d’après les principes de l’interaction ultra-brève évoqués plus haut. Valette et al. mesu-
rèrent par EBSD ("Electron Backscattered Diffraction") une ZAT de 25 µm en régime
nanoseconde comparativement à 1.5 µm en régime femtoseconde dans un mono-cristal
d’aluminium [98]. Également, la taille des grains dans de l’aluminium poly-cristallin a
permis à Le Harzic et al. d’identifier des ZAT de 40 et 2 µm autour d’usinages respecti-
vement nanosecondes et femtosecondes [99]. Ces observations expérimentales coïncident
avec les simulations de Ihtesham et al. sur le transfert de chaleur des lasers femtosecondes
dans les métaux [100]. Ses résultats montrent que le fort échauffement quasi instantané
du réseau par les électrons conduit à un "super-chauffage" au cours duquel la matière
entrée en fusion dépasse son seuil d’ébullition. A des températures suffisamment élevées,
le liquide devient très instable et dégénère en une mixture liquide vapeur. Cette état
dit d’explosion de phase semble être a priori atteint même à fluence moyenne pour des
impulsions très courtes (≈ 1 J/cm2 ).
L’interaction laser matière à ces durées d’impulsions apporte donc des avantages consi-
dérables en termes de qualité et de polyvalence (usinage de tout type de matériau) mais
aussi en termes d’efficacité d’usinage. Stuart et al. démontrèrent que les seuils de réactions
sont fortement réduits à mesure que la durée d’impulsion ∆t diminue [94], √ confirmé par
Kautek et al. [101]. Au delà de 10 ps, le seuil de fluence est proportionnel à ∆t mais se
stabilise à un minimum pour des durées inférieures. Également, l’ablation y est plus effi-
cace comme le souligne Yang et al. sur les métaux [102] et Zeng et al. sur le silicium [103].
Finalement, la communauté scientifique s’est fortement intéressée aux différences quali-
tatives et quantitatives entre les régimes d’impulsion et a engendré de nombreuses publi-
cations avec dans la grande majorité des cas des constats similaires [15, 104, 105].
34
1.3 Application aux céramiques ferroélectriques PZT
S = sE T + dE , (1.37)
D = εT E + dT , (1.38)
avec S, la déformation mécanique relative, D le déplacement électrique (C/m2 ) en fonction
de T, la contrainte mécanique (Pa) et E, le champ électrique (V/m). Les coefficients sE
[compliance (m2 /N)], d [constante de charge (Vm)] et εT [constante diélectrique (F/m)]
sont des tenseurs représentatifs du matériau piézoélectrique. La direction d’observation et
la direction de la perturbation (électrique ou mécanique) en fonction de la direction de la
35
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
Figure 1.13 – Principe de la piézoélectricité. (a) Génération d’une tension aux bornes des
électrodes sous l’effet d’une contrainte ; (b) Déformation du matériau sous l’effet d’un champ
électrique.
polarisation impliquent que ces coefficients ne garderont pas les mêmes valeurs du fait de
l’anisotropie. Aussi nous ne nous intéresserons pas au détail de ces équations tensorielles
dans ce manuscrit, bien décrites dans de nombreux ouvrages [107].
L’allume-gaz en est une des applications courantes utilisant la force de pression dans le
but de produire des étincelles. Ce phénomène permet également de mesurer la pression par
conversion en tension électrique ou d’entretenir des pulsations régulières comme dans les
montres à quartz. La multiplicité des applications, militaires ou civiles, permet d’estimer
à plus de 15 milliards de dollars les recettes engendrées par ce marché depuis 2010.
Parmi ces classes piézoélectriques, la moitié est dite pyroélectrique. Du grec pyr (feu),
ces matériaux ont la capacité de se polariser et donc de générer des charges en fonction
non plus seulement de la pression exercée mais des variations de température. Parmi leurs
multiples utilisations, certains sont optimisés pour répondre aux besoins des capteurs
infrarouges ou dans la production d’électricité.
En l’absence de contrainte, leur polarisation peut être considérée comme nulle sur
une échelle macroscopique. Il est une classe cependant où la polarisation peut être per-
manente : la ferroélectricité, dernière classe issue de la pyroélectricité. A titre d’exemple
dans un matériau PZT de structure cubique centrée à faces centrées, la taille relative des
ions Ti4+ (ou Zr4+ ) et O2− est telle que l’ ion Ti4+ n’occupe pas exactement le centre de
la maille alors que les ions O2− ne se trouvent pas exactement au centre des faces (Fig.
1.16(a)). Il s’ensuit que le centre de gravité des charges positives ne coïncide pas avec celui
des charges négatives, ce qui fait qu’un dipôle ionique existe dans la maille élémentaire.
Aussi, chaque grain est constitué d’une multitude de mailles polarisées selon certaines di-
rections privilégiées dépendantes de la cristallographie. Les régions de même orientation
présentent une polarisation spontanée et sont appelées domaines de Weiss. Les interfaces
séparant ces zones sont des parois qui par extension peuvent également inclure les joints
de grain [106]. Bien que la somme vectorielle de toutes ces directions s’annule au premier
abord, l’action d’un champ électrique intense, de plusieurs milliers de V/m, peut venir
36
1.3 Application aux céramiques ferroélectriques PZT
37
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
Figure 1.16 – (a) Structure cristalline de la maille pérovskyte de PZT (b) Image MEB de la
structure polycristalline du PZT d’étude fabriqué par frittage.
réorienter ces domaines dans la même direction (on rappelle que P~ = χε0 E ~ où χ est la
susceptibilité en régime linéaire, ε et ε0 sont la permittivité du matériau et du vide res-
pectivement) de sorte à ce qu’une polarisation macroscopique permanente persiste après
contrainte (Fig. 1.14).
Le matériau rentre alors dans un cycle d’hystérésis. A fort champ, la polarisation at-
teint une polarisation maximale notée PS , polarisation de saturation où tous les domaines
sont orientés dans la même direction. Lorsque le champ est annulé, certains domaines se
réorientent tout de même, diminuant la polarisation jusqu’à atteindre une polarisation
permanente PR dite polarisation rémanente. L’annulation de cette polarisation est enfin
permise une fois le champ coercitif atteint, noté EC (Fig. 1.15).
La ferroélectricité ne peut être maintenue que sur une plage de température inférieure
à la température dite de Curie, après quoi soit un désordre soit une modification de la
structure cristallographique s’opère. La polarisation rémanente disparaît et le matériau
devient alors para-électrique. A titre d’exemple, le quartz piézoélectrique en phase α perd
cette caractéristique en phase β passée la température critique de Curie de 573°C.
38
1.3 Application aux céramiques ferroélectriques PZT
donneurs (PZT doux). Le PZT est généralement élaboré sous forme massique mais peut
se dériver en films minces ou en gel polymérisé [47, 108]. Des méthodes de fabrication
diversifiées ont en outre été déployées afin de tirer profit des meilleures performances du
matériau sur des dimensions variées [109].
Cristallographie
La céramique PZT de formule Pb(Zr1−x Tix )O3 est composée en réalité de deux solu-
tions solides de PbZrO3 et PbTiO3 en proportion normalisée et possédant toutes deux
une structure cristallographique de type pérovskyte ABO3 (Fig. 1.16(a)). Les cations A
(Pb2+ ) sont situés sur les huit angles de la maille. Les anions d’oxygène (O2− ) sont eux
disposés au centre des faces tandis que le centre de la maille est occupé par le cation
B (Zr4+ ou Ti4+ ). En fonction de la température et de la proportion de Zr et Ti dans
le matériau, la forme du cristal varie (Fig. 1.17) [110], ce qui nous permet de distinguer
selon la proportion x de PbTiO3 :
– x>0.55 : riche en titane ; la cristallisation est de forme quadratique (a = b 6= c ; α =
β = γ = 90°) (voir Fig. 1.16(a)) ;
– x<0.45 : riche en zirconium ; la cristallisation est de forme rhomboédrique (a = b =
c ; α = β = γ 6= 90°) ;
– 0.45<x<0.55 : Zone d’équilibre des deux réseaux appelée frontière de phase mor-
photropique. C’est dans cette région que les propriétés piézoélectriques et ferro-
électriques des PZT sont les plus intéressantes. De récents travaux ont cependant
mis en évidence la présence d’une phase monoclinique au niveau de cette jonction
(a 6= b 6= c ; α = γ = 90°6= β) ;
– x indifférent mais T>Tc : Région paraélectrique du PZT de structure cristallo-
graphique cubique (a = b = c ; α = β = γ = 90°) ;). Le matériau est dès lors
centro-symétrique, les propriétés de piézoélectricité disparaissent.
En fonction des conditions de fabrication, une phase de type pyrochlore A2 B2 O6 peut
être présente et peut diminuer les propriétés piézoélectriques du matériau [111].
39
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
Figure 1.17 – Diagramme de phase du PZT. La zone morphotropique produit les propriétés
piézoélectriques les plus intéressantes.
Structure de bande
40
1.3 Application aux céramiques ferroélectriques PZT
Figure 1.18 – Diagramme de bandes du (a) PbTiO3 et (b) PbZrO3 avec bande interdite
directe en Γ. (c) Simulation de l’évolution des passages inter-bandes autorisés en fonction de la
composition du PZT [112].
ε = ε1 − iε2 , (1.39)
√
n = η − ik = ε , (1.40)
41
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
très faible. Ces équations sont liées les unes aux autres par :
ε1 = η 2 − k 2 , (1.41)
ε2 = 2ηk . (1.42)
(η − 1)2 + k 2 4η
R = |r|2 = et T = |t|2 = . (1.44)
(η + 1) + k
2 2 (η + 1)2 + k 2
La puissance moyenne par unité de volume dissipée par effet Joule dans le matériau
s’exprime en fonction du champ électrique transmis Et et de la conductivité électrique σ
du matériau par :
42
1.3 Application aux céramiques ferroélectriques PZT
décroît avec la propagation dans le matériau d’après la loi de Beer-Lambert (1.36). |Ei |2
est proportionnel à l’intensité laser I selon :
2I
|Ei |2 = . (1.46)
cε0
La distribution radiale de I à l’interface avec le matériau est connue comme étant de
forme gaussienne et donnée par l’éq. (1.21). Enfin le coefficient d’absorption définit dans
l’éq. (1.36) s’exprime en fonction de k et est dépendant de la longueur d’onde λ, tout
comme la longueur de peau δ, selon :
4πk λ
α= et δ = . (1.47)
λ 2πk
Finalement, nous pouvons simuler la pénétration optique dans le PZT en fonction de
son indice de réfraction η et de son coefficient d’extinction k et à partir de conditions
initiales sur le faisceau telles que sa dimension et son intensité crête.
Comme attendu, la pénétration optique du PZT est supérieure à celle des métaux
qui oscille autour de la dizaine de nanomètres. Il faut cependant garder à l’esprit que
cette simulation prend en considération une absorption linéaire de la radiation, ce qui
peut être relativement différent en régime ultra-court. Également, la valeur du coefficient
d’extinction est largement approximée graphiquement alors que sa fluctuation influence
beaucoup les propriétés de pénétration. Cette simulation nous permet néanmoins d’abor-
der les échelles de profondeur d’absorption optique en fonction du matériau irradié à la
longueur d’onde λ d’étude. La diffusion de chaleur à partir de cette surface engendre enfin
une zone affectée thermiquement qui, bien que fortement réduite par laser femtoseconde,
reste visible sous fort grossissement et potentiellement problématique pour un usinage de
qualité.
43
Chapitre 1 Les lasers femtosecondes comme outils de découpe
Figure 1.20 – Simulation de la pénétration optique dans le PZT d’étude. Paramètres lasers :
λ = 780 nm, FWHM=150 fs, ∆ν = 5 kHz, Pmoy = 500 mW, ω(z0 ) = 10 µm. Un comparatif
avec les longueurs de peau obtenues sur d’autres matériaux est également proposé.
44
1.4 Conclusion partielle
Alors que le contexte des travaux, les caractéristiques du laser et les propriétés du
matériau ont été clairement identifiés, nous pouvons aborder la problématique ainsi que
les conditions expérimentales spécifiques à l’étude.
45
CHAPITRE 2
Quel est l’objectif de l’étude ? Que cherche-t-on à optimiser et par quels moyens ?
Telles sont les quelques questions auxquelles il nous est tout d’abord nécessaire de ré-
pondre. La définition préliminaire du contexte des travaux rend plus efficace la démarche
d’optimisation en conjuguant modification d’un paramètre et caractérisation associée. Il
en résulte également une plus grande maîtrise de par la connaissance fine des facteurs,
contrôlés ou non, impactant sur la reproductibilité du procédé. La définition claire des
caractéristiques de l’interaction permet enfin d’identifier mais également d’anticiper de
manière plus efficace les plages d’usinage à analyser.
Dans ce chapitre, nous nous intéressons aux attentes vis à vis de la découpe de PZT
par laser ultra-bref ainsi qu’aux moyens de contrôle des usinages. Nous discutons des
seuils et taux d’ablation du PZT grâce à des modèles déterministes dans ce régime d’im-
pulsions, tout en soulignant dans un état de l’art l’ambiguïté de leur définition. Enfin,
nous décrivons les moyens mis à disposition et les outils développés pour la caractérisa-
tion des qualités de coupe. L’exploitation de ces méthodes pour l’optimisation sera traitée
dans le chapitre suivant, ce qui nous permettra d’insister davantage sur l’influence globale
de chaque paramètre d’usinage plutôt que sur les résultats propres à chaque technique.
46
2.1 Problématique industrielle d’usinage
Figure 2.1 – Contexte de l’étude. (a) Principe simplifié de l’usinage laser d’un wafer de PZT.
(b) Lames PZT découpées disposées sur le produit final de Sagem.
Nous ne retrouvons que très peu d’études d’usinage laser sur PZT dans la littérature,
et en particulier pour des durées d’impulsions ultra-brèves. Les quelques travaux publiés
traitent essentiellement de l’interaction avec des lasers à excimères (ArF, 193 nm à 20 ns
[54], KrF, 248 nm à 30 ns [113]) ou UV (Nd :YAG triplé, 355 nm à 60 ns [52]). Seuls
Uppal et al. ont proposé une étude avec un laser proche de celui utilisé dans le cadre de
nos travaux et dont un des objectifs était de déterminer le seuil d’ablation du PZT pour
la découpe de roues micrométriques [114].
47
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
Figure 2.2 – Observations MEB des principaux défauts rencontrés par usinage laser. (a) Vue
de dessus d’un usinage laser aux bords de coupe irréguliers. (b) Vue de dessus d’une rainure
laser ayant engendrée de forts dépôts en surface. (c) Vue de coté d’une découpe laser avec
soulèvement de la couche NiP. (d) Flanc de découpe laser avec un fort écaillage des bords.
48
2.2 Banc d’usinage laser et caractérisation in-situ
Figure 2.3 – Plan d’expérience simplifié. Mi : Miroirs. Mi−j abrège les distances entre miroirs ;
λ/2 : lame demi-onde ; CP : Cube polarisant ; D : Diaphragme ; F Fi : Miroirs flip-flop ; DA :
Doublet achromatique d’usinage ; Li : Lentilles convergentes ; AF : Analyseur de faisceau ; AC :
Autocorrélateur ; LDi : Lames dichroïques ; P : Pointeur laser ; CM OS : Caméra ; SB : Source
en lumière blanche ; E : Echantillon à usiner.
les platines de translation de par la plus grande flexibilité des paramètres de focalisation
analysables dans le cadre d’une optimisation.
49
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
50
2.2 Banc d’usinage laser et caractérisation in-situ
Figure 2.5 – Résultats d’analyse de faisceau à la sortie du laser (graphiques (a) (b), au 08/2010)
et après focalisation (graphiques (c) (d) au 06/2011). (a) Variation de la puissance transmise
au détecteur en fonction du décalage du cache par la méthode dite du couteau. (b) Dérivée de
la courbe (a) associée à 3 fonctions d’ajustement : Gaussienne en bleu, Lorentzienne en rouge,
de Voigt en violet. (c) Tracé du diamètre de faisceau au carré autour du plan focal en z0 d’une
lentille de 50 mm et régression polynomiale équivalente. (d) Évolution de l’ellipticité du faisceau
autour du plan focal pour cette même lentille.
√ b πθréel ωréel
θréel = a z0 = − M2 = .
2a 2λ
La Fig. 2.5(c) montre les résultats de diamètres de faisceau obtenus après focalisa-
tion d’une lentille de 50 mm ainsi que la régression associée. Le M 2 étant indépendant
de la focalisation contrairement à θ, nous ne donnerons que la valeur déduite pour ce
premier qui est d’environ 1.3. Celui-ci peut aisément fluctuer en fonction des conditions
environnementales ou des interventions de maintenance, impliquant une divergence plus
ou moins prononcée au cours de la propagation. La taille du faisceau à l’entrée du doublet
achromatique de focalisation pourra dès lors être différente, ce qui aura pour conséquence
un changement de la tache focale au niveau de l’échantillon, approximé par l’éq. (1.33).
L’ellipticité tracée Fig. 2.5(d) est donnée par la différence entre le waist (ou diamètre)
mesuré entre une direction et sa perpendiculaire selon l’équation :
ωHor. (z)
" #
E(z) = 100 × 1 − . (2.4)
ωV ert. (z)
Nous remarquons que le faisceau présente une ellipticité constante d’environ -5% loin du
plan focal, se déforme fortement à proximité et est quasiment circulaire en ce plan.
51
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
Pour des analyses spatiales en sortie de laser non focalisé, les dimensions de la ca-
méra sont trop petites pour contenir l’intégralité du faisceau. Une seconde méthode, dite
du couteau, est préférentiellement employée. Elle consiste à écranter progressivement et
transversalement à l’axe de propagation le faisceau au cours d’une mesure de puissance.
En fonction de la position du cache, la photodiode ne verra que partiellement le fais-
ceau, d’où une baisse des valeurs de mesures, comme illustrée Fig. 2.5(a). La puissance
moyenne mesurée n’est autre que l’intégrale de la forme gaussienne, il suffit donc de déri-
ver la courbe obtenue pour trouver la forme et les dimensions du faisceau. La Fig. 2.5(b)
résulte de la dérivation de la Fig. 2.5(a). Le diamètre du faisceau en 1/e2 est d’environ
7 mm et révèle de légers défauts de bords probablement dus à des effets diffractifs. Il a
donc été décidé d’utiliser un diaphragme de 7 mm afin de limiter ces défauts. Bien que le
ratio défini par Belland et al. soit ici de 1, il n’est pas constaté de perturbations notables
au plan focal qui tend toujours vers une forme gaussienne.
Ces mesures permettent de conclure qu’il est essentiel pour un procédé laser répétable
de bien connaître les propriétés du faisceau au minimum au niveau du plan d’usinage qui
peut être largement modifié en fonction d’une fluctuation du M 2 , de la qualité du faisceau
en sortie du laser, ou de problèmes d’astigmatisme à l’origine de l’ellipticité.
52
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
Cependant, nous verrons dans cette section que leur définition n’est pas toujours claire
et peut donc engendrer des erreurs d’interprétation.
Le procédé laser étant un procédé radiatif, il est évident d’affirmer qu’aucune modi-
fication ne sera engendrée sur un matériau irradié tant que la densité d’énergie au point
d’impact sera trop faible. A mesure que celle-ci est augmentée, la matière franchit diffé-
rents seuils critiques dont chacun trouve un panel varié d’applications industrielles. Bien
que ces seuils n’existent pas pour tous types de matériau du fait de différences struc-
turelles, nombre d’entre eux restent universels et peuvent être obtenus grâce à la forme
gaussienne du faisceau comprenant différents niveaux de fluence. C’est ce que constatèrent
Bonse et al. dans leur étude sur la réactivité du silicium avec des impulsions femtosecondes
et sur laquelle nous baserons notre état de l’art [69].
Nettoyage. Le seuil de plus faible fluence considéré est le seuil de nettoyage, résultant
de l’effet photomécanique que l’onde de choc liée au plasma crée au voisinage de la
surface. Les particules peu adhérentes sont alors expulsées ou repoussées à proximité de
la zone d’impact comme le prouve le positionnement des débris d’usinage d’aluminium
des travaux de Yang et al. [102].
53
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
Figure 2.6 – Nanostructurations de surface "ripples" ou "Laser Induced Periodic Surface Struc-
tures" (LIPSS). (a) Sur Inox 316L. (b) Amorces sur le PZT d’étude.
Ablation. Le dernier seuil qui nous intéresse tout particulièrement est le seuil d’abla-
tion, à partir duquel la fluence est suffisamment importante pour éjecter la matière.
Plusieurs méthodes de détermination ont cependant été reportées dans la littérature, ce
pourquoi des résultats différents peuvent apparaître pour des matériaux similaires. De
plus, l’ablation étant au préalable précédée des seuils que nous venons d’énumérer, il est
bien souvent difficile de définir une valeur clairement identifiée.
En 1982, Liu et al. interpolèrent pour la première fois un seuil d’ablation qu’ils identi-
fièrent comme l’énergie à l’origine d’un diamètre nul à partir de la régression du diamètre
d’ablation au carré en fonction du logarithme de l’énergie sur des faisceaux gaussiens [122].
Jee et al. introduisirent en 1988 une méthode innovante statistique basée sur la probabi-
lité d’obtenir une surface endommagée [123, 124]. 2 seuils en furent déduits : le premier
de probabilité nulle où aucun endommagement n’est constaté ; le second de probabilité
égale à 1 où l’intégralité des impacts était visible. Une plage d’environ 1 J/cm2 sépare ces
deux seuils, témoignant de la grande incertitude de leur détermination et des disparités
obtenues entre les différentes techniques. Plus tard, Kautek et al. observèrent la formation
de speckle résultant de la transmission / réflexion d’un laser He-Ne focalisé dans la zone
d’interaction [101] alors que Lenzner et al. proposèrent un seuil à partir duquel un volume
de retrait de matière pouvait être mesuré [125]. Rosenfeld et al. exploitèrent quant à eux
les propriétés de diffusion de la matière en milieu transparent pour visualiser les premiers
endommagements de surface après irradiation laser [126]. Hashida et al. conclurent des
courbes de taux d’ablation que plusieurs seuils étaient identifiables en considérant les
effets de l’absorption multiphotonique [127]. Cette méthode fut enfin largement reprise
et simplifiée à une unique extrapolation à basse fluence sur les métaux où l’absorption
est linéaire [104].
Le choix d’estimation du seuil d’ablation du PZT avec le laser d’étude s’est porté sur
la méthode de Liu pour plusieurs raisons :
– Elle s’appuie sur les propriétés gaussiennes du faisceau et est donc indépendante de
54
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
Figure 2.7 – Impact laser sur le PZT d’étude. La forme gaussienne théorique du faisceau y
est représentée ainsi que les paramètres de fluence crête Fcrête , fluence seuil d’ablation Fth et
diamètre d’ablation Da .
Nous rappelons tout d’abord l’équation de la forme gaussienne du faisceau vue éq.
(1.22) au niveau du plan focal z0 :
r2
−2 2
F (r, z0 ) = Fcrête (z0 )e ω0 . (2.5)
Le seuil de fluence Fth est atteint dès lors que l’ablation cesse, soit en r = ra = Da /2 où
Da est le diamètre d’ablation de l’usinage. Une illustration est donnée Fig. 2.7. L’équation
de la gaussienne peut se réécrire dans ce cas particulier par :
1 Da
2
−
Fth = Fcrête (z0 )e 2 ω0 . (2.6)
En exprimant le diamètre d’impact en fonction de la fluence crête incidente, nous
trouvons que :
Finalement, nous obtenons une relation linéaire entre le diamètre d’impact au carré
et le logarithme de la fluence ou de l’énergie de l’impulsion. Une bonne estimation peut
être déduite pour Da = 0 où la fluence crête Fcrête devient alors directement égale à
la fluence seuil Fth . La pente de la droite est proportionnelle au carré du rayon au plan
55
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
d’usinage, ce qui permet de la comparer avec les mesures faites par l’analyseur de faisceau.
Rappelons que cette équation n’est valable qu’avec un faisceau parfaitement gaussien.
Des défauts de bords engendreront des problèmes inévitables de linéarité. De même un
faisceau tophat aura par nature un diamètre constant quelle que soit la fluence appliquée
et ne permettra donc pas l’estimation d’un seuil par cette méthode. Le plan ayant la plus
grande probabilité de s’approcher de la forme gaussienne pure est donc le plan focal.
La diminution du diamètre d’impact avec la fluence offre en outre la possibilité de
dépasser la limite de diffraction en réduisant la fluence. Des structures très fines, de l’ordre
de la centaine de nanomètres, deviennent accessibles à forte focalisation en jouant sur le
ratio Fcrête /Fth [138].
Enfin, la mesure se fait préférentiellement en conditions statiques, c’est à dire sans
déplacement de faisceau. Les impulsions sont accumulées en un même impact de sorte
que chaque point du matériau voit la même fluence entre chacune d’elles. Nous verrons
dans la partie incubation que certains matériaux, et en particulier leur seuil d’ablation,
peuvent être influencés par le nombre d’impulsions vues au cours de l’interaction. Dans
le cas ou le diamètre d’impact serait déterminé après un usinage dynamique (une rainure
par exemple), il sera difficile de déterminer l’effet de chaque impulsion en chaque point
irradié du fait de l’évolution de la fluence de forme gaussienne à chaque nouvelle transla-
tion. Pour simplifier l’analyse, il est donc fortement conseillé de rester au plan focal avec
des usinages statiques.
La Fig. 2.8 présente des résultats comparatifs de régression linéaire entre le PZT et
le nickel avec une lentille de focalisation de 250 mm.
Figure 2.8 – Détermination de la fluence seuil par la méthode de Liu [122] : tracé du diamètre
d’impact au carré en fonction du logarithme de la fluence crête sur PZT et nickel. Focale de
250 mm, 50 impulsions pour le PZT et 70 impulsions pour le nickel.
Ce second matériau a été utilisé ici à titre de comparateur car l’interaction laser-
matière sur les métaux est plus connue et mieux maîtrisée que sur le PZT où il n’existe
56
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
aucun résultat pour des durées d’impulsions ultra-brèves. Notons une excellente linéarité
entre 0.5 et 15 J/cm2 dans les deux cas. L’abscisse à l’origine nous permet d’exprimer les
seuils d’ablation du PZT et du nickel :
Le seuil obtenu pour le nickel est en accord avec celui obtenu par Hashida et al. pour
une impulsion de 70 fs [127]. De manière générale, les seuils d’ablation des métaux oscil-
lent entre 0.1 et 0.2 J/cm2 , comme le confirme les travaux de Mannion et al.(0.16 J/cm2
pour l’inox, 0.146 J/cm2 pour le niobium,0.102 J/cm2 pour le titane) [128]. Le seuil
d’ablation du PZT est supérieur à ces valeurs. Cela peut être relié à l’interaction diffé-
rente des diélectriques où une absorption non linéaire des photons précède à l’ablation
et où des intensités plus importantes sont nécessaires. Une comparaison des résultats sur
d’autres diélectriques confirme cette tendance : seuil supérieur à 1.5 J/cm2 pour le verre
borosilicaté et l’alumine, et supérieur à 0.5 J/cm2 pour l’AlN [135, 137].
Table 2.1 – Estimation du waist ω0 du faisceau au plan focal selon plusieurs méthodes :
l’analyse de faisceau, la simulation de propagation sous Zemax et la régression linéaire par la
méthode de Liu [122].
Bien que cette méthode soit dédiée à l’estimation du seuil d’ablation, la recherche du
taux d’ablation nous conduira également à des valeurs de seuils que nous traiterons dans
la partie suivante à titre comparatif.
57
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
58
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
littérature existante met en évidence des divergences de méthodes qui peuvent amener à
une disparité dans les résultats, amplifiée par des incertitudes expérimentales et physiques
inhérentes à la discipline.
Une partie importante de notre travail a donc été d’analyser ces variantes, tenter
de les simuler pour enfin proposer nos propres solutions. En parallèle, des méthodes de
caractérisation adaptées ont été développées afin de pouvoir satisfaire aux mesures de
profondeurs, critiques pour l’estimation de ces données. A terme, les taux d’ablation en
profondeur et en volume du PZT ont pu être mesurés avec une plus grande confiance et
de meilleures estimations. Tout comme le seuil d’ablation, ces résultats ont également été
comparés à d’autres matériaux, métalliques ou non.
Métrologie de surface
Il existe actuellement un grand nombre de moyens de caractérisation destinés aux
analyses spatiales pour le micro et le nano-usinage. Leur résolution est variable et forte-
ment dépendante des technologies mécaniques, optiques ou électriques employées. Nous
recensons brièvement et de manière non exhaustive quelques unes de ces techniques et en
particulier celles ayant été testées pour la mesure de profondeur sur le PZT.
59
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
Figure 2.9 – Profondeur maximale mesurée par les pointes profilométriques en fonction du
diamètre d’ablation. L’encart donne un grossissement des valeurs proches de 0.
Elle se base sur la détection de figures d’interférences très localisées verticalement dues
à l’utilisation de ce type de source. Le problème de cette technique bien que très rapide
réside dans la nécessité d’un état de surface très peu accidenté. Cette technique est capable
de détecter de très petits défauts comme des fissurations, mais comme la profilométrie
optique à lumière blanche, la détection de lumière réfléchie est très rapidement estompée
par la rugosité du matériau.
60
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
transverse donne ainsi une information nette et visuelle sur la forme et la profondeur
des motifs usinés. Cependant, le polissage reste critique dans certaines conditions car la
contrainte appliquée par le grain abrasif peut provoquer le fluage des matériaux ductiles
tels que les métaux et dès lors engendrer des modifications de structure. En plus des grains
abrasifs libres qui peuvent polluer la surface et du polymère pas toujours adhérent, les
faibles profondeurs (inférieures à 5 µm) sont souvent peu résolues et difficilement acces-
sibles. La quantité de matière retirée par polissage est également inconnue, ce pourquoi
ce sont la plupart du temps les usinages dynamiques tels que le rainurage ou le surfa-
çage qui sont analysés par cette technique. Or l’observation d’un profil unique comme
représentatif reste très réducteur et peut fausser les interprétations.
61
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
Figure 2.10 – Images 3D reconstituées à partir d’analyses confocales sur (a) PZT et (b) Nickel
ainsi que leurs profils moyens. Les rainures ont été usinées à 7 J/cm2 , 4.6 mm/s sur PZT et
2.3 mm/s sur nickel.
Le taux volumique est moins recensé dans la littérature que le taux d’ablation,
très probablement pour la raison citée précédemment mais également vis à vis de la
méthode de caractérisation devant accéder à des analyses précises en volume. A titre
d’exemple, l’AFM est souvent employé pour la caractérisation de cavités laser [124, 142].
Il reste pourtant rapidement limité par sa plage de tolérance, réduite à un volume
largeur×longueur×profondeur de 10×10×5 µm, et par son incapacité à détecter au-delà
de fortes irrégularités comme peuvent le montrer les coupes MEB de Kara et al. à fortes
fluences [143]. Perrie et al. employèrent une technique optique par microscopie interféro-
métrique pour caractériser le volume de rainures sur de l’alumine [144]. Son efficacité est
très dépendante du matériau qui doit avoir une rugosité de surface faible et une bonne
réflectivité afin de pouvoir discerner les franges d’interférence de surface. Nous pouvons
citer également les travaux de Gonzales et al. où le volume est obtenu indirectement par
62
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
observation des dimensions d’entrée-sortie sur une feuille de métal, estimant la propaga-
tion dans le matériau selon une forme conique [145].
Dans notre étude, nous nous sommes intéressés à une troisième technique, celle de la
mesure de masse, qui semble cohérente avec l’objectif d’estimer la quantité de matière
ablatée, et connaissant les fortes avancées de la micro-pesée développée majoritairement
pour la chimie pharmaceutique. Elle a été très brièvement évoquée dans les domaines
nanoseconde et picoseconde, du mg au g, pour la détermination de masses ablatées et
de vitesses d’ablation en masse [146, 147]. Or ni ses caractéristiques en matière de mé-
thodologie et de performance, ni son utilisation pour l’estimation des seuils d’ablation
sous impulsions ultra-courtes, n’ont été décrites à ce jour. Ces travaux se sont centrés
sur l’évolution avec la fluence qui constitue le paramètre le plus influent sur la vitesse
d’usinage et ont donné lieu à la fois à une publication scientifique mais également au vue
des excellents résultats obtenus, à l’achat d’une micro-balance Mettler Toledo XP26 de
précision 1 µg sur 22 g de gamme de mesure.
∆νLtot
Np = . (2.9)
v
Le taux volumique τvol peut finalement être déduit connaissant la masse totale ablatée
63
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
∆V ∆m v
τvol = = . (2.10)
Np ρ ∆ν Ltot
Plus la masse ablatée sera importante, plus la précision sera bonne. Deux choix s’offrent
donc : soit nous augmentons le nombre de passages par rainure, soit à l’inverse, nous aug-
mentons le nombre de rainures. Le choix le plus judicieux reste le second car nous avons
brièvement évoqué lors de la discussion sur le seuil d’ablation que le nombre d’impulsions
en un point du matériau pouvait modifier les caractéristiques de l’interaction (voir sec-
tion sur l’incubation). Ainsi proche du seuil, un grand nombre de rainures est nécessaire
pour détecter une faible variation de masse. Cette technique a donc comme avantage de
satisfaire à la détermination du seuil d’ablation avec une précision dépendante du temps
de procédé. Dans notre étude, la plage de mesure s’est étalée entre 7 µg et 11 mg environ
sur des métaux comme l’aluminium, l’inox et le nickel, la céramique PZT et le polymère
PMMA. Les résultats obtenus sont donnés Fig. 2.12.
Figure 2.12 – Evolution des taux volumiques avec la fluence sur 5 matériaux : Al, Ni, Inox,
PZT, PMMA. Valeurs obtenues sur (a) les métaux, inférieures aux valeurs de (b) sur le PZT et
le PMMA.
Remarquons que les métaux sont dissociés du PZT et du PMMA du fait de leur taux
volumique bien inférieur. En effet, alors que l’aluminium reste un métal plus tendre que
le nickel ou l’inox, il ne dépasse pas 103 µm3 / impulsion à 14 J/cm2 alors que le PZT
et le PMMA atteignent des valeurs 3 à 10 fois plus élevées. La plage d’observation en
fluence montre également une nette linéarité avec un léger fléchissement pour les métaux
autour des 2 J/cm2 . Les premiers points de mesures sont utilisés pour extrapoler les seuils
d’ablation résumés dans le tableau suivant :
64
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
Table 2.2 – Résultats en matière de masse et de volume équivalent ablatés ainsi que le seuil
d’ablation obtenus à partir des expériences de taux volumique sur plusieurs matériaux.
A fluence crête max, le PZT présente une masse ablatée très importante reliée à sa
forte densité. Le volume équivalent reste compris entre les volumes faibles métalliques
et le fort volume du PMMA. Le seuil d’ablation extrapolé est aussi bien inférieur à la
valeur obtenue par la méthode de Liu. Nous pouvons également constater que le PZT et
le PMMA débutent leur ablation à des fluences plus élevées que sur les métaux mais dès
lors que le seuil est atteint, la croissance avec la fluence est nettement plus prononcée.
Cela peut être une conséquence de la nature diélectrique de ces matériaux qui nécessitent
de fortes fluences pour initier les phénomènes non linéaires de l’interaction après quoi
l’ablation se poursuit selon une tendance dépendante de la structure de la cible. Enfin,
les seuils obtenus sur les métaux sont proches des valeurs citées dans la littérature excepté
pour l’aluminium où notre estimation est supérieure [127, 128, 130].
65
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
Figure 2.13 – Courbure typique du taux d’ablation distinguant régime basse fluence, haute
fluence et saturation.
Parmi les paramètres d’influence, nous remarquons celui du milieu d’interaction sur
l’efficacité d’ablation. Sous vide, l’ablation est améliorée du fait de la réduction des effets
non linéaires tels que l’autofocalisation modifiant le plan de travail ou le claquage de l’air
absorbant une partie du faisceau et perturbant sa propagation. La simulation de l’inter-
action s’en retrouve simplifiée [151]. Également, les dépôts en surface issus des retombées
de matière éjectées sont fortement réduits. Le panache d’ablation peut se développer li-
brement sans entrer en collision avec les molécules en suspension présentes à pression
ambiante [148, 152]. D’après Wynne et al., les taux instantanés (écart entre 2 mesures
66
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
Nous distinguons également plusieurs variantes dans le choix du plan de travail ainsi
que du procédé d’usinage. La majorité des expérimentateurs usine des cavités au plan
focal ce qui certifie de fluences identiques à chaque impulsion sur une épaisseur d’environ
la distance de Rayleigh [131]. Des moyens de caractérisation performants sont nécessaires
pour parvenir à mesurer leur profondeur maximale. Sur les métaux, l’interférométrie op-
tique et la microscopie à force atomique sont préférées du fait de la faible rugosité de
surface, de la bonne réflectivité mais également des taux d’ablation peu élevés de ces ma-
tériaux [127–130]. Bonse et al. utilisèrent la microscopie optique sur le semi-conducteur
InP alors que Li et al. observèrent les sections transverses de cavités prédécoupées d’alu-
mine [132, 156].
En vue de simplifier les mesures ou de se rapprocher des conditions de procédés finaux,
il arrive que le faisceau ne soit plus statique mais soit déplacé sur l’échantillon. Que ce
soit par trépanation [135] ou par rainurage [104, 157], il semble alors évident qu’au plan
focal où le faisceau est gaussien, chaque impulsion n’aura pas le même impact sur le
matériau à mesure que le faisceau se translate. Bruneel et al. et Borowiec et al. tentèrent
dans leurs travaux d’adapter cette variable en jouant sur le calcul du nombre d’impul-
sions [133, 158]. Afin d’éviter ce type de calculs, Nolte et al. choisirent de se positionner
au plan image d’un diaphragme où le faisceau est estimé comme tophat [148]. Ainsi même
au cours d’une translation chaque impulsion interagit sur le matériau avec la même effi-
cacité. L’inconvénient majeur est que cette forme tophat n’est en réalité que théorique et
ressemble davantage à une figure de diffraction aux bords plus abrupts qu’une gaussienne.
Ce plan est également unique et même avec une analyse de faisceau dédiée, sa position
exacte reste difficile à discerner. Enfin, certaines études sont réalisées en des plans inter-
67
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
médiaires : Wynne et al. placèrent leurs échantillons en amont du plan focal de sorte à
avoir un diamètre constant de 150 µm tandis que Desbiens et al. se positionnèrent après
ce plan pour optimiser l’angularité des flancs [54, 153]. Ces derniers employèrent des rai-
nures pour estimer les taux d’ablation et leur calcul de nombre d’impulsions équivalent
montre clairement que leur faisceau est approximé par un tophat bien que celui-ci soit
gaussien, en plus d’un front d’onde non plan en cette position.
Table 2.3 – Avantages et inconvénients des procédures de calcul du taux d’ablation en pro-
fondeur en fonction de trois critères : le protocole expérimental qui tient compte de la mise en
place de l’échantillon et du procédé d’usinage ; la complexité de la mesure de profondeur et du
calcul permettant la déduction du taux. G : Gaussien ; TH : TopHat.
Les usinages statiques sont les plus cohérents et posent un minimum de problèmes
méthodologiques dans un protocole simplifié au maximum par l’accumulation d’impacts
au même endroit. Les profondeurs ne sont cependant pas toujours mesurables et il est
souvent difficile de certifier que la méthode de caractérisation parvienne jusqu’au fond des
motifs. Dans un cas dynamique avec faisceau gaussien (G), la difficulté de la mesure peut
être palliée par exemple en faisant une coupe transverse de l’usinage. Le plan focal est
également le plan le plus simple à trouver après une lentille et l’erreur de positionnement
autorisée équivaut à la distance de Rayleigh. Comme nous l’avons remarqué, l’inconvé-
nient réside principalement dans l’analyse du recouvrement au cours de la translation du
faisceau. Enfin, le cas dynamique avec faisceau tophat (TH) reste le cas théorique avec
lequel il est le plus simple de travailler, à supposer que ce plan soit trouvé et qu’il s’ap-
proche au maximum de la forme parfaite attendue.
68
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
sont les mieux maîtrisées et où nous avons basé notre optimisation de la découpe de PZT.
Dans le cas statique, N est tout simplement égal au nombre d’impulsions appliquées
par l’opérateur grâce au logiciel de gestion du laser.
Dans le cas dynamique tophat TH, N est directement proportionnel à la cadence laser
∆ν et la vitesse de déplacement v (Fig. 2.14(a)) :
∆ν
Ntophat = D. (2.14)
v
Le paramètre D peut être de 2 natures : soit il représente le diamètre du faisceau 2ω0 , fixé
par la lentille de focalisation et indépendant des paramètres lasers. Soit il est égal au dia-
mètre d’ablation en supposant que la fluence en dessous du seuil d’ablation n’intervient
pas au cours de l’interaction. Dans ce second cas, D varie avec la fluence. Finalement,
v/∆ν n’est autre que la distance parcourue entre deux impulsions ou distance inter-spot.
Divisée par le diamètre D, elle nous donne le nombre d’impulsions accumulées sur cette
largeur.
Dans le cas dynamique gaussien G, soit le faisceau est estimé comme tophat afin de
simplifier les calculs [54], soit le nombre d’impulsions est adapté à mesure que la fluence
évolue [158]. Dans les travaux de Bruneel et al., celui-ci est directement calculé à partir de
la forme gaussienne : l’hypothèse est qu’une impulsion complète équivaut à la fluence crête
et que les fluences inférieures constituent des fractions de cette impulsion. Finalement,
l’accumulation N n’est autre que la somme des valeurs d’une gaussienne normalisée et
69
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
Cette méthode sera appelée proportionnelle gaussienne (PG) et est schématisée Fig.
2.14(b). Jusqu’à présent, elle constituait le principal moyen de détermination des taux
d’ablation au sein de notre équipe. Or cette correction certes ingénieuse au premier abord
ne résout pas correctement le problème d’évolution du taux d’ablation au cours de la
translation. En effet, prenons l’exemple d’un point cible étant successivement irradié par
la crête d’une gaussienne puis par la moitié de celle-ci après décalage du faisceau. D’après
la théorie PG, le matériau aura donc accumulé une impulsion plus une demi-impulsion.
D’après (2.11), la profondeur P sera donc égale à un taux d’ablation plus la moitié de sa
valeur. L’hypothèse selon laquelle le nombre d’impulsions est proportionnel à la fluence
appliquée implique donc que le taux d’ablation soit lui-même proportionnel à la fluence,
ce qui n’est vrai que dans certains matériaux ou dans des gammes de fluences proches du
seuil.
La Fig. 2.15 reprend cette analyse dans un cas plus concret. Nous posons dans cette
simulation une forme arbitraire de taux d’ablation. Supposons que nous réalisions une
rainure sur ce matériau avec les paramètres suivants : ∆ν = 5 kHz, Fcrête = 10 J/cm2 ,
v = 5 mm/s, ω0 = 10 µm et que nous connaissions également la valeur du taux d’ablation
à cette fluence crête (par exemple ici : 100 nm/impulsion). Quelle est dès lors la profon-
deur de la rainure ? Tout d’abord, la distance inter-spot vaut v/∆ν = 1 µm et la fluence
équivalente à ce faisceau est symbolisé par les étoiles de la Fig. 2.15. Les taux d’ablation
réels à ces fluences sont en rouge tandis que ceux de la méthode PG, proportionnels au
taux à la fluence crête, sont en bleu. La profondeur totale est finalement la somme de
chaque taux de chaque méthode : 1.25 µm avec la méthode PG contre 1.8 µm dans le
cas réel. L’écart n’est donc pas négligeable avec une erreur de 30% alors que la théorie
voudrait que la même profondeur soit obtenue.
Par réflexion inverse, le même taux d’ablation est censé être retrouvé que nous soyons
en régime statique ou en régime dynamique avec les mêmes paramètres d’interaction. Ce-
pendant dans la réalité, la différence de procédé peut provoquer des effets annexes jouant
sur l’efficacité d’ablation tels que la modification de la forme de l’interface après plusieurs
impulsions ou l’interaction avec le panache d’ablation. En négligeant ces derniers en par-
ticulier pour des fluences et une accumulation inférieures à 20 J/cm2 et 100 impulsions,
nous nous sommes appliqués à définir une méthode d’analyse qui permettrait de retrouver
le taux d’ablation statique au cours d’un usinage dynamique gaussien. Elle se base sur
un calcul matriciel plus élaboré mais reprend l’idée de linéarisation de la méthode PG.
Nous la nommerons méthode GM pour gaussienne matricielle :
P1 a
11
a12 ··· ··· ··· a1p τ1
P a21 a22 ··· ··· ··· a2p τ2
2
.. .. ... ... ... ..
.
.
. ..
. . . .
=
(2.16)
.
.. .. .. .. .. .
Pi . . aij . . jτ
.. ..
.. .. ... ... ... ..
. . . .
.
Pm am1 am2 · · · ··· · · · amp τp
70
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
71
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
sont représentés sur chacune des gaussiennes de la Fig. 2.16 avec une distance inter-spot
arbitraire. Or il est logique de constater que la majorité de ces points ne correspond pas
nécessairement aux taux τi que nous cherchons à identifier. Notre hypothèse de linéarisa-
tion entre alors en jeu : tous les points situés entre deux fluences crêtes Fi,crête − Fi+1,crête
seront décomposés en une combinaison linéaire des taux τi − τi+1 . La linéarisation n’est
donc que locale, c’est à dire entre 2 taux d’ablation. Seul l’échantillonnage de plus faible
énergie ne peut être encadré. Exclusivement dans ce cas, la méthode PG est employée sa-
chant que l’erreur y est minimisée. La matrice finale de la Fig. 2.16 complétée en italique
donne alors :
A=
0.2 + 0.7 + 0.75 + (0.35+0.15+0.05) 1 + 0.8 + 0.33 0 (2.17)
.
0.05 + 0.85 + 0.53 + (0.2+0.07) 0.3 + 0.95 + 0.15 1 + 0.7
Après mesure des profondeurs obtenues avec ces fluences, il suffit de résoudre l’équation
inverse τ = A−1 P pour récupérer la valeur des taux d’ablation aux différentes fluences
crêtes.
Si nous posons maintenant les équations générales, les fluences vues par un point fixe
72
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
Ici, k représente le k ième déplacement de faisceau, donc varie pour i constant sachant
0 ≤ i ≤ m − 1. Dans la Fig. 2.16, ce sont les points de couleur identique. Ces fluences
sont associées à des taux d’ablation τk de sorte que ces derniers soient composés de com-
binaisons linéaires des taux d’ablation à déterminer τj . En particulier, cette combinaison
ne prendra en compte que deux termes : une fraction du taux τj de fluence juste inférieure
Fj et une fraction du taux τj+1 de fluence Fj+1 juste supérieure à Fk . Il y a donc linéarité
entre deux taux d’ablation τj et τj+1 à déterminer :
τj+1 − τj
τk = τ (Fk ) = τj + (Fk − Fj ) (2.19)
Fj+1 − Fj
Fk − Fj Fj+1 − Fk
= τj+1 + τj (2.20)
Fj+1 − Fj Fj+1 − Fj
= αk τj+1 + βk τj . (2.21)
aij = αk + (2.22)
X X
βk .
k k
Fj <Fk ≤Fj+1 Fj−1 <Fk ≤Fj
La Fig. 2.17 compare les différentes méthodes d’estimation des taux d’ablation vues
jusqu’ici. Elle reprend les paramètres de la Fig. 2.15 ainsi que le taux d’ablation statique
arbitraire (taux théorique). Dans cette simulation, nous usinons virtuellement non plus
une mais 10 rainures avec des fluences crêtes allant de 1 à 10 J/cm2 par pas de 1 J/cm2 .
Ayant fixé au préalable la forme vraie du taux d’ablation avec la fluence (taux théorique)
ainsi que les paramètres d’usinage, nous sommes donc capables d’estimer leur profondeur
comme il l’a déjà été fait plus haut. Désormais, nous nous basons sur ces profondeurs et
appliquons les différentes méthodes permettant de retrouver le taux d’ablation :
– Méthode TH : chaque profondeur est divisée par N , calculé selon l’éq. (2.14) pour
deux diamètres différents : 2ω0 , diamètre du faisceau au plan focal ; Da , diamètre
d’impact sur le matériau.
73
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
– Méthode PG : chaque profondeur est divisée par N , calculé selon l’éq. (2.15) en ne
considérant soit aucun seuil, soit Fth . Dans le premier cas, la somme devient infinie
mais tend vers une limite alors que l’échantillonnage est borné dans le second.
Figure 2.17 – Simulation comparative des méthodes de détermination des taux d’ablation en
régime dynamique. Le taux théorique ainsi que les paramètres de la Fig. 2.15 sont utilisés pour
simuler l’usinage de rainures à fluence variable. Les profondeurs déduites sont ensuite traitées
dans le but de retrouver le taux théorique initial au moyen des méthodes vues précédemment :
TH : méthode TopHat ; PG : méthode Proportionnelle Gaussienne ; GM : méthode Gaussienne
Matricielle.
74
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
Théoriquement donc, la méthode GM génère peu d’erreur dans un cas simple et bien
maîtrisé contrairement aux autres méthodes. Il s’agit maintenant de l’appliquer à des cas
concrets d’usinage afin de tester sa robustesse.
Figure 2.18 – Taux d’ablation statiques sur (a) le nickel (100 impulsions) et (b) le PZT (50
impulsions) avec la lentille de 250 mm. La forme typique des usinages est également illustrée.
Paramètres de la littérature : Hashida et al., lentille de 100 mm, 70 fs , 1 impulsion [127] ;
M.U.L.I.C : 100 fs, 1 kHz, 800 nm [159].
Intéressons-nous tout d’abord aux usinages statiques du nickel et du PZT (Fig. 2.18).
Ils ont été obtenus par une lentille de longue focale, 250 mm, permettant de réaliser
des impacts larges et relativement faciles à analyser par une méthode de caractérisation
adaptée. 100 impulsions par impact ont été appliquées sur le nickel pour mesurer des
profondeurs suffisantes tandis que celles-ci sont bien plus profondes sur le PZT, d’où
75
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
le choix de 50 impulsions par impact dans ce cas. Nous appliquons sur ces courbes les
théories résumées dans les éq. (2.12) et (2.13) et comparons si possible nos résultats avec
la littérature.
Comme observé sur les métaux, nous retrouvons deux tendances d’ablation pour le
nickel, une à basse fluence guidée par l’absorption optique, et une à haute fluence guidée
par la diffusion électronique. La profondeur de pénétration optique α−1 est estimée à
14.8 nm sur le nickel et à 158.1 nm sur le PZT. Aucune donnée n’existe sur le PZT mais
cette valeur reste très éloignée de celle simulée en fin de premier chapitre. Le nickel quant
à lui est proche de la littérature, que ce soit pour α−1 [104,160] ou pour sa courbure avec
la fluence [127]. Les seuils d’ablation sont dans les deux cas légèrement inférieurs à ceux
obtenus par la méthode de Liu. Cela peut être dû au manque de précision lors de l’estima-
tion de la profondeur à proximité du seuil et à la linéarisation qui donnera intuitivement
une valeur de seuil minimisée. A l’identique des résultats de taux volumique, le seuil du
PZT et son taux sont plus élevés que sur le nickel. La différence d’interaction entre les
deux matériaux s’observe également sur la forme des usinages : à partir de 3.5 J/cm2
sur le nickel, une remontée de matière apparaît clairement au centre de l’usinage puis se
décale sur ses bords, comme si elle dépendait d’un seuil spécifique. Après liquéfaction de
la surface du métal, des effets capillaires peuvent être générés sur les bords d’usinage,
amplifiés par la pression du plasma ambiant [161]. La céramique PZT ne fond quant à
elle que très localement de par son faible coefficient de diffusion et aucune remontée de
matière n’est observée.
Maintenant que nous avons déterminé des valeurs statiques, observons la différence
à l’issu d’un usinage dynamique par rainurage, dont les résultats sont présentés Fig.
2.19. Les vitesses sur PZT et nickel étaient respectivement de 4.6 mm/s et 2.3 mm/s en
vue d’effectuer une comparaison à recouvrement équivalent. N est estimé à 120 et 75
impulsions sur le nickel, respectivement avec l’éq. (2.14) de la méthode tophat et l’éq.
(2.15) de la méthode proportionnelle gaussienne (D = 2ω0 ). L’accumulation est deux fois
plus faible sur le PZT.
L’analyse TH révèle de nouveau des taux d’ablation plus faibles que les valeurs sta-
tiques du fait d’une surestimation du nombre d’impulsions.
Elle en est pourtant plus proche sur le PZT que sur le nickel. L’inflexion du taux
peut en partie expliquer cette proximité : alors que le faisceau est gaussien, les fluences
supérieures à environ 6 J/cm2 engendrent un taux relativement constant. La forme d’usi-
nage tendrait donc davantage vers une forme tophat à fluence croissante tandis que la
forme gaussienne serait préservée sur le nickel du fait de la proportionnalité du taux avec
la fluence. La méthode PG est donc plus appropriée sur ce dernier avec une très bonne
concordance avec le cas statique.
Finalement, les méthodes TH et PG ne sont valables que pour des formes de taux
d’ablation spécifiques bien qu’elles soient employées pour justement les déterminer. La
méthode alternative GM n’en est quant à elle pas dépendante. Pour les deux matériaux,
ses résultats sont proches des valeurs statiques. La méthode fonctionne donc même ex-
périmentalement bien que nous notions de forts écarts à faible fluence, nécessitant un
approfondissement méthodologique. Pour l’estimation du nombre d’impulsions, notre hy-
pothèse est la suivante : la méthode TH ou PG qui sera la plus adaptée sera utilisée
pour le calcul. Pour le PZT, N résultera donc de la méthode TH (60 impulsions) alors
que la méthode PG est plus adaptée pour le nickel (75 impulsions). Bien évidemment,
76
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
un calcul commun est préférable mais n’a pas été traité et constitue une des perspectives
méthodologiques de ces travaux.
Le logiciel présenté en Annexe (D) a été développé afin de gérer les différents moyens
de détermination des taux d’ablation tout en rendant transparent leur calcul.
Figure 2.19 – Comparatif expérimental des différentes méthodes de détermination des taux
d’ablation en régime dynamique sur (a) le nickel et (b) le PZT. TH : méthode TopHat ; PG :
méthode Proportionnelle Gaussienne ; GM : méthode Gaussienne Matricielle. La méthode PG
se rapproche des résultats statiques sur nickel contrairement au PZT où la méthode TH est la
plus cohérente. A l’inverse, la méthode GM développée dans le cadre de ces travaux coïncide
avec les données statiques indépendamment du matériau.
77
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
En conclusion de cette étude sur les taux d’ablation, l’usinage statique par impacts est
préférable car s’affranchissant des problèmes méthodologiques. Les usinages dynamiques
sont néanmoins courants dans la littérature et se basent sur des méthodes de calcul
approximant le nombre d’impulsions d’après la forme du faisceau. Nous avons démontré
cependant que ces méthodes, nommées TH et PG, ne sont adaptées que pour des courbes
d’ablation spécifiques, inconnues au moment de leur détermination.
Une nouvelle méthode par analyse matricielle a été développée et paraît pertinente
théoriquement et expérimentalement. Les taux d’ablation du PZT en régime statique et
dynamique coïncident finalement et tendent à prouver que la déposition spatiale d’énergie
est le facteur principal affectant les profondeurs hors saturation. Le calcul du taux volu-
mique, bien que ne permettant pas actuellement de retrouver les profondeurs, apparaît
comme une méthode alternative plus précise mais pas encore mûre. A terme, elle pourrait
améliorer l’estimation des seuils d’ablation et contrôler l’évolution des procédés en temps
réel par mesure de masse ablatée.
78
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
titane TiN [134]. Ni et al. et Güdde et al. ont respectivement obtenu 0.765 et 0.922 sur
des films minces d’or. Cet écart peut être associé à la différence de longueur d’onde entre
ces deux études (800 nm pour Ni et 400 nm pour Güdde) impliquant des différences en
termes d’absorption et de mécanisme d’interaction [131, 162]. Les résultats publiés par
Bonse et al. et Borowiec et al. sur le semi-conducteur InP sont similaires (ε = 0.78 et
0.74 ± 0.09) bien que les cadences d’usinage soient de 10 Hz et 1 kHz. A ces échelles, la
fréquence n’a a priori pas d’incidence alors qu’elle peut engendrer des effets thermiques
accumulatifs en régime MHz, et donc provoquer des fluctuations dans les résultats d’in-
cubation. Enfin sur les céramiques, Kim et al. recensèrent des facteurs d’incubation de
0.7 et 0.46 sur l’alumine Al2 O3 et le nitrure d’aluminium AlN. Les travaux de Uppal et
al. sur le PZT ne présentent pas de valeur de ε mais peut être déduite des multiples seuils
de fluence calculés pour des quantités d’impulsions variables [114]. Nous déduisons donc
par nos moyens des valeurs de 0.88 pour le PZT dur et 0.86 pour le PZT doux. Notons
cependant qu’une seconde équation développée par Ashkenasi et al. a été reportée comme
plus adaptée aux matériaux diélectriques [163]. Elle fut brièvement exploitée par Wang
et al. pour caractériser l’ablation du saphir [136] et par Machado et al. afin d’optimiser
un procédé dynamique [164].
Alors que cette dernière requiert davantage de paramètres libres, nous avons pré-
féré utiliser sur le PZT l’éq. (2.23) et en particulier l’évolution du diamètre d’ablation
avec l’accumulation (voir éq. (2.25)). D’après la Fig. 2.20, à 7 J/cm2 avec la lentille de
250 mm (ω0 = 27 µm), nous déduisons un coefficient d’incubation ε de 0.80 équivalent
au complément d’analyse des travaux de Uppal et al., bien que les seuils d’ablation de
nos deux études soient différents. Également, nous déduisons un seuil initial pour la pre-
mière impulsion de 1.76 J/cm2 . En appliquant ces valeurs à (2.23) pour déduire le seuil
d’ablation après une cinquantaine d’impulsions, nous constatons un écart significatif avec
79
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
la méthode de Liu (0.38 J/cm2 vs 0.8 J/cm2 ). Bien que cet écart ne soit pas clairement
identifié, nous supposons qu’il provient majoritairement de l’incertitude de mesure sur
les diamètres d’ablation dont la délimitation peut être très approximative.
Saturation
La saturation s’associe à la baisse de l’efficacité d’usinage. Tout comme l’incubation,
elle a pour origine l’accumulation d’un grand nombre d’impulsions dont l’influence portera
cette fois-ci sur la géométrie de l’interface d’interaction. Par conséquent, la distinction de
ces deux effets peut s’avérer relativement difficile, ce pourquoi la saturation s’observera
préférentiellement sur une variation de profondeur alors que l’incubation se déduira d’une
évolution des caractéristiques de la surface d’impact.
Dans l’étude sur les taux d’ablation, nous avons insisté sur le fait de comparer les
résultats d’un même matériau avec des paramètres identiques et en particulier le nombre
d’impulsions N . Alors que pour N faible, la profondeur P lui est proportionnelle via un
taux d’ablation constant, il apparaît généralement une décroissance de ce taux après une
forte accumulation. Dans le domaine ultra-bref, Bonse et al. ne constatèrent pourtant
aucune fluctuation sur TiN après 200 impulsions alors que Wynne et al. identifièrent clai-
rement cet effet sur l’aluminium après 5000 impulsions [142,153]. 200 impulsions suffisent
néanmoins sur les céramiques Al2 O3 et AlN, voire 20 impulsions sur le semi-conducteur
InP [133, 135]. Des résultats similaires sont obtenus lors d’usinages de Al2 O3 -TiC, Pyrex,
SiC et PZT par lasers à excimères avec des durées d’impulsions de 20 ns [54, 165].
Un comparatif des mesures sur PZT et nickel est présenté Fig. 2.21 à 7 J/cm2 . En
statique, l’évolution de la profondeur sur le métal démontre d’une excellente linéarité avec
l’accumulation, impliquant en conséquence un taux d’ablation quasi-constant de 90 nm
sur la plage d’étude. Par opposition, le taux d’ablation du PZT décroît de 1 µm/impulsion
à 250 nm/impulsion et implique une baisse de la vitesse d’usinage en profondeur. Le
procédé d’usinage reste donc difficile à optimiser car la découpe évolue avec la profondeur
et des variations complémentaires de paramètres tels que la puissance ou la focalisation
risquent d’influer sur cette courbure. D’après nos observations et des premiers résultats
de notre équipe de recherche, la décroissance du taux d’ablation dépendrait en majorité
du ratio entre la profondeur ablatée et le diamètre d’ablation. Passé une valeur critique,
le faisceau laser sature et perd en efficacité par réflexions sur les bords de la cavité ou
par écrantage du panache d’ablation absorbant et réfléchissant une partie de l’énergie
incidente. Cette hypothèse est également cohérente avec la littérature : parmi les travaux
cités précédemment, l’InP est le matériau usiné avec le plus petit diamètre (2ω = 10 µm)
et sature le plus rapidement, suivi de l’AlN, le TiN et enfin l’aluminium ou le diamètre
est de 150 µm. Dans notre étude, le diamètre de faisceau utilisé pour le nickel et le PZT
est identique mais les profondeurs sont différentes. Le PZT s’usine plus vite et va donc
saturer plus rapidement.
80
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
(cas du PZT). Pour tester l’effet du nombre d’impulsions en dynamique, deux paramètres
ont été testés séparément :
Figure 2.21 – (a) Profondeurs d’usinage et (b) taux d’ablation du PZT et nickel en fonction
du nombre d’impulsions à 7 J/cm2 . Les résultats statiques (bleu) sont comparés aux résultats
dynamiques (rouge, variation de la vitesse v et vert, variation du nombre de passages Npass ).
Les procédés se recoupent pour un calcul du nombre d’impulsions en accord avec la dynamique
d’ablation du matériau considéré.
Ces résultats sont également tracés sur la Fig. 2.21. Le nombre d’impulsions équivalent
à la rainure de 5 mm/s a ensuite été déterminé empiriquement, les autres paramètres lui
étant proportionnels, de sorte à ce que les points dynamiques s’ajustent au mieux avec
les valeurs statiques. N a été ainsi identifié comme égal à 46 impulsions pour le PZT et
26 impulsions pour le nickel, surprenant lorsque nous savons que les deux matériaux ont
81
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
été usinés avec exactement les même paramètres. Or lorsque nous calculons le nombre
d’impulsions résultant des éq. (2.15) et (2.14) avec les paramètres v = 5 mm/s, ∆ν =
5 kHz et ω0 = 23 µm, nous obtenons 46 impulsions avec la méthode TH et 28 impulsions
avec la méthode PG. Malgré l’écart entre le rayon de faisceau théorique de 23 µm et
expérimental de 27 µm, les ordres de grandeurs sont bien corrélés et nos hypothèses
valables.
82
2.3 Paramétrisation de l’usinage laser
où "E" représente la partie entière et "+2" indique qu’il y a une rainure de plus qu’il n’y
a de lames dans chacune des directions d’usinage. Nous pouvons ainsi appliquer cette
formule à la Fig. 2.22(b) pour l = 200 µm et x = 15 µm fixés arbitrairement, ce qui nous
permet d’estimer les temps de procédé globaux recensés pour des couples de paramètres
fluence-vitesse dans le tab. (2.4).
Fluence Vitesse
Fcrête 2 mm/s 5 mm/s 9 mm/s
J/cm2 exp. th. exp. th. exp. th.
3.5 1 :53 4 :10 2 :25 3 :43 2 :45 3 :35
5.2 1 :29 2 :17 1 :24 2 :00 1 :30 2 :00
7.0 1 :05 1 :29 1 :18 1 :28 1 :05 1 :30
8.7 0 :57 1 :13 1 :01 1 :14 1 :01 1 :14
10.5 0 :40 1 :13 0 :52 1 :08 0 :54 1 :03
Table 2.4 – Temps de procédé (h :min) estimé pour la découpe complète d’un wafer en fonction
de la fluence et de la vitesse d’usinage. Les valeurs théoriques obtenues via les considérations
du taux d’ablation et de l’incubation sont comparées aux mesures expérimentales basées sur le
nombre de passages d’une rainure débouchante.
Nous retrouvons effectivement un fort écart entre théorie et expérience à 3.5 J/cm2 ,
écart qui s’atténue à plus forte fluence et haute vitesse. Également, l’erreur d’interpo-
lation se retrouve sur les tendances d’évolution avec la vitesse : alors qu’en théorie, le
temps de procédé semble diminuer avec celle-ci, l’expérience tend à indiquer au contraire
qu’une légère décélération du procédé a lieu. Néanmoins, nos approximations sont dans la
majorité cohérentes et donnent un bon ordre de grandeur des temps de découpe oscillant
entre 1 et 2 h en fonction des paramètres appliqués.
83
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
Figure 2.22 – Estimation du nombre de passages pour la découpe de 170 µm de PZT pur avec
une focale f = 250 mm (ω0 ≈ 27 µm). (a) Extrapolation 3D de l’évolution du taux d’ablation
en fonction du nombre d’impulsions et de la fluence. L’évolution des valeurs du taux d’ablation
lors d’une découpe à 7 J/cm2 et 5 mm/s est également affiché à titre d’exemple. (b) Comparatif
théorique et expérimental du nombre de passages pour la découpe en fonction de plusieurs
paramètres de vitesse et de fluence.
84
2.4 Caractérisation de la qualité de coupe
Outre l’emploi ponctuel de la microscopie optique sous Axio Imager (Carl Zeiss),
nos observations se sont grandement appuyées sur le système de microscopie électronique
à balayage (MEB) Nova NanoSEM développé par la société MEI Company et pouvant
générer un grossissement jusqu’à x500000 pour une résolution de l’ordre du nanomètre.
Il est équipé d’une sonde EDX capable de capter les rayons X émis à partir d’une poire
de diffusion de l’ordre du µm3 lors de l’interaction entre le matériau observé et le fais-
ceau d’électrons focalisé. L’EDX constitue donc un moyen simple de quantification des
éléments chimiques sur ces volumes et reste intéressante pour notre étude afin d’observer
les fluctuations stœchiométriques sur la surface des flancs d’usinage.
85
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
La diffraction des rayons X (ou XRD pour "X-Ray Diffraction") a également permis
d’analyser à la fois la cristallinité, la proportion des éléments et la contrainte résiduelle
du matériau brut. La Fig. 2.23(a) présente le spectre du PZT d’étude identifiant sa phase
et la proportion des éléments (vues Section (1.3.2)). La contrainte résiduelle équivalente
a été estimée à -41.9 ± 10.8 MPa (compression) par la méthode donnée Fig (2.23b) qui
ne sera pas détaillée dans ces travaux. Notons aussi que les matériaux céramiques frittés
acceptent mieux les contraintes compressives participant à la cohésion des cristaux plutôt
que les contraintes en tension intervenant dans les ruptures des joints de grain. Cependant,
cette méthode montre des inconvénients non négligeables comme la nécessité de disposer
d’une surface importante, de l’ordre du mm2 au cm2 pour la mesure de contrainte, bien
trop grande devant les 180 µm de large des découpes.
Figure 2.23 – (a) Spectres expérimental et simulé de diffraction RX du PZT brut. (b) Encart
montrant le principe d’estimation de la contrainte résiduelle.
La spectroscopie Raman apparaît comme une solution alternative à ces limites et fut
plus intensivement exploitée. Elle se base sur le principe de l’effet Raman issu de la dif-
fusion inélastique d’un photon par un milieu. Cette inélasticité signifie que la lumière
diffusée n’aura plus la longueur d’onde du photon incident : en effet, lors des échanges
énergétiques, une partie est directement transmise au milieu avec la création ou la sup-
pression d’un phonon optique qui n’est autre qu’un quantum d’énergie vibrationnel de la
molécule. Un décalage vers de plus grandes longueurs d’onde implique la création d’un
phonon et est appelé décalage Stokes. A l’inverse, un décalage anti-Stokes est associé à
l’absorption d’un phonon et donc à la diffusion d’une longueur d’onde plus courte. Les
86
2.4 Caractérisation de la qualité de coupe
Figure 2.24 – Mesure de référence obtenue par spectroscopie Raman sur un flanc de PZT brut
non usiné. L’ajustement de la courbe ramenée à 0 résulte de la somme des modes vibrationnels
principaux sous forme gaussienne.
87
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
88
2.4 Caractérisation de la qualité de coupe
peut finalement se relaxer qu’après son amortissement à la suite d’une distance parcourue
suffisamment longue ou par son évacuation partielle en face de sortie du matériau.
Ce domaine de recherche est fortement étudié puisque qu’il vise à comprendre et à
quantifier l’effet mécanique lié à l’interaction laser ultra-bref/matière. Outre les simula-
tions théoriques, des moyens expérimentaux ont été développés pour la détection de ces
ondes, avec en particulier la technologie VISAR ("Velocity Interferometer System for Any
Reflector") [176]. Développée en 1972 par Barker et Hollenbach, elle utilise un interfé-
romètre mesurant le déplacement fréquentiel du faisceau d’observation alors que celui-ci
est réfléchi sur une surface en mouvement [177]. Nous pouvons également citer la caméra
streak qui est exploitée pour sa très haute résolution temporelle (> 100 fs) [178]. Une
troisième solution que nous exploitons ici consiste à générer un courant proportionnel à
l’amplitude de la pression dans les matériaux piézoélectriques [179].
Figure 2.25 – Protocole expérimental de détection de l’onde de choc et signal brut associé
pour une impulsion à 10.6 J/cm2 .
89
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
protocole expérimental utilisé est proche de celui de Romain et al. et nous permet de me-
surer des signaux de formes similaires à celui de la Fig. 2.25 [181]. Le laser femtoseconde
est focalisé au centre du wafer de PZT avec la lentille de longue focale de 250 mm. Le
choc se rapproche ainsi d’une onde davantage plane que sphérique et le faisceau devient
suffisamment large pour la mesure tout en évitant les hautes fluences risquant d’endom-
mager la céramique. Malgré tout, les tests en énergie génèrent des ablations qui peuvent
éventuellement perturber certains résultats.
Oscilloscope Sonde
Bande passante 500 MHz Bande passante 500 MHz
Echantillonnage 4 GS/s Multiplicateur x10
Mémoire 500 kpts Résistance Rs 10 MΩ
Mode DC Capacité Cs 8 pF
Résistance Ro 1 MΩ
Capacité Co 16 pF
90
2.4 Caractérisation de la qualité de coupe
fait en outre le lien entre la partie diélectrique (Rd et Cd ) et la partie résonante mécanique
(Rm , Lm et Cm ) du matériau avec en particulier :
– Rd : Résistance associée aux pertes diélectriques (négligeable sur PZT à faible ex-
citation) ;
– Cd : Capacité statique réelle reliée à la surface S du condensateur, son épaisseur e
T
et à sa permittivité diélectrique relative K33 :
T
K33 ε0
Cd = S = 0.0625 nF/mm2 × S . (2.28)
e
Alors que Rd est négligée dans la suite des travaux, l’impédance globale du système
devient :
Rm
p2 + p + ωr2
Lm
Z= , (2.30)
Rm
pCd p2 + + ωa2
Lm
avec ωr et ωa les pulsations de résonance et d’antirésonance telles que :
ωr 1
= fr = q , (2.31)
2π 2π Lm Cm
1 1 1 1
s
ωa
= fa = + . (2.32)
2π 2π Lm Cm Cd
91
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
Figure 2.27 – (a) Montage électrique expérimental dédié au calcul des fréquences de coupure
fr et fa du matériau piézoélectrique PZT. (b) Diagramme de Bode associé au montage avec un
comparatif entre théorie et expérience.
l’impédance vaut :
V2 10
Z2 = = (2.33)
V1 10 + Z
Rm 2
p + ωa2
p3 +
Lm
= . (2.34)
1 Rm 2 Rm 1
p3 + + p + + ωa2 p + ωr2
10Cd Lm 10Cd Lm 10Cd
Bien que fr soit théoriquement de 9.56 MHz [183], des mesures dédiées sur une lame
de PZT de surface S = 2.7 mm ×5.4 mm nous donnent (Fig. 2.27(b)) :
92
2.4 Caractérisation de la qualité de coupe
Figure 2.28 – Modèle électrique simplifié du protocole expérimental de mesure d’onde de choc.
Le montage électrique ayant pour solution transitoire cette équation est très proche
de notre cas dans lequel le modèle piézoélectrique est directement relié au couple sonde-
oscilloscope (Fig. 2.28). En vue de simplifier ce montage, ce dernier peut être ramené à
une résistance Rso et une capacité Cso en parallèle de sorte que :
Rso = Rs + Ro = 11 MΩ , (2.37)
Ro Co
Cso = = 1.45 pF . (2.38)
R o + Rs
Remarquons que la sonde à été initialement compensée et donc que les couples Rs Cs et
93
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
Rso Rpot
Req = , (2.39)
Rso + Rpot
Ceq = Cso + Cd . (2.40)
En reprenant l’éq. (2.36), nous pouvons en déduire les valeurs de tac et tdc qui représentent
respectivement le temps caractéristique de décroissance de l’oscillation à la fréquence fa
et le temps caractéristique de décroissance du signal total [184] :
Table 2.6 – Comparaison des valeurs numériques théoriques et expérimentales des constantes
du circuit équivalent au montage d’onde de choc. L’influence de Rpot sur les temps de décrois-
sance caractéristiques est également mis en évidence pour deux valeurs limites.
Les Fig. 2.29(a) à 2.29(d) mettent en évidence l’influence de Rpot sur le temps de
décroissance du signal ainsi que sur la multiplication des impulsions. En effet, sans po-
tentiomètre, la décharge du circuit, phénomène purement électrique, est suffisamment
longue pour impliquer une amplification du signal à chaque nouvelle impulsion, syno-
nyme en première approximation d’un effet d’accumulation. Or la durée des échanges
thermiques jusqu’au retour à l’équilibre ne dépasse pas la microseconde et est donc bien
inférieure à une cadence laser de 5 kHz (200 µs entre 2 impulsions). Il est peu probable
qu’un tel effet ait lieu dans le matériau comme le confirme la Fig. 2.29(d) dès lors que
le temps de décharge est éliminé. Les Fig. 2.29(e) et 2.29(f) montrent un signal plus
ou moins grossi sans la partie dc avec Rpot = 1 kΩ. La régression associée est égale-
ment tracée à partir de (2.36) afin de montrer que l’allure du signal est bien comprise
et cohérente avec les attentes. La périodicité des oscillations expérimentales coïncident
94
2.4 Caractérisation de la qualité de coupe
avec la simulation tout comme leur amortissement malgré un aspect plus irrégulier de
la mesure. Des signaux parasites persistent donc et peuvent intuitivement trouver leur
origine dans la structure polycristalline du matériau qui favoriserait la naissance d’ondes
supplémentaires interférant les unes avec les autres.
fr , fa et Ceq étant désormais connus, Rm , Lm et Cm sont déduits des éq. (2.31), 2.32
et (2.42) moyennant la détermination empirique de tac , ϕ et le remplacement de Cd par
Ceq . Les valeurs d’ajustement finalement appliquées sont :
A B tac fr fa ϕ
0 ? 0.5 µs 10.5 MHz 13 MHz −π/2
Req Ceq Rm Lm Cm
16.3 MΩ 77.3 pF 22.27 Ω 5.57 µH 41.3 pF
Table 2.7 – Valeurs numériques appliquées à la simulation des signaux d’ondes de choc dans
le PZT et adaptées aux conditions expérimentales de l’étude.
Finalement, nous avons bien une cohérence entre les mesures expérimentales obtenues
au cours des différents essais et les simulations en régime transitoire issues des modèles
électriques du matériau piézoélectrique. En supposant que la résolution temporelle est
suffisante pour détecter les premières crêtes du signal, une approche de la contrainte
instantanée en sortie du matériau est désormais accessible.
95
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
Figure 2.29 – Réponse piézoélectrique transitoire après choc laser. (a) 1 impact à 10.6 J/cm2
sans potentiomètre ; (b) 1 impact à 10.6 J/cm2 avec Rpot = 1 MΩ ; (c) Accumulation de 5
impacts à 4.2 J/cm2 sans potentiomètre ; (d) Accumulation de 3 impacts à 10.6 J/cm2 avec
Rpot = 1 kΩ ; (e) 1 impact à 10.6 J/cm2 avec Rpot = 1 kΩ ainsi que la simulation équivalente ;
(f) Zoom du graphique (e) mettant en évidence la forme des oscillations et l’écart à l’estimation.
96
2.5 Conclusion partielle
Les estimations initiales de contrainte sont des moyennes sur les surfaces considérées,
ce pourquoi un facteur 2 est ajouté pour avoir la valeur au niveau de la crête de la gaus-
sienne.
Divers outils de contrôle pré- et post-procédé ont donc été décrits et développés en vue
de certifier du maintien des conditions optimales d’usinage. Technologiquement parlant,
le banc d’usinage dispose d’un puissance mètre, d’un autocorrélateur, d’un analyseur de
97
Chapitre 2 Contexte et paramétrisation des usinages
98
CHAPITRE 3
100
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
tandis que la seconde partie teste la mise en forme de faisceau dans l’objectif d’accélérer
le procédé. Nous concluons enfin par la plage de paramètres finaux choisis, associée au
dédoublement des lignes de découpe pour une accélération du procédé.
Soit le plan d’origine situé au plan focal z0 . Pour un cas parfaitement perpendiculaire,
la question est de savoir quelle hauteur zlim de rayon ωlim permet d’atteindre cette fluence
zlim
crête Fcrête et si cette valeur est supérieure ou non à l’épaisseur à usiner pth /2 (symétrie
autour de z0 ). En outre, zlim est directement proportionnel au waist ω0 à l’image de la
distance de Rayleigh donnée éq. (1.27) : plus ω0 sera petit, moins la profondeur de champ
sera grande et donc zlim faible.
L’évolution du diamètre de faisceau vis à vis de l’éloignement au plan focal est connu
via l’éq. (1.18) ainsi que l’expression de la fluence (éq. (1.25)) sur le critère (3.1), d’où :
s
πω 2
2 2
ωlim ωlim
zlim = 20 −1, = (1 − η)−1 .
M λ ω0 ω0
101
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Figure 3.1 – (a) Évolution de la fluence crête sur l’axe optique en fonction de la distance
z0
au plan focal z0 . Arbitrairement, ω0 et Fcrête sont fixés respectivement à 25 µm et 5 J/cm2 .
M2 =1.3. (b) Évolution dans l’espace de la fluence autour du plan focal z0 . La largeur de découpe
pth , la distance de Rayleigh zR et l’intervalle de confiance [zlim ; −zlim ] pour une tolérance en
fluence η = 5% sont également représentées. (c) Représentation schématique d’une inclinaison
α de l’échantillon par rapport au faisceau incident.
102
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
Nous pouvons donc en déduire une largeur minimale du waist ω0 pour satisfaire le
critère de découpe homogène :
v
u pth λM 2 1 − η
u s
pth
zlim ≥ =⇒ ω0 ≥ t .
2 2π η
Afin de limiter les fluctuations de fluence dans l’épaisseur du matériau, nous fixons
η à 5%, le waist ω0 devenant nécessairement supérieur à 14 µm. Les Fig. 3.1(a) et
3.1(b) donnent un aperçu de l’évolution de la fluence pour les valeurs de η = 5% et
Fcrête,z0 = 5 J/cm2 à proximité du plan focal z0 mais pour un waist de 25 µm, supérieur
à la limite fixée par η.
ω0 (µm) 14 20 25 30 35
zlim − pth /2 (µm) 0 144 304 500 731
αlim (degrés) 0 0.41 0.87 1.43 2.09
Xlim (mm) 0 7.22 15.2 25.0 36.6
Nous pouvons constater que l’angle maximal d’inclinaison de l’échantillon reste in-
férieur à 2°, ce qui prouve bien la nécessité d’un contrôle fin du positionnement. De
plus, ce dernier sera d’autant moins critique que le faisceau sera supérieur à la limite de
ω0 = 14 µm, certifiant ainsi d’une homogénéité de fluence sur l’épaisseur de découpe.
103
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Figure 3.2 – Comparatif d’ablation entre le PZT pur et le PZT+NiP. Paramètres appliqués :
f = 250 mm (ω0 = 27 µm) ; Fcrête = 7 J/cm2 ; v = 5 mm/s. (a) Évolution de la profondeur
et (b) de la largeur d’ablation avec le nombre de passages Npass ainsi que les profils d’usinage
associés pour 1 et 3 passages. L’ajout des électrodes en NiP ralentit l’usinage de par un taux
d’ablation plus faible et une épaisseur de découpe accrue.
104
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
En termes de diamètre ablaté, le PZT pur présente une valeur moyenne constante sur
chaque passage. Dans le cas du NiP, la largeur apparente des profils croît rapidement
sur les premiers passages jusqu’à devenir équivalente au matériau brut. Bien que le seuil
d’ablation des électrodes soit estimé comme inférieur à celui du PZT, le faible taux d’abla-
tion du NiP est majoritairement responsable de cette évolution qui requiert davantage de
passages pour que les plus faibles fluences en bord de faisceau usinent l’intégralité de la
couche.
En conclusion, la présence des électrodes de nickel phosphore induit une forte aug-
mentation du temps de découpe d’environ 20%. La recherche de paramètres optimisés
doit donc considérer cette variable afin que les temps de procédé restent cohérents et
rentables dans le cadre d’une production série.
Figure 3.3 – Mesures de waists moyens en fonction de la focale à différentes dates, √ l’ellipticité
étant identifiée par les barres d’erreur. Le calcul théorique (1.33) est multiplié par M 2 pour le
cas réel et est donné par le trait rouge pour les valeurs λ = 780 nm, M 2 = 1.3 et ω01 = 3.5 mm,
ce dernier étant estimé par la moitié d’un diaphragme de 7 mm de diamètre disposé en amont
du faisceau collimaté. Les pointillés noirs indiquent les limites dimensionnelles définies dans la
partie précédente afin de maintenir une fluence constante sur l’épaisseur d’usinage.
105
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Ainsi, lorsque le waist s’élargit, la fluence diminue tandis que le nombre d’impulsions
N irradiant un point du matériau par passage augmente. La profondeur usinée par passage
P/pass résulte du produit N ×τabl alors que le nombre de passages total pour une découpe
est calculé pour 180 µm d’épaisseur. Bien que l’effet de saturation ne soit considéré que
pour le premier passage, nous constatons tout de même que l’usinage de plus forte fluence
est 20% plus efficace en termes de nombre de passages Npass .
106
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
Table 3.3 – Mise en évidence de l’effet de l’ellipticité du faisceau sur l’efficacité en termes de
nombre de passages dans deux directions perpendiculaires de découpe.
En outre, cette forme a priori naturelle peut être rapprochée de la distribution gaus-
sienne d’énergie associée à des difficultés d’absorption de la lumière sur les flancs de coupe.
La conicité maximale est estimée pour Ls = 0 dans le cas d’une rainure juste débouchante
et sera d’autant plus importante que Le sera grande. Par exemple, la largeur d’entrée de
la lentille de 250 mm de la Fig. 3.4 est d’environ 100 µm, soit une conicité maximale de
15.5°, en limite de tolérance tandis que la lentille de 75 mm autorise une valeur maximale
de 5.7° avec Le = 36 µm.
Afin de confirmer cette tendance et faciliter la variation du diamètre d’entrée de fais-
ceau, plusieurs plans d’usinage localisés proportionnellement aux distances de Rayleigh
107
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Figure 3.4 – Évolution de la conicité pour trois lentilles de focalisation à 7 J/cm2 et 2 mm/s.
Plus le diamètre de faisceau est petit, plus la conicité diminue.
ont été testés pour chaque lentille. Malgré la non satisfaction en ces plans du critère η
sur le maintien d’une fluence constante dans l’épaisseur d’usinage, les résultats restent
cohérents, que ce soit sur l’évolution de la conicité ou du temps de procédé comme indiqué
sur les Fig. 3.5(a) et (b).
Les conclusions confirment les premiers résultats : la largeur d’impact en entrée d’usi-
nage, proportionnelle au diamètre du faisceau, est en grande partie responsable de la
conicité de la découpe qui évolue linéairement dans la gamme d’étude. La tolérance étant
fixée à 15°, de très longues focales ne peuvent donc être exploitées pour diminuer les
temps de procédé à l’image de la Fig. 3.5(b). Un compromis est donc nécessaire comme
le souligne le graphique 3.5(c). Pour un temps de procédé inférieur à 2h, la lentille de
200 mm constitue la limite inférieure à ne pas franchir. En matière de conicité, la lentille
de 250 mm peut atteindre théoriquement la tolérance haute de 15° fixée par les exigences
industrielles. Attention, il faut néanmoins garder à l’esprit que ces courbes sont directe-
ment reliées aux tailles de faisceaux au moment des travaux (Avril 2012 de la Fig. 3.3) et
peuvent toujours fluctuer avec le temps ou d’un laser à un autre.
Aussi, bien que le plan d’usinage ait été modifié, aucune hypothèse sur l’évolution de
la forme du faisceau n’a été mentionnée. En particulier, le plan image pi du diaphragme
de 7 mm est localisé d’après l’optique géométrique entre 4 et 5 fois la distance de Ray-
leigh sur la lentille de 75 mm. Bien qu’aucune mesure n’ait été faite en ce plan, aucune
perturbation n’a été notée entre 3 et 5zR en matière de conicité et de temps de procédé.
108
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
Figure 3.5 – Évolution de (a) la conicité et (b) du temps de procédé en fonction de la largeur
d’entrée d’usinage à 7 J/cm2 et 2 mm/s sur PZT+NiP. (c) reprend les graphiques (a) et (b) afin
d’exprimer tproc en fonction de la conicité. Les plans focaux pf de chaque lentille sont indiqués,
les autres points correspondant à des plans multiples des distances de Rayleigh. pi représente
la position du plan image d’après l’optique géométrique.
Table 3.4 – Récapitulatif de l’effet de la longueur de focalisation sur les critères de temps
de procédé, répétabilité et qualité d’usinage à paramètres constants. Des focales moyennes
sont choisies préférentiellement aux courtes ayant une mauvaise répétabilité et aux longues
engendrant une conicité trop importante.
109
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Table 3.5 – Récapitulatif de l’effet du positionnement du wafer sur les critères de temps de
procédé, répétabilité et qualité d’usinage à paramètres constants. Le plan focal est favorisé afin
d’assurer une bonne répétabilité du procédé.
110
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
Figure 3.6 – Mise en évidence des effets de l’orientation de la polarisation rectiligne en fonction
de la direction de propagation de l’usinage. (a) Images MEB de rainures (3 passages) usinées
perpendiculairement et parallèlement à la polarisation incidente ainsi que l’angle d’une découpe
complète. (b) Évolution du profil de profondeur à chaque passage supplémentaire pour chacune
de ces polarisations. La polarisation s, parallèle à la direction d’usinage, est beaucoup plus
irrégulière en surface et en profondeur que la polarisation p. Paramètres appliqués : f = 200 mm
(ω0 = 24 µm) ; Fcrête = 5 J/cm2 ; v = 2 mm/s.
111
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Polarisation Critères p s c
Remarques Influence principale sur la régularité des flancs
tproc Efficacité Excellent Bon Bon
Répétabilité Ablation Excellent Mauvais Variable
Qualité Rugosité Excellent Mauvais Variable
Table 3.6 – Récapitulatif de l’effet de la polarisation sur les critères de temps de procédé,
répétabilité et qualité d’usinage à paramètres constants. Une polarisation perpendiculaire à la
direction de découpe est favorisée sans compromis.
112
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
Figure 3.8 – (a) Évolution du nombre de passage Npass pour la découpe de PZT+NiP en
fonction de la durée d’impulsion pour les paramètres f = 250 mm (ω0 ≈ 27 µm) ; Fcrête =
7 J/cm2 ; v = 5 mm/s. (b) Taux d’ablation moyen résultant de découpes complètes de PZT+NiP
en fonction de la fluence pour 2 longueurs d’onde. 780 nm : f = 75 mm (ω0 ≈ 16.8 µm) et
v = 2.37 mm/s ; 1030 nm : f = 100 mm (ω0 ≈ 13.7 µm) et v = 12 mm/s.
113
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Des critères de maintien de la fluence crête sur l’épaisseur incitent à l’emploi de waists
supérieurs à ≈ 14 µm et donc dans notre cas, de lentilles de focales supérieures à 175 mm.
Or de fortes variations de ω0 sont mises en évidence au cours du temps (Fig. 3.3), ce qui
provoquent de nouveau de fortes fluctuations en matière de temps de procédé. Les derniers
résultats d’usinage obtenus avec la lentille de 250 mm (ω0 = 22 mm) et v = 5 mm/s sont
données tab. (3.7).
Pour un procédé industriel où les temps de découpe sont étroitement liés aux coûts
des produits finaux, la première intuition revient à favoriser les hautes fluences afin de
tirer profit au maximum de leur efficacité. Cependant, nous allons voir que le régime d’op-
timisation est très vite limité avec l’apparition de phénomènes témoins de la dégradation
des usinages.
La Fig. 3.9 présentent l’évolution du pourcentage de Zr/Ti estimé par EDX sur les
flancs de découpe à différentes fluences. Les mesures sont réalisées sur plusieurs centaines
de µm2 et les valeurs en zéro correspondent à la référence non usinée obtenue par clivage.
La moyenne de Zr/Ti se situe bien autour des 50%, donc en zone morphotropique où les
114
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
Figure 3.9 – Évolution de Zr-Ti au niveau des flancs de découpe en fonction de la fluence
sur PZT+NiP collé sur silicium. La référence non usinée est donnée pour une fluence nulle.
Aucune tendance ne ressort de l’augmentation de la fluence hormis la présence de silicium issue
de l’usinage du support. Paramètres appliqués : f = 250 mm (ω0 ≈ 22 µm), v = 5 mm/s.
propriétés piézoélectriques sont les plus fortes, mais aucune tendance ne ressort clairement
avec la fluence. La poire d’interaction de cette technique étant supérieure au micromètre,
nous pouvons en déduire soit que la zone affectée est inférieure à cette profondeur, soit
qu’il n’y a effectivement aucune fluctuation dans la proportion des éléments. Associé à
une structure cristalline inchangée (voir spectres Raman plus loin), il existe donc une
forte probabilité pour que les dégradations occasionnées par le laser se limitent à des
profondeurs inférieures au micron. L’EDX met aussi en évidence la présence de silicium
à hauteur de 5% et donc que de la matière issue du support adhère aux flancs à partir
de la remontée du plasma d’ablation dès lors que l’usinage débouche. Au vu des propor-
tions, la présence de cet élément n’apparaît pas comme nuisible au bon fonctionnement
du matériau.
Par opposition, les observations de surface à l’image de la Fig. 3.10 mettent en évidence
un des défauts de haute fluence, à savoir un dépôt conséquent en périphérie de la zone
d’usinage (Fig. 3.10(b)). Un aspect moutonneux recouvre le matériau tandis que l’aspect
polycristallin du PZT pur reste clairement visible à basse fluence bien que la profondeur
apparaisse plus faible. Néanmoins, les dépôts sont dans la majorité des cas éliminés grâce
à un nettoyage à l’ultrason mais il peut arriver que les matières volatiles conservent une
température suffisante pour être de nouveau soudées au corps principal.
La conicité n’apparaît pas très affectée bien qu’une légère diminution soit visible à
fluence croissante sur l’échantillon de la Fig. 3.11. Cette amélioration est majoritairement
attribuable à l’élargissement du diamètre de sortie, ce qui favorise par la même occasion
une découpe franche. A 3.5 J/cm2 , l’usinage peut ne pas être net sachant que le faisceau
tendra naturellement à se concentrer en certains points et risquant de provoquer une
absence locale de découpe. Les zones cerclées en rouge indiquent des défauts d’usinage en
115
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
surface d’entrée, images des défauts de forme recensés aux cours des analyses de faisceaux
antérieures. Ces irrégularités de bords en énergie ne représentaient alors en amplitude pas
plus de 5% du maximum de fluence et étaient de ce fait considérées comme négligeables.
Or pour un faisceau de 7 J/cm2 , cela représente des fluences de l’ordre de 0.35 J/cm2 , très
proches du seuil d’ablation du PZT sans la considération de l’incubation et supérieures
au seuil de la surcouche métallique. Par conséquent, le matériau est légèrement usiné,
voire davantage comme il l’a été constaté sur la focale de 250 mm, rendant la mesure de
conicité erronée. De nouveau donc, la maîtrise de la forme du faisceau est primordiale au
maintien d’une découpe de bonne qualité.
Figure 3.10 – Clichés de rainures en surface d’entrée sur PZT pur mettant en évidence la
quantité de dépôts due à l’usinage à fluence croissante. Paramètres appliqués : f = 50.8 mm
(ω0 ≈ 6 µm), v = 2 mm/s, Npass = 4 .
116
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
Figure 3.12 – Spectres Raman pris au centre des flancs d’usinage pour différentes fluences
crêtes sur PZT+NiP collé sur silicium. Les traits rouges indiquent la position du pic A1 (T 03 )
pour l’estimation des contraintes résiduelles tandis que les traits verts sont typiques des éléments
de silicium. A fluence croissante, la forme du spectre se dégrade en se dissociant davantage de
la référence non usinée. Paramètres appliqués : f = 250 mm (ω0 ≈ 22 µm), v = 5 mm/s.
Cette baisse de la qualité des spectres, amplifiée à partir de 9 J/cm2 , est directement
reliée à la nature cristalline à l’extrême surface du matériau. Moyennée sur la profon-
deur de pénétration de l’outil d’analyse (ici un laser), nous pouvons en conclure que la
structure pérovskite est clairement endommagée à fluence croissante. Nous supposons
notamment grâce à la littérature que de nouveaux composés font leur apparition comme
l’oxyde de plomb (PbO), des phases de type pyrochlore A2 B2 O6 voire même une amor-
phisation totale du matériau [186]. A cela s’ajoute la présence plus marquée du silicium
dont le pic caractéristique est signalé en vert.
Avant cette fluence charnière, les spectres sont très similaires et la quantification des
différences reste difficile. Par conséquent, nous avons développé un outil quantitatif nous
permettant d’estimer la qualité de coupe et basé sur un comparatif des intensités relatives
117
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
A3 /Ai entre les flancs du PZT non usiné (ref ) et les flancs des PZT usinés (de paramètres
p) :
5
!
A3 A3
ζp = (3.7)
X
σ , .
i=1 Ai p Ai ref
Ces pics nommés arbitrairement Ai et donnés Fig. 3.12 ne correspondent pas né-
cessairement aux modes de vibration de la Fig. 2.24 mais sont représentatifs des crêtes
principales du spectre. Les intensités sont ramenées à l’intensité A3 considérée dans la
littérature comme insensible à la contrainte interne et à la proportion Zr/Ti [187]. Elle
est de plus présente dans la grande majorité de nos résultats malgré des dégradations
en fonction des conditions appliquées. Enfin, l’écart-type σ nous permet simplement de
juger de l’écart par rapport à la référence. ζp donne finalement un poids numérique à la
qualité d’un spectre et sera d’autant plus proche de zéro que la structure d’usinage sera
semblable à celle d’un PZT non usiné.
Les résultats issus des spectres de la Fig. 3.12 sont donnés Fig. 3.13(a). La croissance de
ζp est remarquablement linéaire après 5 J/cm2 , ce qui justifie la pertinence du calcul. Il
reste stabilisé à 0.2 avant cette valeur montrant également que l’usinage modifie légère-
ment la structure du matériau. Au vu des remarques précédentes, l’écart limite témoin
d’une découpe de qualité dégradée est finalement fixé à 0.6.
Bien que moins précise, la mesure de contrainte résiduelle par spectroscopie Raman
affiche des résultats comparables à la XRD sans ses désavantages en termes de protocole
et de surface d’analyse. Elle est donc très référencée, en particulier sur PZT usuellement
compliqué à analyser sous forme mince [188]. Xu et al. montrèrent que certains pics
Raman sont sensibles à l’évolution des contraintes internes au PZT en zone morphotro-
pique [189]. Cette sensibilité, marquée davantage sur les modes A1 (TO3 ) et E(LO3 ), se
manifeste par un déplacement ("shift") par rapport à leur position de référence selon la
relation déduite de la théorie :
" 2 #
ω
σ = σ1 1− , (3.8)
ω0
où σ et ω sont respectivement les contraintes résiduelles (MPa) et les positions des
raies Raman (cm−1 ). σ1 est la contrainte pour laquelle ω = 0 et ω0 est la fréquence du
phonon pour σ = 0. Un test de flexion est utilisé pour la détermination de ces constantes
et les valeurs respectives de -640.7 MPa et 528.8 cm−1 sont plusieurs fois reprises dans
la littérature pour le mode A1 (TO3 ) [188, 190]. Nous avons considéré cependant qu’au
vue de la multitude de PZT différents existants, une redéfinition de ces facteurs dans les
conditions d’expérience était nécessaire. Ne disposant pas d’un protocole expérimental
par flexion, la XRD a donc été employée pour la mesure de contrainte d’un PZT de ré-
férence mais également d’un second PZT texturé à 50 mW sur 1 cm2 . ω0 et σ1 ont ainsi
été déterminées respectivement à 599.752 cm−1 et -25.36×103 MPa.
Deluca et al. soulignèrent la forte dispersion des positions des pics (seulement quelques
cm ) en fonction des valeurs de contraintes appliquées, rendant difficile les estimations de
−1
118
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
Figure 3.13 – Évolution des paramètres quantitatifs issus des analyses par spectroscopie Ra-
man (Fig. 3.12). (a) Écart type global ζp associé aux amplitudes relatives et traduisant l’éloi-
gnement du spectre considéré par rapport à la référence non usinée (éq. (3.7)). (b) Estimation
des contraintes résiduelles des flancs à partir de l’éq. (3.8). Une meilleure qualité est obtenue à
basse fluence, où ζp et σ tendent vers 0.
Les images MEB des flancs aux fluences extrêmes de 3 J/cm2 et 15 J/cm2 rendent
compte des différences d’aspect (Fig. 3.14) : à faible fluence, le matériau est essentielle-
ment texturé de ripples témoins d’une ablation douce alors qu’à forte fluence, une rugosité
propre à un matériau fondu prédomine. Dans ce dernier cas, nous constatons une fissu-
ration ainsi qu’un écaillage plus prononcés en sortie d’usinage. Ces phénomènes trouvent
leur explication grâce aux estimations d’onde de choc présentées Fig. 3.15.
En effet, la contrainte instantanée mesurée en sortie du matériau croît linéairement
avec la fluence en accord avec la tension crête détectée. Les valeurs obtenues oscillent entre
10 et 50 MPa pour des fluences allant de 2.5 à 15 J/cm2 , du même ordre de grandeur que
les résultats des travaux de Romain et al. [181]. Aussi, le grossissement de l’écaillage de
la partie débouchante avec la fluence est illustré Fig. 3.15(c)-(d)-(e).
119
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Figure 3.14 – Flancs de découpe à (a) basse (3 J/cm2 ) et (b) haute (15 J/cm2 ) fluence. Le laser
arrive par le haut et les structures principales présentes sont indiquées. Paramètres appliqués :
f = 250 mm (ω0 ≈ 22 µm), v = 5 mm/s.
Figure 3.15 – Corrélation entre (a) la contrainte instantanée estimée à partir de la tension
de sortie crête du PZT en régime statique et (b-c-d-e) l’écaillage en sortie d’usinage dynamique
pour différentes fluences crêtes. Le seuil de fissurations à l’interface PZT-NiP estimé par ondes
de choc coïncide avec les limites en rupture théoriques. Paramètres utilisés : f = 250 mm
(ω0 ≈ 27 µm), v = 5 mm/s.
120
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
Figure 3.16 – (a) Flanc d’usinage obtenu à partir de paramètres optimisés. Face de sortie
à gauche. (b) Zoom sur la zone centrale avec la présence de ripples. (c) Mise en évidence de
l’adhérence des ripples à l’interface avec des grains non usinés. Paramètres appliqués : f =
200 mm (ω0 ≈ 23 µm), Fcrête = 5 J/cm2 , v = 2 mm/s. Conicité 9°, Npass = 9 +1 de sécurité,
tproc ≈2h30min.
121
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
La Fig. 3.16 résulte d’une découpe optimisée avec les paramètres évoqués jusqu’à
maintenant : la focale de 200 mm réduit la conicité tandis que la fluence crête de 5 J/cm2
évite l’écaillage, la fissuration et la fonte du matériau tout en se positionnant à un taux
d’ablation optimal. La présence des ripples traduit une découpe sans dégradation rédhi-
bitoire et avec une structure cristalline affectée au minimum. La Fig. 3.16(c) met enfin
en évidence la jonction entre la partie supérieure de PZT brut et la partie inférieure
nano structurés en surface des grains, indépendamment de leur forme et des joints les
séparant. Nous pouvons donc en conclure que les ripples sont des marqueurs efficaces,
témoins de découpes de qualité. L’usinage reste néanmoins relativement long avec en plus
l’ajout de passages supplémentaires pour sécuriser les découpes. Des fluences légèrement
supérieures, entre 5 et 8 J/cm2 , pourraient être éventuellement employées.
Table 3.8 – Récapitulatif de l’effet de la fluence sur les critères de temps de procédé, répétabilité
et qualité d’usinage à paramètres constants. Des fluences moyennes sont favorisées afin de tirer
profit d’une qualité correcte sans augmenter drastiquement le temps de procédé.
122
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
Dans notre étude où la découpe est obtenue par déplacement de platines de translation,
des vitesses jusqu’à un maximum de 20 mm/s peuvent être comparées. Cependant, les
mesures obtenues à proximité de cette limite faussent les estimations du fait de la forte
dégradation de la précision de déplacement, d’où le choix de ne s’intéresser qu’à des
vitesses allant de 0 à 10 mm/s, voire 15 mm/s.
L’évolution de la conicité est tout d’abord analysée via la Fig. 3.17. Celle-ci n’appa-
raît pas conséquente bien qu’une légère augmentation se dessine à vitesse croissante. A
l’identique des basses fluences, les diamètres de sortie diminuent puisque l’ablation est
de plus en plus réduite à chaque passage. La conicité tend alors vers son maximum pour
un diamètre d’entrée invariant. De même, le temps de procédé est relativement constant
et la proportionnalité entre les vitesses se retrouve dans le nombre de passages Npass
nécessaires à la découpe.
Les observations des surfaces d’entrée et des flancs témoignent néanmoins de résultats
opposés. La Fig. 3.18 présente 3 rainures usinées avec un nombre équivalent d’impulsions
mais selon des procédures de dépôt d’énergie différentes : alors que la première (a) est
obtenue en un passage à 1 mm/s, les suivantes sont réalisées respectivement en (b) 5
passages à 5 mm/s et (c) 10 passages à 10 mm/s. Un point du matériau sur l’axe central est
donc irradié par passage par Ntophat =270, 54 et 27 impulsions. Le taux de recouvrement
entre deux impulsions successives, dont la valeur vaut (1 − v/∆νD) × 100, reste pourtant
très élevé, passant de 99.6% à 96.3%. Nous constatons une forte dégradation de l’usinage
à la vitesse la plus lente en comparaison des deux autres qui sont équivalentes. Elle est
associée à la dynamique du dépôt d’énergie, représentée en (d) et que nous définissons
comme le produit de la fluence crête mono pulse par le nombre d’impulsions irradiant en
un passage un point du matériau :
D∆ν
Faccumulée = Fcrête × Ntophat = Fcrête , (3.10)
v
123
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Figure 3.18 – Comparatif de rainures ayant été irradiées avec le même nombre d’impulsions
mais selon des procédés différents : (a) Npass = 1, v = 1 mm/s ; (b) Npass = 5, v = 5 mm/s ; (c)
Npass = 10, v = 10 mm/s. (d) Représentation schématique simplifiée de la dynamique du dépôt
d’énergie des trois cas précédents. Alors que la fluence totale accumulée est équivalente, nous
constatons une différence conséquente en matière de qualité d’usinage. Paramètres constants :
f = 250 mm (ω0 ≈ 27 µm), Fcrête = 7 J/cm2 .
Figure 3.19 – Flancs de découpe usinées à vitesse (a) lente (1 mm/s) et (b) rapide (10 mm/s).
La vitesse lente témoigne d’un flanc rugueux tandis qu’à 10 mm/s, celui-ci est plus lisse et
présente des zones nanostructurées. Paramètres appliqués : f = 250 mm (ω0 ≈ 22 µm), Fcrête =
7 J/cm2 .
124
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
Alors que cette fluence crête accumulée par passage est constante pour les trois rai-
nures des Fig. 3.18(a) (b) et (c), une trop forte accumulation est favorisée dans le premier
cas. L’ablation par passage y est aussi beaucoup plus prononcée et la surface d’inter-
action entre le matériau et le laser en déplacement est alors plus abrupte et chahutée.
Une autre hypothèse est qu’une fraction de la matière usinée est évacuée par le plasma
d’ablation tandis qu’une autre partie est suffisamment échauffée pour entretenir un état
semi-liquide qui se resolidifie en arrière du faisceau. La configuration de cette resolidifica-
tion semble s’orienter dans la même direction, ce qui suppose des effets latéraux induits
par le choc laser. Celui-ci passant plus rapidement dans les deux autres cas, les effets
sont réduits puisque les profondeurs usinées sont plus faibles et l’augmentation de la
température latérale est abaissée. De plus, la matière a plus de temps pour se relaxer
entre deux passages dont le plus grand nombre réussit à moyenner l’apparition des dé-
fauts. La Fig. 3.19 confirme ces différences de qualité sur les flancs d’usinage obtenus
avec les deux vitesses limites. A 1 mm/s, le matériau semble fondu bien qu’aucune fissu-
ration ni écaillage n’apparaisse. Par opposition, le flanc à 10 mm/s est majoritairement
nanostructuré et uniforme.
Figure 3.20 – Spectres Raman pris au centre des flancs d’usinage pour différentes vitesses de
découpe sur PZT+NiP collé sur silicium. La fluence crête accumulée par passage est également
indiquée. Les traits rouges indiquent la position du pic A1 (T 03 ) pour l’estimation des contraintes
résiduelles. Le spectre de référence se retrouve pour des vitesses supérieures ou égales à 5 mm/s.
Paramètres appliqués : f = 250 mm (ω0 ≈ 22 µm), Fcrête = 7 J/cm2 .
Les analyses par spectroscopie Raman sont représentées Fig. 3.20. Les spectres usinés
tendent vers la référence à vitesse croissante et les valeurs inférieures à la limite de 5 mm/s
ne permettent pas de dissocier les pics caractéristiques du PZT sous forme pérovskite.
L’écart type global ζp confirme cette dégradation minimisée à partir de 8 mm/s et la
contrainte résiduelle diminue également malgré son manque de précision (Fig. 3.21).
125
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Figure 3.21 – Évolution des paramètres quantitatifs issus des mesures de 3.12. (a) Écart type
global ζp et (b) estimation des contraintes résiduelles σ. Les résultats sur scanner sont ajoutés en
comparaison. A vitesse croissante, la qualité du spectre augmente et la contrainte remonte vers
la valeur de référence avant de se stabiliser. Paramètres appliqués sur platines : f = 250 mm
(ω0 ≈ 22 µm), Fcrête = 7 J/cm2 ; sur scanner : f = 160 mm (ω0 ≈ 18 µm), Fcrête = 10 J/cm2 .
Figure 3.22 – Comparaison des spectres des flancs d’usinage pour des couples de fluence-
vitesse définis autour des seuils de qualité estimés par fluence accumulée. Paramètres appliqués :
f = 250 mm (ω0 ≈ 27 µm pour 3.5 et 10 J/cm2 , 22 µm pour 7 J/cm2 ).
126
3.1 Jeu de paramètres du faisceau gaussien
Il existe donc bien un effet de la vitesse sur la qualité d’usinage, équivalent à une
augmentation de fluence. Au vu des résultats obtenus par spectroscopie Raman, nous
pouvons estimer sur la focale de 250 mm une fluence seuil de qualité d’environ 7 J/cm2
pour une vitesse minimale de 3 à 4 mm/s. Ramené à une fluence crête accumulée par
passage, cela nous révèle un seuil entre 385 et 513 J/cm2 /passage. Par un simple produit
en croix, une fluence de 3.5 J/cm2 ne devrait donc pas être couplée à une vitesse inférieure
à la vitesse limite de 2 mm/s tandis qu’avec une fluence de 10 J/cm2 , celle-ci devrait être
supérieure à 6 mm/s. C’est ce que confirment les spectres de la Fig. 3.22 où deux vitesses
sont associées à chaque fluence, mettant en évidence l’évolution du spectre autour de ces
seuils de qualité estimés en fluence accumulée. En rouge, la fluence crête est de 10 J/cm2
et une évolution évidente de la forme du spectre est effectivement visible entre 5 et
10 mm/s. Les mêmes observations s’appliquent aussi aux deux autres fluences pour des
vitesses plus lentes. Bien que cela fonctionne très bien pour la lentille de 250 mm, il est à
noter que les résultats sont plus partagés avec la lentille de 200 mm qui semble supporter
des fluences accumulées plus élevées.
En conclusion, nous avons mis en évidence l’impact de la vitesse d’usinage sur la
qualité des flancs, de manière quantitative et qualitative à partir de lentilles de longues
focales et pour des fluences autour du point de fonctionnement de 7 J/cm2 . En effet,
les vitesses plus élevées évitent un dépôt trop localisé qui tend à dégrader l’usinage. A
l’inverse, la conicité et le temps de procédé restent stables bien qu’une légère augmentation
à vitesse croissante ait été avérée pour des fluences très basses.
Table 3.9 – Récapitulatif de l’influence de la vitesse sur les critères de temps de procédé,
répétabilité et qualité d’usinage à paramètres constants. Une plage conséquente de vitesses
moyennes est proposée bien que celle-ci ne semble pas critique sur le procédé.
En particulier, Li et al. développèrent une méthode qui diminue la rugosité des flancs
grâce à un décalage du faisceau de quelques microns perpendiculairement à la direction
d’usinage [195]. En effet, nous pouvons supposer qu’avec ce principe, la partie centrale
s’usine de manière constante car irradiée par un nombre d’impulsions équivalent à chaque
127
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Figure 3.23 – Observations des profils polis de découpe selon deux méthodes d’usinage : (a)
Cas classique. (b) Shift du laser de 1 µm perpendiculairement à la direction d’usinage, dans une
direction puis son opposé à chaque nouveau passage. Un dépôt non négligeable d’environ 1 µm
d’épaisseur est visible avec le second procédé. Paramètres appliqués : f = 250 mm (ω0 ≈ 27 µm),
Fcrête = 7 J/cm2 , v = 5 mm/s.
passage tandis que les bords seront soumis à des fluences plus faibles 1 passage sur deux.
La fluence cumulée moyennée en bordure de coupe est ainsi réduite tout comme les défauts
obtenus habituellement sur des déplacements classiques.
Cette idée a donc été reprise dans nos travaux où un décalage de 1 µm a été utilisé
sur la focale de 250 mm. Alors que le temps de procédé n’est en rien affecté, la qualité
évolue effectivement, mais selon des tendances à l’opposé de nos attentes (Fig. 3.23). Le
profil poli de coupe standard de la Fig. 3.23(a) ne montre aucun défaut dans l’épaisseur
alors qu’une surcouche déstructurée et probablement partiellement adhérente de quelques
microns de large est apparente sur un des deux flancs du nouveau procédé (Fig. 3.23(b)).
D’après nos hypothèses, le faisceau contribuerait à repousser une partie de la matière en
éjection sur un des bords par onde de choc. Alors que celle-ci est de nouveau éliminée
sur le côté irradié par la plus haute fluence, l’autre côté ne sera pas "nettoyé", d’où une
inhomogénéité des résultats. Cette méthode ne peut donc convenir à notre besoin puisque
toutes les pièces usinées sont exploitées par la suite et doivent de ce fait être identiques.
Sur un tout autre principe, le moyen de découpe par platines de translation a éga-
lement été remis en question par rapport au scanner (Scanlab). Alors que les vitesses
plus élevées ont montré une amélioration de la qualité d’usinage, de tels systèmes sont
capables de déplacer le faisceau à 1m/s au maximum, bien supérieur aux platines. Cepen-
dant sur de telles échelles, le recouvrement devient quasi voire nul et une synchronisation
des tirs par rapport au déplacement devient nécessaire. D’un passage à l’autre, il n’existe
en effet aucun contrôle permettant de certifier que les impulsions se superposent ou au
contraire, qu’elles occupent des positions très différentes. De ce fait, il existe une certaine
probabilité pour que les usinages ne soient plus homogènes malgré un fort moyennage
de part de nombreux passages. Cette volonté de synchronisation est en cours d’étude et
la comparaison avec les platines nous a finalement inciter à ne pas dépasser 50 mm/s
(Ntophat ≈ 5).
Le temps d’usinage est mis en évidence sur la Fig. 3.24(a) et la qualité sur la Fig. 3.21.
128
3.2 Accélération de procédé par mise en forme de faisceau
Nous constatons que la lentille scanner de 160 mm dont le waist est estimé à ≈ 18 µm
rivalise avec la lentille de 250 mm (ω0 ≈ 22 µm) tandis que l’achromat de 200 mm dont
le waist lui est pourtant équivalent requiert légèrement plus de passages. La linéarité
avec la vitesse est de plus très bien conservée même pour des vitesses rapides. Nous
supposons donc que la translation du matériau a une influence négative sur l’efficacité
d’ablation comparativement à la translation du faisceau. Le scanner est plus précis, avec
des zones d’accélération/décélération fortement réduites et le matériau n’est plus soumis à
des déplacements parasites et difficilement quantifiables. La Fig. 3.24(b) présente l’aspect
du flanc d’usinage à 50 mm/s dont la partie supérieure contient des ripples conformément
à nos attente tandis que la partie inférieure est striée. Ce phénomène est probablement dû
au problème de synchronisation évoqué plus haut et donc l’emploi de vitesses supérieures
n’apporte rien à la qualité.
129
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Comme nous l’avons souligné au début de ces travaux, chaque classe de matériau est
caractérisée lors d’un usinage femtoseconde par des mécanismes successifs d’interaction
linéaires ou non. Pour les matériaux diélectriques, l’énergie lumineuse est en premier lieu
absorbée par le système électronique dont la population libre croît majoritairement via
l’absorption multiphotonique ainsi que par l’ionisation par avalanche. S’ensuit alors un
transfert de cette énergie au réseau qui voit sa température augmenter rapidement jus-
qu’au seuil critique d’ablation. Cette réflexion résulte de la considération d’une excitation
initiale de type gaussienne intervenant sur des durées inférieures à ces échanges. L’idée
de la mise en forme temporelle de faisceau tient alors dans la possibilité de modifier cette
source impulsionnelle de sorte qu’elle puisse à son tour contribuer à ces échanges ther-
miques postérieurs, perturbant ainsi les mécanismes en cours dans le but d’optimiser un
phénomène physique donné [196]. La mise en forme la plus commune est celle de la double
impulsion où la gaussienne temporelle est scindée en deux sous-gaussiennes retardées l’une
de l’autre par des chemins optiques de longueurs différentes. Pour y parvenir, des systèmes
dérivés des principes de Michelson sont généralement employés. Par ces moyens, Donnelly
et al. démontrèrent qu’un écart temporel de 5 à 10 ps doublait les volumes et profondeurs
d’ablation sur le nickel comparativement à des usinages mono-impulsionnels [197]. Ces
durées optimales sont comparables aux temps de transfert électrons-phonons estimés à
5 ps dans ce matériau, ce qui suppose une interaction relativement complexe entre la
seconde impulsion et le matériau en déséquilibre thermique initié par la première im-
pulsion. Selon les mêmes analyses, Liebig et al. constatèrent des profondeurs d’usinage
plus importantes toujours entre 5 et 10 ps sur l’acier pour plusieurs fluences, mais éga-
lement une amélioration de la qualité d’usinage [198]. Au cours de cette période, le flux
de matière plus ou moins fondue se détache progressivement du corps principal mais se
retrouve perturbé par l’arrivée de la seconde impulsion. Finalement, c’est a priori lors
de cette zone temporellement critique, lorsque les électrons et le réseau s’équilibrent en
température, que la double impulsion trouve son sens. Antérieurement à cette durée, les
deux impulsions contribuent de manière identique à l’absorption par les électrons libres.
A l’opposé, une seconde impulsion trop tardive n’aura pas d’effet notable sur le matériau
mais pourra éventuellement empêcher la libre expansion du plasma d’ablation.
Outre la double impulsion, des technologies plus sophistiquées de mise en forme per-
mettent de nos jour une déstructuration complète de la forme gaussienne sur des échelles
sub-picosecondes avec l’exploitation toute particulière des SLMs ("Spatial Light Modu-
lator") [199]. Ces systèmes sont en effet constitués d’une matrice de cristaux liquides
anisotropes, adressables indépendamment en vue de modifier leur orientation face à une
onde incidente. De ce fait, chaque pixel sera identifié par une marche optique différente
ce qui aura pour effet de modifier la phase de l’onde. Le principe simplifié d’une telle ré-
organisation temporelle se base sur l’utilisation conjointe d’un SLM en transmission avec
un faisceau étalé spectralement (Fig. 3.25). Ainsi, chaque longueur d’onde étant indépen-
damment avancée ou retardée de ±π de leur période, la recombinaison finale engendrera
une impulsion étalée dans le temps et aux amplitudes sub-picosecondes volontairement
définies [200]. La multiplicité des mises en forme rendues possibles par cette technique
nécessite le plus souvent une boucle de rétroaction basée sur un phénomène physique à
analyser. Des algorithmes complexes tels que les algorithmes génétiques contribuent à
la recherche de cartes de phase optimisée pour le besoin [138]. L’indice optique, l’onde
130
3.2 Accélération de procédé par mise en forme de faisceau
Figure 3.25 – Principe de mise en forme temporelle avec modulation de phase par SLM en
transmission.
de pression ou encore les dimensions de la zone affectée ont ainsi pu être contrôlés pour
l’ablation optimisée dans la masse de la silice avec une bonne reproductibilité [201, 202].
Stoian et al. démontrèrent également les possibilités d’optimisation sur une multiplicité
de matériaux diélectriques et sur des critères aussi variés que la fissuration, la remontée
de matière ou l’efficacité d’ablation [203, 204].
Dans le cadre de nos travaux, seule la double impulsion a été étudiée afin de tester
brièvement les éventuelles améliorations permises sur le PZT. Le schéma de montage est
présenté Fig. 3.26(a). Le faisceau initial est scindé en deux puis recombiné grâce à deux
cubes 50/50 non polarisant et permettant une transmission de puissance équivalente dans
chacun des deux bras. Le chemin optique supérieur est constant tandis qu’une platine de
translation manuelle permet de faire varier la longueur de propagation dans le second bras.
Figure 3.26 – (a) Schéma de principe de double impulsion. (b) Échantillon de mesures tem-
porelles par auto-corrélation.
131
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Il en résulte alors deux sous-impulsions plus ou moins décalées dans le temps et d’éner-
gie respective égale à 1/4 de l’énergie initiale du fait de la seconde division au niveau du
deuxième cube. Cette perte conséquente constitue un des défauts de la mise en forme par
double impulsion. Le second défaut concerne l’alignement qui est ici excessivement cri-
tique puisque les deux faisceaux doivent parfaitement se superposer en toute circonstance
et malgré le déplacement des miroirs de la platine. L’utilisation de lasers de référence ainsi
que des observations à longues distances offrent une bonne estimation de la précision at-
teinte, finalisée par des analyses de faisceau après focalisation. Une fraction de l’énergie
est également prélevée pour l’autocorrélateur dont quelques échantillons de son écran
sont donnés Fig. 3.26(b). Nous remarquons que la résolution est excellente et que l’écart
entre deux impulsion est évidente à l’échelle picoseconde (seuls deux pics successifs sont à
considérer). Notons aussi la présence d’ailettes au niveau des pieds de la mono-impulsion
de 190 fs, ce qui indique un léger déréglage initial du laser.
La Fig. 3.27(a) résume les mesures de profondeur obtenues sur des rainures de PZT
pur (Npass = 1) avec f = 250 mm, v = 5 mm/s et pour quatre fluences crêtes différentes
en fonction de l’écart temporel des doubles impulsions. Contrairement à l’étude [198],
l’effet positif supposé sur l’ablation n’est pas évident hormis éventuellement à 2 J/cm2 ou
un optimum semble se dessiner autour des 5 ps. Cependant cette fluence reste très basse
et peu recommandée pour une découpe optimale en matière de temps de procédé et de
reproductibilité. La qualité d’usinage a été observée par MEB mais aucune variation n’a
été constatée.
Figure 3.27 – (a) Évolution de la profondeur de rainures de PZT pur avec l’écart temporel entre
deux impulsions pour quatre fluences crêtes. Paramètres appliqués : f = 250 mm ; v = 5 mm/s.
Seule Fcrête = 2 J/cm2 indique une influence de la double impulsion du fait d’une évolution non
monotone de la profondeur. (b) Amplitude crête des ondes de choc et de la contrainte instantanée
équivalente en fonction de ce même écart temporel. A haute fluence, un écart temporel optimisé
permet de réduire la contrainte résiduelle.
Aussi, un effet sur l’amplitude de l’onde de choc était attendu avec l’hypothèse que
la seconde impulsion puisse interférer destructivement avec la première onde naissante
dans le matériau. Les résultats statiques obtenus sont tracés Fig. 3.27(b). Remarquons
que les amplitudes des mono-impulsions à ces fluences sont d’un facteur 2 inférieures
aux valeurs données Fig. 3.15. Or cette étude a été réalisée après la forte variation de
ω0 recensée Fig. 3.3 (valeur de Novembre 2012 avec ω0 ≈ 24.7 µm), ce qui implique un
132
3.2 Accélération de procédé par mise en forme de faisceau
En conclusion, les tests sur la double impulsion montrent des résultats dépendants de
la fluence, loin des hypothèses de forte amplification du taux d’ablation et d’amélioration
de la qualité, bien qu’encourageant dans certains cas particuliers. La perte d’énergie
associée à la division du faisceau n’est pas rentabilisée par une amélioration de procédé
suffisante, ce qui ne serait pas nécessairement le cas avec l’utilisation de SLMs qu’il
faudrait approfondir. Dans l’immédiat, aucune exploitation n’est envisageable dans le
cadre d’une industrialisation.
133
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Figure 3.28 – Schéma de principe de mise en forme spatiale de faisceau avec 5 spots focaux
parallèles.
Optical Elements") qui ne sont autres que des éléments optiques figés dont les épaisseurs
locales ont été taillées sur mesure en fonction du front d’onde incident et dont le but est
d’atteindre une forme clairement définie.
Nous avons utilisé dans notre étude un SLM en réflexion de type Pluto-Nir2 de chez
Holoeye et composé d’une matrice de 1920 × 1080 pixels carrés de coté 8 µm. La Fig. 3.28
présente le protocole expérimental utilisé avec un exemple de modulation 5 points ainsi
que la carte de phase équivalente à la surface du SLM en niveau de gris. Les focales des
lentilles L1 et L2 respectivement de 750 mm et 250 mm sont confondues et permettent
de faire l’image du SLM au niveau de la pupille d’entrée du doublet achromatique tout
en diminuant la taille du faisceau. Le plan en f1 ainsi que le plan d’usinage voient alors
apparaître cinq spots de distribution gaussienne d’amplitudes à peu près équivalentes.
134
3.2 Accélération de procédé par mise en forme de faisceau
L’écart entre le front d’onde réel du faisceau et la théorie ainsi que la non-unicité
des solutions de cartes de phase proposées par les algorithmes de calcul impliquent un
bruit non négligeable pouvant être optimisé. Aussi, l’écart entre les impacts n’est pas
suffisant pour usiner plusieurs rainures simultanément. Pour ces raisons, les spots focaux
sont alignés préférentiellement dans la direction d’usinage.
Table 3.10 – Évolution du nombre de passages avec et sans modulation spatiale pour plusieurs
lentilles. La 250 mm étant la plus rapide, la mise en forme est employée sur de plus courtes
focales afin d’accélérer le procédé tout en bénéficiant d’une meilleure conicité. La mise en forme
3 points avec la 50 mm s’approche des résultats obtenus sur longue focale.
Le SLM d’étude étant un miroir pixelisé et sensible au flux incident, une puissance
maximale de 700 mW est préconisé pour éviter son endommagement. A cela s’ajoute
un taux de remplissage d’environ 72% induisant des pertes majoritairement par effets
diffractifs de l’ordre de 50%. Environ 400 mW de puissance maximale est ainsi accessible
pour l’usinage, ce qui implique que la lentille de 250 mm ne peut être employée pour
des essais multi-points. Néanmoins, la perte d’efficacité des plus courtes focales peut être
palliée par cette technique et ainsi tirer profit de leur faible conicité. La Fig. 3.29 recense
les principales configurations testées qui ont permis la découpe des 180 µm de PZT+NiP
à 2 mm/s dont les résultats sont donnés tab. (3.10).
L’écart entre chaque impact est fixé arbitrairement à environ 5ω0 . Sans mise en forme,
la lentille de 250 mm est clairement la plus efficace avec Npass = 6. Notons également un
ratio d’environ 5 avec la lentille de 50 mm et qui se retrouve sur le nombre de passages.
Par opposition, le matériau est difficilement découpé avec la lentille de 25 mm même avec
une mise en forme de 7 points (la découpe fluctue entre 17 et 35 passages). Bien que
l’usinage sature, le procédé est fortement accéléré avec l’utilisation de la mise en forme
(Fig. 3.30(a)) mais aussi en matière d’efficacité, mise en évidence sur la Fig. 3.30(b). En
effet, pour un nombre d’impulsions équivalent, seul le premier passage à 7 points donne
une profondeur identique à 7 passages en mono-pulse. Pour Npass supérieur, la profondeur
usinée devient plus importante, ce qui suppose un effet accumulatif non négligeable au
cours de cette mise en forme.
Un nombre de passages proche de celui de la longue focale est atteint avec une mise en
forme de 3 faisceaux sur la lentille de 50 mm bien que la fluence soient plus faible. Avec
5 points, la fluence maximale atteinte par spot est de 2.3 J/cm2 et Npass = 16 dus à la
forte diminution du taux d’ablation sur cette plage de fluence. Cette technique rend donc
bien possible l’accélération du procédé de découpe tout en tirant profit des avantages des
courtes focales vis à vis de la conicité (Fig. 3.31).
135
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Figure 3.30 – Profondeurs ablatées avec et sans modulation de phase pour la lentille de 25 mm
à 2 mm/s selon deux références : (a) le nombre de passages Npass réel effectif et (b) le nombre
d’impulsions équivalentes Ntophat . La modulation améliore l’efficacité d’ablation.
Figure 3.31 – Profils d’usinage et conicité pour les trois focales testées : 25 mm avec mise en
forme 7 points ; 50 mm avec mise en forme 3 points et 250 mm sans mise en forme.
La qualité des flancs a également été brièvement observée et est présentée Fig. 3.32
pour des paramètres d’usinage et de temps de procédé équivalents. Cependant, les fini-
tions sont très différentes. Alors que la lentille de 250 mm met en évidence des flancs
nanostructurés témoins d’une ablation douce, la focale de 50 mm avec mise en forme
présente un aspect cotonneux avec apparition locale de fissurations. L’étroitesse de la
rainure peut en effet provoquer des dépôts plus conséquents au cours de l’expansion du
plasma d’ablation et le fort taux de recouvrement peut impliquer un effet d’accumulation
amplifié par la présence de la mise en forme.
Finalement, les résultats d’optimisation des découpes par mise en forme spatiale sont
de nouveau mitigés. Tout comme pour la mise en forme temporelle, de fortes pertes d’éner-
gie intrinsèques aux optiques utilisées apparaissent. Seules les courtes focales peuvent être
136
3.3 Multiplication des lignes d’usinage
Figure 3.32 – Rugosité des flancs d’usinage pour (a) la lentille de 250 mm sans mise en forme
et (b) la lentille de 50 mm avec mise en forme à v = 2 mm/s et Fcrête ≈ 5 J/cm2 . La rugosité
est moins bonne dans le second cas avec la présence de dépôts au lieu de ripples.
137
Chapitre 3 Optimisation des paramètres de découpe et perspectives
Figure 3.33 – Schéma de principe de réalisation d’un "parallel processing" à 2 faisceaux pour
l’usinage identique de deux wafers par un jeu de rotation des polarisations.
138
3.4 Conclusion partielle
139
Conclusion générale
Les lasers à impulsions ultra-brèves ont été ici exploités dans le cadre du micro-
usinage et de la micro-découpe qui constituent des milieux très concurrentiels. Nous
avons ainsi mis en évidence la multiplicité des moyens technologiques afin de situer au
mieux les performances de notre outil de travail. Bien que les dimensions atteignables
ne soient pas aussi faibles que les faisceaux d’ions focalisés (FIB) ou l’attaque chimique,
cette technologie se révèle prometteuse de par sa grande flexibilité et polyvalence. Ses
paramètres réglables sont nombreux et les puissances instantanées générées provoquent
des effets non linéaires à l’origine de sa capacité unique à usiner n’importe quel type de
matériau.
Aussi, il a été démontré théoriquement et expérimentalement que ce régime d’impul-
sion réduisait de manière considérable la zone affectée thermiquement intrinsèque aux
procédés radiatifs. L’apparition de défauts majeurs tels que les remontées de matière
fondues ou les fissurations provoquées respectivement par les lasers conventionnels et les
méthodes abrasives est dès lors fortement réduite.
Pour ces raisons, la Sagem s’est intéressée à cette technologie pour la découpe sen-
sible des PZTs intervenant de manière critique dans le fonctionnement d’un de ses sen-
seurs phares. Ces matériaux polycristallins issus d’un frittage de différentes poudres sont
des diélectriques de type céramique exhibant des propriétés piézoélectriques. Il apparaît
donc comme essentiel que l’usinage de ces pièces affecte au minimum la structure en
bord de coupe, d’où la considération pertinente de ces nouveaux procédés. En outre, les
phénomènes non linéaires d’absorption multiphotonique et d’ionisation par avalanche de-
viennent les principaux vecteurs de transmission de l’énergie au matériau, la longueur
d’onde d’émission dans l’infra-rouge n’étant pas suffisante pour permettre aux électrons
de la bande de valence de passer directement dans la bande de conduction par absorption
linéaire.
Cependant, les lasers femtosecondes restent des outils coûteux, complexes à manipu-
ler mais aussi sensibles aux fluctuations expérimentales. Technologiquement parlant, ils
s’appuient sur les propriétés d’émission polychromatique de certains cristaux excités et
exploitées par Mode-Locking. Associé à une amplification par Chirping, des puissances
crêtes instantanées de l’ordre du GW sur des durées à l’échelle de la centaine de fem-
tosecondes sont dès lors accessibles, rendant n’importe quelle structure usinable. Or ces
avantages ne peuvent être exploités sans la compréhension simultanée des caractéristiques
140
Conclusion Générale
A partir de ces différentes quantifications, il nous est ainsi possible de simuler les temps
d’usinage mais également de définir des fenêtres de paramètres plus pertinentes à l’opti-
misation. Le taux d’ablation du PZT présente en effet une inflexion entre 5 et 7 J/cm2 .
Inférieure à ces valeurs, l’ablation peut subir de fortes fluctuations de profondeur pour
une variation minime de fluence. A l’inverse, des fluences plus élevées n’impliquent pas un
rendement aussi conséquent que l’énergie déployée comparativement au gain en termes
de temps de procédé obtenu.
Dans ce contexte, l’optimisation de procédé mais surtout l’analyse de la qualité des usi-
nages est envisageable. Parmi les moyens à disposition, nous avons souhaité nous centrer
sur des méthodes d’imagerie comme la microscopie électronique à balayage, mais aussi
associées à des techniques permettant une quantification et favorisant un classement plus
objectif des paramètres testés. La spectroscopie Raman s’est ainsi avérée bonne candidate
au vue de la dimension des flancs et des possibilités d’analyses. En outre, la structure cris-
talline, la composition chimique ou encore la contrainte résiduelle peuvent être déduites
moyennant le développement d’outils adaptés. A cela s’ajoute la caractérisation EDX ou
141
Conclusion Générale
encore une méthode plus exotique de quantification des ondes de choc par récupération
des tensions piézoélectriques générées à l’impact. Cette dernière a nécessité de s’intéresser
aux modèles équivalents électriques du matériau afin de mieux comprendre la nature des
signaux réceptionnés.
Dès lors, il s’avère que de fortes fluences engendrent bel et bien une dégradation de la
structure cristalline en bords de coupe à laquelle s’ajoutent des fissurations et des dépôts
en surface d’entrée. De même, les défauts de faisceau en entrée sont davantage marqués
tandis que la conicité évolue peu. Un écaillage des électrodes en surface de sortie à par-
tir d’une certaine fluence est justifié par une accumulation de contraintes instantanées
supérieure à la limite à la rupture en tension du PZT. Les revêtements métalliques en
NiP engendrent de plus une augmentation du temps de procédé d’environ 20% du fait des
10 µm supplémentaires mais aussi d’un taux d’ablation plus faible. L’analyse de la vitesse
d’usinage ne révèle pas d’influence sur ce critère temps mais bien une qualité dégradée
pour des déplacements lents et dont la limite serait définie par un seuil de fluence accu-
mulée (produit de la fluence crête monopulse par le nombre d’impulsions). La distance
focale est responsable de la taille du faisceau à l’impact et va jouer sur le maintien de la
fluence souhaitée dans l’épaisseur de coupe. Une limite à ω0 = 14 µm certifie une fluc-
tuation inférieure à 5%, d’où le choix de longues focales pour l’usinage. La conséquence
directe est que le recouvrement est localement plus élevé, d’où la réduction des temps
de procédé. Les exigences en matière de conicité incitent cependant à ne pas employer
de focales trop longues, l’angularité augmentant avec la taille du faisceau. La rugosité
des flancs est également améliorée avec une polarisation perpendiculaire à la direction de
translation car l’absorption y est plus prononcée. Au final, le choix de fluences moyennes
avec des focales longues et des vitesses élevées favorisent l’apparition de nanostructura-
tions de surface aussi appelées ripples et dont la présence témoigne d’une ablation douce
et sans fissuration. Ces motifs peuvent ainsi servir de marqueurs pour une analyse rapide
de la qualité d’un flanc.
Au cours de l’étude, les fortes fluctuations de la dimension du faisceau ont permis de
constater de sa très forte influence sur l’ensemble des critères considérés, d’où un besoin
essentiel de son contrôle dans le temps. Néanmoins, de nouveaux lasers développés dans
un objectif industriel sont désormais disponibles sur le marché et présentent des proprié-
tés de robustesse et de performance accrues.
En vue de réduire le temps de procédé tout en évitant une dégradation par la fluence,
la mise en forme de faisceau a été testée. La double impulsion qui consiste à scinder
temporellement l’impulsion femtoseconde en deux a montré un léger changement positif
des propriétés de l’ablation. D’un autre côté, le parallel processing par modulation de la
phase spatiale a permis d’augmenter la quantité d’impacts sur le matériau et d’exploiter
davantage la puissance laser disponible. Bien que les temps de procédé soient effecti-
vement réduits, la qualité se dégrade mais surtout, une forte proportion d’énergie est
perdue au travers des différents éléments optiques traversés. Bien que non exploitables
dans l’immédiat, ces systèmes constituent d’intéressantes perspectives d’amélioration et
le dédoublement du faisceau par un jeu de polarisation suffit actuellement à l’usinage
sans perte de 2 wafers simultanés.
Enfin, cette étude a été lancée dans le cadre d’une industrialisation nécessitant un
approfondissement de la réaction propre entre un laser femtoseconde et la céramique
PZT donnée. Par conséquent, certains paramètres n’ont pu être approfondis, comme la
142
Conclusion Générale
cadence, la durée d’impulsion ou la longueur d’onde. Dans l’hypothèse d’un effet linéaire,
la cadence devrait diminuer les temps de procédé car accélérant le dépôt d’énergie. Il faut
cependant garder à l’esprit qu’un dépôt trop rapide peut engendrer une accumulation
trop importante jouant sur la qualité. Les deux autres critères impliqueraient l’utilisation
d’autres lasers, remettant en question le choix initial du Ti :Saphir. Néanmoins, des essais
succincts sur la durée d’impulsion jusqu’à 500 fs n’ont pas révélé de variation de temps
de procédé, ce qui laisse entendre la possibilité de l’emploi de lasers à durée d’impulsion
plus élevée. Également, une autre longueur d’onde dans le domaine infra-rouge donne des
résultats similaires. Une des perspectives de réduction des coûts serait donc de tester des
lasers de quelques picosecondes avec des longueurs d’onde UV pour limiter les éventuelles
dégradations de la qualité. Nous favoriserions ainsi un usinage davantage photo-chimique
avec scission des molécules que photo-thermique où l’ablation résulte de la montée en
température. Au cours de l’étude, nous avons également pu évoquer d’autres pistes d’ap-
profondissement. Entre autre, la nouvelle définition du taux d’ablation dynamique ne
permet pas un calcul exact du nombre équivalent d’impulsions. Des études récentes ont
révélé l’amélioration de la conicité des flancs grâce à des polarisations radiales ou azimu-
tales qui requièrent des optiques spécifiques. Les essais sur scanner révèlent également
une meilleure efficacité que les platines de translation, autorisant le choix de vitesses tou-
jours plus élevées, avec la nécessité d’une synchronisation entre la position d’un impact
et la position de l’échantillon. La spectroscopie Raman est capable de fournir davantages
d’informations sur l’évolution des propriétés cristallographiques du matériau tout comme
l’analyse par onde de choc sur la contrainte instantanée. Enfin, les technologies de mise
en forme de faisceau méritent un approfondissement de par les perspectives intéressantes
qu’elles proposent en matière d’accélération de procédé.
En résumé, ces travaux définissent une première optimisation non exhaustive et non
unique de l’interaction entre un laser femtoseconde et la céramique piézoélectrique PZT
pour sa découpe. Les caractéristiques essentielles, aussi bien de propagation que d’inter-
action y sont recensées, permettant de comprendre les principaux éléments physiques mis
en jeu. Nous aboutissons alors à la définition de plages de paramètres adaptées, en cohé-
rence avec des caractérisations qualitatives et quantitatives spécifiquement développées à
cet effet et dans l’objectif final d’une industrialisation plus fiable et mieux justifiée. Cette
contribution démontre de nouveau de l’intégration progressive des technologies ultra-
brèves dans le milieu industriel, technologies jusqu’alors dédiées au monde scientifique
mais qui justifient progressivement d’une maturité et d’une maîtrise suffisantes pour une
exploitation à plus grande échelle.
143
Annexes
144
ANNEXE A
8πhn3 ν 3
uν = , (A.5)
c3 (ehν/kT − 1)
où h est la constante de Planck, n l’indice de réfraction du milieu et c la célérité de
la lumière. Les deux premiers processus sont les seuls observés à l’époque d’Einstein en
1917. Mais pour que la loi sur le rayonnement des corps noirs de Planck dont est déduite
l’éq. (A.5) corresponde à son modèle, il introduit un 3ème mécanisme, l’émission stimulée,
qui ne sera observée pour la première fois qu’en 1928.
L’émission stimulée présente des propriétés très intéressantes : elle se caractérise par
l’émission d’un photon d’énergie ayant exactement les mêmes propriétés de direction, de
durée et de longueur d’onde qu’un photon incident ayant "stimulé" la relaxation. On parle
alors de photons cohérents entre eux. Pour un système à l’équilibre thermo-dynamique
et adiabatique, nous pouvons décrire les échanges radiatifs entre les niveaux Nu et Nl où
la somme des émissions spontanée et stimulée sera égale à l’absorption, soit :
En déduisant uν et en remplaçant Nu /Nl par la relation (A.1), nous retombons sur une
équation de la forme (A.5) si et seulement si gl Blu = gu Bul ou, dans le cas simplifié,
Blu = Bul . Nous obtenons finalement le rapport émission stimulée sur émission spontanée
de la forme :
Bul uν 1
= . (A.7)
Aul ehνul /kT − 1
147
Chapitre A Principes généraux d’émission laser
Cette équation montre que l’émission stimulée devient égale voire supérieure à l’émission
spontanée dès lors que hνul /kT est inférieur à ln(2).
c
I(ν) = uν . (A.9)
n
L’émission spontanée est négligée puisque elle émet dans toutes les directions tandis que
l’émission stimulée émettra des photons identiques, dans la même direction que le photon
précurseur et amplifiera donc le faisceau avec une meilleure probabilité. Cela explique
également pourquoi les lasers sont très directionnels, on parle alors de faisceau collimaté.
La variation d’intensité sur une section dA et une distance dz sera dès lors proportion-
nelle à la différence entre le nombre de transitions par émission stimulée et par absorption,
soit :
[I(z + dz) − I(z)]dA = [Nu Bul (ν)uν − Nl Blu (ν)uν ]hν dA dz (A.10)
hν I dA dz
= [Nu Bul − Nl Blu ] . (A.11)
c
En intégrant cette dernière équation, nous trouvons finalement que :
nhν
[Nu Bul − Nl Blu ] z
I = I0 e c (A.12)
= I0 eσul [Nu − (gu /gl )Nl ]z (A.13)
= I0 eσul ∆Nul z (A.14)
= I egz .
0 (A.15)
148
Figure A.2 – Laser à trois niveaux d’énergie. Le pompage (vert) alimente un niveau supérieur
Nu+x qui se relaxe rapidement au niveau Nu , plus stable, et amplifie également l’inversion de
population entre Nu et Nl . Le quatrième niveau se situe généralement entre Nu et Nl (on le nom-
mera Nl+y ). L’émission laser sera réalisée entre Nu et Nl+y , ce dernier se relaxant rapidement
au niveau Nl .
L’amplification sera d’autant plus importante que le gain g sera grand, soit que Nu
sera supérieur à Nl . En reformulant l’éq. (A.6) et connaissant (A.9) :
Ru
Nu = , (A.16)
1 Bul I
+
τu c
où l’absorption est remplacée par le terme général Ru pouvant être initié par un pompage,
méthode consistant à utiliser une source d’excitation du matériau actif permettant d’en-
tretenir l’absorption (décharges électriques, lampes flashs, lasers...). Finalement, lorsque
l’intensité est nulle, Nu = Ru τu et il faut que le pompage soit plus rapide que le temps de
décroissance entre les deux niveaux d’énergie. A supposer que cela soit réalisé, l’intensité
I va croitre à mesure que celle-ci se propage dans le matériau actif. L’éq (A.16) indique
dès lors que la population Nu va diminuer. La valeur pour laquelle les deux termes du
dénominateur sont égaux (et Nu = Ru τu /2) défini l’intensité de saturation Isat , obtenue
après une longueur de propagation Lsat . A partir de cette distance, le faisceau ne s’am-
plifiera plus exponentiellement. La longueur de saturation Lsat peut être relativement
grande comme c’est le cas des lasers He-Ne où celle-ci peut atteindre 80 m. La question
est donc de savoir comment maximiser l’amplification jusqu’à atteindre le régime de sa-
turation. La solution la plus courante est d’utiliser des cavités résonnantes constituées de
2 miroirs entourant le milieu amplificateur (Fig. A.3(a)). La longueur du milieu est alors
augmentée artificiellement grâce à des allers retours. Un des miroirs aura une réflectivité
inférieure à 100% afin de permettre la sortie d’une partie du faisceau tout en gardant à
l’esprit que le gain sur un passage doit au minimum égaler les pertes afin d’entretenir
le signal. Ce gain de seuil multiplié par Lsat est estimé en moyenne à 12 ± 5 dans la
plupart des lasers. Au sein d’une cavité de longueur d, le temps tS , déduit de v = d/t, est
définit comme étant le temps nécessaire pour atteindre l’intensité de saturation après m
passages dans un milieu actif de longueur L (mL = Lsat ) :
m
tS = [nactif L + ncavite (d − L)] . (A.17)
c
Un laser n’est jamais monochromatique mais émet sur une plage de longueur d’onde de
largeur variable. Diverses sources d’élargissement spectral entrent en compétition. Nous
149
Chapitre A Principes généraux d’émission laser
Figure A.3 – (a) Principe d’une cavité résonnante (b) Effet sur le spectre d’émission d’un
laser avec l’apparition des modes longitudinaux.
150
ANNEXE B
L’observation des rainures pour la mesure du taux d’ablation a été réalisée princi-
palement par microscopie confocale. Cet outil n’étant initialement pas adapté pour la
métrologie de surface, il a fallu développer des outils informatiques en vue de leur exploi-
tation.
Affichage 3D
Les données de sortie d’une telle méthode de caractérisation se présentent sous la
forme d’un groupement d’images. Chacune d’entre elles est représentative d’une couche
du matériau à une hauteur donnée (Fig. B.1(a)), leur empilement donnant donc la re-
constitution 3D de la forme analysée. Pour parvenir à cet affichage, le logiciel libre de
traitement d’images ImageJ a été employé ainsi que certains plugins développés par la
communauté d’utilisateurs :
– Leica Tiff Sequence est destiné exclusivement à l’ouverture des piles d’images issues
de l’imagerie confocale de marque Leica.
– Compute Topography succinctement convertit chaque image de la pile en un niveau
de gris différent et condense le tout dans une même image (Fig. B.1(c)). Nous ne
rentrerons pas dans les détails de ce plugin qui propose de multiples options non
utilisées.
Enfin pour finaliser le visuel, nous venons texturer l’image topographique avec les inten-
sités maximales de la pile (Fig. B.1(b)). Le résultat final est donné Fig. B.1(d).
152
Figure B.1 – Traitements pour affichage confocal 3D. (a) Montage représentant la pile d’images
confocales d’une rainure sur PZT. De gauche à droite et de haut en bas, le plan focal pénètre
dans la rainure. Paramètres : 2.2 J/cm2 , 4.6 mm/s. (b) Image résultante des intensités max de
la pile initiale. (c) Image topographique en niveaux de gris. (d) Affichage 3D de (c) sur laquelle
est superposée (b)
153
Chapitre B Interface d’analyses des mesures confocales
154
Figure B.2 – (a) Interface graphique d’estimation des profondeurs des usinages. (b) Profil
moyen permettant de positionner les points de calcul.
155
ANNEXE C
Cette interface a été développée sous environnement Matlab et permet d’observer les
écarts à la théorie dans l’estimation du seuil d’ablation par la méthode de Liu en intégrant
les propriétés réelles de propagation du faisceau, le positionnement de l’échantillon et les
caractéristiques de l’interaction. Les parties la composant sont :
☛✟
– ✡1✠Paramétrage de l’interaction. Nous distinguons les paramètres laser dans le pre-
mier encadré des paramètres matériaux : Puissance laser, plan d’usinage, nombre
d’impulsion et seuils de fluence pour le marquage et ablation. Le facteur d’incuba-
tion est traité dans la partie dédiée à cet effet.
☛✟
– ✡2✠ Lancement de la simulation, affichage du graphique de gauche et des données
numériques résultantes, enregistrement ou annulation des dernières données trai-
tées.
☛✟
– ✡3✠ Données sauvegardées : Après chaque calcul à puissance différente, les résul-
tats des diamètres peuvent être sauvegardés pour être analysés par la méthode de
Liu [122].
☛✟
– ✡4✠ Tracé de l’évolution des fluences seuils d’ablation et de marquage en fonction de
la distance au plan focal. Les contours résultent de l’intersection entre ces fluences
et les simulations Zemax à l’image de la Fig. 1.10.
☛✟
– ✡5✠Tracé
☛✟de la méthode de Liu (D2 = f (ln(Fcrête ))) d’après les éléments sauvegar-
3✠
dés en ✡ .
Ici, les paramètres de fluence seuil et d’incubation sont arbitraires, bien que proches de
la réalité. La simulation Zemax considérée est celle absente de diaphragme, donc proche
d’une propagation gaussienne avec un M2 de 1.46 (valeur mesurée au début des travaux).
La focale est identique à la Fig. 1.10 et vaut 50.8 mm.
156
157
ANNEXE D
Cette interface a été développée sous environnement Matlab et permet de calculer les
taux d’ablation au travers des diverses méthodes évoquées dans le manuscrit. Les parties
la composant sont :
☛✟
– ✡1✠ Menus : Data ouvre une boite de dialogue permettant à l’utilisateur de recenser
les conditions de l’expérience et les paramètres d’expérience. Help ouvre également
une boite de dialogue dans laquelle une notice d’utilisation est décrite.
☛✟
– ✡2✠Initialisation des fluences : Pour un faisceau Tophat, la fluence moyenne est
égale à la fluence crête tandis qu’elle vaut sa moitié pour un faisceau Gaussien. Elle
définit également l’échelle des abscisses du graphique.
☛✟
– ✡3✠ Données d’entrée : Puissances et profondeurs des usinages. [Link] permet de
charger ces valeurs à partir d’un fichier. Fit adapte éventuellement les données d’en-
trée afin de les rendre monotone et anticiper les oscillations des taux d’ablation.
☛✟
– ✡4✠Procédé employé et paramètres d’usinage utiles dans le calcul des taux d’abla-
tion.
☛✟
5✠
– ✡ Choix de la méthode de calcul des taux en régime dynamique.
☛✟
– ✡
6✠Go : Lancement de la simulation, Save : Sauvegarde des résultats, Add Yes/No :
Accumulation ou non des graphiques issus de données d’entrée différentes.
☛✟
– ✡
7✠Tracé des résultats d’ablation obtenus et choix du format d’affichage.
☛✟
– ✡8✠ Résultats d’ablation sous forme numérique en vues de traitements complémen-
taires.
158
159
Bibliographie
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