Dissertation : Droit Et Religion : Comment
interagissent le droit et la religion ?
Dans les sociétés anciennes ou religieuses, le droit et la religion sont deux
ensembles de règles qui ne se différencient pas : le précepte religieux est une
loi civile et les lois adoptées par le pouvoir législatif ne peuvent pas être
opposées aux modèles promulgués par la religion. Ce phénomène de
reconnaissance peut particulièrement se constater actuellement dans des
pays musulmans où le Coran influence les règles juridiques. En ce qui
concerne le droit français, il est en même temps distinct de la religion et
dicté par elle. La distinction du droit et de la religion a trouvé son expression
dans la loi du 9 décembre 1905 relatif à la séparation des Églises et de l’État.
Les lois approuvées par le Parlement n’ont pas à respecter n'importe quel
précepte religieux. L’ordre religieux et l’ordre politique sont différents. Il
n’existe plus en France aucune religion d’État, l’État français est laïc (art.
1er, Const.).
De la séparation du droit et de la religion ressort une dualité des règles,
juridiques et religieuses, qui ont la possibilité de coexister (ex : le mariage
religieux vient s’ajouter au mariage civil) ou s’opposer. On remarque
toutefois qu’il existe une indifférence juridique casi totale quant au « fait
religieux ». Presque toutes les règles juridiques s’inspirent des préceptes
religieux. Ainsi, par exemple, le droit pénal reconnaît la légitime défense
tandis que la religion chrétienne l'expulse. Il ne sanctionne pas non plus le
péché : ni la luxure, ni le mensonge, tant qu’ils ne bouleversent pas la vie de
la société. Paradoxalement l’État français n’est pas entièrement insensible
aux religions puisque parmi les principes adoptés dans la Déclaration des
droits de l’homme et du Citoyen, le 26 août 1789, apparaît un article 10 : «
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nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses ». Cette liberté
de religion est aussi garantie par la Convention européenne de sauvegarde de
droits de l’homme et des libertés fondamentales. La laïcité a provoqué une
indifférence du droit vis à vis de la religion. Toutefois, elle n'interdit pas une
intervention de l’État dans les affaires religieuses. Dès
lors que la pratique de la religion porte atteinte à des sujets fondamentaux le
droit peut l’encadrer, le limiter voire l’interdire (ex : sectes). Néanmoins, les
interactions entre le droit et la religion incite le droit de la prendre en
considération.
Comment interagissent le droit et la religion ?
L'indifférence compréhensive du droit à l’égard de la religion qui se
caractérise par la reconnaissance et la fiabilité de la liberté de croyance ou de
religion, peut se changer en une sorte d'ingérence lors de litiges entre les
règles juridiques et religieuses.
I- L'indifférence compréhensive du droit à l’égard de la religion
En France, le droit s'est laïcisé. La laïcité ne veut pas dire le rejet mais le
respect vis à vis de toute religion (A). Quand la règle religieuse est
socialement et historiquement fondamentale elle trouve une signification
juridique par sa reconnaissance par le législateur ou les tribunaux, même
si ce principe reste prudent (B).
A) La tolérance de principe du droit à l’égard de la religion
Le droit tolère toutes les croyances et leur pratique. Le principe de laïcité
signifie d'abord un souhait de ne pas valoriser une religion contrairement à
une autre. Il assure l’égalité des individus face à la loi sans distinction de
religion (art 1 Constitution). La liberté religieuse provient de libertés
fondamentales comme la liberté d’opinion et de pensée assurées par la
Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales ou l’article 10 de Déclaration des droits de l’homme et du
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citoyen du 26 août 1789. En droit interne, l’article 225-1 du Code pénal
sanctionne le refus de la décision de licencier à cause de l’appartenance ou
de la non-appartenance à une religion définie. L’article 225-2 sanctionne
aussi plusieurs cas de discrimination. La liberté de croyance s’accompagne
de la liberté de culte, c’est-à-dire la liberté, pour chacun, de pratiquer le culte
qu’il a choisi. La règle est que toutes les religions doivent être traitées à
l'identique. La religion n'est pas reniée par le droit, par exemple les
enseignements religieux avec les écoles privées.
B) La reconnaissance prudente de la religion par le droit
Le droit français actuel reste influencé par la morale judéo-chrétienne.
Certains commandements religieux sont aussi des interdictions au sens
juridique. Ainsi les « tu ne tueras pas », « tu ne voleras pas » et autres
commandements sont des principes qui sont transposés au domaine
juridique. Ils sont annoncés dans le droit positif sous la forme des
interdictions et sanctions pénales de l’homicide, du vol.. Toutefois, l'adultère
n'est plus considéré comme une infraction pénale depuis 1975, ce qui montre
la distinction progressive entre le droit et la religion. L'adultère subsiste une
cause de divorce, ce qui prouve de la survivance de la morale chrétienne
dans l’appréciation de la faute civile. À la frontière entre le droit, la morale
et la religion, le refus ou l’acceptation par les législations d'autoriser
l’euthanasie renvoie à la sanction par la religion du suicide et de l’homicide.
Il y a d’autres manifestations du respect de la religion par les règles
juridiques comme le repos dominical ou le droit de grâce du chef de l’État...
Quelques règles peuvent aussi se préciser par un problème de charité,
comme les délais de paiement susceptibles d’être validés par le juge ou la
réforme qui a instauré le revenu minimum d’insertion (RMI) changé en
RSA.
3
A part le législateur, les tribunaux sont aussi confrontés aux règles
religieuses. Mais même s’ils acceptent et tolèrent la liberté de la religion, ils
sont généralement indifférents aux faits religieux ou prudents quand ils
prennent en compte la religion : soit ils cherchent d’autres caractéristiques
pour créer leurs décisions, soit ils n'acceptent le motif religieux que très
rarement, principalement en droit du travail
Dissertation : L'influence de la règle morale
sur le droit positif
D'après Georges Ripert, ancien doyen de la faculté de Paris, il n'y a entre la
règle morale et la règle juridique, aucune différence de domaine, de nature,
de but, il ne peut y en avoir, car le droit doit réaliser la justice et l'idée du
juste est une idée morale. En revanche, elles se distinguent par une
différence de caractère, les règles morales font référence à la perfection
morale, être en paix avec sa conscience quant aux règles juridiques, elles
font référence à la paix sociale dans une société donnée.
Par définition, le Droit désigne l'ensemble des règles obligatoires qui
organisent la vie entre les hommes, susceptibles d'être imposées par la
contrainte. La morale, quant à elle, renvoie aux principes de jugement et de
conduite qui s'imposent à la conscience individuelle ou collective
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fondés sur les impératifs du bien. Les règles morales et juridiques
contiennent des domaines différents. Georges Ripert disait que "le droit se
propose l'ordre et ne s'occupe que des actions", "la morale s'occupe des
intentions et se propose le perfectionnement interne individuel".
Cependant, les notions de droit et de morale tendent vers un même but qui
est le respect et l'application des règles, le droit définit ce qui est juste ou
injuste et la morale ce qui est bien ou mal.
L'intérêt semble donc clairement résider dans le fait de savoir quelle est
l'influence de la règle morale sur le droit positif, autrement dit, de quelle
façon le droit et la morale se distinguent-ils et en quel sens ces deux notions
sont-elles complémentaires ?
C'est pourquoi nous verrons dans un premier temps que les règles morales et
juridiques sont indépendantes (I), puis dans un second temps qu'elles se
rejoignent et sont donc complémentaires (II).
I. Le Droit et la Morale : deux notions indépendantes
Après avoir mis en évidence que les règles juridiques et morales sont
indépendantes et se distinguent par une différence de caractère (A), nous
verrons qu'elles se distinguent également par leurs sanctions (B).
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A) Différence de caractère
Le droit et la morale sont deux moyens de régulation de la société, ainsi le
fait d'obéir aux règles permet la coexistence des individus dans une société
donnée. Cependant, par une différence de caractère, le droit et la morale se
distinguent, en effet, le droit comme nous l'avons expliqué ci-dessus, renvoie
aux règles juridiques qui elles-mêmes font référence à la paix sociale, alors
que la morale, renvoyant aux règles morales accordent une plus grande
importance à la perfection morale.
En prenant pour exemple la notion d'obligation naturelle, Georges Ripert
avait considéré que "l'obligation naturelle n'existe pas tant que le débiteur n'
a pas affirmé cette existence par son exécution; elle naît de la reconnaissance
par le débiteur du devoir moral". Autrement dit, l'obligation naturelle est un
devoir de conscience mais qui n'a pas la valeur d'une obligation.
Par exemple, entre ascendants et descendants, on peut parler d'une obligation
alimentaire. En revanche, il n'existe pas d'obligation alimentaire entre frères
et sœurs mais il y a un devoir de conscience morale. Dans le même ordre
d'idée, la morale condamne la tromperie amoureuse alors que le droit est
indifférent face à celle-ci. La morale impose de réparer les dommages causés
à autrui alors que le droit reconnaît des clauses limitatives de responsabilité.
6
Ainsi, ce qui différencie les règles morales des règles juridiques, c'est ce
caractère étatique, C’est donc en ce seul caractère étatique que l'on peut
déterminer si telle ou telle sanction est morale ou juridique.
Comment le droit objectif et les droits subjectifs
peuvent-ils former un même ensemble : le Droit ?
« Les droits subjectifs sont nés et réalisés sous l'égide du droit objectif ».
Selon Cornu, l'objet du droit objectif est de délimiter les droits subjectifs.
Avant tout, le droit est une notion dont on peut énoncer deux sens essentiels.
Tout d'abord, le droit est un corps de règles dont l'objet est d'organiser la vie
en société. Mais le droit est aussi le statut des personnes qui la constituent et
la réglementation des relations qui s'établissent entre elles. Donc on
distingue deux formes de droits, étant: le droit compris comme l'ensemble de
règles et le droit admis comme des facultés des individus à faire valoir leur
position.
Le droit objectif et les droits subjectifs : deux notions distinctes
Ces deux notions ont des sources différentes
Distinction de ces deux notions par leur fond
Une complémentarité formant un grand ensemble : le Droit
Les droits subjectifs déterminés par le droit objectif
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Le Droit, réunion du droit objectif et des droits subjectifs
Les droits subjectifs sont plus précis que le droit objectif. Les droits
subjectifs concernent une personne, et peuvent différer d'une personne à une
autre. Ce sont les droits que chacun peut avoir, tandis que le droit objectif,
déjà est une règle obligatoire, elle s'impose à tous les citoyens, qui soient
propriétaire ou locataire, qui soit chef d'entreprise, ou salarié. Tous les
individus sont sujets à des règles de droit identiques. Le but du droit objectif
est de réguler la société dans son ensemble
Donc les droits subjectifs sont l'utilisation de ce droit objectif par une
personne donnée en cas de litige. Par exemple, si une personne est licenciée
pour une faute quelconque, cette personne, pour faire prévaloir ses droits,
elle devra nécessairement utiliser le Code du travail. Donc pour faire
prévaloir son droit subjectif, elle devra utiliser le droit objectif. Donc, ces
deux significations du mot Droit, malgré leur distinction, ne s'opposent pas.
En effet, elles sont complémentaires. Comme citer précédemment dans
l'introduction, le droit objectif et les droits subjectifs forment deux
définitions différentes, d'un même ensemble, le Droit.
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L'application de la loi dans le temps
La loi qui émane du Parlement est la source la plus importante du droit
français comme nul n’est censé ignorer la loi il est indispensable de savoir à
partir de quand et jusqu’à quand la loi est applicable. Tel est le premier
problème qu’il faudra examiner.
Mais il ne suffit pas de savoir à partir de quand et jusqu’à quand la loi
nouvelle est applicable.
Un autre problème quand deux lois se succèdent et qu’une situation
juridique commençait sous l’empire de la première se prolonge sous
l’empire de la seconde. Doit-on appliquer à cette situation la loi ancienne ou
est-elle régit par la loi nouvelle ? C’est le problème des conflits de loi dans
le temps qu’il faudra également résoudre.
Partie 1 : L’entrée en vigueur et l’abrogation de la loi
A partir de quel moment la loi est obligatoire et jusqu’à quand le reste-t-
elle ?
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a) L’entrée en vigueur de la loi
Il ne suffit pas que la loi soit votée pour que la loi est force exécutoire il faut
encore qu’elle soit promulguée par décret du Président de la République. Par
la promulgation, le Président constate que la loi a été voté par le Parlement
et ordonne qu’elle soit exécutée. Mais il faut que loi soit portée à la
connaissance du public, cette publication se fait au journal officiel après la
parution au journal officiel la loi est applicable le lendemain sauf si elle fixe
une date ultérieure pour son entrée en application cependant le législateur
peut retarder le moment d’entrée en vigueur de la loi. Il en va ainsi
notamment quand la loi n’a définit que les principes généraux en laissant les
détails pour le décret d’application. Il faut alors en principe attendre la
publication du décret pour que la loi entre en application.
b) L’abrogation de la loi
Autre plan :
En théorie et à première vue, le problème de l'application de la loi dans le
temps pourrait sembler simple : elle serait applicable de la date à laquelle le
législateur a voulu qu'elle entre en vigueur et qui est nécessairement
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postérieure à son adoption, jusqu'à son abrogation ou son remplacement par
une loi nouvelle, et s'appliquerait donc aux actes et situations posés durant
ce laps de temps. Nous éclairerons le rapport entre la loi et le temps en
répondant à cette double question : quelles sont les modalités d'application et
les exceptions au principe de non-rétroactivité de la loi ? Sommaire
La transition de la loi ancienne vers la loi nouvelle
La théorie classique
La méthode moderne : l'application immédiate de la loi
Les exceptions au principe de non-rétroactivité
En droit civil : la rétroactivité d'intérêt général
La rétroactivité in mitius en droit pénal
Autre plan
L'entrée en vigueur d'une loi nouvelle correspond à des nécessités politiques,
économiques et sociales.
Pour ces raisons, la loi nouvelle est toujours réputée meilleure que la
précédente et abroge, même implicitement la loi antérieure régissant le
même domaine du droit.
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Cependant, lorsque la loi nouvelle ne contient aucune disposition transitoire,
il appartient au juge, en cas de litige de faire appliquer la loi nouvelle ou au
contraire de se prononcer en faveur du maintien de la loi ancienne.
Cette délicate question n'est pour autant pas soumise à l’arbitraire du Juge,
lequel doit, s'agissant du domaine d'application de la loi dans le temps, s'en
tenir aux termes de l'article 2 du Code Civil selon lequel : Â « la Loi ne
dispose que pour l'avenir, elle n'a pas d'effet rétroactif.
A première lecture, la portée de l'article 2 paraît simple à saisir, il est vrai
que cet article consacre le principe de non-rétroactivité des lois, mais ce n'est
pas tout. C'est pourquoi, nous allons voir que la portée de l'article 2 est plus
ambiguë qu'il n'y paraît.
En effet; une lecture attentive de cet article en révèle une portée pour le
moins complexe car s'il consacre un principe fondamental (I), il laisse sous-
jacent un conflit non résolu. En outre, il supporte de nombreuses exceptions
et n'a ainsi qu'une portée limitée.
A/ Une portée complexe
L'article 2 a une portée complexe car il affirme clairement un principe mais
laisse non résolue une partie des problèmes posés par les conflits de loi dans
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le temps. Le principe fondamental affirmé par l'article 2 est, bien
évidemment, celui de la non-rétroactivité des lois. II est manifeste que les
rédacteurs du Code Civil ont entendu réagir contre les lois de la Révolution
et les désordres engendrés par celles de ces lois qui avaient été rétroactives,
telle que la loi du 6 janvier 1794 relative aux successions. II est manifeste
que les rédacteurs du Code Civil ont entendu réagir contre les lois de la
Révolution et les désordres engendrés par celles de ces lois qui avaient été
rétroactives, telle que la loi du 6 janvier 1794 relative aux successions.
B/ Une portée limitée
L'article 2 n'a qu'une portée limitée en ce qu'il supporte des exceptions,
exceptions qui cependant peuvent être rétroactives. La première exception
tient au fait que l'article 2 du Code civil n'est qu'une loi ordinaire. Une loi
postérieure pourrait donc l'abroger ou la modifier. Par ailleurs, en matière
civile, seul le Juge est lié par le principe de non-rétroactivité et non le
législateur qui peut expressément déclarer une loi rétroactive. Certaines lois
sont, en outre, expressément rétroactives étant donné leur nature. Ainsi, des
lois pénales plus douces, c'est à dire des lois pénales supprimant une
infraction ou diminuant la peine encourue. La rétroactivité des lois pénales a
d'ailleurs une valeur constitutionnelle, ainsi que l'a affirmé le Conseil
constitutionnel par une décision rendue au mois de janvier 1981. Cette
rétroactivité s'applique même si la loi nouvelle entre en vigueur alors que
l'infraction a déjà été jugée et que la décision rendue est toujours susceptible
d'une voie de recours.
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La mise en Œuvre de l'article 2
Les solutions jurisprudentielles actuelles trouvent, pour l'essentiel, leur
fondement dans deux conceptions doctrinales.
A/ Les conceptions doctrinales
Au lendemain de la rédaction du Code civil, une première théorie doctrinale
s'est imposée pour déterminer la théorie de cet article: il s'agit de la théorie
des droits acquis. La théorie des droits acquis, encore appelée théorie
subjectiviste, trouve son fondement dans l'idée selon laquelle les droits
subjectifs reconnus aux individus doivent se trouver à l’abri de tous les
changements législatifs pouvant intervenir. Elle distingue donc parmi les
droits subjectifs, les droits acquis pour une personne, c'est à dire ceux
existant dans son patrimoine au jour de l'entrée en vigueur d'une loi nouvelle
et les simples expectatives.
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Dissertation juridique gratuite - La pyramide de
Kelsen et la hiérarchie des normes
Dans notre société, de nombreuses nouvelles règles de droit sont établies
chaque jour. Leur contenu est divers comme les différentes autorités qui en
sont à l'origine. Du simple maire de commune aux parlementaires en passant
par l'Union européenne. Elles demeurent pourtant organisées selon la théorie
de la hiérarchie des normes.
Toutes ces règles de droit prolifiques peuvent amener inévitablement à être
contradictoires entre elles. Quelle sera la règle qui prévaudra ? Quid du futur
de celle qui la contrarie ? Pour résoudre ce problème, les normes ont été
hiérarchisées par le juriste Hans KELSEN au cours du XXe siècle dans son
ouvrage Théorie pure du droit. Il présente les normes sous la forme d'une
pyramide, du sommet à la base, les normes inférieures doivent être
conformes à celles supérieures. En France, la norme fondamentale est la
Constitution, ensuite suivent le droit international, les normes législatives
puis enfin les actes administratifs qui les mettent en application.
Hans KELSEN envisageait cette méthode d'organisation des normes en
hiérarchie pour régler les conflits de normes qui pouvaient se présenter.
Cependant, sa théorie présente des limites. De manière purement théorique,
il s'agirait pour une norme d'être simplement conforme à la norme supérieure
quand elle est créée. Or, cela se limite au processus d'adoption de la norme.
Il n'est pas question du contenu même de cette norme : ce qui mène aux
conflits de règles entre elles. Là réside la limite de la pyramide de KELSEN
comme son auteur positiviste l'envisageait. Pour lui, aucune règle n'est
fausse ou vraie, seulement un objet de hiérarchisation.
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Ainsi, peut-on régler les conflits de normes sur le concept pyramidal de
KELSEN qui se veut seulement procédural dans la création de normes ?
Il est simple d'affirmer que la hiérarchie des normes présente aujourd'hui un
intérêt pour connaître la norme supérieure à respecter dans l'élaboration
d'une règle de droit (I). Mais cela ne règle pas les conflits de normes qui
peuvent aller jusqu'à remettre en cause la pyramide de KELSEN (II).
I. Une pyramide de conformité rigide ici dans l’examen partiel
organisation
Hans KELSEN avait une conception positiviste du droit au cours du XXe
siècle, il envisageait seulement la systématisation des normes pour les
ordonner. Le contenu n'avait pas d'importance. Il suffit que la nouvelle
norme respecte la norme supérieure quand elle est élaborée.
Dans cette optique, il est normal de trouver dans l'État de droit français un
contrôle de constitutionnalité de loi lors de sa création. Une loi
inconstitutionnelle ne pourrait être adoptée en principe selon la théorie de la
pyramide de KELSEN, grâce au contrôle à priori du Conseil Constitutionnel.
La validité même de la norme inférieure repose sur sa conformité avec la
norme supérieure. Ceci jusqu'à la Constitution, comme norme suprême.
Dans un cadre purement théorique, cela peut régler un conflit de normes
quand il y a une difficulté verticalement. Un règlement d'application doit
être conforme à la loi, qui doit elle-même respecter la Constitution.
Il peut y avoir également une résolution du problème d'un vide juridique. En
l'absence de norme spécifique, il faudrait se référer à sa norme supérieure.
Ainsi, la pyramide de KELSEN est rigide, car une norme doit respecter la
norme supérieure pour être valide. Or, dans la pratique, de nombreuses
normes se contredisent pourtant et restent valides. Ce problème est
notamment rencontré en présence d'un traité international.
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Le droit européen s'est pleinement développé depuis ces dernières décennies.
Ces normes de plus en plus nombreuses et l'ordre hiérarchique des normes
n'est plus réellement valable face au fond des règles de droit en conflit.
II. Une hiérarchie souple des contenus
Il faut comprendre par cette affirmation de pyramide insuffisante pour une
hiérarchie mouvante, l'importance des traités dans cet ordre vertical.
Par exemple, pour se limiter à la résolution des conflits de normes, on ne se
réfère plus à la norme supérieure directe. Il est notamment question ici du
contrôle de conventionnalité d'un acte.
En droit français, les engagements pris au sein de l'Union sont directement
transposés en droit interne. Or, il peut arriver qu'une loi soit écartée par le
juge judiciaire (arrêt Jacques Vabre) et le juge administratif (arrêt Nicolo)
qui en contrôle la conventionnalité et l'estime contraire à un traité. Alors il
l'écarte pour juger de la validité d'un acte. Ici, il y a une très bonne
illustration de l'insuffisance de la pyramide de KELSEN. En effet, l'acte
litigieux devrait se contenter de se conformer à la loi pour être conforme
selon la norme internationale. Pourtant, ce n'est pas le cas en raison du
conflit des normes dans leur contenu. Bien que le contrôle de
conventionnalité permette de soutenir la théorie de KELSEN en affirmant la
supériorité des engagements internationaux sur les lois (article 55 de la
Constitution), cela se limite à l'adoption de la norme. Pas à la résolution du
conflit de la norme qu'il faut choisir de respecter en cas de conflit de
contenu.
En plus de cet exemple, peut être soulevé le débat de la valeur supérieure de
la Constitution sur les traités internationaux ou l'inverse. Ce débat permet de
soutenir que la pyramide rigide de KELSEN est insuffisante comme il
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l'envisageait. En effet, s'il s'avérait que les traités internationaux étaient
supérieurs à la Constitution, alors la pyramide pourrait être remise en cause
sur la base de sa norme fondamentale. Ainsi, l'ordre pyramidal figé tel
qu'envisagé par KELSEN est insuffisant aujourd'hui face à l'importance du
droit de l'Union européenne et aux autres engagements internationaux, qui
créent du mouvement dans cette hiérarchie des normes.
L'importance du droit européen en droit interne empêche aujourd'hui
d'appliquer strictement la pyramide de KELSEN en n'envisageant que la
hiérarchie des procédures d'adoption de normes. La norme appliquée ne doit
plus nécessairement être parfaitement conforme à celle supérieure pour être
valide, notamment pour les traités. Ce sera la Constitution qui sera révisée.
Aujourd'hui, la hiérarchie des normes n'est pas figée dans son sens strict de
conformité voulu par KELSEN, le contenu des normes est davantage pris en
compte pour régler le conflit.
Sources : Cours de droit administratif, Dalloz ; Vocabulaire Juridique, Cornu
; Conseil constitutionnel
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Contrôle de constitutionnalité et contrôle de conventionnalité
Dans le présent article, nous allons nous intéresser au contrôle de
constitutionnalité et au contrôle de conventionnalité. Ces deux contrôles
visent à assurer la stabilité du système juridique français en évitant ou tout
du moins en limitant les conflits entre les sources du droit. Ils visent en ce
sens à instaurer une sécurité juridique.
En effet, chacun d'eux a pour but d'assurer la concordance d'une norme avec
une autre norme qui lui est supérieure dans la hiérarchie des normes.
Ainsi concernant le contrôle de conventionnalité, il s'agit d'un contrôle de
conformité avec les normes internationales. C'est d'ailleurs l'article 55 de la
Constitution qui pose cela. En effet, celui-ci dispose que « les traités ou
accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une
autorité supérieure à celle des lois ».
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Concernant le contrôle de constitutionnalité, il s'agit du contrôle de
conformité avec la Constitution. En effet la Constitution étant la norme au
sommet de la hiérarchie des normes en droit interne, les lois doivent y être
conformes.
Cependant, l'on peut se demander si ces deux contrôles ne font pas double
emploi puisqu'il paraît logique que les traités internationaux soient
conformes à la Constitution.
Il conviendra donc dans un premier temps de mettre en avant leurs
différences avant de voir que malgré tout, ils tendent à se rapprocher et que
cela n'en est que plus protecteur pour les justiciables.
Les différences entre le contrôle de conventionnalité et le contrôle de
constitutionnalité
L'on peut constater, tout d'abord, que ces deux contrôles ont des acteurs
différents, mais l'on peut également remarquer que les effets juridiques de
l'inconventionnalité sont différents de ceux de l'inconstitutionnalité.
En effet concernant le contrôle de conventionnalité, c'est le Conseil
constitutionnel qui est compétent. Ce contrôle a pour rôle de vérifier si la loi
(ou le règlement) qui est déférée au Conseil constitutionnel est conforme à la
Constitution. Les décisions du Conseil constitutionnel bénéficient des effets
qui sont prévus par l'article 62 de la Constitution, c'est-à-dire que les «
décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours.
Elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives
et juridictionnelles ».
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Ainsi, si le Conseil constitutionnel déclare la loi qui lui est déférée comme
contraire à la Constitution, celle-ci ne peut pas être promulguée, c'est-à-dire
qu'elle n'entre pas en vigueur. Le contrôle de constitutionnalité a donc un
caractère absolu et définitif, c'est-à-dire que la décision rendue par le Conseil
constitutionnel sur la constitutionnalité d'une norme sera valable pour tous
les litiges de même cause.
À l'inverse, ce sont les juges qui se chargent du contrôle de conventionnalité.
En effet, le Conseil constitutionnel en refusant, dans sa célèbre décision IVG
du 15 janvier 1975, de contrôler la conformité des lois aux conventions ou
traités internationaux a conduit les tribunaux, tant judiciaires
qu'administratifs, à développer une nouvelle forme de contrôle : le contrôle
de conventionnalité.
Dans le contrôle de conventionnalité, la loi n'est pas abrogée si elle est
reconnue inconventionnelle. En effet dans ce cas, le juge doit simplement en
écarter l'application pour le litige en cours. Ainsi, il est tout à fait possible
qu'une norme inconventionnelle continue d'être appliquée par un juge s'il n'a
pas été opposé à ce juge l'inconventionnalité de la norme en question.
Le contrôle de conventionnalité, lui, a un caractère relatif et contingent,
c'est-à-dire que la décision prise n'est valable que pour l'affaire concernée.
En effet, le contrôle de conventionnalité est à l'initiative d'un justiciable qui
conteste devant un juge l'application qui lui est faite d'une norme en
soutenant que celle-ci est incompatible avec une convention ou un traité
international. C'est donc ce justiciable qui invoque l'inconventionnalité de ce
texte et non tout le monde. Ainsi, le contrôle de conventionnalité n'est pas
systématique et ne se fait que par voie d'exception.
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Néanmoins, au-delà de ces différences apparentes, les deux contrôles sont,
en réalité, de même nature juridique et ont, en pratique, la même portée et
les mêmes effets.
Les similitudes entre le contrôle de conventionnalité et le contrôle de
constitutionnalité
L'on peut constater, en réalité, que ces deux contrôles sont relativement
similaires tant sur les plans juridiques et pratiques que sur leurs effets
pratiques.
En effet, l'on constate tout d'abord que sur le plan juridique le contrôle de
conventionnalité est exactement de même nature que le contrôle de
constitutionnalité par voie d'exception. Objectivement, dans les deux cas, il
s'agit de statuer sur la conformité d'une norme avec une autre norme qui lui
est hiérarchiquement supérieure. Ainsi, le mécanisme intellectuel par lequel
l'on parvient à ce résultat ne diffère pas réellement selon qu'il s'agisse du
contrôle effectué par le Conseil constitutionnel dans le cadre du contrôle de
constitutionnalité ou du contrôle effectué par un autre juge dans le cadre du
contrôle de conventionnalité.
Ensuite, sur le plan pratique, les deux types de contrôle ont une portée
identique. En effet, l'on constate en ce qui concerne les droits fondamentaux,
que les normes de référence du contrôle de conventionnalité et du contrôle
de constitutionnalité des lois sont à peu près les mêmes. En effet, cela résulte
de l'abondante jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme
qui a permis de faire évoluer le contenu des droits fondamentaux présent
dans la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés
fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950 et qui constitue le
catalogue le plus complet des droits et libertés fondamentaux, en fonction de
l'évolution de la société. Ainsi il en résulte, finalement, que le catalogue de
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droits fondamentaux tel qu'il figure dans la Convention européenne des
droits de l'homme englobe, voire dépasse, le catalogue des droits
fondamentaux tel qu'il résulte, en France, de la Constitution de 1958 et de
son Préambule, de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de
1789, du Préambule de la Constitution de 1946 et des principes
fondamentaux reconnus par les lois de la République auxquels il renvoie. Il
en ressort donc, qu'en droit français, la jurisprudence de la Cour européenne
des droits de l'homme joue un rôle croissant puisque, tant le Conseil d'État
que la Cour de cassation, sont tenus de s'y conformer sous peine de voir
leurs décisions désavouées et la France condamnée pour violation de la
Convention.
Enfin, ces deux contrôles ont les mêmes effets pratiques ; les effets d'une
décision d'inconventionnalité sont très proches de ceux d'une décision
d'inconstitutionnalité.
En conclusion
Pour conclure, il faut souligner que, même si sur certains points ces deux
contrôles peuvent faire double emploi, cela n'est pas néfaste en tant que tel
puisque finalement, comme nous l'avons vu, ces deux contrôles, bien qu'ils
soient différents, se complètent et le cumul de ces deux contrôles permet de
protéger au mieux les droits et libertés fondamentaux et donc, par extension,
les justiciables. En effet, ce qui n'est pas protégé par l'un est peut-être
protégé par l'autre. Il faut donc prendre ces deux contrôles comme deux
contrôles complémentaires plutôt que comme des contrôles rivaux.
Le Conseil constitutionnel : un rôle politique ou juridique ?
23
Dans le présent article, nous allons nous intéresser au rôle du Conseil
constitutionnel. Pour commencer, il faut déjà comprendre ce qu'est le
Conseil constitutionnel. Le Conseil constitutionnel est une institution créée
par la Constitution française du 4 octobre 1958 et qui a pour principale
mission de contrôler la constitutionnalité des lois. Ainsi, le Conseil
constitutionnel est une institution relativement récente. Néanmoins, tant par
ses missions que par sa composition l'on est en droit de s'interroger sur son
rôle, en effet a-t-il un rôle plutôt politique ou exclusivement juridique ?
Il peut sembler étonnant que le rôle du Conseil constitutionnel fasse l'objet
de débats depuis des années tant ses missions sont connues, mais en réalité,
cela s'explique très bien. En effet, pour cela il faut partir du décalage qui
s'est progressivement créé entre le rôle que le Conseil constitutionnel s'est vu
confier en 1958, et celui qui est progressivement devenu le sien et que tout le
monde connaît de nos jours. Ainsi, de cette façon nous pourrons comprendre
l'évolution du Conseil constitutionnel et appréhender véritablement
pourquoi, d'une institution politique, le Conseil constitutionnel est devenu
aujourd'hui une juridiction constitutionnelle dont le rôle est exclusivement
juridique.
1) D'un rôle politique...
Pour commencer il faut souligner que contrairement aux missions du
Conseil constitutionnel qui ont connu des évolutions majeures, sa
composition est essentiellement celle de l'institution politique voulue par le
constituant en 1958 et elle n'a pas changé.
Il convient alors de préciser qu'à l'origine le Conseil constitutionnel n'avait
pas été conçu comme une juridiction, c'est-à-dire comme un organe chargé
de rendre la justice par application du droit même s'il disposait dès sa
création du monopole du contrôle de la conformité de la loi à la norme
24
suprême de l'ordre juridique français qu'est la Constitution. En effet, la loi
votée par le Parlement étant considérée comme « l'expression de la volonté
générale », elle était donc considérée comme infaillible et son contrôle
inutile. À cette époque, le Conseil constitutionnel est ainsi davantage pensé
comme une institution régulatrice de la vie politique, qui doit veiller à ce que
le législateur de la Ve République n'empiète pas sur le pouvoir exécutif
comme il en avait l'habitude sous la IVe République. Son fonctionnement est
donc prévu en conséquence : sa saisine n'est ouverte qu'aux chefs de l'État et
du gouvernement et aux Présidents des deux Assemblées. Or ce sont des
personnalités de pouvoir soucieuses du respect de la répartition des
compétences, mais peu hostiles aux lois à l'élaboration desquelles elles ont
elles-mêmes participé. Le contrôle de constitutionnalité de la loi est donc
réduit au minimum ; il s'agit uniquement d'un contrôle préventif (il porte
seulement sur les textes de loi avant leur promulgation), effectué par rapport
aux seuls articles numérotés de la Constitution.
Dès lors durant ses débuts, le Conseil constitutionnel a joué un rôle
principalement politique. Ce n'est que par la suite que ce dernier voit son
rôle juridique se développer, rôle qui va finalement venir primer sur le rôle
politique qu'il avait jusqu'alors.
2) D'un rôle politique...
Pour commencer il faut souligner que contrairement aux missions du
Conseil constitutionnel qui ont connu des évolutions majeures, sa
composition est essentiellement celle de l'institution politique voulue par le
constituant en 1958 et elle n'a pas changé.
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Il convient alors de préciser qu'à l'origine le Conseil constitutionnel n'avait
pas été conçu comme une juridiction, c'est-à-dire comme un organe chargé
de rendre la justice par application du droit même s'il disposait dès sa
création du monopole du contrôle de la conformité de la loi à la norme
suprême de l'ordre juridique français qu'est la Constitution. En effet, la loi
votée par le Parlement étant considérée comme « l'expression de la volonté
générale », elle était donc considérée comme infaillible et son contrôle
inutile. À cette époque, le Conseil constitutionnel est ainsi davantage pensé
comme une institution régulatrice de la vie politique, qui doit veiller à ce que
le législateur de la Ve République n'empiète pas sur le pouvoir exécutif
comme il en avait l'habitude sous la IVe République. Son fonctionnement est
donc prévu en conséquence : sa saisine n'est ouverte qu'aux chefs de l'État et
du gouvernement et aux Présidents des deux Assemblées. Or ce sont des
personnalités de pouvoir soucieuses du respect de la répartition des
compétences, mais peu hostiles aux lois à l'élaboration desquelles elles ont
elles-mêmes participé. Le contrôle de constitutionnalité de la loi est donc
réduit au minimum ; il s'agit uniquement d'un contrôle préventif (il porte
seulement sur les textes de loi avant leur promulgation), effectué par rapport
aux seuls articles numérotés de la Constitution.
Dès lors durant ses débuts, le Conseil constitutionnel a joué un rôle
principalement politique. Ce n'est que par la suite que ce dernier voit son
rôle juridique se développer, rôle qui va finalement venir primer sur le rôle
politique qu'il avait jusqu'alors.
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Le bloc de constitutionnalité
L'ensemble des normes inférieures à la norme suprême qu'est la Constitution
doivent respecter le bloc de constitutionnalité. En d'autres termes, le bloc de
constitutionnalité est constitué de principes et dispositions devant être
impérativement respectés par les normes inférieures. En fait, le bloc de
constitutionnalité est une notion doctrinale. On la doit notamment à Louis
Favoreu et surtout Claude Emeri, notion reprenant celle de bloc de légalité.
De quoi est constitué le bloc de constitutionnalité ?
Le bloc de constitutionnalité comprend les articles de la Constitution du 4
octobre 1958 et la Constitution stricto sensu, la Déclaration des droits de
l'homme et du citoyen du 26 août 1789 ainsi que le préambule de la
Constitution du 27 octobre 1946.
Pour aller plus loin...
Ces normes constituant le bloc de constitutionnalité sont en réalité des
normes de valeur constitutionnelle et sont donc protégées par le Conseil
constitutionnel.
Il convient en fait de s'intéresser rapidement au Conseil constitutionnel. En
effet, celui-ci veille notamment à la conformité des lois et de certains
règlements par rapport à la Constitution (il veille également à la régularité
des élections nationales et référendums, mais il s'agit ici d'un autre sujet). Il
veille donc à la conformité des normes inférieures vis-à-vis de la norme
supérieure. Ce n'est pas entièrement vrai, toutefois. Du moins, il faut être
plus précis. Au départ, le Conseil ne contrôlait finalement que les lois par
27
rapport à la norme suprême au sens strict du terme. Cependant, en 1971,
avec sa décision novatrice « Liberté d'association », le Conseil
constitutionnel a reconnu aux préambules des Constitutions de 1958 et 1946
ainsi qu'à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 une
valeur constitutionnelle. Au surplus et depuis 2005, la Charte de
l'environnement introduite par la loi constitutionnelle fait également partie
intégrante du bloc de constitutionnalité.
Sur la fameuse hiérarchie des normes créée par Hans Kelsen, le bloc de
constitutionnalité se trouve en son sommet, là où traditionnellement la
Constitution est placée. Cette position est-elle constitutive d'une hiérarchie ?
Il convient de noter qu'il n'existe aucune hiérarchie entre ces normes «
suprêmes ». Ainsi, le préambule de la Constitution de 1946 n'est pas
supérieur à la Déclaration de 1789, par exemple.
Ces normes ci-dessus mentionnées constituent les normes complémentes
explicites et écrites. Cependant, toutes ne le sont pas : ainsi, il faut
s'intéresser également aux normes complémentaires implicites et non écrites.
Quelles sont-elles ? Elles sont souvent vues et apprises en cours de droit
administratif en licence 2 de droit ; elles peuvent l'être également en droit de
la fonction publique ou en cours de droit constitutionnel.
On trouvera les principes fondamentaux reconnus par les lois de la
République, aussi connus sous le sigle PFRLR pour lesquels le Conseil
constitutionnel dispose d'une large marge d'appréciation. On pourrait citer à
titre d'exemple les libertés de conscience ou d'association (cf. arrêt du 16
juillet 1971, Liberté d'association).
28
Aussi, on trouvera les principes à valeur constitutionnelle. La situation est
un peu plus délicate ici en ce que ces principes furent dégagés sans trouver
leur source directement dans un texte spécifique (pas dans la Constitution
stricto sensu, donc). L'on peut citer la continuité du service public ou encore
la liberté d'entreprendre.
Finalement, il existe les objectifs de valeur constitutionnelle qui constituent
un objectif dégagé par le Conseil constitutionnel et qui trouvent directement
leur source dans le bloc de constitutionnalité. On pourra penser à la
sauvegarde de l'ordre public par exemple.
Une interrogation intéressante concernant le bloc de constitutionnalité...
On l'a vu, le Conseil constitutionnel a exercé, via l'utilisation et la
reconnaissance du bloc de constitutionnalité, un contrôle accru, élargi et
véritablement approfondi sur la loi en créant de façon prétorienne
(jurisprudentielle) des principes auxquels celle-ci doit être conforme.
Néanmoins, n'est-ce point dans ce cas-là une forme de gouvernement des
juges tant critiqué au niveau national, mais aussi international et surtout
européen vis-à-vis de la Cour de justice de l'Union européenne ? Ainsi, ne
partant de rien pour ses détracteurs, même si le juge suprême français
notamment s'appuie sur les textes et leurs esprits, cette édiction de principes
serait attentatoire aux prérogatives du pouvoir législatif et exécutif français,
séparation des pouvoirs oblige...
29
L'article 3 de la Constitution du 4 octobre 1958
"La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses
représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni
aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice (...)". Commentaire.
Une souveraineté hybride
Il faut savoir que différentes théories de la souveraineté existent et se sont
atténuées au cours du temps et surtout de la pratique. Mise à part, peut-être,
la Constitution du 3 septembre 1791 qui osa mettre en place la souveraineté
nationale, aucune autre constitution ne proclamera une telle souveraineté :
souveraineté populaire pour la Constitution du 24 juin 1793 qui interdit le
mandat impératif ; la Constitution du 22 août 1795 proclamait aussi la
souveraineté populaire, mais le suffrage n'était pas universel et donc aucune
conséquence pratique ne pouvait en être tirée.
Irréductiblement opposés, les partisans de chacune des théories ont tenté de
démontrer que la souveraineté qu'ils défendaient était la meilleure, pour un
meilleur exercice du pouvoir. Toutefois, le pouvoir constituant est
véritablement pragmatique... Et puis Carré de Malberg présenta les théories
de la souveraineté de façon binaire : d'une part nationale, d'autre part
populaire.
Les constituants de 1958 ont alors fait le choix du rassemblement en
proclamant à l'alinéa premier de l'article 3 une souveraineté hybride, pas
totalement populaire, pas totalement nationale. Pourquoi ? Aucune n'étant
totalement proclamée, il était fort logique de faire le choix d'une
souveraineté mélangeant ces deux théories. D'ailleurs, cette disposition était
déjà inscrite au sein de l'article 3 de la Constitution du 27 octobre 1946 (IVe
République). Bien qu'apparemment proche quant à la formulation de cette
disposition (« La souveraineté nationale appartient au peuple français »), la
30
conception qui est démontrée est tout à fait différente et mérite d'être
soulignée pour deux raisons :
Ainsi, il était indiqué qu'en matière législative, les représentants de
l'Assemblée nationale expriment la souveraineté, mais qu'en matière
constituante, il revenait soit au peuple directement par le biais du
référendum ou aux parlementaires eux-mêmes d'exprimer la souveraineté.
La souveraineté était d'ailleurs beaucoup plus nationale que populaire, aucun
référendum n'ayant eu lieu sous la IVe République...
De plus, l'article 3 de la Constitution de 1958 montre la volonté de
considérer comme égales les expressions de la souveraineté des
représentants et de la souveraineté du peuple par le référendum dans la
mesure où, dans la pratique, le référendum est davantage usé qu'avant 1958
sous la IVe République. Soulignons cependant les dispositions de l'article 27
alinéa premier de la Constitution de 1958 qui prévoient expressément que
"Tout mandat impératif est nul" : donc, bien que mixte, la souveraineté
penche davantage sur la souveraineté nationale.
Le changement absolument considérable et formidable qui fut opéré par les
constituants de 1958 a été que le Président de la République est élu par le
peuple et par voie de conséquence, l'Assemblée nationale qui bénéficiait
jusqu'alors d'un monopole n'en a plus !
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Dissertation sur la règle De Droit
Accroche
« Ce qui n'est pas utile à l'essaim, n'est point utile à l'abeille » disait
Montesquieu dans ses Cahiers. Par cette métaphore, l'écrivain tisse un lien
étroit entre l'individu et la communauté, supposant que les intérêts
personnels et communs sont les mêmes. Il en va de même pour la règle de
droit dont nous allons nous efforcer de démontrer le rôle.
Définition et Intérêt du sujet
Il est vrai que l’homme est fait pour vivre en société. L’homme, a-t-on dit,
est un animal politique, c’est-à-dire éminemment social. Ce qui signifie qu’il
ne peut vivre seul, qu’il recherche tant par instinct que par raison, la
compagnie d’autres êtres humains, pour vivre groupés en des communautés
de toute sorte : familles, tribus, cités, associations, nations, États notamment.
Or, en vivant en société, l’homme accepte une certaine discipline. En effet, il
n’y a pas de groupement viable si chacun entend agir à sa guise, sans se
soucier des répercussions que son action peut avoir à l’égard des autres
membres du groupe ou à l’égard du groupe lui-même. Autrement dit, en se
soustrayant au fameux « état de nature » décrit par Thomas Hobbes dans son
ouvrage Léviathan, l’homme doit obéir à certaines règles de conduite, règles
qui énoncent ce qu’il est permis de faire et ce qui est défendu. L’observation
de ces règles est nécessaire à l’existence même du groupement, de la société,
et par conséquent à chacun des membres du groupe. Ainsi, aussi longtemps
que Robinson vit en solitaire, il n’a que faire du droit, et en cela du droit
dans ses deux sens : en tant qu’il y aurait quelque règle régissant sa
conduite (droit objectif), en tant qu’il serait personnellement titulaire de
prérogatives, de droits dans son existence (droits subjectifs). La rencontre de
Vendredi change sa situation ; elle contient le droit en germe car la vie en
32
collectivité rend nécessaire l’élaboration de règles juridiques, entendues
comme des règles de conduite sociale, générales et abstraites, obligatoires et
dont la violation est sanctionnée par la contrainte étatique.
Mais comme l’a justement fait remarquer Gérard Cornu, « Le droit n’est pas
le seul régulateur de la vie en société », il n’absorbe pas, loin de là, toutes les
relations entre les hommes. Il existe en effet d’autres types de règles de
conduite en société, d’autres impératifs de comportement, comme les règles
religieuses, morales, politiques, de courtoisie, de bienséance, de protocole,
de savoir-vivre, d’honneur, d’éthique, de jeu, sportives…et ces différentes
règles sont parfois en conflit avec le droit. L’existence de ce système
normatif parallèle, qualifié de « non-droit » par Jean Carbonnier, souligne le
pluralisme normatif et oblige à s’interroger sur la place et le rôle de chaque
règle.
D’une part, la présence ou l’importance des différentes normes varie en
fonction des périodes de l’histoire. Par exemple, les règles religieuses,
autrefois centrales – en particulier les dogmes de l’Église catholique, sont
devenues d’importance secondaire aujourd’hui dans l’ordonnancement
juridique, surtout après l’entrée en vigueur de la loi de 1905 sur la séparation
de l’Église et de l’État. Ce n’est pas le cas dans certains pays de confession
musulmane qui appliquent la Charia ou dans certaines sociétés archaïques.
D’autre part, la multiplicité des normes extra-juridiques oblige à s’interroger
sur les caractéristiques de chacune au regard du droit. Car si ces règles
présentent des similitudes avec la règle de droit, leur identification en sera
plus difficile. Il existe bien des signes extérieurs permettant, en général, de
repérer la règle de droit parce que celle-ci est consacrée par un texte de loi
ou par une coutume que tout le monde connaît. Sources formelles du droit,
lois et coutumes en sont deux révélateurs.
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Problématique du sujet
Mais, au fond, existe-t-il un critère intrinsèque qui distinguerait en substance
la règle de droit de toutes les autres règles de la vie sociale, lui conférant du
même coup une utilité incontestable ? À cette question, il convient
d’apporter une réponse claire. Aux caractères génériques, communs à toutes
les règles, la règle de droit associe un trait spécifique, c’est la seule norme
assortie d’une sanction étatique. Dès lors, seule l’origine de la sanction
permet d’identifier une règle de droit ; il n’y a pas de règle juridique par
nature car le contenu de la règle ne permet pas de dire si elle est juridique ou
non ; n’importe quelle règle de conduite sociale peut donc devenir juridique
comme elle peut cesser de l’être.
Avant de voir que la règle de droit est en concurrence avec les autres types
de règles de conduites de notre société (II), nous verrons que la règle de droit
possède un caractère unique et spécifique (I).
I. Le caractère unique et spécifique à la règle de droit : la coercition étatique
A. Conséquences du caractère coercitif de la règle de droit
• Le caractère obligatoire de la règle de droit
La règle de droit, étant destinée à organiser la société et les rapports entre ses
membres, il est nécessaire qu’elle soit respectée par tous, et doit donc être
imposée. Toutefois, le caractère obligatoire de la règle de droit est
susceptible de degrés : on distingue en effet parmi les règles de droit les
règles impératives et les règles supplétives.
Les règles de droit impératives sont celles qui ordonnent ou interdisent une
conduite sans que le sujet puisse s’y soustraire. Ainsi l’article 6 du code civil
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dispose « on ne peut déroger par des conventions particulières aux lois qui
intéressent l’ordre public et les bonnes mœurs ». On fixe des règles
impératives pour protéger les essentiels de la société, l’ordre public, des
règles incontournables.
Les lois qui fixent les conditions de validité des mariages ou les obligations
entre époux, par exemple, sont des règles supplétives, elles s’imposent à
toutes les personnes mariées, si les époux n’expriment pas leur volonté.
• Les sanctions liées au caractère coercitif de la règle de droit
La règle de droit est toujours assortie d'une sanction émanant de l'état. Cette
sanction peut prendre des formes très variées. Il y en existe trois grandes
catégories.
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