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Métiers et enjeux de l'environnement

Le document discute de la question récurrente des métiers liés à l'environnement. Depuis la déclaration de Rio en 1992, certains milieux économiques et éducatifs pensent que l'environnement peut générer de nombreux emplois, sans preuve tangible. Cependant, le domaine de l'environnement a des contours mal définis et les limites entre métier, profession et emploi sont floues.
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Métiers et enjeux de l'environnement

Le document discute de la question récurrente des métiers liés à l'environnement. Depuis la déclaration de Rio en 1992, certains milieux économiques et éducatifs pensent que l'environnement peut générer de nombreux emplois, sans preuve tangible. Cependant, le domaine de l'environnement a des contours mal définis et les limites entre métier, profession et emploi sont floues.
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Des métiers pour l'environnement...

une question
récurrente en débat
Jacques Brégeon, Michel Joras
Dans Management & Avenir 2008/6 (n° 20), pages 205 à 215
Éditions Management Prospective Editions
ISSN 1768-5958
DOI 10.3917/mav.020.0205
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Des métiers pour l’environnement… Une
question récurrente en débat

Jacques Brégeon et Michel Joras

Résumé
Depuis la déclaration de Rio de Janeiro en 1992, acte de naissance du
paradigme du Développement Durable, une idée persistante des milieux
économiques et de l’enseignement, sans preuves tangibles, voudrait
attribuer à l’environnement une manne d’emplois innombrables et
prometteurs. L’environnement est une branche, une famille professionnelle
au contour et périmètre mal définis et extensifs au gré des opinions.
Cette incertitude du pôle environnemental est accentuée par la confusion
métier / profession / emploi qui s’exprime par l’attribution nécessaire de
certifications professionnelles à tout emploi ou activité et cela d’autant
plus qu’ils pourraient être répartis selon une nouvelle typologie globalisée
(investisseurs, top management, opérationnels, contrôleurs, régaliens…)
(Joras, 2007). Impliqués dans la révolution écologique annoncée tous
les métiers se verront dorénavant obligés de penser environnement en
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déployant des savoir faire et savoir être environnementaux indispensables.

Abstract
Since the Rio de Janeiro’s statement in 1992 which enacted the sustainable
development paradigm, a lingering idea has arisen from the financial
and scholar communities suggesting, without any tangible proof, that
environment-related activities would be a providential source of myriads of
promising jobs.
The environment is a specialized area, a trade family with fuzzy and poorly
defined boundaries and expandable at the will of upcoming opinions.
This cloudiness of the environmental sector is even worsened by the loose
borders between trades, professions and jobs and concretizes with the need
to grant professional certificates to any job or occupation although these
could be split up according to a new and globalized taxonomy (investors,
top management, operations, governmental control,...) (Joras, 2007).
Because they are involved in the foreseen environmental revolution, each
and every profession will have to « know how to do » and « know how to
behave » in an environmental way by the mean of displaying indispensable
environmental know-hows.

205
20

1. Réveil et prise de conscience de la communauté humaine


menacée

L’attribution du Prix Nobel de la Paix 2007 à Al Gore et au GIEC (Groupe d’experts


intergouvernemental sur l’évolution du climat) a souligné aux yeux du monde,
brusquement réveillé, que la paix était en danger si une meilleure compréhension
des conséquences du changement climatique n’était pas soutenue par la
communauté humaine menacée.

Ce prix venait conforter les appels alarmistes aux dirigeants du monde lancés par
les scientifiques puis par les économistes, notamment l’Anglais Nicholas Stern et
le Français Christian de Boissieu.

Cette prise de conscience s’est affirmée par des prises de position concomitantes
le 25 octobre 2007, celle du PNUE dans son rapport GEO 4 et celle du Grenelle
de l’environnement dans l’énoncé des propositions des groupes de travail :
- dirigeants et société civile sont alertés sur une possible crise écologique
majeure qui menace notre planète
- les dégradations annoncées du climat, de la biodiversité, des sols, des
ressources en eau et les pénuries envisagées en ressources matérielles
et vivrières pourraient atteindre des niveaux qui se traduiraient par des
changements irréversibles et brutaux créant des points de basculement
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irréductibles et catastrophiques pour l’humanité

Les groupes de travail du Grenelle de l’environnement soulignèrent huit thèmes


majeurs d’intervention : les transports, l’habitat, l’agriculture et la biodiversité,
l’énergie, les déchets, la consommation et la santé.

2. Environnement, un mot à la mode pour un concept flou,


extensif

2.1. L’environnement, le sens selon le Grenelle de


l’environnement
Les propositions faites par quatre des groupes de travail autour des thèmes
écologiques et climatiques, de la biodiversité, de l’agriculture et de la pêche, de
la santé furent accompagnées par celles des deux autres groupes chargés de
réfléchir aux institutions et aux modes de management.

Les thèmes des conclusions pour l’action et les intitulés des groupes de travail
par la diversité de leurs désignations montrent l’incapacité récurrente de fixer
au sème environnement une définition basée sur un périmètre et des critères
précis.

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Des métiers pour l’environnement… Une question
récurrente en débat

2.2. De l’environnement au développement durable


Le sommet de la Terre à Rio de Janeiro en juin 1992 puis celui de Johannesburg
en 2002 ont obligé l’économie libérale de marché à prendre en compte non
seulement la protection de l’environnement mais aussi les finalités et les principes
d’action du développement durable qui vise à une gouvernance globale de
l’activité humaine mondialisée au profit conjoint de la planète, de ses habitants
et de l’économie.
Le respect des exigences du développement durable, nouveau paradigme de
la société humaine devrait assurer santé, sécurité, pérennité, paix et progrès
sous la responsabilité des parties prenantes locales et mondiales que sont
les organisations internationales, les états, les collectivités, les syndicats
et les entreprises, les ONG ainsi que... les organismes investisseurs et leurs
actionnaires.

Pour le développement durable, l’environnement est l’ensemble des


préoccupations qui croisent l’économie, le social et l’écologie pour le présent et
le futur.

2.3. Du développement durable à « l’écologie, au développement


et à l’aménagement durables »
La création en 2007 du ministère d’état à l’écologie, au développement et à
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l’aménagement durables (MEDAD), devenu en 2008 le ministère de l’écologie,
de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire
(MEEDDAT), élargit le périmètre de la préoccupation et recouvre les champs
très conséquents de l’énergie, de l’équipement, des transports, de l’urbanisme
et de l’aménagement du territoire. En outre, la mobilisation du Grenelle de
l’environnement autour des questions de changement climatique et de biodiversité
a encore étendu le champ des préoccupations en touchant notamment à
l’agriculture et à la santé tout en promouvant une gouvernance et un nouveau
modèle de développement soudant économie et écologie.

Cette extension du champ de l’environnement était cependant déjà présente


dans le mot lui-même: l’environnement est, certes, ce qui entoure, mais quoi
donc ? L’Homme bien sûr.
Il suffit de rappeler la définition du mot qu’en donne la norme Iso 14031/1999 qui
concerne le management environnemental :

L’environnement est le milieu dans lequel vit et se développe un organisme ; il


inclut l’eau, l’air, les ressources naturelles, les espèces animales et végétales,
les écosystèmes et aussi les êtres humains avec leurs propres interrelations
avec le milieu naturel.

207
20

2.4. De l’environnement à l’éthique des affaires


L’ONU en tant que promoteur du Pacte mondial (Global Compact, 2000) a réuni
dans un même texte l’essentiel des droits de l’Homme, les principes du droit du
travail, la protection de l’environnement et la lutte contre la corruption (article
n°10 : Agir contre la corruption sous toutes ses formes incluant l’extorsion de
fonds) et établit de cette manière le lien entre le global et le local en interpellant
les entreprises sur leur responsabilité propre.

Ainsi, la gouvernance des organisations s’est-elle vue sollicitée et appelée à


respecter un certain nombre de grands principes constituant une sorte de « soft
law » de principes et d’engagements, une éthique des affaires.

2.5. Vers une nouvelle ère économique et sociale


Pour faire face aux défis et contraintes qui assaillent « l’économie libérale de
marché », la communauté humaine doit s’imposer et donc imposer à toutes ses
composantes la prise en compte d’une part, des mutations inéluctables pour
répondre aux enjeux planétaires et, d’autre part, l’intégration des huit Objectifs
du Millénaire (ONU, 2000) à atteindre d’ici 2015 :

Les huit objectifs du Millénaire pour le développement


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Or, ces grands objectifs doivent être atteints malgré les grands défis lancés à
l’humanité :
- Les changements climatiques et leur cortège de conséquences (eau,
agriculture, alimentation, santé...)
- L’exubérance démographique et économique des pays émergents
(Chine, Inde, Brésil), mais aussi celle de l’Afrique, qui connaît une
croissance économique significative ;
- Le vieillissement des populations des pays industriels, notamment de
l’Europe qui devrait voir sa part dans la démographie mondiale tomber
de 9 à seulement 6 % en 2050 L’effondrement de la biodiversité, la
dégradation rapide des écosystèmes et la diminution des ressources
naturelles analogues à celles des grandes crises biologiques permettant
de distinguer les ères géologiques ;
- La fin de « l’économie pétrole » et la nécessaire conversion énergétique
avant 2040.

208
Des métiers pour l’environnement… Une question
récurrente en débat

A ces enjeux planétaires s’ajoutent d’autres préoccupations plutôt liées aux


sociétés humaines et à leur organisation :
- L’immigration et le métissage des populations et des cultures
- La gestion économe et équitable des ressources naturelles et
énergétiques
- La lutte contre la délinquance des individus et des organisations
- L’éradication de l’exclusion, de la pauvreté et de la discrimination
- Le progrès humain par l’éducation et la santé
- Le confortement de la démocratie et de la paix

Relever de tels défis et atteindre de tels objectifs ne se fera pas sans un


effort considérable d’adaptation, d’éducation et de formation ajoutant aux
compétences traditionnelles des savoir faire culturels et éthiques, et des savoir
être environnementaux. Mais, s’agira-t-il de nouveaux métiers, de nouvelles
professions ?

3. Les métiers en questionnement

Les mots naissent, vivent, meurent mais aussi s’adaptent, mutent, divergent selon
un « darwinisme culturel » permanent ; seul leur usage en donne le sens réel
(Wittgenstein, 1921), ils s’adaptent aux lois morales qui ne sont pas absolues,
faites par les humains dans le but de réglementer leur sociétés. Ces lois évoluent
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avec les connaissances, les mentalités et les situations nouvelles (de Duve,
2002).

Le mot « métier » est source de confusion selon qu’il est attribué à un individu
ou à une entité organisée (entreprise, collectivité…) et selon qu’il est utilisé au
singulier ou au pluriel.

3.1. Pour un individu


Pour un individu le métier désigne selon un intitulé d’usage une qualification voire
une classification, un statut juridique ou professionnel, des fonctions à assumer
au profit d’un employeur ou de soi-même, à partir de compétences pour exécuter
des activités, des tâches, des missions, postées ou non, de plus en plus à domicile
(en France et/ou à l’étranger) (Joras 2007).

Le mot métier, ou mestier, est dérivé du mot latin ministerium, qui signifiait alors
serviteur. Au Moyen Age dans les représentations religieuses, il était souvent
remplacé par mystère (du grec mysterion, chose cachée)...

Dans l’intitulé « Conservatoire des Arts et métiers », le mot art exprime les savoir-
faire, « les talents et les vertus », les dons et aptitudes pour exercer des métiers,
c’est-à-dire le faire, repris dans ces professions selon un cadre statutaire et
organisationnel.

209
20

Avant la révolution française, les métiers s’exerçaient selon un droit régalien ; ils
ne pouvaient être conférés que par le roi et étaient organisés en professions, au
sein de coopérations placées sous des bannières respectives (Boileau E., 1268)
sous le regard vigilant de l’Eglise et des notables.

Depuis l’interdiction des corporations par la loi dite Le Chapelier de 1791, les
métiers s’organisent en France dans le domaine privé et marchand autour
d’associations professionnelles, selon les règles édictées par des ministères et
des organismes publics.

Dans le domaine public d’état, territorial ou hospitalier, les métiers s’exercent par
des « fonctionnaires » et sont régis selon les statuts attribués aux 450 « corps
» constitués des plus prestigieux « Corps des mines», « Corps des ponts et
chaussées », aux plus nombreux, tel adjoint administratif de métropole et ses
140000 fonctionnaires, au plus restreint, le directeur du Musée d’Orsay.
Dans l’univers des métiers, des nomenclatures typologiques sont multiples et
variées :

Ainsi le binôme métier/emploi est souvent utilisé ; la frontière mal définie entre
emploi et métier a été confortée par la création du ROME en 1993 (Répertoire
opérationnel des métiers et emplois, Documentation française). Dans ce
répertoire sont énoncées 22 catégories professionnelles, 466 fiches métier/emploi
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qui recouvrent un foisonnement de 10000 intitulés, appellations (principales ou
spécifiques).

Ce répertoire avait été précédé en 1950 (remanié en 1982) d’un « Code des
catégories socioprofessionnelles» par l’INSEE fixant une nomenclature des
professions et catégories socioprofessionnelles (PCS).

En 2003, l’INSEE a publié, en accord avec la DARES du Ministère de l’Emploi,


une nomenclature de 85 familles (FAP) contenant 200 métiers, moins que les
500 représentés par les fiches de l’ONISEP.

Pour aborder les métiers, un nouveau terme, les « certifications professionnelles »


qui assimilent métier et profession se fait jour.

A l’occasion des lois françaises de 1992 et 2002 sur la « validation des acquis
de l’expérience» (VAE), l’ensemble hétérogène des dispositifs de description et
d’attribution de certifications professionnelles, qui seraient environ 1500 (titres,
diplômes, certificats divers et variés) est placé sous la tutelle d’un Conseil
national des qualifications professionnelles (CNQP) agissant sous la tutelle de la
« Commission nationale de certification professionnelle » (CNCP).

Un « répertoire national des certifications professionnelles » (RNCP) ; en corrélation


avec l’Education nationale, l’enseignement supérieur, les ministères spécialisés,

210
Des métiers pour l’environnement… Une question
récurrente en débat

les chambres consulaires, les Commissions professionnelles consultatives


(délivrant des Certificats de qualification professionnelle) est chargé de prendre
en compte les titres professionnels délivrés ; un titre indique un intitulé, un niveau
de position hiérarchique, un numéro de NSF (nomenclature de spécialité de
formation) et décrit le référentiel d’emploi et des capacités d’exercice exigées.

3.2. Le métier pour une entreprise ou une entité économique et


sociale
Pour ces entités le métier est devenu au cours du temps, le domaine principal
des productions et prestations d’un organisme spécifié.

L’usage parle souvent de « cœur de métier »


Le code NAF selon l’arrêté du 16 février 2001 a, selon une codification numérotée,
précisé par exemple des métiers qui peuvent être considérés comme se rapportant
à l’environnement :
ex n° 37 Récupération
n° 41 Eau
n° 90 Assainissement, voirie, déchets

Ainsi, le groupe SUEZ serait structuré en branches désignées comme filières

- Environnement qui groupe Eau et Propreté


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- Energie services qui couvre tout ce qui a rapport aux installations
énergétiques et leur maintenance
- Production d’énergie

Le terme « métier » donne ainsi sens aux termes branche, département, filière
secteur, famille…

3.3. Confusion profession / métier


Le terme de profession ajoute à la confusion sémantique autour du mot métier
qui lui est confondu ou qui est traité comme synonyme.L’étymologie du terme
profession fait ressurgir un caractère religieux, moyenâgeux, en effet « profes »
était (1549) celui qui fait voeux de s’engager dans un ordre - les métiers de
l’époque étaient organisés en professions, au sein de corporations, sous la tutelle
de l’Eglise.
Pour G. Fragnière, dans le vocabulaire de la formation (Afpa Paris, 1993), « la
notion de profession implique quatre éléments différents dont les interactions
expliquent l’évolution de l’ensemble :
- une profession pour un individu se définit aussi par un ensemble de compétences
ou de qualifications, qui détermine un certain comportement et établit un certain
pouvoir des rôles ;
- une profession est une fonction dans le système économique, elle détermine
une activité spécifique ;

211
20

- une profession est aussi un groupe social organisé qui facilite l’identification
sociale, sert d’organe de défense des intérêts de la profession ou assure la
discipline de ses membres ;
- une profession s’identifie aussi par le système de formation adaptée et
spécialisée qui sert d’initiation sociale et de porte d’entrée à la profession.

L’importance respective de chacun de ces éléments dans l’identification d’une


profession dépend elle-même de facteurs juridiques, socio-économiques,
historiques et culturels qui sont à l’origine de grandes différences d’un pays à
l’autre. Au cours du temps et au fur et à mesure des mutations technologiques
et organisationnelles les professions évoluent, disparaissent, se stabilisent,
d’autres émergent. A leur propos se côtoient des classements divers, souvent
contradictoires, incomplets, et qui confondent parfois métier, spécialité, secteur
d’activité, branche...

4. Une fausse idée persistante sur l’emploi et l’environnement

En 1995 à la demande de l’ARENE Ile-de-France, Jacques Brégeon et Michel


Joras menèrent une étude entrant dans le cadre du schéma régional des
formations sur les perspectives des métiers de l’environnement. Dans l’esprit de
la commande cette étude aurait logiquement dû confirmer l’opinion générale de
l’époque sur la manne à venir de quelques dizaines voire centaines de milliers
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d’emplois nouveaux dans l’environnement.

La conclusion de l’étude ont démenti cette vision et les promesses associées


malgré l’engouement pour ce thème des sphères politiques (Edouard Balladur,
Premier ministre, évoquait 30 000 emplois par an), médiatiques et même
universitaires (de nombreuses formation diplômantes ont alors été mises en
place, notamment au niveau Bac +5) (Cf. bibliographie guide des masters et
mastères spécialisés, Hobsons 2006).

Le constat de l’étude qui préconisait une certaine prudence dans ces estimations,
pointait notamment deux aspects du sujet :

- l’environnement recouvrait deux réalités à distinguer ; d’une part,


l’environnement technique, comme champ d’activité (eau, air, déchets,
pollutions...) et, d’autre part, l’environnement préoccupation qui venait
interférer avec la plupart des secteurs d’activité.
- le contenu en termes de compétences environnementales étant très
faible pour les niveaux de formation 4 et 5, représentant l’essentiel des
domaines d’activité (eau, propreté, déchets) et des emplois et très fort
pour les niveaux 1 et 2 de qualification de l’Education Nationale (experts
et responsables).

212
Des métiers pour l’environnement… Une question
récurrente en débat

Ce constat reposait également sur quelques évidences démontrées :

Ainsi, la protection de l’environnement en tant que champ d’activité était alors


plus spécialement portée par les métiers de l’eau et du traitement des déchets,
qui se mécanisaient et recouraient de plus en plus à l’électrotechnique voire à
l’informatique (agents des centrales d’incinération ou des stations d’épuration),
ce qui entraînait à l’évidence une élévation du niveau de connaissance technique
des opérateurs.
L’emploi se développait alors plus en qualité qu’en quantité. Les fonctions
environnementales étaient ajoutées aux autres fonctions des personnels en
poste.

Constatant avec un certain nombre de professionnels de la fonction publique


comme du secteur privé, que l’environnement était une préoccupation stratégique
dont il fallait favoriser l’intégration dans toutes les sphères de l’activité économique
et sociale, Jacques Brégeon et Michel Joras fondèrent en 1995 le Collège des
hautes études de l’environnement (CHEE) avec le support du Conseil général
des Hauts-de-Seine et l’aval de Pierre Delaporte (président d’honneur d’EDF).

Destiné à sensibiliser et préparer les dirigeants et hauts responsables de toutes


origines professionnelles à l’intégration de ces exigences environnementales
naissantes, le CHEE & DD développe depuis 12 ans une pédagogie spécifique
adaptée aux contraintes de ces responsables : compréhension des enjeux,
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traduction en termes politiques, stratégiques et opérationnels.

5. Quels métiers / professions / emplois pour l’environnement ?

Au début du XXe siècle le secteur agricole en France occupait environ cinq


millions d’agriculteurs ; à la fin du siècle il n’en occupait plus que 500 000 mais en
générant et mobilisant le support de quelque deux millions d’emplois indirects.

Par analogie, on peut penser que les actifs du « cœur de métier » environnement,
l’eau, l’air, les déchets, les pollutions, dont le nombre peut être estimé à 500 000
(Cf. Alternatives économiques 2007) se verront supportés par d’autres acteurs
professionnels exerçant dans l’ensemble des industries et services qui devront
pour s’adapter mieux prendre en compte conjointement l’environnement et le
développement durable. En reprenant la typologie des professions proposée
par Michel Joras dans une intervention au récent colloque de l’ESCEM (Poitiers,
les 25 et 26 octobre 2007) les métiers - emplois qui pourraient être catalogués
ou qualifiés « Environnement » se retrouveront à tous les niveaux, mais à des
degrés de compétence bien différents, dans la grille qui se dessine dès à présent
pour les métiers de demain :

1/ les investisseurs, actionnaires, propriétaires, administrateurs (niveau


politique)

213
20

2/ le top management, les dirigeants (niveau stratégique, le « plan » du modèle


PDCA, Plan, Do, Check, Act)
- membres des Comex (comités exécutifs rattachés aux conseils
d’administration des sociétés anonymes)
- membres des Codir (rattachés au Directoire et/ou au Conseil de
surveillance)
3/ les opérationnels (niveau production, le « do » du PDCA)
- les applicateurs de logiciels, les opérateurs des processus de
fabrication...
- les aides aux personnes, les aides aux services à l’entreprise, aux
biens et matériels
4/ les contrôleurs chargés de la surveillance, du contrôle, de l’analyse, de
l’évaluation des processus et des résultats (niveaux Check et Act du cycle
PDCA)
5/ les régaliens représentants des pouvoirs publics (grands corps de l’Etat), du
gouvernement et des administrations (justice, police, armée…)

NB/ typologie en accord avec le modèle PDCA « Roue de Deming » ; Cf. normes
Iso 9000/2000 et Iso 14000
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Les sciences de l’organisation nous apprennent que les dispositifs organisationnels
et fonctionnels, dans un phénomène de « Darwinisme sociétal », s’adaptent
dans un mouvement irréversible aux mutations technologiques, économiques et
sociales.

C’est ainsi que certaines grandes entreprises ont créé des fonctions Environnement
et Développement durable agissant auprès des autres fonctions notamment les
fonctions technique, juridique, production, qualité, afin de leur faire intégrer des
exigences environnementales et sociétales de plus en plus pressantes, ajoutant
aux compétences et qualifications usuelles celles de savoir faire et savoir
être environnementaux. La prise en compte par l’ensemble des organisations
humaines de ces préoccupations environnementales devenues quasi vitales
«devrait faire émerger de nouvelles technologies, de nouvelles formes de
gestion et de gouvernance, de nouvelles formations, voire de nouveaux métiers
et professions dans une société de plus en plus normée et éthique.

6. Des métiers qui ne penseront qu’à l’environnement

Dans une société de plus en plus normée dans ses pratiques et conduites à l’aune
de codes et chartes déontologiques, tous les métiers, toutes les professions
devront intégrer dans leurs qualifications et missions l’obligation du développement

214
Des métiers pour l’environnement… Une question
récurrente en débat

durable, privilégier la recherche, l’innovation sociétale et l’engagement éthique.

Dans sa déclaration du 25 octobre 2007 faite à l’occasion de la présentation


de leurs travaux par les groupes de travail du Grenelle de l’environnement le
Président de la République, Nicolas Sarkozy, a appelé « à une révolution dans
nos façons de penser, dans nos politiques, dans nos objectifs » ; je veux, disait-il
« que le Grenelle soit l’acte fondateur d’un new deal écologique en France, en
Europe et dans le Monde ».

Une mondialisation de tous les métiers pour ne penser qu’à l’environnement devrait
s’imposer à partir de nouveaux savoir faire et savoir être environnementaux.

Le Grenelle de l’environnement (octobre 2007) devrait ouvrir d’importants


besoins de formation, voire générer de nombreux emplois nouveaux, lorsque
seront réellement prises en compte les exigences du développement durable.

Références bibliographiques :
J. Attali (2007), L’avenir du travail, Paris, Fayard.
E. Boileau (1268), Le Livre des Métiers.
J. Brégeon et M. Joras (2007), Des métiers pour l’environnement, revue Qualitique,
novembre.
L Caramel et G. Dupont (2007), L’heure du choix, Le Monde 25 octobre
A. Deduve (2002), l’Ecoute du vivant, Odile Jacob.
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G. Fragnière (1993), Vocabulaire de la Formation, Paris. M. Joras (2007), Florilège de
mots, Paris, revue Qualithique, février.
Hobsons (2006), Guide des Métiers, Paris.
M. Joras (2007), Le bilan de compétences, Paris PUF Que sais-je ?
M. Joras (2007), Colloque ESCEM « Ethique dans les organisations » 25 octobre.
S. Lemelle et M. Masi (2003), Les métiers de l’environnement, L’Etudiant.
ONU – PNUE Rapport GEO 4, octobre 2007.
ROME, Documentation Française, 1992.
Wittengstein (1921), Le Tractatus, Galimard.

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