Séries Entières et Convergence
Séries Entières et Convergence
B. Landelle
V Méthodes pratiques 15
1 Calcul d'une fonction somme et d'une somme numérique . . . . . . . . . . . . . 15
2 Développement en série entière d'une fonction donnée . . . . . . . . . . . . . . . 15
1
I Convergence d'une série entière
1 Dénitions
Dénition 1. On appelle série entière de la variable
P complexe z toute série de terme général
an z n où (an )n est une suite complexe. On la note an z n .
absolument.
Démonstration. Soit z ∈ C tel que |z| < |z0 |. On a
n n
z z
∀n ∈ N n
|an z | = |an z0n | = O(1)
z0 z0
n
P z z
La série est géométrique convergente car 0 < < 1. Le résultat suit.
z0 z0
Remarques : 1. L'ensemble {r ∈ R+ | (an rn ) bornée } est non vide puisqu'il contient néces-
sairement zéro.
2. Les séries an z n et an z n ont même rayon de convergence.
P P
n⩾n0
N
Exemples : 1. Pour an z n série entière polynomiale, le rayon de convergence est R = +∞.
P
n=0
(rn )n bornée ⇐⇒ r ⩽ 1
B. Landelle 2 ISM MP
P zn rn
4. La série entière a pour rayon de convergence R = +∞. Pour r > 0, notons un = et
n! n!
utilisons le critère de d'Alembert. On a
un+1 rn+1 n! r
= × n = = o(1)
un (n + 1)! r n + 1 n→+∞
P rn
Å nã
r
On en déduit que converge pour tout r ⩾ 0 d'où de limite nulle donc bornée pour
n! n! n
tout r ⩾ 0 d'où R = +∞.
Dénition 3. Soit an z n P une série entière de rayon de convergence R > 0. On appelle in-
P
tervalle de convergence de an z n l'intervalle ouvert ] −R ; R [ et on appelle disque ouvert de
convergence l'ensemble D(0, R) = {z ∈ C : |z| < R}.
2 Modes de convergence
Théorème 2. Soit an z n série entière de rayon de convergence R.
P
an z converge absolument.
y
DVG
R
x
CVA
B. Landelle 3 ISM MP
Démonstration. 1. Si an zP0 converge, alors
n
an z0n ne diverge pas grossièrement d'où |z0 | ⩽ R.
P P
2. Si an z0 diverge, alors an z0n ne converge pas absolument (puisque la convergence absolue
P n
implique la convergence) d'où |z0 | ⩾ R.
P zn
Exemple : Pour la série entière , la convergence en z = −1 et la divergence en z = 1
n⩾1 n
permettent d'en déduire R = 1. Ceci illustre également l'incertitude sur le cercle C(0, R).
Théorème 3. Soit anÅz sérieã entière de rayon de convergence R avec an ̸= 0 à partir d'un
P n
an+1 1
certain rang. Si la suite admet une limite ℓ dans R+ , alors R = avec la convention
an n ℓ
R = 0 si ℓ = +∞ et R = +∞ si ℓ = 0.
Démonstration. Soit r > 0. On utilise les résultats du corollaire 1 sur la série an rn . On pose
P
un = |an | rn pour n entier. On a
un+1 an+1
= r −−−→ rℓ
un an n→∞
Compléments : Pour une série lacunaire du type (p entier non nul et q ∈ [[ 0 ; p−1 ]])
P pn+q
an z
avec an =
̸ 0 à partir d'un certain rang, on procède de même en posant un = |an | rpn+q pour
r > 0.
an+1
Supposons −−−→ ℓ
an n→∞
un+1 an+1 p
ainsi = r −−−→ ℓrp
un an n→∞
B. Landelle 4 ISM MP
! Dans les deux congurations présentées ci-avant, on distingue strictement les cas pour in-
voquer le critère de d'Alembert puis on conclut largement sur R qui est une borne supérieure.
P z 2n r2n
Exemple : √ n . Pour r > 0, on pose un = √ n . On trouve
n2 n2
un+1 n r2 r2
…
= −−−→
un n + 1 2 n→∞ 2
r2 √ P r2n √
• si < 1 ⇐⇒ r < 2, alors converge absolument d'où R ⩾ 2.
2 2n
r 2 √ Pz 2n √
• si > 1 ⇐⇒ r > 2, alors diverge grossièrement d'où R ⩽ 2.
2 2n
R
r
x
CVN
! Avertissement : Il n'y a pas en P général convergence normale sur D(0, R). Il sut de
considérer l'exemple de la série entière z n .
Corollaire 2. La somme d'une série entière de rayon de converge R > 0 est continue sur son
disque ouvert de convergence.
B. Landelle 5 ISM MP
+∞
1
Exemple : On a S(z) = zn = pour |z| < 1. On a S ∈ C (D(0, 1), C) ce qu'on sait par
P
n=0 1−z
1
ailleurs puisqu'il s'agit d'une fonction rationnelle. On peut remarquer que la quantité est
1−z
+∞
bien dénie pour z = −1 mais qu'on ne peut pas substituer z par −1 dans z n puisque la
P
n=0
série associée y serait grossièrement divergente.
3 Propriétés
Proposition 1. Soit λ ∈ C∗ . Les séries entières an z n , (−1)n an z n et λan z n ont même
P P P
rayon de convergence.
Démonstration. Soit r ⩾ 0. On a
(an rn )n bornée ⇐⇒ ((−1)n an rn )n bornée ⇐⇒ (λan rn )n bornée
et le résultat suit.
Proposition 2. Soient an z et bn z des séries entières de rayon de convergence R1 et R2 .
P n P n
Si an = O(bn ), alors R1 ⩾ R2 .
Ainsi r < R2 =⇒ r ⩽ R1
autrement dit [ 0 ; R2 [ ⊂ [ 0 ; R1 ]
Passant à la borne supérieure, on obtient R2 ⩽ R1 .
Remarque : Si R = +∞, la notation [ 0 ; R ] désigne simplement R+ .
Exemples : 1. z et 2n z n .
P n P
Å n ã
1 n P n
2. z , z , nz .
P n P P
k=1 k
Proposition 3. Soient (an )n , (bn )n des suites complexes. Si an n→∼+∞ bn , alors les séries entières
an z et bn z n ont même rayon de convergence.
P n P
Il s'ensuit que R = e .
B. Landelle 6 ISM MP
II Opérations sur les séries entières
d'où r ∈ [ 0 ; R1 [ =⇒ r ∈ [ 0 ; R2 ]
Ainsi, on a R1 ⩽ R2 et on en déduit l'égalité R1 = R2 .
Remarque : Soit (u, v) ∈ Df (0, r)2 avec r ∈ [ 0 ; R [. On a
+∞ +∞ n−1
an (un − v n ) = (u − v) uk v n−1−k
P P P
S(u) − S(v) = an
n=0 n=0 k=0
+∞
D'où n |an | rn−1
P
|S(u) − S(v)| ⩽ |u − v|
n=1
B. Landelle 7 ISM MP
puisque la série entière nan z n−1 a même rayon de convergence que an z . Ainsi, S est
P P n
n⩾1
lipschitzienne sur tout disque fermé inclus dans D(0, R) donc sur tout compact inclus dans
D(0, R).
(Rk )k est constante. On procède à l'identique en notant R−k rayon de convergence de la série
n an z n pour k ∈ N.
P −k
n⩾1
Dénition 4. Soit an z une série entière. On appelle série entière dérivée première la
P n
n!
série nan z n−1 et pour tout k ∈ N∗ , série dérivée k -ième la série an z n−k =
P P
n⩾1 n⩾k (n − k)!
P (n + k)!
an+k z n .
n!
Corollaire 4. Soit an z n une série entière. Toutes ses séries dérivées ont même rayon de
P
convergence R.
Démonstration. On suppose min(R1 , R2 ) > 0 (sinon il n'y a rien à faire). Soit r ∈ [ 0 ; min(R1 , R2 ) [.
On a an rÅ et bn rn absolument convergentes d'où, par théorème sur le produit de Cauchy,
P n P
n
ã
la série ak rk bn−k rnk cn r converge absolument donc r ⩽ R d'après le corollaire
P P P n
=
k=0
B. Landelle 8 ISM MP
+∞ +∞
1. Il s'ensuit que R ⩾ min(R1 , R2 ). Puis, pour z ∈ D(0, min(R1 , R2 )), on a an z n et bn z n
P P
n=0 n=0
absolument convergentes d'où par théorème sur le produit de Cauchy
+∞
Å +∞ ã Å +∞ ã
n n n
P P P
cn z = an z bn z
n=0 n=0 n=0
1
Remarque : On peut avoir R > min(R1 , R2 ) avec × (1 − z) ou R = min(R1 , R2 ) avec
1−z
1
1× .
1−z
xn
2. (−1)n a pour rayon de convergence R = 1 d'où la continuité de S sur ] −1 ; 1 [. Peut-on
P
n⩾1 n
étendre ce résultat aux bornes ? En x = −1, la série diverge. En x = 1, la série converge car
vérie le critère des séries alternées. Il s'agit donc d'une série de fonctions continues sur [ 0 ; 1 ]
qui converge uniformément puisque, d'après le théorème sur le reste des séries alternées, on a
1
∀(n, x) ∈ N × [ 0 ; 1 ] |Rn (x)| ⩽
n+1
On conclut que la somme S est continue sur [ 0 ; 1 ] donc sur ] −1 ; 1 ]. En fait, ce comportement
au bord est plus général comme l'illustre le résultat suivant.
Théorème 8 (Théorème d'Abel radial). Soit an xn une série entière de rayon de conver-
P
gence R ∈ ] 0 ; +∞ [. On suppose que an R converge. Alors, on a
n
P
+∞ +∞
an xn −−−→ an R n
P P
n=0 x→R n=0
+∞
Démonstration. On note ρN = an Rn pour N entier. On a pour x ∈ [ 0 ; R [ et N entier
P
n=N
+∞ +∞ x n +∞ x n
n n
P P P
an x = an R = (ρn − ρn+1 )
n=N n=N R n=N R
x n x n x n
Les séries ρn et ρn+1 convergent (leurs termes généraux sont des o ) et
P P
R R R
par linéarité du symbole somme, on eectue la transformation d'Abel
B. Landelle 9 ISM MP
+∞ +∞ +∞ +∞
x n x n−1 x N ï n n−1 ò
P n
P P P x x
an x = ρn − ρn = ρN + ρn −
n=N n=N R n=N+1 R R n=N+1 R R
Soit ε > 0. On dispose de n0 entier tel que |ρn | ⩽ ε pour n ⩾ n0 . Ainsi, pour N ⩾ n0
+∞ +∞
ï n−1 n ò
P n x x P x N
∀x ∈ [ 0 ; R [ an x ⩽ ε + ε − ⩽ε+ε ⩽ 2ε
n=N n=N+1 R R R
Cette majoration vaut encore pour x = R et par conséquent, la série an xn converge unifor-
P
mément sur [ 0 ; R ]. D'après le théorème de double limite, on conclut
+∞ +∞
an xn −−−→ an R n
P P
n=0 x→R n=0
+∞
xn +∞ (−1)n
Exemple : On retrouve (−1)n
P P
−−→
n=1 n x→1 n=1 n
2 Intégration
Théorème 9. Soit an xn série entière d'une variable réelle de rayon de convergence R > 0.
P
Alors
Z x Å +∞ ã +∞
P n
P an n+1
∀x ∈ ] −R ; R [ an t dt = x
0 n=0 n=0 n + 1
Exemple : On a
x +∞ x
+∞ +∞
xn+1
Z Z
n+1 n n+1
tn dt = (−1)n+1
P P P
∀x ∈ ] −1 ; 1 [ − ln(1 + x) = (−1) t dt = (−1)
0 n=0 n=0 0 n=0 n+1
P (−1)n
+∞
Pour x = 1, on a vu que le résultat se prolongeait et on retrouve l'égalité = − ln 2.
n=1 n
3 Dérivation
Théorème 10. Soit an xn série entière d'une variable réelle de rayon de convergence R > 0.
P
+∞
Soit S sa somme, i.e. an x n
P
∀x ∈ ] −R ; R [ S(x) =
n=0
S(n) (0)
En particulier ∀n ∈ N an =
n!
B. Landelle 10 ISM MP
Démonstration. Notons un : x 7→ an xn pour (n, x) ∈ N × ] −R ; R [. D'après le corollaire 4,
n!
la série entière an xn et ses séries entières dérivées an xn−k ont même rayon de
P P
n⩾k (n − k)!
convergence. Pour une série entière, on a convergence normale donc uniforme
P sur tout segment
inclus dans l'intervalle ouvert de [Link] k entier, la série un est une série de
fonctions de classe C k sur ] −R ; R [ telle que u(k)
n converge uniformément sur tout segment
dans ] −R ; R [. Comme ceci vaut pour tout k entier, la fonction somme S est de classe C ∞ et
+∞
on a S(k) = un pour tout k entier.
(k)
P
n=0
ï ∞ ò +∞ ∞
1 d +P P d n +
Exemple : n
nxn−1
P
∀x ∈ ] −1 ; 1 [ = x = [x ] =
(1 − x)2 dx n=0 n=0 dx n=1
1 Série de Taylor
Dans ce qui suit, A désigne une partie de C et I désigne un intervalle de R.
Dénition 6. Soit f : I → C et r > 0P. On dit que f est développable en série entière sur
] −r ; r [ ⊂ I s'il existe une série entière
n
an x de rayon de convergence R ⩾ r tels que
+∞
an x n
P
∀x ∈ ] −r ; r [ f (x) =
n=0
1
Exemples : 1. La fonction x 7→ est développable en série entière sur ] −1 ; 1 [.
1−x
2. La fonction x 7→ − ln(1 − x) est développable en série entière sur ] −1 ; 1 [.
P f (n) (0) n
Dénition 7. Soit r > 0 et f : I → C de classe C ∞ avec ] −r ; r [ ⊂ I. La série x
n!
est appelée série de Taylor de f en zéro.
B. Landelle 11 ISM MP
! Remarque : Le caractère C ∞ sur ] −r ; r [ n'implique pas être développable en série entière.
Considérons la fonction f dénie par
1
e − x2 si x ̸= 0
®
∀x ∈ R f (x) =
0 sinon
Alors ∀n ∈ N an = b n
Démonstration. On note ρ = min(R1 , R2 ) et on pose
+∞
(an − bn ) xn
P
∀x ∈ ] −ρ ; ρ [ S(x) =
n=0
Par linéarité (car convergence), on a pour α ∈ ] 0 ; ρ [
+∞ +∞
an x n − bn x n = 0
P P
∀x ∈ ] 0 ; α [ S(x) =
n=0 n=0
La fonction S est de classe C sur ] −ρ ; ρ [ d'où les dérivées en 0 à tout ordre sont en particulier
∞
B. Landelle 12 ISM MP
Démonstration. Il sut d'écrire pour tout f (x) − f (−x) = 0 pour f paire et f (x) + f (−x) = 0
pour f impaire avec x ∈ ] −r ; r [ et d'invoquer l'unicité du développement en série entière.
d
Détails de ces développements : [(1 + x)α ] = α × (α − 1) × . . . × (α − n + 1)(1 + x)α−n ,
dxn
α(α − 1) . . . (α − n + 1)
Le coecient est parfois noté αn ce qui fournit l'écriture naturelle
n!
B. Landelle 13 ISM MP
+∞
α
xn .
(1 + x)α =
P
n
n=0
d d
, π
, etc. . . .
x x
[e ] = e [cos x] = cos x + n 2
dxn dxn
α(α − 1) . . . (α − n) x
Z
Pour (1 + x) , le reste de Taylor est Rn (x) =
α
(x − t)n (1 + t)α−n−1 dt et
n! 0
x−t n
Z x Z xÅ ã
n α−n−1
(x − t) (1 + t) dt = (1 + t)α−1 dt
0 0 1 + t
x−t
et ⩽ |x|. En eet, pour x ∈ [ 0 ; 1 [, on a |x − t| = x − t ⩽ x ⩽ x + tx = |x| |1 + t| et
1+t
pour x ∈ ] −1 ; 0 ], on a |x − t| = t − x ⩽ (−x)t − x = |x| |1 + t|. Puis, le critère de d'Alembert
permet d'obtenir
|α(α − 1) . . . (α − n)| n
|x| −−−→ 0
n! n→∞
Le résultat suit.
3 Exponentielle complexe
P zn
Proposition 6. La série entière a pour rayon de convergence R = +∞.
n!
P xn
+∞
Remarque : Pour x ∈ R, on sait que e x = . Il s'agit donc d'un prolongement de
n=0 n!
l'exponentielle réelle à C.
P zn P zn
Démonstration. 1. Les séries 1
et 2
convergent absolument. D'après le théorème sur le
n! n!
produit de Cauchy (pour séries numériques), on a
B. Landelle 14 ISM MP
Å +∞ n ã Å +∞ n ã +∞ Ç n k n−k å +∞
P z1 P z2 P P z1 z2 P 1
= = (z1 + z2 )n
n=0 n! n=0 n! n=0 k=0 k! (n − k)! n=0 n!
P (iy)n
ï +∞ ò ï +∞ +∞
ò
3. Par linéarité x+iy x x n n
P P
e =e =e an y + i b n y
n=0 n! n=0 n=0
n n−1
i si n pair i
si n impair
avec an = n! et bn = n! , la convergence ayant lieu avec pour
0 sinon 0 sinon
1 1
tout n entier |an | ⩽ et |bn | ⩽ . Le résultat suit.
n! n!
V Méthodes pratiques
B. Landelle 15 ISM MP
résoudre un problème de Cauchy de la forme
®
a(t)x′ + b(t)x = c(t)
x(t0 ) = x0
avec a, b polynomiales et c développable en série entière. ®
x′ − x = 0
Exemple : La fonction exp est l'unique solution du problème de Cauchy .
x(0) = 1
Remarque : Pour conclure, on invoque l'unicité d'une solution à un problème de Cauchy
d'après le théorème de Cauchy linéaire. Pour démontrer ce théorème, on peut :
résoudre explicitement une équation diérentielle linéaire d'ordre 1 ;
construire la solution comme limite de la suite des itérées des écritures intégrales de
l'équation.
Pour la résolution explicite, il faut utiliser la fonction exponentielle. Quant à la suite des itérées
des écritures intégrales, établir sa convergence est plus dicile que de construire la fonction
exponentielle comme solution développable en série entière du problème de Cauchy précédent.
En réalité, cet exemple n'est pas complètement pertinent, il est essentiellement pédagogique et
articiellement simple puisque l'existence de l'exponentielle comme solution d'un problème de
Cauchy n'a pas été prouvée dans le cadre des programmes du lycée.
B. Landelle 16 ISM MP