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Aménagement territorial au Moyen Sebou

Le document analyse la rencontre entre un projet d'irrigation étatique et un territoire rural au Maroc. Le projet s'est ouvert à de nouveaux acteurs comme les associations d'irrigants qui ont façonné de nouvelles règles de gestion. L'émergence de nouveaux leaders a multiplié les pôles de développement territorial.

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Aménagement territorial au Moyen Sebou

Le document analyse la rencontre entre un projet d'irrigation étatique et un territoire rural au Maroc. Le projet s'est ouvert à de nouveaux acteurs comme les associations d'irrigants qui ont façonné de nouvelles règles de gestion. L'émergence de nouveaux leaders a multiplié les pôles de développement territorial.

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Projets d'aménagement et développement territorial : le

cas du périmètre irrigué du Moyen Sebou au Maroc


Zakaria Kadiri, Marcel Kuper, Mostafa Errahj
Dans Pôle Sud 2011/2 (n° 35), pages 77 à 96
Éditions CEPEL
ISSN 1262-1676
ISBN 9782918036135
DOI 10.3917/psud.035.0077
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Projets d'aménagement et développe-
ment territorial : le cas du périmètre
irrigué du moyen sebou au maroc
Zakaria Kadiri
UMR G-eau, CIRAD, LAMES Aix en Provence
Marcel Kuper
UMR G-Eau, CIRAD, IAV Hassan II
Mostafa Errahj
École Nationale d’Agriculture de Meknès
________________

Résumé / Abstract
L’action des pouvoirs publics dans les territoires ruraux du sud est la plus remarquée à
travers des projets d’aménagement, masquant des processus de développement territorial
plus lents et moins visibles par des acteurs et réseaux sociaux. Nous analysons la rencontre
entre un projet étatique d’irrigation, mis en œuvre dans le cadre du paradigme international
de la Gestion Participative de l’Irrigation, et un territoire rural au Maroc, à travers les
configurations des acteurs et les enjeux locaux de ses composantes sociales. Nos résultats
montrent que le projet d’irrigation porté par les pouvoirs publics s’est progressivement
ouvert à d’autres acteurs. Les associations d’irrigants façonnent des règles de gestion, et
adaptent le projet technique à leur situation. L’émergence de nouveaux leaders qui se sont
distingués par la suite dans le développement local et dans la politique communale, ont
occasionné une multiplication de pôles de développement territorial. Cela implique un
changement de référentiel dans l’analyse de l’action publique dans les territoires ruraux au
Maroc où l’État n’a plus le monopole du savoir technique et où la notabilité cherche à se
repositionner, en acquérant de nouvelles compétences techniques.
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Public action in the rural areas in the South is generally perceived through State-led development
projects, masking slower and less visible processes of territorial development involving different actors
and social networks. We analyze the confrontation of a state-led irrigation project, carried out in
the framework of the international paradigm of ‘Participative Irrigation Management’, and a rural
territory in the North of Morocco, by looking at the configuration and interaction of actors linked to
public action. Our results show that the state-led project has progressively opened up to other actors.
The irrigation associations have crafted new management rules, and adapted the technical project
to their situation. The emergence of new leaders, which have subsequently distinguished themselves
in local development projects and local politics, have multiplied the development clusters in this
territory, as the State has no longer a monopole on technical knowledge.. These results imply a
change in the reference frame for the analysis of public action in the rural areas in Morocco, as they
suppose a change in the way local elites are composed and how leaders obtain new competence. This
also means that the formulation and implementation of public policies involves more horizontal
networks with different institutions providing different competence.
___________________

Mots-clés / Keywords
Action publique, aménagement, développement territorial, irrigation, Maroc
Development projects, irrigation, Morocco, public action, territorial development

77
Pôle Sud n° 35 pp.77-96
Zakaria Kadiri, Marcel Kuper & Mostafa Errahj

Introduction
Les territoires ruraux du sud, encore largement agricoles, font l’objet
de nombreuses actions de développement et constituent le cadre d’actions
individuelles, collectives et publiques face à un environnement économique,
social et physique qui évolue vite (Caron, 2005). Bien souvent, l’action des
pouvoirs publics y est la plus remarquée à travers des projets spectaculaires
d’aménagement. Ces projets masquent des processus de développement
territorial plus lents et moins visibles par des acteurs et des réseaux sociaux
qui en assurent « la construction, la défense, la promotion, l’évolution, la
reproduction, la gestion, l’usage et le partage des ressources et richesses »
(ibid).
Les projets d’aménagement sont souvent formellement délimités dans
l’espace, et sont confrontés à des territoires aux limites bien plus difficiles à
saisir. Si on peut admettre les contours flous d’un territoire, dès qu’on évoque
un projet d’aménagement, le trait se pose sur la carte, on trace la limite, on
construit un périmètre (Tesson, 2007). Les projets d’irrigation ont toujours
constitué un outil privilégié des Etats du Sud pour aménager, tracer et re-
configurer les territoires. L’eau d’irrigation est considérée comme étant un
facteur de transformation du territoire et de ses limites. Cette transformation
ne concerne pas uniquement la délimitation de l’espace, elle concerne aussi
les acteurs et les formes de coordinations, voire de conflits.
Dans les territoires ruraux du Sud où vit une population pratiquant l’agri-
culture irriguée, l’eau est une composante principale dans le quotidien des
agriculteurs et de leurs familles. Elle est aussi une ressource stratégique et
convoitée. Ainsi pour les oasis en Tunisie, Bédoucha (1987) montre com-
ment le contrôle de la ressource en eau acquiert du pouvoir. Au Maroc,
l’État a toujours porté une attention prioritaire aux territoires ruraux. Leveau
(1976) explique que le système monarchique a enrôlé les notables ruraux et
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les élites locales pour y constituer « le centre de gravité du système politique
au profit de la monarchie ». Il mentionne que « cette situation conditionne
les choix du régime pour tout ce qui touche le secteur rural ». De ce fait, un
projet d’aménagement peut signifier une main mise de la logique de l’État
sur la société rurale. Les projets de développement rural participent ainsi au
contrôle des territoires ruraux.
Pascon (1978) analyse comment l’État marocain s’est positionné en véri-
table décideur et maître d’œuvre du développement territorial en milieu rural
pour assurer l’autosuffisance alimentaire et promouvoir les exportations agri-
coles, tout en gardant la maîtrise de la campagne marocaine. Pour y parvenir
« la politique des barrages » était devenue « la priorité des priorités » pour
créer une irrigation pérenne couplée à une agriculture « moderne ». Durant
les trois premières décennies de l’indépendance, entre un tiers et un quart de
l’investissement public a été alloué à des projets impliquant les périmètres de
la « grande hydraulique », et entre la moitié au deux tiers de ceux-ci visaient
le secteur agricole (Akesbi et Guerraoui, 1991). La spécificité des périmètres

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Pôle Sud n° 35
Le périmètre irrigué du moyen Sebou au Maroc

de grande hydraulique est due au fait qu’ils ont façonné des territoires forte-
ment marqués par l’empreinte de l’aménageur. La forte intervention de l’État
y a configuré les relations entre les différents acteurs mais aussi entre ces der-
niers et leurs territoires (Kuper et al., 2009). Pascon qualifie cette phase par le
« passage de l’eau du ciel à l’eau de l’État » en décrivant comment le paysan
marocain est passé d’une attente de la pluie à une dépendance des pouvoirs
publics maîtrisant l’eau d’irrigation. Si ce choix politique a permis le déve-
loppement de pôles nationaux d’agriculture moderne et a amorti les effets de
sécheresses récurrentes, il a concentré les investissements dans le dixième de
la superficie agricole utile du pays produisant ainsi des disparités territoriales
et une allocation inégale des ressources.
Ce cadre d’intervention a largement contribué à l’endettement du pays
et l’a exposé, dès 1983, aux directives de la Banque Mondiale et des Plans
d’Ajustements Structurels. Il s’agit souvent de plans promouvant le transfert
de responsabilités publiques vers le secteur privé. Dans le domaine de l’eau
au Maroc, la promulgation de la loi sur l’eau en 1995 a doté le pays d’ins-
truments techniques, économiques et institutionnels. L’adoption d’une
Gestion Participative de l’Irrigation et la création d’Agences de Bassins Hy-
drauliques (ABH) décentralisées à l’échelle des bassins versants promouvant
des principes telles que « préleveur-payeur » et « pollueur-payeur », sont
les principales innovations institutionnelles dans ce domaine. Si la création
des ABH était certainement inspirée par la politique européenne, dans le
domaine de l’eau, l’adoption de la gestion participative a été mise en place
suite à un débat international dont les bailleurs de fond ont souvent été le
« porte parole », notamment depuis le rapport de la Banque Mondiale en
1993 (Groenfeldt et Svendsen, 2000). Ce rapport fut suivi d’une série de
conférences de par le monde pour diffuser les « bonnes pratiques » en ma-
tière de gestion des ressources en eau, se focalisant sur la participation des
irrigants dans la gestion de l’irrigation. Au Maroc, une conférence nationale
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fut co-organisée à Marrakech en novembre 1995, par le Ministère de l’Agri-
culture et la Banque Mondiale, pour « dégager les éléments de la doctrine,
de la stratégie et de l’approche pour la gestion participative de l’irrigation »
(El Alaoui, 2004). En réalité, les débats se focalisaient surtout sur la création
des Associations des Usagers des Eaux Agricoles (AUEA) (Herzenni, 2002).
Par la suite, 1 633 AUEA furent créées à l’instigation des services techniques
de l’État, mais souvent sans existence ni action réelle.
L’analyse d’un projet d’irrigation mis en œuvre dans un contexte de ges-
tion participative de l’irrigation est doublement intéressante : (i) elle permet
d’analyser l’évolution d’un territoire rural concerné par l’implication forte
des pouvoirs publics, via un projet d’aménagement étatique (ii) de par la
nature « participative » du projet, il se distinguerait d’autres projets d’irri-
gation en ouvrant l’action publique à d’autres acteurs. Nous nous intéres-
sons dans cet article aux rencontres entre des projets d’irrigation étatiques
et des territoires ruraux à travers des processus de développement souvent
initiés par l’action des pouvoirs publics et/ou suite à un transfert des mo-
dèles de développement proposés par les bailleurs de fond. Notre propos

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Zakaria Kadiri, Marcel Kuper & Mostafa Errahj

est de considérer que, quoique souvent défini par les pouvoirs publics par
un projet d’aménagement, le territoire évolue à travers les acteurs en place,
créant des dynamiques individuelles et collectives qui sont souvent autres
que celles initialement définies. L’enjeu politique de l’eau d’irrigation rend
l’analyse intéressante dans le cas d’un territoire rural centré sur l’activité agri-
cole. Nous voulons comprendre comment les acteurs interagissent dans leur
multiplicité et périmètres d’action sur un territoire configuré par un projet de
développement.
Le cas du périmètre irrigué du Moyen Sebou, situé au Nord du Maroc, est
particulièrement intéressant. Il présente un projet « hybride » conçu selon
une logique de Grande Hydraulique mais où le bailleur de fond (l’Agence
Française de Développement « AFD »), a négocié l’implication des futurs
usagers, à travers des AUEA, dans sa gestion avant tout financement du pro-
jet.
Présente depuis 1992 seulement au Maroc, l’AFD a été impliquée dans
un premier projet avec l’Office de Mise en Valeur Agricole qui gère le péri-
mètre irrigué du Gharb à travers une gestion centralisée. Les difficultés de
gestion du périmètre (recouvrement des redevances en eau, coût d’entretien
des équipements, faible implication des agriculteurs dans sa gestion) ont ren-
forcé la volonté de l’AFD de s’inscrire dans un nouveau mode de gestion des
périmètres irrigués, en particulier à travers le paradigme1 international de la
Gestion Participative en Irrigation. Ce paradigme a émergé suite à la crise
du modèle d’action « hiérarchique » dans la gestion des grands périmètres
irrigués à travers le monde (Coward, 1980 ; Kuper, 2011).
La conception du projet reprend les schémas d’aménagement planifié
et centralisateur de la grande hydraulique, caractérisé par de grands équi-
pements hydrauliques modernes, garantissant un service régulier de l’eau à
des périmètres irrigués de grande taille, un remembrement des terres et un
encadrement de proximité des agriculteurs pour une mise en valeur corres-
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pondante aux ambitions d’aménagement (Pascon, 1978 ; Bouderbala et al.,
1984 ; Kuper, 2011). Ces périmètres sont conventionnellement gérés par les
Offices du Ministère de l’agriculture, alors que le compromis trouvé entre le
bailleur de fond et le Ministère de l’agriculture marocain rejoint la prescrip-
tion internationale permettant aux agriculteurs du Moyen Sebou, regroupés
en associations, de gérer eux-mêmes le réseau d’irrigation. L’expérience est
inédite au Maroc où un périmètre d’assez grande taille (6500 ha), construit
et délimité par les pouvoirs publics, sera géré par les agriculteurs et sera fa-
çonné de plus en plus par l’action d’acteurs multiples. L’expérience sera aussi
un test intéressant des pouvoirs publics voulant faire du Moyen Sebou un
gage vis-à-vis du bailleur de fond.

1. Nous nous référons aux travaux d’analystes de l’action publique qui mobilisent le concept du
paradigme pour expliquer les caractéristiques récurrentes des modèles d’action publique ainsi
que leurs dynamiques (Hall, 1993 ; Surel, 1995). Ainsi, les changements politiques majeurs ne
sont pas que le simple résultat d’un nouveau contexte socio-économique, mais plutôt un chan-
gement important du contenu des politiques publiques, la conséquence d’une mise en cause
accumulée des politiques déjà en place (Hall, 1993).

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Le périmètre irrigué du moyen Sebou au Maroc

Cadre d’analyse
Le concept de développement territorial que nous mobilisons dans cet
article sera considéré dans une optique d’aménagement d’un territoire rural
(Debarbieux et Lardon, 2003). Les limites du projet d’aménagement ayant
été fixées par les pouvoirs publics, nous abordons ce concept sous l’angle du
« territoire pertinent » pour le développement. Dans ce cas, le territoire est
fortement influencé par le projet d’aménagement, cependant, nous ne nous
limiterons pas au périmètre défini par ce projet.
Nous adoptons un cadre d’analyse inspiré de travaux de géographes
mais surtout de politistes en abordant la question de l’eau d’irrigation. Pour
Vanier (2009), le territoire s’inscrit dans l’espace géographique comme l’«
ensemble de processus engagés par les systèmes d’acteurs (…), par les orga-
nisations sociales et politiques, par les dispositifs et procédures ad hoc, par les
rapports de force et les mises en tension, par des déterminants économiques
et structurels, par des configurations génériques existantes et/ou des confi-
gurations particulières émergentes ». Dans ce sens, les travaux de Thoenig et
Duran (1996, 1985) ainsi ceux de Massardier (2003) font la liaison entre la
multiplication d’acteurs et l’action publique qui n’est plus une exclusivité de
l’administration publique. Cela constitue un cadre d’action collective (Ca-
ron, 2005) pour la gestion de l’eau d’irrigation. Cet article propose d’analyser
le territoire, à travers les configurations de ses acteurs ainsi que les enjeux lo-
caux de ses composantes sociales : les rapports de pouvoirs, les stratégies de
négociations et les mobilisations individuelles et collectives déjà existantes
ou nouvellement émergentes après le projet de développement.
Par ailleurs, par pouvoirs publics, nous désignons toute administration
publique intervenant dans le projet de développement (Administration de
l’agriculture, de l’hydraulique, des collectivités territoriales). Les projets
d’aménagement sont souvent considérés comme étatiques. Il s’agit d’une
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désignation montrant que ces projets ont été conçus et mis en place par les
pouvoirs publics où la technique administrative est très prégnante. Dans ce
sens, on peut leur attribuer la même signification du « territoire construit ou
fabriqué » utilisé par la géographie sociale pour désigner un territoire vu par
l’instance politique (Tesson, 2007).
Enfin, il serait illusoire de vouloir analyser le territoire d’un projet de
développement basé sur l’aménagement hydro agricole de 6500 ha comme
un espace homogène. En effet, l’étendue de l’espace du projet fait que les tra-
jectoires locales ne sont pas forcément similaires et que des transformations
vont diversifier ces trajectoires.

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Méthode et contexte
La présente étude est basée sur l’observation directe sur le terrain d’étude
et sur l’analyse de la parole des acteurs. Elle a été conduite dans le cadre du
projet de recherche SIRMA (www.eau-sirma.net) et a été mise en œuvre par
des entretiens approfondis avec des personnes ressources et des agriculteurs2.
Le Ministère de l’agriculture marocain a réalisé entre 1995 et 2001, avec
un cofinancement de l’AFD, la première tranche du périmètre irrigué du
Moyen Sebou (6 500 ha). Le projet Moyen Sebou (carte 1) a conduit à la
création de 12 associations d’usagers de l’eau agricole (AUEA) réparties en
deux fédérations dont chacune est responsable de gérer un secteur. Le mon-
tage institutionnel du projet met en place deux niveaux de répartition des
tâches entre AUEA et fédération (union des AUEA) dont chacune emploie
du personnel qui s’occupe de la gestion de l’eau d’irrigation. Le dispositif ins-
titutionnel adopté a placé sous la responsabilité de la fédération stations de
pompage et canaux principaux, et sous la responsabilité de chaque associa-
tion la gestion des irrigations et l’exploitation des réseaux à l’aval des stations
de pompage (figure 2, p. 16).

Carte 1. Carte du Maroc et localisation du Moyen Sebou dans le bassin ver-


sant du Sebou (Source : Agence de Bassin, adapté)
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2. Membres de bureaux d’associations, agriculteurs, acteurs, techniciens de l’administration et


leaders locaux

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Le périmètre irrigué du moyen Sebou au Maroc

Résultats
Nous analysons comment ce territoire est devenu, tout au long du pro-
cessus et après le projet d’aménagement, un espace de coordination voire de
confrontation entre différents acteurs. Les leaders locaux, les organisations
professionnelles (coopératives et associations d’irrigants) et les associations
de développement dont l’émergence a été favorisée par le projet d’irrigation,
sont souvent mobilisés pour des actions/coalitions spécifiques. Ces actions
génèrent des transformations pour le développement (gestion de l’eau, ac-
tions de solidarités, formation de leaders, eau potable, apprentissage du tra-
vail collectif et du contact avec les administrations et avec les acteurs externes
au territoire) renouvelant le paysage de la gouvernance locale.

Le projet des « pouvoirs publics » défini par un


monopole du savoir et du pouvoir
La mise en œuvre du projet Moyen Sebou a commencé par le lancement
de la première étude de faisabilité en 1983, parallèlement aux premières
études foncières. Cette étude de faisabilité a été réalisée pour aménager le
périmètre du Moyen Sebou à l’image des autres grands périmètres du pays.
Sur le plan institutionnel, la gestion de l’irrigation allait être confiée à l’admi-
nistration agricole dans un modèle de coordination hiérarchique. Les agri-
culteurs n’ont jamais été associés à cette phase d’étude du projet. Les uns
affirment que leur seule idée du projet était les rumeurs qui circulaient sur un
éventuel remembrement des terres ; les autres se rappellent uniquement de
l’avion affrété par les services du cadastre pour prendre des photos aériennes.
Par son pilotage exclusif de l’étude de faisabilité du projet Moyen Sebou,
l’État à travers ses services centraux puis régionaux, détient le monopole de la
technicité. Entre la mise sur l’agenda et la mise en œuvre du projet d’aména-
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gement, le savoir technique repose sur le monopole de l’ingénierie par l’État.
Le flux d’informations reste vertical, venant d’en haut et non d’en bas, son
flux en sens inverse est faible et ne concerne que les notables institutionnels,
présents dans les conseils des communes rurales ou des chambres d’agricul-
ture, ayant signé l’adhésion au projet via le Ministère de l’Intérieur mobilisé
pour faciliter le contact avec ces notables locaux. Il s’agit d’un schéma clas-
sique d’intervention top down tout en mobilisant les élites locales dans le
sens de Leveau (1976).
Les deux logiques (paysanne et technicienne) sont très distinctes à ce
stade du projet. L’effort déployé par le pouvoir technico-administratif, dans
la mise en œuvre de l’action publique n’est pas centré sur son acceptabilité
par les agriculteurs. Il s’agit surtout d’un effort de facilitation pour que l’agri-
culteur rentabilise l’investissement financier de l’État.

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Zakaria Kadiri, Marcel Kuper & Mostafa Errahj

« Tracer » un territoire : un premier croisement des


logiques des acteurs
Jusqu’à 1993, il n’y a pas de débat entre le technicien et le paysan, car
le premier juge qu’il a entre les mains un projet technique « rationnel » à
l’image des autres grands périmètres du pays, le deuxième attend un projet
dont il n’a souvent aucune information formelle. Ce vide laisse la place aux
différentes spéculations et rumeurs, en particulier concernant le remem-
brement et la contribution financière au projet. Il instaure aussi un décalage
entre les logiques du technicien et du paysan quant aux objectifs et moyens
d’action du projet d’aménagement.
Dès 1993, un autre acteur principal est apparu sur la scène ; l’AFD a condi-
tionné sa participation dans le projet par l’implication des futurs irrigants,
organisés en associations, dans la gestion de l’irrigation. Elle s’inscrivait
dans la dynamique du paradigme international sur la gestion participative en
matière d’irrigation, suite à l’échec constaté du modèle d’action de la grande
hydraulique. En partie reprise par certains cadres du Ministère de l’agricul-
ture marocain, cette logique est plutôt une logique d’action publique de coo-
pération entre les agriculteurs et les autres acteurs du projet. L’empreinte du
bailleur de fond est visible et doublement intéressante. D’une part, le bailleur
de fond est le « porte parole » d’un nouveau montage institutionnel diffé-
rent de celui initialement prévu lors du lancement du projet. D’autre part, les
fortes alliances entre le Maroc et la France au niveau institutionnel, mais aussi
au niveau des cadres supérieurs des administrations réciproques, font que les
bases d’une négociation, voire de compromis, sont en place pour cofinancer
ce projet.
Le compromis entre les cadres du Ministère de l’agriculture et le bail-
leur de fond aboutit à une réactualisation de l’étude de faisabilité en ce qui
concerne le montage institutionnel du projet. Cependant, le projet technique
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n’est modifié qu’à la marge, et encore moins négocié avec les futurs irrigants
et gestionnaires du projet. Sans aucun bouleversement de la conception
technique initiale, le projet devait être calqué sur la réalité locale. Garder
les grands équipements telles les stations de pompage (de type Grande
Hydraulique) ; ne pas avoir une AUEA appartenant à deux tribus ou une
AUEA sur deux communes rurales, telles étaient les premières contraintes
de la conception du projet.
Par ailleurs, la mise en place des associations d’irrigants a fait réapparaitre
les pratiques conventionnelles des autorités locales qui reposent sur la mobi-
lisation des notables locaux. En effet, les premiers bureaux des associations
d’irrigants reposaient sur la cooptation d’agriculteurs par l’administration
et/ou des notables traditionnels qui se sont accaparés de la présidence des
bureaux pendant de longues années. « Désignés » par l’administration,
ceux-ci avaient un poids historique dans leurs douars, sans nécessairement
être des leaders capables de suivre l’opération du remembrement, discuter
le déroulement des travaux, chercher des partenariats, mobiliser les agricul-
teurs.

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Pôle Sud n° 35
Le périmètre irrigué du moyen Sebou au Maroc

Ces notables sont riches, de grands propriétaires terriens et ayant des


relations consolidées avec les autorités locales. Certains étaient parfois déjà
assurés d’un accès à l’irrigation à travers des motopompes individuelles sur
leurs exploitations. Bien souvent, leur intérêt dans un projet d’irrigation assu-
rant l’accès pour tous à l’eau d’irrigation, dans la limite du périmètre irrigué,
n’était pas acquis d’avance. Certains craignaient même l’arrivée du projet, qui
allait « démocratiser » l’accès à l’eau et générer des compétitions pour la
main d’œuvre et les marchés agricoles.
L’implication des futurs irrigants à travers une approche « participative »
a constitué un challenge important pour les acteurs de la mise en œuvre du
projet. L’ex directeur du projet, issu de l’administration, mentionne que « au
début du projet, personne de l’équipe ne maitrisait vraiment l’approche par-
ticipative qu’on a adoptée pour le projet, moi-même je n’ai pas été formé
à cela, c’est mon expérience dans d’autres périmètres qui m’a aidé ». On
comprend qu’aussi bien les agriculteurs que les techniciens et ingénieurs de
l’administration n’étaient pas préparés à cette nouvelle injonction. La logique
de l’action collective apparaît comme une nouvelle directive de la mise en
œuvre du projet, sauf qu’en l’absence d’une formation préalable cela renforce
les négociations et les « bricolages » entre les nouveaux partenaires du pro-
jet. Des négociations ont ainsi eu lieu progressivement autour d’aspects pra-
tiques (remembrement et nivellement des terres, par exemple), qui n’étaient
pas prévus au départ.

Quand l’eau coule… début de l’appropriation et


multiplication des acteurs
L’appropriation du projet et le façonnage des règles
Le partenariat signé entre l’administration agricole et les associations
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consistait en un accompagnement par les cadres de l’administration durant
les cinq premières années après le début de l’irrigation. Même avant l’expira-
tion de ce contrat en 2005, les fédérations et les associations d’irrigants ont
pris la relève, tant sur le plan technique et organisationnel (gestion des tours
d’eau, entretien…) que sur le plan financier (recouvrement des redevances
d’eau, paiement des factures d’électricité…). Conçu selon une logique de
grande hydraulique, le périmètre du Moyen Sebou connaît les contraintes
habituelles de la gestion collective des grands périmètres du pays, c’est-à-
dire les tours d’eau, l’irrigation de nuit, l’entretien et la gestion des stations
de pompage. Pour pallier ces difficultés et assurer la gestion du périmètre, les
structures mises en place (AUEA et fédérations) recrutent des salariés pour
occuper les fonctions d’aiguadier (gestion du tour d’eau), chef de réseau
(programmation des tours d’eau de l’AUEA), opérateur technique (fonc-
tionnement et entretien des stations de pompage) et directeur technique
(planification et gestion des tours d’eau de la fédération). Avec une gestion
autonome et une prise en charge effective de la gestion du périmètre, les agri-
culteurs et leurs salariés mettent progressivement en place des règles simples,

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Zakaria Kadiri, Marcel Kuper & Mostafa Errahj

évitant de passer par de longues procédures administratives. Ils montrent


ainsi une capacité forte pour adapter et transformer les règles en place dans le
sens d’Ostrom (Kadiri et al., 2009).
Depuis 2005, l’équipe de jeunes « techniciens » prend de plus en plus
place dans le système de gestion de l’irrigation dans le périmètre du Moyen
Sebou. En périodes de pointe du réseau collectif, les aiguadiers et chefs de
réseau incitent les agriculteurs riverains de l’oued à utiliser leur motopompe
pour diminuer la demande en eau pendant quelques heures ou quelques
jours. De telles situations renseignent sur l’initiative et la place croissante
qu’occupe l’équipe technique dans le système.
Le système de tour d’eau oblige des agriculteurs à irriguer la nuit (le péri-
mètre se trouve au piémont du Rif qui est une zone montagneuse caracté-
risée par un hiver assez froid). Cela crée des problèmes, en particulier pour
trouver de la main-d’œuvre disponible pour travailler la nuit ; l’ensemble des
agriculteurs veut éviter les tours d’eau de nuit. Pour pallier cette contrainte,
l’équipe technique donne aux agriculteurs possédant de grandes parcelles
un tour d’eau de 24 heures successives. Les autres, et durant les périodes de
pointe, irriguent une fois par semaine et donc peuvent éventuellement alter-
ner entre jour et nuit dans le cas d’une demande d’eau en avance. Ce qui est
nouveau ici, ce n’est pas le fait de trouver des arrangements entre agriculteurs,
mais le fait qu’agriculteurs et équipe technique se mettent d’accord sur l’éla-
boration de règles.
Par ailleurs, pour résoudre le problème du non-paiement des redevances
en eau, et après réunion des membres du bureau, la fédération Sebou a confié
à son directeur technique, dès le début de la campagne agricole 2008, la res-
ponsabilité de contrôler le paiement des redevances de l’eau pour tous les
demandeurs d’irrigation. Ainsi, chaque agriculteur qui n’a pas réglé ses dettes
avec la fédération ne doit pas bénéficier de l’irrigation, empêchant ainsi tout
clientélisme de la part des membres des bureaux des AUEA. Enfin, les diffé-
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rentes AUEA, soucieuses de « vendre » de l’eau, ont changé le périmètre du
projet d’irrigation. Des parcelles situées en dehors du périmètre officiel du
projet d’irrigation peuvent bénéficier de l’eau d’irrigation, à condition que
ces parcelles puissent être desservies.
L’analyse de la gestion institutionnelle et technique du périmètre du
Moyen Sebou permet ainsi d’apprécier l’importance de la création de nou-
velles compétences (règles et acteurs, tels que les jeunes techniciens et les
agriculteurs, membres des bureaux des fédérations et AUEA) comme forme
d’appropriation, il s’agit aussi d’un facteur régulateur pour la gestion de l’irri-
gation. Une telle lecture décalée de la réussite d’un projet d’irrigation, habi-
tuellement évalué uniquement par les résultats de la mise en valeur agricole,
permet d’élargir l’évaluation d’impact du projet d’aménagement.

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Pôle Sud n° 35
Le périmètre irrigué du moyen Sebou au Maroc

Émergence de leaders et multiplication des organisa-


tions : le projet reconfigure le territoire
La mise en place des associations d’irrigants et la dynamique autour de
ces nouvelles structures collectives a ainsi généré de nouveaux enjeux dans la
zone : (i) l’apparition de nouvelles ressources (équipement hydraulique, re-
devances d’eau, marchés agricoles) a contribué à faire émerger de nouveaux
acteurs (Figure 1), (ii) les connexions entre les associations d’irrigants, les
coopératives de producteurs, et les associations de développement local, et
(iii) l’association d’irrigants représente un tremplin vers d’autres structures
de gouvernance (politique), notamment la commune rurale.
Figure 1. Multiplication d’acteurs et leurs relations
après 10 ans du démarrage du projet.
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Source : Kadiri Z. Enquête 2009

Depuis la mise en eau du projet en 1999, on assiste en effet à l’émergence


progressive de nouveaux acteurs qui sont venus s’ajouter aux acteurs présen-
tés ci-devant. Il s’agit des unités agroalimentaires qui reposent sur l’approvi-
sionnement, via des organisations professionnelles, et donc qui interagissent
avec ces mêmes organisations ; aussi les opérateurs privés et bureaux d’étude
dont les agriculteurs utilisent-ils les rapports et expertises pour négocier avec
les autres acteurs. Par ailleurs, le bailleur de fonds n’a pas disparu du territoire.
Ayant participé à la réflexion autour des AUEA, l’AFD n’était pas en première
ligne dans le processus de mise en place des AUEA par les administrations
publiques. Toutefois, l’AFD a été mobilisée dès qu’il s’agissait d’expertises et
d’études spécifiques (prix de l’eau et pollution, échanges d’expérience avec
des personnes ressources et co-organisation de voyage d’agriculteurs à l’étranger).

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Pôle Sud n° 35
Zakaria Kadiri, Marcel Kuper & Mostafa Errahj

D’autre part, l’AFD a signé récemment une convention avec l’union des
fédérations des AUEA dont le principal objectif est de renforcer les capacités
des associations d’irrigants en ce qui concerne la gestion collective de l’irri-
gation et la mise valeur agricole. Le fond alloué à ce projet est directement
géré par l’union des irrigants.
Deux enseignements sont à relever : (i) en signant cette convention avec
les agriculteurs, l’AFD légitime les associations d’irrigants comme acteur es-
sentiel du territoire, alors que les précédentes actions de l’AFD passaient par
l’administration agricole (financement et coordination) ; (ii) l’AFD s’investit
dans le développement territorial à travers l’accompagnement des agricul-
teurs et non seulement à travers le financement du projet d’irrigation.
La multiplication des acteurs se manifeste aussi par la formation de
jeunes de la région (majoritairement fils d’agriculteurs) pour gérer le péri-
mètre. Il s’agit des salariés recrutés par les AUEA et les fédérations. Ils ne sont
pas ingénieurs mais ils sont en apprentissage permanent en même temps que
les agriculteurs. C’est sur eux que repose le fonctionnement du système hy-
draulique et l’adaptation des règles de gestion aux contraintes du quotidien.
Ils sont devenus des acteurs à part entière dans la discussion et la prise de
décision au sein du périmètre.
Par ailleurs, la multiplication d’organisations formelles (tableau 1) depuis
l’aménagement de la zone amène les leaders locaux à se positionner au sein
de cette constellation d’organisations et crée une course vers les postes de
responsabilité dès qu’il s’agit d’institutions électives. L’AUEA est considérée
comme un tremplin politique, notamment pour briguer des mandats dans
les conseils communaux.
Tableau 1. Nombre et types des organisations collectives créées depuis le
début du projet d’irrigation
Association Association
Fédération Coopératives
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AUEA producteur de
d’AUEA de lait de betteraves développement

10 2 4 1 2

Du côté des agriculteurs, on assiste à un processus de spécialisation dans


les profils des leaders. À côté des notables traditionnels, on trouve de nou-
veaux leaders, spécialement des jeunes diplômés. Les premiers, mobilisés
dès la mise en œuvre du projet, continuent de viser des postes de (à) respon-
sabilité au travers de la mobilisation de coalitions, reposant sur d’autres res-
sources et d’autres types de pouvoirs (relations avec les autorités locales, rela-
tions politiques…). Les nouveaux leaders sont plus jeunes, de plus en plus
instruits, souvent revenus au village après les études ou d’autres activités ;
ils ne sont pas forcément des grands propriétaires fonciers. Anciens et nou-
veaux leaders, fortement ancrés dans les associations d’irrigants, investissent
l’espace public par le biais d’associations de développement (réhabilitation
de la route, reconstruction de la mosquée, mise en valeur agricole, acquisi-

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Pôle Sud n° 35
Le périmètre irrigué du moyen Sebou au Maroc

tion du matériel agricole, …). Dès lors, on assiste au passage de l’eau vers le
développement local ; l’association d’irrigants est considérée comme base
pour investir d’autres espaces. Nous sommes donc devant un croisement des
leaders et des institutions, avec des acteurs occupant des positions multiples.
Les enjeux électoraux montrent la contradiction du résultat entre les deux
coalitions (jeunes et notables). En effet, si les coalitions des jeunes ont acquis
la présidence de certaines AUEA grâce à leur légitimité dans le travail asso-
ciatif et la maitrise technique de l’AUEA, les coalitions autour des notables
traditionnels continuent d’occuper la présidence des communes rurales,
sans toutefois être totalement écartées des enjeux de l’irrigation. Vraisembla-
blement, les notables traditionnels ont besoin de maitriser la gestion associa-
tive à travers des alliances pour garder un accès aux (nouvelles) ressources, et
les nouveaux leaders ont besoin de plus d’ancrage et de relations plus solides
avec les autorités locales, qui peuvent créer des blocages pour leurs organisa-
tions (Kadiri et al., 2010).

Quel développement territorial ?


Des territoires au sein d’un même territoire ?
Le projet d’irrigation a permis de mettre en place un périmètre de 6500
ha en deux secteurs hydrauliquement indépendants. Une fédération est à la
tête de chaque secteur, regroupant chacune 4 et 8 associations d’irrigants.
En principe, le projet est censé apporter une qualité de service équivalent à
tout le périmètre irrigué, pour un développement qui ne serait peut-être pas
homogène sur tout le périmètre, mais en tout cas comparable. Cependant,
au fur et à mesure de l’évolution du périmètre, des espaces se sont distingués
et ont connu des transformations différentes. Suivant la logique hydraulique,
nous avons distingué des espaces différents à deux niveaux d’organisation :
entre les deux secteurs d’irrigation (Sebou et El Wahda), et entre les zones
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d’action de deux AUEA (Loudaya, Mohammadia), appartenant à deux sec-
teurs distincts (figure 2).

Différenciation entre secteurs : en avance ou en attente


par rapport à l’État
Dès le début, les deux secteurs ont connu un développement différencié.
Le premier secteur a été mis en eau deux ans avant le second. L’État voulant
faire de l’expérience du Moyen Sebou un « modèle » réussi a appuyé finan-
cièrement, techniquement et institutionnellement le premier secteur. L’inau-
guration par le Ministre de l’Agriculture de ce dernier a été perçue par les
agriculteurs du second qui n’ont pas bénéficié d’une telle attention comme
un délaissement de leur sort. Même si les deux secteurs ont rencontré des
difficultés (la gestion de l’eau, la récupération de la redevance, l’entretien des
équipements, et la mise en valeur) le premier secteur a systématiquement su
trouver des solutions et affiche un meilleur bilan financier et agricole (Kadiri
et al., 2008, Kadiri et al., 2009).

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Zakaria Kadiri, Marcel Kuper & Mostafa Errahj

Depuis les inondations de 2009/2010, cela s’est davantage accentué. Bien


que les inondations aient touché les deux secteurs, elles ont signifié l’arrêt de
l’irrigation dans le second secteur, alors que le premier secteur a su réagir. La
fédération de ce dernier disposait d’une manne financière, grâce aux recettes
de la vente d’eau, lui a facilité l’achat d’une machine pour le curage du canal
principal atténuant ainsi l’impact des inondations. Aussi, dès l’endommage-
ment de la station de pompage, les leaders de la fédération se sont mobili-
sés auprès de l’administration agricole (au niveau de la Région et au niveau
central) pour co-réparer les motopompes en proposant une participation
financière, chose que la 2e fédération ne pouvait se permettre. Cette dernière
se positionne systématiquement en attente par rapport à l’action de l’État.
Pendant cette crise, elle s’est contentée de prendre des photos des dégâts et
de réclamer des aides de l’État pour réparer « son » aménagement.
En réalité, les deux secteurs hydrauliques sont assez distincts, même sur
le plan hydraulique. La figure 2 montre que le second secteur est plus étendu
sur l’espace (25 km de longueur contre moins de 15 km pour le premier sec-
teur). De ce fait, (i) la communication entre les irrigants est moins facile ;
(ii) les canaux sont parfois très longs, se répercutant sur la qualité de service ;
les irrigants sont parfois situés au bout d’un canal de 7 km de long, alors que
leurs parcelles sont au bord de l’oued et qu’ils peuvent avoir recours au pom-
page privé sans être contraints de subir les règles collectives ; (iii) il y a une
complexité supplémentaire dans la gestion, car le nombre d’associations est
plus conséquent. Par ailleurs, les leaders présents dans le bureau de la fédéra-
tion sont actifs dans la politique locale (communes) ou occupent des postes
en ville, sans véritable mobilisation au niveau du territoire. Contrairement
au premier secteur, peu de nouveaux leaders émergent à travers la gestion
de l’eau.
A contrario, le premier secteur est plus groupé, ne comptant que quatre
associations d’irrigants. Les frais d’entretien et de maintenance sont moins
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élevés et il existe donc moins de contraintes collectives liées au tour d’eau
entre associations.

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Pôle Sud n° 35
Le périmètre irrigué du moyen Sebou au Maroc

Figure 2. Description des composantes d’aménagement hydro – agricole


de la tranche I aménagé entre 1995 et 2001

Source : Kadiri et al., 2008

Au sein des secteurs, le cheminement différencié de


deux AUEA
Dans la rencontre entre projet d’irrigation et territoires, il y a eu beaucoup
de contrastes à l’intérieur même des secteurs d’irrigation. À titre d’exemple,
nous prenons une AUEA dans chaque secteur.

L’association Loudaya (premier secteur) : une « success story »


Dans cet espace, les irrigants s’identifient plus comme appartenant au
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territoire de l’association Loudaya qu’au territoire de la fédération Sebou.
Des facteurs expliquent cette perception :
- La culture de la menthe et la maitrise de sa conduite technique est une
fierté de la population locale lui générant une plus value financière par
rapport aux autres cultures ;
- La structure foncière constituée de micro parcelles et de petites proprié-
tés (une moyenne de 2 ha/ par exploitation) rend la dépendance à l’irri-
gation plus importante pour obtenir une rentabilité de l’exploitation ;
- La part dans la recette de la fédération (60 % de la recette de recouvre-
ment de l’eau d’irrigation) est source de fierté pour les irrigants ;
- L’eau est un enjeu encore plus politique que dans d’autres AUEA. Les
douars de Loudaya sont à l’intérieur du secteur irrigué, rendant l’irriga-
tion comme discussion principale dans le quotidien des habitants. Cela
crée un dynamisme et un intérêt des irrigants et de la population locale
autour de l’association. En même temps, la circonscription électorale de
la commune rurale est presque la même que le périmètre de l’association

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Pôle Sud n° 35
Zakaria Kadiri, Marcel Kuper & Mostafa Errahj

d’irrigants. Par conséquent, les résultats des élections de l’association


affectent souvent les élections communales et les coalitions autour de
l’AUEA sont souvent mobilisées en vue des élections communales.
- La proximité de l’usine de betterave (60 km) a encouragé les agriculteurs
de l’association à pratiquer cette culture (une moyenne de 100 ha/826)
qui présente une garantie sur le marché. Cela contribue à entretenir au-
près des irrigants le sentiment de réussite de leur AUEA.

De ce fait, cette AUEA est généralement présentée comme un « success


story » d’une gestion d’un réseau collectif par les irrigants. Non seulement
ses performances financières et agricoles sont très satisfaisantes, mais on y re-
trouve également un grand nombre d’associations de développement (agri-
cole et non-agricole) contribuant au développement de la zone (eau potable,
activités génératrices de revenus pour la femme rurale, alphabétisation, …).
L’irrigation privée est minoritaire, et le réseau collectif est fortement sollicité.
Par ailleurs, l’AUEA porte largement la fédération du secteur II à la fois sur
le plan financier, mais aussi organisationnel. Dans les trois autres AUEA du
secteur, le bilan est moins positif.

L’association Mohammadia (deuxième secteur) : une quête d’autonomie


L’AUEA Mohammadia fait partie du deuxième secteur ayant subi de
fortes inondations. Quatre associations du secteur, liées par une même sta-
tion de pompage, se sont retrouvées en arrêt d’irrigation. En situation favo-
rable par son autonomie hydraulique par rapport aux quatre associations,
l’AUEA Mohammadia n’a pas été touchée par les pannes. Son bureau a choi-
si de prendre son autonomie par rapport à la fédération en réhabilitant sa
propre station de pompage.
En réalité, l’inondation n’a été qu’un élément accélérateur pour l’auto-
nomisation de l’association Mohammadia. D’une part, ses agriculteurs pra-
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tiquaient l’olivier et le pommier en irrigué avant l’arrivée du projet. D’autre
part, les membres du bureau de l’association considèrent que leur relation
avec la fédération est plutôt une contrainte. Le siège de la fédération se trouve
à 20 km, et la fédération comme institution n’est pas visible pour les agricul-
teurs de Mohammadia. La fédération étant endettée vis-à-vis de la compa-
gnie de l’électricité, ils préfèrent payer directement la facture d’électricité de
leur station de pompage au lieu de reverser 80 % de la redevance en eau à la
fédération. Par ailleurs, les irrigants de Mohammadia ont plusieurs projets
agricoles (plantation de vignes, création d’une coopérative laitière), qui
montrent le potentiel de l’évolution de ce territoire. Dans d’autres AUEA du
secteur, les projets agricoles des agriculteurs sont également basés sur l’irriga-
tion, en particulier la plantation des agrumes, mais dans l’absence d’un fonc-
tionnement satisfaisant du projet d’irrigation, ces irrigants se tournent vers le
pompage privé dans l’oued Sebou. A contrario, une autre AUEA du secteur a
d’ores et déjà déposé un projet d’irrigation, qui se voudrait autonome de la
fédération, et une demande de subvention auprès du Ministère de l’Agricul-
ture. Ce projet consiste en une source d’eau autonome et une reconversion

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Pôle Sud n° 35
Le périmètre irrigué du moyen Sebou au Maroc

du système d’irrigation vers l’irrigation localisée. Cette initiative montre une


volonté d’obtenir un équipement hydraulique conforme aux attentes des
agriculteurs, mais peut-être aussi une appropriation du processus de l’élabo-
ration d’un projet d’irrigation, que les irrigants ont pu observer depuis de
longues années à travers le projet étatique.

Conclusion : d’une gestion participative de


projet aux enjeux territoriaux
Nos résultats montrent que le projet d’irrigation du Moyen Sebou défi-
ni et porté par les pouvoirs publics s’est progressivement ouvert à d’autres
acteurs, qui ne reconnaissent plus le monopole des services techniques de
l’administration. Le concept de participation initialement portée par le bail-
leur de fond a évolué vers une participation des irrigants à postériori, après la
réalisation de l’étude technique et des travaux. La participation rhétorique
au début du projet a fini par produire des choses. Les AUEA remettent en
cause la conception technique du projet (extension du périmètre du projet,
indépendance hydraulique d’une AUEA), et se montrent en mesure de por-
ter dorénavant leur propre projet d’irrigation à plus petite échelle (reconver-
sion vers des systèmes d’irrigation localisée). Si tel est le cas dans certaines
AUEA, dans d’autres, le projet d’irrigation ne fut pas approprié par les irri-
gants et reste à l’arrêt suite aux inondations récentes.
Les irrigants ont franchi très rapidement les limites du projet, investis-
sant le territoire. L’émergence de nouveaux leaders qui se sont distingués par
la suite dans le développement local et dans la politique communale, ainsi
que l’existence d’organisations professionnelles disposant de ressources
financières et de notoriété, ont occasionné une multiplication de pôles de
développement territorial. Cela rejoint des analyses de Pinson (2009) sur
un projet urbain. L’auteur note des dynamiques similaires qu’il avance sous
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l’angle des effets latéraux qui peuvent être l’accumulation de nouvelles res-
sources. Ces ressources peuvent être financières, politiques (l’investissement
fort d’un élu, le soutien d’un groupe influent pouvant générer un surcroit
de légitimité pour le projet), cognitives (constitution d’un cadre cognitif,
de valeurs et de normes partagées) ou enfin organisationnelles. Il s’agit de
la constitution et du renforcement de structures d’action au service du pro-
jet, de l’apport de compétences professionnelles, mais aussi et surtout de la
consolidation de réseaux d’acteurs, de dispositions à coopérer entretenues
par les interactions du projet, la stabilisation des anticipations des acteurs les
uns vis-à-vis des autres. Ces ressources sont importantes pour le projet, elles
permettent aussi aux acteurs d’agir dans un développement territorial plus
large qui dépasse les limites du projet initial.
Alors qu’en cas de projet d’aménagement les problèmes étaient souvent
posés en termes de mobilisation adéquate d’une ressource à des fins pro-
ductives, un regard territorial favorise l’intégration d’autres dimensions spé-
cialement sociales et politiques. Ainsi la rencontre entre projet d’irrigation

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Zakaria Kadiri, Marcel Kuper & Mostafa Errahj

et territoire ne concerne pas seulement la ressource en eau mais s’étend sur


d’autres domaines. Dans ce contexte, contrairement à l’image d’une société
civile souvent cantonnée au social et au local (Hibou, 2011), l’exemple du
Moyen Sebou montre que des associations d’irrigants contribuent aussi au
développement territorial sur les plans économique (nouveaux marchés) et
technique (la gestion du projet d’irrigation), intervenant de ce fait dans le
projet des technocrates (le projet d’aménagement).
Notre analyse du périmètre du Moyen Sebou implique un véritable chan-
gement de référentiel dans l’analyse de l’action publique dans les territoires
ruraux au Maroc. Les dynamiques actuelles montrent qu’on n’est plus dans
les configurations décrites par Leveau (1976) où la notabilité est au centre
des politiques publiques marocaines. El Iraki (2003) montre comment en
milieu urbain de nouveaux leaders avec des profils inédits émergent (tech-
nocrates, militants associatifs) aboutissant à une fragmentation de l’élite
locale. Les marges de manœuvre que nous avons décrites et les espaces
d’évolution des acteurs en milieu rural nous laissent supposer une évolution
où la notabilité traditionnelle cherche à se repositionner, en acquérant de
nouvelles compétences techniques, tout en se confrontant à de nouveaux
leaders, ayant une légitimité professionnelle, et qui dorénavant investissent
aussi le champ politique.
Dans ce contexte, l’eau d’irrigation apparaît comme un enjeu au centre
d’interférences et de conflits entre les différents acteurs qui les portent (les
services de l’État, les représentants des usagers, les élus locaux, les bureaux
d’études et sociétés privées, les agriculteurs). Ces acteurs sont toujours en
quête de légitimité les uns par rapport aux autres. Ils sont en position instable
par rapport à l’enjeu de la gouvernance dans un contexte d’affaiblissement
des formes de coordination hiérarchique et des processus de décentralisa-
tion. Cette complexité est due au renouvellement des modes d’organisation
et de gouvernance, et plus généralement de l’action publique au Maroc. Elle
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nous semble exemplaire et particulièrement illustrative d’un mouvement de
fonds, perceptible aussi dans d’autres pays au Sud de la Méditerranée.
Le montage des politiques publiques se fait le long de réseaux de plus en
plus horizontaux entre des institutions aux compétences différentes et où le
monopole du savoir technique n’est plus propre à l’État, il est en concurrence
permanente avec le savoir technique et le savoir social. Dans cette configura-
tion, les territoires proposent une lecture moins hiérarchique de l’action pu-
blique et qui ne dépendent pas uniquement de l’intervention des pouvoirs
publics et/ou du bailleur de fond. La gestion participative comme injonction
internationale dans le domaine de l’irrigation, portée par le bailleur fonds,
s’est progressivement transformée d’une rhétorique à une gestion du péri-
mètre irrigué à posteriori par des structures associatives (Fornage, 2006). Ce-
pendant, d’autres dynamiques territoriales (émergence de nouveaux types
de leaders, reconfiguration de l’action publique, …) ont influencé le chemi-
nement du projet et ont en retour été altérées par l’action du projet.

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Pôle Sud n° 35
Le périmètre irrigué du moyen Sebou au Maroc

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