La Reforme Du Droit de La Famille
La Reforme Du Droit de La Famille
Bérénice Murgue
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d’une réforme sans précédent
Par Bérénice Murgue
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Réformes et débats autour d’un texte sacré
De 1958 à 2004, la Moudawana, alors considérée comme
un texte inaltérable car descendant du droit divin, subit deux
réformes importantes. Ces réformes juridiques furent l’occa-
sion de débats sociopolitiques intenses. De cette période est
née une société civile marocaine dynamique, en mesure de
peser sur les décisions gouvernementales. Un changement de
cap radical en matière légale et donc politique s’est opéré à la
mort du souverain Hassan II. Le jeune roi Mohammed VI
semblait alors avoir de nouvelles ambitions pour son royaume.
Ainsi a-t-il semblé que le contenu même de la Moudawana
pouvait évoluer, toujours autour de grandes lignes visant à
la reconnaissance du rôle de la femme et de certaines formes
d’émancipation.
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tité islamique du Maroc, abolissant la loi coutumière berbère
pourtant légale sous le mandat français. Par cette abolition, le
gouvernement marocain scella dans les textes juridiques l’unifi-
cation de la nation aux principes fondateurs de l’islam.
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la Moudawana des luttes et divisons politico-juridiques.
En tant que Commandeur des Croyants (Amir el-Moumi-
nine), Hassan II demeurait le seul à disposer du pouvoir de
déterminer l’interprétation des textes sacrés (Ijtihad). Ainsi,
le 10 septembre 1993, le monarque alaouite promulgua la
réforme du code de la famille marocain par décret royal
(Dahir). Une épouse peut désormais obtenir la garde de ses
enfants, le mariage sous contrainte est aboli, la polygamie
ainsi que la répudiation deviennent plus difficile à pratiquer
et nécessitent désormais l’accord d’un juge de famille. Ces
réformes offrent alors une certaine amélioration des condi-
tions de vie au sein de la cellule familiale. Cependant, ces
dernières sont encore loin de représenter une rupture radi-
cale avec la tradition malékite. Les sujets de fond tels que
la polygamie et la répudiation restent légaux et ne sont que
très peu abordés.
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Cependant, malgré cette ouverture inédite, Mohammed VI
déclara son attachement à la tradition et la culture islamiques.
Six années plus tard, le 10 octobre 2004, à l’ouverture de
la session parlementaire, Mohammed VI présentait le nou-
veau code de la famille. Son adoption, en décembre de la
même année, demeure un événement historique marquant
une rupture définitive avec la politique menée par son père
Hassan II. Les apports de ce nouveau texte sont importants :
l’âge minimum légal de mariage pour les filles passe de 15 à
18 ans, la famille est dorénavant placée sous la responsabilité
des deux époux, la polygamie devient quasiment impossible
à pratiquer et la répudiation nécessite désormais un contrôle
judiciaire et ne dépend plus seulement des adouls (juges reli-
gieux). Cette rupture consacre la femme marocaine comme
individu à part entière.
Néanmoins, cette réforme ne s’est pas faite sans encombre
et demeure le fruit de près de six années d’affrontements idéo-
logiques entre traditionalistes et réformateurs. Dès 1999, le
nouveau gouvernement socialiste d’Abdel-Rahman Youssoufi
se présente comme l’un des principaux groupes activistes sou-
tenant la lutte pour l’amélioration de la position de la femme
marocaine dans la société. Le plan du gouvernement nommé
Projet Plan d’Action National pour l’Intégration de la Femme
au Développement s’éloigne fortement de la tradition malé-
kite en proposant une réforme de la Moudawana en profon-
deur. Les principaux partisans de cette réforme sont issus des
deux partis socialistes que sont l’Union Socialiste des Forces
Populaires (USFP), le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS)
ainsi que le Parti de l’Istiqlal (Parti de l’Indépendance) qui
resta cependant un partenaire plus en retrait que les deux
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Les traditionalistes, quant à eux, entreprirent, au début
des années 2000, la révolte contre ce plan d’action, jugé amo-
ral et contraire à la tradition de l’islam. Ce groupe comprend
des Oulémas (théologiens sunnites) ainsi que des groupes
islamistes tels que le mouvement Al Adl Wal Ihsane d’Ab-
dessalam Yassine. Ce débat entre traditionalistes et réforma-
teurs démontre l’intensité des dissidences au sein de la scène
politique marocaine du début des années 2000, ainsi que les
importantes divergences concernant le droit de la famille. Les
premiers souhaitent un retour à l’islam pur ainsi qu’aux pré-
ceptes de la Charia alors que les seconds implorent l’évolu-
tion des mœurs, l’émancipation des femmes et les nouveaux
besoins économiques du pays dont le besoin accru de tra-
vailleurs. La culmination de cet affrontement eut lieu lors de
l’organisation de deux marches en mars 2000, celle des tra-
ditionalistes à Casablanca et celle des réformateurs à Rabat.
Alors qu’Hassan II avait réformé la Moudawana en 1993 afin
d’éviter la politisation du débat sur la famille qui relève du
sacré, la controverse prit une tournure délibérément politique
dans les années 2000 par l’implication aussi bien du gouver-
nement que des religieux ainsi que du peuple marocain tout
entier.
En 2001, Mohammed VI reçut les représentantes de
nombreuses associations féministes à la suite de quoi il éta-
blit une commission de consultation de la société civile. Bien
que naissante en 1993, la société civile marocaine prit toute
son ampleur dans les années 2000. On notera sa position
déterminante dans ce processus réformateur. Ainsi, sous une
pression de plus en plus forte, le roi Mohammed VI accepta
la réforme de la Moudawana par décret royal en 2004. Le
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Les sujets de fond tels que la polygamie et l’héritage ne
semblent toujours pas réglés et demeurent comme de vrais
sujets de discorde. L’héritage reste toujours inéquitable entre
hommes et femmes et l’interdiction de la polygamie ne semble
pas être d’actualité à l’instar de la Tunisie.
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bunaux débutaient le processus de « préparation de terrain »3. 3. DAIF,
Cette préparation prévoyait d’isoler les questions relatives à M. (2004),
‘Moudawana :
la famille pour un traitement plus rapide et plus efficace des Les adoul
affaires de divorces, pensions, etc. Le tribunal Derb Soltane s’agitent, in
Telquel : Le Maroc
Al Fida en est un des précurseurs. À partir de fin 2003, tel qu’il est, n°121.
début 2004, tous les tribunaux de famille ont été regroupés à
Casablanca, toujours dans un souci d’efficacité et de rapidité.
À partir de 2003, les juges de famille – après avoir été
minutieusement sélectionnés, par le ministre de la Justice
en personne – reçurent une formation leur permettant d’ap-
préhender dans les meilleures conditions les dossiers à venir.
L’assimilation de la philosophie du nouveau droit de la famille
ainsi que des critères tels que souci de l’égalité homme-
femmes et l’ouverture d’esprit sont requis. Ainsi, trente juges 4. DAIF,
ont été sélectionnés en 2003 au sein des écoles de la magis- M. (2004),
‘Moudawana :
trature et dans des tribunaux afin de suivre une formation Les adoul
d’une semaine sur les conventions internationales signées par s’agitent, in
Telquel : Le Maroc
le Maroc et les nouveaux outils de communication4. tel qu’il est, n°121.
Ces projets de réforme du système judiciaire pour une
implémentation réussie de la Moudawana se sont cependant
heurtés à de nombreux obstacles. En effet, la réunification des
tribunaux de famille à Casablanca en un seul et même tribu-
nal semble n’avoir fait qu’apporter confusion et désorganisa-
tion. Le tribunal est dépassé par le nombre d’affaires qui lui
sont soumises de sorte que « l’intérieur du tribunal ressemble
plus à un souk qu’à une bâtisse administrative »5. Une inter- 5. ELAJI,
S. (2009),
vention du ministère de la Justice apparaît donc indispensable ‘Reportage.
dans un lieu débordé par le nombre de dossiers à traiter. Le tribunal de la
Moudawana, in
De la même manière, la mentalité des juges de famille Telquel : Le Maroc
n’est pas apparue comme étant chose aisée à faire évoluer. Ces tel qu’il est, n°284.
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en 2009 (par
BENCHEIKH,
S. (2009),
‘Moudawana. Les adouls relégués au second plan
Quatre ans pour
rien ? in Telquel : Alors que le nouveau code de la famille faisait l’unani-
Le Maroc tel qu’il
est, n°311).
mité à sa promulgation en 2004, certains acteurs de la scène
judiciaire marocaine n’ont jamais montré d’engouement
concernant les nouvelles dispositions. Les adouls ou notaires
religieux sont, depuis toujours, les principaux garants du res-
pect des traditions et de la préservation des préceptes de la
Charia concernant les procédures relatives à la cellule fami-
liale, mariage, divorce, pensions, etc.
Quelques mois avant l’entrée en vigueur de la réforme,
les adouls firent part de leur mécontentement en formulant
une contestation écrite directement envoyée au ministère de
la Justice. Le 5 avril 2004, ces derniers organisèrent même
un sit-in devant le ministère. Action médiatique par excel-
lence afin de sensibiliser l’opinion à leur cause, semble-t-il
perdue. La raison principale de cette révolte est que ces juges
traditionnels ont vu leur rôle relégué au second plan depuis
l’entrée en vigueur du nouveau texte. Dans le cas du mariage,
avant la réforme, les adouls étaient les seuls responsables à
élaborer l’acte de mariage. Après la réforme, les futurs mariés
doivent d’abord déposer leur demande devant un juge de
famille qui, après vérification du dossier, délivre une autori-
sation de mariage. Ce document exige d’être remis à l’adel,
8. DAIF, dont la fonction ne relève plus que de l’« écrivain public »8,
M. (2004),
‘Moudawana : qui doit rédiger l’acte de mariage et y insérer les clauses conve-
Les adoul nues par les futurs époux. Même procédure de rédaction de
s’agitent, in
Telquel : Le Maroc l’acte en cas de divorce. Il semble donc que les revendications
tel qu’il est, n°121. des adouls ne soient pas idéologiques, mais plutôt en relation
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par Maria Daif
d’ordre exécutif. Pour ces derniers, des procédures telles que (article par Daif,
la signature des mariés sur le registre adoulaire ainsi que sur M. (2004),
‘Moudawana :
l’acte de mariage lui-même, l’autorisation de mariage délivrée Les adoul
par le juge de famille ainsi que le nouveau contrat de partage s’agitent, in
Telquel : Le
des biens, sont des obstacles majeurs qui enlèvent beaucoup Maroc tel qu’il est,
de la sacralité de l’union. n°121).
La nouvelle Moudawana a privé les adouls de l’aura et de
l’autorité dont ils bénéficiaient. L’acte du mariage est encore
un acte religieux et non pas civil du fait de leur maintien sur
le devant de la scène religieuse marocaine. Cependant, ces
garants de la religion conservent une fonction hautement
symbolique dans un État islamique tel que le Maroc et leur
pouvoir est encore loin de disparaître.
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des Marocains. Les promesses de sensibilisation n’ont donc
pas été tenues. Les chaines télévisées étaient pourtant censées
programmer des émissions didactiques en arabe dialectal ainsi
que dans les trois dialectes berbères afin de toucher le plus
grand nombre. Les campagnes de sensibilisation dans les écoles
et les universités pour informer les filles et jeunes femmes de
leurs droits et devoirs n’ont également pas eu lieu. Impossible
donc pour les femmes de défendre leurs droits quand elles ne
les connaissent pas. Ce d’autant que pour la plupart d’entre
elles, le mot Moudawana est un terme étranger. Seul espoir en
date, les associations féministes qui ont débuté une campagne
de vulgarisation des articles de la Moudawana dans leur cours
d’alphabétisation. La nécessité de développer l’accessibilité à
ce texte est donc indispensable.
Les Marocains informés de la réforme ont souvent des
connaissances erronées sur le sujet. L’exemple le plus frap-
pant concerne le contrat pour le partage des biens en cas
de divorce. La loi dispose que les époux peuvent s’accor-
der sur la répartition des biens acquis pendant leur union.
Ainsi, l’épouse pourra récupérer ce qu’elle a acheté en cas
de divorce. Le manque d’information de la population a
conduit à une incompréhension générale de cet article et
la majorité des Marocains craignent de devoir partager iné-
quitablement leurs biens avec leur femme en cas de sépara-
11. Daif, M. tion11. Pour l’homme marocain, la Moudawana va conduire
(2004), ‘Nouvelle au chaos. L’incompréhension massive est donc un frein à sa
Moudawana :
l’opinion de la consécration.
rue’, in Telquel : Le système patriarcal demeure aussi un obstacle à sa mise
Le Maroc tel qu’il
est, n°133. en œuvre. Le texte a établi l’âge légal du mariage à 18 ans
pour les filles. Mais en 2007, les juges de famille ont accepté
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d’une nouvelle loi qui changera des traditions ancestrales et afriquemagazine.
les mentalités du plus grand nombre. com/home/
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où le droit de la famille doit pouvoir s’adapter aux demandes
de la société contemporaine.
Pour les traditionalistes-religieux, la réforme légale ne
peut être permise que par une interprétation qui viendrait
des Oulémas eux-mêmes, sous la protection du souverain
marocain. La réforme de la Moudawana ne leur paraît pas
nécessaire dans la mesure où selon eux, l’islam offre déjà aux
femmes une protection suffisante.
Ce débat symbolise les questionnements en cours au Maroc
et dans le monde musulman en général. L’interprétation des
textes du Coran apparaît de plus en plus indispensable à l’évo-
lution et à la cohésion des sociétés islamiques. Des enjeux tels
que la modernité, l’émancipation des femmes et l’égalité sont
des sujets au cœur des affrontements sociopolitiques et reli-
gieux. Cependant, tous semblent d’accord sur un point : l’is-
lam doit rester au cœur du débat familial. Aucune discussion
sur la famille ne peut se faire en dehors des limites établies par
l’Islam. Un droit de la famille séculier est donc inenvisageable.
14. Layish
(89 : 2003) in
L’effondrement du modèle familial patrilinéaire
(Buskens, L.
(2003), ‘Recent Cette réforme doit aussi être analysée dans un contexte
Debates on historique et sociologique au sens large. Ce nouveau texte fait
Family Law
Reform in partie d’un processus général de réforme du droit et codes
Morocco : Islamic de la famille dans le monde musulman. En effet, certaines
Law as Politics
in an Emerging
réformes et amendements d’articles ont été engagés dans plu-
Public Sphere’ in sieurs pays arabes comme en Tunisie en 1993, en Égypte en
Islamic Law and 2000 ou en Jordanie en 2003-2004. Ces développements
Society, volume
10 : 1, pages divers sont caractérisés par « l’effondrement du modèle fami-
70-131). lial patrilinéaire »14. Sous le règne d’Hassan II, le Maroc faisait
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modernisation « à l’occidentale » élargi à grande échelle par
le processus de mondialisation et de diffusion de l’informa-
tion. Dans les sociétés musulmanes basées sur le patriarcat,
l’engrangement d’un tel processus est une source de déstabili-
sation et de perte de repères. L’évolution de ce modèle à celui
d’une parfaite égalité hommes-femmes est un chemin long
et compliqué, que les pays occidentaux sont eux aussi loin
d’avoir parcouru.
Conclusion
Codifiée en 1958 sous le règne de Mohammed V, amen-
dée une première fois en 1993 par Hassan II et réformée une
seconde fois en 2004 par Mohammed VI, la Moudawana a
su s’adapter aux attentes de la société marocaine. Alors que
le souverain actuel s’est clairement démarqué de son père en
consacrant la femme marocaine comme égale de l’homme,
le royaume tout entier a salué ses engagements innovateurs
et modernes ainsi que cette prise de risque considérable.
Cependant, des processus tels que la polygamie et la répu-
diation restent des actes légaux et témoignent des limites du
nouveau texte.
Une réforme est un texte juridique certes, mais est aussi
une innovation sur le terrain en matière sociale, institution-
nelle et légale. À ce niveau, le gouvernement du Maroc n’a pas
été en mesure d’adapter son système juridique aux nouvelles
nécessités, ainsi que les outils associés. Le tribunal de la famille
de Casablanca reste surchargé et les juges de familles reven-
diquent leur attachement profond aux anciennes valeurs de
la famille. Ils dénoncent simultanément ce code jugé comme
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Moudawana ont vu l’explosion de la société civile marocaine,
ainsi que la multiplication du nombre d’associations et orga-
nisations féministes. Un processus d’éloignement des normes
et valeurs traditionnelles est engagé. Néanmoins, la religion
garde une place indétrônable sur les questions familiales, la
famille demeurant un symbole politique, juridique, social et
religieux au Maroc et dans le monde musulman en général.
B. M.
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