Développement sylvo-pastoral au Maroc
Développement sylvo-pastoral au Maroc
DE L’ARGANERAIE MAROCAINE
(COMMUNE RURALE DE TIOUT, TAROUDANT, MAROC)
AOUT 2006
Lucile Zugmeyer
Elève ingénieur forestier -- 13e promotion, 2002-2006
Sous la direction de Madame Zoubida Charrouf (Université Mohamed V),
Monsieur Ahmed El Aïch (IAV) et Monsieur Éric Lacombe (ENGREF)
FIF - ENGREF
AOUT 2006
Lucile Zugmeyer
Elève ingénieur forestier -- 13e promotion, 2002-2006
FIF - ENGREF
Ecole Nationale du Génie Association Ibn Al Baytar Institut Agronomique et
Rural, des Eaux et des Forêts Rabat Vétérinaire Hassan II
Nancy Maroc Rabat
France Maroc
FICHE SIGNALÉTIQUE D’UN TRAVAIL D’ÉLÈVE FIF
Caractéristiques :
nombre de volumes :2 ; nombre de pages : tome 1 = 83p, tome 2 = annexes = 149p plus 5 cartes
CADRE DU TRAVAIL
SUITE À DONNER
(réservé au service des études)
X - diffusable.
- confidentiel de façon permanente.
- confidentiel jusqu’au / / puis diffusable.
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Résumé en anglais
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
RESUME
Forêt-verger, également lieu d’élevage caprin et de céréaliculture, l’Arganeraie constitue un terroir
rural exceptionnel, menacé par la pression anthropique.
La sauvegarde de l’Arganeraie dépend d’une gestion sociale conciliant restauration des écosystèmes
dégradés et réhabilitation d’un système agraire équilibré qui rétablisse le rôle joué par les
populations usagères, pour la préservation de ses ressources naturelles.
Basé sur une étude concertée de la situation socio-économique et environnementale actuelle, le plan
d’actions propose des interventions intégrant les divers aspects de :
- la réhabilitation des écosystèmes et des parcours forestiers ;
- le retour à la réglementation de l’accès aux parcours forestiers ;
- la production fourragère complémentaire aux parcours forestiers ;
- le renforcement et la création d’activités basées sur la valorisation des ressources naturelles
forestières.
Il est accompagné de suggestions pour une mise en œuvre basée sur une démarche concertée et
participative, insistant sur la coordination des acteurs et l’animation villageoise.
SUMMARY
Orchard-forest, place where crops cultivation and goat breeding are additionally practised, the
« Arganeraie » (argan tree land) proves to be an exceptional rural area, endangered by anthropic
activities pressings.
To be preserved, the land needs a social-based management that takes in account both damaged
ecosystems rehabilitation and restoration of a balanced agrarian system in which natural resources
would be protected by local users themselves.
The “Plan for sylvan-pastoral development of Tiout” aims to respond to this problematic by means
of sustainable local development.
The plan is completed by suggestions for a working up based on local concertation and
participation. It focuses on actors coordination and local animation.
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Remerciements
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
REMERCIEMENTS
Je remercie vivement Madame Charrouf pour la confiance avec laquelle elle a accueilli mon travail
dans le cadre des projets de développement forestiers de l’association Ibn Al Baytar, ainsi que pour
son aide efficace quant à l’organisation pratique du travail sur le terrain.
Je remercie M. El Aïch pour la caution scientifique et professionnelle qu’il a apportée à mon étude.
L’attention continue dont Monsieur Lacombe a fait preuve vis-à-vis de mon travail, son soutien et
ses encouragements constants, m’ont permis de bénéficier d’un véritable accompagnement
personnalisé. La qualité des résultats des travaux présentés doit beaucoup à son aide précieuse. Je
souhaite lui témoigner ici toute ma reconnaissance et mon amitié.
La somme des connaissances présentées dans cette étude n’aurait pas pu être réunie sans l’étroite
collaboration des services administratifs de l’ORMVA et des Eaux et Forêts dans leur ensemble.
Nombreux sont ceux qui ont mis leur expérience et leur réflexion au service de mes recherches,
avec de précieux conseils et des suggestions constructives. Qu’ils soient remerciés pour l’intérêt
qu’ils ont porté à mon travail, ainsi que pour les encouragements qu’ils n’ont pas manqué de me
prodiguer, et qui m’ont été d’une valeur inestimable.
Qu’il me soit permis d’exprimer une profonde gratitude à M. Taleb, malherbologue à l’IAV, pour
son dévouement inestimable à tous les étudiants et enseignants qui ont la chance d’être dirigés vers
son bureau. L’efficacité et la minutie scientifique dont il fait preuve pour les énormes travaux de
reconnaissance botanique qui lui sont régulièrement confiés n’ont d’égales que sa gentillesse et sa
discrétion.
Enfin, je suis reconnaissante aux habitants de Tiout pour leur accueil chaleureux et la vive
sympathie qu’ils m’ont témoignée lors de mon séjour parmi eux.
A toutes celles et ceux qui m’ont aidés et soutenue de près ou de loin dans ce travail, merci.
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Avertissements
Formation dse Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
AVERTISSEMENT
Le présent mémoire a pour objet l’élaboration d’un Projet de développement sylvo-pastoral destiné
à la Commune rurale de Tiout (province de Taroudant), qui correspond à une commande de
l’association Ibn Al Baytar.
Les résultats de l’étude préalable et les propositions pour un Plan d’actions ont été présentés dans
un document intitulé « Projet de développement sylvo-pastoral pour la commune rurale de Tiout »,
aboutissement du travail réalisé.
Le présent document reprend les principaux résultats, mais il est avant tout destiné à présenter la
démarche de travail et les méthodes employées pour traiter le sujet, ainsi qu’une réflexion générale
sur les enjeux et les limites d’un tel travail.
Ce rapport peut être lu de façon autonome. Cependant, pour avoir une vision d’ensemble du travail
effectué il est donc vivement recommandé de se reporter au document de projet et aux documents
de travail qui lui sont annexés.
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Listes
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
PARTIE II : ETUDE SOCIO-ENVIRONNEMENTALE :26LA COMMUNE DE TIOUT ET SON TERRITOIRE ORIGINAL .......... 26
II.1 : UNE COMMUNE RURALE AU CŒUR DE L’ARGANERAIE : TIOUT ............................................................................ 26
II.2 : L’ANALYSE DU MILIEU NATUREL : QUAND LE DIAGNOSTIC FORESTIER REJOINT LE DIAGNOSTIC AGRAIRE .......... 27
II.3 : L’ANALYSE DU MILIEU HUMAIN : DIAGNOSTIC SOCIO-ECONOMIQUE .................................................................... 34
II-4: ATOUTS, CONTRAINTES, ENJEUX ET PERSPECTIVES D’AVENIR .............................................................................. 38
III.1 : OBJECTIF : LE DEVELOPPEMENT LOCAL INTEGRE COMME GAGE DE LA RESTAURATION D’UN SYSTEME RURAL EN
EQUILIBRE DURABLE ..................................................................................................................................................... 40
III.4 : MISE EN ŒUVRE ET SUIVI : UN CANEVAS D’AIDE DESTINE AUX OPERATEURS ..................................................... 53
IV.1 : ENJEUX DE LA METHODE D’APPUI AU PROJET : CONSENSUS DES RESEAUX SOCIAUX AUTOUR D’UN OBJECTIF ET
D’UNE STRATEGIE COMMUNE ........................................................................................................................................ 57
IV.2 : PARTICIPATION DES BENEFICIAIRES DU PROJET AU DIAGNOSTIC : LES ATELIERS DE CONCERTATION SIMULTANES
A L’ELABORATION ........................................................................................................................................................ 60
V.2 : LA PROPOSITION D’UN PROJET DE DEVELOPPEMENT VENU DE L’EXTERIEUR : QUELLE JUSTIFICATION ? QUELLE
DURABILITE ? ............................................................................................................................................................... 71
CONCLUSION .................................................................................................................................................................... 77
BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................................................................... 78
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Listes
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
L’ensemble des photographies, ainsi que les tableaux et les figures sans mention d’une source
particulière, sont de l’auteur. Les photographies ont été prises dans l’espace communal tiouti et dans
quelques communes limitrophes, entre février et juillet 2006.
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Indexe des sigles
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
INTRODUCTION
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Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie I : L’aménagement de l’Arganeraie
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Avec ces 500 000 ha (BOURBOUZE A.et al., 2005 ), l’Arganeraie représente le troisième massif
forestier marocain en termes de superficie.
L’Arganeraie s’étend actuellement sur un secteur littoral et paralittoral entre l’Oued Tensift au sud
de Safi et la plaine du Souss. Elle pénètre dans les terres sur le revers méridional du Haut-Atlas
occidental et sur les expositions nord de l’Anti-Atlas occidental, jusqu’au massif du Jbel Siroua à
l’est.
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Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie I : L’aménagement de l’Arganeraie
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L’arganier s’inscrit au cœur d’un système agro-sylvo-pastoral complexe dans lequel lui sont
associés quatre productions majeures : l’huile tirée des noix d’argan (fruit de l’arganier), les
céréales cultivées sous le couvert des arganiers, la viande de chèvre, dont les troupeaux pâturent
l’Arganeraie et consomment principalement feuilles, branchages et fruits d’arganiers en grimpant
dans les arbres, et le bois d’œuvre et de feu, également fourni par ces arbres. Les produits de ce
« système », ainsi que le charbon de bois principalement exploité par l’administration forestière,
s’inscrivent dans un rapport complexe de concurrence et de synergie (BOURBOUZE A. et al.,
2005).
Cultures
Orge céréalières Bois d’œuvre
Son de blé
Paille Cultures sous Arganier Bois de feu
arganiers
domestiques
Pâturage sur chaumes
après récolte
Complémentation
alimentaire Feuilles et Fruits d’argan
Hauts, Ramassage par
intérieur**
rameaux pâturage aérien**
Caprins
Pâturage hors Régurgitation
Hauts, Agdal Ramassage manuel
extérieur par les femmes
Camelins
Ramassage dans
Dépulpage Noix d’argan les chèvreries
Ovins
Bas
Complémentation Concassage
Bovins Pulpe
alimentaire
Amandons
Pâturage lors
de l’Agdal
Pâturage hors Extraction Huile d’argan
Agdal*
Sous-étage Tourteau
forestier
Jachères
La région de l’Arganeraie a longtemps été occupée par une paysannerie traditionnelle, très bien
adaptée au terroir qu’elle a domestiqué depuis de nombreuses générations, et très attachée à
l’« arbre providentiel » que représente l’arganier pour l’économie de la région.
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Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie I : L’aménagement de l’Arganeraie
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Or l’évolution récente confère à l’agriculture une place prépondérante dans l’économie de la région.
Maraîchage, productions fourragères à haut rendement (maïs), et productions fruitières (agrumes,
bananes) destinées à l’exportation sont devenus des piliers de l’économie régionale. Ces
spéculations bénéficient de la fertilité naturelle des sols des deux grandes plaines du Souss et du
Massa, ainsi que de la disponibilité en eau d’irrigation, assurée par des nappes phréatiques bien
alimentées par les hautes chaînes des Atlas. Néanmoins, aucune d’entre elles n’est naturellement
adaptée au climat semi-aride de la région.
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dépérissement des arganiers, dont le puissant système racinaire permettait auparavant de compenser
le manque de pluie pendant les périodes de sècheresse en s’alimentant directement dans la nappe.
Dans les zones de montagne où la valeur des terres est marginale et l’intensification de l’agriculture
limitée par le manque d’eau et la décroissance démographique, la dégradation de l’Arganeraie est
principalement due au surpâturage.
Plusieurs années de sècheresses successives accompagnées par la remontée des troupeaux nomades
du Sud à la cherche de parcours encore verts ont également fortement contribué à la dégradation des
parcours sylvo-pastoraux, la raréfaction des espèces fourragères du sous-étage concentrant la
pression du cheptel sur les arganiers.
L’évolution des systèmes de production agricole s’avère ainsi être le principal facteur de
dégradation des écosystèmes naturels de l’Arganeraie, particulièrement dans les plaines du Souss
et du Massa, fertiles et se prêtant bien à l’irrigation.
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L’Arganeraie est donc à la fois un milieu naturel exceptionnel et un terroir agricole original,
menacé de disparition.
Traditionnellement, la gestion des espaces naturels est soumise au droit coutumier et islamique qui
règlemente l’accès aux ressources naturelles. Les terres cultivées sont considérées comme des
propriétés individuelles, dites « Melk » et exploitées comme telles. Par contre, la forêt est
considérée comme un bien collectif exploité par une communauté qui y exerce ses droits d’usages,
sur la base de l’unité de gestion que constituent le village ou « douar », et son secteur d’influence.
De la dissociation des droits du sol liés au fond et des droits d’usage concernant les ressources
portées par une terre, découle une organisation complexe de leur utilisation. Des bénéficiaires
différents peuvent jouir individuellement des droits de labour et de collecte des noix d’argan sur un
même espace dont le fond, de nature forestière, est reconnu comme public.
Les secteurs forestiers les plus éloignés, appelés « Mouchaa », gardent néanmoins un statut collectif
intégral et sont librement utilisés par tous.
1
Le terme Agdal s’applique indifféremment à l’espace forestier individualisé, à la pratique de sa mise en défens
annuelle et à la période de cette mise en défens.
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La mise en défens de l’Arganeraie était annuellement décrétée par les autorités locales
communautaires pendant la période de production fruitière des arganiers. Limitant la récolte des
fruits par les chèvres, cette mise en défens permettait un ramassage manuel des fruits d’argan, selon
un juste partage des secteurs de récolte entre les familles bénéficiaires du droit d’usage sur la forêt.
Pendant la période de l’ « Agdal2 », les troupeaux n’ont accès qu’aux « Mouchaas » (Cf. Figure 6 :
Organisation de l’espace dans l’Arganeraie).
L’ « Agdal » a longtemps permis de compenser la pression que le pâturage exerce sur la forêt.
Les traditions sociales et le droit coutumier réglementaient l’accès aux ressources naturelles et
concouraient à leur protection, avec une dimension de respect sacré aujourd’hui disparue.
Le droit forestier moderne, contemporain de l’époque du protectorat, a été formalisé par le Dahir de
1917 qui décrète la « domanialisation3 » de l’ensemble des espaces boisés du pays et confie leur
gestion à l’administration des Eaux et des Forêts.
Les droits d’usage des ressources naturelles forestières ont été conservés aux populations riveraines
des massifs délimités par l’administration forestière.
L’Arganeraie fait l’objet d’une législation spéciale (Dahir de 1925) qui prend en compte l’étendue
des multiples droits d’usage qui s’y exercent (ramassage du bois mort, cueillette des fruits, parcours
libre, labour et mise en culture, prélèvement du bois de chauffage et des branchages pour les
clôtures, prélèvement des matériaux de construction).
Des enclaves, relevant du droit privé, ont été concédées aux populations dont les villages et les
activités agricoles se sont retrouvées cernées au cœur des massifs forestiers. L’extension des zones
habitées et des zones de cultures a donc été limitée par la délimitation des forêts domaniales.
Les limites des forêts domaniales se sont superposées au découpage antérieur, donnant lieu à un
morcellement du territoire rural en unités de gestion caractérisées par la multiplicité et le
chevauchement complexe des statuts et de la gestion qui s’y appliquent (Cf. Tableau 1 : Statuts
juridiques et modes d’exploitation de l’Arganeraie). Les droits d’usages des familles sur leurs
« Agdals » se transmettent par héritage, se louent et se vendent, de façon tout à fait illégale par
rapport au droit forestier moderne.
3
Le terme domanialisation, abus de langage courant dans le jargon forestier local, désigne le changement de statut des
terrains boisés, devenus propriété privée de l’État.
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Les paysans font traditionnellement une gestion consciencieuse des espaces privés sur lesquels leurs
droits de propriété sont pleinement reconnus. Les arganiers y sont protégés de la pression des
caprins, parfois enclos pour matérialiser leur mise en défens. Ils y bénéficient d’un traitement pied à
pied incluant leur irrigation et leur régénération.
La situation ambiguë des « Agdals » individualisés appartenant aux espaces domaniaux n’est pas
non plus favorable à leur préservation par les paysans. La conscience de la dépossession de leurs
terres, que ces derniers ont subie comme une violation de leurs droits fondamentaux, ne plaide pas
en la faveur de leur protection. Ils hésitent à investir énergie et moyens techniques pour la
préservation d’un espace qui ne leur appartient pas statutairement, bien qu’ils en revendiquent
l’exploitation exclusive. En outre, les paysans sont encore influencés par la crainte de voir leurs
droits d’exploitation limités s’ils participent au reboisement de ces espaces.
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Le conflit qui subsiste entre populations rurales et forestières est encore plus prégnant dans la
région de l’arganeraie que dans les autres régions forestières du Maroc.
En effet, les forestiers se sont longtemps référés uniquement à la législation male adaptée, ignorant
l’appropriation individuelle de plus de 80 % de l’espace forestier et les règles d’usages qui les
régissent. Soucieux avant tout de l’exploitation lucrative du charbon de bois, ils ont longtemps
pratiqué des coupes à blanc-étoc. Ils ont été largement encouragés dans ce sens par les élus locaux,
suite à la loi de 1976 qui accorde 80 % du bénéfice des recettes forestières aux communes.
Les coupes forestières doivent être suivies d’une mise en défens de 12 ans au moins pour assurer la
protection des arganiers contre la dent des caprins. Privant durablement les populations
bénéficiaires de l’usage des ressources forestières, cette sylviculture de peuplement procédant par
vastes adjudications de plusieurs centaines d’hectares d’un seul tenant a amplement contribué à
entretenir la haine tenace que les paysans portent aux forestiers depuis la « domanialisation » des
terres boisées.
Coupe dans
l’Arganeraie
Bois d’œuvre
Noix d’argan Mise en défens Avant réapparition du bois
= 10 à 14 ans mort = 80 ans
Figure 4 : Perte des ressources forestières bénéficiant à la population locale suite à une coupe d’arganier
De plus, la reconstitution de futaies sur souches productives de fruits après coupe, nécessite un
dépressage du taillis, souvent négligé par l’administration forestière qui accentua ainsi le désaveu
des paysans vis-à-vis de l’exploitation forestière classique.
La régénération des peuplements de l’Arganeraie après les vastes coupes à blanc s’est révélée être,
dans bien des cas, un échec. En effet, le non-respect des mises en défens par les éleveurs, encouragé
par le manque de moyens mis en œuvre par l’administration forestière pour les faire respecter, a
abouti à la mauvaise régénération des arganiers. Dans les meilleurs des cas, des cépées peu
vigoureuses et dépérissantes, ne produisant plus ni fruits ni fourrages, et sans grand intérêt
écologique, ont remplacé les futaies sur souches, souvent vieilles de plus de 200 ans.4
4
Ces commentaires correspondent à un constat généralement admis dans la littérature (voir notamment BOURBOUZE
et EL AÏCH, 2004), confirmé par mes observations de terrain et entretiens auprès des acteurs locaux dont les forestiers.
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Bloquée par l’ampleur que les conflits sociaux pour l’utilisation de l’espace forestier ont prise ces
dernières décennies, l’administration forestière a dû abandonner la pratique de la coupe à blanc dans
les années 90.
Des tentatives de régénération par plantation d’arganiers sont venues remplacer les velléités de
régénération par coupe. Mais elles posent les mêmes problèmes sociaux que ces dernières, à savoir
la gestion des mises en défens.
Jusqu’à présent, l’administration forestière n’a pas su proposer pour l’arganeraie de système de
gestion qui satisfasse les différents enjeux en présence. Dans la région de l’Arganeraie, seuls
quelques massifs forestiers bénéficient d’un aménagement et très peu sont mis en application étant
donné les difficultés sociales que pose leur concrétisation.
La gestion forestière classique rejetée par les populations rurales est un frein à la gestion et à la
protection du patrimoine naturel et forestier. Le conflit qui oppose population rurale et
administration forestière est encore aujourd’hui très prégnant. Il constitue un obstacle majeur à
dépasser pour envisager une gestion forestière qui intègre les différents enjeux en concurrence.
Les grands textes fondateurs de la stratégie nationale pour la protection et la promotion des espaces
ruraux et forestiers que sont le Plan National d’Aménagement de Bassins Versants (PNABV, 1996),
le Plan Directeur de Reboisement (PDR, 1997), le Plan Forestier National (PFN, 1999) et la
Stratégie de Développement des Terres de Parcours portent un regard novateur sur l’aménagement
du territoire.
Enfin, la politique forestière nationale met l’accent sur la nécessité de concertation avec les
populations pour une gestion forestière socialement viable. Une compensation des pertes liées à la
mise en défens des périmètres reboisés, au bénéfice des populations normalement usagères, a été
récemment instaurée.
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Les nouvelles politiques de gestion du territoire et du patrimoine naturel intègrent tous les
principes modernes reconnus comme nécessaires pour assurer la gestion efficace et harmonieuse
des territoires et de leurs ressources. Néanmoins, la traduction des grands principes sur le terrain
est lente à mettre en œuvre et ne s’illustre pas encore de façon très concrète aux échelons
administratifs locaux.
La sonnette d’alarme ayant été tirée par la société civile à travers les actions de sensibilisation de
plusieurs associations dès les années 90, l’Arganeraie a fait l’objet de nombreux programmes de
recherche scientifique, de développement rural et de protection du milieu naturel. Portés par des
associations locales, soutenues par des ONG de coopération et des instances internationales (BAD,
FAO, UNESCO, PNUD), ces programmes ont contribué à :
- compléter et organiser l’information technique et scientifique nécessaire à la protection de
l’Arganeraie ;
- renforcer les capacités des associations régionales pour la gestion du patrimoine naturel et le
développement rural ;
- élaborer des stratégies et schémas d’aménagements agro-sylvo-pastoraux adaptés aux
réalités de l’Arganeraie ;
- réhabiliter des secteurs endommagés ;
- mettre en œuvre divers programmes de développement en faveur des populations usagères
de l’Arganeraie ;
- diversifier les sources d’énergies utilisées par les populations locales ;
- améliorer la conduite de l’élevage caprin ;
- et promouvoir les produits de l’Arganeraie pour valoriser ses ressources naturelles et
intéresser les populations à leur conservation.
Ce dernier volet se traduit par l’organisation d’un réseau de coopératives pour la production et la
commercialisation de produits liés au terroir de l’Arganeraie comme l’huile d’argan ou le miel.
Les DREF du Sud-ouest et du Haut Atlas ont répondu à cet appel en mettant fin aux coupes à blanc-
étoc et en lançant un vaste programme de reconstitution de l’Arganeraie qui comprend la production
de plants, la plantation d’arganiers et quelques essais d’amélioration de parcours sylvo-pastoraux.
Collectivités territoriales et autorités locales sont également des acteurs de plus en plus impliqués
dans la gestion des territoires et le développement, notamment à travers le nouveau programme de
l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH).
Soutenant les initiatives locales pour le développement, ce programme national encourage
l’implication de ces acteurs dans la création de projets de développement. Ces derniers doivent être
basés sur la promotion sociale des populations défavorisées et intégrer les valeurs du respect de
l’environnement naturel. De nombreuses collectivités territoriales ont d’ores et déjà proposé des
projets mettant en valeur le patrimoine que représente l’Arganeraie.
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Sur la Commune Rurale de Tiout, l’association a également à son actif plusieurs parcelles pilotes de
plantations d’arganiers, des démonstrations portant sur la mise en œuvre des techniques sylvicoles
pour la bonne gestion de l’Arganeraie, une pépinière pour la production de plants d’arganiers par les
femmes de la coopérative, et plusieurs ateliers de sensibilisation. L’association poursuit donc son
objectif de renforcement de la conscience écologique et de l’éducation environnementale pour la
préservation de l’Arganier.
5
Dans le cadre de ses programmes annuels ou en tant que partenaire d’un projet monté par des acteurs associatifs.
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C’est d’abord choisir d’intervenir sur un territoire et de s’impliquer dans son évolution pour en
modifier le cours.
C’est ensuite définir une démarche et des itinéraires techniques susceptibles de faire évoluer le
territoire vers un « état objectif », référence vers laquelle tendre.
Démarche et itinéraires techniques ont pour but de faire cesser les causes de dégradation ou
l’évolution jugée négative (restaurer, réhabiliter), puis de restaurer ou d’instaurer une dynamique
d’évolution vers l’état objectif, la référence, enfin assurer la pérennité de cet état de référence.
C’est, enfin, programmer un certain nombre d’actions concourant à la réalisation de ces itinéraires
techniques et décrire aux acteurs potentiels les moyens de les mettre en œuvre. Ce faisant,
l’aménagement indique de nouvelles normes à adopter, de nouvelles pratiques à instaurer pour la
réalisation des trajectoires définies pour aboutir à l’état objectif.
La vision sociale actuelle justifie une intervention en ces termes: « L’originalité de ce système agro-
sylvo-pastoral fondé sur une espèce endémique, l’arganier, exploité par des animaux acrobates
parfaitement adaptés, les chèvres, géré par des paysans confrontés à un milieu difficile mettant en
œuvre une organisation sociale subtile et des pratiques rodées par le temps... sont autant d’éléments
qui soulignent la nécessité de conserver et de protéger un tel système au nom de sa valeur
patrimoniale. » (BOURBOUZE et EL AÏCH, 2004). Le constat de vulnérabilité de ce patrimoine
face à l’évolution socio-économique moderne et l’absence d’une gestion cohérente pour assurer sa
pérennité justifient l’aménagement de cet espace.
« L’arganeraie est surtout une construction humaine, beaucoup plus qu’une simple forêt naturelle.
C’est donc l’arganeraie en tant que produit social – et qui en vérité n’a rien de naturel - qu’il faut
sauvegarder plus que l’arganier lui même.» (BOURBOUZE et EL AÏCH, 2004)
Dans le cas de l’Arganeraie, il ne s’agit donc pas d’aménager un espace mais bien un système agro-
sylvo-pastoral complexe, avec ses composantes économiques et sociales autant
qu’environnementales. La définition qui nous semble le mieux convenir à ce système constitué par
une population et par les activités anthropiques agraires en interaction constante avec le milieu
qu’elles ont domestiqué et façonné tout en s’y adaptant est celle du terroir. Elle contient à la fois les
notions de pratiques socio-culturelles, de paysages et de qualité écologique de l’environnement.
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Une première évidence s’impose. L’aménagement d’un milieu naturel ne saurait se fixer pour
objectif d’atteindre un état climacique parfait et figé sans nier la nature évolutive de la vie. A plus
forte raison, un terroir, évoluant en continu sous la double influence de phénomènes naturels et de
phénomènes humains, de phénomènes internes et de phénomènes externes, ne saurait être réduit à
un état figé définitivement. L’objectif doit donc être pris sous son aspect dynamique, non comme
l’obtention d’un état prédéfini, mais plutôt comme une direction d’évolution à imprimer au terroir.
Il s’agit de passer d’un état évolutif instable vouant le système à sa destruction à un état évolutif
stable assurant pérennité et équilibre des composantes essentielles du système.
Seuls une référence et des objectifs dynamiques, prenant en compte l’évolution des composantes
du système aménagé, assurent l’adaptation et la pérennité d’un aménagement pertinent vis-à-vis
de l’évolution de son objet.
Puisque la valeur patrimoniale de l’organisation sociale locale fait partie des raisons qui justifient
l’aménagement au même titre que la valeur patrimoniale du milieu naturel dans lequel elle s’inscrit,
la référence dynamique peut être formulée en ces termes :
« Maintien d’une population rurale active entretenant dans le terroir les composantes naturelles
et socio-culturelles nécessaires à sa pérennité et son renouvellement. »
Il s’agit donc d’harmoniser l’héritage des usages anciens, et les intentions des prétendants aux
nouveaux usages, en construisant une référence intégrant le passé dans une vision d’avenir.
L’exploitation de ces ressources et de ces facteurs de production naturels leur assure valeur et désir
de conservation par les populations usagères.
Lucile Zugmeyer 24
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie I : L’aménagement de l’Arganeraie
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Mais les ressorts du développement économique récent et l’évolution culturelle ont contribué à la
dévalorisation du patrimoine naturel autrefois pilier de la vie et de l’économie rurale. Ces
phénomènes ont contribué à l’état de dégradation que nous lui connaissons aujourd’hui. Dans le
contexte socio-politique actuel, l’Etat et les services administratifs chargés de la protection du
patrimoine naturel national ne peuvent envisager l’accomplissement de cette mission sans la
contribution et la bonne volonté des populations ancestralement usagères et gestionnaires de ce
patrimoine. Il faut donc que ce patrimoine reconquière à leurs yeux une valeur économique pour
rendre possible cette collaboration.
Ces considérations faites, l’objectif du travail peut être à nouveau reformulé en termes de
« développement rural local basé sur la valorisation des ressources naturelles ».
Concertation
villageoise Diagnostic environnemental et socio-économique
L’étude nécessaire à l’analyse du milieu est décrite dans la 2e partie du présent document sous le
titre d’« Etude socio-environnementale : La commune de Tiout et son territoire original ».
Les propositions d’interventions qui constituent le plan d’actions du projet sont présentées dans la
3e partie intitulée « Le « Projet de développement sylvo-pastoral » : Quand l’aménagement
forestier se fait développement rural ».
Lucile Zugmeyer 25
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Tiout
Située dans la frange de transition entre la plaine du Souss et le piémont de l’Anti-Atlas, le territoire
tiouti est soumis à la double influence climatique océanique et montagnarde, qui tempère son climat
semi aride.
La zone étudiée est centrée sur la Commune rurale de Tiout appartenant à l’annexe de Freija, cercle
de Taroudant, province de Taroudant, région du Souss Massa Draa. Le territoire communal couvre
une superficie approximative de 190 Km2 et s’étend sur quatre massifs forestiers différents qui
représentent un total de 11 700ha d’Arganeraie pure.
Exceptionnel par sa palmeraie de quelques 450 ha irrigués, le terroir rural comprend deux autres
zones majeures : les enclaves bâties et cultivées à titre de melk6 et les terrains forestiers qui les
enserrent. On y pratique une agriculture majoritairement pluviale (dite en bour) basée l’avoine et le
blé, ainsi que sur l’élevage caprin.
La population tioutia s’élevait à 2817 habitants en 2004, dont les quelques 760 foyers sont répartis
en 9 douars (Igoudine, Agraise, Bou Tiswa, Tagadirt N’Douch, Tagadirt N’Doussarou, Azur,
Anamer et Kasbah). (Monographie de la commune rurale de Tiout, 2004).
6
Voir partie I.3.1.1 : La gestion traditionnelle de l’Arganeraie par les populations locales : une organisation subtile
concourant à la préservation du milieu naturel
Lucile Zugmeyer 26
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
La zone prospectée est légèrement plus étendue que le territoire communal. En effet, la
compréhension du fonctionnement de la zone de montagne qui s’étage au-dessus de la commune a
paru essentielle à une bonne lecture du paysage.
L’évaluation de l’état de dégradation des écosystèmes a été complétée par une étude botanique pour
laquelle une centaine de végétaux herbacés et arbustifs ont été récoltés et déterminés.
II.2.3 : RESULTATS :
UNE TYPOLOGIE DES FACIES PAYSAGERS EXPLOITEE PAR SYSTEME
D’INFORMATION GEOGRAPHIQUE
Les rares essais de typologie existants pour l’Arganeraie sont basés, soit sur la distinction entre
l’Arganeraie de plaine de l’Arganeraie de montagne, soit sur une dichotomie en fonction de facteurs
humains comme l’utilisation ou le statut des terres.
Dans les faits, ces éléments descriptifs sont étroitement liés. Les variations des conditions
environnementales entre plaine et montagne influencent le développement et la physionomie des
arganiers. Elles sont également sources de différences dans les activités humaines qui interagissent
Lucile Zugmeyer 27
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
avec l’Arganeraie, en fonction des potentialités de valorisations des ressources naturelles qu’offrent
les milieux concernés. Densité des peuplements, vigueur et dégradation des arbres sont le résultat
combiné des potentialités écologiques de la station et de l’influence des activités humaines. Ces
critères descriptifs sont complémentaires mais non corrélés.
De façon générale, dans la plaine, l’Arganeraie exploitée comme un verger entre en forte
concurrence avec les autres cultures. Les peuplements sont souvent très clairsemés malgré des
stations très favorables au développement des arganiers. En montagne, l’Arganeraie forestière
utilisée avant tout comme terre de parcours est souvent plus dense, malgré des conditions de
développement apparemment plus difficiles. La vigueur est corrélée aux potentialités du milieu,
mais elle diminue fortement avec l’influence du surpâturage qui s’exprime également sur l’état de
dégradation.
Sur notre zone d’étude, nous avons pu observer des arganiers de très belle venue, bien développés et
fortement productifs en fruits, malgré des situations écologiques particulièrement rudes. Cependant,
les arbres peuvent être chétifs et peu vigoureux dans des zones apparemment très favorables, mais
soumises au pâturage intensif. Nous avons donc choisi de retenir le facteur humain comme premier
facteur discriminant les faciès de l’Arganeraie locale. Les différents faciès décrits peuvent être
séparés en deux groupes :
• les zones pour lesquelles les activités humaines, restreintes, laissent d’avantage s’exprimer
les facteurs écologiques (leurs sous-secteurs sont ensuite différenciés par la combinaison des
facteurs naturels dominants qui s’y expriment) ;
• les zones dans lesquelles l’influence humaine s’exprime fortement, dominant les facteurs
naturels.
Comme nous l’avons évoqué ci-dessus, l’influence humaine ne se fait pas ressentir de la même
façon en environnement de plaine et en environnement de montagne. On y observe des différences
d’utilisation des milieux naturels et une plus ou moins grande vivacité des traditions qui sont
attachées à l’exploitation de leurs ressources. Ces phénomènes se ressentent fortement sur la
physionomie de l’Arganeraie et sur son état de conservation. À ce titre on peut distinguer :
• Les secteurs utilisés par les populations de douars de montagnes ;
• Les zones exploitées par la population des douars centraux de Tiout.
Ces sous-secteurs sont ensuite différenciés par l’utilisation des terres qui les caractérisent.
Dans les secteurs de montagne, l’influence
humaine sur la physionomie des arganiers
s’exprime donc principalement à travers deux
facteurs antagonistes :
• La protection des arbres pour préserver leur
qualité fruitière ;
• La dégradation et les blessures, induites par
le surpâturage des troupeaux.
L’efficacité de la protection diminue avec
l’éloignement des zones habitées, alors
qu’augmentent, inversement proportionnels, les
effets du surpâturage. La physionomie de
l’Arganeraie se découpe ainsi en cercles
Photo 4 : Influence anthropique sur le paysage de
l’Arganeraie : Douar de montagne concentriques autour des douars.
Lucile Zugmeyer 28
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Faciès dominés par Æ Les terres de parcours des vallées internes (T)
l’influence humaine Æ Les terres de parcours de plateaux (U)
Æ Les parcours d’altitude à euphorbes échinées (L)
Chaque faciès individualisé résume les principaux caractères conjointement observés dans un type
d’unité territoriale donné. L’analyse du diagnostic paysager ainsi que la typologie qui en est issue
sont présentées en détail dans le diagnostic paysager donné en annexe III. Celui-ci propose
également des pistes de réflexion pour l’explication de la répartition spatiale des faciès paysagers et
de leur dynamique évolutive.
En définitive, dix-huit faciès ont ainsi été individualisés.
Chacun d’entre eux est présenté au moyen d’une fiche faciès décrivant ses caractéristiques. Les
fiches faciès présentent également quelques photos illustrant les caractères les plus marquants des
faciès considérés. A titre d’exemple, une fiche faciès est présentée dans l’annexe II.
Chaque unité territoriale est caractérisée par un faciès paysager dominant, parfois accompagné d’un
faciès codominant et d’un ou de plusieurs faciès minoritaires.
Lucile Zugmeyer 29
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Part dans la
Part dans la
dominants*
dominants
Superficie
Superficie
superficie
superficie
Spatialement localisée dans le système
totale (%)
totale (%)
Faciès
Faciès
d’information géographique, chacune
(ha)
(ha)
des unités territoriales est liée de façon
dynamique aux fiches-faciès qui la
caractérisent.
A 2275,4 17,6 P,H,O 3092,4 23,9
B 3535,8 27,3 Q 207,9 1,6
Ce travail a été concrétisé par 272,8 2,1 R 291,7 2,3
C
l’élaboration d’une carte des unités D 163,5 1,3 S 505,1 3,9
territoriales et d’une carte des faciès E 454,2 3,5 S,B 156,9 1,2
paysagers présentées dans l’annexe F 709,6 5,5 T,J,P 719,9 5,6
cartographique (Cf. Carte 2 : Unités I 141,4 1,1 U,J 47,0 0,4
territoriales et Carte 3 : Faciès K 32,2 0,2 Totaux 12606 100
paysagers, annexe XVI).
Tableau 2 : Part des faciès paysagers dans le territoire communal
*Voir les codes des faciès page précédente
Outil d’aide à la détermination et à la localisation des actions à programmer, ce système descriptif
(synthèse paysagère et système d’information géographique) servira également lors des phases de
suivi (voir partie III.4.3 : Suivi : un protocole souple et adaptable). Il constitue en effet une base de
données de référence sur l’état initial du territoire local, permettant la comparaison avec les états
ultérieurs, et l’évaluation de son évolution.
L’étude forestière et environnementale incluant une part importante d’analyse de l’impact des
activités agricoles sur l’Arganeraie rejoint le diagnostic agraire. L’utilisation du système
d’information géographique doit permettre le suivi de l’évolution des paysages et de l’usage des
terres, conséquence des modifications progressives du système rural.
Basées sur l’évaluation de la potentialité de production des arganiers, ces estimations synthétisent la
densité des arganiers, leur vigueur et la production potentielle en fonction des qualités stationnelles
du faciès et de son état de dégradation. Le traitement des données par le SIG a permis de calculer
valeur et production fourragère et fruitière pour chaque unité territoriale et d’estimer ainsi les
potentialités globales de l’Arganeraie tioutia. Celle-ci s’élève à 161 UF/ha/an en moyenne, pour une
production total de 2 millions d’UF/an.
Lucile Zugmeyer 30
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Un modèle numérique construit à partir de l’enquête agricole (voir partie II.3 : Analyse du milieu
humain : Diagnostic socio-économique) ainsi que des courbes de répartition des naissances et des
ventes des jeunes au cours de l’année permet d’estimer les variations inter-mensuelles de la
composition du cheptel et de ses besoins alimentaires. L’estimation des besoins fourragers inclut les
troupeaux ovins et caprins tioutis, la part de pâturage des cheptels des douars limitrophes de la
commune ainsi que la part des unités fourragères prélevées par les troupeaux camelins des grands
transhumants sahraouis remontant périodiquement sur les parcours locaux. Les apports
d’alimentation extérieurs sont déduits des besoins du cheptel utilisateur global. Le détail des
hypothèses, estimations et des calculs est présenté dans l’annexe V.
Les prélèvements fourragers sur les parcours forestiers devraient finalement atteindre 2,7 millions
d’UF/an pour garantir la parfaite santé des sujets.
250000
200000
150000
D é fi c i t fo u rra g e r (U F )
100000
50000
0
-50000 sept oct nov dèc janv fev mars avril mai juin juillet août
-100000
-150000
-200000
Mois
Ce diagnostic fourrager, basé sur la typologie des faciès paysagers et l’enquête agricole (Cf. partie
II.3 : Analyse du milieu humain : Diagnostic socio-économique) a permis l’élaboration d’une carte
des potentialités fourragères et d’une carte de l’état de dégradation des parcours forestiers. (Cf.
Carte 4 : Potentialités fourragères et Carte 5 : Dégradation des parcours et des arganiers, annexe
XVI).
Lucile Zugmeyer 31
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
1%
3%
34%
Indice = 1
Indice = 2
Indice = 3
Indice = 4
62%
Figure 9 : Part des faciès paysagers en fonction de l’indice de dégradation des peuplements d’arganiers, dans la
composition du territoire communal,
N.B. :l’indice 1 étant l’indice de plus forte dégradation en termes de densité et de dégradation individuelle des sujets,
évaluée à l’œil au cours du diagnostic paysager (Cf. Annexe IV : Estimation de la production des parcours)
Le diagnostic paysager met en évidence l’état de dégradation avancée d’une grande part des
peuplements d’arganiers constituants les forêts tioutias.
Outre la dégradation des peuplements d’arganiers, mise en évidence par le diagnostic paysager, le
déséquilibre des écosystèmes est révélé par l’étude de la végétation du sous-étage forestier.
Le cortège végétal de l’Arganeraie tioutia indique que, dans l’ensemble des faciès individualisés,
les écosystèmes ont une dynamique d’évolution régressive. Les premiers stades évolutifs régressifs
correspondent à un matorral des écosystèmes à arganiers. Les premiers signes d’anthropisation sont
la constitution des Génistées, observées dans plusieurs des faciès paysagers tioutis. Lorsque la
dégradation s’intensifie, les buissons, ligneux bas et sous-frutescents remplacent les Génistées.
Enfin les milieux très dégradés et fortement détériorés présentent des structures de végétation
totalement déséquilibrées dominées par les espèces annuelles et les thérophytes. Ces phénomènes
de matorralisation et de thérophytisation sont autant de signes d’un équilibre écologique fortement
détérioré. En outre, de nombreux faciès paysagers ne présentent plus que des traces éparses d’un
sous-étage disséminé en tâches peu denses. Le développement de la strate herbacée est fortement
soumis à l’aléa climatique annuel. La strate arbustive est très réduite et n’est plus observée que dans
quelques faciès paysagers restreints.
Lucile Zugmeyer 32
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Ces phénomènes s’accompagnent d’une perte de la diversité biologique locale, suite à la disparition
des espèces les plus vulnérables (souvent rares ou endémiques) au profit d’espèces colonisatrices
communes.
Une réhabilitation réussie de l’Arganeraie, rétablissant les équilibres biologiques et écologiques
rompus, devrait aboutir à une évolution progressive des écosystèmes très dégradés. Néanmoins ce
type d’évolution exige des durées très longues, particulièrement en zones sèches et arides.
La situation de piémont, en amont des principales parcelles cultivées et des douars, est la plus
problématique.
Probablement liée à l’évolution récente des phénomènes climatiques, la violence accrue des pluies
orageuses sont à l’origine d’inondations sans précédent. Le fonctionnement ponctuel et brutal des
ravines entraîne une très forte érosion régressive et un bouleversement des éléments grossiers du
sol. La force et l’ampleur des flux d’eau menacent cultures et habitations. Le bouleversement de la
structure du sol réduit énormément le potentiel de mise en culture des terres concernées.
La limitation de la violence des inondations et de l’importance des phénomènes érosifs des zones de
piémont donc mérite d’être considérée comme un enjeu majeur de ces zones (Cf. : Carte 6 : Zones
d’intervention, annexe XVI).
Lucile Zugmeyer 33
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
D’autre part, une enquête technico-agricole a été menée auprès d’une trentaine d’agriculteurs. Les
habitants interrogés ont été choisis de façon aléatoire au sein de groupes permettant la
représentation de chaque douar et de tous les grands « types » d’agriculteurs représentés sur la
commune (avec ou sans troupeaux, possédant des troupeaux de tailles différentes, pratiquant un
élevage vivrier ou spéculatif, pour lesquels l’agriculture représente la seule source de revenus ou
pour lesquels cette activité n’est que complémentaire). La fiche d’enquête est présentée dans
l’annexe VI.
Enfin, cette prise de contact directe avec les usagers de l’espace forestier a grandement facilité la
compréhension des relations qu’ils entretiennent avec leur environnement et les services
administratifs gestionnaires. Elle a servi de base à l’élaboration du plan de concertation.
À cheval entre la montagne et la plaine, le territoire agricole de Tiout ne présente pas une
morphologie propre au développement d’une agriculture intensive basée sur la production
d’agrumes, d’olives et le maraîchage irrigué, telle que le connaissent les communes bordant l’oued
Souss. Néanmoins, l’élevage n’y est pas développé comme dans les zones de montagnes, et le
cheptel reste même très inférieur à celui des autres communes du piémont (Tiout = 2045 caprins
pour 650 éleveurs, Sidi Bou Abdlla = 3400 caprins pour 310 éleveurs, Bounrar = 10 509 caprins
pour 400 éleveurs), en situation similaire (Centre de mise en valeur agricole 801, 2006)
Lucile Zugmeyer 34
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
L’activité d’élevage représente des revenus substantiels pour 85 % des foyers et reste l’activité
économique dominante en termes de survie des familles sur la commune.
L’élevage caprin est encore pratiqué de façon traditionnelle. L’Arganeraie représente plus de 95 %
des apports alimentaires des troupeaux, conduits sur parcours forestiers. Néanmoins, suite aux dix
dernières années de sècheresse, il a tendance à régresser au profit de l’élevage des ovins dont
l’alimentation dépend seulement à 17% des apports représentés par le pâturage en forêt et qui est
donc moins soumis aux risques de l’alea climatique. Il permet en outre l’embouche spéculative des
jeunes mâles. Enfin, la création d’une coopérative El Yaoin pour la production laitière et
l’introduction de vaches laitières Holstein a récemment beaucoup valorisé l’élevage bovin, en
pleine expansion parmi les agriculteurs de la commune.
L’apiculture a également une place importante dans les productions agricoles locales, mais les
produits restent très peu commercialisés.
La palmeraie, unique en son genre dans la région, a contribué à orienter les activités économiques
locales vers le tourisme, reléguant l’agriculture à une activité de subsistance. Ce secteur prometteur
bénéficie des investissements des grosses familles possédantes (restauration, hébergement) et se
développe très rapidement.
7
En bour : terme désignant l’agriculture pluviale, par opposition à l’agriculture irriguée
Lucile Zugmeyer 35
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Notons que les deux douars de Agrayse et Bou Tiswa, excentrés, ne bénéficient ni de l’irrigation
des cultures, ni de l’apport touristique offert par la palmeraie. Ils souffrent du manque de pistes
d’accès et de l’absence totale d’accès à l’eau, seul l’usage de matfia8 garantissant
l’approvisionnement en eau, également utilisée pour les familles, les troupeaux et les cultures. À ce
titre, ils conservent une économie agricole plus proche de celle observée dans les communes rurales
de montagne. Ils en conservent les usages et traditions liés à la terre et aux ressources naturelles
alors que celles-ci se perdent dans les douars centraux de Tiout (Cf. partie II-3.3.3 : Impact des
activités socio-économiques sur les écosystèmes et les facteurs de production naturels).
Production Valeur
surfacique Valeur économique
Production moyenne économique surfacique
(*103 Kg) (Dh/ha) (*103 Dh/an)1 (Dh/ha/an)1
Fruits frais (Kg) 3 463 267,8 - -
Fruits secs (Kg) 2 147 166,0 2 576
199,2
Pulpe (Kg) 1 108 85,7 1108
85,7
Noix (Kg) 1 073 83,0 - -
Amendons9 (Kg) 89 6,9 3579
276,7
Huile (L) 35 2,8 2505
193,7
Coque (Kg) 865 67,0 259
20,1
Tourteau (Kg) 96 7,5 193
15,0
Fourrage (UF) 2 084 161,1 3126
241,7
(1) : extraction artisanale de l'huile
N.B. : Taux de change dirham-euros = 0,0902 au 28/08/2006 (http://www.mataf.net/conversion-MAD.htm) Le salaire
minimum est actuellement fixé à 1 200 Dh/mois au Maroc.
L’huile extraite des fruits d’argan représente la plus grosse part de la valeur commerciale de
l’Arganeraie. Le tableau suivant compare la valeur commerciale de la production fruitière de
l’Arganeraie tioutia rapportée aux tarifs de l’huile artisanale avec la valeur de cette même
production, rapportée aux tarifs de l’huile commercialisée par la coopérative.
8
Matfia : citerne creusée dans la roche du sous-sol destinée à collecter les eaux de pluies
9
Amendon : amende logée à l’intérieure du noyau et pressée pour l’extraction de l’huile
Lucile Zugmeyer 36
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
La valeur économique actuelle de l’Arganeraie tioutia est donc très importante et largement sous-
exploitée. Cette ressource représente un véritable potentiel d’avenir, à développer en diversifiant
les productions brutes et transformées, à partir des ressources naturelles forestières. La
valorisation par le biais de coopératives offre de nombreux avantages en termes de
commercialisation des produits, et permet d’augmenter notablement la valeur marchande de
chaque production. L’organisation professionnelle pour l’exploitation durable et raisonnée des
ressources naturelles est donc un enjeu important du potentiel de développement local.
II-3.3.3 : IMPACT
DES ACTIVITES SOCIO-ECONOMIQUES SUR LES ECOSYSTEMES ET LES
FACTEURS DE PRODUCTION NATURELS
Dans les faciès de plaine, faible densité des peuplements et dégradation des individus sont les
conséquences :
- de l’affectation agricole des terrains en partie responsable de la faible densité des
peuplements ;
- de l’exploitation passée par coupes à blanc et des nombreuses cépées mal venantes qui en
résultent ;
- du surpâturage des troupeaux transhumants et de la pression des troupeaux locaux.
Dans les zones de montagne, la principale cause de dégradation de l’Arganeraie est l’exploitation de
bois vert qui perdure malgré la disparition des activités de charbonnage sur commune, la diminution
de la consommation domestique locale de bois-énergie depuis la généralisation de l’emploi du
butane dans les années 1990 et le ramassage de bois mort par les femmes pour assurer ces besoins
domestiques.
La pauvreté endémique pousse de nombreux villageois à poursuivre des activités nocturnes de
coupes illégales de bois vert vendu comme bois de chauffage sur les marchés locaux.
Lucile Zugmeyer 37
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Cette richesse désormais perdue pour le plus grand nombre n’a pas engendré le développement
économique et humain de la commune. La pauvreté endémique reste le lot de trop nombreuses
familles : environ 60 % des familles vivent dans la pauvreté au point d’éprouver des difficultés à se
nourrir (RAMI, 2005).
Actuellement l’économie domestique d’une grande partie des foyers repose principalement sur des
apports financiers extérieurs à l’activité économique communale. Néanmoins, l’agriculture garde
son importance locale. Qu’elle représente un revenu complémentaire appréciable ou un moyen de
survie, elle participe aux revenus de la majorité des familles, avec 63 % de professions liées au
secteur agricole (RAMI, 2005).
Bien que l’alimentation des familles repose désormais en grande partie sur les achats réalisés au
souk, on peut considérer que la production végétale locale joue encore un rôle important comme
culture vivrière puisqu’elle permet, associée aux apports des parcours forestiers, de garantir une part
importante de l’alimentation du cheptel local.
La chèvre reste en effet le « porte-monnaie » des éleveurs et l’élevage reste la principale source
d’argent d’un grand nombre de familles (650 éleveurs pour 790 foyers d’après la Monographie de la
commune rurale de Tiout, 2004).
Agriculture et élevage sont donc encore des activités d’actualité pour la population tioutia qui
doivent être renforcées et améliorées. Cependant la dégradation des facteurs naturels de production
que sont les sols, les ressources en eau et l’Arganeraie limite leur développement. La pauvreté
d’une partie importante de la population fait partie des causes principales de la surpression que les
activités humaines exercent sur le milieu naturel. La dégradation du milieu naturel entre donc avec
Lucile Zugmeyer 38
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie II : Etude socio-environnementale
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
la pauvreté dans un cercle vicieux entraînant toujours plus de dégradation et toujours davantage de
pauvreté.
La réhabilitation de systèmes de production rurale durables et résilients est donc impérative. Les
efforts doivent porter sur la régénération de l’Arganeraie tant au niveau des peuplements forestiers
que de la végétation du sous-étage, sur la lutte contre l’érosion et sur la gestion des ressources
hydriques.
Les perspectives ouvertes par la coopérative Taïtmatine pour l’extraction d’huile d’argan renforcent
notablement le rôle économique de la production locale d’huile d’argan, auparavant marginale.
Cette production de terroir renforce les attraits touristiques que représentent la palmeraie, les
paysages forestiers et les richesses architecturales de Tiout. La situation géographique de la
commune, sur un axe majeur entre Agadir et les Provinces du sud lui confère une position
stratégique en termes d’accès touristique. Les investisseurs locaux ont d’ores et déjà compris le
potentiel de développement que le tourisme représente. Beaucoup de progrès restent à faire dans ce
domaine qui représente assurément un secteur d’avenir porteur de bénéfices qui pourront revenir
directement ou indirectement à l’ensemble de la population, pour peu que l’organisation de ce
secteur soit faite de manière concertée et intégrée.
Lucile Zugmeyer 39
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
L’objectif global se décline en plusieurs objectifs spécifiques, déterminés par les conclusions de
l’étude préalable et qui donne lieu aux propositions d’actions présentées dans les parties suivantes :
• contribuer à la régénération des arganiers et du cortège naturel de l’Arganeraie ;
• favoriser la vitalité et le potentiel naturel de reconstitution des écosystèmes ;
• limiter la dégradation des sols et la dangerosité des crues par des interventions antiérosives ;
• améliorer les potentialités fruitières par la reconstitution de futaies sur souches productives ;
• augmenter les potentialités pastorales et le capital fourrager par l’enrichissement et la
gestion des parcours ;
• diminuer la pression de pâturage des troupeaux sur la forêt en optimisant l’utilisation des
cultures fourragères complémentaires (caroubier, figuier de barbarie) ;
• organiser des coopératives de valorisation des ressources naturelles et forestières (élevage
caprin, apiculture, plantes aromatiques et médicinales, figues de barbarie).
Les enjeux locaux ont été regroupés en 5 axes opérationnels, bases du plan d’actions :
• axe 1 : amélioration de l’élevage ;
• axe 2 : développement des filières économiques basées sur la valorisation des ressources
naturelles ;
• axe 3 : gestion de l’érosion hydrique et des inondations ;
• axe 4 : restauration et protection des facteurs de production naturels basés sur des
écosystèmes équilibrés
• axe 5 : développement structurel et social intégré du territoire.
L’espace communal a été découpé en secteurs appelés « séries », caractérisés par leur faciès
paysager et les grands types d’interventions qui y sont prévus. A chaque série correspondent
plusieurs actions, qui concourent à des objectifs communs et nécessitent la mise en œuvre
d’itinéraires techniques similaires. Chaque groupe correspond à un sous-type d’action et à un
itinéraire technique particulier.
Répondant à ces objectifs spécifiques et s’inscrivant chacune dans un ou plusieurs des axes
opérationnels, les actions proposées ont été définies dans un souci de complémentarité mutuelle,
d’intégration du projet global et de pertinence vis-à-vis des atouts et des contraintes du contexte
local.
Lucile Zugmeyer 40
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Tableau 5 : Récapitulatif des interventions proposées dans le plan d’actions et de leur contribution aux axes opérationnels
Axe 1 : amélioration de
Axe 2 : développement
Axe 5 : développement
production naturels et
Axe 4 : restauration
intégré du territoire
Axe 3 : gestion de
des écosystèmes
des facteurs de
l’érosion et des
économiques
inondations
des filières
l’élevage
Type d’actions Actions
Actions directes de réhabilitation, de protection et de Série 3 : Actions transversale d’amélioration du parcours par XXX XX XX XXX
gestion du patrimoine forestier de l’Arganeraie reconstitution artificielle du sous-étage forestier
Actions indirectes de développement rural local, Coopérative pour la valorisation des produits du cactus XXX X XX
notamment par la mise en valeur des ressources
naturelles forestières Coopérative pour la culture et la valorisation de plantes médicinales XXX X XX
* : Le nombre de X correspond à l’importance des actions de la série proposée par rapport à l’axe correspondant.
Lucile Zugmeyer 41
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Les séries sont positionnées sur la carte 6 : Zones potentielles d’intervention, donnée dans l’annexe
indépendante XVI.
Levée de la mise en
défens la prairie
artificielle
Plantation des Levée de la mise en Levée définitive de
arganiers et des défens sur le sous la mise en défens
arbustes fourragers et étage arbustif
semi de la prairie
Fauche de
la prairie Exploitation manuelle des arbustes et fauche de la Gestion rationnelle
artificielle prairie artificielle du pâturage
114 UF/ha/an 0 +1 +3 +15
420 UF/ha/an 648 UF/ha/an
0 UF/ha/an 140 UF/ha/an
Figure 10 : Schéma fonctionnel : plantation d’arganiers en plein, plantation d’arbustes fourragers et semis d’une
prairie fourragère (série 1 groupe 1)
Lucile Zugmeyer 42
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
N.B. : Sur le schéma de la page précédente, la prévision de l’évolution du bilan fourrager est permise par l’estimation de
la production des parcours (Cf. partie II et Annexe IV), l’estimation des besoins fourragers (Cf. partie II et Annexe V) et
de l’estimation de la production fourragère artificielle (Cf. Annexe X) qui sont basées sur des hypothèses peu précises.
La durée des deux applications successives rend possible l’évolution d’une part de ces hypothèses. L’évolution prévue
n’est donc qu’indicative.
La non-intervention, favorisant le retour du sous-étage naturel, est favorisée dans certains cas.
L’utilisation d’espèces locales, herbacées ou arbustives, est encouragée.
La gestion des opérations d’enrichissement pastoral suggérées respecte l’utilisation agricole des
terrains forestiers, en différenciant les interventions en fonction de la mise en culture de la parcelle
par les ayants droits. Dans les parcelles cultivées, la plantation d’arbustes fourragers en plein sera
remplacée par des techniques d’alley-farming10 permettant la culture céréalière entre les lignes
espacées d’arbustes fourragers.
Pour réguler l’exploitation des arbustes fourragers, des prairies fourragères et des parcours
améliorés, au terme de la mise en défens, il a été prévu de confier la gestion des périmètres
améliorés aux Groupes locaux pour la gestion des parcours, sous la responsabilité de l’association
des utilisateurs des parcours ou du Comité pour la préservation de l’Arganeraie tioutia (Cf. partie
III.2.3.1 : Pari sur un consensus communal : l’organisation des éleveurs pour la réglementation de
l’accès aux parcours).
III.2.1.2 : LOGIQUE
SOCIO-TERRITORIALE : PLANTATION D’ARGANIERS SUR DES
PARCELLES DE QUELQUES DIZAINES D’HECTARES
Il a été choisi d’intervenir par parcelles de quelques dizaines d’hectares seulement. Ceci va à
l’encontre de la pratique courante actuelle, qui consiste à intervenir en bloc sur des superficies d’au
moins 100 ha d’un seul tenant. Nous avons considéré que cette démarche n’était plus en accord
avec les orientations modernes de la politique forestière participative. Il nous a semblé préférable de
suggérer une programmation des reboisements fractionnée en plusieurs petites parcelles et
s’échelonnant sur plusieurs années.
En premier lieu, le fractionnement spatial permet de répartir la mise en défens sur plusieurs secteurs
de parcours, et de répartir ainsi la charge sur plusieurs douars utilisateurs. La petitesse des parcelles
reboisées nous semble pouvoir garantir plus facilement leur acceptation par les populations
usagères, au terme des négociations nécessaires au choix concerté de leur place définitive (Cf. partie
IV.3.2.2 : Un exemple de méthode d’appuis : la programmation participative).
Dans le même sens, il est justifié de démarrer les opérations sur de petites parcelles à valeur
démonstrative, afin de remporter l’adhésion des populations et en souhaitant qu’une contribution
directe des populations bénéficiaires des opérations de reboisement devienne habituelle, au fur et à
mesure des années.
10
Alley-farming : technique de culture mixte désignant la pratique d’une culture annuelle en bandes intercalaires entre
des lignes d’arbustes espacées
Lucile Zugmeyer 43
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
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Ce dispositif permet la réouverture précoce du périmètre. Les troupeaux ont ainsi rapidement accès
au sous-étage reconstitué naturellement ou artificiellement selon le traitement choisi ainsi qu’aux
unités fourragères produites par les arganiers antérieurs à la plantation.
Le surcoût des protections individuelles a pour l’instant écarté cette technique des reboisements
effectués par les services forestiers, mais le contexte d’un projet rend cette alternative envisageable.
Les dispositifs imaginés par plusieurs auteurs doivent encore être testés.
L’efficacité d’une action traitement anti-érosive n’est pleinement assurée que si l’ensemble d’un
bassin versant est traité, comme unité fonctionnelle des mécanismes hydrologiques et érosifs.
Néanmoins, des traitements par tâches localisées sont justifiés pour la protection d’enjeux situés
dans des zones de risque critiques des sous-bassins versants. C’est le cas dans certains secteurs très
localisés de la zone d’intervention, à l’aval desquels, en cas de crues exceptionnelles, la sécurité des
habitants est menacée. En outre, les terrains agricoles concernés sont rendus inutilisables par la
remise en mouvement et le charriage réguliers de leurs matériaux.
Il est donc apparu pertinent de tenter des actions de stabilisation des sols et de limitation de la
violence des crues en limitant les interventions aux zones à forts enjeux humains, localisées sur la
Carte 6 : Zones d’interventions.
Les actions proposées comprennent des techniques de lutte mécanique destinées à remodeler le
profil de pente. Le traitement mécanique des ravines (seuils, barrages fractionnés,…) a été écarté
pour des raisons de lourdeur des interventions et d’inefficacité de ces équipements s’ils sont trop
localisés et non intégrés dans le traitement de tout un bassin versant. L’installation d’un couvert
végétal dense, complémentaire aux interventions mécaniques, a été prévue.
Lucile Zugmeyer 44
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
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Il est suggéré :
- Groupe 1 : une mise en défens alternée des secteurs de parcours, propice au retour du sous-
étage forestier naturel et au recouvrement de la vigueur des arganiers trop épuisés par le
surpâturage ;
- Groupe 2 : des semis directs d’arganiers, qui contribueront à la régénération et à
l’enrichissement des peuplements en place.
III.2.3.1 : PARI
SUR UN CONSENSUS COMMUNAL : L’ORGANISATION DES ELEVEURS POUR
LA REGLEMENTATION DE L’ACCES AUX PARCOURS
(Dans le projet, référence à la Série VI : Actions transversales pour la gestion des parcours et la
protection de la forêt, complémentaires aux cinq premières série)
La gestion alternée des parcours repose sur le pari ambitieux de l’organisation consensuelle des
éleveurs pour la réglementation de l’accès aux parcours. Ce consensus serait l’aboutissement du
dépassement d’un certain nombre de conflits ancestraux mais encore très actuels pour l’utilisation
des zones de parcours. En outre, cette démarche va à l’encontre des droits fondamentaux de libre
utilisation des parcours eux aussi ancestraux et plus que jamais revendiqués par les éleveurs.
Cette action ne pourra donc être que le résultat d’une longue sensibilisation permise par l’animation
villageoise et la concertation qui devront aboutir sur la création des structures sociales de gestion
des parcours : les Groupes locaux pour la gestion des parcours et le Comité local pour la protection
de l’Arganeraie tioutia.
Les Groupes locaux pour la gestion des parcours sont constitués par l’ensemble des éleveurs
utilisant conjointement une zone homogène de parcours, ou par l’ensemble des éleveurs d’un douar.
Encadré par les services administratifs de l’élevage, ils fixent annuellement, de façon participative
et concertée, les règles d’accès aux différents secteurs de parcours en fonction de leur capacité de
production.
Le Comité local pour la protection de l’Arganeraie tioutia est un organe fédérateur qui supervise
l’ensemble des opérations concernant la gestion de l’Arganeraie. Rassemblant les différents acteurs
(ORMVA, SPEF, élus et autorités locales, représentants des douars, représentants de Groupes
locaux pour la gestion du parcours et représentants des organisations professionnelles en rapport
avec l’Arganeraie), il est chargé d’organiser la réglementation consensuelle de l’accès aux
ressources forestière et notamment, de l’utilisation des parcours. Il supervise le travail des Groupes
locaux pour la gestion du parcours.
Lucile Zugmeyer 45
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Depuis les premiers essais de régénération de l’Arganeraie par d’autres moyens que la coupe, les
techniques de plantation ont été notablement améliorées. Le semis, réputé difficile, est resté en
marge des essais des services forestiers et de la recherche. Cet itinéraire technique pourrait
cependant présenter de nombreux avantages.
Le caractère inaccessible des secteurs de montagne fait de tout investissement lourd en plantation
ou en intervention pastorale une entreprise pour le moins hasardeuse. En outre, il est clair que les
conditions de rudesse du milieu, tant sur le plan physique que climatique, limitent les chances
d’adaptation des plants introduits. Il est donc prudent de réduire les interventions au minimum dans
les zones considérées.
L’observation des phénomènes de succession naturelle de végétation suggère que les premiers
stades de revégétalisation d’un espace favorisent l’installation des plantes selon l’ordre d’évolution
des séries végétales (BEN HABIB, 1989). Un crochetage sera réalisé et les graines déposées dans
les touffes arbustives du sous-étage reconstitué, afin que les plantes déjà présentes puissent jouer le
rôle de nursing : création d’une micro atmosphère humide, rétention de l’eau dans le sol, ombrage.
Ces interventions visent à créer des réserves fourragères de proximité dont la production disponible
en période de soudure permette d’améliorer les performances de l’élevage et de réduire la pression
de pâture sur les arganiers. Elles sont complémentaires des actions décrites dans la partie précédente
car elles permettent de combler en partie le manque à gagner en termes d’unités fourragères, dû à la
mise en défens de secteurs du parcours forestier. La production fourragère qui en dépend contribue
donc à l’acceptabilité sociale des autres actions du projet.
Les plantations proposées ont été choisies dans un souci de complémentarité avec la diversification
des activités génératrices de revenus (propriétés fruitières, mellifères, médicinales). Les productions
des espèces choisies sont donc valorisables dans d’autres domaines économiques que celui de
l’élevage, notamment si les efforts individuels de commercialisation sont relayés par la création de
coopératives.
11
Nursing : Utilisation des mécanismes d’évolution naturelle des séries de végétation pour améliorer la réussite de
semis ou de plantation, valorisation de la facilitation et de la protection des espèces d’une étape végétative par les
végétaux installés à l’étape précédente.
Lucile Zugmeyer 46
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Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
La quantité d’élément énergétique produite par unité de volume d’eau serait 7 fois supérieure à celle
produite par la luzerne dans les mêmes conditions et en fait la plante la plus indiquée pour la
valorisation des zones arides, rocheuses, ou le manque d’eau limite le développement d’autres
cultures.
- Groupe II : Atriplex nummularia pour un enrichissement pastoral des parcelles cultivées en
alley-farming12.
Cette espèce arbustive assure une production régulière d’unités fourragères moins dépendante des
aléas de la pluviométrie, y compris les années sèches, alors que cultures céréalières et végétation
herbacée ne se développent pas, et reste disponible en période de soudure.
- Groupe III : caroubier, ou Ceratonia siliqua, peut être conduit sur les mêmes parcelles que
les cultures annuelles, sans gêner leur développement et donc sans nécessiter la soustraction
d’une parcelle qui lui soit réservée.
Son feuillage, ses rameaux et les gousses de ses fruits génèrent une importante production d’unités
fourragères utilisables en période de soudure alors que chaumes et végétation herbacée annuelle ne
sont plus disponibles.
12
Alley-farming : technique de culture mixte désignant la pratique d’une culture annuelle en bandes intercalaires entre
des lignes d’arbustes espacées
Lucile Zugmeyer 47
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Tableau 6 : Récapitulatif des actions d’aménagement sylvo-pastoral en fonction des faciès traités (Cf. Carte 6 : Zones d’intervention, annexe indépendante XVI)
Zones
Série Groupe Description Faciès paysagers
d’intervention
Plantation d’arganiers en
Groupe 1
plein
Zone de plaine « Secteurs collectifs ouverts », « Plaine basse très dégradées »
Série 1 : régénération de
l’Arganeraie par plantation « Plaine haute cultivée » « Plaines des petites vallées indentées dans le
Plantation d’arganiers par
et enrichissement pastoral Groupe 2 bouquets
Zone de plaine piémont », « Petits mamelons et premiers versants du piémont »,
artificiel « Cépées vieillissantes »
Groupe 3 Dépressage d’arganiers Zone de plaine « Jeunes cépées mises en défens»
Série 2 : Lutte active Plantation d’arganiers sur
Groupe 1
contre l’érosion par banquettes Zone de lutte
plantation d’arganier et Plantation d’arganiers en active contre « Petits mamelons et premiers versants de piémont »
Groupe 2
reconstitution artificielle du impluvium semi circulaires l’érosion
sous-étage forestier Groupe 3 Végétalisation de ravines
Retour du sous étage
Série 3 : Actions naturel « Secteurs collectifs ouverts », « Plaine basse très dégradées », « Plaine
transversale Plantation d’arbustes Zone de plaine haute cultivée » « Plaines des petites vallées indentées dans le
d’amélioration du parcours fourragers et Zone de
par reconstitution Plantation d’arbustes lutte active
piémont », « Petits mamelons et premiers versants du piémont »,
artificielle du sous-étage fourragers accompagnés contre l’érosion « Cépées vieillissantes », « Jeunes cépées mises en défens», « Petits
forestier d’une prairie fourragère mamelons et premiers versants de piémont »
Alley-farming
Mise en défens rotative des « Parcelles éloignées cultivées occasionnellement » ; « Terres de
Groupe 1
parcours parcours des vallées internes » ; « Terres de parcours de plateaux » ;
« Versants exposés et pentus des vallées encaissées, avec fort
Série 4 : Régénération
naturelle des parcours et
Zone de affleurement » ; « Versants peu exposés des vallées internes avec
montagne affleurement limité, zones de replats et ravines » ; « Versants exposé
semis d’arganiers Groupe 2 Semis d’arganiers
des vallées internes avec affleurement limité » ; Q : « Oueds de
montagne ».
Groupe 1 Plantation de cactus en plein « Les zones « melkisées » et protégées » ; « Les parcelles
Série 5 Création de Plantation d’arbustes
réserves fourragères
Zones « melkisées » à la périphérie des douars » ; « Les parcelles « melk » des
Groupe 2 fourragers en alley-farming melkisées enclaves villageoises ».
artificielles de proximité
Groupe 3 Plantation de caroubiers
Lucile Zugmeyer 48
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
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1800000
1600000
1400000
Bilan fourrager (UF)
1200000
1000000
800000
600000
400000
200000
0
d'expansion
Phase pilote
généralisation
Reconduction
Reconduction
application
Etat initial
-200000
Fin de la
seconde
Phase de
Phase
-400000
+2
+4
Phases du projet
Figure 11 : Prévision de l’évolution du bilan fourrager global suite au traitement par les actions directes (UF/an)
N.B. : La prévision de l’évolution du bilan fourrager est permise par l’estimation de la production des parcours (Cf.
partie II et Annexe IV), l’estimation des besoins fourragers (Cf. partie II et Annexe V) et de l’estimation de la
production fourragère artificielle (Cf. Annexe X) qui sont basées sur des hypothèses peu précises. La durée des deux
applications successives rend possible l’évolution d’une part de ces hypothèses. L’évolution prévue n’est donc
qu’indicative. Elle sert de base à la programmation des actions mais ne doit en aucun cas donner lieu à la création
d’espoirs exagérés au sein de la population.
Lucile Zugmeyer 49
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
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Æ D’une coopérative apicole pour l’expansion de cette activité déjà bien développée et bénéficiant
d’une bonne disponibilité en plantes mellifères ;
Lucile Zugmeyer 50
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Outils de production et de gestion pourront être utilement partagés entre les différentes
coopératives.
En outre, le regroupement de la vente et de la stratégie de commercialisation offre un potentiel
démultiplié par le nombre de produits du terroir local que les différentes coopératives seront
susceptibles de lancer sur le marché. Une stratégie de commercialisation et de promotion commune
devra donc être envisagée.
Miel, propolis, pollen et divers produits dérivés des productions de la ruche présentent une bonne
complémentarité avec les produits dérivés de l’argan. Il en va de même pour les produits issus des
plantes médicinales et aromatiques tous ces produits appartenant aux mêmes catégories de produits
gastronomiques fins, de soins esthétiques et de soins curatifs.
Ils font également partie des produits de consommation de luxe voire de consommation
exceptionnelle. Ils peuvent bénéficier d’une très bonne image de produits naturels du terroir, en
vogue sur les divers marchés « verts » en pleine expansion actuellement. Ils sont destinés aux
mêmes marchés intérieurs ou à l’export. Une stratégie de promotion et une commercialisation
conjointe bénéficieraient donc fortement à l’ensemble de la gamme proposée.
La création d’une gamme de produits associant production de l’argan, la production de la ruche et
les produits dérivés des plantes aromatiques et médicinales offre un bon potentiel de
développement.
Une labellisation globale de la gamme de produits issus des productions de l’argan, la ruche et les
plantes aromatiques et médicinales comme produits naturels du terroir de l’Arganeraie est
envisageable.
Lucile Zugmeyer 51
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Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
S’appuyant sur l’immense champ des possibilités offertes par le statut de coopérative, les
propositions pour la diversification des activités génératrices de revenus représentent une
invitation à la population à se réunir et à s’organiser de façon volontaire et autonome pour prendre
en main le développement communal.
Faisant appel à une logique d’économie de terroir basé sur la complémentarité des productions
locales et l’autosuffisance des ressources, la stratégie ébauchée est néanmoins résolument tournée
vers les opportunités économiques qu’offrent les marchés extérieurs.
Alliant la recherche de production propre (biologique, écologiquement adaptée), à la santé et à la
beauté du corps (produits gastronomiques, cosmétiques, parapharmaceutiques naturels et de haute
qualité), elle s’inscrit dans une recherche d’harmonie globale au bénéfice réciproque des
producteurs et des consommateurs, dans un environnement préservé.
Devant le manque de services de base locaux, et comparant leur situation aux habitants des zones
urbaines, les villageois tioutis réclament parfois des mesures, des structures ou des services hors de
portée du budget communal dans le contexte actuel.
Cette partie du projet n’a pas la prétention d’apporter de nouvelles connaissances sur les besoins de
la commune en infrastructure et en service de base. Les besoins récapitulés sont pour la plupart
connus de tous. Les autorités communales ont conscience de la nécessité d’y répondre, sans
pourtant avoir pu remédier, suite à diverses raisons, et le plus souvent faute de moyens financiers.
Mon objectif a donc été avant tout de montrer que la commune de Tiout serait en mesure de
répondre à certains désirs et besoins des villageois, en envisageant les problèmes sous des angles de
vue nouveaux, permettant dans certain cas de trouver des solutions pratiques et peu onéreuses.
Les actions d’accompagnement proposées permettent la mise à niveau des infrastructures et des
services sociaux. Certaines sont un préalable nécessaire à toute intervention de développement. La
plupart sont en outre réclamées en priorité par les populations locales et constituent donc un
vecteur d’acceptation sociale du projet.
Lucile Zugmeyer 52
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Etant donné les contraintes sociales liées au travail sur l’espace Arganeraie, le peu d’expérience
existant en termes de gestion moderne de ce type de milieu, et l’évolution constante à laquelle sont
soumis aussi bien techniques que société, il est apparu vain de vouloir doter l’Arganeraie tioutia
d’un plan d’aménagement très directif.
Le plan d’actions a donc été présenté comme un canevas qui pose les problématiques et définit les
principes de la démarche à adopter pour assurer la pertinence et la durabilité de l’intervention. Les
actions proposées pour répondre aux objectifs directeurs sont susceptibles d’être adaptées selon
l’évolution des problématiques, de la demande sociale et des conditions environnementales et la
mise en œuvre technique devra tenir compte des progrès réalisés localement ou régionalement dans
chaque domaine.
La démarche proposée suggère d’adapter les interventions aux évolutions du contexte en se basant
sur le principe du retour sur expérience : l’observation de la réaction sociale ou environnementale à
une action doit obligatoirement être observée, analysée, capitalisée comme expérience sur la base
de laquelle les actions à venir pourront être adaptées.
Action proposée
Problématique
Technique
appropriée Observation de la
réaction
Evolution de la
problématique
Progrès techniques
extérieurs
Action adaptée
Temps Démarche progressiste
Adaptation continue à capitalisant l’expérience
l’évolution du contexte en temps réel
Lucile Zugmeyer 53
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Parce que la majorité des actions directes proposées sont encore mal acceptées par les populations
et incomplètement maîtrisées sur le plan technique, il est important que leur mise en œuvre passe
par des phases pilotes, à la fois démonstratives et expérimentales. Le phasage proposé est donc basé
sur la notion de progressivité, essentielle à la réussite du projet en particulier en ce qui concerne
l’acceptation des interventions par la population.
La démarche de planification proposée est donc très souple. Elle met l’accent sur la nécessité
d’adaptation de la programmation des actions au contexte social et environnemental. Elle insiste
sur l’intégration continuelle des progrès techniques dans le plan d’actions. Pour être efficace dans
ce cadre conceptuel idéal, elle devra être très soigneusement suivie et encadrée par le maître
d’œuvre, le Comité de pilotage et le Comité scientifique (au sujet de la mise en œuvre du projet se
reporter au document de projet).
Lucile Zugmeyer 54
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
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Des fiches techniques, dont un exemple est fourni en annexe VIII, ont été adjointes au plan
d’actions pour faciliter le lancement des interventions par les opérateurs ou servir de base aux
études plus approfondies qui devront être menées (ex : étude de faisabilité technique et économique
des coopératives). Elles complètent les fiches actions, présentées dans l’annexe IX.
Néanmoins, les recommandations de mise en œuvre suggèrent l’organisation d’un suivi
expérimental continu, directement sur les actions en cours ou au moyen de dispositifs
expérimentaux.
La fiche-action transversale résumant toutes les questions expérimentales soulevées est présentée
dans l’annexe IX.
Temps
+0 +2 +4 +6 +12 ans
Phase pilote Phase Phase de
d’extension généralisatio
Lucile Zugmeyer 55
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Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie III : Le « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout »
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Des indications pour la réalisation d’un protocole de suivi de l’impact et de la pertinence des
actions est également proposé sur les critères de :
- bonne acceptation par la population (respect des mises en défens, participation,…) ;
- bonne réaction biologique et environnementale (bonne reprise des plants, reconstitution du
couvert végétal naturel dans les zones mises en défens…) ;
- contribution effective aux objectifs visés (valorisation du fourrage par les éleveurs,
utilisation de la matière première dans les coopératives créées…).
Les seuils qui doivent d’évaluer la réussite d’une action sont subjectifs et dépendent du contexte
dans lequel l’action a été réalisée (ex : En année sèche on pourra considérer qu’un taux de reprise de
40 % de plants d’arganiers est satisfaisant, alors qu’en année pluvieuse on espèrera au moins 70 %).
Enfin le suivi de la réussite du projet doit rendre compte des objectifs opérationnels atteints. Pour
faciliter cette évaluation, un certain nombre de critères synthétiques relatifs aux axes opérationnels
du projet, à suivre périodiquement, sont présentés dans l’annexe XI.
De même que l’ampleur des interventions est progressive, les seuils des indicateurs évoluent au fur
et à mesure du projet.
Pour l’évaluation l’évolution de la production des parcours et sa comparaison avec l’état initial, il
sera possible d’évaluer l’évolution des surfaces selon leur indice de production fourragère. De
même, pour l’évolution de l’érosion, un indice d’érosion par type de faciès pourra être créé. Cela
permettra l’évaluation de l’évolution des surfaces selon leur indice d’érosion. Enfin, pour
l’évolution de la qualité des écosystèmes, l’opérateur de l’évaluation pourra réfléchir à l’élaboration
d’un indice d’équilibre ou de naturalité par type de faciès et évaluer de l’évolution des surfaces
selon cet indice.
Une telle évaluation spatiale demandant un certain investissement de temps, elle pourra être réalisée
chaque six ans, au moment de l’évaluation globale de la réussite d’une application du projet.
Le suivi et l’évaluation de la réussite des actions et du projet pourront faire appel au Comité
scientifique ou aux personnes-ressources extérieures qui seconderont le Comité de pilotage.
Stratégie de réalisation et de suivi faisant partie intégrante de l’élaboration d’un projet, des
indications ont été données à ce sujet. Néanmoins, le projet n’étant pas encore assuré d’une
concrétisation dans un cadre bien défini, les propositions veillent à conserver au projet toute sa
souplesse et son adaptabilité afin que l’opérateur puisse finalement se l’approprier avec le moins
de difficultés possible.
Lucile Zugmeyer 56
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie IV : La démarche participative et concertée
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
La pérennité des actions mises en œuvre par un projet de développement dépend de l’appropriation
des nouveautés techniques proposées, par les acteurs locaux et en particulier par la population des
bénéficiaires directs. Les échecs ou les difficultés observés dans de nombreux projets de
développement ne sont pas liés aux difficultés techniques de la mise en œuvre des actions mais au
manque d’adhésion des bénéficiaires directs, à la difficulté de faire accepter l’innovation technique
et ses nouvelles normes, et de concrétiser un véritable transfert technologique.
Les méthodes d’appui aux projets, destinées à répondre à ces enjeux transversaux sont des aspects
essentiels qui conditionnent la réussite et la continuité d’un projet au sein de la communauté avec
laquelle il est mené.
La mise en œuvre des actions de développement est le fait des acteurs sociaux impliqués dans des
réseaux complexes, et non des catégories sociales prétendument entraînées par quelques personnes
« leaders ».
Lucile Zugmeyer 57
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie IV : La démarche participative et concertée
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Les transformations techniques ne sont ni le simple produit des effets de diffusion, ni de la logique
technologique. La meilleure solution technique n’est pas forcément la meilleure solution pour une
communauté donnée à un moment donné de son évolution socio-culturelle. La négociation, qui
passe par les divers processus de concertation, permet seule de déterminer comment une bonne
solution (de nature techniquo-économique ou normative) doit être adaptée et mise en œuvre pour
représenter aux yeux de chaque acteur social la solution la plus pertinente. Elle est souvent le
résultat d’un compromis entre les visions-objectifs de différents acteurs et doit être reconnue et
acceptée comme telle par chacun d’entre eux.
Si la communauté arrive à un consensus sur les normes et les valeurs communes, et élabore un point
de vue commun, cela veut dire que chacun a intériorisé et accepté les normes, les valeurs et la
distribution des rôles à mettre en œuvre.
L’adoption d’une technologie ou d’une norme est donc un processus de négociation sociale.
L’analyse en termes de réseaux sociaux permet de décrire et de comparer les systèmes de relations
intra et inter groupes qui encadrent et organisent le jeu des inter influences, en même temps qu’elles
en sont le produit. Elle permet d’éclairer les conditions de production de « nouvelles normes ».
(DARRE et al., 1989, cité par STITOU, 1994), et ce faisant les conditions du « transfert
technologique ».
Comprendre les réseaux sociaux en pleine mutation est donc un préalable nécessaire à toute
intervention censée s’appuyer sur le résultat d’une concertation et de négociations avec la
population rurale.
Or, le contexte socio-culturel actuel du milieu rural marocain est en pleine mutation. Les structures
sociales communautaires ont été en grande partie détruites par les années de protectorat et
l’installation des nouveaux systèmes de valeurs et de normes liées à l’administration des affaires
sociales par les autorités tutélaires. Les normes et les valeurs véhiculées par ces autorités et leur
société d’origine n’ont été que très partiellement intégrées dans les systèmes, et la logique sociale
est un produit de la confrontation entre deux systèmes basés sur une histoire et des valeurs parfois
radicalement opposées. Les nouvelles formes d’une société unitaire et communautaire ne sont pas
encore nées, et l’individualisme s’impose petit à petit comme modèle unique, régissant les actions et
les relations entre les membres des communautés rurales autrefois organisées de façon si complexe.
Or, comme Atzioni (ATZIONI, 1958 cité par STITOU, 1994) le souligne, il y a une relation étroite
entre la structure d’une société et son aptitude à élaborer un consensus. Moins il y a de liens
sociaux, plus lourd est le travail nécessaire pour aboutir au consensus.
Lucile Zugmeyer 58
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie IV : La démarche participative et concertée
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Ce faisant, les valeurs de la démocratie participative, sur laquelle se base souvent les prédictions des
projets de développement en termes de concertation, d’appropriation et de diffusion des actions ne
font pas du tout partie des systèmes socio-culturels actuels.
Or, si le choix de la méthode d’appui est déterminant, il n’y a pas de recette unique en matière de
concertation et d’animation villageoise. La seule attitude efficace consiste à adapter les appuis au
fur et à mesure des évolutions qui s’opèrent. Le processus de concertation et d’animation
villageoise doit donc inclure les notions de progressivité et de droit à l’erreur.
Pour beaucoup en effet, la participation et la concertation s’arrêtent au niveau des acteurs instruits
ou des acteurs investis d’une autorité ou d’un certain pouvoir sur les autres, sans descendre
jusqu’aux usagers directs des territoires.
Or, comme nous venons de le constater ci-dessus, l’étude des réseaux sociaux de la population des
bénéficiaires directs est la seule capable de fournir aux opérateurs d’un projet les clefs qui
permettront de définir la stratégie de mise en œuvre du projet, les méthodes d’appui et
l’accompagnement à prévoir parallèlement à la mise en œuvre des actions techniques. (STITOU,
1994). Cette analyse nécessite un travail en prise directe avec les bénéficiaires.
Par la suite, l’utilisation concrète des divers réseaux sociaux pour appuyer le « transfert
technologique » sur lequel est basé la mise en œuvre des actions du projet requiert la sensibilisation
des bénéficiaires directs des actions et leur intégration aux différents échelons de la prise de
décision, de la gestion et du suivi du projet.
Ce concept et les méthodes d’appuis qui lui sont propres ont été traduits en recommandations pour
la mise en œuvre concertée et participative du « Projet de développement sylvo-pastoral de Tiout ».
Elles sont présentées dans le plan d’actions pour la mise en œuvre du projet et synthétisées dans la
partie IV.3 : Les méthodes d’appui du projet : démarche de concertation et stratégie d’ « animation
villageoise ».
Cette concertation doit accompagner le processus d’élaboration du projet aussi bien que les
différentes étapes de sa mise en œuvre et de son suivi, en continu.
La phase de concertation liée à l’élaboration du projet est décrite dans les parties suivantes.
L’animation villageoise proposée comme méthode d’appui à la mise en œuvre du projet est décrite
dans la partie IV.3 : Les méthodes d’appui du projet : démarche de concertation et stratégie
d’ « animation villageoise ».
Lucile Zugmeyer 59
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie IV : La démarche participative et concertée
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Le 23 juillet 2006 une réunion de restitution a clos la phase d’élaboration du projet. En présence des
différents acteurs et bénéficiaires, j’ai eu l’occasion de présenter l’étude, ses méthodes et ses
résultats. Cette demi-journée, qui se voulait avant tout un atelier participatif de réflexion sur l’avenir
de l’Arganeraie tioutia, a permis l’ouverture de débats sur le plan d’actions proposé. Le compte
rendu est fourni dans l’annexe XIV.
Résultat éminemment positif, cette ultime phase du travail s’est conclue par un nouveau rendez-
vous devant réunir les acteurs suscités pour une nouvelle rencontre à la Chambre d’agriculture
afin de définir une stratégie d’action commune sur la base des propositions discutées.
Lucile Zugmeyer 60
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie IV : La démarche participative et concertée
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Analyse des atouts et des contraintes de différentes stratégies envisageables, propositions d’action
d’aménagement, de gestion des ressources naturelles et de projets de développement.
Les discussions et débats ont été conduits à partir d’exercices de réflexion collective couramment
employés dans les processus de concertation (élaboration des Plans de Développement de Douar
(PDD) du programme MEDA, élaboration des Projets de Développement Intégré (PDI) dans le
cadre de l’Initiative Nationale de Développement Humain (INDH)), tels que l’analyse « Forces,
Faiblesses, Potentialités, Obstacles » (FFPO), la matrice du cadre logique ou encore l’arbre à
problème. Les fiches de travail décrivant en détail les outils de concertation utilisés sont données
dans l’annexe XV.
Une fois le programme et la démarche d’animation définis et globalement maîtrisés par chacun, des
réunions de lancement ont été organisées avant le début de chaque phase de concertation, pour une
mise au point détaillée sur les techniques d’animation propres à chaque étape.
Photo 7 et Photo 8 : Préparation des exercices de communication avant les ateliers de concertation villageoise
Des restitutions ont suivi chaque atelier pour la traduction des débats, la synthèse des résultats et
des grandes idées dégagées par l’évènement. Ces restitutions ont également été l’occasion de revoir
et d’adapter les exercices et stratégies d’animation qui ont évolué au fur et à mesure du travail.
Lucile Zugmeyer 61
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie IV : La démarche participative et concertée
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Des divers faits qui ressortent des ateliers, certains sont communs à l’ensemble des groupes de
discussion, d’autres caractérisent certains groupes seulement. Les deux douars isolés, Agraise et
Bou Tiswa sont ceux qui se singularisent le plus vis-à-vis du reste de la population.
Malgré l’omniprésence des conflits sous-jacents à chaque gestion des enjeux majeurs, la récurrence
des « questions obsessionnelles » et les réticences liées au décalage entre les animateurs et la
population locale (origine, niveau social, langage…), des avancées positives peuvent être notées.
Lucile Zugmeyer 62
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie IV : La démarche participative et concertée
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Ces constatations positives nous permettent d’affirmer la valeur du travail accompli, comme
première étape dans un très long travail de sensibilisation et d’organisation de la population pour
le développement, la protection et la valorisation des ressources naturelles.
La concertation et la démarche participative doivent être concrétisées sur deux plans différents,
mais toujours interdépendants :
- au niveau du groupe d’acteurs gestionnaires et décisionnaires (administrations des Eaux et
des Forêts, Office Régional de Mise en Valeur Agricole et autres selon les besoins,
institutions, élus communaux, personnel municipal, autorités locales, associations d’appuis,
Opérateur et coordinateur du projet) ;
- au niveau de la population locale.
Ces deux niveaux se rejoindront dans un organe de coordination composé des représentants de
chaque acteur intégré dans le projet et des représentants de la population locale, appelé Comité de
pilotage. Cet organe sera remplacé, à la fin du projet par le Comité pour la protection de
l’Arganeraie Tioutia.
Au sein de la population des bénéficiaires, nous distinguerons dans la suite du plan d’actions :
- les bénéficiaires directs d’actions de création de réserves fourragères de proximité (série 5)
et d’actions de renforcement et de développement des activités génératrices de revenus ;
- les participants aux actions de réhabilitation de l’Arganeraie et de restauration des parcours
(séries 1, 2 et 3) (fourniture de main d’œuvre, de matières premières, participation à la
surveillance, aux activités de suivi expérimental) ;
- les engagés dans les Groupes locaux pour la gestion des parcours (Cf. partie III.2.3.1 : Pari
sur un consensus communal : l’organisation des éleveurs pour la réglementation de l’accès
aux parcours) ;
- ou le Comité de pilotage.
Lucile Zugmeyer 63
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie IV : La démarche participative et concertée
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Le résultat attendu pour ce projet serait que les actions entreprises s’inscrivent dans les habitudes
locales de gestion de l’espace rural et que les structures participatives basées sur la concertation et
l’animation villageoise perdurent après l’arrêt du projet. La préparation de la continuité
indépendante du projet dans la communauté, après sa fin institutionnelle, fait donc partie
intégrante de sa mise en œuvre.
Basée sur la disponibilité permanente d’un coordinateur, le concept met l’accent sur le contact étroit
et régulier que celui-ci doit entretenir avec tous les bénéficiaires, de façon à exercer sans relâche
son influence pour la sensibilisation et la mobilisation des intéressés.
Connaissant tous les aspects du projet, le coordinateur supervisera la réalisation des actions et
suivra en temps réel les diverses réactions de la population bénéficiaire. Il aura ainsi en main les
clefs nécessaires à l’analyse des réseaux sociaux et de leurs influences sur l’acceptation sociale du
projet. Il pourra ainsi utiliser au mieux les divers inter-relations de ces réseaux pour favoriser le
« transfert technologique» et l’acceptation des « nouvelles normes » nécessaires à la réalisation et à
la pérennité des actions du projet avec la population bénéficiaire. Il garantira l’adaptation et à la
démarche progressiste du projet afin d’optimiser le cumul d’expérience technique, et surtout
l’évolution de l’acceptation sociale du projet (Cf. partie III.4.1 : Phasage et démarche de
planification : une démarche progressive et adaptable).
Les actions à mener en domaine forestier devront faire l’objet d’une programmation participative,
destinée au choix collectif de la zone à traiter.
Lucile Zugmeyer 64
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie IV : La démarche participative et concertée
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
- Etape 1 : Une reconnaissance technique préalable des zones potentielles d’intervention sera
effectuée par le coordinateur éventuellement accompagné d’autres acteurs impliqués dans
l’action ou de spécialistes techniques. Une présélection de zones techniquement adaptées à
la mise en œuvre de l’action sera réalisée.
Exemple d’ateliers thématiques : Des réunions sur les plantations fourragères de cactus devront être
organisées en direction des éleveurs, pour décrire les bénéfices envisageables grâce à cette culture,
mais surtout pour donner aux éleveurs les connaissances de bases nécessaires à la bonne
valorisation fourragère du cactus (sans quoi les erreurs commises dans ce domaine perpétueront les
effets négatifs de l’ingestion de cactus sur les troupeaux, notamment les troubles gastriques, et
l’action sera rapidement abandonnée, voire jamais mise en œuvre par la population).
Cette phase pourra être complétée par des ateliers de formation technique destinés à former les
populations du groupe de bénéficiaires final aux techniques mises en œuvre.
Contrairement à un certain nombre de points liés à la mise en œuvre du projet, les techniques et la
démarche d’animation locale sont très précisément décrites dans le plan d’actions du projet.
Pierre d’angle de la réussite sociale du projet, cet aspect est en effet essentiel à sa pertinence. La
précision donnée n’interdit pas cependant la réflexion et la créativité de la part du coordinateur-
animateur, selon les principes d’adaptation souhaitable.
Lucile Zugmeyer 65
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie IV : La démarche participative et concertée
gestionnaires et décisionnaires, Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Actions cycliques
Actions régulières
Réunions trimestrielles du
Comité de pilotage Passation du Comité de pilotage au
Réunions de constitution du Réunions ponctuelles du Comité communal pour la
Comité de pilotage Comité de pilotage préservation de l’Arganeraie
Déroulement du projet
Ateliers de présentation du
participation villageoise, coordination des
projet =
+ sensibilisation à la Formation des leaders Alphabétisation
villageois bénéficiaires et participants
Lucile Zugmeyer 66
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie IV : La démarche participative et concertée
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Figure 15 : Actions cycliques de l’animation villageoise pour la concertation et participation de la population locale:
Bénéficiaires des ateliers
Animation et concertation villageoise, coordination des villageois bénéficiaires et participants
Ateliers de transmission
d’expérience et d’évaluation
Ateliers de Ateliers Formations Suivi participatif collective = sensibilisation de Ateliers Formations
sensibilisation thématiques techniques de l’action nouveaux bénéficiaires potentiels thématiques techniques
Les usagers de Les groupes Les usagers de Les usagers de Les groupes
L’ensemble de la l’espace d’usagers ayant l’espace L’ensemble de la l’espace d’usagers ayant
population locale concernés et tous adhérés à l’action, concernés et tous population locale concernés et tous adhérés à l’action,
les bénéficiaires les bénéficiaires, les bénéficiaires les bénéficiaires les bénéficiaires,
potentiels volontaires pour potentiels potentiels volontaires pour
participer participer
1 2 3 4
1 2 3 4
Lucile Zugmeyer 67
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie V : Limites du projet de développement
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Les expérimentations de régénération de l’arganier par plantation ont beaucoup évolué depuis des
premiers pas notoirement infructueux dans les années 70. Néanmoins, le contexte climatique aride
et la pluviométrie aléatoire s’ajoutant aux imperfections des itinéraires techniques, les taux de
reprise des plantations après trois ans restent souvent décevants. Le manque de suivi expérimental
des plantations induit l’ignorance des causes d’échec dans la majorité des cas. Les réussites les plus
probantes sont obtenues dans le cadre de projets de développement indépendants de la gestion
administrative courante et non-reproductibles à large échelle, en raison des coûts prohibitifs des
dispositifs proposés. (DREF/SO, 2005 et observations personnelles)
Les itinéraires basés sur l’utilisation de l’évolution naturelle des écosystèmes (régénération
naturelle, semis et nursing) ont très peu été testés, l’administration forestière privilégiant jusqu’alors
des itinéraires sylvicoles plus interventionnistes (plantations).
¾ Peu de données existent sur les méthodes d’amélioration pastorale, encore récentes :
Lucile Zugmeyer 68
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie V : Limites du projet de développement
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Les essais intéressants menés dans le cadre de projets comme le « projet d’appui scientifique aux
aménagements sylvo-pastoraux » menés entre l’IAV et les services de l’ORMVA/SM ou le « Projet
de création des périmètres pastoraux de Ouled Allag » mené par l’ORMVA/SM, font l’objet d’un
suivi expérimental riche d’enseignements. Cependant, la diffusion des résultats est souvent limitée
aux cadres des rapports internes qu’il a fallu aller extraire des archives des services concernés.
Le manque de données scientifiques rend les estimations sur lesquelles sont basées les différents
diagnostics (production fourragère des parcours, besoins alimentaires), les itinéraires techniques
proposés, et les prédictions de réussite (production des différents types de périmètre d’amélioration
pastorale), pour le moins imprécises.
L’hétérogénéité des peuplements d’arganiers rend les résultats des quelques expérimentations sur
l’accroissement des peuplements, la production en biomasses et la production fourragère,
difficilement applicables aux autres secteurs de l’Arganier.
Ces dernières années, le nombre des programmes de recherche liés à l’Arganeraie a fortement
augmenté. Néanmoins, les thèmes abordés, appartiennent à la recherche fondamentale d’avantage
qu’à la recherche appliquée. Ils sont souvent éloignés des besoins des gestionnaires.
La limitation de l’expérience et des connaissances d’ordre technique aussi bien que scientifique
rend la réussite de chaque action proposée aléatoire. Si l’obtention d’un résultat positif pour
chaque action proposée est fortement probable, il n’en reste pas moins que le temps
d’expérimentation nécessaire à son obtention pourra s’avérer important. Le projet a donc une
dimension expérimentale importante, et la pertinence des résultats de la gestion proposée est un
défi technique.
Lucile Zugmeyer 69
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie V : Limites du projet de développement
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Les méthodes d’appui choisies seront-elles capables de faire évoluer les situations de blocage dont
certaines (comme les rivalités pour l’utilisation des parcours) perdurent depuis tant d’années ?
Le concept d’animation villageoise, comme tout autre concept d’animation ou méthode d’appui est
basé sur un modèle de réaction sociale idéale, présupposée. Seule la mise en œuvre concrète du
projet suivant ce protocole pourra révéler les forces et les faiblesses du dispositif d’action suggéré.
Outre le défi technique représenté par la mise en œuvre de ses interventions sur le milieu naturel, la
réussite du projet est donc basée sur un véritable pari social, avec tout ce qu’il représente
d’aléatoire.
La principale difficulté à surmonter pour faire aboutir une séance de réflexion commune autour de
conclusions consensuelles est la récurrence des conflits, existants entre les groupes d’intérêts. Qu’ils
opposent les habitants d’un douar entre eux ou le groupe des habitants d’un douar à d’autres
groupes ou encore l’ensemble de la population bénéficiaire à l’idée même qu’elle conserve du corps
forestier, les conflits limitent la vision constructive du débat mené. Ils incitent à la mauvaise foi ou
aux débordements, empêchant la progression vers une vision consensuelle commune.
Un second obstacle majeur est constitué par l’écart existant entre les concepteurs de la démarche de
concertation, les animateurs qui la mettent en œuvre et les populations bénéficiaires et actrices de
cette réflexion commune.
En premier lieu les écarts de niveau d’éducation, de culture, d’appartenance à une catégorie sociale,
de niveau de vie, créent une curiosité de la part des populations locales, qui peut se muer en
méfiance et en réticence si les objectifs justifiant la présence des animateurs sont troubles à leurs
yeux.
Les différences de langages sont une difficulté à ne pas négliger. L’emploi de la même langue,
indispensable, n’équivaut pas cependant à la maîtrise du même langage pour exprimer ses idées.
D’ailleurs, le langage des bénéficiaires ne contient pas toujours les termes nécessaires à la
désignation des nouveaux concepts ou des nouveautés techniques abordés par les discussions. Les
animateurs doivent alors faire preuve d’une grande créativité pour procéder par symboles et
descriptions. Ceux-ci, pour être porteurs de sens au niveau des populations bénéficiaires, doivent
être empruntés à un registre commun que tous peuvent saisir et s’approprier.
Les écarts de niveau d’éducation entraînent également souvent une incompréhension des méthodes
de réflexion et de travail. Tel exercice de formalisation du débat par la construction de schémas ou
de cartes peut sembler le plus favorable à la réflexion collective organisée et à l’expression
individuelle pour un animateur qui aura eu l’occasion d’utiliser une certaine démarche de pensée.
En revanche, il pourra sembler futile, trop simple, ou trop complexe, ou trop formel aux villageois.
Il est enfin particulièrement difficile, avec les méthodes employées couramment, de toucher les
catégories d’âges extrêmes (jeunes et personnes âgées), dont l’importance est cruciale pour les
processus de négociations portant sur l’évolution de la communauté et de ses pratiques : en effet, les
personnes âgées détiennent les connaissances et les normes des époques passées ou présente, et les
jeunes seront amenés à appliquer dans l’avenir les nouvelles valeurs véhiculées par le projet.
Lucile Zugmeyer 70
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie V : Limites du projet de développement
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La réelle efficacité des actions transversales de concertation et de coordination dépend donc avant
tout de la créativité et de l’habileté du coordinateur (représentant de l’opérateur) chargé de les
utiliser lors de la mise en œuvre du projet.
Lucile Zugmeyer 71
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie V : Limites du projet de développement
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
naturel. De tels projets de développement sont actuellement en cours d’expérimentation dans toute
la zone d’action de l’ORMVA/SM.
D’autre part, ce type de système dissociant environnement naturel et activité génératrice de revenus
a montré ses limites dans le contexte agricole de ce nous nous permettrons d’appeler les pays
économiquement développés. Il paraît peu propice au maintien d’une petite paysannerie
traditionnelle qui forme encore actuellement le tissu social marocain en milieu rural. Or le maintien
de cette population rurale représente un atout incontournable pour l’équilibre de la répartition de la
population et de l’activité dans le pays, assurant la pérennité de la gestion du milieu rural
(COURADE, 2003).
J’ai donc délibérément choisi de recentrer ma problématique sur la citation donnée déjà énoncée
dans la première partie, comme la nécessité de promouvoir et de préserver : « L’originalité de ce
système agro-sylvo-pastoral fondé sur une espèce endémique, l’arganier, exploité par des animaux
acrobates parfaitement adaptés, les chèvres, géré par des paysans confrontés à un milieu difficile
mettant en œuvre une organisation sociale subtile et des pratiques rodées par le temps […] au nom
de sa valeur patrimoniale. » (BOURBOUZE et EL AÏCH, 2004).
Le plan proposé prend clairement parti pour la réhabilitation et la protection d’un système rural
complexe et dynamique, incluant ses usagers, plutôt que pour la conservation d’un patrimoine
naturel inexploité. Cette démarche consiste à favoriser l’utilisation et la gestion raisonnée des
facteurs naturels de production locale, de façon à assurer la continuité de la gestion du milieu
Arganeraie, façonné et maintenu par l’homme.
Dans cette optique, j’ai proposé une démarche de gestion de l’Arganeraie étroitement liée à la
promotion de l’élevage caprin extensif pour la production de viande.
Or, mise devant le choix entre ces deux modes d’élevage, il y a fort a parier qu’une bonne partie de
la population des intéressés aurait opté pour la seconde possibilité.
Celle-ci, facilement mise en œuvre grâce au soutien financier de bailleurs de fonds extérieurs et
garantes de revenus économiques quasi immédiats, aurait probablement eu l’avantage sur la
seconde option. Cet itinéraire de développement nécessite en effet des efforts pour l’adaptation des
pratiques traditionnelles de l’élevage aux contraintes de la protection de la ressource fourragère
naturelle, pour la mobilisation et l’organisation des éleveurs, le tout pour aboutir à une valorisation
économique basée sur un postulat de développement de filière à moyen termes, pour le moins
incertain.
Lucile Zugmeyer 72
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie V : Limites du projet de développement
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
rural de leur pays. Mais ce point de vue reste presque autant que le mien, celui de personnes
extérieures à la communauté bénéficiaire.
Les arguments que sont leur relative meilleure connaissance des ressorts du développement macro-
économique, leur compréhension de la vision à long terme, et leur désir de guider les populations
locales vers un avenir considéré comme meilleur pour elles justifient-ils l’ingérence d’une minorité
extérieure sur le territoire et l’évolution de la population locale ?
Au vue des déboires qu’a pu causé l’application de tels principes dans de nombreux cas
d’ingérence, et ce malgré la bonne foi des intervenants (TARRIT, 2006), la réponse m’est apparue
négative.
La démonstration des possibilités offertes par un développement économique local basé sur la
valorisation, et donc la protection, des ressources naturelles et des ressorts du système agraire
traditionnel, permet de concilier les visions et attentes des « développeurs » extérieurs et des
« bénéficiaires » locaux. En convaincre ces derniers pour qu’ils s’approprient pleinement cette
démarche et participent activement au projet qui en découle semble donc la seule solution
acceptable.
Or, cette méthode d’appui a été déterminée selon des schémas socio-structurels européens et
modernes, propres à mes références personnelles, et parfois très éloignés de la culture traditionnelle
locale imprégnant la société rurale. Les schémas proposés seront-ils adaptables aux réalités socio-
culturelles locales ?
Prenons seulement le premier exemple d’obstacle cité dans la partie V.1.1.3 : Un pari basé sur des
hypothèses d’évolution sociale aléatoires : « les conflits entre les éleveurs pour l’accès aux
parcours ».
Comment prétendre, en venant de l’extérieur du système local, résoudre des conflits pour
l’utilisation des parcours qui durent depuis des générations et qu’aucun membre de la communauté
n’a pu régler jusqu'alors ? Faut-il vouloir régler ces conflits ou font-ils finalement partie du
fonctionnement et de la régulation locale pour l’accès aux ressources forestières ? Les méthodes
d’appui choisies seront-elles capables de faire évoluer les situations de blocage qui perdurent depuis
tant d’années ?
Même l’ouverture d’esprit, la bonne volonté de compréhension et la démarche d’intégration que j’ai
tenté de développer ne garantissent pas que j’aie pu pleinement saisir tous les tenants et aboutissants
de la dynamique des réseaux sociaux locaux.
Cet exemple amène à constater que l’élaboration de la méthode d’appui d’un projet de
développement local par une personne de culture éloignée de la population bénéficiaire, représente
un plus fort risque d’inadaptation.
Lucile Zugmeyer 73
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie V : Limites du projet de développement
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
En conclusion, s’il peut paraître pertinent que des personnes étrangères au tissu local d’un projet
de développement participent à l’élaboration des itinéraires techniques en fonction de leurs
compétences, il semble plus délicat de leur confier l’élaboration des protocoles d’appui
profondément liés à la culture locale.
V.2.2 : OBSERVATIONS
SUR L’INTERET D’UNE DYNAMIQUE DE DEVELOPPEMENT LOCAL
INTERNE AUX COMMUNAUTES RURALES
L’observation des mécanismes actuels du développement rural nous en apprend long sur les vertus
d’une dynamique d’évolution communautaire qui viennent de l’intérieur. La rencontre avec de
nombreux acteurs du développement local à travers toute la région d’Agadir, et la visite de
nombreux projets, n’ont pu que renforcer mes convictions concernant l’intérêt du développement
local, porté par les bénéficiaires eux-mêmes.
Lors d’une visite dans un tout récent élevage caprin intensif, accompagnée de deux autres
européennes impliquées dans la coopération pour le développement local et les services de
l’animation professionnelle de l’ORMVA/SM, je constatai :
- que la rentabilité du projet semblait évidente ;
- que le projet avait été monté de toute pièce par des ONG extérieures au tissu local et
simplement présenté a posteriori à la population bénéficiaire ;
- que l’essentiel des fonds d’investissements provenait d’assistance économique extérieure ;
- que les femmes coopérantes n’étaient nullement impliquées dans le système de production
de leur coopérative assez rentable pour employer une main d’œuvre salariée ;
- que les coopérantes étaient en quelque sorte devenues rentières d’un système dans lequel
leur rôle était extrêmement restreint ;
- que ce projet, outre une rémunération complémentaire, n’apportait à la majorité des
coopérantes inactives ni satisfaction d’être actrices de la production de leurs revenus, ni
chances d’ouverture sur le monde socio-économiques, ni opportunité de formation et de
développement personnel ;
- que l’importance des frais de fonctionnement était lié à un approvisionnement en ressources
de base extérieur à l’économie villageoise locale qui les rendait dépendant du marché
national de l’alimentation du bétail ;
- qu’en outre ce projet n’était viable que tant que les distorsions nationales du marché du lait
de chèvres garantissaient une surévaluation des tarifs de cette production, devenue
spéculative ;
- que l’attitude immédiate des bénéficiaires locaux consistant à se tourner vers les trois
européennes pour demander une aide financière extérieure, la confiance dans les possibilités
locales d’assurer son propre développement par ses efforts et sa créativité n’avait pas résulté
de la réussite exemplaire de ce projet, remplacé par une attente et une dépendance vis-à-vis
de l’opportunité extérieure ;
- qu’enfin si les aléas des marchés de l’aliment pour bétail ou du lait de chèvre mettaient un
terme à la rentabilité de ce projet et qu’il échouait, il ne laisserait localement aucune trace
positive autre que le regret de commodités financières évanouies comme elles étaient
venues.
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Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie V : Limites du projet de développement
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
A contrario, rencontrant le président d’une coopérative apicole qu’il avait lui-même créée sur sa
commune, je constatai :
- que l’énergie déployée par lui dans le maintien et le développement de l’activité qu’il avait
crée n’avait pas d’égal sur le plan de l’efficacité ;
- que son projet répondait parfaitement aux potentialités écologiques du terroir en le
valorisant au maximum ;
- que l’activité créée était l’aboutissement de l’évolution d’années de pratiques locales de
l’apiculture et qu’elle était ainsi parfaitement en accord avec les savoirs et les capacités
locales ;
- que la rentabilité du projet était améliorée continuellement par les efforts de créativités et
d’innovations émanant des membres de la coopérative ;
- que la recherche permanente d’amélioration de l’activité poussait les porteurs du projet au
devant des différents acteurs locaux susceptibles de leurs apporter amélioration technique ou
financière, vecteurs de formation progressive des personnes et d’acquisition de nouvelles
compétences (notamment celles liées à la recherche de bailleurs de fonds pour le
développement local) ;
- que les bénéfices tirés de la première activité avaient permis d’investir pour le lancement
d’une nouvelle coopérative, pour l’élevage caprin ;
- qu’enfin était née pour les acteurs du projet une confiance dans leur capacité d’auto
développement et une volonté d’aller de l’avant pour toujours améliorer leur situation.
Ces deux exemples diamétralement opposés sont des cas d’école et n’excluent pas les avantages de
variantes plus nuancées. Néanmoins ils permettent de tirer quelques conclusions générales.
Reflétant parfaitement les besoins, la capacité d’effort pour l’évolution et le désir d’évolution de la
communauté en temps réelle, le développement d’initiatives locales est l’illustration de l’ « âme
collective » d’une communauté. Elles sont les seules qui lui sont parfaitement adaptées et dans
lesquelles les acteurs locaux sont prêts à pleinement s’investir puisqu’ils en définissent eux mêmes
les objectifs, les conditions et les limites. L’enjeu de la réussite d’un projet personnel (qu’il émane
d’un groupe ou d’un individu) s’ajoute aux enjeux justifiant le projet et décuple l’énergie que les
bénéficiaires y investissent.
V.2.3 : REFLEXIONS SUR MON ROLE EN TANT QUE RESPONSABLE DE L’ELABORATION D’UN
PROJET DE DEVELOPPEMENT POUR LA COMMUNAUTE TIOUTIA
Les conclusions des deux paragraphes précédents remettent en question la pertinence du choix de la
mission dans laquelle je me suis engagée.
Elles n’ont pourtant pas pour objet de nier le rôle positif de la démarche de coopération sur laquelle
ont été fondés six laborieux mois d’étude pour le développement tiouti. Elles m’amènent
simplement, à formuler en matière de conclusion, une série de recommandations qui m’apparaissent
essentielles pour la pertinence de projets basés sur l’intervention d’acteurs extérieurs dans le
développement d’une communauté et de son territoire.
Ne jamais travailler seul, isolément des acteurs du milieu d’intervention et des bénéficiaires directs
Æ déclencher une réflexion locale sur les enjeux et les opportunités du développement ;
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Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Partie V : Limites du projet de développement
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
Æ ne pas attendre la phase de mise en œuvre d’un projet pour y introduire participation et
concertation ; démarrer les actions de concertations et de sensibilisation simultanément à
l’élaboration du projet ;
Æ ne pas considérer la concertation et l’implication des acteurs et bénéficiaires locaux comme un
accompagnement de l’élaboration du projet mais comme élément principal de cette construction
pour l’avenir ;
Æ mettre en œuvre les moyens d’un travail en réelle collaboration avec les acteurs et bénéficiaires
locaux ou s’interdire d’intervenir dans un contexte dont on ne serait pas soi même directement
acteur et bénéficiaire.
Limiter au maximum son intervention à un rôle de « starter » :
Æ favoriser une prise de conscience locale des problèmes et de leurs enjeux par les bénéficiaires
locaux ;
Æ convaincre sur la nécessité du regroupement et de l’organisation communautaire pour faire
aboutir des désirs collectifs inaccessibles individuellement et rendre le développement profitable au
plus grand nombre ;
Æ faire prendre conscience de la capacité et de l’intérêt de la population locale de passer d’un statut
de groupe de bénéficiaires à un statut de groupe d’acteurs des projets de développement local ;
Æ insuffler la confiance dans les capacités locales à y faire face de façon autonome ou à chercher à
l’extérieur les personnes ressources auxquelles les bénéficiaires feront appel eux-mêmes ;
Æ n’agir qu’à la condition préalable de l’appropriation du projet et de ces actions par les
bénéficiaires directes.
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Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Conclusion
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
CONCLUSION
L’intérêt de mon travail, au-delà des indications techniques et les propositions qu’il a pu apporter
pour la gestion de l’Arganeraie et le développement de Tiout, se situe avant tout dans la
méthodologie de mise en œuvre du projet et l’explication de la démarche d’animation villageoise,
dans la même ligne d’idée que les recommandations énoncées dans le dernier paragraphe. Ce sont
ces aspects qui font principalement défaut à bon nombre de projets de développement observés.
C’est dans cette partie que l’apport personnel peut distinguer le travail produit d’une autre étude
technique.
Remarquons qu’au cours des ateliers de concertation, à la plus grande surprise des animateurs et de
moi-même, l’ensemble des villageois a fait preuve d’un égal optimisme s’agissant de l’état et de la
gestion des ressources naturelles, avec une vision très positive de leur disponibilité et de leur qualité
dans un avenir à moyen terme. Au cours des discussions nous avons observé une nette prise de
conscience de la part des villageois de leur responsabilité pour garantir cet avenir.
La réunion de restitution, dernier acte concret du travail accompli sur le terrain, s’est conclue par un
nouveau rendez-vous devant réunir les acteurs présents pour rencontre à la Chambre d’agriculture
afin de définir une stratégie d’action commune sur la base des propositions discutées.
Il nous reste donc à partager l’optimisme des acteurs confiant dans les capacités locales à prendre en
main l’évolution et le développement communal pour faire une réalité de cette vision d’avenir.
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Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Bibliographie
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
BIBLIOGRAPHIE
L’Arganeraie : généralités
AARAB B., 1999
Etude diagnostic des systèmes d’élevage caprin dans l’arganeraie du Maroc. Dans le cadre du
Projet de Conservation et de développement de l’Arganeraie menée par la Coopération technique
Allemande (GTZ), en partenariat avec l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA
Maroc). Agadir. 3
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Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Bibliographie
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
DREF/SO, 2005
Evaluation des travaux de régénération de l’arganier. Direction Régionale des Eaux et des Forêts
du Sud Ouest, Haut Commissariat des Eaux et des Forêts et de la Lutte contre la Désertification.
Rapport interne. N.p. Disponible à la DREF/SO, Agadir.
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Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Bibliographie
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
M’HIRIT O., BENZYANE M., BENCHEKROUN F., EL YOUSFI S. M., BENDAANOUN M.,
1992
L’arganier : Une espèce fruitière-forestière à usages multiples. Sprimont (Belgique) : Ed. Mardaga.
ISBN 2-87009-684-4. Disponible à la bibliothèque de l’Ecole nationale du génie rural, des eaux et
des forêts (ENGREF-Nancy), code 43.431.
RAMI, 2005
Tiout. Mémoire de fin d’étude soutenu à l’Université d’Agadir, Faculté des sciences humaines,
département de géographie (Agadir). N.p. (en arabe)
Pédologie et hydrologie
DUCHAUFOUR, 1977
Pédologie, pédogenèse et classification des sols. Paris : Masson.
Lucile Zugmeyer 80
Août 2006
Projet de développement sylvo-pastoral de l’Arganeraie au Maroc Bibliographie
Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
ORMVA/SM, 1992
L’amélioration pastorale dans la zone d’action de l’ORMVA/SM. Présentation effectuée au cours
des « Journées d’étude sur les arbustes fourragers », à Oujda, les 28 et 29 mai 1992. N.p.
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Formation des Ingénieurs Forestiers – Mémoire de fin d’études
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