Préambule : La pensée économique
I) Les courants de la pensée économique
Le libéralisme, le keynésianisme et le marxisme sont les principaux courants de la pensée
économique. Le libéralisme économique se structure au XVIII e siècle et accompagne le
développement du capitalisme industriel au XIX e siècle. Le marxisme naît au milieu du XIX e
siècle d’une contestation de la misère ouvrière et d’une analyse des contradictions
économiques du capitalisme. Le courant keynésien se constitue dans le cadre d’une réflexion
sur la crise économique mondiale des années 1930. Il révolutionne le libéralisme afin
d’améliorer le fonctionnement du capitalisme.
1) Le courant libéral classique et néoclassique
De nombreux auteurs ont participé au développement des idées libérales. Tous partagent
l’idée selon laquelle l’initiative individuelle est la plus à même de permettre la réalisation de
l’intérêt général (le bien-être collectif).
A) L’efficacité de l’économie de marché
L’individu libre et rationnel est l’élément de base du fonctionnement de l’économie de
marché. Selon les libéraux, les individus doivent être laissés libres d’exercer leur volonté
dans la sphère économique. Ils sont les mieux à même de connaître et de satisfaire leurs
propres intérêts. Ainsi, ils négocient le contenu des contrats qu’ils forment et s’engagent à les
exécuter (ex. : contrat de vente, de travail).
Le fonctionnement du marché génère le bien-être maximal pourvu que les individus soient
laissés libres d’agir selon leurs propres intérêts (satisfaction, profit).
Les libéraux ont développé cette idée dans l’ordre international. Ils sont ainsi partisans du
libre-échange entre les pays. La stimulation de la concurrence entre les producteurs entraîne,
selon eux, une meilleure prospérité pour tous.
L’intérêt général est le produit de la multitude des intérêts individuels exprimés librement sur
le marché. Adam Smith a décrit cette supériorité de l’économie de marché par la métaphore
de la main invisible.
Les économistes du courant libéral néoclassique (Pareto, Walras…) ont essayé de montrer que
le fonctionnement sans entrave de marchés concurrentiels permet aux agents économiques
rationnels d’atteindre simultanément l’équilibre et l’optimum économiques.
B) La limitation du rôle de l’Etat
Le libéralisme limite le rôle de l’Etat par la toute-puissance de l’économie de marché. L’Etat
libéral est un Etat gendarme auquel sont toutefois attribuées des fonctions essentielles.
L’Etat gendarme a pour rôle de protéger l’exercice des libertés individuelles sur le marché. Il
est, par exemple, le garant de la liberté d’entreprendre, de la liberté contractuelle et du droit de
propriété. L’Etat gendarme produit un certain nombre de biens collectifs parmi lesquels : la
police, la justice, l’armée et les grandes infrastructures publiques (routes, ponts) et
l’éducation.
C) Les idées libérales en pratique
Les libéraux préconisent le « laisser-faire, laisser-passer » et la mise en œuvre de politiques de
l’offre.
-Le « laisser-faire » suppose de laisser jouer les mécanismes de marché en toutes
circonstances. C’est le cas par exemple en matière de protection de l’environnement avec la
préconisation de marchés de droits à polluer.
-Le « laisser-passer » suppose le démantèlement des barrières protectionnistes.
-Les politiques de l’offre ont pour objectif de stimuler la production, en incitant les
entrepreneurs à investir, les salariés à travailler davantage, les épargnants à épargner plus. La
baisse des impôts, la suppression des entraves réglementaires sont privilégiées.
2) Le courant marxiste
Karl Marx (1818-1883) est le fondateur du courant marxiste. Il analyse les contradictions
sociales et économiques du capitalisme devant conduire inéluctablement au communisme.
C’est l’opposition entre les capitalistes et les prolétaires.
A) La plus-value, fondement de la lutte des classes
L’origine du profit capitaliste réside dans le fait que l’entrepreneur loue la force de travail des
travailleurs et en retire un profit.
Marx privilégie une théorie de la valeur-travail. Chaque marchandise, dont le travail,
acquiert une valeur plus ou moins importante selon le temps qu’il faut pour la produire.
Le prix de la force de travail s’établit à sa valeur d’échange, c’est-à-dire le temps qu’il faut
pour produire la force de travail (sommeil, nourriture). Mais ce faisant, le capitalisme peut
utiliser cette force de travail à sa valeur d’usage, c’est-à-dire le temps pendant lequel un
individu est apte à travailler. La différence entre la valeur d’usage et la valeur d’échange est à
l’origine du profit. L’homme crée plus de travail qu’il n’en coûte. La différence entre la
valeur de la quantité de travail fournie par les ouvriers et la valeur de la quantité de travail
juste nécessaire au paiement de leurs salaires revient au capitaliste : c’est la plus-value. Marx
en arrive à la conclusion que seul le travail humain est source de valeur, et qu’à ce titre, il se
doit d’être valorisé pleinement.
Plus-value = valeur de la production – valeur de la force de travail
Plus-value = valeur d’usage – valeur d’échange
6 heures = 12 heures – 6 heures
La théorie de la plus-value est le fondement de la lutte des classes pour deux raisons :
-d’abord, parce que le capitalisme souhaite accroître son profit. Or, ceci n’est possible qu’en
entrant en conflit social ouvert avec les travailleurs sur les questions du temps du travail (le
capitalisme souhaite l’allonger), des salaires (le capitalisme souhaite les diminuer) et de la
masse salariale (le capitalisme substitue du capital au travail pour réaliser des gains de
productivité). La théorie de la plus-value est donc une théorie du conflit politique entre les
travailleurs et les capitalistes ;
-ensuite, Marx considère que ce qui est fondamentalement injuste, c’est qu’un homme puisse
exploiter un autre homme en lui achetant sa force de travail. La théorie de la plus-value est
donc une théorie de l’exploitation. Le communisme doit à terme supprimer cette source
d’exploitation, autrement dit, la lutte des classes.
B) Les crises économiques du capitalisme
Les crises de surproduction sont inscrites dans le fonctionnement même du capitalisme. En
effet, la recherche du plus grand profit possible et la concurrence poussent les entrepreneurs à
se moderniser, c’est-à-dire à substituer du capital au travail. Deux conséquences en résultent :
-d’une part, on assiste à une baisse du taux de profit, puisque la plus-value a pour seule
origine le travail humain ;
-d’autre part, le chômage et la baisse des salaires conduisent à une sous-consommation de la
production mise sur le marché.
Pour sortir de la crise et restaurer leur taux de profit, les entreprises les plus puissantes
accentuent leurs efforts de modernisation et ainsi contribuent à accentuer les crises du système
capitaliste.
3) Le courant keynésien
L’œuvre de Keynes (1883-1946) peut être analysée comme une volonté de réformer le
système capitaliste. En effet, l’échec du « laisser-faire, laisser-passer », lors de la grande crise
des années 1930, conduit Keynes à mettre l’accent sur les défaillances de l’économie de
marché et à justifier l’intervention de l’Etat.
A) Les défaillances de l’économie de marché
Keynes considère que la main invisible n’est pas infaillible. Les comportements individuels,
guidés par l’intérêt personnel, peuvent parfaitement, en certaines circonstances, se révéler
néfastes pour l’efficacité économique. Un « déséquilibre partiel (sur un marché donné) peut
se muer en déséquilibre général » selon Keynes, pour deux raisons principales :
-les salaires et les prix sont rigides à la baisse. Si sur un marché quelconque, l’offre est
supérieure à la demande, les prix ne s’ajustent pas immédiatement à la baisse afin d’écouler la
production excédentaire. Les entrepreneurs préfèrent agir sur les quantités, par exemple, en
faisant varier le niveau des emplois, des stocks, de la production et des investissements. Les
difficultés des uns sont alors reportées sur d’autres secteurs. Une crise générale peut en
découler ;
-la baisse des prix et des salaires a des effets pervers. Les keynésiens montrent que la baisse
des salaires et des prix génère des anticipations pessimistes des agents économiques,
principalement chez les investisseurs, à l’origine d’une dégradation de la situation
économique.
B) La légitimation de l’intervention de l’Etat
Dans l’analyse keynésienne, l’Etat change de nature. Il cesse d’être cantonné dans des
fonctions d’Etat gendarme pour devenir Etat providence. L’Etat est désormais acteur à part
entière de l’économie de marché. En raison des déficiences du marché, il lui appartient de
mettre en œuvre des actions de politique économique dans le but d’atteindre des objectifs tels
que le plein emploi, ou la croissance. Les keynésiens privilégient la politique budgétaire.
L’accroissement des dépenses budgétaires (dépenses de grands travaux par exemple) permet
de relancer la demande et crée de nouveaux débouchés pour les offreurs. C’est l’effet
multiplicateur keynésien, qui offre des réaction positives et vertueuses en chaîne.
C) Les idées keynésiennes en pratique
Les politiques économiques mises en œuvre à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale
jusqu’à la fin des années 1970 sont des politiques keynésiennes de « pilotage de la demande ».
Deux configurations peuvent être distinguées :
-une demande (de consommation et d’investissement) très dynamique relativement à l’offre
risque d’entraîner une hausse des prix. Dès lors, une politique de rigueur budgétaire doit
permettre de réduire la demande excédentaire.
Le retour à l’équilibre budgétaire ou réduction du déficit entraîne un freinage de la demande
publique et privée et donc, une réduction de l’inflation ;
-une demande insuffisante par rapport aux capacités d’offre est synonyme de chômage et de
croissance ralentie. Une politique de déficit budgétaire a pour objectif de relancer la demande.
Le déficit budgétaire permet une relance de la demande (de croissance et d’investissement) et
une stimulation de la croissance et de l’emploi.
Les conceptions keynésiennes sont également à l’origine de l’intervention de l’Etat en
matière sociale. Le social n’est plus considéré comme un coût pour l’économie. Des systèmes
de protection sociale se sont ainsi mis en place dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. En
France, la Sécurité sociale, créée en 1945, a pour objectif d’octroyer aux travailleurs une
protection contre des risques de l’existence (pauvreté, maladie, vieillesse) et de contribuer aux
charges supplémentaires engendrées par la famille.
D) Les limites du courant keynésien
La contestation des idées keynésiennes date du début des années 1980. Elle tient à l’incapacité
des instruments keynésiens à lutter simultanément contre l’inflation et le chômage. Or, les
chocs pétroliers successifs de 1973 et de 1979 marquent le début d’un net ralentissement de la
croissance dans un climat inflationniste (stagflation).
Les monétaristes (Milton Friedman) remettent en cause les fondements du keynésianisme et
réaffirment la validité des préceptes libéraux. Ils contestent, notamment, l’efficacité des
politiques monétaires et budgétaires de relance.
Les économistes de l’offre (Gilder, Laffer) renouvellent la pensée libérale, en élaborant une
critique sévère de la fiscalité (« l’impôt tue l’impôt ») et de l’Etat providence.
II) Les systèmes d’organisation économique de la société
Le XXe siècle restera, dans l’histoire économique et politique, le siècle de la division du
monde en deux camps structurés autour d’idéologies opposées : le capitalisme et le
socialisme (aussi appelé communisme).
Ces deux systèmes concurrents ont coexisté, le plus souvent dans la tension, d’octobre 1917
(révolution bolchevique) à la chute du mur de Berlin (9 novembre 1989) qui symbolise
l’effondrement du système socialiste. Depuis cette date, le capitalisme s’est véritablement
mondialisé et ses principes de régulation de l’activité économique s’imposent partout,
révélant ainsi sa capacité d’adaptation, même en Chine ou en Russie, fiefs du communisme.
1) La comparaison du capitalisme et du socialisme
Des critères économiques, juridiques, sociaux et d’organisation technique permettent de
comparer les systèmes capitaliste et socialiste.
Critères de comparaison Capitalisme Socialisme
Principes économiques -Economie décentralisée, de marché. -Economie centralisée et planifiée par les
-Légitimité du profit. organismes d’Etat.
-Les interventions de l’Etat, quelle que soit -Le marché disparaît totalement et, avec lui,
leur importance, ont toujours pour objectif la stimulation du profit.
d’améliorer le fonctionnement du -L’Etat est le chef d’orchestre de
capitalisme. l’économie.
-Salariat. -Abolition du salariat.
Principes juridiques -Respect des libertés individuelles -Les libertés formelles s’effacent au profit
(contractuelle et d’entreprendre) et garantie d’objectifs politiques.
de droits tels que le droit de propriété privée -Par exemple, les libertés d’entreprendre et
et le droit à la sûreté. du travail disparaissent ; les moyens de
production sont collectivisés.
Principes sociaux -Egalité formelle (en droit), mais -En principe, égalité de fait et disparition
légitimation d’inégalités de revenus et de des classes sociales.
fortune déterminées par le fonctionnement -Dans la pratique, émergence d’une
du marché. nouvelle élite dirigeante (la nomenklatura).
Organisation technique Les deux systèmes partagent la même confiance dans la technique (le machinisme) et
l’organisation rationnelle du travail. Lénine était, par exemple, particulièrement admiratif
de l’organisation scientifique du travail (OST) préconisée par Taylor.
2) La dynamique du capitalisme
Le capitalisme est loin d’être une réalité figée. Il est au contraire un système dynamique en
constante transformation, ce qui le distingue du socialisme qui s’est révélé incapable de se
réformer.
A) Le processus de « destruction créatrice »
Pour l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, la dynamique du capitalisme est due à
l’esprit innovant des entrepreneurs.
L’entrepreneur capitaliste n’hésite pas à prendre des risques et à rompre avec la routine des
affaires afin de réaliser des profits élevés (innovation réussie). De plus, les innovations
génèrent une phase de croissance et transforment en profondeur le système productif, les
modes de consommation et la structure des emplois. Les secteurs vieillissants de l’économie
disparaissent pour être remplacés par de nouveaux, plus adaptés aux besoins et plus efficaces.
B) Les modes de régulation du capitalisme contemporain
Pour l’école de la régulation (Robert Boyer, Michel Aglietta…), le capitalisme évolue en
s’adaptant aux crises d’accumulation. Cette école identifie depuis la fin de la Seconde Guerre
mondiale deux modes de régulation : le mode de régulation monopoliste ou fordiste (1945-
1975) et le mode de régulation patrimonial. Le capitalisme financier et patrimonial accorde la
primauté absolue aux intérêts des actionnaires et met fin au modèle antérieur où l’entreprise
était un lieu de partage plus consensuel des gains de productivité entre les actionnaires, les
dirigeants et les salariés.
3) Les autres systèmes
L’anarchisme est une forme de non-organisation de la société mais qui n’a pas d’avenir en
tant que tel, puisque très désorganisé et basé sur une forme de révolte ; enfin un modèle
comme celui d’Auroville en Inde est utopique et reste une exception mondiale.