Tiers état
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En France, le tiers état était sous l'Ancien Régime, l'ensemble des personnes
n'appartenant pas aux deux premiers ordres (ou états) de la société française
(le clergé et la noblesse), qu'elles soient membres de communautés urbaines ou
rurales, prospères ou non, c'est-à-dire la très grande majorité de la population, qui
payait des taxes disproportionnées par rapport aux deux autres ordres, privilégiés en
ressources et en droits.
Par ailleurs, les députés du tiers état aux états généraux représentaient
essentiellement la bourgeoisie1. En effet, les états provinciaux et généraux étaient
des assemblées purement fiscales, dont la fonction était de voter l'impôt et d'en
décider la répartition entre les différentes circonscriptions administratives. Elles
étaient constituées de trois sortes de députés, selon que les circonscriptions fiscales
relevaient d'une seigneurie appartenant à l'un des trois ordres : ecclésiastique, laïc
ou tierce (autre)2, c'est-à-dire les villes ayant le privilège d'exercer elles-mêmes la
haute justice. Dans la plupart de ces villes, comme Toulouse, la seigneurie comtale
appartenait à la municipalité, et les fonctions de maire étaient nobles ou
anoblissantes.
Une fois leur montant global décidé, les impositions étaient réparties par provinces,
puis par généralités, ensuite par paroisses, puis par feu (foyer). Il n'y avait pas de
répartition des impôts entre les ordres, puisque la noblesse et le clergé étaient
exemptés du fait qu'ils n'exerçaient pas de fonctions économiques lucratives. Leurs
recettes étaient des recettes fiscales ou parafiscales destinées à assurer des
charges d'intérêt général au niveau local ou national.
Origine[modifier | modifier le code]
L'organisation sociale en
trois ordres.
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Le tiers état trouve son origine dans la fonction de « ceux qui travaillent »
(laboratores), fonction mise en évidence par les travaux de Georges Dumézil sur
les fonctions tripartites indo-européennes, et de Georges Duby sur les trois ordres3.
L'organisation de la société médiévale en trois ordres apparaît chez Adalbéron de
Laon.
À partir du milieu du XIII siècle, les rois et les princes prennent l'habitude de
e
convoquer des assemblées consultatives inspirées des vieilles assemblées
féodales4. Suivant le vieux principe de droit romain, « ce qui concerne tout le monde
doit être approuvé par tous ». Il s'agit d'abord de leur faire adopter cette nouveauté
qu'est l'impôt public, et de faire approuver par les élites les grandes lignes de la
politique du souverain. Le contexte est donc celui de la naissance de l'État moderne.
Ces assemblées réunissent les délégués de la grande et de la petite noblesse, des
représentants du haut clergé et des députés de la bourgeoisie urbaine. Ils sont
censés représenter l'opinion de « la communauté du royaume ». Sauf exception
(Tyrol, Béarn), les communautés paysannes en sont exclues alors que les paysans
sont les principaux contributeurs de l'impôt. En France, ces premières assemblées
sont réunies par le roi Philippe le Bel à Paris et à Tours entre 1302 et 1314. Ces
assemblées prennent ensuite le nom d'états puis d'états généraux. En 1357-1358,
les députés des états sont à l'origine d'une tentative de prise de contrôle ratée de la
monarchie, en particulier des finances et du conseil royal5. À partir de 1439 toutefois,
le roi de France parvient à se passer de l'accord des états généraux pour lever
l'impôt. En Angleterre, l'institution correspondante est le parlement qui se constitue
avec la Chambre des lords et la Chambre des communes entre 1265 et 1296. Les
Communes rassemblent les délégués des villes et des bourgs ainsi que les
chevaliers des comtés élus par les hommes libres dans le cadre des comtés (là non
plus pas de paysans élus)6. Le Parlement accorde l'impôt mais joue aussi très vite un
rôle législatif et politique important, entérinant dès 1399 la déposition du
roi Richard II au profit de son cousin Henri de Lancastre. En Espagne, on parle
des corts (Catalogne) et des cortes (Castille). Dans les principautés allemandes, il
s'agit du landtag.
Rôle politique du tiers état[modifier | modifier le code]
Le tiers état joue un rôle politique qui n'est pas seulement de défendre les intérêts
fiscaux des villes et de la bourgeoisie de leurs circonscriptions. Il est aussi d'aider à
la réforme de l'administration publique : nombre de grandes ordonnances
du XVI siècle prennent en compte les problèmes des villes en s’appuyant directement
e
sur les doléances du tiers état : en 1561 à Orléans, 1566 à Moulins, 1579 à Blois par
exemple.
Les États généraux de 1484 à Tours décrits par Jehan Masselin dans son Journal
des États de 1484 sont marqués par la représentation de la paysannerie au sein du
tiers lorsque les députés ne représentaient jusqu'alors que la bourgeoisie urbaine.
Cette contribution du tiers état à l'œuvre législative se comprend aisément : il
regroupe en effet tous les administrateurs et les principaux techniciens du droit.
En 1614, sur les 187 députés du tiers état, on compte deux marchands, un
laboureur, mais trente avocats, cinquante-huit lieutenants-généraux et cinquante-six
officiers de bailliages ; 177 des membres ont exercé à un moment ou à un autre le
métier d'avocat. Le président de la députation, Robert Miron, indique d'ailleurs que
ses membres représentent « tous les officiers de France […] pour défendre le pauvre
peuple »7 (par « officier », il faut comprendre ici : occupant un poste dans
l'administration royale). En 1789, on compte, sur les 578 députés du tiers état, près
de 200 avocats.
Si les états généraux ne sont pas réunis entre 1614 et 1789, le rôle politique du tiers
état se maintient à travers les états provinciaux et les états particuliers. De plus, les
membres du tiers état participent activement aux gouvernements depuis le règne
de Louis XIV qui ne fait jamais appel, dans ce domaine, à la noblesse.
Le pouvoir royal s’appuie longtemps sur les députés du tiers état pour faire fléchir les
ordres privilégiés et comme un rempart contre l’« anarchie féodale ». La dernière
tentative, qui tomba à plat, fut celle de Louis XVI en 1787, sur instigation de Calonne,
pour imposer une réforme fiscale visant à mettre noblesse et clergé à contribution
pour l'impôt8.
À la veille de la Révolution, le doublement du nombre de députés du tiers état par
rapport aux états généraux de 1614, fait que leur nombre égale ceux des deux
autres ordres, ce qui leur donne la majorité dans la nouvelle Assemblée constituante.
Qui fait partie du tiers-états ?[modifier | modifier le code]
Formant la très grande majorité de la population (98%), il occupait la troisième place
dans la hiérarchie sociale (le troisième ordre). Le tiers état était composé des
bourgeois, des artisans, des ouvriers et surtout des paysans qui représentaient près
de 80% du total.
Le tiers état et la Révolution française[modifier | modifier le code]
« J'suis du Tiers-état. » (eau-forte coloriée, an., s.
d.).
Lors de la convocation aux états généraux de 1789, les personnes pouvant assister
aux assemblées du tiers état sont définies par la loi comme « tous les habitants des
villes, bourgs et campagnes, nés Français ou naturalisés, âgés de vingt-cinq ans,
domiciliés et compris au rôle des impositions ». La quasi-totalité des sujets du
royaume est invitée à élire des députés ; seuls les vagabonds et les pauvres sont
exclus du vote. Mais, parmi les députés élus ne figure qu'un seul paysan ; la
représentation politique du tiers n'a donc que peu à voir avec sa réalité sociale. Les
paysans forment en effet au xviiie s. l'immense majorité de la nation : environ 18
millions de paysans sur 28 millions de Français en 17899.
L'abolition des privilèges, le 4 août 1789, révèle qu'à l'Ancien Régime (comme on
appelle dès ce moment la monarchie absolue), succède une société où la position
sociale de l'individu est déterminée par sa richesse, son activité économique, son
talent. Ainsi que le déclare l'article premier de la Déclaration des Droits de l'homme
et du citoyen, adoptée le 26 août 1789 : « … les distinctions sociales ne peuvent être
fondées que sur l'utilité commune »9.
Avec la Révolution française et l’abolition de l’Ancien Régime, le sens même du
terme « tiers état » change. La Révolution fonde, de fait, la notion d'Ancien Régime,
et elle exprime par la négative l’expérience passée[réf. nécessaire].
L’Assemblée nationale vote ainsi qu’elle « détruit entièrement le régime
féodal » le 11 août 1789 après des débats débutés dans la nuit du 4 août. C’est la fin
juridique de l’existence du tiers état, mais ce terme, que beaucoup[Qui ?] confondent
dès lors avec un vague synonyme de « peuple », avec un arrière-fond de
misérabilisme est loin de disparaître du vocabulaire. L’abbé Sieyès est avant-
gardiste dans ce domaine en lançant dès janvier 1789 un libelle fameux :
« Qu'est-ce que le Tiers-État ? Tout.
Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien1.
Que demande-t-il ? À être quelque chose. »
— Emmanuel Joseph Sieyès : Qu'est-ce que le Tiers-État ? (1789)
auquel fera écho la maxime humoristique non moins fameuse[réf. nécessaire] :
« Qu’est ce que le tiers état ? Rien. Que veut-il ? Tout. »
Au XIX siècle, Proudhon reprend sur le même registre10 :
e
« Qu’est-ce que le tiers état ? Rien. Que doit-il être ? Tout. »
Notes et références[modifier | modifier le code]
1. ↑ Revenir plus haut en :a et b (fr) « Le tiers état [archive] », sur home.nordnet.fr (consulté le 6 novembre 2010).
2. ↑ (fr) « Tiers état [archive] », sur ac-orleans-tours.fr (consulté le 6 novembre 2010).
3. ↑ Georges Duby, Les trois ordres ou l'imaginaire du féodalisme, 1978.
4. ↑ Colette Beaune, Jean Favier (direction), Peuples et civilisations. XIVe et XVe siècles. Crises et genèses,
Paris, Presses universitaires de France, 1996, 970 p. (ISBN 2-13-046874-8), p. 69-87.
5. ↑ Françoise Autrand, Charles V : le Sage, Paris, Fayard, 1994, 910 p. (ISBN 2-213-02769-2), chapitres
12 et 13, p. 246-317.
6. ↑ (en) R. G. Davies, J. H. Denton (direction), The English Parliament in the Middle Age,
Manchester, Manchester University Press, 1981, 215 p..
7. ↑ Yves Durand, « États généraux », article de l'Encyclopedia Universalis, édition 2013.
8. ↑ Histoire de la France de Jean-Christian Petitfils page 397
9. ↑ Revenir plus haut en :a et b « Tiers état [archive] », sur www.larousse.fr (consulté le 16 juin 2022).
10. ↑ Qu'est-ce que la propriété ?, chap. 1 p. 28 de l'édition originale (cf. Gallica).
Voir aussi[modifier | modifier le code]
Articles connexes[modifier | modifier le code]
Noblesse
Féodalité
Clergé
Bourgeoisie
Artisan
Paysan
Révolution française
Cahiers de doléances
États généraux
Emmanuel-Joseph Sieyès
Qu'est-ce que le Tiers-État ?
Serment du jeu de paume
Assemblée nationale constituante
Société d'Ancien Régime
Liens externes
Féodalité
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Jean
II adoubant des chevaliers, enluminure des XIV et XV siècles, BnF.
e e
La féodalité est un système politique, ayant notamment existé en Occident
chrétien (actuelle Europe) entre les X et XII siècles, dans lequel l'autorité centrale
e e
s'associe avec les seigneurs locaux et ceux-ci avec leur population, selon un
système complet d'obligations et de services.
Le terme « féodalité » est issu du latin médiéval1 feodum, « fief », apparenté au vieux
haut allemand fehu, « bétail » et au gotique faihu, « argent, possession »2. Le mot
« féodalité » est un mot savant et tardif employé au XVII siècle, dérivé du mot « fief »
e
par l’intermédiaire de l’adjectif « féodal » ; « fief » et « féodal » sont beaucoup plus
anciens : sous leur forme latine — la seule usitée à l’origine —, « fief », en
latin fevum, remonte au X siècle, mais ne s’est guère répandu qu’au XI siècle, tandis
e e
que « féodal », en latin feodalis, date du XI siècle3.
e
En France, certains aspects de la féodalité se maintiennent jusqu'à l'abolition des
privilèges en 1789.
Définition : une ou plusieurs féodalités ?[modifier | modifier le
code]
Plusieurs définitions peuvent être proposées au terme de féodalité4. La féodalité peut
être conçue comme un système politique caractérisé par de forts liens de
dépendance d'homme à homme, avec une forte hiérarchisation d'instances
autonomes, l'autorité centrale, le pouvoir souverain, la puissance publique étant
partagés dans les faits avec des principautés ou des seigneuries, et un important
morcellement du droit de propriété s'appuyant sur la détention de fiefs. La féodalité
peut aussi être définie comme un ensemble d'institutions et de relations concernant
toute la société dite féodale5, créant et régissant des obligations et des services —
principalement militaires — de la part d'un homme libre, dit « vassal », ayant le plus
souvent pour effet la concession par le seigneur au vassal d'un bien, dit « fief »4.
Le sens de « féodalité » utilisé au XVIII siècle dépend du contexte chronologique et
e
spatial : il renvoie en réalité au système de gestion diluée de la puissance publique,
la potestas en latin, en Occident entre la fin du IX et le XIII siècle. L'État, l'autorité
e e
publique, issus du monde gréco-romain, restaurés sous l'empire carolingien, se
disloquent. Les anciens agents de l'Empire responsables des prérogatives
régaliennes se les approprient et affirment leur autonomie à partir de l'affaiblissement
de la lignée carolingienne à la fin du IX siècle.
e
Historiographie du paradigme de la société
féodale[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Occident au IXe siècle, Occident au Xe siècle et Occident au XIe
siècle.
Cette société féodale serait, d'après certains historiens comme Pierre
Bonnassie ou Jean-Pierre Poly, le résultat de la disparition de l'autorité publique
autour du XI siècle, due à une crise sociopolitique, la mutation féodale6 ; mais plus
e
récemment, d'autres chercheurs comme Dominique Barthélemy, ne distinguent pas
de changement majeur entre les temps carolingiens et le XII siècle7. Selon Pierre
e
Riché, la limite de l'an mille ne se justifie que du point de vue symbolique, et non sur
la base d'une réelle rupture historique8. Quelques auteurs vont jusqu'à nier la notion
même de féodalité9. Georges Duby, qui se dit plus spontanément historien
du féodalisme qu'historien du Moyen Âge, développe dans son ouvrage Les Trois
Ordres ou l'imaginaire du féodalisme la notion de révolution féodale10, concept issu
de la thèse de la « mutation de l’an mil » ou de la « mutation féodale »11.
Au IX siècle, l'Occident connaît de nouvelles invasions. Grâce à leurs navires bien
e
adaptés, les Vikings, venus de Scandinavie (Nord de l'Europe, d'où « Normands »),
parviennent à remonter les cours d'eau et à piller l'Occident. La défense du pays est
exercée par les représentants du roi dans une circonscription
(comtes, abbés et évêques), car le roi n'a pas d'armée pour surveiller en
permanence les estuaires et les fleuves. En se substituant localement au roi et en
exerçant les mêmes droits que lui dans leurs seigneuries, ils gagnent un certain
pouvoir envers les populations.
Principes[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Occident au VIe siècle.
À partir des invasions germaniques, le principe de lien personnel entre le Princeps,
l'empereur romain, et les rois germaniques a pour conséquence l'introduction des
liens de dépendance personnels dans la sphère publique.
On peut caractériser le féodalisme par l'ensemble des institutions et usages
contractuels entre suzerains et vassaux : le suzerain doit à son vassal l'entretien,
généralement sous la forme d'une concession de fief (terres ou droits, ou encore
rente), et la protection. En contrepartie, le vassal est tenu de fournir à son suzerain
aide et conseil (foi et hommage).
Ce type de relations, au départ limitées à l'aristocratie guerrière, où le roi, « suzerain
des suzerains », attribue des fiefs à ses fidèles pour protéger plus efficacement son
domaine, s'est étendu à l'ensemble de la société, les « serfs » (personnes attachées
à la terre du seigneur, ayant un rapport de vassal à suzerain avec leur seigneur). La
féodalité désigne alors une société caractérisée par la hiérarchie des terres et des
personnes, le morcellement des terres et de l'autorité, la domination de la classe
combattante. Le vassal est celui qui, ayant reçu une propriété territoriale
nommée bénéfice ou fief, se trouve dès lors dans la dépendance du garant de cette
propriété, auquel il doit foi et hommage, en échange d’une assistance de son
suzerain dans certains cas. Le suzerain est celui qui, ayant conféré le fief, a droit à
l'aide du vassal.
Du reste, le même seigneur peut être suzerain pour certains fiefs (ceux qu'il a
conférés) et vassal pour d'autres (ceux qu'il a reçus). Ainsi Sigismond, roi
des Burgondes, écrit-il en 518 à l'empereur romain Justin, installé à Constantinople,
pour rappeler les liens de dépendance personnelle que ces deux personnes
entretiennent l'une envers l'autre : Sigismond n'est que le délégué de l'empereur sur
un certain nombre de comtés, et il n'est délégué du Princeps que parce qu'il lui a
rendu hommage ; ce lien entre vassalité et service public perdure
jusqu'au XIV siècle12.
e
Origines[modifier | modifier le code]
Un système féodal reposant sur le clientélisme paraît avoir existé en germe chez
les Celtes et les Germains ; il fut régulièrement établi en Gaule à l'époque de la
conquête par les Francs ; toutes les terres conquises sont alors divisées en « terres
libres » dévolues par le sort à des chefs indépendants, et bénéfices ou fiefs (comme
on les nomma plus tard), terres concédées par un chef à ses compagnons d'armes
en récompense des services qu'ils lui ont rendus à la guerre.
Le système vassalique[modifier | modifier le code]
Les Pépinides héritent du système de relations personnelles germaniques, de la
clientèle de la noblesse mérovingienne. Rapidement, pour être en mesure de
rémunérer les fidélités, les maires du palais pratiquent le procédé du « chasement » :
un vassal est doté d'un bénéfice, souvent les revenus d'un domaine, communément
ecclésiastique, et doit subvenir à ses besoins, les siens et ceux de sa petite suite, sur
ce domaine. En général, lorsqu'il s'agit d'un domaine ecclésiastique, le guerrier est
placé sous la dépendance de l'abbé, mais cette fiction est permise par la mise en
place de la précaire : l'abbé confie le domaine au maire du palais pippinide, qui le
rétrocède en précaire (precaria en latin) aux fidèles.
À ce système se superpose la conception du pouvoir romain, la potestas, qui est
détenue par le « sénat et le peuple », le sénat devenant le roi. À aucun moment,
cette notion n'est remise en cause, et le princeps est le dépositaire suprême du
pouvoir ; il est donc indispensable, même s'il n'a aucun pouvoir réel. La vacance du
trône mérovingien entre 737 et 743 est tellement émaillée de révoltes que les fils
de Charles Martel éprouvent en 743 le besoin de tirer d'un monastère un rejeton
mérovingien, installé sur le trône, mais sans pouvoir réel13[source insuffisante].
Le système vassalique carolingien, moyen de gestion de
l'État[modifier | modifier le code]
C'est naturellement que les Carolingiens reprennent à leur compte le système mis en
place par leur ancêtre Charles Martel, mais l'appliquent à la gestion territoriale de
l'État franc.
Le bénéfice, rémunération d'un office public [modifier | modifier le code]
La dynastie carolingienne s'appuie sur le système vassalique pour réorganiser l'État.
Charlemagne réorganise les royaumes en vastes ensembles territoriaux, placés sous
la tutelle des missi dominici (« envoyés du maître ») qui gèrent une circonscription
territoriale, le missaticum, constituée de plusieurs comtés, placés chacun d'entre eux
sous la férule d'un fonctionnaire public, le comte, rémunéré par la remise temporaire
de terres et/ou de revenus publics, le bénéfice, qui constitue sa rémunération.
Le comte est régulièrement contrôlé par le roi, qui délègue sur place des missi
dominici, deux en général, un évêque et un comte de son entourage, chargés de
contrôler sa gestion et de s'assurer que la part du roi est régulièrement versée13.
Le fonctionnement du système[modifier | modifier le code]
Durant le règne de Charlemagne et une partie de celui de son fils, le système
fonctionne bien, sans révolte nobiliaire grave, mais ce système s'appuyait sur
l'existence de butin, prélevé lors de campagnes militaires victorieuses. La disparition
du butin, liée à la fin des guerres d'expansion, est donc l'une des causes principales
de la fragilisation du système. Le butin permet en effet au roi de récompenser les
fidélités sans pour autant aliéner ses biens propres et les fiscs royaux. Au cours du
règne de Louis le Pieux, l'essor territorial ne prend plus la forme de campagnes
militaires victorieuses, mais de lents efforts de grignotage de terres à l'Est et en
Espagne. La part due au roi du versement des amendes et les nominations sont
contrôlées par le roi jusque dans les années 830, dans tout l'empire, et dans
certaines contrées jusque dans les années 870. Les missi dominici assurent leurs
fonctions au service du roi, mais la restriction de l'horizon territorial finit aussi par les
toucher dans les années 86514[source insuffisante],15[source insuffisante] et c'est à ce moment que
Charles le Chauve cesse de se manifester en Catalogne, par exemple.
Le dérèglement du système sous le règne de Louis le Pieux [modifier | modifier le code]
À partir des années 830, l'empire franc s'enfonce dans les guerres civiles autour de
la succession de Louis le Pieux, avec, d'une part, l'empereur Louis appuyé sur le
clan Welf de son épouse Judith, qui soutient son fils Charles le Chauve, et, d'autre
part, les deux fils, Louis et Lothaire. Les grands du royaume profitent des
dissensions familiales pour augmenter leurs revenus, leurs immunités, les terres
publiques qu'ils contrôlent déjà… Ils dessinent ainsi les configurations mouvantes
des années 830, se rapprochant des fils ou du père, selon leurs intérêts ; pendant
cette période, chacune des parties, les fils aînés de Louis, d'une part, et Louis, de
l'autre, mènent une lutte d'influence pour le soutien de la noblesse, chacun
débauchant les fidèles de l'autre en promettant et en donnant beaucoup : des
domaines, des abbayes, des charges lucratives. Cependant, à aucun moment, la
fiction du contrôle de ces bénéfices par le roi n'est remise en cause :
la potestas (pouvoir de juger) se parcellise, mais ne disparaît pas14[source insuffisante]
Charles le Chauve et le système : un louvoiement perpétuel[modifier | modifier le code]
À peine entré en possession de sa part d'héritage, Charles le Chauve définit en 843,
par le capitulaire de Coulaines, les termes du contrat qui le lie à son aristocratie, dont
une partie a été déracinée, selon les clauses du traité de Verdun : aux uns, « la
jouissance paisible de leur fonction » ; à l'autre, « aide et conseil »16. Cette formation
(« fonction ») indique que Charles le Chauve s'appuie sur une noblesse de
fonctionnaires (entendu, qui exerce des fonctions au sein de l'État), de plus en plus
territorialisée et de moins en moins amovible. En outre, si le roi dispose d'un pouvoir
de contrôle, mais aussi de nomination aux grands commandements, les nominations,
de fait, sont validées par les grands de son royaume. Le roi contrôle directement un
certain nombre de domaines, de monastères et de revenus et dispose donc encore
d'une certaine marge de manœuvre face à son aristocratie ; en outre, il s'appuie sur
le clergé, dont Hincmar, archevêque de Reims, théoricien et garant du système mis
en place durant son règne. Charles le Chauve dispose encore de pouvoirs réels,
mais, au fil de son règne, ses moyens s'amenuisent et c'est par une intense activité
qu'il parvient à les maintenir, et sur certains points à les abonder, appuyé sur un
clergé fidèle, groupé autour d'Hincmar de Reims.
Le roi, arbitre du système et garant de son équilibre [modifier | modifier le code]
À aucun moment la présence du roi n'est remise en cause, mais dans les faits, celui-
ci se cantonne au nord de la Loire, là où le danger est le plus proche et le plus
pressant, là où, abbé laïc, il contrôle le plus grand nombre d'abbayes, notamment les
plus riches, là où il contrôle directement ses comtes, sans la médiation d'un duc ou
d'un marquis.
À partir de ce moment, toutes les révoltes nobiliaires ont pour but de ramener le roi
dans les limites fixées à Coulaines. Les grands se font entendre, lors de plaids ou de
révoltes13[source insuffisante], lorsque le roi transgresse ses prérogatives, trafique les
honneurs ou modifie à son profit les règles du droit, car il est garant de l'équilibre de
l'ensemble et le soutien qu'il reçoit est fonction de sa politique, conforme à la justice
et au droit. Cependant, s'il y a progressivement patrimonialisation des charges
publiques, l'héritier doit voir sa fonction confirmée par le roi ou son représentant (duc
ou marquis), par la remise du cingulum et du pallium, rappel des insignes consulaires
romains, et symboles de la potestas. Il y a un souvenir de cette pratique quand
Hugues Capet demande à un de ses comtes : « Qui t'a fait comte ? », preuve de la
survivance de cette croyance13[source insuffisante],14[source insuffisante].
Expansion de l'empire
carolingien sous Charlemagne.
Le pouvoir royal s'affaiblit considérablement et l'Europe se divise en principautés
entre lesquelles les communications diminuent17. En France, l'hérédité des fiefs, déjà
préservée en 587 par le traité d'Andelot, est rappelée par écrit trois siècles plus tard
dans le capitulaire de Quierzy (877). Cependant, ce dernier n'affirme pas,
contrairement à ce qu'une historiographie traditionnelle affirmait18, le début d'une
véritable époque féodale, fondée sur l'hérédité des charges et des fiefs19. Charles le
Chauve, à la demande du pape Jean VIII de lui porter assistance contre les
Sarrasins, prépare une expédition en Italie. Couronné empereur le 25 décembre 875,
il dispose d'une autorité forte, de sorte que la faillite du système politique n'est pas
envisageable. Les grands aristocrates de l'Empire, bien que tous ne soutiennent pas
cette expédition italienne, lui sont fidèles. Le capitulaire de Quierzy n'annonce pas,
en 877, l'affaiblissement de la royauté carolingienne, mais cherche à organiser la
régence de l'empire, déléguée au fils de Charles, Louis le Bègue, en l'absence de
son père, lui qui craint l'inconstance de son jeune fils20. L'hérédité des charges
publiques et des bénéfices est déjà reconnue comme "naturelle" depuis longtemps,
même si aucune règle écrite ne l'affirmait. Les dispositions de Quierzy sont pour
autant extraordinaires et provisoires, liées à l'absence du souverain, et ne définissent
nullement un règlement général sur l'hérédité des biens et des charges publiques21.
En ce qui concerne les sources ecclésiastiques, elles doivent être analysées avec
prudence ; les nombreuses exactions dénoncées par les clercs, comme les
brigandages, ne sont pas forcément des actes de violence directe : les châtelains
essayent d'imposer des taxes aux habitants des terres d'église ce qui ampute les
revenus des religieux. Ces « brigands » sont bien souvent des spoliateurs de l'Église
en ce sens qu'ils contestent ou rejettent les droits des églises sur les terres dont ils
sont les héritiers. Les adversaires de l'Église sont des puissances laïques que
l'autorité politique ne parvient pas seule à réprimer. Les couvents et les églises,
subissent souvent les pressions de descendants des donateurs qui cherchent à
récupérer les biens patrimoniaux dont ils auraient dû hériter22. L'Église prend donc sa
propre défense, ce qui est révélateur du glissement de l'autorité en direction de
l'Église et de l'affaiblissement de la législation étatique. L'Église représente la seule
force morale, le seul frein à la violence des seigneurs et des chevaliers23. Au total, les
intérêts des châtelains sont en conflit avec ceux de la paysannerie, du clergé et des
puissants et le mouvement de la Paix de Dieu découle des efforts de ces trois
groupes sociaux pour neutraliser les excès de la noblesse naissante.
Moralisation des conduites guerrières par l'Église[modifier | modifier
le code]
Statue-reliquaire de sainte Foy (IX siècle). Trésor de l'abbatiale
e
Sainte-Foy de Conques.
L'Église n'est pas épargnée par les désordres des IX et X siècles. Des charges
e e
d'abbé, paroissiales ou ecclésiastiques, sont données à des laïcs pour se former des
clientèles, ce qui entraîne un relâchement de la discipline monastique et un
abaissement du niveau de culture des prêtres24. Les rares monastères qui ont
conservé une conduite irréprochable acquièrent une grande autorité morale, d'autant
plus que l'approche de l'an mil travaille les esprits : l'Apocalypse est le texte sacré qui
retient l'attention la plus passionnée25. On y lit : « Les mille ans écoulés, Satan,
relâché de sa prison, s'en ira séduire les nations des quatre coins de la terre, Gog et
Magog, et les rassembler pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer. »26.
Les exactions des guerriers semblent correspondre à la prophétie. Dès lors, un soin
particulier est mis à se laver de ses péchés. En particulier, les monastères intègres
reçoivent de nombreuses donations pour obtenir des prières, en particulier post
mortem27. Le choix des abbés se fait de plus en plus vers des hommes d'une grande
intégrité, et certains, tel Guillaume 1er d'Aquitaine, vont jusqu'à donner l'autonomie et
l'immunité à des monastères qui élisent donc leur abbé. Ce fut le cas
de Gorze, Brogne ou Cluny. D'autres monastères utilisent des faux certificats
d'immunité pour acquérir l'autonomie28[source insuffisante].
De tous, Cluny a le développement et l'influence les plus impressionnants. Sous la
férule d'abbés dynamiques tels qu'Odon, Maïeul ou Odilon, l'abbaye, entraînant
d'autres monastères qui lui sont rattachés, constitue bientôt un ordre très puissant
(en 994, l'ordre de Cluny compte déjà 34 couvents)29. L'une des grandes forces de
Cluny est de recruter une bonne partie de ses membres, et particulièrement ses
abbés, dans la haute aristocratie : Bernon (909-927) appartient à l'aristocratie du
comté de Bourgogne ; Odon (927-942) est issu d'une grande famille de Touraine ;
Mayeul (948-994) appartient à la famille provençale des Valensole ; Odilon de
Mercœur (994-1048) fait partie du lignage comtal d'Auvergne ; Hugues de
Semur (1049-1109) est le beau-frère du duc capétien de Bourgogne et sa nièce
épousera le roi de Castille Alphonse VI ; Pons de Melgueil (1109-1122) est
apparenté aux comtes d'Auvergne et de Toulouse ; Pierre de Montboissier, dit le
Vénérable (1122-1156), est issu d'une famille seigneuriale
d'Auvergne30[source insuffisante]. Aimard (942-948) est le seul abbé issu d'un milieu modeste.
La Paix de Dieu est un mouvement conciliaire mené
par les ecclésiastiques en vue de moraliser la conduite des guerriers.
Pour favoriser la conversion des populations païennes, le culte des saints, et donc
des reliques, a été vivement encouragé dès le VI siècle. La possession de reliques
e
par les monastères et autres édifices religieux est très prisée, car l'afflux de pèlerins
qu'elles entraînent est source de bénéfices importants24. Les pèlerinages se
développent intensément, et c'est d'ailleurs sur les chemins de Saint-Jacques-de-
Compostelle que Cluny étend son influence à cette époque31.
Les invasions du IX siècle entraînent leur lot de malheurs. On prend l'habitude, à
e
cette époque, de sortir les reliques de leur sanctuaire, en particulier pour des
processions lors des calamités publiques, et pour réclamer la justice contre les
ennemis ou les usurpateurs d'une église32[source insuffisante]. Cet usage s'applique bien
entendu aussi aux déprédations dues aux seigneurs locaux : c'est d'un de ces
rassemblements expiatoires que démarre le mouvement de la Paix de Dieu. On
dénombre 21 assemblées de paix, mais nous ne connaissons les décrets que pour
seulement 8 d'entre elles33[source insuffisante]. Il s'agit d'assemblées, réunies en plein
champ, dans des lieux choisis pour leur très antique sociabilité populaire, au cours
desquelles les évêques font jurer la paix. Si la Paix de Dieu se base sur un
mouvement populaire dans sa première phase (989-1010), elle bénéficie ensuite du
soutien du roi Robert II le Pieux et de la haute noblesse, qui y voient un moyen de
structurer et de pacifier le royaume34. Les conciles en Aquitaine ont souvent été
convoqués par le duc Guillaume d'Aquitaine[Lequel ?]. Si la contestation paysanne a un
caractère antiseigneurial, l'Église ne cherche pas à se substituer au pouvoir central,
mais plutôt à moraliser la conduite de la noblesse35. Les serments établissent un
compromis juridique et foncier entre laïcs armés et ecclésiastiques : ils
institutionnalisent la seigneurie36. La lutte de l'Église contre les violences
seigneuriales assoit aussi, par les décisions de ses conciles, le nouvel ordre social
organisant la société en trois ordres34. Ce mouvement est renforcé dans un deuxième
temps par la Trêve de Dieu qui est tout autant soutenue par Cluny.
Bernard de Clairvaux prêchant la 2e croisade, à Vézelay, en
1146.
Par la Paix de Dieu, l'Église ne cherche pas à interdire la guerre et à promouvoir la
paix : elle moralise la paix et la guerre en fonction de leurs objectifs et de ses
intérêts. C'est en cela que la Paix de Dieu constitue une étape préparatoire
importante de la formation de l'idée de croisade.
Les ducs et comtes retrouvent assez de pouvoir pour reprendre en main le
mouvement de paix : en 1047, en Normandie, la Paix de Dieu devient la paix du duc
(concile de Caen) ; en 1064, en Catalogne, elle devient la paix du comte. Dans le
même temps, la paix s'internationalise, s'étendant aux pays voisins de la France :
Catalogne, Angleterre, pays germaniques. La papauté conforte enfin le
mouvement : Urbain II, ancien moine clunisien, reprend lors du concile de Clermont
(1095) les dispositions promulguées aux conciles de paix. Il y invite tous les
chrétiens à observer entre eux une paix perpétuelle et à aller combattre l'hérétique.
C'est ainsi que la Paix de Dieu débouche sur la Croisade.
Le XII siècle, en même temps qu'il est période de reconstruction du pouvoir royal,
e
voit se transformer ce mouvement de paix. Durant la première moitié du siècle, le roi
reprend en main le domaine royal, faisant reculer les ambitions des châtelains. Dans
le même temps, l'Église et la papauté font de nouveau appel aux autorités civiles (roi
et princes) pour assurer les prérogatives judiciaires. C'est dans le cadre de cette
restauration de l'autorité royale que le roi Louis VII récupère en 1155 l'institution de
paix : la Paix de Dieu devient la Paix du roi.
La féodalité : relations entre guerriers[modifier | modifier le code]
La féodalité, comme relation entre professionnels de la guerre, est née
entre Loire et Meuse au IX siècle, de la déliquescence de l'Empire carolingien détruit
e
par les agressions extérieures (Normands, Sarrasins, Hongrois) et morcelé à
l'intérieur entre les héritiers et leurs partisans. Elle s'étendit à l'Allemagne, l'Italie du
Nord, l'Espagne chrétienne dans un premier temps, puis à l'Italie du Sud, à
l'Angleterre par la conquête normande, et fut transposée dans les États latins
d'Orient avec les croisades. Ce mode d'organisation politico-sociale s'est développé
dans une société presque exclusivement rurale, sous-peuplée, où la richesse et la
puissance se confondent avec la possession de la terre.
Ce système est né de la disparition de toute autorité publique et de l'insécurité
majeure : invasions extérieures, guerres à l'intérieur d'un royaume, famines (souvent
issues des guerres). Il implique la prédominance d'une caste de guerriers
professionnels (qui n'existe pas à proprement parler à l'époque mérovingienne) et
des relations d'homme à homme, qui permettent son extension à toute la société par
la suite. La féodalité est issue de la présence d'un régime seigneurial dès la fin de
l'Empire romain, où l'aristocratie guerrière s'était partagée la terre. Elle y agrège le
régime vassalique de l'époque mérovingienne, où les hommes libres se mettent au
service d'un puissant contre sa protection et contre un bénéfice s'il n'est pas
propriétaire. Ces bénéfices étaient aussi attribués comme récompense aux
compagnons (comes, qui donne comte) du puissant.
Ce système de liens personnels hiérarchisé fut utilisé et renforcé par les Carolingiens
qui y voyaient un moyen d'être à la tête de tous les hommes libres. Cependant, les
invasions du IX siècle brisent le lien envers le souverain et renforcent les pouvoirs
e
des puissants locaux : comtes, ducs, marquis. La hiérarchie se met en place, le
clergé s'y intègre. Le seul privilège du roi est, en France, de ne prêter en général note
1
hommage à personne.
En 987, Hugues Capet consomme le triomphe de la féodalité en renversant la
dynastie régnante ; mais aussi, dès la même époque commence la lutte du pouvoir
royal contre la féodalité. Hugues Capet et ses premiers successeurs ne sont encore
vraiment souverains que dans leurs domaines personnels.
Au XII siècle, la féodalité se modifie, avec l'arrêt des invasions, l'expansion
e
démographique et économique. La chevalerie, base du système, se ferme et devient
uniquement héréditaire. L'aide du vassal se limite aux quatre cas (aide aux quatre
cas). Son fief devient sa pleine propriété et le roi de France renforce son pouvoir
(notamment par la procédure de l'appel judiciaire).
L'exemple normand[modifier | modifier le code]
Chevaliers du Christ par Jan van Eyck.
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Aux XI et XII siècles, l'organisation féodale du duché de Normandie peut se résumer
e e
ainsi :
Le duc de Normandie est un prince territorial du royaume des Francs et doit
prêter hommage au roi, son seigneur. Pour faire la guerre, le duc peut lever
l'arrière-ban, c'est-à-dire faire appel à tous les hommes de son duché ;
Le duc de Normandie est entouré de barons, desquels il a reçu l'hommage. Les
barons disposent d'une dizaine de fiefs ou davantage qu'ils tiennent du duc. Ils
ont aussi généralement le titre de comte ou de vicomte. Ils forment la cour
ducale ;
Les seigneurs disposent de fiefs de haubert (ou fiefs de chevaliers) et doivent
rendre l'hommage au baron dont ils sont les vassaux ;
Enfin, les vassaux de ces seigneurs, les vavasseurs, en bas de la hiérarchie,
tiennent des fractions de fiefs de haubert.
Le vassal doit à son seigneur l'ost, service armé gratuit de quarante jours. Mais dès
le XII siècle, ce service est remplacé par une somme d'argent.
e
La féodalité comme organisation de la
société[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Fonctions tripartites indo-européennes.
Les trois états : ceux qui prient, ceux qui font la guerre, ceux qui travaillent la terre.
Tout comme la disparition de la puissance centrale avait favorisé l'apparition de
principautés, les désordres publics qu'elle avait entraînés avaient suscité un fort
sentiment d'insécurité. Sur le modèle des relations d'homme à homme, des liens se
créèrent entre la classe guerrière et la classe des paysans. Dans le système tel que
présenté par les élites médiévales, pour l'essentiel cléricales, le chevalier assurait la
protection aux paysans, qui en échange lui fournissaient subsistance et moyens de
s'équiper.
La protection revêtait plusieurs formes :
guerrière : combat personnel du chevalier contre des attaques ;
défensive : abri procuré par le château pour les personnes, le bétail et les
récoltes ;
chasse : autant qu'un entraînement à la guerre, la chasse avait une utilité pour la
communauté paysanne, qui se voyait ainsi débarrassée des animaux sauvages
destructeurs des cultures (cerfs, daims, chevreuils, sangliers) ou menaçants pour
le bétail (loups, renards, ours).
Le déclin du système féodal[modifier | modifier le code]
Dans un premier temps, le système féodal s'est avéré efficace face aux invasions.
Mais, celles-ci achevées, il n'a pas tardé à se créer une situation d'anomie due à la
multiplicité des conflits locaux entre seigneurs, professionnels de la guerre. De plus,
l'éclatement de la souveraineté en une multitude de principautés indépendantes a
considérablement réduit le pouvoir du roi. Sa seule attribution demeure
la suzeraineté, qui en fait le « seigneur suprême ». L'historiographie traditionnelle
appelle cette période de déclin des XI et XII siècles l'« anarchie féodale », bien que
e e
l'État royal ne se construise pas contre cette anarchie mais pour l'« ordre féodal »37.
Ce sont les Capétiens qui, en s'appuyant sur le système féodal pour augmenter
constamment leur domaine personnel, lui portent le coup fatal en France. Le roi
s'impose en jouant au maximum de sa suzeraineté et en exploitant les permanentes
dissensions de ses vassaux. Ainsi, dans le courant du XII siècle, se met en place la
e
monarchie féodale qui use des obligations vassaliques pour forcer à l'obéissance les
grands seigneurs territoriaux.
Louis VI est le premier qui attribue à la royauté un rang particulier. L'établissement
des communes, en fournissant au roi un auxiliaire contre la puissance des vassaux,
les croisades, en forçant les seigneurs à engager à la Couronne des domaines qu'ils
ne purent depuis recouvrer, portent les premiers coups à la féodalité. Philippe
Auguste, Saint Louis, Philippe le Bel, soit par la force des armes, soit par jugement,
achat, donation, succession, réunissent nombre de fiefs au domaine royal. Leurs
successeurs, devenus plus forts, attaquent victorieusement les privilèges des
feudataires.
À la fin du XIII siècle, la féodalité est déjà pratiquement vidée de tout son contenu.
e
Elle évolue vers le régime seigneurial, ensemble de charges et de redevances
héritées du passé qui pèsent sur la paysannerie et progressivement apparaissent
dépourvues de sens, puisque le seigneur, en contrepartie, n'a plus d'obligation
précise. C'est Louis XI qui effectue les acquisitions décisives qui lui permettent de ne
plus dépendre de l'aide de ses vassaux pour soumettre une révolte de ceux-ci, aussi
étendue soit-elle. Le traité du Verger (1488), qui conclut la Guerre folle entre les
grands vassaux et son fils Charles VIII, est un des tout derniers actes relevant
vraiment du droit féodal : c'est encore un engagement entre deux hommes. Moins de
dix ans plus tard, le contrat de mariage de Louis XII et Anne de Bretagne est un
engagement entre deux pays puisqu'il est destiné à rester valable après la mort des
deux époux. Dès lors, le système féodal français n'est plus qu'une coquille vide et le
Moyen Âge est terminé[réf. nécessaire].
La féodalité se prolonge au-delà du Moyen Âge par la survivance de droits et de
privilèges attachés aux propriétaires (l'Église ou la noblesse). Il faudra attendre
la Révolution française et la nuit du 4 août 1789 pour qu'il soit mis fin à cette situation
et que soit abolie la société d'ordres. Les révolutionnaires parlaient de « féodalité » ;
or ils voulaient dénoncer le régime seigneurial, la vraie féodalité ayant disparu avec
le Moyen Âge. La Révolution propagea cette abolition en Europe occidentale par
les guerres de la Révolution et de l'Empire (recès d'Empire).
Émergence de la bourgeoisie[modifier | modifier le code]
Depuis la renaissance de l'an mille où elle s’est structurée, la société médiévale a
considérablement évolué. L’Europe a fortement progressé techniquement,
artistiquement et démographiquement. Les villes se sont développées, créant de
nouvelles classes sociales centrées sur l’artisanat et le commerce. Le
système féodal et religieux à trois ordres instauré depuis le mouvement de la Paix de
Dieu est adapté à une société agricole et décentralisée : la noblesse protège les
terres et rend la justice ; les religieux sont les guides spirituels de la communauté : ils
s’occupent des œuvres sociales et contribuent à maintenir et développer la culture ;
quant aux paysans, par leur travail, ils assurent la fonction productrice.
Grande Charte, copie de 1225.
À partir de la fin du XIII siècle, l’équilibre entre les trois ordres se rompt. Le
e
développement des villes a nécessité la création d’un État centralisé rendant justice,
unifiant la monnaie et devant protéger le pays contre les attaques éventuelles de
royaumes capables de lever des armées importantes. Une telle structure doit être
financée et l’État a d’autant plus besoin de ressources financières que le système
féodal se maintient par la redistribution de richesses vers ses vassaux. Le grand
patriciat commerçant possède des ressources financières très abondantes qu’il prête
aux princes et aux ecclésiastiques : il devient un acteur incontournable38.
En France, ne disposant pas d’une administration suffisante et voulant limiter la
puissance des grands féodaux, les Capétiens délèguent aux bourgeois de plus en
plus de pouvoirs politiques, fiscaux et judiciaires, créant de véritables zones franches
aux grands carrefours commerciaux. La multiplication des affaires à régler a rendu
impossible leur seul traitement par les rois et la grande noblesse, qui ont alors
délégué une partie de leurs pouvoirs judiciaires à des parlements et autres cours de
justice. À l’époque, plutôt que d’entretenir une coûteuse administration, les
souverains ont pris l’habitude de faire prélever les taxes par de riches particuliers qui
leur cèdent le montant souhaité et se remboursent en percevant les impôts pour leur
compte, ce qui leur assure de confortables bénéfices39. En Angleterre, les revers
de Jean sans Terre contre Philippe Auguste conduisent les barons anglais à lui
imposer en 1215 la Magna Carta, la Grande Charte, qui institue, entre autres, la
liberté des villes et le contrôle de la fiscalité par le Parlement.
En France, Philippe le Bel instaure des états généraux où la noblesse, le clergé et
les villes sont représentés, pour disposer d'une légitimité à lever des impôts y
compris sur les terres d’Église et rassembler la nation naissante pour faire bloc
contre le pape qui ne peut accepter de telles taxes et proclame la primauté du
spirituel sur le temporel (par la bulle pontificale Unam Sanctam de
1302, Boniface VIII revendique l’instauration d’une théocratie).
D’autre part, pour les besoins du commerce, puis pour sa propre ascension sociale,
le patriciat urbain prend en charge une partie de la culture, créant des écoles
laïques40 et finançant un mécénat culturel41. De la même manière, il finance nombre
d’œuvres sociales42[source insuffisante]. La plupart des innovations techniques sont alors le
fait de laïcs, ingénieurs, architectes (tels Villard de Honnecourt)43, artisans
(tels Jacopo Dondi et son fils Giovanni, concepteurs de l’horloge à échappement)44.
Le clergé perd une partie de son rôle culturel ou social dans les espaces urbains.
Pour obtenir le rôle politique que leur importance croissante dans la société devrait
leur donner, de nombreux bourgeois tentent d’être anoblis. C’est la voie que choisit
par exemple Robert de Lorris qui, devenu proche conseiller de Jean le Bon, use de
son soutien ou d’alliances matrimoniales judicieuses pour placer ses proches. La
haute bourgeoisie adopte des comportements qui rappellent ceux de la noblesse :
par exemple, la prévôté organise en 1330 un tournoi où les bourgeois combattent
comme des chevaliers45. Ceux qui, comme Étienne Marcel, n’appartiennent pas au
cercle très restreint du pouvoir sous Jean le Bon et dont la promotion sociale est
bloquée deviennent les plus fervents promoteurs d’une réforme politique qui doit
aboutir au contrôle de la monarchie par les États.
Crise de la féodalité[modifier | modifier le code]
Alors que, sous l’effet des progrès des techniques agraires et des défrichements, la
population s’accroît en Occident depuis le X siècle, on franchit un seuil qui dépasse
e
les capacités de production agricole dans certaines zones d’Europe dès la fin
du XIII siècle. Par le jeu des partages successoraux, les parcelles se réduisent : elles
e
n’ont plus en 1310 que le tiers de leur superficie moyenne de 124046. Certaines
régions comme les Flandres sont en surpopulation et essayent de gagner des terres
cultivables sur la mer ; néanmoins, pour couvrir leurs besoins, elles optent pour une
économie de commerce permettant d’importer les denrées agricoles. En Angleterre,
dès 1279, 46 % des paysans ne disposent que d’une superficie cultivable inférieure
à 5 hectares ; or, pour nourrir une famille de 5 personnes, il faut de 4 à 5 hectares46.
La population rurale s’appauvrit, le prix des produits agricoles baisse et les revenus
fiscaux de la noblesse diminuent alors que la pression fiscale augmente et donc les
tensions avec la population rurale. Beaucoup de paysans tentent alors leur chance
comme saisonniers dans les villes pour des salaires très faibles engendrant aussi
des tensions sociales en milieu urbain. Le refroidissement climatique47 et l’évolution
de l’économie vers la spécialisation de la production et le commerce48 provoquent de
mauvaises récoltes, qui se traduisent, du fait de la pression démographique,
en famines (qui avaient disparu depuis le XII siècle) dans le nord de l’Europe,
e
en 1314, 1315 et 1316 : Ypres perd ainsi 10 % de sa population et Bruges 5 %
en 131646.
La noblesse doit compenser la diminution de ses revenus fonciers et la guerre est un
excellent moyen pour y parvenir, par les rançons perçues après capture d’un
adversaire, le pillage et l’augmentation des impôts justifiée par la guerre. C’est ainsi
que la noblesse pousse à la guerre, et particulièrement la noblesse anglaise dont les
revenus fonciers sont les plus touchés49. En France, le roi Philippe VI a besoin de
renflouer les caisses de l’État et une guerre permettrait de lever des impôts
exceptionnels.
L’essor du commerce a rendu certaines régions dépendantes économiquement de
l’un ou de l’autre royaume. À cette époque le transport de fret se fait essentiellement
par voie maritime ou fluviale. La Champagne et la Bourgogne alimentent Paris via
la Seine et ses affluents et sont donc pro-françaises. La Normandie est partagée, car
elle est le point d’union entre ce bassin économique et la Manche qui devient une
zone d’échanges de plus en plus intenses, grâce aux progrès des techniques
maritimes (le contournement de la péninsule ibérique par les navires italiens devient
de plus en plus fréquent). L’Aquitaine qui exporte son vin en Angleterre,
la Bretagne qui exporte son sel et les Flandres qui importent la laine britannique ont
tout intérêt à être dans la sphère d’influence anglaise50.
Ainsi, les marchands flamands, en voulant échapper à la pression fiscale française,
se révoltent de manière récurrente contre le roi de France ; d’où les batailles
successives de Courtrai en 1302 (où la chevalerie française est balayée et où les
bourgeois flamands montrent que les villes peuvent battre militairement l’ost royal),
de Mons-en-Pévèle en 1304 et de Cassel en 1328 (où Philippe VI mate les rebelles
flamands). Les Flamands apportent leur soutien au roi d’Angleterre, déclarant même
en 1340 qu’Édouard III est le légitime roi de France. Les deux États ont donc intérêt
à augmenter leurs possessions territoriales pour accroître leurs rentrées fiscales et
renflouer leurs finances. Dès lors, les intrigues des deux rois pour faire passer
la Guyenne, la Bretagne et la Flandre sous leur influence conduisent rapidement à
une guerre entre les deux États51 qui durera 116 ans. Bien évidemment les
conséquences de cette guerre interminable furent lourdes pour le commerce,
d’autant qu’elles avaient entraîné une augmentation de la pression fiscale.
Fin des droits féodaux en France[modifier | modifier le code]
Avant la Révolution française, la dénonciation des droits féodaux fut conduite par
deux courants, pour aboutir à l'abolition des privilèges lors de la Nuit du 4 août 1789 :
Les ministres du roi[modifier | modifier le code]
Il s'agissait d'asseoir le pouvoir central et, en supprimant les particularités et les
droits seigneuriaux, de rendre tous les hommes directement sujets du roi. Le servage
et les corvées étaient rendus responsables de la mauvaise exploitation des terres et
de divers désordres. Le roi avait déjà aboli ces droits dans ses propres domaines,
mais il fallait exiger les mêmes réformes chez les nobles et également sur les terres
des abbayes. Turgot échoua à supprimer les droits féodaux, mais inspira divers
ouvrages : Inconvénients des droits féodaux de Boncerf, juriste de Besançon ; De
l'administration provinciale et de la réforme de l'impôt, de Letrosne
(1779) ; Considérations sur le gouvernement ancien et présent de la France de
d'Argenson (1784) ; Correspondance d'un homme d'État avec un publicicite sur la
question de savoir si le roi peut affranchir les serfs des seigneurs à charge
d'indemnité (1789)52.
Les réformateurs des Lumières[modifier | modifier le code]
À la même époque, un autre courant, plus polémique et contestataire, dénonçait les
situations insupportables et l'arbitraire qu'engendrait toute forme même atténuée de
féodalité. Se plaçant sur le plan de la dignité des hommes, il était constitué par les
philosophes des Lumières : Voltaire, Rousseau, Diderot, Montesquieu. Mais
plusieurs ouvrages furent publiés quelques mois ou au moment même de la
rédaction des cahiers de doléance, manquant selon plusieurs études d'une certaine
spontanéité : Des banalités de Frémainville ; Des droits de justice de
Baquet ; Mémoires pour servir à l'histoire du comté de Bourgogne de Dunod de
Charnage ; Mémoires historiques sur la ville d'Alençon et sur ses
seigneurs d'Odolant Desnos. Au dernier moment paraissent d'autres
livres : Modestes observations sur le « Mémoire des princes » faites au nom de 23
millions de citoyens français de G. Brizard (1788) ; Mémoire sur les moyens
d'améliorer en France les conditions des laboureurs, des journaliers, des hommes de
peine vivant dans les campagnes et celles de leurs femmes et de leurs enfants de S.
Cliquot de Blerwache ; Cri de la raison ou Examen approfondi des lois et des
coutumes qui tiennent dans la servitude mainmortable quinze mille sujets du roi de
l'abbé Clerget (1789)53.
Angleterre, Royaume-Uni[modifier | modifier le code]
Au sein du royaume d'Angleterre, la féodalité n'a été introduite qu'avec la conquête
normande. Elle a eu beaucoup de mal à s'implanter et a pris fin avec la dynastie
des Tudors et la Renaissance anglaise (XVI siècle). Toutefois, un régime seigneurial
e
a subsisté en Écosse jusqu'en 2001 et resta en vigueur sur l'île de Sercq jusqu'au 4
octobre 2006.
Allemagne[modifier | modifier le code]
Sous Louis le Germanique, dans le royaume de Germanie, puis durant le Saint-
Empire romain germanique, la notion de fief public a toujours été active jusqu'à
l'Interrègne (1250-1273). Les empereurs s'appuyaient sur des réseaux de fidélité
stables, des chevaliers serfs devant tout à l'empereur, et surtout une expansion
géographique de nature à alimenter constamment le système en terres publiques
nouvelles, distribuées par la suite aux fonctionnaires royaux. Le système se grippe, à
l'image du système carolingien, à partir du moment où il se heurte à des États aussi
bien organisés que lui : la parade est alors trouvée par les Angevins de Naples, roi
de Naples, de Hongrie, de Croatie, podestat de Florence, seigneur de Parme, prince
de Duras… qui empilent des couronnes, modèle pour les Jagellon et les
Habsbourgs. Les fidèles peuvent alors être récompensés en terres et en fonctions
publiques dans les royaumes les moins densément peuplés. Ce système est celui
adopté par les Habsbourgs lors de la reconquête de la plaine de Hongrie
au XVIII siècle. En outre, les fréquentes descentes italiennes des empereurs, avec le
e
butin qu'elles génèrent, leur permettent de garder la haute main sur les terres
publiques, les fidélités étant récompensées en cadeaux et en fiefs de bourse.